La Chose de Lacan

David Pavón Cuéllar

2003-2004

La Chose de Lacan
Version intégrale du cours de David Pavón Cuéllar au Département de Psychanalyse de l’Université de Paris VIII (2003-2004)

Introduction

Je suis en train de vous parler. Si vous m’entendez vous parler, alors vous savez que je vous parle de quelque chose. Vous aussi, lorsque vous parlez, vous parlez de quelque chose. Maintenant vous êtes en silence. Vous m’écoutez ou vous faites semblant de m’écouter. Vous ne savez pas encore très bien de quoi je vous parle. Pourtant, vous soupçonnez que je vous parle de quelque chose. Vous avez même la certitude qu’il doit y avoir ce quelque chose duquel je vous parle. S’il n’y avait pas ça, pourquoi vous serez alors ici, devant moi. Si vous êtes ici, en train de m’écouter, c’est parce que vous avez l’espoir que je vous parle de quelque chose. Gardez cet espoir. Je ne vous décevrai pas. Je vous parlerez de quelque chose. Même si vous pensez le contraire, je vous assure que je suis déjà en train de vous parler de quelque chose. N’en doutez pas. Il y a quelque chose dont je vous parle déjà. Ce qui d’ailleurs n’est rien d’extraordinaire. Croyez-moi quand je vous dis qu’il n’y a rien de plus ordinaire que parler de quelque chose. Nous parlons tous de quelque chose. Même les psychanalystes et les politiciens en parlent. Dans ce monde, il n’y a certainement rien dont on parle autant. Si on veut parler, on doit parler de quelque chose. Malgré la malheureuse masculinisation de la chose, vous entendez bien qu’elle est comprise dans le quelque chose dont on doit toujours parler. De même qu’en anglais, en français vous n’avez pas oublié cette chose, le thing anglais, qui subsiste dans quelque chose, dans something -mais qui ne subsiste pas ni dans le algo espagnol ni dans le etwas allemand. Voici précisément la chose qui nous concerne, celle comprise dans le quelque chose, celle dont on parle toujours, celle dont on doit parler, celle dont je vous parlerai dans cet enseignement. La chose dont je vous parlerai n’est que le terme le plus général par lequel on désigne tout ce dont on peut arriver à parler. Même lorsqu’on ne parle de rien, ce rien apparaît comme quelque chose, comme la chose à laquelle se réfère notre parole. Peut-être vous n’êtes pas d’accord. Vous allez me signaler que le rien est le contraire de quelque chose. Que si je ne parle de rien, c’est précisément parce que je ne parle pas de quelque chose. Pour me convaincre, vous pouvez invoquer n’importe quelle absurdité. Par exemple, vous pouvez me parlez des “quatre côtés incolores d’une parole bleue et triangulaire”, et me préciser en plus que “cette parole est sourde, tout en m’écoutant attentivement pendant qu’elle composte son billet gagnant de loterie dans la bouche de notre premier ministre Sigmund Freud”. Vous allez me dire alors que la chose à laquelle se réfère une telle sottise ne pourrait pas exister. Pourquoi ? Parce qu’il ne pourrait pas exister une chose qui soit en même temps bleue et incolore, triangulaire et quadrangulaire, et qui soit sourde et qui puisse pourtant m’écouter pendant qu’elle composte un billet qu’on ne composte pas dans la bouche d’un premier ministre qui n’est pas un premier ministre. Vous allez peut-être conclure: puisque cette chose n’existe pas et ne pourrait pas exister, alors quand on parle d’elle on ne parle pas de quelque chose. En affirmant ceci, vous-mêmes vous serez en train de vous contredire. En effet, prétendre qu’on ne parle pas de quelque chose lorsqu’on parle de quelque chose, même si cette quelque chose n’existe pas, c’est absolument contradictoire.

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Si on parle d’une chose qui n’existe pas, alors on parle d’une chose, d’une chose qui a la particularité de ne pas exister. Puisqu’elle n’existe pas, on peut dire, à propos de cette chose, qu’elle n’est rien. Cependant, elle ne cesse pas pour autant d’être quelque chose. De même que les “idées vertes incolores qui dorment furieusement” chez Michel Foucault 1, ma parole sourde, bleu et triangulaire, avec ses quatre côtés incolores, est bien quelque chose capable de m’écouter pendant qu’elle composte son billet de loterie dans la dégoûtante bouche cancéreuse de notre cher premier ministre Sigmund Freud. Lorsqu’on parle de cette chose monstrueuse, on ne parle bien sûr de rien qui puisse exister ici, à côté de nous. Et pourtant il y a cette chose monstrueuse dont on parle. Ce n’est rien, mais c’est quelque chose, puisque on en parle. Cette ambiguïté du rien qui est quelque chose nous la trouvons déjà dans l’origine étymologique des mots que nous employons pour désigner le rien. Par exemple, dans ma langue espagnole, nous avons nada, qui provient du latin res nata, chose née. Quant à vous, dans votre langue française, vous disposez du mot rien, du latin rem, accusatif de res, chose. Dans la grammaire française, le “rien” est un substantif, ce qui le différencie d’autres quantificateurs semblables -comme c’est le cas de “nul” ou “aucun”. En signalant que la philosophie “a fait son profit, ou ses délices, de cette étrange condition”, Stanislas Breton rappelle ce qu’il y a ici à dénoncer : “d’un ‘substantif’, on aurait fait une ‘substance’ ou une ‘réalité’ énigmatique”, dans un “glissement du grammatical au logique et du logique à l’ontologique”2. Toujours est-il qu’on peut parler du rien, comme on peut aussi le penser -bien qu’on ne puisse pas le concevoir-, ce qui suppose nécessairement que ce rien, en tant que ce dont on parle, soit quelque chose et non pas rien. Parler, c’est parler de quelque chose. Or, comme le remarque Breton, il y a des cas où le quelque chose qu’on pense ou dont on parle “coïncide avec le rien”, par exemple avec le rien de l’impossible de la classe nulle, entendue comme la “classe des x qui ne sont pas identiques à eux-mêmes”3. Dans ce “contact avec le réel” comme “impossible rigoureux”, ou comme quelque chose qui n’est rien, ou nous sommes L'ambiguïté du rien qui est quelque chose apparaît encore dans des énoncés comme “un rien nous amuse”. Tel rien est bien une chose, puisqu’il est même capable de nous amuser. Il s’agit du même rien amusant qui fait chanter Charles Trenet, ce rien qui le fait aussi danser, sourire l’âme ravie et finalement trouver belle la vie. Dans la chanson de Trenet, que vous devriez bien connaître, ce rien n’est pas du tout peu de chose. Je vous rappelle qu’il n’est pas seulement une marmotte, un rêve, un petit plaisir ou des oiseaux qui chantent dans la nature, mais il s’avère être en fin de compte son propre père, sa propre mère, son propre pays, le votre, la France (bon dieu!), et aussi les femmes, les femmes, les femmes qui ont les yeux bleus. Vous voyez bien que le rien est quelque chose et non pas rien. A ce moment précis, en vous parlant du rien, je vous ai démontré sans le vouloir que ce rien est quelque chose, puisqu’il était la chose dont je vous parlais. Or, si même le rien est une chose, si même nulle chose est une chose, qu’est-ce donc, nom de Dieu, qu’une chose ? Peut-on la définir dans toute sa généralité ? Peut-on l’étudier sans la dissoudre sous nos yeux dans l’univers de tout ce qu’elle désigne, l’univers du tout et du rien qu’elle désigne ? Peut-elle devenir enfin un concept de la psychanalyse ? Pour le moment, je ne peux répondre qu’à la dernière question. Oui, la chose peut devenir un concept de la psychanalyse. En fait, elle est déjà devenue ce concept. Freud et Lacan parlent déjà depuis longtemps de la Chose comme ils parlent de n’importe quelle autre chose. Or, la Chose de laquelle ils parlent, qui est la Chose dont on parlera ici, n’est pas comparable à n’importe quelle autre chose dont ils parlent. Pourquoi ? Précisément parce qu’elle est comparable à toutes les autres choses dont ils parlent, sans exception. Autrement dit, le concept freudien et lacanien de Chose ne désigne pas une autre chose que la Chose parce qu’il est le terme universel qui s’applique en dernière instance, chez Freud et Lacan, à toutes les autres choses particulières dont ils parlent. Nous pouvons dire que la Chose de Freud et Lacan n’est pas n’importe quelle autre chose tout simplement parce qu’elle n’est que n’importe quelle chose, elle est ce qui sous-tend à toutes les autres choses, elle est cette nature par laquelle elles sont quelque chose, elle est d’une certaine manière son être de chose. Ce qui distingue la Chose de Freud et Lacan des autres choses dont ils parlent, c’est qu’elle est la seule référence commune à toutes ces choses, voire ce en quoi toutes les choses dont ils parlent sont quelque chose. Par là, cette Chose ne devra pas se confondre avec les autres choses. Elle n’est pas ces choses, elle n’est pas les choses dont Freud et Lacan parlent, mais quelque chose derrière elles -quelque chose qui sous-tend à elles, voire ce en quoi elles sont quelque chose. Bien entendu, pour arriver à la Chose de Freud et Lacan, à cette Chose derrière les choses, il faut avant s’occuper des choses comme choses -ou pour le dire à la manière heideggérienne, pour “parvenir” à la Choseen-soi, notre pensée devra d’abord atteindre “la chose en tant que chose” 4. Pour cela, bien avant Heidegger -que nous laisserons pour la fin de notre cours-, il convient tout d’abord de nous tourner du côté du poète Alberto Caeiro -hétéronome de Fernando Pessoa-, peut-être le plus transparent parmi les spécialistes de la chose en tant que chose. 1Foucault, M. 1969. L’archéologie du savoir, Gallimard, Paris, 1969, pp. 116-138. 2Breton, S. 1987. Rien ou quelque chose : roman de la métaphysique, Paris, Flammarion, 1987, p. 8. 3Ibid., pp. 10-11. 4Heidegger, M. 1950. “La Chose”, in Essais et conférences, A. Préau (trad.), Paris, Gallimard, 1958, p. 197. 8

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Pour arriver à penser aux choses en tant que choses, Alberto Caeiro doit se convaincre premièrement que “penser à la signification intime des choses est superflu, comme penser à la santé ou apporter un verre à l’eau des sources”5. Une fois convaincu de cela, il affirme, de manière catégorique : “l’unique signification intime des choses est de n’avoir aucune signification intime”, leur “seul sens caché, est de ne pas avoir de sens caché du tout”6. Aucun sens caché, aucune signification intime, aucune, même pas la beauté, laquelle ne serait, d’après le poète, que “le nom de quelque chose qui n’existe pas et que nous donnons aux choses en échange du plaisir qu’elles nous donnent”7. Au “mystique” qui “voit une signification en toute chose”, Caeiro lui dit : “Ce que tu vois, tu le vois toujours pour voir autre chose”. Et il ajoute : “être une chose, c’est ne pas être susceptible d’interprétation” 8. En effet, les choses, pour Caeiro, ne peuvent pas être interprétées, dans la mesure où elles ne signifient rien, dans la mesure où “elles n’ont pas de signification : elles ont une existence”9. Monsieur Caeiro ne peut contenir son émotion, finalement, devant ce qu’il estime “plus étrange que toutes les étrangetés, et que tous les songes de tous les poètes, et tous les pensées de tous les philosophes”, à savoir “que les choses soient réellement telles qu’elles paraissent être, et qu’il n’y ait rien à comprendre”10. Vraiment étrange, qu’une chose, en tant que chose, ne soit que telle qu’elle paraît être, qu’elle ne soit que la chose qu’elle est, c’est-à-dire son être ou son existence de chose, tout en manquant d’un sens ou d’une signification. Ainsi, une table, en tant que chose, n’est que la chose qu’elle est, de même qu’un vase ou un pot ne sont que les choses qu’ils sont. Apparemment, ce que Monsieur Caeiro vient de me faire dire, ceci ne veut rien dire. Mes prédicats, en effet, ne disent rien de plus que mes sujets, donc je tourne vicieusement en rond, de manière tautologique. Ceci est malheureusement inévitable quand on approche notre sujet, la Chose, qui n’est précisément qu’un sujet, ne pouvant apparaître que comme sujet de tous nos prédicats, lesquels devront donc invariablement s’entortiller autour du sujet, s’enroulant sur lui, en revenant toujours à lui. Pensez à un scorpion. Il est un sujet, alors que sa queue apparaît comme son cher prédicat -voire la chaîne signifiante qui suit fidèlement le sujet. L’ensemble constitue un énoncé. Encerclez maintenant cet énoncé avec une substance inflammable. Enflammez ensuite cette substance. Vous allez assister alors à un suicide. La chaîne signifiante du prédicat, la queue du scorpion, se retournera sur le sujet pour le piquer, pour lui injecter son poison. Voici comment j’imagine la seule manière dont on pourra procéder le long de notre cours. Il faudra suicider chaque idée, la faisant revenir sur elle-même, retournant contre elle-même ces conséquences, l’empoisonnant d’elle même, de sa propre vérité, de sa propre cohérence -tel Socrate dans son dernier rapport à sa Chose, à son pragma. Cette sorte de suicide tautologique sera notre seul point constant de repère. La chose en tant que chose de Caeiro, la chose qui n’est que la chose qu’elle est, la chose qui n’a d’autre sens ou signification que celui de n’avoir aucun sens ou signification, ce rien qui est encore quelque chose, ce quelque chose où le prédicat se retourne déjà sur le sujet, cette chose est la première, la plus élémentaire, d’une série de tautologies avec lesquelles nous devrons cerner la Chose de Freud et Lacan -en quelque sorte leur Chose-en-soi. Pour cerner la Chose de Freud et Lacan, nos raisonnements, en tant que prédicats, devrons se boucler, d’une manière tautologique, autour de notre sujet. Bien entendu, ces raisonnements tautologiques, pour cerner la Chose en question et non pas une autre chose, ils devront s’en tenir, dès le début et jusqu’à la fin de notre cours, aux réflexions freudiennes et lacaniennes sur la Chose -lesquelles, naturellement, se bouclent aussi, à sa manière, autour de la Chose. Puisque nos raisonnements devront s’en tenir, dès le début, aux réflexions freudiennes et lacaniennes sur la Chose, il faut alors impérativement, dès maintenant, introduire ces réflexions. Pour cela, il nous suffit d’introduire les réflexions de Freud, lequel, à son tour, s’appliquera spontanément à introduire Lacan. Chez Freud, la réflexion explicite sur la Chose (das Ding) dure au moins trente-quatre ans, depuis 1891 jusqu’à 1925. Elle n’est pas limitée, comme on le croit d’habitude, à l’Esquisse, L’Inconscient et La négation, mais elle traverse une dizaine de travaux. Dans cette longue traversée de la pensée freudienne, il faut mettre en relief les étapes les plus importantes. En 1891, dans la Contribution à la conception des aphasies, il y a déjà une distinction ternaire entre la Chose, l’apparence de la Chose -ou la représentation d’objet- et le mot -ou la représentation de mot : a) Le mot ou la représentation de mot est ce qui “acquiert sa signification par la liaison avec la représentation d’objet”11. b) La représentation d’objet, comme “apparence” de la Chose, est “un complexe associatif constitué des représentations les plus hétérogènes, visuelles, acoustiques, tactiles, kinesthésiques et autres”. À la

5Pessoa, F. 1925. Poèmes de Alberto Caeiro, Paris, La Différence, 1989, V, p. 29. 6Ibid., XXXIX, p. 59. 7Ibid., XXVI, p. 45. 8Ibid., p. 97. 9Ibid., XXXIX, p. 59.
10Ibid. 11Freud, S. 1891. Contribution à la conception des aphasies, C. Van Reeth (trad.), Paris, PUF, 1983, p. 127.

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Traduction : p. pp. “qui. soit perceptive soit émanant du propre corps. de la “fraction révélée au moi par sa propre expérience”18. alors que “la propriété” ou “l’activité” de la Chose. 1987. 18Ibid. Dans notre cours. 429. d’une autre représentation de la Chose que nous trouvons aussi chez Freud. d) Comme “fraction non assimilable” (unassimilierbaren) dans “les perceptions”. en employant les notations a pour le réel -la Chose-. Dans ce passage énigmatique. Traduction française : “Esquisse d’une psychologie scientifique”. indépendamment de la “fraction changeante compréhensible”. refoulée dans l’hystérie et -à la limite. p. dans L’interprétation des rêves. À partir de cette distinction de base. 257. pp.. Traduction : p. En effet. in G. entre deux investissements “semblables”.W. l’imaginaire -l’apparence de la Chose. pour autant que les mots. en s’occupant de la “condensation” qui “atteint les mots et les noms”.. 1900. 17Ibid. 1895. 20Ibid. la chose signifiée et la chose signifiante. dans notre cours. qui ne se contredira donc pas. 13Ibid. g) Comme ce qui est “refoulé” (verdrängt) dans l’hystérie. 301-302.). p.. comme représentation imaginaire qui ne se confond pas avec la Chose qu’elle représente. p. entre la Chose. W.. Il y aura donc une réduction du réel de la Chose au sujet de tous les prédicats. 16Ibid. “Traumdeutung”. la Sachvorstellung. en étant traités comme des Choses (Dinge). 22Freud. Frankfurt. cette représentation d’objet se caractérise par son ouverture à “la possibilité d’une série importante d’impressions nouvelles”12.. 376. 441. ils sont traités comme des représentations de Chose (Dingvorstellungen). pp. sera formalisée. est variable”16.. a + b (représentation de a + signifié par b) pour l’imaginaire -l’apparence de la Chose.et le symbolique -le mot-. son apparence et le mot. à la différence du neurone b. 19Ibid. 452.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 différence de la représentation de mot. Traduction : L’interprétation des rêves. 127. 350. son sujet en commun. comme représentation réelle. Freud remarque. S. que “les mots dans le rêve son fréquemment traités comme des choses (Dinge)”. la Dingvorstellung de Freud. f) Comme ce qui “est fait de reliquats (Reste) échappant au jugement” (Beurteilung entziehen)20. Au début de la réflexion freudienne sur la Chose. décrit le neurone a. comme sujet d’un jugement. Berman (trad. Paris. dans la mesure où “ils sont sujets aux mêmes compositions que les représentations de Chose (Dingvorstellungen)”22.. S. comme neurone a. nous avons donc trois éléments : la Chose. Fischer Verlag. p. p. 12Ibid. a. op. Grâce à cette distinction. laquelle se différencie. Conformément à cette caractérisation de la Chose. et celui “perceptif”. avec celle Stoïcienne entre la chose existante. 348. où “les “investissements perceptifs coïncident avec des nouvelles émanant du propre corps”. p. nous allons sauver la dignité de Freud. sera distinguée. 423. Paris. 127-128. cit. En 1895. en contraste avec celle qui “peut être comprise grâce à une activité mnémonique”17. comme fraction constante. in G. a + c15. 21Ibid. la plupart du temps. dans l’Esquisse d’une psychologie scientifique. en tant que neurone a : a) Comme ce qu’il y a en commun. et du coup nous pourrons préserver sa distinction ternaire entre la Chose -confondue maintenant avec sa représentation réelle-. 426. non-assimilable. l’apparence de la Chose -comme représentation imaginaire de la Chose. “au moment où s’instaure la fonction du jugement”. l’apparence ouverte de la Chose et le mot clos. la distinction ternaire du Freud de 1891. PUF.. 361. 1956. Ces impressions s’associent dans la représentation d’objet. Traduction : p. on sort apparemment de la distinction ternaire. 10 . 15Ibid. se réfère au neurone b14. Meyerson (trad. il n’y a plus aucune différence entre les Choses et les représentations de Chose.et le mot -dans le registre symbolique. c) La “Chose” est ce dont “les différentes ‘propriétés’ sont révélées par les impressions sensorielles” que nous “recevons” d’elle. le terme de “Chose”. c’est-à-dire ce à quoi “le symbole” se “substitue complètement”21. unverstandenen Teil).échappant au jugement. c’est-à-dire “les attributs et mouvements de la Chose”19. celui “par le désir”. c) Comme une des parties du “complexe d’autrui” (Komplex des Nebenmenschen). Traduction : p. 1967. b) Comme “ce qui demeure généralement identique (gleichbleibt) à lui-même”.et b pour le symbolique -le mot. p. A. 392.. in La naissance de la psychanalyse. dans notre cours. PUF. incomprise. e) Comme “fraction constante incomprise” (konstanten. 345-346. “Entwurf einer Psychologie”. c’est-à-dire son “prédicat” dans le jugement.. I. p. En 1900. cette représentation de la Chose qui se confond avec la Chose. 473. 14Freud. a + b. en “réalisant” ainsi “l’apparence” de la Chose13. celle “donnant une impression de structure permanente et restant un tout cohérent” (als Ding beisammenbleibt).). cette distinction ternaire du Freud de 1891 sera mise en parallèle. qui “apparaît comme quelque chose de clos”. Comprise comme une distinction entre le réel -la Chose-. c’est-à-dire le sujet permanent qui reste toujours identique à lui-même. Traduction : p. Freud caractérise successivement la Chose.

Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient. Dans notre cours. laquelle. va nous conduire à la seconde nature. 1912.). Messier (trad. En 1912. (trad. Il sait donc. ne pourrait toujours pas se distinguer de la Chose qu’elle représente. Freud commence par affirmer que “l’homme primitif savait comment sont les Choses du monde (wie die Dinge der Welt sind). PUF. 1915.. Les caractères signifiant et insignifié de la Chose contrastent avec les caractères signifié. 304. Freud l’aborde pour la troisième fois -après 1900 et 1905. soit comme corps ou comme esprit. insignifiée -comme Chose non recouverte par le mot-. La représentation 23Freud. 27Ibid. lorsqu’il étudie la place de la Chose dans l’animisme -comme “première théorie complète du monde”24-. Paris. p. C. 30Ibid. PUF. in O. 1988. pour le dire à la manière du Freud de 1895. 237. dans Totem et Tabou. 304-305. Paris. il y a. vol. la représentation réelle insignifiante de la Chose.. 301. p. p. 305. dans la schizophrénie. XI. c’est dans la mesure où “mot et Chose ne se recouvrent pas”29 -ce qui arrive aussi dans un certain “philosopher”. 1998. Traduction : “Deuil et Mélancolie”. Frankfurt. tout en traitant “les Choses concrètes comme si elles étaient abstraites”30 -en prenant les Choses pour des mots. en décrivant le travail mélancolique. Dans de telles situations. S. “Trauer und Melancholie”. p. 29Ibid. elle est aussi un mot. “comme une dualité” -laquelle est “déjà identique à ce dualisme qui se révèle dans la séparation. 1988. Freud reprend l’idée qu’il avait déjà exprimée dans L’interprétation des rêves : “le travail de rêve traite les mots comme les Choses”28. la première nature de la Chose. S. J. XIII. Sur la Chose. de l’esprit et du corps” 26. la mélancolie va se différencier clairement du deuil normal.. comme sujet auquel se réfèrent les prédicats. Il signale ce “procès de longue durée progressant peu à peu”. comme Chose. La “technique” de l’animisme. L’homme primitif sait. in O. dans le sujet de tous ses prédicats. La Chose est bien une chose. 1915. du côté symbolique. J. Paris. Il y a simultanément.. 24Freud. 277. “L’inconscient”. En plus de ces représentations réelles de la Chose. signifiante -en tant que mot indiscernable de la Chose.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Cinq ans après L’interprétation des rêves. Paris. ainsi que dans le travail de rêve et dans une certaine philosophie. comme Dingvorstellung -que nous allons rapporter ici à l’objet a de Lacan-. dans Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient. in G. Cette représentation réelle. “Totem et Tabou”. qu’il y a un point. et comme mot. ainsi que le rapport entre les deux. De cette manière. “il faut se contenter des mots à la place des Choses” -en prenant les mots pour des Choses-. d’autre part. 11 .. où la technique consisterait “à diriger notre attitude psychique vers la sonorité des mots au lieu qu’elle le fût vers leur sens. vol. la même Chose (Ding) “latente”. Freud.. PUF. qu’elle n’est pas indépendante de ce qui émane de son propre corps. D. courante pour nous. il sait qu’elle est soumise à sa vie psychique. Il ne cesse pas pour autant d’être un simple mot. 25Ibid. 1915. 31Freud. qui n’arrive plus à recouvrir la Chose -qui n’arrive plus à représenter symboliquement sa représentation imaginaire-. dans le sujet dont il ne cesse de parler. où on “néglige les relations des mots aux représentations de chose inconscientes”. J. un reste ou reliquat qui échappe au jugement -comme le dirait Freud en 1895.dans la même année de 1915. où se rejoignent ce qui se trouve au-delà de l’objet et ce qui vit en deçà du sujet. (trad. Altounian et al. Altounian et al. S. Ce dont le mélancolique fait le deuil. En 1915.). 443. la Chose (Ding) “présente” comme corps.). p. Altounian et al. dans sa “capacité d’être remémorée ou représentée lorsqu’elle est soustraite à la perception”27. dans une “connaissance” qui est “projetée” par le sujet “dans la réalité externe”. En impliquant la représentation réelle insignifiante de la Chose. par lequel la “représentation (de chose) inconsciente de l’objet est délaissée par la libido” (unbewußte (Ding-) Vorstellung des Objekts von der Libido verlassen wird)31. p. comme Sachvorstellung -que nous allons rapporter au petit autre imaginaire lacanien. apparaît lui-même comme ce qu’il est. Fischer Verlag. 28Freud.. 1905. Cette double nature est manifeste dans la schizophrénie. d’une part. C. S.. est un reste de cette Chose. si le mot peut aussi manifester sa nature chosique. Il s’occupe ensuite du langage des schizophrènes. (trad. “donnée au sens et à la conscience”. pp. W. et insignifiant. soit la signification. aussi bien que dans une certaine philosophie. dans L’inconscient. le mot. celui de la confusion chosique. La Chose qui n’est donc ni extérieure ni intérieure au sujet. c’est-à-dire telles que l’être humain se ressentait luimême”. de sa représentation réelle -la Dingvorstellung-. 275. dans lequel. si ce n’était par son insignifiance. 26Ibid. in O. comme sujet auquel se réfère la parole. 1946. ou sujet des prédicats -dans la parole. cette Chose est conçue par l’homme primitif. Ainsi. de sa représentation imaginaire -la Sachvorstellung-. c’est évident que le sujet se retrouve dans la Chose. Soit projetée ou remémorée. Gallimard. Freud reprend le même terme de Dingvorstellung en décrivant les jeux de mots. à faire en sorte que la représentation acoustique du mot elle-même prit la place de sa signification. qui doit correspondre à la représentation imaginaire de la Chose. C. laquelle est donnée par les relations de celle-ci aux représentations des choses (Dingvorstellungen)”23. l’homme primitif sait qu’elle est comme il se ressent lui-même. en effet. p. Dans cette dualité. Or. p. mais présente comme “esprit”. nous avons ici la sonorité des mots ou leur représentation acoustique.). d’après Freud. en dernière analyse.. p. 239. 242. consistait à “placer les Choses réelles (realen Dingen) sous la contrainte des lois de la vie psychique”25. que la Chose n’est pas indépendante de son désir. 1988. S. ou sujet de la parole. S. on fait l’expérience de la double nature de la Chose : comme Chose. où la perte n’affecte que la représentation imaginaire signifiée.

W. 168-169. de sorte qu’on puisse s’en emparer si besoin est” 36. en trouvant ce qu’il cherche. alors que ce qu’il y a en elle de non-mauvais. comme “reste mnésique de Chose” (Erinnerungsreste von den Dingen)32. cette propriété “pourrait originellement avoir été bonne ou mauvaise. le sujet. indiqué par la lettre a -toujours identique à elle-même-. c’est nécessaire alors qu’il y est en elle quelque chose qui donne plaisir au sujet -quelque chose qui l’intéresse positivement. 33Ibid. pp. Rondeau (trad. “dans le langage des notions pulsionnelles les plus anciennes. 169-170. in O. à la “fonction du jugement”. XVI. in G. 1992. En 1895. cette lettre a qui fait défaut dans l’investissement perceptif. entre l’investissement par le désir et l’investissement perceptif. p. p. S. 168. En échappant à la signifiance du jugement. la Chose est ce que le sujet doit retrouver. de menaçant pour le sujet. elle n’est pas seulement ce que le sujet doit retrouver. S. 13-14. mais elle est également ce que le sujet ne retrouve pas. il faut “savoir si elle est là dans le monde extérieur. en plus de “prononcer qu’une propriété est ou n’est pas à la Chose”. ce qui donne plaisir au sujet.. C’est ainsi que surgit “l’opposition entre subjectif et objectif”. La réussite de cette opération. orales : cela je veux le manger ou bien je veux le cracher. XVII. On arrive ainsi à la dualité de la Chose. 34Freud. 12 . “il ne trouve pas dans la perception réelle un objet correspondant au représenté”. comme “étranger au moi”35. ce qui n’est pas retrouvé. qui veut “s’introjecter tout le bon” et “jeter de lui tout le mauvais”. au-delà de tout ce qui puisse être concevable pour lui. tout en étant “indubitablement plus ancien que celui-ci. l’objet n’ayant plus à être encore présent dans l’extérieur”37. après “savoir si une Chose (objet de satisfaction) possède la bonne propriété. Traduction : “La négation”. Traduction : p. 265. il “concède ou conteste à une représentation l’existence dans la réalité”34. Pour que la Chose puisse être en même temps à l’extérieur -comme corps. laquelle “s’instaure seulement par le fait que la pensée possède la capacité de présentifier de nouveau. que nous connaissons déjà : ce qu’il y a en elle de mauvais. comme elle n’est pas non plus l’objectif (a + b2) qu’il trouve. dans l’extérieur. Ce reste de la Chose.. représente réellement la Chose. “Le moi et le ça”. vol. mais “il le retrouve”. reste à l’extérieur de son moi-plaisir.et à l’intérieur -comme âme-... quelque chose autrefois perçu. la lettre a correspond à ce qui doit être délaissé par la libido -c’est-à-dire ce dont le jugement conteste l’existence dans la réalité. comme ce qu’il y a en commun entre le subjectif et l’objectif -voire la confusion chosique entre le subjectif et l’objectif. devrait constituer un certain “penser visuel”. Par cet “examen de réalité. dans l’investissement perceptif. Arrêtons-nous sur ces deux “décisions” prises par le jugement : a) La propriété dont il faut décider si elle appartient à la Chose. lequel se trouverait “plus proche des processus inconscients que le penser en mots”. En quelque sorte. dans l’investissement par le désir. Freud avait déjà établit qu’il devrait être. entre l’âme et le corps de la Chose. il faut décider. Laplanche et al. comme ce qu’il y a en commun entre les deux investissements. dans la mélancolie. Dans tous ces cas. J.a) que le sujet trouve. ce qui émane de son propre corps.. délaissé par la libido. p. A. Fischer. ou plutôt il doit le retrouver. Traduction : pp. il doit trouver ce qu’il cherche.). Paris. Or. cette lettre a est la cause du désir dans l’investissement par le désir. dans La négation.. Il cherche donc un point de confusion chosique.. perceptif et par le désir -a + b1 et a + b2..-M. 266. dans le subjectif que le sujet cherche (a + b1).. 1925. dans l’objectif (a + b2 . soit parce qu’elle était mauvaise et parce qu’en plus elle n’existe plus -donnant lieu au travail mélancolique. entre aussi à l’intérieur de son moi-plaisir -en plus de rester à l’extérieur-. Freud dirait que le sujet cherche. Certes. S. p. Traduction : pp. mais elle est plutôt le chosique (désigné par la lettre a) que le sujet doit retrouver à la même place. à l’intérieur. lequel.. 1922. si “quelque chose de présent dans le moi comme représentation peut aussi être retrouvé dans la perception (réalité)”. 1991. 14. Lorsqu’elle donne du plaisir. utile ou nuisible”. 13. ce qui s’exprime. nous comprenons que ce délaissement correspond. Normalement. C. s’introduisant dans ce qui peut être concevable et soutenant là toute représentation imaginaire de la Chose -en tant qu’âme de la Chose. En 1925. En n’étant pas retrouvée. elles en sont des répétitions” -comme quoi “l’existence de la représentation est déjà un garant de la réalité du représenté”.). C. “Die Verneinung”. par “l’examen de réalité” sur lequel se fonde le “moi-réel définitif”. soit parce qu’elle n’existe plus -suite à une perte qui donnera lieu au travail de deuil-. À propos de ce reste mnésique et inconscient qui représente réellement la Chose et qui échappe au jugement. dans la mesure où elle est ce reste réel qui échappe à la signifiance du jugement. pour autant que “toutes les représentations sont issues de perceptions. soit parce qu’elle était mauvaise -étant alors inconcevable en raison de son expulsion de la sphère du moi-plaisir-. C’est ainsi que surgit “le moi-plaisir originel”. en général. PUF. le “reste mnésique optique”. qui intéresse Freud en 1922 -dans Le moi et le ça-. pp. vol. onto. le corps dont on conserve l’âme. Paris. Bloch et J.comme philogénétiquement”33. par reproduction dans la représentation. à la signifiance du “penser en mots”. 36Ibid. Autrement dit. il s’agit maintenant de retrouver.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 réelle est précisément insignifiante. b) Après “savoir si quelque chose de perçu (une Chose) doit être accueilli ou non dans le moi”. 13-14. p. comporte que “le mauvais” soit “identique” à “ce qui se trouve à l’extérieur”. Frankfurt am Main. 35Ibid. ou non-signifiante. in O. (trad. afin de “se convaincre qu’il est encore présent”. cela je veux l’introduire en moi et cela l’exclure de moi”. Remarquez bien que la Chose n’est pas le subjectif que le sujet cherche (a + b1). 169 37Ibid. PUF. lorsqu’elle est donc 32Freud. donc mérite l’accueil dans le moi”. 1976.

Nous pouvons nous arrêter là. la Chose n’est représentable que par elle-même. comme Dingvorstellung -qui représente réellement la Chose-. s’il ne s’agissait pas.-P. elle est alors inconcevable ou inarticulable dans ce que le sujet cherche -restant une lettre a isolée. par un récipient très particulier. indépendamment d’elle. comme celle de Caeiro. elle n’est pas représentable. dans chacune. et d’autre part une représentation non-réelle. 1. 2002.1. celui du sujet. par rapport à la sphère du moi-plaisir. Soit dit en passant qu’en tombant du jugement. ou plutôt. que j’exposerai aujourd’hui. d’après la seconde. alors nous aurons accepté la seconde thèse. du sujet qu’elle s’incorpore -dans une incorporation propre de la mélancolie. il faut commencer par se demander s’il est possible de la connaître. que par autre chose (2). L’exemplification de cette thèse. La contradiction n’est donc pas entre les deux thèses. ce serait la Chose vraiment qui est représentable. Paris. Il n’y aurait plus aucun cours. est-elle représentable ? Au premier abord. une 38 Cléro. “La Chose”. une représentation réelle. par une autre chose que la Chose. Nous voyons là s’accomplir. deux thèses qui ne sont pas contradictoires: d’après la première. ou seulement l’autre chose ? Au contraire. En effet. Ainsi. celle qui ne sait qu’exister. Mais lorsqu’elle ne donne pas de plaisir. J. la Chose n’est représentable. reste en-dehors -comme ce qui est insaisissable dans le miroir de la perception. de la concevoir. C’est le suicide mélancolique. ou seulement présentable ? Chez Lacan. comme ce qui est désiré -comme objet du narcissisme ou i(a)-. la Chose n’est réellement représentable que par elle même (1) .La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 concevable ou articulable dans ce que le sujet cherche (a + b1). 18. 13 . Le Saint-Graal : la Chose qui n’est représentable que par elle-même À propos de la Chose de Freud et Lacan. dans la mesure où il est autre chose que la Chose. Non. n’importe laquelle. Prenez une chose quelconque. et seulement à ce moment. nous avons là deux sortes différentes de représentation qui n'ont rien à voir l’une avec l’autre. de représentabilité. 1. je peux déjà vous offrir sa formulation définitive : la Chose n’est réellement représentable que par elle même. que j’exposerai dans une semaine. mais entre les deux sortes de représentation qui sont impliquées dans les deux thèses. Si nous assumons la thèse de la Chose qui n’est représentable que par elle-même. de nous la représenter. puisque nous ne pourrions aucunement parler de ce que nous ne pourrions aucunement nous représenter par la parole. de manière non-réelle. si la Chose n’était représentable que par elle-même.-P. nous devrons considérer qu’en plus de la Chose. Dans la mélancolie. si nous acceptons que le récipient peut représenter la Chose. in Le vocabulaire de Lacan. Ici. Et elles seraient certainement contradictoires. si l’on peut dire. elle devient l’objet a.par le travail de deuil. mais seulement une chose. elle peut alors.. me permettra aussi de résumer tous les sujets que je traiterai pendant cet enseignement. une autre chose que la Chose.. 2002. “il n’y a pas de représentation de das Ding”38. en-dehors de cette sphère du i(a) du narcissisme. Si nous pensons que ce récipient ne pourrait jamais représenter la Chose. est admise et même défendue ouvertement. celle dont l’unique signification est de n’avoir aucune signification -aucune b attachée. par la Chose même. Je vous invite donc à ne pas nous arrêter là et de faire comme si la Chose était représentable. Elle est ainsi la Chose proprement dite. La question de la Chose est premièrement une question de représentation. comme Sachvorstellung. dont nous allons nous occuper seulement à la fin de notre cours. la Chose à l’état pur. Si elle était représentable. En ce qui concerne la première thèse. Les deux thèses semblent contradictoires. que j’exposerai aujourd’hui. serait-elle vraiment représentable. serait-elle représentable par elle-même ou bien par une autre chose ? Si elle n’était représentable que par une autre chose qu’elle-même. celle qui affirme la représentabilité de la Chose par une autre Chose.a). Au contraire. être délaissée normalement -sans des difficultés majeures. Ellipses. la Chose à l’état pur. la Chose acquiert le sens caché dont elle manquait. la Chose n’est représentable que par autre chose. l’incorporation du sujet par la Chose. jusqu’à ces dernières conséquences. le reste de la Chose emporte souvent le sujet. D’une part. alors que d’après la seconde. précisément par le fait d’être une autre chose que la Chose. À ce moment. chez Jacques Lacan. La première thèse. celle qui affirme l’irreprésentabilité de la Chose par une autre chose. p. Elle est donc réellement irreprésentable par une autre chose qu’elle même. est admise par Lacan de manière seulement implicite. inconcevable et inarticulable. D’après la première thèse. alors que la seconde thèse. comme ce qui doit tomber du jugement -celui-ci en tant que chaîne signifiante (b1 + b2 . nous trouvons deux thèses apparemment contradictoires à propos de la possibilité de représentation de la Chose. Cléro. Nous avons alors. comme ce qui échappe au jugement. Prenez par exemple un récipient. il n’y aura pas une représentation d’elle. comme reste mnésique et inconscient. alors nous aurons accepté la première thèse. C’est exactement ce que vous lisez chez J. nous pouvons répondre négativement. d’une représentation différente de la Chose. comme dans la mélancolie. dans son vocabulaire de Lacan : chez Freud comme chez Lacan. La Chose de Freud et Lacan.

il me suffirait de choisir. sur lequel nous reviendrons plus tard. dans cette réalité qui m’entoure. sa représentation réelle n’est qu’une présentation. et la considérer comme une représentation réelle de la Chose. Les lunettes seraient donc le représentant symbolique de ma représentation imaginaire de l'intelligence. par exemple en écrasant une petite cigarette en lui. Certes. en tant que représentation réelle de l'intelligence. alors il y a de l'intelligence. ce que je vous propose de concevoir c’est une représentation réelle qui présente ce qu’elle représente. p. je pourrai prétendre que les lunettes sont une représentation réelle de l'intelligence. Voici le représentant de la représentation de Freud et Lacan. que s’il y a des lunettes. notre folle représentation réelle qui présente ce qu’elle représente. Seuil. 1986. dans L’interprétation des rêves39. qui veut dire premièrement “rendre présent”. par le Saint-Graal. une chose. La Chose est rendue présente dans sa Dingvorstellung. Ce représentant symbolique (Vorstellunrepräsentanz) de la représentation imaginaire (Sachvorstellung) ne deviendra une représentation réelle (Dingvorstellung) que dans la folie. notre point d’arrivé. représentée par autre chose. 1900. au niveau réel et sans que l’imaginaire ou le symbolique s’en mêlent. Or. mais réelle. au cas où vous ne le seriez pas. et que si on enlève les lunettes. chez Lacan. sans l’aide de Peirce. une allusion à ce Graal 40. sauf par elle-même. nous ne concevons que des représentations imaginaires et des représentants symboliques. Le point de départ que nous avons choisi délibérément. vous n’arrivez pas encore jusqu’à la présentation dans sa représentation réelle. Il faut donc chercher ailleurs un lieu et un moment où nous puissions plus facilement trouver une Dingvorstellung. J. sera donc. de telle sorte que brûler une minuscule partie du drapeau. 1960. une belle allusion avec laquelle nous finirons l’année prochaine cet enseignement. Si vous le faites. Elle ne pourra être. “Séance du 10. Notre Dingvorstellung. Je vous prie de ne pas vous en tenir à la lettre.60”..peut nous faire penser que les Dingvorstellungen sont devenues une espèce de représentations en extinction. si des lunettes représentaient pour moi de l'intelligence. S. de ne rien prendre au premier niveau. L’interprétation des rêves. C’est le sens que ce terme acquiert dans la Dingvorstellung. Il ne s’agit pas ici. peut-être je vous offenserai avec mes apparentes blasphèmes. Puisque la Chose n’est réellement représentable que par ellemême. puisque la ville ne se détruit pas instantanément par le seul fait d’écraser la cigarette sur sa représentation géographique. dans le tissu du drapeau. Apparemment. du Ding. 40 Lacan. sur un petit point noir situé quelque part sur la surface de la carte.. nous avons l’impression que ce n’est pas facile de trouver. de manière littérale. une chose pareille. Ainsi. telle un drapeau tricolore qui se déploie au vent. alors il n’y a que la Chose qui puisse réellement représenter la Chose. au cas où vous seriez croyants. si j’étais fou. Lacan fait déjà. Paris. alors ces lunettes seraient à peine le symbole de l’image que j’ai de l'intelligence. Pourquoi pas un lieu fabuleux du moyen âge ? Celui où se trouve le Saint-Graal. la “représentation de la Chose”. Il ne s’agit pas ici d’une représentation imaginaire ou symbolique. En effet. Dans le septième séminaire. mais vous restez encore dans l’imaginaire. 170. nous allons essayer de l’illustrer. pour que la ville soit écrasée au lendemain par les bombes. avec ses fleuves et ses montagnes et ses grandes villes et ses merveilleuses cathédrales gothiques. il faut une médiation. Je m’en tiens là au sens strict du mot “représenter”. 39 Freud. les lunettes. des représentations réelles de la Chose. Elle ne pourra pas être ainsi réellement représentée par absolument rien. qu’en devenant des fous. par exemple. comporteraient la présence réelle de l'intelligence qu’elles représentent. Une telle idée n’est évidemment que de la folie. Elle sera irreprésentable par une autre chose. sans devenir pour autant des fous. Notre choix du Graal. D’emblée. Cette impression. en parlant de la Chose. en aucune façon. dans sa représentation réelle. par exemple. La Chose sera irreprésentable en dehors d’elle même. Normalement. qui va s’avérer fausse plus tard -grâce à la girouette de Peirce. en vous moquant de mon apparente religiosité. dans le moyen âge. rendre présent tout ça. la représentation réelle que Freud ne distingue pas de la présentation de “la Chose”. Si nous acceptons l’irreprésentabilité de la Chose par autre chose qu’elle même. Avec le Graal. une armée. c’est peut-être vous qui m’offenserez. des bombes. Par exemple. cit. Il ne s’agit pas exactement de ça. de rendre présente la France à notre esprit au moyen d’une représentation symbolique. en tant que Chose. mais plutôt de rendre présente la France en tant que telle. n’importe laquelle. nous ne pourrons trouver la représentation réelle que nous cherchons. Il n’est même pas inédit ni original. là vous vous approchez du réel. p. ici et maintenant. Nous sommes des fous lorsqu’un symbole devient pour nous une représentation réelle. op. équivaudrait au bombardement et destruction massive d’une ville comme Verdun. En outre.. 8 . il y aurait plein de Dingvorstellungen dans le monde. En affirmant cela. le Graal. il peut y avoir toujours un autre général ennemi qui empêche la destruction de la ville. une représentation de la Chose dans notre monde environnant.02. alors on perd l’intelligence.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 chose qui ne soit pas la Chose tout en la représentant. in L’éthique de la psychanalyse. ici et maintenant. 257. Pour trouver ici et maintenant une. celui sur L’éthique de la psychanalyse. en tant que tentative médiévale de présentation et représentation de la Chose. il n’y en aura nulle part. ou bien. n’est pas un caprice du hasard. des avions et des soldats. Vous allez peut-être penser que les cartes géographiques militaires des grandes guerres étaient des Dingvorstellungen. réellement et non symboliquement. cette introduction de mon enseignement aura un caractère étrangement ésotérique et théologique. puisqu’il suffisait qu’un Führer écrase sa cigarette sur une ville.

1220. Champion. ce qui est à la base de notre croyance. 42 Ibid. 24. nous savons seulement que la Chose est quelque chose d’irreprésentable. Il “essuya les plaies de Jésus au-dessus” d’un récipient41. c’est parce qu’il eut le privilège de contenir le sang du Christ. Au premier abord. Si j’étais un croyant du moyen âge et vous me demandiez qu’est ce que représente le Graal. Et pourtant. Acceptons que le Graal. H. Puisque le corps du Christ est la Chose. le corps du Christ est donc la Chose. 44 Anonyme. Là aussi. En proférant les derniers mots. par la suspension de jugement. vers 500600. Première continuation de Perceval (Continuation-Gauvain). Van Coolput-Storms (traduction en français moderne). alors il sera irreprésentable. la raison l’emporte sur la croyance. Dans son Roman de l’histoire du Graal. Il eut alors une excellente idée. Dans une autre version.-A. contemporaine de celle de Robert de Boron et que nous trouvons dans la Première continuation ou la Continuation-Gauvain de Perceval. 497. R. Mais voici le problème! Aucune croyance. 1995. selon une vieille croyance. alors le corps du Christ est réellement irreprésentable. 1993. 9 . soit la représentation réelle du corps du Christ.1). p. 1. croire cela n’est raisonnable que si nous cessons de croire que le corps du Christ est la Chose irreprésentable. Procédons à la suspension de la croyance en question. Acceptons aussi que le corps du Christ est la Chose. La Chose est le corps du Christ. et puisque la Chose est réellement irreprésentable. La légende du Graal “procède de Dieu” 45. Robert de Boron nous explique que pendant que Joseph était en train de laver le corps de Jésus.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 1. je n’aurais même pas le temps de me rattraper. après la crucifixion. Mais. Paris. qu’est ce que la Chose? Pour le moment. et pour un grand nombre de croyants d’aujourd’hui. Croire que le Graal n’est pas le corps du Christ.3. C. et non par le Graal. Micha (traduction en français moderne). D’ailleurs.2. C’est une réponse raisonnable. “le précieux sang du Saveur” 44. 1989. A partir de notre croyance.. Je vous rappelle qu’il s’agit. la Chose dont le Graal est la représentation réelle. il vit “le sang s’écoulant de ses plaies que le lavage faisait saigner”. du moins après sa christianisation. alors le corps du Christ ne pourra être réellement représentable que par lui-même. mais aussi une représentation réelle de ce qu’il présentait. conséquemment le corps du Christ ne pourra pas être réellement représenté par le Graal. Il n’était pas seulement un symbole. alors je vous répondrais peut-être : il représente réellement le corps du Christ. 123. Nous pouvons dire que son importance est si grande parce qu’il représente quelqu’un de si important comme c’est le cas du Fils de Dieu. de la croyance. Laffont. 45 Ibid. en tant que contenant du sang du Christ. Si d’un côté le corps du Christ est la Chose. c’est-à-dire le sang du personnage le plus important du moyen âge. en tant que telle.. le Graal n’est qu’un simple symbole. Le livre de poche. 22. Si nous supposons que le corps du Christ est vraiment la Chose. p. du récipient où le sang du Christ fut recueilli.. Si le tribunal de l’Inquisition m’entendait. par Joseph d’Arimathie. mais qu’il est sa représentation réelle. L’importance du Graal est celle du Christ. Mais pas n’importe quel récipient. faisait son sacrement chez Simon42. les deux pieds dégoulinaient et Joseph fit de son mieux pour en recueillir le plus possible de sang dans ce Graal en or pur”43. du début du XIII siècle. le corps du Christ ne pourra pas être réellement représenté par le Graal. Roman de l’histoire du Graal. 1200. La raison l’emporte sur la croyance. Paris. Impossible de me référer au Graal sans que ma référence comporte des ingrédients ésotériques et théologiques. “Perlesvaus”. ou bien la Chose irreprésentable n’est pas le corps du Christ en tant que réellement représenté par le Graal. p. ne pourrait être vraiment raisonnable. p. Devant ces deux énoncés. 43 Anonyme. j’aurais le droit de croire que le Graal représente réellement le corps du Christ. et si d’un autre côté la Chose n’est réellement représentable que par elle-même. Paris. En tant que Chose qui n’est réellement représentable que par elle-même (1. 123. comme je prétends le faire tout de suite. une croyance doit se suspendre elle même. j’insiste que c’est une croyance raisonnable. puisqu’il ne pourra pas être réellement représenté par une autre chose que lui-même. du Fils de Dieu et donc aussi du Père. C. nous sommes arrivés à deux énoncés opposés : ou bien le Graal ne représente pas réellement le corps du Christ en tant que Chose irreprésentable. mais la Chose n’a d’autre représentation réelle qu’elle-même. Si le Graal est devenu cette chose si importante dans le moyen âge. C’était précisément celui où Jésus. Marchello-Nizia (traduction en français moderne). nous voyons “les pieds du Christ qui étaient couverts de sang . peut-être aussi le personnage le plus important de toute notre civilisation. nous 41 Robert de Boron. Au moyen âge c'était souvent plus que ça.. Je dois suspendre le fait de croire que le Graal représente réellement le corps du Christ. Il y a donc une contradiction : le corps du Christ est la Chose réellement représentée par le Graal. se suspendre à la manière sceptique de Pyrrhon -par l’épochè. p. je suis déjà coupable d’une des plus graves hérésies souffertes par l’église catholique. A. Pour devenir raisonnable. vers 395-396. in La légende arthurienne : le Graal et la Table Ronde. si j’étais catholique. avant de mourir.

comme le Fils qui est lui-même une présentation et représentation du Père qui l’envoie dans la terre. Pour que la guerre puisse continuer dans notre âme. soit par le pain. en présentant lui aussi le Père qu’il représente dans la terre. reçoit celui qui m’a envoyé”49. il faut concevoir cette représentation réelle comme une présentation de ce qui est représenté. Si vous montez à la Tour Eiffel et vous examinez attentivement la surface de la terre qui s’étend entre le Champ de Mars et la coupole des Invalides. croire sans raison. mais seulement si je suis capable de croire que le Graal est le même corps du Christ qu’il représente. mais en assistant à sa révélation inobjectivable dans sa représentation réelle. 1987. Croire par la seule raison de la croyance. ou comme cet acteur qui représente lui-même son propre personnage dans un spectacle de téléréalité.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 sommes devant la suspension de notre croyance. Si malgré le bon sens (1. La seule raison de la véritable croyance est la propre croyance. sans que nous sachions si c’est le Graal ou quelqu’un 46Jean. in L’enfant et la jouissance. 49 Jean. soit par le Saint-Graal. Navarin.13. Le dilemme est indécidable. laquelle n’est réellement représentable que par la présentation de ce qu’elle est elle-même (1. qui est à la base de toute représentation réelle. N’oublions pas ceci. La simultanéité de la présentation et de la représentation nous fait penser aussi à une personne qui se représente elle-même. l’incrédule qui ne croit au corps ressuscité que parce qu’il le voit. pour que le Graal puisse représenter réellement la Chose. je croyais quand même que le Graal représente réellement le corps du Christ en tant que Chose. et croire aussi que le corps du Christ est cette Chose qui n’est représentable réellement que par elle même. cette raison vraie -d’Anselme de Canterbury. Paris. En plus de représenter le Christ. N°51.3). F. ma croyance ne serait soutenable que si je croyais aussi. ce qu’il présente déjà en le représentant. sans la voir. mais alors je ne pourrai plus croire que ce corps soit la Chose réellement irreprésentable par une autre chose qu’elle-même (1. comme l’accusé qui est lui-même son propre avocat. Croire sans voir. 73. voire une représentation fidèle de ce beau quartier de Paris qui se présente à votre œil. qui lui répond instantanément. croire tout simplement parce qu’on croit. mais aussi. Puisque le Saint-Graal présente le Christ qu’il représente. Analytica. n’oublions pas ce que Jésus dit à ces disciples durant le dernier repas : “qui reçoit celui que j’envoie me reçoit. nous sommes en présence de ce conflit de croyances ou de forces équivalentes qui est l’isosthénie des sceptiques : ou bien je crois que le Graal représente réellement le corps du Christ. du Fils lui aussi envoyé. puisque la Chose n’est réellement représentable que par elle-même. de même qu’un apôtre. le corps du Christ. le vin ou la communauté chrétienne -dans cette “identification rationnellement insoutenable”47. et donc le corps du Christ en tant que Chose. la paix de l’âme des sceptiques. comme dirait François Regnault. et qui me reçoit. pour que notre croyance entière puisse être soutenable. Autrement dit. ou bien.qui devra fonder pour le moment notre rapport à la représentation réelle de la Chose. pour pouvoir être représenté par le Graal. N’oublions pas que la Chose. ce que je vous prie de retenir. comme présentation et représentation du Père. puisque je dois croire que le Graal représente ce qu’il n’a pas besoin de représenter. ne pourra se représenter réellement qu’en se présentant.1). Puisque sa représentation réelle sera une présentation. 20. “Le corps mystique”. ou bien je crois que ce corps est la Chose réellement irreprésentable par une autre chose qu’elle-même. Joseph d’Arimathie se prosterne devant le Graal pour prier Jésus. du corps du Christ ressuscité. Cette idée nous pouvons l’appliquer aux apôtres aussi bien qu’à la Chose. Toute autre raison équivaut à “mettre le doigt dans la marque des clous”. vous auriez une sorte de plan. Pour croire. il faut que ce Christ se comporte de la même manière que le Graal. mais alors je ne pourrai plus croire qu’il soit réellement représenté par le Graal (1. sans l’objectiver. comme Jésus qui “rend témoignage à lui-même”48. 8. Pour concevoir la représentation réelle de ce qui n’est réellement représentable que par lui-même. En fait. il suffit de croire.4. devra être présent comme Graal. la représentation du Graal qui présente le corps du Christ nous suggère une carte géographique qui est le même territoire qu’elle représente.2). Heureux ceux qui croirons à la Chose en tant que Chose. 1. Mais “heureux ceux qui croiront sans avoir vu”46. le Christ. puisque ce corps est la Chose (1. 48 Jean. présente le corps du Christ en chair et en os.20. Je peux croire que le Graal représente réellement le corps du Christ. Dans le Roman de l’histoire du Graal de Robert de Boron. en tant qu’ils sont des envoyés. car le propre de la croyance est d’être irrationnelle.24-29.13.2). En tant que représentation réelle qui doit présenter ce qu’elle représente. 1987. ce qui est d’ailleurs très raisonnable. je peux croire tout cela. ce que vous auriez devant vous ne sera pas seulement une présentation de la partie occidentale du septième arrondissement. en fermant un œil et en faisant abstraction de ce qui se présente.1). d’une manière assez irrationnelle. le Graal. p. C’est pour cela qu’on risque de tomber dans l'ataraxie. 47Regnault. que le Graal est lui-même le corps présent du Christ. le corps du Christ. elle devra devenir une croyance irrationnelle. ce qu’il présente en chair et en os. 10 . il faudrait que le Graal soit lui-même simultanément la Chose. Je peux croire que le Graal représente réellement le corps du Christ. Voici la raison de l’irrationnel. tel Thomas Didyme. des présentations et représentations. à condition que ma croyance soit irrationnelle.

Merlin et Arthur : le Graal et le royaume”. Essayons maintenant de connaître superficiellement les différentes sortes de situations où elle peut se trouver. qui parle avec le roi. la grande affaire du moment. J. Pourtant. 1983. Merlin et Arthur : le Graal et le royaume”. pp. En vieux français. à l’un des serviteurs de la cour”. p.03. E. qui ne cessent toujours pas de parler. Paris. son effacement par les aventures de ces quêteurs. 58 Ibid. op. 26-27. cit. douze états qui permettent de reconnaître douze différentes sortes de situations que le corps du Christ ou le Saint-Graal (1. 768. 1994. cit. qui “aurait bien voulu savoir à qui en faisait le service” avec le Graal.). Perceval assiste à un spectacle singulier : un jeune homme qui tient une lance dont la pointe laisse couler une goutte de sang. sa quête par les chevaliers de la Table Ronde. il “trouva les portes bien fermées. 1200. correspondent aux différents états de la Chose par rapport au symbole. Baumgartner (trad. Philadelphia. Apparemment. Paris. b) Réduction au rien. Qu’est-ce que la Chose? Nous pouvons répondre déjà qu’il est le Saint-Graal. p. op. “Perceval ou le conte du Graal”. son ouverture en tant qu’il s’exprime par la parole. mais aussi le roi. de la seule chose importante. chez Lacan. élégante et parée avec goût”56. vol. p. 53 Manessier. mais il ne vit personne”. dans le Perceval de Chrétien de Troyes.). de la Chose. ne pense qu’à ce qu’il vient de voir. il n’en parle pas. Perceval “attendra” ainsi “jusqu’au matin” du lendemain. le chevalier Gauvain a l’impression de voir sur le Graal. à propos de la Chose remise à plus tard. Nous savons que le mystère du Saint-Graal. Dans la Quête du SaintGraal52. Paris. ces différentes sortes de situations. 767. p. vers 3300. deux autres gens portant des chandeliers. p. laquelle est absente dans sa parole60. dans les mythes et légendes inépuisables du Saint-Graal. Perceval et le Roi-Pêcheur ne parlent que d’autre chose pour parler de la Chose. “Séminaire du 10. vers 3356. dès maintenant. 1971. Paris. son meurtre en tant que Jésus crucifié.5. 1200. sa perte au sein même de son propre mystère. vers 3244. peut subir dans son univers mythique et légendaire: son absence dans la parole de Perceval. 1983. maintenant il n’y avait rien. tel que le Christ après sa résurrection. Champion. 1220. 767.71”. Pléiade. 60 Lacan. puisqu’en parlant du Graal il aurait été guéri de son infirmité et son royaume aurait retrouvé la prospérité. p. a) Absence. 1250. 61 Chrétien de Troyes. 1989. in Oeuvres complètes. Pour parler du Graal. Baumgartner (traduction en français moderne). E. Personne pu donc lui parler à propos du Graal. son adéquation aux expectatives de ses favoris et la méprise qui le caractérise dans ses apparitions. Pendant qu’il parle avec le roi. in The Continuations of the Old French Perceval of Chretien de Troyes”. ainsi que dans la Troisième Continuation de Perceval de Manessier53. 56 Chrétien de Troyes. il eut beau appeler et frapper. 193. Le roman de l’histoire du Graal. Perceval aurait bien voulu parler du Graal. rien ne restait du Graal et de son mystère. sa réduction au rien dans la château du Roi-Pêcheur. A. Nous connaissons donc cette première définition nondéfinitive de la nature de la Chose. se manifeste pour la première fois vers l’année 1185. On peut discerner clairement. Perceval posera sa question à propos du Graal. The American Philosophical Society. op. Le matin. Perceval. vers 3220. Paris. 765. est absent dans la parole de Perceval et du roi. belle. en tant que représentation réelle ou présentation et représentation du corps du Christ. 388. Néanmoins. “son corps et son sang” 55. 54 Anonyme. Comme n’importe quel autre sujet lacanien. personne ne lui ouvrit ni ne dit mot”62. in D'un discours qui ne serait pas du semblant. Le Graal est absent dans sa parole. “Sainte Chose et digne”54. 11 . ne pose aucune question au roi58. sa confusion avec se qu’on raconte à propos de lui. Vous vous rappelez peut-être de la scène mémorable où Perceval se trouve dans le château de Roi Pêcheur. “Perlesvaus”. Le chevalier. vers 42617. Et pourtant. avant de partir. vers 700-719. H. Baumgartner (trad. son éloignement par rapport à ceux qui prétendent l’atteindre. 1230. le Graal. 62 Ibid. même s’ils ne parlent pas du Graal.. l’histoire du Saint-Graal ne finit que lorsqu’il monte dans le ciel. Il continue à bavarder avec le roi. comme des situations du corps du Christ en tant que Chose et tel qu’il est présenté et représenté par le Saint-Graal. IV. -dont ils veulent parler tous les deux. p. p. Puisque nous allons traiter minutieusement ces états de la Chose tout le long du semestre. Perceval “aurait bien volontiers questionné son hôte à ce sujet s’il n’avait craint de le contrarier”59. “sans faute. ça vaut la peine de les examiner séparément. nous lisons : “ainsi la chose est respitiée”61. Dans la théorie lacanienne. 51. “Perceval ou le conte du Graal”. 342. Si la veille il y avait l’absence de la Chose dans la parole.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 d’autre qui parle50. 1989. 374. Micha (ed. il n’y avait personne dans le château. au moins douze états de la Chose par son rapport au symbole. Laffont. Droz. qui est aussi le Christ. qui guideront désormais notre enseignement. La quête du Saint-Graal. 1. Il n’y avait non plus aucun signe du Graal. en tant qu’expression médiévale du mystère de la Chose. Et pourtant. En effet. 57 Ibid. Le fait est que la Chose.. cit. et ensuite “un graal tenu à deux mains par une demoiselle qui s’avançait avec les jeunes gens. “C’est ainsi que la chose est remise à plus tard”. Lancelot. 51.4). cette sacrée nature de Chose. 1979. Perceval se réveilla et “regarda autour. D’après le Merlin. E.. vers 3300. “il n’ose pas demander à qui l’on destinait le service du graal”57. non pas seulement Perceval. 205. 52 Anonyme. 765-766. 55 Robert de Boron (attribué). 1185.. se dit-il. 1200. Laffont.. p. 51 Anonyme.. comme le corps du Christ en tant que Saint-Graal. 1185. pendant que le Graal passe encore plusieurs fois devant eux. 59 Robert de Boron (attribué). p. p. ce rien apparaît 50 Robert de Boron. sa passion de ses propres mythes et légendes. d’abord “la silhouette d’un enfant” et ensuite “un homme cloué sur une croix” 51. Gallimard.). “The third continuation”. Dans le roman anonyme du Perlesvaus. 246.

Pour justifier le lien que nous établissons entre la perte du Christ dans le graal et celle du Saint-Graal dans l’entourage objectif. “Alors il se dirigea vers la forêt et il prit un sentier où il découvrit les traces récentes de chevaux qui l’avaient emprunté. Le mystère du Graal est celui de la Chose qui n’est représentable que par elle-même. mais il n’y a rien non plus dedans lui. 70 Ibid. En un certain sens. quel est donc ce mystère ? Làdessus. il ne reste que le vide d’un château où il n’y a plus rien.62”. c’est une “étoffe en soie blanche” qui le recouvre71. que sont allés ceux que je cherche’. le Christ perdu.. mais cet univers. et donc absent. p. lorsqu’il est en présence d’un graal. 72 Malory. puisque personne va prétendre maintenant qu’il peut voir le corps du Christ. une profonde équivalence entre le vide du château. 27. qui est toujours absent dans notre parole. ou le rien dans le sujet. “Perceval ou le conte du Graal”. vers 3412. 1485. ‘C’est par ici. le Graal est effacé par les égarements de Gauvain aussi bien que par les amours adultères de Lancelot avec la reine Guenièvre. 68 Ibid. de Robert de Boron. ou le rien dans le monde. 770. “Séminaire du 21. J. 770. sa perte dans le monde objectif qui entoure les chevaliers. cit. 1220. Perceval devait la chercher... ainsi que l’ignorance d’une personne. d’un chevalier. Je pense que le mystère du Graal est celui de la présence en chair et en os de la Chose. mais personne ne lui répondit”63. Personne. en tant que Chose. Si le mystère du Graal équivaut à sa perte. nous avons l’impression que la Chose disparaît toujours. vers 865. 1962. La quête du Saint-Graal. 67 Robert de Boron. p. 1200. in L’identification. op. 1948. dans sa représentation réelle. Impossible de ne pas être frappé par cette analogie structurelle entre la perte du Graal est celle du corps du Christ. du corps du Christ. Joseph efface le Graal. voire cette chose privilégiée qu’est le sujet lacanien en tant que rien64. par exemple. Aubier-Montaigne. nous devons remarquer aussi que dans l’univers légendaire du Graal. C’est aussi le mystère du corps du Christ. Avec ce rien. Et. pp. mais comme un simple objet. p. 63 Ibid. J. où Joseph d’Arimathie. p. M. le corps du Christ. où les chevaliers de la Table Ronde ne cherchent le Graal que pour résoudre son mystère. Puisque la Chose était perdue. chosiquement présent en tant que Saint-Graal. 26-27.03. et donc effaçante -suivant Lacan73-. en chair et en os. C’est mieux de croire que le Graal est perdu. Or.62”. si trivialement humaines. n’est-il pas. Ces aventures humaines. 66 Lacan. in L’identification. dans le Saint-Graal. ou croire que c’est le Christ qui est perdu. p. perdu lorsqu’il se manifeste dans le graal -à condition de considérer celui-ci non comme la Chose. c’est parce qu’il s’agit du mystère du corps du Christ. semble-t-il. “Séminaire du 14. Alors “il appela. Paris. la Chose est réduite au rien. Il y a bien d’autres effacements du Graal dans son univers légendaire. C’est Joseph qui a perdu le Graal par le fait d’être en prison. vers 700-719. ne cessent d’effacer la Chose divine. Chez Malory. en lui apportant lui-même le Graal en prison. Le Graal. et ceci juste après son apparition. T.). c’est mieux ceci que cesser de croire. déjà en soi-même. la femme d’Arthur. Le roman d’Arthur et des chevaliers de la Table Ronde. dans cette scène du Roman du Robert de Boron. “Séminaire du 14. est perdu au sein même de son propre mystère. perdu dans l’objet. comme nous pouvons bien le constater dans la Quête du Saint-Graal. en tant qu’elle n’est personne. Il n’y a rien dehors le sujet. 28-29. du Christ qui se présente à Joseph avec sa propre représentation dans ses propres mains 69. tenu pour responsable de la perte du corps du Christ. d) Effacement. Là. perdue dans l’entourage objectif. nous voyons le Christ. Joseph d’Arimathie cache le Graal... Le roman de l’histoire du Graal.. mais qu’il cherchait plutôt à résoudre le mystère du Graal. ainsi que par le fait de le “cacher dans sa maison en le dérobant aux yeux de tous”68. op. si l’on peut dire. Puisque trouver le Graal équivaut à résoudre son mystère. qui ne sait absolument rien. La Chose disparaît derrière la trame signifiante. Il y a. 71 Anonyme.-M. vers 719. 51. un objet lacanien où se concrétise la perte de la Chose66. J. et l’ignorance du chevalier. 73 Lacan. il suffit de lire cette scène du Roman de l’histoire du Graal. mais c’est aussi lui qui est tenu pour responsable de la perte du corps du Christ. en conséquence la perte du Graal. où il n’y a plus personne. c) Perte. il le dérobe aux yeux de tous. Mais ce rien est encore la Chose. cit. pensa-t-il. absent dans sa présence. Dans le château du Roi-Pêcheur il ne reste que la Chose qu’est la personne en tant que rien. qui vient trouver Joseph pour lui apporter son Graal.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 maintenant comme une deuxième manifestation du Graal et de son mystère. 1962. Il faudrait peut-être préciser ici que Perceval ne cherchait pas le Graal. j’ai une conjecture. que c’est lui. dans notre univers légendaire du moyen âge. vers 2482. que c’est le Christ qui est réduit au rien. 65 Chrétien de Troyes. c’est un “samit blanc”72 par lequel il est “précieusement couvert” et caché à la vue des chevaliers. 30. op. Dans ce rien.. 12 . Certainement. p. Dans la Quête. mais aussi objectivement représenté par ce graal. représenté dans sa présence. in L’identification. Dubois (trad. un effacement de cette Chose qui est le Graal en tant que corps du Christ ? En effet. 1962. le Graal perdu 67. cit.03. 1185. Perceval sortit enfin du château et vit le pont-levis qui se relevait après lui. p. 69 Ibid. 64 Lacan. le Saint-Graal. vers 3428. des entreprises des chevaliers qui la cherchent et qui semblent même oublier ce qu’ils cherchent. 145.” 65. équivaut exactement au mystère du Graal. Il l’efface aussi lorsque plus tard il le “couvre d’un linge”70. sa trouvaille correspond à la résolution de son mystère.62”.03. Au début de la Quête du Saint-Graal. Rien ne restait du Graal lorsque Perceval sortit du château. est mis en prison.

Alors Perceval “s’élança à travers bois en suivant leur trace”86. J. Ce qui est d’ailleurs assez compréhensible. in L’éthique de la psychanalyse. chez Chrétien de Troyes. p. 1220. 843. g) Éloignement. Cette incroyance ne fait pâtir la Chose que dans la mesure où elle soutient la chaîne signifiante de l’histoire du Graal. 6. le cas exemplaire nous le trouvons dans la Première Continuation de Perceval. son père. évidemment. lui-même. 1250.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 e) Passion. ce n’est pas le même cas dans la Quête du Saint-Graal. celle-ci sous la forme d’oubli. On se croirait à Gethsémani. celui de la crucifixion. fors ce que Diex li anveoit. mais qu’elle traverse toute l’histoire de son humanité. qui lui raconte enfin l’histoire mystérieuse du Graal 76. il est le meurtre de la Chose. où Perceval et les autres chevaliers arrivèrent souvent à presque atteindre le Graal. 1200. Le roman de l’histoire du Graal. une dépouille mortelle. “Séminaire du 27. 13 . le Christ.36-46. avec laquelle le père du Roi Pêcheur “se soutient et réconforte” 84. les nouveaux les disciples de Jésus. 82 Jean. 495-497.01. un cadavre. p. où Gauvain s’endort en écoutant le Roi Pêcheur. tel qu’un symbole lacanien79. les aventures humaines des chevaliers de la Table Ronde font pâtir cette Chose divine qui est le corps du Christ. cit. p. qui ne mangea ni but que ce que Dieu lui donna dans le Graal : “Ne onques n’i menja ne but. cit.. un fils. Néanmoins. sous la forme de Roi Pêcheur. Celui-ci est précisément ce qui du réel pâtit. J. vol. car ce sang est “vraiment une boisson”. 81 Robert de Boron.27. Or. je vous propose une nouvelle hypothèse: après avoir souffert l’incroyance des juifs. ce Graal. du sang du Christ qui remplit le Graal. À ce sujet. d’après ce que nous apprenons du propre Jésus dans la synagogue de Capharnaüm. c’est à cause de l’oubli.. cette hostie dans le Graal. cit. cit. le Saint-Graal présente et représente le corps du Christ. du moins dans le conte de Chrétien de Troyes. en lui donnant le Graal : “Tu posséderas le signe de ma mort”81. et les aventures des chevaliers ne cessent pas. 193. ce meurtre. 85 Manessier. 770. cit. “Perlesvaus”. le dernier jour.51-58. “Perceval ou le conte du Graal”. où ces premiers disciples s’endorment. f) Meurtre. 86 Chrétien de Troyes. p. tel que le Roi Pêcheur. in Ecrits. descendu du ciel”82. la distraction et la négligence des chevaliers leur empêchent de résoudre le mystère du Graal -et donc de mettre fin à l’histoire du Graal. 26. Seuil. “Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse”. que le pauvre chevalier ne put jamais les atteindre. vers 6424. Nous devons croire sérieusement que la passion du Christ ne finit pas dans le calvaire. op. ainsi que l’histoire légendaire du Graal. le Saint-Graal. à un donneur de sang en vue d’une transfusion pour sauver la vie. 1185. est représenté par une coupe. c’est uniquement dans la mesure où ce corps est déjà mort. en disant : “Buvez-en tous. Impossible de le situer géographiquement. ce pain qui “donne la vie au monde” 83. comme la Chose 74 Lacan. ainsi que la misère de son royaume. 1960. et qui le servoit nuit et jor”85. 76 Anonyme. 26. du Fils. Et si loin ils étaient. nous savons bien qu’il faut boire du sang de ce mort. de même que le Perceval de la troisième continuation de Manessier. “The third continuation”. vers 3428. op. puisque “si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme. 1185. pour la simple raison que l’oubli. que cette coupe passe loin de moi” 77. qui “est devenu si immatériel que pour vivre il n’a plus besoin que de l’hostie qui lui vient du Graal”75. Jésus parle de sa passion. Première continuation de Perceval (Continuation-Gauvain). 1999. 1185.33.60”. qui est un meurtre. et cette chair “est vraiment une nourriture”. Cette histoire est la chaîne signifiante dont pâtit la Chose. cit. Et pourtant. en plus de présenter et représenter le corps du Christ. pp. “n’ayant pas la force de veiller une heure” avec le Christ. et ne buvez son sang. bien entendu. 6. op. Paris.. qui n’entre jamais dans les églises. Quant au Roi Pêcheur. 80 Anonyme. p. 341. la Chose qu’est Jésus doit maintenant. “le fils de celui qui se fait servir avec le Graal”. I.. dans la mesure donc où il n’est qu’une Chose. à la manière lacanienne74. p. Pourtant. Gauvain a l’impression de voir au-dessus du Graal “un homme cloué sur une croix” 80. qui leur empêche de résoudre ce mystère du Graal. vous n’aurez pas la vie en vous”. pour les chevaliers de la Table Ronde. 78 Matthieu. Si pour les nouveaux disciples de Jésus. Chez Robert de Boron. à Gethsémani.. le Graal s’éloigna encore plus. et non pas. subir l’incroyance des chevaliers. le Saint-Graal présente et représente la mort du Christ. où “il prit une coupe”. Et il faut aussi manger la chair du Christ. “Perceval ou le conte du Graal”. cit. car ceci est mon sang”78. de la trame signifiante des mythes et légendes du Saint-Graal. op. Dès le début. le fils de ce père divinement immatériel. dit à Joseph d’Arimathie. 317. Le Saint-Graal est la mort du Christ. p. vers 750. qu’il doit souffrir encore son infirmité. nous assistons à l’incroyance de Perceval. qui ne demande rien sur le Graal et qui se distrait et oublie si facilement sa quête. 84 Chrétien de Troyes. de sa propre mort. Cette chaîne subsiste. Elle est la nouvelle passion du Christ. de la distraction et de la négligence des chevaliers. la Chose.. 28. op. et ceci le jour même. En effaçant le Saint-Graal. distraction ou négligence. “Perceval ou le conte du Graal”. voudrait voir passer loin de lui. 83 Jean. se montrent aussi nuls que les premiers. 75 Chrétien de Troyes. 843. Dans le Perlesvaus. qui demande pendant ce temps à son Père que “s’il est possible. op. 79 Lacan. 142. p. 1953. avec le Fils. avec son mystère et peut-être aussi les habitants du château. Cette mort. Rien de plus lointain que ce château du Roi Pêcheur où se trouvait le SaintGraal. pour ne pas mourir. vers 42586. op. C’est la coupe que Jésus. puisque le sang qui remplit ce Graal appartient à un mort. voire par un graal. Les chevaliers de la Table Ronde. op.. cit. elle est “le pain vivant. 77 Matthieu.. Lorsque Perceval y arriva enfin. par le Saint Graal qu’il veoit. vers 6424. Ainsi.

89 Ibid. Nul ne put voir ce qu’il était devenu et où il était parti” 95.01. “depuis lors. 94 Manessier. après la mort de Galaad. loin de l’entourage où ils parlent et où ils agissent. nos chevaliers “virent une main descendre du ciel” et “emporter” le Graal avec elle90. in The Continuations of the Old French Perceval of Chretien de Troyes”. The American Philosophical Society. 5. vers 3244. 93 Anonyme. vers 32710. p. Champion. 766. “Perceval ou le conte du Graal”. vers. J. une certaine équivoque entre le réel du Graal et ce qu’on raconte à propos de lui103. doit s’éloigner toujours. confondue avec elle. vers 32433.. Mais. in L’éthique de la psychanalyse. dans cette parole. in Le moment de conclure. déchaîne les mythes et les légendes qui s’ensuivent. se trouva plus loin que jamais. Perceval ne parle pas de la Chose avec le Roi-Pêcheur. nous constatons. 68. mais ne reçoit aucune réponse avant la troisième continuation. finit toujours par se situer ailleurs. 1959. S’il y a un Saint-Graal. Op. dans la première. de Manessier. En effet. cette quête est commencée avant. n’a eu assez d’audace pour prétendre avoir vu le Saint-Graal”93. 1250. dans la Quête. qui lui dit un jour : “évitez les bavardages et les racontars (gardez que vous ne soiez trop parlanz). puisque le Graal est loin. 373. La quête du Saint-Graal. 1220.. C’est alors que la Chose.. 495-497. qu’il venait de guérir 89. Telle Chose. op. loin de nous. où Perceval pose la question pertinente: “cui an an sert et qu’an an fait” 101. Elle est donc absente dans la parole. p. in L’identification. et celui qui la cherche et veut se rapprocher d’elle.12. 1250. Première continuation de Perceval (Continuation-Gauvain).. The American Philosophical Society. comme dirait Lacan. pourquoi le Saint-Graal est-il absent dans la parole de Perceval ? Tout simplement parce que celui-ci “gardait en mémoire les paroles de son noble et sage maître”98. p. le Graal finit toujours par s’éloigner de ceux qui prétendent l’atteindre. où le Roi-Pêcheur informe Perceval que le Saint-Graal est le “Saint Vaisel” où le “Saint Sang” du Christ fut “reçu”102. puis que Perceval fu finnez. Ce n’est pas étonnant de lire. 92 Actes des Apôtres. 14 . Il faut alors la chercher. pp. des chevaliers doivent le chercher. 91 Luc. “The third continuation”. 342. 24. cit. 1983. p. La quête du Saint-Graal. p. En effet. cit. attribuée à Wauchier de Denain. En effet. perdue. puisque celle-ci est absente dans la parole de Perceval. loin des mots et des choses. Merlin et Arthur : le Graal et le royaume”. Philadelphia. “Séminaire du 14. p.51. C’est a peu près ce qui arrivera dans les continuations de Perceval. cit. celui-ci est dans ces mythes et légendes. Or. cit. C’est pour qu’il y ait cet univers. p. i) Confusion. D’après le Merlin de Boron. mais présente dans cette parole. h) Rapprochement. qui est la Chose. 1200. 1648. in The Continuations of the Old French Perceval of Chretien de Troyes”. Nous savons déjà que l’absence de la Chose dans la parole. 726. Aujourd’hui. Finalement. ainsi que de tous les autres chevaliers dans des circonstances chaque fois différentes. 87 Lacan. Pour ne pas dire tel chose. l’univers légendaire du Graal s’ouvre par l’éloignement du Graal. comme un horizon. 1983. 1971. 103 Lacan. J. où personne n’a vu ni verra le Graal après son ascension avec Perceval dans le ciel : “Nus hom qui le veïst in terre. p. cit.78”. en étant “soustrait aux regards” de ses disciples “par une nuée”92.. La distance entre les chevaliers et le Saint-Graal devient le terrain où toute l’action chevaleresque a lieu. 30. dans le ciel. 99 Ibid. puisque quiconque bavarde trop (trop parliers) risque de dire quelque chose (tel chose ne die) qu’on lui reprochera comme une vilenie”99. 102 Manessier. 1220. ainsi que dans la deuxième. 1. Il s’éloigna ensuite de Lancelot. 95 Anonyme. il y a donc le mystère du Saint-Graal et les entreprises des chevaliers pour résoudre ce mystère. La quête du Saint-Graal.62”. 506. il peut y avoir une quête et un rapprochement de la Chose. 30. op. On cherche la Chose parce qu’elle est absente. p. que le Graal. p. 58. le Saint-Graal disparut. 1978 “Séminaire du 10. plus précisément l’absence du Saint-Graal dans la conversation entre Perceval et le Roi Pêcheur. dans la deuxième continuation. après qu’il lui a raconté quelques unes de ses aventures: “tout ce que vous m’avez raconté -dit-elle.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 lacanienne87. avec cette parole du Roi Pêcheur qui ne sert qu’à bercer et endormir Gauvain100. la Continuation-Gauvain. loin de ces quêteurs. pour Perceval. elle doit se trouver encore là-bas. 88 Anonyme. tous les mythes et légendes qui concernent le SaintGraal sont des manières de parler à propos de lui. se rapprocher de lui. C’est ainsi que la quête commence. 97 Lacan.. 1220. in The Continuations of the Old French Perceval of Chretien de Troyes”. Gornemant de Goort.). p. op. 1185. H.. 90 Ibid. comme fut Jésus “emporté au ciel”91. En fait. op.signifie le saint secret”. En tout cas. ce médium lacanien qui donne accès à la Chose97 et qui surgit de la distance qui s’ouvre entre cette Chose absente.59”.03. ce n’est que pour servir les chevaliers et s’éloigner instantanément : “quand tous furent servis. à travers cet univers légendaire. ce qu’une jeune fille explique à Perceval. cit. 100 Anonyme. n’est pas dite. lorsque son aïeul décida que le Saint-Graal “devrait être” à lui et qu’il devrait donc “le chercher jusqu’à ce qu’il l’ait trouvé”96. elle n’aurait pas été absente dans la parole. Ce qui est confirmé dans la troisième continuation de Manessier. Baumgartner (traduction en français moderne). Philadelphia. J. “The third continuation”.9.. confondu avec elle. Il s’éloigna premièrement de la Table Ronde où les chevaliers étaient réunis 88. cit. une certaine confusion.. Puisque Perceval ne pose aucune question sur le Saint-Graal. “Séminaire du 09. 1962. Puisque la Chose est quelque part. 1240. Paris. E. 246. 101 Wauchier de Denain (attr. “The second continuation”. si telle Chose avait été dite. ne jamés home qui soit nez. puisqu’il ne parle pas de la Chose. p. cette trame signifiante. nel verra si apertement”94. puisque personne. op. vers 42625. Si un jour de Pentecôte le Graal fait sa visite à la Table Ronde. 98 Chrétien de Troyes. 1220. op. 246. 96 Robert de Boron (attribué)..

il put voir. Ce qui est d’ailleurs absolument vrai. 1250. Et à l’instant même l’aveugle. d’ailleurs. apparaissaient à chaque place les mets que chacun désirait”110. De même. de lui ou de n’importe quoi d’autre. il faut lui parler. il faut concevoir son existence dans notre intellect. en lui répondant : “Joseph. 1200. vers 42519.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 voire “le Saint-Graal”. dans le château de Corbenic. ceux qui veulent voir. 1220. op. La quête du Saint-Graal. Le Graal ne parle à Joseph que lorsque Joseph lui parle. même pour voir le Graal. p.à l’entrée de Jéricho. vers 34599. “La science et la vérité”. p. ce Graal si bavard. in Ecrits. Chez Robert de Boron. ils devaient avant s’attendre à le voir. 52. 105 Robert de Boron.) servoit com il acostumé avoit”113. vers 2550. Seulement pourront voir ceux qui cherchent à voir. il fallait d’abord le chercher. 10. 107 Robert de Boron. p. rassure-toi. L’ouverture du Graal en tant qu’il n’était plus effacé. la Chose répondra convenablement avec sa parole de Chose ou Saint-Graal. cit. devenu quêteur de la Chose. 54. Tonnelat (trad. sans réponse. Alors Jésus lui dit : “Vois . Bartimée. Voici la phrase idéale pour la publicité du Graal -une phrase que nous retrouvons plus d’une fois dans son histoire. Paris. V. k) Adéquation.). 18. p. Ainsi. cit. Et il reçoit exactement ce qu’il demande. il “alla à son vase et s’agenouilla. Il fit un discours. “The second continuation”. Pour le trouver. avec la voix du Saint-Esprit qu’il présentait et représentait. Il y a la Chose dont on parle ou on ne parle pas. 29-53. puisque la Chose donne toujours ce qu’on lui demande ou ce qu’on attend qu’elle donne. le délivra de son inquiétude. E. il fallait d’abord être un quêteur du Graal.. dire une telle Chose. et puisqu’il crut pouvoir voir. À notre attente. La quête du Saint-Graal. vers la fin de la Quête du Saint-Graal. se prosternant sur les coudes et les genoux et priant Jésus” -assez pieuse conduite grâce à laquelle “la voix du Saint-Esprit se manifeste”108. il se montra encore plus ouvert. J.29-34. Gauvain ne répond pas au Roi Pêcheur de même que le Roi Pêcheur ne répond pas dans la deuxième continuation à Perceval. Maintenant il était. 239. cit. à notre pensée. Jésus lui demanda : “Que veux-tu que je fasse pour toi?”.. en servant comme il a l’habitude de le faire -pour reprendre l’expression de Manessier : “le Graaux (. Lorsque lui et sa communauté eurent des problèmes. 106 Lacan. 117 Marc. son ouverture en tant qu’il pouvait s’exprimer par la parole. chaque fois qu’il passait. il faut s’attendre à le voir. comme le fils de Timée. j) Ouverture.. Et ce fut ainsi que le monde put connaître l’ouverture du Graal. cit. celui-ci “passa dans la salle” où se trouvaient les chevaliers “en faisant le tour de chaque table et. 1200. 111 Wolfram von Eschenbach. 113 Manessier. p. le Graal offrait “tous les mets dont les convives désiraient goûter”111. et il vit ce qu’il devait voir. p. 108 Ibid. 1200. in The Continuations of the Old French Perceval of Chretien de Troyes”. Il y a notre parole à propos du Graal. p. 351. L’aveugle répondit : “Que je voie!”.. voire les choses avec lesquelles cette Chose qui est le Graal nous répond. recouvra la vue. Peut-être parce que la parole à propos de la Chose ne mérite pas une réponse. chez Eschenbach. comme la chose freudienne de Lacan. 20. vers 2460. 1200. p. Puisqu’il voulut voir.46-52. De manière analogue.). qu’il n’était plus couvert par aucun linge ni aucune étoffe en soi blanche. vers 2711. 1977. avec des choses. cit. 110 Anonyme. L’action du Graal montre son adéquation aux expectatives de ses favoris. 208. ta foi t’a sauvé” 117. Joseph d’Arimathie fut le premier à l’entendre. le Graal n’est vu que par les croyants véritables114. Parzival (Perceval le Gallois). c’est-à-dire parce qu’il est au gré de tout le monde. vol. cit. Et Joseph fut rassuré. notre croyance ou notre intellect.. Ces convives recevaient du Graal seulement ce qu’ils attendaient.. Voici la signifiance chosique ou la confusion de la Chose avec la parole. 1240.. in The Continuations of the Old French Perceval of Chretien de Troyes”. pp. à découvert. 237 116 Matthieu. cit. cit. 1989. Elle se remplira ainsi de ce que nous attendons qu’elle se remplisse. il faut croire en lui. Ainsi. en “allant tout seul devant lui. “veissel tout à descouvert”107. “tout nu” et couvert de sang. Puisqu’ils ne cherchaient pas le Graal. p. 1200. 339. 500. Baumgartner (trad. parce qu’il convient à tous. le même Graal ne parle au Roi-Pêcheur que lorsqu’il “s’agenouille devant lui” et il invoque le sang du Christ pour lui demander ce qu’il a à lui demander109. 114 Robert de Boron. op. Cette parole du Graal. “The third continuation”. et la réalité. Il serait donc le Graal parce qu’il agrée à tout le monde.). voire notre attente. 115 Anonyme. explique ceci aux chevaliers au moyen d’un jeu de mots : “parce que l’écuelle agrée à toutes gens.. dans le vieux français de Robert de Boron. 30. 407. Le roman de l’histoire du Graal. ils ne pouvaient pas le voir. ne serait toujours que vilenie.. op. Paris. Pour le voir.. op. op. 1965. op. vers 865-2600. et Luc.. ou en vieux français : “quanque vos m’avez conté senefie lou saint secré” 104. Merlin et Arthur : le Graal et le royaume. Il y a une parfaite adéquation entre la parole que nous adressons à la Chose. p. p. tu n’es en rien coupable”105. Le roman de l’histoire du Graal. un homme mystérieux qui sort du Graal. 50. ce mendiant aveugle -qui n’est pas un mais deux aveugles chez Matthieu 116. et le Graal. Dans la Quête. Aubier-Montaigne. elle est à juste titre appelée le Saint-Graal” 112. avec une parole qui reste souvent. 112 Anonyme. 15 . 1220.35-43. 109 Robert de Boron (attribué). op. Laffont. Et le Graal parla encore. E. il exprima des avis et il donna des conseils. la Chose. à notre parole de sujet. mais il y a aussi la Chose qui nous parle. Le roman de l’histoire du Graal. le Christ 104 Wauchier de Denain (attr. en larmes”.. cit. 1220. le Graal ne se présente aux chevaliers qu’après “qu’eurent quitté la salle tous ceux qui ne se considéraient pas comme quêteurs du Graal”115. dans la Quête du Saint-Graal. II. pour répondre à nos objurgations106. La quête du Saint-Graal. Or. op. mais il y a aussi la parole prononcée par le propre Graal à propos de nous. Op. puisque parler de la Chose.

6. L’interdiction de prendre la Chose est toujours en vigueur. p. Ecrits. sans que même pas le courageux Lancelot ait pu l’approcher pour la prendre. vol. Peut-être il y a encore des miracles. J. 119 Matthieu. l) Méprise. La Chose n’est plus représentée réellement par lui. mais que c’est interdit pour nous. puisqu’en plus de soutenir cette montagne. voire cette lourde montagne de vérités entassées les unes sur les autres. n’est fondée que sur une foi qui n’a pas de raison. D’après le texte de la Quête. notre foi peut faire n’importe quoi avec elle. op.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 devant lui. dans les circonstances actuelles. in Scènes du Graal.). adéquation entre la Chose qui nous parle et la même Chose qui parle en nous. Cette interdiction. adéquation entre la réalité et l’intellect. De rien pourra nous servir maintenant tout ce que nous aurons appris à propos du Graal. D. notre foi n’est pas aussi grosse qu’un grain de moutarde. 406-408. la comprendre ou la surprendre. 120 Matthieu. Ce qui est d’ailleurs assez dangereux. Lancelot n’a pas l’autorisation de prendre la Chose. il nous suffit d’avoir une “foi grosse comme un grain de sénevé”. la Chose reste invisible. mais il n’a même pas l’autorisation de l’approcher. J’ose affirmer qu’elle est certainement ici. seront encore plus polluées qu’avec le pétrole du Prestige. Elle n’agit plus comme elle agissait en tant que Graal. Lancelot. Cit. cette miraculeuse adequatio rei et intellectus. Elle suffit pour soutenir toute notre civilisation. et contre laquelle nous sommes nous aussi maintenant sans refuge. et qu’elle se “jette dans la mer”. de même que pour Lancelot. n’entre pas car cela t’est interdit”124. Ce qu’il importe d’éclaircir maintenant pour notre propos. 122 Ibid. Mais. Voilà. Dieu merci. laquelle caractérise toutes les apparitions de la Chose. sous peine de commettre un sacrilège. Si nous croyons le Christ.. qui peut soutenir tout ce qui existe. ainsi que par les conseils qu’il reçoit de Gornemant de Goort. il n’y a plus de miracles. avec toutes ces vérités. 1220. 226. par crainte de Dieu.20-21. peut-être la Chose nous sert encore. cit. mais dans la méprise. et elle se déplacera. Celui-ci est à l’heure actuelle dans le ciel. qu’est-ce que ça peut vouloir dire exactement l’interdiction d’avoir prise sur la Chose ? Quelle est la sorte de prise que nous ne pouvons pas avoir sur la Chose ? La légende du Graal peut nous aider à répondre. Déjà lorsqu’elle était encore accessible et visible dans la terre. c’est la portée précise de cette interdiction de prendre la Chose. les rejoignant seulement dans ce que Lacan désigne comme méprise123. 1230. Perceval nous montre que la Chose doit être absente dans la parole. la voix qu’il entend lui dire : “Fuis. “La chose feudienne ou Sens du retour à Freud en psychanalyse”. Voilà ce pouvoir de la foi. 226. derrière le voile de tout ce qui est visible pour nous : “Personne n’osera plus jamais chercher à connaître les mystères du Graal. Mais la Chose en tant que telle. la Chose qui est présente doit rester loin de nous et de notre capacité d’avoir prise sur elle. Peut-être la Chose. J. reste invisible pour nous derrière tous les objets qui nous entourent. Peut-être elle est ici. on n’aura jamais la permission de la prendre. et contre laquelle nos quêteurs de la Chose étaient sans refuge.. la reprendre. Paris. p. 432.entre la présence et la représentation réelle de la Chose qui est le Christ. surprenant toujours ses quêteurs.. Buschinger (trad. Vraisemblablement. et rien ne nous sera impossible”119. 1955. il n’y a que des objets qui nous servent. Cette adéquation. Stock. “La couronne”. incontrôlée. 238. Apparemment. p. Elle se déprendra toujours. pp.21-22. Cependant. le corps du Christ. montée jusqu’au ciel comme le Christ qu’elle présente et représente. 124 Anonyme. que nous sommes en état d’appeler “tabou” (du polynésien tapu. qui fonde toute vérité. p. n’est pas sans rapport avec le tabou de l’inceste. C’est interdit. 121 Heinrich von dem Türlin. adéquation -si j’ose dire. et la Chose. Apparemment. telle que Lacan peut la concevoir118. La quête du Saint-Graal. 17. d’entrer dans la pièce où elle se trouve. 123 Lacan. est présente dans sa représentation réelle. elle doit rester libre.que la parole ne doit avoir 118 Lacan. ce que nous aurons la possibilité de constater ultérieurement. perdre la parole et peut-être aussi devenir fou. Elle reste libre. 1. inaccessible. elle n’apparaissait que quand elle le voulait. Nous avons toutefois la permission de prendre une autre chose et décider que c’est la Chose. nous ne savons plus de quelle manière elle peut nous surprendre. Il n’y a même plus des véritables quêteurs du Graal qui méritent vraiment d’être servis par cette Chose en personne. 1955. 21. Op. pour dire à cette montagne : “Déplace-toi d’ici à là. dans le Saint-Graal. Par sa conversation avec le Roi-Pêcheur. c’est-à-dire -ceci va de soi. op. “La chose feudienne ou Sens du retour à Freud en psychanalyse”. Elle reste toujours imprévisible. 16 . hélas!. cette Chose que le Graal auparavant représentait réellement. de la prendre. celle-ci. Une fois le Graal dans le ciel. mais elle ne suffit pas encore pour jeter cette civilisation toute entière à la mer. 1987. En fait. Nous ne pouvons que la méprendre. entre nous. il y a ici l’impératif d’éloignement de la Chose. I. En plus de la méprise. mais peut-être cette croyance n’est que l’effet de la méprise. la Chose ne peut aucunement être prise. toutes nos connaissances et nos vérités. cit. in Écrits.. même pas de convaincre la montagne qu’elle s’en aille enfin au Havre. Cette interdiction est toujours en vigueur. Nous restons aveugles aux portes de Jéricho. interdit et sacré). qui ne se fonde que sur elle même et sa configuration signifiante. Derrière ce voile -qui est le voile de l’imaginaire-. même “cela se fera”120 -et les eaux de l’Atlantique. Nous croyons qu’il n’y a plus de miracles et que nous ne sommes servis que par des objets. raison pour laquelle absolument tout peut se fonder sur elle. Il y a une interdiction de prendre la Chose. Elle ne se répète pas. qui est toute notre civilisation. après qu’il eut de nouveau fait tomber le voile sur le mystère divin”121. il y aurait eu une “interdiction”122 qui l’empêcherait de prendre la Chose.

voire dans sa méprise par notre propre parole. il ne faut pas “trop parliers”. cette prolifération de versions et continuations des aventures pour la résolution du mystère du Saint-Graal. bien-sûr. En vertu de sa parfaite symétrie. p. pour qu’elle ne soit pas prise dans l’espace. Il faut se taire. 193. Or.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 aucune prise sur la Chose. Personne put jamais retenir la Chose. Ils arrivèrent à la voir. En effet. cette présence de la Chose doit se représenter elle-même. dans le conte de Chrétien de Troyes. qui “achève” les aventures du Saint-Graal et s’élève dans le ciel avec lui129. puisqu’il n’y a qu’elle-même qui soit en présence d’elle-même. tout ce qui est réel. et peut-être aussi. il faudrait qu’il y ait. incapable de parler après qu’il approcha la Chose126 . Paris. Seuil. dans le réel. Il n’y a que la Chose qui ne cherche pas la Chose. remplit totalement le réel. 1999.la paralysie hystérique de Lancelot. Galaad et les autres chevaliers ne furent pas non plus capables d’aucune prise sensible ou intelligible sur la Chose. 1220. “The Third Continuation”.1). pp. lequel. 129 Manessier. la Chose n’est qu’en présence de la Chose. la Chose est bien présente dans sa méprise.. 1955. parler jusqu’au point de dire une chose telle que la Chose. 128 Anonyme. la Chose. Cit. par sa perte et par sa réduction au rien dans le château du Roi-Pêcheur. p. Et se représenter pour qui ? Pour elle-même. celle de l’irreprésentabilité réelle de la Chose par une autre chose qu’elle-même. “tout absorbé dans la contemplation” du Graal. pendant le treizième siècle. Cependant.. in Écrits. cit. il n’y a de 125 Lacan. Il faut également l’inactivité. sensible. Le conseil de Gornemant de Goort est sage. Op. par une parole que “c’est à sa perfidie”. la Chose finit toujours par disparaître. qui ne “retrouvèrent l’usage de la parole” que lorsque la Chose disparut127 . “qu’elle manque”125. personne put jamais avoir prise sur elle et pénétrer tout son mystère. pour que la Chose ne soit pas approchée. J.. puisqu’elle s’est trouvée elle-même depuis qu’elle est. Lancelot. Perceval n’a eu. La prise interdite sur la Chose est à situer au niveau de la parole. il n’y a rien d’autre qui soit réel et qui puisse donc la représenter réellement. 127 Ibid. aucune sorte de prise sur la Chose. puisque -rappelons-nous du conseil de Gornemant“quiconque bavarde trop tel chose ne die qu’on lui reprochera comme une vilenie”. Elle n’est réellement représentable que par elle même parce que là où elle est. Maintenant peut-être nous comprenons pourquoi la Chose n’est réellement représentable que par ellemême. remplie de soi-même. Gauvain. parce que la Chose n’accepte pas d’être prise dans la parole. C’est alors la chose freudienne qui parle. Pour qu’une autre chose puisse représenter réellement la Chose. Il faut se taire pour ne pas être surpris par la Chose. 406-408. par un lapsus. raison pour laquelle nous constatons. “ne dit mot”. nous voyons bien que Perceval n’a pas eu non plus aucune autre sorte de prise sur la Chose. pour éviter que la Chose ne nous surprenne dans notre parole. c’est cette Chose qui peut nous surprendre en s’ouvrant par sa parole. D’autre part. Par la disparition de la Chose. notamment le propre Christ. Il faut le silence. Mais l’interdiction de prise sur la Chose a une portée encore plus importante. comme nous l’avons remarqué dans la scène où Lancelot est brutalement éloigné de la Chose. c’est la chose freudienne qu’elle cesse d’effacer et de meurtrir. En absence d’autre chose réelle. pour autant que “là où la parole la plus caute montre un léger trébuchement”. “Perlesvaus”. Il n’y a qu’elle qui puisse s’appréhender. 126 Anonyme. même pas une prise sensible. en dernière instance. pour que la Chose ne nous surprenne pas dans un lapsus. qui dépassa toujours toute tentative d’explication. Il faut le silence. voire à sa vilenie. Il faut le silence aussi pour éviter la méprise de la Chose dans nos lapsus. Voilà justement la raison la plus profonde et obscure de la thèse que nous avons exposé pendant ce cours. I. cette présence. N’oublions pas Lancelot. Elle remplit. Même pas une prise visuelle. pour ne pas trébucher dans notre parole. ainsi qu’au niveau de l’espace et de la proximité. D’une part.. Op. Après le Perceval de Chrétien de Troyes. mais aussi Joseph d’Arimathie. pour autant qu’elle ne s’est jamais perdue. une autre chose réelle qui ne soit pas la Chose. p. Si la Chose n’est représentable réellement que par elle-même (1. Je le répète : après sa rencontre avec le Roi-Pêcheur. “La chose freudienne ou Sens du retour à Freud en psychanalyse”. cet énoncé peut se lire dans les deux sens. Or.Op. 227. dans les particularités symptomatiques de cette inactivité. vers 42617. Il faut le silence. à l’exception peut-être d’elle-même. Le silence est donc recommandé. ou enfin le Gauvain du Perlesvaus. un Perceval comme celui de Manessier. 30. contre laquelle Lancelot est sans refuge. voire ceux qui se confondirent avec elle-même et sa légende. Il n’y a que la Chose qui puisse avoir prise sur la Chose. intelligible -malgré l’explication qu’il reçut de l’ermite. encore moins une prise intelligible. p. La quête du Saint-Graal. bien entendu. le Roi-Pêcheur. Il n’y a dans le réel que la Chose qui soit en présence de la Chose. en dépit des exhortations des chevaliers qui l’entouraient128. 1250. En n’étant présente qu’en présence d’elle même. 17 . 342. voire -si j’ose dire. il n’y a rien d’autre en plus d’elle. il faut ne pas essayer d’avoir prise sur la Chose par la parole. depuis toujours. en plus de la présence de la Chose. mais encore moins une prise intellectuelle. à la place de la Chose. ou les autres chevaliers de la table ronde. ils arrivèrent même à l’entendre et à recevoir plusieurs explications à son propos. par échapper avec son mystère. cit. une explication qui ne put satisfaire personne dans le moyen âge. nous savons déjà qu’à la place de la Chose. Il n’y a dans le réel d’autre présence que celle de la Chose. c’est parce qu’elle n’est dans le réel qu’en présence d’elle-même et parce qu’il n’y a dans le réel que sa présence qui puisse être en présence d’elle-même. il n’y a que la Chose qui soit en présence de la Chose. vol.

que par autre chose Je vous rappelle que pour entamer le sujet de notre cours. pour illustrer la représentation réelle de la Chose par elle-même. la Chose n’est représentable. Elle n’est représentable que par autre chose. dans lequel la Chose. c’était la Dingvorstellung. celui-ci présent comme Saint-Graal. Puisque la Chose n’est qu’en présence d’elle même. Il n’y a dans ce réel que la Chose. Thèse 1 : la Chose n’est représentable que par ellemême Représentation réelle. à laquelle nous avons consacré notre cours de la semaine dernière. Un graal : la Chose qui n’est représentable. dans ce réel. Il y a une semaine. celui de la Chose. Elle n’est donc représentable que d’une manière symbolique ou imaginaire. ne pourra donc être représentable que par autre chose. Ces deux premiers cours sont consacrés à la représentation de la Chose (tableau 1). Il y a une semaine. Elle ne sort pas d’elle-même. en dehors d’elle-même. À la place réelle de la Chose il n’y a de réel que la Chose. par autre chose Une autre chose (un graal) et la Chose (le corps du Christ) Absence du Christ dans un graal 18 . et un graal. il faut savoir si nous pouvons nous la représenter. d’une manière non-réelle. En dehors de ce réel. qui n’est représentable que d’une manière symbolique ou imaginaire. La Chose reste chez elle. puisqu’elle n’est qu’en présence d’elle-même. Aujourd’hui. il ne reste donc plus de place pour une autre chose qui puisse représenter la Chose. Aujourd’hui. que par autre chose. Le réel et le non-réel. la Chose n’est représentable d’une manière réelle que par elle même. avec article défini et majuscule. Voici la question spécifique qui nous occupe maintenant. nous avons commencé par considérer la possibilité de nous représenter la Chose. Dans le monde où nous habitons. de manière non-réelle. elle est perdue pour toujours et depuis toujours. et une représentation non-réelle. Ensuite. dans le réel. mais il ne reste pas non plus de place pour nous. qui présente la Chose qu’elle représente. C’est pour cela que nous devons rester dehors. qu’en étant représentée par autre chose. celui-ci absent. avec article indéfini et minuscule : Tableau 1. Nous allons constater que la Chose. Elle est en fait absente. par la Chose-même La Chose (le Saint-Graal ou le corps du Christ) Présence du Christ dans le Saint-Graal Thèse 2 : la Chose n’est représentable que par autre chose Représentation non-réelle. Il ne reste aucune place pour une autre chose. D’après la première thèse. n’est représentable pour nous que par autre chose. elle doit rester dans ce réel. nous avons commencé donc par nous poser la question spécifique de la possibilité de représentation de la Chose. la Chose n’est pas réellement représentable par elle-même. Ces deux sortes de représentation nous les avons rattachés à deux thèses complémentaires que nous trouvons chez Jacques Lacan. en dehors de la place réelle où elle se trouve. tout son réel. la représentation par la Chose même. Elle n’est donc pas réellement représentable par une autre chose qu’elle-même. en présence de nous. 2. la représentation par autre chose. Elle remplit tout le réel. Puisque la Chose est notre sujet. ce sera la représentation non-réelle.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 réel que la propre Chose. pour aborder cette question de la représentation. D’après la seconde thèse. pour illustrer la Chose et l’autre chose qui la représente. nous emploierons le corps du Christ. Mais la Chose. où nous exposerons la thèse de l’irreprésentabilité de la Chose par elle-même. alors elle ne pourra pas être présente pour nous. ni pour une autre chose ni pour nous. Il n’y a pas de place. qui ne présente pas la Chose qu’elle représente. nous avons employé le Saint-Graal. Nous arrivons au seuil de notre prochain cours. la représentation réelle de la Chose. La propre thèse que nous avons exposée aujourd’hui nous permettra d’arriver à la seconde thèse. de la chose de Freud et Lacan. Pour aborder le sujet de la Chose. nous avons conçu deux sortes de représentation de la Chose : une représentation réelle. dans ce monde imaginaire où nous habitons. la Chose doit être absente. que nous analyserons aujourd’hui. ou le corps du Christ.

celle-ci. sur un graal quelconque. dans ses mythes et légendes (tableau 2). comme dans les amours adultères de Lancelot avec la reine Guenièvre. En effet. sa présence réelle. même si nous le voyons se confondre avec ce qu’on raconte sur lui. l’éloignement. la perte. C’est ainsi que nous examinerons la deuxième thèse. à titre provisoire. devant nous. la fin d’une quête. la Chose souffrirait ou pâtirait ma parole. En effet. dans les mythes et légendes du Saint-Graal. d’une façon éloquente. lorsque Perceval sort du château. ici le corps du Christ. que par autre chose. Et pourtant. Il y a toujours une certaine méprise. Si pour illustrer cette thèse je me sers encore une fois de mon exemple. n’est représentable. Le Saint-Graal est premièrement absent dans la parole de Perceval. Récapitulons les situations où se trouve le Saint-Graal. Souvent. malgré son éloignement. Ainsi.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Aujourd’hui nous centrerons le cours sur la représentation non-réelle de la Chose. Les états de la Chose par son rapport au symbolique Les situations où se trouve le Saint-Graal en tant que représentation réelle du corps du Christ dans les mythes et légendes du Saint-Graal Son absence dans la parole de Perceval (Chrétien de Troyes). Il ne s’agit alors que d’une adéquation entre moi et la Chose. il doit reproduire la mort du Christ qu’il représente réellement. au sein même de son mystère. sur une chose et non pas sur la Chose. en tant que Chose. par elle-même (1). de manière non-réelle. même lorsque la Chose me parle. le symbole et la parole. n’est-elle pas absente. Sa perte au sein de son propre mystère. La semaine dernière. Mais peut-être elle est trop loin pour qu’elle puisse vraiment souffrir ma parole. Il s’agit dans ces états de ce qui se passe avec la Chose. Si nous avions le corps du Christ ici. par exemple quand je parle d’elle. leur parler et leur donner ce qu’ils attendent de lui. ce n’est pas impossible que la Chose soit en même temps confondue avec cette parole. ce qui se présenterait devant nos yeux ne serait pas évidemment une représentation non-réelle du corps du Christ. que le corps du Christ. inaccessible. cette Chose se trouve. entre mon attente et la réponse à mon attente. libre. 2. par lui-même. Pourquoi choisir le SaintGraal pour les exemplifier ? Parce qu’il illustre de la meilleure manière ce que nous entendons par une représentation réelle de la Chose.peut se trouver la Chose par son rapport au symbole. Je peux ajouter que ce corps est irreprésentable. il se cache et il ne cesse pas d’être cherché et rapproché par les chevaliers. entre le douzième et le treizième siècle. Le Saint-Graal et son univers mythique et légendaire. et non pas sur le Saint-Graal. en tant que représentation réelle du corps du Christ. le Graal ne cesse de pâtir ses mythes et légendes. Cependant. de manière nonréelle. pour sauver la vie légendaire des chevaliers. mais la Chose même dans son ouverture. entre ma parole et la sienne. l’ouverture. ici et maintenant. que nous pouvons déjà formuler de manière définitive. ce n’est même pas moi qui vous parle. en affirmant : la Chose n’est représentable. la Chose doit être trop loin. Ceci va de soi. Ces différentes matières correspondent aux états de la Chose par son rapport au langage. comme c’est le cas d’un graal ou une peinture ou une sculpture qui représente ce corps dans n’importe quelle église. de même que le Christ. voire oublié. notamment de Perceval (Chrétien de 8 . Tableau 2. j’ai employé les mythes et légendes du Saint-Graal pour résumer les différentes matières que nous allons traiter le long du semestre. À partir de ce moment. Sa réduction au rien dans le château du Roi-Pêcheur (Chrétien de Troyes). dans tous les états que nous venons d’énumérer. dans cet enseignement. mais ce corps. notamment de Lancelot (Quête).1. il monte dans le ciel. il s’éloigne de ceux qui prétendent l’atteindre. dans les aventures des chevaliers de la Table Ronde. dans ma parole. c’est-à-dire dans toutes les situations où -d’après Lacan. la passion. Sa passion de ses mythes et légendes. la confusion. dans ce château. lorsque Perceval sort du château du Roi-Pêcheur (Chrétien de Troyes). la réduction au rien. Il est effacé. Mais il arrive aussi à la Chose de répondre à ma parole. et s’ouvrir à ses quêteurs. il est bien vivant. puisqu’elle est la fin à atteindre par cette quête que nous appelons la parole. de manière non-réelle. de manière non-réelle. En outre. au château du Roi-Pêcheur. nous savons que même lorsqu’il y a cette adéquation. une représentation qui présente la Chose qu’elle représente. qui restera toujours. sur un récipient. il se déplace. je peux déclarer. Ce qui ne leur permettra pas pour autant de s’approprier définitivement ce Graal. que vous ne cesserez pas de constater pendant cet enseignement. Voici les douze états de la Chose que nous allons traiter le long du semestre. ainsi que de l’incroyance des chevaliers. que par une autre chose que lui. pendant que je vous parle de la Chose. l’effacement. Il est ensuite réduit au rien. je ne réussi pas à comprendre absolument cette parole. l’adéquation et la méprise. Son effacement par les aventures des chevaliers de la Table Ronde. Elle est donc irreprésentable. réduite au rien ? Peut-être parce qu’elle est effacée ou meurtrie par les mots que je prononce. En ce cas. et perdu. perdue. dans la méprise. chaque fois qu’il apparaîtra. Alors ma parole est vraiment celle de la Chose. Je les énumère: l’absence. Malheureusement. en chair et en os. dans une parfaite adéquation à leurs expectatives et désirs. le meurtre.

Conséquemment. comme un mystère.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Son meurtre Son éloignement Son rapprochement Sa confusion Son ouverture Son adéquation Sa méprise Troyes) et Gauvain (Continuation-Gauvain). pour sauver la vie des croyants (Robert de Boron). représenter comme rendre présent. entre le corps du Christ et le Graal. deux concepts théologiques pour définir la représentation réelle de la Chose. à savoir. Il y a. entre la présence de la Chose et sa représentation réelle. à l’attente et les expectatives de ses favoris (Quête). oublions maintenant l’asymétrie de Pseudo-Denys l’Aréopagite. il y a nécessairement ce qu’on appelle consubstantiation. C’est aussi l’impanation des luthériens. Les situations où se trouve le Saint-Graal sont des situations où se trouve aussi le corps du Christ. nous le savons déjà. par les entreprises des chevaliers (Quête). mais la fonction de la Chose n’est pas de présenter la représentation réelle qui n’existe pas encore nécessairement lorsque la Chose existe. Voilà pourquoi ce n’est pas vain de concevoir une représentation réelle en plus de la présence de la Chose. Dans la représentation réelle de la Chose. dans l’espace réel qu’elle occupe. mais là où la Chose est. dans l’espace réel qu’elle occupe. la Chose n’est réellement représentable que par elle-même. comme le Saint-Graal n’est pas différent du corps du Christ qu’il représente. La Chose remplit l’espace réel qu’elle occupe. en tant que corps du Christ. Il n’y a que le corps du Christ qui puisse représenter réellement le corps du Christ. Là où elle est réellement. présenter ce corps du Christ en chair et en os. Il demeure transcendant parce qu’il préexiste au Graal. peut se trouver par son rapport à l’univers symbolique. comme le vin n’est pas différent du sang du Christ. avec ce qu’on raconte sur lui (Wauchier de Denain). elle est seulement en présence d’elle même -il n’y a donc rien en présence de la Chose qui ne soit pas la Chose elle-même. le Graal devra être en même temps le corps du Christ. le Christ est présent dans le Graal. émane de lui. comme corps du Christ.6). comme le pain n’est pas non plus différent de la chair du Christ. Pensons alors sérieusement au fait que la Chose ne soit réellement représentable que par elle-même. une seule différence. encore une fois. mythique et légendaire. comme n’importe qu’elle autre chose. Elle est donc une présentation de la Chose qu’elle représente. comme coexistence du pain et du corps du Christ dans l’eucharistie. sur lequel nous reviendrons ultérieurement. alors il doit présenter cette Chose. Pour comprendre jusqu’à ces dernières conséquences que le corps du Christ n’est réellement représentable que par lui-même. le Graal représente le corps du Christ. mais celui-ci ne représente pas le Graal. est lui aussi la Chose. Tout ce qui se passe avec le Saint-Graal se passe également avec le corps du Christ. mais celui ci n’est pas présent dans le Christ. la consubstantiation entre la Chose et sa représentation réelle. En tant que représentation réelle du corps du Christ. là. par rapport à ceux qui prétendent l’atteindre (Quête). les douze états où la Chose peut se trouver par son rapport au symbolique. alors le Saint-Graal. c’est parce que le réel de la Chose n’est réel que de la Chose. Pourquoi serait-il ainsi ? Tout simplement parce que la Chose. dans ce cas spécifique. il y a seulement la Chose qui puisse se représenter. de Lancelot (Quête). Pour que le Graal puisse représenter réellement ce corps. mais que Dieu n’émane pas du Graal. Si le corps du Christ est la Chose. D’après notre première thèse. une asymétrie logique radicale. Autrement dit. elle est toute seule avec elle. La fonction de la représentation réelle existante est de présenter la Chose préexistante. Voici. en tant qu’il s’exprime par sa propre parole (Robert de Boron). Si le Saint-Graal est vraiment une représentation réelle de la Chose. comme présence réelle et simultanée du corps et du sang du Christ dans le pain et le vin de l’eucharistie. entre la présence du Christ et sa représentation réelle. il y a seulement la Chose. Il peut y avoir une autre chose à côté de la Chose. Le terme représenter. du père du Roi-Pêcheur (Chrétien de Troyes) et de Perceval (Manessier). Ainsi. Vous avez là. parce que la Chose 9 .. La représentation n’est pas différente de la Chose qu’elle représente. En effet. Dieu ne participe pas de Graal. Ce que je suis en train de vous dire n’est pas tout à fait exact. Voici. N’oubliez pas que la représentation réelle implique la présence de ce qui est représenté. dans chacune de ses apparitions (Quête et Perlesvaus). participe de Dieu. les situations où le Saint-Graal. qu’il n’y a que la Chose qui puisse représenter réellement la Chose. Pseudo-Denys l’Aréopagite. aucune différence. Indépendamment de l’asymétrie que nous venons d’énoncer avec Pseudo-Denys l’Aréopagite. Ceci veut dire. Si dans le réel la Chose n’est qu’en présence d’elle-même et il n’y a que sa présence qui puisse être en présence d’elle même (1. entre la représentation et ce qui est représenté. il n’y a aucune distinction. la représentation réelle rend présent ce qu’elle représente. exactement là. du Saint-Graal. dans le réel de la Chose. le Saint-Graal est ici réellement équivalent au corps du Christ. nous le prenons ici au sens strict. dirait que le Graal. nous devons admettre.. dans la consubstantiation et l’impanation.

La Chose ne peut apparaître qu’en chair et en os. dans le réel. la Chose devra rester toute seule avec elle. en tant que réel. J’insiste. Pour ne pas se déborder. 10 . cit. par l’intermédiaire de ce pain et du Saint-Graal. elle n’est réellement représentable que pour elle-même. pour qu’elle puisse être réellement représentable pour nous. “Le corps mystique”. 132 Paul. Elle ne serait plus seulement ce qu’elle est réellement. en plus d’elle même. voir autre chose que la Chose. alors je serais la Chose. Pour que sa représentation ne puisse être vraiment qu’une présentation. Épître aux Romains. 73. Elle sortirait ainsi d’elle-même. à nous tous nous ne formons qu’un corps. Elle se présente réellement ou elle ne se présente pas. si elle est en présence de nous. symbolique et réelle de la Chose. nous devrons nous confondre avec 130 Paul. en présence de personne d’autre qu’ellemême qui puisse se la représenter sans la présenter. Elle se montre comme la Chose et comme rien d’autre. Première épître aux Corinthiens. elle sortirait de son réel. alors cette représentation n’est que pour elle-même. Elle n’est représentable par rien d’autre qu’elle-même et pour personne d’autre qu’elle-même. Dans le réel. La Chose reste toute seule en présence d’elle-même. Elle ne pourra pas être non plus. La Chose n’est réellement que sa présence. dans le réel. dans l’espace réel qu’elle occupe. si la présence du Saint-Graal est donc la présence du Christ en chair et en os. alors. Nous avons appris déjà que la Chose n’est dans le réel qu’en présence d’elle même. Puisque la Chose n’est qu’en présence d’elle-même. Si la Chose était. ce qu’elle n’est qu’en présence d’elle-même. la Chose est la Chose est rien d’autre. elle devra rester là toute seule avec elle. Là où elle est réellement. le Saint-Graal joue un rôle principal. 12. le corps réel. La représentation est une présentation. En effet. pour être seulement ce qu’elle est réellement. 2. Elle deviendrait plus de ce qu’elle est réellement. 1987. F. Dans le réel. en vertu de sa représentation réelle. entre notre corps et celui du Christ. Ainsi. alors elle ne serait plus seulement ce qu’elle est réellement. la Chose ne devra pas sortir de l’espace réel qu’elle remplit. alors “nous ne formons qu’un seul corps dans le Christ” 130. Pour être seulement ce qu’elle est réellement. Il y a donc une confusion. dans la mesure où elle présente la Chose qui ne pourra être qu’en présence d’elle-même. à l’occasion le corps du Christ. Nous avons déduit également que la Chose. Il ne restera aucun vide où puisse apparaître quoi que ce soit de non-réel. Dans la communion. en présence d’une autre chose. en présence d’une autre chose. 10. La Chose ne pourra être. si la représentation réelle de la Chose est une présentation de la Chose (1. Dans ce réel. alors. ce qu’elle est en présence de l’autre chose. et ces deux représentations réelles. il ne pourra donc pas y avoir la présence d’une autre chose que la Chose. elle se déborderait jusqu’au réel de la présence de l’autre chose. si la Chose était réellement représentée pour moi.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 n’est réellement que sa présence et parce que là où la Chose est réellement. la Chose n’est représentable que par ce qu’elle est réellement. Elle ne pourra être en présence de rien d’autre qu’elle même qui puisse la représenter sans la présenter.6). C’est la communion entre les croyants et le corps du Christ. Ce qui n’est pas surprenant. C’est une communion où la présence. et si dans le réel il n’y a que la présence de la Chose qui puisse être en présence de la Chose (1. C’est pour cela qu’il s’agit du réel. alors la Chose n’est réellement représentable que pour elle-même. moyennant l’Eucharistie. La Chose n’est ainsi réellement représentable que par la Chose et pour la Chose. La Chose est la seule représentation réelle de la Chose pour la Chose. ou en présence de sa représentation réelle. Nous avons remarqué ensuite que si la Chose n’est réellement représentable que pour ellemême. autre chose que le réel de la Chose. en présence de rien d’autre qu’elle-même. qui n’est réel que de la Chose. il n’y aura que son réel. La consistance réelle de la Chose remplira totalement le réel qui sera son réel. alors le Saint-Graal ne pourra être qu’en présence de lui-même.5. ce qui revient au même. mais aussi sa présence en présence d’une autre chose.1). il n’y aura qu’elle. et non pas simplement “substituables” -comme ce serait le cas entre les représentations imaginaire. Par conséquent.3.16. telle qu’est réellement. Si le SaintGraal est vraiment la représentation réelle du Christ. Où elle sera. la hostie et l’Église. 131 Regnault. Puisque la Chose est toute seule en sa présence. dans son réel. voir en présence du Christ. p. car tous nous avons part à ce pain unique”132. La Chose n’est réellement représentable que par elle-même et pour elle-même. en présence de sa propre représentation réelle. qui la présente en la représentant. sans aucun intermédiaire possible entre sa présence et sa représentation.. Elle ne serait plus seulement sa présence. la Chose restera toute seule dans l’espace réel qu’elle occupe. sont “identifiables” -comme le remarque François Regnault-. En effet. nous lisons chez Paul : “La coupe de bénédiction que nous bénissions n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons n’est il pas communion au corps du Christ ? Puisqu’il n’y a qu’un pain. ce qui n’est que sa propre présence. 2. la Chose devrait être. puisqu’elle n’est qu’en présence d’elle même. pour la représenter et pour être en présence de sa représentation. Elle n’est donc représentable que par elle-même. lorsque ce corps est réellement présent pour nous. il n’y a d’autre présence que la présence réelle de la Chose. ceci veut dire que nous sommes la Chose. elle se dépasserait. ce qu’elle n’est qu’elle seule.2. en tant “qu’aspects du nœud borroméen”131. op. Le réel de la Chose n’est que la présence de la Chose.

p. Si personne. ainsi que pour elle-même. irreprésentable pour nous. sinon ils auraient cessé de la chercher et ils auraient dû être aussitôt enfermés dans un hôpital psychiatrique. Or. comme ce qui va de soi. Si nous acceptons désormais. comme le Christ qu’il représente. qui finit par se confondre avec la Chose et monter avec elle dans le ciel. 246. et en plus. bien entendu. Lorsque nous avons la Chose. pour autant que sa représentation réelle ne pourra être présente que pour elle et pour ceux qui veuillent se confondre avec elle. Ils devaient donc la chercher. Oui. il suffisait donc de résoudre son mystère. Cependant. en plus d’halluciner. En tant que Chose. ce qui ne se trouvait pas. Nous devons la perdre. Les derniers humains qui virent le Saint-Graal. nous comprenons que pour que nous soyons distincts de la Chose. je crois donc à une chose existante. ils devaient ne pas la trouver.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 elle. C’est la mort ou la folie. que nous sommes ici tous raisonnables. mais absente pour la raison. et ceci est le plus grave pour nous. Pour que nous puissions être distincts de la Chose. mes yeux seraient déjà très ouverts et je devrais reconnaître au moins que le Saint-Graal fut à toujours perdu même pour des chevaliers visionnaires qui n’existèrent pas. elle n’aurait pas été ce qu’elle été pour les chevaliers.2). n’a eu assez d’audace pour prétendre avoir vu le Saint-Graal”133. ils ont vu très peu. Sauvons-le! Croyons! C’est une question de foi.. elle. 1983. dans une représentation réelle. nous devrons perdre la Chose. il ne s’agissait que d’une hallucination. elle n’a aucune existence pour nous. Mais non! Nous ne sommes pas en mesure de perdre le sujet de notre enseignement. ce qui est cherché. Pour ma part. notre représentation réelle de la Chose n’a jamais existé. en tant que présentation et représentation du corps du Christ. 133 Anonyme. ils n’ont pas été capables de prendre et retenir ce qu’ils voyaient. Nous ne pouvons pas permettre qu’il s’enfonce dans le néant. pour ne pas être la Chose. même si j’arrivais à croire ça. Je vous invite donc à croire. Je vous invite à croire à une Chose qui pourra être seulement représentée pour nous de manière non-réelle. le mystère du Graal. ils n’ont rien compris. qui ne sont que des humains et des terriens comme nous. ils ne sont que des personnages fabuleux. Pour ne pas mourir. Bien entendu. ici le Saint-Graal. pour les fous et pour les morts qui ont finit par se confondre avec elle-même. 11 . il suffisait de la prendre et de la comprendre. la Chose devait être ce qui était perdu. à l’exception de ce fou chronique et illuminé qui est le Perceval de Manessier. 2. fut “emporté dans le ciel” par une main mystérieuse. Ce à quoi je crois. absente même pour les absents visionnaires lorsqu’ils n’avaient pas des visions. elle devra être réellement irreprésentable pour nous. la Chose. mais seulement pour elle-même et pour ceux qui se confondent avec elle. c’est peut-être parce que personne ne l’a jamais vu. Ils ne virent le Saint-Graal que pendant quelques épisodes hallucinatoires aigus. ce qu’elle est sera pour nous dans ce cours. Pour être ce qui est cherché. Après ils cessèrent de le voir. elle devra être. Pour que nous puissions être distincts de la Chose. pour trouver la Chose. Je crois que la Chose existe. Nous voyons que la Chose n’est pas une chose qu’on puisse avoir. et ce fut il y a très longtemps. La Chose est enfermée en soi. présente seulement pour ma croyance. En pareil cas. pour ne pas sombrer dans la folie. la Chose était perdue pour toujours et depuis toujours. je peux toujours faire mon Credo.. il n’y a pas eu un seul chevalier qui puisse vraiment résoudre le mystère du Graal. Malgré quelques épisodes hallucinatoires aigus. Ces chevaliers ont été les derniers qui ont vu le Graal. ma croyance pourrait s’énoncer clairement dans les termes suivants : “je crois à l’existence d’une Chose”. les chevaliers manquaient de la Chose.” Or. À l’exception du divin Perceval de Manessier. La quête du Saint-Graal.. ces chevaliers n’ont même pas existé. Si la Chose n’avait pas été introuvable. elle a même sa représentation réelle. nous ne devons pas avoir la Chose. furent donc les chevaliers de la Table Ronde. n’est qu’une Chose qui a été invariablement absente pour nous et pour tous les gens raisonnables. 1220. Les derniers humains raisonnables qui eurent le plaisir de voir le Saint-Graal. messieurs et mesdames. Voilà qu’elle est perdue aussi pour nous. depuis lors. et de personne d’autre. elle devra être réellement irreprésentable pour nous. depuis lors.. alors il n’y aura aucune distinction entre la Chose et celui pour qui la Chose est réellement représentable. pour ne pas être la Chose. Autrement dit. La Chose doit être perdue pour nous.4. Il n’y a donc aucune représentation réelle de la Chose pour nous. pour les autres chevaliers de la Table Ronde. “et personne. mais c’est plus que probable. Baumgartner (traduction en français moderne). Vraisemblablement. lorsqu’ils devenaient un peu raisonnables. ils n’existèrent même pas. Ce n’est pas sûr. “qui a été perdue même pour des sujets inexistants comme les chevaliers visionnaires de la Table Ronde”. Finalement. La quête finit lorsque le Graal. C’est logique. ma profession de foi : “Je crois qu’il y a eu vraiment un Saint-Graal. n’a eu assez d’audace pour prétendre avoir vu le Saint-Graal. Champion. Hélas! Notre Chose est perdue. Nous devons le soutenir. E. pour la chercher. H. Puisque la Chose n’est réellement représentable que pour ellemême (2. Paris. nous sommes la Chose. dans la mesure où nous ne sommes pas confondus avec elle. la Chose existe. en présence d’elle-même et de rien d’autre. alors ce à quoi je crois sera une Chose irreprésentable pour nous en tant que telle. nous le savons déjà. à une Chose qui ne pourra pas être représentée pour nous de manière réelle..

mais elle est faite d’après l’image formelle du Fils de Dieu qui est la parole et la raison. n’est pas une présentation. malgré toute ressemblance formelle. si nous croyons ce que Paul nous suggère -lorsqu’il écrit que “l’homme. 2.. elle ne pourra pas être présente pour nous.6. lorsque nous avons traité. elle n’est représentable que de manière non-réelle. ce n’est pas le Christ en chair et en os. et puisqu’ils ne sont pas les yeux de Bartimée. Op. elle n’est qu’une chose du monde. nous trouvons le développement de cette thèse dans le séminaire sur l’Éthique de la psychanalyse134. Ce qu’il y a pour nous. dans une représentation réelle. comme il faut croire.6. cette Chose est distincte de nous. Même avec les cheveux courts.14. Et cette représentation non-réelle ne comporte pas la présence de la Chose. mais une autre chose. une représentation.. Ce n’était pas encore le moment de l’incroyance. ou de ce qu’il y a de singulièrement divin dans le Christ. alors. J. avec un Christ qui n’avait même pas les cheveux longs. en chair et en os. réellement irreprésentable pour nous. en chair et en os. La croyance pure et simple se trouve à un pas de l’incroyance.5). une image qui n’a rien à voir. 1519. Puisque nos yeux sont déjà très ouverts. Le Graal n’est donc pas le Christ. il n’a pas été cloué à la croix. à la place du Christ. Hors du réel. Plus précisément. Maintenant c’est le moment de l’incroyance. En effet. le corps du Christ ne pourra être 134 Lacan. Chez Lacan. Croire sans raison. En outre. c’est une autre chose. mais notre image de ce Christ est une autre chose. Le Fils matériel de Dieu. il n’est pas une représentation qui puisse présenter ce qu’elle représente.4). dans une sculpture ou dans une peinture. dans une représentation réelle. alors que le Christ est en chair et en os. à la place du Christ. notre Christ qui est aux cieux est la Chose. Le Graal n’est pas le Christ. à propos de la perte de la Chose dans l’objet. L’os n’est pas une pierre précieuse. dans notre réalité. Ce qu’il y a pour nous. le Christ singulier au corps divin et non pas la généralité formelle de sa parole ou de sa raison ou de la forme humaine de son corps. Si cette chose peut ressembler dans sa forme humaine au Christ. Le Graal est en or et en pierres précieuses. mais il sera présent en marbre. croire à sa présence réelle sans aucune représentation réelle devant nous. En tant que Chose qui n’est représentable pour nous que de manière non-réelle (2. Première épître aux Corinthiens. pour nous.5. 2.4) et par une autre chose qu’elle-même (2. Nous arrivons ainsi à la cinquième thèse de la journée : puisque la Chose n’est représentable pour nous que de manière non-réelle (2. seulement à son existence abstraite.2). Ce qu’il y a pour nous. pour nous. par exemple par le fait d’avoir une tête. en bois ou en huile sur toile. d’ailleurs. 12 . nous le savons bien. Il ne sera pas présent pour nous tel qu’il est. Voilà une croyance pure et simple. ne pourra pas être réellement représenté pour nous. p. de manière non-réelle. D’une manière plus générale. à sa présence réelle isolée. p. une image peinte ou sculptée du Christ n’a rien à voir avec le Christ. comme c’est le cas de la tête. que par autre chose (2). 1986. “Séminaire du 03. c’est-à-dire dans une représentation imaginaire. croire à son existence. pour autant que nous ne sommes pas des fous. pp. comme n’importe quelle autre chose du monde. la Chose est absente.02. 1520. En outre. Cependant. La matière du Graal n’est donc pas celle du corps du Christ. Sa forme non plus. 135 Paul. Elle sera seulement représentable pour nous de manière non-réelle. cit. Normalement. vous accepteraient qu’elle ne soit représentable pour nous que d’une manière non réelle.60”. Je crois à l’existence du Graal. et que c’est “une honte pour l’homme de porter les cheveux longs”136. de même que le Graal fut perdu pour les chevaliers inexistants dans les mythes et légendes médiévales que nous connaissons. en tant que Chose. si vous me croyais qu’elle existe. dans toutes les formes. Nous l’avons déjà fait. et puisque la Chose n’est représentable. dans la mesure où nous sommes raisonnables. ou la perte de la présence du corps du Christ dans sa représentation réelle.. La Chose est donc absente pour nous. Il ne le représente pas réellement pour nous. Faisons ce pas. comprise celle de n’importe quel corps humain. sans aucune preuve. le Graal n’est qu’une représentation non-réelle de la Chose. dans notre normalité. 136 Ibid. c’est la manière dont nous l’imaginons. l’image du Christ n’a rien à voir matériellement avec le Christ. lui. elle est réellement irreprésentable pour nous.3). Alors. ce n’est pas au fils de Dieu singulier et matériel qu’elle ressemble. alors la Chose n’est représentable pour nous que par autre chose. elle n’est pas réellement représentable. par une autre chose qu’elle-même.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 La Chose à laquelle je vous invite à croire. le Graal n’est pas une représentation réelle de la Chose. Paris. Cette chose ressemble plutôt à ce qu’il y a de mondain ou d’humain dans le Christ. in L’éthique de la psychanalyse. nous pouvons toujours croire qu’elle existe réellement. qu’il est perdu pour nous dans le Graal. 1960. Puisque la Chose n’est réellement représentable que pour elle-même (2. le Logos d’Origène que nous rencontrons dans toutes les choses.. nous avons revenu alors en arrière. il y a une semaine. hors de portée. d’ailleurs. 11. Seuil. par exemple une peinture ou une sculpture. nous devons reconnaître que pour nous le corps du Christ n’est pas le Graal. Le Graal n’a pas de tête ni de jambes. dans le Saint-Graal. si elle est distincte de nous (2. Matériellement. ce Fils unique matériel. 155-157. Pour nous. n’est pas faite à l’image matérielle de Dieu. sans le moindre indice d’existence qui puisse justifier notre croyance. 11. parce qu’il est l’image et le reflet de Dieu”135. une représentation non-réelle du Christ. ne doit pas se couvrir la tête. une représentation imaginaire de ce Christ. une image peinte du Christ. à la place de la Chose. L’or n’est pas une sorte de chair. Et pourtant. c’est-à-dire une simple image du Christ.

La présentation du corps du Christ. voire une autre chose que la Chose. le graal ne nous retournera jamais la présence réelle. devient un nom propre. pour défendre l’existence du Saint-Graal en tant que représentation réelle. Rien ne m’empêche de croire cela. corne ou os”137.7. une tête et un visage avec un nez. Lancelot du Lac. Il suffit de constater que le Saint-Graal ne présente pas ainsi le corps du Christ pour cesser de croire à son existence. Seulement de la ressemblance ou de la similitude. sa présentation formelle et matérielle. en chair et en os. n’importe lequel. S’il ne le présente pas. mais une autre chose que nous devons situer dans l’imaginaire. mais seulement de la ressemblance. présente deux jambes et deux bras. Mais il reste la forme. en or et en pierres précieuses. dans le graal. La christianisation du Saint-Graal. Si nous ne sommes pas croyants et nous ne prions pas devant des images religieuses. sa forme est aussi perdue. si je croyais avant à un Saint-Graal existant. comme Gauvain.). Ce que cette autre chose présentera pour nous. Certes. dans la mesure où le propre du Saint-Graal est le fait de présenter le corps du Christ. sa présence réelle en chair et en os. pour autant que le graal n’est plus pour nous la représentation réelle de la Chose. pourquoi est-ce que je qualifie maintenant d’inexistant le Saint-Graal ? Pourquoi serait-il inexistant ? Il serait inexistant précisément par le fait de ne plus présenter le corps du Christ en forme et en matière. La représentation imaginaire du corps du Christ ressemble certainement à la présence réelle du corps du Christ. Il suffit de constater que l’or n’est pas de la chair et que l’os n’est pas une pierre précieuse. aussi légitime que tous ses autres représentants : le pain. 144. Mais encore moins sa matière. de même que la présence réelle de ce corps. ce sera uniquement notre image du corps du Christ. Il n’est donc même pas une représentation imaginaire. soit dans la peinture. que par autre chose que lui même. en chair et en os. 713. Le graal n’a pas l’apparence humaine du Christ. dans la sculpture ou dans le cinéma. mais elle n’est pas sa représentation imaginaire. Dans une peinture du corps du Christ. est ce par quoi un récipient est le Saint-Graal -ce nom propre avec article défini et majuscule. et que la forme du récipient n’est pas celle du corps humain. une autre chose que le corps réel du Christ (1. La Chose est sa représentation réelle. Mais. en or et en pierres précieuses. pas davantage pierre. Paris. Si un graal ne présente pas formellement et matériellement le corps du Christ qu’il représente. pour que la représentation imaginaire puisse représenter la présence réelle ? Ce qu’il y a entre les deux c’est de la ressemblance. 1999. Le livre de poche. le Saint-Graal du treizième siècle. on ne saurait trop insister sur ceci. la Chose n’est représentable que de manière imaginaire. Nous supposons qu’il y a au mieux de la ressemblance. que nous désignons comme Saint-Graal. décider que “ce n’est ni bois ni métal d’aucune sorte. et qu’est-ce que je pourrais faire avec la forme ? Comment pourrais-je me représenter le corps du Christ sous la forme du Saint-Graal ? Bien entendu. la forme est également perdue. la hostie. qui présente ce qu’elle représente. Cette représentation de la Chose. 13 . si je croyais donc à son existence. coïncide avec le procès par lequel un nom commun. p. Rien ne reste du corps du Christ dans un graal. Joseph d’Arimathie. la présence de la Chose. de la présence en forme humaine. celui du graal chez Chrétien de Troyes et au douzième siècle. le représentant en forme de récipient. mais non pas l’image de ce qu’il est. la perte affectait surtout la matière de ce corps. du corps du Christ. même pas sa forme. de manière non-réelle. Par contre. le plus raisonnable c’est de croire à l’existence d’un graal qui ne serait que le représentant symbolique du corps du Christ.et non pas un graal -ce nom commun avec article indéfini et minuscule. une bouche et deux yeux.-L. Alors ce corps aura un nouveau représentant. Tout est à toujours perdu. Le corps du Christ est sa présence réelle en chair et en os. Il suffit de décider qu’un graal. pour cesser de croire à l’existence du Saint-Graal en tant que présence réelle du corps du Christ. 1230. mais il n’est pas son image en marbre. en bois ou en huile sur toile. n’est pas la Chose. Rien. Si le Graal fut à toujours perdu pour des chevaliers inexistants . représente pour moi symboliquement le corps du Christ. “ne pas savoir de quelle matière le graal est fait”. M. Ce qui est réel est ce qu’il est. Une représentation imaginaire du corps du Christ. Pour nous. La perte est totale. une représentation imaginaire de ce corps. ou la présentation en chair et en os du corps du Christ. son image ou son apparence humaine. Rien d’autre. il n’existe donc pas en tant que Saint-Graal. alors il n’est pas le Saint-Graal. ce procès par lequel il arrive à représenter réellement le corps du Christ. le plus que nous pourrons concéder c’est que ces images sont peut-être semblables à ce qu’elles représentent. en dehors de cet espace réel que la présence de la Chose remplit totalement. Rien ne reste du Christ dans le graal. c’est-à-dire à l’extérieur du réel de la Chose. de même. alors il n’est pas le Saint-Graal. Qu’est-ce qu’il y a entre la présence réelle et la représentation imaginaire du corps du Christ. je peux toujours.2).La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 représenté pour nous. le Roi-Pêcheur ou Perceval. le vin. Ollier (trad. Sachant que la représentation imaginaire doit au moins ressembler à la présence réelle. 2. est-il exact de considérer un graal comme une représentation imaginaire du corps du Christ ? Non. évidemment. Sa matière est perdue. 137 Anonyme. Il ne ressemble en rien à ce qu’il représente. Entre la Chose réelle et l’autre chose imaginaire qui la représente il n’y a que de la ressemblance. est aussi à toujours perdue pour nous dans sa présentation inexistante. un récipient. Nous conjecturons qu’il y a une certaine ressemblance entre le Christ et une peinture du Christ.

à quoi pensezvous ? Qu’est-ce que vous imaginez ? Puisque vous imaginez sûrement un corps. Insistons : de manière symbolique.01. comme le rapport entre la représentation réelle et ce qu’elle représente. Paris. Et pourquoi pas par lui-même ? Parce que s’il était représenté par lui-même. Perceval.73”. ce que le récipient représente. 14 . Il ne sera pas non plus d’identité. ce récipient ne représente qu’une image de ce corps. comme contenant du sang du Christ. 1973. Il suffit de choisir quelque chose pour qu’elle représente le corps du Christ. J. Vous avez maintenant là. Seuil. Le Graal. n’importe qui et n’importe quoi peut représenter pour nous le corps du Christ. un récipient quelconque. voire sa représentation réelle. occupera une autre place. dans cette succession. parce qu’il contient la hostie. le récipient ne représente qu’une représentation imaginaire.60 et du 27. Le rapport entre le représentant symbolique et ce qui est représenté sera donc.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Symboliquement. dans ce représentant symbolique. mais autre chose que la Chose. Il ne sera qu’un rapport arbitraire. n’est pas le représentant de la Chose qui est le corps du Christ. 122. pour nous. crispé. le repräsentanz d’une Vorstellung. 88. 140Lacan. est-ce vraiment ce corps ou seulement notre représentation imaginaire de ce corps. Joseph d’Arimathie.01. de systématiser nos idées. Ainsi donc. jusqu’à Dieu le Père. 495. ce dont un graal constitue le représentant symbolique n’est pas la présence réelle du corps du Christ. Évidemment. Or. une présence qui n’aurait plus besoin pour nous de la médiation d’un représentant symbolique. Représenter le corps du Christ. 2. cit. Il ne faut pas qu’il y ait. pour autant qu’il est représenté par le Christ qui est représenté à son tour par le graal qui est représenté à son tour par chacun de ses détenteurs. 1959-60. vers 7500. est-ce la Chose ou ce qu’on imagine ou on se représente à propos de la Chose ? Même si j’étais Joseph et j’avais eu le plaisir de connaître personnellement Jésus. peut représenter symboliquement le corps du Christ.6).12. De manière symbolique. C’est le moment d’introduire un tableau qui va nous permettre. pp. ce serait le corps de Jésus ou mon souvenir de ce corps ? Le corps du Christ que le récipient représente symboliquement. soit métonymiquement -par une combinaison ou relation de contiguïté-. Représentation réelle Représentation imaginaire Représentant symbolique La Chose Une autre chose Un symbole Le Saint-Graal Une image du Christ Un graal Présence de la forme et de la Présence de la forme de ce qui est Rien ne reste de ce qui est matière de ce qui est représenté représenté représenté Rapport d’identité entre la Rapport de ressemblance entre la Rapport arbitraire entre le représentation réelle et ce qui est représentation et ce qui est représentant et ce qui est 138Lacan. qui intéresse autant Jacques Lacan140 et sur lequel nous reviendrons ultérieurement.01. Nous l’appelons ainsi le représentant d’une représentation. 139Anonyme. soit métaphoriquement -par une substitution pour le moment analogique-. du 20. Il y aura un rapport. le corps du Christ pourra être représenté par la succession métonymique de tous les détenteurs du graal. ce que le récipient représente. convulsé d’un Christ de Grünewald. 1975. le corps du Christ ne serait plus précisément son représentant symbolique. mais sa représentation imaginaire (2.60”. n’importe qui ou n’importe quoi peut représenter pour nous le corps du Christ. dans chacune de ses variantes. sauf par lui-même. mais sa présentation. Nous pouvons remonter. in L’éthique de la psychanalyse..8. j’imagine le corps tourmenté. les trois différentes manières de représenter que nous avons distingué aujourd’hui : Tableau 3. “Séminaires du 23. qui “n’est pas -dit-il. Le représentant symbolique ne représente pas la Chose. est-il la Chose réelle ou plutôt une représentation de la Chose ? Si vous pensez au corps du Christ que le récipient représente. ce qui ne veut pas dire pour autant une absence de rapport. cit. le corps du Christ pourra être représenté par n’importe qui et par n’importe quoi.59. par exemple. proposé par Lacan. faute d’un autre concept qu’on puisse mettre à sa place -celui d’arbitrage. voire le représentant symbolique de la représentation imaginaire de cette Chose.ce qui convient”138. p. une matière en commun ou une ressemblance formelle avec ce qu’il représente. le RoiPêcheur. 41. Le représentant symbolique représente la représentation imaginaire de la Chose. dans ce tableau. Première continuation de Perceval (Continuation-Gauvain). J. p. Il y a un rapport entre le représentant symbolique et ce qu’il représente. voire une image de ce corps ? Autrement dit. “Séance du 09. Ce rapport ne sera pas de ressemblance. et ce rapport est au centre de notre enseignement. 1220. je vous prie de la tolérer comme ce qu’elle est. ainsi qu’il eut pour lui “une telle prédilection qu’il l’honora de son sang le jour où il fut crucifié” 139. un récipient qui représente symboliquement pour nous le corps du Christ. 143. Ensuite. comme symbole. parce que celui-ci l’utilisa dans le dernier repas. ce que mon récipient représenterait. Le choix est arbitraire. un graal peut représenter le corps du Christ. mais le représentant d’autre chose. Ainsi donc. la chair du Christ. comme une inconvenance dont on ne peut aucunement se passer. De manière symbolique. Moi.. voire une représentation imaginaire. Op. un rapport arbitraire. Op. et pas nécessairement un graal. en les réduisant à sa plus simple expression. voire le Vorstellungsrepräsentanz de Freud. Par exemple. Restons alors avec le rapport arbitraire entre le représentant symbolique et ce qu’il représente. Bien que Lacan n’accepte pas cette dénomination. comme le rapport entre la représentation imaginaire et ce qu’elle représente. in Encore.

c’est de croire qu’il peut y avoir une Chose et une représentation réelle de la Chose. par une représentation telle qu’un icône (2. par une image ou une représentation imaginaire. comme c’est le cas du Saint-Graal qui saigne. en tant que représentation réelle de la Chose. 141Tertullien. une représentation imaginaire. 126. pour avoir cette représentation réelle de la Chose.6). en tant que Chose.). d’une manière assez raisonnable. Ensuite. nous reconnaissons. nous devons nous confondre avec la Chose et avec sa représentation réelle. je ne peux vous demander que d’accomplir cette “dernière démarche de la raison”. Encore moins utile aurait été de traiter le graal. Premièrement par une autre chose qui lui ressemble. ce sera un rapport de ressemblance . des sculptures. En tout cas. Une représentation imaginaire de la Chose. la Chose qui se représente réellement. Je ne vous propose pas de voir la Chose ni d’avoir la représentation réelle de la Chose. où nous devons nous soumettre à l’empire de la raison athénienne et non pas à celui de la foi de Jérusalem. p. où la représentation réelle aurait lieu. Garnier-Flammarion. dans la mesure où elle est autre chose que la Chose. nous devons nous confondre avec ce corps et avec sa représentation réelle. bouge.4). des peintures ou des convictions esthétiques personnelles. laquelle sera ensuite représentée d’une manière symbolique. Nous devrons ainsi nous confondre avec la Chose. en tant que représentant symbolique de la Chose. comme symbole. confondue avec nous. 1957.7). et s’il s’agit d’un représentant symbolique. qui présente en forme et en matière ce qu’elle représente . Or. une représentation qui présente donc ce qu’elle représente. pour autant qu’il est. 1976. bien entendu. où l’hallucination aurait lieu. ce qui serait absolument irresponsable de ma part. par une représentation réelle. Le Saint-Graal. qui ne fait au mieux que présenter en forme et non pas en matière ce qu’elle représente . ne serait utile pour introduire la Chose. P. Nous acceptons. un symbole qui n’aura pas nécessairement aucune ressemblance avec ce qu’il représente. parle et monte dans le ciel comme s’il était réellement le Christ. ou bien une bougie ou un récipient. pour avoir une représentation réelle du corps du Christ. Uniquement une représentation réelle de la Chose peut nous permettre d’accéder à la Chose en tant que telle. VIII. Pour avoir une représentation réelle de la Chose. Traité de la prescription contre les hérétiques. pour ainsi dire. un graal qui n’aura d’autre valeur que d’être le symbole du corps du Christ. 15 . nous a permis de présenter la Chose dans les différentes situations où nous devrons l’étudier le long du semestre. en laissant à cette raison qu’elle reconnaisse une “chose” qui la “surpasse”142. il n’est représentable pour nous que par une autre chose que lui-même (2. par un représentant symbolique arbitraire de cette représentation imaginaire. que l’idée même d’une représentation réelle est tout à fait contestable. en suivant votre cher Pascal. Il est seulement représentable pour nous de manière imaginaire. avec Tertullien141. Ainsi donc. et cette présence de la Chose serait en nous. comme une peinture du Christ. qu’il n’y a “rien de commun entre l’église et l’académie”. Nous savons déjà les sortes de rapport qu’il y a entre ce qui est représenté et chacune des manières de le représenter. Ce que je vous propose. p. et un représentant symbolique. alors. Et puisque nous sommes dans un cadre académique où nous ne pouvons pas nous permettre aucune “simplicité de cœur”. du moins pour les fous et pour les croyants du moyen âge. qui représente la représentation imaginaire.5). alors ce sera un rapport arbitraire. Si nous considérons que le corps du Christ est la Chose. 9-10. à savoir. que Jérusalem et Athènes n’ont rien à faire ensemble. Paris. à peine le représentant d’une autre chose de la Chose. par une autre chose que la Chose. qui ne représente donc pas la chose. Je vous propose de croire. à partir des films. Si la représentation est réelle. Pensées. Puisque la Chose n’est réellement représentable que par elle-même et pour elle-même. ce sera un rapport d’identité . ce qu’il est d’ailleurs réellement. si la représentation est imaginaire. alors nous pourrons le représenter de trois manières différentes. de Labriolle (trad. Si nous sommes distincts du corps du Christ. avec le Saint-Graal. Finalement. alors celui-ci n’est pas réellement représentable pour nous (2. Une représentation réelle. elle n’est pas rationnelle. Pourquoi ? Parce que la représentation réelle comporterait une présence de la Chose.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 représenté représenté représenté Nous avons distingué trois différentes manières de représenter la Chose. Cerf. Il est absent pour nous. soit une croix. à vous proposer de glisser vers la folie. mais autre chose que la Chose (2. nous devrons avoir littéralement une hallucination de la Chose. dans notre intérieur. depuis la semaine dernière. fragment 267. Elle n’est soutenable que par la croyance. 142 Pascal. mais qu’il ne présente rien de ce qu’il représente. 1670. puisqu’il ne sera qu’un symbole arbitraire. 98. Ceci équivaudrait. tel que nous l’imaginons. par un représentant tel que le graal. Paris. une représentation qui est identique à ce qu’elle présente. ou par la folie.

mais en tant que l’achose. ou des différentes représentations imaginaires de la même Chose dont on ne cesse pas de parler. Indépendamment des choses dont nous parlons à chaque moment. et encore moins une identité matérielle. comme celui qui existe entre un récipient quelconque et le corps du Christ.. 1895. 145 Ibid. en même temps que l’objet a. la Chose. qu’au moyen d’une autre chose : la représentation imaginaire de la Chose. ce dont nous parlons. Aucune chose dont on parle. 1987. Cette idée nous la trouvons chez Lacan en 1971.. qui. toujours la même Chose. comme celle d’une peinture. 1971. Nous parlons pour parler de la Chose. dans le séminaire D'un discours qui ne serait pas du semblant143. en la jugeant chaque fois d’une manière différente. un concept que je n’introduirai que la semaine prochaine. Entre un corps humain et un graal. 392. comme c’est le cas de la parole. puisqu’on finit toujours par parler d’autre chose lorsqu’on parle de la Chose. n’a qu’un rapport arbitraire à la Chose et à sa représentation imaginaire. b3. Traduction Française de A. comme représentant symbolique de la Chose. il n’y a pas. 143 Lacan. La Chose. si nous parlons. nous allons entreprendre enfin l’exploration du rapport entre la Chose et la parole. 423. Berman : “Esquisse d’une psychologie scientifique”. d’une sculpture ou d’un film. bien entendu. aucune représentation imaginaire de la Chose. c’est juger la Chose.71”. Pendant que nous vivons. Paris. À suivre Freud dans l’Esquisse.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 3. in Gesammelte Werke.. la Chose est liée au neurone a. 16 . b2. entre le corps du Christ et le Saint-Graal.1. Nous arrivons ici à la thèse principale que nous discuterons aujourd’hui : la Chose est absente dans la parole . Il n’est pas étonnant alors qu’on ne puisse aucunement parler de la Chose. on parle de la Chose. d’où il s’ensuit que la Chose est ce qui demeure identique à lui-même lorsqu’on parle. Fischer Verlag. comme celle que nous observons entre la Chose et sa représentation réelle. Parler. J. ne sera la Chose. la parole. Si la représentation imaginaire peut ressembler au moins dans sa forme à ce qu’elle représente. séparées par l’abîme insondable de l’arbitraire. Nous pouvons discerner aussi par la lettre b. jusqu’à la mort. soit gleich : ‘même’. entre l’image de ce corps et des lettres imprimées ou des sons articulés. de la Chose en tant que telle. voire une représentation imaginaire du corps du Christ. Commençons par une drôle de constatation : lorsqu’on parle. n’est pas la présence réelle du corps du Christ. Et pourtant. La représentation réelle de la Chose freudienne. dans tous les jugements. que nous désignerons comme locutions (du latin loqui. un graal quelconque ne représente jamais qu’autre chose. p. ‘parler’). 3. in La naissance de la psychologie. Il n’y a pas de locution qui puisse avoir un sens et qui ne soit pas un jugement concernant la Chose. La Chose. nous le savons déjà. lequel. il importe bien de savoir qu’on parle toujours de la Chose. arbitrairement. Or. ne représente la Chose ainsi. avant d’introduire ces deux concepts. n’ont apparemment rien à voir l’une avec l’autre. p. il n’y a rien en commun. De cette manière. est un rapport arbitraire. “Entwurf einer Psychologie”. lorsque nous parlons du corps du Christ. ainsi liée au neurone a. PUF. quels qu’en soient les modes et les déguisements. la plupart du temps. ‘égal’ ou ‘pareil’ . Frankfurt. La Chose et la parole. Impossible de ne pas en parler. Il semble qu’entre la Chose et un représentant symbolique de la Chose. p. S. En outre. la Chose est ce dont nous parlons sans cesse. Ces parties. le représentant symbolique. 1956. est la “fraction constante” du jugement144. est ce à quoi se réfèrent en dernière instance chacune des parties composantes de notre parole. correspond à ce qui “demeure généralement pareil à lui-même” (gleichbleibt. in D'un discours qui ne serait pas du semblant. das Ding. qui déterminent la singularité des autres choses dont on parle. cette Chose dont on parle sans y parvenir. est variable”145. mais seulement en parlant d’autre chose.. soit b1. de 1895. mais seulement de l’autre chose qui est sa représentation imaginaire. “Le corps du Christ” : la Chose absente dans la parole Le rapport entre la parole et la Chose. et bleiben : ‘rester’). dans tous les jugements. par contre. d’ailleurs. pour représenter symboliquement la présence réelle du corps du Christ. est définie par contraste avec ses différents “prédicats” (Prädikat). on ne parle jamais que d’autre chose pour parler de la Chose. S. On doit toujours parler de la Chose. Elle est le sujet à perpétuité de notre parole. dans la formulation lacanienne originale. 345. 473. situées dans la “neurone b. c’est parce que nous parlons de la Chose et parce que nous devons parler pour en parler. En effet. une image. la Chose qui est donc absente dans la parole. En fait. sont invariablement des jugements concernant la Chose. nous pouvons l’identifier par la lettre a. comme ce qui demeure pareil à lui-même dans tous nos jugements. Traduction française: p. il ne s’agit pas exactement. “Séminaire du 10. On pourrait dire aussi : le corps du Christ est absent dans un graal quelconque . Pour le moment. 144 Freud. la Chose qui est absente dans son représentant symbolique. mais seulement notre représentation imaginaire de ce corps. on parle toujours de la Chose. la moindre similitude formelle.03. les différents prédicats des jugements ou des locutions. d’ailleurs.

Si nous prenons une chose dont on parle. 146 Lacan. qu’il y ait un ce dont on parle qui soit comme tel externe à ce qu’on parle de lui. nécessairement. Jésus n’est pas nécessairement le Christ. Paris. le corps du Christ en chair et en os. 91-92. les autres choses et la parole dans notre cadre : Tableau 4. Ce que nous ne pouvons pas croire c’est que la parole représente exclusivement ce qu’elle dénote. elle représente symboliquement ce qu’elle dénote. toujours autre. Il semble plutôt qu’elle représente une image de ce corps. nous arrivons à pressentir déjà la notion de la Chose. Vous allez me dire que le terme “Christ” suppose un sens et qu’en vertu de ce sens il dénote celui dont on parle et rien d’autre. à savoir. dont on ne cesse pas de parler. En vertu de ce sens. Nous retrouvons ici. Par exemple. est encore au-delà. Seuil. avec Freud. que ce qui est représenté soit ce dont on parle. On peut même croire qu’une locution. mais nous n’avons pas l’assurance que ce qu’elle représente soit exactement ce qu’elle dénote. comme “ce qui se répète. C’est encore une fois une question de croyance. nous n’en savons rien. Il convient finalement d’ordonner la Chose. a. mais que ce n’est pas le cas de tous les mots. la parole représente symboliquement la représentation imaginaire de cette Chose. Si nous parlons ici du corps du Christ en chair et en os. ce qui revient. C’est un fait que lorsqu’on parle. ceci va de soi.59”. mais qu’il est aussi. Que la parole représente symboliquement ce qu’elle représente. Quant à ce dont nous parlons. Nous pouvons douter même qu’il y ait une dénotation . entendez-moi bien. il y a le nom de “Jésus”. Cependant. qu’il y ait ce dont on parle. de la Chose qui est dénotée. Et pourtant. On est sûr que notre parole représente symboliquement ce qu’elle représente. Nous pouvons croire que la parole. celle des représentants symboliques. la parole aura ce qu’on appellera un sens. où a indique une certaine identité seulement formelle et non pas matérielle. Et en plus de ceci. 7 . une autre chose que la Chose dont on parle toujours. 3. un sujet supposé par les Évangiles. n’importe laquelle.. c’est un bon moment pour tenir compte de cette distinction radicale entre Jésus et le Christ. en plus de représenter symboliquement une représentation imaginaire de la Chose. le représentant symbolique de ce qu’on parle. Puisque nous traitons du représentant symbolique. le Christ réel en chair et en os. qui n’a vraisemblablement aucun sens. en tant que partie composante de notre parole. à la même place” 146. elle représentera d’une part une image de ce Christ. (a + b1) + (a + b2) + (a + b3) + (a + bn) Das Ding : Identität Ähnlichkeit (similarité) Représentant symbolique La parole locutionb1 + locutionb2 + locutionb3 + locutionbn Prädikat Grâce à cette lettre a. à partir de l’hébreu maschiah. en plus de représenter symboliquement ce qu’elle dénote. c’est-àdire la représentation réelle toujours identique à ce qu’elle représente. ce que le mot grec khristos veut dire. in L’éthique de la psychanalyse. soit a + b. Remarquez bien que j’ai situé la parole dans la troisième colonne de notre cadre. et “chose” comme la lettre a. cette Chose de Lacan. En plus de représenter la Chose qu’elle dénote. externe à la parole et à l’image qui est représentée par la parole. nous n’avons pas l'assurance que notre parole représente symboliquement ce corps du Christ en chair et en os. p. ou “messie” en français. En vertu de ce sens. ceci ne va pas de soi nécessairement. notre parole représente symboliquement ce dont on parle. oint. des locutions qui représentent symboliquement (a + b1) + (a + b2) + (a + b3) + (a + bn). toujours la même.2. 1959. Posons maintenant que : b + a = une autre + chose = une autre chose que la Chose = une chose dont on parle à un moment donné = une représentation imaginaire de cette Chose. Ainsi. Il y a. et b une variabilité aussi bien formelle que matérielle. et nous garantit de revenir toujours. toujours variable.. Comme quelqu’un d’entre vous l’a bien remarqué.12. voire ce dont on parle. une représentation imaginaire. “Séminaire du 23. une locution comme “le Christ”. La Chose freudienne (1895) dont on parle toujours Représentation réelle Représentation imaginaire La Chose dont on parle toujours Les autres choses dont on parle a + a + a + a. 1986. ce qu’on parle ne peut dénoter que ce dont on parle et rien d’autre. “l’identité” et la “similarité” (die Identität et die Ähnlichkeit). telle que Lacan la conçoit en 1959. Le nom “Jésus” dénote le sujet qui est Jésus. et elle aura d’autre part le sens du mot Christ. qu’il y a ce que notre parole dénote. une autre chose. toujours identique à elle-même. consacré par l’huile saint. Néanmoins.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Nous aurons ainsi : parole = locutionb1 + locutionb2 + locutionb3 + locutionbn. ce à quoi elle se réfère. J. ou bien notre notion imaginaire d’un concept freudien lacanien. n’est pas seulement le représentant symbolique d’une représentation imaginaire. le mot “Christ” ne peut dénoter que le Christ réel et rien d’autre. de croire qu’il y a ce dont on parle. ce qu’elle désigne. nous le verrons. nous pouvons ainsi décomposer l’expression “une autre chose” en considérant “une autre” comme la lettre b. soit la lettre a. et la représentation imaginaire formellement semblable à ce qu’elle représente. nous pouvons décider aussi de ne pas en douter. ainsi que dénoté par cette même parole. qu’il existe et qu’il peut être en plus représenté symboliquement par notre parole.

Il devrait. Si vous appelez “Jésus” votre fils. “ne peut être comparé à celui du sujet au prédicat”. c’est peut-être parce que ce nom signifie “Dieu sauve”. Ce qu’on produit. nous pouvons comprendre. évidemment.-C. qui sauvera son peuple de ses pêchés. a un sens également inépuisable qui déterminera ce qu’il dénote. En effet. il ne suffit pas de s’appeler Beatus ou Boniface pour être “riche” ou avoir un “physique agréable”149. maintenant. le nom. on produit certes une pensée. alors que le sens constitue le “mode de donation” de cette Chose dénotée151. Même si Jésus ne voulait pas dire “Dieu sauve”. Cependant. ressusciter et monter dans les cieux tel que Perceval et le SaintGraal. variable. comme parole. b2. une dénotation pure. “Über Sinn und Bedeutung”. Adages. mais on ne passe nullement d’un sens à sa dénotation ni d’une pensée à sa valeur de vérité” 153. une référence simple. être croyant. faire des miracles. au Ding et à la lettre a de l’Esquisse de Freud. en ce qui concerne la notion ordinaire du sujet et du prédicat. un détracteur de l’Église et même un psychanalyste. 1971. 1527. avec Gottlob Frege. 1. chez Freud. ceci n’est pas incontestable. in Zeitschrift für Philosophie und Philosophische Kritik. Paris.. et non pas Jésus. un sujet et un prédicat. et non pas autrement. a.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 entre le nom et le sujet. je vous assure que le nom “Jésus” aura un sens très singulier dans l’histoire personnelle et familiale de chaque personne qui s’appelle Jésus. 149 Erasme. qui n’est déterminé par aucun sens. un politicien corrompu. De manière analogue.). 1892. inépuisable. invariable.. et pourtant. au prédicat variable. aux prédicats et aux autres choses dont on parle pour parler de la Chose. p. Jésus. 100. au niveau du sens. représente symboliquement ce qu’elle dénote. Chez Freud. Laffont. C. 3. le nom de “Jésus”. alors que le sens correspond à la lettre b. Traduction française : “Sens et dénotation”. Et pourtant. Et il explique : “en réunissant un sujet et un prédicat on produit une pensée.). un trafiquant de drogues. 153 Ibid. Et encore. 151 Ibid. Dans les pays hispaniques. 150Frege. qu’une seule Chose. la dénotation imaginaire.21. 1992. mais on ne la produit qu’en passant de ce qui est dénoté au sens. p. in Éloge de la folie. vous le déterminerez en un certain sens. le nom de “Jésus” devait avoir un autre sens. De cette manière. comme fraction constante du jugement. sans doute. Quant à une locution comme “le Christ”. Margolin (trad. Colloques. elle le dénote en tant que messie. s’appellent donc Jésus. Nous avons là cette distinction fondamentale. p. qui ne coïncide pas avec la Chose réelle dénotée. Notre parole. 110. Et pourtant. que la locution “le Christ” donne un sens (Sinn) de messie au Jésus qu’elle dénote. si quelqu’un s’appelait “le Christ”. on produit une autre chose que la Chose invariable. vol. elle ne le représente ainsi que dans la mesure où elle le dénote en un certain sens. En tout cas. le nom “Jésus” est un nom propre et il n’a apparemment aucun sens qui détermine ce qu’il dénote. Ce n’est pas exactement le cas d’une locution comme “le Christ”. J. pour chacun de nous. que nous ignorons. 8 . entre sens et dénotation (Sinn und Bedeutung). pour pouvoir dénoter exclusivement le Jésus des Évangiles. ils ne le sont pas plus qu’un Fidel. 25-50. la Chose dénotée correspond à ce que le signe désigne. Réflexions. faite par Frege dans son article classique de 1892150. Par contre. Lorsque nous employons le nom “Jésus” pour dénoter le Jésus des Évangiles. Pour être “le Christ”. 104. Frege nous prévient que “le rapport de la pensée au vrai”. chez Freud. 357. mourir crucifié. En fait. ne fait que dénoter le Jésus des Évangiles. puisque Jésus aurait put s’appeler Sigmund ou Jacques. On peut s’appeler Jésus et devenir un clochard. et le symbolique dénotatif. en le définissant comme le messie. la notion freudienne de sujet et prédicat n’a rien d’ordinaire. il aurait toute sorte d’obligations et de tâches difficiles. me semble-t-il. Il semble donc que le rapport entre le nom et la personne n’est pas déterminé par aucun sens. bn. “Des choses et des mots”. Paris. Cette locution. parce que c’est lui. Et pourtant. pp. au niveau du sens. ou a + b. si on s’appelle “Jésus” en Espagne ou en Amérique Latine. il devrait être le messie. une dénotation imaginaire. comme sujet. ou b. Si Jésus s’appelle Jésus. Permettez-moi de vous faire remarquer que la dénotation fregienne se rapporte à la Chose dont on parle toujours. Représenter symboliquement 147 Matthieu. un rapport vraisemblablement capricieux. Or. qui n’a aucun sens. n’importe qui peut s’appeler Jésus. comme rapport du sens à la dénotation. 152 Ibid. on n’est obligé de faire rien de particulier. en réunissant a et b. Quoi qu’il en soit. sauver un peuple. notamment... voire de la Chose invariable. Nous avons ainsi. Il y a toujours une raison pour laquelle on est appelé d’une certaine manière. un Ernesto ou un Emiliano. D’après cette distinction. Comme le remarque Erasme. elle dénote le Jésus des Évangiles d’une manière très particulière. n’est ni plus ni moins qu’une dénotation variable. in Écrits logiques et philosophiques. Jésus avait un arrière.. b3. Quoiqu’il en soit. Lorsque Frege note “qu’une seule dénotation (un seul objet) est susceptible de plus d’un signe”152. Ceci est vrai. très nombreux en Espagne et en Amérique Latine. Seuil. notamment. Cette raison suffit pour donner un certain sens à notre nom. p. 148 Luc.29. voire une représentation imaginaire (a + b). d’après l’ange qui rend visite à Joseph avant la naissance de Jésus147. est un sujet susceptible de plusieurs prédicats. ils ne sont pas obligés de sauver son peuple. b1. ce dont on parle. Imbert (trad. ou a. il y a encore des gens qui sont dignes de s’appeler Jésus -mon grand-père. Gottlob. Nous accepterons. Ces gens. arrière grand parent qui s’appelait apparemment Jésus ou Josué148. trois termes : le réel dénoté de la Chose. 103.

ne dénote le Jésus réel. 1328. au Jésus des Évangiles. Quoiqu’il en soit. p. la même Chose qui est Jésus. voire le prédicat ou la locution proprement dite. 149-150 9 . b2. le Maître et le Seigneur ou le Prince de la Vie. mais la dénotation de la Chose. signifiée par le pouvoir signifiant du représentant symbolique qui dénote Jésus. donne un sens particulier au Jésus qu’il représente de manière symbolique. “on plaça au-dessus de sa tête le motif de sa condamnation ainsi libellé : Celui-ci est Jésus. abréviation de Iésus Nazarenus Rex Iudaeorum. dont l’unité suffit à la contradiction de b1 et b2. déjà là données dans un ordre ouvert à la signification”158. et comme Roi des Juifs. INRI. qui peut se lire “c’est ici que Jésus est dénoté”.. est indissociable de celui de “Nazareth”. Un Roi des Juifs qui soit de Nazareth est une image aussi puissante dans sa contradiction que celle du roi avec sa couronne d’épines. ainsi que la lettre a du Freud de 1895. Si nous faisons correspondre ce qui est dénoté d’après le Frege de 1892. Paris. nous avons l’imaginaire. il n’est pas la Chose dénotée. la dénotation de Frege ou le a de Freud. ce qui est dénoté ou le sujet. qui représente symboliquement ce dont on parle. le calcul (a + b1) + (a + b2) indique la ressemblance formelle avec la Chose. ce qui est tout à fait contradictoire. pour nous. et le sens de cette fonction dénotative.02. b1. Faites attention à ce tableau. chez Duns Scot156. p. a. le nom de baptême. et la proposition b2 ou IRI. cit. Or. l’univocité formelle de a. En fait. à l’encontre du réalisme de Frege. Roi des Juifs”. 155 Matthieu. Ainsi. b. 1953. p. Et pourtant. En effet. “le signifié. 3. On peut clairement décomposer cette locution dans sa fonction dénotative. entre guillemets. a.3. 26. 30-34. 1300. le Fils de Dieu. et cetera (a + bn).56”. nous trouvons alors dans la Bible plusieurs manières symboliques de le dénoter comme sujet. 1981. comme un lien imaginaire du symbolique au réel. op. Entre les deux. b3. b1. b2. 135. N'interprétez surtout pas la dénotation comme le réel. Dénotation de Jésus dans la croix : celui-ci est Jésus La Chose : Iésus = I = a Image de Jésus dans la croix L’autre chose : (a + b1) + (a + b2) Sens de Jésus dans la croix : motif de la condamnation Le symbole : “Iésus Nazarenus Rex Iudaeorum” = “INRI” = [”IN” : “Jésus est de Nazareth” (jugementb1)] + [”IRI” “Jésus est le Roi des Juifs” (jugementb2)] Nous connaissons l’inscription sur la croix : INRI. Du côté de Jésus. O. dans une perspective lacanienne. pp. ce que nous avons c’est le prédicat. “Discours de Rome”. d’autant plus que Jésus n’est pas vraiment de Nazareth.46. in Bible de Jérusalem. le fait d’être de Nazareth n’est pas moins symbolique que celui d’être le Roi des Juifs. le double jugement “Jésus de Nazareth.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 équivaut à dénoter en un certain sens. où il passa néanmoins une partie de sa jeunesse. sans les guillemets. nous nous 154 Les Actes des Apôtres. Seuil. peut-il sortir quelque chose de bon ?”157. Prenez garde de ne pas le comprendre trop littéralement. in Ordinatio I. Remarquez bien que le “Iésus Nazarenus Rex Iudaeorum”. in Autres écrits. PUF. Boulnois (trad. un prédicat tel que le Christ.37. le Maître et Seigneur. apparaît -faites ici attention. cit. 2. laquelle apparaît comme une image signifiée.. 158 Lacan. Jésus est de Nazareth. sur le fond d’une distinction formelle et matérielle. c’est-à-dire le motif de la condamnation : “le roi des Juifs”. En nous éloignant du réalisme binaire de Frege. cette représentation imaginaire. 156 Scot. nous avons le sujet des deux propositions. moyennant sa représentation imaginaire. 3. qu’au moyen de la dénotation d’une image de Jésus dans la croix. J. voire le rapport arbitraire du symbole dénotatif à la Chose dénotée.15. ce ne sont pas les choses toutes brutes. Jésus de Nazareth Roi des Juifs. le roi des Juifs”155. En ce qui concerne l’imaginaire. in Les psychoses. J. b4. la Chose. Autrement dit. dist. du sens de Frege ou du b de Freud. 1988.comme un signifié. La proposition b1 ou IN. Jésus est le Roi des Juifs. a. “Jésus”. le “Prince de la Vie” 154. 159 Lacan. N’oublions pas ce que Nathanaël répondit à Philippe lorsque celui-ci lui parla de Jésus : “De Nazareth. En ce qui concerne le symbolique. celle de “Jésus le Prince de la Vie” (a + b4). celle de “Jésus le Maître et Seigneur” (a + b3). Essayons d'ordonner tout cela dans notre tableau : Tableau 5. Interprétez-la plutôt. pp. bn : le Christ. celle de “Jésus le Fils de Dieu” (a + b2). en tant que dénotation. la parole constitue précisément un sens ou un prédicat. apparaît en même temps comme Nazaréen. 157 Jean. 1441. Ces locutions évoquent différentes représentations imaginaires de la Chose qui est Jésus : celle de “Jésus le Christ” (a + b1). Nous pouvons la lire comme deux jugements différents. Entre le Jésus réel dénoté et son représentant symbolique dénotant. Op. “celui-ci est Jésus”. le Fils de Dieu. l’appellation de “de Nazareth” acquiert souvent une valeur symbolique analogue à celle d’un patronyme. Ibid. voire plusieurs locutions prédicatives qui le dénotent dans plusieurs sens différents. “Sur la connaissance de Dieu et l’univocité de l’étant”. b1 et b2 -voire. “le signifié n’est pas la chose” 159. 3. Paris. 1956. en dénotant ce qu’il dénote d’une manière particulière. 27. D. “Séance du 01.). Lorsque Jésus fut crucifié. Du côté du roi des Juifs..

elle est identifiée chez les Stoïciens à l’action. Il apparaîtra comme le mot de Freud ou comme le semaïnon des Stoïciens. Simonetti (trad. Après qu’il ait devenu locution ou partie composante de la parole. la chose signifiante est le son (‘Dion’... la lettre a -si vous voulez déjà le grand A-. Entre la Chose et le nom s’interposent donc la science. le Christ. ainsi que nos représentants symboliques. Nous le savons déjà : on parle toujours de la Chose que la parole représente symboliquement. ne représentent la Chose qu’en étant soumises. Seuil. je vous rappelle seulement qu’il distingue en 1891. 162 Origène.12. 1977. la Chose. les autres choses que la Chose. au pragma. par la définition et par le nom. la dénotation et la théorie de la signification du stoïcisme. 1891. En effet. puis par l’image. Paris. ne sera dénotatif qu’en vertu d’un sens déterminé par sa fonction prédicative. “Lettre VII aux parents et amis de Dion: bon succès”. Le pragma est ainsi. la “Chose”. le signifiant. 342a-d. Dans les termes de Frege. du point de vue platonicien. soit comme apparence chosique signifiée par le mot chez Freud. p. Traité des principes. Elle est la dénotation de tous les sens.. a + b. la Chose est toujours ce que le nom dénote et représente symboliquement.60”. 10 . En effet. dont le propre sera d’être déterminé par la structure signifiante -comme nous le verrons plus tard. telle que Dion lui-même”161. S. à laquelle on rapporte “le mot”. En tant que terme prédicatif.1). la chose signifiée est la chose actualisée qui existe par rapport à notre intellect (. II. Against the Logicians. son “apparence” qui la représente -comme “représentation d’objet”.. Cambridge. l’image et la définition. nous dirons qu’entre la chose existante et la chose signifiante s’interposent les choses signifiées. chez Platon.). Derrière cette épaisse dénotation. Réel dénoté : Dénotation imaginaire : Symbolique dénotatif : la Chose ou Jésus l’autre chose. pp. in Lettres. l’image et la définition. notre symbole se trouve enfin sans aucune ambiguïté à la place du sens. le symbole devra sortir de son isolement. Le sens. Crouzel et M. ne représentent Dieu. la lettre b162. au loin.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 approchons ici de deux théories ternaires de la signification. tel que “Jésus”. 342c. 10. proche de notre représentation réelle. il montre enfin toute sa soumission au symbolique. inséparable d’un autre terme symbolique. à la parole. que par l'intermédiaire de “sa parole”. En un certain sens. est la Chose “à laquelle on rapporte toutes les représentations”164. et la chose existante est la chose réel externe. vol. aux signifiants. 164 Platon. 1991. Nous allons considérer que même un nom propre. c’est pour dénoter la Chose qu’il symbolise. 137-138. c’est-à-dire. Paris. la Chose à laquelle on rapporte “la science”. la chose signifiée et la chose signifiante et la chose existante. Les Belles Lettres. pp. les choses de ce monde. cit. H. comme des signifiés. telle qu’elle est accomplie par la science.et le “mot” ou la “représentation de mot” qui signifie cette apparence160. définition et nom. de toutes nos locutions. op. le nom de la Chose ou le signifiant165. son “fils unique”. 101-106. Quant à l’imaginaire. dans sa Contribution à la conception des aphasies. Ayant emprunté le terme de la lettre VII de Platon. Contribution à la conception des aphasies. 127. Chez Platon. soit comme chose signifiée chez les Stoïciens. in Le transfert. par sa place dans une structure signifiante. si on parle toujours de la Chose (3. p. on se contentera de citer son adversaire sceptique Sextus Empiricus : “Trois choses son liées. Nous rencontrons ici Origène. 2. est représentée d’abord par la science.). pour nous la représentation imaginaire signifiée. Harvard University Press. le représentant symbolique.). le Logos. 1983. I. R. par exemple). pour qui les choses. 163 Lacan. 161 Sextus Empiricus. Du point de vue des stoïciens. celles que Platon désigne comme science. 1978. J. donc purement prédicatif. Lacan le rapporte au réel. pour nous. Roi des Juifs symbolique Chose Apparence de la Chose Mot ou représentation de ou représentation d’objet mot Pragma Semaïnomenon (lekton) Semaïnon Chose existante (a) Chose signifiée (a + b) Chose signifiante (b) En ce qui concerne la théorie de Freud. 165 Ibid. le pragma. I. De ces choses. Quant au Stoïciens. pour nous la signification du Freud de 1891. Quant à la Chose. Tableau 6. 245. Examinons le signifiant. G. 11. à laquelle on rapporte “la définition” de la Chose. celle du Freud de 1891 et celle des Stoïciens (tableau 6). S’il y a une parole. “Séminaire du 21. image. c’est pour parler de la Chose que la parole représente symboliquement. 1960. entre ce qui est dénoté et ce qui dénote s’interpose la dénotation. Cerf. La Chose est le sujet de tous nos prédicats. le pragma. S’il y a un nom. à laquelle on rapporte “l’image” de la Chose. de tout ce que nous parlons. et si notre parole représente symboliquement 160 Freud. Paris. auquel s'intéressa Lacan pendant son séminaire sur Le Transfert. et il signale que “c’est là tout simplement le terme que j’ai appelé la Chose”163. un sens dénotatif. Elle est ce qui est dénoté par tout représentant symbolique. où le pragma était “ce qui est cherché par l’opération de la dialectique”. des catégories où se dédoublent nos représentations réelles et imaginaires. comme le prédicat b du Freud de 1895. rapport le sens de “Jésus de entre le réel et le Nazareth. Bury (trad.

on doit parler d’autre chose. mais aussi les rideaux qui recouvrent les fenêtres.3). 1956. mais aussi une autre chose dans le monde ou dans la réalité imaginaire. tout représentant symbolique ne représente la Chose que par l’intermédiaire d’une représentation imaginaire de la Chose. Le représentant symbolique n’est ainsi qu’un représentant indirect de la Chose. “C’est le monde des mots qui créé le monde des choses”. au mieux. Elle est une chose du monde des choses. Traité des principes. nos locutions ne représentent pas seulement de manière symbolique une représentation imaginaire de la Chose. C’est pourquoi. mais aussi de sa représentation imaginaire. ne son pas seulement les fenêtres. En d’autres termes. nous avons le droit de parler d’un représentant symbolique de la Chose. en étant imaginaire. Or.. La dénotation n’est pas seulement une liaison entre la Chose et le symbole. I. celle-ci. cit. un représentant symbolique de la Chose. une locution comme “le corps du Christ” ne représente pas seulement une dénotation ou une représentation imaginaire. elle n’est “dominée” par Dieu le Père qu’au moyen de “sa parole”. Elle ne représente la Chose qu’en étant produite par la parole. qu’en étant produites pas notre parole. J. De même. mais aussi la Chose dénotée ou une représentation réelle de la Chose. 3. la dénotation est le fait de dénoter la Chose en un certain sens. elle ne représente pas seulement notre image du corps du Christ. 2. nous dit Lacan 168. Pour dénoter ce dont on parle -qui est réel-. En général. Cette locution représente aussi. 168 Lacan. il faut ici une logique ternaire. qui sont les nôtres. ce dont elle parle. en plus de se rapporter à la définition. Or. Pour parler de la Chose. qu’une partie de la forme de la Chose. on ne parle pas seulement de la Chose. un signifiant dénote ce qu’il dénote. entre le sujet a et le prédicat b. le nom. 274.4. Elle n’est pas seulement le signe de l’addition entre la Chose dénotée. hors du monde. il se rapporte au pragma. Pour atteindre le pragma réel. Chez Platon. 3. mais seulement à travers le signifié ou le semaïnomenon. b. le nom ne se rapporte au pragma platonicien que d’une manière indirecte. nous ne parlons pas seulement de la Chose.2). en effet. Un représentant symbolique ne représente pas seulement ce qu’il représente. un semaïnon ou un signifiant a besoin d’un semaïnomenon ou d’un signifié. 342c. mais seulement au moyen de la dénotation. tout sens dénotatif ne dénote ce qu’il dénote qu’au moyen d’une dénotation où se dérobe ce qui est dénoté. on doit parler de l’imaginaire. En effet. 11 . le “nom de Jésus”. La dénotation. À l’égard de cette autre chose. I. En effet. Elle n’est donc pas seulement une liaison du symbolique avec le réel. une locution comme “le corps du Christ”. I. a. mais ils signifient également ce qu’ils signifient. a besoin de la dénotation -qui est imaginaire. op. Ses yeux. lorsqu’on parle de la Chose. c’est-à-dire la Chose réelle qui est le corps du Christ. à la représentation imaginaire de la Chose. mais elle est aussi une reproduction ou réactualisation imaginaire du a réel et du b symbolique. la Chose n’est pas l’autre chose. chez les Stoïciens. Naturellement. mais aussi un obstacle imaginaire entre le réel et le symbolique. alors notre parole sera toujours. Dans les termes d’Origène. une représentation imaginaire produite par notre parole. La Chose est toute autre. en étant imaginaire. 10. Le problème réside dans le caractère non-neutre de la dénotation. La Chose n’est pas l’autre chose. devant lequel “tout genou fléchit”167. en tant que signifiée par un signifiant. En plus d’être le fait de dénoter la Chose. ce qu’ils signifient indépendamment de la Chose Lorsque nous parlons. Ces choses du monde des choses ne sont des choses.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 ce dont on parle (3. d’ailleurs. en tant que signifiée par le signifiant. ensuite l’image et finalement la science. le représentant symbolique représente la présence même de la Chose. qui ne représente. mais une représentation imaginaire ou une image mentale de ce corps (2. En plus de représenter une représentation imaginaire de la Chose. vol. Notre parole dénote la Chose. vol.7). Pour parler du réel.5.. Elle est aussi. Ainsi. Platon note que la Chose est “toute autre”. lorsqu’on parlera de la Chose qu’est 166 Ibid. ce qu’elle dénote. ne se réfère pas seulement à la Chose réelle. 167 Origène. cit. à l’image et à la science. et le sens qui la dénote. mais aussi d’autre chose. pour autant que la Chose dénoté n’est pas la dénotation de la Chose. mais aussi à l’obstacle imaginaire. En plus de devoir représenter la Chose. de même qu’un graal ou une hostie ou une croix. dans la mesure où “elle n’éprouve rien de semblable”166. Ainsi. le semaïnon ou le signifiant ne se rapporte pas au pragma directement. 137.. voire la dénotation de la Chose. “Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse. En plus de signifier ce qu’il signifie. en tant que tel. De notre point de vue. c’est-à-dire d’une de ces choses produites par notre parole. Lorsque nous parlons. Or. C’est pour cela que le représentant symbolique. et lorsque nous parlons. p. n’est pas seulement le copulatif qui marque une liaison entre la Chose et son représentant symbolique. ne représente pas directement la présence ou une représentation réelle du corps du Christ en tant que Chose. moyennant d’abord la définition du mot. le sens de notre parole -qui est symbolique-. mais elle est toute l’opération imaginaire de a + b. en tant que représentant symbolique de la Chose. a une certaine opacité de voile qui nous empêche de voir directement ce qu’elle dénote. in Écrits. la dénotation doit signifier le signifiant. notre parole ne dénote pas seulement la Chose dénotée. Voici notre différence vis-à-vis la distinction logique binaire de Frege. b. bien qu’indirectement. cette dénotation n’est pas seulement la représentation de la Chose. le prédicat b. dans chacune de ses locutions. pp. une chose produite dans le monde des mots. en tant que représentant symbolique de la Chose (3. c’est-à-dire une dénotation ou une représentation imaginaire. ou le sujet a. Op.

D’autre part. le +. D’une part. en définitive. d’identité ou de ressemblance.. parce qu’elle cherche à nous rendre présente la Chose. la parole ne dénote pas seulement ce qu’elle dénote. par le fonctionnement de la parole. La parole est un représentant symbolique. un mauvais outil. de la Chose: a) De la Chose. elle est signifiée par le signifiant. comme l’a remarqué Lacan en citant “un nommé” Paul Henry169. elle n’est pas une représentation. Notre représentation du corps du Christ. la représentation imaginaire de ce que nous sommes en parlant de la Chose. mais sera soumise au Christ ou à la parole de Dieu. La parole n’est pas un bon outil. où plus exactement. mais imaginaire. Et avec lui. est d’échouer dans sa fonction dénotative. en plus de nous donner l’image de a. plus qu’une fenêtre avec des rideaux qui la recouvrent. Ainsi. entendue celle-ci comme ce qui est signifié par notre parole signifiante sur le corps du Christ. lorsqu’on parlera de la Chose qui est le corps du Christ. J. du corps du Christ. Nous savons déjà que cette représentation sera une chose de ce monde imaginaire des choses et non pas la Chose de l’autre monde réel. de son dysfonctionnement formel et de la raison de son dysfonctionnement. pour autant que notre représentation imaginaire n’est pas seulement la représentation du Christ. ceci va de soi. le calcul imaginaire a + b. à ce moment-là. mais aussi notre représentation du Christ. qui marque la liaison entre a et b. notre parole est aussi en échec. Il ne peut signifier qu’un signifié qui n’est tel que parce qu’il est déterminé d’une telle manière. 12 . C’est l’échec de la fonction dénotative de la parole en tant que signifiante. elle n’est même pas une représentation imaginaire. Si la parole est cela. Puisque nous sommes en b. la représentation imaginaire ne sera pas le Christ.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 le corps du Christ. En conséquence. elle est dénotation d’un dénotatif. Comprenons bien chacune de ces raisons. en plus de représentation imaginaire de la Chose. par le dysfonctionnement matériel de la parole. mais elle nous représente a + b. notre parole peut encore représenter symboliquement la Chose.01. N’oublions pas que la dénotation. de la fonction représentative du signifié. aux sons articulés ou au signes écrits au moyen desquels on parlerait d’elle. elle nous représente a et elle nous reflète b. dans b. rien ne reste alors de la fonction dénotative du signifiant. d’un point de vue structuraliste. mais aussi de notre représentation de ce corps. notre représentation imaginaire de ce corps (3). par le signifiant. et non pas seulement d’autre chose. elle est aussi la représentation de nous-mêmes. Si nous faisons abstraction. c) Non-réel. Précisément lorsqu’il devient tout puissant. Indépendamment de l’échec de sa fonction dénotative. d) Non-imaginaire. La dénotation. elle n’est pas une représentation réelle. notre représentation. Elle est. il nous donne notre propre reflet en b. par la fonction de la parole. a pour b. il est en échec. J’insiste que la représentation imaginaire n’est pas seulement le signe de l'addition. de sa fonction. 3. Même si on arrivait à parler de la Chose. Et ceci pourquoi ? Tout simplement parce qu’elle est un “mauvais outil”. un très mauvais outil. parce que son rapport à la Chose est arbitraire Que notre parole ne soit ni identique ni semblable à la Chose qu’elle représente. b) Représentant de la Chose. Le dénotatif ne dénote ainsi que sa dénotation. pour autant qu’elle est notre représentation. en prononçant à un moment donné une locution comme “le corps du Christ” (3. en un certain sens -dirait Frege-. la représentation imaginaire ne représente pas seulement la Chose pour nous. à la manière structuraliste. Ce qui est inévitable. mais non pas nécessairement de sa fonction représentative symbolique. de l’autre chose que sera. la Chose n’aurait pas un rapport naturel.4). elle n’est qu’un représentant symbolique de la Chose. Et pourquoi ? Précisément parce que le propre de la représentation symbolique. Dans la dénotation. Il est en échec. 1978. c’est en vertu de son fonctionnement. parce que c’est de la Chose qu’elle parle. N’oublions pas que la représentation imaginaire. un rapport réel ou imaginaire. La représentation imaginaire sera la nôtre.6. in Le moment de conclure. elle n’est pas réelle. e) Symbolique. mais notre représentation. voire la représentation de nous-mêmes. parce qu’elle ne peut même pas nous rendre présente seulement une certaine forme de la Chose sans le recours d’une représentation imaginaire. de son dysfonctionnement matériel. non-réel et nonimaginaire. Séminaire du 10. doit être comparée à une fenêtre en miroir. Une dénotation de la Chose n’est pas une représentation réelle de la Chose. notre représentation. mais aussi l’image spéculaire de la dénotation. Elle est notre représentation imaginaire. qui n’est que l’image signifiée par notre parole en tant que dénotative -en quelque sorte le moi du sujet qui parle en tant que sujet du signifiant. Si nous nous situons à notre place. par la raison du dysfonctionnement de la parole. parce qu’elle ne peut jamais présenter la Chose matériellement ou en chair et en os. on devra parler. en plus de dénoter ce qu’elle dénote. par le dysfonctionnement formel de la parole. C’est l’échec de la fonction dénotative de la parole. et elle sera signifiée par notre parole. Entre la Chose et ce que nous parlons d’elle il n’y a qu’un rapport arbitraire établi 169 Lacan.78. on ne parlera pas seulement de la représentation imaginaire de ce corps.. C’est le petit autre qui doit coïncider avec le moi chez Lacan. Nous ne pouvons pas nous représenter le Christ dans l’imaginaire sans nous représenter non-mêmes.

en devenant par cette passion le signifié”173. 1983. in Clinique et éthique dans la psychanalyse. elle est certainement signifiable.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 par une convention. Si quelqu’un méconnaissait ici la langue française. et le primat que le réel a sur le pensé s’inverse du signifiant au signifié”171. cit. qui est déterminée par le signifiant. Il n’a rien à voir avec le réel de la Chose. 83. passif. p. comme aliment français préparé avec de la farine dans un four et vendu dans une boulangerie par une belle boulangère. comme le signifié du signifiant b de “baguette”. in Écrits. Je vous donnerai quelques exemples. comme signifié. Or. “La signification du phallus”. n’est déterminé par le signifiant déterminant que pour autant que le signifiant est ce qu’il est. J. d’entretenir ce rapport si particulier qu’il entretient. en m’écoutant. alors que le signifié est déterminé. et non pas le dénoté. N°5. Nous savons ainsi que ce que la “Chose” signifie n’est pas obligé d’être ce que la baguette signifie. Le signifié n’est signifié que parce qu’il est signifié par le signifiant. Le signifié. le signifié. elle établit donc le signifié. avec le pragma. alors qu’un analysé n’analyse pas. “À la mémoire d’Ernest Jones : sur sa théorie du symbolisme”. La convention qui établit un lien arbitraire entre la Chose et le mot “Chose” est précisément ce qui est signifié par le signifiant “Chose”. alors il ne pourrait pas. “Du signifiant à la réalité des choses. Comme aurait dit Lacan. “Séance du 18. Actes de l’École de la Cause freudienne. Lorsque nous prononçons le signifiant “Chose”. mais déterminé comme ce qu’il est. C’est le signifiant qui détermine ce qui est signifié. en tant que a + b. Un analysant analyse ou s’analyse. cette place peut signifier ce qu’elle signifie parce qu’elle est la place du signifiant “Chose” et non pas celle du signifiant “baguette”. mais le signifié du signifiant “Chose”. Quant à la Chose. Le signifiant n’est pas déterminé par le signifié. pour autant qu’il n’est qu’un signifié. cit. bien qu’elle n’est pas pour autant déterminé comme le signifié. au b1 qui est l’alimentation. et non pas la Chose. J. mais il n’est pas non plus déterminé par la Chose. Il ne le saurait pas tout simplement parce qu’il ne connaîtrait pas la convention qui établit un lien arbitraire entre la Chose et le mot “Chose”. mais seulement ce qu’il signifie en tant que signifiant. Or. Ne pas savoir ce qu’il signifie équivaut à ne pas connaître ce qui est signifié par le signifiant “Chose”. mais il est analysé par l’analysant ou par l’analyste. Op. équivaut à ne pas savoir ce qu’il signifie. ce que ce signifiant signifie n’est pas ce que signifie la Chose réelle. ce que le signifiant signifie. savoir que je parle sur la Chose. explique Lacan. Pour le moment. Martin172. Le réel de la Chose. 172 Martin. Le signifiant “Chose” n’est signifiant que dans la mesure où il occupe une certaine place dans une structure signifiante. La substantivation du gérondif ou du participe présent du verbe donne le signifiant. etc. n’est que l’effet du signifiant. vers la fin de notre cours. voir la structure déterminante. Voici comment le dénoté n’est dénoté que par une dénotation déterminée. C’est la dénotation. Ne pas savoir ce que le mot “Chose” veut dire. pour devenir autre chose. Enfin. in Écrits. in Le sinthome. le signifiant est celui qui signifie. 13 . Le signifié n’est pas déterminant comme le signifiant. en tant que tel. Tout est décidé ou déterminé par le signifiant. Voici comment le signifié ne représente la Chose. En ce qui concerne le signifiant. au b3 qui est la farine. vous savez que l’action est toujours du côté du gérondif et non pas du participe passé. Le signifiant est déterminant. que dans la mesure où elle est signifiée par le signifiant.75”. tandis que la substantivation du participe passé donne le signifié. ce qui est ainsi soumis au signifiant. tandis que le signifié est ce que le signifiant signifie. p. Le représentant représente ce qu’il représente. 1959. Paris. par le signifiant. vol. puisqu’il est celui qui signifie et non pas celui qui est signifié. ECF. actif. 171 Lacan. C’est l’autre chose. nous pouvons seulement dire que la convention. deviendra elle aussi signifiante. En tant que pacte symbolique signifié. 1975. mais non pas “insignifiable”. le verbe signifier. au b6 qui est la belle boulangère..11. le réel n’est pas le signifié. 183. les termes de signifiant et de signifié. entre des guillemets qui indiquent le caractère symbolique de la Chose. une place dans une structure signifiante. au b2 qui est la France. ce qui est parlé correspond à ce qu’on parle. ce qui est signifié par un signifiant.. 1983. Ce qui est parlant correspond à ce qui parle. puisqu’il ne signifie pas la Chose. analysons ces termes. 1958. Le signifié de “Chose” n’est pas obligé. malgré son caractère signifiable -bien qu’insignifié. p. elle cesse d’être la Chose. au b4 qui est le four. à la différence d’un réel comme celui de P. Quant à la Chose. qui est signifiée. Le signifiant. 166. comme signifiable. “a fonction active dans la détermination des effets où le signifiable apparaît comme subissant sa marque. au b5 qui est la boulangerie. mais au moment d’être signifiée. Nous 170 Lacan. Les deux sont des variantes substantivées du même verbe. de la Chose au réel”. 173 Lacan. cette convention fonctionne comme ce que Lacan appelle un signe d’arbitrage entre le signifiant et la Chose -laquelle. II. J. alors que l’aimé est celui qu’il aime. vol. sans des guillemets. L’amant est celui qui aime. Op. établit ce que le signifiant signifie. Pour démontrer le primat ou la primauté du signifiant sur le signifié. Par exemple. c’est clair qu’il n’est déterminant que dans la mesure où il occupe une certaine place dans la structure signifiante. le signifié. Or. est tout à fait soumis au signifiant. P. comme quoi la convention apparaîtra comme un “signe d’arbitrage entre deux signifiants” 170. Le signifiant signifie un signifié qui ne constitue que ce que le signifiant signifie. Le désirant désire le désiré. en tant que convention française entre ce que je dis et ce que ceci veut dire. nous verrons qu’il reste horssignifié. en établissant un lien arbitraire entre le mot et la Chose. nous voyons qu’elle ne détermine pas non plus le signifiant. déterminée comme signifiée. II. “le rapport du réel au pensé n’est pas celui du signifié au signifiant. inédit.

Finalement. il parle aussi de plusieurs choses. inaltérable. apparaît tout à coup un jeune homme qui. le graal. Op. le signifiant n’est pas déterminé par le signifié. le réel “qui se retrouve toujours à la même place” 176. De même. la dénotation. c’est-à-dire par sa place dans une structure signifiante. en signifiant. alors il deviendrait signifié et il cesserait d’être ce qu’il est. chez Lacan. Nous sommes dans le château du RoiPêcheur. élégante et parée avec goût. Le corps du Christ : l’achose absente dans la parole Rappelons-nous de la célèbre scène du graal chez Chrétien de Troyes. 345. alors que le signifié. Cependant. de A.12. Ainsi. signifiant. mais par la place de la locution “le corps du Christ”.59”. il ne pense qu’à ce qu’il vient de voir. Le sens. 1959. Au fond de cette diversité. au moyen de la dénotation.. sur les choses les plus diverses : (a + b1) + (a + b2) + (a + b3) + (a + b4) + (a + bn). La scène se répète. 392. pour autant que le signifiant. que sa place dans une structure signifiante détermine le signifiant. la Chose constante. la Chose. 423. et encore et encore une fois. Berman : “Esquisse d’une 14 . Op. Or. toujours le même graal. il se retrouve toujours à la même place. entre guillemets. cit. Permettez-moi de finir avec le plus tautologique de mes raisonnements. Il continue à bavarder sur n’importe quoi. en étant signifié. Op. demeure constant et invariable : a + a + a + a + a. signifie ou détermine. Perceval mange plusieurs choses. Ceci dit. viennent deux jeunes gens portant des chandeliers. mais il n’ose pas demander. en accomplissant le fait dénotatif du sens de la dénotation. Par contre. il s’agit de la Chose. à la même place” 175. laquelle. Quand cette demoiselle fut entrée dans la salle en tenant le graal. qui se répète. “Séminaire du 23. comme si rien n’était. 175 Lacan. la scène de graal est la même scène du graal. est la 174 Chrétien de Troyes. 4. pp. Il voudrait le savoir.12. qu’il détermine lui-même son propre sens. Pendant ce temps. il continue à bavarder naturellement avec le Roi. toujours la même scène. Il ne sait pas de quoi il s’agit. devant le Roi et le chevalier. Ils bavardent apparemment sur les sujets les plus divers. cit. pour autant que le signifiant constitue cette structure et il n’est déterminable par elle qu’en se déterminant lui-même. est déterminée par le signifiant. Cit. le signifiant n’est déterminé que par sa place dans une structure signifiante. une si grande clarté se répandit que les chandelles perdirent leur clarté comme font les étoiles quand le soleil se lève”174. vers 3224-3232. Il est impressionné. la fraction “constante” et “invariable” de tous nos jugements. Il continue donc à bavarder sur n’importe quoi avec le Roi. Traduction Française psychologie scientifique”. À côté d’eux. constitue ce qui est signifié ou déterminé.4). 1959. mais par le contexte symbolique locatif où il apparaît. Dire ceci revient à dire que le signifiant se détermine lui-même.59”. 1895. la Chose. le Graal. comme “ce qui se répète. Voilà. Le chevalier Perceval et le Roi sont en train de bavarder. 1185.. intrigué. Et la scène se répète encore. cit. nous pouvons accepter. un représentant symbolique n’est pas déterminé par la Chose. toujours la même Chose. ne détermine pas le sens.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 pouvons même dire du signifiant qu’il est déterminé par cette structure signifiante. Le chevalier Perceval assiste au spectacle. Il revient toujours à la même place. chez le Freud de l’Esquisse. belle. une locution comme “le corps du Christ” n’est pas déterminée par le corps du Christ en chair et en os. aussi chez Lacan. et nous garantit de revenir toujours. J. p. de tout ce dont nous parlons177. entre le feu et le lit où ils se tiennent. détermine la dénotation. ce qui est le plus important. ce qui revient. 177 Freud. 176 Lacan. S. pendant que ceux-ci bavardent sur les sujets les plus divers. bien entendu. derrière les différents plats que l’on sert. pp. Op. S’il était seulement déterminé. Bien entendu. puisqu’il ne le dénote qu’indirectement. dans la mesure où il n’est. Op. 91-92. Derrière les différents sujets dont on parle. 85. Ceci n’est pas tout à fait exact. comme Chose ou représentation réelle de la Chose. 765. la lettre a. alors qu’il y a une seule Chose qui l’intéresse. qu’une place dans une structure signifiante. nous pouvons conclure que comme locution qui ne représente pas directement la Chose (3. Cependant. cit. Nous avons ici. à un niveau logique différent. p. dans une structure signifiante.. en tant que signifiée par le signifiant. Le Roi-Pêcheur et Perceval bavardent. sortant d’une chambre. “Entwurf einer Psychologie”. le signifiant n’est pas non plus déterminé par ce qu’il dénote. Autrement dit. invariable. en tant qu’unité signifiante de la parole. suivis d’un graal “tenu à deux mains par une demoiselle qui s’avançait avec les jeunes gens. “Séminaire du 16. qui revient toujours à la même place. p. Après lui. la lettre a. le Ding. devant Perceval et le Roi-Pêcheur. J. répétitive. 473. en étant sens de la dénotation. Le graal passe et Perceval n’ose rien demander. le graal est toujours le même graal. Le Saint-Graal. “Perceval ou le Conte du Graal”... tient une lance avec une goûte de sang. en définitive.

En un certain sens.1. Or. a. par rapport à ce que signifie pour vous le “trois” que vous venez d’entendre. l’arithmétique serait de la psychologie”180. il exprime que le langage lui semble “porter la marque d’un sens objectif” -l’objectivité entendue comme “indépendance par rapport à nos sensations. “La logique dans les mathématiques”. dans cette réécriture.). selon Frege. sera aussi infini. pour autant que dans la parole il n’y a que des prédicats. n’est pas le volcan de leur village. De même. C’est donc ce qui est absent dans tous les prédicats. De cette manière. Nous sommes d’accord avec Frege.. 179 Ibid. il ne distingue pas la Chose de l’autre chose dont on parle. 180 Ibid. ainsi que la Chose qu’elle désigne. cit. Nef (trads. Mon trois œdipien. Chambon. En fait. indépendance aussi “par rapport aux ébauches d’images intérieures”178. que du Graal. mais seulement des autres choses. son trois179. Nous constatons que le Graal. Il n’y a ainsi qu’un trois. Paris. Nîmes. in Écrits posthumes. l’Etna est en effet plus grand que le volcan de leur village. C’est ainsi que Frege croit pouvoir se confondre. mais des choses”182. ce nombre ne représente pas. Et pourtant. Puisque la représentation réelle est une présence de ce qui est représenté. in Écrits posthumes. 1884. Frege. est absent dans la parole prédicative de Perceval. c’est vrai aussi qu’il est obligé à parler d’autre chose pour parler de l’achose. en tant que l’achose ou sujet désigné par la lettre a. Malgré Frege. ou une représentation imaginaire. Nous voici déjà devant l’idée que nous discuterons aujourd’hui : l’achose est absente dans la parole. “Dix-sept propositions-clés sur la logique”.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 seule chose qui intéresse vraiment Perceval. puisque nous ne sommes pas ici des arithméticiens. 1914. n’est que semblable. des choses qui peut-être ne l’intéressent point. En raisonnant à la manière d’Alberto Caeiro.. nous pouvons conjecturer que pour certains paysans des pentes du Vésuve. Si le nombre de représentations imaginaires du trois est infini. il n’y aura pas deux trois identiques. dans la mesure où on parlera seulement d’autre chose. il y aura même des Etnas moins hauts que n’importe quel Vésuve181. dans cette parole composée par un simple enchaînement signifiant de plusieurs différentes lettres b : b1 + b2 + b3 + b4 + bn. avec cette Chose qui n’est qu’en présence d’elle même.). Nous retrouvons. Le sujet de tous ces prédicats est la lettre a. qui est donc absente dans notre parole. entre la parole et la Chose réelle dont on parle. 8 . lorsqu’il dit que “si le nombre était une représentation. il croit que sa représentation imaginaire. On ne peut jamais parler que d’autre chose pour parler de l’achose. Et pourtant il ne parle pas de cette Chose. la Chose. la Chose ou le Graal. le sujet de tous les prédicats de Perceval. nous devons nous obliger à reconnaître le nombre trois comme un représentant symbolique d’une représentation imaginaire. nous pourrons aujourd’hui. dans Les fondements de l’arithmétique. il ne parle d’autre chose que pour parler de l’achose. de tous ces prédicats. Et pourtant. la lettre a de Freud. nous ne parlons d’autre chose que pour parler de la Chose. le Vésuve ou le nombre trois. avec Lacan. il ne s’agit pas de lier des représentations. C. la Chose et l’autre chose ne sont qu’une même chose. que de l’achose. Il pense que nous pouvons parler de la Chose sans devoir parler d’autre chose. Ainsi. même s’il ne parle que d’autre chose. intuitions et représentations”. quand il parle des autres choses dont il parle. tout simplement. il ne cesse pas de parler du Graal. dans toute la parole. De son point de vue. p. 275. 155. et non pas mon trois. de la lettre a. C. à plus forte raison. 182 Frege. on doit parler seulement de l’autre chose et non pas de l’achose. nous ne pouvons parler que d’autre chose pour parler de l’achose. C’est le sujet. lorsque je prononce le nombre “trois”. cette lettre a du Freud de 1895. J. G. il ne cesse pas de parler de la Chose. réellement. Ceci est sans doute vrai dans l’arithmétique. bien qu’on ne parle d’autre chose que pour pouvoir parler de la Chose. Seuil. Or. dans ce qu’il signifie pour moi. qui nous offrent son délicieux lacrimachristi. comme Perceval. 27. Frege doit conclure que “lorsqu’on pense. puisque l’identité ne concerne que la Chose réelle. ne croit pas qu’il y ait une autre chose. bien qu’on ne parlera de cette autre chose que pour pouvoir parler de l’achose. mais le trois en tant que tel. Plus précisément. telle qu’elle est représenté par un représentant symbolique. dans la mesure où Perceval ne s’intéresse qu’au Graal. p. 155-156. dans son réalisme. même si nous l’entendons parler seulement des autres choses dont il parle : (a + b1) + (a + b2) + (a + b3) + (a + b4) + (a + bn). mais en même temps l’Etna n’est pas plus grand que le volcan de leur village.. G. il ne pense qu’à cette Chose. ou le “trois” isolé que je viens de prononcer. 181 Frege. c’est-à-dire qu’il ne peut parler que d’autre chose pour parler de l’achose. comme l’Etna. G. C’est le Graal absent dans la parole de Perceval. p. pp. ce chevalier ne veut parler que de la lettre a. le nombre de représentations imaginaires possibles d’une montagne. désignés par la lettre b. Autrement dit. dans toutes les locutions. 1994. composée par b1 + b2 + b3 + b4 + bn. nous pouvons nous représenter le bavardage de Perceval comme une chaîne de prédicats ou de lettres b : b1 + b2 + b3 + b4 + bn. 178 Frege. parce que l’Etna. comme un psychotique. est une représentation réelle. la Chose. Déjà en 1884. 207. 4. Le Graal. 156. la récrire l’achose. Frege pense que nous pouvons parler tout simplement de la Chose. Avec le Freud de 1895. Frege croit que sa parole peut représenter directement. Tiercelin et F. ton trois. nous tous. dont à la fin on n’en parlera pas. p. 1969. 26. Op. En fait. ma représentation du trois. ou mon trois de la Sainte-Trinité. Imbert (trad. Les fondements de l’arithmétique : recherche logico-mathématique sur le concept de nombre. 27. 1884. pour parler de l’achose. en tant que Chose.

Dans les termes du Freud de 1895.. Dans la perspective frégienne il n’y a que des sens différents. Cette appréhension. Frege ne distingue pas la Chose de l’autre chose. in Écrits. 184 Ibid. 67. la réalité imaginaire et le réel réel. la réalité imaginaire et le réel réel. En ceci. La psychologie du moi. nous la retrouvons dans le fondement de plusieurs courants psychanalytiques.) sur la transformation du rapport fantasmatique en un rapport qu’on appelle. “D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose”. dans le symbolique. ou la psychanalyse lacanienne du réel. Autrement dit. Ainsi. vol. et le (a + b1) ≈ (a + b2) de la similarité. Il y a l’identité du dénoté. de même que pour le Frege de 1892.. p. la similarité de la dénotation et la différence de sens. “le rapport à la réalité va de soi”183. vol. sans chercher plus loin. 1958. le trois de son trois. 186 Lacan. Selon cette idée. II. En quelque sorte. n’est qu’une réalité imaginaire érigée comme réalité réelle et comme seule réalité réelle. Elle apparaît notamment comme l’un des plus importants présupposés implicites de cette psychologie du moi contre laquelle s’insurgeait Lacan.. parce qu’elle formalise logiquement ce présupposé d’une psychologie contre laquelle Lacan disposa une grande partie de son système théorique -particulièrement celui qui regarde la chose freudienne. Cette érection d’une réalité imaginaire comme seule réalité réelle. Frege accepte la réalité imaginaire de la dénotation comme la seule réalité. c’est-à-dire ces “illusions”. telle que Frege peut la promouvoir. réel”186. “se croit en possession d’une idée adéquate de la réalité à quoi son patient se montrerait inégal”185. il n’y a pas seulement le symbolique et la réalité. “l’accent est mis (. ou l’ego psychology. en étant ma représentation. alors que son patient n’aurait qu’une représentation imaginaire ou une “appréhension fantasmatique” de la même Chose réelle. un étalon de la mesure du réel” 184.01. ou la psychologie de la réalité imaginaire. La dénotation finit par se confondre avec le dénoté. Dans nos propres termes. selon ce même psychologue du moi. la Chose. le psychologue de ce courant. p. Dans la psychologie du moi.. 183 Lacan.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 En croyant que la parole peut représenter directement. en prenant son miroir pour la réalité. devrait “peu à peu.94”. “Séminaire du 13. il n’y a vraisemblablement rien d’autre qui soit plus réel ou au-delà dans le réel. du sens dénotant b1 g b2 D’une certaine manière. cit. le Vésuve de son Vésuve. mais le symbolique. de “Fils de Dieu”. le Vésuve ou le nombre trois. Seuil. in Les écrits techniques de Freud.. chez Frege. de “Maître et Seigneur” ou de “Prince de la Vie” qui se réfèrent dans le symbolique à une même dénotation. Au niveau de la réalité imaginaire de la dénotation. 1954. (a + b1) ≈ (a + b2) et b1 g b2: Tableau 7. p. Ainsi. à une même réalité. in Écrits. et la dénotation identique. 9 . les sens de “Christ”. J. 185 Lacan. 1975. se réduire. que j’expose dans le tableau 7. est une psychologie de la réalité imaginaire de la dénotation. n’est que ma représentation. ce qui nous permet de soutenir que la psychanalyse de la chose freudienne. dans la nôtre. comme “une valeur stable. ou les dénotations semblables de cette même Chose. D’après un psychologue du moi. Ce rapport est la réalité même. réellement. réellement réelle et non pas imaginaire. ou la Chose dénoté qui demeure identique à elle-même. II. elle semble reconnaître au moins que ma représentation imaginaire de la réalité. surgit comme adversaire théorique de la psychologie du moi. Il est bon de noter que si la dénotation de Frege nous concerne autant dans ce cours. Le réel ou le réel réel La réalité ou la réalité imaginaire L’identité du dénoté La similarité de la dénotation a=a (a + b1) ≈ (a + b2) Le symbolique La différence de sens. en effet. La symbolique. dans la réalité. Pour les analystes de cette psychologie. toujours identique à lui-même. pour eux. Op. “La direction de la cure et les principes de son pouvoir”. elle est la réalité. Cette réalité de la dénotation est la seule réalité. de la réalité. Il y a ainsi a = a. 28. 1958. au même Jésus. Pour lui. dans la mesure où le malade. se transformer. l’accent est mis sur la transformation d’une représentation imaginaire en une autre représentation imaginaire qu’on appelle. sans chercher plus loin. Paris. s’équilibrer dans une certaine relation au réel”. réelle. et par surcroît elle semble être réelle. Il ne fait aucune distinction entre le réel réel et la réalité imaginaire des mathématiciens et des géographes qui mesurent la hauteur des volcans italiens.. cit. J. à l’intérieur de l’expérience actuelle qui a lieu dans le cabinet de consultation. c’est aussi par cela. Frege ne fait aucune distinction entre la représentation réelle et la représentation imaginaire admise par une certaine collectivité. Il y a ainsi. Frege ne fait aucune distinction entre le a = a de l’identité. la représentation de moi-même. ce qui est dénoté de la dénotation ou du fait de le dénoter. 54. lui-même aurait une représentation réelle de la Chose réelle. Op. la psychologie du moi conçoit le moi autonome comme un modèle pour la représentation réelle. la seule. il n’y a pas de rapport à la réalité. le psychologue doit “corriger” les représentations imaginaires du patient. La réalité de la dénotation. La représentation imaginaire du réel finit par se confondre avec une présence ou représentation réelle. d’un sens dénotant ou dénotatif. J. À la différence de la perspective réaliste frégienne. les représentations imaginaires du patient devront se transformer jusqu’au point de devenir les représentations prétendument réelles du psychologue.

G. où le Vésuve est effectivement moins haut que l’Etna.-M. 190 Lacan. II. très souvent. les psychologues du moi. J. p. cit. et il y a ensuite ce qu’on parle sur cette réalité. cette réalité imaginaire n’est pas seulement réelle. pour eux. éthique. moins réelles que celles de son patient.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 “en se trompant sur soi-même. PUF. Elle est réellement tout ce que vous puissiez dire sur elle. Remarquez bien maintenant que ce que les psychologues veulent imposer à ses patients. une certaine réalité imaginaire. ne cherchent qu’à imposer ouvertement ses représentations imaginaires sur les représentations imaginaires de ses patients. dans la mesure où ils se croient capables de se représenter réellement la réalité. 189 Ibid. 207. qui vient de Vienne. comme beaucoup d’autres analystes et comme la grande majorité des psychologues. sait que l’Etna est plus haut que le Vésuve. celui de l’idéologie nord-américaine des “managers des âmes dans un contexte social qui en requiert l’office”191. vol. “La chose freudienne ou Sens du retour à Freud en psychanalyse”. 1954. in Écrits. in Écrits posthumes. social. 1884. Bien entendu. I. soit “par une transformation directe et active de l’entourage. nos locutions peuvent constituer les signifiants de la réalité signifiée. idéologiquement imprégnée. Une seule réalité. On a donc besoin d’un traitement psychologique. 374. 188 Ibid.). à condition que “les mots ‘cette table’ désignent pour vous quelque chose de déterminé”194.”192. En parlant. économique et politique.. 51. la nôtre. Rocheblave-Spenlé (trad. se trompe également sur ce qui est extérieur. de la dénotation. La représentation imposée par le psychologue est aussi la représentation imposée par le pouvoir. si on n’est pas malade. la table est peut-être une chose inanimée. Pour eux.. 10 . nous pouvons la dénoter. la sienne. cette représentation prétendument réelle de la réalité. notamment lorsqu’il s’agira d’un patient psychotique. Les représentations du psychologue seront même. qui ne distingue pas le dénoté de la dénotation. 1955. Lorsque ce qu’on parle diffère de la réalité imaginaire du psychologue. Ainsi. “Dix-sept propositions-clés sur la logique”. ainsi que signifiée. 396. H. les psychologues du moi ne distinguent pas le réel dénoté et la réalité imaginaire. un certain entourage imaginaire. cit. chacune de ces choses. vous ne pourrez pas considérer que cette table 187 Hartmann. celle imaginaire d’une dénotation conforme à certaines conventions sociales. qui est celle du pouvoir. Quoiqu’il en soit. une réalité. 413. c’est-à-dire sur l’entourage”187 ou la réalité. en même temps que dénotée par la parole -par la parole du psychologue. vol. son propre imaginaire.. “Introduction au commentaire de Jean Hyppolite sur la ‘Verneinung’ de Freud”. évidemment. p. une réalité signifiée.) à un moyen d’obtenir le ‘success’ et à un mode d’exigence de la ‘happiness’.. p. in Écrits. En outre. Ne pas se tromper. alors ce qu’on parle est erroné. “Réponse au commentaire de Jean Hyppolite sur la ‘Verneinung’ de Freud”. si on est malade. moyennant “la restauration d’human relations”193. comporte déjà un fort ingrédient idéologique. il possède alors une représentation réelle de la réalité qu’il doit transmettre au patient. Selon cette réalité. I. Par exemple. p.. 193 Lacan. J. 400. De même que Frege. une idéologie où l’intervention du psychologue ou du psychanalyste “s’est ravalée (. telle qu’ils se la représentent. 192 Ibid. afin que celui-ci puisse s’adapter à cette réalité. formée d’une surface plane horizontale et supportée par des pieds qui ne peuvent pas marcher et qui ne peuvent pas non plus être cloués dans une croix. mais toujours réelle. pour ne pas vous tromper. p.. celle de son entourage. nous pouvons parler de cette seule réalité. historique. mais il pourra aussi différer de cette réalité. il connaît donc ce que son patient paysan ignore. de cette seule chose réelle. Il s’agit d’imposer un certain monde imaginaire. il y a premièrement une réalité imaginaire. mais en plus elle peut être connue. le psychologue du moi. Apparemment. Op. n’a rien à voir avec le réel de la Chose. par l’idéologie d’un certain système culturel.. voire son “adaptation”. Pour cela. Ce qu’on parle pourra coïncider avec cette réalité. 17. vol. p. ils “s’attaquent au monde du sujet pour le remodeler sur celui de l’analyste”190. évidemment. suppose. 1954. entendue celle-ci comme une série de “tâches de maîtrise de la réalité” 188. J. Op. p. Pour eux. 19. une dénotation. philosophique. cette table est réellement telle que vous la percevez. 191 Lacan. 194 Frege. soit par une transformation de la personne elle-même”189. il y a un entourage. qu’il suppose réelle. ou d’adaptation à la représentation imaginaire dominante. A. au-delà de toute réalité imaginaire. si vous n’êtes pas fous. semble réel aux psychologues du moi. lorsque nous parlons. celle à laquelle se réfère la parole des psychologues. Ce que les psychologues veulent imposer à ses patients. Pour un psychologue du moi. chacune des choses imaginaires qui les entourent. qui demeure toujours au-delà de toute chose imaginable. connaissable et signifiable par notre parole. Le but de cette correction est la guérison du malade. ses représentations prétendument réelles seront en réalité aussi imaginaires que celles du malade. L’imaginaire. p. sera une chose réelle. 1968. il n’y a qu’une réalité. n’est pas n’importe quelle représentation imaginaire. Ainsi. c’est-à-dire antérieure et antécédente par rapport à ce qu’on puisse parler à son propos. Paris. si le psychologue du moi n’a pas la chance d’être fou. Pour un psychologue du moi. celle perçue par le psychologue. non-humaine et non-divine. d’après la psychologie du moi. Il connaît la réalité ignorée par un vieux paysan de la province de Naples. in Écrits. “réalité” ou “entourage”. une chose réelle. à condition aussi de ne pas vous tromper dans ce que vous dites sur la table. 1958. cette représentation imaginaire qu’ils appellent “monde”. La psychologie du moi et le problème de l’adaptation. une adaptation à la réalité imaginaire que vous devez partager avec le psychologue. Ainsi. La seule notion d’adaptation à la réalité.

La Chose de Lacan

David Pavón Cuéllar

2003-2004

est l’incarnation du corps du Christ. Si vous considérez ceci, votre représentation sera imaginaire pour le psychologue, qui essayera par tous les moyens de vous imposer sa représentation prétendument réelle de la table. De notre point de vue, la représentation de cette table comme le corps du Christ, par un psychotique, sera certainement plus réelle que la représentation de la table promue par le psychologue. D’autre part, ce qui est encore plus important, cette représentation du psychologue ne sera pas, selon nous, une représentation réelle antérieure à la parole et sur laquelle on parlera bien lorsqu’on ne se trompera pas. D’un côté, nous le savons déjà, cette représentation du psychologue ne sera pas réelle, mais imaginaire. D’un autre côté, elle ne sera pas antérieure à la parole, mais dépendante de cette parole et déterminée par elle. Dans la psychologie du moi, la réalité imaginaire du psychologue, qui est la seule réalité, précède une parole qui doit être conforme à cette réalité. Par contre, dans la psychanalyse freudienne et lacanienne, c’est la parole qui précède une réalité imaginaire qui n’est ce qu’elle est que parce qu’elle est signifiée d’une certaine manière par la parole. Dans la psychanalyse freudienne et lacanienne, il y a aussi, évidemment, quelque chose avant la parole et indépendamment de la parole. Or, ceci n’est pas la réalité dont peuvent parler Frege et les psychologues, mais le réel du pragma qui impose le silence de Platon. Ce réel de la Chose est la seule chose qui pourra précéder la parole dans la psychanalyse, dans la vraie psychanalyse. Et pourquoi ? Précisément parce que ce réel de la Chose se trouve au-delà de tout ce qui puisse être signifié par la parole : il est le pragma des stoïciens qui se trouve au-delà du rapport entre se semaïnomenon et le semaïnon, il est aussi le pragma platonicien qui se trouve au-delà des mots et des images et des définitions, il se trouve donc au-delà de ce rapport frégien entre la parole et sa dénotation, qui permet de juger une parole comme vraie ou fausse. Lacan l’affirme clairement : “Ce das Ding n’est pas dans la relation, en quelque sorte réfléchie pour autant qu’elle est explicitable, qui fait l’homme mettre en question ses mots comme se référant aux choses qu’ils ont pourtant créées” 195 -c’est-à-dire les autres choses, dans la réalité imaginaire. Dans la psychologie du moi, qui ne tient pas compte de la Chose, le symbolique de la parole est subordonné à l’imaginaire des choses que la parole a pourtant créées. Par contre, dans la psychanalyse freudienne et lacanienne, c’est l’imaginaire, en tant que signifié, qui est subordonné au symbolique, en tant que signifiant. Pour Lacan, en effet, “ce qui permit à Freud d’y faire la descente au trésor dont ses suivants furent enrichis, c’est la détermination symbolique où la fonction imaginaire se subordonne”196. Le symbolique est une détermination, alors que l’imaginaire n’est qu’une fonction issue de cette détermination. L’imaginaire ne détermine rien. Une réalité imaginaire, de même que n’importe quelle autre formation imaginaire, “n’est déterminante ni dans la structure, ni dans la dynamique d’un processus” 197. C’est le symbolique qui est déterminant, en tant que signifiant, alors que l’imaginaire est déterminé, en tant que signifié. Vous savez déjà qu’une locution signifiante, en signifiant, n’est pas déterminée par une réalité imaginaire signifiée, laquelle, en étant signifiée, constitue ce qui est signifié ou déterminé. Vous savez aussi qu’une locution signifiante n’est déterminée que par sa place dans une structure signifiante. Ainsi, une locution comme “le corps du Christ” n’est pas déterminée par l’image du corps du Christ qu’elle représente symboliquement, mais par la place de la locution “le corps du Christ”, entre guillemets, dans une structure signifiante. Autrement dit, cette locution, “le corps du Christ”, n’est pas déterminée par la manière dont un psychologue ou son patient peuvent se représenter le corps du Christ. Au contraire, si en prononçant la locution “le corps du Christ”, le psychologue imagine une peinture de la crucifixion et son patient imagine une table, ces deux images sont déterminées, en étant signifiées, par la place que la locution occupe dans les structures signifiantes qui organisent les subjectivités du psychologue et de son patient. La représentation imaginaire doit ressembler à la Chose qu’elle représente, évidemment, mais seulement dans la forme déterminée par la place de son représentant symbolique dans une structure signifiante. Ainsi, la prochaine fois que vous allez entendre une locution comme “le corps du Christ”, peut-être vous allez vous imaginer instantanément cette table, en vertu du rapport signifiant que je suis en train d’établir maintenant, dans ce contexte locutif, entre la table et le corps du Christ. Puisque dans ce contexte locutif nous parlons de la Chose, de la table en tant que Chose et du corps du Christ en tant que Chose, alors entre le corps du Christ et la table il y aura de la similitude, puisqu’il y aura entre les deux au moins une identité formelle, la plus générale qu’on puisse concevoir, celle d’être des choses, des êtres semblables dans sa choséité. Entre le corps réel du Christ et sa représentation imaginaire, il n’y aura donc d’autre similitude que celle déterminée par la place de la locution “le corps du Christ” dans une structure signifiante. Plus précisément, en prononçant à un moment donné une locution comme “le corps du Christ” (3.4), ce que puisse être à ce moment-là notre représentation imaginaire de ce corps, en tant qu’autre chose (3.5), ne peut correspondre à la Chose qui est le corps du Christ que dans la forme déterminée par la place qu’à ce moment-là occupe ladite locution, en tant qu’entité signifiante, dans une structure signifiante (3.6). C’est la place d’une locution dans un contexte locutif, ou la place du représentant symbolique dans une structure signifiante, ce qui décide comment la Chose devra être représentée par une représentation imaginaire. Par exemple, ici, devant vous, lorsque je prononce “le corps du Christ”, celui-ci, en tant que Chose, pourra être 195 Lacan, J. 1959. “Séminaire du 09.12.59”, in L’éthique de la psychanalyse, Op. cit., p. 59. 196 Lacan, J. 1956. “Situation de la psychanalyse et formation du psychanalyste en 1956”, in Écrits, vol. I, p. 462. 197 Lacan, J. 1958. “D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose”, in Écrits, Op. cit., vol. II, p. 24. 11

La Chose de Lacan

David Pavón Cuéllar

2003-2004

imaginé par vous comme n’importe quoi, comme une table ou comme un graal, selon la place de la locution dans mon discours et dans le vôtre, celui qui structure votre inconscient. Par contre, dans une église, lorsque le prêtre prononce la même locution, vous ne pourrez imaginez, selon la place de la locution dans le discours du prêtre et dans celui de votre inconscient, qu’une hostie ou une forme imaginaire probablement très différente à celle d’une table ou un graal. Peut-être, ce que vous imaginerez, d’une certaine manière, ce sera tout simplement ce que vous yeux seront en train de voir à l’intérieur de l’église. 4.2. Revenons un moment en arrière, pour ne pas nous égarer à cause de notre précipitation. La Chose de notre enseignement, nous savons déjà que nous pouvons nous la représenter de trois manières différentes : réelle, symbolique et imaginaire. Nous avons d’abord la représentation réelle, où nous aurons la présence de ce qui est représenté. Lorsque je dis présence, vous devez prendre ce mot au sens littéral. Il s’agit d’une présence réelle, directe, incarnée, de la forme et la matière de ce qui est représenté. Ainsi, dans le Saint-Graal, il y a la présence du corps du Christ en chair et en os. Puisque pour être ce qu’il est, le Saint-Graal doit être le corps du Christ, nous avons conclu qu’entre l’un et l’autre, entre la représentation et le représenté, il ne pourrait y avoir qu’un rapport d’identité. Si le SaintGraal était en effet la représentation réelle du corps du Christ, alors il devrait être identique à ce corps. Si le Saint-Graal était la représentation réelle du corps du Christ, alors il serait en même temps la dénotation, le dénotant et le dénoté. Il ne serait le signifiant, le semaïnon des Stoïciens, que pour autant qu’il serait également ce qu’il représente, le pragma signifié. Cette entité simultanément signifié, signifiante et -si l’on peut dire- pragmatique, est réelle dans la mesure où elle ne peut pas être symbolique, où elle n’est pas soumise à l’ordre symbolique, lequel, pour opérer, exige la distinction entre les niveaux signifié, signifiant et pragmatique. L’entité qui subsiste en dehors de l’ordre symbolique, cette entité sera ce qui, d’après Lacan, ayant été “refusé dans l’ordre symbolique..., reparaît dans le réel”198. Ce que nous voyons alors c’est qu’un graal devient le Saint-Graal qu’il représente, lequel devient le corps réel du Christ qu’il représente, le corps réel du Fils de Dieu, lequel, à son tour, devient le corps réel de son Père, le corps de Dieu le Père qu’il représente réellement. Voici comment, chez le Fils et chez le fils du fils, chez le sujet psychotique, un père réel, ce que Lacan désigne comme “Un-père”, peut arriver à occuper, la place du Nom-du-Père 199. Ce que nous aurons alors c’est “le réel” de Lacan, voire le Saint-Graal en tant que représentation réelle. En effet, dans la Réponse de Lacan au commentaire de Jean Hyppolite sur la Verneinung de Freud, nous lisons que le réel, “le sujet peut l’en voir émerger sous la forme d’une chose”, voire la Chose qui est notre Saint-Graal, “une chose qui est loin d’être un objet qui satisfasse” le sujet, loin d’être ainsi un récipient quelconque. Lacan ajoute que cette chose qui n’est pas un objet, “c’est ici l’hallucination en tant qu’elle se différencie radicalement du phénomène interprétatif” 200. Le Saint-Graal, comme amalgame du pragma, du semaïnon et du semaïnomenon, constitue ainsi une hallucination qui se différencie radicalement du phénomène interprétatif, où il doit y avoir une séparation entre le pragma, le semaïnon et le semaïnomenon. Dans une hallucination comme le Saint-Graal il n’y a plus un sujet et un prédicat, une Chose et un symbole pour Lacan, une dénotation et un sens pour le Frege de 1892, un a et un b pour le Freud de 1895. Je me permets de vous offrir un tableau pour vous transmettre des idées étranges qui me passent par la tête. C’est peut-être une lecture un peu trop simpliste et hétérodoxe de Freud et Lacan. Je vous prie de ne pas la prendre très au sérieux : Tableau 8. Le phénomène psychotique. Réel : représentation réelle de la Hallucination : la représentation Chose. imaginaire est une représentation réelle a (Freud, 1895) (a + b) = a Pragma (Stoïciens) Semaïnomenon = Pragma Dénoté (Frege, 1892) Dénotation dénotée Délire : le représentant symbolique est un représentant réel b=a Semaïnon = Pragma Sens dénotant dénoté

Dans le délire, la représentation symbolique, b, est une représentation réelle, a. Le semaïnon délirant est lui-même le pragma. Chez le Freud de 1915, le schizophrène doit “se contenter des mots à la place des choses”201, des b comme s’ils étaient des a. Par contre, dans l’hallucination, c’est la représentation imaginaire, a + b, qui est une représentation réelle, a. Le semaïnomenon hallucinatoire est lui-même le pragma. Chez le Freud de 1915, “un trou est un trou” (Loch ist Loch)202 -ou si vous le préférez, un trou semblable au trou, un trou dans la peau, n’importe lequel, devient le trou qui est le trou, toujours identique à lui même. La réalité imaginaire 198 Lacan, J. 1955. “Séminaire du 16.11.55”, in Les psychoses, Paris, Seuil, 1981, p. 21. 199 Lacan, J. 1958. “D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose”, in Écrits, vol II, Seuil, Paris, 1999, p. 55. 200 Lacan, J. 1954. “Réponse de Lacan au commentaire de Jean Hyppolite sur la Verneinung de Freud”, in Écrits, Op. Cit., p. 387. 201 Freud, S. 1915. “Das Unbewußte”, in Gesammelte Werke, S. Fischer Verlag, vol. X, Frankfurt am Main, 1981, p. 302. Traduction
française : “L’inconscient”, in Métapsychologie, J. Laplanche et Pontalis (trad.), Gallimard, Paris, 1968, p. 120. 202 Ibid., p. 299. Traduction française: p. 116.

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devient réellement le réel réel. Ainsi, en quelque sorte, le psychotique, en hallucinant, accomplit réellement l’illusion du psychologue du moi, pour lequel aussi la réalité imaginaire est le réel réel. Ainsi donc, si le psychologue n’est pas psychotique, ce n’est que parce qu’il se trompe. De ce point de vue, la seule différence entre le psychologue et le psychotique et l’erreur du psychologue, qui est aussi l’erreur de Frege. Pour distinguer la normalité de la psychose, reprenons notre double bouleversement de la distinction logique du Frege. Quant à la dénotation, elle n’est pas, en dehors des hallucinations et des illusions réalistes, ce qui est dénoté. Or, elle n’est pas non plus neutre ou transparente. Elle n’est pas seulement copulative, elle n’est pas seulement le +, le signe d’addition entre a et b. La dénotation réactualise a et b dans l’imaginaire. Elle a donc une densité imaginaire. Elle n’est pas une fenêtre, elle est opaque, elle est un voile, elle est une réalité seulement imaginaire, elle ne doit pas se confondre avec le réel réel, avec la Chose dénotée, voilée par la dénotation imaginaire, par sa représentation imaginaire. En ce qui concerne ce qui est dénoté, la Chose, elle n’est pas seulement une valeur de vérité, elle n’est pas seulement le réel qui est désigné. La Chose est aussi, chez Freud, la partie d’une pensée, le sujet d’un jugement, le sujet invariable d’un prédicat variable, le a d’un b. À partir de la Chose ou du sujet a réel, toute la parole apparaît comme un enchaînement signifiant de prédicats, un enchaînement de b1 + b2 + bn. Or, si nous ne sommes pas de psychotiques, il n’y a pas, dans toute notre parole, la présence pour nous d’un vrai sujet a, tel que Freud le conçoit en 1895. En effet, le sujet a constitue, selon Freud, une “fraction constante”, mais “incomprise” (unverstandenen)203 ou “non-assimilable” (unassimilierbaren)204. La Chose est absente dans notre parole. Malgré Frege, il n’y a dans notre parole non-psychotique que des propositions analytiques kantiennes de la forme b1 = b1 ou b1 g b2, au niveau symbolique. Seulement le psychotique est capable de faire une proposition vraiment synthétique de la forme b = a. Dans les termes de Kant, seulement le psychotique peut construire des jugements vraiment “extensifs” et non pas uniquement “explicatifs”205. Seulement le psychotique peut comprendre et assimiler un sujet dans nos jugements toujours prédicatifs. Seulement lui peut trouver un a dans nos b, un sujet extensif dans nos insistantes explications, quelque chose de réel dans notre chaîne signifiante, dans notre éternelle réitération prédicative qui ne cesse pas de s’expliquer elle-même. C’est tout. Nous reviendrons ultérieurement sur Kant, Frege, Freud et le délire psychotique. Maintenant continuons et laissons derrière nous ces réflexions insolites. Pour nous représenter la Chose, nous disposons donc premièrement de la représentation réelle. Je vous rappelle que l’identité entre la présence de la Chose est sa représentation réelle suppose une confusion entre la Chose et celui qui se représente la Chose. En étant présente dans sa représentation réelle, la Chose est présente dans celui qui se représente réellement la Chose. Rien d’étonnant à cela. Puisque la représentation réelle est une présence de la Chose, alors, si je me représente réellement la Chose en moi, il y aura nécessairement une présence de la Chose en moi. Je me confondrai ainsi avec la Chose, qui ne surgira plus de l'extérieur, mais vers l’extérieur et de mon intérieur, où elle sera présente dans ma représentation réelle. Voilà justement ce qui se passe lorsqu’on hallucine. En effet, une hallucination est une représentation réelle, c’est-à-dire une représentation capable de présenter la forme et la matière de la Chose qu’elle représente. Il s’agit d’un phénomène psychotique différent de la perception, qui se rapporte seulement à des représentations imaginaires. Cependant, Lacan nous fait remarquer, dans L’éthique, que “le monde de la perception nous est donné par Freud comme dépendant de cette hallucination fondamentale”, de ce “système de référence” qui est pour nous une représentation réelle, “sans laquelle il n’y aurait aucune attention disponible” 206. C’est pour nous, ainsi que pour le Freud de 1895, la lettre a, invariable, sans laquelle il n’y a pas de calcul imaginaire a + b, ou ce signe de l’addition représente le rapport de dépendance entre l’hallucination et la perception. Indépendamment du rapport de dépendance entre l’hallucination et la perception, la représentation réelle de la Chose, dans l’hallucination, n’a certainement rien à voir avec la représentation imaginaire, dans la perception normale. Si la représentation réelle est identique à ce qu’elle représente, la représentation imaginaire est seulement semblable à ce qu’elle représente. Entre la Chose et son image, ou plutôt entre la Chose et l’autre chose qui est représenté dans son image, il n’y a qu’un rapport de similarité ou de ressemblance, et non pas un rapport d’identité, comme dans le cas de la représentation réelle. Ainsi, entre le corps du Christ et une peinture du corps du Christ il ne peut y avoir aucune identité formelle et matérielle, mais seulement une certaine similarité au niveau de la forme, celle qui réside dans la définition formelle d’un corps humain comme ce qui est constitué par une tête, deux yeux, un nez, une bouche, deux oreilles, deux bras, deux jambes et un nombril. Pour représenter la Chose, nous avons finalement le représentant symbolique, le signifiant ou le semaïnon des Stoïciens, lequel ne présente rien de ce qu’il représente. En outre, ce n’est pas la Chose qu’il représente et qu’il signifie, mais une représentation imaginaire de la Chose. Et entre cette représentation imaginaire signifiée et son représentant symbolique signifiant il n’y a aucune identité, même pas une certaine ressemblance, mais seulement un rapport arbitraire. Or, puisque le représentant symbolique, ou le signifiant -comme agent dont le participe présent exprime l’activité-, ne représente la Chose réelle qu’au moyen de la 203
Freud, S. 1895. “Entwurf einer Psychologie”, Op. cit., p. 473. Traduction Française de A. Berman : “Esquisse d’une psychologie scientifique”, Op. cit., p. 392. 204 Ibid., p. 460. Traduction française: p. 376. 205 Kant, E. 1781. Critique de la raison pure. A. Tremesaygues et B. Pacaud (trad.), PUF, Paris, 2001, Int., IV, p. 37. 206 Lacan, 1959, “Séminaire du 09.12.59”, in L’éthique de la psychanalyse, Op. cit., p. 66.

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J. à un moment donné. Or. nous dispenser de l’employer ici. Leur rapport à ce qu’ils symbolisent doit être arbitraire ou injustifié. une raison consciente. par une convention d’arbitrage entre cette table et le corps du Christ. Un rapport arbitraire tel que le fait qu’il y ait ici. 4. Notre justification est insuffisante. parce que la similitude entre la représentation et la Chose justifie le rapport de représentation entre les deux. c’est la similitude avec ce qui est représenté qui justifie la représentation. cette chaise. au lieu de la table. cette convention doit reposer indubitablement sur quelque chose d’autre. mais que nous ne pouvons pas. ceci ne nous intéresse pas encore. on peut savoir que cette table représente symboliquement le corps du Christ parce qu’il y a ici. 41. au mieux. injustifié. il n’y a rien qui justifie qu’il représente ce qu’il représente. Quant au rapport -qui ne nous concernera pas directement. Nous pouvons ensuite essayer de justifier cette décision en remarquant qu’il n’y a aucune autre table dans l’université où quelqu’un invoque notre image du corps du Christ aussi souvent que moi. l’inconscient n’est qu’une hypothèse. à côté d’elle. Par contre. Ici. c’est-àdire insuffisant. Son rapport à ce qu’il représente repose exclusivement sur l’arbitrage de la convention à laquelle il est soumis. celle-ci déterminée par la place de son représentant symbolique dans la structure signifiante (4. pour se justifier totalement lui-même. voire conventionnel et non naturel. son rapport à un autre signifiant devrait logiquement rester arbitraire et fixé par une convention. malgré nous. que la table représente symboliquement pour nous le corps du Christ. 14 . un simple rapport établi par des raisons que nous connaissons. alors son rapport à la Chose réelle sera. Ce qui nous intéresse maintenant c’est l’arbitraire ou le caractère injustifié du rapport. la croix. Nous avons donc trois rapports possibles entre la Chose et ses représentations. il y a une certaine similarité formelle. ainsi que l’arbitrage de la convention à laquelle il est soumis. pour le moment.1). celle-ci comme signe d’arbitrage entre deux signifiants. la tête. le fait que je ne cesse pas de parler ici du corps du Christ semble suffire pour que cette table. Or. derrière la table. 207 Lacan.01. “Séance du 09. c’est-à-dire injustifié. ce rapport se montrera. il n’y a aucune identité ou similarité. ce rapport entre la Chose signifiante et un autre signifiant deviendra nul. On suppose qu’il existe parce qu’on suppose qu’il y a une raison pour tout ce qu’on décide. Ainsi. mais seulement un rapport arbitraire. À propos de cet appellation d’arbitraire. pourquoi choisir la table ? Nous ne le savons pas. Entre les représentants symboliques qui composent l’existence du sujet et la Chose qu’ils représentent. 1973. Bien entendu. dans la mesure où le signifiant ne sera la Chose qu’en étant pris dans son isolement. les clous. il faut s’en tenir à l’évidence que les représentants symboliques doivent représenter arbitrairement ce qu’ils représentent. ce sont des arguments qui suffisent pour justifier que la représentation représente le corps en question. les yeux. Une peinture du Christ se justifie elle-même par sa similitude avec ce qu’elle représente : les deux bras. Il n’est pas arbitraire parce qu’il n’est pas injustifié. p. bien que suffisant pour être ce qu’il est. comme représentant symbolique du corps du Christ. De même qu’il a été décidé un jour qu’un graal représente le corps du Christ. nous pouvons décider aussi maintenant. Entre la Chose et son représentant symbolique. il doit y avoir un rapport. Entre la Chose et sa représentation réelle il y a une identité formelle et matérielle (1).. on ne les connaîtra peut-être jamais tout à fait. C’est pour cela qu’on ne qualifie pas d’arbitraire le rapport entre la Chose et sa représentation imaginaire. Certes.73”. mais aussi peut-être par des raisons que nous ignorons. mérite de symboliser le corps du Christ. celle-ci plus que toutes les autres tables de l’université. c’est-à-dire -pour reprendre le terme que Lacan veut substituer à celui d’arbitraire. Il faut donc reconnaître que notre choix est arbitraire.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 représentation imaginaire signifiée ou représentée -comme instrument dont le participe passé exprime la passivité-.6). il doit y avoir un rapport arbitraire ou injustifié.3. Or. des raisons qu’on ignore et qui ont motivé ce choix. soit comme nous venons de le définir. Ces raisons. c’est-à-dire même pas arbitraire -dans la notion chosique d’un signifiant qui “ne se pose que de n’avoir aucun rapport avec le signifié”207. dans le représentant symbolique.entre le représentant symbolique signifiant et la représentation imaginaire signifiée. à la base de la convention sur laquelle repose l’arbitrage entre le corps et la table. un rapport. pour définir le rapport entre le représentant symbolique et ce qu’il représente -la Chose ou la représentation imaginaire-. Quand nous avancerons plus dans notre cours. in Encore.soumis à l’arbitrage d’une convention. Nous allons donc accepter. Voilà une raison que nous connaissons. op. Entre la Chose et son représentant symbolique. On suppose alors qu’elles son inconscientes. la peau. quelqu’un qui ne cesse pas de se référer à ce corps. Le propre du représentant symbolique est d’être arbitraire. mais il n’est pas pour autant inexistant. Dans une représentation imaginaire. on aurait pu choisir. aussi arbitraire que son rapport à la représentation imaginaire. Entre la Chose et sa représentation imaginaire. Alors. au moment décisif où la Chose se révélera signifiante. un sujet qui ne cesse pas de vous parler sur le corps du Christ. celui-ci déterminé par une structure signifiante (3. sans rapport à un autre signifiant. que le rapport entre le représentant symbolique et ce qu’il représente est arbitraire. Or. Il y a certainement. un rapport arbitraire comme celui qu’il y a entre cette table et le corps du Christ qu’elle peut représenter symboliquement. soumis à l’arbitrage d’une convention. les deux jambes. moi-même ou n’importe quelle autre chose. cit. Pour le moment. soit nul. on ne sait pas exactement pourquoi c’est précisément la table et non pas la chaise qui a été choisie. je vous rappelle qu’elle n’est pas convenable d’un point de vue lacanien.

en tant que signifiée par le signifiant. arbitraire. une locution comme “le corps du Christ”. b5. comme a. dans une locution comme “le corps du Christ”. Naturellement. dans une structure signifiante. dans le sens d’injustifié. 210 Saussure. voire l’enchaînement entre les locutions b1. en tant que Chose. il n’y a rien du corps du Christ. Faute de a dans b. En effet. me semble-t-il. sera naturellement absent dans un représentant symbolique qui est toujours b. C’est pour cela qu’il est arbitraire. prononcée ou écrite. et non pas une autre place.aucune trace de sa matière réelle. une locution comme “le corps du Christ”. Je suppose donc qu’il y a en moi une raison inconsciente qui a motivé ma décision.. il n’y a pas dans cette locution. La force du signifiant est si grande qu’il n’a pas besoin d’une justification pour déterminer le signifié qu’il détermine. n’a la forme qu’elle a que parce que cette forme est déterminée arbitrairement par une convention. toujours prédicat d’une locution sans sujet. De même que dans une table. Quant à la Chose. Pour le moment nous pouvons l’identifier à la Chose. lorsqu’il apparaît comme une locution dans notre parole. bn. 209 Lacan. pour arriver à l’algorithme lacanien du signe. alors elle ne suffit pas encore pour justifier que la table représente symboliquement le corps du Christ. il n’y a rien dans ma représentation imaginaire du corps du Christ qui l’oblige à être représenté symboliquement par une locution française comme “le corps du Christ”. Payot. il n’y a rien non plus du corps du Christ. où nous ne trouverons jamais aucune lettre a. Nous pouvons alors conclure qu’au moment d’être prononcée. la forme réelle ou imaginaire du corps du Christ. “L’instance de la lettre dans l’inconscient ou la raison depuis Freud”. comme “image acoustique”. comme “concept”. a. cit. 4. Cours de linguistique générale. Cit. Et Saussure insiste que ce terme. Il n’y a pas non plus -ce qui va de soi. 15 . Saussure dirait qu’il n’y a “aucune attache naturelle dans la réalité”210. détermine cette représentation imaginaire. 140. dans b. 100. et ceci par le fait même d’être arbitraire ou injustifiée -car. la représentation imaginaire. Op. 140. 101. qu’il se suffit lui même. b4. p. Selon cette algorithme. Puisque la raison est seulement hypothétique. dans cette table prise comme symbole du corps du Christ -et non pas comme image déterminée par un symbole. Cours de linguistique générale. ne sont liés “par aucun rapport intérieur”211. Ce n’est pas moi qui le décide. Je suis obligé de reconnaître que le rapport entre le symbole et ce qu’elle représente. comme entité signifiée. p. comme grand S sur petit s (S/s). entre sa représentation imaginaire et une locution signifiante comme “le corps du Christ”. Quoiqu’il en soit. 1916. 147. nous savons que le représentant symbolique.4. n’est pas présente dans son représentant symbolique. désigné par b. Et pourtant. injustifié. “ne doit pas donner l’idée que le signifiant dépend d’un libre choix du sujet parlant”212. voire non-justifié pour moi. Il dirait aussi que le signifiant. en tant que a. dans ma langue. 101. par une locution comme “le corps du Christ”. De manière analogue. Un signifiant. mais je ne sais pas pourquoi je l’ai décidé. et puisqu’elle est -si vraiment elle existe. J. 136. doit tomber de la phrase. se rapporte de manière arbitraire à ce corps. laquelle n’est ce qu’elle est. 1995. p. in Écrits.. en étant signifiée. mais il y a une convention sociale à laquelle je dois me soumettre. pour déterminer le signifié. il faut qu’elle repose sur une norme raisonnable”208. Op. sujet parlant. 211 Ibid. détermine d’une certaine manière. p. 1916. Nous l'appellerons plus tard objet (petit) a. le vrai sujet de la phrase. faute de toute identité ou ressemblance. elle n’est pas présente ni en matière ni en forme dans ce qui la représente. de même que son image. Paris. le signifiant détermine arbitrairement le signifié. bien que justifiable. 212 Ibid. par une convention que nous allons identifier au représentant symbolique. Le corps du Christ. F. et le signifié. en tant qu’entité signifiante. pour ma conscience. comme nous l’apprenons de Saussure. en tant que signifiant qui occupe une certaine place. lequel indique “la position primordiale du signifiant sur le signifié” 209. mais aussi dans le sens de tyrannique ou despotique. “pour qu’une chose soit mise en question.précisément inconsciente. ce qui est signifié par lui. ce qu’il signifie. pour autant que la Chose. toujours arbitraire. 1957. je ne choisis donc pas de mon plein gré que l’image du corps du Christ soit représentée symboliquement. Remarquez-bien que nous avons mis la convention du côté du signifiant et non pas du côté du signifié. que pour autant qu’elle est déterminée de cette manière par l’entité signifiante qui la signifie. et non pas par une 208 Saussure. je ne choisis pas librement que la locution “le corps du Christ” représente symboliquement le concept du corps du Christ. a + b. Le signifiant détermine le signifié avec toute la force d’une convention arbitraire qui ne pourrait jamais être mise en question. intérieurement. en tant que signifiant. réel ou imaginaire. elle sera. et à la représentation imaginaire de ce corps. 106.1). détermine d’une certaine manière. ni de notre image du corps du Christ. Ainsi. totalement absente dans son représentant symbolique. p. en tant que a + b. ainsi que dans tout enchaînement signifiant des représentants symboliques de la Chose. F. une représentation imaginaire de ce corps (4. toujours b sans a. même en étant le sujet grammatical de la phrase. vol. 494. La force du signifiant est telle. b2. reste arbitraire. de sa chair et ses os. Ce qui sera signifié ne sera nullement présent dans le signifiant.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 J’ai décidé que cette table et non pas cette chaise représenterait le corps du Christ. C’est le premier pas.. ou en tant qu’image. b3. toujours arbitraire. I. Sans aucun égard à la présence réelle du corps du Christ. Cette lettre a. en tant que place dans une structure signifiante. sur une justification. Le rapport est donc arbitraire. Moi.

218 Lacan. soit celle qu’elle est et non pas une autre. perdra chez Lacan tout son caractère individuel. p. celle-ci appartenant à un “discours” concret “dans le mouvement universel duquel sa place”. au fond. je ne pourrais jamais qualifier d’immotivé le fait qu’une locution comme “le corps du Christ” représente maintenant une certaine image du corps du Christ et non pas une autre. “L’instance de la lettre dans l’inconscient ou la raison depuis Freud”. 1916. in Écrits. voire “transindividuelle”218. au niveau de la langue. Cours de linguistique générale. pour qu’une image. Il doit y avoir. in Écrits. au niveau de la parole. Ce qu’un signifiant signifie sera certes motivé dans la fonction 213 Ibid. 31. 140. Or. parce que le sujet qui parle agit involontairement.. de manière analogue. sa place de sujet. volontaire et intelligible. À l’exception des onomatopées. ainsi qu’individuelle. 65. le signifiant linguistique social devient locution signifiante dans la parole du sujet. Son caractère immotivé nous pouvons le relativiser. Op. En tant que tel. volontaire et intelligible. la parole saussurienne est “un acte individuel de volonté et d’intelligibilité”217. même si les signes qu’on utilise sont immotivés. Ou plus précisément. tout en restant motivée. ce qu’on parle est motivé. Pour ce choix il doit y avoir une détermination intérieure qui m’échappe. 1957. le fait de parler une langue et de devoir me soumettre à son structure. cit. vol. je ne le décide pas librement. comme le ferait peut-être Saussure -qui établit même une équivalence entre les termes “arbitraire” et “immotivé”213.. Mais indépendamment de cette motivation.. et en fonction de la place de cette locution dans une structure signifiante. 220 Saussure. nous croyons qu’elle existe. de notre point de vue.. chacune des locutions signifiantes de notre parole. vol. et il restera comme tel.. C’est pour cette raison que je ne pourrais jamais qualifier mon choix d’immotivé. représentée par une locution. p. Or. de notre volonté et de notre intelligibilité.. et ceci toujours d’une manière arbitraire. cit. 65. Il y aura une motivation. Cit. il y a toujours un fondement arbitraire absolu et irréductible. 1916. 30. c’est précisément le champ de sa fonction ou ce qu’elle emprunte à la langue. “avec sa structure qui préexiste à l’entrée qu’y fait chaque sujet à un moment de son développement mental”219. il est le “serf” de sa propre parole. 245-246. je ne choisis pas non plus en toute liberté que cette table. 181. en tant que représentant symbolique. ou de la langue saussurienne. 215 Saussure. 1953. p.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 autre. Il faut bien comprendre qu’arbitraire ou injustifié. Et ceci pourquoi ? Parce que sa motivation deviendra inconsciente. comme peut l’être la langue sociale -celle-ci comme “système grammatical existant virtuellement dans chaque cerveau” 215. C’est pour cela que nous croyons également à la psychanalyse. le champ de la parole sera toujours celui du langage. ou une raison que j’ignore. par laquelle je suis aussi parlé -pour autant qu’en parlant je ne peux que parler de moi-. 30. à chaque moment. Op. au niveau de notre parole. ne sera pas immotivée. 101. un motif inconscient. à imaginer d’une manière ou d’une autre ce que j’imagine. sans perdre son caractère arbitraire. mais non pas son caractère arbitraire. un signe sera toujours un signe linguistique.. lorsqu’on parle. I. la parole individuelle. même en faisant abstraction de cette motivation inconsciente ou transindividuelle. in Écrits. et son rapport au signifié. J. par les insuffisances de notre conscience. Cependant. Sigmund ou Jacques. Ainsi. I. telle que “le visage du Vésuve” -en considérant ces larmes enivrantes du Christ qui coulent par la peau du volcan. “Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse”. ce qui revient au même. “est déjà inscrite à sa naissance. et qui m’oblige. Cours de linguistique générale. mais le rapport entre l’image et la locution ne cessera pas pour autant d’être arbitraire. au niveau de notre langue. Op. J. ou dans le rapport du signifiant au signifié. qui concerne un psychanalyste. p. ne serait-ce que sous la forme” d’un “nom propre”. Mais de toute façon. Op. dans ce signe linguistique. Motivée. vol. laquelle décide ce qu’une locution pourra et ne pourra pas représenter. Le rapport du signifiant au signifié sera toujours “relativement motivé”220 dans la parole. 217 Ibid. perd son caractère immotivé. dans la mesure où il n’y aura absolument rien dans la locution qui justifie ce rapport. qui n’a comme “médium” que “la parole du patient”214. injustifié. à la base de l’arbitrage de ma convention -qui arbitre l’arbitraire du rapport entre le représentant et le représenté-. 219 Lacan. 16 . dans chaque locution. voire “le produit que l’individu enregistre passivement”216. Op. ou bien.. p. À la différence de la langue. 63. cit. Autrement dit. cit. J. F. un motif inconscient. il y aura invariablement une certaine raison pour ce que signifient. I. Or. Ce qu’il y a d’arbitraire dans la parole. Pour Saussure. il y a la motivation inconsciente qui se trouve dans ma propre parole. ce caractère immotivé se relativise. p. ne veut pas dire immotivé. pp. laquelle. Même si nous ignorons cette raison. représente la même image du corps du Christ. Le rapport du signifiant au signifié sera toujours arbitraire. 214 Lacan. Ce que nous ne pourrons jamais croire c’est que le signe ne soit pas arbitraire. Malgré la motivation relative du signe dans la parole. toujours arbitraire. il y a déjà le fait du langage. 260. c’est-à-dire le signe linguistique. pour que la locution représente à un moment donné une image et à un autre moment une autre image. Même si j’ai l’impression de le décider librement. une raison que j’ignore. en effet. chacun de ses choix sera motivé. pp. “Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse”. 257-263. 1953. comme celui de Jésus. Voici la parole selon Sausurre. dès lors qu’il est un linguiste et qu’il s’occupe de la langue et non pas de la parole -en quoi il se différencie d’un psychanalyste. ici le corps du Christ. 492. 216 Ibid. chez Saussure. F. Il importe bien de savoir que Saussure n’a pas tort de considérer comme immotivé le rapport du signifiant au signifié.

celui du signifiant au signifié. ou qui arbitre -à la base de toute convention d’arbitrage-. En effet. les possibilités. il n’y aura aucune trace formelle du signifié dans le signifiant. p. que par l’entité signifiante “le corps du Christ”. qui motive qu’un signifiant détermine. Certainement. Ici. il n’y aura aucune place pour elle -même pas lorsqu’elle va s’avérer signifiante. par la structure signifiante. elle n’est ni signifié ni signifiante -au moins pour le moment-. à la base de toute convention d’arbitrage. mais c’est plutôt l’inconscient structuré comme une langue de Saussure. Les mots et les choses. qui parle ce qu’il parle et dont parle ce qu’il parle. du représentant symbolique à la représentation imaginaire. l’inconscient langagier est le champ de la parole. c’està-dire la structure qui règle et ordonne. qui motive que le signifiant “le corps du Christ” puisse vouloir dire maintenant une chose et non pas une autre chose. il y a donc un signe langagier arbitraire qui est motivé inconsciemment par une structure signifiante propre à la parole du sujet. le sujet chosique. “Discours de Rome”. le rapport entre le signifiant et ce qu’il signifie. de tout ce qu’il parle -comme nous le verrons ultérieurement.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 de notre parole. je ferme les yeux et il y aura en moi une certaine image du corps du Christ. il est serf de sa parole.. dans le champ du langage et de notre langue. de détermination du signifié par le signifiant et de relation entre cette détermination arbitraire et la structure de l’inconscient qui la motive -moyennant l’arbitrage entre les signifiants. Il est parlé ainsi en étant le sujet. entre parole et langage. vous devinerez déjà que cette structure motivante est celle de l’inconscient structuré comme un langage. tandis que la structure signifiante. voudra dire ce que nous savons déjà : que le signifié sera déterminé par le signifiant en fonction de la place de celui-ci dans une structure signifiante. dans cette réalité imaginaire gouverné par une structure symbolique. quand il parle. les signes langagiers arbitraires de Saussure. dans la parole. ni imaginaire ni symbolique. lui. je vous montre que la Chose n’a rien à faire là-dedans. Ensuite. op. Autrement dit. qui motive la détermination. C’est la structure implicite dans ce que le sujet parle -ce qu’il parle. alors que le langage détermine la parole. celui du motivé à l’arbitraire. en tant que motivé. 147. Or. il y aura pourtant une motivation relative du signe. ni motivée ni arbitraire. aucune trace qui puisse justifier le rapport de l’un à l’autre. n’est déterminée. Nous venons d’examiner trois sortes de rapports. dans le sujet. ? La réalité (privilégiée dans la psychologie du moi) ? Conscience La parole (privilégiée dans la psychanalyse lacanienne) Inconscient structuré comme un 221 Lacan. plus que motiver. lequel se suffit à lui même. Tableau 9. en étant l’Autre. Sur le fond de l’arbitraire langagier. En vous montrant que cet espace est un système absolument fermé. Lorsqu’un sujet parle. dans ma parole. Celle-ci n’appartient ni au langage ni à la parole. cit. ce n’est pas par hasard ce que le corps du Christ signifie à chaque moment pour moi. là. du rapport entre le signifiant et le signifié. Cette image. voire la structure signifiante propre à la parole du sujet. J. ce qu’elle fait c’est de régler ou d’ordonner l’arbitraire. celle de l’inconscient. Même s’il me semble que les différentes choses conscientes qu’il signifie sont immotivées. mais également ce qui le parle. du “lien entre cet instrument de langage dont l’homme doit accepter les données tout autant que celles du réel et cette fonction de fondation qui serait celle de la parole en tant qu’elle constitue le sujet dans la relation intersubjective”221. il n’y a plus aucune place pour notre Chose. D’abord. voire le sujet qu’elle parle. il y a une motivation. dans ma parole. Bien qu’inconsciente. la parole détermine le sujet qui parle. puisque le sujet. C’est l’inconscient du sujet. Il doit y avoir une structure signifiante. comme la langue selon Saussure. et non seulement la structure de sa langue. Finalement. Nous pouvons alors distinguer le signifiant de la structure signifiante : le signifiant détermine arbitrairement le signifié. Elle se trouve endehors de l’espace de ces rapports. en tant qu’entité signifiée consciente. notre Chose réelle sera absente. elles ne le sont pas. Il s’agit là. ou l’inconscient structuré comme un langage ou comme une langue de Saussure. nous le savons déjà. Nous le voyons bien. Sans qu’il y ait une signification proprement dite. c’est-à-dire le rapport de la réalité consciente des psychologues du moi à la structure inconsciente de Lacan. dans l’espace de ces rapports. dans cette parole. En effet. la motivation inconsciente. des mots aux choses. le sujet qui parle est aussi parlé par ça -par la structure signifiante de sa parole. une structure qui motive inconsciemment la détermination arbitraire du signifié par le signifiant. ceci en fonction d’une structure signifiante. celui de la parole au langage. ce qui motive les signes linguistiques qu’il utilise. Là. motive la détermination du signifié par le signifiant. que la parole est quelque chose d’absolument déterminée. mais nous ne sommes pas en mesure de justifier. où les choses n’existent que par son rapport au signifiant qui les détermine et en fonction d’une structure qui motive la détermination. Par exemple. toujours de manière arbitraire. 17 . Il ne faut pas croire. Lorsqu’un sujet parle. in Autres écrits. ainsi que toute relation entre la motivation et l’arbitraire. un signifié conscient et non pas un autre. Il y a une structure. en tant que motivante. Peut-être c’est plus juste d’affirmer qu’il y a un signifié conscient déterminé arbitrairement par un signifiant. En quelque sorte. ce n’est pas seulement la structure d’une langue -laquelle. pendant que je vous parle. Tout le contraire. 1953. pour autant. Et comment sera-t-elle déterminée ? Elle le sera en fonction de la place de la locution dans la structure signifiante de la parole. Récapitulons (tableau 9). ce n’est pas la structure d’une langue de Saussure. Ce qui motive le choix des signifiants dans la parole du sujet. dans ce champ du langage.

Seuil.12.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 ? Signifié. déterminé par le signifiant langage Signifiant. en tant qu’entités insignifiées.59”. Quant à “l’activité” dont elle est le “fruit”. Tableau 10. au semaïnomenon des Stoïciens et à l’image de Platon. Ainsi (tableau 9). in Les notions philosophiques.3). et non pas le pragma. qui est la Chose de notre cours. “nous montrant par là qu’il y a un rapport entre chose et mot”. place dans une structure signifiante Dans le rapport entre les mots et les choses -les choses avec minuscule et au pluriel-. pp. le das Ding de Freud. Cette chose. Par contre. en tant que chose signifiée ou déterminée par le signifiant. qui sont liées aux Wortvorstellungen. C’est toujours cette chose. 7 . est “la Chose en tant qu’elle n’est pas nommée”223. celui de l’imaginaire avec le symbolique. mais ne détermine pas la présence réelle de ce corps ni sa représentation réelle comme Saint-Graal. cit. en dehors du rapport entre le signifiant et le signifié. 1990. les choses dont on parle. Le 9 décembre 1959. par contre. 1959. la “Sache”. comme l’établit F. irreprésentable directement par la parole. si la Sache “a sa place et son nom dans les affaires humaines”. à la réalité des psychologues du moi. dans notre conscience. Le semaïnon de Stoïciens ne pourra signifier que le semaïnomenon. des choses qui sont liées aux mots. Il s’agit de l’activité cognitive qui élabore les représentations imaginaires. 224 Lacan. p. sa présence réelle ou sa représentation réelle. la Chose ne pourra pas être signifiée par le signifiant. en tant qu’entité signifiée (4. insignifié. Ce pragma. Elle correspond ainsi à la dénotation de Frege. Le signifiant ne pourra signifier qu’une image de la Chose. “le mot” ou le signifiant. d’ailleurs. Lacan désigne la Chose. Le hors-signifié. cette activité relève “de l’ordre du préconscient”. Paris. entre Sache et Wort. Platon et les Stoïciens le savaient déjà. il n’y a pas de place pour la Chose -pour la Chose avec majuscule et au singulier. Cette Chose. elles resteront toujours hors signifié. Nous voyons que “Sache et Wort sont étroitement liés. 67-68. toujours en fonction de la place de celui-ci dans une structure signifiante -une structure qui motive la détermination du signifié par le signifiant. op. le pragma. comme “le hors-signifié” 224. voire absentes dans la parole (par rapport aux Wortvorstellungen). J. F. et non pas la présence réelle du corps du Christ. mais seulement sa représentation imaginaire. et à laquelle se consacre la plus grande partie de la recherche psychologique anglo-saxonne actuelle. Ainsi. et non pas la Chose.59”. Peraldi. alors il suffirait de nommer le corps du Christ pour qu’il se présente réellement devant nous. “est bien la chose. entre l’imaginaire et le symbolique. Bien entendu. “Chose”. restera hors-signifié. 1986. Quant à la Chose (le Ding) et sa représentation réelle (la Dingvorstellung).5. la présence réelle du corps du Christ. entre ce qui est signifié et ce qui est signifiant. 1990. mais des Sachvorstellungen. Lacan reconnaît que l’autre chose qui n’est pas la Chose. ou plutôt en nous. das Ding.. une locution comme “le corps du Christ” ne pourra signifier qu’une image du corps du Christ. par rapport à la Sache signifiée. Nous pouvons dire alors que la Chose. si notre parole pouvait nous représenter symboliquement cette Chose. toujours à portée d’être explicitée”. n’a rien à voir avec le rapport entre les choses et les mots. qui n’est pas la Chose. se trouve “en position réciproque. en effet. en tant qu’il s’articule. les représentations imaginaires de la Chose. entre les Sachvorstellungen et les Wortvorstellungen. Ainsi. celui du signifié avec le signifiant. entre “le grain des choses” et “la paille des mots” qui “porte ce grain”. Il n’y a ainsi que l’autre chose (la Sache de Freud) qui puisse être signifiée dans une représentation imaginaire (la Sachvorstellung). une image du corps du Christ. ces autres choses sont ce qu’elles sont dans la mesure où elles sont déterminées ou signifiées par le signifiant. dans le réel. Lacan note que dans l’Inconscient -que nous aborderons ultérieurement-. De même qu’un graal quelconque. font un couple”. 223 Peraldi. in L’éthique de la psychanalyse. N’oublions pas qu’elle est consciente. entre les représentations de choses et les représentations de mots. Freud ne parle pas de Dingvorstellung. En ce qui concerne la Chose. qu’il serait signifié. “Séminaire du 09. le Ding. a. restera “toujours à la surface. produit de l’industrie ou de l’action humaine en tant que gouvernée par le langage”. 58. Présence ou représentation réelle Ding-Dingvorstellung Hors-signifié ou insignifié Représentation imaginaire Sache-Sachvorstellung Signifié par le signifiant Représentant symbolique Wort-Wortvorstellung Signifiant 4. ou la Sache qui n’est pas le Ding. lorsque nous parlerons de la Chose qui est le corps du Christ. 320. 1959.1). la Chose. PUF. a + b. p.12. dans la mesure où ce serait en nous. notre parole ne représentera pas symboliquement cette Chose. tout ceci reste invariablement insignifié -comme. À la différence des autres choses. elle “se situe ailleurs”222. Paris.6). “Séminaire du 09. qu’il vient ici s’expliquer avec la chose”. un représentant symbolique comme “le corps du Christ” détermine une représentation imaginaire de ce corps (4. 222 Lacan. Si la présence réelle du corps du Christ n’était pas insignifiée. en tant qu’entité signifiante et en fonction de sa place dans une structure signifiante (3. J.

en principe. il est lui-même “insignifiant”225. si nous affirmons que la Chose ne peut aucunement être symbolisée. La Chose insignifiée et l’objet a insignifiant. est le terme corrélatif du caractère insignifié de la Chose.5). l’objet a qui manque dans la chaîne signifiante. est aussi un sujet grammatical. La Chose (a) insignifiée en raison Les choses (+a) signifiées par les de l’insignifiance (-b) signifiants (+b) (a + a + a . Ceci va de soi. Cette insignifiance on la désignera comme objet a. nous pouvons dire avec Lacan. dans cet objet a. Autrement dit. elle ne restera hors signifié ou absente dans la parole (4. Si la Chose réelle est insignifié. Ce qu’il importe de noter pour notre propos.a 4. Au contraire. celui qui tombe de la chaîne signifiante. cit.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 représenté. dans la chaîne des signifiants ou des prédicats. dans le réel. b1 + b2 + bn. Perceval ne parle pas du Saint-Graal. 8 . a. II. le moi dont je voudrais vous 225 Lacan. que ma parole représentera symboliquement. Or. par une lettre b précédée par le même signe de soustraction (tableau 11). est le sujet freudien. par laquelle les signifiants ne peuvent signifier que des choses imaginaires. est la raison du caractère insignifié de la Chose dont on parle sans parvenir à en parler. c’est parce que le signifiant n’est pas en état de signifier rien de réel. En dehors de la psychose. le premier signifiant. -a. Nous serons alors en mesure d’affirmer que la Chose reste ce qu’elle est. L’objet a doit tomber de la chaîne signifiante. vol. En fait. dire que l’objet a est le sujet de tout prédicat. L’objet a est insignifiant dans la mesure où il est lui-même un substantif. Cette parole. Or. voire son impuissance à signifier la Chose. l’objet a désigne l’insignifiance de cette chaîne de prédicats ou de signifiants. La Chose ne sera insignifiée. qui manque aux prédicats. Op. et le moi dont il parle. Cette situation d’insignifiance nous pouvons l’écrire. 1958. la Chose reste insignifiée. 71. cet objet. n’oublions pas que cette parole n’est pas seulement la parole qui utilise le sujet pour parler. b1 + b2 + b3 + bn. Le sujet qui parle est parlé tout le temps par sa parole. Il y aura donc le je qui parle. insignifiée (4. le signifiant insignifiant par excellence. dire ceci revient à dire que l’objet a est lui-même l’être du sujet qui parle. parce que l’objet a devient ce qu’il est. voire la parole. être ici ou être là-bas. mais encore une fois le symbolique. Affirmer que la parole ne peut représenter rien de réel. Nous rencontrons là. l’insignifiance. Ce moi. Bien entendu. qu’en raison d’une insignifiance. dans le symbolique. b1 + b2 + bn. c’est l’insuffisance de la structure signifiante qui régit notre parole. L’objet a est même un signifiant. Quant au caractère insignifié de la Chose. dans notre tableau. Nous avons donc un sujet qui parle et qui est parlé tout le temps par sa parole. voire un objet qui peut apparaître ou disparaître. pour incarner l’insignifiance de la parole.6. ne cesse pas de parler du sujet. l’objet a est susceptible d’admettre comme qualification. être da ou être fort.b (+ a + b1) + (+ a + b2) + (+ a + bn) Les signifiants (b) et leur insignifiance comme objet a (-a) (b1 + b2 + bn) . qui est encore cette même lettre a. b1 + b2 + b3 + bn. sera la représentation imaginaire du sujet. Écrits. mais seulement lorsqu’elle manque. tout en étant l’insignifiance de la parole. le je qui vous parlera ne sera pas le moi dont il vous parlera. nous l’indiquerons. Or. qui reste ainsi insignifié. Si la Chose reste insignifiée. En conséquence. sous la forme d’un adjectif. Nous savons que ce sujet. Voilà ce qui se passe dans la psychose. Par exemple. p.4).. en étant substantivé. voire un manque ou une insuffisance dans la structure signifiante qui régit la parole. il doit être le signifiant qui se détache de la signifiance. En effet. en tant que sujet. à cause de l’insignifiance de sa parole.. C’est pourquoi. affirmer une chose pareille discrédite absolument la parole. insignifiant. par la lettre a précédée par un signe de soustraction. qui est la Chose dont on parle toujours. c’est parce qu’il y a une grave insignifiance dans le symbolique. il y a là un contresens. du a. Le signifiant insignifiant.. si le signifiant n’est pas en état de signifier rien de réel. l’insignifiance qu’il substantive (4. Tableau 11. En dehors de la psychose. Voilà ce que veut dire que la Chose n’est qu’en présence d’elle-même. Un sujet qui parle ne pourra pas. l’objet a lacanien est cette lettre a freudienne. qui indique son manque ou sa chute de la chaîne des signifiants. la parole n’est pas capable de signifier la Chose. la lettre a du Freud de 1895. ou l’objet de la parole. J. ou plutôt le signifiant insignifiant. notre affirmation ne discrédite pas la Chose. à juste titre. ou le sujet de la parole. ou l’objet a.) . En tant que lettre a qui tombe de la chaîne b1 + b2 + b3 + bn. que l’objet a. en plus d’être la parole du sujet. “La direction de la cure et les principes de son pouvoir”. Nous constatons que l’insignifiance de la parole. cette insignifiance qui empêche la parole de signifier la Chose. hors-signifié ou absente dans la parole. cette insignifiance qui suscite le caractère insignifié de la Chose. en tant que représentant symbolique de la Chose réelle. être parlé par ce qu’il parle. comme c’est logique. Et ceci est plus grave pour la parole que pour la Chose. ce dont je vous parlerai ne sera pas seulement ce dont je voudrais vous parler. donc un signifiant insignifiant. c’est en raison de son insignifiance. Il est le sujet de tous les signifiants qui s’enchaînent dans la parole du sujet.4). Évidemment. mais seulement pour autant qu’elle reste insignifiée. dire que l’objet a est le sujet de toute parole. si je vous parle de moi.

227 Lacan. en dénotant plus que sa dénotation. l’objet a et l’Autre.a. l’objet a. Il y aura la parole. la lettre a. le semaïnomenon des Stoïciens. À la différence du moi. II. Je. Lorsque je décide de vous parler de moi. La Chose (a) insignifiée en raison de l’insignifiance (-b). il manque dans la parole. où la lettre a devient -a. Ce dont l’Autre parle. alors l’objet a ne pourra être moins que l’être du sujet qui parle. la Chose. Tableau 12. J. p. Un habillement de cet objet a Le moi. l’être. ne correspondra pas non plus avec ce dont il parle. mon je ne contrôle pas tout à fait ma parole. c’est aussi un Autre qui parle en moi. Op.a Si l’objet a est le sujet de toute parole. l’objet a est réellement le sujet. 1960. 9 . mais qui représentent plus que ce moi -pour autant qu’ils représentent aussi la Chose. Les choses (+a) signifiées par les signifiants (+b). dont le je décide de vous parler. le a qui tombe de la chaîne signifiante. Ce que je suis réellement.b L’Autre en moi qui ne parle pas du moi dont je décide de parler. En effet. le sujet de toute parole. ce que nous écrivons (b1+ b2+ b3+ bn) . 299. ma parole semble parler toute seule.. Lorsque je décide parler de moi. les signifiants qui ne signifient pas seulement ce qu’ils signifient. La Chose. le sujet. il est un vide. vol. En un certain sens. devient l’objet a. En effet. Ce petit autre imaginaire n’est que formellement semblable à ce dont je parle. Un objet spéculaire [i(a)]. Dans ce verbe. Dans le verbe. “Remarque sur le rapport de Daniel Lagache : Psychanalyse et structure de la personnalité”. ou grand A barré. le a dénoté par la parole. cit. i(a) = + a + b Le sens dénotant. mon je ne voudrait parler que de moi. c’est le grand Autre qui parle. c’est-à-dire l’être qui manque. une représentation imaginaire. en plus de ne pas correspondre avec le je qui parle. Il y aura le je. la Chose.7. la réalité des psychologues du moi. Il y aura enfin ce dont je parle malgré moi. qui parle de ce dont mon je ne voudrait pas parler. Un moi qui n’est que formellement semblable à l’objet a que je suis réellement. et voilà que la parole ne parle pas de moi. le grand Autre. La Chose qui est dénotée Ce dont je parle malgré moi. ce moi. moi.. dans ce que le sujet parle. il est le vide au 226 Lacan. ce que je suis. l’inconscient structuré comme un langage. c’est-à-dire le vrai sujet de mes prédicats. Les signifiants (b) et leur insignifiance comme objet a (-a). la Chose. J. qui dénote plus que la dénotation La parole qui parle plus de ce que je décide de parler.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 parler. L’inconscient structuré comme un langage. 3. “Subversion du sujet et dialectique du désir dans l’inconscient freudien”. L’objet a insignifiant = a . un grand Autre. cit. ma représentation imaginaire. Dans cette parole. Il y aura le moi. cet être du sujet qui parle. Ce moi est un objet. Le réel. Bref. devient naturellement un être qui manque. ou l’être du sujet dont l’Autre vous parle. ou plutôt ce dont l’Autre vous parle quand je vous parle. il y aura donc quatre personnages impliqués dans ma parole (tableau 12) : 1. manque dans la chaîne signifiante. “n’est rien d’autre” que l’objet a. une représentation imaginaire de ce que je suis. l’être du sujet. Et pourtant. cette parole qui semble parler toute seule. La dénotation Le moi dont je décide de parler. in Écrits. l’être du sujet. qui parle en moi. vol. qui décide de vous parler de moi. “le sujet qui croit pouvoir accéder à lui même à se désigner dans l’énoncé”. auquel “l’image spéculaire”. 4. 132. est toujours l’objet a. voire la structure signifiante qui motive une certaine détermination arbitraire du signifié par le signifiant. l’objet a insaisissable au miroir. A = (b1+ b2+ b3+ bn) . qui est l’image d’un petit autre et que nous écrirons désormais i(a). p. qui ne correspond pas tout à fait avec le moi. J’ai l’impression que je ne suis pas ce qui parle dans ma parole. que la parole parle toute seule ou qu’il y a un Autre. dans la mesure où elle ne vous parle pas du moi dont je décide de vous parler. mon image dans le miroir. “cet objet insaisissable au miroir”. cet objet a insignifiant. Cet objet a est toujours -a. Op. l’image de Platon. manque toujours dans la parole. II. et si la parole parle toujours du sujet qui parle. En effet. comme moi. in Écrits. le moi ou le i(a). 2. 4. Et ceci pourquoi ? Parce qu’il manque à l’Autre. 1960. les représentants symboliques qui ne représentent pas seulement la représentation imaginaire de mon moi. où il n’y a que des prédicats. je ne parle pas tout seul. l’objet a insignifiant. Je dois reconnaître alors que je ne suis pas celui qui parle. “Le drame du sujet dans le verbe -note Lacan-. un moi qui n’est que formellement semblable à l’objet a de l’Autre. la conscience. c’est qu’il y fait l’épreuve de son manque-à-être” 227. “donne son habillement”226. la dénotation de Frege.

qu’elle ne communique pas. comment la retrouverait-il dans cette élision qui la constitue comme absence ? Comment reconnaîtrait-il ce vide. ou l’apostrophe indique l’élision du sujet. c’est-à-dire la Chose. À ce propos. dans le Verbe ou dans le logos d’Origène. cit. à la place du sujet. Ainsi. Or. 1970. Cet objet a est constitué essentiellement comme absence. a. est toujours absent. dans ma parole. Je suis absent dans ma parole. dans sa parole ou dans la chaîne signifiante des prédicats. parce que ma parole. 1999. c’est-à-dire la Chose qui n’est qu’en présence d’elle même. pour faire place à l’inconscient. a. on a l’impression que le sens de Frege ne dénote plus rien. dont la présence. C’est pour ceci qu’on parle de l’inconscient. dans la chaîne signifiante des prédicats b1 + b2 + bn.in Écrits. in Autres écrits. à la place du sujet. l’être du sujet. ou -a. celui de b1 + b2 + bn. qui reste insignifiée. a. est absente à sa place dans notre parole. exactement à sa place de sujet. le langage n’est ni signal. 230 Ibid. devient le lieu du grand Autre. la Chose.. la place de la Chose. la Chose. est présence d’une absence. dans la mesure où elle devient méconnaissable. a. qui exprimerait tout sur lui même et qui interromprait donc pour toujours l’enchaînement des prédicats. le lieu du grand Autre. est absent dans la parole. “Remarque sur le rapport de Daniel Lagache”. dans la chaîne des prédicats.71”. ni 228 Lacan. qui doit s’écrire donc -a. 404. suis-je présent quand je vous parle ? -se demande-t-il. a. qui est la place du sujet -celle où son être lui manque. Le sujet. -a. puisque sa présence est nécessairement une présence en présence d’elle-même. En absence d’un sujet. Ici. Comment reconnaîtrait le sujet cette Chose. “qu’en ce qu’il communique. où il n’y a que des prédicats. La Chose est absente dans la parole. parce que ce dont je vous parle est absent. le sujet de mes prédicats. L’être du sujet. C’est ainsi la place de l’inconscient. la place de l’inconscient structuré comme un langage -c’est-à-dire le lieu du discours. L’achose est ainsi conçue par Lacan. J. -a. le sujet. Bref. L’achose nous rappelle. b1 + b2 + bn. Dans le symbolique. littéralement présence de l’absence de la Chose. “n’a lieu qu’à se mettre entre parenthèses” 230. “Radiophonie”. qu’elle est donc frappée d’insignifiance. II. 231 Lacan. dans les prédicats. L’être réel chosique devient ainsi l’être symbolique langagier. ni signe. moi. tombe des prédicats. Il s’agit de la Chose la plus proche du sujet. il le dit clairement. Ceci veut dire que la parole est seulement signifiante. op. je ne suis plus que l’être parlé. manque à sa place. ou la structure signifiante qui motive une certaine détermination arbitraire du signifié par le signifiant. qui n’est présente que comme vide ou absence. a. vous manque lorsque je vous parle. dans ce lieu du grand Autre. Impossible de retrouver l’être du sujet. 229 Lacan. en tant que sujet de notre parole. dans l’inconscient par lequel je suis parlé. a. j'ai assez dit que la chose ne puisse s'écrire que l'achose (. est l’objet qui manque. doit faire abstraction du sujet. Ce qu’elle est. ou -a. qu’elle ne signifie pas ce qu’elle devrait signifier. d’y faire résonner son cri”228. Mon être réel devient l’être qui me manque. d’après Lacan.. l’absence de la Chose qui n’est plus en présence d’elle-même. qu’elle ne fait pas signe. a. comme absence du corps du Christ en Christ. qui manque pourtant à sa place. pour le sujet lui-même. l’inconscient qui est l’enchaînement des prédicats. 1971. in D'un discours qui ne serait pas du semblant. -a. il est le vide au centre de n’importe quel symbole. n’est plus reconnaissable pour elle-même. a. 10 . bn. est absente là où elle tient sa place. Alors. veut dire. Cet objet a est constitué comme le sang du Christ qui manque dans un graal. Les signifiants restent sans le pragma de Platon et des Stoïciens. p. Ces prédicats restent sans sujet. en effet. l’être de la Chose devient le manque-à-être de l’objet a. J. La Chose. et il se répond lui-même :. b2. on doit l’écrire “l’achose”. Lacan nous explique déjà : “Cette place du sujet originelle. ce qu’il signifie. b1 + b2 + bn. l’absence du sujet qui n’est plus en présence de lui-même. Le réel s’ouvre. comme l’absence de la Chose dans la parole. la lettre a manque. celui-ci comme représentant symbolique du Christ. dans la mesure où la Chose est absente dans ma parole. Dans la chaîne signifiante des prédicats. devant la chaîne des prédicats. elle est conçue contre l’idée “d’accrocher le langage à la fonction de la communication” -par exemple en le prenant. mon être. dix ans avant de concevoir la notion de “l’achose”. Pour comprendre ceci. comme objet a ou -a. Seuil. dans une “bêtise assez cultivée”. b1 + b2 + bn. a. en tant qu’objet a. même à le creuser à nouveau au sein de l’Autre. a. “Séminaire du 10. comme enchaînement de prédicats. des b1. soit l’absence inhérente à l’objet a. c’est-à-dire l’inconscient structuré comme un langage. ce qui veut dire qu'elle est absente là où elle tient sa place”229. p. la Chose dénotée par les prédicats. Plus exactement. 1960. à sa place où son être lui manque ? Impossible de retrouver cette Chose. J. parce que la Chose dont je vous parle. comme objet a ou -a. Dans le symbolique. vol. la Chose qui n’est plus donc présente.. ou le réel. cette chaîne qui fait le tour du vide. ou plutôt au centre de cette chaîne. parce que “la seule façon d'être là”. n’est présente que comme absence.). Cet objet a est ainsi toujours l’être du sujet qui manque à la place du sujet. comme la “signature des choses”231. je ne suis plus qu’un parlêtre. b1 + b2 + bn. qui ne cessent pas de ne pas dire ce que le sujet. voire l’absence du sujet dans ses prédicats. dans n’importe quel graal. Je suis absent. celui où manque l’objet a. “pour faire sentir en quel effet prend position la linguistique”. l’objet a. devient une absence. Les prédicats restent sans aucun sujet. Ici.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 centre d’un graal. Paris. L’achose veut dire que la Chose. on se contentera de citer Lacan : “Suis-je. 156. -a.03. la Chose. qui se trouve à la place de la Chose.Il faudrait que la chose à propos de quoi je m'adresse à vous fût là. je suis absent lorsque je vous parle. C’est pour ceci également que la Chose. comme la Chose la plus proche.

il rencontrera un ermite qui lui expliquera tout ce qui lui sera arrivé: “Frère -dit l’ermite-. quand tu l’as quittée (. la Chose demeure insignifiée. c’est-àdire la lettre a toute seule. ça ne se montre pas. puisqu’elle ne communique rien de réel.. c’est la Chose insignifiée qui sous-tend à la “représentation inconsciente”.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 même signe de la chose. 5. mais aussi des malheurs incompréhensibles. qui est “la représentation de chose seule” (die Sachvorstellung allein).” 235. op. p. on montre ses choses. en reprenant la troisième proposition principale (3). Parler de la Chose veut dire la démontrer.. 233 Freud. c’est la présence comme absence de l’objet a insignifiant (4. “Séminaire du 10. puisqu’elle ne fait pas signe. en les montrant. b.03. 236 Ibid. Évidemment. qui “comprend la représentation de chose (die Sachvorstellung) plus la représentation de mot qui lui appartient (der zugehörigen Wortvorstellung)”. ainsi que perdue pour notre chevalier.. 1953.) Elle est morte de ce chagrin. Elle nous rappelle donc que la Chose reste insignifiée. La représentation consciente qui les comprend. Finalement. “Discours de Rome”. de même que le Roi-Pêcheur. cit.71”. a + b. “l’achose justement. Puisque l’objet a reste insignifiant.4). puisqu’elle est seulement signifiante.. Le signe + de 1895 réapparaît en 1915. et parce que dans cette parole. Nous arrivons ici à notre dernière proposition. parce que la Chose est absente. pour la démontrer. J. parce que c’est l’objet a qui est à la place de la Chose. tandis que “la relation entre signifiant et signifié et toute entière incluse dans l’ordre du langage lui-même qui conditionne intégralement les deux termes”232. La Chose doit s’écrire “l’achose” parce qu’on ne parle que d’autre chose pour parler d’elle (3. c’est-à-dire qu’on ne parle que de a + b. cit. Ce dont on ne parle pas. Op. p. on ne parle que de notre “représentation consciente”. d’après le Freud de 1915233. La Sainte-Vierge : l’amour et la Chose maternelle Dans le roman de Chrétien de Troyes. J. Perceval ne pose aucune question sur le Saint-Graal. Perceval vivra des aventures fabuleuses. de die Sache et non pas de das Ding. Le pêché qui en retombe sur toi 232 Lacan. 234 Lacan. “Das Unbewußte”.. Plus précisément. Puisque notre parole est frappée d’insignifiance. La Chose. in Autres écrits. ça se démontre” 234. 235 Ibid. S.6). que c’est l’achose qui est absente dans la parole et que c’est pour parler d’elle qu’on ne parle jamais que d’autre chose. parce qu’elle est ainsi absente dans la parole (4. in D'un discours qui ne serait pas du semblant. Après la mystérieuse perte de la Chose. La représentation de chose est a. bien que celui-ci ne se montre pas entre les prédicats ni au moyen des prédicats. est a + b. parce “qu’il y a trou au niveau de l'achose”236. l’objet a dont le propre est d’être absent. voire un sujet. Même le fait qu’il y ait des représentants symboliques ou des prédicats. C’est pourquoi on écrit l’achose. qui est à la place de la Chose. À ce que dit Lacan. 300.5). ce qui t’a fait grand dommage c’est un pêché dont tu ne sais rien. La représentation de mot est b. sera ensuite réduite au rien dans le château du Roi-Pêcheur.5). Celui-ci finit par disparaître. on n’arrive jamais à parler de la Chose réelle. pour parler de la Chose. 148. Lacan l’affirme clairement : “On ne parle jamais que d'autre chose pour parler de l'achose. 11 . suffit pour démontrer qu’il y a ce qui est censé être représenté symboliquement. Il n’en reste pas moins qu’on ne parle que des autres choses. 1971. en tant que réalité extérieure”. En parlant des autres choses. absente premièrement dans la parole. ou la représentation de chose plus la représentation de mot. cit. Les lettres a et b réapparaissent aussi. Je répète: on ne parle que de la représentation de chose plus la représentation de mot. On ne parle que d’autre chose. Les prédicats démontrent donc l’existence du sujet. Traduction française : “L’inconscient”. on doit croire vraiment qu’il y a la présence réelle de la Chose. 1915. qui la cherchera inutilement. Elle se démontre dans les autres choses dont on parle pour parler d’elle. Puisqu’on parle d’une représentation imaginaire de la Chose. a. Op. mais on démontre la Chose. Parler des autres choses veut dire les montrer. comme insignifiance dans la signifiance (4. c’est le chagrin éprouvé par ta mère à cause de toi. de la représentation imaginaire de la Chose plus le signifié du mot ou du signifiant -voire la représentation du représentant symbolique. on peut supposer qu’il y a la Chose. On peut dire alors. a. 117. p. du moment où on parle d’autre chose.

Perceval est perdu parce qu’il a perdu sa mère. comme celle de Perceval. Nous ne savons pas encore quel pôle est le plus déterminant. Ce que l’ermite lui dit à Perceval c’est : tu es perdu. à l’absence du sein maternel dans la bouche du fils. la perte de la langue est aussi indissociable de celle de la mère. de la mère. parce qu’il a perdu sa langue et parce qu’il a perdu le Graal. ou cette coupure de langue du fils. plus précisément. dans une parole qui n’est pas trop parlante ou trop signifiante. à ce niveau. 8 . parce qu’il n’y a pas ici une parole qui soit trop parlante.. la perte de la Chose. 238 Ibid. La langue est tranchée par Gornemant de Goort. 239 Ibid. une langue insignifiante. le Graal. dans la mesure où l’absence de langue se situe dans la bouche du fils. Et comment est-ce que la langue est tranchée ? N’oublions pas que Perceval ne parla pas de la Chose “car toujours il gardait en mémoire” le conseil de son “noble et sage maître”238. cit. voire l’objet a. Dans une langue tranchée. ou insignifiée. Quoiqu’il en soit. Nous voyons qu’une langue tranché est une langue qui n’est pas trop parlante. la langue tranchée. qui est morte de ce chagrin. p. c’est au moyen de la coupure de la langue du fils. qui soit trop signifiante. Son insignifiance est sa coupure. c’est parce que la mère est perdue. par la coupure de langue ou l’insignifiance d’une langue qui ne s’avère pas trop parlante. Impossible de distinguer ces trois pertes. Cette perte de la mère suscite la perte de Graal en tranchant la langue de Perceval. de sa langue et du Graal se nouent d’une manière si étroite. telle chose manque. provoque aussi la perte de Perceval. est ainsi corrélative de la coupure de la langue du fils. pourquoi est-elle tranchée? Parce que le chevalier a quitté sa mère. La langue tranchée n’est pas trop parlante. le morceau de langue qui manque. Gornemant de Goort. (. c’est à cause de cette langue tranchée. Ce manque inhérent à l’objet a. Si la Chose est perdue. En effet. puisque Perceval est perdu.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 a fait que tu n’as pas posé de question sur la Lance ni sur le Graal. Entre la perte de la mère et la perte du Graal. par le manque de l’objet a. et tu as perdu cette Chose qu’est le Graal parce que tu as perdu ta mère. perdu au milieu d’un univers énigmatique où il ne sait pas ce qu’il fait. le Graal manque. Impossible de distinguer. il y a une langue tranchée. ce manque d’un morceau de langue. nous fait penser à deux absences simultanées. Elle devient insignifiante par le fait même d’être tranchée ou coupée. la Chose. En effet. ce morceau de langue est évidemment -a. En ce qui concerne la langue du fils. La perte du fils coïncide avec celle du Graal qui coïncide avec celle de la langue qui coïncide avec celle de la mère. la Chose insignifiée. l’objet a qui tombe de la chaîne signifiante. 726. 237 Chrétien de Troyes.) C’est le pêché qui t’a tranché la langue”237. D’une part. le morceau de langue coupée qui tombe de la bouche de Perceval. cette coupure de langue. Si la Chose est absente dans sa parole. Perceval. du Graal et de Perceval.. mon frère. le fils est la Chose qu’est le Graal. parce qu’il a perdu la Chose. vers 1648. la mère. est la conséquence de la perte de sa mère. que nous avons appelé objet a. à cause de l’insignifiance de la parole. La perte de la Chose. que nous pouvons les considérer comme une même perte. elle ne parle pas de la Chose. La langue tranchée est donc insignifiante. qui lui avait recommandé un jour: “évitez les bavardages et les racontars (gardez que vous ne soiez trop parlant): quiconque bavarde trop risque de dire quelque chose (tel chose ne die) qu’on lui reprochera comme une vilenie”239.. comme absence inhérente à l’objet a. empêche Perceval de parler de la Chose. la langue et la mère sont une même Chose. p. Si le Graal est perdu. Perceval ne parle pas du Graal car sa langue est tranchée. vers 3244. une langue qui n’est pas trop signifiante.. Si Perceval ne parle pas du Graal. p. Op. Perceval est perdu. c’est parce qu’il a quitté sa mère. elle ne signifie pas la Chose qui reste hors signifiée. mais seulement dans la mesure où l’objet a est une représentation réelle de la Chose -aussi bien que le Saint-Graal est une représentation réelle de la même Chose.766. en plus de provoquer la perte du graal. parce que tu as perdu le Graal. Le fils. la Chose perdue. Mais en même temps. tes malheurs en sont la conséquence. nous pensons au sevrage. La Chose est donc perdue. ne dit pas telle chose. la coupure de langue du fils. les pertes de sa mère. Il est donc aussi la Chose. Mais. D’autre part. Il y a donc une double détermination entre l’insignifiance et l’insignifié. Dans son rapport à la perte de la mère. vers 6392. ce manque de l’objet a. Or. 843. Une langue tranchée. telle chose qui reste ainsi hors signifié. nous savons déjà que le caractère insignifié de la Chose est corrélatif du caractère insignifiant de l’objet a. est une langue dont l’insignifiance empêche qu’elle puisse signifier la Chose. c’est parce que sa langue est tranchée par Gornemant de Goort. elle reste hors signifié. Il y a donc une certaine correspondance entre la perte du Graal et la perte de la mère. c’est à cause de la coupure de la langue. la lettre a. Si Perceval n’arrive pas à résoudre le mystère de Graal. S’il y a une correspondance entre la perte de la mère et la perte du graal. Une langue tranchée est une langue qui ne dit pas telle chose qu’on reprocherait comme vilenie. On peut reconnaître alors que les corps du fils et de la mère sont une même chose.. au premier abord il s’agit aussi de la Chose. Or. où il ne sait pas comment faire pour trouver la Chose qu’il a perdu. bref. Une langue tranchée.

en tant que Chose. 68.-P. “Séminaire du 09. de manquer d’être. puisque sans mélange”242. En quelque sorte. p. entre Jésus le Christ.) Y avait-il un être unique dont les multiples formes dans la lumière apparaissaient interchangeables tout en restant une ? On bien y avait-il trois personnes ?”. 245 Lacan. si l’on peut dire. de la SainteVierge. M. p.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 dans la mesure où la langue est un membre tranché ou coupé. 1959. toujours la même Chose. 193. de la Chose insignifiée. Mais non. il ne s’agit d’un mélange. est la parole qui ne parle pas de telle Chose à laquelle fait allusion Gornemant de Goort. 342.. la perte dans le fils. nous pensons à la castration. 246. il est corporel et humain comme sa mère.). en lui disant qu’il est le Christ. il est cette Chose corporelle qu’est sa mère. Dans ce développement. l’enfant devient un vieillard. 242 Anonyme. Marie. est indissociable de la perte de la mère. Dans le Livre des secrets de Jean. ainsi que dans la Troisième Continuation de Perceval de Manessier241. p. la Mère et le Fils. Il y a une certaine confusion. 1986. le Père et la Mère. cit.59”. L’absence du morceau de langue. comporte la perte du Graal. il s’agit également du corps de la mère. la Chose maternelle devient le grand “Autre préhistorique”. Lacan développa la notion de Chose maternelle durant L’éthique. en plus d’être une représentation réelle de cette Chose qui est Père. 69. Il s’agit dans les deux cas.12. ou l’absence de l’objet a comme sein maternel. Nous voyons que la Chose est aussi le corps de la mère. l’enfant devient le Christ sur le Saint-Graal qui le représente. du Codex de Berlin. L’insignifiance résultante. et non pas seulement celui du fils. entre décembre de 1959 et janvier de 1960. Dieu le Père et la SainteVierge. et qui lui dit qu’il était le Père. “Livre des secrets de Jean”. C’est au moins le diagnostic de l’ermite. de tout névrosé. Devant Gauvain. perte du sein ou du phallus. Les malheurs de Perceval sont ainsi les malheurs de tout sujet qui existe.1. Nous arrivons ici à la notion lacanienne de la Chose maternelle. il est sa Mère. Paris. La coupure de langue indique la castration. le corps du fils.. in L’éthique de la psychanalyse. et ensuite “un homme cloué sur une croix”243. Tardieu (trad. c’est-à-dire de ne pas être. d’abord “la silhouette d’un enfant”. “The third continuation”. mais aussi la mère. de la Sainte-Vierge. Voilà ce que Jean se demande. qui monte aux cieux comme son Fils. Encore plus précisément. Paris. de mère. mais qui suscite aussi la douleur d’exister -d’exister. son Père et la Mère. nous pouvons discerner six moments: a) Premièrement. ou du Fils. la perte dans le fils. vers 42617. de la même Chose qui est le corps du Christ. Jean a l’impression de voir un enfant qui prend la forme d’un vieillard. Op. au niveau de la Chose. nous trouvons une intéressante allusion à cette confusion entre le Fils. 18. 244 Cléro. 1250. p. comme le Perceval et comme le Saint-Graal qui le représente. perte de l’objet a. ainsi que la perte du fils. Champion. de Marie. sans mélange d’autre chose. “l’originalité” de Lacan touchant la Chose244. op.2). Cerf. une perte qui permet à celui-ci de vivre toute sorte d’aventures fabuleuses. dans la Quête du Saint-Graal240. la Sainte-Vierge. Je suis le Toujours étant immaculé. de sein maternel. nous semble-t-il. le Christ. Lorsqu’il s’agit du corps du Christ comme Chose.. Dans les deux cas. ou le manque de l’objet a comme phallus. de phallus. d’après Cléro. le “premier extérieur”. La quête du Saint-Graal. cit. Ceci va de soi. 2002. 9 . la Chose maternelle est le ”premier dehors”. en plus d’être divin comme son Père. en plus d’être son Père. le Fils. La castration et la frustration. 5. celui du Christ (1. p. Dans la perte de langue de Perceval. H. comme “identification” de la Chose à la Mère -où résiderait. Seuil. The American Philosophical Society. à la coupure du phallus. b) Ensuite. comme Chose corporelle. n’est corporel que pour autant qu’il est né d’une mère corporelle.. Alors une voix lui répond : “Je suis le Père. mais aussi douloureuses. 4-5. est l’insignifiance propre à la parole non-psychotique. le même 9 décembre. ou la parole qui n’est pas trop parlante. Philadelphia. de la mère. dans la bouche de Perceval. constitue une image double de castration et de sevrage ou frustration. 1984. “Perlesvaus”. Il s’agit tout simplement de la Chose. le 9 décembre 1959. 1220. Ainsi. 246 Ibid. 85. le Fils. E. 243 Anonyme. J. J. implique la perte de la Chose. la Sainte-Vierge. le manque du phallus et du sein maternel. in The Continuations of the Old French Perceval of Chretien de Troyes”. La Chose n’est pas seulement le Christ et son Père. je suis la Mère. le psychanalyste de Perceval. Baumgartner (traduction en français moderne). je suis le Fils. comme représentation réelle de Dieu le Père. “La Chose”. le grand “Autre inoubliable”246. 1983. La langue tranchée. Devant Jean. in Codex de Berlin. de la Mère et du Fils. Ceci vous rappelle peut-être cette scène du Perlesvaus où le chevalier Gauvain a l’impression de voir sur le Graal.. 241 Manessier. nous pouvons dire qu’il est le mélange du Père. l’insignifiance de sa parole qui n’est pas trop parlante. autour duquel “s’oriente tout le cheminement du sujet245. p. Nous lisons dans ce texte gnostique : “Voici qu’apparut devant moi un enfant qui sous mes yeux prit l’aspect d’un vieillard (. dans la parole qui n’est pas trop parlante. Paris. Mais le Christ. le Fils de Dieu le Père. indique le sevrage. Et pourtant. 240 Anonyme. ne pourra pas être distingué de celui de la mère (5). Voici une perte qui permet d’exister. p. La langue tranchée de Perceval. 1983. Plus précisément. et notamment la Mère du Christ.

-J. cherché.). La Chose maternelle est alors ce que l’homme cherche toujours. interdit et convoité. 85. F. 430-500.) de la loi morale”249. désiré. le Graal et la mère allaitante me fait penser à un écrit apocryphe chrétien. Pierre (trad. ni son serviteur. J. 1960. Voici les six moments dans le développement de la notion lacanienne de la Chose maternelle. mais aussi la mère. qui répond tellement à la nécessité interne de leur expérience”251. la Chose maternelle est le “Souverain Bien. l’objet impossible à retrouver au niveau du principe de plaisir”248. in L’éthique de la psychanalyse.. J. in L’éthique de la psychanalyse. ni sa servante. ou le père du Christ en tant qu’il est réellement représenté par son fils Jésus dans la terre. Jésus le Christ comme représentation réelle de son Père.”250. La Chose maternelle est ici “la première chose qui a pu se séparer de tout ce que le sujet a commencé de nommer et d’articuler”. in L’éthique de la psychanalyse. C’est l’objet a ou l’insignifiance de la parole qui n’est pas trop parlante. qui “est la fin. ni son bœuf”. mais il n’y a pas le sein. p. le 16 décembre. p. c’est-à-dire par le Fils ou le Christ. ainsi que le corps de cette mère. la plus célèbre des Odes de Salomon: “Une coupe de lait me fut offerte. la Chose inoubliable. Gallimard. in Écrits apocryphes chrétiens. voire son indifférence par rapport à la religion. en passant par sa caractérisation successive comme ce qui est inoubliable.2. 10 . la Chose n’est pas là seulement le Saint-Graal. 709. “Séminaire du 16. “dominée par l’existence de l’école” de Mélanie Klein. C’est le morceau de langue qui manque à Perceval. Si la parole n’est pas trop parlante c’est parce que le sein manque dans la bouche qui parle.. Geoltrain (dir. 1959. le terme. ce fut le Père”. Dans le Graal. Le Père allaitant se confond ici avec la mère allaitante. le manque du sein.12. remarquez bien que le sein manque. elle est le Graal qui entoure le vide. Op. et Lacan explique : “C’est dans la mesure même où la fonction du principe du plaisir est de faire que l’homme cherche toujours ce qu’il doit retrouver. montre à quel point “les analystes sont possédés par ce champ de das Ding. pour notre chevalier. nous ne pouvons pas la distinguer du Graal.59”. elle est ce à quoi “la convoitise même dont il s’agit s’adresse. elle est le corps du Fils qui enveloppe le même vide. cit. Op. mais ce qu’il ne saurait atteindre. Mais au lieu du sang du Christ. Le Christ est le Graal qui le représente réellement. 252 Anonyme. son Fils. p. la Chose maternelle est. désirée. Pléiade. Sur ce point. Op. l’objet de l’inceste. dans ce Fils. La Chose de Perceval n’est pas seulement le Saint-Graal. tel qu’il est “mis à la place centrale” dans “l’articulation kleinienne”. La Chose maternelle est en définitive “l’objet irretrouvable.59”.. ces quatre figures apparaissent comme une même Chose pour le chevalier. à cette époque. 1959. ou le corps du Christ en tant qu’il est réellement représenté par le Saint-Graal. un bien interdit”. il s’agit du désir pour la Chose maternelle. f) Finalement. M. dans ce Graal plein de lait. qui est celui qui structure le plus profondément l’inconscient de l’homme”. Bovon et P.).La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 c) Une semaine plus tard. le Graal plein de lait apparaît comme la bouche du Fils où le sein manque. 127. 100 251 Lacan. “Odes de Salomon”. la femme convoitée. pour le fils.. Elle s’associe ainsi au “fameux commandement” qui énonce : “Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain. irretrouvable. Paris. le Saint-Graal comme représentation réelle du Christ et la mère qui donne son lait à Perceval avant son sevrage. Cette confusion entre Dieu le Père. “Séminaire du 23. mais une chose en tant qu’elle est la Chose de mon prochain. qui est das Ding. Dieu le Père. 249 Ibid. le rapport à la Chose maternelle constitue chez Freud le “fondement (. mais nous ne pouvons pas la distinguer non plus du Christ et de son père. avec ses “deux seins”252. le manque du a au milieu de la chaîne signifiante qui s’enroule. La mère de Perceval. interdite et convoitée. tu ne convoiteras point la femme de ton prochain. 247 Lacan. 1997. la propre mère de Perceval. l’abolition de tout le monde de la demande. D’abord parce que le graal perdu n’est le Saint-Graal. Ensuite parce que l’absence de la mère et du Saint-Graal coïncident. irretrouvable. 82-83 248 Ibid. ce rapport qui s’appelle la loi de l’interdiction de l’inceste”247. la parole est ce lieu où elle résonne. 1-3. il y a le lait. Or. De cette manière.. je la bus en la suavité de douceur du Seigneur. car “il n’y a pas d’autre bien”. le 20 janvier 1960. Les deux sont représentés par le Graal plein de lait. pp. ce lait qui sort des deux seins du Père. Le Fils est la coupe. p. 5. la Chose de son père. la femme de son père. ce qu’il y a dans le Graal c’est du lait. c’est là que gît l’essentiel. b1 + b2 + b3 + bn. cit.. Le Fils est la coupe. “Séminaire du 20. la Chose maternelle est “le corps mythique de la mère”. Sa mère. Dieu le Père. avec l’absence du Christ en lui. d) Le même 16 décembre. la femme de son prochain. 19. l’allaitant. e) Le 23 décembre. 250 Lacan. le Christ et Dieu le Père. p. Du moment où il est identifié au Fils. En fait. Lacan remarque que le fait que la théorie analytique soit. ou la Chose. elle est une bouche vide où le sein manque. qui est la mère. J.01. depuis son emplacement comme premier extérieur jusqu’à l’indication de sa place centrale et de sa nature mythique dans la théorie kleinienne. le même manque-à-être. cherchée. le seul bien.60”. en tant qu’elle est la Chose perdue. que dans la mesure où il représente réellement le Christ qui représente réellement son père. qui est le Fils.12. cit. Non. La parole est une bouche qui entoure le vide. 85. le premier extérieur de Perceval. non pas n’importe quoi que je désire.. ce ressort.

est “demande d’une présence ou d’une absence”254. Examinons trois moments dans ce développement : a) Premièrement. cit. “Subversion du sujet et dialectique du désir dans l’inconscient freudien”. devra être lui. 258 Lacan.. entre “l’investissement perceptif” et celui “par le désir” -voire “les nouvelles émanant du propre corps”256. S. cit. comme désir d’être en présence d’elle. J. que parce qu’elle n’est qu’en présence d’elle même. En plus du corps de la mère. dans “la marge où la demande se déchire du besoin” 253. ne pouvait pas être distingué de celui de la mère. voire la Chose amoureuse. 256 Freud. qui “porte sur autre chose que sur les satisfaction qu’elle appelle”. de ce corps avec celui du fils. “Entwurf einer Psychologie”. 255 Ibid. ou de la Chose en tant qu’amour. entre le sujet et son objet d’amour. ensuite comme amour entre le fils et les substituts de sa mère. Je résume : l’enfant a besoin du lait. à quoi sert dans la bouche. pourra seulement être en présence d’elle même. 1995. pour être en présence du fils. en tant que Chose. est définie comme la confusion. parce qu’il demande encore sa présence corporelle même lorsqu’il a déjà satisfait son besoin de lait. dans La signification du phallus. 392. ne pourra pas être distingué de celui du fils. b1 + b2 + bn. Op. l’enfant désire donc la Chose maternelle.au fusionnel incestueux avec la Chose”257. la Chose sera la confusion de ces corps. la Chose est donc la confusion amoureuse. À ce niveau. Nous sommes alors en état d’énoncer : puisque les corps du fils et de la mère. Traduction française : “Esquisse d’une psychologie scientifique”. En-deçà du lait qui le satisfait. indépendamment du lait dont il a besoin. N°5. cette présence amoureuse est une présence de Chose. 169.. Or. Comme le note Lamboley. mais l’amour de la mère. Ainsi. Op.. en tant que Chose. mais du côté contraire : le corps de la mère. ce que l’enfant demande c’est la présence de la mère. elle devra donc se confondre avec lui. Cette confusion est aussi. cit. p. “Le champ de la Chose selon Heidegger et Lacan”. ce qu’il y a c’est la lettre a. pp. ce désir du corps de la mère dont la présence est demandée. la Chose désirée dont la présence est demandée au moyen de la parole.1). il est une preuve de l’amour de la mère. ne pourront pas être distingués (5. II. 257 Lamboley. le lait qu’il demande. laissé à sa pente naturelle. dans l’Entwurf. Cette preuve est la présence amoureuse du corps de la mère. ce que le fils demande n’est pas le lait qu’il reçoit. l’enfant demande cette preuve d’amour. Comme Lacan le note en 1958. vise le retour -impossible. op. l’enfant désire le corps de la mère dont il demande la présence amoureuse. nous l'appellerons désormais la Chose amoureuse. C’est peut-être pour cela que la Chose. 254 Lacan. R. p. 347. il demande donc le lait. N’oublions pas que la Chose n’est ce qu’elle est. Après cette constatation. dans la mesure où la Chose désigne cette confusion amoureuse entre la mère et le fils. Après “l’appétit de la satisfaction” et la “demande d’amour”. fut développée par Lacan entre juin de 1960 et janvier de 1961.06. Là où “le désir s’ébauche”. Quimper. le sujet “peut simuler avec sa chair l’accomplissement de ce qu’il n’est nulle part”258. 1960. Op. p. l’enfant demande la présence de la mère. d’abord comme amour entre la mère et son fils. en plus d’être ce qui satisfait son besoin. 1958. nous avons déduit maintenant la même indistinction. 423. in L’éthique de la psychanalyse. il y a le désir qui “résulte de la soustraction” du besoin de lait à la demande de présence de la mère 255. Or. confusion entre les corps de la mère et du fils.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 En plus de satisfaire un besoin. 253 Lacan. p. 345-346. vol. objet ultime de désir. le 22 juin 1960. en tant que Chose. la Chose.60”. la Chose maternelle. ACF-Val de Loire et Bretagne. de sa présence. ou de confusion amoureuse avec elle -c’est-à-dire avec le premier extérieur perçu comme tel par le sujet. 473. Lacan note que dans “l’acte génital. Cette confusion chosique. qu’il désire la Chose maternelle. Voici la Chose comme confusion amoureuse. cit. c’est-à-dire la confusion amoureuse du fils avec sa mère. une confusion amoureuse. J. 1895. En-deçà du lait qui satisfait son besoin. Au-delà de la preuve d’amour qu’il demande. in Écrits. quelque chose peut-il être atteint par quoi un être pour un autre est à la place de la Chose”.. Au-delà de cette présence ou absence de a. 1995. “La signification du phallus”. Il y a donc le désir de la Chose maternelle. la “demande en soi”. vol. Le désir de la Chose maternelle. ou dans le Graal qui est le Fils. L’enfant demande l’amour de la mère. Pourquoi la Chose désigne-t-elle la confusion amoureuse entre la mère et le fils ? Parce que la mère. in Cahier. in Écrits. On voit bien que l’enfant désire sa mère. Cette demande d’une présence ou d’une absence nous pouvons l’écrire demande de +a ou de -a. En conséquence. le lait de la mère ? À quoi sert le lait une fois que le besoin est satisfait. 11 . est alors. l’un et l’autre en tant que Chose. Il s’agit de la Chose comme amour. incestueuse. Le désir comporte une demande sans besoin. Or. cit. en tant que Chose. II. J. Et pourquoi demande-til cet amour ? Parce qu’il désire en dernière instance la confusion amoureuse avec elle. comme la “coïncidence” ou ce qu’il y a “en commun”. “Séminaire du 22. 1960. dans cet acte. 93. c’est-à-dire une présence qui n’est qu’en présence d’elle-même. p. lorsque le sein commence à manquer ? À quoi sert le lait quand le corps maternel manque ? En-deçà de la satisfaction du besoin. op. Cette notion de la Chose amoureuse. un désir d’être elle. Il désire donc en dernière instance la Chose. le lait de la mère n’est qu’une preuve d’amour pour le fils.. 294. Sa demande est une demande d’amour. Nous avons constaté avant que le corps du fils. “le désir.

Paris. C’est. la confusion sans limites est notre paradis avant d’être perdu. in Le transfert. 266 Ibid. Dans la confusion ou l’identité.. nous avons le droit de considérer que la ressemblance est ce qui fonctionne dans l’acte génital. comme confusion amoureuse. p. 157. la sphère d’Empédocle est “partout identique à elle même” et “partout sans limites”268. Battistini (trad. p.. “Séminaire du 18. qui s’interposent entre la Chose maternelle et nous.. pp. comme puissance unifiante simulée par l’acte génital. dans “la phase du rassemblement de ce qu’il appelle dans sa métaphysique l’amour. Il est ainsi le contraire de la Haine. comme un désir de ressemblance ou de similarité imaginaire entre les autres choses. qui n’est pas seulement une ressemblance ou similarité. Autrement dit. En effet. par les choses imaginaires. 161. qui agglomère. 160.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 b) Ensuite.. p. est éprouvé par les choses comme un désir de ressemblance. 1991. par les Sachen de Freud. 263 Ibid. 27. Voici le développement. nous voyons “toutes choses bien enclines à se fondre ensemble.61”.. Cette masse unique.) la fonction du manque comme constitutive de la relation d’amour. 29. p. qui “disloque et dissocie ce que l’Amour a réuni”. la Chose amoureuse. 22. 112-116 260 Lacan. chez Lacan.). pris d’un mutuel désir” 263. sans frustration. ou le pragma. dont Socrate n’en parlera pas. c) Finalement. ni de sexe velu”267. Nous nous rappelons ici de la lettre VII de Platon. ni les images ni la science. Avant tout ça. Il est évidemment un désir de la confusion amoureuse. in Trois présocratiques. Lacan se réfère au Banquet de Platon : “Ayant introduit (.. le 11 janvier 1961. elle est “le Sphaïros cerné de solitude”. car Aphrodite leur verse le désir de ressemblance”264. 1968. au niveau de l’imaginaire. 163. 164. qui agglutine”. comme pragma. À cause de pareil désir pour la confusion amoureuse. “Séminaire du 11. Si nous lisons Empédocle du point de vue lacanien de 1960. 17. 1961. constitue la Chose amoureuse ou la confusion amoureuse en tant que Chose désirée. l’amour qui rassemble.. l’origine de son monde.01. qui est l’œuvre enlaçante du désir. chez Freud. L’amour est ici la Chose. sans père. pp. l’Amour est ce qui “amène tout à l’unité”. J. in Le transfert. Je vous prie de vous arrêter sur ce désir de ressemblance éprouvé par toutes les choses. pourquoi ne serait-ce pas parce que. se trouve “au centre du monde d’Empédocle”. du to pragma dont il s’agit. À la différence de celle-ci. L’Amour d’Empédocle est une “force intérieure”. l’amour. les éléments. Et c’est poser une question juste que de se demander pourquoi il se substitue l’autorité de Diotime. 264 Ibid. du pragma ou du Ding freudien. 20. 12 . la Chose amoureuse ou la confusion amoureuse avec la mère. 21. chez Freud. entre a + b1 et a + b2 . la ressemblance. au niveau de la Chose réelle. la Chose. par rapport au pragma. de la notion de la Chose amoureuse. Le philosophe d’Agrigente nous dit que “sous l’action de l’Amour. Empédocle nous explique ceci clairement : “les éléments. (…) C’est en raison de la nature de l’affaire. sans castration. les éléments s’assemblent en une masse unique”262. Elle est.. Gallimard. 262 Ibid. p. Socrate se montre aussi discret. Socrate parlant en son nom s’en tient là. 1961. en plus de Freud. un désir de la Chose. avec la Chose maternelle. qui assimile. 164. Op. J. cette entité se caractérise par sa forme sphérique. avec le pragma de Platon et des Stoïciens. elle est “la force cachée dans les membres des hommes”. a = a = a. ou entre a et a’. Nous venons de nous rendre compte qu’à la source de ce développement. permettrait la simulation de l’identité réelle ou de la confusion chosique amoureuse entre les corps du fils et de la mère. avant d’avoir mangé le fruit de l’arbre de la science du bien et du mal. Dans le Banquet. on trouve le Banquet de Platon et la philosophie du présocratique Empédocle d’Agrigente. peut259 Lacan. ou bien. dans cet acte. les choses ne sauraient aller plus loin avec la méthode proprement socratique»260. qui est éprouvé par toutes les choses ou par les autres choses. chez Lacan. Paris. disjoints. Cette confusion est partout identique à elle même.61”. cit. opposée “à Thanatos”259.. nous comprendrons mieux ce qu’on est en mesure d’entendre par la Chose amoureuse. En effet. la confusion est sans limites parce qu’il n’y a rien qui s’interpose entre le sujet et le pragma. 163. éprouvant une attirance réciproque. cette confusion est le paradis avant que Dieu le Père ait mis devant ce paradis des anges avec leurs épées fulgurantes. ou de la confusion amoureuse. À l’origine. comme confusion avec la Chose maternelle. que Platon dans sa lettre VII. Y. p. sans privation. “l’amour comme puissance unifiante pure et simple. “De la nature”. où le pragma est ce dont on ne parle pas. 160. 268 Ibid. 28. 141-144. 265 Ibid.. 261 Empédocle. se fondent en une même entité”265. concernant l’amour. 26. ni les définitions des mots. sa confusion originaire avec le corps de sa mère. pour chaque homme. En examinant tout de suite cette double source. et sans limites. p. par laquelle s’accomplit “l’œuvre enlaçante du désir”261. Le pragma. c’est une Chose devant laquelle Socrate et Platon restent silencieux. pas de genoux agiles. le désir de l’identité réelle entre a et a. de la Chose. pour nous défendre d’y entrer. sans distinction. est éprouvé. Chez Platon. Eros. En ce qui concerne Empédocle. Empédocle souligne que cette entité sphérique “n’a pas de pieds. à l’attraction sans limites”. Seuil. il n’y a pas les mots. Elle n’a donc rien à voir avec sa variante dérisoire. entre le moi et le i(a). “sous l’action de l’amour. (…) S’il passe la parole à Diotime. sans manque. qu’Aristophane expose dans le Banquet de Platon. Le désir de la Chose. le 18 janvier 1961. en jouissance de lui-même266. tendent sous l’action de l’Amour à se confondre. p.01. ou la similarité. 267 Ibid.

Dans cette réalité. 2003. Nous ne pouvons pas aspirer à l’identité. in Le Banquet. parce que. manifeste le désir de l’identité. par une identification entre le moi et le i(a). dans le discours de Diotime. “L’interprétation du rêve”. 1900. mais seulement semblables. tantôt périssent en nous. Nous.. Phèdre. dans l’amour au sens banal. “nous ne sommes jamais identiques à nous mêmes”. 2003. Tout en aimant l’identité du réel. Paris. “Le Banquet”. “Le Banquet”. mais nous avons des fils qui nous ressemblent. Nous ne sommes que des mortels. l’amour dont il s’agit est un désir pour ce qui manque. celle de a. La similarité inhérente aux autres choses. par exemple dans l’acte génital. 3. Paris. op. signifié et imaginé. S. p. elle est notre fusion symbiotique avec l’univers entier. Larousse. Chemama et B. chez Empédocle. l’Amour au sens banal -c’est-à-dire l’amour imaginé et signifié-.22. a = a. J. (a + b1) ≈ (a + b2). la Chose amoureuse constitue l’identité des immortels qui manque aux mortels. mais “un démon entre les hommes et les dieux” 275. E. ne coïncide jamais avec le pragma. au niveau de l’imaginaire et des autres choses. il n’y a notre “désir de ressemblance” que pour autant que nous sommes enclins à nous “fondre ensemble”271. pour connaître le bien et le mal ! Qu’il n’étende pas maintenant la main. 2003. “La Chose”. Rauzy. nous ne restons pas comme eux toujours identiques à nous mêmes. op. compense l’absence de l’identité propre à la Chose. compense le manque de l’identité réelle. “nous échappe. 54. L’amour est ainsi l’amour de l’identité d’être de l’immortel. mais seulement à la ressemblance. Et pourtant. p. “De la nature”. “Le Banquet”. Chez Empédocle. et même chaque connaissance isolée est sujette à ce changement . avec le souverain bien de l’inceste -contre ce que pense Bernard Vandermersch.. Garnier-Flammarion. A. in R. elle est la Chose amoureuse. Lainé. L’autre source du développement lacanien de la Chose amoureuse est le Banquet de Platon. en effet. nous existons et nous aimons. quand nous aimons. 272 Genèse. 538. 270 Freud. “que parce que la connaissance”.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 être aussi pour nous castrer avec leurs épées. Chambry (trad. C’est l’identité que l’homme ne pourrait atteindre que s’il mange des fruits de l’arbre de la vie. Dans ce discours. Diotime explique à Socrate : “Nos connaissances tantôt naissent. 68. “Avoir des enfants -remarque Freud dans L'interprétation du rêve-.). au niveau de la Chose réelle. F. ainsi que “le milieu” philosophique 269 Platon. n’est-ce pas pour nous tous l’unique accès à l’immortalité?”270. B. la Chose. nous n’arrivons à nous confondre avec l’autre que dans l’imaginaire. Dans la mesure où l’identité manque toujours à l’homme. l’amour imaginé et signifié. 161. comme un désir de ressemblance ou de similarité. 274 Vandermersch. ce désir de l’identité. Nous aimons cette identité. certainement pour nous éloigner de la confusion sans limites avec la Chose maternelle que nous désirons toujours. Altounian . 63. 271 Empédocle. Nous restons semblables à nous-mêmes. cit.. p. XXII. Dans la réalité imaginaire. Nous ne sommes pas immortels comme les dieux. mortels. Cotet. 22. p. 69. Vandermersch (coord. Dans le discours de Diotime. le désir de ressemblance. La similarité imaginaire. “comme ce qui est divin. in Oeuvres complètes. il n’y a le désir de l’objet que lorsque celui-ci manque au sujet. au désir de l’identité réelle entre a et a.) Tout ce qui est mortel se conserve. Diotime dit sentencieusement : “L’amour est aussi l’amour de l’immortalité” 273. aux Sachen de Freud. non point en restant toujours exactement le même”. ne cueille aussi de l’arbre de la vie. et nous ne sommes jamais identiques à nous-mêmes à cet égard . n’en mange et ne vive pour toujours”272. vivant toujours vivant. 275 Platon. mais en laissant toujours à la place de l’individu qui s’en va et vieillit un jeune qui lui ressemble”269. Dictionnaire de la psychanalyse. au niveau de l’imaginaire. l’amour ne coïncide jamais avec l’identité réelle de la Chose amoureuse. comme a + b2 ressemble à a + b1. p. Plus exactement.). 1964. Dans cet acte. avec la Chose insignifiée et inimaginable. avec notre premier extérieur. comme les dieux. Puisque nous ne pouvons pas rester toujours identiques à nous-mêmes. on ne désire la ressemblance entre les autres choses que dans la mesure où l’identité de la Chose nous manque. D’après Diotime (tableau 13). pour qui la Chose apparaît comme ce qui est “signifié comme interdit (inceste) et imaginé comme souverain bien”274. est éprouvé. a = a. tel que Diotime l’affirme. 273 Platon. 13 . cit. tel qu’il fut rapporté par Socrate. Or. Robert (trads. P. l’identité de ce qui reste toujours identique à lui-même.. nous ne pouvons avoir que la similitude qui la simule dans l’imaginaire. celle de Frege et des psychologues du moi. pour lequel Dieu a mis deux anges afin d’empêcher l’homme d’y accéder : “Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous -s’exclama Dieu-. une confusion que nous désignons ici comme la Chose amoureuse. avec le corps de notre mère. c’est le discours de Diotime sur l’amour. R.). au niveau du réel. avec b1 + b2 + bn. Paris. op. immortel. de même que dans la philosophie d’Empédocle. car nous n’avons recours à ce qu’on appelle réfléchir”. (. au Ding. XXV. a = a. Chez Lacan. n’est pas le pragma. p. l’être qui reste toujours identique à lui-même. PUF.. cit. Cette confusion interdite est notre paradis. l’immortalité de l’être qui nous manque. nous nous résignons au moins à rester semblables à nous-mêmes. lorsqu’il n’y a pas de confusion entre le sujet et l’objet. de la confusion amoureuse entre la mère et le fils. l’arbre interdit du paradis. Dans le discours de Diotime. l’amour décrit par Diotime peut correspondre. XXVI.

Cet amour imaginaire. celle chosique. la “science de la beauté absolue” et “le beau tel qu’il est en soi”. cette masse unique. 281 Platon. désiré et cherché. Dans la perspective de Diotime. c’est parce qu’on ne peut pas “exprimer ceci pour le peuple d’une manière suffisante” 282. “Lettre VII aux parents et amis de Dion: bon succès”.. 27. c’est tout ce qu’il peut dire. identité. ou bien. Une fois qu’eut fini son drôle d’éloge de l’amour beau. Dans le discours de Diotime. op. remarquez bien que cette beauté dont parle Socrate est également celle de l’amour. Poèmes de Alberto Caeiro. elle n’est pas simplement la philosophie entre la science et l’ignorance. p. Cette Chose. F. op.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 “entre la science et l’ignorance”276. Elle est immortelle et non pas mortelle. alors il en souffrirait “plus que personne”. la beauté comme a. Si Platon ne parle pas de la Chose. 279 Platon. Tableau 13. p. en tant que Chose amoureuse.. c’est lui “qui le ferais le mieux” . 45. De la beauté en soi. sphérique et jouissante de a. la beauté divine elle-même sous sa forme unique”277. ce semaïnomenon n’est pas le pragma réel de Diotime. XXIX. Paris. sa Chose “jouissante” ou “exultante”278. (a + b1) ≈ (a + b2). XX. toujours convoité. Les Belles Lettres. 280 Pessoa. cette forme désigné par la lettre a. de cette Chose amoureuse.). ou le semblant d’être entre l’être et l’existence. Socrate fait l’éloge du beau discours d’Agathon. différence. p. la descendance entre l’immortalité et la mortalité. parce qu’elle est la beauté en soi. Uniquement au-delà de l’amour. notre premier extérieur. Que l’amour est beau. seulement au-delà de tout cela il y a la science et le pragma de Platon. Elle est la matière de la science. “De la nature”. Voici l’insignifiance que nous désignons comme “objet a”. Nous voyons qu’en réalité. la beauté en soi.. elle n’est pas belle. Elle n’est pas une chose belle. ressemblance. descendance Les hommes L’ignorance La parole Existence. mais interdit et irretrouvable. Elle est. Socrate dit : “je ne saurais rien dire qui approchât de cette beauté”. au-delà des images de Platon dans la lettre VII. la confusion amoureuse entre les corps de la mère et du fils Être. cet amour qui est un démon entre les dieux et les hommes. simple. ici la Chose amoureuse. cette Chose amoureuse. il reconnaît que “s’il fallait” parler de la Chose. Il est aussi. le “beau lui-même. de la “vrai nature de la Chose”. XIX.. à cette Chose jouissante. or. pur. ce pauvre psychologue qui prend la réalité imaginaire pour du réel. le pragma de Diotime. Voici la Chose. Agathon dit que l’amour est “beau”279 -un “mensonge d’homme”. le “beau lui-même. sans mélange (. 1977. Soyons précis. C’est la beauté de notre confusion avec le corps de notre mère. op. immortalité L’amour : un démon La philosophie L’acte génital comme simulation de la confusion amoureuse entre les corps de la mère et du fils Semblant d’être. Voici l’unité sphérique d’Empédocle. op. Socrate se moque d’Agathon. 1925. Cependant. cit. 277 Ibid. de b. 276 Ibid. pur. mortalité 5. Voici l’insuffisance du langage pour signifier la Chose. rappelez-vous. 64. Socrate et Platon n’ont pas le courage d’en parler. et des images et même de la science. elle n’est donc pas simplement quelque chose de démoniaque entre l’humain et le divin. cette Chose est absente dans la parole. chez Diotime. au-delà de la réalité imaginaire. ou la ressemblance entre l’identité et la différence. 58.. un a + b. épouvantable. de ce pragma. 278 Empédocle.. je me serais presque caché de honte si j’avais su où fuir” 281. Il se moque de la beauté de son discours sur l’amour beau. La beauté dont parle Socrate est celle du beau discours d’Agathon sur l’amour beau. la Chose maternelle. inoubliable. XXII. La Chose amoureuse apparaît comme une beauté horrible. cit. nous le savons déjà. La Chose amoureuse. sans mélange”. p. sans limites et partout identique à elle même. XXVI. du pragma. ce pragma qui se trouve au-delà des mots. comme celle d’Agathon. sans b. a = a. p.3. Les dieux La science Le beau en soi. qui est également celui de Socrate et Platon. Elle est identique. Elle est. 14 . l’amour au sens banal. qui donne l’attribut de beauté. cette forme épouvantable de la confusion avec la Chose maternelle. Elle n’a pas de beauté. et il affirme : “reconnaissant que je ne saurais rien dire qui approchât de cette beauté. la Chose comme beauté en soi. 282 Platon. simple. 163. N’oubliez pas que Platon le reconnaît clairement dans sa lettre VII. du pragma. 73. in Lettres.. au-delà aussi de la définition des mots. “Le Banquet”. Voici notre paradis perdu. 341d. simulée par l’acte génital. ou plutôt. 57. p. cit. dans le dire de Socrate. Le discours de Diotime. En conséquence. cit. la Chose absente dans la parole. Voici l’identité divine. “la beauté divine elle-même sous sa forme unique”. la Chose amoureuse n’est pas une chose imaginaire. notre souverain bien. la beauté en tant qu’amour. cette forme horrible de la Chose amoureuse. si sa parole était “défectueuse”. est une Chose divine. cet amour n’est pas la Chose amoureuse. et non pas seulement semblable à elle-même.. “en échange du plaisir qu’elle procure” 280. parce qu’elle est le pragma de Platon dans la lettre VII. “Le Banquet”.

la forme pure qu’on aime. a + bn. XX. à savoir. p. la lettre a. car aimer c’est vouloir posséder.01. 288 Ibid. 251a. la lettre a. parce qu’elles seront belles. 1985. l’objet a. Après qu’il eut reconnu. nous ne pouvons plus l’aimer. en affirmant que l’amour est beau. Les belles lettres. Comme Lacan nous le fait remarquer. cette lettre a. C’est parce qu’il nous manque que nous l’aimons. a + b2. pour qu’il désire le posséder. 287 Platon. pour autant qu’il aime le beau. D’après Diotime. Ce qu’on aime. qu’il “ne saurait rien dire qui approchât de cette beauté”. tout à fait révoltante à ses yeux comme aux nôtres (…) La République (…) L’Atlantide (…) L’Académie (…) Ce qu’il veut en tous ces cas. vol. S’il était beau il n’aimerait pas la beauté. dans sa version sociale. puisqu’il aurait déjà la beauté. Mais avant. ce pragma. cette lettre a sera le pragma.. Notre parole sera une chaîne de b : b1. Ce qui décide notre amour. dans notre monde. Paris. une “réminiscence des réalités jadis vues par notre âme” 288. en se moquant d’Agathon. a. “ce que Platon voit à l’horizon. C’est la beauté en soi. Cette a. Ce pragma n’est pas l’amour.la Chose amoureuse. la confusion avec la mère. L’amour. “est une chose de là-bas”287. de la Chose amoureuse. Alors il ne pourra pas être beau. “Séminaire du 21. celle de l’Atlantide (a + b2) ou celles de l’Académie (a + b3).60”. communautaire. 141-144. de la Chose amoureuse. Socrate ne parle pas du pragma. Pour Platon. 44. dans ma simplicité. Socrate critique le discours d’Agathon sur l’amour beau. la cause de notre désir. Il n’est pas beau. La beauté est une chose dont on se souvient lorsqu’on voit ici. 286 Lacan. les a + b. “Séminaire du 18. dans notre parole. la lettre a. Nous savons par le Phèdre que la beauté. tombera de notre parole. cet amour n’est pas beau. du pragma. communiste ou totalitaire.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 De même que Platon. dans chacune des choses imaginaires que nous aimerons. parce qu’elles sont donc des bonnes imitations de a. “Je pensais -dit-il-. le sujet de tous les prédicats. Lorsqu’il ne nous manque plus. Nous voulons posséder ce que nous aimons. Op. pp. cet amour n’est pas la Chose amoureuse. Agathon. 285 Texte grec de “Le Banquet” inclus dans Oeuvres complètes. lorsque nous le possédons. P. Alors il décide que ce soit Diotime qui en parle. cet amour qui aime ce qui est beau. “Phèdre”. La cause de notre amour. et on aime seulement ce qu’on n’a pas. ou ces personnes. La Chose amoureuse de Socrate et Platon est celle de Diotime. de la Chose amoureuse. Paris. c’est tout de même la Chose. ce que nous aimons doit nous manquer. cette beauté en soi est une forme pure. une “imitation” qui ressemble à la beauté identique à ellemême289. mais la fraction constante. 58. S’il se substitue cette autorité. la beauté de toutes les belles choses qu’on aime. in Oeuvres complètes. C’est parce qu’elle nous manquera. dans l’imaginaire. J. Socrate démontre que l’amour dont parle Agathon. b2. 283 Lacan. p. dans chaque a + b. Belles Lettres. 289 Ibid. 198e.12. nous voulons avoir cette chose. que nous pourrons l’aimer dans chacune des personnes que nous rencontrerons. de notre Chose maternelle. la beauté. nous les aimerons par la lettre a qu’il y aura en commun entre a + b1 et a + b2 et a + bn. est une forme pure plutôt céleste. cit. Elle est le pragma. amoureuse..61”. de la Chose. 1961. in Le transfert. du to pragma dont il s’agit” . qu’il fallait dire la vérité sur la Chose”284 -en français ils traduisent “la vérité sur l’objet”. Si nous aimons quelque chose. Or. Socrate ironise. 15 . comme pour n’importe quelle autre personne. IV. 42. 284 Platon. L’amour dans l’imaginaire. mais dans le texte grec285 nous rencontrons ici le pragma. cette chose amoureuse. devra nous manquer. cit. l’image de la République (a + b1). Une chose belle. 249c. ce qu’on désire. sur la beauté en soi. ce qu’il y aura en commun dans tout ces images qu’il aimera. ce pragma. Nous aimerons ces choses. lui Platon. pp. on l’aime parce qu’on veut l’avoir. au sens banal. l’amour qui n’est pas beau. Op. aime la beauté. c’est une cité communautaire. p. “Le Banquet”. 101-106. Comme Lacan le remarque. p. Ce qu’on aime dans chacune des belles choses qu’on aime. 46. Le beau devra donc lui manquer. une a toute seule. Ce sein maternel manquera dans notre bouche. Socrate le démontre. C’est parce qu’il manquera en nous que nous pourrons l’aimer. Nous les aimerons par la beauté qu’il y aura en commun entre elles. parce qu’elles ont la forme de a ou la forme de la beauté. ce qu’on aime dans chaque a + b. en nous. nous les aimons parce que nous les trouvons belles. dans le réel. Indépendamment de ses sublimations mondaines. ce qui n’est pas par hasard. En conséquence. il devra lui manquer pour qu’il l’aime. lorsqu’on parle de ce qu’on aime. la beauté de Platon. et nous ne pouvons pas vouloir posséder ce que nous possédons déjà. cit.. 1960. 250a. in Le transfert. a + b1. J. sera pour Diotime la beauté de chacune des choses que nous aimerons. b3. Socrate “se substitue l’autorité de Diotime”. c’est la beauté.. il n’a pas dit la vérité sur le pragma. n’est pas la beauté chosique. cette beauté chosique. Op. Les personnes ou les choses imaginaires que nous aimons. l’amour au sens banal ou l’amour dans l’imaginaire. le pragma de Socrate et Platon. C’est -pour ainsi dire. par exemple celle d’une belle fille. ce n’est pas la fraction variable. Socrate se reconnaît incapable pour parler du pragma. b1 ou b2. sur la Chose amoureuse. de notre chaîne signifiante. Or. p. mais ce qui inspire l’amour.. Socrate pensait qu’il fallait dire la vérité sur le pragma. 41. cette Chose amoureuse. “c’est en raison de la nature de l’affaire. comme forme pure. le pragma”286 . parce que “concernant l’amour. Vicaire (trad). on ne pourra parler qu’au niveau des b. les choses ne sauraient aller plus loin avec la méthode proprement socratique”283. non moins que celle d’un régime totalitaire.

le corps de l’être symbolique langagier. le fou néglige la réalité de Frege et des psychologues du moi. comme a + b. corporelle. pp. signe (tableau 14). pour nous le corps du Christ ou de la Saint-Vierge. par le signifiant. notre frustration et castration. possède cette beauté maternelle qui n’est plus présente en moi qu’en esprit -cette lettre a qui manque dans ma bouche et ma parole. “Totem et Tabou”. de la Chose réelle. ou un corps qui offre quelque trait de la beauté idéale. parce que je lui reconnais cette beauté maternelle.. comme a + b. il y a toujours des fous qui oublient la lettre b. “Phèdre”. mot. en voyant a + b. du pragma. J’aime une fille parce que je lui reconnais cette horrible forme pure que je remémore. C’est le moment de l’angoisse. ces fous peuvent croire. qu’il s’agit seulement de la lettre a. l’affreuse beauté en soi. Corps de l’être réel chosique Affreuse beauté idéale. 44. de la Chose maternelle. dans cette vulgaire imitation. cette affreuse beauté qui fut celle de la Chose maternelle. il le vénère à l’égal d’un Dieu et. de l’affreuse beauté incarnée. s’il voit un visage d’aspect divin. maternelle. ce corps semblable à une maladie. la Chose (Ding) comme “esprit”. les belles images qui l’entourent. aux a + b. a + b. dont je me souviens. C’est le moment où l’objet a jaillit. Ces fous ne regardent qu’une belle fille et ils découvrent déjà. d’avant la naissance du sujet du signifiant Pragma. En ceci nous sommes d’accord avec Platon : les visions de jadis sont les visions d’avant notre naissance. En faisant la distinction de quatre espèces différentes de manie (lamia) ou folie. D’après Platon. image. cette naissance du sujet n’est pas biologique. le fou néglige les choses humaines d’en bas. dans la chaîne signifiante où j’existe en tant que sujet. comme au philosophe. cit. b1 + b2 + bn. Le corps où l’âme s’incarne est celui du signifiant. visions de jadis. c’est une naissance biologique. par son souvenir de a. 251a. comme a + b. D’après nous. par b. J’aime la fille parce qu’elle me paraît belle. forme pure. Ils oublient donc ce qu’est la belle fille en tant que signifiée comme telle. une certaine beauté si grande qu’elle semble presque maternelle. 304-305. aux choses imaginaires. d’ailleurs épouvantable. visages d’aspect divin Semaïnomenon. imitations de l’affreuse beauté idéale. c’est-à-dire l’imitation qui est égal à l’original. voire notre naissance. Ce corps (soma). si quelqu’un n’est pas encore fou. les Sachvorstellungen. amoureuse. op. le corps du Christ et de la Sainte Vierge. cit. Je vous prie d’entendre ce “jadis” comme ce qui précède notre expulsion du paradis. heureuse imitation de la beauté. celle de la Chose amoureuse avant ma frustration et ma castration -avant ma naissance comme sujet du signifiant. en “s’occupant” seulement “de ce qui est divin”291. comme sujets du signifiant. 245d. corps qui ressemblent aux visions de jadis. mais symbolique. parce que sa réalité externe. que nous écrivons (a + b) = a. Tableau 14. le pragma. notre naissance comme sujets.. Puis. de la lettre a. une tombe (sèma) 290 Freud. cette tombe (sèma) pour l’âme est le corps signifiant du sujet du signifiant -le semaïnon des Stoïciens. 1912. Le terme grec pour désigner cette image sainte et précisément celui d’agalma. c’est-à-dire l’affreuse beauté en soi de la mère. âme du sujet Corps imaginaires Objets beaux. amoureuse. si bien décrit par Socrate dans le Phèdre : “celui qui s’est empli les yeux des visions de jadis -dit Socrate-. sera aussi “présente” comme corps. Possédés par ce qui est dénoté. 31. le fou “prend des ailes et désire s’envoler. 292 Ibid. C’est le moment de la représentation réelle de la Chose. de sa Chose réelle. corps (soma) du sujet. À la limite. “latente” dans sa “capacité d’être remémorée”. p. dans une “connaissance” qui est “projetée” par le sujet “dans la réalité externe”290 -par exemple dans la réalité externe d’une fille qui me plaît.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 J’aime une fille parce qu’elle me paraît belle. 293 Ibid. il peut toujours s’approcher de la folie quand il se trouve en face d’une certaine beauté presque épouvantable. c’est qu’il “s’applique aux objets”. Le fou s’occupe seulement de ce qui est divin. Socrate nous explique dans le Phèdre que ce qui lui arrive au fou. C’est l’hallucination. les regards fixés vers ce bel objet. Je l’aime. La seule différence est la manière d’entendre cette naissance du sujet. Socrate ajoute : “à la vue de la beauté d’ici bas”. Ils oublient la dénotation. 291 Platon. le Ding ou la Dingvorstellung. En voyant une belle fille. il néglige les choses d’en bas”292. par le “souvenir” de a. comme chose imaginaire. il offrirait des sacrifices à son bien-aimé comme à une image sainte”293. Qu’est-ce que Socrate nous raconte ? Il nous raconte qu’il y a des corps qui ressemblent trop aux visions de jadis.. Le fou s’applique aux choses humaines. 16 . Pour s’occuper de ce réel réel. S. s’il ne craignait d’avoir l’air complètement fou. L’affreuse beauté idéale de Platon et le signe des Stoïciens. p. “donnée au sens et à la conscience”. Pour le dire comme le Freud de 1912. le corps de sa mère. op. où nous retrouvons la racine sèma. qui se trouve au centre de la conceptualisation lacanienne de l’objet a. d’abord il frissonne et quelque chose lui revient de ses angoisses de jadis. cette lettre a. lacaniens. ils découvrent l’original. En effet. corps de l’objet Corps de l’être symbolique langagier Sujet du signifiant Semaïnon ou signifiant.

avait fait avant l’éloge de l’amour et avait présenté le pragma ou la Chose insignifiée. lors de la division du sujet. P. le manque réel de l’être comme objet symbolique. qui est pour elle une tombe. Voici l’absence de l’objet a au niveau imaginaire. absolument divins”. qu’ils “renferment une foule d’images fascinantes”296. qui est pour elle un sèma. Il y a trop de ressemblance. Nous avons ici l’absence de l’objet a au niveau symbolique. Ces corps ressemblent trop à la Chose maternelle. laid.. cet objet a. Permettez-moi de comprendre cette ouverture en deux comme la division du sujet ou la coupure en deux de la sphère dérisoire d’Aristophane. Alcibiade fait l’éloge de Socrate et nous présente l’agalma ou l’objet a insignifiant. Paris. c’est-à-dire un satyre vieux. La première mention de l’agalma nous apprend que celle-ci n’apparaît que lorsqu’on ouvre en deux le silène. En effet. qui offre trop de ressemblance avec la Chose. entre les autres choses et la Chose maternelle. entre les Sachvorstellungen et le Ding. Diotime. je ne sais si quelqu’un a vu les images fascinantes qu’il contient”295. “qu’il passe toute sa vie à faire le naïf et à plaisanter avec les gens. De même. du manque au niveau réel. les trois mentions de l’agalma nous apprennent beaucoup sur l’objet a. aux visions d’avant sa naissance. dans la privation ou le manque-à-être. Ces corps qui ressemblent trop aux angoissantes visions de jadis. après la castration. 216e. Nous nous angoissons parce qu’il y a trop de similarité entre ces corps et la Chose. dans le discours Alcibiade. l’agalma. Voici l’objet a qui intervient. de ce qui reste pourtant insaisissable au miroir. Dans ce discours d’Alcibiade. des corps qui ressemblent trop aux visions de jadis. la tombe du signifiant. Vicaire (trad. mais que le pragma correspond à la beauté en soi et à la divinité en tant que telle. 78. 221e. mais dans le fond d’un discours qui l’enferme comme une tombe ou comme un sèma. dans le miroir. Il est la manifestation. il y a donc de l’angoisse . dans le monde des idées ou des formes pures. C’est. avec le même sens. le manque symbolique du phallus comme objet imaginaire. pour le sujet du signifiant. L’agalma nous la retrouvons où Lacan l’étudie le plus. Il est un être-en-trop dans l’image de ce que nous aimons. qu’elle reste insaisissable dans le miroir des choses imaginaires qu’il y a devant Alcibiade. voire entre la Chose insignifiée et l’objet a insignifiant. nous constatons que le pragma se situe avant la naissance du sujet du signifiant. dans la sphère purement intelligible du noüs. à propos de Socrate. Alcibiade rapporte. La deuxième apparition de l’agalma nous montre qu’elle ne se voit pas. lorsqu’il cesse d’être. Ce terme d’agalma apparaîtra deux fois encore. à cette affreuse beauté idéale. Finalement. ainsi que sur la distinction entre l’agalma et le pragma. ce trop de ressemblance avec le pragma. Dans l’apparition suivante. mais ils lui ressemblent trop. Cette image sainte. en grec des agalmata. Le corps angoissant. dans la bouche de Socrate. lorsqu’il commence à exister. l’agalma apparaît à l’intérieur du corps. C’est.. quelque chose nous revient de nos angoisses de jadis. lors de sa naissance comme sujet du signifiant ou comme existant mortel. 17 . des statues de dieux”294. pour exprimer sa demande. n’apparaît que lorsqu’on divise le sujet. Ils ne sont pas identiques à cette Chose. mais quand il est sérieux et que le silène s’ouvre. 80. Ces images fascinantes traduisent en français les agalmata. dans le fond du soma où du corps signifiant mortel d’où elle est tombée. Alcibiade explique : “Socrate est tout pareil à ces silènes qu’on voit exposés dans les ateliers. à l’intérieur. à cette Chose hors signifiée. on découvrira qu’ils sont “dans le fond. Lors de cette coupure ou division. Nous voyons également que dans les deux cas il s’agit de la beauté et du divin. ceci apparaît dans le miroir de ce que nous aimons. 295 Ibid. lorsqu’il peut mourir. p. ces corps ressemblent trop au corps de notre mère. âme platonicienne enfermée à l’intérieur du soma. est comparé par Socrate à une agalma. Alcibiade assure que “si on observe et pénètre” les discours de Socrate.. p. cette agalma. En comparant les deux discours. Il s’agit là de la frustration.. Nous éprouvons alors de l’angoisse. dans cette bouche qui s’ouvre en deux. le -a ou le manque-à-être du sujet du signifiant. “Le Banquet”. il y a presque l’identité de la psychose. Les belles lettres. dans le Banquet. 215b. Dans ce dialogue. quand le pragma commence à lui manquer.. une tombe. dans le même dialogue où Diotime expose la Chose amoureuse. in Oeuvres complètes. p. si on les ouvre en deux. La troisième allusion à l’agalma ne la situe pas dans le discours. enfermée déjà dans 294 Platon. on voit qu’ils contiennent. alors que l’agalma correspond à une statue de Dieu et à une représentation de la beauté intérieure. telle que l’objet a qui tombe sous la chaîne signifiante. 89. Socrate nous explique qu’en face des corps trop semblables à la Chose maternelle.). l’objet a insignifiant. castré de notre reflet dans les choses imaginaires que nous aimons. dans la mesure où nous ne sommes pas des psychotiques. mais sage et intelligent. qu’elle manque dans l’apparence de Socrate. le manque imaginaire du sein maternel comme objet réel dans la bouche de l’enfant. Alcibiade fait l’éloge de Socrate en le comparant à un silène. lorsque l’âme est enfermée dans le corps ou dans le soma.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 pour son âme Il y a donc. Statue est la traduction française des agalmata. une sèma. Il est ce trop de ressemblance entre la Chose et l’autre chose. détaché de nous. 296 Ibid. lorsque le sein lui manque. alors que l’agalma se situe après.

304 Empédocle. ici. 18 . En effet. l’amour romantique à deux. cerné de solitude. où tout désir est déjà satisfait. 84. le sujet retrouve l’objet ultime de son désir. 146. en dernière instance l’amour entre le fils et sa mère. Paris. Op. se traduit dans l’imaginaire par un amour à deux. en dernière instance l’amour entre la mère. habillement de l’agalma (a + b) L’amour d’Alcibiade dans le symbolique. elle n’est possible que grâce à l’intervention du père Représentation imaginaire du pragma. Dans l’amour à un. Op.. L’amour à un dans le réel. 27. L’amour de Diotime dans le réel. Nous savons par le Timée qu’il s’agit là. dans cette division. 163. 33b. p. Dans l’amour de Diotime. “Le Banquet”. entre le moi et son i(a). celui concernant l’agalma ou l’objet a insignifiant. a qui comprend toutes les a + b. L’amour d’Alcibiade. p. En voulant jeter la brouille entre Socrate et Agathon. exulte”302. 20. 84. entre le moi et les belles représentations imaginaires de la Chose. Alcibiade. l’amour où les choses se montrent pour Empédocle “bien enclines à se fondre ensemble”. vol. les sujets “se voient divisés” 301 -comme les sphères d’Aristophane se voient coupées. Finalement. par contre. celui du sujet divisé par le signifiant. l’amour d’Empédocle. ce qui règne est une “jouissance réelle”. d’après J. la Chose amoureuse. car “Aphrodite leur verse le désir de ressemblance”304. simulant ce qu’il n’est pas -ce qu’est l’amour incestueux à un dans le réel de la Chose amoureuse ou de la confusion entre l’amant et l’aimé (tableau 15). le pragma de Platon. qui. car tu n’aurais jamais tourné si subtilement autour de ton sujet pour essayer de couvrir le but de ton discours (. l’amour de Diotime. incestueux. Ce qui jaillit. Alcibiade mentionne Agathon. dans le dialogue. Paris. le père intervient entre la mère et son fils. 161. En effet. 26.. 160. p. “Timée”.). in Oeuvres complètes. l’amour à trois. Par contre. par contre. non seulement de l’amour pour Empédocle. 300 Ibid.). dans cette “forme sphérique et circulaire”. ou la funeste Discorde d’Empédocle. 299 Empédocle. “De la nature”. le père et le fils. Sous l’effet du discours d’Alcibiade. la sphère est “la plus parfaite et la plus complètement semblable à elle même”. “De la nature”. et qu’Agathon doit être aimer de toi. p. sera un amour à trois.. La Chose amoureuse de Diotime et l’amour à trois d’Alcibiade. Garnier-Flammarion. C’est un amour incestueux dans le réel. “de toutes les figures”. Il s’agit de l’amour dans l’imaginaire. sans aucun -a. 22. celui concernant le pragma ou la Chose insignifiée. À la fin de son éloge de Socrate. de jeter la brouille entre Agathon et moi. et l’agalma (-a) Dans l’amour à trois d’Alcibiade. la Chose qui inspire tout amour.. l’amour incestueux à un. entre le fils et la Chose maternelle. le Sphaïros cerné de solitude. in Le Banquet. Alors Socrate reprend la parole : “On ne dirait pas que tu as bu. X. pour les séparer -pour empêcher que son amour devienne confusionnel. mais aussi de la beauté idéale pour Platon. avant la naissance du sujet -un amour à un simulé plus tard par l’amour romantique à deux. en prétendant que je dois t’aimer et n’aimer que toi. la beauté idéale de Diotime L’amour de Diotime dans l’imaginaire.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 une forme corporelle. p. comme Chose amoureuse où tout désir est satisfait. Il s’agit là d’un amour à un. 302 Ibid. Pourquoi ? Parce qu’elle est “celle qui comprend en elle-même toutes les figures possibles” 303. à un. le symbolique s’en mêle. cette beauté idéale qui inspire l’amour de Diotime -à ne pas confondre avec sa variante dérisoire chez Aristophane. Elle est donc la beauté idéale de Diotime. un amour qui aime ce qu’il n’a pas. ou entre l’amour et la beauté en soi .-A. si dans le pragma il s’agit d’un amour à deux. “le Sphaïros à l’orbe pur. cit. 160. après “déchirer” ou “diviser” ce qui fut “réuni par l’amour”. la confusion chosique entre le fils et la mère. 1964. qui est l’effet de la Discorde inhérente au signifiant. 1985. la simulation de l’amour incestueux à un. Les belles lettres. dans l’imaginaire. p. les belles imitations de l’affreuse beauté en soi maternelle.. 301 Ibid. la forme parfaite du Timée. p. et de toi seul”298. Chambry (trad. 303 Platon. 297 Platon. 21. auquel il recommande de “ne pas se laisser duper” par Socrate297. XXXVIII. cerné de solitude. mais aussi. cit. sera en dernière instance un amour à un dans le réel. c’est-à-dire la Chose amoureuse d’Empédocle. la Chose amoureuse Le pragma (a). l’amour de Diotime devient l’amour romantique à deux. c’est l’agalma. p. Phèdre. l’objet a. Socrate et Agathon. Dans cet amour d’Alcibiade opère donc la coupure de la sphère par le Zeus d’Aristophane ou la “funeste Discorde” d’Empédocle -qui éveille le désir. celui incestueux du Sphaïros cerné de solitude. “massive” et “structurellement inaccessible” -laquelle est ”ce que veut dire” la Chose. Tableau 15. celui de la Chose amoureuse ou de la Sphère jouissante.. le discours d’Alcibiade. prétend “disloquer” et “dissocier”300 ce que l’amour a réuni. telles qu’elles sont signifiées par le signifiant. comme la “funeste Discorde” d’Empédocle299. 298 Ibid. l’amour entre Alcibiade.. E. l’intervention du père pour empêcher la confusion chosique entre le fils et la mère Le signifiant (b). sans aucun reste insaisissable au miroir. dans l’agalma il s’agit d’un amour à trois. 163. XXXVII.

Paris. “le Sphaïros à l’orbe pur. veut dire “qui sépare. C’est notre sort après l’intervention du serpent qui suscite la funeste Discorde d’Empédocle. À propos de ce serpent. ce fruit qui nous fait connaître la loi qui produit notre désir. en récupérant le sein maternel qui nous manque dans la bouche. Le sujet devient donc immortel. mais aussi comme la science qui nous éloigne du pragma. ce qui doit régner n’est plus cette jouissance totale. en dehors du paradis nous devons exister. C’est le délire d’immortalité dans le syndrome de Cotard. Cette épée nous prive de l’être immortel du fruit de l’arbre de la vie. J. Et nous pouvons rester ici pour toujours. nous sommes des sujets divisés par le signifiant. nous sommes désunis par le diable. après l’intervention du père 305 Miller. enfin. 163. identique à lui-même : a = a. diabolos en grec.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Miller305. a = a = a = a. l’agalma. derrière l’épée qui nous a séparé de lui. où nous ne pouvons pas entrer. se libère de la mort. Chose insignifiée corps maternel (totalité) pragma amour “à un” de Diotime être-en-trop (a). incestueuse. nous voici confondus à nouveau avec la Chose maternelle.1999. jouit de lui-même. Une épée nous sépare de cette Chose maternelle. 7 . ou la présence de la Chose qui n’est qu’en présence d’elle même (tableau 16). dans l’amour d’Alcibiade. cette loi qui nous interdit l’entrée. La Chose et l’objet a. ce fruit qui nous montre le bien et le mal. “De la nature”. la science de la loi. 306 Empédocle. la distinction entre le sujet désirant et son objet. et il devient. ce fruit cause de notre désir. Nous sommes à nouveau dans ce paradis. le commencement du désir. avant l’intervention du père objet a insignifiant sein maternel (objet partiel) agalma amour “à trois” d’Alcibiade être-qui-manque (-a). N°43. 10. Mais nous voulons y entrer. dans un amour qui devient nécessairement amour à trois. mais le désir. chez Empédocle. cit. qui est une tombe pour elle. qui nous interdit l’inceste. parce qu’il y a ce fruit dedans. de la totalité de la Chose amoureuse. Notre être. mais aussi parce qu’il y a cette épée dehors. nous sommes dans la jouissance totale de la Chose amoureuse. avec cette épée qui nous empêche d’y entrer. puisque a sera toujours identique à a (a = a = a = a). “Les six paradigmes de la jouissance”. C’est. Nous ne pouvons plus entrer au paradis à cause de Dieu le Père. l’objet a insignifiant devient la Chose insignifiée. Elle se libère du corps du signifiant. En mangeant le fruit de l’arbre de la science du bien et du mal. à l’intérieur du paradis. la loi par laquelle nous serions expulsés encore une fois du paradis. C’est la coupure de la sphère par Zeus. En mangeant du fruit de l’arbre de la vie. dans l’amour à trois. b. de la confusion chosique avec la Chose maternelle. qui désunit” -de même que le Père ou le Zeus d’Aristophane qui coupe la sphère. et que le diable. Alors l’agalma devient le pragma. b1 + b2 + b3. l’épée mise par Dieu le Père est cette loi qui interdit notre jouissance et produit notre désir. nous condamne à exister ou à manquer d’être. Dans cet amour à trois. Par contre. le manque-à-être dans la douleur d’exister devient l’être-en-trop dans la mélancolie . En mangeant du fruit de l’arbre de la vie. exulte”306. -a devient a. le retrait du plus-de-jouir est celui de l’objet partiel comme agalma. Voilà. ECF. p. causé par le retrait du plus-de-jouir -comme ce qui fait défaut dans une jouissance qui n’est donc plus totale. À l’entrée du paradis. la science du bien et du mal. la funeste Discorde devient l’exultante Sphère d’Empédocle. cet être nous manque. Ce qui pendait avant de l’arbre de la science. Il ne pourra pas cesser d’être identique à lui-même par le fait de mourir. Plus tard. Notre âme. nous le désirons. l’être qui est toujours immortel parce qu’il n’existe pas. parce qu’il y a cet ange à son service. 1999. ce fruit qui nous fait exister. Au lieu de la succession des prédicats ou des instants signifiants. Cette épée nous prive de notre être. Tableau 16. Le désir est satisfait. répétée jusqu’à l’éternité. n’oubliez pas qu’il est le diable. À l’origine. notamment la loi de l’interdiction de l’inceste. Une épée coupe la Chose amoureuse. Nous pouvons jouir à nouveau des fruits des autres arbres du paradis. in La Cause freudienne. il y a la présence du sujet.. Elle se libère du soma qui est un sèma pour elle. En effet. l’amour à trois d’Alcibiade devient l’amour incestueux de Diotime. comme ce qui pend maintenant de l’arbre de la vie. nos seulement comme la science de la lettre VII de Platon. le désir devient jouissance. nous cessons d’être confondus avec la mère. op. nous somme à l’extérieur de ce paradis. nous castre du phallus. à condition de ne pas manger encore une fois du fruit de l’arbre de la science. parce qu’il reste à l’intérieur du paradis. nous sommes dans cette funeste Discorde. 12-13. pp. qui me manque dans un objet d’amour qui ne m’appartient plus tout à fait. ou entre le sujet et ce qui lui manque. cette science qui donne accès au pragma. puisque je dois le partager avec un Autre. nous sépare du sein maternel. que nous sommes avec notre mère. 27. la science de l’arbre de la science. nous existons. le sujet revient en arrière. dans l’amour de Diotime. C’est la jouissance totale du pragma. Je vous prie de comprendre cette science. l’existence devient l’être. la fin de la jouissance. est également l’objet a ou l’agalma d’Alcibiade. devient la confusion de la Chose amoureuse avec elle-même. puisqu’il n’y a rien d’autre à exprimer. et qui cerné de solitude.-A. peut-être pour toujours.

nous devons comprendre que s’il était réellement représenté par lui-même dans sa totalité. ainsi que la Chose amoureuse. Il est la confusion avec le sujet qui commence à se distinguer du sujet. frustration le fruit de l’arbre de la vie.2). la confusion chosique entre le sujet et l’objet. en tant qu’objet. du sujet pour lequel il représentera la confusion entre l’objet et le sujet. p. tout le corps de la mère. de l’être-en-trop. l’objet a ne peut représenter réellement la confusion qu’en comportant réellement la distinction. mais partiellement. En effet. alors il ne s’agirait pas d’une représentation réelle. le sein maternel. alors l’objet a. à se distinguer comme objet a.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 confusion exultante Sphère. comme le sein maternel. Ainsi. à savoir la distinction d’une partie de la confusion dans la confusion. le sein maternel sera le corps de la mère de manière partielle. Il est ce corps pour la bouche de l’enfant. Nous allons donc accepter l’objet a comme la représentation réelle de la Chose. pour une seconde raison plus profonde. en tant qu’être. sera lui-même la Chose (1. cause de jouissance distinction funeste Discorde. en effet. Autrement dit. Autrement dit. Il sera une sorte de transition entre la 307 Charraud. Un objet qui représente pourtant réellement la Chose totale qui n’est représentable que par elle-même. 25 8 . lequel est un objet parce qu’il représente la Chose pour un sujet. De ce fait. car il sera déjà un objet. une première distinction. c’est-à-dire par l’objet a. Le sein maternel sera partiellement la Chose amoureuse. la Chose maternelle. En effet. Ceci dit. notre objet a sera la première distinction dans la confusion. En tant qu’objet a. l’objet a ne peut la représenter réellement pour le sujet qu’en se distinguant de lui. avec le corps de l’enfant. après l’expulsion du paradis. mais seulement une partie de ce corps. dans la bouche de l’enfant. il y a un sein maternel qui est une partie du corps total de la mère. N°56. la confusion entre le sujet et l’objet. puisque l’objet a est seulement une partie de la confusion. il n’est pas totalement cette confusion entre le sujet et l’objet. Paradoxalement. 5. Comme Dingvorstellung ou représentation réelle de la Chose amoureuse ou de la confusion entre le sujet et l’objet. ou la confusion entre la mère et l’enfant.4). Tout en représentant réellement la confusion entre le sujet et l’objet. Il est cette Chose amoureuse qui commence à peine à s’objectiver pour le sujet. le fruit cause de discorde. la loi qui motive notre désir Nous voyons que la Chose et l’objet a s’opposent dans plusieurs niveaux. Le sein. parce qu’il comporte donc une certaine distinction entre le sujet et l’objet.4. Il sera ces deux Choses. ne sera qu’une partie du corps. L’objet a n’est pas totalement la Chose amoureuse qu’il représente. Il représente réellement ce corps parce qu’il est ce corps. le sein maternel représente réellement le corps de la mère pour l’enfant. alors il est déjà une distinction dans la confusion. Chose amoureuse paradis : inceste les fruits des arbres du paradis. 1988. En un certain sens. ne pourra être réellement représenté que par lui-même. est une partie de la Chose. en sa totalité. le sein. Ainsi. nous allons même considérer que l’objet a insignifiant (4. comme -a est l’opposé de a. tout en étant l’opposé de la Chose. le fruit qui nous fait connaître la loi. car il ne le sera pas dans sa totalité. comme objet partiel ou sein maternel. in L’enfant et le semblant. Paris. “Topologie de das Ding”. 1988. mais seulement de manière partielle. Or. Il est. Et pourtant. Nous voyons alors que la Chose. ne pourra être réellement représentée que par une partie d’elle-même. haine expulsion du paradis : castration.6). L’objet a sera la Chose maternelle. l’objet a comportera. Et il y a finalement un amour à trois qui est amour comme l’amour à un. tout simplement parce qu’il est un objet pour un sujet. il est une partie du corps de la mère. cause de désir. un objet différent du sujet. il sera aussi partiellement la confusion entre les corps de l’enfant et de la mère. comme objet partiel. Navarin. la confusion entre les corps de la mère et du fils. en tant que corps total de la mère. comme confusion amoureuse entre les corps de la mère et du fils (5. comme confusion entre l’enfant et sa mère. après avoir mangé le fruit de l’arbre de la science du bien et du mal. nous pouvons affirmer que le sein maternel est la partie du corps de la mère qui représente réellement la mère pour l’enfant. pour cette bouche. Et il y a aussi un fruit de l’arbre de la vie qui est un des fruits des arbres du paradis. c’est précisément parce qu’il est une partie de ce corps. privation. en tant que Chose. En fait. en tant que Dingvorstellung ou représentation réelle de la Chose. car il ne confondra pas.4). tout en étant partie de cette confusion. l’objet a. remarquez bien que dans un de ces niveaux. Charraud. constitue la seule représentation réelle de la Chose insignifiée (4. Analytica. Et puisque la Chose n’est réellement représentable que par elle-même (1). ou bien un être-qui-manque que nous ne pouvons pas distinguer. une distinction. Si le sein maternel peut représenter réellement ce corps. ainsi que la Chose amoureuse. ou bien -dans les termes de N. Restons pour le moment avec le sein maternel. mais d’une simple présentation. apparaît donc lui-même comme la présentation réelle de la Chose. l’objet a. N. N’oublions pas que ce corps.comme “la face proprement réelle de la Chose”307. l’objet a ne la représentera pas totalement.

idées. entre la Chose et les images. est la réponse à la “frustration” propre du sevrage. “Résultats. La transition n’est pas exactement entre le subjectif et l’objectif. Entre les deux. 1969. 2001. et la distinction du sujet et de l’objet. mais indiscernable du Ding311. 1969. nous devons situer l’objet a entre la confusion et la distinction. Plus tard seulement : je l’ai.. sera situé entre deux champs. ou bien. cause de jouissance La Chose amoureuse. ou la confusion chosique. certes. l’agalma Logique de l’avoir (Freud. Paris. in Autres écrits.. cit. l’objet transitionnel de Winnicott La science. ce no man’s land. le fruit de l’arbre de la science. pp. 8-24. 379. c’est-à-dire je ne le suis pas”312. entre le Ding et les Sachvorstellungen de Freud. de même que l’objet a. pp. Payot. le mot. Ferenczi et Bion : Tableau 17. entre “l’illusion” du nourrisson qui pense que le sein de sa mère “est une partie à lui” et le “désillusionnement” du sevrage. En effet. 287. Ainsi. Mais je l’ai. envisagée par Winnicott. à savoir “entre le subjectif et ce qui est perçu objectivement”. le semaïnomenon Le signifiant. sous l’effet signifiant de la funeste Discorde (tableau 17). cit. cet objet décèle une transition encore plus radicale que celle. Ensuite. il “précède l’établissement de l’épreuve de réalité” et la “perception objective” 309. C’est le moment de la Chose amoureuse. l’objet a de Lacan. Lorsque je suis le sein. in De la pédiatrie à la psychanalyse. S. 1938. in Résultats. Jeu et realité: l'espace potentiel. confusion entre le sujet et l’objet Le pragma être-avoir monisme-dualisme bêta-alpha Division. Je le suis parce qu’il est la confusion chosique entre moi et le corps de ma mère. en tant que représentation réelle de la Chose. p. il y a une confusion amoureuse entre mon corps et celui de la mère. II. cause de désir chez Empédocle 310. 1900. 1909) Éléments alpha (Bion. 1971. l’objet transitionnel surgit dans “l’état intermédiaire entre l’incapacité” et la “capacité” du “petit enfant” à “reconnaître et à accepter la réalité”. S. p. par Lacan. Rappelons-nous : d’abord “je suis le sein. mais plutôt entre la Chose amoureuse. dans la science. et la distinction du sujet et de l’objet. la confusion inhérente à la Chose amoureuse ou le Sphaïros d’Empédocle. comme celui transitionnel de Winnicott. En fait. 257. Nous devons donc le situer dans la division. Voilà pourquoi l’objet a sera conçu. dans la perspective platonicienne de la lettre VII. 1951. 160-161. Paris. lorsque je ne suis plus le sein. les objets imaginaires Le sujet L’image. En même temps. qui furent déjà discernés par Freud. 1962) Multiplicité. Logique de l’être Monisme Élément bêta Unité du Sphaïros. 311 Freud. pp. comme fruit de l’arbre de la science. une partie que 308 Lacan. problèmes”. “De la nature”. c’est l’expulsion du paradis. C’est la frustration. l’objet a est le sein que je suis et que j’ai en même temps. Voir aussi: 1971. le chosique réel et l’objectif imaginaire. selon Winnicott. Op. entre le pragma et le semaïnomenon des Stoïciens. L’interprétation des rêves. De même que l’objet a. 9 . En ce sens. il n’y a plus cette confusion. l’objet a sera situé entre la logique de la Chose réelle et celle des autres choses imaginaires. Il apparaît ici. cause de désir L’objet a de Lacan. nous devons le situer entre la confusion de l’enfant avec sa mère. lorsque j’ai le sein. p. 21-22. comme le Dingvorstellung freudien : Vorstellung. idées. PUF. op. “Objets transitionnels et phénomènes transitionnels”. entre le subjectif et l’objectif. parce qu’il n’est qu’une partie de cette confusion. la réalité imaginaire de Frege et des psychologues du moi. problèmes. 309 Winnicott. entre la logique de l’être et celle de l’avoir. 310 Empédocle. Entre l’être et l’avoir. exactement. 170-181.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 confusion et la distinction. “L’acte psychanalytique”. le semaïnon a) Chez Freud. J. Comme l’objet transitionnel. le surgissement de cet objet transitionnel est situé précisément où nous devons situer le surgissement de l’objet a. à partir de l’objet transitionnel de Winnicott308. l’objet transitionnel. De cette manière. la définition. W. Il s’agit de ce lieu oublié. 1938) Dualisme (Ferenczi. le signifié. vol. Paris. Gallimard. Seuil. effet de la funeste Discorde (Empédocle) Les autres choses. 312 Freud. Paris. D. 1985.

L’objet a est encore une chose fermée en soi.3). comme un premier perçu dans le vécu. l’objet a représente réellement la Chose amoureuse. S.. l’objet a sera la totalité absente. l’objet a sera le corps maternel total absent. 101. comme angoisse. 1962. cit. l’objet a.). Avoir le sein. ceci veut dire que l’enfant n’est pas le sein. comme élément bêta. comme confusion entre le perçu objectif et le vécu subjectif. Il sera donc ce qui manque à l’enfant pour se confondre avec sa mère.). Si le sujet a l’objet a. lorsqu’on sépare une partie du monisme. il échappe déjà au domaine des éléments bêta. l’objet a n’est plus ce qu’il est. En tant que partie de la totalité. b) Chez Ferenczi. Robert (trad. c’est-à-dire à la Chose amoureuse absente. l’objet a ne peut être ce qu’il est. Il sera également ce qui manque à la parole pour que la Chose puisse être présente dans la parole. Entre les deux logiques. Paris. Dupont (trad. il reste fermé en soi. ainsi que la logique de l’être. comme représentation réelle de la mère pour l’enfant. Néanmoins. n’est plus tout à fait une chose en soi ou un élément bêta. mais seulement en partie. l’objet a sera situé entre le “monisme” et le “dualisme”. mais il est déjà une chose qui s’est ouverte pour le sujet. p. il n’est pas confondu chosiquement avec lui. un “perçu objectif” différent du “vécu subjectif”313. un premier perçu dans le vécu. ouvert dans les ouvertures de son corps.7). partie de la totalité. Or. 313 Ferenczi. 1909. dirait Freud en 1895. ainsi que la logique de l’être. mais elle ne l’est pas encore. car il ne rend plus présente la totalité. confondue avec le sujet qui parle. En conséquence. une partie qui représente donc réellement la totalité. dirait encore F. car elle se trouve dans un rapport d’avoir à ce qui est. c’est-à-dire la Chose en tant que l’achose (4. W. l’objet a. comme formant un monde extérieur”. Or. PUF. Quoiqu’il en soit. dans la logique moniste de l’être. 8 . et par là un certain dualisme. comme le sein maternel (5. au point où “l’enfant exclut les ‘objets’ de la masse de ses perceptions. car elle est présente dans le sujet et non pas seulement pour lui. afin d’être ce qu’il est. “Transfert et introjection”. car il n’est pas la présence réelle de la totalité. vol. Si on retire une partie à l’être. dans la logique de l’avoir. Dans ce lieu oublié que nous venons de localiser. qu’en n’étant pas ce qu’il est. I. 315 Freud. l’objet a sera équivalent à la confusion absente. comme élément alpha. Autrement dit. “Entwurf einer Psychologie”. La présence du sein. Si uniquement la partie est présente. En tant que sein maternel présent. dans la logique de l’être. J. pour autant que la Chose n’est présente que comme totalité -comme un “tout cohérent” (als Ding beisammenbleibt)315. malgré son ouverture pour le sujet. Aux sources de l’expérience. l’objet a se situe entre les éléments chosiques bêta et les éléments objectifs alpha. L’objet a représente réellement tout cela. En tant que sein maternel dans la bouche de l’enfant.. cit. Comme insignifiance (4. 348. Pourquoi ? Parce qu’une représentation réelle comporte la présence de ce qu’elle représente. pour le sujet. et les “choses pour nous” qui “imprégneraient” tous “les processus mentaux”314. op. En effet. il présuppose déjà un objet et un sujet. entre la “chose en soi” qui “ne peut pas être perçue comme objective ou subjective”. est son absence. 1895. Or. confondue avec elle. pensant peut-être à l’affreuse beauté idéale. 320. C’est pour cela que l’objet a ne peut représenter la Chose que partiellement. l’objet a doit être une partie de cette totalité. est la présence de sa propre absence. puisqu’il est déjà. Et pourtant. le monisme et l’élément bêta. elle commence à devenir un objet imaginaire. op. cette partie commence à comporter un dualisme entre ce qu’elle est et le monisme qu’elle représente. cette partie n’est plus. l’objet a. R. même s’il ne tombe pas encore entièrement dans le domaine des éléments alpha. lorsqu’ils ne le sont qu’en partie. en tant qu’absente. La présence de l’objet a comporte donc son absence. 426. p. la Chose amoureuse. d’une chose en soi ou d’un élément bêta. Finalement. 314 Bion. Traduction française : “Esquisse d’une psychologie scientifique”.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 j’arrive à distinguer. et donc en tant qu’absence. S. afin d’être une représentation réelle de la totalité chosique. l’objet a représente le monisme de la Chose. Peraldi en 1990. Si l’enfant a le sein dans sa bouche. absente en soi. “Chose”. l’objet a représente réellement le monisme dans le dualisme. supposera une mère et un enfant. 1991. in Les notions philosophiques. alors la Chose est absente. op. Payot. l’objet a. sera le corps de la mère absent dans la bouche. veut dire ne pas être le sein. pour le représenter réellement. p. c) Finalement. la représentation réelle. ne peut rendre présente la totalité sans la rendre absente. Pourquoi ? Parce qu’il est l’être du sujet. Or. alors la totalité est absente. en étant seulement une partie de cette totalité. jusqu’alors unitaire. au monisme et à la logique de l’être. pour lequel il est ouvert. F. pp. représentation réelle de la totalité. De cette manière. Elle commence à devenir ceci. Paris.. le propre de la représentation réelle c’est de rendre présente ce qu’elle représente. alors il n’est pas cet objet. ainsi que son absence comporte sa présence. in Oeuvres complètes. c’est-à-dire présence de la totalité. le monisme et les éléments alpha. chez Bion. 316 Peraldi. la présence de l’objet a. comme partie de la totalité chosique. 1990. mais une partie de cette présence. dans le dualisme et dans la logique de l’avoir. une partie différente alors de la totalité que je suis en étant confondu avec le corps de ma mère. mais elle commence à devenir déjà une chose pour le sujet ou un élément alpha. F. dans la logique dualiste de l’avoir.5) ou comme ce qui manque dans la parole pour représenter la Chose qui n’est réellement représentable que par elle-même (1). Ici. ne son plus ce qu’ils sont lorsqu’ils ne le sont pas totalement. p. cit. comme représentation réelle de la mère pour l’enfant. ou comme un “tout inconnaissable et terrifiant”316. Si l’objet a est présent pour un sujet. ou la Chose absente dans la parole (3). 24-71. De même. la Chose maternelle absente. parce que sa fermeture en soi est une fermeture dans le sujet.

Insistons que l’absence de l’objet a est celle de la Chose. en définitive. le sein qui lui échappe de façon imaginaire dans la frustration du sevrage . l’absence de la confusion incestueuse entre la mère et son fils. son être disposait de la Chose maternelle. le manque de cette signifiance qui permettrait à la parole de signifier la Chose. Il est ainsi le manque du sein maternel dans la bouche du sujet. en représentant réellement la Chose. comme avoir. à la différence de la Chose. sa confusion avec la Chose maternelle lui manque. cette partie qui manque à l’être de l’enfant est simultanément présente. le phallus qui tombe symboliquement de lui après sa castration .2). le manque de la partie du corps de la mère qui permettrait au sujet d’être un avec le corps de la mère. Cause de désir. voire la distinction ou l’absence de la confusion amoureuse entre les corps de la mère et du fils (5. Il est tout ce qui reste de la Chose après sa perte. l’être dont il est privé. l’objet a constitue l’absence de la totalité qu’il représente réellement.5). comme présence d’une absence. elle est ensuite. il ne dispose plus de la Chose amoureuse ou de la confusion avec ce corps. castré et privé. La relation d’objet. par cette division. Nous pouvons dire que l’objet a est le manque de la Chose. dans la mesure où il existe317. il est la partie qui manque pour que la totalité qu’il représente réellement puisse être. Ainsi. en effet. dans cette Sphère jouissante et cerné de solitude d’Empédocle. l’absence de la Chose amoureuse. le sujet qui existe ne dispose plus de la totalité du corps de la mère. castre le phallus et frustre par l’absence du sein maternel. En étant une partie de la Chose amoureuse. Seuil. l’absence inhérente à sa présence. n’est qu’une partie de cette totalité. dans cet être réel chosique.1). il existe par cette séparation.6. est équivalente à l’absence de la présence réelle de la Chose (1. Il est tout ce qui reste de la Chose maternelle. la Chose totale est absente dans l’objet a qui la représente réellement. si la totalité de la Chose manque. 9 . après leur séparation. cette absence qui est cause du désir. En effet. J. de manière imaginaire.5. l’agalma est d’abord.3). le sein est donc le manque de la Chose amoureuse. elle est finalement. réellement. En représentant pour l’enfant la Chose amoureuse. Le sujet ne dispose plus de cette totalité chosique. celui-ci ne dispose plus de l’être. Voilà pourquoi l’objet a manque toujours. est un reste. b1 + b2. par la haine d’Empédocle. pour le sujet. l’objet a qui la représente réellement. Il est. ou de la confusion amoureuse entre l’enfant et sa Chose maternelle. Après la naissance du sujet du signifiant. Il est tout ce qui reste. Nous savons déjà que l’insignifiance de la parole. Bien entendu. Cette partie est présente.5). implique le caractère hors signifié de la Chose de jouissance. comme partie de la totalité. Nous le désignons ainsi parce que son absence. par cette Loi de la Haine qui prive de l’être. que nous appelons objet a ou cause du désir. dans la bouche de l’enfant. mais seulement d’un objet partiel. Avant la naissance du sujet du signifiant. En conséquence. -a. Il est aussi le manque de cette signifiance dans la parole. Comme cause de désir. 1956-1957. l’absence inhérente à l’objet a indique l’absence de la Chose jouissante sphérique. comme manque-à-être. Mais il n’en reste pas moins que l’objet a est une partie de la Chose. avant ce moment. l’objet a équivaut à la Chose absente. L’objet a est le manque de cette forme dans l’image. l’objet a. Comme partie séparé de la totalité. Voilà pourquoi le manque est inhérent à l’objet a. Paris. mais tout ce qui reste n’est qu’une absence. du pragma. dès le premier enchaînement signifiant. l’être qui lui manque réellement. au niveau symbolique. la totalité absente. en tant qu’absence de la seule représentation réelle de la Chose insignifiée (5. dans la mesure où elle représente réellement la mère pour l’enfant. Il est tout ce qui reste de la Chose hors signifié après la naissance du sujet du signifiant. L’objet a absent est la Chose absente. est en effet l’absence du pragma. on l’appellera castration. le manque de cette forme qui permettrai à l’image de montrer la Chose. séparé de la totalité pour la représenter réellement. L’objet a insignifiant surgit avec la naissance du sujet frustré. 1994. la Chose absente. Ainsi donc. ce qui représente réellement cette totalité devra manquer aussi. l’insignifiance de la parole ou l’absence inhérente à l’objet a (4. la division provoquée par le diable qui désunit. dont la présence serait cause de jouissance. Il représente ainsi réellement. 317 Lacan. cause de désir.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 5. avant le début de son existence où l’être lui manque. Voilà pourquoi nous désignons l’objet a comme cause du désir. L’objet a. comme manque de la confusion de la mère avec l’enfant. l’objet a constitue le manque de ce qui permettrait la présence totale de la Chose. Bien entendu. 5. l’être lui manque. L’objet a est ce qui tombe. privation ou frustration. est celle de ce qui doit être absent pour réveiller tous les désirs. en étant confondu avec elle dans la Chose amoureuse. En étant seulement une partie de la totalité. comporte la présence de la Chose. l’objet a. la division du sujet. ou de la confusion entre la mère et son enfant. Par cette Loi. Or. Il est. comme absence de la Chose ou distinction entre les corps de la mère et du fils (5. Ce que nous écrivons -a est exactement la lettre a lorsqu’elle est absente. Le sujet qui existe est séparé de son être. et cette absence est l’absence de la Chose. mais seulement comme avoir. la Chose qui est absente dans cette chaîne. l’enfant qui n’est donc pas la mère. dans la mesure où la Chose n’est Chose qu’en étant une totalité. de la mère et son affreuse beauté idéale. l’absence inhérente à l’objet a. Il est tout ce qui reste de la Chose amoureuse. c’est-à-dire le sujet du signifiant. Cette absence de l’agalma.

J. règnent l’avoir et le dualisme. du corps du Christ. En dehors du paradis. qui est aussi la perte du Saint-Graal. Elle est ainsi l’absence de la confusion incestueuse avec le corps mythique de la mère. “Séminaire du 11. il ne s’agit pas de cette sphère. à l’extérieur du paradis. 112-116. mais dans celle de la coupure. Comme Lacan l’établit en 1962. Paris. celui-ci en tant que représentation réelle de la Chose. 1961. 319 Lacan. de la sphère dérisoire de l’image aristophanesque”. 1962. “Séminaire du 21. cherché. À l’extérieur du paradis nous sommes perdus parce que la Chose maternelle. l’accomplissement de ce qu’il n’est nulle part à l’extérieur du paradis -ce qui n’est qu’à l’intérieur du paradis. cette privation de son être. Si nous croyons Lacan. p. la “refente subjective”. Et ce qu’il y a à l’intérieur c’est d’abord le pragma. il n’y a que celle de la sphère. le fruit de l’immortalité. 146-147. à l’agalma qui cause le désir d’Aristophane.01. la Chose amoureuse. Op. la castration et la privation. Au lieu de la sphère. mais de celle d’Empédocle ou celle du Timée.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 l’agalma. se dresse l’épée de l’ange. Vicaire (trad. Il représente la Chose. les sujets et les objets. désiré. cette sphère parfaite et jouissante devra souffrir la même coupure que celle d’Aristophane.03. “Le Banquet”. 5. lequel. il n’y a que la représentation imaginaire de ce qu’il y a à l’intérieur. et surtout elle n’a pas besoin d’œil ni d’oreille”. Diotime. les amours à deux de Diotime et à trois d’Alcibiade. le désir et la névrose. qui est le manque de notre être. celle parfaite et jouissante à propos de laquelle Lacan nous explique dans le séminaire sur Le transfert : “elle a tout ce qu’elle faut à l’intérieur d’elle même. L’objet a manque. lui manque -pour autant qu’il doit manquer pour rester partiel. mais seulement la Chose en tant qu’absente. le sujet désire parce que son être est un manque-à-être. du corps humain ou marial ou maternel du Christ. comme l’indique Lacan en 1962. Et pourtant. En effet.61”. J. in L’identification. il “est d'abord objectivement cette privation dans la Chose”. in L’identification. 190a. D’après Lacan. cette absence qui devient pour nous. inoubliable. cette sphère -si l’on peut dire. Les belles lettres. la jouissance et la psychose. pour nous les mortels. à l’intérieur du paradis. la frustration. immédiatement. l’objet a. pour se confondre avec son être dans la totalité chosique de l’être en soi. “puisqu’elle est par définition l’enveloppe de tout ce qui peut être vivant”321. 30. il est objectivement l’être du sujet qui manque dans la Chose amoureuse. Op. à partir de laquelle le sujet “vient se constituer comme désir” 318. Avant cette topologie multiple. Après la castration. 322 Lacan. l’être qui lui manque pour être. nous ne sommes plus dans la topologie de la sphère. règnent l’être et le monisme. pour notre désir. à savoir les tores.. cette rupture ou ouverture de la Sphère d’Empédocle. Il est l’être du sujet. C’est ainsi que Perceval doit se perdre suite à la perte de sa mère. P. une béance dans l’être en soi. évoque la “Spaltung”. 318 Lacan. nous ne pouvons que simuler avec notre chair. cette présence comme absence de la Chose maternelle. Cette absence propre de l’agalma est celle du pragma. la division du sujet. pp. c’est-à-dire l’objet a. cette cause de son désir. cette présence comme absence du pragma qui ne peut concerner qu’une femme comme Diotime. L’absence inhérente à l’objet a. le fruit de l’arbre de la vie. pp. c’est en raison de cette coupure que Socrate ne parle pas de la Chose. À l’extérieur. mais “s’efface” et “fait à sa place parler une femme”. Non. ou plutôt la privation de cet être du sujet dans l’être en soi de la Chose amoureuse absente. mais c’est aussi l’agalma. ce fruit est absent. en tant que l’achose. 10 .01. est l’absence de notre confusion avec la Chose maternelle. Son absence atteste notre existence mortelle. in Oeuvres complètes.. in Le transfert. voire l’absence de la Chose maternelle . À l’intérieur du paradis. comme celle d’Aristophane. “pourquoi pas la femme qui est en lui” 322 -nous pensons là. de la Chose amoureuse. Il est cette partie de la totalité chosique dont le sujet sera privé.03. les cross-caps et la bouteille de Klein. “la topologie de la sphère traditionnellement paraît dominer toute l’élaboration de la pensée concernant son rapport à la Chose”319.). voire la division du sujet de tous les prédicats. en tant que “division de l’être primitif tout rond. l’amour à un de Diotime et d’Empédocle. Nous existons par son absence. cit. Il est donc objectivement le sujet. avec ses “quatre oreilles et ses deux organes de la génération” 320. notre loi d’interdiction de l’inceste. L’objet a témoigne de cette absence. 321 Lacan.7.trop coupée. est perdue pour nous. la Chose amoureuse ou la confusion incestueuse avec la mère. in Le transfert. 1962. Il faut insister qu’il ne s’agit pas là de la sphère dérisoire d’Aristophane. par surcroît. dans l’acte génital. irretrouvable. À l’extérieur du paradis. “Séminaire du 14. interdit et convoité.62”. 1961. lorsque nous sommes à l’extérieur du paradis. Il désire parce qu’il est d’abord objectivement cette privation d’être dans l’être de la Chose amoureuse. Le sujet ne désire qu’après la coupure de la sphère chosique et jouissante. l’être qui lui manque au sujet qui existe. Entre l’intérieur et l’extérieur. la science du bien et du mal. la frustration et la privation. l’absence du premier extérieur. cette sphère coupé ou divisée par le signifiant. cette coupure. J. Car le sujet. L’objet a est précisément la partie qui manque au sujet pour qu’il puisse se confondre avec la mère. nous avons toute la topologie lacanienne des sphères coupés ou trouées. parce que le sujet constitue la partie qui lui manque pour devenir la totalité chosique. cit.61”. aussi bien que de la Chose amoureuse ou de la confusion de Perceval avec sa Chose maternelle. “Séminaire du 18. 320 Platon. comme celle inhérente au Saint-Graal. J. cette sphère déjà coupée.62”. Après cette coupure de la Chose amoureuse.

“la personne de moi-même” 324. cit. pour dire la Chose. Voilà. chaque prédicat. les éléments alpha de Bion. où le temps passe. la rupture de la confusion avec la mère ou l’absence de la Chose amoureuse. est le sujet de tous ces prédicats. le paradis est symboliquement cette épée. Voici la parole qui ne parle que de l’achose qui manque en tant que Chose.. cette angoissante épée représente symboliquement. l’épée signifiante a détruit ce qu’elle voulait représenter. C’est une 323 Lacan. l’épée à l’entrée du paradis correspond au symbole comme meurtre de la Chose. dans une parole psychotique. on aurait dit tout. C’est aussi l’épée de Gornemant de Goort pour Perceval.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 En dehors du paradis. la privation et la castration.. Nous aurions mangé notre être. Nous aurions manger le fruit de la vie. la lettre a. dans la chaîne signifiante : b1 + b2 + bn. une succession métonymique de signifiants dans la ligne du temps. En dehors du paradis. qui est la “relation au symbolique”. le temps passe. parle du sujet sans arriver à l’épuiser. l’absence de ce qu’il y a dedans. il y a le temps. F. L’être du sujet. Plus exactement. Une fois que la totalité unitaire est coupée par l’épée. Crochard. soit par le signifiant ou par la barre de signification. l’objet a et le grand Autre maternel. ce que nous avons c’est le dualisme dans toutes ces formes : le vécu subjectif et le perçu objectif de Ferenczi. J. il y a une succession des instants. l’être du sujet. dans la mesure où elle assure l’absence du fruit de l’arbre de la vie. nous devenons des mortels. par les signifiants. dans l’éternité. le temps commence à passer pour nous. la représentation réelle de la Chose absente est logiquement une absence. n’est le nôtre. “Remarque sur le rapport de Daniel Lagache”. Bref. il y a une succession des instants. 1960. p. Paris. le délire d’immortalité dans le syndrome de Cotard.. Nous sommes alors en dehors du paradis. in Écrits. Il y aurait le sujet. a = a = a = a. la Chose qu’elle a coupé en deux. Indissociable du fruit de l’arbre de la science du bien et du mal. Il s’agit d’une représentation de l’être qui voile notre manque-à-être. à savoir. qui entraîne l'avènement de ce qui est signifié. de tous ces signifiants. Il n’y a qu’une succession de signifiants déterminant les figures. Cette succession des instants ou des signifiants est une succession de prédicats. qui reste hors signifié. c’est l’épée de l’ange à l’entrée du paradis. nous devenons des sujets de la chaîne signifiante. a + b2. parce que nous avons mangé du fruit vénéneux de la loi. Il n’y a que ces instants. il n’y aurait plus rien à dire. par la succession des lettres b. À la suite de l’avènement du signifiant. le sein maternel. Il suffirait de prononcer un mot pour dire tout. la Chose amoureuse absente. comme Chose absente. Nous serions fixés dans l’être. 1834. il n’y a plus tout l’éternité comprise dans la lettre a. l’absence inhérente à l’objet a. c’està-dire de l’objet a qui tombe de la chaîne signifiante. sur nous. Il n’y aurait donc plus aucun besoin d’accumuler des prédicats. nous cessons d’être. 324 Leuret. il n’y a plus toutes les figures comprises dans la sphère du Timée de Platon ou dans le monisme de Ferenczi. alors il y aurait la lettre a dans la chaîne des b. ou bien l’enfant et son phallus. celles-ci comme ce qui est signifié par le signifiant. notre manque-à-être. en dehors de l’existence. Il n’y a que des prédicats.. de l’arbre de la science du bien et du mal. Ainsi faisant. Op. Voici la parole qui parle de la Chose sans arriver à parler de la Chose. de l’immortalité. le phallus de la mère et le corps castré de la mère. La lettre a nous manque. dans le dualisme de Ferenczi et en fonction d’une logique de l’avoir chez Freud. affirme quelque chose du sujet. Avec la présence du sujet. après “l’introjection” de cette loi. chaque instant. cette angoissante absence est voilée par sa représentation imaginaire. on aurait dit la Chose. si le sein maternel était maintenant dans notre bouche. de tous ces instants. Après que nous ayons mangé du fruit de l’arbre de la loi ou de la science du bien et du mal. L’absence dans la chaîne signifiante de mon être insignifiant est voilée par mon avoir signifié. Pour la représenter symboliquement. nous commençons donc à exister. 1834. La Chose ne resterait plus insignifiée. Nous décrivons ainsi l'avènement du signifiant. 121. qu’en manquant. l’épée a coupé en deux la Chose amoureuse. Pour nous. de la chaîne signifiante. Quant à son représentant symbolique. de la lettre a qui tombe de la ligne du temps. cette épée correspond à l’absence inhérente à la présence de l’objet a. encore une fois. il ne s’agirait alors que de la répéter jusqu’à l'éternité. l’être du sujet. mais aussi parce que nous n’avons pas mangé le fruit de l’arbre de la vie. b1 + b2 + bn. Elle correspond ainsi à la frustration. sur la Chose. Fragments psychologiques sur la folie. il n’y aurait plus aucun besoin des prédicats. qui donne l’immortalité. En dehors du paradis. un sujet et un objet. comme -a. un enfant et un sein maternel. la lettre a. Le sujet de tous les prédicats nous manque. Notre parole ne serait plus insignifiante. notre manque du phallus et du sein maternel. des signifiants ou des instants dans le vécu subjectif de Ferenczi. un manque. Avec la présence du sujet. 11 . comme un prédicat. voire le sujet qui existe et son être qui lui manque. Chaque instant. Il n’y aurait plus aucun besoin des signifiants et des instants. Plus exactement -ce qui revient au même-. vol. derrière toutes nos représentations imaginaires. p. Il y a une succession des signifiants. Si nous avions mangé de ce fruit. a + bn. en dernière instance l’enfant et la mère. de l’être du sujet. l’absence de la Chose amoureuse. En effet. c’est-à-dire l’expulsion du paradis. la coupure de la sphère d’Empédocle par le Zeus d’Aristophane. II. comme un souvenir ou une menace. il s’agit d’une représentation de l’être qui voile notre être-qui-manque -pour autant que notre n’est présent. Notre bouche serait pleine. il y a le rapprochement à la mort. Cette épée. l’introjection fait “trou” au “cœur de notre être” 323. 132. on aurait dit tout ce qu’on avait à dire sur le sujet. Nous serions immortels. derrière toutes les images ou éléments alpha qui nous entourent. Il n’y a qu’une succession de figures dans le perçu objectif de Ferenczi : a + b1. il n’y aurait plus besoin du temps. des lettres b. Soit dit en passant que le temps passe parce que nous sommes des mortels.

ne vous ont pas fait oublier qu’elle n’est pas seulement ce qui inspire l’amour. 12 . même en étant la beauté en soi. Dans le dernier film de Woody Allen. 6. un miroir qui nous retourne l’image de notre moi dans les objets que nous aimons. in Le transfert. Le Saint-Chose : la perte de la Chose dans l’objet et sa réduction au rien en tant que sujet La dernière Chose que nous avons étudiée chez Lacan. cit. J’espère que toutes nos réflexions à propos de cette Chose.11. 1960. pour autant qu’il est identifiable à l’expérience du beau –le beau dans son rayonnement éclatant. constitue peut-être la plus célèbre des manifestations populaires de notre Chose. les choses que nous aimons et avec lesquelles nous nous identifions dans l’imaginaire. afin de simuler la Chose amoureuse. il y a une référence explicite à cette Chose. plutôt.05. “Séminaire du 04. sera la représentation imaginaire. sa substance. que nous avons désignée comme objet a. Lacan soutient que “la vraie barrière qui arrête le sujet devant le champ innommable du désir radical pour autant qu’il est le champ de la destruction absolue. nous présentant en échange les belles figures imaginaires de ce que nous sommes et de notre monde. Pour l’aborder. voire l’affreuse beauté idéale de Platon.3). La beauté. voilée par les belles choses qui nous entourent. pour le désir. non pas l’affreuse beauté idéale de Platon. 326 Lacan. Op. cette beauté signifiée voile le hors signifié. tout au moins la couverture” 325 . de ce qui est signifié. dans son séminaire sur Le transfert. nous avons eu recours principalement à Empédocle et Platon. entre l’Autre et son objet. dans une structure signifiante -laquelle. considérant “la beauté en tant qu’elle orne ou. La représentation imaginaire. le -a insignifiant. La Chose amoureuse.. 1960. à Central Park.61”. Op. pour notre désir causé par l’affreuse beauté idéale absente que l’image voile.6). à propos de sa forme sphérique et son lien à l’affreuse beauté idéale. Il s’agit de l’avoir de Freud. à son tour. 15. le pragma en tant qu’amour. une surface spéculaire qui recouvre toute l’extension de l’être réel chosique. si belle et sublime soit-elle. dira finalement Lacan six mois plus tard. c’est “la beauté érigée. Vers la fin du séminaire sur L’éthique. l’amour comme pragma. Il n’en reste pas moins que cette représentation imaginaire de l’objet a n’est ce qu’elle est. nous l’appelons objet a. le moi ou l’objet i(a). de la destruction au-delà de la putréfaction. cit..60”. ou de la représentation réelle de la Chose insignifiée (5.5). 366-367. qu’elle a pour fonction de constituer le dernier barrage avant l’accès à la Chose dernière. J. la cause de notre désir dans l’amour à trois d’Alcibiade.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 belle image pour notre désir. elle voile la Chose absente. the real thing”. ce qui est signifié (4. en tant que distinction ou absence de la confusion amoureuse entre la mère et le fils (5. Ainsi donc. la Chose amoureuse est l’amour comme Chose. des éléments alpha de Bion. pendant une conversation. “Séminaire du 16. Devant cette affreuse beauté. 256. comme signifiant. a été celle que nous avons désignée comme la Chose amoureuse. le personnage interprété par Woody Allen parle à propos du “thing. sinon la splendeur. Cette représentation imaginaire n’est qu’un miroir. la beauté de la confusion incestueuse avec la Chose maternelle. que parce qu’elle est signifiée d’une certaine manière par notre place. à la Chose mortelle»326.60”. n’est ce qu’elle est qu’en vertu de sa particulière insignifiance. ne cesse d’être le voile de la beauté idéale.3).4). 1961. pendant les trois derniers cours. p. la beauté idéale. “Séminaire du 17. du professeur avec son jeune ami. mais affreux. ce qui la voile. 327 Lacan. pp. J. c’est à proprement parler le phénomène esthétique. 325 Lacan. sa réalisation concrète comme confusion amoureuse entre l’amant et l’aimé. p. À un moment donné. il s’agit aussi de la représentation imaginaire de l’objet a. celle-ci en tant que l’achose (5. ce beau dont on a dit qu’il est la splendeur du vrai”. l’amour de forme sphérique. L’année suivante. l’affreuse beauté idéale absente pour le sujet. Il s’agit des choses que nous désirons. sa matière. cet amour à un de Diotime et du Sphaïros d’Empédocle. Et il ajoute : “c’est évidemment parce que le vrai n’est pas bien joli à voir que le beau en est. mais qu’elle est aussi l’amour en tant que tel. cause du désir.. un voile qui couvre cette affreuse beauté idéale de la Chose. Il s’agit. entre le sujet et l’objet a. Lacan revient sur la même idée. pour désigner l’amour. mais la beauté des belles choses qui nous entourent. par exemple. 1991.05. J. a + b. du perçu objectif de Ferenczi. dans cette pitoyable simulation. in Le transfert. lequel n’est pas beau. Il s’agit du moi reflété dans l’i(a) que le moi reflète. de l’objet a insignifiant (4. Or. cette beauté réelle dont l’absence voilée. telle qu’elle se projette à la limite pour nous empêcher d’aller plus loin au cœur de la Chose”327 . un objet de notre désir. comme objet aimé et désiré dans l’amour romantique à deux. En effet. cause du désir. Op. in L’éthique de la psychanalyse. cit. afin de simuler ce que nous désirons.

avait abrité un culte du dieu Priape. l’agalma. depuis le XIIIème siècle. Paris. cit. Permettez-moi de délirer un peu et de vous informer que cette divinité. lequel membre et d’un grand demi-pied de grandeur”. qui a la même origine étymologique que le Ding allemand. Or. Plus tard. ou d’une massue pour donner la chasse aux voleurs” 331. On ne sect (sait) de quoy ne de qui. Orion-Phoenix.. mais aussi avoir des rapports sexuels et plus précisément éjaculer le sperme. Le premier évêque de Lyon ou Lugdunum s’appelait Pothin. L’opulente cité gallo-romaine de Lugdunum. De même que le thing anglais. 36. en Périgueux. Londres.). 333Cité par Merceron. dans le Mystère de Saint Martin d’Andrieu de la Vigne. En outre. sert souvent à désigner la Chose amoureuse.. Dordogne : “Les femmes ont honte de le nommer et l’appellent Saint-Chose. je trouve une locution dont le caractère poétique est intraduisible en français : “an empty thingless name”329. votre chose française pourra également désigner la Chose amoureuse. Il était donc le dieu de notre Chose amoureuse. judicieusement. l’actuelle Lyon. ce dieu Priape. Op. et qui donna en français. Mais l’histoire ne finit pas là. d’Edward Thomas. 332Merceron. ainsi que de l’amour charnel.. ce Priape était “dieu de l’horticulture et de la fructification (. Cet évêque Pothinus devient Saint Pothin. Mythologie grecque et romaine. elles mettent les chandelles qu’elles lui offrent sur le membre honteux de ce tant vénérable saint. p. à Lugdunum. sans chose. faire.-E. La cité gallo-romaine de Lugdunum abritait donc un culte de la divinité de notre Chose amoureuse. ce faune auquel Socrate est comparé par Alcibiade dans le Banquet. p. p. Il fut victime des persécutions de Marc Aurèle en 177. comme Priape. elles se vouent à ce saint Foutin et lui offrent pour leurs vœux des offrandes faites en la forme de membres honteux tant des hommes que des femmes. E. cit. notre objet a. in There was a time. p.. Selon ma Mythologie Grecque et Romaine de Jean Humbert. avec à peu près le même sens. C’est la divinité de notre pragma. Dictionnaire de saints imaginaires et facétieux. trois minutes me suffirent pour aller à ma petite bibliothèque. que “there are more things than one a man might turn into a wood for” 328. qui sert à décrire un spectacle obscène. une divinité qui mélange Priape et Foutinus. Nous avons donc. le verbe “foutre”. Saint-Foutin deviendra un autre saint : Saint-Chose.. En 1587. le célèbre Saint-Foutin. 1874. encore une fois. Je continue avec mon histoire. 331Humbert. bien 328 Thomas. J. 1874. Ce culte de Priape ce confondait avec celui d’un autre dieu. Le mot thing apparaît deux fois encore dans ce poème. De même que l’ange avec son épée à l’entrée du paradis. Merceron332 nous explique. enferme peut-être une certaine agalma. Paris. avait donc pour fonction de surveiller des jardins. comme le silène qui porte dedans l’agalma. en 1599. pour nous. Et puisque je ne peux pas arrêter la lecture de ce poète que j’aime autant. René Fame écrivit sur un monastère de femmes. le verbe “future”. entendez-moi bien. cit. que les femmes du païs appellent Sainct Chose”333. ouvrage scolaire du XIXème siècle “autorisé par l’Université et couronné par la société pour l’instruction élémentaire”. qui veut dire “avoir des rapports avec une femme”. Op. 2002. que “le rapport entre le nom Foutin et le domaine de la sexualité et de la fertilité s’établit par l'intermédiaire” d’un verbe latin. p. c’est que Priape était aussi le dieu romain de la fertilité. 36. Vous connaissez peut-être ce dieu.-E.-E. de notre Chose amoureuse. mais que vous savez certainement. elle surveille peut-être l’entrée du jardin où se trouve notre fruit de l’arbre de la vie. Ernest Thorin. le Saint chrétien de l’amour charnel et de la procréation.. Philippe Marnix de Sainte-Aldegonde s’exclamait : “O combien de femmelettes brehaignes (stériles) sont devenus des joyeuses mères de beaux enfants pour s’estre vouées à Saint Faustin en Périgueux. avec la parole. Et dela. Je cesse de délirer et je continue avec mon histoire. son culte finit par se confondre avec le culte de la divinité Priape-Foutinus. J. avec sa massue ou sa baguette. le dieu gallo-romain Foutinus. 330 Merceron. le doyen de Tours dénonçait le caractère douteux de Saint-Chose. qui désigne une érection persistante du membre masculin. “The word”. Je vous rappelle qu’en français. un homme remarque. c’est-à-dire un faune. 2002. Op. cette absence de la Chose dans la parole. 1996. je vous raconterai maintenant une histoire que j’ai découverte. Il est un Saint.. E. Foutinus. Dictionnaire de saints imaginaires et facétieux. et un saint chrétien. 329 Thomas.. ainsi que “priapée”. in There was a time. 8 . à Lugdunum. un nom vide. en latin Pothinus. armé d’une baguette pour écarter des jardins les oiseaux qui les dévastent. devant deux amants qui sortent d’un bois. à ce propos. ainsi que l’attitude de ceux qui profitaient de l’ignorance des croyants : “En ce lieu gist Monsieur Sainct Chose..La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Le thing anglais. dans la même page. Saint-Foutin. “Lovers”. 1917. J. laquelle devient ici encore plus délirante que mes interprétations les plus délirantes. Saint Pothin devient Saint-Foutin. J. mais dans le poème suivant. Voici une belle manière d’exprimer. de la procréation et la maternité.. version lyonnaise du dieu romain Faunus ou Faustinus. il y a un mois. Pour vous le démontrer. Quand elles ne peuvent pas avoir d’enfant. en tant que faune.. Notre Chose amoureuse a donc un dieu. Seuil.. dans lequel. Pendant que je préparait ce cours chez moi. Il s’agit du poème Lovers. 2002. Déjà en en 1496. et d’une manière qui mérite bien toute notre attention. dans le Dictionnaire des saints imaginaires et facétieux de Merceron330. 68. 1917. l’objet a. ouvrir un livre presque au hasard et vous trouver un exemple de ce thing. Sainct je ne sçay qui. 218. 189. Ce que mon vieil ouvrage scolaire ne dit pas. Outre cela. le dieu Priape vous a donné les termes “priapisme”.

Aussi : Godefroy. vol. ce qu’on ignore. Faire la chosette et la causette. Bien entendu. Il s’agit de “faire la chosette”. voire ce qu’est le sujet du signifiant avant sa naissance. 1974. le Saint-Chose n’est pas la Chose amoureuse. en français. accuser. extrait de la Farce de Jolyet. On distinguera désormais (tableau 18). fusion de Faunus et Priape. notre Chose amoureuse aura été distinguée. p. Dictionnaire de l’ancien français. dérive du dieu gallo-romain Foutinus.simuler dans l’acte génital cette Chose amoureuse qui n’est nulle part. 336 Proteau. pour nous et entre nous. + bn) -a Nous voyons que la Chose française. Chose amoureuse de Représentation réelle : jouissance Objet a comme cause de désir a -a Représentation imaginaire : faire la chosette (a + b1) + (a + b2).. en disant beaucoup plus de ce qu’il croit dire. mais aussi ce qu’on s’abstient de dire par pudeur. pendant que nous faisons la causette. on pourra parler de l’amour comme de la Chose. p. dans L’erotica verba de De L’Aulnaye. Dans un autre dictionnaire. il y a eu en France un saint de la Chose amoureuse. SNL-Robert.. deux expressions sur lesquelles je voudrais m’arrêter un instant. comme en anglais. 1883. et Keane.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 souvent sont les sépultures . 115. ou représenter la Chose amoureuse dans le symbolique. comme confusion incestueuse du fils avec la mère ? Ce qu’est l’enfant avant son baptême. ensuite à “causer” et “choser” et finalement à “faire la causette” et “faire la chosette”. D’une autre part. T. n’importe quelle autre chose peut accepter le même nom de Chose. 1978.-J. p. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que l’amour peut mériter. D’une part. F.. 339 Godefroy. comme un enfant qui n’est pas baptisé”337. F. à son tour. mais aussi tourmenter. un saint qui se réfère explicitement à cette Chose. Paris. Il est d’abord. 1883. après la causette -ou le représentant symbolique de la Chose. Je résume.et finalement la cause du désir -ou la représentation réelle de la Chose.“le terme le plus général par lequel on désigne tout ce qui existe”. “faire l’amour”340. 106. qui n’a pas encore disparut. Néanmoins. Tableau 18. 1961. d’abord la Chose amoureuse de jouissance. + (a + bn) Représentant symbolique : faire la causette (b1 + b2. Proteau. Or. le nom de Chose. Pour finir mon histoire. A. Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous les dialectes du IX au XV siècle. 1992. toutes les autres choses. on trouve un sympathique exemple de cette expression. et faire la chosette. que Furetière. ils nous restent encore les mots qui se dérivent à partir de ce terme de Chose. un livre. p. mais seulement une représentation de cette Chose. 1994. 338 Greimas. le bois. laquelle voulait dire dans le XVIème siècle. II. L. I. cette définition de Furetière. celle de “faire la causette”. mais qu’argent et or manque à cuy (quelqu’un).. qui voulait dire aussi. finalement. 1992. Boucherville. 1991. 189. Paris. p. toutes ces choses on peut les appeler des “choses”. par rapport à l’amour et au désir. lorsqu’on affirme que “les enfants doivent connaître la chose”. nous trouvons la suivante définition italianisante de la Chose : “Chose (le). dans l’amour. 337 Furetière. injurier. comme le Thing anglais. Dictionnaire du moyen français. Larrousse. vol. ici dans notre cours. On aura ainsi. en vieux français. qui désignent tout ce qui est. Dictionnaire universel. Le français populaire au Québec et au Canada. Kraus reprint. New-York. o la natura delle done. On ne parle pas de la Chose lorsqu’on veut distinguer la table des autres choses. d’après L. maintenant. 340 Greimas. 1690. celui de l’ancienne langue française de Godefroy. c’est-à-dire -encore une fois d’après mon Robert. “faire l’amour”338.. à lui seul.-J. La deuxième expression qui nous intéresse est apparemment plus ancienne que celle de choser.. ce dont on ne se souvient plus. afin de le distinguer. par les termes Thing ou Chose. Une table. un 334 Ibid. par le nom de chose. Cette expression de “faire la chosette” vous rappelle peut-être une autre. sachez qu’en 1820. Sachez.. ce son tresbonnes adventures (affaires)”334. Ainsi. La première est celle de “choser”. Sachez aussi que la Chose est encore utilisée en français. Il doit y avoir alors quelque chose. Évidemment. selon mon Robert. on veut affirmer qu’ils “doivent connaître le sexe”336. au Québec. faire la causette. entre nous. A. Proteau. ensuite la chosette -ou la représentation imaginaire de la Chose-. d’après le Dictionnaire du moyen français de Greimas et Keane. des autres choses. l’autre (foys) choser”339. far l’atto”335. 335 Ibid. toujours avec Merceron. Larrousse. définit la Chose comme “ce qui n’a point de nom.. A. une excellente définition intuitive de la Chose amoureuse.Op.. 1991. il cazzo.. lequel. 7 . ce dont on ne se souvient pas ou qu’on s’abstient de dire par pudeur. Choser. Paris. le Saint-Chose. qui le distingue des autres choses et qui peut le faire désigner. des autres choses. 187. qui dérive de Saint-Foutin. comme tel. N’est-ce pas. tout ce qui est. de 1587 : “au moins ne peult on que baiser l’une foys. L’origine étymologique des deux expressions est exactement le même : du latin “causa” on arrive à “cause” et “chose”. peuvent servir tous les deux à désigner l’amour. de manière explicite. Voilà tout ce que j’avais à vous dire à propos de la Chose amoureuse désignée par le terme français “chose”. Il y a notamment. comme Chose. M. aucune de ces choses ne pourra être distinguée. dans le moyen-âge. comme un euphémisme de la sexualité. voire l’objet a. Par contre. c’està-dire -d’après Lacan. 815. Cit. blâmer. ou représenter la Chose amoureuse dans l’imaginaire.

). la Chose. à première vue le Saint-Chose ne représente pas la Chose de manière réelle. une Chose indépendante de ce que nous éprouvons. et dans une certaine mesure il y arrive. n’est pas pour nous et entre nous la Chose. mais aussi maternel. Paris.. p. in Codex de Berlin. ils se phallicisent. n’oubliez pas son aspect dans le monastère de Périgueux. le Saint-Chose accomplit en un certain sens la représentation réelle de la Chose amoureuse. perdue pour nous et réduite au rien en tant que nous. Le Saint-Chose nous rappelle la Chose amoureuse par son nom. un Saint-Chose (et non pas une Sainte-Chose). En effet. nous pouvons le concevoir. dans un cas de Bouvet. ce “bidet” que Lacan n’hésite pas à comparer avec le Graal 342.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 représentant symbolique dans son nom de “Saint-Chose”. 1958. En premier lieu. l’absence du rapport sexuel. bref. reste présente en tant que telle. dans le monisme de Ferenczi. Éditions du Cerf. au moins. de Jean. il s’exhibe tel qu’il est. en soi et pour soi. mais seulement de manière symbolique ou imaginaire. dans la logique de l’être de Freud et dans les éléments bêta de Bion. Nous voyons bien là. mais aussi par sa présence réelle. que l’amour est la Chose. Au premier abord.58”. en tant que nous ou entre nous. Or. exactement. homme primordial”. en soi et pour soi. voire le phallus imaginaire qu’est la femme pour l’homme aussi bien que l’enfant pour la mère. Mère-Père. comme la Chose amoureuse originaire. J. en présence de lui-même.. de quelle manière pourrait le Saint-Chose présenter la Chose qu’il représente ? Essayons de comprendre ceci. que le Saint-Chose représente réellement la Chose ? Ça veut dire qu’il ne la représente pas seulement. En troisième lieu. comme euphémisme de SaintFoutin. 342 Lacan. aussi bien lorsque nous faisons la causette que lorsque nous faisons la chosette. ou bien comme cette “matrice du tout. un andro-gyne. inclus dans le Codex de Berlin341. Mais le Saint-Chose pourra être aussi. de Jean”. indéfinie et en général. par son absence réelle. par la foi -indispensable pour se représenter ce qui est fermé en soi et pour soi. de ce que nous vivons et percevons comme sujets individuels. Il s’agit. avec la Chose maternelle -raison pour laquelle il peut être un dieu masculin de la fertilité féminine. ne dissimule pas le phallus qu’il est. dans la Chose amoureuse. le fait de faire la chosette. malgré l’absence universelle du rapport sexuel. comme s’il était la choséité de toutes les choses. Nous savons déjà que la Chose est invariablement absente pour nous. elle est pourtant présente dans le monisme. D’ailleurs. Même si la Chose est absente en nous. Or. le Saint-Chose évoque la Chose amoureuse en nous rappelons trois aspects de l’amour en tant que Chose. dans la mesure ou la représentation réelle présente réellement ce qu’elle représente. un dieu-mère. même si la Chose est absente dans le dualisme. p. comme Chose amoureuse. Le Saint-Chose nous rappelle que la Chose amoureuse est subsistante. seulement comme causette ou comme chosette. un Jésus-Marie (le Jesús-María si commun dans les pays hispaniques). 93. en tant que dieu masculin de la fertilité féminine.. D’une manière plus abstraite. et c’est pour cela qu’il nous intéresse autant. et par son caractère. En évoquant la présence réelle de l’amour en tant que Chose. dans ce qui est signifié pour nous par ces signifiants. nettement sexuel et amoureux. Tardieu (trad. En deuxième lieu. Il accomplit cette représentation à la manière platonicienne de la Beauté idéale ou de la Chose de Furetière. 13. c’est-à-dire comme “une des formes sous lesquelles peut se présenter le signifiant phallus” -par exemple. le Saint-Graal. M. dans ces représentations imaginaires. L’importance d’une chose comme le Saint-Chose est de nous rappeler cette Chose qu’est la confusion incestueuse avec la mère. La Chose est donc absente dans la causette. comme le Saint-Graal. cette figure déterminée par le symbolique ou signifiée par le signifiant. ou bien une autre représentation imaginaire de la Chose amoureuse. dans l’imaginaire. que le Saint-Chose. comme signifiant. par exemple dans cette figure de Dordogne. Cependant. dans la parole ou dans la chaîne des signifiants. dans ces représentants symboliques. malgré son absence dans les autres choses. que nous trouvâmes avant dans les Odes de Salomon. cherche à représenter réellement la Chose. dans les deux cas. que l’amour est présent en soi et pour soi. des tentatives assez réussies de représentation réelle de la Chose. malgré cette absence en nous que nous avons appelé objet a. un peu comme le Dieu chrétien avec ses deux seins pour allaiter l’esprit. le Saint-Chose. mais aussi à la manière chrétienne du SaintGraal. que nous trouvons maintenant dans le Livre des Secrets. Par la foi. et entre nous ou en tant que nous. Le Saint-Chose ne se dissimule pas. tel qu’il se confond. cit. Mais. le phallus imaginaire de celles qui l’invoquent. Ainsi. malgré son absence pour nous et en nous ou entre nous. le Saint-Chose.. le Saint-Chose et le Saint-Graal s’approchent des représentations réelles de la Chose. malgré son absence dans ses représentations imaginaires ou dans ses représentants symboliques. avec ses offrandes phalliques et son membre honteux d’un grand demi-pied de grandeur. pour nous. par le souvenir. en tant que perçu objectif. en rapport à la procréation et la fertilité -et en outre confusionnel. celui de Chose. “Séance du 11. 8 . mais autre chose que la Chose. le Saint-Graal fut appelé souvent “Saint-Chose” ou “Sainte-Chose”. 341 “Livre de secrets. Quant au SaintChose. de même qu’elle est absente dans la chosette. comme Chose amoureuse. Rien de surprenant. comme le “pénis en creux ou la coupe”. Autrement dit. faites en la forme de membres honteux masculins et féminins. elle est présente en tant que telle. comme n’importe quelle autre chose. qu’est-ce que ça veut dire. que l’amour est une Chose. comme Saint-Chose ou andro-gyne. soit comme représentation imaginaire perçue objectivement ou bien comme représentant symbolique vécu subjectivement. op. avec son phallus gigantesque et les offrandes qu’il recevait. En étant sublimés par la foi. au phallus. faute de révélation.06. tout en ayant le phallus. 1984. en tant que vécu subjectif de Ferenczi. avec Lacan. qu’elle est toujours présente en soi et pour soi. 443. de manière symbolique et imaginaire. Ils deviennent alors quelque chose de comparable à l’objet a. in Les formations de l’inconscient.

vierge en ce moment. célibataire ou stérile. et Keane. elle ne représente pas le Ding. Aujourd’hui encore. du Père. en tant que Ding. Tel qu’il est incarné dans le Saint-Chose. dans la même époque. incarne peut-être le phallus imaginaire qui manque au moi de la pieuse castrée qui dépose ses offrandes au vénérable Saint. F. Pour sa fille. en tant qu’il est insaisissable au miroir. Le Roi Lear. le Saint-Chose pourra être acceptée comme la représentation réelle de la Chose qui manque dans ses représentations imaginaires. nature. 2002. Paris. Oxford University Press. Voilà ce que l’objet a veut dire par rapport à la Chose. Dans le glossaire du Complete Oxford Shakespeare. 1992. W. Il représente réellement. le Saint-Chose. 1431. qui est le même désir des femmes de Dordogne. cit. 158. l’objet a représente réellement la Chose absente dans sa représentation imaginaire (2. p. Comme homme qui manque ou comme enfant qui manque. le fou qui accompagne le roi profère les mots suivants. Shakespeare employait “thing” pour désigner le phallus. comme celle su moi ou de l’autre. T. 188. p. La Chose en tant que Chose. de la représentation.). le Wort ou le Vorstellungrepräsentanz. Dictionnaire de saints imaginaires et facétieux.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Dans la renaissance. Il semblerait que le fou se moque ici du roi. sous la forme de membres honteux. 7 . Op. (tableau 19). l’utilisation du terme “chose”.4). Dictionnaire du moyen français.une drôle de chosette -invariablement une drôle de chosette.-E. au Saint-Chose en Dordogne. J.-J. castrer la mère de son phallus imaginaire : voilà ce à quoi fait référence le fou. insatisfaites ou stériles qui. ces images et symboles auxquels nous nous identifions. Hugo (trad. comme “rendre présent”. pourra être accepté comme ce qui manque au moi de celle qui l’invoque. si la Chose amoureuse n’est pas coupée tout court. mais précisément un Vorstellungrepräsentanz. dans la chosette et dans la causette. Une remarque s’impose.. Ainsi donc. celle réelle. Voici la coupure de la Chose. par le Saint-Chose ou l’objet a. Op. Comme objet a insaisissable au miroir. ainsi que le Wort qui est représenté par la Wortvorstellung. voici la volonté du roi Lear.. Comme objet a. lequel venait d’exprimer ces vœux par rapport à sa fille Goneril : “Écoute. l’objet a est la représentation réelle de cette Chose qui manque dans les images et dans les symboles de notre monde. comme saint de la sexualité et de la fertilité. à propos de Goneril : “Celle qui. la Chose de jouissance qui manque à la pauvre femme qui fait la causette et qui fait aussi -dans le meilleur des cas. 115. comme Sachvorstellung.-M. p. Si nous prenons le fait de représenter au sens le plus strict. comme cause de désir. La Chose irreprésentable dans l’imaginaire et dans le symbolique. écoute ! Dessèche en elle les organes de la génération. alors il n’y aura qu’une véritable représentation de la Chose. ne sera par vierge longtemps. En Angleterre. Son vœu est donc le vœu contraire des pieuses femmes célibataires. 345 The Complete Oxford Shakespeare. Dans le Roi Lear. à moins que la chose (the thing) ne soit coupée court”346. ou comme l’ensemble du Sachvorstellung et du Wortvorstellung..-V. le père veut qu’elle ne devienne pas mère. au niveau symbolique. Quant à la représentation imaginaire. 347 Ibid. il prédit que Goneril pourra satisfaire son désir. cit. Tableau 19. comme celle du sujet. En ce qui concerne le fou. le terme de “chose” indiquait “les parties sexuelles de la femme” 343. récitent leurs prières au saint de la sexualité et de la fertilité. de tout Père en tant que Père.1. restera irreprésentable dans l’imaginaire et dans le symbolique. est attestée dans la région des Deux-Sèvres 344. Oxford. le “thing” est défini comme “sexual organ”345. 1993. Couper la Chose amoureuse. Il incarne peut-être aussi. En ce qui concerne le représentant symbolique. comme l’homme qui manque à la relation sexuelle avec la femme ou comme l’enfant qui manque à la mère stérile pour devenir la Chose amoureuse. le même objet a représente réellement la Chose absente dans son représentant symbolique (3. En tant qu’il tombe de la chaîne signifiante. A. il n’est pas un Dingrepräsentanz. 346 Shakespeare. La Chose (Ding) irreprésentable Représentation de chose et non Le mot (Wort) ou le représentant dans l’imaginaire et dans le pas de la Chose (Sachvorstellung symbolique de la représentation symbolique et non pas Dingvorstellung) + imaginaire et non pas de la Chose représentation de mot (Vorstellungrepräsentanz et non (Wortvorstellung) pas Dingrepräsentanz) L’insignifié Image de l’insignifié + signifié par Le signifiant le signifiant : a a+b b 343 Greimas. puisqu’il n’y a pas de rapport sexuel. Le Saint-Chose pourra donc être accepté comme l’homme ou comme l’enfant. en tant que Saint de la fertilité et de la sexualité. l’être de femme qui lui manque dans le signifiant. 162. et que jamais de son corps dégradé il ne naisse un enfant qui l’honore” 347. si la castration n’a pas lieu. au sens de membre viril. un représentant de la Vorstellung. mais la Sache et le Wort. 6.6). rit en me voyant partir. et dans ses représentants symboliques. 344 Merceron. 1964. notre Saint-Chose. la castration par laquelle surgit le phallus. Flammarion. p. p. 1606. dans son existence de sujet féminin insatisfait. le Saint-Chose de Dordogne. de la représentation imaginaire.

puisqu’il est sa représentation réelle. l’objet a présente la Chose. 295. in Collected Papers. dans la mesure où elle ne pourra être présente que totalement. ce rapport d’identité n’a rien à voir avec le rapport de similarité qu’il y a entre la Chose et sa représentation imaginaire. Soit dans l’imaginaire ou dans le symbolique. représente réellement la Chose absente. et finalement “une girouette”. qui “représente la direction du vent pour la conception de celui qui la comprend”348. ici de la direction du vent. p. nos représentations imaginaires de la Chose. elle est indissociable de cette direction du vent.558. Peirce définit. c’est-à-dire conventionnel et arbitraire. ce philosophe américain distingue déjà trois sortes de représentation : d’abord “un mot”. en faisant la causette. de la façon la plus juste. pour que l’objet a puisse être en effet une partie de la Chose.2. ces rapports. la représentation imaginaire. 1903. comme un mot pour l’esprit. 1. nos représentants symboliques de la Chose. correspondent aux trois sortes de représentation distinguées dans le système logique de Peirce. par le sujet du signifiant. il doit y avoir un rapport d’identité entre la Chose et l’objet a. elle ne représente que la Chose absente. dont le fondement de son rapport à ce qu’ils représentent est “un caractère attribué” (an imputed character). 1. elle est cette direction du vent. Ces trois manières de représenter la Chose. Le mouvement de la girouette est celui du vent. Après les exemples du portrait. la Chose absente. l’objet a. trouvent chez Peirce une certaine clarification. la girouette. pour la reconnaissance de la ressemblance. Nous pouvons même affirmer qu’elle est. Malgré l’absence de l’entité totale dans l’entité partielle. La seule représentation réelle de la Chose est celle qui rend présente la Chose. Une est seulement imaginaire. dans la mesure où elle présente réellement la direction du vent. Elle est cette partie qui à une valeur de signal. Comme le Saint-Chose. la Chose qu’il représente. comme une girouette pour la compréhension. l’autre est seulement symbolique. mais non-réelles. la similarité et la différence. l’identité. ainsi que par l’amour d’Alcibiade. elles ne sont par réelles. en faisant la chosette. nos représentations réelles de la Chose. 1974. Quant aux deux autres manières de représenter la Chose. si j’ose dire. symboliquement. Voilà des exemples éloquents des trois manières de représenter la Chose : le représentant symbolique. 6. C. ce vent qui la bouge. Cambridge. l’objet a présente la Chose. Il doit y avoir cette identité. mais seulement une partie de la Chose. dont le rapport à ce qu’ils représentent consiste dans une “correspondance de fait” (correspondence in fact). la girouette est un signal de la Chose. les trois sortes de représentation349 : a) Les “symboles”. la partie qui représente réellement la direction du vent pour un homme -de même que le sein maternel est la partie du corps de la mère qui représente réellement ce corps pour l’enfant. En tant que telle. une partie de cette direction du vent. la Chose que l’objet a présente sera une Chose absente. la représentation réelle par l’objet a. que nous avons distinguées depuis le début de notre cours. de même que l’objet a. b) Les icônes ou “ressemblants” (likenesses). imaginaire et symbolique de la Chose. Harvard University Press. l’icône et le symbole. de manière imaginaire. peuvent nous servir à comprendre mieux les rapports qui sous-tendent à nos représentations réelle. 292. comme cause de désir. l’objet a représente réellement la Chose. en étant une partie de la Chose totale. Comme objet partiel. comme l’objet a. c’est-à-dire une ressemblance ou similitude purement formelle. En conséquence. bien qu’au prix d’une simplification dont la théorie lacanienne a pourtant. -a. tels que Peirce les définit. qui représente ce dont il est le portrait pour la “conception de la reconnaissance”. et la représentation réelle. ensuite un “portrait”. nous pouvons nous la représenter de trois manières différentes : réellement. une partie du vent. représente réellement la Chose. la girouette nous rappelle le Saint-Chose qui présente réellement.. Elle est.552. Elle peut même devenir l’objet le plus angoissant de notre entourage.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Permettez-moi une tautologie : seulement la représentation réelle. 8 . L’indice. comme un portrait pour la reconnaissance. En quelque sorte. comme il n’a rien à voir non plus avec le rapport de différence qu’il y a entre la Chose et son représentant symbolique. c’est-à-dire une certaine identité matérielle et formelle. La Chose amoureuse de jouissance. lorsqu’il exemplifie ce qu’il entend par représentation. l’amour a trois. dont le rapport à ce qu’ils représentent n’est qu’une “communauté d’une certaine qualité” (community in some quality). quelques fois. qui présente ce qu’elle représente. cette partie qui se manifeste dans son mouvement. p. “Principles of Philosophy”. en tant que signal. pour être encore la Chose qu’elle est. Or. du nom et de la girouette. qui “représente une chose pour la conception dans l’esprit de celui qui l’entend”. En ceci. comme je pus le constater lorsque j’habitais à la campagne. entre le moi et son petit autre dans le miroir . une girouette qui présente ce qu’elle représente. En effet. dans ses Principles of Philosophy. par l’amour à deux. En la représentant réellement. par l’objet a . la girouette peut provoquer de l’angoisse. c) Les “indices” (index). celle par le Saint-Chose ou l’objet a. la lettre a lorsqu’elle est absente. elle est même ce vent. 349 Ibid. S. Dès le début de ses réflexions à propos du fait de représenter. Évidemment. plus besoin de ce qu’elle imagine (tableau 20) : 348 Peirce. comme totalité. Comme le sein maternel qui présente le corps de la mère. en tant que Chose.

le détacher de ce corps de la mère. comme indistinction et plénitude. cette “vapeur fécondante” qui fait les semailles d’âmes. nous découvrons. mais qui n’est certainement pas métallique. 351 “Livre des secrets. comme clarification de la ressemblance formelle. et “indistinct. -a. Elle est. entre le pragma et l’image ou le semaïnomenon des Stoïciens. pour couper la sphère. clairement. parce que personne le précède pour lui imposer une distinction”351 -voire la distinction entre le sujet et l’objet. pour discerner la présence du sein comme représentation réelle du corps de la mère. tout en comportant une identité. Ainsi. Prenons l’exemple de la girouette. Le mouvement de la girouette est le mouvement du vent. Voici le rapport entre la direction du vent et la girouette. ce vent qui féconde les humains. l’objet partiel comporte un manque dans cette totalité. ainsi que la présence corrélative de la Chose amoureuse. il y aura pourtant quelqu’un qui vient après pour imposer cette distinction. Ainsi. P. Paris. Représentation réelle : indice Identité avec la Chose : correspondance de fait Girouette comme représentation du vent Représentation imaginaire : icône Similarité avec la Chose : qualité en commun Portrait comme représentation d’une personne Représentant symbolique : symbole Différence avec la Chose : caractère attribué Mot comme représentant de la chose qu’il désigne a) Entre la Chose et son indice ou sa représentation réelle. Avec ce détachement. 548-550. un caractère attribué. entre la Chose et le SaintChose. de la confusion entre les corps de l’enfant et de sa mère. il y a une correspondance de fait entre la présence du sein maternel et celle du corps de la mère ou de la Chose maternelle. le sein maternel n’est plus l’être de l’enfant. Ainsi. dans -a. Voici le seul rapport entre la Chose et le mot qui la désigne. comme la Chose maternelle et amoureuse. Dieu le Père dans la Genèse. la Chose amoureuse désigne la confusion incestueuse entre la mère et l’enfant. comme clarification de l’identité. je vous prie de concevoir le vent à la manière du vent psychotrophe d’Hésiode. comme nous lisons dans le Livre des secrets. le sein maternel. Mazon (trad. le sein devient ce qui manque dans l’être de l’enfant. cette présence. “invariablement tout entier”. b) Entre la Chose et son icône ou sa représentation imaginaire. alors il y a la présence de la Chose maternelle.. entre la lettre a et la lettre b. le Gornemant de Goort qui tranche la langue de Perceval. entre la Chose et l’objet a. entre a et -a. nous découvrons. Le vent vous apparaîtra ainsi. n’est plus la totalité chosique. En étant distingué de l’indistinction chosique -ou tranché comme la langue de Perceval-. mais il est le mouvement de ce vent. En se détachant de la totalité. la détacher d’un vent qui est peut-être psychotrophe. Op. Peirce. c) Entre la Chose et son symbole ou son représentant symbolique. 1964. cit. en “couvrant les champs des heureux de ce monde”350. par le signe de soustraction avant la lettre a. le père. que nous appelons frustration du sevrage. le vent comme la Chose. du corps de la mère. Si rien ne la précède pour lui imposer une distinction. Pour discerner le mouvement de la girouette comme représentation réelle du mouvement du vent. “ne souffrant d’aucun manque”. par l’épée du Père ou de Gornemant de Goort. Les Belles Lettres. Si à un moment donné il y a la présence du sein dans la bouche de l’enfant. Or. celui qui nous intéresse le plus est l’identité ou la correspondance de fait entre la Chose et l’objet a. si à un moment donné il y a un mouvement de la girouette. l’enfant. une qualité en commun. p. De tous ces rapports. mais la non totalité. laquelle n’est donc plus ce qu’elle est. 9 . entre le sujet et son moi ou son image dans le miroir. comme la présence du sein est la présence du corps maternel. le mouvement de la girouette n’est pas le mouvement de tout le vent. 350 Hésiode. comme clarification de la différence et de la convention arbitraire. p. entre le pragma et l’agalma. nous découvrons. voire celle de la Chose amoureuse. implique aussi une valeur négative que nous indiquons. il doit le distinguer. Pour représenter réellement le vent psychotrophe d’Hésiode. Pour que l’exemple soit plus parlant. alors il y a le mouvement du vent. de Jean”. entre le réel et la réalité de Frege ou des psychologues du moi. à savoir le grand Autre. 7. 106. entre la Chose de jouissance et la cause du désir. 87. entre le pragma et le semaïnon des Stoïciens. de cette Chose maternelle qui est confondue avec lui dans la Chose amoureuse. comme objet partiel. sa Dingvorstellung. de ce qu’il est pour la mère comme phallus imaginaire. Voici le rapport entre la personne et son portrait. il y a donc une correspondance de fait entre la girouette et le vent. ce qu’il n’est plus. entre la lettre a et le calcul a + b. comme la présence du sein maternel n’est pas la présence de tout le corps maternel. a.). Remarquez-bien que cette correspondance de fait. la girouette de Peirce doit être elle-même la présence de ce vent qui provoque son mouvement.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Tableau 20. mais son avoir -ce qu’il a. Le mouvement de la girouette ne représente pas seulement le mouvement du vent. elle n’est plus cet être chosique total qui doit rester. une correspondance de fait. ce qui deviendra symboliquement sa privation d’être -après la castration. en effet. le Zeus d’Aristophane. il faut la distinguer. celui de la Chose amoureuse. de Jean. entre la Chose et la causette. De même. entre l’enfant et le sein maternel. celle-ci comme objet a. Les travaux et les jours. De manière analogue. entre la Chose et la chosette.

comme l’agalma dans le silène. pour le représenter réellement. et puisqu’il ne peut la présenter qu’en présentant son absence. où la hostie montre sa “présence réelle” sous forme “d’organes génitaux”352. la représentation réelle. ou en tant que sujet. ne peut donc se présenter qu’en se confondant avec celui en présence duquel elle se présente. J. Elle n’est pas non plus une présence en tant que lui.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 En étant distingué de l’indistinction. “Séance du 26. en lui en tant que Chose. La lettre a devient -a. en tant que lui comme sujet du signifiant. qui ne pourra la présenter qu’en partie. dans ses représentations imaginaires. op. si nous considérons que l’objet a est l’être du sujet qui manque au sujet qui existe. il sera toujours. en nous. dans la parole qui remplit la même bouche. c’est la présence de l’agalma à l'intérieur de Socrate. en tant qu’absence de la Chose. in Le transfert. il n’y a donc plus cette Chose. est une présence de la Chose dans le sujet. qui demande la présence de la Chose qui manque. dans ses représentants symboliques. mais l’absence de la Chose totale dans l’objet partiel. celui qui remplit la bouche de l’enfant qui parle. La présence de la Chose dans sa représentation réelle. Le lait ou le sang manquent dans le vin. Ceci est naturel. absent comme ce qui tombe de la chaîne signifiante (6. comme lorsqu’il s’agit des représentations imaginaires comme le moi du sujet. p. comme objet pour un sujet. en tant que sujet du signifiant. de l’élément alpha de Bion ou du perçu objectif de Ferenczi. Le Saint-Chose révèle ainsi la castration des pieuses castrées qui l’invoquent. in Les sophistes. en tant qu’objet a -de même que le vent. La représentation réelle de la Chose. mais le manque de cette Chose. devient l’absence de la Chose dans son représentant symbolique. Or. où la Chose se représente réellement. La présence de l’objet a est donc une absence. 303 353 Gorgias. voire le membre honteux. Le Saint-Chose ne présente pas la confusion chosique entre la mère et l’enfant. le phallus imaginaire. 10 . qui n’est qu’en présence d’elle même. cette présence devient l’absence de la Chose dans son représentant symbolique.61”. la Chose. du pragma. en étant dans le sujet. alors l’objet a ne présente pas la Chose.3) ne sera plus exactement la Chose. comme sein ou comme phallus. Ainsi. leur manque de phallus imaginaire. -441. Puisque la représentation réelle comporte la présence de ce qui est représenté (1. l’absence de la lettre a. le manque-à-être ou l’absence inhérente à l’objet a. auquel se réfère Lacan. La présence de l’objet a ne présente que l’absence de la Chose dans la chosette ou dans la causette. Puisque l’objet se détache de la Chose amoureuse. en Dordogne. l’absence de la Chose amoureuse. la lettre a.-P.1). mais plutôt le manque de cette fertilité dans la chosette et le manque de cette sexualité dans la causette. pour pouvoir le représenter réellement. au sujet qui existe dans la chaîne signifiante. il n’est plus a. le Saint-Chose. La représentation réelle de la Chose. le sein maternel qui remplit la bouche. Paris. J. lorsqu’il s’agit de l’agalma ou l’objet a. est absente dans -a.3. Elle n’est donc pas seulement l’absence de la Chose pour nous. 1969. N’oublions pas que la représentation réelle de la Chose est la représentation dans un sujet confondu avec la Chose. est une absence dans le sujet. est une présence dans le sujet. En conséquence. puisque l’objet a ne présente qu’une partie de la Chose amoureuse. cette girouette n’est plus du vent. leur manque d’être symbolique. La girouette de Peirce qui se détache du vent psychotrophe d’Hésiode. pp. mais -a. n’est pas une présence pour lui. mais son absence. la présence réelle du corps du Christ qui remplit le Saint-Graal. Et pourtant. De manière analogue. comme celle du représentant symbolique ou du vécu subjectif de Ferenczi. alors il faut reconnaître qu’il ne pourra pas être présent sans devoir être en même temps absent -absent comme ce qui est insaisissable au miroir. fragments et témoignages. où le pragma se représente réellement par l’agalma. ce sein maternel n’est plus chosique ni corporel. en lui. en lui. dans sa représentation réelle ou dans 352 Lacan. elle est normalement absente dans le pain -même s’il est toujours possible que la présence réelle jaillisse là encore une fois. Dumont (trad. la Chose amoureuse. mais il est -a. cit. comme celle de la représentation imaginaire. L’absence du pragma est une absence de l’agalma dans le sujet. qui manque comme girouette dans l’espace occupé par la girouette. ne révèle pas la fertilité ou la sexualité. Autrement dit. la présence du Saint-Chose ne présente pas vraiment. 6. Nous arrivons là au doute radical du sophiste Gorgias353. pour la pieuse castrée. le sein maternel qui se détache du corps chosique de la Mère.1). comme lorsqu’il s’agit des représentants symboliques (tableau 21). -w.. Quant à la chair. D’abord.). tout en manquant. mais du métal où il n’y a plus de place pour le vent. L’absence de la Chose n’est donc pas seulement pour le sujet. dans le sujet qui est Socrate. le sein maternel manque dans l’être de l’enfant. un indice de la Chose qui manque. leur manque du père et du fils.71-76. Ainsi.04. comme dans le cas de Bouvet. comme absence inhérente à l’objet a. En effet. alors la Chose représentée réellement par l’objet a (5. ainsi que l’existence d’un tel Saint-Chose. 1961. il ne présente pas la lettre a. voire la partie qui manque à la totalité chosique pour être la totalité qu’elle devrait être pour être. un rien incorporel. dans le sujet où l’objet a constitue l’être. puisque l’objet a n’est présent qu’en présentant la présence de la Chose qu’il représente. dans le vin ou la hostie qui remplit n’importe qu’elle graal. c’est-à-dire ce qui manque à cette confusion. Nous voyons maintenant que l’absence de la Chose se situe aussi dans le sujet. comme objet a. et puisque celle-ci n’est ce qu’elle est qu’en l’étant dans sa totalité. “Du non-être ou de la nature”. est une absence dans le sujet. L’absence de la Chose. De manière analogue. pour autant que la Chose. il devient un vide. laquelle reste pourtant une représentation réelle du vent. ou en tant que nous. ce que nous désignons par -a. comme confusion entre le sujet et l’objet. pour l’enfant. dans le sujet. en se confondant avec lui.

En effet. 7. L’absence de la Chose. 113. in Trois présocratiques. la lettre b.-L. in Les deux chemins de Parménide. est “entier en son corps continu”355. N. lequel n’a plus rien à voir avec le sujet indivisible de tous les prédicats. 356 Ibid. quand nous avons le sujet divisé de Lacan. Gallimard. ceci va de soi. Pour comprendre que la Chose soit absente dans sa représentation réelle.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 sa propre présence de Chose . Absence au niveau de sa représentation réelle : l’objet a Absence dans le sujet : non-existence Absence au niveau de sa représentation imaginaire : le moi du sujet Absence pour le sujet : non-connaissance Absence au niveau de son représentant symbolique : le sujet du signifiant Absence en tant que sujet : non-expression Nous constatons que l’absence de la Chose est totale. Ce serait la coupure de la sphère d’Empédocle par le Zeus d’Aristophane. cesse d’être ce qu’il est quand il est divisé. une discontinuité. Paris. L’être réel chosique ne serait plus unique. il y aurait en lui une division. Ceci peut s’appliquer à tout l’être réel chosique : il n’est ce qu’il est qu’en l’étant dans sa totalité. Il devient le sujet du signifiant. n’est ce qu’elle est qu’en l’étant dans sa totalité. il n’est plus confondu comme Chose amoureuse avec la Chose maternelle. au moment du surgissement de l’objet a. ceci est compréhensible. Tableau 21. un sujet qui se fait place entre les prédicats. alors il ne serait plus entier en son corps continu. on ne pourrait pas la connaître. celle de l’objet a. 38. Dans une autre traduction de Parménide. p. que nous désignons par la lettre a. ici l’être réel chosique. celle-ci ne serait plus la totalité.). Enfin. puisque cet objet se détacherait de la totalité qui deviendrait ainsi partielle comme ce qui se détache d’elle. indiqué ici par -a ou objet a. Comme l’être de Parménide. la Chose est absente dans le sujet par l’absence inhérente à la présence de sa représentation réelle (6. -450. s’il était réellement représenté par l’objet a. 11 . L’agalma est l’inverse du pragma. Enfin. notamment la Chose amoureuse. 354 Parménide. par la lettre b. identique à lui. celui-ci cesse d’être l’être réel chosique. Que la Chose de jouissance soit absente lorsqu’on aime et lorsqu’on parle. qu’elle soit en outre absente dans la cause de notre désir. Mais qu’il soit absent dans une girouette qui tourne. Y. si ce Saint-Chose se détachait de lui.. 10. l’objet a. C’est exactement ce qui arrive lorsque l’absence comme présence de l’objet a surgit. nous lisons que l’être. qui n’est telle que parce qu’elle présente la jouissance qu’elle représente pour le désir. même si on pouvait connaître la Chose. Il ne pourra donc pas être représenté réellement par un étant comme le Saint-Chose ou comme l’objet a. puisqu’il y aurait un autre. un sujet divisé par les prédicats. en étant réellement représenté par l’objet a. c’est compréhensible que la Chose soit absente pour nous dans sa représentation imaginaire et en tant que nous dans son représentant symbolique. Que le vent soit absent dans Les travaux et les jours d’Hésiode ou dans une peinture de William Turner. même si la Chose existait. Comme sujet de tout les prédicats. qu’elle est l’absence totale du sujet de tous les prédicats. Or. L’étant de ce sujet divisé. a + b. en tant que nous. la représentation imaginaire de la Chose. 1968. Conséquemment. Battistini (trad. car l’être réel chosique est -comme nous l’apprend Parménide. dans a + b. car une partie lui manquerait. elle n’existe pas. a.“indivisible. 114. indivisible. Le Saint-Chose est ainsi l’inverse de la Chose. dans la chosette et dans la causette. 355 Parménide. l’être réel chosique s’ébranlerait en perdant sa complétude. Vrin. qu’elle soit absente dans sa représentation réelle. ainsi qu’elle est absente pour le sujet dans sa représentation imaginaire et en tant que sujet dans son représentant symbolique (6. Plus exactement. l’être réel chosique ne serait pas non plus ce qu’il est. en conséquence la Chose est totalement absente.2). -450. ceci est. “Poème”. puisqu’il est tout entier identique à lui-même”356.). l’absence du sujet même dans le sujet. quand nous avons la différence de la lettre b au sein de l’identité de la lettre a. pour le moins. l’être réel chosique ne serait plus alors total. l’être réel chosique de Lacan est “total. Ce sujet divisé par le signifiant. elle serait donc absente dans son représentant symbolique. Or. il deviendrait discontinu. p. afin de représenter réellement la totalité. dans la mesure où la représentation réelle doit être identique à ce qu’elle représente. puisqu’il est ce qu’il est seulement dans sa totalité. mais partiel comme l’objet qui le représente. même si la Chose était présente pour nous dans sa représentation imaginaire.1). inébranlable et complet”354. ceci ne va pas de soi. lorsque la tranchante girouette jaillit comme une incision dans le corps de vent qu’elle représente. dans laquelle la Chose serait absente pour le sujet. “Poème”. je vous prie de ne pas oublier que la Chose. Cordero (trad. 1984. l’être réel chosique. Si on enlevait une partie. unique. p. Lorsque l’objet a se détache ou se divise de l’être réel chosique. car il serait divisé. est ainsi l’inverse du sujet indivisible comme être réel chosique. n’est plus confondu avec son objet. Paris. 7. on connaîtrait seulement une autre chose. Ensuite. En effet. le Saint-Chose. inadmissible. on ne pourrait pas l’exprimer. S’il était réellement représentable par cet étant. quand le sujet qu’il est se divise.

soit qu’il manque en tant que tel. l’être réel chosique manque dans notre parole. le même objet a. lorsque l’objet a se détache de la Chose. b1 + b2 + bn.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 6. C’est toujours la même absence de la Chose. 1895. alors qu’il est absent comme phallus imaginaire dans la castration. pour le dire à la manière gnostique du Livre des secrets. dans la Chose ou comme partie de la totalité. dans la mesure où il est “inconnaissable”. S. lors de la coupure de la sphère. D’un certain point de vue. comme indice de Peirce. S.. Tableau 22. à l’aide du Robert. 358 Ibid. est innommable parce que personne ne le précède pour le nommer”360. Nous pouvons affirmer (tableau 22) que la Chose de jouissance. Notre causette dénote la Chose. Si la Chose est désormais hors signifié et absente dans la parole -en tant qu’objet a insignifiant-. il manquerait dans la girouette de Peirce qu’il ferait tourner. Elle est. Traitons premièrement la réduction au rien de la Chose dans le sujet. ou l’être réel chosique. 73-74. c’est-à-dire la fraction constante et invariable de tous nos jugements. Ensuite. La Chose. au niveau symbolique de la causette ou de l’être symbolique langagier. d’après notre sophiste. si en effet il existait. -441. Traduction française: “Esquisse d’une psychologie scientifique”. pp. Absence de la Chose de Absence de la Chose de jouissance dans la cause du désir. Ceci implique. manque dans les prédicats. jouissance dans la chosette. 7. déjà en 1895. lors de la division du sujet par le signifiant. innommable. 1923. pour désigner l’objet a. Finalement. ou dans ce qui est communicable. ou bien “un objet auquel on attache moralement le plus grand prix comme à un vestige ou un témoin d’un passé cher”. p. Op. “Entwurf einer Psychologie”. ou bien qu’il tombe de la chaîne signifiante. cit. 492. cit. la Chose. Il est ce que Freud. 359 Ibid. est absent comme sein maternel dans la frustration du sevrage. et comme être symbolique dans la privation. L’être réel chosique. “Du non-être ou de la nature”. 75-76. “Le moi et le ça”.. cit. nous assistons à la perte de cette Chose dans l’objet. mais un discours qui diffère des substances”359. 74. le vent psychotrophe d’Hésiode. d’abord. comme agalma par rapport au pragma.4. que “c’est le néant qui est. alors qu’il manque dans la chosette en raison de la castration et dans la causette en raison de la privation. De ce point de vue. perdu dans l’objet avec lequel on fait la chosette ou réduit au rien dans le sujet du signifiant ou de la causette.. 12 . pour autant que “ce n’est pas les êtres que nous communiquons à l’interlocuteur. Le mot de “reliquat”. la lettre a de b1 + b2 + bn. la Chose de jouissance manque dans la cause du désir. dans la chosette et dans la causette. car si n’existent ni l’être. la Chose est absente dans cette causette. Ceci vous le savez déjà. est “inexprimable parce que personne ne le saisit pour l’exprimer. me fait penser à celui de “relique” -dont Hegel aura au moment opportun quelque chose à nous dire-. Le sujet.. Gorgias et l’absence de la Chose de jouissance. C’est toujours le même objet a. Or. pp. cit. ainsi que dans une peinture de ce vent qui aurait été faite par William Turner ou dans la parole d’Hésiode à propos de ce même vent. je vous prie de vous rappelez. ainsi qu’à sa réduction au rien dans le sujet. l’objet a. un manque de a et de -a. que l’être réel chosique n’est pas. l’être échappe à la connaissance” 358. -a.. p. Il y a toujours un reste. de Jean. la lettre a. est absente dans la parole. si elle reste inconnaissable et incommunicable. au niveau réel de la cause du désir. c’est précisément parce qu’elle a été ainsi perdue dans l’objet signifié. la représentation réelle de la Chose. Ici je reste satisfait avec la traduction de Berman. De ce même point de vue. Dans ces deux sens. n’est-il pas une relique de ce passé cher où nous étions confondus avec la Chose 357 Gorgias. Pour cela. de Jean”. l’objet a. p. p. Op. qui est celui de Gorgias. manque dans la cause du désir en raison de la frustration.. Op. et réduite au rien dans le sujet du signifiant.. 361 Freud. ou dans ce qui est connaissable. ainsi qu’un manque de l’être et du non-être. n’épuisent jamais le sujet. ni le nonêtre. En effet. Ce qui est dénoté par toutes les locutions signifiantes de notre parole. qu’une relique est “le fragment du corps d’un saint”. 362 Freud. comme “reliquat (Reste) échappant au jugement (Beurteilung entziehen)” 362. ni les deux ensemble. Je vous rappelle. Op. 350. inexprimable. la castration et la privation. en raison de la privation : réduction de la Chose au rien dans le sujet Objet a comme être symbolique ou comme absence de la Chose incommunicable Lors de la frustration. avec lequel il partage la même origine étymologique. puisque “si nos connaissances n’existent pas comme êtres. op. ou l’objet a. Ce “reste mnésique de Chose”361 -comme l’appelle Freud en 1923. absent dans la Chose. 87. ou bien qu’il soit insaisissable au miroir. aucune solution de rechange n’est concevable. l’être réel chosique manque dans l’imaginaire. comme reste et partie de la totalité. nous avons d’abord un manque de l’être réel chosique dans le non-être.échappe aux prédicats. au niveau imaginaire de la chosette. cit. Les prédicats. et rien n’existe” 357. 360 “Livre des secrets. p. en en raison de la raison de la castration : perte de frustration : manque de la Chose la Chose dans l’objet en elle même Objet a comme sein réel ou Objet a comme phallus imaginaire comme absence de la Chose ou comme absence de la Chose inexistante inconnaissable Absence de la Chose de jouissance dans la causette. ce dont on parle toujours. ou un manque de la lettre a dans -a. 265. décrit par son insignifiance. que la Chose constitue le sujet de tous les prédicats.

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maternelle dans la Chose amoureuse ? Cet objet a, comme sein maternel absent dans notre bouche, dans notre parole, n’est-il pas donc une relique, en tant que fragment du corps de la mère, de la Chose maternelle ? Quoiqu’il en soit, pour qu’il puisse y avoir une chaîne de signifiants, il doit y avoir toujours un reste, un reliquat, une relique. Les signifiants ne doivent pas épuiser la Chose, ils ne doivent pas conduire à ce qu’ils dénotent. Une chaîne de signifiants ne même jamais à la Chose, une chaîne de prédicats ne mène jamais au sujet, sauf lorsqu’elle s’épuise, lorsqu’elle avance alors à rebours, en se bouclant sur elle-même, en se repliant sur soi, en retournant jusqu’au point de départ, jusqu’au sujet inexprimable. J’ai trouvé un exemple de cet épuisement dans un écrit apocryphe chrétien, les Actes de Jean, ou on assiste au renversement sur le sujet, sur la Chose ou la lettre a, de la chaîne résignée des prédicats, b1 + b2 + bn : “lui le compatissant, le miséricordieux, le saint, le pur, l’immaculé, l’immatériel, le seul, l’un, l’immuable, le vrai, lui le sans ruse, lui le sans colère, lui le Dieu, JésusChrist, qui est au-dessus et au-delà de toutes les dénominations que l’on puisse énoncer ou concevoir !” 363. En effet, la Chose, le corps du Christ, est au-dessus et au-delà de toutes les dénominations que l’on puisse d’une part énoncer comme des prédicats signifiants, b1 + b2 + bn, et d’autre part concevoir comme des images signifiées, (a + b1) + (a + b2) + (a + bn). Même si on ne dispose pas de dénominations pour l’énoncer ou la concevoir, la Chose constitue quand même le sujet de tous les prédicats du sujet. En conséquence, la Chose est l’être réel du sujet, dans la mesure où l’être réel du sujet constitue le sujet de tous ses jugements, de tous les prédicats qui le parlent, dans la mesure où tous ces prédicats énoncent quelque chose à propos de lui. Une fois que nous avons reconnu que la Chose constitue l’être du sujet, dire alors que la Chose est réduite au rien dans le sujet, revient à dire que l’être du sujet est réduit au rien en lui-même. Ceci revient à dire, également, que le sujet n’est que la Chose en tant que rien, voire la Chose en tant qu’objet a, ou la lettre a en tant que -a. En effet, la Chose réduite au rien dans le sujet n’est que l’absence de la Chose dans le sujet, c’est-àdire l’absence de la Chose dans sa représentation réelle dans le sujet, que nous appelons objet a. Le sujet du signifiant, le sujet qui existe dans le signifiant qui le représente auprès d’un autre signifiant, ce sujet n’est que la Chose en tant que rien, la lettre a en tant que -a, la Chose en tant qu’objet a. Le sujet n’est ainsi que la Chose en tant que rien, car le signifiant où il existe à chaque moment, le signifiant qui est censé de représenter symboliquement son être, ce signifiant ne représente rien de son être. Plus exactement, le signifiant représente l’être du sujet en tant que rien. Le signifiant signifie l’être du sujet comme rien. Et ceci pourquoi ? Tout simplement parce que l’être du sujet, qui est la Chose, reste hors-signifié. Ainsi donc, le signifiant qui représente symboliquement l’être du sujet, ce signifiant ne peut le représenter, ne peut le signifier, qu’en tant que rien, en tant que la Chose qu’il est comme rien. Nous arrivons ici à une idée centrale dans la réflexion lacanienne sur la Chose, exprimée pendant le séminaire sur L’identification, en 1962 : “Si le signifiant se définit comme représentant le sujet auprès d'un autre signifiant -dit-il-, et si ceci signifie quelque chose, c’est parce que le signifiant signifie auprès de l’autre signifiant cette Chose privilégiée qu’est le sujet en tant que rien”364. Voici comment nous comprenons exactement l’état de la Chose en question : si la Chose est absente en tant que sujet dans son représentant symbolique (6.3), c’est parce que celui-ci, comme signifiant, ne signifie auprès d’autre signifiant que la Chose qu’est le sujet en tant que rien -en tant que la présence en lui de cet objet a qui tombe de la chaîne signifiante (6.1), cet objet a dont la présence est une absence (6.2). En peu de mots : le signifiant censé de représenter symboliquement l’être réel chosique du sujet, ce signifiant ne représente rien de réel. Il ne représente qu’une représentation imaginaire, comme Vorstellungrepräsentanz. Ce que le signifiant doit signifier, qui est la Chose, ceci reste hors signifié. Le signifiant ne peut signifier alors, de la Chose ou de l’être du sujet, que rien. Bien entendu, le sujet cherche à exprimer ce qu’il est, le sujet de tout ces prédicats, son être réel chosique. Dès le début, en faisant la causette, le sujet grammatical cherche à s’exprimer. Or, pour se trouver, pour trouver ce qu’il cherche, il ne peut qu’avancer dans la chaîne signifiante des prédicats où il existe, dans la chaîne des lettres b, s’éloignant chaque fois plus de lui-même, du sujet, de a. Ce qui est d’ailleurs inévitable, pour autant que les instants qui passent, implacables, sont les b qui se succèdent, b1 + b2 + bn, chaque fois plus loin de la confusion avec la mère, de la Chose amoureuse -en s’éloignant d’elle le long de la parole, de la causette par laquelle notre sujet ne cesse pas d’être parlé. Nous avons ici le Perceval de Chrétien de Troyes, cet étourdit qui sort du Château du Saint-Graal pour chercher le Saint-Graal, et s’interne dans le bois, dans la direction opposée du Saint-Graal, en suivant dans un chemin les traces des chevaux, en suivant dans une chaîne signifiante la trace des prédicats, b1 + b2 + bn, en s’éloignant chaque fois plus du sujet ou de la Chose. De trace en trace, de déplacement en déplacement, de métonymie en métonymie, Perceval ne cesse de s’éloigner de la Chose réduite au rien par le vide symbolique du château d’où il vient de sortir. Ce château vide, ne serait-il pas la métaphore de ce qu’est le sujet du signifiant en tant que rien, en tant que métaphore, lui-même, de ce rien qui éveille le désir que le constitue comme sujet ? Quoiqu’il en soi, Perceval sort de ce vide, il sort de son être en tant que rien, il sort en quête de son être, et il s’interne dans le bois, il avance dans la chaîne signifiante où il existe, dans la direction opposée de ce qu’il veut trouver. 363 “Actes de Jean”, 100-200, E. Junod et J.-D. Kaestli (trad.), in Écrits apocryphes chrétiens, Op. cit., 107, p. 1033. 364 Lacan, J. 1962. “Séminaire du 21.03.62”, in L’identification. 13

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Lacan pourrait dire, à propos de l’étourderie de Perceval : “pour trouver la Chose, le sujet s’engage d’abord dans la direction opposée ; il n’y a pas moyen d’articuler ces premiers pas du sujet, sinon par un rien dont il est important de vous le faire sentir dans cette dimension même à la fois métaphorique et métonymique du premier jeu signifiant”365. Ce rien, qui est le -a de l’objet a, n’est rien d’autre que l’être qui manque au sujet, le phallus qu’il n’est pas, -w, le Saint-Chose. En tant que tel, ce rien est l’objet du désir de sa mère, qui devient ensuite Nom-du-Père, comme métaphore de ce désir. C’est la “métaphore paternelle” de Lacan, comme “substitution du père en tant que symbole, ou signifiant, à la place de la mère” 366. Après cette substitution, il ne reste que le château vide du Roi-Pêcheur, l’être comme manque-à-être, duquel échappe Perceval pour trouver son être. Et pour le trouver, pour trouver le Saint-Graal ou la cause de son désir, Perceval, en faisant la causette, échappe dans la direction contraire de son être, de métonymie en métonymie, de trace en trace de son être, de signifiant en signifiant, en suivant la chaîne signifiante où il existe. Les traces que Perceval suit, les traces faites par l’être qui manque, sont les signifiants laissés par la lettre a, mais où la lettre a manque toujours, en tant qu’insignifiante, en tant que -a. Nous saurons plus tard par l’ermite, par le psychanalyste de Perceval, que si la lettre a manquait toujours dans ces traces, c’était parce que Perceval avait perdu sa mère. Je vous rappelle que cette perte se traduit, chez Perceval, par une “langue tranchée”367, tranchée par l’épée de Gornemant de Goort. En raison de cette langue tranchée, en tant que sevrage ou réduction au rien de la Chose dans le sujet du signifiant, Perceval doit passer sa vie à faire la causette, à suivre les traces de la chaîne signifiante où il existe, à travers ce monde objectif où la Chose est à jamais perdue. 6.5. À partir de la réduction au rien de la Chose dans le sujet, nous sommes arrivés, enfin, à la perte de la Chose dans l’objet. En employant les termes des gnostiques, à partir de la Chose “indistincte”, “innommable” et “inexprimable”, parce que “personne ne la précède” pour la distinguer, l’exprimer ou la nommer, nous sommes arrivés à la Chose invisible, “invisible” tout simplement “parce que personne ne la voit” 368. La trajectoire est logique : du sujet comme rien, comme personne, comme celui qui n’existe pas encore lorsque il y a déjà son être de Chose, au sujet aveugle qui existe, mais qui ne voit pas la Chose dans les objets, où elle est perdue pour lui. Dans la réalité, le sens est évidemment l’inverse. Le sujet doit premièrement exister pour se rendre compte ensuite qu’il manque d’être. La frustration doit précéder la privation, moyennant la castration. Ainsi, la perte de la mère est à l’origine du rien dans les traces suivies par Perceval. Elle est aussi à l’origine du même rien dans le château du Roi-Pêcheur. En définitive, la perte de la mère, la perte de la Chose maternelle et la rupture de la Chose amoureuse ou de la confusion chosique avec la mère, se trouve à l’origine de l’objet a, comme réduction de la Chose au rien qu’est le sujet du signifiant. Si Perceval est perdu, c’est parce qu’il a perdu sa mère. Si Perceval ne trouve pas ce qu’il cherche, si dans chaque trace qu’il suit il n’y a que le vide laissé par l’être qu’il veut trouver, c’est par cette perte qui est au point de départ de son chemin. Si la succession des métonymies ne conduisent Perceval nulle part, c’est par la perte essentielle qu’il y a au point même où commence le chemin de Perceval, soit la perte de la mère dans l’objet a, dans le sein maternel, dans le Saint-Graal perdu qui la représente réellement. Il s’agit de la perte de la Chose dans l’objet, dans le sein maternel, dans le Graal rempli de lait -cette coupe des Odes de Salomon-, ce Graal perdu et jamais retrouvé par le Perceval qui suit, guidé par son désir, les traces métonymiques de ce qu’il a perdu. Comme l’explique Lacan, “cette dimension de perte essentielle à la métonymie, perte de la Chose dans l’objet, c’est là le vrai sens de cette thématique de l’objet en tant que perdu et jamais retrouvé, le même qui est au fond du discours freudien et sans cesse répété” 369. C’est dans notre exemple la perte de la mère de Perceval dans sa représentation réelle, dans le Graal perdu et jamais retrouvé. Nous pouvons maintenant expliquer l’absence de la Chose maternelle dans le monde imaginaire où s’interne Perceval. Si la Chose est perdue dans ce monde, c’est parce qu’elle est perdue dans sa représentation réelle, dans l’objet a qui devient donc insaisissable au miroir, l’objet a dont l’absence dans ce monde soutient la présence de tous les objets de ce monde. Si la Chose est absente pour le sujet dans sa représentation imaginaire (6.3), c’est en raison de sa perte dans l’objet, en raison donc de l’absence inhérente à sa représentation réelle dans la représentation imaginaire qu’elle soutient -en tant qu’objet a insaisissable au miroir (6.1), objet a dont la présence est une absence (6.2). Dans sa quête du Graal, dans sa quête de la représentation réelle de la Chose, Perceval aura toutes sortes d’aventures dignes d’être vécues. Dans ces aventures, s’il ne retrouvera pas ce qu’il cherche, il rencontrera pourtant toute sorte d’objets qui lui feront même oublier, apparemment, ce qu’il cherche. Ces objets, ces autres choses qui ne sont pas la Chose, ne seront pour notre chevalier que des représentations imaginaires de la Chose. Il ne s’agira que des chosettes pour oublier la Chose. Ces chosettes, ces autres choses, appartiendront au monde imaginaire qui voile la seule Chose que Perceval cherche à retrouver, “la Chose comme voilée”, nous dit Lacan, laquelle “de sa nature, elle est, dans les retrouvailles de l’objet, représentée par autre chose”370. 365 Lacan, J. 1962. “Séminaire du 28.03.62”, in L’identification. 366 Lacan, J. 1958. “Séance du 22.01.58”, in Les formations de l’inconscient, op. cit., p. 180. 367 Chrétien de Troyes, 1185, “Perceval ou le conte du Graal”, Op. cit., 6412, p. 843. 368 “Livre des secrets, de Jean”, Op. cit., 7, p. 87. 369 Lacan, J. 1962. “Séminaire du 14.03.62”, in L’identification. 370 Lacan, J. 1960. “Séminaire du 27.01.60”, in L’éthique de la psychanalyse, Op. cit., p. 143. 14

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La Chose réelle est représentée par autre chose, par l’objet imaginaire. Celui-ci voile ce qu’il représente, il recouvre ce qu’il représente, il recouvre la Chose. Évidemment, ce recouvrement représentatif imaginaire n’est pas total. De même que l’objet a, tout objet imaginaire est un objet partiel, non pas comme partie de la totalité chosique, mais comme recouvrement-représentatif partiel de la totalité chosique. Ce qui ne tombe pas sous ce recouvrement-représentatif, ceci n’est pas pour le sujet, dans la mesure où être pour le sujet veut dire être représenté dans l’imaginaire pour le sujet. Cette situation doit se comprendre dans le sens le plus général, comme le comprend, par exemple, le philosophe portugais Adelio Melo, quand il affirme que “n’importe quelle objectivation recouvre partiellement ce qu’on peut désigner comme être-en-tant-qu’être (sercomo-ser) des ‘choses’ (das ‘coisas’)”. Et ceci partiellement, voire sélectivement, en fonction d’un “champ transcendantal signe-logique (‘signo-lógico’)”371, c’est-à-dire -pour nous- en fonction de la manière dont la représentation imaginaire, a + b, est signifiée par le signifiant, par b. Voilà ce que Lacan veut dire lorsqu’il parle de cette “profonde subjectivation du monde extérieur”, par laquelle “quelque chose trie, tamise, de telle sorte que la réalité n’est aperçue par l’homme, du moins à l’état naturel, spontané, que sous une forme profondément choisie”. Ainsi, Lacan peut conclure que “l’homme n’a affaire qu’à des morceaux choisis de réalité”372. 6.6. Malgré tout ce que je viens d’affirmer, j’essayerai maintenant de vous démontrer que même si l’homme n’a affaire qu’à des morceaux choisis de réalité, il y a toujours un réel, quelque part. Même si l’objet a, en tant que partie de la totalité, ne représente réellement que l’absence de l’être réel chosique total, cet être réel chosique ne cesse pas pour autant d’être présent dans sa totalité. Même s’il est absent dans toutes ses représentations, soit les représentations réelles, les imaginaires ou les symboliques, ce qui est représenté est présent. L’être réel chosique doit être présent. En proclamant ceci, nous prenons le parti de la Chose, du corps, du pragma, de l’être. Nous prenons ce parti avec Lacan, Damascius, Platon, Parménide et les autres adorateurs de Saint-Chose. Malgré le sophiste Gorgias, l’être réel chosique, même inexistant, inconnaissable et incommunicable, n’est pas dépourvu d’être. Malgré les structuralistes français, l’être réel chosique doit subsister en plus de son vide occupé par le grand Autre de l’être symbolique langagier. Malgré Frege et les psychologues du moi autrichiens et américains, le réel dénoté doit subsister en plus de la réalité imaginaire de la dénotation. Malgré notre existence comme sujets du signifiant, la Chose de jouissance est présente. Elle est présente, en effet, même si elle est absente dans la cause de notre désir, même si elle est absente dans nos toujours décevantes chosettes et dans nos encore plus décevantes causettes. Le vent psychotrophe d’Hésiode, implacable, doit continuer à souffler, malgré les girouettes de Peirce qui puissent le refréner, malgré la résistance des moulins, malgré le courage de Don Quijote. Le vent doit continuer à souffler. Nous ne pouvons pas le maîtriser. Comme on dirait en vieux français, “on ne peut girouetter la conduite de cet univers au vent de l’aventure”373. C’est exactement cela ce que soutient Socrate, contre Protagoras, dans le Cratyle : “il est clair que les choses (pragmata) ont par elles-mêmes un certain être permanent, qui n’est ni relatif à nous ni dépendant de nous. Elles ne se laissent pas entraîner ça et là au gré de notre imagination ; mais elles existent par elles-mêmes, selon leur être propre et conformément à leur nature”374. En effet, le pragma, l’être permanent, ne se laisse pas entraîner ça et là au gré de notre imagination, tel qu’une chose imaginaire qu’on a, qu’on possède. Chez Freud, en 1938, la logique de l’être ne pourra pas cesser de fonctionner pendant le fonctionnement de la logique de l’avoir. Chez Ferenczi, le monisme primitif ne pourra pas disparaître sous l’empire du dualisme entre le perçu objectif et le vécu subjectif. Chez Bion, les éléments bêta de pourront pas disparaître derrière les éléments alpha, malgré la fonction alpha, malgré la résistance des barrières de contact, malgré les barrages pour refréner la quantité, dans le Freud de 1895. Selon Parménide, reconnaître tout cela “c’est le chemin de la certitude, la Vérité l’accompagne”375. En effet, l’être réel chosique, de même que l’être de Parménide, est “impérissable”. Nous pouvons nous demander, avec le philosophe d’Élée, “Comment un jour l’être pourrait-il périr ?”376. En effet, comment l’être réel chosique pourrait-il périr ? Si l’être périssait, l’être cesserait d’être, il ne serait donc plus identique à lui même. Or, nous savons déjà que pour être ce qu’il est, il doit rester identique à lui-même. Il doit être donc immortel, dans la mesure où pour rester identique à lui-même, il doit rester toujours identique à lui-même : a = a = a. Cette identité de la Chose avec elle-même la situe hors le temps, hors l’existence du sujet, hors la succession des instants dans la chaîne signifiante. 371 Melo, A. 2000. Categorias e objectos, inquérito semiótico-trascendental. Lisboa, Estudos gerais - Casa de Moeda, 2000, 8, p. 157. 372 Lacan, J. 1959. “Séminaire du 09.12.59”, in L’éthique de la psychanalyse, Op. cit., p. 59. 373 “Les apresdinees de Sr de Cholieres”, 1587, cité par Godefroy, F. 1883. Dictionnaire de l’ancienne langue frannçaise et de tous les
dialectes du IX au XV siècle, Op. cit., p. 281. 374 Platon, “Cratyle”, in oeuvres complètes, L. Méridier (trad.), Paris, Belles Lettres, 1989, 386e, p. 54. 375 Parménide, -450, “Poème”, Op. cit., 4, p. 112. 376 Ibid., 9, p. 114.

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in L’envers de la psychanalyse. 383 Pseudo-Denys l’Aréopagite. 1970. en plus de l’imaginaire et du symbolique... il faut le réel de Lacan. . 1967. 304. participent de la Chose. le a et le -a. a + b1. S’il n’y avait pas encore. p. la naissance du sujet divisé. Permettez-moi un truisme borroméen : il faut un réel pour que l’imaginaire soit l’imaginaire et pour que le symbolique soit le symbolique. il faut la Chose dans l’objet. notre confusion avec la Chose maternelle. “Une forme à éclipses du délire des négations”. puisqu’il est ce qui rend même le non-un. p. Il y a un sujet. 281. si elle n’existe pas. nous parlerions juste”384.“ne s’affirme d’abord que de la marque du 1”385. de l’Un. p. “Délire de négation récidivant avec idées d’immortalité”. plein de Sachen. M. Chambry (trad. En effet. a + bn. tous les prédicats manqueraient de sujet. comme l’agalma participe du pragma. la malade sait très bien ce qu’elle dit. “Les noms divins”. rien d’autre pourrait être. la totalité et la partie. 1986. p. si l’Un n’est pas. H. la Chose amoureuse d’avant notre naissance. Coueslant. 282. Pour que l’objet puisse être. la Chose de notre jouissance et la cause de notre désir. Flammarion. elle ne doit pas exister. N’oubliez pas que pour nous. il faut qu’il y ait un réel dénoté. Pour que la dénotation imaginaire puisse être et avoir un sens symbolique. cette substance “d’une dureté qui n’a plus rien d’humain”381 -comme eût dit une autre malade étudiée par les psychiatres Laignel-Lavastine. Même après la division du sujet. comme partie de la totalité ou non-totalité. qui nous permet de distinguer logiquement “l’Être des êtres” et “les êtres”383. Paris. 16 . puisque tout ce qui existe risque de périr. mais la “substance impérissable” 380 de la lettre a. parce qu’elle n’est jamais née comme sujet du signifiant. Cahors. La lettre a. E. Pour qu’il y ait les chosettes et les causettes. 138-139. ce n’est que parce qu’elle “n’est jamais née”379. 284. parce qu’elle n’existe pas dans la chaîne signifiante où les instants se succèdent : b1 + b2 + bn. parce qu’elle est comme la lettre a. je me rappelle d’un cas présenté par le docteur Revault d’Allonnes. malgré son écart. qui fut un jour. op.05. “une chose qui ne périra pas. 4. parce qu’il est impérissable. Comme la malade l’explique.70”. 149. comme absence de l’Un ou de la Chose. Paris. Si la malade est impérissable. et qui s’agite. dans les Annales médico-psychologiques de 1923. pour être impérissable. cette lettre a sans laquelle il n’y aurait aucune pluralité. dans la mesure où tout ce qui est participe de l’Un. Rien ne peut 377 Revault d’Allones. I. c’est parce qu’elle est. Paris. même lui participe de a.. M. Même l’objet a. le sujet indivisible. cet être unitaire. il faut d’abord l’Un de l’être. Il y a un être. L’être réel chosique est l’Un constant. 1941. nous voyons bien. il faut de l’être. Combès (trad. devra donc être encore maintenant. Pour que ce qui est puisse être. in Annales médicopsychologiques. Or. L’Un ou l’unité de l’être réel chosique devra donc être. autour de nous. “Séance du 20. est commun à tout ce qui est. une “chose en contrefaçon”. ou comme la partie participe de la totalité.. pp. 76. Sur ce point. même si l’un ne participe pas du non-un. le vent psychotrophe d’Hésiode et les girouettes de Peirce. en 1941. ils ne seraient donc pas ce qu’ils sont. cet être -Lacan l’énonce clairement. 378 Ibid. 150.). Mignot. encore une fois. I. Même après le surgissement de l’objet a. L’être réel chosique. toutes les choses qui sont. Et si elle n’existe pas. 381 Ibid. 384 Platon. donc “impérissable”377 . mais l’un ne se distingue pas du non-un. si le Ding n’était pas. Dès l’origine. in Annales médico-psychologiques. Op. J. Voici. 530. Parménide. alors l’imaginaire et le symbolique seraient eux-mêmes le réel. En effet. son unité dans la pluralité. non-chosique. tout ce qui est symbolique ou imaginaire resterait sans le réel que le symbolique symbolise et l’imaginaire imagine. qu’il y a plein des choses qui sont. la Chose doit être impérissable. comme -a. Or. un réel. “privée de vie”. b1 + b2 + n b . 1923. reste l’être de tout ce qui est. 380 Laignel-Lavastine. Si l’Un ou l’unité de l’être réel chosique n’était pas. Or. 1923. Pour que la réalité de Frege et des psychologues du moi puisse être. alors aucun étant ne pourrait être. parce qu’elle habite encore dans le royaume platonicien de l’affreuse beauté idéale d’avant notre naissance. un seul. ce qui est contradictoire. Mignot et Maurice. Si par hasard elle n’était plus. qui est pour nous la présence de l’être réel chosique -avant même le trait unaire qui le représente réellement-. la fraction constante de tous les jugements -comme dirait Freud en 1895. p. cit. a + b2. 382 Damascius. cet être réel chosique doit être impérissable. en ce qu’il devient non-un. Notre confusion incestueuse avec notre mère. 379 Ibid. p. reste le sujet de tous les prédicats. 1941.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Pour être ce qu’elle est. 183. Voici la dernière conclusion consistante à laquelle peut arriver le Parménide de Platon : “si nous disions que rien n’est. sans exister”378.).. la seule naissance est celle du sujet du signifiant. et tous les prédicats énoncent quelque chose sur ce sujet. comme Chose amoureuse. et Maurice. un seul. l’être réel chosique continue à être. l’Un et le non-un. bref. La malade se décrit comme “une chose qui n’est même pas une chose”. en tant qu’il est l’unité de la pluralité. in Théétète. et tout ce qui est participe de cet être. V. la présence réelle et la représentation réelle. 130. cit. 18. la Chose et le Saint-Chose. Traité des premiers principes. donc mortel. Tout ce qui est. même si la totalité ne participe pas de la partie. p. un cependant”382. J. Masson. pour que les étants pluriels puissent être. p. La substance qui la constitue n’est donc pas une substance périssable comme celle du signifiant. la Chose et l’objet a de Lacan. toutes les choses resteraient sans choséité. 166b-c. 385 Lacan. Tel que l’observe Damascius : “le non-un se distingue de l’un. il faut qu’il y ait la Chose. comme le non-un participe du Un. c’est parce qu’elle n’est jamais née. de la lettre a. “Parménide”. l'asymétrie de PseudoDenys l’Aréopagite. Ils ne seraient donc pas l’imaginaire et le symbolique. Les belles lettres.

p. dans ses Méditations métaphysiques388. p.. 17 . Cit. Bien entendu. Paris. cette célèbre vision du poète mélancolique Gérard de Nerval. p. en tant que confusion chosique entre le sujet et l’objet. à une simple Chose. in Annales médico-psychologiques. Op. Pour que tout cela puisse être.. comme en puissance. pp. in A procura da verdade oculta : textos filosóficos e esotéricos. mais la Chose. L’unité incestueuse n’est pas seulement derrière notre division névrotique. 388 Pessoa. de tout ce que nous percevons en dehors de nous. 87.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 échapper à la totalité de son unité. l’être unitaire et total auquel rien n’échappe. il y a la Chose maternelle qui n’arrive à se manifester que dans des états pathologiques. dans laquelle. cela n’est rien”386. Le Banquet. Aurélia. à la Chose. L’Un de la Chose amoureuse n’est pas seulement avant la pluralité des autres choses. ni même selon la cause. laquelle témoigne de la subsistance de l’Un chosique. Mem-Martins. La Chose incestueuse. En fait. dans cette forme qu’on aime sous toutes les formes. et les parterres et les arbres devenaient les rosaces et les festons de ses vêtements . 390 Nerval. cette dame qui devient tout était la propre mère de Nerval. Masson.. cette totalité unitaire. en comportant la dissolution du sujet. p. Ici. celle qui est sursimplifié au-dessus de tout. 72. voire pathologiques. le premier objet. “Meditações metafísicas”. étant par sa propre simplicité toutes les choses qui ont procédé selon la distinction”387. en philosophe. comme cause de notre désir ou comme absence de l’objet ultime de notre désir. pour chacun de nous. 80. Vous avez. Quelquefois. en arrivent à être tout”389. tandis que sa figure et ses bras imprimaient leurs contours aux nuages pourprés du ciel”. 1888. Et Nerval ajoute : “Je la perdais ainsi de vue a mesure qu’elle se transfigurait. cette “beauté éternelle” de laquelle “participent”. représenté par le trait unaire. notamment dans la mélancolie. L’Un de la confusion entre la mère et l’enfant. cet Un ne précède pas seulement la distinction entre les objets et entre le sujet et ses objets. 21. mais elle subsiste dans notre jouissance. par exemple. embrasse tout dans sa jouissance : la cause de notre désir. C’est le cas du délire d’énormité dans ses manifestations les plus extrêmes. après quelques pages. On se contentera de citer Damascius : “L’Un sera réellement tout antérieurement à tout. cette sphère jouissante d’Empédocle. la seule manière d’accepter que l’existence de l’univers entier puisse être conçue par chacun de nous. comme unité et comme totalité. 530. comme un bélier. 15. ne peut être autre que la confusion amoureuse entre la mère et son enfant. la Chose maternelle. soit en tant que totalité qui englobe toutes les parties. En étant conçu comme Chose. la pluralité de tout ce qui puisse être ou exister plus tard pour l’enfant. “toutes les autres belles choses” qu’on aime392. un et unitaire. 1986. la chosette et la causette.. EuropaAmérica. Osiris. bien que subsistante. Or. aussi bien que la déesse Isis et notre Sainte-Vierge. Elle n’est pas seulement la puissance absente. une “dame” qu’il suivait. Nous pouvons réduire l’univers entier. derrière tous les objets qui nous entourent.. dans la séance du 26 mars 1888 de la Société médico-psychologique : “Une démonopathe immortelle s’imagine que sa tête a pris des proportions tellement monstrueuses qu’elle franchit les murs de la maison de santé et va jusque dans le village démolir.. 7. 211. À l’horizon. nous saurons que cette “dame” qui s’évanouit dans sa propre grandeur. 1999. N’oublions pas que dans la confusion chosique de la Chose amoureuse. le objet qui n’est donc pas encore un objet. 391 Ibid. il s’étend à l’infini et se fusionne avec l’univers. 387 Ibid. 389 Cotard. Dans ce tout. 1907.. car elle semblait s’évanouir dans sa propre grandeur”390. qu’il puisse être représenté par une représentation. n’est pas seulement ce qu’il y a pour l’enfant antérieurement à la diversité du monde adulte. Cette confusion englobe. 392 Platon.. c’est la Chose maternelle qui devient la totalité unitaire de l’univers. se mit à grandir. comme ce qui est représenté dans toutes nos représentations. il faut que l’être persiste. en lui et en tant que lui. comme l’a bien remarqué. il n’y a que la Chose amoureuse en tant que tout. F. cit. cet être réel chosique. Comme l’affirme Damascius : “tout ce qui échappe à l’Un de quelque façon que ce soit. 468. pp. L’être réel chosique. cette confusion entre le sujet et l’objet. 38. Le livre de poche. 1855. l’incarnation de cette beauté éternelle. “développant sa taille élancée. de telle sorte que peu à peu le jardin prenait sa forme. 72-73. Cette Chose amoureuse. Op. que sa totalité unitaire subsiste. dans une relation incestueuse qui reproduit celle du poète avec sa Chose maternelle. qui n’étaient rien. qui nous dissout dans cette consistance de Chose qui subsiste dans tout ce qui est.. nous retrouvons la forme pure platonicienne de l’affreuse beauté idéale. l’univers entier ne cesse pas pour autant d’être la totalité unitaire qui cous comprend. il n’y a plus de sujet réduit au rien. Ces malades. à cette Chose. G. 386 Damascius.. Le fond subsistant de tout ce qui nous est extérieur. non de manière imparfaite. Je vous rappelle ici que dans la mythologie égyptienne. soit comme indistinction qui suffit à la distinction entre les choses qui nous entourent. il n’y a plus de perte de Chose dans l’objet. à savoir celle qui est indifférenciée. p. selon Diotime. la déesse Isis. n’est que ce premier extérieur lacanien qu’est la Chose maternelle. nous oblige à “réduire l’univers à la catégorie de Chose”. est la femme de son propre enfant. Dans la psychanalyse. 1888. “De délire d’énormité”. telles qu’elles furent décrites par Cotard. les murs de l’église. subsiste. 73-74. le poète Fernando Pessoa. le corps n’a plus de limites. Paris. la seule manière d’accepter que l’univers puisse être dénoté par une dénotation. “la même que sous toutes les formes” Nerval “a toujours aimé”391. mais il sera tout selon la subsistance. la “Mère éternelle” de Nerval. Traité des premiers principes. ne pourra être perçue par le sujet que dans certains états exceptionnels.

et en s’approchant de l’Un. par exemple dans un cas de Maurice Macario. cesse d’être absente dans le perçu objectif et dans le vécu subjectif de Ferenczi. dans le vent psychotrophe d’Hésiode. elle cesse d’être cet objet a insaisissable au miroir et qui tombe de la chaîne signifiante. alors il y a cet état psychotique de confusion incestueuse ou la Chose amoureuse. Le mystère du Saint-Graal est résolu. cette chose privilégiée qu’est le sujet en tant que rien. ou “on ne voit pas”. Elle ne peut donc pas être divisé sans cesser d’être ce qu’elle est. lorsqu’il cesse d’être présent comme absence de la Chose. De même que dans l’univers de la physique cartésienne. p.le tout de l’univers à une Chose. 396 Manessier. Tout finit par se dissoudre dans le ciel. 24. celui qui connaît et celui qui est connu. Dans ces manifestations hallucinatoires ou délirantes de la totalité unitaire de la Chose. toutes les coupures de la sphère. “The third continuation”. C’est la fin du dualisme apparent et le moment du monisme subsistant. Ainsi donc. puisqu’elle comprend ce manque. Mais. la Sainte-Vierge. irreprésentable. puisqu’elle est tout. cit. mais aussi l’unité. par son anus. nous voyons comment l’objet a cesse d’être réduit au rien dans le sujet. Lorsque l’objet a retourne au sujet. Paris. Il s’est réintroduit à nouveau dans le sujet par les ouvertures de son corps. constitue l’être chosique total et unitaire qui embrasse le sujet et l’objet. de même que le Saint-Graal. “ce que peut être le lieu en soi”397. “Sur la démonomanie”. 1954. dans l’air. ces lieux où nous sommes à chaque moment.). avec la Sainte-Vierge. qui est le rien de l’objet a. comme représentation réelle de la Chose. incommunicable. vol... que vous trouvez dans son essai sur la Démonomanie. Le sujet n’est plus séparé de l’objet. la distinction entre le signifiant et le signifié. Elle est la totalité unitaire où finissent par de dissoudre toutes les parties. elle est “le tonnerre” et elle “parcourt l’espace pendant les orages”395. la Chose amoureuse constitue le monisme subsistant derrière toute apparence dualiste. Si nous pouvons élever la Chose à la totalité unitaire.-J. sans devenir le rien de Gorgias. 342-344 18 . 342. la Chose amoureuse. Paris. “la connaissance est dissoute par l’Un dans l’inconnaissance. Les belles lettres. la Chose amoureuse est la pure indistinction. cit. rien lui fait le manque inhérent à l’objet a. sans aucun vide. avec le ciel.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 En tant que Chose maternelle confondue de manière incestueuse avec le sujet qui n’est pas encore un sujet. Dans la philosophie de Damascius.. 79. I. Elle est la totalité. la distinction se replie dans une union. le Christ et cette malade de Macario qui parcourt l’espace pendant les orages.. Festugière (trad. toutes les divisions. n’est-il pas vide lorsque Perceval se réveille le matin. II. n’était-elle pas vide à deux heures du matin ? Le château du RoiPêcheur. vers 42625. et alors la malade se confond avec le monde. 395 Macario. 530. 33-34. l’Un coexiste comme un capable de connaître.. p. par sa bouche. mais antérieurement à la distinction”393.. in Annales médico-psychologiques. ainsi que dans certains délires mélancoliques.. Il s’agit de Anne C. La malade de Macario se confond avec le tonnerre qu’elle entend. 1843. voire la coupure de cette entité unitaire qu’est la sphère d’Empédocle. enfin. Telle qu’elle se manifeste dans le délire d’énormité. et 393 Damascius. n’est-il pas lui aussi vide ? C’est exactement ce qu’Asclépios demande à Hermès : “N’y a-t-il certains objets vides. tous les manques. mégalomaniaques et paraphréniques. ô Trismegiste. la totalité unitaire de la Chose amoureuse -qui n’est donc plus. une démonomaniaque de “figure toujours riante”. il n’y a pas de manque en elle. p. où “il n’y a pas de lieu vide”. Voilà pourquoi la Chose reste hors signifié. Notre chevalier est emporté au ciel.. inconnaissable. qui n’est que le rien auquel nous voyons se réduire la Chose dans le sujet. Macario nous explique que “les démons entrent dans son corps par la bouche et par l’anus”. toutes les distinctions.. pp. c’est-à-dire de la division entre le sujet et l’objet. Fortin-Masson. Perceval se confond avec tout ce qu’il n’est pas : avec le Christ. “à celui qui est capable de connaître. elle se referme sur lui et elle le dissout dans sa plénitude consistante. toujours plein de luimême. non à partir de la distinction. où “il n’y a de vide d’aucune sorte”. de 1843. 1250. pour la signifier il faudrait la soumettre à une distinction. Nous voyons comment il retourne au sujet. et si nous pouvons réduire corrélativement -avec Pessoa. 1843. constitue la marque de la division du sujet. 397 Hermès Trismégiste. p. “Asclépius”.. mais parce qu’il est l’ensemble des deux au-dessus de chacun des deux. 394 Ibid. dans la Chose amoureuse. Le sujet ne manque plus d’être. Il n’est plus cette absence dans le sujet. A. de sorte que la connaissance aussi s’écoule dans une inconnaissance”394. 21. in Corpus Hermeticum. sans aucun manque. Op. avec le Saint-Graal. 84. comme une jarre. Cet univers ressemble ainsi à celui conçu par Hermès Trismegiste. dans lequel nous voyons se manifester cette totalité unitaire qui subsiste imperceptible dans tout de qui nous entoure. Traité des premiers principes. elle cesse d’être la Saint-Graal perdu au sein de son propre mystère et réduit au rien dans le château du Roi-Pêcheur. en conséquence. le lendemain de l’apparition du Saint-Graal ? Le Saint-Graal. Ainsi. l’univers. et alors notre malade devient encore une fois ce qu’il y a en dehors d’elle. celle-ci.. comme un univers consistant. Op. M. car il est tout. il n’y a pas de manque dans cette totalité unitaire. 458. mais parce qu’elle est tout. qui est toujours subsistante. C’est la confusion chosique entre le sujet et l’objet. Non parce qu’elle soit rien. non parce qu’il est chacun des deux. lorsque il n’est plus présent comme absence. comme le croit Gorgias. Nous arrivons à l’ascension de Perceval dans la troisième continuation de Manessier 396.. Voilà que l’objet a ne lui manque plus. Le Saint-Graal n’est plus vide. elle cesse d’être perdue dans l’objet et réduite au rien dans le sujet. c’est parce que cet univers nous apparaît plein. Le rien de l’objet a.. ne sont-ils pas des lieux vides que nous occupons ? Cette salle de l’université. Or. un pot. et encore il se présente comme un connaissable. Ce château n’est plus vide. Lorsque l’objet a n’est plus réduit au rien dans le sujet. puisque la connaissance a besoin de distinction. comme objet a ou -a. ce qui est réduit au rien dans le sujet.

. I. l’être réel chosique.2) dans des représentations qui ne sont que symboliques ou imaginaires (6. même si elle est absente dans le sujet. même le plus immatériel. de sa perception et de sa parole. en ne laissant aucun lieu en soi disponible pour nous.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 tous autres objets semblables ?” Et Hermès lui répond : “Fi! Quelle immense erreur.. “Traité II”. Intelligible. pour nous et en tant que nous. absent dans le sujet. complet. toi. Ces choses donc que.. pour lui et en tant que lui. Il n’y a que du Même. qui nous démontre ceci en remplissant tout. Il a un aspect qui lui est propre.. toujours plein de lui-même. en plus de cette présence kantienne en soi. Même s’il est absent comme tel en nous. cit. en tant que tel.4). p. 19 . elle reste pourtant présente en tant que telle. en lui-même. en-deçà et en-avant de toute représentation. mais aussi du monde objectif du sujet.. in Corpus Hermeticum. Op.5) et réduite au rien en tant que sujet (6. en soi et pour soi. Comme être réel chosique. p.. Traité des premiers principes. Op. pour son manque-à-être -dans la chaîne signifiante où il existe. Il n’y a que la totalité de l’être réel chosique. 401 “Sagesse de Jésus”.3). En effet. la sphère d’Empédocle cernée de solitude. mais présente avant nous. “Poème”. Puisqu’il n’y a pas de lieu vide. Voici la seule Chose qu’en fin de compte le SaintGraal représente réellement. 400 Damascius... 3.. en ne laissant pas de lieu vide. en soi et pour soi. l’être de Parménide : un être plein. est cependant en gestation du connaissable”400. Op. vol. Inaccessible. total. Le vent psychotrophe ou l’air et le souffle d’Hermès. in Codex de Berlin. 88. absente en nous. absolument indépendant de la volonté du sujet. total et unitaire. Ou bien. Il n’y a aucune place.. parce que ceci impliquerait être précédé par le sujet qui le saisit -comme l’imaginaire est précédé par le symbolique. cette dame qu’est sa mère. il n’y a donc pas de place pour ce lieu en soi qu’est le lieu de l’Autre. entier. Or. Cet être réel chosique. 398 Hermès Trismégiste. il y a la présence hégélienne pour soi. par exemple dans le passage suivant de la Sagesse de Jésus : cet être “n’a pas de nom car quiconque a un nom est la créature d’un autre. non comme ce que vous avez vu ou perçu. ainsi que dans ses représentations réelles et imaginaires. en soi et pour soi (6). L’air ou le souffle. le seul lieu où nous habitons. qui transcende toute chose. L’air ou le souffle. notre Chose amoureuse. Voilà notre être réel chosique subsistant. Asclépios. qui nous démontre que la Chose constitue la totalité unitaire de l’univers. en soi et pour soi. le Saint-Graal et cette dame de Nerval qui se confond avec les nuages. 399 Parménide. cet être maternel et incestueux. 36. ainsi que le Christ. cit. 530. la lettre a. pour le sujet divisé. Voici l’air ou le souffle. “remplie d’être”399 -comme nous dit Parménide. tout en étant absente dans son représentant symbolique. 10. dans cet univers chosique subsistant. présente en tant que telle. tout. dans la causette et dans la chosette. elles sont pleines d’air ou de souffle”398..1). inébranlable et impérissable. pour nous et en tant que nous. Il doit être.... Tout cela nous fait penser encore une fois au Dieu gnostique. pour emprunter les mots de Damascius.. en gestation de tout ce qui le représente -de même que la Chose maternelle qui est en gestation non pas seulement du sujet. qui nous démontre que tout est chosique. Il ne peut nécessairement être saisi. il s’intellige lui même”401. unique. elle est présente en tant que telle. le tenir pour vide. 171. de son intelligence. Il est ainsi en-deçà et enavant de toute connaissance qu’il englobe. en présence d’elle-même. tout en étant absente dans la cause du désir. elle est pourtant présente en soi. p. “tout en étant inconnaissable. même si la Chose est perdue dans l’objet (6. il est présent en soi. en elle-même et pour elle-même.. cit. ce qui est plutôt absolument plein et rempli. du fait même de leur réalité. Il n’a pas de forme humaine car quiconque a une forme humaine est la créature d’un autre. la Sainte-Vierge. Ainsi. L’air ou le souffle. la Chose amoureuse.. p. Op. Voici la Chose amoureuse. 28. elle est pourtant présente. dans Les travaux et les jours d’Hésiode et dans les peintures de William Turner... -450. Insaisissable. il est présent. avant le sujet qui existe. tu dis être vides. ainsi que la Sainte-Vierge et la déesse Isis. 114. cit. doit être ainsi un être absolument transcendant. lequel quand il regarde de tout côté de voit que lui même par lui-même.. mais présent en tant que tel. pour lui et en tant que lui (6. voici l’air où finissent par se dissoudre Perceval et la malade de Macario. même si elle ne peut être réellement représentée que par une absence (6. voici la Chose que la girouette de Peirce représente réellement. Ceci impliquerait aussi être créé par le même sujet -comme le signifié est créé par le signifiant. mais un aspect d’un genre autre. en elle-même. tout en étant absent dans la matière métallique de la girouette de Peirce. unitaire. 10. pour l’être symbolique langagier. en éveillant ainsi le désir et en suscitant la causette et la chosette. la Chose de jouissance.

113. Pendant cette transition entre le Saint-Graal et la Dame. nous essayerons d’éclaircir qu’est-ce que la Chose pour le sujet. 52. toutes les questions. le sujet le prend pour la Chose. en effet. La représentation réelle. M. “l’amour doit demeurer mystère. pour être vraiment courtois. enfin. 405 Wolfram von Eschenbach. Lancelot répond. dont l’importance. Ollier (trad. le chevalier le prend pour la Chose. mieux connu comme Frauenlob. à partir d’un certain moment. Le Saint-Graal est assimilé à ce reste. 1995. Micha (ed. jusqu’au point de se substituer à lui.). Celui-ci. Le Perceval de Wolfram von Eschenbach a “la pensée toute occupée” de la Dame qui porte le Graal405. le mystère de l’amour courtois. 1950. pour le réel de la Chose. il y a des moments où ces deux représentations de la Chose arrivent à se confondre. 404 Anonyme. la Dame qu’est Blanchefleur peut occuper. in Le lyrisme medieval allemand. dans cette problématique de l’abord de l’autre sexuel. Comme chanterait le poète courtois Henri de Meissen. En tant que reste -identité qui est conforme avec son destin d’objet a ou de représentation réelle de la Chose-. à partir d’un certain moment. La reine et le Graal. concernant le mystère du Saint-Graal. Pour Lancelot. Paris. Le livre de poche. prise pour le Saint-Graal. Dans cette méprise. 144. de Dame ne di je mie)404. Paris. 205.). que l’objet qu’il sublime. mais que quant à une Dame il ne dirait pas la même chose (il me samble. 403 Méla. Dans ce glissement où se précipitent toutes les questions. la transition entre celui-ci et la Dame ne cesse pas de se manifester. p. Nous pouvons avancer déjà. 713. Plus précisément. 1200. fet il. La Dame l’objet élevé à la dignité de la Chose Il n’y a pas seulement le Saint-Graal pour les chevaliers. Le roman de Tristan en prose (version 2). le petit autre imaginaire devient le grand Autre réel qu’est la Dame aux yeux de son chevalier. 407 Henri de Meissen. Lorsqu’il s’occupe du rapport entre Blanchefleur et le mythe du Graal. Par la sublimation. Lancelot. A. en partant de ce qu’il attribue à l’objet pour l'élever à la dignité de la Chose. 1984. Pour Tristan. 1999. Lyon. de précipiter toutes les questions”403. En raison de son rapport à la Chose. Ceci peut expliquer. Moret (trad. V. 1984. devient représentation imaginaire sublimée. Paris. que dans le roman de Chrétien. p. Perceval élève Blanchefleur à la dignité de cette Chose qui est réellement représentée par le Saint-Graal. 105. Paris. qu’il lui semble qu’il n’a “jamais vu de demoiselle si belle”. 1230. comme une règle générale. C. 1250. il se perd dans une contemplation si profonde qu’il est indifférent à tout le reste”406.“par la grande queste du Saint Graal perdi il Madame Yseut. p. que de Damoisele ne vi je onques si bele. Genève.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 7. vol. C’est ainsi que. qu’en le prenant pour du réel. Le Saint-Graal devient Dame prise pour le Saint-Graal. Dans le mystère de l’amour courtois. il y a Blanchefleur. qui lui fait oublier sa quête du Saint-Graal. et après nous rappeler que “le sentiment courant identifie le roman au récit de l’amour”. la place laissée vide par la Chose que le Saint-Graal représentait réellement. d’ailleurs. p. rendant d’amour mesure entière”407. Dans le Lancelot il y a cette demoiselle dont la beauté “émerveille Gauvain plus encore que celle du vase. p. p. Tonnelat (trad. Droz. Ainsi. Ainsi. Droz. c’est-à-dire à l’abord incertain de l’autre sexuel. Dans les mythes et légendes du Saint-Graal. E. En étant sublimée. donc prise pour une représentation réelle. 1977. l’objet sublimé qu’est la Dame. IAC. et li rois March le recouvra”402. 21 . 406 Anonyme. quand le roi Pellés lui demande ce qu’il pense du Saint-Graal apporté par sa fille (qu’il li samble del riche vessel que le damoisele aporta). il y a Iseut. doit demeurer un mystère. cet objet. maîtresse). Le mystère du Saint-Graal cède sa place au mystère de l’amour courtois. 1200. mais aussi leur Dame (du latin domina. le sujet ne peut avoir de rapport vraiment amoureux à son petit autre du miroir. 1230. 206.). mais -à l’inverse de Lancelot. constitue lui aussi un mystère. soient précipités par la problématique relative à l’abord de l’autre sexuel qu’est Blanchefleur. vol. “Chanson”. dans ce glissement qui ne nous intéresse maintenant que pour autant que nous le retrouvons aussi à l’extérieur du roman de Chrétien de Troyes. VI. à un moment donné. Lancelot. 1979. Mèla reconnaît que “le glissement provoqué dans le mythe tient peut-être tout entier à ce qu’il soit désormais réservé à la problématique amoureuse. A. il y a la célèbre Guenièvre. V. il n’y a aucun doute que l’amour courtois. devient effectivement. qui ne cesse pas de nourrir le mystère de l’amour dans notre civilisation. 28. tout simplement. à cet objet narcissique et imaginaire. il tombe de la chaîne signifiante. devient capitale pour le développement du roman de Chrétien de Troyes. qui comporte la présence de ce qu’elle représente. VI. 402 Anonyme. Autrement dit. Cette Dame est Guenièvre. ou quels sont pour lui ses attributs chosiques.-L. il tombe avec toute l’insignifiance de son mystère -qui doit céder sa place au mystère de l’amour courtois. par le fait même de sa sublimation. Parzival. nous allons montrer aujourd’hui comment l’abord incertain de l’autre sexuel donnera lieu à sa sublimation. Aubier-Montaigne. car jamais Gauvain n’a vu de demoiselle dont la beauté soit comparable à la sienne . Pour Perceval.). le mystère du Saint-Graal. Seuil. 137. vol. ce que le petit autre puisse devenir pour le sujet nous permettra de comprendre ce qu’est la Chose aux yeux du sujet.

415 Ibid. Chez Lacan. qui est également sa mère.. la mère et l’épouse sacrée de Nerval. Paris. Aurélia. je reste fidèle au célèbre passage de L’éthique de Lacan. une femme aussi exceptionnelle que n’importe qu’elle autre femme. dans la Moyen Âge. où “quelque chose lui dit” à Gérard que “la Vierge est morte” 411. Comme la sculpture en marbre de Notre-Dame-de-Lorette. pour autant qu’elle est au cœur de l’économie libidinale.) à la dignité de la Chose”410. p. à la même dignité de la Chose. Elle apparaît alors comme un objet sublimé. p. je ne peux m'empêcher d’évoquer ici le moment. justement lorsqu’il se trouve devant une sculpture de la Sainte-Vierge en marbre blanc et avec les yeux fermés. cette Vierge est “l’éternelle Isis. en se confondant avec la terre et le ciel. n’est pas la Chose. est élevée à la dignité de la Vierge. et la Chose maternelle. En tant qu’Isis. pp. la Dame de Nerval. le statut ou la situation de fait de la Chose absente qu’il représente -de cet objet ultime de son désir autour duquel tourne tout le mouvement pulsionnel.. Or. je pense qu’il n’est pas inopportun d’enrichir avec la sublimation de l’image de la Sainte-Vierge la théorie lacanienne de la sublimation de la Dame. que vous pouvez encore voir dans l’église parisienne de Notre-Dame-de-Lorette. 67. 143. la Dame du Ciel ou la mère de Dieu. la même aussi que sous toutes les formes il a toujours aimé”414. celui-ci comme Chose amoureuse. une image miraculeuse de la Sainte-Vierge à la dignité de la SainteVierge.. Il crut que “les temps étaient accomplis et que nous touchions la fin du monde annoncée dans l’Apocalypse”. 1988. elle est élevée ainsi à la dignité de la Chose maternelle et amoureuse. 9 . 411 Nerval. Même si je regrette de m’éloigner maintenant du Moyen-âge. Si nous concevons l’amour courtois à la lumière de la Dame du Ciel. 1855. en tant que mère et épouse sacrée de Nerval. 67-68. afin de se suicider. p. Nerval se dit alors que la Vierge est morte. un objet imaginaire où la Chose réelle est perdue (6. J.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 7. 409 Nasio. Aurélia et la Sainte-Vierge. la sublimation est ce qui élève un objet imaginaire. de la lettre a.. Isis. 1999. comme objet ou représentation imaginaire. 54. op. G. 412 Ibid. grâce à la sublimation. Cela veut dire. pour autant que l’intéresse l’objet en tant qu’il est plus ou moins son image. cette Vierge qui le “fait penser à sa mère” 412. nous comprendrons mieux le rapport entre l’objet imaginaire sublimé. De cette manière. à la dignité de cette Chose absente ou insignifiée (4.60”. le “soleil noir” de la mélancolie415..cet objet. précisément. 414 Ibid. Paris. les points d’attrait de l’homme dans son ouvert. dans l’Aurélia de Gérard de Nerval. elle est “la même que sa mère. son reflet. à partir de l’amour courtois pour la Dame des troubadours et des trouvères. Il put alors voir. dans son monde.. c’est-à-dire comme un objet élevé à la dignité de la Chose. laquelle est désignée comme Dame. p. 78. et par la même sublimation. Payot. p. 413 Ibid.1. elle est toujours 408Vandermersch.-D. à la dignité de la Chose réelle. 133-134. B.01. De même que chez Nerval. celle qui “s’évanouit dans sa propre grandeur”416. la sublimation élève un objet i(a) signifié ou présent pour le désir du sujet (5.3). le i(a) présent pour le sujet. dans un ciel désert. in L’éthique de la psychanalyse. acquiert pour lui. la Dame du Monde. 38. la SainteVierge est la Chose maternelle qui se confond avec son fils dans la totalité incestueuse unitaire de l’univers.7). Elle élève. que “l’objet élu de nos pulsions quitte son caractère spontanément narcissique pour tenir lieu de la Chose”408. J. Enseignement de 7 concepts cruciaux de la psychanalyse. Le livre de poche. En quelque sorte. en tant qu’objet imaginaire. Vandermersch. cit. 1960. voire a + b. telle qu’elle fut élaborée dans le séminaire sur l’Éthique. p. Et la formule la plus générale que je vous donne de la sublimation est celle-ci -elle élève un objet (. Il vit là comment “les étoiles venaient de s’éteindre”. l’objet narcissique et imaginaire.5). “La Chose”. ce qu’on désignait comme la Dame. est élevée à la dignité de la mère et de la Sainte-Vierge. En tenant lieu de cette Chose absente pour le sujet. La représentation imaginaire de la Vierge. une représentation blanche et aux yeux fermés. 2001. Seuil. Elle ne pourra donc pas mourir sans susciter la fin du monde et de l’univers. 2003. Puisque la Dame et l’image de la Sainte-Vierge furent ainsi élevées en même temps.. Elle est cette Dame que vous connaissez déjà. Avec cette définition de la sublimation. la sublimation élève une représentation imaginaire à la dignité de la Chose qu’elle représente. celui-ci comme Osiris. 72. C’est effectivement ce qui arriva lorsque Nerval sortit de l’église de Notre-Dame-de-Lorette et se dirigea vers la Seine. Paris.4) que l’objet signifié représente de manière imaginaire pour le sujet (6. ainsi que les images miraculeuses de la Sainte-Vierge -dont Hegel nous parlera le prochain cours-. pour son désir et pour la satisfaction de ses pulsions. comme l’établit B. i(a). 1986. en effet. Proche de l’hallucination. est assimilée à la femme aimée par Nerval.. furent toutes les deux honorées par la même sublimation. ou la Dame du Monde. la mère et l’épouse sacrée”413. et en “entraînant” celui-ci vers une “satisfaction non sexuelle” et “globale” proche d’un “vide infini” et d’une “jouissance sans limites” -dirait Nasio409-. 70. 416 Ibid. lequel mérite d’être cité dans sa totalité : “L’objet -pour autant qu’il spécifie les directions. par exemple. p. p. “Séminaire du 20. 410 Lacan.

Op. pp. se dévoile pour les croisés. 422 Ibid. 1881.01. comme lettre a. Bouvard et Pécuchet. 1960. dans le “miroir” du “narcissisme”425.. 1960.. qui n’est en définitive que “la meilleure Dame” 418. cit. 150. 211. par la sublimation.. le Saint-Sépulcre..60”. 419 Thibaud de Champagne. mais cerné par le réseau des Ziele”. “Débat LIX”. élève celui-ci à la dignité de la Chose dont il est privé. se dévoile pour les troubadours et les trouvères. en restant absent dans la parole. Celui-ci. la Chose courtoise est celle qui ne peut être représentée par un objet imaginaire féminin. 423 Ibid. En même temps que cette Chose courtoise. 180-181. qu’en posant la “privation” et “l’inaccessibilité” de cet objet. évidemment. J. comme elle fut appelée alors. dans la position du vide symbolique et de surface imaginaire qui recouvre ce vide. I. 1960. d’un même vide et d’un même dévoilement. au XIIIème siècle.60”. “vidé de toute substance réelle”. Élever une Dame du Monde à la dignité de la Chose n’est rien d’autre que l’élever à la dignité de cette Sainte-Vierge -de la même façon qu’une image de la Sainte-Vierge est élevée à la dignité de la Sainte-Vierge. in Recueil de chansons. 150. la Chose courtoise est celle qui se “dévoile” comme “vide cruel”.. de la Sainte-Vierge. ne glisse plus dans la structure signifiante. 146. cit. c) Le 3 février 1960. car sorti de ses entrailles l’Homme exalte son amour et n’aspire qu’à reposer sur son cœur”417. p. Les troubadours et les trouvères du Moyen Âge chantaient donc aussi bien à leur Dame qu’à l’image de la Sainte-Vierge. 2000. 1991.60”. p. ce représentant symbolique qu’il avait aussi élevé à la dignité de la Chose. 8 . Cit. en s’imposant la privation d’un objet imaginaire. Op.. 151-152. L’Aventurine.02. insaisissable comme objet a. dans la confusion incestueuse. cit. comme représentation du Ding -à rapprocher de la Dingvorstellung freudienne. et les autres objets imaginaires non-sublimés.. 147. “à la place” de la Chose courtoise. p.60”.). celle-ci comme Chose maternelle et amoureuse -”idéal de la Femme transportée dans le ciel. p. A. p. en “présupposant une barrière qui l’entoure et l’isole”. comme objet “affolant”. 192-193. Op. 1230. p. cit.01. à la dignité de la Chose. in L’éthique de la psychanalyse.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 une image de la Dame du Ciel. comme vide cruel. 420 Lacan. comme Sachvorstellungen. p. 424 Lacan. Paris. avec Lacan. Op. la “merveilleuse Dame surnaturelle”419. sera donc la seule représentation imaginaire de la Chose en tant que Ding -et non pas en tant que Sache. 417 Flaubert. 1960. un objet dont le “registre” est “imaginaire” et dont les “fondements” sont “narcissiques”. J.. l’expression d’Arnaud Daniel427. lorsque le miroir devient lui-même insaisissable pour le sujet.02. b) Le 27 janvier 1960. e) Le 9 mars 1960. perdu dans l’objet et réduit au rien dans le sujet. “qui est appelé en l’occasion la Dame”422 -cette Dame qui mérite un amour qu’on désigne en allemand par le terme de Minne. Nous pourrions dire que la Chose cesse d’être insaisissable au miroir. V. grâce à la notion d’objet a. l’objet du Minne ou de l’amour courtois. l’autre vide cruel. comme Chose.2. 418 Thibaud de Champagne.. sera pourtant. “Séminaire du 03. comme -a. par le trouvère Thibaud de Champagne -lequel. il faut relever quelques étapes dans la conception de la Chose que nous désignerons désormais comme Chose courtoise : a) Le 20 janvier 1960. in Recueil de chansons. 1230. Klincksieck.ou de la Chose courtoise.60”. bien évidemment. 426 Ibid. mais qu’il est cerné ou encerclé par cette structure. en étant isolé comme la sphère d’Empédocle cerné de solitude. L’objet sublimé. au cœur d’une Dame qui se trouve simultanément “dans la position de l’Autre et de l’objet”. in L’éthique de la psychanalyse. op. Il y aurait ainsi une différence radicale entre l’objet sublimé du Minne. comme cloaque.03. c’est-à-dire la Dame du Ciel. celle “représentée” dans l’imaginaire par cet objet. “Débat LVIII”. 7. Maintenant. il partit en croisade pour récupérer le Saint-Sépulcre. en le “présentant avec des caractères dépersonnalisés”. J. “quelque malaise dans la culture” 426. en tant que réseau des buts pulsionnels. des Dames et des images de la Sainte-Vierge. 427 Lacan. en vertu de la sublimation de l’objet. J. nous pourrions dire que celui-ci. en plus d’élever des représentations imaginaires. cit. in L’éthique de la psychanalyse. 425 Lacan. (trad. p. L’objet sublimé pourra donc représenter la Chose en devenant inaccessible comme le pragma platonicien. la Chose courtoise est celle représentée par la Dame dans un amour courtois qui est décrit comme “forme exemplaire” ou “paradigmatique” de la “sublimation” -forme dont les “retentissements éthiques sont encore sensibles dans les rapports entre les sexes”424. Paris. p. 1960. la Chose courtoise est celle à la “dignité” ou à la “fonction” de laquelle on a “promu” ou “élevé”. J. Op. in L’éthique de la psychanalyse. lequel ne doit pas être confondu avec celui de Liebe423. “Séminaire du 20. Par cette sublimation. “Séminaire du 10. 133-134. 178-180. pas par hasard. des buts de la pulsion420. comme représentation de la Sache. et se dissoudre. “Séminaire du 09. comme “trompette puante” -pour reprendre. p. in L’éthique de la psychanalyse. la Chose courtoise. Il s’agit. Notre-Dame. 153. “cruel” et “inhumain” -traits dans lesquels s’exprimerait. Dans l’Éthique de Lacan. la Chose courtoise “n’est pas glissée dans. d) Le 10 février 1960. qui “apporte à la pulsion une satisfaction différente de son but”. G. “Séminaire du 27. “impossible de nous l’imaginer”421 ou réellement irreprésentable pour nous dans l’imaginaire. Micha. 421 Lacan.

comme dirait Juranville.1). En effet. 429 Peraldi. dans l’éclat illusoire de sa jouissance absolue et de sa suffisance impossible”432. je ne fait que signaler un fait sur lequel j’aurais l’occasion de revenir en détail. “Chose”. il n’y a pas le réel qui remplit ce vide ou l’imaginaire qui le recouvre.. Angers. il faut que la Dame ne soit que signifiante.sous forme de femme. laquelle. nous pouvons “retrouver” dans la sublimation. “La Chose lacanienne”.60”. l’amour courtois -comme Minne-. à guise de synthèse des éléments qui s’opposent dans la conception de la Chose courtoise. Cette élaboration lacanienne de la Chose courtoise me semble assez logique : elle part de sa représentation imaginaire et narcissique. Nous examinerons plus tard.3. Pour expliciter ce lien en commun. comme Sachvorstellung. voire le lieu de l’Autre. 1977. entre l’imaginaire pris pour du réel et le vide réel. autrement. Avec F. Entre ces deux extrêmes. dans ce vide laissé par son absence -que nous désignons comme objet a-. F. et en devenant inaccessible pour le sujet qui se prive d’elle. Paris. comme absence de la Chose au cœur de l’Autre -ce qui se manifeste comme absence de l’achose dans la parole-. En tant que rapport entre le sujet. la cloaque de la Dame dans sa nudité. ne pourra être élevée à la dignité de la Chose insignifiée (4.qu’est la Chose courtoise. par lesquels s’opère son élévation à la dignité de la Chose courtoise. entoure et cerne. 1200. 10. in Écrivains anticonformistes du Moyen-Âge occitan. “Séminaire du 04.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 f) Le 4 mai 1960.05. va “prendre par la jouissance dégagée dans la sublimation une réalité. comment la sublimation peut engendrer la Chose -en tant qu’œuvre d’art. tel qu’elle se manifeste ici dans l’amour courtois. à distinguer de l’amour non courtois -comme Liebe-. que la Sache. la sublimation. scientifique ou religieuse. op. “la présence silencieuse et le pouvoir d’engendrement de la pensée” 429. en énonçant que : forme exemplaire de la sublimation (7. Peraldi. l’intérieur vide de la trompette puante d'Arnaud Daniel. constatons seulement que dans la poésie courtoise. in L’éthique de la psychanalyse. 1990. 7. la Chose courtoise est celle à la place de laquelle les “êtres vivants” ne seront pas “dans leur réalité charnelle et historique”. 432 Juranville. de signifiant” -comme “ce vide” qu’il y a “dans le cloaque” de la Dame d’Arnaud Daniel428. “la Chose. comme Ding. ici la Chose courtoise. toujours comme élévation d’un objet à la dignité de la Chose. en effet. “Aube”. mais seulement le vide lui-même. l’insignifiance du signifiant. En attirant votre attention sur cette condition de signifiance de ce qui est sublimé. Paris. J. comme objet imaginaire. p. comme vide. cit. Op. cit.1984. 235. 151-152. 12. 11. 1990. R. dans l’objet sublimé. dont elle occupe la place. doivent forcément correspondre aux caractères hypothétiques de cette Chose. derrière la sublimation de l’objet comme dénotation de la Chose courtoise. et non pas signifiée.et finalement la déchirure du voile imaginaire sublimé. laquelle. Remarquez bien que le poète courtois ne pourra prendre l’objet imaginaire pour la Chose courtoise qu’en vidant et dépersonnalisant cet objet signifié. Sublimée. après cet amour comme forme exemplaire d'élévation de la représentation imaginaire à la dignité du réel chosique représenté. Phébus. Avec cette certitude.seulement signifiant. resterait irreprésentable par un objet imaginaire qui ne représenterait. les attributs exceptionnels de l’objet. Nelli (trad. ce réel réel derrière la réalité imaginaire sublimée de Frege et des psychologues du moi. l’objet a. constitue un lien en commun où peuvent se résoudre les tensions que nous venons de rencontrer à l’intérieur de la conception lacanienne de la Chose courtoise. de signifiant. p. Les notions philosophiques. p. 431 Bertran d’Alamanon. Auroux (dir. par le réseau signifiant des buts pulsionnels. comme être de raison et signifiant. cette femme. et sa Chose. la sublimation nous la donne -et je pèse mes mots. le vide comme être symbolique langagier. devient ainsi la “douce chose” (doussa res)431 -comme l’appelle Bertran d’Alamanon. Autrement dit. 428 Lacan. celle de la femme”430. in S. ensuite cette élévation déterminant l’inaccessibilité et la privation de l’imaginaire -comme s’il s’agissait du réel.). Comme dirait Juranville. à l’occasion le poète courtois. comme -a. “Chose hors-monde. p. pour aboutir à sa représentation réelle. 430 Juranville. A. en étant vidée ou dépersonnalisée. PUF. nous voyons se succéder : d’abord la Dame sublimée par l’amour courtois qu’on appelle Minne. voire le dévoilement du vide. c’est-à-dire l’être symbolique langagier. Pour le moment. la représentation réelle de la Chose.. prétendument réel et consistant derrière son apparence. à savoir le caractère signifiant de la Chose insignifiée. 8 . la Dame est élevée par la sublimation à la dignité d’une Chose réelle. mais dans leur “être de raison. pour qu’elle puisse être élevée à la dignité de la Chose insignifiée. 1984. p. un vide chosique à la place duquel sera mise une Dame. 1960. je tenterai maintenant de déduire quelques-uns de ces caractères. Par conséquent. 1984. Ceci me permettra de vous démontrer qu’à la dignité de la Chose furent élevées aussi les images miraculeuses de la Sainte-Vierge et non pas seulement ces Dames qui ne sont en fin de compte qu’une sorte assez particulière d’images de la Sainte-Vierge -celle-ci en tant que Chose et plus précisément Chose maternelle et amoureuse. afin de le faire devenir -je pèse mes mots. ECF-Val de Loire.). “La Chose lacanienne”. A. du -a. lieu d’une mythique jouissance absolue”. 320. En tant qu’objet imaginaire. nous pouvons conclure. à la place de l’être réel chosique. la Dame. en plus de nous donner la Chose sous forme de poésie. in Recueil. qu’en cessant d’être signifiée.4). et non pas le Ding. au cœur de l’être de raison.

UGE 10/18. 1200. in Oeuvres complètes.. ou en esprit ne formerais plus belle. la Chose courtoise doit être. Reinmar de Haguenau déplore que “la parole ne peut épuiser” la “louange” de sa Dame (Dîn lop mit rede nieman vol enden kan)433. 1966. comme le postule Conon de Béthune. cette langue jouissante à l’état originel chosique. Cette assimilation. Il rêve. 444 Thibaut de Champagne. par son absence dans la parole. dans laquelle rien ne manque. que je reste incapable de parler”438. “plus 433 Reinmar de Haguenau. Il ne peut que rêver pour satisfaire son désir.. par sa propre nature. En présence d’elle. P. “Chanson VII”. en lui “tranchant sa langue”. le même Thibaut nous dit que la Chose courtoise est “celle où réside la beauté”444. “Chanson XIV”. la Chose courtoise est la beauté en soi.. par le troubadour Rigaut de Barbezieux : “Comme jadis Perceval (. cit. 57. op. “La douce voiz du louseignol sauvage”. II.. 47. 441 Walther de la Vogelweide. En fait. in Recueil de chansons”. L’objet d’un enchantement : probablement celui du désir de l’Autre maternel.. qu’on lui reprochera comme vilenie”. Thibaut de Champagne explique de la même façon l’absence de la Chose courtoise dans sa parole : “Votre grande beauté éteint tout autre sentiment en moi. pendant son entretien avec le Roi-Pêcheur. cit. il ne s’agit peut-être plus exactement d’une langue qui chante. je suis muet et je sens ma force défaillir. la Chose en tant que telle. 45. Paris. p. I.) fut si fort émerveillé qu’il ne sut pas demander à quoi servaient la lance et le Graal. in Recueil de chansons”. sans limite. Mais ce n’est pas tout.. 117. sa langue reste paralysée. parce que Gornemant de Goort lui avait dit. “Chanson”. de même que le Saint-Graal dans la parole de Perceval. En plus d’imposer le silence et ravir ainsi la raison. tels qu’ils manifestent certains états de la Chose en général et tels que je les ai discernés dans des chansons des trouvères et troubadours français. Raimbaut d’Orange assure qu’il “sait bien parler d’amour au profit des autres amants”. 1983. comme si j’étais l’objet d’un enchantement”437. celle du trouvère Adam de la Halle fut apparemment liée : “Quand je vous vois. 1990. la beauté de la Chose courtoise “peut déplaire” Walther de la Vogelweide 441. “Chanson”. op. op.). Quant à sa chanson. mieux-que-Dame. 65 438 Châtelain de Coucy. 39. devant votre beauté (. qui nous informe que la “beauté” de sa Dame lui a “ravi la raison” 440. et j’ai la langue liée. in Les troubadours. Chants d’amour (Minnesang). p. p. une représentation imaginaire de la Chose ou une beauté pour nous. portugais et galiciens : a) L’absence dans la parole. Elle peut même aveugler Thibaut de Champagne : “Votre beauté fait en moi une telle blessure que je ne reçois même pas l’aide de mes yeux pour regarder l’objet de mon désir”442. 1230. fut déjà soulignée. en rêvant. c’est à cause de sa beauté : “Sa beauté m’emplit d’un tel émoi.. si la Chose courtoise est absente dans la parole. 442 Thibaut de Champagne. 1200. p. mais qu’au sien. op.. III.. 121 7 . op. 1995.. La beauté en soi de la Chose courtoise dépasse tout image idéale parce qu’elle n’est pas simplement une image objectivée de la beauté. Strasbourg. Or.. allemands. p.).). op. 31. “Chanson”. Cette affreuse beauté de la Chose courtoise est aveuglante. occitans. p. cit. que “quiconque trop parliers. 55. 1230. “Chanson XIX”. absolue”443.. 437 Adam de la Halle. in Les troubadours. si grande est la “joie” du même Reinmar. E. en sa présence. Il doit rêver. in Recueil de chansons”. 1150. 436 Rigaut de Barbezieux. Paris. 1200. cit. cit. d’après le même Thibaut de Champagne. 445 Guy d’Ussel. Desclée de Brower. De même que la Sphère du Timée de Platon. Pour confirmer cette idée. Ce silence pourrait être expliqué par l’effet général de la beauté de la Chose courtoise sur les facultés rationnelles de l’homme. Ferrand (trad. cit. p.-Y. 75. La Chose courtoise est donc absente dans sa parole. op. je demeure interdit. rappelez-vous. “Vers”. un vide auquel manque cet objet qu’est Adam. Baumgartner et F. entre la Chose courtoise et la Chose qu’est le Saint-Graal. une proto-langue dans laquelle traînerait encore un sein maternel indiscernable des mots qui remplissent la bouche du troubadour. op. Si celle de Perceval fut alors tranchée par l’épée de Gornemand. “Chanson XI”.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Voici donc quelques caractères hypothétiques de la Chose courtoise. devant la Dame. p. p. 435 Raimbaut d’Orange. Le poète courtois n’arrive pas souvent à parler de sa Chose courtoise. dans le Moyen Âge. mais la présence de la Chose. 1270. p. tel chose ne dit.. je sais certainement que je ne puis élire au monde une autre Dame où rien ne manque.. 443 Thibaut de Champagne. 82. in Le lyrisme médiéval allemand. il ne peut même pas avoir recours à cette parole434. la langue de Rigaut reste aussi paralysée que celle de Perceval. Paris. nous disposons du témoignage de Guilhem de Cabestany. je veux vous prier. 1230. qu’en plus de ne pas pouvoir faire sa louange au moyen de sa parole. 99. 434 Ibid. cit. tel que Guy d’Ussel doit le suggérer : “Dame. p. mais vous passez toute image idéale (vos passatz sobre tot pensament)” 445. D’après le châtelain de Coucy. je ne puis : je rêve”436. III. de cette Chose à la dignité de laquelle est élevée la Dame. “Chanson XXIV”. Badel (trad. in Poèmes d’amour des XII et XIII siècles. c’est-à-dire la beauté en soi. Weis (trad.. au point que je suis incapable de vous dire mon désir”439. in Les troubadours. Et pourtant. il ne prononce aucune parole.. 439 Thibaut de Champagne. Conséquemment. mais de lalangue. la beauté parfaite.. la beauté au-delà de toutes les belles images. B. il ne sait “plus dire un seul mot (non sai ren dire ni comtar)”435. comme autant d’autres chansons courtoises. “Chanson”. in Recueil de chansons”. p... p. 1200. nous constatons que l’absence de telle Chose dans la parole fut souvent attribué aux mésaventures de la langue. 1200. ce phallus imaginaire.). Ici comme ailleurs. cit. 1230. 65. parce qu’elle est une “beauté. in Les troubadours. pour devenir la Chose amoureuse qu’est la confusion entre le sujet et l’objet b) La beauté en soi. 1230. 440 Guilhem de Cabestany. Le livre de Poche. lequel ne parla pas de la Chose..

vide dans le réel. Au moins. Reinmar de Haguenau. Elle est un mal. Thibaud peut alors dire : “de tous les maux. la décrit aussi. 1200. cette jouissance qui rend muet Reinmar de Haguenau 453. cit. cit. “Débat LIX”. ce qui n’empêche qu’elle soit douloureuse. 455 Ibid. mais une fois dévoilé. 454 Thibaut de Champagne. dont le col embrasse le membre de l’homme”452. 119. elle change en joie le tourment qu’il souffre”463. “vaut mieux que toutes en ce monde”. c) L’être de jouissance. p. que la beauté d’aucun objet féminin de ce monde peut l’égaler. nous pouvons être sûrs qu’il n’y a. Quant à Gaucelm Faidit. 461 Gaucelm Faidit. dans la jouissance de la Chose courtoise. 67. “Virgene. en nous rappelant notre Saint-Graal : “Très précieux vase de douceur. comme “une espèce de vase. ou bien Dieu manquera à sa parole” 454. comme le soutient Don Dinis. la beauté idéale platonique de la Sainte-Vierge. 1230. Chants d’amour (Minnesang). Apparemment. À l’opposé. “Chanson XXXIV”.).O. Dame qui est plus belle que cent”448. la beauté en soi. En reprenant la célèbre allégorie de Guillaume de Lorris. op. Voici une excellente caractérisation de la jouissance lacanienne : triste. comme Chose courtoise.. douloureuse. 448 Adam de la Halle. “Chanson”. cit. Même cas celui de Walther de la Vogelweide. 1270. “Chanson XXV”. de la beauté qui la produit. “blessant” -comme dirait Thibaud-. 1200. 1995. Dame. 56.. de Rose aussi belle que la Sainte-Vierge. 82. ensuite. in Le lyrisme médiéval allemand. cit. La jouissance de la Chose courtoise est ainsi digne du paradis. “si bien” il “s’efforce et sert” sa Dame. 456 Thibaut de Champagne.. Paris. que “la beauté resplendissante” de cette Chose courtoise qu’est la Sainte-Vierge puisse “éclairer le monde entier”447 et faire apparaître toutes les images. op. Mais ensuite. P. op. il préfère se lamenter : “Par fol pensers je laissai mon cœur s’en jouir de ce dont j’ai angoisse. comme Chose maternelle. comme le remarque Walther de la Vogelweide. cit. in Oeuvres complètes.. 251.. il y aurait une certaine succession.). 457 Thibaut de Champagne. p.. “on doit s’étonner que certains. 450 Walther de la Vogelweide. si on croit Thibaut. vous avez atteint. in Les troubadours.. angoissante. p. 1200. 80. “Se raige et derverie”. Guillaume de Vinier l’affirme de manière concluante. 85. pucel roiauz”. il aura sa Dame sans contrainte. Il chante aussi : “les douces souffrances et les maux délicieux qui viennent de l’amour sont doux et âpres” 457. la Sainte-Vierge. 1200. La jouissance d’une telle beauté. 57. vide du sang du Christ comme le Saint-Graal. cette jouissance est si intense. Si grande et si parfaite est la beauté sans épines. interdisant qu’aucune soit pareille” 449. en même temps qu’il reconnaît que “la beauté souvent peut déplaire”460. “Chanter m’estuet car ne m’en puis tenir”. j’en ai souffert”462. 460 Ibid. une telle perfection que nulle ne peut vous égaler (. p. malgré tout.. in Oeuvres complètes. “Chanson II”. 47. Le livre de Poche.-Y. Badel (trad. narcissique.. 21. “Chanson”. 1987.. in Recueil de chansons. On ne peut que jouir d’une beauté céleste comme celle de la Chose courtoise. p. cit. p. cette beauté pure et céleste. 449 Don Dinis. cit. par Mme.. 1795. in Recueil de chansons”. 1200. ressemblant à une bouteille. Paris. Or. vol. vide de la Chose insignifiée comme le signifiant. Quoi qu’il en soit. plein de toutes grâces (. comme le cloaque ou la trompette d’Arnaud. in Recueil de chansons”. p. 447 Thibaud de Champagne. Ainsi. in Le lyrisme medieval allemand.L. H. la douloureuse jouissance recommence toujours. VI.). in Poèmes d’amour des XII et XIII siècles. Un vase remplit de grâces imaginaires. 1200. op. 1230. 451 Guillaume de Vinier. “Chanson”. p. doit être plus belle que ses images miraculeuses. p. qu’ils ne pensent pas à la Sainte-Vierge. I. p. cit. Avec Adam de la Halle. qui la fait tourner en douleur. 107 463 Reinmar de Haguenau. 1992. à la différence des Dames de ce monde. cit. de laquelle nous allons nous occuper à la fin de notre cours. elle est le mal d’amour.. in Troubadours galégo-portugais. p. la meilleure et l’incomparable”451. qu’elle ne peut être que digne du paradis. I. Deluy (trad. “Chanson”. dans le verger d’Amour. qui donne à sa Dame les deux noms de “Grâce et Disgrâce” 458.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 belle qu’une image”446. Nous ne devons pas oublier le caractère affreux. faisant dommage au sujet. Nous ne devons pas non plus oublier son intensité. comme “l’ombre d’une joie menue” 459. in Poèmes d’amour des XII et XIII siècles. op.). Rien de surprenant.. qui sont très éloquents envers la chair humaine fardée.. 129. II. p. 8 . p. op. “La philosophie dans le boudoir”. “Chanson XXXI”. op. 462 Thibaut de Champagne. elle ne cesse pas pour autant d’être une jouissance. la Sainte-Vierge. P. entre le plaisir et la douleur : “Quelles délices quand je la regardai ! Et comme. 219. et “Dieu ne lui a pas fait mince cadeau. 1200. III. op. cit. cit. 79. p. est une “rose exempte d’épines”450. pensent absolument et si follement à elle. in Poèmes d’amour des XII et XIII siècles.. p. 22. nul n’est plaisant sauf le mal d’aimer”456. En effet. plus belle que toutes ses représentations imaginaires. op.. la “Vierge”. p. Thibaud de Champagne ose ainsi considérer que “s’il peut gagner le paradis. 1200. dans sa perfection d’être de raison. op. Chants d’amour (Minnesang). comme le Saint-Sépulcre -dont Hegel aura prochainement beaucoup à nous dire-. III.. ou bien comme cette “matrice” sadienne. plus belle qu’un objet imaginaire. 72 459 Ibid. 147. Pauvert. présent pour nous. de Saint-Ange. alors. tristesse et dommage”461. op. 402. comme le célèbre Thibaud de Champagne. 458 Walther de la Vogelweide. p. dans son Roman de la Rose. laquelle est définie. cette 446 Conon de Béthune. 1230. p.. 1230. in Recueil de chansons”. Cette jouissance est ainsi décrite par Thibaud comme un “joyeux tourment”455. 452 Sade. que “sans le vouloir. plus belle que tout objet désiré.. op. cit. 453 Reinmar de Haguenau. dans un “univers radieux. reflété dans notre miroir du monde..

471 Adam de la Halle. et son désir persiste. que le même Adam de la Halle semble oublier sa jouissance. Si elle était présente. 1991. parce que la lettre a n’est dans le sujet qu’en étant -a. Mieux vaut conserver la volonté que l’affaiblir jusqu’au point de la perdre. 117. IV. Mieux vaut que notre cœur. 59. Mon vouloir. d) L’objet ultime de désir. Paris. Badel (trad. cette Chose courtoise dans laquelle. il “tient à jouir de ce qu’il a tant désiré”466. “Chanson”. nous comprenons pourquoi cette Chose finit par devenir l’objet ultime de désir.. Adam de la Halle assure que “son espérance vaut d’autrui la jouissance. 229. selon les termes de Guilhem de Cabestany. et beaucoup souffrir”471. Quant à Guirant Riquier. comme le reconnaît le Châtelain de Coucy : “personne autant qu’elle ne comble mon désir (nule rienz n’est tant à mon désir)”469. j’ai le droit de vous comparer pour la dureté au diamant”468. 1135-1145. puisqu’il serait tout à fait satisfait. “La douce voiz du louseignol sauvage”. p. 1270. p. Raimon de Miraval demande le corps de sa Dame : “Faites-moi jouir de votre bien puisque jamais je n’ai désiré autre chose!” (Faitz me del be jauzire. Desclée de Brower. cit. d’être “le dernier barrage avant l’accès à la Chose dernière. 1995. Paris. in Recueil de chansons”. p. cit. dans la mesure où il y a du désir. Paris. “Aussi comme unicorne sui”. in Les troubadours.). ici la Chose courtoise. op. Paris. J. in Écrivains anticonformistes du Moyen-Âge occitan. qu’il y a toujours une jouissance de cet objet dernier de désir qu’est la Chose courtoise. parce qu’elle est cet objet a qui échappe toujours.. 465 Raimon de Miraval. elle ne cesse pas d’être préférable. 1230. 1200. apparaît ici comme cette beauté imaginaire qui a pour fonction. que de ceux qu’amour fait pâlir. Raimon. 475 Rudel. Badel (trad.60”. Le sujet existe. p. in Oeuvres complètes. pour qu’il y ait aussi du désir. si douloureuse qu’elle soit. in Écrivains anticonformistes du Moyen-Âge occitan. p. il la fait garder par trois portiers : beau visage a nom le premier. on en voit plus renoncer et déposer les armes. in Le transfert. “Chanson”. Ainsi. 476 Guilhem de Cabestany. 470 Rigaut. op. 1995. le désir n’y serait plus. 1270. p. 473 Thibaut de Champagne. avec son affreuse beauté idéale. Amour a la clef de la prison. m’abuse. “Chanson XI”. et la douleur contenue dans la jouissance est si grande. “Chanson VII”. 31. p. Comme fondement de son existence.. Le livre de Poche. le beau visage. 1966. Néanmoins. Le livre de Poche. p. “Chanson IX”. lorsqu’il exprime que “rien ne lui fait plus envie qu’un objet qui toujours lui échappe”474. III-IV. cit. in Poèmes d’amour des XII et XIII siècles. op. la Chose amoureuse. in Les troubadours. ne lui empêche pourtant pas de satisfaire le désir. Raimon Rigaut a donc raison de “préférer la bouche qu’il baise souvent.-Y. 117 469 Châtelain de Coucy. 1200. 99. 464 Adam de la Halle. cit. c’est parce que la Chose qu’il devient lorsqu’il cesse de manquer. “à lui-seul. comme un fait incontestable. “Chanson XXXII”. p. 466 Guirant Riquier. Paris.). 291. et les chaînes de bon espoir. 1230. “Séminaire du 16. naturellement dure en tant que Chose.. il faut réprimer la convoitise. nous découvrons la jouissance qu’il y a dans le désir comme espérance. Adam de la Halle observe que “de ceux qui triomphent d’amour. les portes de contemplation.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 jouissance. 39. tant lui plaît tout ce qu’amour lui adresse” 467. un sujet du signifiant.-Y. désir pour l’être chosique qui lui manque. “tous les vouloirs s’affermissent”476. Quant à Thibaut “son désir demeurera à jamais”. et se plaint : “J’ai passé mon temps à espérer sans jouir. selon Lacan. 1200. la Chose qui le satisfait absolument doit manquer. est interdite pour un sujet soumis à la loi. aucun objet n’a le pouvoir qu’a la Chose de satisfaire le désir du sujet.. P. comme l’a bien vu Jauffre Rudel : “Mon désir sans fin n’aspire qu’à elle seule entre toutes.. Pour qu’il y ait un sujet. cit. si me la prend convoitise : car plus poignante est qu’épine. 165. p.-Y. Badel (trad. Seuil. Comme s’exclame Adam de la Halle : “Il me plaît plus de sentir les maux d’amour. op. 76. 1270. ce “désir inassouvi” de Thibaut. 1200. cit. 15 9 . in Oeuvres complètes. 474 Cercamon. in Les troubadours. Paris. 468 Adam de la Halle. p. cit. 467 Adam de la Halle. P. 51. ce dont l’absence la renforce et consolide. Jauffre. À propos de cette jouissance de l’objet ultime de désir. ranime son cœur”473. Toutefois. Puisque de la Chose courtoise on reçoit une jouissance préférable à tout autre plaisir. pour les poètes courtois. p. 478 Lacan. “Chanson IX”. à la Chose mortelle” 478. op. douleur que joie guérira. qu’à bien des amants les derniers dons”464. Et s’il échappe toujours. Voici la cause du désir. 59. parce que la Chose manque. la présence de ce qu’amour adresse. 1270. in Écrivains anticonformistes du Moyen-Âge occitan. p. p. 63. 1200. Cette dureté de la Chose courtoise. au conin qui tue le désir” 470. “Si bien amour maintient mon coeur sincère”. Dans ce qui lui plaît tant à ce trouvère. op. précisément parce que l’objet ultime de désir manque. cit. “Chanson”. qui n’est autre que l’amour.-Y. op.). 41. P.). in Recueil de chansons”. Nous pouvons même énoncer.. “Chanson XII”. 477 Thibaut de Champagne. p. je crois. Le livre de Poche. “Toute Dame qui m’accorde son amour”. aux plaisirs charnels qui puissent être obtenus d’un objet imaginaire non élevé à la dignité de la Chose courtoise. En fait. 1995. 1960. beauté exerce ensuite son pouvoir . reste “enfermé dans la douce prison” de l’existence. 472 Thibaut de Champagne. mais ne veux pas qu’on me plaigne”475. “La veuve”. in Oeuvres complètes.11. un sujet castré qui ne veut pas que l’Autre le plaigne de s’être adonné à sa convoitise. Badel (trad.. cette prison “dont les piliers sont de désir. obstacle (dangiers) est mis devant l’entrée” 477. op. telle qu’elle est fut pressentie par Cercamon. qu’als mon dezirei hanc)465. Nous voyons bien que la beauté de l’objet sublimé. in Oeuvres complètes. P. pour autant qu’il “voit bien qu’il ne puit le combler”472. comme celui de Thibaut. 1150. le désir et si intense. in Poèmes d’amour des XII et XIII siècles. ou la présence qu’il y a dans l’absence. Cet objet cause toujours le désir parce qu’il échappe toujours. 1200. op. Le livre de Poche. cit. la perdre en possédant ce qu’elle veut. Mieux vaut la douleur d’exister que l’inexistence dans l’être incestueux.. cette Chose à laquelle aspire tout le désir de sujet. 1995.

. absolument rien d’imaginaire. un enlèvement en lui. op. “Chanson”. Rien ne reste alors de la Dame. Cette folie de vouloir s’affronter à la Chose dévoilée. c’est-à-dire à cette Chose privilégiée qu’est le sujet du signifiant en tant que rien. a + b. c’est en vain que je l’aime et je ne suis rien pour elle” 485. 479 Thibaut de Champagne. comme Thibaut. cette Chose qui ne peut se montrer à nous qu’en se confondant avec nous. in Troubadours galégo-portugais. Le livre de Poche. cit. in Les troubadours. p. Comme Lacan nous l’indique. “Chanson XXVII”. tels qu’ils se résument -d’après l’ermite. in Troubadours galégo-portugais. Cette folie platonicienne de ceux qui ne peuvent jouir que de la forme pure comme Chose dévoilé. dans la Chose amoureuse. en tant que Chose amoureuse. perdre tout d’un seul coup”484. parce qu’il s’enlève son être de jouissance. P. il doit être inaccessible comme la Chose . cette naissance est évoquée par Gil Sanches. la perte de la confusion chosique dans la distinction entre le sujet et l’objet... “Chanson”. 250. p. Dans ce désir trop tranchant. pour mes péchés. Avec son affreuse beauté idéale. qui est celui de sa mère et de sa confusion chosique avec la mère. 1200. Cette folie partagée par Bernardo de Bonaval. où. I. op.pour l’Autre du langage et du désir. Très différent dénouement est celui de la Dame dont Arnaud jouit. l’enfant devient sujet. pour qu’il puisse nous rappeler cette forme pure qu’est l’affreuse beauté idéale de la Chose d’avant notre naissance. 1200. 486 Arnaud. ma Chose courtoise est perdue irrémédiablement dans les beaux objets imaginaires qui m’entourent. de la perdre dans son être ou de se l’enlever. ou la vie . lorsqu’il chante : “Tant la désire et la cherche. faites que je la vois. et non pas avec ceux du visage. in Oeuvres complètes. l’enfant n’est plus rien. “Chanson II”. “chanson”. in Recueil de chansons”. qui correspond au passage de la logique de l’être à celle de l’avoir. l’objet vu par les yeux du visage. comme être symbolique langagier. cit.). il n’est plus son phallus imaginaire. si cela vous convient (. 484 Adam de la Halle. Badel (trad.. je vous prie de voir également ce qui le conditionne. montrez la moi. op. 43.. Nous pouvons conjecturer que la Chose courtoise ne pourra être représentée dans l’imaginaire. Autrement dit. ainsi que la réduction corrélative de la Chose au rien. ou voir la Chose réelle avec ses propres yeux. ou ne plus voir absolument rien. cette naissance de Perceval par ses “pêchés”. V. H. ou le manque-à-être . est l’origine de toute ma jouissance. Dans le passage de l’être à l’avoir. il n’est plus le sein réelle de la mère. ou de la trompette qu’il lui arrive de jouer. ou l’immortalité. p. puisque je ne peux voir ni entendre. ou bien en lui donnant soit la mort sous la forme de -a..). op. ayant pour résultat cette sphère coupée comme totalité unitaire qui se perd d’un seul coup. Cette naissance du sujet comme rien. l’objet non sublimé. qu’il ne peut s'empêcher de l’objectiver. 1995. où il n’est réellement rien. sujet qui cherche. 482 Thibaut de Champagne. P. 71. H.. Deluy (trad. ne cesse pas d’être élevée à la dignité de la Chose. Tant il la désire. “Chanson”. comme objet a ou -a.. qui s’exclame : “Rien de ce que je vois (res qu’eu veia). I. l’objet que nous entendons et que nous touchons. Daniel. “Chanson XVI”. 1230. il la cherche. C’est peut-être ce passage auquel Arnaud Daniel fait allusion. seulement l’objet vu par les yeux du cœur pourra être élevé à la dignité de la Chose amoureuse. op.. pour que l’objet puisse être sublimé. l’objet imaginaire proprement dit. 1230. cet objet accessible est un objet où la Chose est perdue.L. 49. 485 Gil Sanches. apparemment. sans l’intermédiaire du voile imaginaire mondain. nous devons nous priver de lui comme nous sommes privés de la Chose maternelle. in Les troubadours. p. a=a=a. 111. 1230. certainement celui d’avant sa naissance comme sujet du signifiant.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 e) La perte dans l’objet et la réduction au rien dans le sujet.O. est perçue avec les yeux du cœur. perdue dans l’objet. puisque Thibaut assure qu’il peut “la voir avec les yeux du cœur. je risque de ne plus jouir du monde imaginaire qui m’entoure. comme lettre a. ne m’apporte quelque joie : je reconnais ma folie” 480. “Chanson XXXVI”. 480 Gaucelm Faidit. p. Puisque la Chose réelle.O. aime et désire. cit. Dans ce passage aura lieu la naissance du sujet du signifiant. in Recueil de chansons”. 90. comme Gaucelm Faidit. p. car ceux de son visage sont trop loin d’elle” 483.). en vertu de la sublimation. “qu’à cause d’un désir trop tranchant. sinon. Du moins. Du moins.-Y. ou la bourse. comme objet dernier de mon désir. et puisque je ne peux la voir ni l’entendre. Bernardo n’a pas compris. En revanche.). voire l’objet imaginaire qu’est la Dame. laquelle est ressenti par le sujet comme une perte en lui. P. 483 Thibaut de Champagne. La Chose courtoise se révèle telle qu’elle est. Le Dieu que Bernardo implore ne peut que satisfaire sa demande : ou bien en lui donnant la bourse de l’immortalité de la Chose amoureuse. que si la représentation imaginaire. voire l’existence dans la chaîne signifiante. Bernardo se met dans l’alternative : ou l’être-en-trop. 1987. 1987. p.dans la mort de sa mère -ou la réduction au rien de la Chose maternelle-. 10 . Lorsqu’il se rend compte que la Chose amoureuse “peut préserver un homme de la mort” 482 -comme l’énonce explicitement Thibaud-. donnez-moi la mort”481. ou la mort . comme être pour la mort. d’avoir “perdu ce que je désirais le plus (. de la séparer de soi.. 258. que la Chose courtoise est quelque chose d’aveuglant qui ne se voit pas. la Dame enlevée. cit. Voici la perte de la Chose courtoise dans l’objet. inaccessible. la castration ou la coupure de la sphère par l’épée de Zeus ou de Gornemant de Goort -qui tranche la langue de Perceval-. Paris.). la belle créature. 1270. in Recueil de chansons”.L. ou il n’est ce phallus que dans la mesure où ce phallus n’est pas. soit la vie -ça revient au même. il l’aime. Adam de la Halle sait parfaitement ceci lorsqu’il “préfère passer toute la vie à garder un heureux souvenir”. lorsqu’il chante : “Je suis né ce jour-là.. 127 481 Bernardo de Bonaval. qui ose implorer : “Dieu.sous la forme de la lettre b. qu’à trop l’aimer je la perde (je crois que je me l’enlève)”486. cit. voire le rien qu’il est -comme objet a. comme être toujours au-delà et en-deçà de tout avoir. Deluy (trad. objet de mes désirs”479. C’est pour cela que je suis en état de me lamenter. l’objet perçu par les autres sens. que je vois et que j’entends. p. elle ne se voit pas avec les yeux du visage. Dans le passage de la logique de l’être à celle de l’avoir.

71. p. Naturellement. comme -a.. H. IV. 1200. Cet aveuglement est celui qui définie la confusion amoureuse entre le sujet et l’objet. op. p. 291. Il suffit un regard. 1200. in Troubadours galégo-portugais. Voici le dilemme du poète courtois. on doit aimer l’amour. cit. op. nous devons savoir avant que l’Amour fut souvent. “Chanson XXVII”. voire la propre présence de la Chose aveuglante. Il s’agit d’un être consistant. “Chanson”. 73. Pour concevoir la Chose courtoise comme confusion amoureuse. 496 Bernard de Ventadour. “Chanson XXVIII”. il ne doit pas être assimilé à l’âme. in Écrivains anticonformistes du Moyen-Âge occitan. 115. mais aveugle. cit. puisqu’il n’y a rien à voir en dehors de la totalité. Or. Dans cette confusion. L’amour qu’on aime. -a. op. sans orifices. p. il n’y a plus besoin de yeux. Par la peur de se confondre ainsi avec ce qu’il aime. cit. un simple vide. D’une certaine manière. I. bien que “hors du sens” 490. l’amour consistant et corporel. et s’aveuglent aussitôt quand elle vient” 500.“le côté du con”. l’objet a. “Chanson”.. lorsqu’elle se met à discuter avec son amoureux. 498 Gace Brulé. “le joy honorable que -d’après Guirant Riquier. Il peut suffire de regarder la Chose courtoise pour cesser d’exister. p. parce que son regard n’est plus détaché de la Dame. “La douce voiz du louseignol sauvage”. dans la mesure où le monde entier s’est réabsorbé dans la Chose courtoise. op. sans bouche. corporel. “Jeu Parti”. op. cit. entre le désir causé par l’absence de la Chose comme objet a et l’angoisse de voir jaillir cet objet. il est aussi consistant et corporel que la belle Dame qui l’inspire. 1230. p. 1230. l’amour est une Chose consistante. de l’organe sexuel féminin ou du Saint-Graal. VII. cit. I. C’est la trace de la castration. 499 Châtelain de Coucy. jusqu’à ce que son âme se sépare du corps”493.. p. “Débat XLVII”.L. op. 489 Guirant Riquier. cet amour apparaît comme la version courtoise de la Chose amoureuse. Dans pareille état. “chanson”. p. On doit même l’aimer plus : “par dessus tout -proclame Thibaud. mais l’amour ne meurt jamais. in Écrivains anticonformistes du Moyen-Âge occitan. Néanmoins. aux yeux d’Henri de Morungen. 229. in Les troubadours. comme un amour qui incarne la beauté en soi. le poète courtois vit entre le désir et l’angoisse.ce “conin” qui “tue le désir” lorsqu’il cesse de manquer ou d’être vide487. la Châtelain de Coucy “n’ose pas même contempler le visage si pur” de sa Dame. Dans cette expérience. il cesse d’exister. 495 Thibaut de Champagne. 1987. Il peut ainsi être lui-même beau comme la Dame. p. 55. Le sujet du signifiant meurt. 273. 492 Thibaut de Champagne. 11 . qui survie pourtant à la mort. cit. dont nous avons déjà noté qu’elle est aussi consistante et corporelle que la Chose maternelle. “De bon amour et de Leuaul amie”. “Chanson V”. in Le lyrisme médiéval allemand. comme objet-regard. les Dames peuvent mourir. ils mourront toujours pour la voir : ils pleurent et s’aveuglent quand elle ne vient pas. 1230. cit. p. mourir de jouissance après avoir vécu du désir. 1200. 490 Thibaut de Champagne. 1200.. “tant il a peur de ne pouvoir en détacher (departir) ses regards”499. en effet. 1150. Bernard de Ventadour peut s’écrier : “elle prit mon cœur et m’a pris avec elle-même et le monde. et dans ce rapt. Et ceci est souligné. in Recueil de chansons”. Il peut même être tellement beau. celui du Cloaque. 1230.. 67. 75. op. parce que son regard cesse de manquer dans l’image. Thibaud s’exclame alors : “Dame. “Débat XLIX”. P. “La veuve”. parce qu’il se confond avec son objet imaginaire. Par rapport à cette confusion chosique. Toute la transcendance chosique de l’objet sublimé se déplace à l’amour.. telle qu’elle est représentée par la Dame. “Chanson XXV”. on dit que l’on meurt de joie. f) La confusion amoureuse. Voici la mort de jouissance par confusion avec ce qui nous serre entre ses bras. 119. 28.. “Toute Dame qui m’accorde son amour”. 1230. je pensais qu’entre vos bras.O. Ainsi. in Recueil de chansons”.tous les vrais amants recherchent tant”489. tel qu’il est exprimé par Joao Garcia de Guilhado : “Quant à mes yeux prisonniers. comme s’il s’agissait d’une Dame. in Recueil de chansons”. 494 Henri de Morungen. en tant que confusion incestueuse entre le fils et sa mère. j’aurais fait une fin joyeuse”497. une Chose consistante. qu’il peut mourir. C’est en effet -pour Mir Bernart. en lui apprenant “qu’aucune mort ne portera atteinte à Amour” 492. op. 269. 497 Thibaut de Champagne. qui ne serait donc plus. in Poèmes d’amour des XII et XIII siècles.on doit aimer amour”491. Cet Amour est maintenant l’immortel. précisément par une Dame qui ne nous semble plus si élevée à la dignité de la Chose. 75. ne m’a laissé que désir et cœur assoiffé” 496. bien qu’immortel. Thibaud se réfère explicitement à cette mort de jouissance : “Dame. chez Thibaud. cit. la cause du désir. Gace Brulé “a bu sa mort pour avoir regardé (ma mort prise en esgarder) le corps et le visage”498 de sa Dame. I. 40. Souvent. que sa Dame n’est belle que dans la mesure où “elle est belle comme l’amour” 494. pour les trouvères et troubadours. op.. il déduit logiquement qu’il peut cesser d’exister. je ne puis être séparé de vous”495. in Recueil de chansons”. p. aussi consistante qu’une Dame. Dans cette totalité unitaire de la Chose amoureuse.). le sujet n’est plus séparé de l’objet. cit. cit. voire hors signifié. 1230. 1200. ce qui reste détaché de l’image. pour autant que le sujet croit ne plus manquer d’être. Ainsi. cit. p. C’est l’exultante sphère d’Empédocle. voire -pour Raimond Rigaud. pour qu’elle cesse d’être absente pour nous comme objet a. cit.. C’est pour cela que Thibaud peut affirmer : “qui bien aime ne peut se séparer de l’Amour. p. op. 491 Thibaut de Champagne. 500 Joao Garcia de Guilhado. I. op. in Écrivains anticonformistes du Moyen-Âge occitan. mais la lettre a. in Recueil de chansons”. Deluy (trad.. rien ne reste à sujet dont rien ne reste non plus. C’est ainsi l’agalma. 1200. op. p. 488 Mir Bernart et Sifre. in Poèmes d’amour des XII et XIII siècles. Thibaut fut peut-être le poète qui mena plus loin cette idée. rien ne reste en dehors de la totalité. in Recueil de chansons”. op.... pour que l’objet-regard cesse d’être insaisissable au miroir.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 en dépit de toute sublimation : une absence. p.. cit. cet “endroit” où “naît tout amour d’amant”488. 493 Thibaut de Champagne. Pour lui. il ne faut pas d’être embrasser pour se confondre avec l’objet. 487 Raimon Rigaut.

p. à la dignité de la Chose courtoise. “Chanson XXX”. et suis aimé d’une pucelle. bien entendu. il y aura un manque.) Le surplus ? Que Merci le garde comme trésor et rien n’en donne”504. Il faut maintenant nous occuper de ce qui appartient. la maîtresse du troubadour. devra recevoir au moins un ou quelques-uns des attributs qui correspondent aux caractères hypothétiques de cette Chose. Que Merci le garde comme trésor et rien n’en donne. Descartes et Pessoa.4). Que la Dame. pour l’avoir. Dans la pseudo-sublimation perverse. doit se distinguer. sera en mesure de représenter symboliquement la Chose courtoise pour un sujet. “Chanson”. mes intentions. 504 Daudes de Prades. sa nature comme confusion amoureuse (5. de la funeste discorde d’Empédocle ou du cynique troubadour Daudes de Prades. celle de l’être de raison -tel que Lacan le désigne-. op. un membre de sa 501 Reinmar de Haguenau.1). Remarquez-bien qu’au centre d’un anneau. en une Dame fine et belle. ces caractères. nous donnerons un exemple de la première avant de passer à la seconde. que le reste de son corps. la Chose courtoise est la totalité unitaire qui n’est réellement représentable que par une partie de la totalité. Nous pouvons énoncer cet attribut comme “le fait d’être le réel auquel est élevé l’imaginaire”. nous pouvons affirmer déjà qu’à la différence de la Chose en général. l’imaginaire de l’objet qu’est la Dame (7.. sa qualité d’être de jouissance. à guise de conclusion. 151. de joie. ce surplus qui manque dans la totalité de ce que le troubadour reçoit comme salaire. la Domina. ma pensée. cit. qui n’est que la matérialisation d’un trou. alsô. comme celle d’un anneau. par la sublimation. 1230. cit. l’agalma. lesquelles suffissent pour le “combler” (Got hât gezieret wol ir leben. p. qui permet d’élever cette totalité à la dignité de la Chose courtoise absente.3). 12 . C’est le choix de la partie où manque la totalité. la cause du désir. Il s’agit de l’attribut essentiel de la Chose en tant que courtoise. 7. de manière particulière. 503 Thibaut de Champagne.. dans la poésie courtoise. ne lui donne pas son plus-de-jouir. Le fait d’être le réel à la dignité duquel est élevé l’imaginaire. daz michs genüegen will)501. voire celle de l’être symbolique langagier. mais également celle du vide laissé par cet être lorsqu’il manque. Que Merci garde comme trésor le surplus. Thibaud pourra penser à la totalité du corps de sa dame comme s’il était la totalité de la Chose amoureuse dont il est privé. lequel s’ensuit logiquement de son rapport à la sublimation.4. à désirer. op. “Chanson”. de cette raison pour laquelle Daudes aime sa Dame.2) constitue le réel auquel est élevé.. comme Merci (du latin Merces. in Les troubadours. ce qui permettra ici d’élever la Dame à la dignité de la Chose courtoise. manifestent en même temps certains états de la Chose en général et non seulement de la Chose courtoise.2). celui qui veut toute sa Dame (. on peut aussi élever la forme cylindrique la plus courte. Voici les attributs exceptionnels de l’objet sublime qu’est la Dame. à cette Chose courtoise en tant que courtoise. de laquelle nous traiterons vers la fin de notre cours. son statut d’objet ultime de désir. En récapitulant ces attributs. ces deux procédés. C’est enfin l’amour à un de Diotime. Qu’on retienne ce plus-de-jouir. par la sublimation (7. Chants d’amour (Minnesang). dans cette logique de l’avoir qui n’est plus celle de l’être. 1200. qui veut dire salaire). l’objet partiel est préféré à la totalité par Thibaud. comme l’univers d’Hermès. par exemple pour un amant qui reçoit l’anneau de celle qu’il aime ? Il est. 502 Daudes de Prades.. sa valeur comme beauté en soi. Cet anneau.2) et son assimilation à la totalité réellement représentée par l’objet partiel (6. et pour couper l’amour en trois. auquel le geste me fait penser” 503. Mais. comme grâce. que la Dame. dans la même Chose courtoise. in Recueil de chansons”.4). comme celle d’une chaussette ou d’une trompette puante. et notamment fétichiste. à chanter. la Chose propre de l’amour courtois (7. du fait d’être le réel auquel est élevé le symbolique. par l’objet partiel. cit. et pucelle pour la posséder (per tener)”502. 151. À cette même dignité. sa perte dans l’objet (6. En tant que beauté idéale. à savoir son absence dans la parole (4. qu’est-ce que le doigt qui manque dans l’anneau ? Qu’est-ce qu’il est. g) La totalité réellement représentée par l’objet partiel. celui du doigt. pour être élevée à la dignité de la Chose (7. qui solutionne ainsi toute la problématique de l’amour courtois. op. je m’amuse à ma guise . cit. ce doigt. 27. il ne sait rien. à exister...5). Les caractères hypothétiques de la Chose courtoise que nous venons de mentionner. afin de contraster. et si je trouve quelque fille. in Les troubadours. Comme absence de la totalité de la Dame. nous pouvons affirmer. de l’être réel chosique ou de la Chose courtoise. op. par une pseudo-sublimation qui s’approche plus de la perversion. en chantant joyeusement : “j’ai placé tout mon espoir. 1200. envers lui suis-je moins courtois ? Amour veut bien que par raison.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 sans oreilles et sans cloaque. la Chose amoureuse qui cesse d’être lorsqu’elle est coupée en trois par les épées symboliques de l’Alcibiade de Platon. qu’elle préserve cette cause de son désir. En ce privant du reste du corps. mises par Dieu dans sa Dame. par lesquels s’opère son élévation à la dignité de la Chose courtoise. De même que la Chose amoureuse. j’aime Dame pour valoir plus. voire la privation volontaire de la totalité. du Zeus d’Aristophane. c’est pour Reinmar de Haguenau cet ensemble de “perfections”. p. IV. 1200. qui se manifeste clairement à ce propos : “J’aime mieux la main dont elle daigna me toucher. Daudes de Prades posera ceci de manière explicite : “d’amour courtois. sa réduction au rien en tant que sujet (6. le plus-de-jouir. On ne pourra procéder autrement dans l’amour courtois. p. rien n’empêche qu’on puisse élever une forme cylindrique. 77.2). Pour la posséder. tout en correspondant aux attributs de la Dame élevée au moyen d’eux à la dignité de la Chose. Pour le moment. afin que son esclave puisse continuer à la servir. tout rempli de lui même. la pseudo-sublimation et la sublimation proprement dite. au centre de ce représentant symbolique de la Chose. À ce titre.

trop parler (trop parlars) nuit plus qu’un péché mortel : je tiendrais donc mon cœur bien clos”505. 1983. le phallus maternel qui représente réellement la Chose qui manque. c’est en raison de cette absence qu’il présente. qu’on lui reprochera comme vilenie. de la même façon qu’un anneau entoure le lieu du doigt qui manque. où nous rencontrons encore une fois la même forme cylindrique et le même scénario de l’anneau aimé par Raimbaut d’Orange. puisqu’il n’y aura jamais aucune image d’elle. celle qui part. cet isolement et séparation d’un objet. occupons nous maintenant de la sublimation proprement dite. de ces amourettes. S.) Amour veut bien que je courtisse ailleurs (. N’oublions pas.. il finit par se mettre luiaussi à l’écart de ce monde imaginaire. Quant au propre sujet. avec le sujet de tous ses prédicats. E. ce trou qu’il entoure. comme celle de Perceval. Mais chut ! Tais-toi. 1895.). Inévitablement. l’objet a qui manque dans le symbolique de l’anneau -voire le Saint-Chose. comme lettre b.. en tant que Chose courtoise. Guilhem fait la cour ailleurs. n’est jamais la Chose courtoise. 441. qui se demande : “Comment pourrais-je garder une espérance. 59. comme s’il n’était plus un. Baumgartner et F. comme le -a que nous désignons comme objet a. La langue est alors tranché. Or. Paris. 508 Gace Brulé. et il revient au réel de sa Chose courtoise. op. le met à l’écart de tout le monde imaginaire qui entoure le sujet. ce manque du doigt. mais la Dame. Il ne procède pas non plus. 117. aucune apparition d’elle. de ces chosettes. Il faut donc se taire.l’objet ultime de désir. le poète courtois commence par isoler cet objet imaginaire. op. C’est pour cela qu’aucune Dame se prête si bien à la sublimation comme celle absente ou perdue. ma langue . Dans cette sublimation. Il ne faut pas dire cette Chose. “Entwurf einer Psychologie”. bien entendu. “Chanson”. Nous pourrions arriver par cette voie.. p. où le cylindre de la demande fait le tour d’un désir qui s’enroule sur le vide de -a. p. par le troubadour Raimbaut d’Orange. ont mis en moi tel désir. que le réel de cette Chose courtoise n’est que la dignité à laquelle fut élevée. alors que son gant est à la place du symbole : “Le chevalier qui se bat pour le gant de sa Dame sait bien que ce gant doit toute sa valeur à celle-ci et le prix qu’il y attache ne l’empêche nullement de penser à la Dame et de la servir d’autres façons” 506. 506 Freud. laquelle ignore certainement.. mais aussitôt je laisse ces fleurettes. toutefois. Soit dit en passant que Freud. Dame. elle doit être absente pour le sujet.). en tant qu’élévation d’un objet à la dignité de la Chose courtoise. alors j’oublie et je fuis toute amourette. une partie de la Chose courtoise. et par la même raison : parce que trop parler (trop parlar dans l’occitan de Raimbaut d’Orange ou trop parliers dans le vieux français de Chrétien de Troyes) nuit plus qu’un pêché mortel. comme c’est la cas pour Gace Brulé. op. dans l’imaginaire. Le fonctionnement de cette mécanique de l’amour courtois est bien illustré par une chanson du troubadour Guilhem de Cabestany : “Le premier jour. Cette sublimation comporte que l’image sublimée cesse d’être prise pour une simple image. in Les troubadours. cit. À la limite. d’une manière hystérique. de cette partie de la totalité du corps.que quiconque trop parliers. une partie qui représente réellement la totalité de cette Chose. p. Elle devrait devenir imperceptible. de la bouche. in Les troubadours. 1200. l’imaginaire d’une chosette comme n’importe quelle autre chosette. un regard tendre et doux. 1200.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Dame. 1150. cit. Traduction française : “Esquisse d’une psychologie scientifique”..) que mon anneau qui fait ma joie parce qu’il fut au doigt. On doit bien comprendre que ce qui risque d’être mis en question.. ô ma Dame. Dans cet enroulement. que je ne verrai plus un seul jour de ma vie” 508. ou du sein maternel qui manque. Afin d’illustrer le rapport entre l’hystérique et la Chose (Ding) refoulée (verdrängt) à laquelle se “substitue complètement” le symbole. Après la pseudo-sublimation. comme lettre a. que j’oubliai moi-même et l’univers (. cit. par le séparer des autres objets imaginaires. Le prix qu’elle y attache à ce courage empêche certainement la Dame hystérique de penser au chevalier et de le servir d’autres façons. lequel devient -comme la Chose. avoir confiance (. et je reste à vous que j’ai plus chère au cœur”507. Il n’y a ici qu’une hystérique. mais aussitôt il se fatigue de ces fleurettes. Mieux pour la Dame. cette partie qui ne pourra être présente qu’en absence. j’éloignai mon cœur de tout autre image (. si l’anneau. Par une pseudo-sublimation qui part du symbolique et non pas de l’imaginaire. dans une parole qui pourra donc entourer le lieu de la langue tranchée. dans son rapport à ce gant. en ses beaux yeux. l’anneau. par rapport au chevalier courageux qui se bat pour son gant.. par la sublimation. comme le Saint-Graal. en son image. laquelle doit rester absente dans la parole. le chevalier n’est pas fétichiste. quand il vous plut de vous montrer à moi. Comme quoi. 55. in Poèmes d’amour des XII et XIII siècles. l’anneau aimé pourra être ainsi élevé.. puisque pour être la Chose. pourra être aimé comme s’il représentait réellement la Chose qui manque dans le vide et qu’il ne fait que représenter symboliquement.. En fait. il se réfère à un cas typique de pseudo-sublimation.. 8 . “De bone amour et de leaul amie”. la Dame. p.).). de l’anneau ou de la trompette puante est toujours la même. celle dont l’image disparaît pour toujours. est un représentant symbolique de la Chose courtoise. que son courage doit toute sa valeur à la personne même du chevalier. op.. Le doigt qui manque dans l’anneau est ainsi l’objet partiel. telle chose ne dit... en présentant ce vide.. p. “Vers”. à la dignité de sa Chose courtoise : “Je n’aime rien (. 361. au niveau de la Chose amoureuse.. la seule fois qu’il aborde explicitement la Chose courtoise. l’image devrait disparaître. Ferrand (trad. pour autant -nous le savons déjà. voire l’objet imaginaire qui est élevé à la dignité de la 505 Raimbaut d’Orange. le fétiche. que je vous vie. la forme cylindrique du Saint-Graal. dans la mesure où il se confond. votre sourire. par une apparition décevante de la Dame. Freud donne un exemple où la Dame est à la place de la Chose. cit. 507 Guilhem de Cabestany.. ce que nous écrivons -a. jusqu’à la topologie du tore. qui vienne à mettre en question son élévation à la dignité de la Chose courtoise. UGE 10/18.

une image peut toujours nous décevoir. tel que la dame de l’amour courtois. Mieux appréhender son propre être dans l’image impliquerait mieux se confondre avec cet image. La sublimation ne sera donc possible que parce qu’elle sera précédée par l’évidement de la place de la Chose. ta-Dame. les caractères que je viens d'exemplifier. cit. à un moment donné. b1 + b2 + bn. p. in Recueil de chansons”. toutes nos Dames -ma-Dame. me semble-t-il. les caractères de la Chose courtoise. était située au centre des repères fournis par le travail de sublimation exécuté par les troubadours et des trouvères. 75. 7.. si ces repères de la sublimation peuvent nous servir à situer la Chose courtoise. les caractères ont sûrement un rapport substantiel avec la Chose. “Chanson XXXII”. comme Chose courtoise. elle manquera dans le sujet.5. bref. elle ne pourra jamais décevoir. d’être élevée à la dignité de ce qu’elle représente. comme Pierre Bruno. de la sublimation religieuse et scientifique. Comme quoi. op. C’est le trou dans le miroir ou la plongée sous la surface de l’eau. cit.-Y. L’objet a cesse alors d’être insaisissable. voire le refoulement. les soupirs profonds m’ont tué”511. 62. que dans la mesure où ils indiquent la configuration de quelques prédicats.). Les caractères hypothétiques énoncés ne caractérisent la Chose courtoise. L’image digne d’être élevée à la dignité de la Chose ne serait que celle où le sujet puisse mieux appréhender son propre être réel chosique. insaisissable pourtant dans l’image. perdue. “Chanson XXIII”. quand il dit : “Qui a aimé une jeune fille ou une Dame -amour qui n’est que mensonge et vent-. La position centrale d’une Chose refoulée. op. Quant à Bernard de Ventadour. 9 . que par un potentiel de susciter le souvenir de cette forme platonicienne qu’est l’affreuse beauté en soi de la Chose maternelle et amoureuse d’avant notre naissance. Elle sera absente dans la parole.. “Chanson XXII”. forclose dans la science ou refoulée dans l’art.). 1270.. refoulé. quoiqu’ils appartiennent à la Chose en général ou à la Chose courtoise en particulier. en transcendant toutes ses images. C’est pour Thibaut. elle ne vaut. toutes les choses. op. La Chose pourra être évité dans la religion. la Chose est invariablement absente. comme lettre a. Or. La Chose manquera. dont le caractère narcissique et spéculaire ne lui passe pas inaperçu : “Je n’eus plus sur moi nul pouvoir et ne m’appartiens plus dès l’heure qu’elle me laissa en ses yeux voir un miroir qui fort me plaît ! Miroir.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Chose courtoise. 510 Thibaut de Champagne. en fonction desquels peut s’articuler ce réseau pulsionnel qui cerne la Chose dans la sublimation. 1230. dans l’imaginaire. sa-Dame. en réalité. lorsqu’il chante “qu’à ses yeux il est reconnaissant. si la sublimation artistique entoure une Chose refoulée. Badel (trad. Nous savons bien que la Chose échappe à toute caractérisation. il décrit lui-aussi cette confusion avec l’image de la Dame. que 509 Adam de la Halle. en lui et en tant que lui. avec cet objet imaginaire et narcissique. depuis qu’en toi me vis. En effet. Ce mérite d’une image singulière ne peut s’expliquer.. in Oeuvres complètes. mais la confusion de la Chose amoureuse où on se noie. par soupirer comme nous. réduite au rien . III. la sublimation scientifique ne croit pas à une Chose forclose et la sublimation religieuse déplace une Chose évitée. est précisément ce qui distingue la sublimation artistique. refoulée. 1150. celle réelle de la Chose amoureuse. le drame de Narcisse. C’est pour le sujet la fin de son existence ou de son manque-à-être -voire la confusion chosique du sujet qui existe avec l’objet qu’il est. Il n’y a plus alors cette belle image spéculaire qui nous arrête. cit. 1995. mais ceci n’implique pas que Notre-Dame doive elle-même nous décevoir. l’évitement ou la forclusion de cette Chose à la dignité de laquelle sera élevé l’objet imaginaire. car une image qu’on voit et sent. malgré cette position. Notre-Dame. de distinguer une si belle apparence. “qui se noya volontairement”512. la Chose courtoise qui sous-tend à toutes les choses qui prétendent la représenter. dans son rapport à la sublimation. in Les troubadours. P. Quant à chacune de ses images. in Recueil de chansons”. dans une confusion spéculaire du sujet avec l’objet sublimé qui reproduirait. qui s’épuisent dans ses images. p. toujours inaccessible. le centre hors signifié. devra saisir logiquement toutes les images. mais les caractères qui doivent être attribués à l’objet afin de pouvoir l’élever à la dignité de cette Chose. elle ne sera qu’un vide. ce rapport substantiel ne suffit pas. Au lieu de poser. Elle est. 119. Adam de la Halle raisonne justement. c’est parce que celle-ci occupe une position centrale par rapport à eux. Paris. Notre-Dame ne pourra jamais décevoir. p. 511 Bernard de Ventadour. On est tué par le miroir lorsqu’il nous ressemble autant qu’il finit par devenir réel. 1230. Tout se passe comme si la Chose courtoise. Thibaud exprime cette confusion au niveau de l’image visuelle. ici. parce qu’elle ne pourra jamais s’épuiser dans une seule image décevante. par se casser. que parce qu’elle mérite. III. pourra occuper la place de la Chose. c’on voit et sent)”509. pour justifier la prétention d’être arrivé à une caractérisation positive et certaine de la Chose courtoise. perdue dans l’objet et réduite au rien dans le sujet. C’est la déchirure du voile imaginaire. dans son rapport au “mépris” de sa Dame. 512 Thibaut de Champagne. À ce titre. du tourbillon pulsionnel animé par la sublimation. Le livre de Poche.. à la différence des autres Dames. Néanmoins. car elle incarne l’image qui sous-tend à toutes les images. p. dans les images miraculeuses de la Sainte-Vierge. ne peuvent être qu’hypothétiques. peut-être. pour chaque individu. On le saisit dans notre regard. chez Lacan. sait bien comment la Vierge doit être honorée (. 63. rappelle à l’esprit toute chose (car par painture est ravisée toute chose. L’image idéale de Notre-Dame. Dans les trois cas. De manière analogue. Or. Puisque cette place sera vide. Ils ne sont pas. En effet. un objet sublimé pourra l’occuper. dont jamais il se séparera”510. “Chanson”. pour ainsi dire. et c’est précisément pour cela qu’un objet imaginaire sublimé.

bien que la Chose elle-même reste isolée.5). reste invariablement insaisissable. D. Autrement dit. in La lettre mensuelle. Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient. cet “endroit” où “naît tout amour d’amant”514 -et où la sublimation installe ce qui prétend représenter la Chose qui manque. ECF. ce qui est forclos. S. comme lettre a. Nous voyons bien que la sublimation. 1967. soit religieuse. évité ou refoulé. en élevant l’objet imaginaire à la dignité de la Chose.. Paris.). 1987. à la dignité du rêve et de la folie. Tout de même. De même que la perversion qui occupe le vide chosique par un représentant symbolique dignement élevé à la dignité de la Chose qu’il représente -ce que nous allons démontrer vers la fin de notre cours-. “Traumdeutung”. 515 Freud. il ne restera qu’un vide. ce qui est refoulé. Traduction française : “Deuil et mélancolie”. Quant à cette Chose. scientifiques. Ainsi. p. apparaîtra comme une manifestation consciente des représentations inconscientes de la Chose. chez Freud. c’est-à-dire le vide laissé par la Chose en tant qu’irreprésentable pour le sujet. en tant que Sachvorstellung. évité ou forclos n’est pas la Chose. 443. 7. qui promeut toute représentation imaginaire au rang plus éminent d’une représentation réelle. 1988. in Oeuvres Complètes. indignement. 516 Freud. cit. p. 513 Bruno. p. J. la sublimation élève aussi la réalité imaginaire. pendant le “travail de rêve” 516. in Écrivains anticonformistes du Moyen-Âge occitan. une image spéculaire. c’est parce que la place de celle-ci est vide -en étant. Paris. Grâce à cette mystification. En effet. est donc celle de la dignité de la Chose irreprésentable.1987. par la lettre a qui précède la lettre b. 275. Meyerson (trad. évitée par le déplacement de la sublimation religieuse ou refoulée tout en étant entourée par la sublimation artistique.W. une image sur la surface d’un miroir. die Sache. Si dans le cas de la sublimation. la sublimation occupe le même vide par une représentation imaginaire indignement élevée à la dignité de la même Chose qu’elle représente. forclose dans l’incroyance de la sublimation scientifique. 301-302. dans la “signification” ou dénotation (Bedeutung) d’un mot.à la dignité de la représentation réelle -la Dingvorstellung. W. mais le vide que cet être laisse au cœur de l’être symbolique langagier. La différence et fondamentale. pp. 257. puisse représenter la Chose. ou bien dans leurs “traces” ou ‘impressions de détail”. 227. dans une Sachvorstellung que peut alors.1). opère dans toutes les tentatives. pour accepter qu’une représentation imaginaire. 514 Mir Bernart et Sifre. 1900. l’élever à la dignité de cette Chose qu’elle prétend pouvoir représenter (7. 01. Un vide. op. cette place. où le vide. Paris. dans a + b. Nous pouvons même considérer le refoulement. En quelque sorte. religieuses ou artistiques. il faut nécessairement la sublimer. à savoir. cet objet. 1988. Et pourtant. dans notre civilisation. in G. das Ding. se faire passer par une Dingvorstellung. 1200. si le vide n’était pas forclos. celle de Frege et des psychologues du moi. cit. L’indication de a. Impossible de croire au caractère réel d’une création artistique. en élevant la représentation imaginaire -la Sachvorstellung. die Sache. Gallimard. usurpe la dignité d’une Chose qui ne peut être aucunement objectivée. Celui qui la sublime prétend qu’elle représente la Chose. S. comme objet a. lorsqu’elle ne représente qu’autre chose. avec la représentation de mot. précède le refoulement. op. Messier (trad. évité ou refoulé n’est pas l’être réel chosique. celui du lieu de l’Autre. 8 . Ceci dit. En quelque sorte. En effet. Traduction française : L’interprétation des rêves. “Trauer und Melancholie”. 1905. P. 8. sans prendre ces représentations objectives pour des présences chosiques. in G.. das Ding. p. N’empêche que l’irreprésentabilité de la Chose en tant que telle. la représentation imaginaire signifiée par un signifiant.qui présente ce qu’elle représente -le Ding-. nous affirmons donc que l’évidement premier de la Chose est la condition de la sublimation. En tant que prétendue représentation de la Chose irreprésentable.). dans le calcul imaginaire signifié que nous écrivons a + b. cit. si la sublimation peut élever l’objet à la dignité de la Chose (7. il ne serait plus ce vide à la place duquel on mettra l’objet sublimé. c’est tout simplement parce qu’il n’y a rien de plus contraire à la Chose réelle insignifié que l’objet imaginaire signifié..6. 273. l’évitement et la forclusion. “De la Chose à l’objet a”. (trads. que dans leur “compositions”. “Jeu Parti”. PUF. des Dingvorstellungen que nous ne rencontrons. 517 Freud. Ceci nous permettrait de comprendre. en tant que Dingvorstellung supposée. en vertu de la sublimation. celui forclos par la science. on peut concevoir la Dingvorstellung comme promotion de toute Sachvorstellung. l’évitement et la forclusion comme des conditions indispensables pour la sublimation. N°55. artistique ou scientifique (7. la religion et l’art. que les “représentations de la Chose” (Dingvorstellungen)515 puissent être impliquées. pourra être indiquée. S.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 la sublimation est “la condition de l’évidement premier de la Chose”513. toute représentation imaginaire est une image indigne de représenter ce qu’elle est censée représenter. d’une révélation religieuse ou d’une découverte scientifique. qui doivent être “délaissées” pendant le “travail mélancolique”517. chez Freud. 1915. comme Sachvorstellung en relation à une Wortvorstellung. l'élévation nous semble indigne. celui de la place où la Chose manque -en tant qu’objet a ou -a-.. p. ou le fait qu’elle ne puisse être représenté que par autre chose.. à laquelle est élevée l’autre chose en raison de la sublimation. nous sommes en état d’énoncer que dans la science. évité par la religion et refoulé par l’art. il n’en reste pas moins que sa dignité.). op. Paris. I. mais plutôt le lieu de l’Autre. Altounian et coll. de représentation imaginaire de la Chose.1). p. à laquelle est élevée la Chose représentée. en étant sublimé. dans sa position réelle insignifiée. PUF.

C’est pour cela que le Saint-Vou de Dives-surMer fut brûlé par les calvinistes. où vous pouvez la contempler dans l’église de Saint-Wulphy. tel qu’il l’avait vu sur la croix. défini par sa proportion et similitude avec la Chose. IV. où elle fut brûlée par les calvinistes. Si le Saint-Graal est un représentant symbolique devenu réel. 11. Il y a. et finalement la 518 Merceron. Dans le quatrième livre de l’Institution de la Religion Chrestienne. la représentation réelle. “par ces choses corporelles qui nous sont proposées aux sacrements. Dans la perspective calviniste et luthérienne. de 1536. 2002. voire à la Chose en tant que telle. est rejetée dans l’Église reformée. le pain et le vin. Santo-Volto ou Sainte-Face. ce qui donna en français Saint-Vou. Ses trois figures furent embarquées sur trois nacelles sans voile par un Syrien nommé Grégoire. En Toscane. La première traversa la Méditerranée. 519 Calvin. La troisième arriva à Lucques. une Vera Icon.. J. laquelle élève la représentation imaginaire à la dignité de la représentation réelle.comme une véritable image de Notre-Dame. de la Sainte-Vierge -une image miraculeuse. La Dame elle-même. aux choses spirituelles”520. Paris. Vera Icon. Calvin reconnaît que le corps et le sang du Christ “nous sont representez soubz pain et vin pour nous apprendre et monstrer que non seulement ils sont nostres. un icône de Peirce. le visage de la Dame est comparable à la Sainte-Face. Institution de la Religion Chrestienne. bien entendu. cette “chose éternelle et immortelle” qu’est le Christ né. de l’hallucination -ainsi que de la sublimation-. 9. en Toscane. Tableau 23. cit. est une véritable image. 800.. l’image de cette Dame apparaît très souvent -nous le savons déjà. 520 Ibid. En fait. qui devient une représentation réelle. Bien entendu. selon quelque proportion et similitude. XII. C’est également pour cela que l’existence du Saint-Graal serait inacceptable pour les mêmes calvinistes. nous devons être conduictz. moyennant Kant et Hegel. mais aussi qu’ils nous sont pour vie et nourriture” 519. dont le nom veut dire véritable image. 7 . même en s’agissant du pain de l’Eucharistie. Voici (tableau 23) les saints patrons du délire. Les Belles Lettres. comme celle à laquelle Hegel doit se référer aujourd’hui. le Santo Volto est assimilé à la Sainte-Face de Véronique. une prolifération de représentations réelles qui ne sont pas acceptées comme telles par l’Église Réformée. la Dame du poète courtois. certainement arbitraires. comment le Saint-Vou et le Saint-Graal pourraient-ils représenter réellement le corps du Christ. ou de la chosette comme Chose. dans l’Église Catholique. La deuxième arriva à Rue-en-Ponthieu. c’est-à-dire Saint Visage. Vera Icon Saint-Chose -a=a Réel Cause comme Chose Saint-Vou (Vera Icon) (a+b)=a Hallucination Chosette comme Chose Saint-Graal b=a Délire Causette comme Chose Dans le Catholicisme. 1961. mort et ressuscité521. Vous avez ici une claire distinction calviniste entre les trois entités symbolique. ou de la Cause du désir -l’objet a. si même pas le pain de l’Eucharistie n’est accepté comme une représentation réelle de ce corps ? En effet. ainsi que Saint-Vaudelu et Saint-Godelu. 9-10.. p. Jean. Dictionnaire de saints imaginaires et facétieux. nous avons ici une représentation imaginaire. Soit comme Saint-Vou. Op. En quelque sorte.-E. Par ces représentants symboliques. 521 Ibid.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 8. le Saint-Vou -comme la Dame sublimeest une représentation imaginaire devenue elle aussi réelle. en Somme. 1536. où elle est appelée Santo Volto. Nicodème tailla trois figures du corps du Christ. Voici des représentants symboliques de la Chose. p. pp. à Dives-sur-Mer. p. monta vers le nord par l’Atlantique et arriva en Normandie. mais non pas immotivés. la passion et le meurtre de la Chose Selon une légende médiévale518. une Vera Icon. ensuite ce qui est signifié dans l’imaginaire. imaginaire et réelle : premièrement les symboles corporels signifiants. ça vaut la peine qu’on s’arrête un moment et qu’on examine ce que Luther et Calvin ont à nous dire à ce propos.comme Chose de jouissance. une telle transformation n’est pas sans rapport avec la sublimation. ou de la causette comme Chose. alors que le Saint-Chose peut être considéré comme une représentation réelle dès l’origine. les représentations imaginaires et les représentants symboliques deviennent très souvent des représentations réelles. Le Saint-Vou : l’effacement. et du réel en tant que tel. Puisque ce rejet aura une grande influence dans la théorie lacanienne de la Chose.

531 Luther.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Chose en tant que telle. p. 26. Labor et Fides. vol. 16. il faut la foi pour que le représentant symbolique devienne réel -comme il faut l’amour du poète courtois pour que la Dame devienne réelle. pp. En effet. Ainsi. dès le début. 1519. p. Finalement. 15.. c’est-à-dire le pragma et non pas le semaïnomenon des Stoïciens. Le pain et le vin de l’Eucharistie. Premièrement. entre a et -a. À défaut de la certitude catholique. Signe visible.. n’est qu’un signe. chez Luther. testament du corps et du sang du Christ.. cit. cette “contradiction” scotiste à laquelle doit “suffire” une certaine “unité” et “univocité” 527 entre les pôles contradictoires. 1519. c’est “la foi” qui “doit unir les deux choses”. de dénoncer l’hypocrisie des prêtres et des moines de son époque. par lequel nous soit figuré le pain spirituel”522. Op. il faut cette confiance indubitable. il affirme à l’encontre des catholiques : “Quiconque donc sera l’opiniastre qui vouldra icy insister. Avec le même scepticisme de Jean de Meun. 1988. cit. un scepticisme qui me rappelle. 524 Ibid. réelle. Ensuite. Luther -selon ses propres termes. lequel. in Ordinatio I. p. Pour accepter cette représentation réelle du corps par le pain. VI. symbole corporel. que le vin est sang ! Je maintiendray au contraire. 1961. Genève. en laquelle réside la puissance du sacrement” 528 . dans sa continuation du Roman de la Rose. 530 Calvin. le pain et la “signification” du pain 529. 18. pp. lorsqu’il parle de “ceste confiance indubitable que. entre la Chose et sa représentation réelle. Institution de la Religion Chrestienne. et malgré Calvin. comme nous pourrons le constater au moment opportun. 529 Ibid. 8 . en prenant le signe du corps. Proportion. c’est “d’autant qu’il est un symbole”523. le pain n’est qu’un représentant symbolique du corps du Christ. figuration. 1536. c’est parce qu’il y aura ici.. 14. 527 Duns Scot. Luther distingue “trois caractères” dans l’Eucharistie (tableau 25). Calvin utilise même le terme de symbole. “Sur la connaissance de Dieu et l’univocité de l’étant”. que le pain est corps. il faut la foi pour délirer. qui “doit unir les deux choses” 531. sans cesser d’être un objet imaginaire. 26. voire “le sacrement reçu sous les espèces du pain et du vin” et “l’incorporation avec le Christ” 532. Paris. “la signification du Saint Sacrement”. par exemple dans le fétichisme. dist. “le sacrement ou le signe”. le signe et la signification du signe.“tient contre toute raison et toute haute logique que deux êtres distincts peuvent bien être et s’appeler un seul être” 526. immortelle. Martin. nous recevons pareillement le corps”530. que la Dame n’est la Chose courtoise qu’en vertu de sa sublimation par l’amour courtois de son chevalier -et si je m’autorise pareille extrapolation. pour croire que (a + b) = a. le pain. lorsqu’il explique que si “le pain est appelé corps du Christ”. XII. C’est évident que pour Luther. 23. 532 Ibid. qu’il crie tant qu’il vouldra. entre le vent et la girouette de Peirce. Labor et Fides. 523 Ibid.). du point de vue calviniste. in Oeuvres. qui “doit être extérieur et visible. op. pour croire que a = b -de même qu’il faut la sublimation de l’amour courtois pour halluciner. p. éternelle et immortelle. 1300. Curieusement. en tant que tel. le symbole. que c’est le Testament du corps et du sang” 524 (tableau 24). Sur ce point. “il faut que le pain visible soit un signe. “Un sermon sur le très vénérable sacrement du saint et véritable corps du Christ et sur les confréries”. Voici la distinction formelle. Boulnois (trad. sous une forme corporelle”. 120-121. Cependant. La Chose spirituelle.. tout en défendant le caractère réel de cette représentation. Dès le début. celui de Jean de Meun. PUF. Autrement dit. 121. il est également la Chose -comme la Dame. lorsqu’il est encore un augustin inconnu. Luther. elle est également la Chose courtoise. in Oeuvres. cette croyance qui est si importante pour l’église réformée.. 1528. de même que pour Calvin. “Un sermon sur le très vénérable sacrement du saint et véritable corps du Christ et sur les confréries”. p. il lui arrive d’accepter que “deux êtres différents. pas par hasard. Jean. proclamera clairement : “C’est la foi.. Luther défend ici la représentation réelle. 17. p. en dépit de son caractère irrationnel. voire une représentation symbolique. 525 Luther. que nous avons relevé depuis notre premier cours. dans un autre contexte. À ce titre. 15. soient donnés pour une seule chose ou un seul être dans ces paroles : ‘ceci est mon corps’”525. 1964. le pain et le corps. dans l’amour courtois. p. Nous voyons bien que la signification de Luther est plutôt ce qui est dénoté par le représentant symbolique. Le corps et le sang du Christ. Martin. O. Ceci revient à dire. Genève. IV. C’est ainsi que le semaïnon pourra devenir le pragma grâce à la foi -aussi bien que grâce à la perversion. Calvin. 526 Ibid. Quant à Luther. sans cesser d’être un symbole. Martin. Et c’est 522 Ibid. p. Vie et nourriture. Luther insiste sur le fait que la représentation ne peut être réelle qu’en vertu de la foi. “De la cène du Christ”. ne put résister. similitude. À défaut de folie. éternelle. Ce même scepticisme à l’égard de la représentation réelle est celui qui se manifeste chez Calvin. qui “doit être intérieure et spirituelle”. 3.. p. “la foi dans l’un et dans l’autre”. 528 Luther. Tableau 24. 30-34.

sous une forme corporelle. Paris. par définition. Paris. pour les catholiques. cent milles miettes de pain devenues en un instant autant de dieux. Ainsi. “Séminaire du 21. insiste Hegel. mais aussi la mère. p. p. que dans la religion catholique ce n’est pas seulement le représentant symbolique qui devient réel. “les images miraculeuses de Marie -dit-il. 539 Ibid. mais un dieu à la place du pain . réelles dès l’origine. Tableau 25. in Le transfert. Ce n’est pas sans connaissance de cause que Luther compare le pain à “une marque distinctive donnant au citoyen la certitude qu’il est un membre de la communauté formé par la cité”534 -par cette cité communautaire chosique dont Luther et surtout Calvin. dans la position protestante à l’encontre de la représentation réelle catholique. correspond à la confusion chosique entre le sujet et l’objet. à juste titre. Le corps et le sang du Christ. notamment au Moyen Âge539. 1960. d’après Lacan. Martin. puisqu’elles étaient déjà. rationalité qui aura une influence décisive dans la conception lacanienne de la Chose qui nous occupe aujourd’hui. La signification du Saint Sacrement. Par contre. selon Hegel. cette foule innombrable de dieux ne faisant qu’un seul dieu . op. dans cette “cité communautaire. Il nous rappelle ainsi le pragma platonicien. Cette transsubstantiation. si contradictoire que Dieu même ne pourrait pas faire cette opération. Le sacrement ou le signe. Voici la représentation imaginaire de la Chose. l’hostie n’étant d’ailleurs qu’une chose extérieure. à plus forte raison. pour Luther “l’hostie n’est quelque chose et le Christ n’est reçu. 371. Dans ses Leçons sur la philosophie de l’histoire. S. J. G. de cette Chose qu’est le corps du Christ. 302. in Dictionnaire philosophique. dans son dictionnaire philosophique.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 indubitable que ce pragma. Selon ses propres termes. pp. l’un de nos derniers cours.. du vin changé en sang. 1767.. voire la Chose amoureuse. du “culte des reliques” ou des “restes terrestres sacrées”. par un avatar délirant. tel qu’il est se manifeste.. et qui a le goût du vin. “le petit morceau de pain consacré par le prêtre est le Dieu présent”536.. la représentation réelle du corps du Christ. doit être adorée comme Dieu”537. je vous recommande de lire l’article de Voltaire sur la transsubstantiation. 534 Luther. 1987.60”. Il est donc réellement représenté. 16. n’ayant pas plus de valeur qu’une autre”. 301. 1519. En effet. mais aussi la représentation imaginaire -cette fois-ci par un avatar plutôt hallucinatoire.. Extérieur et visible. 1922. restent des représentations réelles (tableau 26). W. pour les catholiques. Non seulement un dieu dans un pain. cette mise en question. si contraire à toutes les lois de la physique.“si absurde. C’est le cas. comme incorporation avec le Christ. Je vous rappelle.. de la blancheur sans un corps blanc . Ainsi. qui n’est rien d’autre qu’une représentation réelle du corps du Christ par le pain de l’Eucharistie. 538 Ibid. tout à fait révoltante aux yeux de Platon comme aux nôtres” 533. ces restes ou reliques n’ont pas eu besoin de devenir des représentations réelles. voudraient bien être les directeurs.. cette chose. p. La foi. Le pain et le vin. d’une manière non dépourvue d’un certain simplisme humoristique. chient et pissent leur dieu”535. est -d’après les protestants qui parlent par la bouche de Voltaire. les représentations réelles. Vrin. de même que Platon. 9 . J. Si les représentations imaginaires et symboliques deviennent réelles pour les catholiques. F..) mangent et boivent leur dieu. Seuil. 537 Ibid. des représentations réelles de la Chose -en tant que Dingvorstellungen. à ce propos. 1837. Luther. Pour vous situer. l’hostie. mais aussi celui de la Sainte-Vierge : le fils. dans l’Académie. Paris. qui dénonce l’irrationalité des représentations réelles. op. Hegel remarque. p. Hegel nous offre une intéressante réflexion sur la représentation réelle dans les Églises Catholique et Luthérienne. 535 Voltaire. 1964. que dans la foi en lui. Les représentations réelles catholiques sont ainsi mises en question par les protestants.12. où l’objet a.. dans la République ou dans l’Atlantide. Leçons sur la philosophie de l’histoire. 293. 265.. 101-106. en tant que 533 Lacan. 1991. Incorporation avec le Christ. “Transsubstantiation”. sera à la base de la rationalité kantienne et hégélienne sur la représentation de la Chose. comme le Saint-Vou.). des moines qui (. voire la Chose maternelle confondue avec le fils dans la Chose amoureuse. Garnier-Flammarion. Le représentant symbolique. p. de la rondeur sans un corps rond . et des prêtres. 292. en procurant une gracieuse et favorable présence de Dieu” 538.sont en leur genre des hosties. devient ainsi. Sans aucun doute. Comme “restes mnésiques optiques” ou “restes mnésiques de Chose”540 (Erinnerungsreste von den Dingen) -pour le dire à la manière du Freud de 1923-. p. 540 Freud. C’est exactement ce qui arrive avec le Saint-Graal. “le Christ est représenté dans l’hostie comme présent”. La représentation doit être adorée comme ce qu’elle représente. parce que c’est en effet d’anéantir Dieu que de supposer qu’il fait des contradictoires. p. “l’hostie. cit. Gibelin (trad. cit. 536 Hegel. “Le moi et le ça”. “Un sermon sur le très vénérable sacrement du saint et véritable corps du Christ et sur les confréries”. Intérieure et spirituelle.

objet imposé par le Père. comme femme réelle. dans lequel il couche avec une demoiselle à la place d’une Dame élevée à la dignité de la Chose maternelle. qui “lui crache au visage feu et flammes”. nous devons d’abord distinguer les deux femmes : d’une part il y a Guenièvre ou l’épouse du propre Père ou du propre Roi -Arthur-. dans la lettre b. Traduction en français moderne. Hegel continue à réfléchir à propos des reliques. les croisés découvrent l’absence de la Chose. Dans ce lieu. 542 Hegel. d’autre part une “coupe qui était très grande et presque pleine”546 (la coupe estoit bien grans. p. VI. de la lettre a. p. comme castration. Paris. Tableau 26. 1895. comme femme imaginaire. dans le “Saint Cimetière”. pp. Traduction française: “Esquisse d’une psychologie scientifique”.. qu’il lui fait voler la tête”544 (il en fait la teste voler). c’est-à-dire la seule présence possible de la Chose devant nous : sa présence. la croix du Christ. comme la seule Dingvorstellung. par le Roi Pellès. reposons nous encore un moment à Corbenic. Et il souligne : “cependant c’est dans le tombeau que se trouve le véritable moment à proprement parler de la conversion. et non pas réelles. il lève la dalle et “voit à l’intérieur le serpent le plus hideux”. cit. ainsi que comme une relique. Lancelot du Lac (traduction). le Saint-Sépulcre. Lancelot arrive donc au SaintSépulcre. cit. pour la reine Guenièvre. V. “Entwurf einer Psychologie”. Chose maternelle -ou objet élevé à la dignité de cette Chose. op.. cit. Les représentations réelles catholiques selon Hegel. du Freud de 1895. il lui en donne un tel coup. mais seulement parce qu’il la prend pour la reine Guenièvre. ils présentent donc la vacuole. la décapitation du serpent. et puis. W. qui se fait passer.. 1837. op. le lieu de ce vide. Il rapporte comment “le suaire du Christ. un sépulcre -certainement un Saint-Sépulcre. VI. pleine de la substance imaginaire qui deviendra représentation imaginaire de la Chose -pleine de la potion que Brisane.. Avant de continuer à travailler sérieusement avec Hegel. le désir et le lien entre le Saint-Graal et le Saint-Sépulcre. 30. se montre comme ce qu’il est. Élevée à la dignité de la Chose par Lancelot. Relique ou reste terrestre sacré Image miraculeuse de Marie -a = a (a+b)=a Hostie b=a Lorsqu’il s’occupe des croisades.. la présence d’une “chose sainte et digne de respect” (sainte cose et digne) . 1999. nous devons ensuite distinguer deux vases : d’une part le Saint-Graal. G. obéissant la volonté du roi Pellès. qui n’est qu’un vide. qui dit à sa femme -pas par hasard à sa femme-. cit. Op. C’est dans la tombe vide du Christ. celui d’un représentant symbolique de la Chose où ce qui est représenté doit être absent. c’est dans le tombeau que s’évanouit toute la vanité du sensible”542. Plus précisément. duquel sortent “les parfums les plus délicieux” et “les mets les 541 Freud. M. S. 147. 492. que grâce à cette drôle de castration. p. dès le début. 1230. Dans ce même lieu. À propos de la castration. Le roman de Tristan en prose (version 2). comme phallus en creux. Op. fait boire à Lancelot. “empoignant son épée. a. enfin le tombeau du Christ devinrent les plus sublimes reliques”. demoiselle. comme objet imaginaire. objet -non élevé à la dignité de la Chose-. Lancelot pourra voir le Saint-Graal et coucher avec la belle demoiselle qui le tient. Elle est donc une Dame de laquelle ne peut se détacher Lancelot. Toujours dans le même lieu. Ollier (trad. lorsqu’il trouve. Dame. Tous les deux. VI. 546 Ibid.. pp. 543 Anonyme. F. la seule représentation réelle possible de la Chose. un lieu vide. au lieu de son désir et de sa castration. 34. c’est-à-dire la représentation réelle de la Chose. p. 65. et donc sa présence. vol. op. que nous indiquons ici par -a. p. 6. celui de l’Autre où manque l’être comme objet a. fut défini précisément comme un reste ou un reliquat. En même temps. en accédant au lieu de son désir. comme un trou. pour “accéder au lieu de son désir”543 (ataindre la ou vous baés). Alors.). 8 . pris dans son vide chosique. que les représentations du corps du Christ se montrent à nous telles qu’elles sont. Le livre de poche. 544 Anonyme.. dans son représentant symbolique. en effet. se dévoile devant eux. comme une cloaque -celle illustrée par la trompette puante d’Arnaud. vol. uniquement imaginaires et symboliques. Leçons sur la philosophie de l’histoire. 117. -a. afin qu’il couche avec sa fille en la prenant pour la reine Guenièvre. cette reine apparaît comme la Chose maternelle dans sa version courtoise. peut-être faudraitil rappeler une aventure de Lancelot à Corbenic. vol. 303. d’autre part il y a la fille d’un autre Père ou d’un autre Roi -Pellès-.. Cet objet a. p. pour l’objet dernier de son désir. 63-64. l’objet de l’inceste interdit par le Père -par Arthur-. 30. la fille du roi Pellès. un petit objet imaginaire. 67. où Lancelot accède au Saint-Sépulcre. à propos de Lancelot : “tout ce que je sais c’est qu’il passera la nuit avec ma fille”545. L. cit. Inutile d’insister sur le rapport intime entre le Saint-Sépulcre et le Saint-Graal. tenu par la fille du roi Pellès. si fu ele pres de plainne). comme vide pour le désir. comme absence. qui coupe la Chose amoureuse en deux et permet à Lancelot de coucher avec une charmante demoiselle.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 représentation réelle. puisqu’il se trouve dans le Saint-Cimetière. quatre cavités ou vides chosiques : celui du Saint-Graal. 545 Ibid. à partir du “reliquat échappant au jugement”541. Ils découvrent ainsi l’objet a. VI. dans la tombe vide du Christ. 1250. Grâce à cette castration. 350. nous devons distinguer quatre présences de la même vacuole. représentent réellement la Chose.

apparaît comme le représentant symbolique par excellence de la Chose. 30. vol. Nous comprenons là cette idée mystérieuse que Hegel avait exprimée antérieurement. op. la signifiance qui lui annonce son destin : “cette dalle ne sera levée que lorsque le léopard y portera la main. les croisés découvrent que la Chose n’est symboliquement représentée qu’en étant morte. l’apparition n’est considérée que comme un moment du divin. VI. 553 Hegel. Dieu est obligé de mourir. 548 Anonyme. Le roman de Tristan en prose (version 2). G. reliquat ou reste qui tombe de la chaîne signifiante. 117. vol. 6. F. assis à la droite de Dieu”553. Dans une perspective hégélienne. 117.. 1230. duquel sort le serpent phallique dont il coupe la tête. vol. duquel sorte la substance imaginaire de la représentation comme “poison bonne et douce”548 et comme “force qui monte dans la tête”549 (force montee el cervel) . 30. c’est-à-dire “idée spéculative”. 30. “fleur de la virginité détruite et gâtée” (fleur de pucelage estainte el malmise) de laquelle sort le phallus imaginaire qu’est Galaad comme “fleur de chevalerie qui compensa sa perte”550 (fu fleur de cevalerie. op. 1995. cit. G. p. tout se passe comme si le représentant symbolique. en traitant la religion grecque : “dans la religion chrétienne -disait-il-. toute la représentation réelle de la Chose reste alors concentrée dans le vide. Hotho).. W. b. cit. cet “intérieur comme négatif de la vie. une fois que la tombe reste vide et que la signifiance de la dalle commence à s’accomplir. Dans le tombeau du Christ. ce représentant symbolique ne représente ce qu’il représente que dans la mesure où ceci est mort. 65. sans aucune signification réelle. 191. pour devenir la Chose qu’il est en tant que rien. comme “lieu du désir”551 de Lancelot. p. Il reste vide comme le Saint Sépulcre -vide en tant que vacuole. C’est aussi la passion de tout sujet. 475. comme sujet du signifiant qui doit manquer d’être pour pouvoir exister dans la chaîne signifiante -en étant symboliquement représenté par le Nom-du-Père. le meurtre et l’effacement.. Lancelot rencontre et lit. et celui du Saint-Sépulcre. Il doit mourir pour être symboliquement représenté par son tombeau. comme confusion chosique avec la mère. alors le grand lion sera engendré en la belle fille de la terre foraine”552. 552 Anonyme. Meurtrie par son propre symbole. op. C’est bien entendu la passion du Christ. 251. Nous voici arrivés à trois états de l’être réel chosique. 555 Hegel. le pharaon devait mourir pour que la pyramide puisse le représenter symboliquement.. y meurt .. en tant que représentant symbolique de la Chose qu’est le corps du Christ. Lancelot du Lac. Pour être symboliquement représenté. 554 Ibid. est le corps du Christ. après l’effacement de son humanité chosique. op. du sépulcre dans le “SaintCimetière”. VI.. op. Après la castration ou l’avènement du signifiant. c’est naturel que cette Chose qu’est le corps du Christ soit symboliquement représentable par son propre tombeau. vol. comme nous le constaterons plus loin. Cours d’esthétique (ed. la Chose pâtit l’action meurtrière du symbolique. 55. vide précisément du vide signifiant de la Chose insignifiée. par le pain ou par le Saint-Graal. cit. VI. dans une inscription. 1250. 551 Anonyme. 1230. celui intérieur de la fille de Pellès. Le roman de Tristan en prose (version 2). 1835. En fait. 147. 66. p. p. Autrement dit. ainsi que sa perte dans l’objet et sa réduction au rien dans le sujet. Leçons sur la philosophie de l’histoire. sur cette dalle qui renferme le lieu de son désir et de sa castration. 1837. 209. constitue le représentant symbolique de la Chose par excellence. pp. celui du vase de Brisane. vol. pour être symboliquement représentée par b. qui ne devient Dieu et qui ne peut s’asseoir à la droite de son Père qu’après sa mort.-P. vol. op. chez Hegel. VI. F. Hegel l’affirme clairement : “c’est mort seulement” que le Christ peut devenir “esprit”.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 plus exquis qu’on pût imaginer”547 . p. 1250. cit. Il faudrait finalement relever que sur la dalle qui couvre ce Saint-Sépulcre. Il doit mourir comme Chose. c’est-à-dire comme relique. elle devait devenir -a et tomber de la chaîne signifiante. 8 . p. 550 Ibid. une “laque extérieure en laquelle repose un intérieur caché”. 63. Traduction en français moderne. comme objet a. nous l’indiquerons par -a. Revenons à Hegel. Traduction en français moderne.. lorsqu’il devient le Logos d’Origène. J. p. Puisque ce meurtre produit l’absence de la Chose dans la parole. comme ce qui est mort”555. alors que le Saint-Sépulcre devient représentation symbolique de la Chose. indissociable de celle de la Sainte-Vierge. que nous devrons situer au centre de la théorie lacanienne de la Chose : la passion. une “représentation de ce qui est mort”. le Christ est représenté. Ces trois états. C’est le cas. cette Chose. De même que le Christ.. VI. Lancelot du Lac. cit.. cit. était le responsable du meurtre de la Chose. voire symbole554. il est posé comme abolissant . p. dans son rapport à l’être symbolique langagier. Pour lui aussi. du symbole qu’est la pyramide égyptienne. lieu du désir des croisés. nous pouvons les résumer dans un seul énoncée : effacée par le signifiant. mais aussi par la croix. Aubier. 68. C’est également ce qui se passe avec le Christ. la pyramide. Or. 33.). Von Schenk (trad.. dans ses Cours d’esthétique. IV. Le signifiant reste alors vide. Lefebvre et V. cit. le Saint-Sépulcre. Ici nous ne pouvons pas oublier que le tombeau est pour Hegel le prototype du représentant symbolique. W. op. après la passion de son corps. 547 Ibid. la lettre a devait mourir. 549 Anonyme. 35. Le dieu qui apparaît. et de perte restoree) . p. VI. en tant que tombeau. 30. elle devait être effacée. pp. un corps mort dans son représentant symbolique. Or. Paris. seulement une fois mort. V.

que comme vacuole. Or. J. b) Lacan soutient que “dans toute forme de sublimation. le manque-à-être du sujet. Dans la Terre Sainte. à ce moment.60”.. dans le réel. C’est ainsi que les objets imaginaires. ce i(a) qui guide les croisades jusqu’à la Terre Sainte. C’est ainsi “l’Autre absolu du sujet”559. elle serait présente comme Chose et elle remplirait ce vide. C’est bien quelque chose d’aussi énigmatique que la Chose qui se profile. il y avait en Europe l’apogée de cette vanité. l’objet a. le vide n’est pas un lieu pour l’Autre symbolique. Le discours de la science. le moi idéal. J. Nous arrivons ici. l’objet a. c’est l’objet a qui jaillit. pp. à laquelle se réfère Hegel. ce que les croisés désirent. ces trois états de l’être réel chosique. sera lui aussi voilé par l’objet imaginaire ou spéculaire. 1960... dans son rapport à l’être symbolique langagier. C’est la déchirure du voile imaginaire. perdue. puisqu’on ne peut représenter la Chose que par autre chose. en dernier terme. 155-157. 9 . la vacuole qui revient dans le réel. C’est. sublimés. comme vide. la Chose. Ainsi. pour autant que. l’absence de la Chose dans le sujet du signifiant. après sa passion. c’est-à-dire le lieu de l’Autre réel dont le retour est imminent : le lieu de la Chose maternelle. cette place doit être et rester vide. se profile l’idéal du savoir absolu. D’après les propres termes de Lacan : “Tout art se caractérise par un certain mode d’organisation autour du vide. mais le lieu de l’être réel chosique absent dans le vide. l’angoissante manifestation du manque de la Chose. autour de quoi s’oriente tout le cheminement du sujet”. Ceci veut dire que dans la religion chrétienne. La passion. s’évanouit toute la vanité du sensible. un refoulement de la Chose -que dans la religion il y a peut être une Verschiebung -c’est à proprement parler de Verwerfung qu’il s’agit dans le discours de la science. la lettre a. ce phallus imaginaire incarné par un sujet qui n’est pas vraiment un sujet. in L’éthique de la psychanalyse... l’Autre inoubliable qui risque tout d’un coup de nous surprendre et de nous précipiter du haut de son apparition” 560. il faut qu’elle soit refoulée.59”. n’est présente dans sa représentation. évitée ou forclose. préhistorique et inoubliable. moyennant la forclusion paranoïaque et scientifique. dont toutes les formes créées par l’homme sont du registre de la sublimation.. comme -a. Op. La religion consiste dans tous les modes d’éviter ce vide. Bien évidemment. dans la Dingvorstellung. Le discours de la science rejette la présence de la Chose. de l’Autre qui désire l’objet qui lui manque. y prend sa pleine valeur le terme employé par Freud à propos de la paranoïa et de son rapport à la réalité psychique -Unglauben. comme la Dame du poète courtois. C) Enfin. cette Chose est absente. est évidemment le vide chosique. en tant qu’Autre réel. p.. et puisqu’à défaut de forclusion.1. pour que la place reste vide. le manque de la lettre a. étaient sublimés . mais aussi la Chose 556 Lacan. au terme de la science. Vous avez là. afin qu’elle puisse être occupée par l’objet. d’évitement et de refoulement. Op. son meurtre et son effacement. Ce qui est rejeté du symbolique reparaissant. Le rien qui reste. Puisque la Chose. La place sera vide en raison de l’irreprésentabilité de la Chose. comme le Saint-Vou et les images miraculeuses de la Vierge. p. Or. cit. cette Chose qu’est le corps du Christ. les représentations imaginaires de la Chose étaient prises plus que jamais pour des représentations réelles. à la Chose en tant qu’Autre réel. en tant qu’il est originé pour notre tradition dans le discours de la sagesse. cit. Comme le constate Hegel. Avant l’évanouissement de toute la vanité mystique du sensible religieux. dans sa perspective.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 8. in L’éthique de la psychanalyse. à la dignité de la Chose. Récapitulons avec Lacan : a) On ne peut se représenter la Chose qu’en faisant opérer la sublimation. absolu. 65. 558 Ibid. “Séminaire du 09. alors qu’elle est évitée dans les déplacements de la sublimation religieuse et forclose dans l’incroyance de la sublimation scientifique. devant la tombe vide... réduite au rien. La Chose qui se profile au terme de la physique. mais l’objet de l’Autre. “Séminaire du 03. le vide à l’intérieur du Saint Sépulcre du Christ. Lacan peut affirmer : “Cette Chose. forclose et refoulée. pp. le même vide serait le lieu de l’Autre symbolique ou de l’être symbolique langagier. est refoulée dans la sublimation artistique qui l’entoure. 557 Ibid. c’est-à-dire de quelque chose qui pose tout de même la Chose tout en n’en faisant pas état. seront voilés par l’imaginaire. l’effacement et le meurtre. 154-155. Or. étranger et même hostile à l’occasion. oui. derrière i(a). sera toujours représentée par un vide. selon ma formule. soit le premier extérieur. au terme de la physique” 558.. c’est la Chose. en tout cas comme le premier extérieur.. 560 Ibid... dans le discours de la philosophie. 68. en raison de la forclusion. c’est-à-dire élevés.02. 1959. Nous voici à nouveau dans la problématique de la sublimation. autour duquel s’oriente tout le cheminement du sujet. bien évidemment. nous pouvons alors soutenir que la Chose elle-même est évitée.. les croisés ne trouvent qu’une tombe vide. comme vide ou comme vacuole. telle qu’elle fut introduite par Lacan le 9 décembre 1959. Or. En effet. qu’elle ne peut qu’être représentée par autre chose”556. qui est élevée par la sublimation à la dignité de la Chose. Je vous prie de vous arrêter un moment sur le fait que la Chose. non seulement la Chose forclose du scientifique et du paranoïaque. la Chose ne sera présente dans ses représentations qu’en tant que vide. 559 Lacan. précisément en ceci qu’elle ne peut pas être représentée par autre chose -ou plus exactement.12. 155. comme objet a ou -a. “l’Autre préhistorique. le “Ding comme Fremde. S’il n’y avait pas eu de forclusion. Il s’agit de la Chose maternelle comme l’étranger. le vide sera déterminatif”557. pour qu’un objet puisse être élevé à la place de la Chose.. p. Cette vacuole correspond à l’Autre réel du sujet. C’est -a. De même que dans l’art il y a une Verdrangung.

d’après les termes de Lacan. maintenant elle doit être acceptée. auquel s’identifie le sujet du signifiant au moment de sa naissance.62”. mais une catégorie existentielle générale. que parce qu’il s’identifie à un trait d’elle. À ce niveau. le prédicat b1. au signifiant sous sa forme la plus élémentaire. cit. Op. 8 . un seul prédicat du sujet a. elle devra être abandonnée. puisse correspondre à ce que Lacan désigne comme effacement de la Chose. dans ce lieu où il y avait avant un phallus imaginaire. celui de l’indistinction qui suffit à la distinction -comme dirait Duns Scot-. la Chose. in L’identification. comme premier trait prédicatif qui dit quelque chose du sujet. L’effacement de la Chose a lieu dans le premier prédicat. Ainsi. et par laquelle il peut se distinguer désormais comme Un différent de la Mère et de tout autre personne. il la fait apparaître comme Autre réel du sujet qui se distingue d’elle. dans b1. Comme première différence au sein de l’identité chosique. Pour que la Chose puisse être distinguée comme Autre réel. Dans le passage de l’Autre réel à l’Autre symbolique. avec l’Un de Parménide et Damascius. comme Autre symbolique. et pour que le sujet distingué d’elle puisse exister dans la chaîne signifiante. le premier instant de l’existence du sujet. “Séminaire du 16. devient alors sujet du signifiant. comme son premier instant ou le déchaînement de la chaîne signifiante où il existe. à la place du Nom-du-Père. qui est celui du Nom-du-Père comme métaphore du désir de la mère. par rapport à l’Autre symbolique. Le trait unaire constitue de cette façon le premier signifiant. au sein du Même de la Chose. le trait unaire. sans arriver à l’épuiser. absolu. b1 + b2 + bn. Même si le lieu de l’Autre symbolique est celui de l’Autre réel -ce lieu vide où manque la Chose-.. constitue cette “place” introuvable que Lacan désigne comme “Autre de l’Autre”561. de la lettre a. p. avec l’Un de la totalité unitaire de l’être réel chosique. J. “Séminaire du 14. premier extérieur. partout identique à elle même : a=a=a.2. c’est lui qui efface prédicativement la Chose qu’il est en tant que lettre a ou sujet indivisible de tous les prédicats. Le passage de l’Autre réel à l’Autre symbolique s’accomplit au moyen de l’effacement de l’Autre réel par l’Autre symbolique. ou l’être symbolique langagier. le sujet qui. que le sujet peut être Un. 81. fait le signifiant”562. 562 Lacan. se trait. in L’éthique de la psychanalyse. Le passage de l’objet du désir de la mère au sujet du signifiant est un effacement de l’objet de désir par le signifiant du Nom-du-Père. lorsque nous établirons le caractère signifiant de la Chose. il y a la naissance du sujet du signifiant. Le passage de l’objet au sujet apparaît maintenant comme un passage de l’objet à un seul trait de l’objet perdu. en effaçant la Chose. nous devrons mettre en question cette distinction. En somme. Il dit qu’on peut être Un. Quoiqu’il en soit. en effaçant tous les traits de la Chose. le lieu de l’Autre réel. elle devra donc être conservée. un trait ineffaçable ou irremplaçable. ce qu’il dit. laquelle s’origine en ceci. en tant qu’Autre de l’Autre ou Autre réel. dans le séminaire sur L’identification. autour duquel s’oriente tout le cheminement du même sujet. Il est une marque à laquelle s’identifie le sujet du signifiant. préhistorique et inoubliable. le sujet qui existe. sans être pour autant confondu avec l’Un réel de la Chose amoureuse. entre le sujet et l’objet. d’emblée. sauf le prédicat auquel il s’identifie.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 refoulée de l’artiste -que nous verrons plus tard comme étant aussi propre de l'hystérique. le trait unaire est la première différence. c’est lui. b1. un sujet. le sujet qui se distingue d’elle n’est ce qu’il est. Ce qui serait spécifique de la science et des paranoïaques serait plutôt le retour de l’Autre réel qui fut rejeté par la forclusion. c’est Un. Autrement dit. Même si plus tard. au sein de l’identité propre à la totalité unitaire de la Chose amoureuse. le sujet divisé par le signifiant. En effet. comme Autre réel. Il s’agit là de la première identification du sujet au signifiant. c’est-à-dire. bien qu’à un autre niveau plus profond ou plus abstrait. non seulement à titre provisoire. comme phallus imaginaire. En vertu de la métaphore paternelle. entre la différence et l’identité.03. à guise de conclusion. “la tension créée par ce rapport à l’Autre. de l’Autre réel. 1962. ce trait unaire dont rend compte le prédicat b1. privé d’être. J. Ainsi. il faut que le sujet divisé efface tout dans la Chose.59”. devient le lieu de l’Autre symbolique. en tant que lieu du signifiant où manque la Chose et où chemine le sujet. 8. 1959. cette fois-ci en tant qu’Autre réel. sauf son Un de sujet.12. surgit à la place où il y avait avant l’être d’un objet confondu chosiquement avec le sujet-mère. b1. comme trait unaire. dans la conception lacanienne de la Chose. L’enfant comme objet du désir de la mère. entre l’Autre et le Même. les deux Autres doivent êtres distingués. l’être réel chosique. Cet effacement inaugure ainsi la tension entre l’existence et l’être. au moins à un certain niveau. ou de l’être réel chosique à l’être symbolique langagier. Bien entendu. de l’avènement du trait 561 Lacan. sujet privé d’être. Comme son nom l’indique. Ce n’est donc pas étonnant que Lacan puisse soutenir que “c'est lui. se distingue comme tel de l’être réel chosique. Ce sujet surgit à la place de l’Autre symbolique. il faut que le sujet distingue un trait de la Chose auquel il puisse s’identifier. sauf le trait unaire. doit être encore distingué de l’être symbolique langagier. du sujet qui existe et qui manque d’être. qui est celui d’un phallus imaginaire masquant l’absence qui soutient le désir de la mère. l’identité propre à la sphère d’Empédocle et du Timée. tout dans le sujet de tous les prédicats. le sujet qui existe dans la chaîne des prédicats. comme objet du désir de la mère. Nous comprenons maintenant que le surgissement du sujet du signifiant. que l’Autre symbolique. mais comme une distinction formelle fondamentale. Il semblerait alors que la Chose comme Autre réel n’est pas une catégorie spécifique de la paranoïa et de la sublimation scientifique. de la lettre a. On est donc en mesure d’énoncer. pour se distinguer de la Chose. sujet qui existe.

Voici les traces que Perceval suit en sortant du château du Roi-Pêcheur. Une fois qu’il a effacé la Chose. comme b1. parce qu’un trait d’elle. c’est assez clair que le sujet du signifiant. en tant qu’il existe dans la chaîne signifiante. il ne présente plus ce corps. c’est-àdire dans les aventures de celui qui la cherche. ainsi qu’il est indissociable 563 Lacan. Au moyen des déplacements métonymiques de b1 à b2 et de b2 à b3. qui veut dire privation ou changement d’état. N’oublions pas que sa perte. Alors il efface son dernier effacement et il arrive a b3. Et après ces traces nous avons les aventures du chevalier. Cette insignifiance. à la dignité de la Chose. Le verbe effacer contient la particule “face” et le préfixe ef-. laquelle. S’il entrait. le graal comme contenant de sang. une fois qu’elle est réduite à cette Chose privilégiée qu’est le sujet en tant que rien. mais une compensation conditionnée par le même vide qu’elle compense. lequel effaça la Chose par une métaphore. celui du désir de l’Autre réel. Chez Perceval. est indissociable du vide chosique. perdue et réduite au rien.4). alors le représentant symbolique ne serait plus vide. comme insignifiance de l’objet a (4. est indiscernable de celle du Saint-Graal et du Christ pour Perceval. Il est alors encore plus loin de la Chose. Si b1 prive de la Chose et change sa face. En quelque sorte. l’Un du sujet.03. un trait isolé. Nous avons donc le b1 auquel s’identifie Perceval. b3. en isolant un trait de la Chose auquel s’identifie le sujet. il est une trace vide. dans les métonymies b2. Le graal est la trace vide de la Chose. comme celle du Saint-Sépulcre. la Chose privilégiée qu’il est en tant que rien (6. en tant qu’il manque d’être. D’après notre chevalier. chaque trace le conduit vers la Chose. le signifiant suivant. doit l’effacer pour se distinguer d’elle. le sujet veut récupérer ce qu’il a effacé. celle de l’Un de la totalité unitaire chosique. par exemple ce désir de la mère de Perceval. et ensuite b3. ou hors signifiée. une marque distinctive. en tant que d’abord et pour commencer. Ainsi. Le sujet n’a donc maintenant que b2. une trace. comme représentant symbolique du Christ. Il veut donc effacer cet effacement. et il peut ainsi le représenter de manière métaphorique. Le premier prédicat est une trace vide qui représente bien l’Autre réel et son désir. De cette manière. aussi vides que le Saint-Sépulcre et que les églises ou Perceval n’a pas le temps d’entrer. absente. à laquelle s’identifie Perceval et à partir de laquelle toutes les autres traces s’ensuivent. des traces sur des traces. et ainsi de suite. reste derrière lui. ce graal en tant que trait unaire n’est qu’un trait signifiant de cette Chose. En contenant le sang du Christ. bn. de même qu’elle. le graal. chacune effaçant à sa manière l’effacement antérieur. ne servent qu’à l’éloigner et le distraire. le Saint-Graal est peut-être le premier représentant de la Chose qu’est le corps du Christ. bn. Le signifiant n’est alors qu’un effacement. il arrive à l’effacer. Les aventures. ou plutôt celle de l’absence de la Chose. une trace vide. par des déplacements métonymiques : b2. b2. le sujet peut arriver à compenser le manque de la Chose qu’il doit effacer pour exister. 8. une fois qu’il accomplit cet effacement. d’après l’ermite. b4. le Saint-Graal est une métaphore du corps du Christ. le trait unaire. comme objet a. Les traces restent toujours vides. tout autre chose que cet Un qui a été à jamais irremplaçable” 563. ce corps du Christ réellement représenté par le Graal. en réalité. b1. le fait de contenir le sang du Christ. le sujet cherche à effacer les effacements du premier prédicat. le graal est vide. celle de la Chose.1) parce qu’il fait le signifiant en effaçant la Chose -et en devenant. Or. 1962. est une trace vide. en devenant un simple représentant symbolique. comme métaphore de la Chose qu’est le corps du Christ ou de la Sainte-Vierge. le sujet du signifiant peut enfin mettre à la place de la Chose insignifiée l’objet signifié qu’il a élevé. la Chose effacée. Or. de la Chose il efface toujours ce quelque chose. chaque fois plus loin. La sublimation apparaît ainsi comme une compensation du vide. comme -a. La mère désire parce qu’elle reste vide. comme effacement de la Chose qui devrait être signifiée par le signifiant. qui ne cesse pourtant d’être effacée constamment par ce qui subsiste toujours de la première métaphore. Cette insignifiance. comme b1. C’est pour cela qu’il est frappé de cette insignifiance que nous avons appelé objet a. au lieu d’approcher Perceval au Christ ou au Saint-Graal. il est vide du sang. en même temps qu’une trace. de la vacuole. Or. n’est qu’un vide. b1. aussi vides que la maison de Perceval. le graal qui la représente symboliquement. afin d’atteindre cette Chose. du Fils ou de la Mère. il ne contient plus le sang. Le signifiant efface la Chose. le premier signifiant. “Séminaire du 28. le Saint-Graal. chaque fois plus loin de la Chose.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 unaire.2). Le sujet fait le signifiant en effaçant la Chose. b1. Une fois que la Chose est effacée par le signifiant. ne permet pas de récupérer la Chose effacée. La Chose est effacée. devenu le lieu de l’Autre symbolique.62”. le château vide. b1. par cet effacement. 9 . Le Saint-Graal isole un trait de cette Chose. le sujet qui existe dans la chaîne signifiante. devient son objet ultime de désir. les traces suivies par Perceval à travers la forêt. indique la Chose privilégiée qu’est le sujet du signifiant en tant que rien. Il est la première trace vide.3. de Perceval ou de sa mère. Nous comprenons que le manque du Graal est indissociable de celui du sang dans le Graal. cette mère qui désire son enfant jusqu’au point de mourir en le voyant partir. comme représentant symbolique. Le graal. J. par la sublimation. Par là.5). in L’identification. et une fois qu’il y a le vide et l’insignifiance où il y avait la Chose. Il ne permet que de se priver et de changer la face de b1. en effaçant b1. comme un premier effacement de la Chose (8. comme rien ou comme effacement de la Chose. peut élever son objet signifié à la dignité de la Chose insignifiée (7. D’ailleurs. aussi vides que le Graal et la mère de Perceval. aussi vide que la maison de Perceval.

J.03. évitée systématiquement par le névrosé. 2003. quand même. les constructions métaphysiques de quelques physiciens de notre époque. religion et philosophie quand elles sont effectuées d’une manière acceptable pour une majorité”566. 564 Lacan. et particulièrement la névrose obsessionnelle.4. le vin. Dans cette évitation. Ainsi. et même les formations délirantes des paranoïaques montrent une ressemblance externe et une parenté interne avec les systèmes de nos philosophes. En même temps. ou consacré. le cérémonial et les interdits du névrosé de contrainte nous obligent à juger qu’il s’est créé une religion privée. ce qu’il y a du réel à l’origine ce n’est pas le sang. celui du Saint-Graal. “Avant-propos à Theodor Reik”.62”. Entre ces portes. 1996. En ceci. ou en-dehors de sa maison et du château du Roi-Pêcheur. “Séminaire du 14. ignoré. la Chose reste invariablement effacée. Nous acceptons ici. d’après Lacan. On ne peut se défendre de l’impression qu’ici les malades entreprennent d’une manière asociale. le vin efface en quelque sorte ce vide que le croyant évite. Aucun sujet ignore donc autant ce qu’il désire que le névrosé. Dans la névrose obsessionnelle. sans jamais bien entendu pouvoir en abolir l’effet -car chacun de ses effets pour l’abolir ne fait que le renforcer”564. celui du Saint-Sépulcre du Hegel. élevé à la dignité de la Chose. nous devons nous occuper seulement des couples lacaniens obsession-religion. S. qui ne cessent jamais de l’effacer.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 du manque du Christ dans le cœur du chevalier. avec la mélancolie. Voilà. dans cette science. pour Lacan. on veut effacer toute autre détermination signifiante du vin. p. hystérie-art et paranoïa-science. avec Lacan. chaque effacement. En étant sublimé. Lacan. La Chose ne cesse pas d’être effacée par des effacements qui ne veulent qu’effacer les effacements antérieurs de la Chose a fin de retrouver cette Chose effacée. de manière métaphorique. 8. cherche en vain à “retrouver ce qu’il y a de réel à l’origine”. dans le vin sublimé. L’hystérique est un indubitable poète. in Oeuvres complètes. Nous accepterons plutôt la correspondance lacanienne entre la paranoïa et la science -tout en acceptant d’inclure. ce vide qui est toujours le même vide. ou du manque du chevalier dans l’église. les effacements s’enchaînent métonymiquement dans la chaîne signifiante. Nous nous permettons. il peut y avoir. 1919. von Petersdorff. la porte d’un analyste. ce vide signifiant.. les mêmes tentatives pour résoudre leurs conflits et apaiser leurs pressants besoins que celles qui s’appellent poésie. 2003. Bourguignon et C. Paris. à partir du premier effacement de la Chose par une métaphore. les correspondances tracées par Freud. qui est celui du Saint-Graal et du Saint-Sépulcre. et qui ne cesse pas de chercher minutieusement en-dehors d’elles. mais le vide chosique effacé par le sang aussi bien que par le vin. nous réserverons les systèmes de nos philosophes pour les faire correspondre.. Dans cet effacement. alors que “l’analyse suppose la confrontation avec la Chose”565. évité. Comme le Graal en tant que contenant du sang du Christ. entre “les formations délirantes des paranoïaques” et “les systèmes de nos philosophes”. Or. nous ne pourrons pas admettre la correspondance. Commençons donc par ce que nous avons déjà commencé. 1962. par le premier couple. un changement de fond dans une des formulations de ces correspondances.-L. comme dirait Assoun dans son dernier bouquin sur Lacan. 566 Freud. Or. Chaque effacement efface le précédent. p. Le signifiant sang efface le signifiant vin pour retrouver ce qu’il y a du réel à l’origine. qui les évite. voire “la ressemblance externe et la parenté interne”. où chaque objet obsessionnel. Paris. ainsi que les systèmes de plusieurs philosophes de la nature qui appartiennent peut-être à l’ensemble privilégié des philosophes de Freud. PUF. ne sert qu’à éviter le vide à l’intérieur du graal ou le sang manque.. pour que celui-ci devienne dans notre corps le sang réel du Christ et finalement notre propre sang. bien évidemment. ainsi que la Chose de l’origine. éloigné. Puisque nos philosophes ne sont pas les mêmes que les philosophes de Freud. celui du signifiant et du sujet du signifiant. ressemble au Perceval qui n’entre pas dans les églises. ce sur quoi il revient toujours. le trait unaire est le premier d’une série d’effacements qui se succèdent. est toujours évité par les déplacements métonymiques du névrosé. et dans la névrose en général. Malgré l’intention de l’atteindre. 10 . À partir de ce trait unaire. élevé à la dignité du sang du Christ. Pour le moment. aucun objet de désir est aussi ignoré que celui du névrosé. PUF. Le névrosé qui n’entrera pas dans le cabinet de l’analyste ou dans tout autre lieu qui puisse fonctionner comme cabinet de psychanalyste. ou dans sa maison ou dans sa mère. de manière métonymique. le vide de la Chose. celle-ci comme Autre réel. “est une lâcheté envers l’ordre du désir”. à la fin de notre cours. 98. le névrosé qui évitera cette cavité. Ce qu’il y a de réel à l’origine c’est la vacuole que les catholiques évitent systématiquement. assurant ainsi notre communion avec le Christ. A. “le sens le plus profond du comportement sommaire. la névrose. exemplaire de l’obsessionnel. Lisons un passage où Freud établit ses correspondances entre les formes de la névrose et celles de la sublimation : “On ne peut méconnaître que chacune des formes de la névrose laisse percevoir les plus fortes résonances avec les créations suprêmes de notre culture. P. in L’identification. 213. vacuole derrière ces portes qu’il ne se permettra jamais d’ouvrir. 565 Assoun. la névrose. Le vide signifiant de sa Chose reste effacé. Et pourtant. ce qu’il y a seulement à l’intérieur. cette vacuole qui est son propre vide comme sujet du signifiant. procède comme la sublimation religieuse. ne sert qu’à éviter la vacuole.

p.. 485. Ollier (trad. l’isolement complet par rapport à toute autre occupation. ce linge. 1974. y no Vino y Pan!). qui le “couvre” ensuite de ce “linge”573 qui deviendra. Gallimard. comme s’il s’agissait d’un cérémonial névrotique sur la base du renoncement pulsionnel. Op. la farine et le pain. vengan y hallarán. Diomède. le vin et le moût. cette tension. p.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 La proximité entre la religion et la névrose. 571 Anonyme. 20. 1689. le vin et le moût. il est la Chose toujours évitée par les déplacements de l’obsession religieuse. dans une tension permanente qui assure le déplacement pulsionnel. Pour ceux qui ont soif. J. “Actes obsédants et exercices religieux”. comme cette Chose privilégiée qu’il est en tant que rien. ou bien la religion comme une sorte de névrose publique ou universelle. Le Saint-Graal vide est ainsi équivalent au Saint-Sépulcre vide. Los que tienen sed. ou plus particulièrement entre la religion et la névrose obsessionnelle. celui du Saint-Graal. du vin et du moût. C’est peut-être pour cela que les vignes. espiga. 574 Anonyme..-M. le sang du Christ est un moyen plus sûr que le vin pour nous empêcher de voir ce vide que nous évitons. p. 1220. b) En 1919. 7 . la représentation réelle de la Chose. C’est pourquoi. 51. 1200. est effacé par l’effacement de l’effacement. Le vide est ce qu’on ne trouve jamais. qui est tenu pour responsable de la disparition ou l’effacement du corps du Christ. p. p. ce vide qui le constitue comme sujet du signifiant. autour de cette Chose effacée. “le cérémonial et les interdits du névrosé de contrainte nous obligent à juger qu’il s’est créé une religion privée”. comme -a. le vin et le moût. in Le Phénix du Mexique. psychose et perversion. le long de la chaîne signifiante des effacements. est bien exprimée -avec une certaine scrupulosité du détail. une “étoffe en soie blanche”574.). dont la base est le même “renoncement à certaines notions pulsionnelles”. -Ils n’en trouveront pas ! -Si. -Non. ils n’en trouveront pas. il n’en trouveront pas. la chair et le sang qu’on veut trouver. ce rite religieux qui consiste dans l’effacement de la Chose et l’effacement de son effacement. La quête du Saint-Graal. 573 Ibid. harina y pan. afin que le Saint-Graal. Relevons quatre exemples. il y aura toujours en lui cette présence du sang spirituel. peut nous réussir mieux que l'alcoolisme. ils en trouveront. les remords anxieux en cas d’omission. PUF. l’opiomanie catholique. voire évitée.). Hein (trad. amour a préparé les raisins. ¡No hallarán! -¡Sí hallarán! -¡No hallarán. le Saint-Graal exclut donc la présence réelle des raisins. puisse être vraiment le Saint-Graal -afin qu’il puisse représenter réellement la Chose. S. En exigeant la présence réelle du Sang du Christ. 1939. Cit. Reprenons Sor Juana : “Pour ceux qui ont soif. Joseph d’Arimathie. Sor Juana insiste : il ne faut trouver que du Sang. qui permettra au croyant d’oublier ce vide de la Chose. Grâce au déplacement du vin au sang. 1994.-L. 137. 135. Paris. en étant rempli seulement du Sang du Christ. un pour chaque décennie : a) En 1907. Or. il ne faut pas trouver les raisins. Metz. 1927. pourra devenir. il y a “en commun. même si le vin manque dans le graal. “les phénomènes religieux ne sont accessibles que d’après le modèle de symptômes névrotiques bien connus de l’individu”569. 6. le graal vide de vin. comme -a. -Ils n’en trouveront pas ! -Si. p. où le graal ne se vide jamais. amour a préparé les raisins. qui le “cache” d’abord “dans sa maison en le dérobant aux yeux de tous”572. C. et non du pain et du vin”570 (Los que tienen hambre. Si nous voulons bien accepter la névrose comme une sorte de religion privée. M. qui “abondaient dans la Grande-Bretagne.. 44. V. vers 865. Il s’agit d’effacer les raisins. la représentation réelle du corps du Christ ressuscité. la scrupulosité dans l’exécution du détail”567. il n’en trouveront que du Sang”. Amor les previno. et si à cet effet nous envisageons les phénomènes religieux comme des symptômes névrotiques. toutes crevèrent (défaillirent) quand furent découvertes les merveilles du Graal”571. sino Carne y Sangre. 1907. Le livre de poche. qui représente réellement la Chose. 1989. uvas. dans la Quête du Saint-Graal. dans l’obsession religieuse. Paris. 1999. S. d) En 1939. Paris. ils n’en trouveront que de la Chair et du Sang. telle qu’elle se manifeste dans le sacrement de l’Eucharistie. le vin et le pain. lequel ne cesse pas d’effacer le vide qu’effaçaient déjà le vin et le pain qu’on ne veut pas trouver. 572 Robert de Boron. vino y mosto. Ce n’est pas par hasard que chez Robert de Boron. 1230. Paris. fut souvent signalée par Freud. d’ailleurs. S. et ainsi de suite.). du corps du Christ. 28-29.dans un villancico de Sor Juana Inés de la Cruz : “Que ceux qui ont faim. La tension obsessionnelle-religieuse entre l’effacement de la Chose et l’effacement de son effacement -voire entre les omissions et les remords anxieux-.par les buts de la pulsion. L’avenir d’une illusion. 30. ils en trouveront. 570 Sor Juana Inés de la Cruz. le vin et le moût. -Non. de voiler son vide. bien que toujours cernée -en raison de la sublimation. 569 Freud. de même que le pain et le vin. Op. 568 Freud. pourra devenir. De même. alors nous pourrons comprendre. nous le savons déjà. Wissmer (trad. soit également celui qui efface le Saint-Graal. L’homme Moïse et la religion monothéiste. en comportant la présence de ce qu’il représente. c) En 1927. comme SaintGraal. On voit bien comment l’effacement du vide. la religion est une “névrose universelle” qui “dispense de la tâche de former une névrose personnelle”568. ce sépulcre vide d’un corps humain. p. entre “le cérémonial névrotique et le rite religieux”. in Névrose. comme Saint-Sépulcre. p. Voilà comment. En effaçant le vin avec du sang spirituel. en effaçant le corps de Jésus dans son sépulcre. en étant sublimés ou élevés à la dignité de la 567 Freud. Lancelot du Lac. cit. ne sont que des objets non-réels qui ont pour fonction d’effacer la Chose réelle. vol. “Los que tienen hambre”. vers 2482. PUF. Cette étoffe. comme simple air. viennent et ils trouveront l’épi. Le roman de l’histoire du Graal.

1993. ce complémentaire si satisfaisant -faire jouer dans le coït un rôle à l’hostie sainte. le pain et le vin. le pain et le vin protègent le sujet contre l’angoisse. le vide comme -a ou représentation réelle du corps du Christ. en le protégeant contre toute éventualité de rencontre de l’objet a. alors que dans la sublimation nous avons une autre chose qui représente la Chose de manière non-réelle. alors que ce qui remplit ce vide ne la représente que de manière imaginaire ou symbolique. il suffit d’évoquer le fantasme d’un obsessionnel de Lacan. “L’art selon Lacan”. 1958. issues de la sublimation. “Séminaire du 03. n’oublions pas. en l’effaçant afin de l’éviter. et la représentation réelle. par exemple l’art de la poésie courtoise. Nous ne pouvons pas nous résister ici à évoquer une idée hégélienne soulignée par Regnault. à l’objet a comme -a. qui est “le vrai sens de toute architecture”. A. celle de la castration de l’homme. par ce produit postiche de la sublimation religieuse-obsessionnelle. et son angoissante cavité. évitée par la hostie. op. op. cette présentation du vide où manque la Chose. attira l’attention de Lacan. in L’éthique de la psychanalyse. dont la représentation réelle. à la place du vide. “Séance du 26. Ainsi. op. dans cette organisation autour du vide. Lacan et la philosophie. la hostie sainte. 579 Lacan. Or. dans ce qui est ainsi élevé à la dignité de la Chose. comme le Saint-Graal. le vin et le moût. p.58”. 1993. comme c’est le cas du vin et du pain de l’Eucharistie. ce qui n’est possible qu’en présentant son absence comme vide ou -a. 575 Lacan. du réel”. p.. la farine et le pain.. qu’elle ne représente que de manière non-réelle. inséparablement”. celle du phallus comme indice de la Chose. 580 Regnault. Voilà notre distinction entre la sublimation. qu’au niveau de sa représentation non-réelle sublimée qui puisse remplir ce vide. Sur ce point. 443. 1997. la Dingvorstellung : la représentation réelle présente la Chose qu’elle représente. op.02. mise dans le vagin de la femme. cit. cit. mais elle met sa représentation non-réelle à sa place.. 581 Sor Juana Inés de la Cruz. de Notre-Dame. “le vide sacré” auquel il se réfère lorsqu’il parle à propos de la cathédrale Saint-Marc et du sens de “l’architecture primitive”.06. il y a ici.04. une “rencontre avec la castration”576.) Dieu. 162. et d’après laquelle. C’est le même cas de la chanson où Sor Juana mettra ces autres choses que sont l’épi. qui la considère “assez proche” de Lacan. qui reste manifeste dans le Saint-Graal. à savoir le vide. notamment en peinture et architecture. par ce godemiché. qui met cette autre chose qu’est la Dame à la place de la Chose courtoise. 1689. p.. en s’effaçant eux-mêmes comme pain et comme vin. J. ou le divin”580. Paris. Quels qu’en soient les modes et les déguisements imaginaires.. cit. évite pourtant un aspect essentiel de la représentation réelle. Et pourtant. En voilant cette cavité phallique. ne peut que faire le tour et présenter le vide. le pain et le vin peuvent être un moyen religieux-obsessionnel pour éviter ce vide. “A este edificio célebre”. à Mexico. elle se trouverait chapeauter le pénis du sujet au moment de la pénétration”577. “on est plutôt du côté de la logique. J. op. 1984. le vide représente réellement la Chose. momentanément du moins. comme phallus qui manque. 215.61”. 1961. la Sublimierung. comme vide sacré. F. Comme François Regnault le remarque. En quelque sorte. 578 Regnault. 8 . p. J. en l’élevant à la dignité de la Chose qu’elle représente. “Séance du 11. in Les formations de l’inconscient. celui de “s’organiser autour du vide” 579.60”. lorsque Sor Juana chante pour “la belle construction” de l’église de San Bernardo. 576 Juranville. Le pain et le vin de l’Eucharistie sont élevés à la dignité de la Chose. 8. En effaçant le vide chosique. ils prétendent présenter ou représenter réellement ce qu’ils effacent. arrive à se substituer à la représentation réelle. alors que dans le cas ou c’est autre chose qui la représente. afin d’éviter son vide. “puisque l’art sort de la religion. chez Lacan. Cette sublimation religieuse. 22. c’est-à-dire du phallus ou de la castration -dans la mesure où “la rencontre avec la Chose c’est aussi. 14.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Chose. Ils sont donc sublimés. p. mais non pas dans ce qui le remplit. p. 304. Les deux termes semblent en fait indissociables. Élevés par la sublimation à la dignité de la Chose. “L’art selon Lacan”. sublimée par l’obsession religieuse. en tant que “pénis en creux”. l’absence. in Le transfert.. op. qui cherche à transformer la représentation non-réelle en une représentation réelle.. “s’offre comme victime et se savoure comme dans le lit nuptial”581 (se ofrece como víctima y se goza como en el tálamo). les espèces eucharistiques sont ainsi des représentations imaginaires qui permettent d’éviter la présence ou la représentation réelle de la Chose. en tant que. de l’art”578. mais aussi de la religion. dans le cas où le vide représente la Chose. 1960. Nous voyons ici le vagin qui se révèle comme Graal. présent dans l’hostie. F. de l’art. mais aussi des créations artistiques. “on est plutôt du côté de la représentation. cit. à la place du corps et du sang du Christ. Dans la représentation réelle nous avons donc un vide qui représente réellement la Chose. par autre chose qui se met à la place de la Chose. p. c’est (. cit. la négativité de -a. tandis que la sublimation ne présente pas la Chose. en plus de la représentation réelle comme vide sacré. ne caractérise pas seulement le Saint-Graal ou le Saint-Sépulcre des croisés de Hegel. en tant que vacuole ou cavité à l’intérieur de Graal -un Graal dont “la signification proprement phallique”. Pour illustrer cela. 577 Lacan. pour être élevée ici à la dignité de la Chose réelle. in Conférences d’esthétique lacanienne. en la sublimant. elle ne peut la définir que comme cette “enceinte spacieuse” où le Christ. Agalma. comme l’indique Juranville. ce qui est au centre. ainsi que les raisins. cit. avec “son partenaire qui représentait pour lui. in Le Phénix du Mexique. aussi bien au niveau de la représentation réelle de la Chose.. lorsqu’il commentait un cas de Bouvet 575.

Je résumerai pour vous quelques attributs d’Ometeotl. anhelo). Voici la Chose que Thibaut ne pouvait “voir” qu’avec “les yeux du cœur.érotique-religieuse. cit.. in Dictionnaire philosophique. celle qui remplit tout vase vide selon Hermès Trismegiste.. Ce monde imaginaire de l’expérience. 144. 584 Thibaut de Champagne. 9 . in Le Phénix du Mexique. il faut ne pas voir. je n’ai trouvé rien de mieux qu’une entité abstraite divine de la philosophie aztèque. Dans ce caractère invisible et impalpable de la Chose aérienne réside l’impossibilité de la percevoir. a la cumbre”. Il est la cible souveraine de nos désirs (Blanco es soberano de nuestros deseos). ceci n’est pas une blague. pour un croyant.. M.. du ciel qui est l’élément du Seigneur. je le dévoile car à travers ce voile je le veille (Aunque velo cubre su poder supremo. 583 Sor Juana Inés de la Cruz. Pour pouvoir sublimer le pain. Le Très-Haut remplit effectivement le vide immense d’une église qui est sa demeure. dans le vent psychotrophe d’Hésiode. C. de la rondeur sans un corps rond. de l’imaginer ou d’avoir d’elle une représentation imaginaire qui soit vraiment sa représentation imaginaire -celle du Ding et non pas celle de la Sache.. en el aire. bien que pour en jouir. et c’est avec fermeté que je veux les réfuter. il faut l’art sublime d’une religieuse comme Sor Juana.. n’est que des images spéculaires qui voilent la Chose réel qu’est Ometeotl... se “cache” derrière l’imaginaire spéculaire qui recouvre le monde. ainsi élevé à la dignité de ce corps du Christ dont Sor Juana jouit comme dans le lit nuptial. dont l’origine est spéculaire chez Lacan. dans l’air. con anhelo. no es novedad que se juzgue todo el cielo por el aire. l’air du ciel. Il suffit d’entrer dans une grande cathédrale gothique. Or. se promener dedans et voir avec nos yeux du visage. il faut s’affronter à l’absurde que Voltaire dénonçait dans son article sur la transsubstantiation : “de la blancheur sans un corps blanc . con aliento. où vous retrouverez plusieurs manifestations de notre Chose. pour élever une hostie à la dignité de la Chose qu’est le corps du Christ. pp.. Seuil. 1689. qu’ils ne sont pas très conscients du vide qu’ils évitent. il n’est pas étonnant que l’on juge tout le ciel par l’air. al monte. pour les défendre et les justifier. celle de la démonomaniaque de Macario. 1689. c’est-à-dire invisible comme la nuit et impalpable comme le vent. 1767. aliento). cit. et de Texcatlanextia.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Dans une église. comme nuit et vent. p. que esos palacios no materiales se hacen teniendo a Dios delante). celle réellement représentée par la girouette de Peirce. cit. Pour ne pas voir le vide de la Chose. il se caractérise par d’autres attributs qui définissent notre Chose -notamment le fait qu’en elle se confondent le sujet et l’objet (tableau 28) : 582 Voltaire. et si ma foi le vise. 19-20. la Chose aérienne. es Amor. Sor Juana pourra ainsi chanter : “Celui qui marche sur les nuages. Elle est présente comme Amour. je le souhaite d’un ardent désir (por gozarlo. évite le vide que l’édifice entoure. la vista. est Amour et se reconnaît à travers l’air.. Comme je ne le vois pas. 1979. comme “miroir qui enfume”... “Chanson XXXVI”.”583. in Le Phénix du Mexique. Je me rappelle d’avoir entendu. et je ne crois qu’en l’âme. Naturellement. La Chose. Dans un petit cercle. 90. celle où s’envolent Perceval et le Saint-Graal aussi bien que le corps du Christ et celui de la SainteVierge. comme “miroir qui fait apparaître les choses”587. une petite blague qui expliquait la hauteur des cathédrales gothiques. que j’ai trouvé chez cette poétesse. car ces palais immatériels ne se construisent que par la volonté de Dieu” 585 (Ése que pisa las nubes. 9 586 León-Portilla. une chanson pleine de calembours et de jeux de mots. le réel d’Ometeotl. “Si Dios se contiene”. 371. par conséquent. En effet. 587 Ibid. p. en tant que Yohualli-Ehecatl ou invisible est impalpable. il faut plus. op. velo). car ceux de son visage étaient trop loin d’elle”584. voir un peu vers le haut. Elles seraient si hautes afin que le TrèsHaut puisse entrer. constitue une des variantes d’Ometeotl. afin que vous puissiez constater qu’en plus d’être invisible et impalpable. en évitant la vacuole. celle qui remplit donc le Saint-Graal.). Il veut être dissimulé aux sens. Tout ce qui nous apparaît.”582. je le vois concentré si je m’approche de la forme (le miro abreviado si me acerco. En vérité. Nous retrouvons ici la Chose qu’on pourrait appeler aérienne : celle qui remplit l’intérieur d’une église. comme Yohualli-Ehecatl. j’aspire avec force à le voir par la foi (de la fe. le descubro porque en su velo. mais seulement avec le cœur. y se conoce conoce. d’élévation de la hostie à la dignité de la Chose. celui de Tezcatlipoca. V. 1985. est présente à l’intérieur de l’église. p. dans l’air qui fait bouger la girouette de Peirce. il est content d’y être contenu (allí está contento de estar contento). même si je ne cesse de le regarder. Paris. aura également chez les aztèques une origine spéculaire. quand j’étais enfant. il suffit d’avoir l’esprit de Voltaire. Il s’agit de Yohualli-Ehecatl. Irreprésentable en tant que telle dans l’imaginaire. La pensée aztèque. comme esprit. ou voir avec le cœur. en tant que Maison du Seigneur. por el aire. p. p. “A la cima. dont la signification littérale est nuit-vent. 1230. il faut ne pas voir avec les yeux. cit. telles que l’être de jouissance.. le pain sublimé. bien que Dieu soit immense. 143-144.. Bernand (trad. op. Il s’agit d’une chanson -si j’ose dire. in Recueil de chansons”. Pour ironiser à propos de ces énormités. Je me méfie des yeux. op. a cerco). op. Serafines y Querubes.. Je voudrais bien vous lire le meilleur exemple. pour se rendre compte que les croyants sont aveugles à l’égard de la vacuole. en tant que celui-ci -d’après León-Portilla. Bien qu’un voile couvre son pouvoir suprême. Séraphins et Chérubins. j’atteins mon but. Pour vous aider à concevoir cette Chose aérienne. 585 Sor Juana Inés de la Cruz. “Transsubstantiation”. comme Seigneur.“dépasse le monde de l’expérience qui est conçu de façon imagée comme ‘ce qui se voit et se palpe’”586. l’objet dernier de notre désir ou ce qui est voilé par l’imaginaire : “Si Dieu est contenu dans le Sacrement.

l’invisible et l’impalpable. en tant que la Sainte-Vierge et Dieu-le-Père du Christ. Seigneur Sujet du signifiant a) Comme Yohualli-Ehecatl. Le résultat le plus exemplaire. Voilà tout ce que j’ai à vous dire sur Ometeotl. comme Ometeotl.. 592 Sor Juana Inés de la Cruz. e) Comme tel. lorsqu’on n’est pas croyant.97”. dans l’église mexicaine de San Bernardo pour laquelle chante Sor Juana. la Chose aztèque. de même que la Chose aérienne. de même que la Chose amoureuse en tant que confusion incestueuse entre le sujet et l’objet. Seigneur et Dame. de cette deuxième sublimation. à la dignité du sang et de la chair du Christ. op. p. Nous voyons donc le genre de Chose aérienne à la dignité de laquelle l’architecture élève cette autre chose qu’elle entoure. Aucun seigneur. En vertu de cette sublimation de l’air. d’après laquelle “le mécanisme de la création poétique et le même que celui des fantasmes hystériques” 593. il est “omniprésent”590. narcissique. en tant que Yohualli-Ehecatl. 593 Freud. la vérité de cette affirmation de Freud. Seulement de cette manière il pourra le cerner comme il le fait. 590 Ibid. lequel peut remplir tout son vide. il est agent et objet de l’action. celui qui palpe Agent.. in La naissance de la psychanalyse. dépasse l’arithmétique et triomphe du calcul”592 (pues de su bella fábrica. de même que la Chose réelle derrière le voile imaginaire du narcissisme spéculaire. cette autre chose qu’est l’air à l’intérieur de l’église. 1897. même pas notre grand chevalier Perceval.. il est “le maître de ce que qui est près et de ce qui est autour”591. nous voyons chez Sor Juana que l’air peut lui aussi être élevé à la dignité de la Chose amoureuse qu’est le ciel. Il s’agit du Seigneur qui habite sa maison. Nous constatons ici. 589 Ibid. ou bien. p. 145. 8. élevée à cette dignité par elle-même. donnant l’impression de tenir le ciel dans une main de pierre. en se confondant avec la pierre de l’église. “A este edificio célebre”. p. En 588 Ibid. il est “celui par qui l’on vit”588. op. Nous savons déjà que le vide sacré de la Chose. 184. hystérique-artistique. b) Comme Ipalnemohuani. excede a la aritmética. deja vencido el cálculo).. mais surtout comme la Chose axiale. donnera à l’air une consistance de Chose. Lui. le Yohualli-Ehecatl effacé et évité dans les déplacements de l’obsession et de la sublimation religieuse. de même que la totalité de notre Chose amoureuse.. ne pourra pas éviter le vide sacré. comme Ometeotl. au Mexique. il est -vous le savez déjà. “il est tout ensemble sujet et objet”589. élevée dans la sublimation à la dignité de la Chose courtoise. 1689. 146. comme Chose aérienne. d) Comme Moyucoyatzin ou “celui qui se pense lui-même”. d’après León-Portilla. nous avons une église complètement occupée par le Seigneur qui l’habite. “Lettre du 31. Dame l’agent et l’objet de l’action. Il s’agit de la Dame hystérique. p. laquelle. comme la Chose entourée par la sublimation artistique. l’air pourra être encore une fois élevé à la dignité de la Chose. comme élément du Seigneur. jusqu’à la voûte. comme conception aztèque de la Chose aérienne. en tant qu’objet ultime de désir et fruit de l’arbre de la vie. amoureuse. confusion entre la spéculaire mère et le fils Celui qui voit. entre le Seigneur et la Dame Chose inaccessible. cit. est plutôt refoulé et entouré par l’hystérie et la sublimation artistique. Ainsi. f) Comme In Tloque in Nahuaque. Yohualli-Ehecatl : nuit-vent ou Texcanextia (miroir qui enfume) invisible-impalpable et Tezcatlipoca (miroir qui fait apparaître les choses) Moyucoyatzin : confusion entre Objet de l’action. que nous examinerons plus tard.qui lui font la cour. Chose Objet imaginaire. du point de vue lacanien. 143. in Le Phénix du Mexique. comme vent psychotrophe d’Hésiode ou Yohualli-Ehecatl des aztèques. Il devra le refouler et l’entourer. caché derrière l’imaginaire spéculaire du visible et du palpable. dans ce nouage de la poésie et l’hystérie. ce qui n’est possible que “parce que l’enceinte spacieuse de sa belle construction. 591 Ibid. on ne connaît aucun seigneur qui puisse remplir ce vide sacré. Malheureusement. p. De même que le vin et le pain furent élevés à la dignité de la Chose.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Tableau 28.. 8 . c) Comme tel. cit. dans un couvent construit sur les ruines des pyramides aztèques. p. par sa légèreté. entre la mère et son fils. Voici le travail de l’architecte de l’église. à la différence du simple croyant. Ometeotl. vous le connaissez bien.05. il a “fonction de mère et de père”. 145. Revenons maintenant à notre civilisation et à cette sœur Juana qui écrivit ses chansons. dans la double nature humaine et divine du corps du Christ. de même que notre Chose en tant que Notre-Dame et Notre-Père. quand il songe enfin à entrer dans les églises. aussi bien que par les poètes -et les psychanalystes. el espacioso ámbito. de même que la Chose maternelle.

par l’objectivisme scientifique.10. elle élève cet utérus à la dignité d’un vide sacré. la dignité de la Sainte-Vierge. G. de hustera. toute élaboration de ce type ne peut que le reproduire. Paradoxalement. à force d’ennoblir son objet imaginaire. Malheureusement. “Entwurf einer Psychologie”. in Correspondance entre S. ce qui opère dans la sublimation artistique-hystérique imprègne toute chosette. 19. De même que le travail du potier qui organise un vase autour du vide. “déchirant les voiles du semblant”. j’attire votre attention sur le fait que pour la science.le Nom-du-Père. doit être -si l’on peut dire. À l’intérieur de cette Chose refoulée qu’est le corps de l’hystérique. sa surestimation.subjectivé comme Autre réel persécuteur. la méfiance et le doute sont deux conditions indispensables. est d’être “refoulée” (verdrängt)595. dans cette Chose qu’est le soulier de satin. où la femme et l’amour. cit. La méfiance du scientifique à l’égard du sujet du signifiant.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 fait..1988. il ne sera plus -comme le note Rey-Flaud“l’amour vécu au quotidien”. le poète courtois. Éveillant ainsi le désespoir ou l’ennui de l’artiste. 9 . 05. pp. “la création artistique” du poète “développe certains modes d’organisation autour de la place vide”. Ainsi. pour être élevé à la dignité de la Chose. “valeur de représentations de la Chose” -comme celui obtenu par le soulier de satin de Claudel. 1991. Je pense à ce refoulement du réel propre au corps vide féminin. est son propre objet imaginaire élevé à la dignité d’une Chose effacée par le refoulement propre à la métaphore paternelle -il ne faut pas oublier ici que depuis l’Entwurf de Freud. à ces modes d’organisation autour du vide. op. ECF. de Dora. qui n’arrive jamais à appréhender rien d’autre que du vide. M. Zweig et S.. C’est ainsi que l’objet imaginaire signifié de la science signifiante est élevé. aussi bien que pour la paranoïa. Rivages. 9. cit. p. à force de le considérer comme indépendant du sujet. faisant retour dans le sujet. l’amour peut aller au-delà. Satisfaction et jouissance. le propre de la Chose (Ding). à l’intérieur de la trompette d’Arnaud. de la grande affaire. elle élève son corps vide comme l’église de San Bernardo. Paris. Je veux dire par là que la sublimation de l’objet dans la science s’exprime dans l’objectivisme radical scientifique. Paris. il faut.20”. de la Chose inaccessible au centre du monde imaginaire et symbolique. à l’instar du paranoïaque. limite de la sublimation”598. 361. n’est comparable qu’à celle du paranoïaque. comme “l’être de vase qui tout à la fois la contient et la retient prisonnière”597. l’hystérique (du grec husterikos. p. elle élève sa trompette puante. Bien entendu. p. Traduction française : “Esquisse d’une psychologie scientifique”. Hauer et D. Or. ne doit dépendre aucunement du sujet du signifiant -il ne doit dépendre aucunement de la rhétorique ou du point de vue subjectif. la dignité du pragma. celui-ci comme le Père. “recouvrir” la Chose “par la création poétique est un leurre : le point de départ étant le manque.. Plassard (trad. ECF. cet objectivisme scientifique finit par le subjectiver -en donnant au petit autre le statut de grand Autre. en 594 Freud. comme un vide chosique. signe le malheur et l’échec”596 de cette chosette que nous appelons normalement amour. in La lettre mensuelle. répétition indéfinie. ne pas croire au vide chosique et se méfier du sujet du signifiant et de l’objet insignifiant qui en résultent. à la base du travail scientifique. 598 Ligouzat. comme la Chose qu’ils sont. “La Dame et la Chose”. se dévoileraient.). 25. in Actes de l’École de la Cause freudienne. “la promotion de l’être aimé. 595 Freud. comme vacuole. 1988. par lequel l’objet. en un certain sens. 441. Sur ce point. le manque se retrouve toujours. par une métaphore délirante qui efface la Chose forclose. 1895. op. signifiant par signifiant. Comme “expression de la même force originelle archaïque qui se développe dans l’activité de l’artiste génial”594. comme utérus ou trompette puante. 596 Rey-Flaud. “Lettre du 19. à l’intérieur de toute oeuvre artistique Finalement. p. S. l’exaltation de l’amour. à la dignité de la Chose réel insignifiée que le discours scientifique efface. le fantasme de celle qui est élevée par cette création à la dignité de la Chose courtoise. N°73. Lorsque l’amour va au-delà de cette chosette. ou l’énigme de la féminité. Freud. 1988. Pour être un bon scientifique. nous assistons à une situation comme celle que Rey-Flaud décrit à propos du Soulier de satin de Claudel. il nous reste la paranoïa et la sublimation scientifique. 1920. Il faut comprendre que le corps de l’hystérique. En effet. c’est-à-dire tout ce que nous appelons normalement amour dans notre civilisation. l’hystérie apparaît comme une sorte de sublimation artistique de l’hystérique par elle-même. à l’état pur. mais alors il ne sera plus ce nous nous appelons normalement amour. la dignité de la lettre a et du sujet de tous les prédicats. un “vide impitoyable”. tel qu’il se manifeste dans cette “étoffe imaginaire que le sujet construit fil à fil. à l’égard des mots et du subjectivisme. dont la métaphore est toujours -comme pour l’homme. il n’y aurait que le vide pour le désir de l’Autre. p. contribuent à donner”. dans l’hystérie. où l’objet.1988. “Saudade et Chose”. H. la création des poètes courtois accomplit. 597 Ibid. Moyennant l’amour courtois. avec l’art des poètes qui la subliment. tel qu’il est représenté pour elle dans l’imaginaire. utérus) s’élève elle-même. 11. 19-20. celui de la femme “posée comme vase d’une promesse intenable”. au centre des sublimes créations amoureuses symboliques et imaginaires qui l’entourent. pour couvrir l’indicible de l’être et l’impensable de l’Autre”. Voici une voie qui nous permettrait de partir de la Chose pour aboutir à l’identification hystérique à l’homme. voire le vide chosique ou “le trou dans l’Autre qui. Paris. nous devons situer le “doute”. l’architecte d’église ou le Monsieur K.

qui est celui de tout enchaînement signifiant -délirant ou scientifique-. nous pouvons reconnaître la conception spécifique d’une Chose que nous appellerons Chose axiale -une conception que vous la retrouvez aujourd’hui même dans le Vocabulaire de Lacan. Cléro se réfère aux “actes psychiques qui s’organisent autour de la Chose”. Gallimard. S. J. il convient de mettre en relief neuf moments que nous jugeons cruciaux : a) Le 9 décembre 1959. Trois essais sur la théorie de la sexualité.”605. PUF.5). la Chose axiale est “ce qui -au point initial. “peut être atténué”601. J. peut-être en raison de son rapport à cette hystérie qui ne séduit pas moins les psychanalystes que les trouvères et les troubadours. était un objet qui devait être indépendant de toute croyance subjective. “D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose”.). “La Chose”. Dans cette représentation lacanienne. indépendant de tout enchaînement signifiant.1). lequel. Voilà tout ce que j’ai à vous dire. Par ce principe. chez Lacan. qui fait le signifiant en effaçant la Chose (8. la Chose axiale se situe “au centre”. p.2). Dans l’hystérie. veut effacer l’effacement par un déplacement métonymique. 322. op. c) Le 23 décembre. voire le discours métaphysique de la physique contemporaine. comme s’il s’agissait d’un vortex.12. élève l’objet de l’obsession. que Freud nous montre gouverné par un principe régulateur. l’objet imaginaire de la science. Résumons pour finir ce rapport. 72-73. cit. le vide sacré chosique reste au centre du monde symbolique et imaginaire qui tourne autour de lui. p. si la Chose axiale se situe au centre. l’élaboration de le Chose axiale eut lieu entre décembre 1959 et février 1960. à la dignité de la Chose effacée (7. Dans la névrose obsessionnelle. de référence. 602 Lacan. Ici. cit. Le paranoïaque est alors devant ce “trou dans le signifié” par où surgit le hors signifié. 1958. 1913. Dans cet intervalle de temps. in Écrits. telle un paranoïaque. 601 Freud. “Esquisse d’une psychologie scientifique”. II. comme Chose insignifiée qui réapparaît dans un discours scientifique qui n’arrive plus à l’effacer. Ceci n’empêche pas qu’avant -avant l’accomplissement de la sublimation scientifique ou de la métaphore délirante-. op. Dans ces conditions. cit. par rapport au monde de ses désirs. le sujet du signifiant.59”.. dans l’hystérie aussi bien que dans la sublimation religieuse. 1905. comme but déplacé. op. la Chose axiale est introduite en tant que “premier extérieur”. de même que dans la sublimation religieuse (7. en le subjectivant comme Autre réel persécuteur. en élevant la physique à la dignité de la métaphysique. maître de ce que qui est près et de ce qui est autour. en tant que In Tloque in Nahuaque. p. 604 Cléro.. vol. “Séminaire du 03. Paris.-P. le sujet élève à la dignité de la Chose un objet (7. en expulsant absolument le sujet du signifiant de la sphère objective. tel que je viens de l’exposer. en raison de l’émergence du réel602. op. in L’éthique de la psychanalyse. logiquement et du même coup chronologiquement. 154-158. manque du Nom-du-Père qui a été forclos. 1959. “le transfert de la quantité de Vorstellung en Vorstellung maintient toujours la recherche à une certaine distance de ce autour de quoi elle tourne”606 . le sujet ne peut élever l’objet à la dignité de la Chose (7. que la sublimation peut vraiment s’accomplir. amorçant “la cascade des remaniements du signifiant d’où procède le désastre croissant de l’imaginaire”. pp. S. le dit principe de plaisir”. in L’éthique de la psychanalyse. en tant qu’effacée par le refoulement propre à la métaphore paternelle (8.1). 603 Lacan. Des trois élévations de l’objet à la dignité de la Chose.se présente et s’isole comme le terme étranger autour de quoi tourne tout le mouvement de la Vorstellung. Koeppel (trad.-P.5. J. ou lorsqu’il décrit la Chose comme celle “autour” de laquelle “tout ne cesse de tourner”604. manque de l’Autre symbolique qu’était le Dieu mort de l’obsession religieuse. P. de même que dans la sublimation scientifique (7. in Névrose. on ne peut effacer la Chose que par une métaphore délirante où se stabilisent le signifiant et le signifié. cit. un cheminement “de contrôle. S. sur le rapport à la Chose de l’obsession religieuse. b) Le même 9 décembre. 10 . C’est seulement à ce moment précis. que par une métaphore délirante qui efface la Chose forclose (8. comme “ce autour de quoi s’oriente tout le cheminement du sujet”. 123..1) qui entoure le vide laissé par cette même Chose. 600 Freud. “La disposition à la névrose obsessionnelle”. J. que “toute personne qu’intéressent les hypothèses scientifiques”. suivant Freud et Lacan 603. Chez Lacan.60”. De cette manière. Dans la paranoïa. le moment de la métaphore délirante.. 1895. 1975. 606 Ibid. après éviter le vide qui résulte de l’effacement. il y a une qui me semble privilégiée par la réflexion lacanienne : celle artistique.5). op. l’objet signifié de l’objectivisme scientifique. qui déborde le champ de la sublimation artistique.5).2). de même que dans la sublimation artistique (7. Or.02.2). comme Autre réel persécuteur. “Séminaire du 09. 605 Lacan. pp. 17-18. le “caractère” toujours “arbitraire” des hypothèses. 1960.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 tant que “récusation” d’une “pulsion de savoir”599 qui “travaille avec l’énergie du plaisir scopique”600 -celui-ci comme jouissance du sujet du signifiant dans son rapport à l’objet insignifiant. C’est aussi en raison de ce doute. c’est 599 Freud. p. p. l’hystérie artistique et la paranoïa scientifique. de l’organisation du monde dans le psychisme. ce tourbillon creux qui se produit dans un fluide en écoulement.. alors qu’autour d’elle il y a “le monde subjectif de l’inconscient organisé en relations signifiantes”. “ne les prendra au sérieux que si elles concordent de plusieurs façons” avec ce qu’elle sait déjà. psychose et perversion. 2002. lorsque J. 196. 65. centre de gravité. cit. ce sujet ne peut que faire retour de l’extérieur. Paris. pp. Or. 8. Je vous rappelle que la sublimation artistique n’est pas sans rapport à la Chose aztèque d’Ometeotl. 1991.. 55.

partie vide. au symbolique. “Séminaire du 20. 25. Il y avait. Il faut distinguer ici deux idées indépendantes. dans le symbolique lacanien de l’époque de l’Éthique. 88. 1988. op. particulièrement dans l’art. 1988. J. Nous pouvons distinguer trois périodes successifs dans cette élaboration de la Chose axiale. Abordons séparément les deux idées : Le symbole comme meurtre de la Chose peut s’appliquer. elle est donc à l’intérieur exclu du sujet. il y avait déjà. Analytica. J.”609 f) Le même 27 janvier.60”. comme quoi “le psychisme est obligé à la cerner. chez Hegel. elle est au centre de ses représentants symboliques. un “espace constitué dans le réel”. la Chose axiale est “le vide” qui reste au “centre” dans la sublimation. ce lieu de l’Autre au coeur du sujet. J. comme c’est le cas du Saint-Sépulcre et de la pyramide égyptienne. 613 Lacan. où à nous la donner” 612.. p. N°56. Nous voyons qu’il y a un mouvement logique entre les trois périodes : du centre réel consistant de l’imaginaire et de la conscience au centre vide de la sublimation. en tant qu’organisation autour de ce vide”.” 608.01. in L’éthique de la psychanalyse. mais elle est le vide propre à l’être symbolique langagier. Elle n’est plus alors la consistance de l’être réel chosique. 1960. et “énonce que l’extériorité”. la Chose axiale est “foncièrement voilée”. la Chose axiale est au centre d’un “cercle enchanté posé par notre rapport au signifiant”..01. op. le “champ” de la Chose axiale est une “place centrale”. in L’enfant et le semblant.. 615 Lacan. p. “Séminaire du 27. la Chose axiale. 122-125. Dans la premier période. op. cit. est “cet intérieur exclu à l’intérieur”. op. le 10 février 1960.. comme “organisation autour de ce vide”. 142. tout ce qu’il fallait pour que la Chose axiale. Dans sa Phénoménologie de l’Esprit.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 “justement au sens” un “Autre préhistorique impossible à oublier”. pp. et non pas seulement aux symboles associés de manière explicite à la mort. 1959. 317. N. in L’éthique de la psychanalyse. au centre de son monde imaginaire. ce vide. trou au milieu des signifiants” 614 -comme dirait N. p. p. 611 Lacan. la Chose axiale n’est qu’un vide au centre de la sublimation. lequel reste “étranger à moi tout en étant au coeur de ce moi” 607. cit. in L’éthique de la psychanalyse. dans le réseau des Vorstellungrepräsentanzen”610. lequel fut déjà établi depuis l’une des premières apparitions de la Chose dans la réflexion lacanienne. en passant par le centre du symbolique et l’inconscient. in L’éthique de la psychanalyse. 609 Lacan. ce qui n’est pas étonnant. elle est dans le vide au centre de tout ce qui la représente par la sublimation. g) Le 3 février. mais aussi dans la religion et dans la science611. “n’est pas l’effectivité extérieure et immédiate de l’Esprit en tant qu’organe. e) Le 27 janvier 1960. un cercle qui “nous sépare d’elle” et en raison duquel “ni la science ni la religion ne sont de nature à sauver la Chose. sous l’action du symbolique. op. Elle est aussi dans “la figuration du vide sur les parois” du même temple.12. voire des lettres b1 g b2 g bn à la lettre a = a = a. Paris. Elle devient finalement un vide. cit. 612 Ibid. la “place” de la Chose axiale est dans le “vide” à l'intérieur du “temple. “Séminaire du 10.. “Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse”. op. la science qui la rejette ou la religion qui l’évite ou la respecte. 614 Charraud. la Chose axiale perd sa consistance.02. Dans la troisième période. h) Encore le 3 février 1960. devienne. “Séminaire du 23. comme cet objet dernier de désir présupposé dans la deuxième période. 608 Lacan. Dans la troisième période. au centre d’un vortex. 610 Ibid. Dans les deux cas. “Séminaire du 03. in Écrits. à l’intérieur du “Real-Ich” comme “dernier réel de l’organisation psychique. Hegel décrit le moment où “l’observation revient enfin du langage changeant à l’être fixe”.. pour la concevoir. voire à la contourner. des Vorstellungrepräsentazen ou de l’inconscient du sujet . elle est un Autre du sujet tout en étant au coeur de lui -comme champ autour duquel gravite le principe du plaisir. J. le pouvoir meurtrier du symbolique sur la Chose. après qu’elle eût traversé le symbolique. 1960. 168. 1953. tel qu’il fut déjà annoncé comme place de la Chose axiale dans la deuxième période. Navarin. sans “qu’il n’y ait rien” entre cet espace et “l’organisation dans le réseau signifiant. p. celle de l’être symbolique langagier par rapport à un Esprit qui se pose ici comme être réel chosique. au langage et aux signifiants en général. à le serrer de si près qu’elle se voue à le fixer sous la forme de l’illusion de l’espace”. J. cit. Charraud. 8 . “il s’agit toujours dans une oeuvre d’art de cerner la Chose”613 . p. 161.60”. et cette mort constitue dans le sujet l’éternisation de son désir” 615. bien qu’équivalentes : d’abord le meurtre de la Chose. en 1953 : “Le symbole se manifeste d’abord comme meurtre de la chose. Nous ne devons pas oublier ici le pouvoir effaçant du signifiant par rapport à la Chose. Dans la deuxième période. ensuite l’éternisation du désir du sujet. des Vorstellungen conscientes ou des objets désirés . d) Le 20 janvier 1960. elle est donc à l’extérieur du sujet. comme “champ autour duquel gravite le champ du principe de plaisir”. 1960. “pour autant que la peinture apprend progressivement à le maîtriser. 607 Lacan. 143.02. “Topologie de das Ding”. cit. elle est au centre de ses représentations imaginaires. p. J. p.60”. vol. i) Finalement. celui de la “vacuole. notamment. dans l’art qui l’entoure. I. in L’éthique de la psychanalyse..59”. un vide sacré. Même si ce pouvoir ne fut théorisé que deux ans plus tard. 155.. cit. au sens où il est supposé nécessairement LustIch. 1960.60”. réel conçu comme hypothétique.

cet objet qui suscite. Déjà dans le jeu de la bobine. pour arriver à la pyramide égyptienne. vers le vide du Saint-Graal ou de la Chose morte. 1993. il suscite son absence. Puisque cet objet. est la sépulture. Si nous faisons abstraction du mouvement dialectique où s’inscrit cette affirmation. mais qui ne représente à la fin qu’autre chose. mais qui ne représente -comme Vorstellungrepräsentanz. par exemple : a) Comme l’éternisation d’une force désirante qui anime le tourbillon imaginaire des objets désirés. 1953. L’être réel chosique mort. 163. b) L’éternisation d’un désir qui est toujours. le meurtre de la Chose est déjà accompli. comme -a.. en sorte qu’elle se substitue à elle. je veux aussi vous montrer une implication très grave de l’affirmation lacanienne du meurtre de la Chose par le symbole. pour arriver à ce premier représentant symbolique de la Chose. la Chose maternelle est meurtrie par la bobine qui la représente symboliquement. 618 Lacan. d’ailleurs. “Discours de Rome”. c) L’éternisation de ce désir qui suscite la causette. Paris. la représentation imaginaire élevée à la dignité du Ding. 1953. in Écrits. J. V. vers le vide symbolique au centre du vortex -l’absence propre à l’objet a. il sera toujours désiré. dans ce Fort! Da! où se joue le “désir du désir”. en tant que cause du désir ou objet absent -phallus comme image de notre être. cit. Dans ce dernier sens que j’attribue à l’éternisation du désir. où “le mal d’attendre la mère” trouve “son transfert symbolique”. et le truchement de la mort se reconnaît en toute relation où l’homme vient à la vie de son histoire” 618. par le symbole qui est censé la représenter. le tournoiement pulsionnel des signifiants autour d’un effacement. la Dame de l’amour courtois comme trompette puante habillant le vide. en tant que Vorstellungrepräsentanz. tandis que le signifiant ne peut signifier qu’une autre chose que la Chose.6. ce meurtre de la Chose “conjoint” toutes ces présences “à ces présences de néant. par le même signifiant qui efface un autre signifiant pour qu’elle cesse d’être effacée. le tournoiement autour de lui. la Chose réelle est meurtrie par le symbole qui est censé la représenter. la Chose. vol. “le meurtre de la chose est déjà là”. À partir de ce moment. I. 617 Lacan.dans la sublimation artistique. p. un désir du fruit de la vie. comme cause du désir. Affirmer ceci présuppose que la Chose est meurtrie par son propre représentant symbolique -lequel. Si nous continuons à croire Hegel. Ainsi. ainsi qu’un être pour la mort. Phénoménologie de l’Esprit. le meurtre de la Chose réellement absente “apporte à tout ce qui est. G. est effacée par le propre signifiant qui cherche à la signifier. nous dit clairement Lacan. réelle et imaginaire. l’enchaînement des prédicats -b1+b2+b3autour de ce sujet de tous les prédicats -sujet qui tombe de la chaîne comme -a ou objet a-. comme lettre b. 1807. Une fois que ce jeu commence à présenter sous une forme symbolique la Chose maternelle qui est réellement absente. Après l’affirmation du meurtre de la Chose par le symbole. toutefois.. dans la mesure où je ne pourrais jamais l’avoir. comme être réel chosique mort -comme un cadavre. 335. autour de l’axe de la girouette de Peirce. En effet. je ne peux que le désirer éternellement. in Autres écrits. la Chose. Labarrière (trad. op. Or. qui nous apparaissent ici comme des conditions préalables nécessaires pour qu’il puisse y avoir ensuite un représentant symbolique.2). celle du pharaon endessous de la pyramide.4). En outre. autour de ce vide sacré laissé par la Chose meurtrie par le symbole. ou le discours de l’inconscient comme extériorité de l’être symbolique langagier. 616 Hegel. ce fond d’absence sur quoi s’enlèveront toutes les présences du monde”. Elle reste alors insignifiée. W. d’après les termes du Lacan de L’identification. Nous arrivons ici à notre cinquième proposition : en étant effacée par le signifiant (8. cit. nous avons simplement la notion de l’Autre. G. cette éternisation du désir nous pouvons la comprendre de plusieurs manières. un désir d’éternisation -comme l’a bien remarqué Platon-. 8. J. voire l’objet imaginaire élevé à la dignité de la Chose (7. des chosettes autour du vide de la Chose réelle axiale. mais la négativité du symbole ou le manque dans ce lieu vide qu’est l’Autre. autre chose élevée à la dignité de la Chose. ce que nous indiquons par -a. n’est pas exactement le symbole. Si nous croyons Hegel. une force désirante centripète vers la mort. Par rapport à notre Chose axiale. la Chose morte. par quoi l’absent surgit dans le présent”617. une force désirante centrifuge. hors signifiée dans son vide sacré. c’est-à-dire l’objet a comme cause du désir -ou comme mort de l’objet ultime de désir. ne représente donc pas le Ding. 190. il a fallu avant que cette humanité puisse représenter la Chose de manière réelle et imaginaire. une momie. Jarczyk et P. p. celui-ci comme chose morte.1) que cet objet représente -comme Vorstellung. voire l’objet sublimé au centre du tourbillon. mais en tant que “chose morte” 616. Le premier symbole comporte déjà le meurtre de la Chose. puisqu’il est perdu pour toujours. 9 . ce premier symbole où nous reconnaissons l’humanité dans ses vestiges est la pyramide égyptienne. les symboles. Dans ce jeu. Lacan souligne que “le premier symbole où nous reconnaissions l’humanité dans ses vestiges.qui reste insaisissable par le miroir du monde imaginaire qui nous entoure. il peut déjà la présenter aussi lorsqu’elle est présente.5). représentant ses absences aussi bien que ses présences. à savoir une image mentale ou une représentation imaginaire de la Chose (3. scientifique et religieuse (7. une croisade vers le vide hégélien du Saint-Sépulcre.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 pas plus qu’en tant que langage et signe. Et ceci pourquoi ? Tout simplement pour disposer de ces deux représentations. 317. op. Puisqu’il est mort. jusqu’à l’éternité.qu’autre chose (2. la Chose ne peut aucunement cesser d’être effacée. p.7). Gallimard. est mort. il la tue. J. autour du manque de l’objet ultime de désir.). “Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse”. F. mais la Vorstellung.

l’Eucharistie et les images miraculeuses de la Sainte-Vierge dans la doctrine catholique.. Cette Chose si lacanienne. Chose réellement représentée par l’objet insaisissable dans l’imaginaire. G. Elle est ainsi une Chose qui ne peut être que la même à la dignité de laquelle Thibaut de Champagne élève sa Dame. Lefebvre et V.). devient de l’identité réelle. 435. mais trouvé sans lui dans les objets naturels et les activités humaines effectives. entre l’absolu et son existence au sein du monde phénoménal” 619. p. Résumons ce que Hegel nous raconte. à savoir les représentations réelle et imaginaire. Pour démontrer l’existence la Chose. 623 Ibid. La Chose est donc présente dans l’image du roi qui lui ressemble. par le représentant symbolique en tant que Vorstellunrepräsentanz. En fait.).. p. p. le représentant symbolique requiert de la Vorstellung. dans cette religion. puisqu’elle est présente dans un signifiant qui n’a plus rien d’insignifiant. Hotho). En effet. à partir de l’observation de celui qui pour beaucoup peut être semblable à Dieu”. des luminaires”. où “le pain consacré est le corps effectif. p. Autrement dit. voir notre représentation réelle.. Hegel. 131. “quoique sur un mode plus profond”. sans voile. celle de la représentation réelle ou de l’indice de Peirce. in Recueil de chansons”. 433. D’autre part. 1230. le raisonnement de Hegel. bien que d’une manière assez lacanienne. op. 130.. nous dirons que dans la “forme symbolique inconsciente”. J’en ai trouvé plusieurs indices. 624 Thibaut de Champagne. ce qui ne doit plus nous surprendre.. Comme vous le voyez.. S’il y a des images et des symboles. 621 Ibid. c’est-à-dire “le bon roi”622. la “forme symbolique proprement dite”. Ce monde phénoménal représente donc réellement l’absolu de la Chose. Aubier. Voici nos représentation imaginaires et symboliques qui deviennent des représentation réelles. J.-P. visible pour les yeux de l’âme. qui correspond à notre représentant symbolique. il y a “une unité immédiate non pas produite par l’art. j’ai consulté le Troisième livre de Denkart pour chercher des indices de cette unité immédiate hégélienne dans la religion de Zoroastre. le divin -la signification. où “nous voyons la vision de cette unité entièrement immédiate”. mais une confusion entre le signifiant et le signifié. sans image. nous présente comme “choses analogues” à cela. La Chose n’est plus hors signifié. V. sur ces trois formes de représentation : Tableau 28. et présente dans le signifiant. 126. comme divin. (a + b) = a. qui devra être représentée par le symbole. lesquelles correspondent respectivement à la représentation réelle et à la représentation imaginaire (tableau 28). la force du divin oeuvre comme immédiatement présente et non pas uniquement comme évoquée symboliquement par les images”620. des luminaires d’Ormazd. cit. D’une part.n’est pas dissocié de son existence. c’est-à-dire l’objet a comme représentation réelle de la Chose. Von Schenk (trad. mais des représentation réelles. ce que nous avons exemplifier aussi par le Saint-Vou imaginaire et le Saint-Graal symbolique qui deviennent des représentations réelles comme le Saint-Chose. on voit ainsi l’émanateur du monde comme s’il était on état corporel” 623. on affirme qu’elle est “sensible et visible au corps. Unité immédiate entre la Chose et Forme fantastique sa représentation Religion de Zoroastre : lumière Conception indienne de indissociable de la sensibilité Brahman : séparation entre le suprasensible et la sensualité débridée Représentation réelle Représentation imaginaire Forme symbolique proprement dite Egypte : mort de la chose Représentant symbolique a) Dans la première forme. 10 . Or. 1995. (a + b) { a. De Menasce (trad. on retrouve aussi la totalité unitaire de la Chose amoureuse.. “indissocié de l’existence sensible en tant que lumière”621. ici. le représentant symbolique requiert ce qui devra manquer au coeur du symbole pour qu’il soit vraiment un symbole.F. Paris. comme Dieu ou “non-principié”. comme réussite majeure de l’humanité. nous suivons presque à la lettre. Paris. p.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Le représentant symbolique hégélien. une Chose dévoilée. le vin est le sang effectif de Dieu. “Chanson XXXVI”. J. Klincksieck. visible à l’âme. devra être précédée par les formes symboliques de “l’unité immédiate” et de “la fantaisie”. 126. dans ses Cours d’esthétique. 1835. Il s’agit de la religion de Zoroastre. dans le livre de Denkart on soutient même que l’être réel chosique “est visible à l’âme par lui-même. Dans la Chose du livre de Denkart.. La similarité imaginaire. La forme symbolique inconsciente chez Hegel. ils ne sont pas à proprement parler des représentations imaginaires ou symboliques. sa Dame qu’il peut seulement “voir avec les yeux du coeur. 622 Le troisième livre du Denkart. Cours d’esthétique (ed. Elle est. doit être historiquement précédé par des modes plus primitifs de représentation. p. il n’y a donc pas de barrière de signification. 1973. “prendre la primauté et la plus grande ampleur”. car ceux de son visage sont trop loin d’elle”624. voire le Moyucoyatzin aztèque ou la confusion chosique entre le sujet et son objet. 90. sans voile imaginaire.W. et “pareillement dans les images miraculeuses de Marie. Etant donnée l’importance de la représentation réelle pour notre sujet. 619 Hegel.. 620 Ibid. 433. Dans les termes de Hegel. dans la représentation réelle qui précède historiquement les représentations imaginaire et symbolique. dans sa représentation réelle. est naturellement une Chose sans image.. et le Christ y est immédiatement présent” . la signification. Hegel nous procure un exemple très intéressant. de la représentation imaginaire de la Chose.

Or. “et de son existence extérieurement perçue”. au-dessus de quoi que ce soit” 625. les êtres “immortels et dont le revêtement est séparable”. Les êtres dans le troisième livre de Denkart. 626 Ibid. “de ce qui est séparé”. à partir de cette “négativation” hégélienne que nous écrivons ici -a. “telle que nous la trouvions au premier niveau”. ils s’effaceront eux-mêmes. est “directement sensible”632.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 comme “ce qui est en tout.. de b et a. soit “le grain des choses et la paille des mots”627. p. sur un mode imaginaire. Puisqu’il ne pourront pas cesser de faire fonctionner le trait unaire. comme le vent de Peirce qui fait bouger la girouette. 635 Ibid. il s’agit du meurtre de la Chose par le premier symbole. Voilà ce que Lacan énonce d’une autre manière en 1962. le trait unaire.W. Après la “lutte de la signification et de la figure”. et l’imaginaire objectif. cit. la représentation symbolique “proprement dite”. “la première déterminité et la première négation en soi-même de l’absolu”. G. les signifiants suivants ne cesseront pas d’effacer la Chose. la première abolition. sur lequel sont les êtres individuels concrets”. p.. a et b629. comme “unité positive en soimême sur un mode supérieur”635 que nous indiquons ici par la lettre b. 466. “suprasensible”. J. l’imaginaire comme a + b et le symbolique comme b. comme a + b. comme l’air de Sor Juana. “Séminaire du 09. “la différence au sein de l’identité”. p. 631 Ibid.. c’est-à-dire “la mort”634. p. Ici. 448-449. ou la “représentation”. p. Dans ce même sens. op. “est devenu le type fondamental” dans un art. notre lettre b. in L’éthique de la psychanalyse. C’est pour Hegel “la mort du naturel”. dans la troisième forme de représentation distinguée par Hegel. il y a “les être mortels à revêtement inséparable” 628. qui est son éternité”626. la Chose dans la religion de Zoroastre est également “l’espace. 628 Le troisième livre du Denkart. le Soleil. en tant que représentation imaginaire. “nous voyons de nouveau surgir une unité relativement pacifiée”. nous le savons déjà. p. mais en plus. 130. sur tout. p. l’art indien.. Cours d’esthétique (ed.. par une intrication”. cit. “la conscience sort de l’identité immédiatement contemplée de l’absolu”. 449-450.. dans la sensualité la plus débridé.. c’est à dire les êtres pour la mort. Hegel nous donne comme exemple celui de la conception indienne de Brahman. la lutte entre signification et figure”. 467. les signifiants que nous indiquons par la lettre b. voire le premier effacement de la Chose. op. celle de sa représentation réelle. qui “se constitue à partir de là”. 634 Ibid. l’identité de a = a. Le premier symbole correspond au meurtre de la Chose. ou comme l’air de Hermès en Egypte. 633 Ibid. lorsqu’il soutient que le premier signifiant. 58. 1959. 445. pp. Ensuite.F. op. celle de a = a = a. dans la religion de 625 Le troisième livre du Denkart. même le Saint-Graal. Alors “nous trouvons devant nous la séparation des côtés jusqu’alors réunis. où la Chose est “soustraite au sens et à la perception”. Et pourtant. p. et même “le temps. Hotho). 629 Hegel. n’étant pas “un objet pour la pensée” 630. nous trouvons dans ce Livre de Denkart une tripartition très exacte entre le réel comme a. Premièrement. comme dirait Lacan pour se référer à ses choses dont le revêtement est séparable.. cit. op. qui correspond à l’icône de Peirce et à notre représentation imaginaire. cet air d’amour divin à l’intérieur de l’église mexicaine de San Bernardo . 1835. voir b au sein de a dans a + b. 632 Ibid. le meurtre de la Chose. 61. par le trait unaire. Tableau 29. dans “la sensualité la plus débridée” 631. pp. Immortel dont le revêtement est Immortels dont le revêtement est inséparable séparable a a+b La Chose Le grain des choses et la paille des mots Mortels dont le revêtement est inséparable b Les signifiants b) Dans la deuxième forme de représentation distinguée par Hegel.. 51. Avant ça. comme la Sache (a) et le Wort (b) qui la porte. la lettre a. les sujets qui existent. la Lune et les étoiles”. 135. au moment où les êtres son divisés en trois espèces (tableau 29). “ne peuvent pas être l’autodétermination de l’esprit”. comme ce qu’il faut abolir et ce qui est aboli” 633. même un vase vide. comme “un maillon nécessaire dans la vie de l’absolu”. cet air qui remplit tout. on retrouve le vent psychotrophe d’Hésiode. comme des moi ou des petits autres. c’est-à-dire la Chose. 465. voire cette “autodétermination de l’esprit” dont Hegel vient de nous parler. p. nous lisons que “le sensible et le naturel sont appréhendés et envisagés en euxmêmes comme négatifs. 11 . mais “la négation immédiate”. cit..59”. 133. Le résultat est un partage radical entre le réel chosique. 627 Lacan. comme des représentations imaginaires de la chose immortelle (a) telles qu’elle sont signifiées ou revêtus par le signifiant (b). est celui qui efface la Chose. 630 Ibid. 132. dans la représentation imaginaire de l’Inde. la forme fantastique. soit “les hommes” comme a + b. les êtres “immortels et dont le revêtement est inséparable”. Il y aura alors l’effacement de l’effacement si visible dans la névrose obsessionnelle.12. “une lutte qui cherche immédiatement à pallier la rupture. Ainsi. 450. entre b et a dans a + b. soit “Dieu.. c) Finalement. Finalement. comme le Yohualli-Ehecatl des aztèques.

in L’éthique de la psychanalyse. du haut de la pyramide.-J. Dans la pyramide égyptienne.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Zoroastre. Lacan reconnaît. comme -a. “instaurée par la différence”636. elle pâtit du signifiant. 1960. Puisqu’il s’agit d’une totalité. 1954. la Chose n’est absente dans la parole (3). Le gouvernement du Verbe démiurgique. du sommet. chaque fois que nous 636 Ibid. placé au-dessus d’elle comme cher. Et l’exemple du premier symbole qui donne Hegel vous le connaissez déjà. bien qu’insignifiée. p. en raison de cette partialité. Ce qui pâtit est donc la Chose insignifiée (a). in Écrits. Elle représente ainsi. comme a = a. 638 Hermès Trismegiste. en devenant par cette passion le signifié”640. Festugière (trad. que même si la Chose n’est pas gouvernée par le signifiant. le réel dans sa totalité. op.a).4). pâtit du signifiant. que l’identité de la signification et de son existence”. le symbole. “représentation de ce qui est mort”. La pyramide est le premier symbole. elle cesse d’être la Chose. 469. du réel primordial pâtit du signifiant”639.2) ou la meurtrit (8. qui. à la Chose qu’il symbolise. comme lettre a. n’est pas à confondre avec l’effacement et le meurtre de la Chose par le symbole. il faut considérer la Chose. Néanmoins. Car elle a. se rapporte pour la première fois.n’est pas gouvernée.. est absente dans l’objet a. ou la nature morte d’en bas. 637 Ibid. détermine l’inconsistance de l’objet a. Le réel de la Chose consistante. la lettre a. 475. Cette intuition géniale nous la retrouvons dans un des passages les plus célèbres de Hermès Trismégiste. la Chose n’est jamais signifiée. fut exprimée pendant le séminaire sur l’Éthique. elle est signifiable. comme les autre choses -les Sachen-. justement à la place de la passion de la Chose. IV. La passion inconsistante ou insignifiante du réel consistant ou insignifié. alors que “le signifiant a fonction active dans la détermination des effets où le signifiable apparaît comme subissant sa marque. En fait. que parce qu’elle pâtit du signifiant qui l’efface (8. Il y aurait là un problème théorique que vous percevez certainement : si la Chose est seulement la partie du réel qui pâtit du signifiant. par cette passion. “Séminaire du 27. ayant émergé hors du père. in Corpus Hermeticum. nous voyons que la Chose. “La signification du phallus”.60”. inconsistance ou insignifiance que nous appelons objet a. 28. par le Verbe. cit... mais autre chose.5) et réduite au rien dans le sujet (6. op. consistant ou matériel. comme le trait unaire. sur les choses imaginaires. parce qu’elle pâtit en lui du signifiant. 12 . Au premier abord. est préposé aux choses produites par le père et les gouverne”638. le verbe démiurgique du Maître de toutes choses. Cette représentation réelle est partielle parce qu’il n’y a aucun signifiant. que je voudrais bien vous lire : “La pyramide est le fondement de la nature et du monde intellectuel. cependant. La Chose. dans Les écrits techniques de Freud : “Quand on parle du signifié. de l’inconsistance et l’insignifiance d’une seule partie de la totalité. 640 Lacan. dans une négativation hégélienne indiquée par le signe de soustraction. J. alors que la passion du signifiant (b) correspond à l’insignifiance de l’objet a (-a). alors on ne pourrait plus la distinguer de l’objet a. sans limite. p. Cette absence de la Chose est indiscernable de la passion de la Chose. comme la totalité chosique se distingue de l’objet partiel. A. “n’est plus une identité immédiate”. corporel. c’est-à-dire la passion de la Chose.. ce qui est signifié par le signifiant n’est plus la Chose. en tant que -a ou absence de la Chose consistante. Bien que signifiable. Quant au résultat. il doit pâtir comme totalité de la passion partielle du signifiant. le meurtre de la Chose qu’elle représente. c’est le signifié (a + b . b1 g b2. ou de l’être réel chosique. c’est-à-dire précisément le réel qui pâtit entièrement du signifiant -lequel. J. de l’insignifiance et l’inconsistance de l’objet a (-a) -comme cette partie de la Chose qui reste insaisissable dans le miroir de l’imaginaire signifié. Ici. comme la totalité du réel primordial en chair et en os. insignifiée. 1958. II. dont le propre est de rester insignifiée. Corrélativement. p. au moyen de laquelle on se réfère toutefois à la Chose. il nous semblerait peut-être que Lacan veut dire ici que la Chose n’est pas le réel primordial dans sa totalité. puissance première après celui-ci. vol. en tant que l’achose. perdue dans l’objet (6. par lequel toute la Chose soit affectée à un moment donné -c’est pour cela que la totalité chosique reste invariablement hors signifié. que le réel auquel il a affaire comme lui étant extérieur -ce qui. inengendrée.).01. cit. en ce sens. aussi bien le réel qui est celui du sujet. Les Belles Lettres. on pense à la chose. Cette idée de la passion de la Chose. Pour ne pas confondre ainsi la Chose et l’objet a. (a + b1) { (a + b2). mais ce qui du réel pâtit du signifiant. avec son “intérieur comme négatif de la vie”637. C’est la pyramide égyptienne. “à cette différence près. Voilà ce leurre du langage que Lacan exprime clairement dès le début de son enseignement. ou l’insignifié qui devient signifié. “mais une entente”. vol. en tant que Dingvorstellung ou représentation réelle de la Chose. voire la passion de l’être réel chosique dans son rapport à l’être symbolique langagier. nous pouvons la désigner comme objet a. 639 Lacan. le vingt-huitième de ces Fragments à Cyrille. Paris. 142.5). ou l’esprit hégélien. dans la représentation réelle. Lorsqu’elle devient signifiée. sous l’action du signifiant. même pas le trait unaire. p. ce qui n’empêche qu’elle puisse être effacée ou meurtrie par lui. dans l’insignifié qui devient signifié sous l’action du signifiant. la partie meurtrie et effacée. p. alors qu’il s’agit de la signification. laquelle suppose qu’elle puisse subir l’action du symbolique. 166. La Chose -le Ding. “Fragments de Cyrille”. lorsque Lacan définie la Chose comme “ce qui du réel -un réel que nous n’avons pas encore à limiter. 133. en tant que Chose amoureuse.

il faut partir de l’observation que c’est uniquement dans l’absence de cette Chose. Or. Ainsi. op. Seuil. n’est rien d’autre que la Chose insignifiée qu’est le Saint-Graal. il ne doit être présent que comme absence. absent. L’histoire du Saint-Graal ne peut avoir lieu que dans le monde qui s’ouvre. dans l’imaginaire et en raison de 641 Lacan. ou plutôt elle ne manque réellement que pour soi. L’histoire du Saint-Graal : la présence en tant que soi de la Chose Bientôt nous allons nous apercevoir que la Chose qu’est le Saint-Graal. présente en soi et pour soi. Puisqu’il manque. L’histoire du Saint-Graal n’a lieu alors que là où il manque. que s’ouvre un monde mythique et légendaire. donc immobile au milieu de tout le mouvement ou non-relatif par rapport à l’ensemble de l’histoire. Dans l’histoire du Saint-Graal. qui est son histoire. il est cherché. isolé.54”. en tant qu’objet a de l’Autre. car il est bien entendu que le langage n’est pas fait pour désigner les choses”641. c’est-à-dire la cavité au milieu du Saint-Graal qu’est l’histoire du Saint-Graal. Or. L’histoire du SaintGraal occupe la place de la Chose qu’est le Saint-Graal -de la Chose qu’il ne peut représenter réellement qu’en la présentant en chair et en os. celui-ci doit être absent dans son histoire. ce vide. J. cit. insignifiant par rapport à la structure signifiante. celui-ci est l’absence inconsistante de la Chose consistante. s’étale dans l’histoire du Saint-Graal. Nous pourrons alors nous rendre compte que cette histoire. voire axial. l’objet qui manque dans l’histoire afin qu’il y ait une histoire qui s’enroule. elle est présente en tant que soi. qui tourne autour de lui jusqu’au point de constituer un vase. Miller. le graal peut occuper la place du Saint-Graal. ne manque pas réellement. insignifiant. 13 . pour qu’il y ait une histoire du SaintGraal. le Saint-Graal est la partie qui manque dans la totalité signifiante de l’histoire qu’il représente réellement. la Chose. c’est dans la mesure où dans ce lieu de l’Autre manque le Saint-Graal. en représentant réellement cette Chose. qu’il peut représenter réellement en étant coupé du système. que d’autant qu’elles représentent pour eux. comme présence en soi de la totalité unitaire subsistante de l’univers. Puisqu’il manque. vide. L’être symbolique langagier occupe la place laissée vide par l’être réel chosique. Pour le moment.en raison de son caractère absolu. 1975. Si le monde où se déroule l’histoire du Saint-Graal est vide. il devient donc la Chose qu’est le Saint-Graal. par l’absence de cette Chose consistante. il faut seulement reconnaître que dans cette histoire et dans le monde qu’elle déploie sous nos yeux. comme vide. ou -plus précisément.A. dans le vortex. s’il est ouvert. ou dans son évidement. pour autant que -je cite J. Paris. cette Chose. l’absence de la totalité unitaire qu’il représente réellement. Comme insignifiance. 1954. le signifiable. Ainsi. 13. il comporte la présence de cette Chose.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 parlons. in Les écrits techniques de Freud. p. celui-ci est l’insignifiance dont cette chaîne est frappée. 1999. Dans notre exemple du Saint-Graal. en étant signifiante. au sein de la totalité unitaire de la Chose. comme partie inconsistante de la totalité consistante. devient Dingvorstellung ou représentation réelle de la Chose. n’est tel que dans la mesure où la Chose manque. Il est l’objet qui tombe de la chaîne qui l’entoure. comme représentant symbolique. ce monde. cause du désir des chevaliers -derrière toutes les Dames qui ne sont désirées par les chevaliers. à travers le signifié. pour arriver à la reconnaissance de la présence en tant que soi de la Chose. un récipient comme quête de l’objet qui manque en lui -voire la quête de cette partie qui manque pour signifier la Chose insignifiée qu’est la totalité signifiante.-A. 376. “Les six paradigmes de la jouissance”. le Saint-Graal.. en étant signifiante. p. J. dans la chaîne signifiante qu’est l’histoire du Saint-Graal. il peut occuper la place de la Chose. comme vide signifiant pour l’Autre symbolique. de même que dans notre histoire et dans notre monde. dans l’axe absolu. il y a sa quête. En conséquence. s’il est doté de la propriété d’absoluité”642. nous disons la chose.06. 642 Miller. Nous avons donc une présence en soi et pour soi de la Chose. en raison de son absence dans l’histoire du Saint-Graal. comme n’importe quel autre représentant symbolique aurait put occuper cette place. 9. Certes. Plus précisément. qui est exactement ce que nous entendons par une présence en tant que soi de la Chose. s’il y a en lui de l’espace pour l’existence des chevaliers. Il y a là un leurre. cause du désir de cet Autre. “Séance du 26. isolé au milieu l’histoire. où se déroule l’histoire du Saint-Graal et des chevaliers de la Table Ronde. Le graal.“n’importe quel terme symbolique est susceptible de venir à cette place de la Chose s’il est coupé du reste du système.

vide qui devient monde. la partie qui n’est présente. p. n’est réellement représentable que par son absence dans la partie qui pâtit du signifiant à un moment donnée -ou dans un enchaînement signifiant donné-.). Voici le point où sont restées nos réflexions du dernier cours. du fait qu’il y a une partie d’elle qui pâtit du signifiant et qui se montre alors dans l’imaginaire comme signifiée. éternelle. in Quarto. 645 Ibid. de son das Ding. la partie qui manque à la totalité. Notre Chose d’aujourd’hui sera par conséquent la Chose la plus propre du champ freudien. entre la présence et la représentation réelle. Nous sommes déjà en mesure d’avancer la première proposition de la journée : comme représentation réelle de la totalité chosique (6. ne pourra être comprise que de manière dialectique. en se détachant de la totalité -comme le sein maternel détaché de la Chose amoureuse.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 la sublimation. ce n’est qu’une partie de la Chose. cette Chose est pourtant présente en tant que vide. voire l’ouverture au sein de la Chose. c’est que dans le lieu de l’Autre. Comme tel. il faut suivre la démarche hégélienne et partir de l’être -sans nous précipiter vers une dialectique de la Chose qui n’a vraiment de sens. ECF-Belgique. lieu de l’Autre ou de l’être symbolique langagier. 9. qu’en tant que manque. Ce qui reste. le Saint-Graal est la partie de la totalité chosique. par le fait de “supposer” que “ce qui reçoit le nom du vide. soit l’être à un moment donné du sujet du signifiant. insaisissable. se détache de la totalité de a -ou de la Chose maternelle-. p. F. 644 Hegel. 8 . ainsi que de la chaîne signifiante de b1 + b2 + b3 -ou du sujet du signifiant-. 1809. effacement et meurtre. nous le savons déjà. par le fait même de se détacher. sans être pour autant affectée par lui dans une relation de signification -dans la mesure où elle reste hors signifié comme totalité-. qu’est le Saint-Graal. 107. 11. nous pouvons affirmer à bon droit qu’il est le seul qui pâtit vraiment du signifiant. “Ex nihilo”. La partie qui pâtit d’un signifiant. de l’être symbolique langagier qui l’efface et la meurtrit. en tant qu’inconsistance au sein de la consistance de l’être réel chosique. de Gandillac (trad. La consistance de l’être réel chosique manque. N°40-41. L’être hégélien. en définitive.1990. Elle correspond ainsi à l’objet a. 1990. 113. Ce que nous essayerons de comprendre aujourd’hui. comme nous pourrons le constater plus tard. Ed. est devenue insignifiée par le fait d’être signifiante. entre le Ding et la Dingvorstellung. par sa passion.1). tout en devenant insignifiante dans le réel -pour la même raison que la Chose. pour notre cours. nous allons essayer de sonder à l’intérieur de ce vide. c’est que la Chose ne pâtit totalement que parce qu’une partie d’elle pâtit -une partie que devient passion inconsistante ou objet a. n’est qu’une “immédiateté dépourvue de contenu” 644. G. Lorsque cet être “sort de son immédiateté et de son comportement indifférent à l’égard d’autre chose”645.1. parce qu’elle pâtit du signifiant.1). comme “le contraire du Néant”. voire insignifiante. Propédeutique philosophique. soit l’objet a comme absence de la totalité. dans cette cavité qui s’ouvre au sein de l’être réel chosique. c’est la Chose”643. dans ce creux où manque l’objet a. cette partie dont le manque explique qu’il y ait ce vide qu’est le monde mythique et légendaire au sein de la totalité -comme lieu de l’Autre où existent les chevaliers. Pour aborder l'énorme complexité de la Chose hégélienne. après cette passion. l’objet a est une partie de cette totalité. pour le moment. Dans ce lieu de l’Autre qu’est la chaîne signifiante de l’histoire du Saint-Graal. L’important. et devient l’insignifiance de -a. alors que la totalité qui pâtit du signifiant correspond. comme indice pour le sujet. F. W. la présence de la totalité consistante ou insignifiée qui pâtit n’est représentable que par la passion inconsistante ou insignifiante d’une partie. comme représentation réelle de la Chose. l’objet partiel. De Minuit. à la Chose amoureuse. Ceci nous oblige à nous occuper de la Chose hégélienne. Bien entendu. 1963. Plus exactement.. Une fois là. La Chose consistante qui pâtit totalement du signifiant. comme partie. au corps maternel confondu avec l’enfant. dans cette vacuole où existe le sujet. cette Chose apparaît pourtant comme signifiable. espace. si la partie ne devenait pas inconsistante. en tant que soi. p. dans cette caverne occupé ou structuré par l’être symbolique langagier. il est l’objet qui tombe de la chaîne.par sa Propédeutique. Nous allons donc nous occuper sérieusement de la Chose en tant que vide chosique. Dans la passion du signifiant. dans ce vide chosique. le Saint-Graal n’est qu’une insignifiance. si effectivement ce champ se caractérise “au fond”. il 643 Regnault. toute la totalité pâtit par la passion de la partie qui se détache de la totalité -et qui mettrait en question son caractère total. où la consistance de l’être réel chosique manque (8. II. vide au sein de la Chose qui s’ouvre. inconsistance. la distinction entre la totalité et la partie. 10. Or. où existent les chevaliers de la Table Ronde. II. en étant présente en soi et pour soi. Puisque ce reste inconsistant est la seule partie de la Chose qui occupe de son absence la place de l’Autre. que par la manière particulière dont elle dispose la dialectique de l’être. la Chose qui est absente dans le sujet et pour lui -réduite au rien en lui et perdue dans chaque objet qui est présent pour lui-. Bruxelles. 33. du réel consistant hors signifié de la totalité. mais aussi en tant qu’insignifiance au sein de la signifiance de l’être symbolique langagier. Paris. toute la Chose pâtit. il faut commencer -comme le philosophe lui-même l’aurait voulu. la cause du désir des chevaliers. Or. M. au sein maternel. la Chose qui n’est réellement représentée que par l’objet inconsistant. 9. comme le dit François Regnault. laquelle nous conduira vers une solution des rapports problématiques que nous venons d’exposer. la totalité intemporelle.

est indéterminée et indifférente par rapport à ces propriétés. la Chose dans ses représentants symboliques -lorsqu’elle est dissoute dans ses propriétés autosubsistantes. comme être indéterminé. avec Lacan et vers Hegel.de la Chose. 44. en-deçà de cette Chose en soi indéterminée. indépendamment de tout ce qu’on puisse affirmer sur lui : sa facture parfaite. 114. Après la Chose telle que nous l’entendons ici le plus souvent. que les déterminations de l’existence de la Chose “sont.95. 115. elle est une existence indifférente par rapport à ses déterminations. 1781. Si nous restons ici. le Ding réduit à la Sachen. 649 Ibid. mais en affirmant ce vide comme tel. 02. Paris. ce vide kantien n’était pas encore affirmé comme le vide hégélien. après cette Chose que nous pouvons appeler à bon titre kantienne. de la logique hégélienne. II. 115. En conséquence. un vide chosique -celui de l’Autre et de l’espace où nous existons. p. elle est posée comme une réalité qui.. en tant que Chose hégélienne. 42. ainsi qu’identique à lui-même.. dans le moment suivant de son raisonnement dialectique.). Paris. à la Chose comme présence ou représentation réelle -lorsqu’elle n’est que l’être indéterminé et identique à luimême-. Ainsi.. comme en des matières subsistantes pour elles-mêmes”. l’or est l’or. En-deçà de cette Chose réduite à l’être dans son essence. est indéterminée et indifférente par rapport aux lettres b1. lorsque le même être est “devenu. 43. Pacaud (trad. p. elle a donc la “présence qui sort de son fondement”. de son fondement. comme le remarque Hegel. 107. ne cesse de se dissoudre. la Chose indéterminée et indifférente par rapport à ses prédicats n’est pas une existence. bn= bn). elle a l’être qui. 646 Ibid. comme des choses dans la Chose. il y avait déjà du vide à la place de notre Chose. en tant que déterminations”649. ou l’être déterminé. II. Pour cela. son recouvrement en pierres précieuses. Hegel réduit l’identité de la Chose avec elle-même. p. Hegel note. chez nous. Pour nous approcher de Hegel. b2=b2. l’imaginaire où se dissolvent le réel -l’être indéterminé ou la lettre a. ses pouvoirs sont ses pouvoirs. ECF. Les trois moments du raisonnement hégélien que nous venons d’exposer se réfèrent. 2001. nous nous permettrons une interprétation assez libre. Ainsi. à titre de simple identité à soimême. b3. Par exemple. II. 1995. 115. Loch ist Loch. déterminé”. pour soi et en tant que soi -comme totalité unitaire.. Critique de la raison pure.et le symbolique -les déterminations ou les prédicats b. en elle-même. Comme “l’existant”. 647 Ibid. identiques à elles-mêmes. il ou la chose qui pense (deuxième partie)”. Conséquemment. comme sujet de tous les prédicats. II.. mais seulement l’être qui ne sort pas encore de son essence. cette “étendue vide (pour nous) en dehors de la sphère des phénomènes” 652.et la Chose dans sa représentation imaginaire -lorsqu’elle est la contradiction propre à ce phénomène où les propriétés se dissolvent les unes dans les autres. ces pouvoirs de guérir et de nourrir. “la Chose. Tremesaygues et B. en d’autres termes. grâce à la choséité. b2. b3=b3. La Chose est aussi cette contradiction en elle-même .. 115-116. ses pierres précieuses son ses pierres précieuses. II.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 devient alors “essence” ou “fondement”646. chez Freud. même pas une présence. Elle est donc indifférente par rapport à ces prédicats..2. Ensuite. le propre de l’existence et de la présence est d’être déterminées. I. lesquels apparaissent comme des matières subsistantes. E. 37. et parfois assez illégitime. “Moi. En effet. 652 Kant. Or. Le Saint-Graal est le Saint-Graal et rien d’autre. la Chose a l’existence. Autrement dit. p. dans une antériorité à toute entité positive s’efforçant de le remplir”653. 648 Ibid. comme a+b. et “en relation avec autre chose” ou “avec son non-être”. Le Saint-Graal. Or. in La Cause freudienne. ce sera alors parce que sa facture parfaite et sa facture parfaite. il sort de lui-même en étant déterminé. 41. “on ne passe pas de Kant en Hegel en remplissant la place vide de la Chose. il faudra l’approcher de nous -tout en nous éloignant. II. comme Slavoj Zizek nous le fait remarquer. A. Et pourtant. bn. de plusieurs positions que nous avons conservées jusqu’ici. PUF. comme il y a.où la Chose est présente en soi.comme champ signifiant des rapports logiques par lesquels se définit la Chose. Or. II. III p. 8 . à l’identité de chacune de ses déterminations avec elle-même : (a=a) = (b1=b1. la Chose présente en soi et absente pour nous. le Saint-Graal est le Saint-Graal. la lettre a. p. 229.. p. nous allons concevoir maintenant. etc. “en s’unissant dans l’unité d’une chose. La Chose est la Chose et non pas une autre chose. ainsi que l’antithèse de la Chose réduite au symbole et la synthèse de la Chose réduite à l’objet imaginaire -ou bien. n’est rien d’autre que la somme de ces prédicats. Il faut donc aller plus loin. 10.. chez Kant. sa matière en or. 651 Ibid. Bien qu’elle soit la totalité de déterminations de l’existence. 123. la Chose n’a pas seulement l’existence. Certes. S. 9. Elle est le sujet de tous ses prédicats et non pas les prédicats. en relation avec autre chose. ces matières s'interpénètrent et se dissolvent les unes dans les autres. et la Chose n’est rien d’autre que cette identité de ses propriétés avec elles-mêmes”650. “la Chose se dissout en ses propriétés. mais elle est la “totalité de déterminations de l’existence”648. qui est structuré -sans être pour autant rempli. après avoir sorti de son comportement indifférent à l’égard d’autre chose. Si le SaintGraal est le Saint-Graal. 650Ibid. 29. 653 Zizek. nous n’aurons que la thèse de la Chose telle que nous l’entendons ici. p. a=a. il devient “présence”647. indiquant seulement l’identité de a=a. comme un phénomène”651.

Nous pouvons maintenant les examiner séparément. est présente en soi. la présence pour soi et la présence synthétique en tant que soi -voire en soi et pour soi. comme nous pourrons l’appréhender plus tard. à savoir la présence en soi. C’est pour le sujet. au niveau de l’absence propre à l’objet a en tant qu’il tombe de la chaîne signifiante. Bien entendu. pour lui et en tant que lui. mais ensuite elle est aussi réduite au rien en tant que sujet. l’être réel chosique.au rapport que nous avons avec elle. pour ses sens. de -a. mais de partir du rapport entre ces trois présences. mais qui existe dans la chaîne signifiante. pour lui et en tant que lui. En même temps. à comprendre le caractère signifiant du vide chosique lacanien.ne pourrait être représentée de manière imaginaire qu’en étant représentée pour le sujet. C’est la réduction au rien de la Chose dans le sujet. nous essayerons maintenant de montrer comment la Chose fermée en soi peut s’ouvrir chez Hegel. b) Absence pour le sujet. comme le sein maternel qui lui manque depuis la frustration du sevrage.4). Une absence dans le sujet.à ce qu’elle est pour nous -dans sa représentation imaginaire. comme l’être dont il est privé en tant que signifiant pour un autre signifiant (6. pour arriver aux trois formes de présence de la Chose. De cette manière.5). au niveau de l’absence propre à l’objet a en tant qu’il reste insaisissable au miroir. alors que finalement elle est encore perdue 9 . ainsi que sa consistance de Chose insignifié -ce qui nous mènera à énoncer que la Chose n’est insignifiée que dans la mesure où elle est signifiante. S’il s’agit d’une absence pour le sujet. Nous sommes donc en état d’énoncer. dans la parole où il existe (3). il reste pourtant présent en soi. comme ce qui du réel pâtit à chaque moment de l’action du signifiant ou de l’être symbolique langagier (8). C’est l’absence de la Chose au niveau de sa représentation imaginaire. l’objectif n’est pas d’abolir la présence en nous de l’objet a. La totalité qui n’est présente que comme partie. cette réduction apparaîtra plutôt comme une élévation de l’en soi au pour soi et en tant que soi. comme partie qui se présente devant la totalité où elle se réabsorbe.2) ou meurtri par le symbole (8.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Notre passage à travers le champ signifiant des rapports logiques qui structurent le vide chosique hégélien. ou de la confusion incestueuse entre ce corps et celui du fils. non seulement en étant réduite -comme nous venons de constater. de manière synthétique : comme l’objet a qui la représente réellement (6. pour lui et en tant que lui. au moment de la castration du phallus imaginaire.et la présence en tant que nous du grand Autre.et à ce qu’elle est en tant que nous -dans son représentant symbolique-. par lui comme signifiant et pour un autre signifiant. perdu dans l’objet et réduit au rien dans le sujet (8. pour soi et en tant que soi. tout en étant pour cette raison absent dans la parole. c’est parce que la Chose ne peut être réellement représentée qu’en étant présente dans celui qui se la représente -et du coup aussi confondu avec lui-. dans le sein maternel qui peut désormais manquer dans la bouche de l’enfant -dans sa parole. dans l’objet imaginaire. S’il s’agit d’une absence en tant que sujet. la même absence de la Chose au sein d’elle même. dans sa demande. cette Chose n’est ainsi réduite que si nous l’isolons de l’ensemble de la pensée hégélienne. au niveau de sa représentation réelle. une présence en soi. dans cette Chose privilégiée qu’est le sujet en tant que rien. en général. en récapitulant brièvement ce que nous avons déjà travaillé en détail : a) Absence dans le sujet. la présence pour nous de l’objet imaginaire -moi ou i(a) du narcissisme. pour soi et en tant que soi. C’est l’absence du Ding dans le Vorstellungrepräsentanz. cette Chose qui est absente dans le sujet. tout en étant ainsi absent dans le sujet. plus tard. devant lui. Autrement dit. pour autant que la représentation réelle comporte la présence de ce qui est représenté.et la présence en soi de la Chose -ou la totalité insignifié qui pâtit du signifiant. en définitive. pour soi et en tant que soi (6). dans le miroir du monde imaginaire qui l’entoure. C’est en tant que sujet. ce passage nous permettra d’arriver. C’est ainsi l’absence de la totalité dans la partie. pour soi et en tant que soi.3. ou ses trois formes sous lesquelles la Chose est absente. mais en étant élevée -comme totalité unitaire. de la lettre a. C’est dans le sujet. nous pourrons mieux comprendre les rapports problématiques entre la présence en nous de l’objet a -ou la partie insignifiante qui pâtit d’un signifiant. c’est parce que la Chose invisible et impalpable -comme le Yohualli-Ehecatl aztèque. La Chose est absente dans le sujet. ou de la confusion incestueuse entre ce corps et le sien -celui-ci comme objet de la mère.1).6). C’est la perte de la Chose dans l’objet. de l’objet a. Si nous ne l’isolons pas. au moment de la privation de son être. c) Absence en tant que sujet. l’absence du corps total de la mère. il convient de les considérer séparément. les trois absences à partir de notre démarche lacanienne et les trois présences à partir de la logique kantienne et hégélienne : 9. Voici les trois absences et les trois présences de la Chose. la Chose est d’abord absente dans le sujet. La Chose en soi -noumène. C’est l’absence de la Chose au niveau de son représentant symbolique. le miroir des choses palpables et visibles -celui de Tezcatlipoca et Tezcatlanexia. chez Hegel nous pourrons nous reconnaître dans le soi de la Chose qui n’est présente qu’en soi. C’est l’absence de la Chose. C’est l’absence du Ding dans la Sachvorstellung. Nous pouvons énoncer. S’il s’agit d’une absence dans le sujet. la réduction de l’en soi au pour nous et en tant que nous. sa naissance comme sujet qui manque d’être. Bien que des trois absences manifestent le même vide. au moment de la frustration du sevrage. l’absence de la totalité du corps de la mère. c’est parce que la Chose ne pourrait être représentée de manière symbolique qu’en étant représentée en tant que sujet. pour lui et en tant que lui. le signifiant qui pâtit de lui-même. comme l’achose. Mais avant d’arriver là. qu’en étant à chaque moment effacé par le signifiant (8.réduite chez Hegel à la Chose en tant que nous ou à la Chose pour nous -comme phénomène-. c’est-à-dire.

“quelque chose pris comme objet de l’intuition sensible. “la limitation précède la transcendance”660. Autrement dit. I.. N°28. par conséquent. I. in La Cause freudienne.5). E. s’il y a des phénomènes ou des représentations imaginaires présentes pour moi. 657 Zizek. je suppose alors qu’il doit y avoir un objet transcendantal. Afin de pénétrer ce “paradoxe du réel lacanien”.. mais qui peut. op. il n’y aura de Chose de jouissance.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 pour le sujet. ou bien -encore pire. la Chose est présente en soi. 225. Elle est présente en soi. le noumène. dans sa parole où il existe. 10. II. Elle est de cette façon présente ici malgré son absence ici comme sein maternel. dont il est castré. III. dans le sujet qui n’est plus un sujet. comme pensée problématique de la présence en soi de la Chose “en tant qu’elle n’est pas un objet de notre intuition sensible”. ECF. 661 Ibid. comme “noyau dur substantiel qui précède et résiste à la symbolisation”. mais seulement la pensée de quelque chose en général où je fais abstraction de toute forme d’intuition sensible”655. 656 Ibid. d’après laquelle on pourrait accéder à lui par une “intuition non sensible” ou “intelectuelle”654. III. II. 659 Ibid.qu’elle soit “un 654 Kant. 7 . II. III... 122. Elle est ainsi présente ici. I. qui se définit par contraste à l’égard de la chose pour nous. 655 Ibid. 658 Kant. de la “plénitude” inhérente à la Chose de jouissance. ne doit pas seulement se distinguer de sa conception positive -comme lettre b ou “objet de l’intuition intellectuelle”. il ou la chose qui pense (deuxième partie). 1781. “Moi. 223. celui-ci en tant qu’objet a -tel que Zizek l’a correctement établi657.. le plus-de-jouir.. 1994. la présence en soi de la Chose est corrélative de son absence pour le sujet. II. 1995. 226-228. “sans qu’il n’y ait d’abord le surplus de jouissance”.une conception négative “qui ne signifie pas une connaissance déterminée d’une chose quelconque.. dans sa raison pure-spéculative -à distinguer dès maintenant de la raison pure-pratique sur laquelle nous reviendrons à un autre moment-. que nous indiquons ici par -a. l’objet transcendantal kantien -d’après Slavoj Zizek. cit. I. Tableau 30. comme consistance de la Chose subsistante de Damascius. comme cette partie du corps total de la mère qui manque dans le sujet -dans sa bouche. III p. S. comme “plus-de-jouir” ou “reste” du “processus de symbolisation”. voire une présence insaisissable dans la représentation.. servir à unifier le divers dans l’intuition sensible”659. Critique de la raison pure. dans la philosophie kantienne. p. Comme l’objet a. III. sans que cela veuille dire -ici notre appréciation diffère de celle de Zizek. d’un point de vue lacanien. 9.“désigne la façon négative”. “Moi. N°29. dans notre expérience. la notion de la chose en soi. 226. p. c’est-à-dire de son absence dans sa représentation imaginaire. Nous avons ainsi. E. 660 Zizek. La chose en soi chez Kant. p. cit. pp. S. à titre de corrélatif de l’unité de l’aperception.1995. comme le phallus. Ainsi. 121. 117. L’objet transcendantal est ainsi. comme la Dingvorstellung ou la représentation réelle qui présente la Chose qu’elle représente. II. Nonobstant son absence dans le sujet. Or. 227. dans son moi et dans ses petits autres imaginaires (6. Kant défend -dans son Analytique transcendantale..4. insaisissable au miroir. Paris. 02. I. 1781. mais elle doit se distinguer aussi de l’objet transcendantal.94. identique pour tous les phénomènes” 658. ou le phénomène (tableau 30).que la Chose soit “rétroactivement produite par le processus même de la symbolisation”661. contre toute apparence. Présence réelle Représentation réelle Chose a Conception négative du noumène ou de la chose en soi Non-intuition Objet a -a Objet transcendantal Intuition sensible Représentation imaginaire Moi ou i(a) a+b Phénomène ou chose pour nous Intuition sensible et intellectuelle (image sensible suivant l’unité des catégories) Représentant symbolique Signifiant b Catégories et conception positive du noumène ou de la chose en soi Intuition intellectuelle Contre la conception positive du noumène. “le mode de présence”. p. p. quelque chose = x dont nous ne savons rien du tout.ou représentation réelle de la Chose -comme “objet d’une intuition sensible en général qui est. Cette conception négative du noumène. l’objet transcendantal a. il faut d’abord comprendre que l’insignifié chosique n’est tel qu’en raison de l’insignifiance que nous appelons objet transcendantal a. il ou la chose qui pense (première partie)”. op.et du phénomène -comme a+b ou “image sensible pensée à titre d’objet suivant l’unité des catégories”656-. “dont la Chose est présente dans le champ de notre expérience”. Critique de la raison pure. Chez Kant. in La Cause freudienne. p....

L’interprétation des rêves. dans la présence réellement représentée. sous ce dualisme freudien. 296. Freud est encore plus radical : “L’obscure connaissance des facteurs et des faits psychiques de l’inconscient se reflète dans la construction d’une réalité suprasensible. Non. Dans ce passage. la chose en soi. vol. inconsciente. p. 666 Binswanger. Et Binswanger commente ensuite. 1967. à 662 Ibid.frappé d’insignifiance. in Les premiers psychanalystes : minutes de la Société Psychanalytique de Vienne. elle est aussi toujours déjà là. 1781. III. p. parcours de Freud. nous devrons admettre au moins que l’inconscient équivaut à cette Chose en soi. inconsciente. ainsi que sa position négative comme simple concept limitatif. en 1915. II. 670 Freud. p. inaccessible à notre sensibilité. S. a posteriori. la Chose est là. aussi bien chez Kant que chez Lacan et chez nous. I. Il estimait que. I. E. En authentique explorateur de la nature.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 fantasme qui. pp. Freud ne dit rien sur la nature de l’inconscient. et la Chose en soi physique. est “un objet indépendant de la sensibilité” où on “fait abstraction de toute forme d’intuition sensible”663. comme phallus imaginaire ou objet insaisissable de l’intuition sensible. se cache un monisme encore plus foncier et fondamental. Comme tel. le noumène n’est qu’un concept problématique. 276. qui ne peut jamais être l’objet d’une expérience directe”667. Freud lui-même demanda un jour si “la chose en soi de Kant n’était pas ce qu’il comprenait. Freud soutient “qu’aucun monisme ne peut effacer la distinction entre les idées et les objets qu’elles représentent” 670. L.). Une Chose psychique. dans l’oeuvre freudienne. III. Paris.. R. b) En 1901. 163. suprasensible. plus d’une indication en ce sens : a) En 1900. voire absente pour le sujet. cit. Nous savons par la même source que dans les séances de mercredi. celui -révélé par Freud en 1901. À la différence de l’objet transcendantal.. à Vienne. lui. 669 Freud. pour indiquer ensuite que “sa nature intime nous est aussi inconnue que la réalité du monde extérieur”. Payot. “Souvenirs sur Sigmund Freud. Et pourtant. d) Enfin. Lewinter (trad. Freud explique dans L’inconscient : “De même que Kant nous a avertis de ne pas négliger le conditionnement subjectif de notre perception et de ne pas tenir notre perception pour identique au perçu inconnaissable. Nous avons l’impression. que tout ce que nous savons. 1967. 1970. N. et même -nous pourrons le constater plus tard. Autre Chose physique. dans sa Psychopathologie de la vie quotidienne. de même que Kant postulait derrière le phénomène la chose en soi. Paris. 1901. Paris. précisément parce que nous ne savons rien de certain à ce propos. 664 Ibid. III. nous le déduisons à partir du conscient. 668 Freud. que la science retransforme en une psychologie de l’inconscient”. Il n’est conçu que par un “entendement pur”. Nous nous préparerons toutefois. 1912. p. “Séance du 11 décembre 1912”. nous devons nous contenter d’accepter la possibilité de cette équivalence. vient remplir le vide de l’objet transcendantal”662. Une telle équivalence ne révélera toute sa pertinence qu’au moment où nous démontrerons le caractère signifiant de la Chose insignifiée -insignifiée précisément pour autant qu’elle est inconsciente. tel le conscient. S. IV. insensible ou suprasensible. Critique de la raison pure. de même il postulait derrière le conscient.). p. la Chose en soi physique. se retrouve dans la Chose en soi psychique. dans la totalité dont la partie fait partie. de rencontrer deux Choses en soi. inconsciente. Freud déclara : “L’inconscient est métapsychique. Gallimard. 228-229. 520. 8 . D’après Binswanger. même si nous ne considérons pas que l’inconscient est la Chose en soi de Kant. Tout comme le physique.de l’objet transcendantal. voire l’indistinction entre la Chose en soi psychique. I. Schwab-Bakman (trad.. Freud écrit que “l’inconscient est le psychique luimême et son essentielle réalité”. nous le posons simplement comme réel”. Meyerson (trad. Paris. qui est accessible à notre expérience. pour sa conscience. le psychique n’a pas besoin non plus d’être en réalité comme il nous apparaît. 226. dans les séances du mercredi à Vienne. par inconscient”666. II.). 295. in Discours. dès l’origine. PUF. chez Kant. S. 228. op. Gallimard. p. Nous trouvons. nous ne devons pas résister à la tentation de la faire équivaloir à l’inconscient freudien. 667 Ibid. 1900. et que “la conscience nous renseigne sur lui d’une manière aussi incomplète que nos organes des sens sur le monde extérieur”668. de même la psychanalyse exhorte à ne pas mettre la perception de conscience à la place du processus psychique inconscient.). dans L’interprétation des rêves.. “dont la réalité objective ne peut être connue d’aucune manière”665. dans le vide -la vacuole. 665 Ibid. 1956. p.. lequel est son objet. dans la confusion d’avant la distinction.de l’indistinction entre ce que représentent les idées et ce que représentent les objets que les idées représentent -dans l'extériorité de l’inconscient-. avec satisfaction. I. II. Pour le moment. Étant donné le caractère inconnaissable de la Chose en soi de Kant. c) En 1912. Avec Freud. elle est aussi paradoxalement là avant lui.dans le signifiant -le symbole. Psychopathologie de la vie quotidienne. à juste titre : “Freud affirmait que nous procédions comme si l’inconscient était quelque chose de réel. comme “concept limitatif qui a pour but de restreindre les prétentions de la sensibilité”664. suprasensible. 1983. en “traduisant la métaphysique en métapsychologie”669. p. Jankélévitch (trad. 663 Kant. Bien qu’elle soit précédée par l’objet a. S. 121. inaccessible à notre conscience. l’inconscient. dans ce passage.

op. 1958. “est dite en-soi dans la mesure où l’on fait abstraction de tout être-pour-autre-chose”. Naturellement. 2003. in Les formations de l’inconscient. de même que celle de Freud. comme le fait Cléro. “Séance du 14. op. Quant à Lacan. le noumène”. Nonobstant l’identité entre la Chose en soi physique. Chez ce philosophe. Voici la présence en soi de la Chose kantienne et freudienne. il y aura donc apparemment une différence de degré entre le caractère inconnaissable du suprasensible. laquelle. toute représentation imaginaire. la distinction kantienne entre le Ding et la Vorstellung. 675 Lacan. 679 Lacan. et la Chose en soi physique. suivant Kant et Freud. d’ailleurs. la Chose signifiante. qui serait justement pour Kant l’en soi de la Chose.11. J. que l’objet interne (innere Objekt) est moins inconnaissable que le monde extérieur (Außenwelt)”. inconsciente comme Chose psychique et suprasensible comme Chose physique. op. 18. inédit. inconsciente ou suprasensible. au moins celui de sa Critique de la raison pure. “le sujet qui parle”677. suprasensible. ou bien -plus précisément. p. cette distinction nous la retrouverons chez Lacan. au niveau de la conscience.01. 8 . nous pouvons énoncer déjà. J. entre la Chose en soi et les Choses pour nous. “Séance du 25. in Encore. Mais. J.. Comme sujet de l’inconscient. en effet. J. “Séance du 19. qui tournent autour d’elle. nous retrouverons au moment opportun la signifiance de la Chose insignifiée. 672 Juranville. PUF. la Chose est fermée en soi. comme une distinction entre le réel insignifié et l’imaginaire signifié. “que la chose en soi” de Kant -sans qu’on puisse assurer pour autant. 1973. et de l’inconscient. 216. p. il n’est ce qu’il est que dans la mesure où il est signifié d’une certaine manière par le signifiant. in Les formations de l’inconscient.58”. p. “Séance du 16.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 apprendre que la correction de la perception interne n’offre pas une aussi grande difficulté que celle de l’externe. “c’est-à-dire dans la mesure où la Chose est pensée comme du Néant. ce au-delà de quoi il y aurait cette chose. qui restera donc insignifiée.58”. inconnaissable. p. comme n’importe quel signifiant. Pour le moment. cit. “Séance du 25. “il n’y a rien de commun entre le sujet de la connaissance et le sujet du signifiant”. Ici. cit. cit.58”. 678 Lacan. la Chose de Lacan est insignifiée. en général. 394. inconnaissable.. in Le désir et son interprétation. inconsciente ou suprasensible. suprasensible. 59. inconsciente. comme signifiant dans sa pure signifiance. p. une signifiance qui n’aura donc rien d’autre de réel à signifier qu’elle-même -dans la mesure où il n’y a aucun Autre de l’Autre. p. pourquoi serait-elle insignifiée plutôt qu’inconnue. Notre Chose. J. Or.58”. rejoint la Chose lacanienne. 476. précisément en raison de sa signifiance. ou encore à ce que l’on appelle en philosophie une conscience”676. il soutient “qu’il n’y a pas de sujet humain qui soit pur sujet de la connaissance.. comme Chose en soi inconnaissable. sauf à le réduire à une cellule photoélectrique ou à un oeil. 2002. que “le schème copernicien dont Lacan se sert pour mettre en scène les relations de das Ding”. parce qu’il n’y aura que sa signifiance. inconnaissable. p. 677 Lacan. J. le phénomène qu’on peut concevoir devant ce sujet du signifiant. un “sujet déductible au titre de sujet de la connaissance”673. comme celle de la Chose en soi kantienne. 476. du rapport de l’oeil au monde. J. 676 Lacan. inaccessible.70”. qui “nous a menés à toutes les opacifications qui se dénomment justement de l’obscurantisme”679. Lacan et la philosophie. une présence en soi entendue comme fermeture en soi et inaccessibilité pour le sujet. comme Chose-en-soi lacanienne. inconsciente. au niveau de la sensibilité. Quoiqu’il en soit. absente pour le sujet. c’est-à-dire. Ce phénomène signifié. sans aucune 671 Cléro. sauf la seule Chose réelle. qu’en étant présente en soi. in Le désir et son interprétation. un sujet vis-à-vis duquel on ne peut concevoir alors qu’une Chose signifiante et insignifiée -insignifiée plutôt qu’inconnue.. J. cit. in L’envers de la psychanalyse.inconnue dans la mesure où elle reste insignifiée ? Pour la simple raison qu’elle reste inaccessible non pas pour le sujet de la connaissance. op.06. tout en étant une représentation imaginaire. 1958.73”. je voudrais bien la situer dans l’indistinction entre la Chose en soi psychique.-P. “le sujet qui naît au moment de l’émergence de l’individu humain dans les conditions de la parole” 678. le sujet “du rapport au monde. inaccessible. 53. cit. le sujet promu par Lacan est un sujet du signifiant. Nous comprendrons alors qu’elle reste insignifiée. mais pour le sujet du signifiant. cit. inédit.11. comme on l’a dit depuis toujours.01. Plutôt qu’inconnue ou inconnaissable. “Séance du 14. “Séance du 19. absente pour le sujet (6.05. “avec les Vorstellungen” connaissables. le phénomène. et non paraître. une présence en soi. 1958. du rapport sujet-objet” 675. Lacan l'appellera donc “par-être. Pour sortir de l’obscurantisme de la Chose en soi inconnaissable et nous diriger vers la Chose signifiante et insignifiée.58”. il faut impérativement traverser Hegel. ou fermée en soi -comme noumène kantien-. Cette caractérisation. et la Chose en soi psychique. entre le noumène et le phénomène. op. une distinction -bien tracée par Juranvilleentre “une certaine réalité” qui “demeure accessible au sujet et soutient l’activité de la connaissance”. 673 Lacan. op. 1970. Paris. 1958.. “La Chose”.06. et “quelque chose qui échappe. in Les formations de l’inconscient. “n’est pas plus connaissable ni plus directement symbolisable”. 674 Lacan.. et qui pour Lacan est le signifiant dans sa pure signifiance”672. Le sujet de Kant. voire “le sujet corrélatif de l’objet”674. 1958.5). 1984. dans cette confusion chosique entre le subjectif et l’objectif. est le sujet de la “philosophie traditionnelle”. “provient évidemment d’une lecture de Kant”671. Corrélativement. en dernière analyse. comme Chose axiale inconnaissable. pourra signifier tout sauf elle-même. A.

1817. la présence pour soi de la Chose acquiert implicitement chez Hegel. le concept en soi même. sans aucune détermination signifiante.. 685 Ibid.). “La science de la Logique”. 118. op. 118. Paris. où l’être pur et le néant “sont supprimés”. comme un sujet sans aucun prédicat.. qui reçoit seulement du prédicat”. “négation contenue dans la réalité”. pour recevoir une “détermination notionnelle minimale” qui peut lui permettre d’entrer dans les “tensions” logiques “intra-notionneles”690. 206. S. nous arrivons à “l’être-pour-soi. la présence en soi de la Chose. 1959. F. Paris. sera également. G. Voici le point exact. Aubier-Montaigne. voire notre sujet qui existe dans la chaîne signifiante. “à laquelle on se tient fixement face aux déterminations différenciées”. Vrin. J. cit. p. La présence en soi est ainsi “l’abstraite reflexion-en-soi”. “L’être”. en tant qu’insaisissable au miroir.. 690 Zizek. 75. “Séminaire du 16. 687 Ibid. Après “l’être pur” de notre lettre a comme “néant” ou -a683. la Chose en soi. en tant que relation à soi-même”685.que l’être-là est -comme être-qui-lui-manque.12. in L’éthique de la psychanalyse. le prédicat constitue ainsi le côté de l’être-là du sujet” 682. comme lettre a non affectée par les lettres b. 686 Ibid. sur laquelle nous reviendrons au moment opportun. 207.F. cit. Jarczyk (trad. p. nous rencontrons ici l’objet a. IX. Hegel lui-même affirme : “le sujet sans prédicat”. inconsciente -en raison de l’intériorité du suprasensible. G. Jarczyk (trad.sans l’être-là des prédicats -où existe le sujet du signifiant-. qui représente pour l’Autre l’être-en-soi (tableau 31). “Logique subjective ou doctrine du concept”. comme “l’être-autre” -transcendantal chez Kant.. 208. p. 81.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 détermination”680. “Moi. Quant à cet être-en-soi. W. se montre déjà signifiante -comme un signifiant isolé dans son caractère insignifié. 684 Ibid. bn. de la lettre b. W. 91. “est ce qu’est dans le phénomène la chose sans propriétés. en tant que réflexion. 688 Zizek. p.59”. comme quoi elle cesse d’être chez Hegel. p.). G. Aubier-Montaigne.. comme suppression (-a) de l’être pur (a). 106. op. op. p. 1979. 49.. 683 Hegel. 1817. comme sujet sans prédicat ou comme sujet de tous les prédicats -ce qui revient au même-. En effet. une “altérité irréductible dans le cadre notionnel”688 -ce qui doit correspondre chez Lacan à la “place” introuvable de la Chose comme “Autre de l’Autre”689-. dans la réalité imaginaire de “l’être-pour-unautre”687. Comme solitude de la Chose qui n’est qu’en présence d’elle même chez Empédocle et les gnostiques. 91.. ou plutôt explicitement chez notre Hegel -qui sur ce point n’a rien à voir malheureusement avec le Hegel qui s’appartient à lui-même-. Présence réelle Représentation réelle Chose a Être-en-soi Objet a -a Être-autre-pour-soi Représentation imaginaire Moi ou i(a) a+b Être-pour-un-autre Représentant symbolique Signifiant b Être-là 680 Hegel. une présence pour soi. p. 1994. notre lettre a. 5556. 43. comme un signifiant isolé et absolu. W. en vertu de l’être-autre comme objet a. 1812. L’être-pour-soi de la Chose chez Hegel. la Chose en soi freudienne et kantienne. en quoi elle se distinguerait des choses pour nous. “une différence et une déterminité . G. 1816. B. cit. Dans sa Doctrine du concept. 42. insignifiée.et suprasensible -en raison de l’extériorité de l’inconscient-. a+bn. en interprétant sa chose en soi kantienne comme chose indéterminée ou sujet sans prédicat. au niveau de l’être. 9. 208. op. une réflexion-en-soi. in Science de la logique.W.5. 7 . p. laquelle comporte déjà. Tableau 31. F. Labarrière et G. Au niveau de l’être-là du sujet. sans propriétés. 1972. P. p. b2. 357. elle est digérée par un entendement qui toutefois ne se distingue plus d’elle. 689 Lacan. 1981. p.. F. et après “l’être-là” de l’existence de notre sujet comme “résultat” du “devenir”684 des lettres b. “Moi. “La science de la Logique”. S.-J. II.dans son rapport à “l’Autre” qu’il est lui-même -comme “non-être”686. Paris. in Encyclopédie des sciences philosophiques. où il me semble que la Chose en soi kantienne et freudienne. P. “un fondement vide indéterminé. p.). montre déjà chez Hegel sa face signifiante. in Science de la logique. Comme être-en-soi du sujet -de tous les prédicats. 49. une importance majeure.-J. l’assise de la lettre a dans les choses pour nous a+b1. 1994. Labarrière et G. a+b2. “comme à leur assise fondamentale vide”681. comme présence en soi de la Chose kantienne. il devient chez Hegel. in Encyclopédie des sciences philosophiques. en se retournant elle-même sur soi moyennant l’entendement du sujet. Bourgeois (trad. cit. On ne fait pas ici un forçage freudien de Hegel. comme l’a bien noté Zizek. la chose-en-soi”. 270. il ou la chose qui pense (première partie)”. aux prédicats b1. 223 682 Hegel. 681 Hegel. L’être-autre de l’être-là. notre lettre a comme sujet de tous les prédicats. il ou la chose qui pense (première partie)”.

. p.. cit. les déterminations catégorielles kantiennes. IX. 106. comme sujet transcendantal insignifié de tous les prédicats. à un moment donné. op. nonobstant son ouverture pour soi -pour soi. En effet. ni dans la névrose. comme être-là. a + b1 + 2 b . celle de l’être pur ou du Moyucoyatzin aztèque. dans l’imaginaire. Par contre. l’être pur de la Chose. 381.. ni dans la psychose. Jarczyk (trad. voire l’identité de notre lettre a. dans l’être-dans-soi de la Chose. Labarrière et G. “les déterminations” signifiantes “différenciées”694. bien qu’il puisse se reconnaître. il est sa réflexion en soi”. ou la représentation imaginaire de la Chose pour un sujet. qui vient à la place de l’être” 695.. nous pouvons relever deux moments décisifs pour notre réflexion : a) Il y a d’abord la chose-en-soi kantienne. Et Hegel remarque que dans de nombreuses langues.. 224. alors que dans l’être-en-soi il y a plutôt la présence pour soi de son être-autre. p.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Il convient de préciser ici la distinction hégélienne entre ce qu’on a traduit en français par “l’être-ensoi” (Ansichsein) de la Chose et son “être-dans-soi” (Insichsein). comme “abstraite réflexion-en-soi” et comme “assise fondamentale vide”. “La science de la Logique”. Vous avez là. dans la représentation réelle de cette Chose. 1812. “est séparé du rapport à soi”691. F. en tant que totalité unitaire à laquelle rien ne peut échapper. p. Chez Hegel. Paris. 223. à l’extérieur de la Chose. Ainsi. et leur relation à celle-ci est l’avoir. comme présence réelle proprement dite. “ne sont donc pas des 691 Hegel. les propriétés. a = a. dans l’intuition de l’objet transcendantal insignifiant qui tombe de la chaîne signifiante des prédicats où il existe. mais aussi dans le sens où c’est la Chose elle-même. 9. c’est évidemment un sujet névrosé qui ne pourra être que divisé. Par contre. reste insensible et inconsciente. la présence en tant que soi de la Chose correspond à la simultanéité de sa présence en soi. fermée en-soi ou dans-soi. 382. P. et il explique : “à bon droit. dans a+b. qui n’a aucune conscience ou perception sensible d’elle-même. 76.. pour autant que dans la représentation réelle on se confond avec la Chose qu’on se représente -comme si le sujet du signifiant se retrouvait lui-même. 123. où ce détachement semble nécessaire. de son objet transcendantal -chez Kant. est pourtant ouverte pour soi. les deux modalités de la présence pour soi de la Chose.4). de l’objet a. comme représentation réelle qui ne concernera ni la conscience ni la perception sensible -à la différence des représentations imaginaires-. 76. dans sa représentation réelle. présente pour soi indépendamment de la conscience et de la sensibilité.. elle-même insensible et inconsciente comme sujet. fermée en soi (9. p. “L’être”. Ainsi. nous sommes plutôt du côté de la psychose et particulièrement de la mélancolie. 1972. En quelque sorte. G. Cette assise contient dans l’imaginaire de l’être-pour-un-autre propre à la chose pour nous. l’être-dans-soi est “le propre être-en-soi de l’être-là. voire “le rapport simple de cet être-là à lui-même”. F. dans le passage dialectique de la présence en soi à la présence pour soi de la Chose. ou seulement par le truchement du fait que l’être-pour-autre-chose”. 223 695 Ibid. 696 Ibid. in Science de la logique. dont l’objet a. dans un objet imaginaire. 1817. Aubier-Montaigne. qui ne veut pas dire exactement pour elle. dans la mesure ou le sujet ne peut être là. soit de manière névrotique. 58. qui a la Chose. même pas pour avoir de cette Chose une représentation réelle. à un moment certainement angoissant. c’est la Chose qui est en présence d’elle même. p. ne s’est pas détaché de la totalité chosique de l’être-dans-soi psychotique -au contraire de l’être-en-soi névrotique. l’être-dans-soi est la présence de la Chose en soi et pour soi proprement dite. 694 Ibid. soit de manière psychotique. nous voyons bien que la Chose. b) Certes. le verbe avoir est employé pour désigner le passé. 124. 692 Hegel. Ces déterminations de la Chose. en quelque sorte ses qualités. b1 + b2. “réfléchie en elle-même en tant que fondement”693. avec “l’unité immédiate de la réflexion-en-soi” chosique et de la “réflexion-en-autre-chose” imaginaire et sublimée692. ces propriétés.ou de sa représentation réelle -chez nous-. comme le français. Ce que nous avons dans l’être-en-soi de la Chose. dans le sens où le sujet n’a aucune conscience ou perception sensible de la Chose. en faisant abstraction de l’imaginaire -de son être-dans-autre-chose. dans notre perspective. insensible et inconsciente.. l’une névrotique et l’autre psychotique. puisqu’il ne cessera pas d’ex-sister. et de sa présence pour soi. C’est évident que l’objet a. comme être-autre de son être-là. Remarquez-bien que dans les deux cas. W. l’être-en-soi “est le rapport de l’être-là à soi-même non pas comme réflexion propre de l’être-là dans soi mais comme une réflexion extérieure. 75.. dont l’être réel chosique est supprimé par l’avoir objectif imaginaire. b1 g b2. sont des propriétés de la Chose. nos lettres b. comme être-autre ou -a. la Chose n’est présente en tant que soi qu’en étant présente en soi et pour soi. 8 . comme seul notre Hegel peut nous le démontrer d’une manière magistrale. G. constitue la négation qui tombe de la chaîne -la même négation qui reste insaisissable au miroir de la “réflexion-en-un-autre”.).. dans la négation qu’elle contient. “en tant que réflexion-en-un-autre.. ex-sister dans le devenir ou sortir de la confusion chosique. Comme identité de la Chose avec elle même. chez Hegel. la Chose. in Encyclopédie des sciences philosophiques.6. comme être pur. celle de l’être-autre comme objet a.-J. Dans les deux situations. ou la lettre a. qui ne peut être telle que pour la Chose. 693 Ibid. comme être-autre de l’être-là et comme relation à soi -une simultanéité qui n’a rien à voir. p. comme vacuole. W. en tant que le passé est l’être supprimé”696.

le soi est ainsi essentiellement du vide : le vide chosique. devant nous.. mais un phénomène qui nous fait signe. rabaissent la matière une à la choséité abstraite vide. apparition de la matière-une. est de cette manière apparition”700. comme être-dans-soi.. mais aussi apparition de l’être-autre à la place de la Chose. donc l’apparition pour soi du vide signifiant qui transcende la surface du miroir. b) Dans l’apparition réelle et transcendantale pour soi. c’est parce qu’il y a une Chose qui peut les avoir : la Chose avec ses propriétés. de notre point de vue. Dans cette apparition. “que comme pluralité de matières subsistantes-par-soi”. voire élevée à la dignité de la Chose réelle. elles ne sont que des signifiants sans aucune choséité. Dépourvu de tout contenu. absente dans le sujet. p. 698 Ibid. dans le vide -insignifiéet pour le vide -signifiant mais frappé d’insignifiance-. 701 Lacan. soit : au suprême quelqu’un. la négation du miroir comme un simple miroir. fermée en soi comme pure signifiance. p. qu’en étant présente en tant que soi -comme vide chosique-. 224. s’abîment dans la forme”. le sujet des prédicats. les propriétés acquièrent dans la Chose une “existence essentielle”. p. a + b. comme être-autre-pour-soi. une chose pour nous ou pour notre pensée -en dernière analyse la pensée. Cette apparition est l’apparition de l’être pour l’autre que nous sommes -comme le pronom personnel nous. de la représentation réelle de la Chose en soi. et comme apparition -voire révélationréelle et transcendantal pour soi. depuis sa plus simple présence en-soi. 414. de ce qui est signifié ou présent pour nous -ce miroir où l’être-autre du vide reste insaisissable. en étant seulement présente en soi. par la choséité abstraite vide (tableau 32). cit. Du cadavre du Pharaon comme assise de la pyramide à la pyramide comme assise du cadavre de Pharaon. l’être de l’avoir. constituent “la choséité étant-là” (daseinende Dingheit). qui implique en soi toute la choséité de la Chose. Cet objet imaginaire. signe d’intelligence toujours. les propriétés.dans lequel elle est. apparition des matières.. la Chose n’est présente pour soi. la Chose ne serait pas là. comme être-en-soi réellement représenté. p.. -a ou être-en-soi. vous avez la neutralisation du noumène kantien. comme choséité abstraite vide. prédicats ou signifiants. Remarquez bien que la présence en-tant-que-soi de la Chose n’est en fin de compte qu’une double présence de la Chose. mais aussi comme le passif impersonnel du noein dans le noumène.. ou lettre a. Puisqu’il n’y a pas un Autre de l’Autre. p. du néant ou de l’être-autre de l’être-là : a) Dans l’apparition imaginaire pour un autre. de deux manières différentes : comme apparition imaginaire pour un autre. nous aurons un objet imaginaire sublimé. pour une pensée impersonnelle. de la lettre a. “toutefois. Remarquez-bien le renversement : de notre Chose réelle comme assise fondamentale vide pour le symbolique dans les choses imaginaires.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 choses”697. in Autres écrits. apparition de l’objet transcendantal regard. 224. c’est que le noumène. celui qui nous intéresse le plus. comme autre chose. vous avez l’ouverture de la Chose en soi. de la vacuole ou du vide de la choséité. Il s’agit dans ce cas d’une apparition pour la Chose. 700 Ibid. 79. représentation réelle en tant qu’être-autre qui nie l’être-pour-un-autre phénoménal. en étant elle-même en-soi.pour lequel elle est. pour lui et en tant que lui. les lettres b elles aussi élevés à la dignité de la lettre a. Ces lettres b. d’une part comme le soi -le sujet du signifiant ou le grand Autre. de la Chose présente en soi. de ne pouvoir dès lors faire signe qu’au nous. Elle est apparition d’une chose qui n’est plus la Chose comme signifiance incarnée. en tant que soi -ou en tant que Même vide. par sa propre absence. comme être-dans-soi. les lettres b. 1970. 699 Ibid. Finalement. sans ces propriétés. “mais. cette double présence de la Chose est une double présence du vide qu’elle est. Si ses propriétés. en tant qu’elles sont tout aussi bien l’existence essentielle. au symbolique comme assise fondamentale de la Chose réelle dans les choses imaginaires. op. et puisque la Chose doit s’évider pour se rapporter à elle-même. “Radiophonie”. comme “assise fondamentale de la Chose”698. 697 Ibid. et d’autre part comme le soi -le sujet de tous les prédicats ou la Chose proprement dite. 76. 77. c’est-àdire de la mort. présence du vide en-soi et pour-soi. a + b. C’est le moment de l’apparition de l’êtrepour-un-autre dans la réflexion-en-autre-chose. jusqu’à sa présence pour-soi. dans la représentation imaginaire. absente donc en tant que Chose. par l’objet a. elles sont supprimés comme des choses. on peut dire avec Lacan que “ce qui pèche à voir le monde comme phénomène. laquelle ne cesse pas pour autant d’avoir elle-aussi une existence essentielle autosubsistante est indépendante de ses propriétés699. 8 . comme un signe dans le miroir imaginaire de ce qui fait signe. Avec ce renversement. pour autant que la matière une est l’existence essentielle. de l’objet a. la vacuole. comme un objet imaginaire qui la représente pour nous. 224. sont quelque chose et non pas rien. “a son existence essentielle aussi bien comme matière une”. en étant autre-pour-soi -objet a lacanien ou objet transcendantal kantien-. Ainsi. démontre de quelle pauvreté procède la vôtre à supposer que tout fait signe : c’est le quelqu’un de nulle part qui doit tout manigancer”701. 80. et non pas en tant que telle -dans la mesure où elle suprasensible et inconsciente. J. 226. L’apparition de Hegel nous pouvons l'interpréter. par le -a. À propos de cette apparition. toujours en tant que vide -à défaut d’un Autre non-vide-. autosubsistante par elle même. Or. Voici comment Hegel peut décrire la présence en-tant-que-soi de la Chose.

Herzeloïde : l’éloignement. en tant que pluralité de matières Matières subsistantes-par-soi L’Autre. p. comme la vacuole. Et ces deux vacuoles nous rappellent aussi les vides chosiques des églises où Perceval n’entrera pas. celui de la Choséité abstraite vide et négative -en tant que vacuole. quand il sort du château du Roi-Pêcheur et il part à la quête du Graal.a)-. comme un sujet qui est là par rapport à lui-même comme être-autre qui lui manque. Apparition imaginaire. le sujet qui existe dans la chaîne signifiante Dans cette présence en-tant-que-soi de l’être réel chosique. nous rappelle le vide chosique à l’intérieur du Graal. la présence pour-soi. La Chose ne peut sortir de soi. être-autrepour-un-autre pour-soi. 10. être chosique sans L’être chosique ayant des propriétés propriétés (a+b) 3 Existence essentielle et autosubsistante de la Chose.comme la Chose même. le rapprochement et la confusion entre la Chose et le sujet du signifiant Dans le château du Roi-Pêcheur. d’autant qu’il n’est présent. le vide chosique à l’intérieur de chaque trace suivie par Perceval. personne ne lui ouvrit ni ne dit mot”703. comme la Chose-en-soi kantienne. En fait. que par son évidement. êtreêtre-en-soi et pour-soi. op. à chaque nouveau signifiant. Il se réveilla. un enchaînement de manifestations du même vide. Fermé en soi. et être ainsi présente pour-soi. Apparemment il n’y a là que l’être-là de Perceval. cet être-autre de Perceval. les traces. Il trouva toutes les portes bien fermées. en étant présent en-soi. en-tant-que-soi. Quoiqu’il en soit. les églises. en englobant -comme la confusion chosique du Moyucoyatzin aztèque..son être-là dans l’Autre aussi bien que son être-pour-un-autre en fonction de sa réflexion-en-un-autre. De la Chose-en-soi à la Chose-en-tant-que-soi.. suppression de l’être pur Déterminations signifiantes différenciées (b1 g b2) Avoir (propriétés). le château du Roi-Pêcheur. p. les choses avec des propriétés.. finalement. être-autre (-a) de l’êtrelà. Elle peut ainsi être pour-soi. comme être-autre de Perceval. bien qu’en restant en-soi l’être-pur subsistant -comme l’Un de Damascius ou le Dieu gnostique-. ne se trouve plus à l’intérieur. négative Choséité-étant-là. “Il regarda autour mais il ne vit personne”702. 703 Ibid. 769. nous avons ici une succession métonymique de traces de la Chose. cit. abstraite Les choses-pour-nous (a+b). Ou peut-être c’est le château qui matérialise maintenant ce Graal. Apparemment le Graal. En quelque sorte. Perceval dormit jusqu’au matin. dans cette présence en soi et pour soi. 7 . 1185. ex-sistence par rapport à l’Autre. celui où manque l’être-pur sans propriétés de la Chose. Et toutes ces vacuoles nous rappellent. Perceval. l’être-là (S) dans Autre. dans le vide et pour le vide.. dans l’être-en-soi. ces vides où manquera la Chose qu’est Perceval. on sait qu’elle pâtit à chaque moment.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Tableau 32. une structure linéaire et syntagmatique de prédicats (b1 + b2 + bn). le vide chosique à l’intérieur du château du Roi-Pêcheur. assise de la Chose 5 Apparition réelle. 3368. vers. que pour-soi. cette vacuole où manque la Chose qu’est le Saint-Graal. comme être chosique supprimé. ou bien. de l’évidement ou de l’action meurtrière ou effaçante de l’être symbolique langagier -lequel se révélera plus tard comme le propre être réel chosique en rapport exclusif à lui-même. comme la Choséité abstraite vide et négative de Hegel. 768. si nous acceptons ce vide -avec Hegel. en tant que vacuole. Il voulu explorer le château. cette vacuole où manque la Chose qu’est le sang du Christ. celui du Graal qu’il cherche. réflexion-en-soi. Le Graal. (b-a) Existence essentielle et autosubsistante des propriétés. Mais peut-être Perceval est lui-même son être-autre. vers 3372. Par cette passion. elle devient l’être-autre insignifiant et elle peut être par rapport à lui en relation avec elle-même. une pluralité de propriétés hégéliennes de la même Chose -chaque propriété en tant qu’être chosique supprimé (b . assise des choses réflexion-en-un-autre [i(a)] (a) 2 Être-pur (a). par sa passion du signifiant -du signifiant qu’elle est en tant qu’insignifiée. en Forme tant que matière-une 4 Choséité abstraite vide. 702 Chrétien de Troyes. 1 Chose-en-soi kantienne. “Perceval ou le conte du Graal”. le château du Roi-Pêcheur semble vide. “Il eut beau appeler et frapper. comporte déjà cette passion.

quand il commente La vie et la lettre au Moyen-âge. commencerait à occuper. chant) sur fond d’une atroce mutilation?”. je voudrais seulement indiquer. vers 1648. 767. des prédicats ou des instants 704 Boron. Le sujet du signifiant put naître. 843. la langue de Perceval fut tranchée. la Chose. Plus tard il s’avère que tel chose. vers 3310. qu’il doit y avoir un lien profond entre cette langue tranchée du Perceval de Chrétien de Troyes et une autre langue tranchée. Nous avons supposé que ce manque de langue. 707 Chrétien de Troyes. ce qui manque c’est la présence réelle de la Chose qu’est le corps du Christ. Dans les deux cas. est invariablement la même Chose : la Chose. C. “Perceval ou le conte du Graal”... 8 . il s’agit d’un meurtre de la Chose qui donnera lieu. Avant de continuer. musique. le Saint-Graal. ensuite la Saint-Graal vide. 1982. mais d’une coupure réelle. fut précisément la mort de sa mère. soit en tant que tel. De même que la langue de Perceval. ou bien dans sa représentation réelle. 1982. L’enfant put devenir chevalier. Pour justifier cette conjecture. dans ce cas. Je pense que nous avons le droit d’accepter cette mutilation comme une image de la castration. celui cherché par les chevaliers qui partaient en croisade. une représentation réelle du corps du Christ. nous pouvons supposer que ces vides commencent dans le Saint-Sépulcre hégélien -où manque ce corps du Christ qui manque aussi dans le Saint-Graal. soit comme figure de la castration ou de la frustration du sevrage. Méla note que dans L’abécé par équivoque de Huon le Roi de Cambrai. au passage. Le roman de l’histoire du Graal. celle de la langue tranchée. En quelque sorte. être-là dans l’Autre.. Perceval. “‘l’escris’ rime avec ce qui résonne ‘es cris’. d’après l’ermite. cryptographie du Graal”. nous avons donc cette atroce mutilation dont parle Méla. cit. cit. Écrire. aussi bien qu’à la mère de Perceval. correspond au manque du sein maternel. qui sont toujours le même lieu symboliques de l’Autre. qui inspira le roman Philomena de Chrétien de Troyes. nous savons déjà. devint être-autre. au même Autre symbolique dans l’écrit de Philomèle ou la parole de Perceval. À l’origine de l’écrit de Philomèle et de la parole insignifiante de Perceval.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Soit que les vides signifiants présentent la Chose qui manque -à la manière hégélienne-. lequel donne lieu à l’Autre de la chaîne signifiante des lettres b -comme b1+b2+b3-. R. une mort de chagrin. de même que le SaintSépulcre. “Perceval ou le conte du Graal”. sous forme d’hostie -ou de représentation réelle de ce corps. lorsque le chevalier partit de la maison maternelle. Or. En effet.. l’être symbolique langagier. en empêchant Perceval de poser les questions pertinentes au Roi-Pêcheur. Méla de signaler. p. nous avons évoqué le fait que le péché qui trancha la langue de Perceval. ou le grand Autre. p. Perceval vide. il ne s’agit pas d’une coupure symbolique. Or. pour justifier l’hypothèse de cette atroce mutilation qu’il perçoit au fond de l’écriture. “la chose est respitiée” (la chose est remise à plus tard)709. correspond au Graal. Ainsi. il y a aussi le manque de cette langue qui fut “tranchée” par un “péché” 705. ce qui permet à C. la Chose sphérique serait coupée. Quant à l’intérieur de Perceval. Ainsi. 1200. Et ce manque de langue. 708 Ibid.. op. celui cherché par les chevaliers de la Table Ronde. 28. que le corps du Christ manque. dans le vide. Philomèle doit écrire et dessiner. ou du sujet qui commença à exister. p. En effet. L’être de l’être-là. 709 Ibid. vers 6424. ou bien qu’ils présentent l’absence de cette Chose -à la manière kantienne-. 1185. p. ainsi que de la frustration dans le sevrage. Enfin. les traces vides et finalement les églises vides.. Ensuite. C’est le meurtre du toujours Même de la lettre a -comme a=a=a-. cit. voire l’insignifiance de cette parole où manque l’objet a. son beau frère. “La lettre tue. Suite à la mort de sa mère. En ce qui concerne Perceval. insignifiance des signifiants qui ne pourraient signifier autre chose que la Chose qu’est le corps de la mère. la place où manquerait l’être réel chosique -soit la bouche qui ne dit rien. la Chose qui manque. L’objet a tomba. dans la bouche de Perceval. plus précisément dans la bouche de Perceval. Et pourquoi trancha-t-il sa langue ? Pour qu’il ne dise pas “tel chose qu’on lui reprochera comme vilenie” 707. un manque de sein dans la bouche qui se traduit par un manque de signification dans la parole. la langue de Philomèle est réellement coupée par Térée. est “le signe de la mort du Christ” 704 -encore une fois le prototype de symbole qu’est la pyramide hégélienne comme meurtre de la Chose. se traduit par un manque de Graal. Dans le Saint-Graal. ainsi que dans le Saint-Sépulcre et peut-être aussi dans les églises. Nous aurons ainsi le SaintSépulcre vide. sujet de la chaîne signifiante. 144. ou du sujet éternel et immortel de tous les prédicats. ce qui manque c’est la représentation réelle qu’est le Graal. dans le vide chosique résultant. p. celle de Philomèle est tranchée. impuissante à parler. dans les coupures des langues par Térée ou Gornemant de Goort. dans sa présence réelle. la Chose réellement représentée par le sein qui manque. aurait un rapport signifiant avec le vide du Saint-Sépulcre. Ce qui manque dans tous ces lieus. 25. par l’ermite. de Roger Dragonetti : “De la langue arrachée. comme un vide pour le désir. op. Dans le château du Roi-Pêcheur. 706 Méla. le corps du Christ. rappelons-nous que celui qui trancha sa langue fut Gornemant de Goort. vers 6412. celle du personnage ovidien de Philomèle. ne pose aucune question au RoiPêcheur sur la “sainte chose” qu’est le Graal708. 1185.. dans cet intérieur.. le sujet serait divisé. a jailli l’art d’une broderie fabuleuse. serait-ce donc célébrer la naissance de l’art (dessin. 843. ainsi que dans les traces vides. 726. laquelle comporte la présence de ce qui est représenté. le vide du Saint-Graal. le sujet et l’objet seraient séparés. le château vide. in Ornicar?. 705 Chrétien de Troyes. op. dans les cris”706. Nous voyons que dans la bouche de Perceval manque le corps du Christ de même que la langue et le Graal. Puisque sa langue est tranchée. coupable de la mort de la Chose qu’est sa mère. p. si nous croyons Robert de Boron. Et pour dénoncer ce crime dont elle fut victime. vers 800.

la Chose de Chrétien de Troyes qu’on reprocherait comme vilenie. ne permet d’exister que pour autant qu’elle permet de commencer à mourir. VIII. C’est de ce point que nous devrons partir. comme vide chosique ou lieu de l’Autre. pour comprendre un étrange cas de mélancolie anxieuse. p. 1884. V. Insistons sur le fait que cette naissance du sujet du signifiant n’est pas sans rapport avec la mort de la mère. se croyant immortelle. Telle Chose devra rester insignifiante. pour autant qu’il ne pourra plus dire le seul être. la succession logique est assez surprenante.. 1955. est l’objet a. la coupure de la langue ou de la verge correspond à la coupure de la sphère. Il naît. aussi bien que la mort de la mère suite à la séparation entre la mère et le fils. Paris. Si nous croyons l’ermite. Perceval.. I.. vol. Gornemant de Goort trancha donc la langue de Perceval pour que la Chose ne soit pas dite. Elle préfère donc se couper sa langue. op. Gornemant lui conseille à Perceval de ne pas avoir à la bouche le nom de sa mère. Gornemant de Goort tranche la langue de Perceval pour qu’il ne dise pas telle chose qui se rapporte à sa mère ainsi qu’au Christ et au Saint-Graal. sa mère.. représente réellement le corps de la mère et du Christ. il faut la castration pour cesser d’être immortel et commencer à exister dans la chaîne signifiante des prédicats. soit la coupure de la confusion incestueuse. ne pensa. 9 . où le jeune B. mais non instantanée. celui-ci d’Archambault. voire le sein de la mère ainsi que le Saint-Graal. “Variantes de la cure-type”. 712 Séglas. Perceval naît seulement lorsque son père Gamuret meurt. se croyant également immortel. op. M. en effet. le grand Autre maternel. Gornemant de Goort arrache la mère de la bouche de Perceval. vol. Examinons à ce propos la version d’Eschenbach. Permettez-moi d’insister que ce qui est en jeu là c’est la Chose amoureuse. comme un être-pour-la-mort. 1852. II.. J. Quoiqu’il en soi. 30. où Gornemant dit clairement à Perceval. M.. Tout se passe comme si Madame A. ainsi qu’avec la séparation entre la mère et l’enfant. Paris. de la totalité chosique. Aubier-Montaigne. sphérique. et son objet. où Madame A. savait qu’en sautant par la fenêtre. est donc une sorte de mort -la mort de l’immortel. E. Lorsqu’il aurait dû poser ces questions. 1884. voire la confusion incestueuse entre le sujet. d’après Eschenbach. 1958. telle Chose qui devra manquer dans la bouche de Perceval. pour que le sujet du signifiant puisse ainsi naître et pour que l’enfant puisse devenir chevalier. identifié au père mort. III. au Nom-du-Père.. in Écrits. afin d’exister et devenir mortelle. mais de peur de ne pas se tuer. entre les deux. d’une longue mort qui dure toute la vie. lentement. Voici la même hystérie courtoisie qui empêche les poètes courtois de dire telle Chose qu’on leur reprocherait comme vilenie. nous voyons bien que ce qui est en jeu est la naissance du sujet du signifiant. p. “Note sur un cas de mélancolie anxieuse”. elle ne réussirait qu’a finir de se confondre chosiquement. celui qui tombe. comme castration ou comme sevrage. se castrer.. Au moment où l’enfant apparut.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 où existe le sujet mortel du signifiant -dans cette “symbiose avec le symbolique” où “il se constitue comme sujet à la mort”710 ou comme “être-pour-la-mort” ou “être promis à la mort”711. Chez Eschenbach. elle préféra se couper la langue avec des ciseaux”712. cit.. Parzival (Perceval le gallois). 348. son phallus imaginaire. Pourquoi avez-vous sans cesse à la bouche le nom de votre mère?”714. se priver de son être immortel afin d’exister. in Archives de Neurologie. Telle Chose. comme naissance du mortel.. pour que la Chose totale ne soit plus. l’amputation de la verge”. la représentation réelle de la Chose. soit comme sevrage ou castration. vol. 22. Ainsi. comme cela serait arrivée s’il s’était coupé la gorge”713. telle Chose qu’ils ne peuvent que refouler et entourer. qui est assez évident chez Chrétien de Troyes -bien que seulement si nous mettons en rapport le discours de Gornemant et la scène du Graal avec les révélations de l’ermite-.. nous indique Eschenbach. 715 Ibid. juste au moment où il lui tranche sa langue : “Vos discours sont d’un enfant. Et puisqu’il ne faut pas avoir à la bouche le nom de la mère. p. la langue coupée de Perceval représente la division du sujet. cit. sera encore plus évident chez Wolfram von Eschenbach. “Par courtoisie il se retient de poser les questions”715. J. il n’a dans sa bouche que le Nom-du-Père. qu’à une seule 710 Lacan.. avec ce dont elle veut plutôt se détacher. pour ainsi dire. la naissance du chevalier ou du sujet du signifiant. “D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose”. vol. Paris. Telle Chose que Perceval ne devra pas dire. sous l’action paternelle de Gornemant de Goort.. 58. du fait qu’il croit “par ce moyen trouver une mort certaine.. de l’objet partiel. 711 Lacan. phallus ou sein maternel -en tant que morceau de langue qui tombe de la bouche vide. lieu signifiant mais barré ou frappé d’insignifiance. en manquant d’être. IV. “pour se détruire. Victor Masson. 1200. dans la Chose amoureuse et immortelle. et au jaillissement de l’objet a. dans la chaîne signifiante des instants qui ne peuvent conduire qu’à la mort. Soit comme coupure de langue ou de verge. “Tentative de suicide par section de la verge”. Ceci. en traversant la surface en verre de ce miroir du monde -sur lequel nous reviendrons plus tard-. 713 Archambault. La coupure de langue. en existant dans la chaîne signifiante qui le conduira à sa propre mort... 714 Wolfram von Eschenbach. En ce sens. me semble-t-il. au chevalier qu’il deviendra plus tard -lorsque sa langue sera tranchée.). pour que le sujet de tous les prédicats soit divisé. p. dans ce nom de la mère. en un certain sens. 148. p. J. celui dont il est vide. 209. in Annales médico-psychologiques. sa naissance comme être-pour-la-mort. présenté par Séglas en 1884. être. Je ne puis me résister d’illustrer ceci en évoquant un autre cas psychiatrique classique. Perceval ne posera pas les questions du Graal. La castration dont il s’agit. il ne pense qu’à son père symbolique Gornemant. Voici. lorsque celuici décide de partir et devenir chevalier. Tonnelat (trad. “voulait se précipiter par la fenêtre. il n’a pas dans sa bouche le nom de la mère.. Écrits. 1852. 1977. Herzeloïde.. choisira.

de la Chose maternelle hors signifié. Il s’agissait. ces prédicats ou propriétés de la Chose où l’être chosique est supprimé. de ce trait unaire. Le roman d’Arthur et des chevaliers de la Table Ronde. le sein d’Herzeloïde. En éloignant de la Chose. Plus précisément. puis le suivit en courant tandis qu’il s’éloignait. et rendit l’âme sur l’heure. d’aller seulement là où le 716 Ibid. entre le phallus et le sein de la mère. Comment les chevaliers pouvaient donc faire pour l’approcher ? Très simplement. du signifiant phallique. bien évidemment. a peu près. le seul où nous découvrons un trait réel de cette Chose. il put s’approcher d’elle. causée par un attachement trop fidèle. Lancelot n’approcha le Graal que lorsqu’il “néglige chemin ou sentier. à une mère phallique dont la castration ne peut se résoudre alors que dans la mélancolie ? Quoiqu’il en soit. ne vous semble-t-il pas un deuil mélancolique ? L’attachement trop fidèle de cet Autre à Perceval. 1485. M. pour “achever la quête du Graal”. 1948.. op.. quand il traverse le seuil de la castration. vol. lorsqu’elle fut tranchée par cette barre de signification qui fut l’épée de Gornemant de Goort. Quant à son fils Gallad. celui de son unité -l’Un de Parménide et Damascius.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 chose. le premier symbole de la Chose morte. le cœur déchiré. 19. Le roman de Tristan en prose (version 2). Ce deuil tel qu’il n’y en eut jamais de plus amer au monde. T. 1250.. de son premier effacement ou de sa première trace -de son être-là. ainsi que le menait la folle aventure (as wyld adventure led him)”719. les traces éloignaient Perceval de lui-même. la où l’aventure le conduit (il ne tient voie ni sentier et s’en vait si conme aventure le mainne). 13. 98. pour exister. le fils partit de sa maison maternelle comme il partit plus tard du Château du Roi-Pêcheur. qui tomba de la chaîne signifiante. pour se guider. il allait à la quête de la Chose. Et pourtant. pour lui. dans sa confusion incestueuse avec Herzeloïde. cette lance où perle une goûte de sang. en s’identifiant ainsi de manière symbolique au père mort -mort précisément dans l’exercice de la chevalerie-. cette lance qui apparaît dans le Château du Roi-Pêcheur juste avant le Graal. 157. quand il commence à exister comme un. Perceval. Une fois qu’elle eût constaté la présence du phallus. n’est-il pas imprégné d’une certaine identification mortelle. Dubois (trad. Et lorsque Perceval décide de quitter sa mère pour devenir chevalier. dans la Chose amoureuse. Paris. 718 Anonyme. Herzeloïde “le baisa. Dans les deux cas. le père mort de Perceval. En quête de la Chose. Voici une belle et dangereuse coïncidence. cet objet a de Perceval -la Dingvorstellung ou la représentation réelle. Herzeloïde.. au réel de la coupure de verge ou de langue. De manière analogue. un chevalier lui recommande. comme le B. cit. le traces éloignaient de cette première trace. II. Voilà cette langue qui devint insignifiante. de Séglas. Il laissa derrière lui d’abord la mère et ensuite le Graal. elles éloignaient donc du trait unaire. pendant que Herzeloïde donnait son sein à Perceval. tout en s’éloignant de la Chose. à cause de l’épaisseur de la nuit”718. p. la seule entité signifiante qui aurait pu signifier.. ni près ni au loin. comme les trouvères ou les troubadours. comme Chose amoureuse. tout seul par rapport à l’Un qu’il était.. à ce qu’elle désirait -à ce qui lui manquait. c’est-à-dire ce phallus imaginaire qui ne deviendra vraiment tel que lorsqu’il sera symboliquement tranché par un Gornemant de Goort qui remplira cette fonction de père de Perceval -coupure symbolique grâce à laquelle Perceval n’aura pas besoin d’avoir recours lui-même. je veux dire les papilles de ses mamelles. 80. comme phallus imaginaire. de même que les autres chevaliers après lui. d’une certaine incorporation de l’objet perdu qu’est l’enfant. “il lui semblait serrer de nouveau dans ses bras Gamuret”. au moment de la mort de sa mère. saisit les boutons qui sur son sein faisaient une tache rose et pâle. p. d’Archambault ou la Madame A. trouver sans chercher. le bâton du chasseur préhistorique. du premier représentant symbolique de la Chose. p. Elle “se hâta de regarder entre les petites jambes de Perceval” et “l’enfant fut tendrement caressé. Après cette première trace ou coupure. du premier prédicat ou de la première métaphore. les suivantes comptaient plus qu’un. 13. de la Chose qu’est sa mère. l’éloignaient toujours de la Chose ou du sujet de tous les prédicats -de l’être chosique sans propriétés.. Ce qui n’empêche que les traces qu’il suivait. 114. mécontent de ne rien voir. Perceval s’éloigna de la Chose. “sans attendre.. écarta de la reine les tourments de l’enfer”717. il suffisait de ne suivre aucune trace. p. pendant que sa mère mourait. VIII. Voici le sein maternel.-M. Traduction en français moderne : vol. II. Cette mort. ce deuil qui finit par la mort ou par les tourments de l’enfer.. M. cette lance qui précède logiquement la croix -celle du Christ mort dont les signes furent ensuite le Saint-Sépulcre pour les croisés et le Saint-Graal pour les chevaliers de la Table Ronde. son époux mort.. et les glissa dans la petite bouche”716. comme Picasso. 10 . le corps de sa mère. la Chose dont il s’éloignait en partant. 719 Malory. VIII. le Lancelot de Malory n’approche la Chose que lorsqu’il “se mit à chevaucher en travers et en long d’une sauvage gaudine.. la Chose qu’il laissait derrière lui. 717 Ibid.. quand il sort de la maison maternelle. Aubier-Montaigne.). Naturellement. d’adopter la méthode freudienne de la libre association. car il avait bien tous ses membres d’un homme”. voire cette langue qui ne parle que de Herzeloïde. sans suivre voie ni sentier (helde no pathe). Les traces du Saint-Graal éloignaient du Saint-Graal. Bref. la dame loyale et noble s’effondra sur le sol. d’une certaine confusion incestueuse. dans la parole de Perceval. Alors advient un deuil tel qu’il n’y en eut jamais de plus amer au monde : quand son fils eu disparu à ses yeux. p. Ainsi. entre l’imaginaire et le réel. ces traces métonymiques.

c’est-à-dire le Graal. cit. op.02. 729 Anonyme. sans parler. 303. Dans cette situation. tout entier. Galaad se confondra avec elle. royal ou bestial) du désir de la mère” 725. p. 725 Ibid. Perceval ou Joseph d’Arimathie. Lorsque cette barrière est franchie. lequel.722 Or. 1220. en voyant la Chose. cette situation complexe qui est décrite par la thèse que nous allons discuter maintenant : la Chose est éloignée du sujet du signifiant. 1220. sa légende. il s’éloigne d’abord de la Table Ronde où les chevaliers sont réunis. comme effet d’un mouvement “vers la Chose”. p. lorsqu’il n’y a pas cette incertitude. C. et sans donner le moindre signe de vie”729.. ensuite que la représentation réelle comporte la présence de ce qu’elle représente. Dans cette Quête nous voyons aussi. 193.. son livre. la Chose qu’est le Graal..La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 conduise “la fortune”720. du Fils de Dieu. il reste loin du Christ. Il s’éloigne ensuite du Saint-Graal. ou le corps du Christ.. voire les signifiants où ils existent et auxquels ils s’identifient.. op. Le Graal s’éloigne systématiquement de Perceval... L’enfant peut se trouver alors. La quête du Saint-Graal. 723 Ibid. 721 Ibid. comme entre le sujet et la Chose. op.. Emporté comme le corps du Christ qui se confond aussi avec lui. nous assistons à une certaine abolition de la dignité revêtue par cet Autre. ce n’est pas seulement du côté du sujet que nous voyons s’établir cette distance. comment “un vent si chaud qu’il paraît chargé de feu” le “frappe dans la figure”. ne sera pas seulement un personnage comme Galaad. J. pour être emporté finalement dans le ciel. Pour ainsi dire. ne pouvant être qu’en présence de ellemême. C’est la situation du pauvre Lancelot. 161. 727 Lacan. Merlin a tout dicté à Blaise”724. p. 1981. Galaad finit par voir “ce que tant il désirait voir”721. blessante. mais par l’opération du fils du Diable ! Si la voix vient de l’ange. comment il y a autour du Saint-Graal une sorte de “cercle enchanté”727. 239. sous le pouvoir désirant de la mère.1. Et Méla souligne ensuite un détail qui nous semble capital. il y a de “l’incertitude” concernant “le vrai père qui fut l’Autre (divin. un point en commun entre Perceval. lequel aurait “passé la 720 Ibid. N’oublions pas que dans la Quête. Nous voyons bien. nous avons une illustration du symptôme. 193-194. lorsque Lancelot veut s’approcher du Graal. p. ce qui se confondra avec le Graal ce sera son univers mythique. après avoir été emportée. cette barrière où “se produisent les freinages” et “où s’organise l’inaccessibilité” de la Chose728 . mais aussi du côté de la Chose. par une main mystérieuse. ainsi que des autres chevaliers. 11 . Entre un chevalier et le Saint-Graal. Dans les trois cas. En effet. il y a cette “barrière” que Lacan nous fait remarquer. comme objet. pp. sans manger. qui juge diaboliques des représentations réelles comme celle-ci. dans le Saint-Sépulcre de Hegel qui la représente symboliquement. “Séminaire du 03. “emporté aux cieux par une multitude d’anges”723.. mais aussi le corps du Christ en tant qu’il est réellement représenté par le Graal. lequel peut toutefois se rapprocher d’elle jusqu’au point de se confondre avec elle. ne put s’incarner dans un livre que par l’intervention de Merlin. après son rapprochement excessif au Saint-Graal. 1981. le Fils de Dieu incarné et le Fils du Diable qui réalise l’incarnation. in L’éthique de la psychanalyse. N’oublions pas d’abord que le Graal est la représentation réelle de la Chose. 181. il s’éloigne ensuite de Lancelot après l’avoir guéri. le Fils du Diable Ceci fut déjà remarqué par Méla : “le Graal s’est fait Livre. De l’éloignement à l’approchement et la confusion. op. à savoir.. le Graal. Emporté en même temps que le Graal qui se confond avec lui. 728 Lacan. comme incarnation du Fils de Dieu. loin de tous. Nous avons là. Perceval s’éloigne de sa mère. jusqu’à ce que je vois le corps du Christ (tyl I see the body of Ihesu Cryst)”.. qui se rapprochera de la Chose éloignée jusqu’au point de se confondre avec elle. Or. symptomatique. 10. 1960. comme c’est le cas du Perceval d’Eschenbach. p. dans cette scène.04. Or. J. sans remuer. cit. La quête du Saint-Graal. En tout moment. 181. in Ornicar?. p. pendant que “plusieurs mains se saisissent de lui”726. tel que Lacan le définit. p. en donnant la raison à Luther. le Gallad de Malory indique explicitement qu’il n'achèvera pas “la quête du Graal. Curieusement. pour ne pas se dissoudre dans l’être chosique. in L’éthique de la psychanalyse. comme incarnation ou représentation réelle du Graal -et donc aussi du corps du Christ. p. manière d’incarnation. ou plutôt il ne sera chacun de ces personnages qu’en étant l’histoire de chacun de ses personnages. 1960.60”. et finalement que la Chose ne peut être qu’en présence d’elle-même. se confondra nécessairement avec celui qui soit en présence d’elle. En suivant ce conseil. 724 Méla. p. “La reine et le Graal”. 722 Ibid. nous avons une situation douloureuse. 226. 22-23. 227. 302. dans la légende du Graal. reste une vingtaine de jours “sans boire. cit. cit. lorsque le rapprochement toléré de la Chose est dépassé. “Séminaire du 27. D’une manière plus générale. 726 Anonyme. le sujet doit conserver une certaine distance par rapport à la Chose.60”. comparable à celui que Lacan voit autour de la Chose : un cercle dont la fonction est de maintenir le sujet à une certaine distance de la Chose.. Emporté comme cette Chose qui manque ainsi. Pour exister. Voilà ce qui lui arrive au Gallad de Malory. Il faut bien comprendre ici que le sujet du signifiant.

W. Nous avons ici la réduction de la Chose totale à un objet partiel. conscientes. c) Barrage de l’imaginaire a + b . R. les mots -les représentants symboliques de la Chose. il ne reste. Les terminaisons nerveuses des neurones w. et l’élément alpha. symbolique (perceptif). par l’objet a. D’une manière complexe. pp. p. la “chose” ou la “chose en soi”. entre la Chose et le sujet ou l’objet. Dans le sens le plus élémentaire. Quant à ce qui est barré. cette surface où se reflètent le moi et ses petits autres. Barrage Premier barrage. entravent et retiennent ce qui reste des quantités (Qn). la causette. i(a). diminuent.a. la privation et la castration.pour le barrage du réel. réel (imperméable). 1963. Inconscient. “Esquisse d’une psychologie scientifique”. Les neurones y. le semaïnon ou le signifiant pour le barrage du symbolique. 1962. Nous allons décrire maintenant ce triple barrage dans nos propres termes (tableau 33) : Tableau 33.. dans le premier cas il s’agirait du pragma ou de la Chose réelle totale comme noumène ou chose en soi kantienne -voire le corps total de la mère-. La barrière du bien à laquelle se réfère Lacan. la représentation de la Chose. cette barrière où se produisent les freinages et qui sépare le sujet de la Chose..a. 731 Bion. il s’agit. Les neurones z. constituent un “écran ne laissant agir qu’une fraction des quantités” venues de dehors (Q).La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 barrière du bien.. in L’angoisse. Op. alors que dans les deux autres cas il s’agirait de l’agalma ou l’objet a. “neurones imperméables servant à la mémoire et aux processus psychiques en général”. correspond. objet a Troisième barrage.. transforment. chez Bion. 7 . Op. cause. premièrement celui symbolique qui tombe de la chaîne signifiante où existe le sujet -l’être de la privation. qu’une trace minimale des quantités provenues de la Chose : “La caractère distinctif de la qualité (c’est à dire la sensation consciente) n’apparaît-il que là où les quantités ont été aussi réduites que possible”. c’est-à-dire du principe de plaisir. “l’objet” ou la “non-chose”731. en tant que -a -cause du désir ou manque de la Chose. et le semaïnomenon ou le signifié -le petit autre imaginaire. a. Ce qui est produit et barré par les barrages neuronaux de l’Entwurf. objet ultime de désir. imaginaire (perméable). 24-25. à un indice de Peirce. on doit en conclure (tableau 34) que les produits des trois barrages sont l’agalma ou l’objet a -comme sein maternel. à savoir la frustration. du symbolique (b-a) : neurones y Quantités transformées (Qn) Barrière de contact Grand Autre symbolique. en tant qu’objet transcendantal kantien -le phallus imaginaire. transmuent les quantités en qualités732. S’il y a quelque vérité dans l’interprétation que je viens d’exposer. Nous avons ici. “Séance du 23. Ces quantités dont les neurones perceptifs cherchent à se débarrasser sont les lettres a dans notre formule a + b. cit. Deuxième barrage. Premier barrage. 329. mais “elles ne peuvent être totalement supprimées car il faut se représenter ces neurones perceptifs (z) comme investis eux aussi. et c’est pourquoi cette jouissance peut se traduire par un Unlust”730. Chose. 733 Ibid. 732 Freud. de la “barrière de contact” entre l’élément bêta. C’est assez évident que les trois barrages en question correspondent aux trois manques d’objet distingués par Lacan. “neurones perméables servant à la perception”.01.pour le barrage de l’imaginaire. réellement irreprésentable. b) Barrage du symbolique b . à la “barrière de contact” de son Entwurf. dans ce lieu de l’inconscient ou du grand Autre symbolique. cit. barrage du réel (a-a) : barrage du perçu. dans le qualités objectivées. inédit.a.. chosettes Deuxième barrage. comme chosette.63”. “neurones perceptifs (. petits autres. 34-35. S. 43-44. voire la représentation réelle de la Chose. bien entendu. Au niveau du barrage de l’imaginaire. chez Freud. c’est-à-dire l’objet a insaisissable au miroir. Tableau 34. s’élève le triple barrage neuronal que Freud nous présente dans son Entwurf. Nous avons ici la surface imaginaire du miroir qui recouvre le monde. J. causettes a) Barrage du réel a . Troisième barrage.) dont les états d’excitation fournissent les diverses qualités et ainsi constituent les sensation conscientes”. Aux sources de l’expérience. 318-336. nous avons. pp. de l’imaginaire (a+b-a) : neurones z Qualités Élément alpha Moi. 1895. de quantités (Qn) dont ils cherchent à se débarrasser” 733. Les barrages neuronaux (-a) de l’Entwurf et de Bion. indiscernables entre eux dans la chosette -en tant que représentation de mot plus représentation de chose. ce que nous écrivons -a.et ensuite celui qui reste insaisissable au miroir. de barrage du symbolique neurones w l’imaginaire (a+b-a) : (b-a) : neurones y neurones z 730 Lacan. du réel (a-a) : neurones w Quantités (Q) Élément bêta Grand Autre réel. Quant ils réussissent à s’en débarrasser.

la Chose non pas n’est rien. dans les Vorstellungen.l’objet partiel.59”. p. dans la privation. Si elle était donc présente dans notre espace. op. le premier barrage. Or. le sujet “peut” à peine “simuler avec sa chair l’accomplissement de ce qu’il n’est nulle part”735. signifié. Ici. il n’est vide. Voici la Chose qui manque dans la chosette. “Séminaire du 22. il n’y aurait qu’elle dans cette espace. Chose totale. qui ne sont pas réellement ses représentations. le sein maternel. signifiant. in L’éthique de la psychanalyse. in L’éthique de la psychanalyse. de la Chose -voire de la quantité.60”. si elle était quelque part dans notre espace. “Séminaire du 09. mais elle n’est pas. hors signifié Castration Semaïnomenon. il n’arrive pas réellement à le perdre. Cet “espace vide” qui est -suivant François Regnault. de la Sache. il n’est un lieu. celui du symbolique. dans ses représentations imaginaires. en détachant cet objet partiel. et non seulement dans le quelque part où elle se trouverait -dans la mesure où il ne pourrait y avoir rien en dehors d’elle. 7 . qu’il n’y a pas. cette perte seulement imaginaire présuppose toutefois un manque réel. Quant à ce qui est réellement perdu dans la frustration du sevrage. comme étrangère à notre monde. en simulant cette Chose. nous disposons de la réalité imaginaire de Frege et des psychologues du moi : la réalité de la dénotation. elle n’est nulle part. cit. comme lieu de l’Autre. 347. comme la frustration avait produit -à partir de la totalité dénotée. rappelons-nous du fait que la Chose n’est présente qu’en présence d’elle-même. objet a. cet espace n’est espace. ainsi que le seul manque réel qui en résulte -d’après la terminologie de Lacan-. Ce qui est perdu de manière imaginaire. doit opérer. objet a qui tombe de la chaîne signifiante où existe le sujet Le seul barrage imperméable -d’après la terminologie de Freud-. mais plutôt les représentations d’une autre chose. détaché du corps total de la mère Pragma. il n’y aurait qu’elle dans tout l’espace. dans ces ensembles imaginaires de qualités signifiées. après la castration. lequel apparaît comme produit plutôt que comme prix ou comme perte propre à la frustration. en effet. la Chose. sein maternel réel. Or. p. Agalma. mais le corps total de la mère. Dans la Vorstellung produite par les neurones z. la Chose réelle dénotée. le sein. non pas un manque d’objet. Qu’est-ce que cela veut dire que la Chose n’est nulle part ? Cela veut dire. comme frustration. étrangère”734. En effet. du manque imaginaire de l’objet partiel réel qu’est le sein maternel. qui apparaît comme perdue dans l’objet. celui qui réduit les quantités totales à des quantités partielles -ou le corps totale de la mère au sein maternel-. La castration produit ces images conscientes. comme absente dans la surface imaginaire et spéculaire qui nous entoure. Le Ding est perdu dans les Sachvorstellungen. J. ce n’est pas le sein maternel. J. issue de la frustration. n’est à peine qu’un manque imaginaire : le corps de la mère reste. 1959. Si la Chose ne manquait pas. que dans la mesure où la Chose n’est pas en lui. que dans la mesure où la Chose manque -en tant que -a ou objet a qui manque dans l’Autre. avant la privation : il doit détacher l’objet partiel qui pourra tomber ensuite de la chaîne signifiante. Finalement. si la Chose était quelque part dans notre espace. C’est en effet ce que Lacan affirme de manière explicite quand il se réfère à la chosette et à la Chose amoureuse. les représentations réelles du Ding -les Dingvorstellungen-. cit. phallus imaginaire. du Ding. rien en présence d’elle qui ne se confonde pas avec elle. comme origine des quantités totales. dans notre espace. un endroit où la Chose puisse se trouver. c’est-à-dire les représentations imaginaires. bien que partiellement. devient demande.“l’espace entier” en 734 Lacan..12. Q. dans “l’acte génital”. exactement. Certes. op. ce n’est l’agalma ou l’objet a. 78. dans ces images spéculaires conscientes de la dénotation. à la frustration.06. Il dit alors que dans la chosette. objet a insaisissable au miroir Privation Semaïnon. la Chose n’est pas quelque part loin de nous. il n’y a tout au plus qu’une partie insignifiante. Et ceci pourquoi ? Parce que notre espace. dans la bouche de l’enfant.les signifiants de l’inconscient où le sujet existe symboliquement. C’est pour cela que le manque propre au premier barrage. et comme la privation avait produit -au niveau du sens de Frege. en tant que Sachvorstellungen. objet partiel. D’après cette idée. Qn. Être symbolique insignifiant. 1960. à laquelle s’affrontent les neurones w. mais littéralement n’est pas -elle se distingue comme absente.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Manque Ce qui est produit Ce qui est barré Frustration Agalma. 735 Lacan. comme lieu de l’Autre. mot. mais un manque de Chose : le manque du corps total de la mère. dans la bouche du sujet. voire la Chose maternelle ou les quantités totales barrés (Q) par les neurones w de Freud. les Sachvorstellungen qui constituent le moi et ses petit autres. elle est absolument absente. elle remplirait alors absolument cet espace qui n’est. petit autre imaginaire Agalma. Nous pouvons ainsi compléter la définition lacanienne de la frustration : s’il s’agit là. est le deuxième. est ce qui est réellement produit. Pratiquement rien ne reste de la Chose.. le pragma. Sur ce point. en toute rigueur n’est pas : “au niveau des Vorstellungen -nous dit Lacan-.

à ce moment. comme cette Chose privilégiée qu’est le sujet en tant que rien. ce vide cesse d’être vide et la Chose envahit à nouveau tout l’espace d’où elle s’était retiré -c’est l’instant où le mélancolique se jette par la fenêtre et remplit cette place vide. le sein maternel de l’enfant ou l’être-autre de l’être-là dans l’Autre -dans la chaîne signifiante de la demande-. ce monde imaginaire qui nous entoure. dans le symbolique et comme symbolique -voire confondue avec le symbolique.4).2. vers nous-mêmes. 05. D’une certaine manière. et qu’elle soit toutefois nulle part. Hermès ou Sor Juana. si elle était quelque part. F. en tant que signifiant pour un autre signifiant. Platon et Damascius. bien qu’absente dans le sujet. dans la chaîne des signifiants ou des prédicats -b1 + b2 + b3-. “L’ouvert et le fermé. elle serait alors partout -de même que si elle n’était nulle part. à savoir. et puisque l’annulation de cette distance logique -voire la confusion chosique. Il n’en reste pas moins qu’elle n’est nulle part. après la suppression de l’être pur de la Chose -ou de la quantité pure (Q)-. dans la réalité qui nous entoure -dans la réalité sensible.6).et comme symbolique -en tant que sujet. lorsque notre vide se dévoile et que sa force désirante nous attire vers lui. comme réalité actuelle. elle est toujours présente. 1985. présence en soi (9. précisément en raison de la distance logique à laquelle elle se trouvera. l’enfant doit être séparé de sa Chose maternelle. De ce fait. Pour plus de clarté. N°39. ce lieu de l’Autre ne peut être l’espace vide où nous habitons que dans la mesure où la Chose manque en lui. la présence de la Chose. elle doit être présente quelque part. Puisqu’il y a toujours un risque de rencontrer la Chose. p. 8 . doit se tenir à une certaine distance logique -celle indiquée par la privation d’être ou par le barrage imperméable des neurones y. dans la réalité imaginaire de Frege et des psychologues du moi. quelque part. l’exultante sphère d’Empédocle doit être coupée par l’épée de la castration. Pour comprendre que la Chose puisse être quelque part. ce qui se trouvera loin du sujet ne sera pas la Chose -ou la lettre a-.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 tant “qu’inconscient structuré comme un langage”736. l’exsistence du sujet par rapport à son être.de son être-autre -de son objet a ou de -a. la Chose amoureuse doit être meurtrie par le symbole qui l’efface. ceci n’est pas encore facile à comprendre. Autrement dit. comme totalité unitaire dans le réel. bien qu’elle soit absente dans l’imaginaire -perdue dans l’objet ou absente pour le sujet-. Cet éloignement nous devrons le comprendre logiquement et non pas de manière imaginaire. La Chose est en même temps partout.dans l’imaginaire et le symbolique. comme réel ou partout dans le réel. nous sommes en mesure d’affirmer que l’être réel chosique. Et pourtant. même si elle est partout. le symbolique. ce lieu de l’inconscient qui inclut le préconscient et la conscience. pour soi (9. 10. l’inconscient et le sujet”. pour lui et en tant que lui (6. la Chose pourra être présente quelque part. l’être réel chosique doit rester hors signifié. reconnaissons tout simplement que l’éloignement de l’objet partiel. nulle part dans l’imaginaire. puisqu’il ne s’agit que d’une distance logique. qu’elle soit quelque part. dans le symbolique -comme l’achose absente dans la parole. Qu’elle soit partout. sa présence en soi. elle ne serait simplement nulle part. après la frustration -après le barrage perméable des neurones w-. il faut penser en même temps. dans le réel. La Chose ne sera pas loin dans l’imaginaire. ou l’être pur de la Chose -comme Chose maternelle et amoureuse-. doit être loin du sujet. in La lettre mensuelle. bien que seulement comme une possibilité. ce monde spéculaire n’est là. dans la mesure où là où le sujet existe. en présence d’elle même (1. puisque nous pouvons nous confondre chosiquement à nouveau avec l’objet. Il s’ouvre alors ce monde où la Chose ne pourra plus être quelque part. autour de nous -autour de la Chose que nous sommes en tant que rien-. lorsque nous nous précipitons dans le vide du désir de l’Autre que nous sommes devant nous. auxquels se rapporte le sujet. ou du sein maternel. lorsque nous nous confondons à nouveau avec l’objet. Le monde sensible où la Chose suprasensible ne se trouve nulle part. puisque nous savons bien que dans le réel. comme réel ou partout dans le réel. Logiquement.entre le sujet et son objet a équivaut exactement à la présence de la Chose. certainement loin du sujet -elle doit être présente là. absente ou perdue ou réduite au rien -voire effacée et meurtrie. en lui. comme objet a ou -a. nulle part et quelque part.3). 8. comme réel. ECF. ceci nous l’avons déjà compris -grâce à Parménide. qui est logiquement loin du sujet.5) et en tant que soi (9. mais elle sera loin du sujet précisément parce qu’elle ne sera pas situé dans l’imaginaire ni dans le symbolique. où manquait la Chose qui se ferme sur lui. 736 Regnault. ce lieu de l’Autre. que pour voiler ce qu’il est réellement. et comme réel suprasensible.6). c’est valable d’affirmer que la Chose est quelque part dans ce monde imaginaire. est lui aussi logiquement loin du sujet qui est-là dans l’être symbolique langagier -ou plus précisément dans la chaîne signifiante de sa demande. même dans l’air qui occupe apparemment son vide inconscient. Bien entendu. Nous voici alors prêts à comprendre notre première proposition : la Chose. Or.1985. Nous comprendrons alors qu’elle puisse être quelque part. et nulle part. C’est l’objet a du sujet. mais l’objet a -ou -a-. c’est-à-dire en tant que Chose aérienne de Peirce. pour soi et en tant que soi.qui ex-siste à son tour par rapport à l’Autre. le sujet et l’objet doivent être dégagés de sa confusion chosique. de manière borroméenne. pour qu’il y ait cette chaîne signifiante où nous existons. ce vide inconscient. qui ne pourra être que vide pour que nous puissions l’habiter -invariablement au centre du vortex où notre être nous manque. Or. le réel et l’imaginaire. mais dans le réel et comme réel -au-delà de ce qui est accessible au sujet. la Chose ne sera pas -elle ne sera pas dans la mesure où elle manquera. l’être-là symboliquement du sujet dans l’Autre -dans la chaîne signifiante ou dans b1 + b2 + b3-. Pour qu’il y ait l’espace de l’être symbolique langagier où nous habitons. Paris.

de le considérer lui-même comme éloignement de la Chose. est identifiable. loin de son vide chosique. il convient de considérer l’objet a. dans l’élaboration lacanienne de la Chose. que l’absence de la Chose qu’il prétend représenter. 739 Lacan. pp. une Chose que nous sommes en état d’appeler Chose lointaine. on doit revenir en arrière et reconnaître que la Chose éloignée. où se trouve le sujet.et seulement partiel -non-total-. par rapport au sujet. comme absence de la Chose.tout en étant absente -dans le sujet et pour lui et en tant que lui-. ou de la lettre a. op. que pour autant qu’il comporte l’absence du corps total de la mère. Bien entendu. plutôt que comme Chose absente. Même si nous pouvons. 737 Charraud. la proximité du sein. vol. Dans cette distance. Elle se trouvera ainsi quelque part loin du sujet du signifiant. Soit qu’il s’agisse de l’objet a ou de l’éloignement inhérent à l’objet a. précisément parce qu’elle sera loin. meurtri ou effacé. assimiler l’éloignement de la Chose et celui de l’objet a. La Chose lointaine est aussi une vacuole. en tant que totalité. inaccessible. entre le sujet et l’objet. irréductible à tout intervalle spatial. la Chose lointaine. 133. finit par être identifiable à son absence. dans la Remarque sur le rapport de Daniel Lagache. présuppose aussi le même éloignement du corps. c’est mieux. son éloignement. Nous savons déjà que le sein n’est objet partiel. “Séminaire du 09. et en fonction “d’un rapport pathétique” auquel. “la chose la plus dépouillée de relations à l’individu”. “le sujet conserve sa distance”739. De même. seulement objet -non-chosique. loin du lieu où elle sera absente. Entre la Chose lointaine et le sujet du signifiant. Ainsi. infinie. ce n’est pas rien. “Topologie de das Ding”. qu’il y a quelque chose qui supporte cette inaccessibilité”. se situe toutefois dans la plus grande proximité -et ceci d’une manière dynamique. entre 1958 et 1961. on ne saurait trop insister sur le fait que l’éloignement du sein maternel n’est pas identique à celui du corps de la mère. à une certaine distance logique de lui -une distance réelle. 1988. dans son rapport au sujet. au-delà de cette distance logique qui la sépare toujours de nous. entre la Chose qui pâtit du signifiant et le sujet du signifiant. qui est logiquement loin de son vide chosique. la Chose lointaine. J. nous avons ici un fait incontestable. la Chose lointaine pourra être présente -en soi et pour soi et en tant que soi. Même s’il s’agit dans les deux cas du même sujet. constitue “cet hors-signifié” en fonction duquel. que l’objet a ne cesse pas d’être une représentation réelle de la Chose -laquelle comporte la présence de la Chose-. comme objet a ou -a. incommensurable”. pp. De ce point de vue. “implique que ce vide. Charraud. cette Chose pourra être absente et présente en même temps.et non pas en tant que corps -ou Chose totale-.12.59”. malgré son absence ici. in L’éthique de la psychanalyse. un fait incontestable concernant la Chose. Or. l’éloignement de la Chose. la Chose est donc. apparaît pourtant comme “ce qui” de lui “est le plus prochain tout en lui échappant le plus”738. Comme telle. Dans son éloignement logique. ou de la Chose maternelle totale -ainsi qu’un éloignement de la Chose amoureuse. il n’y a d’autre proximité. dès le début. Certes. ne peut aucunement être distinguée de ce vide chosique. 1958. b) Le 9 décembre 1959. à juste titre. il y a pourtant une distance logique entre les deux. sans jamais atteindre son bord”737. là-bas. C’est pour cela. II. pour ne pas simplifier la notion de l’objet a. ce quelque chose “on ne peut l’appréhender positivement”. l’éloignement du sein présuppose l’éloignement du corps. celui-ci indissociable de la confusion incestueuse de la mère avec l’enfant. par rapport à la chaîne signifiante des prédicats dans laquelle existe le sujet du signifiant. Paris. la Chose. En effet. la Chose est toujours “ineffable. Or. dans une dizaine d’importantes références lacaniennes à la Chose lointaine : a) En 1958. par le fait même de son éloignement. cette distance logique fut constamment présente à l’esprit de Lacan -ce que nous constaterons tout de suite. comme le sujet de tous les prédicats : cette Chose est incontestablement éloignée du sujet divisé par le signifiant. p. son inaccessibilité. voire la Chose ou la lettre a. que lorsqu’il manque dans la bouche de l’enfant qui ne se confond plus alors avec sa mère -dans la confusion chosique. à l’objet a. comme simple éloignement du sujet. elle est “un trou qu’on pourra approcher indéfiniment. Le sein n’est objet partiel. in Écrits. comme partie -ou reste ou indice-. voire la proximité du sein en tant que sein -objet partiel. Nous restons ainsi fidèles à l’idée selon laquelle l’objet a représente réellement. Cependant. qui est le plus grand éloignement qu’il y a par rapport au sujet. La Chose lointaine sera présente quelque part. signifiant et donc insignifié -comme nous aurons l’occasion de le démontrer-. en étant absente et en ne laissant à sa place que son absence. J. Elle sera présente ailleurs. à -a. Or. la Chose lointaine. même s’il ne constitue. que ce rapport pathétique -voire la passion du sujet de tous les prédicats. 25-27 738 Lacan. mais dont le caractère logique la fait toutefois incommensurable. à l’objet a. 1999.. En fait. loin du lieu de l’Autre. d’ailleurs. parce qu’elle sera ainsi présente quelque part. op. active. en tant que -a. 67-68. 1959. bien qu’assimilée au sujet. Ainsi. 8 .La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 comporte également un éloignement du corps de la mère. cit. cit. N. comme l’a bien remarqué N. comme lettre a. bien qu’elle puisse être figurée dans un espace légendaire comme celui où se trouve le Saint-Graal. la distance logique que nous venons d’introduire occupe une place fondamentale. où elle se trouve (10.. “Remarque sur le rapport de Daniel Lagache”. Nonobstant ce qu’on vient de dire. totale. ou de la confusion incestueuse entre la mère et l’enfant. Seuil. en fin de compte. comme fuite ou échappement.1). du sujet horssignifié. du sujet qui existe dans la chaîne signifiante des prédicats. la Chose qui manque.

02.04. ce qu’il y a “au-delà du domaine de l’affectivité”.60”. “Séminaire du 03. in L’éthique de la psychanalyse. op. tourne toujours aussi à une certaine proximité. pp. J. Ici. J. le pragma platonicien est la Chose lointaine qui ne se trouve qu’à l’horizon de ce qu’on peut voir ou supporter -c’est-à-dire le monde imaginaire où nous habitons. lequel “impose des détours qui conservent la distance” par rapport à la Chose 740.. 1960. premièrement par un cercle enchanté.01. 84 742 Lacan. en nous empêchant “d’aller plus loin”. En raison de cette inaccessibilité de la Chose lointaine. in L’éthique de la psychanalyse. toujours à une certaine distance. ou bien d’être loin.60”. la surface spéculaire qui nous entoure. in L’éthique de la psychanalyse. 1960. à l’horizon”.12. loin d’un sujet qui “se tient à distance” d’elle.59”. l’éloignement est assuré par une beauté qui nous arrête devant elle. Et pourtant.. Quant à la caractérisation de la Chose lointaine. telle qu’elle fut échafaudée par Lacan.60”. 72-73. insignifiée. 10. quelques détails importants.12. J. comme barrage au niveau des neurones imperméables y. la Chose lointaine. nous voyons qu’elle est. se trouve au-delà de “cette barrière” où “se produisent les freinages. de manière successive. g) Le 3 février 1960. un terme étranger.05. mais seulement dans la mesure où “le champ du principe du plaisir est au-delà du principe du plaisir”743. la Chose lointaine. la proximité des Vorstellungen.. dans ce développement de la conception lacanienne de la Chose lointaine. résulte insupportable. op. voire la dénotation de ce qui n’est dénoté qu’à l’horizon. p. correspond au champ du sujet -du sujet de tous les prédicats (la lettre a). pp. “Séminaire du 16.3. il faut . tout à fait révoltante à ses yeux comme aux nôtres”746. op. la Chose lointaine “se dessine”. cit. la séparation par un cercle enchanté . 746 Lacan. comme le Gute kantien. ne pouvant pas “supporter l’extrême du bien” qu’elle “peut lui apporter”742. d) Le même 16 décembre 1959. tout en transgressant les commandements. pp. l’éloignement. “s’isole comme le terme étranger autour de quoi tourne tout le mouvement de la Vorstellung”. 1960.. le champ du sujet et l’objet de jouissance. la Chose. “Séminaire du 27. 8 À propos de la conception de la Chose lointaine. J. se présente comme “ce que Platon voit à l’horizon”. le sujet soumis à la médiation du signifiant. pour le sujet. Le cercle en question. En somme. doit rester à une “distance” qui est “la condition de la parole” -une distance “réglée” par un principe auquel “les dix commandements” sont “liés de la façon la plus profonde” 741. comme “champ du principe de plaisir”. la Chose lointaine est “le champ du sujet en tant qu’il n’est pas seulement le sujet intersubjectif. “au-delà du principe du plaisir. par rapport au sujet. cit. 366-367. p. la localisation à l’horizon. retenir : 740 Lacan. abolirait notre parole. in L’éthique de la psychanalyse. au-delà du principe de plaisir. cit. le hors-signifié. 1961. la Chose lointaine est celle “au cœur” de laquelle va nous “empêcher d’aller”. 161. l’inaccessibilité en raison d’une barrière . ce mouvement qui tourne autour de la Chose. 1959. 88-89. Résumons d’abord les spécifications successives de l’éloignement de cette Chose par rapport au sujet : l’échappement du plus proche . cit. où la beauté nous empêche d’y aller. comme condition de la parole. Il faut relever. est donc ce qui explique l’éloignement de la Chose lointaine.. 124-125 744 Lacan. comme pragma. 239. est lui-même déterminé par le rapport au signifiant.60”.. 101-106. f) Le 20 janvier 1960. op. h) Le 27 avril 1960. “Séminaire du 23. cit. ce qui apporte un extrême de bien.. la Chose lointaine. in Le transfert. afin de nous empêcher d’aller plus loin et d’approcher la Chose qu’elle voile -cette Chose avec son affreuse beauté idéale. “Séminaire du 17. 1960. op. 741 Ibid. pp.12. J. la proximité de l’extrême de bien qu’apporte la Chose lointaine. la réalité de Frege et des psychologues du moi. in Le transfert. un mouvement régulé par le principe de plaisir. Ainsi donc. le plus proche. le défaut de relations . qui est celui du sujet à la recherche de l’objet.derrière le sujet du signifiant -derrière le sujet qui existe dans la chaîne signifiante des prédicats (b1+b2+bn). la Chose lointaine. mais ce qu’il y a derrière ce sujet”. 743 Lacan. la distance conservé par le sujet . ce mouvement. cit.. le fait d’être vue à l’horizon .La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 c) Le 16 décembre 1959. où s’organise l’inaccessibilité de l’objet en tant qu’objet de la jouissance”745. la proximité de la Chose. ensuite par la barrière où se produisent des freinages et finalement par la limite de la beauté érigée. j) Le 17 mai 1961. “Séminaire du 20. i) Le 21 décembre 1960. l’objet qui soit en rapport au sujet pourra devenir objet de son désir. e) Le 23 décembre 1959. indépendamment de son éloignement. En plus de ce qui le détermine.61”. de manière immédiate et seulement à partir de février 1960. p. à la limite. 745 Lacan. au-delà du domaine de l’affectivité ou derrière le sujet . op. telle qu’elle se projette à la limite” 747. dans “une cité communautaire.59”. cette proximité. J. “Séminaire du 21. Dans ces différentes spécifications. Nous pouvons donc supposer qu’en-deçà d’une certaine limite. une “beauté érigée. la Chose lointaine occupe le centre du “cercle enchanté qui nous sépare d’elle” -cercle “posé par notre rapport au signifiant”744. l’éloignement est rendu possible. J. 747 Lacan. De même que le Gute kantien. pp. 1959. cit. comme Chose analytique. comme Chose de jouissance. op. comme Chose axiale. ainsi que par le principe de plaisir et par une règle à laquelle sont liés les dix commandements. comme champ du principe de plaisir au-delà du principe de plaisir. in L’éthique de la psychanalyse.

in L’Encéphale. laquelle affirmait exactement. “autour” de laquelle cette recherche “tourne”749. en étant inaccessible. Quant à celui qui la trouve. dans la mesure où ce qui est absent ici et maintenant fut présent ici. derrière nous. jadis. après sa première apparition. J. dans notre proximité. On doit commencer à rechercher la Chose perdue pour être en mesure de rapprocher la Chose lointaine. Lorsque nous cherchons à rapprocher la Chose lointaine. dans cette double affirmation. Or. là où nous sommes empêchés d’y aller. pp. Lacan décrit le tournoiement pulsionnel autour de la Chose axiale. nous devrions pouvoir tenter de l’approcher. en n’ayant plus aucune relation avec nous. le sujet se comporte en termes de quête et de rapprochement. Lacan explique qu’en “gouvernant” la recherche de la Chose perdue. à l’origine. 72-73. laquelle doit rester donc toujours perdue. il n’a plus besoin de la rapprocher. puisque la Chose lointaine est présente quelque part. au-delà du principe de plaisir. le rapprochement ne soit traité qu’après la recherche : a) Recherche. Il s’agit donc.mieux que personne. en plus de pouvoir chercher à l’approcher. nous devrions pouvoir l’approcher. que le névrosé obsessionnel doit certainement connaître ou méconnaître -par ces évitements et ces déplacements. cernée de solitude. comme dans l’objet. peut se décomposer en deux idées irréductibles : d’une part nous voulons approcher cette Chose. 1959. VII. mais qui est absente ici. nous devrions chercher à l’approcher. Au moins. avant tout éloignement. Si on la trouvait. de Vorstellung en Vorstellung -de signifié en signifié. d’autre part nous cherchons la manière de l’approcher -ou plutôt de la rapprocher. dans l’entourage imaginaire où nous habitons et dans la chaîne signifiante où nous existons. Nous devons prendre cette quête dans le sens le plus général. encore plus loin que la Chose lointaine et rapprochée -même s’il s’agit dans les deux cas de la même Chose qui est absente ici. une barrière où se produisent des freinages. car la Chose en question n’est lointaine. b) Qu’est-ce qui permet que la Chose lointaine puisse être éloignée ? Un cercle enchanté. La recherche de la Chose perdue n’est pas tout à fait assimilable au rapprochement de la Chose lointaine. d’un désir de rapprochement et en même temps d’une quête pour le rapprochement que nous désirons. le rapprochement de la Chose lointaine que nous cherchons à rapprocher. pour notre rapport au signifiant. Certes.12. pour autant que nous ne cherchons qu’à la trouver. En fait. Ainsi. En outre. logiquement. qui “impose des détours qui conservent la distance par rapport à la fin”.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 a) Comment est-ce que la Chose lointaine est éloignée ? En échappant de nous. 553. 9 . avant toute perte. lorsque nous la trouvons nous nous rapprochons d’elle jusqu’au point de nous confondre avec elle. 749 Lacan. 1912. comme si elle était la Chose évitée d’un Autre obsessionnel : “je sais bien que j’existe. Affirmer ceci. la Chose perdue et recherchée est en quelque sorte. si la Chose axiale doit rester toujours perdue. confondus avec elle. 1912. En effet. mais présente ailleurs.et de Vorstellungrepräsentanz en Vorstellungrepräsentanz -de signifiant en signifiant-. peut ainsi “maintenir toujours la recherche à une certaine distance” de cette Chose. Ce n’est donc pas étonnant que chez Lacan. intouchable. car elle est -ne l’oublions pasl’objet ultime de notre désir. pour autant que nous étions avant. où nous sommes. p. tout en étant absente ici. Par rapport à la Chose lointaine. en restant à une certaine distance de nous. n’est à peine que la Chose qui est présente quelque part. à l’origine. Le 9 décembre 1959. ou plutôt chercher à l’approcher. les chevaliers de la Table Ronde ne pourront s’approcher du Graal. dès lors que la Chose n’est loin que parce qu’elle est perdue. dans sa plus simple expression. nous la cherchons. celui qui veut la rapprocher.59”. Nous cherchons à approcher la Chose lointaine qui est présente ailleurs. veut aussi la trouver. la Chose lointaine. D’abord. “Séminaire du 09. puisque la Chose n’est qu’en présence d’elle même. En ce sens. Inaccessible. Lacan peut affirmer que “c’est dans la mesure où la fonction du principe du plaisir est de faire que l’homme cherche toujours ce qu’il 748 Blondel. que parce qu’elle est perdue -ou égarée. C. cernée de solitude comme la sphère d’Empédocle. en raison du principe de plaisir et par une règle à laquelle sont liés nos dix commandements. I. affirmer que nous cherchons à approcher la Chose lointaine. cette équivalence n’est pas à proprement parler une identité. op. comme une recherche autour de la Chose perdue -une recherche d’ailleurs vaine.. Or. dans le réel et comme réel. à l’horizon. c) Pour quelle raison la Chose lointaine est-elle éloignée ? Pour que la parole soit possible. Il y a une certaine équivalence entre le rapprochement et la quête de la Chose lointaine -ou plutôt entre le rapprochement et la recherche de cette Chose. le principe de plaisir. mais plus rien ne me touche”748. qu’une fois que la quête sera ouverte. Ce disant. in L’éthique de la psychanalyse. au-delà du domaine de l’affectivité. cette Chose est absolument seule. Paris. nous la cherchons donc tout simplement. ce n’est que parce qu’elle est la Chose maternelle qui ne peut être présente que comme Chose incestueuse ou confusion chosique entre le sujet et l’objet. en se séparant de nous. “Mélancolie avec délire des négations”. Or. où nous pourrions la toucher. on n’aurait plus à la rapprocher. pour autant que le principe de plaisir oblige à tourner en rond afin de conserver la distance par rapport à la Chose qui est recherché. la Chose lointaine. elle n’est loin. une limite qui est celle de la beauté érigée. cit. elle n’est en contact avec rien. comme Chose axiale. il y a une sorte de succession logique entre la quête de l’une et le rapprochement de l’autre : on ne peut commencer à rapprocher la Chose lointaine qu’une fois qu’on recherche la Chose perdue -c’est ainsi que dans la Quête du Saint-Graal. mais non pas au sens d’annihilée ou d’anéantie. dans la mesure où rien ne peut la toucher -et je ne puis m’empêcher ici d’évoquer une mélancolique de Charles Blondel.

elle est en mesure d’ériger devant le sujet.se précipite dans le centre -dans le sein qui manque.. qui se voit obligé à sortir du château du Roi-Pêcheur et rechercher en dehors le Saint-Graal qui se trouve dedans. empêche de retrouver ce qu’on recherche.. Bien que lointaine. En prescrivant ainsi l’impossibilité de la Chose amoureuse. en retrouvant l’intérieur à l’horizon de l’extérieur. Plus précisément. dont il n’ose approcher”. la femme. au cœur du propre sujet en tant que sujet de tous les prédicats. De ce fait.de la Chose insignifié sur le sujet du signifiant.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 doit retrouver. 10 . autour de ce sujet de tous les prédicats. Chose. agressé par les mains qui se saisissent de lui. ou comme Gallad et Lancelot. dans le plus lointain. dans ce qui est “le plus prochain” de lui. d’autre chose en autre chose. à fin de retrouver la Chose. 10. ce sujet n’est que son être-là dans l’Autre. J. parmi les différentes autres choses qui permettent le sujet de rapprocher à distance la Chose lointaine. nous avons un sujet qui -selon les termes de M.autour de la Chose axiale -ou la bouche qui parle.et l’objet a qu’il est -ou le vide chosique au centre du tournoiement signifiant-. ne font que tourner autour de cette Chose. comme autre chose entre les autres choses. J. et ainsi -pourrions nous dire. qui ne doivent suivre aucune trace de la Chose afin de la retrouver. pp. dans la “méchanceté foncière qui habite” ce prochain et qui habite aussi dans le sujet. doit reculer. il faut relever celle de la femme. cette beauté qui “se projette” pour lui empêcher de rapprocher trop la Chose.et se confonde avec la Chose maternelle dans la Chose incestueuse. 82-83 751 Ligouzat. 752 Lacan. le sujet ne peut se rapprocher de lui-même comme sujet de tous les prédicats. il ne peut se rapprocher de la Chose lointaine ou de la lettre a. dans la Quête. op. dans son prochain. 1988. de la chaîne signifiante des prédicats. si nous considérons que les traces métonymiques de la Chose. son être-là qui gravite -attiré par sa gravitation chosique. l’être-là ne cesse d’exister là. ce ressort. c’est la Chose qui se rapproche le sujet et non pas le sujet qui se rapproche de la Chose. b) Rapprochement. 8.03. notre sujet -visiblement obsessionnel.est de conserver l’éloignement de la Chose lointaine.4. comme une limite. cit. cit.“doit retrouver cet objet. En raison de cette loi.05. pour ajouter ensuite que “par rapport à toutes les façons que nous avons de nous approcher de cette Chose. in L’éthique de la psychanalyse. Le sujet ne peut donc s’approcher de la Chose qu’en se tenant à distance. dans la proximité du sujet. “Séminaire du 23. qu’en se tenant à distance de cette Chose -lorsqu’il existe dans le tournoiement. c’est que le sujet du signifiant qui se rapproche de la Chose hors-signifié. en ex-sistant 750 Ibid. op. car “dès qu’il en approche surgit cette insondable agressivité qu’il retourne contre lui” et “devant laquelle il recule”752 -comme Lancelot. en empêchant que ce qui tourne vertigineusement -d’ailleurs d’une manière assez hystérique. en s’éloignant de la Chose qui l’habite. M. En termes dialectiques. op. si nous tenons compte de l’antériorité logique -en tant qu’indistinction qui suffit à la distinction ou confusion originaire subsistante entre le sujet et l’objet. 1960. Nous pouvons donc affirmer que si le sujet du signifiant se rapproche de la Chose insignifiée qui est présente quelque part loin de lui (10. tout en rapprochant le sujet de sa Chose lointaine. ce qui est assez compréhensible. c’est-à-dire -et là nous passons au champ de l’art ou l’hystérie. qui n’est que cette Chose de jouissance qui habite en lui. du plus proche. “à la place de” la Chose. Après la recherche de la Chose perdue. ou au moins pas assez bons. qui doit être liée au dix commandements. autour du sujet. “Séminaire du 17. in Le transfert. le 23 mars 1960. nous avons le rapprochement de la Chose lointaine. la femme s’avère être encore bien autre chose”.autour de son êtreen-soi-ici du Même. p. et en imposant d’autres objets à sa place.conserver la distinction entre le sujet qui existe dans la chaîne signifiante qui entoure la Chose axiale -ou le sujet qui ex-siste par rapport au vide chosique. p. ou les prédicats de la chaîne signifiante (b1+b2+bn).61”. l’Autre inoubliable. Ligouzat. pp. De même. Cependant. mais ce qu’il ne saurait atteindre. Nous voyons bien que la recherche de la Chose perdue ne permet pas de retrouver la Chose. comme quoi le sujet ne peut que “cerner le vide” 751.. le 17 mai 1961. la loi d’interdiction de l’inceste. le sujet que la Chose lointaine se rapproche dans l’éloignement.1). de Vorstellung en Vorstellung. il faut ne pas la rechercher -comme dans l’association libre. 219. lieu de jouissance. c’est parce que cette Chose elle-même le rapproche d’elle -tout en le tenant à distance. en n’osant pas rapprocher la Chose lointaine. cette Chose est située par Lacan.se voit obligé à sortir de lui même et rechercher la Chose à l’extérieur -tel Perceval. Nonobstant la force de la gravitation chosique. à savoir “ce cœur en lui-même qui est celui de sa jouissance. que sa “nature” n’est pas “si loin” de celle de la Chose. Comme telle. Elle est une force centrifuge dont la fonction -proprement religieuse ou obsessionnelle.toujours par le biais d’autre chose. en se rapprochant de la Chose lointaine. Ce qu’il importe maintenant de noter pour notre propos. Dans ce rapprochement dans l’éloignement. c’est là que gît l’essentiel. il se rapproche d’elle par l’extérieur -en faisant le tour. pour lui empêcher “d’aller plus loin au cœur de la Chose”753 -plus loin à son propre cœur. 753 Lacan. 1961. 366-367. Voici pourquoi. de la Chose qu’il y a dans le château du Roi-Pêcheur. “Saudade et Chose”. autour de cette lettre a. quand il tente d’approcher le Graal. dont Lacan peut nous signaler dans le séminaire sur Le transfert. Et c’est ainsi que Perceval s’éloigne apparemment de la Chose en croyant s’en rapprocher. En reculant. cit.. nous devons reconnaître que le sujet qui se rapproche de lui-même en se rapprochant de la Chose n’est en définitive que la Chose qui se rapproche d’elle-même en rapprochant le sujet qui se rapproche d’elle. ce rapport qui s’appelle la loi de l’interdiction de l’inceste”750.60”. mais qui ne saurait l’atteindre car au lieu de la Chose impossible viennent les objets toujours mauvais”. ce sujet qui existe dans la chaîne signifiante des prédicats ne fait que se rapprocher de lui-même en tant que sujet de tous les prédicats.

ce n’est pas étonnant que le caractère lointain de la Chose lointaine puisse être aboli. hors le temps. mais en même temps il ne l’est pas. Paris. Dans l’abolition du lointain. Pendant moins d’un an. 1250. “le Dasein a par essence une tendance à la proximité”755. L’un est. 757 Solano. 143-146. dans le plus proche. tout en faisant dans l’éloignement le tour de lui-même. Tübingen. Or. Niemeyer. p. Solano a eu raison d’appeler Alien. Le sujet chosique de tous les prédicats. 755 Heidegger. elle est une Chose lointaine. s’il n’ex-sistait pas dans la chaîne signifiante par rapport à lui-même comme signifiance pure et isolé. qui existe dans les prédicats. En faisant ce tour. c’est-àdire. Pour trouver la Chose. “déloigner veut dire abolir le lointain (Verschwindenmachen der Ferne).). dans ce qui n’est que dans l’espace le plus intime de la mère -dans son être. pour arriver à elle. devant l’Académie Bavaroise des Beaux-arts : “L’homme dans le temps le plus court arrive au bout des trajets les plus longs. alors que l’autre existe. tout ensemble sujet et objet”. nous rappelle aussi un terme heideggérien. au fond de nous. tu le trouveras pourtant dans moins d’un an”756. nous sommes dans la situation de Perceval. Perceval devra se déplacer dans la chaîne signifiante des instants et faire le tour de cette signifiance qui se trouve presque au même endroit où il se trouve -cette signifiance qui serait au même endroit si Perceval ne s’était pas divisé de lui-même. Tu pourrais y arriver cette nuit même. ne peut être rapproché de l’être-là qu’en étant déloigné. p. Cependant. 145. 105. p. elle nous fait penser à un cas récent que L. absente là. Cette situation. dans la mesure où le sujet du signifiant. Il est lui. il est la Chose comme signifiant -pur et isolé-. voire rapproché dans l’éloignement -en restant l’être-ici par rapport à l’être-là. 756 Robert de Boron (attribué). Comme sujet. E. dans une “signification active et transitive”. En cela. comme sujet de tous les prédicats. où une mère décrit son enfant comme étant “à la fois le plus étranger et le plus proche” d’elle 757.). “celui qui se pense lui-même. La distance entre la Chose et le sujet est abolie par la confusion chosique. 1998. nous retrouvons la double nature d’Ometeotl. 405. s’il n’était pas dans cette chaîne au plus loin de lui-même. si la Chose n’est pas réellement loin. chez elle. Voici la constatation de laquelle partit Heidegger dans sa conférence sur la Chose prononcée en 1950. Sein und Zeit. chosiquement confondu avec sa mère -avec sa subjectivité-. comme Chose lointaine. M. ce n’est que parce qu’elle n’est loin. “le maître de ce que qui est près et de ce qui est autour”754. qui existe là. Nous voyons bien que c’est une question de temps. ceci n’empêche pas qu’elle soit aussi le plus lointain. 1979. dans le plus lointain. 8 . nous sépare de la signifiance pure et isolé qu’elle est. toujours autour de lui-même. Et pourtant. le retour de la Chose”. La Chose est le plus intime et le plus étranger au sujet qui existe. rapprocher”. où il se reconnaît insignifiant en tant que sujet de tous les prédicats. p. sujet du signifiant. Gallimard. ne saurait jamais comment arriver jusqu’à lui-même -dans la mesure donc où rien n’est si loin du sujet comme le fond insondable de lui-même. Dans la situation chosique du sujet qui se rapproche de lui-même. 07. 1926. La pensée aztèque. aussi loin que tout l’espace et le temps de l’univers semble s’ouvrir par l’écart entre son existence et ce qu’il est. en même temps. ne se trouve pas seulement. En raison de cette confusion. Elle est ici à côté de nous. comme “genre d’être du Dasein au regard de son être-au-monde”. que d’elle-même. le plus intime et le plus extérieur. dans la mesure où c’est la propre Chose qui se rapproche d’elle-même comme sujet. Elle est ici. mais il se trouve aussi. dans ce qui n’est que dans un lieu où elle ne pourrait arriver que si elle cessait d’exister -en cessant d’être ce qu’elle est là où elle existe-. à côté de lui. et comme In Tloque in Nahuaque. p. “Alien. M. le Même reste absolument proche de lui-même. comme telle. en tournant ainsi autour de son être réelle chosique dans la chaîne signifiante des prédicats. in Mental. comme être-en-soi-ici. Paris. Merlin et Arthur : le Graal et le royaume. La Chose est toujours loin. est le plus proche et le plus lointain du sujet qui existe dans les prédicats. comme Moyucoyatzin. il semble. celui de la chaîne signifiante de tous les instants. Elle est toujours loin. celui où nous existons comme sujets du signifiant. peut rester de cette manière ce qu’il est là. c’est le temps qui nous sépare d’elle.98. en effet. en tant qu’objet a. Tu y arriveras avant que l’année ne soit écoulée. Mais dans la mesure où il s’agit du même être ici et là -comme être-éloigné et comme être-là-. Pour Heidegger. l’être-éloigné de la Chose lointaine. passer notre temps à tourner en rond. éloigné de soi-même par la force centrifuge de l’Autre. la Chose est le plus proche du sujet. 144. la Chose est donc le plus proche et le plus lointain du sujet. 1989..La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 comme être symbolique langagier -comme Autre. comme simple rapprochement dans l’éloignement. à l’égard d’elle. malgré tout rapprochement. d’avant les prédicats. Laffont. 1927. 1986. en étant “dé-loignant”. Ainsi. dans le temps. Vezin (trad. En tant qu’extimité. Traduction française: Être et temps. Elle reste lointaine. en tant qu’être-autre pour-soi comme pour un Autre. L. celui du “déloignement” (Entfernung). En quelque sorte. le sujet. comme d’un objet. Ainsi. op.par rapport à lui-même -comme Même-. Baumgartner (trad. cit. mais tout en se laissant rapprocher constamment jusqu’ici. Comme tel. Il fait passer derrière lui les plus grandes distances et place ainsi devant 754 León-Portilla. que c’est une question de temps. il ex-siste comme sujet du signifiant -de la chaîne signifiante. dans une Chose amoureuse toujours subsistante -même après que “quelque chose s’est coupé” entre mère et fils-. présente là-bas. à en faire le tour -qui est le tour de la Chose axiale. D’un certain point de vue. ici où doit s’abolir toute distance ou division ou méconnaissance du Même par rapport à soi-même. la chaîne signifiante où nous existons. quand il demande comment pourrait-il arriver au château du Roi-Pêcheur. F. l’être-éloigné de quelque chose. cet enfant -objet réel dépourvu de subjectivité”-. le retour de la Chose. en présence exclusivement d’elle-même. nous devons attendre. où se trouve le Saint-Graal. dans cette tendance de l’être-là à la proximité. par la force centripète de son Même hors-signifié. N°5. Or. dans la philosophie aztèque. Merlin lui répond : “je vais te l’indiquer avec précision.

est toujours absent là où nous existons. nous cherchons en vain à rapprocher cette Chose. Ainsi. En effet. entre l’immense variété de choses dont il dispose dans ce monde. croyance. Heidegger choisira précisément une cruche et rien d’autre. 1950. des divins et des mortels. A. Gallimard.. relique précieuse. Qu’est-ce donc que le Graal comme Chose ? Nous sommes en état de répondre. Paris. p. Le même choix n’a rien de fortuit non plus chez Lacan. ne posent aucun problème. Erasme et beaucoup d’autres qui tentèrent de représenter le même irreprésentable de la Chose. peut-être en or et en pierres précieuses. Mais. D’ailleurs. op. ACF-Val de Loire et Bretagne. d’après une légende répandue au Moyen-âge. malgré toute réduction de la distance qui nous en sépare. c’est-à-dire qu’il n’en est jamais question (. M. je vous prie de bien comprendre qu’il ne s’agit. parce qu’elle est une forme vide. Das Ding. “assemblée publique ou judiciaire”. 217. 1960.. comme exemple de Chose.. Et il ajoute que “ce vide. Avec tous ces prédicats. la vacuole. le choix du vase. mais (.60”. de la cause du désir. comme le rien à partir duquel tout est créé. nous pouvons nous la poser par rapport au Saint-Graal. légende. non seulement les choses ne sont plus admises comme choses. évidemment.). pour autant que ses représentations imaginaires ou symboliques. in L’éthique de la psychanalyse. La forme du récipient fut donc trop souvent choisie pour tenter de représenter réellement la Chose réellement irreprésentable. tel qu’il se présente dans la représentation. “la choséité (Dingheit) de la chose demeure en retrait.01. comme vacuole. Son être. ne peut se rapprocher de la Chose qu’en s’éloignant d’elle en même temps.. pour que jamais son être n’ait pu apparaître”759. Dans une telle tentative. 1995. est partagé -nous le verrons plus tard. 1958. pierres précieuses. “Le champ de la Chose selon Heidegger et Lacan”. jamais encore elles n’ont pu apparaître comme choses à la pensée”761. un récipient. dans la Chose. là où il ne daigne pas se présenter devant nous. p. 5. pp.. de la lettre a. il s’agit de la même tentative pour “représenter l’irreprésentable” de la Chose762.. oubliée. ex nihilo -idée centrale chez Lacan. cit. par extension. or. L’être de la chose n’apparaît jamais.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 lui toute chose à la distance la plus petite. Lacan explique de la manière la plus claire que le vase est “un objet fait pour représenter l’existence du vide au centre du réel qui s’appelle la Chose”. la Chose reste lointaine. 9 . Devant ce fait incontestable. Cette réponse doit se traduire. Préau (trad. les chosettes et les causettes. pour le réellement irreprésentable de la Chose -il s’agit alors de sa Dingvorstellung. c’est-à-dire les lettres b1 + b2 + b3 + bn : vase. Seulement cette suppression hâtive de toutes les distances n’apporte aucune proximité: car la proximité ne consiste pas dans le peu de distance. Traduction française: “La Chose”. “Séminaire du 27. 201. recueil de substances liquides ou solides. 194-195. dans Essais et Conférences. in Cahier. 146. du vieux saxon thing. 760 Ibid. sur laquelle nous n’allons pas approfondir encore.”758 Malgré tout rapprochement à la Chose lointaine. Nous répondrons alors que la forme du récipient sera choisie pour tenter de représenter réellement la Chose : 758 Heidegger. qui tournent autour de notre Chose axiale dans l’orbite de la chaîne signifiante. par tous les prédicats que nous lui attribuons. qu’est-ce qui peut rester de cet irreprésentable quand il est représenté ? Le vide chosique. Il évoque ici l’origine étymologique du terme Ding. au moins. depuis le début. ce qui n’est pas un pur hasard. Et ceci pourquoi ? Parmi d’autres raisons.. les Sachvorstellungen et les Vorstellungrepräsentanzen. comme “ce qui est en cause” -et qui donna chose en français. p. une forme qui présente le vide chosique. Il choisira donc un vase. 763 Lacan. comme Heidegger l’appelle. Qu’est-ce donc que la Chose comme Chose ? Heidegger nous parle d’un “rassemblement”. “affaire judiciaire” ou “cause”. 761 Ibid. d’une façon générale. sang du Christ. tel que Lamboley nous le fait remarquer. c’est-à-dire un ustensile creux qui sert à recueillir des substances solides ou liquides. n’a rien de fortuit chez Heidegger. où aurait été contenu. qu’il est un vase. Heidegger se demande. de sa représentation réelle. Moyen-âge. Et pourquoi en vain ? Parce que notre “pensée expliquante”760. que de représenter réellement ce que nous tenons déjà. Voici notre définition du sujet grammatical. naturellement : “Qu’est-ce donc que la chose comme chose. dans le même sens du latin causa. de trois manières différentes. se présente bien comme un nihil. R. Le vase représente la Chose en tant qu’elle est créé ex nihilo -comme la totalité unitaire chosique de l’univers de Pessoa. et dont il y aurait un exemplaire. p. qu’elle représente. il y a un rassemblement de la terre et le ciel. au moyen du vase -par exemple du vase qu’est le Saint-Graal-. évidemment. l’être réel chosique. récipient. le nihil qu’elle représente ainsi réellement -dans la mesure où cette Dingvorstellung présente le Ding.. Luther. ustensile. tout simplement. Ainsi. Dans les deux cas. Le choix du récipient. comme rien”763.par Saint Paul. 759 Ibid. Petite distance n’est pas encore proximité. Quimper. 762 Lamboley. en tant que représentation réelle de la Chose -représentation qui n’est réelle que parce qu’elle comporte la présence de ce qui est représenté. un récipient comme notre Graal. p. J.. Qu’est-ce que la Chose comme Chose ? Cette question.). et puis. avec le même sens. le sang du Christ -et que de ce fait il devint une relique précieuse pour les croyants. du Graal. 1995. Heidegger choisira une cruche. La Chose est donc un rassemblement.. Pour illustrer ceci.). 90. Origène. 202.

F. en tant que signifiance pure. 2001. partant. voire la forme neutre du nihil dont il est l’indice. jusqu’à ces dernières conséquences. ce nihil. il est le seul qui peut représenter réellement -en comportant la présence de ce qu’il représentela Chose qui ne peut aucunement être présente.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 a) Parce qu’elle n’est. bien qu’informe. dans sa Dingvorstellung. n’est pas seulement le nihil. 1990. pour le sujet qui n’est pas confondu avec elle. Cette forme du nihil est le seul sens propre du vase. même si la métaphore du potier est constamment utilisée à propos de Dieu. Ce vide primordial. ce vase n’apparaît vraiment comme Chose qu’au moment où nous cessons de le considérer par rapport à la Chose. Or. de n’importe quel sens figuré. en effet. cit. En tant que symbole.. la Chose est un “vase fait pour être vide” 765.. Certes. la cavité du vase. comme forme vide. Mais. Nous devons mener la création ex nihilo. manque nécessairement dans le vide chosique. “le point culminant” de ses “développements concernant la Chose”. De la même façon. nous ne pouvons pas nous défendre contre cette idée. on ne suppose pas cependant que Dieu ait besoin d’un vide primordial pour faire ce qui est à partir de lui”766. à la girouette -un sens qui n’obéit apparemment qu’à cette loi de caprice et d’arbitraire qui est celle de la Mère. En raison de la présence de la Chose dans sa représentation réelle. celle informe qui donne toutefois une forme à la cavité du vase. La seule Chose qui devra nécessairement remplir le vase toujours. nous serions. peut recevoir une forme de la totalité nécessairement informe -ou absolument conforme à elle-même. c) Parce que la Chose est seulement présente. à savoir le nihil. n’est lui-même la Chose. pp. qu’en tant que nihil -pour autant que l’être du sujet. in Lacaniana. qu’il est “comme un vase : création d’un vide qui laisse la perspective de le remplir”764. M. n’a aucune forme. chez Lacan. du vide.“l’hypothèse du trou.. en tant qu’absence. absolument chosique. 767 Ibid. Or. ou plutôt elle n’est le nihil qu’en étant le contenant de ce nihil. comme sens figuré et élément passif -participe passé. en tant que trace de la Chose. b) Parce que la forme vide n’est que celle du nihil qu’elle entoure. que la trace ou le négatif. 10 . comme vide signifiant. pour lequel est présente la Chose. Dans le champ lacanien. comme -a. Ce n’est qu’autour du vide. la forme du nihil autour duquel a été façonné le récipient. Ce qu’il faut bien comprendre c’est que le nihil ne peut avoir aucune forme. c’est du vide que vient le reste”767. voire l’indice. 9-10. “Ex nihilo”. toujours et dès l’origine. dont la seule signification est son existence -comme dirait Caeiro. I.. aussi. Ce nihil. de la vacuole dont il est l’indice. du côté des philosophes taoïstes. ex nihilo. peut contenir en elle n’importe quel signifié. 2001. semble bien aller contra la doctrine juive ou chrétienne de la création. De manière analogue. “L’éthique de la psychanalyse”. la forme du vide chosique. que le vase peut tourner ou s’enrouler. comment est-ce que l’informe du vide peut donner une forme à la cavité du vase ? De la même façon que la Chose aérienne. En même temps. la lettre a. donnera toujours sa forme au contenu imaginaire signifié. que “le signifiant n’a pas de sens propre”. son vide chosique.. à savoir. puisque dans le Tao “le vide est au commencement”. il ne présente lui-même la Chose. voire le propre vase. aucun sens propre. du nihil qu’elle présente. en tant que Chose. comme nihil. Le récipient ne représente réellement la Chose. Outre son existence. en évoquant la métaphore du potier -de laquelle nous allons nous occuper au moment opportun-. un vide absolument neutre. la distinction entre sens propre et sens figuré sont sans fondement” . le vide chosique autour duquel un jour elle fut produite -comme la Chose qu’elle représente fut un jour créée à partir du nihil. “Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse. nous avons un vase qui n’est l’indice de la Chose que dans la mesure où il est la propre Chose dont il est l’indice. c’est le vide signifiant. op. p. un récipient comme le Saint-Graal n’est plein de ce liquide qu’en lui imposant la forme du nihil qu’il y a eu avant à l’intérieur. Permettez-moi de vous faire remarquer que l’indice de la Chose. aucun sens caché. En représentant réellement le vide signifiant chosique. 270 766 Regnault. 9. n’a d’autre forme que celle informe du vide. le récipient n’est vide que pour se remplir. en effet. et “sans qu’aucun dieu s’en même. Fayard. son intérieur. Paris. que “la notion de sens propre et. C’est pourquoi -je cite François Regnault. ce vide qui n’est vide que par l’être du sujet qui manque en lui. doit précéder tout ce qui l’entoure -tout ce qui n’est réellement qu’un indice du vide. 1956. la seule forme du contenant ou de la cavité du vase. ou le reste détaché de la totalité. Or. comme simple origine ex nihilo. Nous arrivons ici à ce que M. Même lorsqu’il est plein du vin ou du sang du Christ. la Chose. en acceptant qu’il n’y a rien avant le vide signifiant de la Chose. Lorsqu’on parle d’une création ex nihilo. J. cet vide réellement représentée par le vase. Mais pour se remplir de quoi ? Toujours de cette forme vide. n’est pas exactement le vase. C’est une forme qui peut se remplir de n’importe quoi. mais ses parois. vol. que “si on ne le considère pas 764 Safouan. cette Chose dont l’intérieur est la trace. comme un simple reste ou indice de la Chose. peut donner un certain mouvement. on a donc besoin de concevoir quelque Chose avant la création. les séminaires de Jacques Lacan (1953-1963). Safouan considère. puisque cette dernière suppose que. aucune signification. lequel. Et pourtant. que parce qu’il est vide. comme représentation réelle de la Chose. voire sphérique. il est la Chose dont le vase est la trace. sans aucun sens propre -ou avec un sens neutre où tous les sens se neutralisent-. 765 Lacan. 145. le trognon. est le vide signifiant. que la partie de la totalité unitaire chosique. op. autour du nihil. comme -a. p. un certain sens. selon Regnault. p. autour duquel le potier fabrique son vase. in Écrits. précède toutefois la vase. cit. ce nihil qui dure tout le temps que le vase dure. comme vortex ou Chose axiale. comme sens propre et principe active -participe présent-.. Par là. le contenant symbolique signifiant.

Bref. Ainsi. qui “permettent au sujet de maintenir son désir à distance créatrice d’avec la Chose” 775. ne pourra être qu’insignifiante. à savoir le caractère signifiant de la Chose représentée par le vase vide. 768 Juranville. qui devrait être signifiante comme lui. l’insignifiance par laquelle il se montre incapable de signifier la Chose. ou plutôt comme vide chosique seulement dans la mesure où le vase vide -en tant que signifiant. “La Chose lacanienne”. le Christ divin et son corps humain. “La Chose”. 1984. p. in Corpus Hermeticum.59”. “Séminaire du 27. en tant que Chose. op. 1795. 1984. cit. 1895. 1950. pp. la Chose -entendez moi-bien.12. cit. 777 Freud. par exemple. 774 Lacan. ce que Lamboley désigne comme le “Quadriparti secret” de l’éthique lacanienne. 2003. 1837.. p. les Quatre se tiennent. signifiant insignifié. 80. qui distingue : a) L’objet a. 144-145 770 Heidegger. in L’éthique de la psychanalyse. “Traité II”. 94. non pas comme vide chosique. Unis à partir d’eux-mêmes. n’importe quel élément humain ou divin. Cette présence du vase comme vide chosique signifiant me permettra maintenant de vous signaler sommairement une idée lacanienne très complexe sur laquelle j’aurai l’occasion de revenir en détail. op. comme Dingvorstellung. ou bien comme “les reliques” ou “restes terrestres sacrées” de Hegel778.. op. 293. mais insignifiant dans sa représentation réelle. un signifiant qui ne peut aucunement être signifié -en raison de son propre vide ou de sa propre insignifiance comme signifiant-.. J. 402. si le vase fut choisi en raison de son vide pour représenter réellement la Chose insignifiée. “Entwurf einer Psychologie”. 1200. Dans ce Quadriparti. comme “ce qui reste de la Chose”776. Traduction française: “Esquisse d’une psychologie scientifique”. 1. 1995. 773 Guillaume de Vinier. op. p. Comme présence de la Chose. op. le corps de la Mère ou de la Sainte-Vierge. W. de la signifiance chosique. évidemment. pour autant qu’il ne peut se signifier luimême. si le vase fut choisi pour représenter réellement la Chose. A. cit. isolée. 36.dont “le col embrasse le membre de l’homme”772. 1960. p. 205. J. absolue. A. Dans ce Quadriparti. op. de la place occupée dans notre cours par l’objet a en tant que reste -voire partie et en même temps indice. 769 Lacan. un signifiant vide qui n’est signifiant “de rien de particulièrement signifié”. forcément insignifié en tant que Chose. il y aurait. pour autant qu’il est vide -et donc sa représentation réelle. 772 Sade. ce nihil. p. Op. ou encore de cet autre vase -qui est toujours le même vase. Comme signifiant à l’état pur. Tel est le cas de ce “vase plein d’air et de souffle” d’Hermès Trismegiste771. cit. “Le champ de la Chose selon Heidegger et Lacan”. c’est pour autant que ce vide. pucel roiauz”. ce n’est que dans la mesure où le vase est un signifiant comme la Chose.qu’est le corps de la Mère et de la Sainte-Vierge.. les divins et les mortels sont ensemble présents. 11 . un signifiant insignifié -vide de signification-. cit. op. il ne représente que la Chose “comme signifiant”769. ne pouvant signifier rien de lui. si le vase “représente” effectivement la Chose. La philosophie dans le boudoir. en tant que représentation réelle qui comporte la présence de ce qu’il représente. pour autant qu’il “ne saurait y avoir de deux son trois. 492.. Leçons sur la philosophie de l’histoire. 775 Lamboley. S. p. D’après l’idée que je viens de signaler. F. le Graal apparaît. Op. cit. Il peut signifier.. p.60”. pour autant qu’il n’y a rien à signifier en lui-même.1984. absolu. plein de toutes grâces” 773. de prendre la représentation réelle comme un signifiant indépendant. 1959. Le Quadriparti de la Chose heideggérienne est susceptible d’une interprétation lacanienne -à partir du Fort “corrélatif” du Da comme éloignement corrélatif du rapprochement. 6. cit. cit. 350. en fait. ou du “vase” qu’est “la matrice” -de l'Eugénie de Sade. cit. Il s’agit. il y aurait d’un côté “le sujet en son effectivité” et de l’autre côté “l’objet a” ou la “loi de castration symbolique”. vol.qu’il est aussi lui-même comme signifiant. sans aucun rapport à la Chose -pouvant ainsi apparaître comme la présence même. in Recueil. Heidegger considère que “la terre et le ciel. isolé. en découvrant.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 comme trognon.01. et donc en référence à la pomme initiale”768.. qu’il verse et qu’il retient. cit. ce “très précieux vase de douceur. p. G. Autrement dit. comme nous allons tout de suite le constater. p. nous la trouvons chez Juranville. M.. la Chose insignifiée comme signifiant à l’état pur. p. dans un Graal. 217. comme signifiant vide. ils sont pris dans la simplicité d’un unique Quadriparti”770. celui-ci comme signifiant insignifiant pour signifier la Chose qu’il est lui-même. Il faut se rappeler ici. en tant que présence du vide chosique signifiant. 771 Hermès Trismégiste. PUF. Peut-être on peut même retrouver ce Quadriparti dans l’enseignement de Lacan. 10. 778 Hegel.de la totalité de la Chose : comme le “reliquat échappant au jugement”777 du Freud de 1895. le vin ou le sang du Christ. le vase est vide. qui ne cesse jamais de se rapprocher un sujet dont il est l’objet dernier de son désir -rapprochement qui appartient aussi à l’essence propre du Quadriparti. Lacan et la philosophie. où se rassembleront l’or terrestre et l’air céleste. alors que dans l’axe horizontal. ECF-Val de Loire. dans l’axe vertical. Prévenant toute chose présente. Paris. 776 Juranville. in L’éthique de la psychanalyse. et cela doit sûrement comporter le quatre”774. mais de “tout ce qui est signifiant”. Angers. est l’insignifiance propre à tout signifiant. Op. in Poèmes d’amour des XII et XIII siècles. du ciel ou de la terre. le vase peut signifier n’importe quoi. R. 219. “Séminaire du 16. Une autre lecture du Quadriparti de Lacan. p. 10. en effet.peut être plein de n’importe quoi -sauf de lui même en tant qu’insignifié. dans le vin qui le comble. I.. dans un extrême la “Chose extime au sujet” et dans l’autre extrême le “désir promu et maintenu grâce à l’objet a”. “Virgene..

cit. Tableau 35. “La Chose lacanienne”. Néanmoins. pareille tendance n’est telle.comme tendance à la proximité de l’être-là dans l’Autre du sujet. 1984 Sujet Objet a Lamboley. cit. p. son propre être ici dans son manque-à-être du vide chosique. comme déloignement. Or. nous assistons au rassemblement par lequel.. que par la condition d’éloignement qu’impose une Loi à laquelle est soumis le sujet du signifiant -sa Loi qui est précisément. Il faut se rappeler ici. n’est désir. Heidegger.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 b) Le trait unaire. 1950 Ciel Terre Juranville. qui n’est qu’un rapprochement dans l’éloignement. 783 Heidegger. seulement ce qui reste loin est susceptible de se rapprocher. l’objet insignifiant (-a). le déloignement. la Loi du signifiant. chez Heidegger. Nous pouvons essayer maintenant d’ébaucher un parallèle provisoire. comme être réel chosique du sujet insignifié de tous les prédicats. lequel se reconnaîtra en reconnaissant. Il importe bien de noter la coïncidence entre l’être réel chosique de Heidegger. ce sujet du signifiant n’est qu’un des éléments. “La Chose lacanienne”. si vous préférez l’orientation lacanienne. Divin Nom-du-Père Trait unaire Représentant symbolique de la Chose. in L’identification. in op. “le signifiant de la Chose comme sujet désirant”779. 1984. comme rapprochement dans l’éloignement. celui heideggérien et ceux lacaniens de Lamboley et Juranville (tableau 35). “la proximité accomplit son être en rapprochant ce qui est loin”783. sujet de tous les être qui manque prédicats.que dans l’éloignement de la Chose lointaine. Dans le Graal. dans la Chose.62”. sa représentation imaginaire qu’est la perception visuelle du graal et son représentant symbolique qu’est un graal comme symbole chrétien. nous pouvons revenir en arrière et affirmer. et cause de désir insaisissable. cit. in op. signifiant comme trace de la Chose. Remarquez bien que dans le rassemblement dont il est question.assez contestable. que dans la mesure où il y aura un être-là.. le dernier. la présence de la Chose qu’est le corps et le sang du Christ. le “signifiant de l’Autre”. J. “La Chose”. L’objet a. ainsi que du sujet qui “fait le signifiant” en effaçant la Chose780. sa représentation réelle qu’est le Saint-Graal. op. ou encore. 12 . réside l’être de la Chose heideggérienne. sacré de Hegel Mortel Phallus Désir Objet désiré saisissable. En tant que désir du sujet soumis à la Loi du signifiant. Dans les deux cas il s’agit d’un rapprochement de ce qui est loin et de ce qui doit rester loin pour tendre vers la proximité. 6 780 Lacan. d) Le phallus. 1984.3). Entre les quatre éléments du Quadriparti. dans la représentation imaginaire de la Chose. à guise de conclusion : puisqu’elle se rapproche le sujet tout en le tenant à distance (10. comme genre d’être d’un tel sujet. Dans ce rapprochement. dans ce rassemblement du Quadriparti il s’agit vraiment d’un rapprochement. le mortel et le divin -ou bien. dans un cas nous avons -pour le poser dans nos termes hégéliens. 211. il faut conserver l’éloignement. n’est que la manifestation symbolique du rapprochement dans l’éloignement. c) Le Nom-du-Père. p. Ceci dit. pour “maintenir le désir malgré l’absence de l’objet absolu”782. se rapprochent le ciel et la terre. celui-ci -ne l’oublions pas. 781 Juranville. M. aérienne. du trait unaire comme effaçant de la Chose. dans laquelle se “conserve l’éloignement” entre les parties dont elle est le rapprochement. N’empêche qu’il n’y aura de présence en-soi et pour-soi de la Chose. il y a évidemment un rapprochement chosique.03. 1995 Chose Objet a Parallèle Présence de la Représentation Chose comme réelle de la Chose. la Chose peut à juste titre être 779 Juranville. p. c’est-à-dire dans son objet a. Chez Heidegger. En effet. Le sujet que la Chose lointaine se rapproche. tandis que dans l’autre cas nous avons l’être-là dans l’Autre -comme être symbolique langagier. qui se rapprochent dans un rapprochement chosique qui n’a toujours lieu -ne l’oublions pas. et -nous le reconnaissons. là dans l’Autre où le sujet existe. “la signification phallique”. 6 782 Ibid. entre les trois Quadriparti en question. est à comprendre aussi comme cause du déloignement. Le Quadriparti heideggérien et lacanien.. et ce genre d’être du Dasein au regard de son être-au-monde.l’être-en-soi et poursoi dans le Même -comme être réel chosique-. dans l’angoisse du déloignement. lointaine. qui “assure le maintient du désir”781. Chose au sujet qui existe. le sujet chosique insignifié (a). comme rapprochement dans l’éloignement -rapprochement en soi dans l’éloignement pour soi-. pour que le rapprochement qu’est la Chose puisse avoir lieu. 1950. A. en tant qu’être-autre pour-soi. existant dans la chaîne signifiante. l’image signifiée (a+b) et le sujet du signifiant (b) . prédicat. reste terrestre axiale. chez Lacan. 1962. comme cause du désir. Heidegger note ainsi de manière explicite que dans la Chose. “Séminaire du 14. A.

ce rapprochement est toujours un rapprochement de la Chose à elle-même. Navarin. le sujet ne pourra se rapprocher de la Chose (10.5. dans ce mouvement de la présence à la confusion. celui-ci n’existe plus. devient donc une confusion chosique. il n’y a pas de confusion entre les deux. la privation et la castration. la présence devant le sujet.1). la Chose inclut toujours en ellemême. Puisque la Chose insignifiée n’est qu’en présence d’elle même. l’être-là. le sujet qui la rapproche dans l’éloignement. justement cette forme devant quoi je me trouve sans y résister. qu’un rapprochement dans l’éloignement. dans le meilleur des cas. En fait. 785 Sasaki. d’un autre point de vue. le sujet du signifiant que le sujet insignifié se rapproche n’est pas le même sujet insignifié. insignifiant. d’une “Chose particulière au Japon”. lequel se manifeste symboliquement comme le désir du sujet soumis à la Loi du signifiant. par rapport à l’être-en-soi. au-delà d’une certaine limite. l’être réel chosique. De ce point de vue. de sujet du signifiant. en dernier terme. N°55. qui explique. entre le sujet du signifiant et son objet insignifiant. suffit pour susciter sa confusion avec le sujet. 19 13 . pour se précipiter dans le centre du vortex. restant là comme sujet du signifiant. Analytica. Dans le rapprochement de la Chose lointaine. Or. cet être-là qui se rapproche de lui-même pour se reconnaître dans l’angoisse être-autre-ici. Je la regarde. comme un rapprochement dans l’éloignement. la force centripète n’agit qu’en même temps que la force centrifuge. qu’en se confondant avec elle -dans une proximité absolue. comme soi-même. ici. C’est tout simplement la Chose universelle dont le rapprochement jusqu’à la présence. dans l’espace réel qu’elle occupe. dans les prédicats. le risque de se rapprocher trop. Sasaki. 94. 10. p. par rapport à soi. avec le sujet. et que le sujet du signifiant sorte alors de son orbite hystérique autour de la Chose axiale. le rapprochement de la Chose n’est. en effet. son désir à l’égard de la Chose comme objet ultime de son désir. La présence de la Chose. 784 Nakagawa. La présence de la Chose. en tant que sujet de tous les prédicats. n’est que celui qui est en présence d’elle. j’écoute très passivement et cette forme-force de la Chose est si écrasante que j’y suis finalement tout entier absorbé -soudain c’est moi-même qui remplit le cosmos” 784. comme objet a insignifiant. aussi bien présente en Occident qu’en Orient ou dans le Mexique antique -en tant que le Moyucoyatzin aztèque.1). par rapport à l’Autre qui le désire là dans l’éloignement. dans la mesure où il y a un sujet et un objet. Après la frustration. Et pourtant. puisque la sphère a été coupée. En effet. Cependant. être symbolique langagier. Plus précisément. en tant qu’Autre réel ou être réel de l’Autre ou de l’être symbolique. que la force centripète domine sur la force centrifuge. et dans l’angoisse. il n’y a d’autre présence que sa présence réelle de Chose (2. voire le déloignement de son être-là.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 définie. comme le propre désir éprouvé par la Chose en tant que vide chosique ou sujet de tous les prédicats. dans le vide chosique. p. cit. lequel se rapproche à lui-même son ex-sistence. dans la Chose insignifiée. comme sujet de tous les prédicats -et en ex-sistant de cette manière ici dans le rapprochement. il y a toujours. se reconnaît toutefois être-autre-ici. au cours d’une discussion à propos de la Chose japonaise : “La Chose qui apparaît d’une façon accablante a une forme. Paris. le sujet qui se rapproche trop de la Chose. op. Pour autant qu’il y a deux sujets. Ce risque de confusion chosique est celui de la présence de la Chose. avec la Chose insignifiée qu’est le sujet confondu avec l’objet a. lequel se révèle alors. qui ne peut être présente qu’en présence d’elle-même. T. comme totalité unitaire ou univers chosifié de Pessoa. je ne pense pas qu’il puisse s’agir là. devant le sujet. Après la naissance du sujet du signifiant. En effet. H. in Lacan et la Chose japonaise. jusqu’à se confondre avec elle. lequel reçoit l’objet a qui tombe de la chaîne signifiante. “La psychanalyse au Japon”. 1988. il n’existe plus dans la chaîne signifiante. la Chose. Il n’est ainsi qu’une gravitation hystérique autour d’une Chose toujours lointaine. 1988. est très bien retracée par Nakagawa. que le rapprochement l’emporte sur l’éloignement. n’est en fin de compte que la Chose ou l’être-en-soi et pour-soi -voire l’être réel chosique insignifié qui apparaît insignifiant pour-soi comme pour un Autre. sans éloignement. ou du déloignement comme genre d’être du Dasein.3). Il se peut. dans la jouissance de cette Chose. dans la suppression hégélienne de l’être pur de la Chose-en-soi kantienne. En reprenant les termes de T. qui suppose nécessairement un rapprochement jusqu’à la confusion. 1988. et en le remplissant -en satisfaisant par là son désir de sujet. in Lacan et la Chose japonaise. “Jusqu’où suis-je moi”. comme être-en-soi hégélien ou comme totalité unitaire subsistante chez Parménide et Damascius ou comme indistinction qui suffit à la distinction chez Duns Scot. où le désir disparaît dans la jouissance d’un sujet qui n’est plus soumis à la Loi du signifiant (10. puisque là où la Chose est réellement (10.. le rapprochement n’a lieu normalement que dans l’éloignement. au point d’être en sa présence -en présence d’une Chose qui ne sera donc plus lointaine-. il n’y a pas de confusion entre les deux. En raison du rapprochement dans l’éloignement. pour le sujet qui existe dans la chaîne signifiante. en existant là dans la chaîne signifiante des prédicats. c’est pour autant que l’objet ultime de désir. en étant ce qu’il est. le désir de la Chose n’opère que noué à la répulsion ou à l’évitement névrotique -bien que toujours dans la jouissance de ce qui est logiquement antérieur. mais d’une “Chose universelle”785. ne manque plus au sujet. de sortir de son orbite ou tomber de la chaîne et de se confondre dans cette chute avec l’objet insignifiant qu’il est -voire. sans devoir devenir elle-même -comme sujet de tous les prédicats. à partir de son action. le rapprochement est susceptible de tourner en confusion. le sujet du signifiant ne pourra se rapprocher trop d’elle.4). En quelque sorte. Si le désir disparaît dans la jouissance de la confusion chosique. de la Chose insignifiée. ou du sujet à lui-même -du sujet insignifié de tous les prédicats. celui-ci. en même temps. au-delà d’une certaine limite.

comme Chose ou lettre a. comme vrai sujet -où nous retrouvons la vérité du mélancolique-. 2002. ne lui manque plus. le sujet dont l’être-là symbolique n’est pas distinct de son être-en-soi réel. À défaut d’un objet ultime de désir -qui soit désiré en manquant-. Le livre de poche. je ne puis passer sous silence deux importantes formulations lacaniennes le concernant : a) Dans sa Remarque sur le rapport de Daniel Lagache. que le mélancolique “ne fait que saisir la vérité avec plus d’acuité que d’autres personnes” 786. Gallimard. C’est pour cela que le désir s’évanouit. J. Le mélancolique sait que son être-là est chosique.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 soumis à la Loi du signifiant. “Remarque sur le rapport de Daniel Lagache”. un tel sujet ne fait que se reconnaître dans le réel comme chosique. L’un et l’autre seront un même sujet.. L. 273-274. dans le suicide mélancolique. Dans le cas du sujet chosique. dans la chaîne signifiante des prédicats. de même. le sujet du signifiant ne pourra pas être distingué du sujet de tous les prédicats. comme totalité unitaire comportant le sujet du signifiant aussi bien que l’objet a insignifiant -comme sujet insignifié de tous les prédicats. lorsqu’il reste Autre pour soi. il n’est donc plus réellement représenté pour le désir par son manque. par l’objet a ou -a. comme sujet insignifié de tous les prédicats. il ne s’agit pas d’une confusion comme celleci. n’existe pas non plus. premièrement comme un objet -l’objet a-. -a ou l’objet a. le sujet mélancolique s’assume comme ce qu’il est. comme il semble à Freud. devient un objet livré à l’arbitre de chacun”787. Leçons d’éthique. Maintenant. lorsqu’il est-là dans l’Autre.6. 1997. ce lieu aspirant de l’Autre qui est le vide chosique où l’objet suicidé tombe. en se trompant. En quelque sorte. p. il s’agit plutôt de ce qu’on pourrait appeler. Lacan établit que “le vrai. que le propre arbitre du sujet. 787 Kant. après la jouissance chosique du vrai sujet 786 Freud.-B. Remarquez bien que cet arbitre n’est apparemment. le sujet chosique de la psychanalyse. une indistinction logique structurale inhérente à tout sujet. mais le sujet insignifié de tous les prédicats. cette indistinction logique structurale inhérente à tout sujet. lorsqu’il se trompe sur ce qu’il est. En effet. Ceci ne doit pas nous faire oublier que la confusion chosique n’est pas seulement un risque ou une possibilité pour le sujet. “Deuil et mélancolie”. S. quelqu’un qui fait de lui-même ce qu’il est. lorsqu’il reste soumis au signifiant. lorsqu’il s’assume comme chosique. en tant que sujet désirant et soumis donc à la Loi du signifiant. qui de lui même est le plus prochaine tout en lui échappant le plus” 788. De ce fait.et désirée -comme objet ultime de désir-. La Chose. 14 . Laplanche et J. Cependant. 151. tel qu’il est conçu dans la psychanalyse. mais qu’elle est aussi. 788 Lacan. comme s’il devinait déjà que l’arbitre auquel se livre l’objet sans arbitre qui se jette par la fenêtre n’est jamais son propre arbitre -pour autant que les objets n’ont pas d’arbitre-.. Paris. nous ne pouvons voir dans le suicidé “qu’une charogne”. Curieusement. jusqu’à la confusion chosique proprement dite. le sujet chosique. le désir ne peut que s’évanouir dans la jouissance propre à la confusion de la Chose amoureuse -soit le rapprochement sans éloignement du sujet à sa Chose maternelle. dans la théorie freudienne et lacanienne de la Chose.et à défaut enfin d’un sujet qui puisse désirer -en existant sans être dans la chaîne signifiante-. de 1958. comme Kant. par une cause de désir qui n’existe plus. Dans le cas du sujet chosique. lorsqu’il n’existe que dans la chaîne signifiante des prédicats qui ne rendent pas compte de son être. mais celui d’un sujet. lorsqu’il ne connaît pas le sujet de tous les prédicats où il existe. Nous avons donc raison lorsqu’il nous semble. en se suicidant. 1780. à partir de l’angoisse et jusqu’au suicide mélancolique. 1960. le mélancolique assume donc. comme objet a ou -a. plus précisément celui d’un Autre. n’est autre que la Chose. à l’occasion. à défaut de toutes ces conditions du désir. celui de l’Autre réel. J. 10. De même que dans la confusion chosique le sujet du signifiant n’existe pas . “qui fait de lui-même une chose. ne manque plus. op. Nous avons donc le sujet. Langlois (trad. jusqu’aux dernières conséquences. et parce qu’en ne manquant plus.). il se reconnaît dans l’objet a comme être-autre-pour-soi. mais qui cesse d’être sujet. ou la lettre a. il sait qu’il est le sujet de tous ces prédicats. le sujet du désir (. dès lors qu’il ne manque plus d’être. la cause de son désir. sinon le bon sujet.). en étant aussi chosique que le mélancolique. le rapprochement de la Chose risque de se transformer en confusion chosique. lors de la déchirure du voile imaginaire de son être-autre-pour-un-autre -de sa chosette. cit. ne peut aucunement être distingué de l’existence ou l’être-là du sujet. Kant affirme clairement “l’arbitre de chacun”. 133. être-autre-pour-soi. Parce que l’objet ultime de désir. Paris. par exemple dans la mélancolie.qu’en ex-sistant ou en échappant d’elle-même en tant qu’objet a. qui est toujours chosique. pp. à l’objet ultime de son désir. Le sujet et son objet sont une même Chose. in Métapsychologie.et la distinction entre les deux. 1915. à défaut également du manque -en tant que cause de désir. pour devenir Chose -Chose amoureuse ou confusion incestueuse entre le sujet comme Autre réel et son objet a-. Au-delà d’une certaine limite. il ne s’agit pas d’une confusion vécue par un sujet qui n’est plus soumis à la Loi du signifiant et dont le désir disparaît dans la jouissance chosique. l’être-là dans l’Autre. p. nous aurons. en même temps la Chose désirante -comme Autre réel. ce sujet n’incarne pas une confusion comme celle de la Chose amoureuse où se confondent lui et son objet a -c’est-à-dire la confusion de son être-là qui se reconnaît. ensuite comme une Chose -voire sa confusion avec l’objet a. Il n’est donc plus le sujet du signifiant. Par cette reconnaissance.. À vrai dire. E. le sujet qui vient se confondre avec son objet. mais en l’ignorant. nous avons ici le sujet de désir assimilé. Par cette vérité qu’il saisit. une actualité réelle et subsistante -une actualité où l’être-en-soi du sujet. En raison de cette actualité. afin de satisfaire le désir de cet Autre -qui n’est désir d’un sujet que lorsque le sujet reste sujet. Pontalis (trad.). pour vous présenter ce sujet chosique. voire la Chose de jouissance qui n’éveille son propre désir de Chose -qui est celui du sujet en tant qu’Autre.

La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 de tous les prédicats. être autre que lui. et dont la représentation imaginaire -la réalité de Frege et des psychologues du moi. l’être-là désirant du sujet qui se trompe -l’être-là dans l’Autre qui le trompe. voire l’homme orgueilleux -aussi orgueilleux que la lumière. Il doit repousser le regard. Comme Chose.n’est qu’un voile de lumière à la surface de la choséité suprasensible. qui était à l’origine et avant toute lumière.qu’un vide chosique. l’Autre qu’il est là. ce regard doit s’arrêter devant le miroir. il doit méconnaître donc la Chose qu’il est -ou comment il est en étant parfaitement chosique. 1967. une partie de cette obscurité qui donna naissance à la lumière orgueilleuse. moi. il croit être son moi. 15 . ce vide où saute l’objet mélancolique. change la vitre en miroir. ce petit monde de folie. comme plus-de-jouir et donc comme cause du désir du sujet en question. En ce sens.que l’obscurité. tout en étant vide. Bookking. Le sujet se trompe. Elle est alors si consistante. se regarde ordinairement comme formant un entier. le vide qu’il est. Cette obscurité. le sujet du signifiant. une partie de la partie qui existait au commencement de tout. elle jaillit de la matière. lui semble naturellement être-autre. le regard ne passe pas. Nous avons. derrière ce miroir imaginaire de l’autrepour-un-autre. comme a+b. le vide chosique du propre sujet du désir -le sujet qui n’ex-siste que derrière le miroir et dont le désir est le désir de l’Autre. Lacan affirme que “le sujet est parfaitement chosique. “rendu opaque du fait de l’inconscient”790. c’est du fait que ce vide. J. l’origine. ainsi que ce petit monde de folie qu’est le moi idéal -avec son i(a) du narcissisme-. opaque et intransparent en raison de son obscure consistance. Il doit lui manquer là. En fait. la mère. Pour comprendre cette intransparence et opacité. le sujet intransparent. dans l’Autre ou dans la chaîne signifiante des prédicats -b1+b2+bn. en élevant l’objet à la dignité de la Chose. c’est-à-dire l’objet a ou l’être insignifiant qui manque. Pour ainsi dire. Ainsi. il n’y a -semble-t-il. de son être-ici-en-soi chosique. car malgré ses efforts elle ne peut que ramper à la surface des corps qui l’arrêtent . insaisissable au miroir -comme le phallus imaginaire ou l’objet transcendantal kantien dont il est l’expérience pour le sujet. 51-52. comme objet a de l’Autre. cette opacité. 1831. lequel. 1999. il est rempli de lui-même. Cette vacuole derrière le miroir du monde ou derrière l’image dessinée sur n’importe quelle fenêtre. la totalité. qui maintenant dispute à sa mère la Nuit son rang antique et l’espace qu’elle occupait . Ainsi. pour qu’il soit le sujet de désir qu’il est. Faust. en tant que la chosette de l’être-autre-pour-un-autre -le moi et le petit autre spéculaire de la méconnaissance imaginaire. Paris. W. de Nerval (trad. constitue un attribut essentiel de la totalité unitaire et consistante de la Chose. Ainsi. ce qui ne lui réussit guère pourtant. le 22 février 1967. dont la représentation réelle -ou l’être réel du sujet qui existen’est qu’une partie. En effet. l’opacité du métal ou de la nuit derrière le verre. lorsqu’il traite. je suis. il ne laisse pas. la consistance. Cet être-là échappe du plus proche. b) Dans le séminaire sur La logique du fantasme. la nuit. sur la surface de la Chose opaque et intransparente qu’est la lettre a.). l’être chosique insignifié du sujet. nous avons cette lumière orgueilleuse qui rampe à la surface des corps. Pour comprendre mieux le rapport entre la Chose et cette obscurité totale et originaire. ce vide est donc le vide chosique de l’Autre où manque l’être-autre pour-soi comme pour un Autre -où manque l’objet transcendantal kantien comme -a insaisissable.02. le plus proche qui lui échappe le plus -en étant pour-soi-. du fait même qu’il est parfaitement chosique. pendant la nuit. 790 Ibid. derrière. le nom de Chose. derrière le miroir. Du côté de l’imaginaire.67”. “Séminaire du 22. produit l’imaginaire -comme l’intransparence. ce vide aspirant où manque ce qui est devant. éloigné. par rapport à son être-autre ici pour lui -pour-soi. Or. si pleine d’elle-même. in La logique du fantasme. le vide chosique de l’inconscient. détaché du sujet trompé. Il croit donc être ce qui est reflété ou signifié dans la surface imaginaire qui recouvre le réel de a -ce qui est reflété ou signifié par chaque prédicat. il faut considérer que l’espace. en tant que sujet transcendantal. Et derrière cette simple surface. par chaque lettre b. la belle image sur le miroir pour l’affreuse beauté idéale derrière le miroir. il faut écouter ce que Méphistophélès explique au Faust de Goethe : “Si l’homme. il est opaque et intransparent. Apparemment. Si nous nous reflétons sur le miroir du monde -ou sur le cristal d’une fenêtre pendant la nuit-. être-pour-lui comme pour-un-autre. pour lui comme pour un Autre. un être-pour-soi. qu’elle n’est qu’en présence d’elle-même. qui suffit pour donner consistance de Chose -même de Chose aérienne. dans la consistance de son obscurité. si nous voyons des images qui recouvrent le vide chosique. il n’y a de lumière que sur la surface du miroir. il reste donc insaisissable. méconnaît le sujet insignifié de tous les prédicats où il existe. c’est-à-dire comme ce qui est reflété. opaque.qui se regarde comme formant un entier. l’arrêter à sa propre surface. un voile qui nous cache l’obscurité de la Chose inconsciente qu’elles représentent pour notre conscience. C’est pour cela qu’en touchant cette image. mais un corps suffit pour briser sa marche” 791. et de la pire espèce de Chose.comme pour un Autre. il mérite. qui ex-siste dans la chaîne signifiante des prédicats. de “l’opacité” et “l’intransparence” du sujet. au sujet qui ex-siste. dans l’image lumineuse. pour le sujet trompé qui ne se reconnaît plus chosique. 789 Lacan. la lettre a qu’il est vraiment. la Chose aérienne est remplie d’elle-même. l’obscurité. son être-en-soi chosique. pour autant qu’il est l’être pour-soi qui doit manquer au sujet qui existe derrière le miroir -dans l’obscurité suprasensible de son inconscient. cette intransparence. elle y ruisselle et la colore. comme +b. bien que vide. G. le corps. la chose freudienne précisément” 789. devient de telle sorte. Il croit ceci d’autant que la Chose est opaque est intransparente.à tout l’univers. Là. Dans son obscurité réside sa choséité suprasensible. ou il sublime. n’est alors -manque de l’être qui est devant le miroir. pour le sujet désirant. pp. du côté de la Chose. J. doit méconnaître ce qu’il est -soit l’être-autre qu’il n’est pour-soi qu’en l’étant comme pour un Autre-. en prenant la chosette pour la Chose. Dans son obscurité. l’opacité. se pénétrer par aucun regard. 791 Goethe.

Nous arrivons seulement. à savoir -je cite Juranville. pour lesquels “mot et Chose ne se recouvrent pas” 794. cit. mais une autre chose. A. le regard doit rester suspendu comme être du sujet du désir. la Chose insignifiée. s’il était donc devenu schizophrène ou s’il rêvait simplement. vol. Vous auriez alors. que “les mots sont fréquemment traités dans le rêve comme des choses (Dinge)”792.. pp. comme quoi “il faut se contenter des mots à la place des Choses”796. Prenez ainsi. Traduction : L’interprétation des rêves. Nous devons donc le mettre à sa place. p. Le roman de Tristan en prose (version 2). vol. Vous pourrez alors constater avec Juranville. p. p. 85. une Chose qui s’isole. ne représentent pas la Chose. 216. que la Chose “se déduit d’une part de ce que le signifiant suscite l’idée d’une plénitude absolue. 237. “s’il avait réellement vu le Saint-Graal ou s’il l’avait rêvé”795. 1915. op. que les mots. par un mouvement dialectique. 18. Or. op. avant de vous dissoudre dans sa consistance inconsistante.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 comme cause de désir. dans son surgissement même. La différence entre les deux registres. une pensée ou un mot. pp. 239-242. le rapprochement dans l’éloignement. une place vide -occupée désormais par l’Autre où existe. pleine d’elle-même. dans une élaboration bien plus complexe. 797 Juranville. En remettant le signifiant à sa place.. inconsistante. une Chose. du symbole ou de l’être symbolique langagier -le même vide chosique du vase qui nous a permis d’introduire le caractère signifiant de la Chose insignifiée. mais en la prenant simplement comme Chose. une table. 794 Ibid. S. 799 Ibid. 21. Lacan et la philosophie. dès le début de notre cours. qui se révèle maintenant comme pure signifiance. ou être réel chosique suprasensible. en présence d’ellemême et de rien d’autre. Elle se montre comme ce qu’elle était dès le début. comme sujet sans prédicat. 18. 1984. le suprasensible et l’inconscient. sans la signifier. le Vorstellungrepräsentanz signifiant ne représente jamais réellement le Ding. et d’autre part de ce qu’il impose. VIII. n’oubliez pas qu’il fut déjà discerné par Freud aussi bien dans le rêve que dans la schizophrénie et dans une certaine philosophie. pleine de sa signifiance. en tant que vacuole. 800 Ibid. Le point où le signifiant se révèle comme réel insignifié. la Sachvorstellung qu’ils représentent -en tant que Vorstellungrepräsentanzen-. c’est une Chose. cit. op. 219. Bien évidemment. op. Traduction en français moderne : p. comment elle semble se suffire à elle-même. 798 Ibid. pleine de son vide signifiant. donc impossible. dans cette plénitude chosique du vide signifiant. Dans le rêve et dans la schizophrénie. comme la Chose de Caeiro -qui n’a d’autre signification que son existence. sous vos yeux. l’épreuve du manque de cette plénitude”800. c’est-à-dire la représentation imaginaire de la Chose. l’insignifié et le signifiant... cit. Nous voilà bien loin de la Chose tout simplement absente dans son représentant symbolique.. pleine de sa consistance réelle. p. devant le miroir de l’imaginaire -devant la surface extérieure de l’intransparence ou l’opacité chosique-. Freud avait déjà reconnu. op. comme un absolu.. 1250. Autrement dit. pour un Lancelot “qui ne savait plus”. par les mots d’un autre chevalier. le “signifiant incarné. nous pouvons -et nous devons même. Nous devons prendre ainsi le signifiant comme s’il était ce qu’il est.est une chose. manque de sujet. 795 Anonyme. de la plénitude inhérente à la Chose amoureuse.. ce point où le mot devient Chose. un sujet qui ne cesse pas pour autant d’être parfaitement chosique. bien évidemment. les mots.. vous arriverez encore à voir. cit. Ce que nous avons maintenant. 215. cit. en tant que sujet du signifiant. qui est la place de la Chose. 237-242.. “Traumdeutung”. 215. absolument réelle. à ce point très précis où l’indistinction entre les deux registres suffit à leur distinction -pour reprendre les termes de Duns Scot. mais découverte et présentée par les mots -comme elle est découverte et présentée. Tout en vous confondant avec cette Chose signifiante. 301-302.. p. 1900. 1915. en devenant un signifiant à l’état pur. de tout ce qui l’entoure. le réel et le symbolique. en même temps que la Chose s’avère signifiante. comme des représentants symboliques. rapprochant cette situation de celle où se trouvent certains schizophrènes et philosophes.la “réalité muette du signifiant pur”797. qui est celle de la Chose insignifiée. Mais ce ne fut que quinze ans plus tard qu’il affirma tout simplement que “le travail de rêve traite les mots comme les Choses” 793. 792 Freud. 16 . voire dans l’Autre où l’objet mélancolique se précipite par le suicide -par un rapprochement sans éloignement. n’importe quoi. un vase. op. vide chosique de l’inconscient. cit. En 1900. Faites l’expérience de prendre une chose comme telle. puisque ce signifiant -dans sa matérialité. en effet. alors que derrière il ne doit y avoir que la Chose et le désir. À la différence de la Dingvorstellung insignifiante. cette situation est généralisable. p. n’est pas toutefois annulée. S.nous contenter de lui à la place de la Chose -ou nous contenter du prédicat à la place du sujet. VIII. réel”798. 793 Freud. le signifiant absolu. ce point d’indistinction. ou objet a qui lui manque. le “signifiant dans sa pure signifiance”799. S. isolé. le signifiant s’avère chosique. ne recouvrent jamais la Chose.. 257. et puisqu’il est en plus insignifié -en tant que signifiant-. pp. “L’inconscient”. Il s’agit.. Nous savons très bien. les signifiants. dans le rêve et la schizophrénie.. dans le Tristan. le sujet accède à une Chose qui n’est plus représentée ou recouverte. p. le vide chosique aspirant dans le sujet parfaitement chosique du désir. “L’inconscient”. 796 Freud. vide. comme Chose. cerné de solitude comme la sphère d’Empédocle.

in L’éthique de la psychanalyse. bien décrit par Pierre Martin.dans l’univers humain -dans un univers qui ne cesse pas pour autant de se montrer comme l’univers chosifié de Pessoa. De façon réciproque. mais seulement du Même. nous avons le passage temporel du réel signifiant. “Séminaire du 20. Si nous acceptons la totalité unitaire chosique insignifiée -suprasensible. alors il n’y aura aucun Autre par rapport à l’Autre qu’est la Chose. ce Verbe incarné. la hostie. ou même à la totalité du Verbe. c’est la substitution au rapport du sujet au Verbe incarné. jusqu’à notre destin déterminé. Ce n’est pas seulement le mouvement. Pour représenter réellement cette totalité signifiante. une signifiance totale qui ne laisse aucune place pour la signification -c’est-à-dire.. de la Chose au réel”. pensons à l’Esprit-Saint des gnostiques. in Les formations de l’inconscient. elle se suffit elle même -bien qu’il n’y ait rien à signifier. Le sujet. ou de la Chose de jouissance -comme objet ultime de désir. du signifiant phallique. elle devrait être signifié par une action signifiante venue de l’extérieur. Pourquoi est-ce que la Chose pourra être signifiante et non signifiée ? Parce que pour pâtir. p. 804 Ibid. unique. “à cette confrontation”. comme quoi on retourne au constat d’une totalité signifiante. à l’imaginaire signifié. ici. dans le futur. du signifiant au signifié. op. elle aurait donc besoin de quelque chose d’Autre. comme ce Logos d’Origène. Pour concevoir la totalité chosique signifiante. Si nous réduisons au Verbe la consistance de la totalité chosique.06.60”. Lacan la décrit à partir de la totalité chosique signifiante dont elle est la représentation réelle. Et il ajoute : “Or. Nous disposons donc de l’objet a. de façon convergente avec toute notre tentative de formuler l’expérience analytique. nous avons étés amenés à appeler le signifiant privilégié. p. comme univers chosifié de Pessoa. J. la blessure de l’ensemble du signifiant. comme quoi elle reste insignifiante malgré sa signifiance. cette Chose qu’est le sujet en tant que rien. en tant qu’il porte sur le sujet humain. évoquée par Lacan. bien qu’aussi insignifiant -puisqu’il n’y aura absolument rien à signifier en dehors de lui. bien que seulement présente. la totalité du Verbe”. “Séance du 11. Une telle idée peut nous mener très loin. 17 . de la Chose. cit. qui imprègne toutes les choses. signifié par le signifiant de notre origine -comme sujet chosique de tous les prédicats qui s’ensuivent. 125.comme une entité signifiante. 449. un Même qui ne sera signifié par absolument rien -puisqu’il n’y aura absolument rien en dehors de lui qui puisse le signifier-. cette Chose qu’est le sujet comme signifiant pour un autre signifiant. comme -a. en tant qu’il désigne l’effet du signifiant sur le signifié. 803 Lacan. un métalangage qui puisse signifier la signifiance ou se laisser signifier par elle. même s’il existe dans la chaîne signifiante des prédicats. ou bien au Fils. pour être signifiante. Ce qui se produit donc dans le symptôme. et par lequel les choses sont et sont ce qu’elles sont. se substituant à lui. par exemple. pour signifier. op. au corps chosique du Christ. 83. la Chose est signifiante. Elle nous porte ainsi. l’empreinte. celle de la lettre a. signifiant.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Sortez maintenant de la Chose réelle et revenez aux choses imaginaires qui nous entourent. dans la mesure où il subsiste comme cette Chose insignifiée qu’est le sujet de tous les prédicats. de sexe féminin. Dans ce mouvement de la Chose amoureuse aux chosettes. “avec le moment où un homme peut faire que la question de l’existence soit suspendue pour la totalité de l’espèce humaine”803. Nous savons par Heidegger que Lacan fait ici une allusion à cette bombe à Hydrogène “qui pourrait mettre en cause la planète elle-même comme support de l’humanité”804. p. Ici. Difficile d’accepter qu’il n’y ait dans le réel que de la signifiance insignifiante. la personne. mais c’est aussi -dans le même sensun mouvement de notre origine déterminant. même si elle n’est réellement représentée que par l’insignifiance de l’objet a -et même si la représentation réelle n’est réelle que lorsqu’elle comporte la présence de ce qui est représenté. Entre la Chose et les choses vous avez fait un mouvement. dans sa représentation réelle. la marque. voilà ce que nous voyons apparaître. Néanmoins. que l’ouverture inconsistante qu’est l’empreinte de ce Verbe.. il n’y aura aucun Autre. assimilé ainsi à la totalité signifiante de son univers humain. d’un signifiant qui sert à désigner l’effet. pour un Autre de l’Autre. où à la place de cette hostie.. tel qu’il s’exprime.aux objets désirés -dont on jouit-. Il faudrait ici évoquer le commentaire de Lacan sur un cas de névrose obsessionnelle de Bouvet. pour être signifiée. P. 802 Lacan. J. comme monde pour y habiter. nous savons déjà que nous ne disposons que de la partie insignifiante qui n’est plus la totalité signifiante. mais qui sera quand même signifiant. dans la Dingvorstellung. comme Chose amoureuse. op. comme “le Christ. les autres choses restent signifiées. La notion d’une totalité chosique signifiante ne va pas de soi. cit. comme blessure de l’ensemble du signifiant. cette idée s’ensuit logiquement à partir de celle de la totalité unitaire chosique : si la Chose est la totalité unitaire consistante de l’Univers. alors que pour agir. alors il n’y aura plus que son vide signifiant -celui de l’inconscient. le Verbe incarné. 1958. mais ce qui doit se détacher de cette totalité lors de la castration. comme partie insignifiante. 1960. se représentait les organes génitaux masculins. p. signifiées par la Chose qu’ils prétendent représenter. du morcellement originaire. indirectement. dans le passé. 1983. cit. dans cette hostie sainte sublimée qui est censée représenter la totalité signifiante chosique du Verbe ou du corps du Christ. Elle nos mène d’emblée au solipsisme d’un sujet du signifiant assimilé à la signifiance où il existe. où “de la chaîne des signifiants. et que de par l’instance du signifiant il y a chez lui de choses qui viennent à signifier”802. cette arme “dont la détonation initiale pourrait suffire à éteindre toute vie sur 801 Martin. ce que. ce Verbe qui est en tout.. il n’est un sujet -et non pas un prédicat. il n’y aura donc aucun Autre de l’Autre.58”. “Du signifiant à la réalité des choses.que dans la mesure où il reste chosique.01. 125. alors nous n’aurons plus. le monde ‘des choses’ s’ordonne en une logique du manque où le désir se fonde de la perte de la jouissance” 801. Si la Chose s'avérait signifiante. celui qui va du réel à la réalité.

“D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose”.comme “être de l’étant”810. p. tout en étant réellement représentée (5.. Celle-ci n’est dans l’éloignement qu’en étant du rapprochement. le postulat de cette Chose insignifiée -comme sujet de tous les prédicats. ou Chose opaque et intransparente incarnée à un moment donné par un sujet chosique à Washington. ou son évidement.. l’Autre sans Autre. in Écrits. non pas dans la signifiance où il existe -comme être-là dans l’Autre-. “Topologie de das Ding”. à la “symbolisation primordiale” qui “inaugure” cette “chaîne signifiante” où existera dès lors le sujet. 125. J. “Séminaire du 20. p. 806 Ibid. Il s’agit du vide chosique de l’inconscient. la Chose insignifiée que Lacan désigne ici -à la manière de Heidegger. “Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse”. 317. la symbolisation primordiale n’opère que par le mouvement de signifiance de la Chose. En effet. op. entre le Saint-Graal et n’importe quel autre graal. 1950.4). 81. chez l’enfant. Comme nous le fait remarquer Lacan. ne pourra donc pas être distingué de la Chose -une Chose qui n’est donc plus. 18 . II. ce qui “est à signifier”. Nous pouvons comprendre génétiquement ce que nous venons d’exposer logiquement.. Voici. même Chose opaque et intransparente incarnée à ce moment par un autre sujet chosique à Moscou. Cit. ce qui ne serait -d’après le philosophe allemand. Nous affirmons là. alors -si l’on peut dire.un sujet chosique qui est signifiant dans sa condition d’insignifié -comme rapprochement symbolique. I. cette Chose qui ne cesse pas toutefois d’être le sujet chosique -le sujet de tous les prédicats ou le sujet en tant que rien (6. 56. “à l’intérieur de nous-mêmes. celui de la Chose maternelle qui manque.60”. p. Nous sommes ici. Traduction française: “La Chose”. l’être symbolique langagier ne constitue qu’un être réel chosique retourné sur lui-même. loin d’ici -comme la Chose maternelle en tant que Chose lointaine. en lui. vol. 1988. cit. sans un Autre réel qui ne soit pas lui-même. que dans la mesure où elle est signifiante -en tant que déloignement. chez Heidegger. 811 Lacan. 805 Heidegger. cit. M.5). elle ne reste insignifiée que pour autant qu’elle est signifiante. p. p. non pas en-dehors de lui. dans le déloignement. qu’il n’y a de réel que la causette.. n’est que la Chose même. lorsqu’il peut replonger la totalité dans le néant. il n’y aura donc plus aucune différence entre l’Autre réel de la Chose et l’Autre symbolique du langage. par exemple. Puisqu’à l’origine il n’y a que la sphère exultante cernée de solitude.3) par l’insignifiance de l’objet a (4. en tant qu’insignifiée et en fonction de sa présence là-bas. p. J.01. ne seront que les deux faces du même être de l’étant -pour reprendre des termes heideggériens que Lacan ne repousse pas. in L’éthique de la psychanalyse. que dans son absence. rapprochement dans l’éloignement. en état d’appréhender un caractère fondamental de la Chose théorisée par Lacan. 1953. ce qu’elle fut avant. le même néant duquel cette totalité surgit un jour. 1958. Op. vol. ex nihilo. entre le corps du Christ et le SaintSépulcre de Hegel. op. Charraud pouvait décrire à juste titre. Das Ding.5). ou -pour plus de clarté. en tant que signifiante. nous retrouvons la Chose. En effet. à partir de “l’Autre de l’Autre” de Lacan808. Da!. 1960. au “moment où le désir s’humanise” et “l’enfant naît au langage”811. Ceci dit. du côté du sujet”807. in L’éthique de la psychanalyse.le meurtre de la Chose. ne pourra être accompli que par l’effet du propre être réel chosique sur lui-même -comme le néant de l’être qui se néantise lui-même. où nous assistons. Il n’y a plus aucune distinction entre la Chose et la causette. en fait. cit. Dans son essence. 808 Lacan. Comme rapprochement dans l’éloignement. en passion de sa propre action. Le postulat d’un sujet chosique. Nous avons une Chose qui est en même temps signifiante et insignifiée. op. Dans cette perspective. s’effaçant lui-même.. n’est qu’une vacuole. à ce moment de son déploiement dialectique.59”. op. dont l’absence ici donne lieu à cette symbolisation primordiale au moyen de la bobine. entre le pragma et le semaïnon. 1959. en tant que Chose. le réel chosique et le symbolique langagier. 27. comme nous pourrons le vérifier tout de suite. implique en même temps le postulat d’une Chose signifiante et insignifiée comme seule chose qu’il y a à signifier par sa propre signifiance. ce que N. 807 Lacan. Les deux êtres.que la plus grossière des manifestations grossières confirmant la destruction déjà ancienne de la Chose: confirmant que la chose en tant que chose demeure nulle”806 -comme cette Chose nulle qu’est le sujet en tant que rien ou en tant que signifiant pour un autre signifiant . 809 Charraud. qui ne pourra être ici présente. Paris. la signifiance qui est d’ailleurs vraisemblablement celle de la totalité unitaire signifiante de l’univers humain -pour autant que la totalité signifiante de cet univers ne réside que dans celle d’un seul sujet à un moment donné. ou la Chose amoureuse comme confusion entre la mère et l’enfant. Navarin. 195. 201. cit. pour susciter l’étant. cette Chose ne reste insignifié (4. 53. Fort!. 810 Lacan. comme “altérité radicale par rapport au symbolique”809. certainement celle du néant heideggérien qui se néantise lui-même. pour un autre signifiant de communisme. la totalité unitaire chosique de l’univers humain. dans la possibilité d’explosion d’une bombe H. sa place ne reste vide. enfin.4). en tant que sujet.4)-. J. dans l’éloignement réel. ce qui revient à confirmer qu’il n’y aucun Autre de l’Autre. ou le Même de la Chose. que le signifiant à signifier.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 terre”805. N.3) sans pour autant le confondre avec elle (10.qu’est le sujet du signifiant assimilé à la signifiance où il existe -en tant que totalité unitaire signifiante de son univers humain-. la Chose qui se rapproche le sujet du signifiant (10.. in Analytica. 1988. le fondement de toute symbolisation -comme représentance ou présence symbolique dans l’absence réelle. l’Autre barré. J. mais dans la signifiance qu’il est -qu’il est ici en-soi dans le Même-. Nous voyons bien que dans cette chaîne. présence dans l’absence. Da dans le Fort ou objet ultime de désir dans la soumission à la Loi (10.12. p. “Séminaire du 16. in Écrits. au moyen de la symbolisation primordiale. l’Autre symbolique. en tant que signifiant de liberté.

c’est-à-dire “le signifié”814. 16-19.. p.. comme absolu. “La Chose lacanienne”. “il peut tout signifier. nous savons déjà comment comprendre cette situation paradoxale. 1925. En étant un signifiant. p. le point le plus radical où aboutit la réflexion lacanienne sur la Chose. 812 Lacan. ce qu’il faut comprendre. c’est parce qu’il n’y a pas de métalangage. cit. p. Sixième Ennéade. toujours avec Plotin. sauf assurément lui-même”813. A. Si le signifiant qu’est la Chose reste insignifié en raison de son insignifiance qu’est l’objet a. p. cit.02. ce signifiant est la seule Chose réelle. Ici. nous savons déjà que la Chose est réellement représenté par cet indice. qu’est l’objet a. ne peut plus se référer à la Chose sans se référer à lui-même. parce qu’il est sans matière. VI. il n’est lui-même rien qu’intelligible et que science”817 -rien que signifiance. le mot ou le signifiant. Le point où nous sommes arrivés. La Chose signifiante.. elle doit être frappée d’insignifiance. op. “Séance du 18. “non pas en ce sens que la science est la Chose..70”. la Chose se trouve déjà dans le discours psychanalytique : elle n’est pas dénotée par ce discours.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Comme rapprochement dans l’éloignement ou comme Da dans le Fort -à la base du Quadriparti lacanien812-. De manière corrélative. que “la science est identique à sa Chose”. un mot. que pour autant qu’elle est signifiante. Nous revenons ainsi. 813 Lacan. dans son isolement. op. la Chose ne reste insignifiée. 1953. “qui n’aurait aucun sens”818. le signifiant est frappé d’insignifiance -puisqu’il n’y a rien de réel. 1989. 23. Pour le dire en peu de mots : la Chose est un signifiant. ou présente en soi. celui de la chose en tant que chose de Alberto Caeiro. elle est ce discours. avec Plotin. insignifiée et insignifiante -puisqu’elle n’a aucune signification-. 1959. op.). pris à l’état pur. indice pour soi. au pragma. “Séminaire du 16. in L’éthique de la psychanalyse. chez Juranville. J. cit.. comme la Chose de Caeiro. Les Belles Lettres. Le Chose. sans se référer à cette Chose dans le discours. comme tout mot. 1970. aucun sens. Cependant. 818 Juranville. V. cit. mais en tant que signifiant. mais seulement une existence. Et pourtant. nous savons aussi que cet indice fut défini. 29 817 Plotin. 814 Lacan. et que la raison qui considère l’objet est l’objet lui-même. de manière corrélative. 103. En tant que signifiante. comme quoi elle manque de signification. F. comme tout signifiant. Nous sommes là en train d’admettre que la psychanalyse est identique à la Chose. le discours de Lacan se retourne sur lui-même -à l’instar du scorpion suicidaire dont je vous ai parlé en introduisant notre cours. il ne peut avoir lui non plus aucune signification. Mais c’est justement pour autant qu’il abandonne le sens”. 80. Poèmes de Alberto Caeiro. mais inversement en ce sens que l’objet luimême. Nous arrivons ici. Or. en tant que signifiante. cette chose -aperçu premier sur la Chose.. “Discours de Rome”. apparaissant “dans sa vérité”. comme quoi. dans la mesure où elle n’a rien à signifier -puisqu’il n’y pas un Autre de l’Autre-. p.qui n’avait “pas de signification mais d’existence”815 -cette chose dont “l’unique signification intime” était de “n’avoir aucune signification intime”816.12. ou bien. E. Le discours.. 1984. ne doit avoir aucun sens. 6. sans se référer au sujet de tous les prédicats qui le constituent comme discours. mais elle est dans ce discours. comme présence en soi dans l’absence pour le sujet.59”. en effet. ou absente pour le sujet.. 19 . pp. il n’y a pas cet Autre de l’Autre qui permettrait de signifier le signifiant. constitue. insignifiante et insignifié. est à la fois un intelligible et une pensée. Bréhier (trad. n’est pas un signe. en dehors de lui. dès le début. 150 815 Pessoa. comme l’insignifiance de la parole par laquelle la Chose reste insignifiée. op. qu’il puisse signifier. mais qu’elle manque en plus de signification. en dernière analyse dans la “vérité totale” d’un “signifiant nouveau”. celui de la Chose réelle signifiante et frappée d’insignifiance. Paris. qu’il va à être la chose même. à mon avis. cit. op. aucune signification. après un long détour. Nous sommes alors dans la situation d’un signifiant qui n’est réellement représenté que par l’insignifiance qui empêche de le signifier. à ce qu’il tient pour le troisième “plan de rencontre” de la Chose dans la réflexion lacanienne : celui où la Chose est “le discours analytique”.. in L’envers de la psychanalyse. mais en étant signifiante elle est frappé d’insignifiance. nous oblige à reconnaître que la Chose n’est pas seulement insignifiée. 816 Ibid. p. donc il ne peut réellement signifier que lui-même. dirions nous. au point de départ de notre cours. J. in Autres écrits. pris comme Chose. nous lisons déjà dans le Discours de Rome : “Tant il est vrai que le mot n’est pas le signe de la chose. À ce propos. Nous pouvons résumer en quelque mots tout notre raisonnement : la Chose est insignifié parce qu’elle est signifiante. XXXIX. et non pas un signe avec signification. J. 59.

La Chose de Lacan

David Pavón Cuéllar

2003-2004

11. Les mots et les mets : la méprise de la Chose dans son ouverture et dans son adéquation au sujet

L’art entoure le vide chosique, voire le vide signifiant de la Chose insignifiée, insignifiée précisément d’autant qu’elle est signifiante comme vide, comme ce vide entouré par l’art. C’est ainsi que “la fonction artistique peutêtre la plus vieille, celle du potier”819, entoure ce vide signifiant de la Chose insignifiée, ce vide qu’est l’utérus de l’hystérique, de cette trompette puante, voire dissonante, que sera plus tard, dans le Moyen-âge, la Dame élevée à la dignité de la Chose par la sublimation artistique, plus précisément par la mélodieuse chanson courtoise qui l’habille de beauté, cette chanson qui l’entoure -qui n’entoure d’une poétique variété de prédicats, de b1 + b2 + bn, que l’identité du a = a, voire le trou féminin, le Ding freudien, ce Loch ist Loch refoulé par l’artiste. Par rapport à la Chose courtoise, ce potier qu’est toujours l’artiste, ce potier entoure donc le vide chosique refoulé d’une trompette dissonante, celle de l’hystérique, par une chanson mélodieuse. Pour illustrer ceci, je me permettrai d’avoir recours à une Chose de Swann, du Swann de Proust, qui me fut recommandée, pour ce cours, par quelqu’un parmi vous. La Chose de Swann est entouré par la phrase d’une sonate, la Sonate pour piano et violon d’un certain Vinteuil. Or, puisqu’elle se découvre devant Swann, la Chose en question n’est pas certainement très bien enveloppée, voire habillé, par cette phrase de Vinteuil. En quelque sorte, la Chose porte ici un habit trop léger. Ceci n’a rien d’étonnant, si nous considérons que son tailleur, Monsieur Vinteuil, est apparemment “menacé d’aliénation mentale” -selon un peintre qui assure même qu’on peut s’en apercevoir de cette aliénation “à certains passages de la sonate”820. On a le droit de supposer que dans ces passages, comme dans le discours psychotique et particulièrement schizophrénique -d’après le Freud de 1915-, la lettre a, ou le sujet de tous les prédicats, apparaît dans la chaîne signifiante des prédicats, des b1 + b2 + bn. Autrement dit, le vide chosique se montre dans les ouvertures du tissu musical qui l’habille. C’est ainsi, malgré Swann, que “la folie est reconnue dans cette sonate”821, comme elle pourra aussi être reconnue -je vous l’assure- dans plus d’une pièce de Robert Schumann, par exemple dans la dernière de ses chansons du Frauenliebe und Leben -d’après les poèmes de Adalbert von Chamisso-, quand les fils des notes se séparent et le tissu de la mélodie se relâche, une fois qu’on s’est rendu compte -en regardant à travers les silences de cette mélodie- que “le monde est vide” (die Welt ist leer), au moment précis où la femme se “retire silencieuse” en elle-même (Ich zieh mich in mein Innres still zurück) et -pas par hasard- “le voile tombe” (der Schleier fällt)822. Quant à la sonate de Vinteuil, Swann la découvrit lorsqu’au-dessus “de la petite ligne de violon, mince, résistante, dense et directrice, il avait vu tout d’un coup chercher à s’élever en un clapotement liquide, la masse de la partie de piano, multiforme, indivise..., sans pouvoir nettement distinguer un contour, donner un nom à ce qui lui plaisait”823. Au centre de la sonate, dans cette masse multiforme, indivise, innommable et sans contour, la Chose de Swann se révéla pour la première fois. Et tout de suite, dans la page suivante, Proust désigne déjà cette Chose comme “chose”, lorsqu’il la décrit comme “cette chose qui n’est plus de la musique pure, qui est du dessin, de l’architecture, de la pensée, et qui permet de se rappeler de la musique”824. Dans la même page, cette Chose, comme le Dingo freudien, est bien distinguée par Proust des autres choses, des Sachen. En effet, la Chose en question se situe “au fond” de la surface imaginaire des choses, elle se situe ainsi loin de Swann, qui “avait pris l’habitude de se réfugier dans des pensées sans importance qui lui permettaient de laisser de côté le fond des choses”825. Après sa première apparition, la Chose lointaine de Swann, cette Chose au fond des choses prochaines, telle qu’elle est entourée par le morceau de la sonate de Vinteuil, va s’assimiler progressivement à ce que nous pouvons tenir pour l’axe autour duquel tourne tout l’amour de Swann pour Odette. En fait, la phrase musicale qui entoure la Chose en question, cette “petite phrase” deviendra “comme l’air national” de l’amour de 819 Lacan, J. 1960. “Séminaire du 27.01.60”, in L’éthique de la psychanalyse, op. cit., p. 144. 820 Proust, M. 1913. “Du côté de chez Swann”, in À la recherche du temps perdu, Paris, Laffont, 1987, p. 184. 821 Ibid. 822 Schumann, R. 1850. “Pour la première fois tu m’as fait mal” (Nun hast du mir den ersten Schmerz getan), in L’amour et la vie d’une
femme (Frauenliebe und Leben), op. 42, M. Dyer (trad.), Cucuron, Parnassie, 1997. 823 Proust, M. 1913. “Du côté de chez Swann”, op. cit., p. 183. 824 Ibid., p. 184. 825 Ibid., pp. 184-185

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Swann826. Naturellement, il n’y aura, entre cet amour courtois et l’art en tant que tel -et tel qu’il s’exprime dans la sonate de Vinteuil-, aucune différence substantielle. Les deux entourent la même Chose axiale, comme vide chosique, et les deux mettent à la place de ce vide l’objet qu’ils élèvent à la dignité de la Chose. Les deux opèrent au moyen d’une même sublimation, les deux peuvent décevoir toujours de la même façon, en ne présentant jamais qu’autre chose à la place de la Chose. Rien d’étonnant, alors, que Swann “n’aborde” pas avec Odette “le fond” de “la beauté artistique”, ce fond qui est “toujours autre chose” -voire ce fond qui est le fait d’être invariablement autre chose que la Chose-, en “craignant” qu’Odette, “désillusionnée de l’art, elle ne le fût en même temps de l’amour”827. La Chose de Swann, en tant que Chose axiale, est donc entourée par une phrase musicale sublime aussi bien que par un amour non moins sublime -un amour courtois, sorte de symptôme de la Dame hystérique, lequel élève Odette, cette trompette puante ou ce trou qui n’est qu’un trou, à la dignité de la Chose courtoise. À travers le triste développement de cette sublimation amoureuse, nous retrouvons, dans les allusions successives à la Chose de Swann, plusieurs caractères avec lesquels nous sommes déjà familiarisés : a) Chose fermée en soi, présente seulement pour soi. Telle une sphère d’Empédocle cernée de solitude, la Chose de Swann, “bulle irisée qui se soutient”, est un “monde fermé à tout le reste”828. b) Chose comme objet ultime de désir. Comme ce qu’il y a de “secrètement inapaisé”829 au fond de la douceur de la phrase musicale, la Chose constitue pour Swann “une de ces réalités invisibles auxquelles il avait cessé de croire et auxquelles il se sentait de nouveau le désir et presque la force de consacrer la vie”830. c) Chose différente des choses. Comme “le fond des choses”831, comme “une réalité invisible”832, comme “une réalité supérieure aux choses concrètes” 833, la Chose de Swann apparaît comme ce Dingo si différent des Sachen, ce Dingo qui est toujours, dans “le fond..., autre chose” 834, autre Chose que les autres choses, que les choses élevées par l’art à la dignité de la Chose, les “belles choses” 835 dont Swann parlait à Odette dès le début, et jusqu’à la fin, lorsqu’il “cherchait à lui apprendre en quoi consistait la beauté artistique”836. d) Chose absente dans sa représentation imaginaire. Swann comprend que la beauté idéale de sa Chose est affreuse parce qu’elle est irreprésentable, parce qu’il n’y a aucune représentation imaginaire d’elle. Il s’exclame alors : “C’est si calmant de se représenter les choses! Ce qui est affreux c’est ce qu’on ne peut pas imaginer”837. e) Chose lointaine et rapprochée. Tout en “appartenant à un autre monde” 838, la Chose de Swann peut toutefois apparaître “tout au loin”839 et “s’approcher” de lui -ou l’approcher d’elle. Or, à la fin de la phrase musicale qui l’enveloppe, la Chose doit “s’éloigner” à nouveau, “indicatrice, diligente, parmi les ramifications de son parfum”840. f) Chose perdue et cherchée. Pour Swann, l’apparition de sa Chose fut “comme s’il eût rencontré une personne qu’il désespérait de jamais retrouver”841. g) Chose masquée, voilée, dévoilée. Dès sa deuxième apparition, la Chose, alternativement voilée ou dévoilée par la sonate de Vinteuil, ne se montre qu’en “s’échappant de sous cette sonorité prolongée et tendue comme un rideau sonore pour cacher le mystère de son incubation”842. Ensuite, elle n’apparaît que “dans le velouté d’une lumière interposé”843 -elle apparaît donc, telle cette Chose du Faust de Goethe844, derrière la “lumière orgueilleuse” qui “rampe à la surface” imaginaire qui recouvre l’obscurité réelle consistante du vide chosique. Une fois qu’elle s’est précisée comme ce qui est au centre de l’amour de Swann, celui-ci soupçonne 826 Ibid., p. 190. 827 Ibid., p. 208. 828 Ibid., p. 293. 829 Ibid., p. 205. 830 Ibid., p. 185. 831 Ibid., pp. 184-185 832 Ibid., p. 185. 833 Ibid., p. 205 834 Ibid., p. 208. 835 Ibid., p. 186. 836 Ibid., p. 208. 837 Ibid., p. 303. 838 Ibid., p. 190. 839 Ibid., p. 190. 840 Ibid., p. 185. 841 Ibid., p. 185. 842 Ibid., p. 185. 843 Ibid., p. 190. 844 Goethe, J. W. 1831, Faust, G. de Nerval (trad.), Paris, Bookking, 1999, pp. 51-52. 8

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qu’une “heure passée chez Odette” n’est “destinée” qu’à ‘masquer” la Chose, laquelle était devenu alors “cette chose effrayante et délicieuse à laquelle Swann pensait sans cesse sans pouvoir bien se la représenter, une heure de la vraie vie d’Odette”845. Finalement, en attribuant à sa Chose une “existence réel”, Swann considère que Vinteuil “s’était contenté, avec ses instrument de musique, de la dévoiler, de la rendre visible”846. h) Chose consistante. Par “les choses de la musique”, Swann peut apprécier “quelle richesse, quelle variété, cache à notre insu cette grande nuit impénétrée et décourageante de notre âme que nous prenons pour du vide et pour du néant”. Ainsi, la petite phrase musicale de Vinteuil, “quoiqu’elle présentât à la raison une surface obscure, on sentait un contenu si consistant, si explicite”847. i) Chose de jouissance. En sortant de la sonate de Vinteuil, la Chose avait “proposé aussitôt” à Swann “des voluptés particulières, dont il n’avait jamais eu l’idée avant de l’entendre” 848. Plus tard nous saurons qu’il s’agissait d’une “jouissance qui ne correspondait à aucun objet extérieur”849. Finalement, nous assisterons au moment où Swann “commençait à se rendre compte”, en découvrant le vide chosique -entre la jouissance et le désir-, “de tout ce qu’il y avait de douloureux, peut-être même de secrètement inapaisé au fond de la douceur” de la phrase musicale850. j) Chose courtoise, vide chosique. En étant élevée à la dignité de la Chose de Swann, Odette, comme représentation imaginaire de la Chose, occupe la place de cette chose, elle occupe donc le vide chosique laissé par la Chose à la dignité de laquelle elle est élevé. Ainsi, même si Swann “voulait cesser de sacrifier tant d’intérêts intellectuels et sociaux à ce plaisir imaginaire” de sa relation avec Odette, la petite phrase musicale de Vinteuil, “dès qu’il l’entendait, savait rendre libre en lui l’espace qui pour elle était nécessaire, les proportions de l’âme de Swann étaient changées, une marge y était réservée à une jouissance qui ne correspondait à aucun objet extérieur..., une réalité supérieure aux choses concrètes”. Et dans cette marge, dans ce vide chosique, dans ces “parties de l’âme” que la phrase musicale “avait laissées vacantes et en blanc”, Swann était libre d’y inscrire le nom d’Odette”851. Telle une Dame du Moyen-âge, Odette, comme trompette puante entourée par la chanson mélodieuse de Vinteuil, fut mise à la place de l’objet ultime de désir, de la Chose de jouissance, la Chose lointaine, absente, perdue, cherchée, fermée en soi. En étant ainsi élevée par la sublimation à la dignité de la Chose courtoise, Odette put occuper à un moment donné le vide chosique de Swann, l’occuper en le remplissant de sa consistance imaginaire -plus précisément en feignant de le remplir, en le masquant, en le voilant. Le vide réel que l’imaginaire d’Odette feint de remplir, ce vide chosique voilée par la chosette, ce vide signifiant de la Chose insignifiée, ce vide n’est masqué par le signifié d’Odette qu’après qu’il fut dévoilé par la phrase musicale de Vinteuil. Cette phrase, comme chaîne signifiante de b1 + b2 + bn entourant le vide chosique de a -réellement représenté par -a ou l’objet a insignifiant qui tombe de la chaîne signifiante-, n’était pas en état de soutenir la trame signifiée des a + b, ce tissu imaginaire qui ne pouvait donc plus voiler un vide réel qui devait nécessairement se dévoiler. Or, ce vide réel à l’intérieur de Swann, ce vide signifiant que la phrase dévoilait, de même que le vide intérieur d’un récipient, n’était vraiment tel que dans la mesure où la phrase, comme la paroi du récipient, l’entourait, le soutenait, le cernait. Lorsque l’être réel chosique est dévoilé, il n’est alors que le réel de l’être symbolique langagier, l’Autre réel désirant, la cause de son désir ou son manque-à-être, son vide chosique, un vide aspirant qui aspire aussi bien l’être réel -l’objet a- de celui qui se jette par la fenêtre que l’être imaginaire -l’i(a) du narcissisme- de ce qui se colle à lui pour le recouvrir à nouveau -à l’occasion la figure d’Odette. Une fois qu’il est à nouveau recouvert ou voilé par l’imaginaire, le vide chosique ne cesse pas évidemment d’aspirer ou d’attirer vers lui. Or, étant masqué par une figure imaginaire comme celle d’Odette, ce n’est plus vers lui qu’il attire, mais vers cette figure imaginaire. L’objet désiré qu’est la belle Odette n’est désiré que dans la mesure où il masque le vide chosique, cette cause de désir, ce -a -objet a-, en tant que manque-à-être -où ce qui manque n’est en dernier terme que l’affreuse beauté idéale de l’être réel chosique, de la lettre a, de la Chose en tant qu’objet ultime de désir. Sublimée ou élevée à la dignité de la Chose courtoise par l’amour de Swann, Odette n’est désirée que dans la mesure où elle remplit de sa consistance imaginaire le vide chosique ouvert par la phrase musicale de Vinteuil, voire le vase qu’elle occupe -le vase comme prototype de la sublimation artistique. En ce sens, elle est semblable au vin qui n’est désiré que parce qu’il remplit un autre vase, le Graal de l’église, qui seul peut contenir le vin consacré par la sublimation religieuse, vin dont la consistance imaginaire prétend remplir un vide où manque le réel du sang du Christ. Imaginez une scène mythique. Une goutte du sang du Christ tombe par terre et forme une minuscule cavité dans la poussière. Comme trait unaire, cette cavité deviendra le Saint-Graal, ainsi que tous les Graal qui 845 Proust, M. 1913. “Du côté de chez Swann”, op. cit., p. 252. 846 Ibid., p. 292. 847 Ibid., p. 291. 848 Ibid., p. 184. 849 Ibid., p. 205. 850 Ibid., p. 205. 851 Ibid., p. 205. 8

il y aura nécessairement une adéquation. la vérité sous-entendue dans sa notion la plus traditionnelle -en tant qu’adaequatio rei et intellectus-. le vide où nous habitons. est celle du monde et l’univers pour le sujet -un sujet dont l’être manque dans ce monde et cet univers. cette méprise est le résultat inévitable de la division du sujet. Le vide signifiant du monde qui nous entoure. qui est celle de notre propre vide chosique en tant qu’espace ou vide extérieur du monde. en tant qu’espace.dans le monde et l’univers. ce vide n’est que le vide signifiant du sujet qui s’ouvre pour-soi. Et ceci pourquoi ? Tout simplement parce que le sujet ne reconnaît pas. “Du côté de chez Swann”. ce vide signifiant qui s’ouvre pour lui-même en s’ouvrant pour-soi. 190. elle prononce la phrase musicale de la sonate de Vinteuil. où nous existons. qu’il s’agit d’une ouverture pour-soi. cette vérité. La méprise de la vérité. de ce vase créé ex nihilo par le potier divin. l’adéquation entre la Chose qui s’ouvre et le sujet qui assiste à cette ouverture n’aura lieu que dans la méprise de la Chose par le sujet. Rien d’étonnant alors que ce vide extérieur à Swann -qui insiste d’ailleurs sur l’extériorité de ce vide-.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 vont proliférer plus tard dans les églises chrétiennes. voire la Chose qu’il serait s’il était réellement comblé -renfermant ainsi le vase du monde sur lui-même. une sphère insignifiée coupée qui s’ouvre alors en ouvrant son vide chosique. tel un indice de Peirce. qui n’est qu’une ouverture pour-soi. exhibant toute son insignifiance. Le vide chosique du monde qui s’ouvre pour le sujet. p.pour que la Chose. le vide signifiant où elle manque. Comme résultat de la division du sujet. comme être-autre pour-soi. de son “autre monde”853. ou plutôt en soi. Dans son ouverture pour le sujet. que nous appelons objet a. ne pouvant signifier l’objet ultime du désir. qui nous fait ignorer que ce qui s’ouvre pour nous dans le monde n’est que notre propre vide signifiant qui s’ouvre pour-soi. En quelque sorte. Autrement dit. Le Graal de l’église ne représente ainsi réellement la Chose dont il est vide. dans ce contenant qui découvre le vide qu’il contient. lequel. 185. cet être réel de la Chose qui doit rester insignifié -en raison de l’insignifiance. le vase ne pourra contenir que ce dont il est la trace. p. nous avons la Chose insignifiée qui s’ouvre comme un vide signifiant -le vide où manque la Chose en tant que -a ou objet a insignifiant. cette Chose ? Elle dit une phrase. Qu’est-ce qu’elle dit. constitue comme tel -nous le savons déjà. qui est la vérité du mélancolique. op. p. le Graal de l’église. cit. constitue le même sujet qui s’ouvre pour-soi. comme lieu de l’Autre symbolique -de l’être symbolique langagier à la place du Même. 853 Ibid. de “l’affreux” qu’il y a en elle. ce vide intérieur du vase créé ex nihilo par le potier. ce lieu de l’Autre est celui de notre propre inconscient. Puisque l’ouverture du vase n’est pour-soi qu’en tant qu’ouverture pour le vase qu’est l’existence du sujet du signifiant. Voici l’extériorité de l’inconscient. 854 Ibid. que comme trace de cette Chose. comme une sphère où tout désir serait assouvi. du vide signifiant où il manque. et nous arrivons ici à la thèse que nous allons discuter maintenant.. qui n’est inconscient que du fait de ne pas être reconnu être pour-soi en étant pour le sujet. le vide que la phrase de Vinteuil ouvre pour Swann n’est autre que le vide chosique de Swann. Dans le vase qui découvre le vide chosique.. ce vide où manque l’être du sujet. M. Or. que comme trace de ce sang. l’adaequatio rei et intellectus. le vase ne surgit que lorsque la forme sphérique de la Chose amoureuse -comme confusion entre la mère et l’enfant. Or. Ainsi. 185. ne peut qu’être ignoré par le sujet. Et en la prononçant. De manière analogue. comme s’il était le propre être de Swann qui manque dans son vide intérieur. le vide signifiant de la Chose insignifiée -de la lettre a-. de cette “réalité invisible”854. le vase du potier et la phrase musicale de Vinteuil. dans 852 Proust.en même temps la cause du désir et l’insignifiance du vide signifiant. Ainsi. le vase -comme l’Autre réel suprasensible qu’est symboliquement le sujet. La Chose de Swann est une Chose qui parle. ou le fait que ce vide chosique doit être vide.incarne le vide chosique où manque tout le reste -voire l’être du sujet. en tant qu’ouverture signifiante du vase. comme lieu de l’Autre où existe le sujet -un lieu qui n’est toutefois que le vide chosique du sujet lui-même. ne peut le reconnaître que comme un être-autre. comme un vide chosique ou comme le vase du potier. ne puisse au moment de l’amour que signifier un objet imaginaire. elle parle du “mystère de son incubation”852. 8 . dans la mesure où la Chose qui s’ouvre. à la place donc de notre être réel chosique. En fait. cet être-autre pour-soi du sujet. tous ces contenants découvrent ce qu’ils contiennent. la phrase de Vinteuil ou le vase du potier ne représentent la Chose dont ils sont vides. cette Chose réellement représenté par sa trace découverte dans le vide -comme -a-. cette Chose autour de laquelle ils furent produits. 11. un vase n’est qu’une sphère coupée. en étant divisé de son être pour-soi.est affectée par le signifiant. puisse être dans sa consistance réelle. La place de l’inconscient comme Autre symbolique.. dans la Chose qui s’ouvre pour lui. à l’occasion l’objet appelé Odette. ayant perdu sa consistance et sa fermeture en soi du fait de sa coupure. qui ne peut donc être qu’ouvert et vide.1. la Chose qu’est le sang du Christ. 1913. en se renfermant à nouveau en-soi. Cette ouverture de la Chose n’est rien d’autre que ce que nous avons déjà décrit comme coupure de la sphère. comme confusion chosique. entre les attentes du sujet désirant qui existe et ce qu’il reçoit de son être qui lui manque -la cause de son désir.

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“ce qu’on ne peut pas imaginer”855, quelque chose d’irreprésentable, “d’effrayant”, “délicieux”856, “douloureux” et “secrètement inapaisé”857. La Chose de Swann parle de tout cela en parlant d’elle-même, de son vide chosique, et en donnant “un contenu consistant, explicite”, à “cette grande nuit impénétrée et décourageante” de l’inconscient du sujet858. De même que la Chose de Swann, la Chose freudienne parle au sujet, elle parle aussi au sujet d’ellemême, et puisqu’elle est elle-même le sujet auquel elle parle, elle ne se parle alors qu’à elle-même -au sujet qu’elle est- d’elle-même -au sujet d’elle-même. Dès lors qu’il s’agit dans les deux cas, celui de la psychanalyse et celui de Proust, de la même Chose, il n’est donc pas étonnant que la Chose freudienne finisse pas se dire à peu près la même Chose que celle de Swann. En se parlant d’elle-même à elle-même, la Chose freudienne habite et se reconnaît elle-même dans sa parole. Elle est, en fait, indiscernable de sa parole. En quelque sorte, elle est sa parole, qui est celle du sujet, celle où le sujet habite et se reconnaît -cette chose-parole qu’est, aux yeux de Francis Ponge, “la véritable sécrétion commune du mollusque homme, la chose la plus proportionnée et conditionnée à son corps”859. Dans le développement de la théorie lacanienne sur l’être réel chosique, la Chose freudienne qui parle, et qui s’ouvre en parlant, est la deuxième qui surgit, exactement en 1955, c’est-à-dire deux ans après la première Chose, la Chose hégélienne meurtrie par le symbole. À propos de cette succession, je vous prie de ne pas mépriser le fait qu’il s’agit d’un passage d’une Chose fermée à une autre ouverte, d’une Chose morte à une autre vivante, d’une Chose passive -meurtrie par le symbole- à une autre active -qui utilise le symbole pour s’exprimer. Ainsi, dans la chose freudienne qui parle, on assiste à l’ouverture du vide signifiant de la Chose insignifiée (8.6). En s’ouvrant, en ouvrant son vide signifiant, la Chose insignifiée devient freudienne, elle sort alors de son mutisme, elle parle. Pour illustrer cette ouverture, on peut évoquer, chez Robert de Boron, l’ouverture du Saint-Graal, comme cette “veissel tout à descovert”, sans aucun linge qui la couvre, laquelle ne cesse pas de parler à Joseph d’Arimathie860. Chez Malory, ce même Joseph d’Arimathie présentera le Saint-Graal, ouvert, au chevalier Galaad, qui “se mit à trembler de tous ses membres, quand sa chair mortelle commença à contempler les choses spirituelles” (the dedely flesshe beganne to beholde the spyrituel thinges)861 -des choses dont la spiritualité pourrait être comprise comme une certaine signifiance. Deux siècles avant, dans le Roman de Tristan, l’ouverture du Saint-Graal montrait déjà clairement son caractère spirituel, parlant ou signifiant, lorsque ce même Galaad “vit ouvertement le grand secret et le grand mystère du Saint-Graal, que langue de pêcheur ne pourrait raconter ni yeux mortels ne pourraient voir”862 (vit apertement les granz secrez et les granz repostalles du Saint Graal, que langue de pecheor ne porroit raconter ne iex mortex nel porroient veoir). En général, dans sa quête, les chevaliers veulent connaître l’intérieur du Saint-Graal. Ce qu’ils cherchent c’est le Saint-Graal dans son ouverture -ce qui équivaut à résoudre le mystère du Saint-Graal. Ainsi, lorsqu’il entreprend la quête du Graal, le Gauvain de Malory explique : “Nous n’avons pu voir le Saint-Graal, il était si précieusement couvert... J’entrerai en quête du Saint-Graal... Je ne reviendrai à la cour sans l’avoir vu plus apertement qu’on ne l’a vu céans” (tyl I have sene hit more openly than hit hath ben sene here)863. Il s’agit de voir le Saint-Graal plus ouvertement, “more openly”. Il s’agit de le voir dans son ouverture, tel qu’il est derrière ce “samit blanc” par lequel il est “si précieusement couvert”864 -tel qu’il est derrière la réalité imaginaire qui voile de lumière le réel obscur de la Chose. Dans l’ouverture de la Chose qu’on illustre par celle du Saint-Graal, on vérifie le passage dialectique, chez Hegel, de la chose fermée en soi à la chose ouverte pour soi -c’est-à-dire, chez Lacan, le passage du noumène de la science qui ferme la vérité à la Chose freudienne qui ne peut que l’ouvrir 865. C’est le passage de l’être réel chosique en soi, en tant que sujet insignifiée de tous les prédicats -ou lettre a supprimée comme objet a ou -a qui tombe comme insignifiance de la chaîne signifiante de ces prédicats-, à l’être réel chosique qui est pour soi, l’être réel indiscernable de l’être symbolique dans son vide signifiant, comme être-autre par rapport à lui-même, lui-même comme sujet, comme être-là dans l’Autre de la chaîne signifiante où il existe -voire le discours de l’Autre, l’inconscient où il ex-siste par rapport à lui-même, dans la mesure où il parle de lui-même, en parlant de ses propriétés par les prédicats dont il est sujet. Nous voyons bien que la parole de la Chose freudienne n’est pas exactement celle du sujet qui parle de son inconscient, mais plutôt celle de l’inconscient -comme chaîne signifiante des prédicats en tant que discours 855 Ibid., p. 303. 856 Ibid., p. 252. 857 Ibid., p. 205. 858 Ibid., p. 291. 859 Ponge, F. 1942. Le parti pris des choses, Paris, Gallimard, 2003, p. 77. 860 Robert de Boron, 1200, Le roman de l’histoire du Graal, op. cit., vers 2550, p. 52. 861 Malory, T. 1485. Le roman d’Arthur et des chevaliers de la Table Ronde, op. cit., p. 193. 862 Anonyme, 1250, Le roman de Tristan en prose (version I), Paris, Champion, 1997, I, XII, 29, p. 499. 863 Malory, T. 1485. Le roman d’Arthur et des chevaliers de la Table Ronde, op. cit., pp. 145-146. 864 Ibid., pp. 144-145. 865 Lacan, J. 1965. “La science et la vérité”, in Écrits, op. cit., vol. II, p. 349. 9

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de l’Autre ou du vide chosique signifiant- qui parle de son sujet -du sujet de l’inconscient, qui existe dans la chaîne signifiante des prédicats, lequel, à ce moment de notre analyse, n’est rien d’autre que le sujet insignifié de tous les prédicats. Le discours de la Chose freudienne, comme être réel chosique, correspond au discours du grand Autre, comme être symbolique langagier. Le discours de la Chose, du Saint-Graal, correspond à “la voix du SaintEsprit qui se manifeste”, dans l’ouverture du Saint-Graal, premièrement à Joseph d’Arimathie866 et ensuite au Roi-Pêcheur867. La Chose insignifiée, le Père ou le fils réellement représentés par le Saint-Graal, est donc indissociable, en tant que Saint-Esprit, du vide chosique signifiant -si “le Saint-Esprit” est effectivement, comme le suppose Lacan, “l’entrée du signifiant dans le monde”868. Dans la Chose freudienne qui parle, dans cette chose -en tant qu’insignifiée- qui parle d’elle-même, c’est ainsi l’inconscient qui parle -en tant que vide chosique signifiant. L’insignifié se montre déjà signifiant dans la Chose freudienne qui parle. Nous devons toutefois reconnaître, malgré nous, que dans cette Chose nous constatons encore plusieurs tensions irréductibles entre des termes qui n’arrivent jamais, dans sa synthèse dialectique, à se dépasser et s’assimiler totalement, à se supprimer tout en se conservant -à la manière d’une aufheben hégélienne- dans cette unité apparemment supérieure qu’est cette Chose parlante -cet insignifié signifiant. Des tensions irréductibles, alignées, parallèles : entre le Même et l’Autre, entre le réel et le symbolique, entre la Chose et le vide chosique, entre le sujet de tous les prédicats -comme être- et le sujet de la chaîne signifiante des prédicats -comme existence-, entre le sujet qui parle et le sujet dont il parle. Maintenant, dans les étapes successives de la théorisation lacanienne de la Chose freudienne, nous allons nous apercevoir que ces tensions ne cessent en aucun moment de subsister à l’intérieur du concept en question : a) En 1955, la Chose freudienne, ouverte et parlante, fait son apparition chez Lacan. Dès le moment où elle vient d’être présentée comme “la vérité dans la bouche de Freud”, elle commence à parler pour se décrire elle-même comme “l’énigme de celle qui se dérobe aussitôt qu’apparue”. Elle dénonce ensuite ceux qui l’écoutent et qui ne veulent pas l’écouter, qui “entendent la dissimuler sous les oripeaux de ses convenances”. Puis elle assure qu’elle s’est “évadée du donjon de la forteresse où ils croyaient le plus sûrement la retenir en la situant non pas en eux, mais dans l’être lui-même”. Après son évasion, elle “vagabonde”, selon ce qu’elle raconte, “dans le rêve, dans le défi au sens de la pointe la plus gongorique et le nonsense du calembour le plus grotesque, dans le hasard, et non pas dans sa loi, mais dans sa contingence”. Finalement, tout en se situant dans le sujet, elle ne se reconnaît pas tout à fait dans sa “pensée”, mais plutôt dans “les choses”, qui sont les “signes de sa parole”869. En d’autres termes, le Dingo, la Chose réelle insignifiée, en tant que vide symbolique signifiant, s’ouvre et parle par des choses, par des Sachen imaginaires, qui sont les signes de sa parole. Tout se passe comme si la sphère insignifiée de la lettre a, qui s’évida pour devenir le vide signifiant de b, revenait à elle-même, sous la forme synthétique signifiée de a + b, pour s’exprimer -pour faire signe de son obscure consistance réelle à la lumière superficielle d’une consistance imaginaire, comme semblant de consistance. b) Encore en 1955, lorsqu’il aborde l’adaequatio rei et intellectus, Lacan se réfère à la Chose freudienne comme à “cette chose qui nous parle, voire qui parle en nous”. Ceci doit se comprendre, me semblet-il, comme la notion d’une Chose freudienne qui nous parle par la réalité des choses, comme signes de sa parole, ainsi que par notre intellect -qui ne sera pas à proprement parler un intellect où la Chose ne se reconnaît, mais plutôt, si j’ose dire, les signifiants qui gouvernent cet intellect. Il y aura ainsi nécessairement une adaequatio rei et intellectus, pour autant que dans la réalité et dans notre intellect ce sera la même Chose freudienne qui parlera. En effet, ce sera la même Chose qui parlera en nous, dans notre intellect, et pour nous, dans les choses de la réalité -c’est-à-dire, à la rigueur, ce sera la même Chose en soi et pour soi. Ainsi, rien d’étonnant à que “notre intellect” soit “bien à la hauteur” de la Chose en question, dans la mesure où elle parle en nous. Lacan peut alors conclure que cette Chose, “même à se dérober derrière le discours qui ne dit rien que pour nous faire parler, il ferait beau voir qu’elle ne trouve pas à qui parler” 870. Il y a lieu ici de se demander comment pourrait-elle trouver à qui parler, si en face d’elle, pour l’entendre, il n’y a que la réalité de ces choses qui sont elles aussi le signe de sa propre parole. Nous voyons bien que même si la Chose parle, même si elle est présente pour-soi -et non seulement en-soi-, elle ne peut vraiment parler qu’à elle-même en-tant-que-soi. c) Toujours en 1955, Lacan explique l’adaequatio rei et intellectus, adéquation entre la Chose freudienne qui parle au sujet -au moyen des choses- en parlant d’elle même ou du sujet -comme sujet insignifié-, et celle qui parle dans le sujet du signifiant -au moyen de son intellect-, par la dette symbolique de ce sujet, en notant “l’énigme homonymique” entre le génitif rei, ou la réalité, et le mot reus, “l’accusé” ou “métaphoriquement celui qui est en dette de quelque chose”871. Pour ainsi dire, s’il y a une adéquation entre la 866 Robert de Boron, 1200, Le roman de l’histoire du Graal, op. cit., vers 2711, p. 54. 867 Robert de Boron (attribué), 1250, Merlin et Arthur : le Graal et le royaume, E. Baumgartner (trad.), Paris, Laffont, 1989, p. 407. 868 Lacan, J. 1956. “Séance du 05.12.56”, in La relation d’objet, op. cit., p. 48. 869 Lacan, J. 1955. “La chose freudienne ou Sens du retour à Freud en psychanalyse”, in Écrits, op. cit., vol. I, pp. 406-408. 870 Ibid., p. 417. 871 Ibid., p. 432. 8

La Chose de Lacan

David Pavón Cuéllar

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Chose qui parle au sujet et la Chose qui parle en lui, c’est tout simplement parce qu’il s’agit de la même Chose, bien que divisée -comme totalité de l’être ou capital total de jouissance- en raison de la dette symbolique -par laquelle on doit renoncer à une partie de l’être ou à un plus-de-jouir. Tout en divisant le sujet insignifié de tous les prédicats, pour qu’il devienne aussi le sujet du signifiant -pour qu’il existe aussi dans la chaîne signifiante des prédicats-, la dette symbolique produit dans le sujet ces deux parties divisées qui ne peuvent que se correspondre : celle à laquelle il renonce et celle qu’il garde, celle objective qu’il a et celle subjective qu’il est, voire celle de la Chose qui lui parle et celle de la Chose qui parle en lui -dans l’adéquation entre la réalité et l’intellect. Il faut bien comprendre que cette adéquation découle du fait que l’être réel chosique qui constitue le monde, ou la Chose en tant qu’elle parle d’elle même -ou du sujet insignifié- au sujet, n’est extérieur au sujet du signifiant que parce qu’il s’est détaché -comme objet a ou -a- de son être symbolique langagier ou de ce que la Chose parle en lui -voire le discours du grand Autre qui parle comme lui dans le vide chosique signifiant creusé par le détachement de l’être du sujet, de son objet a insignifiant, ce -a qui tombe de la chaîne signifiante pour payer la dette symbolique du sujet qui ne peut exister dans cette chaîne, comme sujet du signifiant, qu’en payant cette dette. d) Le 10 février 1960, la Chose freudienne parle dans “l’amour fou” de Breton, dans “le hasard collectif”, qui “veut dire les choses qui arrivent avec un sens d’autant plein qu’elles se situent quelque part où nous ne pouvons saisir aucun schème rationnel, ni causal, ni rien qui en justifie d’aucune façon le surgissement dans le réel”872. Ce surgissement n’est évidemment qu’un effet de l’adéquatio rei et intellectus. Il est une parole, pour le sujet qui le constate, de la même Chose freudienne qui le parle, ou qui parle en lui, tout en parlant ce qu’il constate, en parlant pour lui. D’ailleurs, même objectivement, puisque c’est toujours la même Chose freudienne qui parle, il n’y a vraiment rien d’étrange dans la circonstance qu’il y ait dans sa parole, dans toutes les choses qui sont signes de sa parole, cet ordre apparemment inexplicable que nous attribuons au hasard collectif. e) En 1965, la Chose freudienne et sa vérité ouverte, du côté de la psychanalyse, est opposée au noumène et sa vérité fermée, du côté de la science, “puisqu’une vérité qui parle a peu de chose en commun avec un noumène qui, de mémoire de raison pure, la ferme”873. La vérité ouverte de la Chose freudienne, cette vérité que la Chose parle, n’est possible qu’après l’ouverture de la Chose en soi kantienne, comme Chose fermée en soi, silencieuse et inaccessible au sujet. Une fois que le sujet de tous les prédicats, comme noumène, s’ouvre et se retourne sur soi comme un être-autre-pour-soi -moyennant l’être-là du sujet qui existe dans la chaîne signifiante-, la sphère silencieuse -la planète sans bouche- devient Graal ou vase, et tout de suite, comme Chose freudienne, elle commence à parler d’elle même -toujours comme sujet insignifié-, grâce au vide signifiant du sujet -le sujet du signifiant- où peuvent résonner ses vérités -c’est-à-dire sa bouche sans le sein insignifiant qui la comblait, mais qu’elle vient de perdre. f) Encore en 1965, la Chose freudienne, toujours ouverte et parlante, se manifeste dans la magie, dans laquelle, d’après une “définition structuraliste”, le “signifiant dans la nature est appelé par le signifiant de l’incantation”, il est ainsi “mobilisé métaphoriquement”, nous démontrant par là que “la Chose en tant qu’elle parle, répond à nos objurgations”874. Dans cette réponse, l’être réel chosique du magicien répond à son être symbolique langagier, le magicien comme sujet de tous les prédicats répond au magicien sujet du signifiant, le Même du magicien -ou son Autre réel comme Autre de son Autre- répond à son Autre symbolique. Mais la réponse de cette Chose freudienne, comme présence pour soi de la Chose, ne peut s’entendre que lorsqu’elle résonne dans le vide signifiant du monde creusé, comme le manque-à-être du magicien, à l’intérieur de la masse compacte de sa Chose insignifiée, comme présence en soi de la Chose. Pour la réponse de la Chose freudienne, il faut naturellement -on ne saurait trop insister sur ceci- la bouche dans la sphère, voire le vide signifiant dans le vase qui parle pour répondre à nos objurgations. g) Finalement, en 1971, Lacan assure que lorsqu’il écrit la Chose freudienne, celle-ci “se lève et fait son numéro”, un numéro “qui ne lui est pas dicté”. Il assure ceci après avoir établi que “le propre du nom est d’être nom propre”, que la “Chose freudienne” est le “nom propre” de la Chose et que “nommer quelque chose, c'est un appel”875. Ainsi, quand je nomme la Chose freudienne, j’appelle la Chose par son nom, je l’appelle et elle me répond, comme elle répondait également au magicien. L’expression de “Chose freudienne” apparaît là -si j’ose dire- comme une sorte d’incantation, comme un mot de la Chose qui parle en moi, un mot auquel répond la Chose qui me parle. Et ce qu’elle répond, ceci ne lui est pas dicté par moi, naturellement. On ne peut rien dicter à la Chose qu’on peut toutefois invoquer. À vrai dire, c’est uniquement la Chose, qui n’est présente -ouverte et parlante- que pour soi-même, ce n’est qu’elle qui pourrait se dicter, mais qui ne peut rien se dicter, qui ne peut rien s’indiquer en secret, à l’avance, qui ne résonne pas déjà dans son vide signifiant de notre inconscient -ou de la bouche du monde qui nous parle et où nous habitons, en existant dans la chaîne signifiante. Nous devons distinguer trois moments dans la théorisation lacanienne de la Chose freudienne, ouverte et parlante. Premièrement, en 1955, elle parle, avec un accent assez militant, sans que personne lui demande de 872 Lacan, J. 1960. “Séminaire du 10.02.60”, in L’éthique de la psychanalyse, op. cit., p. 184. 873 Lacan, J. 1965. “La science et la vérité”, in Écrits, op. cit., vol. II, p. 349. 874 Ibid., p. 351. 875 Lacan, J. 1971. “Séminaire du 09.06.71”, in D'un discours qui ne serait pas du semblant

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entre ce qu’elle nous dit -au niveau signifié de ses représentations imaginaires. elle est celle mobilisée métaphoriquement par le magicien. cette Chose. celle qui s’est évadée de la forteresse de l’être où on l’avait enfermait. Cependant. tout ce que nous puissions dire à propos de l’idée lacanienne d’une Chose adéquate au sujet. 10 . au moyen de la réalité. par l’incantation ou par son propre nom.et ce qu’elle dit en nous -au niveau signifiant de ses représentants symboliques. que dans la mesure où la Chose dont il s’agit est freudienne. et en nous. au moyen de son intellect. délogé de lui-même. il faut nécessairement que la Chose soit ouverte et parlante. dans les choses aussi bien que dans les formations de l’inconscient. il ne peut y avoir qu’une certaine adéquation -celle toujours problématique de la signification dans le signe. dont la Chose lui parle en lui parlant d’elle -par les choses de la réalité.2. celle qui se manifeste. et qui répond à notre appel et fait son numéro. entre 1955 et 1965. dont la parole résonne dans ce vide signifiant qui est celui qui nous habite. tout en étant la Chose qui lui parle d’elle -en lui parlant de lui-même comme sujet insignifié de tous les prédicats. En quelque sorte. Dans un deuxième temps. La notion de la Chose freudienne présuppose déjà -dès le début. propre à la vérité freudienne. La Chose freudienne nous parle par les choses qui sont les signes -signes et non pas signifiants. ouverte et saignante de parole. à exister dans la chaîne signifiante des prédicats. elle coupe la totalité sphérique chosique. la Chose freudienne est l’ouverture de la vérité -par contraste avec sa fermeture dans le noumène de la science-. au moyen de la chaîne signifiante où nous existons. l’être insignifié du sujet. qui doivent forcément se correspondre. la Chose freudienne est toujours celle.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 parler : elle dénonce ceux qui l’écoutent et qui ne veulent pas l’écouter.de sa parole. L’adéquation et la méprise ne sont des caractères de la Chose. la même Chose insignifiée par le fait d’être signifiante -la même Chose maintenant freudienne. est le même sujet pour lequel elle est présente -en étant présente pour soi-. à ex-sister par rapport à son être. comme signes objectifs de sa parole. ceux qui la dissimulent et la fuient.du sujet du signifiant -comme sujet qui existe dans la chaîne signifiante des prédicats-. une adéquation des choses au sujet -comme adaequatio rei et intellectus-. en nous exprimons par des choses imaginaires ce que sa parole nous semble signifier.le sujet insignifié -le sujet de tous les prédicats. Finalement. Puisque la Chose suprasensible qui nous parle ainsi est la même inconsciente qui parle en nous.au moyen des choses de la réalité signifiée -par la parole de la Chose en tant que chaîne signifiante où existe le sujet du signifiant. l’une insignifiée et l’autre signifiante. aussi bien que celui que nous habitons. elle donc la vérité ouverte. ou des états de la Chose par rapport au symbole. lorsque la Chose nous parle d’elle-même en parlant de nous -de nous comme sujets insignifiés de tous les prédicats. il convient de résumer les idées essentielles sur cette adéquation : a) L’adéquation freudienne. laquelle. où nous ne pouvons saisir aucun schème rationnel qui justifie le surgissement dans le réel de ce qui apparaît comme adéquat par rapport à un certain intellect. dans ce que la Chose lui parle -en parlant en lui. À partir de cette Chose. ouverte et parlante. Pour qu’il y ait de l’adéquation ou de la méprise entre ce que la Chose ouverte parle au sujet. en se concentrant dans la notion de vérité comme adaequatio rei et intellectus. soit une version très particulière de l’adaequatio rei et intellectus. ce qui n’est possible qu’en raison de notre dette symbolique. au moyen de notre soi-disant intellect. entre 1965 et 1971. tout cela est déjà compris dans la théorisation lacanienne de la Chose freudienne que nous venons de présenter. lorsque la Chose parle en nous -en nous comme sujets du signifiant-. dans son intellect.tout en parlant simultanément en nous -intellectus-. parce que la Chose freudienne ouverte et parlante (11.1). en étant la même Chose celle nous parle dans toutes les choses -rei. voire le sujet de tous les prédicats en tant qu’il est divisé. ou vérité dans la bouche de Freud. d’autre part. Soyons plus clairs : il peut y avoir une vérité.5). ne se manifeste pas seulement dans la notion traditionnelle et prétendument rationnelle de vérité. celle que nous appelons. le hasard collectif et la magie. mais aussi dans des phénomènes comme l’amour fou. b) Il y a adéquation freudienne. et ce qu’elle parle en lui.en tant qu’adéquation de cet inconscient à notre extériorité. dans la mesure où c’est la même Chose freudienne qui parle pour nous. les choses ne sont parlantes pour le sujet que dans la mesure où elles sont signifiées par la parole du propre sujet -comme sujet de l’inconscient. elle se décrit comme celle qui se dérobe aussitôt qu’apparue. qu’elle soit donc freudienne. en raison de sa dette symbolique. qu’en parlant en nous. malgré nous. ainsi que tout hasard collectif et tout amour fou. comme sujet de tous les prédicats -en étant présente en soi-. ou encore comme réponse à notre appel. 11. afin que celui-ci puisse advenir ou commencer à exister. ainsi que par les signifiants qui gouvernent subjectivement notre intellect.la vérité dans la bouche de Freud.. la Chose présente pour soi (9. l’existence du sujet dans la chaîne signifiante. ou bien comme vérité -dans la bouche de Freud. au moyen de la prétendue réalité. c’est la même Chose qui nous parle par la réalité imaginaire des choses. pour autant qu’elles sont issues de la même Chose. elle creuse le vide signifiant du vase où la parole de la Chose freudienne résonne et elle produit un sujet divisé entre deux parties. En définitive. deux parties qui ne peuvent alors que se correspondre : d’une part. elle est donc la Chose qui s’ouvre et parle comme intellect dans le sujet -pour autant qu’il est sujet du signifiant-. En effet. Soit comme dénonciation et manifestation malgré nous dans l’extériorité de l’inconscient. la Chose ne pourra parler pour nous. voire condamné. qui parle au sujet par les choses -en ouvrant pour lui son vide signifiant du monde-. c) L’adéquation freudienne peut s’expliquer par la dette symbolique. en détachant -comme -a ou objet a insignifiant. deux parties se séparent. En fait.

2). au moins -avec une restriction mise par Robert de Boron-. op. comme objet ultime de désir. nous pouvons alors considérer que cette adéquation n’aura lieu qu’à l’intérieur de la même Chose.. l’adaequatio rei et intellectus n’aura lieu qu’à l’intérieur de la Chose freudienne présente en soi et pour soi.. Voici pourquoi. avant de “ressentir immédiatement un grand soulagement” quand il voit ce qu’il désire voir885. Ce que la Chose donne au sujet se reconnaît dans ce qu’elle désire en lui. une adéquation spéculaire entre le désirant et le désiré.pour nous parler. Puisque c’est toujours la même Chose qui parle. entre ce qui est signifié pour le sujet et ce qui est signifiant en lui. pp. malgré toute absence de rapport sexuel. à l’intérieur de la totalité unitaire de la Chose. 11. Dans le Tristan. op. 1220. W. entre la Chose inconsciente qui parle ce qu’elle veut ou reçoit au niveau de la conscience et la Chose suprasensible qui parle ce qu’elle offre ou donne au niveau de la sensibilité. 883 Chrétien de Troyes. tant le Graal est sainte chose” (tant sainte chose est ci li Graax)883. 1185... son intellect. 1200. dans son vide signifiant où résonne sa parole. 483. vers 7300. Ici. 30. op. les choses de la réalité. à l’intérieur de la totalité chosique. 1250. alors que chez Malory. 881 Eschenbach.6). n’est en fin de compte. apportée dans le Graal”. 1250. un chevalier se met à gémir : “quand verrai-je la sainte Coupe qui doit apaiser ma douleur!” (saint Vaissel par qui ma douleur doie remanoir). lorsqu’il se présente devant les chevaliers de la Table Ronde. en sorte que les chevaliers “mangent tous à leur aise”879. Comme le RoiPêcheur. Il y a donc une adéquation idéale. 239-240. 341. à l’intérieur de la présence en tant que soi de la Chose. cit. 19 886 Anonyme. VIII. cit. p. p. la Chose en tant que telle ne s’ouvre pas -à proprement parler. L’adéquation des choses au sujet. Dans toutes les situations que nous venons d’évoquer.. cit. Le Roman d’Arthur et des chevaliers de la Table Ronde. vers. comme sujet du signifiant. 1200. Perceval. dans sa bouche de sujet -la nôtre aussi bien que celle du monde où nous habitons. 82. Enfin. op. p. tous les mets dont les convives désirent goûter” 881. entre le sujet désirant -du côté du signifiant. vers 6424.. VIII. est une adéquation entre deux Choses qui ne peuvent que se correspondre pour autant qu’elle sont toutes les deux la même Chose inaccessible.. p. comme adéquation de la Chose qui lui parle à celle qui parle en lui. V. 876 Anonyme. De même. cit. op. qu’une présence en soi et pour soi. p 843. 877 Robert de Boron (attribué).. Le Saint-Graal ne peut que “servir à leur gré tous ceux” 878 dont il gouverne le gré de ses désirs. p. La quête du Saint-Graal. p. il n’y a rien d’étonnant dans le fait qu’il puisse y avoir. Voici pourquoi le Saint-Graal est appelé Graal. il ne faut pas oublier que “c’est d’une seule hostie.quand elle parle de nous -comme sujets insignifiés de tous les prédicats. “chaque chevalier trouve les mets et boissons qu’il préfère au monde” 882.3. p. s’accordera ou se mettra en rapport d’adéquation avec ce qui est signifiant en lui. cit. La quête du Saint-Graal.pour le sujet (6. Il faut comprendre ici que la Chose. il suffit que Lancelot “touche de ses yeux” le Graal. entre son vide et ce qui le remplit. 878 Anonyme. mais seulement pour soi (6. op. p. se soutient seulement de ce que “le Graal lui sert nuit et jour”884. 1220. 68. 1200. 879 Anonyme. cit. Première continuation de Perceval. ne puisse pas se correspondre avec les objets signifiés que le suprasensible offre au même sujet. vol.. Il n’y a pas de raison pour que le désir que l’inconscient impose au sujet. cit. alors qu’elle parle en lui par la signifiance de son propre désir. cit. pour que celui-ci le “guérisse de ses souffrances”886. dans la Première continuation de Perceval. 8 .La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 Étant donné que l’adéquation des choses au sujet. op. op. 15.et l’objet désiré -du côté du signifié-. comme adéquation entre une Chose suprasensible qui lui parle et une autre inconsciente qui parle en lui. cit. Comme vérité dans la bouche de Freud. “Perceval ou le conte du Graal”. chez Eschenbach. même en ouvrant pour le sujet son vide signifiant du monde (11. T. entre le vide du sujet -qui est sa bouche aussi bien que la cavité interne du Saint-Graal. 884 Manessier. Chez Chrétien de Troyes. dans la Quête. dans la Troisième continuation de Manessier. Ainsi. Il y a donc une adéquation entre l’en-soi et le pour-soi. est une condition indispensable pour qu’il y ait le désir du sujet à l’égard de ses objets imaginaires. p. op. prêts à être mangés. “verse du vin” et “prodigue les mets”. op. “The Third Continuation”. dans la parole de la Chose freudienne.et ce qui le remplit -ce qui remplit la bouche du sujet aussi bien que le Saint-Graal. le Graal fait apparaître “à chaque place les mets que chacun désirait”880. “il agrée à tous les hommes de bien et à tous ceux qui peuvent rester dans sa présence”877. il “sert le pain”. de cette Chose freudienne présente en soi et pour soi..qui ne peut que parler en nous -comme sujets du signifiant. ce qui est signifié pour le sujet. il y a une adéquation entre ce que le Graal donne et ce que le sujet veut recevoir. que le Roi-Pêcheur “se soutient et réconforte. Cette adéquation. 208. 1485. Parzival. Traduction en français moderne : vol. 239. Merlin et Arthur : le Graal et le royaume. 880 Ibid. 885 Anonyme. La quête du Saint-Graal. ne parle au sujet que par ces objets imaginaires signifiés et désirés. Voici pourquoi “il agrée à toutes gens”876 -d’après la Quête. p. Dans la Quête. Le roman de Tristan en prose (version 2). 406. comme le sujet désirant qu’il est en tant que sujet du signifiant. in The Continuations of the Old French Perceval of Chrétien de Troyes. 42586. 145. 15.. cit.5). Ainsi. 882 Malory. 1220. “on trouve devant le Graal.

dans la chaîne signifiante où le sujet existe. Or. à la Chose comme sujet insignifié. n’est intelligible.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 dans la mesure où elle ne peut s’ouvrir pour le sujet qu’en étant le sujet. Même en étant freudienne.ce n’est que par l’insignifiance qui 887 Miller. il n’y aurait donc plus aucune ouverture entre les deux. comme sujet du signifiant. une parole que de toute façon ne serait plus prononcée. le sujet du signifiant. in La Cause freudienne. où habite le sujet du signifiant. Et il y a aussi la jouissance de la Chose. 13. comme les instants de l’existence du sujet du signifiant. pour-soi et en-tant-que-soi. Certes. Comme sujet insignifié. tout se réabsorbe dans la jouissance chosique de la totalité unitaire. il y a autisme”. qu’en existant dans sa propre parole de sujet insignifié -qui est cette parole de la Chose freudienne qui résonne dans le monde ouvert par le vide signifiant. par cette absence du sujet de tous les prédicats. dans un sujet qui n’existe que dans cette parole de la Chose freudienne. Elle se fermerait à nouveau sur soi. il n’y aurait personne pour entendre la parole de la Chose. En effet. Si les prédicats se succèdent. il n’ex-sistera par rapport à son être réel chosique. qu’en tant que sujet parlant. toujours pulsion de mort. dans sa propre parole de Chose freudienne. Examinons maintenant de quelle manière elle s’ouvrira et parlera. Le vase retournerait à sa forme sphérique. elle parle et elle s’ouvre en soi. c’est pour autant qu’ils n’arrivent pas à signifier le sujet qui reste insignifié. La Chose en-tant-que-soi. dans son rapport à l’Autre qui le parle et qui le fait vouloir-dire -comme Chose freudienne qui parle en lui. ne pouvant donc s’ouvrir pour lui qu’en s’ouvrant pour soi (9. le sujet insignifié. n’est que l’absence du sujet insignifié de tous les prédicats. comme sujet du signifiant. comme sujet du signifiant. elle n’est ce dont elle parle que pour autant qu’elle existe dans ce qu’elle parle.par rapport à elle-même -comme sujet insignifié-. comme Chose freudienne qui parle. veut-dire et désire. en outre. nous comprendrons que le sujet insignifié de tous les prédicats ne puisse être ce qu’il est. si le sujet du signifiant n’est pas la Chose insignifiée. N’oublions pas que la Chose n’est insignifiée que pour autant qu’elle est signifiante. Paris. Il n’y a aucune doute que le sujet du signifiant. Elle ne parle et ne s’ouvre.de ce que la Chose parle. la Chose est freudienne parce qu’elle parle. aucune bouche. pour soi et en tant que soi -ceci nous le savons déjà. il n’existerait pas. Si la Chose ne parlait pas dans le sujet. c’est parce qu’il doit exister dans la parole. Il n’en reste pas moins qu’elle ne parle et ne s’ouvre que pour ellemême et en elle-même en tant que soi. parce qu’elle s’ouvre -comme la bouche de Freud où se trouve la vérité comme adéquation.et à la partie de la totalité -comme cause de son désir. elle ne dialogue pas. pour autant que la Chose n’ex-sisterait plus -comme sujet du signifiant. au niveau de la totalité unitaire chosique. en-soi et pour-soi. parlant en lui et pour lui. en conséquence. comme sujet insignifié de tous les prédicats. et quelles seront les formes que son ouverture et sa parole réserverons à son propre soi en tant que sujet. C’est le “monologue de l’apparole”.est une Chose déjà coupée. “il n’y a pas de communication. dès lors que le sujet dont il s’agit est un sujet divisé. présente en-soi. Comme sujet. la Chose freudienne n’est en état de parler que pour autant qu’elle dispose de la signifiance du sujet du signifiant -voire cette parole où il existe.5). En raison de ce signifiant. qu’en soi et pour soi. Elle redeviendrait la Chose en soi kantienne. que dans la mesure où lui. S’il y a encore du signifiant -pourrions nous dire. dont parle Jacques-Allain Miller. Notre Chose freudienne cesserait d’être freudienne. la Chose freudienne -entendez-moi bien. que pour autant qu’il est -en s’ouvrant. il y aura cette succession des prédicats -la parole de la Chose freudienne. ou dans la chaîne signifiante des prédicats. coupée en étant ouverte et parlante. existe dans la chaîne signifiante de la parole de cette Chose qui parle en lui. comme Chose freudienne. suivant ce raisonnement. ECF.de celui du signifiant. au moyen des prédicats. Il faut considérer. 1996. la raison d’être de la chaîne signifiante des prédicats où existe le sujet du signifiant. pour prononcer la parole. lieu de l’Autre ou de l’être symbolique langagier. n’est différent à la Chose freudienne qui parle en lui.96. avec laquelle cette Chose lui parle au même sujet de lui-même. aucun lieu -aucun vide signifiant. le sujet du signifiant n’existera comme tel. mais un monologue. qu’en présence d’elle même. celui qui existe dans la chaîne signifiante des prédicats. Cependant. 8 . 10. Nous comprendrons alors que la Chose freudienne ne puisse être le sujet insignifié qui parle qu’en existant. pour autant que l’apparole “est ce qui devient la parole quand elle n’assure pas communication mais jouissance” 887.ou dans son rapport à l’objet a qui cause son désir -comme son être insignifié qui lui manque-. Ceci ne veut pas dire qu’à l’intérieur de la totalité. la Chose ne peut être présente qu’en présence d’elle-même. quand elle parle. que la Chose freudienne n’est en état de parler pour le sujet du signifiant qu’en parlant en lui -en le faisant exister dans ce qu’elle parle. Lorsqu’elle s’ouvre et parle pour le sujet. Je veux dire par là que la Chose freudienne.pour l’Autre. Autrement dit. dans son rapport à la totalité -comme cause de son vouloir-dire.-A. divisé précisément à cause du signifiant -ou plus précisément de l’insignifiance du signifiant. Dans ce monologue. Un tel sujet. Sa parole n’est pas un dialogue.qui autrement n’aurait pas raison d’être. dans cette parole qu’il parle. celui qui n’est qu’en étant l’être du sujet de tous les prédicats. tout son désir et son vouloir dire se réabsorbe dans la jouissance de la Chose -et par là elle se réabsorbe aussi dans la pulsion. elle n’est donc sujet insignifié de tous les prédicats que pour autant qu’elle est sujet qui existe dans la chaîne signifiante des prédicats. comme toute chose. p. ne puisse pas désirer et vouloir dire. “Le monologue de l’apparole”. dans la Chose freudienne qui n’est. Par ce détachement -en fonction de la dette symbolique-. En d’autres termes. doit se détacher -comme insignifiance de l’objet a. à ce niveau d’analyse. qui domine l’apparole.le sujet signifiant qui existe dans la chaîne signifiante des prédicats. En effet. la Chose ne peut alors que parler dans le sujet. J. Lorsqu’elle parle et lorsqu’elle s’ouvre. en lui parlant d’elle. 34. alors celui-ci n’existerait pas dans la chaîne signifiante.

En nous occupant exclusivement de l’objet imaginaire que la Chose freudienne semble exprimer. Nous savons déjà que la Chose freudienne. le fait de cette croyance n’est vraiment pas surprenant. en nous et en tant que nous. le rapport entre les deux. elle ne le fait que dans la mesure où elle est.et pour soi -en tant qu’insignifiée. d’un coté par rapport à la Chose elle-même. Même si en s’ouvrant en soi et pour soi. ouverte et parlante. b) Nous croyons être ce qu’elle semble dire sur nous quand elle parle.dans ce qu’elle prononce lorsqu’elle parle en nous. Bien que divisé entre le sujet du signifiant et le sujet insignifié. Ainsi. comme ce que la Chose freudienne semble exprimer quand elle lui parle. nous sommes en état de méprise. en lui. D’ailleurs. Indépendamment d’être ce dont la Chose freudienne parle quand elle nous parle d’elle -comme sujets insignifiés de tous ses prédicats-. qui nous apparaît toujours aussi nouvelle et surprenante. par laquelle la Chose. Tableau 36. Au moins. à signifier par le signifiant. comme le sens au niveau symbolique du semaïnon. ou ce qui est donné pour nous dans l’imaginaire. Toute cette méprise est d’ailleurs facilement compréhensible. voire même l’adéquation -l’adaequatio rei et intellectus. dans son vide signifiant. à l’intérieur de son être. comme signes de la parole de notre Chose freudienne. ainsi que son existence dans la chaîne signifiante. il devra méprendre -et par là se méprendre. par rapport à nous. la nôtre.4. 11. alors qu’il n’ex-siste que là où elle aussi elle ex-siste. comme vide signifiant de la Chose insignifiée. Récapitulons.son être réel insignifié. je vous prie de ne pas oublier que la Chose freudienne -comme Ding. Notre Chose freudienne. et en plus d’exister -comme sujets du signifiant. En plus de parler pour le sujet et en lui. alors que nous existons symboliquement comme le sujet qu’elle prononce en nous -le sujet qui existe dans la chaîne signifiante de ses prédicats. en tant que lui. ou à notre être dont elle parle quand elle parle d’elle. qu’elle semble dire des choses -des Sachen. 8 . concernant l’existence du sujet dans cette parole de la Chose freudienne par laquelle toute croyance est signifiée. comme interlocuteurs de la Chose freudienne : a) Nous sommes ce dont elle nous parle quand elle nous parle d’elle. il doit y avoir le moi du sujet. ce fait relativement nouveau ne nous surprend pas autant que celui de la vieille certitude. qui ne peut nous dire notre moi -comme notre être imaginaire signifié. elle est divisé d’elle même comme sujet insignifié. ce sujet chosique n’est rien d’autre que ce qu’elle est. en même temps. ou ce que la Chose freudienne parle en lui.qu’en prononçant la chaîne signifiante où nous existons symboliquement -comme sujets du signifiant. ainsi que le rapport entre l’existence et le semblant d’être qui lui apparaît. c) Nous existons dans ce qu’elle parle en nous. mais notre être ne réside réellement que dans le sujet dont elle parle en nous parlant d’elle -comme sujet insignifié de tous ses prédicats-. là où sa parole résonne. mais aussi l’adéquation entre les deux. nous aussi nous sommes subjectivement. n’a pas été encore signifiée. en tant que soi. et en plus. qu’elle semble dire quelque chose. ne s’ouvre qu’en soi -en tant que vide ou signifiance. qui est la bouche du sujet. Ainsi. comme le pragma réel ou ce qui est dénoté. dans le réel et dans le symbolique. le sujet qu’est la Chose freudienne. le résultat de la parole de cette même Chose. puisqu’il n’y a que son moi et ses petit autres pour lui.entre cette existence. se manifeste. ou à notre existence dans cette parole. nous croyons être ce que nous avons l’impression qu’elle nous dit sur nous lorsqu’elle nous parle -en tant que moi signifié par sa parole.et pour lui -dans les choses signifiées de la réalité-. comme sujets du signifiant.La Chose de Lacan David Pavón Cuéllar 2003-2004 l’affecte -cette insignifiance que nous désignons comme objet a. en trois sens différents (tableau 36) : nous croyons être l’objet imaginaire qu’elle semble exprimer -notre moi signifié par ses prédicats-. la Chose freudienne qui parle pour le sujet et en lui. Dans cette situation. nous méprenons tout le reste.qui sont les signes de sa parole -et parmi ces choses imaginaires qu’elle semble dire. De même que notre moi qui n’est tel objectivement qu’en nous apparaissant parmi les choses qui nous entourent. et d’autre côté par rapport à sa parole. Manifestations de la Chose freudienne par rapport à nous Ce dont elle nous parle en nous Ce qu’elle semble exprimer pour parlant d’elle nous lorsqu’elle nous parle Notre être Ce que nous croyons être Le sujet réel insignifié de tous les Le moi comme objet imaginaire prédicats signifié par les prédicats Ce qu’elle prononce en nous lorsqu’elle nous parle Notre existence Le sujet qui existe symboliquement dans la chaîne signifiante des prédicats En ne prenant que ce qui nous est apparemment donné. comme le semaïnomenon imaginaire ou la dénotation. dans sa bouche. Puisqu’il n’y a que les choses imaginaires signifiées pour le sujet.parle. cette Chose est divisée comme le sujet du signifiant qui existe dans sa parole. le sujet ne méprendra pas seulement son être et son existence. elle s’ouvre dans le sujet -dans la chaîne signifiante où il existe.des choses qui sont les seules qu’il ne méprise pas. évidemment. et le semblant d’être -et non pas l’être chosique. Le sujet méprend donc son être et son existence.

in The continuations of the old French Perceval of Chrétien de Troyes. avant de commencer à le chercher en vain. méprend la Chose freudienne qui ne s’ouvre pas vraiment. le sujet. op.. ce sujet est lui-même. et ne pas se dissoudre dans le soi de la Chose. à un autre niveau. voire l’expérience du Saint-Graal en tant qu’histoire du Saint-Graal -histoire signifiante où le Graal insignifié s’ouvre et se parle. le sujet. puisqu’il n’y a pas d’Autre de l’Autre. Il apparaît le plus souvent lorsque les chevaliers ne l’attendent pas. n’assiste qu’à un semblant d’ouverture de la Chose pour lui. le sujet se méprend lui-même dans son êt