RAPPORT 2010

CENTRES ET L OCA UX
DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
C
E
N
T
R
E
S

E
T

L
O
C
A
U
X

D
E

R
É
T
E
N
T
I
O
N

A
D
M
I
N
I
S
T
R
A
T
I
V
E

Ȓ

R
A
P
P
O
R
T

2
0
l
0
ASSFAM
5, rue Saulnier
75009 Paris
Tél : 01 48 00 90 70
www.assfam.org
FORUM RÉFUGIÉS
28 rue de la Baïsse
BP 71054
69612 Villeurbanne
Tél : 04 78 03 74 45
www.forumrefugies.org
FRANCE TERRE D’ASILE
24, rue Marc Seguin
75018 Paris
Tél : 01 53 04 39 99
www.france-terre-asile.org
LA CIMADE
64, rue Clisson
75013 Paris
Tél : 01 44 18 60 50
www.cimade.org
ORDRE DE MALTE FRANCE
42, rue des Volontaires
75015 Paris
Tél : 01 55 74 53 87
www.ordredemaltefrance.org
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 2
Sommaire
5 ÉDITORIAL
7 ÉLÉMENTS STATISTIQUES
10 - Introduction : les chiffres de la politique du chiffre :
un ensemble lacunaire et instrumentalisé
11 - Un enfermement massif et parfaitement rationnalisé
11 - Durée de l’enfermement
11 - Davantage de femmes en rétention
11 - Une population jeune et des mineurs
11 - Un nombre de familles et d’enfants enfermés toujours plus grand
12 - Plus de 155 nationalités dans les centres de rétention en 2010
12 - Où sont interpellés les étrangers placés en rétention ?
13 - Types de mesures d’éloignement
13 - Destins à l’issue de la rétention
15 ÉTUDE THÉMATIQUE
16 - La rétention : un lieu de détresse soumis à l’arbitraire
22 - Le destin incertain des étrangers malades en rétention
30 - La famille ébranlée par la rétention
38 - La demande d’asile en rétention : un régime d’exception
46 - Les atteintes à la libre circulation
52 - La criminalisation injustiʏable des migrants en situation irrégulière
64 - Une politique visant clairement l’éloignement des Roms
65 - L’enfermement des mineurs isolés
70 - Outre-mer : des droits au rabais dans un contexte d’enfermement et d’éloignement massifs
74 CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
75 - Bobigny
81 - Cayenne-Rochambeau
89 - Coquelles
95 - Hendaye
101 - Lille-Lesquin
107 - Lyon-Saint-Exupéry
113 - Marseille-le-Canet
119 - Mayotte
125 - Mesnil-Amelot
133 - Metz
139 - Nice
145 - Nîmes-Courbessac
151 - Palaiseau
157 - Paris-Dépôt
161 - Paris-Vincennes
167 - Perpignan
173 - Plaisir
177 - Rennes-Saint-Jacques-de-la-lande
185 - Rouen-Oissel
l9l - Sète
197 - Strasbourg-Geispolsheim
203 - Toulouse-Cornebarrieu
209 LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
213 - Ajaccio
215 - Cergy-Pontoise
217 - Choisy-le-Roi
219 - Saint-Louis
221 - Soissons
223 - Tours
227 ANNEXES
228 - Glossaire
229 - Carte des CRA et LRA
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 3
COORDINATION GÉNÉRALE ET RÉDACTION :
Lucie Feutrier (Ordre de Malte France), Radoslaw
J. Ficek (France terre d’asile), Céline Guyot (ASS-
FAM), Aude Lecouturier (France terre d’asile),
Assane Ndaw (Forum Réfugiés), Habiba Prigent
El Idrissi (La Cimade), David Rohi (La Cimade),
Nadia Sebtaoui (France terre d’asile), Mathias
Venet (Ordre de Malte France).
RÉDACTION DE LA PARTIE OUTRE-MER :
Lucie Curet (La Cimade)
TRAITEMENT DES STATISTIQUES :
Maëli Duval (La Cimade), Thierry Flesch (La Ci-
made), Aude Lecouturier (France terre d’asile),
Benoît Merckx (La Cimade), David Rohi (La
Cimade), Nadia Sebtaoui (France terre d’asile),
Assane Ndaw (Forum Réfugiés), Mathias Venet
(Ordre de Malte France).
LES INTERVENANTS EN RÉTENTION DES CINQ
ASSOCIATIONS ONT ASSURÉ LE RECUEIL
DES DONNÉES (STATISTIQUES ET QUALITA-
TIVES) ET LA RÉDACTION D’ UN RAPPORT PAR
LIEU DE RÉTENTION :
ASSFAM :
Gaelle Aubin, Colomba Del Corso, Benjamin Fran-
cos, Juliette Gaillard, Frédéric Guérin, Floriane
Grillet, Elizabeth Huet, Marie-Thérèse Kwopa,
Estelle Lasjaunias, Sylvie Pascoal, Guillaume
Rouyer, Marie Samson.
Forum Réfugiés :
Yassin Amehdi, Valérie Bonhomme, Rebecca
Bourgin, Maud Depresle, Julian Karagueuzian,
Elodie Jallais, Christelle Palluel, Guy Vincent
Decosterd, Ingeborg Verhagen.
France terre d’asil e :
Maëlle Audoin, Marine Barbier, Alice Bras, Na-
thanaël Caillaux, Martin Dannaud, Claire Fran-
çois, Mélanie Gardie, Mathilde Gourdon, Marion
Lanvers, Gaëlle Lebruman, Pierre Nicolas, Clé-
ment Pere, Anne Perrot.
La Cimade :
Bachelet Mathilde, Bailliez Jeanine, Blanc Mar-
tine, Boulard Maryse, Brien Marie, Burelle Alain,
Chambolle Marc, Claus Leo, Curet Lucie, Dail-
lère Aline, Danʐous Sarah, Daritchon Fabienne,
Debandi Natalia, De benito Georges, Fabard
Laurence, Faron Lise, Flichman Rafael, Hermann
Renée, Huraux Annette, Joncour Charlotte, Joyau
Charlotte, Kerckove Edith, Kieny Marc, Lafosse
Jacques, Lagorce José, Mamdy Françoise, Martin
Pablo, Meckert Christiane, Mege Laurent, Mercier
Muriel, Papantoniou Konstantinos, Quéré Riwa-
non, Rega Stefano, Richard Clémence, Rohi David,
Rondeau Georges, Rubinstein Ivan, Salavert
Samuel, Steuperaert Maud, Tessier Michel, Van
Effenterre Karin, Vassaux Catherine, Vaugrenard
Aurélie, Viannaye Clémence, Videaux Amélie,
Wider Thomas
Ordre de Mal te France :
Kenza Benkhalef, Luigi Dalle Donne, Typhaine
Elsaesser, Claire François, Marine Jaubert,
Aurélie Lecointre, Najima Ouchene, Jonathan
Selvon, Isabelle Wilhelm.
CONTRIBUTION À LA RÉDACTION
ET AUX RELECTURES :
Adrien Chaboche, Julie Chambon, Céline
Croze, Lucie Curet, Christian Laruelle, Jérôme
Martinez, Jean-François Ploquin, Alain de Ton-
quedec, Yamina Vierge.
CONCEPTION GRAPHIQUE, MAQUETTE :
Florence Dupuy
ICONOGRAPHIE :
Contrôleur général des lieux de privation de
liberté, Thomas Feutrier, Rafaël Flichman,
Laurent Pipet, Hichem Sennane.
DESSIN DE COUVERTURE : Thomas Feutrier
Les photos et dessins publiés dans ce rapport
sont soumis à droit d’auteur.
ONT PARTICIPÉ À CE RAPPORT :
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 5
Édito
L’
année 2010 est l a premi ère qui voi t i nterveni r
ci nq associ ati ons – l ’Assf am, La Ci made, Fo-
rum réf ugi és, France terre d’ asi l e et l ’ Ordre de
Mal te France – dans l es centres de rétenti on admi ni stra-
ti ve. I ssues d’ hori zons vari és, el l es partagent entre autres
val eurs l a pri mauté de l a personne humai ne et l e respect
des droi ts de l ’ Homme consacrés par l es engagements
européens et i nternati onaux de l a France.
Dépassant l e ri sque de concurrence qui aurai t pu résul ter
de l’ouverture de l a mi ssi on à pl usi eurs associ ati ons par l a
méthode de l’ appel d’of f res, nous avons abordé cette mi s-
si on d’ ai de à l’exerci ce ef f ecti f des droi ts de mani ère coor-
donnée. La créati on d’ un comi té de pi l otage et l’échange
constant en mati ère d’experti se et de prati ques ont notam-
ment permi s des pri ses de posi ti ons publ i ques communes à
pl usi eurs repri ses.
Dans un domai ne aussi sensi bl e que l’enf ermement admi -
ni strati f , i l est essenti el de di sposer d’ une vi si on d’en-
sembl e de l a réal i té de l a rétenti on des étrangers en France :
el l e seul e permet de décri re l a gl obal i té du système él aboré,
développé et renforcé en France au ʏl des années, comme
de f ai re état des attei ntes aux droi ts f ondamentaux.
Ce rapport annuel témoi gne de l a vi e dans l es centres f ran-
çai s de rétenti on admi ni strati ve. Qu’ avons-nous observé de
pl us marquant ?
Tout d’ abord, l es dégâts causés par l a « pol i ti que du chi f f re »
mi se en pl ace en 2002 et par un régi me d’excepti on qui se
renf orce chaque année. En 2010, ce sont pl us de 60.000 per-
sonnes qui sont passées par un centre de l a métropol e ou
d’ Outre-mer. Le nombre de f ami l l es et d’enf ants enf ermés
dans l es centres s’est accru. I l en va de même du nombre
de ressorti ssant roumai ns – roms essenti el l ement –, dans
un contexte de surenchère répressi ve dénoncé par l’ Uni on
européenne.
Dans ce l i eu de pri vati on de l i berté qu’est l a rétenti on admi -
ni strati ve, l a moi ndre négl i gence au regard du droi t, peut
revêti r une tout autre di mensi on. La réal i té des centres,
rapi dement évoquée l orsque des événements graves f ont
l’ actual i té, est ai nsi cel l e de l a tensi on quoti di enne, d’ une
vi ol ence qui s’expri me de mul ti pl es mani ères, d’ une dé-
tresse trop souvent conf rontée à des prati ques arbi trai res.
Ce régi me d’excepti on est beaucoup pl us ai gu dans l es
centres d’ Outre-mer où l’ État tol ère que troi s personnes
pui ssent occuper une seul e pl ace et que, pour un él oi gne-
ment rapi de, l’ admi ni strati on n’ attende pas l es déci si ons du
j uge admi ni strati f , f ai sant ai nsi peu de cas de l a l égal i té
d’ un renvoi souvent i rréversi bl e.
Ces prati ques admi ni strati ves et pol i ci ères, ces condi ti ons
d’ i nterpel l ati on et de pri vati on de l i berté, de réadmi ssi on
aux f ronti ères, nous l es constatons et ne pouvons en ti rer
qu’ un bi l an accabl ant : cel ui de l’obsessi on stati sti que
au détri ment du droi t. En d’ autres termes, i l s’ agi t d’ une
pol i ti que qui pousse trop souvent l es autori tés à él oi gner
à tout pri x pl us d’étrangers en baf ouant l es procédures et
l es droi ts l es pl us f ondamentaux, en mettant en œuvre une
politique dȊéloignement qui démontre son inefʏcacité et
son i nj usti ce.
L’ année 2010 et l es premi ers moi s de 2011 ont été marqués
par l a di scussi on pui s l’ adopti on d’ une nouvel l e l égi sl ati on
sur l es étrangers contre l aquel l e nos associ ati ons se sont
mobi l i sées. El l e met en pl ace l’ al l ongement de l a durée de
rétenti on à un maxi mum de 45 j ours et l e report de l’ i n-
terventi on du j uge des l i bertés dans l e contrôl e de l a pro-
cédure. Elle conʏrme la banalisation de lȊenfermement
comme mode de gesti on de l’él oi gnement des étrangers en
si tuati on i rrégul i ère, et rédui t consi dérabl ement l e contrôl e
des prati ques pol i ci ères et admi ni strati ves par l e pouvoi r
j udi ci ai re.
CȊest ʏnalement cette banalisation de lȊenfermement admi-
ni strati f , contrai re à l’espri t du droi t européen, que nous
dénonçons ensembl e, autant que l es si tuati ons absurdes et
l es attei ntes aux droi ts et à l a di gni té des personnes géné-
rées par une pol i ti que marquée par l’obsessi on de l’ attei nte
des obj ecti f s chi f f rés.
1 - Li re l e rapport
de vi si te du CRA de
Mayotte établ i en 2009
par l e contrôl eur général
des l i eux de pri vati on de
l i berté (www.cgl pl .f r)
et l es recommandati ons
qui ont été f ai tes l e 30
j ui n 2010 (JORF 25
j ui l l et 2010, NOR :
CPLX1019692X).
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 6
NOTE MÉTHODOLOGI QUE
Ce rapport n’ aurai t pas de sens si on ne rappel ai t pas que derri ère tous ces chi f f res, ce sont
bi en d’ hommes, de f emmes et d’ enf ants dont i l s’ agi t. Chacune de ces personnes est entrée
dans un centre de rétenti on entre l e 1
er
j anvi er 2010 et l e 31 décembre 2010, pour n’ en ressorti r
qu’ un à trente-deux j ours pl us tard, l i bre ou él oi gnée de f orce.
Les données présentées ont été récol tées par chacune des ci nq associ ati ons, dans l ’ ensembl e
des centres de rétenti on de métropol e et cel ui de l a Guyane.
Le recueil a été organisé selon des modalités communes aʏn de produire des statistiques
i ndépendantes sur l a rétenti on en France.
Pour chaque i tem abordé (pl acements en rétenti on, nati onal i té, mesures admi ni strati ve, du-
rée de présence en rétenti on, etc.), ces stati sti ques sont exhausti ves ou couvrent une très
f orte proporti on de l ’ ef f ecti f total . Les associ ati ons ne sont notamment pas en mesure de
rencontrer partout chaque personne pl acée en rétenti on. En Guyane par exempl e, l a pl upart
des él oi gnements sont réal i sés très rapi dement, avec un passage en rétenti on qui souvent ne
dure que quel ques heures ce qui i nterdi t toute ai de ef f ecti ve à l ’ exerci ce des droi ts, et rend a
f orti ori i mpossi bl e l a tenue de stati sti ques compl ètes.
Au total , cette étude stati sti que représente l a seul e source i ndépendante et aussi conséquente
sur l ’ acti vi té des centres de rétenti on en 2010.
Eléments statistiques
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 8
INTRODUCTION :
LES CHIFFRES DE LA
POLITIQUE DU CHIFFRE, UN
ENSEMBLE LACUNAIRE ET
INSTRUMENTALISÉ
Les stati sti ques de ce rapport reposent sur
l es données recuei l l i es dans l es centres de
rétenti on où l es associ ati ons i ntervi ennent.
Hormi s cel ui de Rochambeau en Guyane,
tous ces centres se trouvent en métropol e.
Pour mi eux sai si r l a portée de ces données,
i l convi ent de l es si tuer pl us l argement dans
l ’ ensembl e des pl acements en centres de ré-
tenti on et des recondui tes à l a f ronti ère mi s
en œuvre par l es autori tés f rançai ses.
D’ une part, l a démarche est ardue car l es don-
nées ofʏcielles sont lacunaires. DȊautre part,
l a mi se en évi dence des choi x opérés dans l a
communi cati on gouvernemental e de ces don-
nées est particulierement signiʏcative.
OUTRE-MER : LA FACE CACHÉE DE
LA POLITIQUE D’ ENFERMEMENT ET
D’ ÉLOIGNEMENT
A mi ni ma, pl us de 35 000 él oi gnements ont
été exécutés depui s l es terri toi res d’ outremer
en 2010. Ai nsi , l orsque l es autori tés f ran-
çai ses annoncent avoi r réal i sé 28 000 él oi -
gnements en 2010, en omettant de préci ser
que l ’ Outre-mer n’ est pas compté, pl us de l a
moi ti é de l a réal i té est escamotée.
Seul le préfet de Mayotte communique loca-
lement sur les chi f f res concernant le 101
ème

département f rançai s (plus de 26 000 en 2010).
Par ai l l eurs, sel on l e Mi ni stère de l ’ i ntéri eur,
32 881 étrangers étai ent pl acés en réten-
ti on dans l es terri toi res ul tramari ns (contre
27 401 en métropol e)
1
.
Ai nsi , en France, pl us de 60 000 étrangers ont
été enf ermés dans des centres de rétenti on en
2010. Et pl us de 53 000 ont été él oi gnés, mai s
sans f orcément passer par des centres de ré-
tenti on (voi r ci -après).
Outre l eur absence de toute communi cati on
ofʏcielle, les chiffres concernant lȊOutre-mer
se di sti nguent par l eur caractère l acunai re.
En 2009, hors ai de au retour, 30 820 étrangers
étai ent recondui ts à l a f ronti ère depui s un ter-
ri toi re d’outre-mer
2
.
Pour 2010, l e nombre de recondui tes Outre-
mer n’ a pas été publ i é, mai s i l est certai ne-
ment pl us él evé qu’en 2009. En ef f et, depui s
Mayotte, 26 405 personnes ont été recon-
dui tes à l a f ronti ère
3
, soi t 32 % de pl us qu’en
2009. Depui s l a Guyane, l a PAF i ndi que
4
un
vol ume supéri eur à 8000 él oi gnements. En
Guadel oupe, l es él oi gnements ont excepti on-
nel l ement bai ssé du f ai t du moratoi re pro-
tégeant l es Haïti ens sui te au séi sme (291 en
2010, contre 1800 en 2008, et 980 en 2009).
Quant à Sai nt Marti n, si l e nombre de recon-
dui tes n’est pas connu pour 2010, l es ef f ecti f s
de l a pol i ce aux f ronti ères sont passés de 28
agents en 2003 à 65 agents en 2010
5
.
Comment comprendre cette opaci té et l e
choi x dél i béré de ne communi quer que sur
l es chi f f res de l a métropol e, al ors même que
l e nombre de recondui tes à l a f ronti ère est au
cœur de l a communi cati on du gouvernement
sur sa pol i ti que d’ i mmi grati on ?
La vol onté de rester di scret sur des terri toi res
où prévaut un régi me dérogatoi re déf avo-
rabl e aux étrangers vi cti mes de nombreuses
attei ntes à l eur droi t f ondamentaux apparaît
comme l ’ hypothèse l a pl us vrai sembl abl e
6
.
Autrement di t, si cette f ace de l a pol i ti que
d’ enf ermement et d’ él oi gnement demeure
cachée, c’ est sans doute parce que l e gouver-
nement ne souhai te pas atti rer l ’ attenti on sur
cette si tuati on d’ excepti on.
Contrai rement aux centres de rétention de mé-
tropole, en Guadeloupe, à La Réunion et à Ma-
yotte, en 2010 aucune association nȊétait ʏnan-
cée pour i nterveni r dans le cadre de l a mi ssion
d’ aide à l’exercice des droi ts des étrangers.
En 2011, cette l acune étai t combl ée pour l a
Guadel oupe et La Réuni on, mai s pas pour
Mayotte où l es étrangers sont pourtant en-
f ermés et él oi gnés l e pl us massi vement.
POLITIQUE DU CHIFFRE :
UNE COMMUNICATION
EN TROMPE-L’ŒIL
Le gouvernement annonce
7
avoi r él oi gné
28 000 étrangers du terri toi re f rançai s en
2010, se décomposant comme sui t :
- 70 % d’ él oi gnements f orcés
- 30 % de « retours vol ontai res »
Cette annonce vise a démontrer lȊefʏcacité
de l a l utte contre l ’ i mmi grati on i rrégul i ère.
Mai s en réal i té, au-del à de l a f ace cachée
ul tramari ne, que recouvrent ces chi f f res en
métropol e ?
30 % de Roms roumains
et bulgares fortement incités
à rentrer « volontairement »
Sel on l e Mi ni stère de l ’ i ntéri eur, 8400 étran-
gers serai ent donc reparti s vol ontai rement,
bénéʏciant dȊune aide au retour (30 % de
28 000). Or, l e rapport d’ acti vi té 2010 de
l ’ OFI I
8
, qui est chargé de l a mi se en œuvre
de ce dispositif spéciʏque dȊéloignement,
f ai t état d’ un total de 14 054 ai des au retour.
Aucun des chi f f res de l ’ OFI I ne correspond
exactement au 8 400 « retours vol ontai res »
annoncés par l e Mi ni stère. Cependant,
parmi l es di f f érents types d’ ai de au retour
exi stants, ce sont l es « ai des au retour hu-
mani tai res » (ARH) qui s’ en approchent l e
pl us
9
. En 2010, 9761 ARH ont été réal i sées,
touchant 7520 adul tes et 2 241 enf ants. Dans
l a réal i té, 94 % de ces ARH ont concerné
des Roumai ns et des Bul gares, Roms pour l a
pl upart, f ortement i nci tés à accepter 300 eu-
ros pour être ramenés dans l eur pays, d’ où i l s
pouvai ent reveni r en France f aci l ement car
i l s sont ressorti ssants communautai res.
1- Les chi ff res publ i és ne
permettent pas de savoi r si
l a total i té des pl acements
en rétenti on admi ni strati ve
est comptabi l i sée ou si
l es l ocaux de rétenti on
admi ni strati ve sont excl us.
2 - Les ʐux migratoires
i rrégul i ers en Guyane, à
Mayotte et à Sai nt Marti n,
Rapport publ i c annuel de l a
Cour des comptes, févri er
2011, p. 382.
3 - Communi cati on du préf et
de Mayotte, Hubert Derache,
j anvi er 2011.
4 - I ndi cati on oral e apportée
à La Ci made.
3 - Les ʐux migratoires
i rrégul i ers en Guyane, à
Mayotte et à Sai nt Marti n,
Rapport publ i c annuel de l a
Cour des comptes, f évri er
2011, p. 397.
6 - Voi r parti e Outre-mer
7 - Communication ofʏcielle
du ministre de l’ Intérieur,
Claude Guéant, le 8 août
2011, qui vient conʏrmer
des chiffres plus détaillés
transmis aux cinq associations
intervenant en rétention lors
d’ une réunion au ministère de
l’ Intérieur le 25 mars 2011 :
28 026 éloignements en 2010,
dont 70 % d’ éloignements
« forcés » et 30 % de « retours
volontaires » ainsi que 27 401
placements en rétention dans
des CRA de métropole contre
32 881 dans ceux d’ Outre-mer.
8 - http://www.oʏi.fr/IMG/pdf/
OFII-RapportActi vi tes_2010-
Cl i ent-150DPI-Feui l l eAF.pdf
9 - 4016 ai des au retour
vol ontai re, 9761 ai des
au retour humani tai re et
277 ai des au retour sans
contrepartie ʏnanciere.
Éléments statistiques
S
T
A
T
I
S
T
I
Q
U
E
S
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 9
R
E
T
O
U
R
S

V
O
L
O
N
T
A
I
R
E
S
ÉLO
IG
N
E
M
E
N
T
S

F
O
R
C
É
S
OUTREMER :
32 881 PERSONNES
EN RÉTENTION
MÉTROPOLE :
27 401 PERSONNES
EN RÉTENTION
30 %
ROMS,
ROUMAINS
ET BULGARES
30%
SANS PASSER
EN RÉTENTION
la plupart vers un pays
de l’espace Schengen
40 %
APRÈS PASSAGE
EN RÉTENTION
R
É
A
LITÉ 53 000 E
N
C
O
M
P
T
A
N
T

L

O
U
T
R
E
M
E
R





S
E
L
O
N

L
E

M
I
N
I
S
T
È
R
E

1
9
6
0
0
S
E
L
O
N

O
F
I
I

1
4
0
0
0





S
E
L
O
N

L
E

M
I
N
I
S
T
È
R
E
8
4
0
0
LE MINISTÈRE ANNONCE 28 000 RECONDUITES À LA FRONTIÈRE EN 2010
Dont 70 % (19 600 personnes) d’éloignements forcés.
En réalité, en comptant l’Outre-mer, 53 000 éloignements forcés ont été réalisés.
Parmi ces éloignements forcés depuis la métropole :
40 % des personnes ont été placées en rétention
30 % sont éloignées sans passer par la rétention. Il s’agit essentiellement de personnes
réadmises aux frontières (renvoyées vers un autre pays de la zone Schengen)
Sur les 28 000 reconduites annoncées, les 30 % restant (8 400 personnes)
sont des « retours volontaires »
Pourtant selon l’OFII, 14 000 « retours volontaires » ont été réalisés en 2010
La plupart de ces éloignements concerne des Roms roumains et bulgares
fortement incités à rentrer « volontairement » dans leur pays, qui ont le droit
de revenir en France.
Il paraît signiʏcatif que les chiffres ofʏciels
de l a pol i ti que d’ él oi gnement sembl ent ne
concerner que l a parti e des retours « vol on-
tai res » qui sont f ortement i nci tés par l ’ ad-
mi ni strati on et l a pol i ce, notamment à l ’ oc-
casi on de démantèl ements de campements
i l l i ci tes de Roms.
40 % des personnes éloignées
de force sont passées
par un centre de rétention
Par ai l l eurs, sel on l es mêmes données du
Mi ni stère de l ’ I ntéri eur, 19600 étrangers
aurai ent été « él oi gnés de f orce » en 2010
(70 % de 28 000).
Mai s seul e une parti e d’ entre eux ont d’ abord
été enf ermés dans un centre de rétenti on.
Aucun chiffre ofʏciel nȊest disponible
10
mai s i l
est possi ble d’esti mer le nombre de personnes
concernées assez préci sément. Chaque année,
le taux d’exécution des mesures d’éloi gnement
depui s les centres de rétention se si tue aux
alentours de 40 %
11
. Pour 2010, l a stabi l i té de
cette donnée se conʏrme. Parmi les 33 692
personnes comptabi l i sées par les associ ations
dans les centres de rétention, 41,7 % ont ef fec-
ti vement été éloi gnées, et 55,5 % l i bérées.
Ai nsi peut-on esti mer que sur l es 19600
étrangers él oi gnés de f orce en 2010 depui s
l a métropol e, envi ron 40 % d’ entre eux, soi t
11 100 étrangers, ont d’ abord été enf ermés
dans un centre de rétenti on.
30 % éloignés de force aux frontières,
en toute discrétion
Sur les 28 000 reconduites a la frontiere afʏ-
chées en 2010, une f oi s dédui ts l es retours
« vol ontai res» et l es étrangers passés par l es
centres de rétenti on, restent 8 500 personnes
él oi gnées de f orce pour l esquel l es aucune
statistique ofʏcielle nȊest disponible.
Deux pri nci pal es mét hodes ut i l i sées par
l ’ admi ni st rat i on et l a pol i ce sont cependant
connues.
La premi ère consi ste à él oi gner des personnes
très rapi dement, en préparant toute l a l ogi s-
ti que avant l eur i nterpel l ati on, de mani ère à
pouvoi r l es expul ser sans pl acement en réten-
ti on. I l s’ agi t donc de personnes connues de
10 - Ces chi ff res doi vent être
publ i és dans l e rapport annuel
du Comi té i ntermi ni stéri el de
contrôl e de l ’ i mmi grati on. Si
l e rapport de 2010 anal ysai t
l ogi quement l es données de
2009, l e rapport édi té en 2011
trai te touj ours des chi ff res de
2009 et n’ en présente aucun
pour 2010.
11 - Tant l es rapports
annuel s de La Ci made sur
l es centres de rétenti on
publ i és de 1999 à 2009,
que l es rapports du Comi té
i ntermi ni stéri el de contrôl e
de l ’ i mmi grati on f ont état de
l a stabi l i té de ce chi ff re.
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 10
JAN FÉV MAR AVR MAI JUIN JUIL AOÛ SEP OCT NOV DÉC
3116
2769
3335
2857
2713
2810
2652
2687
3028
2628
2884
2213
Variations mensuelles des placements en rétention
l’ admi ni strati on et souvent des réseaux asso-
ci ati f s ou soci aux qui l es accompagnent. On
peut supposer que l eur nombre est f ai bl e.
Par contre, l a seconde méthode procède d’ un
contrôl e à grande échel l e des f ronti ères f ran-
çaises, aʏn dȊinterpeler des étrangers. Une
parti e d’entre eux est ref oul ée dans l es quatre
heures qui sui vent l’ i nterpel l ati on vers l e pays
européen où el l e rési de ou dont el l e provi ent.
Outre l’ absence de stati sti ques, aucun obser-
vateur extéri eur ne peut apporter d’ i nf orma-
ti ons sur ce pan de l a pol i ti que de contrôl e de
l’ i mmi grati on. Cependant, l es i ntervenants
des associ ati ons qui accompagnent l es étran-
gers dans l es centres de rétenti on f rontal i ers
savent que ces contrôl es aux f ronti ères sont
massi f s
12
. Les quel ques i nf ormati ons di spo-
ni bl es vont égal ement dans ce sens. Ai nsi ,
à ti tre d’ i l l ustrati on, un arti cl e du Journal
du di manche sur l es acti vi tés de l a PAF à
Modane rapporte qu’en 2010 « (…) ses 80
foncti onnai r es ont pr océdé à pl us de 2 500
i nter pel l ati ons d’ étr anger s en si tuati on i r r é-
gul i èr e, effectué 1 400 r econdui tes à l a fr on-
ti èr e et 350 pl acements en centr e de r étenti on
admi ni str ati ve »
13
.
Sur ce seul poste f ronti ère, pl us de 1000 recon-
dui tes ont donc été exécutées sans qu’ aucune
i nf ormati on ne soi t di sponi bl e. Cet i ndi ce
séri eux vi ent conf orter l es observati ons réa-
l i sées à Vi nti mi l l e par des associ ati ons et l es
médi as qui ont pu constater ponctuel l ement
l e caractère massi f de ce type de contrôl e
14
.
Difʏcile de ne pas faire le lien entre le silence
du gouvernement sur ce type d’ él oi gnement
f orcé et l e f ai t que l a France a été cri ti quée et
condamnée car l es contrôl es systémati ques
aux f ronti ères i ntéri eures de l ’ espace Schen-
gen sont prohi bés en pri nci pe
15
.
UN ENFERMEMENT
MASSIF ET PARFAITEMENT
RATIONNALISÉ
En 2010, l ’ admi ni strati on a prononcé 33 692
pl acements dans l es centres de rétenti on où
nos associ ati ons étai ent présentes (dont l a
Guyane).
Ces chi f f res ne comprennent pas l es étran-
gers pl acés dans l es LRA, ni dans l es centres
de rétenti on de Mayotte, de Guadel oupe ou
de l ’ I l e de La Réuni on.
En prenant en compte ces derni ers, en 2010
pl us de 60 000 étrangers ont été enf ermés
dans des centres de rétenti on. Les 27 centres
de rétenti on exi stants en France total i sai ent
1746 pl aces.
Pour l’ensembl e des centres de rétenti on mé-
tropol i tai ns, l e mi ni stère de l’ I ntéri eur comp-
tabi l i se 27 401 pl acements. Les données des
associ ati ons f ont apparaître 27 639
16
mesures
de ce type. La di f f érence s’expl i que notam-
ment parce que l’ admi ni strati on ne comptabi -
l i se pas l es 356 enf ants ayant pourtant connu
ce type d’enf ermement.
Par ai l l eurs, l a comparai son des deux
sources stati sti ques met en évi dence l e f ai t
que l ’ admi ni strati on ne communi que pas l e
nombre de personnes pl acées dans des LRA.
Si l e total des pl acements en LRA est i n-
connu, i l n’ est pas négl i geabl e. Ai nsi , 1400
étrangers ont connu l es cel l ul es des seul s
LRA de Cergy-Pontoi se et de Choi sy-l e-Roi .
En à pei ne pl us de hui t ans, l e nombre de
pl acement en rétenti on en métropol e et en
Guyane a pl us que doubl é, passant de 14 260
à 33 692.
Depui s 2007, l ’ enf ermement massi f des
étrangers demeure rel ati vement constant,
vari ant entre 32 268 et 35 000 personnes
17
.
12 - Voi r parti e La
criminalisation injustiʏable
des mi grants en si tuati on
i rrégul i ère
13 - http://www.l ej dd.
fr/Soci ete/Actual i te/
Immi grati on-Les-pol i ci ers-de-
l a-PAF-a-Modane-temoi gnent-
sur-l es-condi ti ons-de-l eur-
travai l -271445/?si temapnews
14 - « L’ Europe vaci l l e sous
l e f antasme de l ’ i nvasi on
tuni si enne. Vers une remi se
en cause du pri nci pe de l i bre
ci rcul ati on dans l ’ espace
« Schengen ?», rapport de
mi ssi ons d’ observati on à l a
f ronti ère f ranco-i tal i enne,
Anaf é, GI STI , avri l 2011.
En 11 ans, le nombre d’étrangers enfermés en rétention a plus que doublé
1999 2000 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010
14260
17883
20488
22357
29298
34325
32268
35000
33692
15 - Voi r parti e Les attei ntes
à l a l i bre ci rcul ati on
16 - Aʏn de comparer le
nombre de pl acements en
rétenti on en métropol e
communi qué par l es servi ces
de l ’ Etat avec cel ui des
associ ati ons, l es données
du CRA de Guyane ont été
soustrai tes.
17 - Ensembl e des centres
de rétenti on métropol i tai ns,
y compri s l e centre de
rétenti on de Guyane. Cette
comparai son annuel l e ne
prend pas en compte l es
autres centres de rétenti on
ul tramari ns.
9,20%
8,22%
9,82%
8,47%
8,07%
8,34%
7,89%
7,99%
8,95%
7,83%
8,56%
6,66%
S
T
A
T
I
S
T
I
Q
U
E
S
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 11
Après troi s années durant l esquel l es i l a bai s-
sé signiʏcativement, le nombre de femmes
remonte en 2010 à un ni veau si mi l ai re à 2006.
UNE POPULATION JEUNE
ET DES MINEURS
0 À
6 ANS
7 À
15 ANS
16 À
17 ANS
18 À
24 ANS
25 À
39 ANS
40 À
59 ANS
60 ANS
ET +
201 137 162 5300 16207 4473 140
0,76% 0,51% 0,61% 19,91% 60,88% 16,80% 0,53%
TOTAL 26620
18
100,00%
Âge des personnes retenues
La popul at i on des cent res de rétent i on est
j eune, 80 % (21 507) des retenus étai ent
âgés de 18 à 39 ans au moment de l eur
pl acement. Sel on l eurs décl arat i ons et l es
constats des associ at i ons, i l s’ agi t essen-
t i el l ement de t ravai l l eurs.
On peut noter que 140 personnes âgées de
pl us de 60 ans ont été enf ermées en 2010,
ai nsi que 500 mi neurs. Parmi ces mi neurs,
356 étai ent accompagnés d’ un de l eurs pa-
rents dans l e centre de rétenti on
19
. 146 autres
se sont décl arés mi neurs mai s l ’ admi ni stra-
ti on l es a consi dérés maj eurs
20
.
UN NOMBRE DE FAMILLES
ET D’ENFANTS ENFERMÉS
TOUJOURS PLUS GRAND
Le constat du rapport de La Ci made sur l es
centres de rétenti on en 2009 peut presque être
repri s mot pour mot pour l’ année 2010. A une
nuance près : en 2009, un tri ste record étai t
battu avec 318 enf ants enf ermés. 2010 est
l’ année d’ un nouveau record avec 356 enf ants
pl acés dans des centres de rétenti on accom-
pagnés d’ au moi ns un de l eurs parents (178
f ami l l es au total ).
EVOLUTION DU NOMBRE D’ ENFANTS
EN RÉTENTION
2004 : 165
2005 : 262
2006 : 197
2007 : 242
2008 : 222
2009 : 318
2010 : 356
Parmi ces enf ants, 57 étai ent âgés de moi ns
d’ un an, et 210 de moi ns de si x ans.
ÂGE DES ENFANTS PLACÉS
EN RÉTENTION
CATÉGORIE D’ÂGE NOMBRE %
NOURRISSONS
(1MOIS - 1ANS)
57 16 %
ENFANT EN BAS ÂGE
(2 ANS - 6 ANS)
153 43 %
ENFANTS
(7 ANS - 12 ANS)
96 27 %
ADOLESCENTS
(13 ANS - 17 ANS)
50 14 %
TOTAL 356 100 %
DURÉE MOYENNE DE LA RÉTENTION
POUR LES FAMILLES
La durée moyenne de rétenti on de ces f a-
mi l l es s’ est raccourci e depui s 2009, passant
de 5 à 2,7 j ours. Cette évol uti on a permi s
de rédui re l a durée d’ un enf ermement très
péni bl e mai s qui n’ en a pas moi ns exi sté.
En outre, cette accél érati on des pl acements
en rétenti on tradui t un autre phénomène
portant attei nte aux droi ts des f ami l l es :
des recondui tes à l a f ronti ères exécutées si
rapi dement que de pl us en pl us f réquemment
aucun recours n’ est possi bl e.
DES FAMILLES INTERPELÉES
ET ENFERMÉES SURTOUT
AU MOIS D’AOÛT
L’ admi ni strati on a tenté d’él oi gner troi s f oi s
pl us de f ami l l es durant l e moi s d’ août que l e
reste de l’ année. En août, 34 f ami l l es com-
posées de 109 personnes au total ont eu à
connaître l a rétenti on, contre 11 f ami l l es
composées de 48 personnes en moyenne l es
autres moi s de l’ année.
Nombr e de membr es de fami l les pl acés
en r étent ion en moyenne mensuel le sur
11 moi s :
11 familles
48 personnes
Nombr e de membr es de fami l les pl acés
en r étent ion en moyenne au moi s d’ août
34 familles
109 personnes
18 - Ces données portent
sur un eff ecti f parti el de 26
620 personnes, l a date de
nai ssance n’ ayant pas été
recuei l l i e pour l es autres.
Cependant, l es âges des
mi neurs ont tous été recensés.
Les arri vées d’ étrangers en rétenti on sont
remarquabl ement stabl es si l ’ on consi dère
l es moyennes mensuel l es. Cette stabi l i té
tradui t parf ai tement l a rati onal i sati on des
quotas dȊéloignement ʏxés pour chaque pré-
f ecture et contrôl és par l e mi ni stère compé-
tent tout au l ong de l ’ année. Ai nsi l es l égères
vari ati ons observabl es se produi sent-el l es
en début et en ʏn dȊannée. En début dȊannée
l es préf ectures ont gl obal ement tendance à
prendre une l égère avance sur l es obj ecti f s
qu’ el l es doi vent attei ndre, et à ral enti r l e
nombre de placements en rétention en ʏn
d’ exerci ce l orsque l es quotas sont attei nts.
DURÉE DE L’ENFERMEMENT
En 2010 l a durée de rétenti on pouvai t vari er
entre 1 et 32 j ours. Depui s j ui l l et 2011 el l e
peut durer 45 j ours.
La durée moyenne d’ enf ermement en 2010
aura été de 10 j ours.
Cette moyenne masque des si tuati ons nom-
breuses qui s’ en écartent. Des pl acements en
rétenti on très rapi des sui vi s de recondui tes
écl ai rs organi sées de pl us en pl us l argement
par l ’ admi ni strati on. Et des étrangers mai n-
tenus en rétenti on durant 32 j ours même si
l es possi bi l i tés d’ obtenti on d’ un l ai ssez-pas-
ser consul ai re nécessai re à l eur él oi gnement
sont f ai bl es, voi re nul l es.
Mais cette moyenne reʐete également un phé-
nomène connu depui s de nombreuses années.
Une très forte proportion des recondui tes est ef-
fectuée durant les 15 premiers jours de l a réten-
tion admi ni strati ve. Si bien que stati sti quement,
pl us l a rétention dure, pl us l a proportion de per-
sonnes éloi gnées est fai ble. Autrement di t l’ al -
longement de l a durée de rétention à 45 jours,
comme le fai t de mai nteni r en rétention au-del à
du 15
ème
jour permet peu de recondui te supplé-
mentai re mai s entraîne une forte augmentation
du nombre de jours d’enfermement subi s.
DAVANTAGE DE FEMMES
EN RÉTENTION
ANNÉE NOMBRE %
2004 1823 8,90%
2005 1769 7,91%
2006 2730 9,32%
2007 2511 7,33%
2008 1967 6,09%
2009 1761 6,07%
2010 2513 9,24%
Évolution du nombre de femmes en rétention
En 2010, i l y a eu 24 696 hommes pl acés
en rétent i on, soi t 90,76% de l ’ ensembl e des
personnes.
19 - Voi r parti e La f ami l l e
ébranl ée par l a rétenti on.
20 - Voi r parti e
L’ enf ermement des
mi neurs i sol és.
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 12
Les f ami l les sont particul ièrement soute-
nues par le Réseau éducation sans f rontières
(RESF) qui réagi t vi vement lorsque les enfants
scol ari sés sont i nterpel lés. Les mobi l i sations
sont en général moi ns fortes durant l a période
esti vale en rai son des vacances scol ai res.
Cette stratégi e de l ’ admi ni strati on est ren-
f orcée par l a tendance croi ssante à organi ser
l ’ él oi gnement avant l ’ i nterpel l ati on (obten-
ti on de l ai ssez-passer, organi sati on de l ’ i n-
terpel l ati on, des escortes pol i ci ères, du vol
de retour). La bri èveté du passage en réten-
ti on pourrai t apparaître comme une amél i o-
rati on. Cependant, ce procédé l i mi te consi -
dérabl ement l es possi bi l i tés de mobi l i ser des
souti ens et d’ exercer un recours. Ce temps
d’ organi sati on préal abl e expl i que sans doute
l ’ augmentati on i mportante des pl acements
de f ami l l es durant l e moi s d’ août : l e moi s
de j ui l l et étant consacré à l a préparati on de
l ’ él oi gnement.
DESTIN DES FAMILLES PLACÉES
EN RÉTENTION
LIBÉRÉES TGI 65
RÉAD. DUBLIN 49
EMBARQUÉES 43
LIBÉRÉES TA 7
ASIGNÉES TGI 6
RAISON MÉDICALE 3
RÉAD. SCHENGEN/SIS 2
LIBÉRÉES PREF/
INNCONNUES
2
TRANSFERT CRA 1
En orange les familles libérées et en noir les familles
éloignées de force.
Les f ami l l es sont en moyenne pl us souvent
él oi gnées à l ’ i ssue de l eur rétenti on que l es
autres étrangers (53 % contre 40 %).
Mai s el l es sont aussi pl us souvent l i bérées
par des j uges esti mant que l eurs droi ts n’ ont
pas été respectés (44 %).
Un ensembl e d’ él éments expl i que ce résul -
tat par t i cul i er. En premi er l i eu, une f or te
propor t i on de ces f ami l l es est renvoyée
dans un aut re pays européen responsabl e
de sa demande d’ asi l e (27,5 % cont re 3,4 %
pour l ’ ensembl e des ét rangers en rétent i on).
Les préf ect ures procèdent souvent en pré-
parant l ’ él oi gnement à l ’ avance, et pl ace en
rétent i on en soi rée pour un dépar t mat i nal .
Aucun recours ef f ect i f n’ est al ors possi bl e.
Par ai l l eurs, contrai rement à l a tendance
général e, l ’ i denti té et l a nati onal i té des
f ami l l es sont presque touj ours connues de
l ’ admi ni strati on qui parvi ent donc beaucoup
pl us f aci l ement à exécuter l eur él oi gnement.
Enʏn, les juges prennent en considération
un ensembl e d’ él éments qui l es condui sent à
mettre ʏn a la rétention ou a annuler les me-
sures d’ él oi gnement : i rrégul ari tés de l ’ i n-
terpel l ati on et de l a garde à vue, gravi té de
l ’ enf ermement d’ un enf ant, i ntégrati on des
f ami l l es et scol ari té des enf ants, membres
de f ami l l e n’ ayant pas été i nterpel l és, etc.
PLUS DE 155 NATIONALITÉS
DANS LES CENTRES
DE RÉTENTION EN 2010
MAROC 12%
ALGERIE 10,5%
TUNISIE 9,5%
BRESIL 4,5%
TURQUIE 4%
ROUMANIE 3,5%
CHINE 3%
EGYPTE 2,5%
INDE 2,5%
MALI 2%
AFGHANISTAN 2%
Liste des principales nationalités en rétention
Les ressorti ssants marocai ns, al géri ens et
tuni si ens demeurent l es pl us pl acés en réten-
ti on. Cependant, si l e nombre de Marocai ns
est demeuré stabl e depui s 2009, l es Tuni -
si ens et Al géri ens représentent une propor-
ti on moi ndre en 2010 (-1,6 % et -2,33 %).
La proporti on de Chi noi s et d’Af ghans a
égal ement di mi nué (-1 % et -1,5 %).
Dans l e même temps l e nombre de Brési l i ens
a doubl é (de 2,25 à 4,5 %).
Enʏn, le nombre de Roumains a augmenté,
passant de 2,2 % en 2009 (587), à 3,5 % en
2010 (973)
21
.
OÙ SONT INTERPELLÉS
LES ÉTRANGERS PLACÉS
EN RÉTENTION ?
22

CONDITIONS D’INTERPELLATIONS
CONTRÔLE VOIE PUBLIQUE 5997 30 %
INTERPELLATION FRONTIÈRE 2748 13,8%
CONTRÔLE GARE 2279 11,5%
CONTRÔLE ROUTIER 1985 10%
AUTRE 1323 6,6%
ARRESTATION À DOMICILE 1244 6,3%
LIEU DE TRAVAIL 1090 5,5%
PRISONS 1070 5,4%
TRANSPORT EN COMMUN 985 5%
ARRESTATION GUICHET 503 2,5%
CONTRÔLE DE POLICE GÉNÉRAL
23
490 2,5%
DÉPÔT DE PLAINTE 60 0,30%
DÉNONCIATION 56 0,30%
CONVOCATION MARIAGE 29 0.1 %
TRIBUNAUX 22 0.1%
CONVOCATION COMMISSARIAT 6
SE PRÉSENTE AU COMMISSARIAT 4
TOTAL 19 891 100%
21 - Voi r CRA du Mesni l -
Amel ot et parti e sur Les
attei ntes à l a l i bre ci rcul ati on.
22 - L’ i nformati on a pu
être recuei l l i e pour 19 891
personnes. El l e est manquante
pour 4264 personnes
i nterpel l ées en Guyane où l a
pl upart des i nterpel l ati ons sont
réal i sées sui te à des contrôl es
sur l a voi e publ i que (83 %
pour l es 1789 i nterpel l ati ons
connues). Ai nsi que pour 9537
personnes i nterpel l ées sur l e
terri toi re métropol i tai n. Les
pourcentages sont établ i s en
proporti on des i nformati ons
recuei l l i es.
23 - Personnes i nterpel l ées
sui te à des contrôl es d’ i denti té
effectués dans l e cadre de
réqui si ti ons du parquet, sans
que l e l i eu en soi t connu.
24 - En eff et, l e nombre total
d’ i nterpel l ati ons dépasse
l argement cel l es qui sont
comptabi l i sées par l es
associ ati ons en rétenti on. En
2004, 64 218 étrangers étai ent
i nterpel l és pour i nf racti on
aux condi ti ons d’ entrée et
de séj our, contre 96 109 en
2009 (+49,7 %). Source : La
cri mi nal i té en France, rapport
2010, Dossi er thémati que
« l a garde à vue en France,
aspects stati sti ques : l es
gardes à vue pour cri mes
et dél i ts non routi ers de
2004 à 2009, I NHESJ. En
supposant que l a proporti on
d’ i nterpel l ati ons eff ectuées
l ors de dépl acements soi t
si mi l ai re pour l ’ ensembl e de
cette popul ati on, au total pl us
de 50 000 personnes serai ent
concernées.
25 - Voi r parti e Les attei ntes à
l a l i bre ci rcul ati on
26 - Voi r Gl ossai re
27 - Nombre total connu par
l es associ ati ons de mesures
d’ él oi gnement sur l a base
desquel l es l es personnes ont
été pl acées en 2010 dans l es
centres de rétenti on où el l es
i ntervi ennent.
28 - Proporti ons cal cul ées
sur l a base des étrangers pour
l esquel s l es associ ati ons ont
pu connaître l ’ i ssue de l eur
rétenti on (desti ns). Sur l es
33 692 personnes pl acées en
rétenti on en métropol e et en
Guyane, l e desti n est connu
pour 24 018, soi t 71 % de
l ’ échanti l l on.
S
T
A
T
I
S
T
I
Q
U
E
S
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 13
LA MAJORITÉ (56,9 %) DES
INTERPELLATIONS D’ ÉTRANGERS EN
SITUATION IRRÉGULIÈRE DE SÉJOUR
S’ EFFECTUE LORSQU’ ILS SONT EN
TRAIN DE SE DÉPLACER, EN VOITURE,
SUR LA VOIE PUBLIQUE OU DANS LES
TRANSPORTS EN COMMUN.
Pour cette catégori e de l a popul ati on, l a
l i berté de mouvement n’ est pas seul ement
entravée au moment de l eur enf ermement,
mai s égal ement tout au l ong de l eur présence
en France en rai son du ri sque constant d’ un
contrôl e de pol i ce.
Ce ri sque compl i que l’ensemble des dé-
marches quoti diennes pourtant fondamen-
tales : travai l ler, fai re ses courses, rendre vi si te
à ses proches, se fai re soi gner, chercher un lo-
gement, se rendre dans les associ ations ou i ns-
ti tutions pouvant apporter une aide, s’occuper
des papiers ou si mplement se promener.
Parmi l es personnes rencontrées en 2010, i l
a pu être vériʏé que 11 246 ont été arrêtées a
ces di f f érents moments de l a vi e quoti di enne.
En réal i té i l s sont beaucoup pl us nombreux,
l es chi f f res présentés i ci ne portant que sur
une parti e des étrangers i nterpel és touj ours
pl us massi vement chaque année
24
.
Cette pressi on de tous l es j ours est subi e
j usqu’ au sei n de l ’ espace pri vé. En ef f et, 6,3
% des types d’ i nterpel l ati on recensées se
sont produi tes à domi ci l e.
Dans l a même l ogi que, l es étrangers ont été
arrêtés par l a pol i ce al ors qu’ i l s se rendai ent
à un gui chet de préf ecture pour mener des
démarches, au moment où i l s al l ai ent déposer
une pl ai nte en tant que vi cti me, à l’occasi on
d’ une enquête al ors qu’ i l s al l ai ent se mari er
et même dans des tri bunaux. Si l es arresta-
ti ons dans ces l i eux ne se montent qu’ à 3 % du
total , el l es tradui sent une tendance observée
par l es associ ati ons au cas par cas : l es per-
sonnes pl acées en rétenti on crai gnent de f ai re
ofʏciellement valoir leurs droits. Beaucoup
nȊont effectué aucune démarche ofʏcielle
avant l eur enf ermement ce qui l i mi te ensui te
l eurs possi bi l i tés d’ef f ectuer des recours et de
f ai re val oi r l eurs droi ts.
PAR AILLEURS, 25,3 % ONT ÉTÉ
INTERPELÉES ALORS QU’ ELLES
FRANCHISSAIENT UNE FRONTIÈRE
FRANÇAISE OU AU SEIN D’ UNE GARE.
La pl upart de ces si tuati ons rel èvent d’ une po-
l i ti que de contrôl e aux f ronti ères i ntéri eures
de l’espace Schengen qui sont en quel que
sorte étendues aux gares i nternati onal es. Bi en
qu’en pri nci pe l es contrôl es systémati ques
soi ent prohi bés au sei n de l’espace Schen-
gen et que l a France ai t été condamnée à de
mul ti pl es repri ses, en 2010 cette prati que déj à
anci enne a perduré.
25
TYPES DE MESURES
D’ÉLOIGNEMENT
MESURES
D’ÉLOIGNEMENT
26

APRF 73 % 19159
RÉADMISSIONS 11 % 2899
OQTF 10,3 % 2714
ITF 4,6 % 1207
SIS 0,5 % 119
APE 0,4 % 116
AME 0,2 % 34
AUTRE 0,01 % 4
TOTAL 100 % 26252
27
La proporti on des di f f érentes mesures
d’ él oi gnement sur l a base desquel l es l es per-
sonnes sont pl acées en rétenti on, reste stabl e
rel ati vement aux années antéri eures.
Légende :
Ȓ Ln oronqe [once : personnes
li bérées par des j ur i di cti ons
admi ni strati ves ou j udi ci ai res
ayant esti mé que l es déci si ons de
l’ admi ni strati on ou l e travail de l a
poli ce étai ent contrai res au dr oi t.
Ȓ Ln oronqe cloir : ourres mori[s
de l i bér ati on (notamment l es cas
où l’ admi ni str ati on ne par vi ent
pas à exécuter l’ él oi gnement).
Ȓ Ln qris : personnes eloiqnees Je
for ce ver s l e pays dont el l es ont
l a nati onal i té, ou ver s un autr e
pays eur opéen (r éadmi ssi ons)
Ȓ Ln noir : personnes envoyees
devant l e tr i bunal cor r ecti onnel
pour s’ êtr e opposées à l’ embar -
quement ou suspectées de ne
pas avoi r coopér é pour l eur
iJenriʏcorion
55,5 % LIBÉRÉS DONT 29,5 % PAR LES JUGES, CONTRE 41,7 %
ÉLOIGNÉS DE FORCE
DESTINS À L’ ISSUE DE LA RÉTENTION
28

DESTIN DES RETENUS
LIBÉRÉS TGI 3810 15,9 %
ASSIGNÉS TGI/CA 1151 4,8 %
LIBÉRÉS ARTICLE R552-17 50 0,2 %
ASSIGNÉS ADMIN 8 0,03 %
LIBÉRÉS CA 1222 5,1 %
LIBÉRÉS TA 767 3,2 %
SUSPENSION CEDH 83 0,3 %
RÉFUGIÉ STATUTAIRE/PS 10 0,03 %
RAISON MÉDICALE 298 1,2 %
FUITE 20 0,07 %
APRF ABROGÉ 19 0,07 %
LIBÉRÉS PRÉFECTURE/MINISTÈRE 3092 12,9 %
LIBÉRÉS FIN RÉTENTION 2803 11,7 %
EMBARQUÉS 7533 31,4 %
RÉADMISSIONS DUBLIN 823 3,4 %
RÉADMISSIONS SCHENGEN 1648 6,9 %
DÉFÉRÉS 634 2,6 %
TRANSFERTS VERS AUTRE CRA 47 0,2%
TOTAL 24018 100,00%
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 14
55,5 % D’ ÉTRANGERS LIBÉRÉS
À L’ ISSUE DE LA RÉTENTION
Deux rai sons pri nci pal es prési dent à ces l i -
bérati ons. D’ une part cel l es qui sont pronon-
cées par des j uges (29,5 %). Et d’ autre part
cel l es qui sont déci dées par l ’ admi ni strati on
(24,6 %). Pour ces derni ères, i l s’ agi t presque
excl usi vement de cas où l ’ admi ni strati on et
l a pol i ce ne sont pas parvenues à détermi ner
l ’ i denti té et l a nati onal i té de l ’ étranger et /ou
à obteni r une autori sati on de son consul at
pour pouvoi r l ’ él oi gner de f orce. Les recours
graci eux f ormul és par l es associ ati ons au-
près de préf ectures ou du mi ni stère compé-
tent n’ abouti ssant presque j amai s
29
.
En ce qui concerne l es déci si ons des j uges,
une f orte proporti on des l i bérati ons (71 %)
vi ent sancti onner l es attei ntes aux droi ts des
étrangers commi ses au cours de l a procé-
dure j udi ci ai re : i nterpel l ati on, garde à vue,
notiʏcation des droits, etc.
Ces mêmes j uges j udi ci ai res ont égal ement
déci dé d’ assi gner à rési dence des personnes
en consi dérant que, contrai rement à ce
qu’ i ndi quai t l a déci si on préf ectoral e, el l es
présentai ent des garanti es de représentati on
sufʏsantes pour ne pas demeurer enfermées
dans l ’ attente d’ un él oi gnement (16 % des
l i bérati ons).
Parmi l es déci si ons de l i bérati on prononcées
par l a Justi ce, 11 % l ’ ont été par des magi s-
trats admi ni strati f s. Les tri bunaux admi ni s-
trati f s sont venus sancti onner des déci si ons
préf ectoral es d’ él oi gnement, de pl acements
en rétention ou du pays de destination ʏxé.
Ces déci si ons de j usti ce ont porté sur l e
respect de l a vi e pri vée et f ami l i al e, sur l es
ri sques encourus de trai tement i nhumai n ou
dégradant en cas de retour, sur l ’ i nopportu-
ni té d’ un pl acement en rétenti on préal abl e à
l ’ él oi gnement f orcé, ou pl us l argement sur
des procédures admi ni strati ves vi ci ées.
Au regard de l ’ entrée en vi gueur durant l ’ été
2011 de l a nouvel l e l oi sur l ’ i mmi grati on,
cet état de f ai t est appel é à évol uer. Le l égi s-
l ateur ayant cl ai rement cherché à écarter l e
j uge j udi ci ai re qui , en f ai sant respecter l e
droi t, f ut encore l a cause pri nci pal e des l i bé-
rati ons en 2010.
D’ une part, l e droi t européen prévoi t que l a
rétenti on doi t i nterveni r en derni er recours
après que l ’ admi ni strati on ai t cherché une
autre sol uti on moi ns coerci ti ve. En droi t
f rançai s, cette sol uti on rési de dans l ’ assi gna-
ti on à rési dence que l ’ admi ni strati on n’ uti -
l i se quasi ment j amai s. Les premi ers moi s
dȊapplication de la loi conʏrment quȊeffec-
ti vement l a rétenti on demeure l a règl e et
l ’ assi gnati on l ’ excepti on.
D’ autre part, l e JLD i ntervi ent depui s j ui l l et
2011 après ci nq j ours de rétenti on contre 48
heures en 2010. En conséquence, l e nombre
d’ étrangers recondui ts à l a f ronti ère sans
qu’ un j uge pui sse contrôl er l a procédure j u-
di ci ai re devrai t naturel l ement augmenter en
2011. La nouvel l e possi bi l i té de sai si r l e j uge
admi ni strati f pour contester l e pl acement en
rétention ne pourra compenser ce déʏcit de
contrôl e des acti ons de l a pol i ce et de l ’ admi -
ni strati on entre l ’ i nterpel l ati on et l ’ arri vée
au centre de rétenti on.
Enʏn, saisie en urgence depuis les centres
de rétenti on d’ une demande de suspensi on
des él oi gnements f orcés, dans 83 cas au
moi ns l a CEDH a enj oi nt l ’ Etat f rançai s à en
stopper provi soi rement l ’ exécuti on. D’ après
ses propres chi f f res
30
, en 2010 l a CEDH a été
sai si e de 320 demandes de suspensi on éma-
nant du terri toi re f rançai s. Pour 123 de ces
sai si nes, el l e a ordonné à l ’ Etat de suspendre
l es él oi gnements f orcés.
La CEDH est un derni er rempart pour l es
personnes ri squant de subi r des trai tements
i nhumai ns et dégradant en cas de retour
dans l eur pays. Sa réacti vi té permet de com-
penser parti el l ement des ri sques qui ne sont
pas touj ours pri s en compte par l es j uri di c-
ti ons f rançai ses. Son acti on tradui t égal e-
ment l e manque d’ examen i ndi vi duel carac-
téri sti que d’ un grand nombre de mesures
d’ él oi gnement prononcées par l ’ admi ni stra-
tion. Enʏn, le recours dans lȊurgence a cette
j uri di cti on est l i é au f ai t que l es condi ti ons
d’ une demande d’ asi l e ef f ectuée en rétenti on
sont parti cul i èrement déf avorabl es au pl ei n
exerci ce de ce droi t f ondamental (demande
à ef f ectuer durant l es ci nq premi ers j ours
de l a rétenti on, rédi gée en f rançai s sans as-
si stance d’ un i nterprète pri s en charge par
l ’ Etat).
29 - Toutef oi s en Guyane,
l a si tuati on est parti cul i ère.
Aucun recours suspensi f
ne permet de contester l es
mesures d’ él oi gnement. Aussi
l a préf ecture f ai t-el l e parf oi s
droi t aux recours graci eux
f ormul és depui s l e centre
de rétenti on par La Ci made
(226 déci si ons f avorabl es
représentant 12,6 % des
recours graci eux).
30 - Etude stati sti que
thémati que, demandes de
mesures provi soi res en 2010,
CEDH, 2011.
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
Étude thématique
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 16
L
a rétenti on est un l i eu de pri vati on
de l i bertés au pl uri el pui sque l es per-
sonnes retenues y voi ent un grand
nombre de l eurs droi ts f ortement restrei nts
ou appl i qués de mani ère di scréti onnai re par
l ’ admi ni strati on et notamment par l a pol i ce.
C’ est égal ement un l i eu où l es condi ti ons de
vi e s’ apparentent à l a détenti on et un l i eu
de détresse par nature anxi ogène. L’ enf er-
mement est en ef f et souvent perçu comme
une sancti on par l es personnes retenues qui
ne comprennent pas qu’ une réponse quasi
pénal e soi t apportée à l eur si tuati on al ors
qu’ el l es consi dèrent n’ avoi r commi s aucun
acte répréhensi bl e.
DES DROITS RESTREINTS
DIFFICILES À EXERCER
Si l e pl acement en rétenti on est une pri vati on
de l i berté, i l n’en demeure pas moi ns que l es
personnes retenues sont ti tul ai res de droi ts.
Toutef oi s, ces droi ts qui l eur sont reconnus
dans l es textes se l i mi tent au stri ct mi ni mum ;
et i l s sont encore davantage restrei nts dans l a
prati que par l’ admi ni strati on et l a pol i ce.
DES DROITS RESTREINTS DANS
LES TEXTES ET DANS LA PRATIQUE
Les droi ts qui sont prévus par l es textes et
i nscri ts dans l es procès-verbaux de noti -
ʏcation de placement en rétention ne per-
mettent qu’ un respect a mi ni ma des droi ts
f ondamentaux. La l égi sl ati on prévoi t ex-
pressément que toute personne retenue peut
demander l ’ assi stance d’ un i nterprète, d’ un
consei l ai nsi que d’ un médeci n dès qu’ i l en
expri me l e besoi n. I l l ui est égal ement pos-
si bl e de communi quer avec l e consul at ou
toute autre personne de son choi x. I l peut
enʏn déposer une demande dȊasile dans les
ci nq j ours de son arri vée dans l e CRA. A son
arri vée au centre, un document menti onnant
ses droi ts, l es horai res de vi si te et l es i nf or-
mati ons concernant l e voyage est remi s à l a
personne.
C’ est l ’ arti cl e L. 553-5 du CESEDA qui or-
gani se l es droi ts des étrangers en rétenti on. I l
est ai nsi prévu que « sauf en cas de menace à
l’ or dr e publ i c à l’ i ntér i eur ou à l’ extér i eur du
l i eu de r étenti on, ou si l a per sonne ne par aît
pas psychol ogi quement à même de r ecevoi r
ces i nfor mati ons, l’ étr anger est i nfor mé par
l e r esponsabl e du l i eu de r étenti on de toutes
l es pr évi si ons de dépl acement l e concer -
nonr : ouJiences, presenrorion ou consulor,
condi ti ons du dépar t. » L’ al i néa 2 de ce
même arti cl e préci se que « dans chaque
l i eu de r étenti on, un document r édi gé dans
l es l angues l es pl us cour amment uti l i sées, et
décr i vant l es dr oi ts de l’ étr anger au cour s de
l a pr océdur e d’ él oi gnement et de r étenti on,
ai nsi que l eur s condi ti ons d’ exer ci ce, est
mi s à di sposi ti on des per sonnes r etenues. »
Toutef oi s, ces di sposi ti ons sont f ortement
atténuées par l e derni er al i néa qui i ndi que
que « l a méconnai ssance des di sposi ti ons du
pr ésent ar ti cl e est sans conséquence sur l a
r égul ar i té et l e bi en-fondé des pr océdur es
d’ él oi gnement et de r étenti on. »
Les droi ts prévus par l a l oi sont i ncontes-
tabl ement restrei nts par l a prati que. La
premi ère restri cti on est l i ée à l ’ absence
d’ i nterprètes dans l e centre de rétenti on.
En ef f et, ce droi t est i nterprété de mani ère
stricte puisquȊil est limité a la notiʏcation
des di f f érentes mesures admi ni strati ves et
des droi ts des personnes pl acées en centre
de rétenti on. La personne ne peut nul l ement
recouri r à un i nterprète pour l ’ ai der à exer-
cer ses droi ts, notamment dans l e cadre de
l a consti tuti on des recours. El l e pourra – si
elle en fait la demande ȅ bénéʏcier de lȊas-
si stance d’ un i nterprète l ors des audi ences
devant l e tri bunal .
L’ i sol ement géographi que d’ un grand
nombre de CRA rend également difʏcile
l ’ exerci ce de certai ns droi ts comme l ’ accès à
un avocat, qui se dépl ace rarement au centre
ou encore l a vi si te de l a f ami l l e et /ou ami s
de l a personne retenue. Cet i sol ement com-
pl i que consi dérabl ement l e rassembl ement
des documents nécessai res et l a consti tuti on
des dossi ers, et par conséquent l a prépara-
ti on des recours et des audi ences.
A cel a s’ aj oute une carence f réquente et préj u-
di ci abl e de moyens : l es cabi nes tél éphoni ques
qui sont parf oi s en panne pendant pl usi eurs
j ours, voi re pl usi eurs semai nes comme cel a a
pu être l e cas dans l es centres de Lesqui n et
Pal ai seau. Au CRA de Guyane, l e tél éphone
Cabines téléphoniques, CRA de Nîmes, 2008, CGLPL
La r étention :
un l i eu de détr esse soumi s à l ’ ar bi tr ai r e

É
T
U
D
E

T
H
É
M
A
T
I
Q
U
E
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 17
accessi bl e aux personnes retenues n’ a pas
f oncti onné pendant toute l’ année 2010, ren-
dant i mpossi bl e toute communi cati on avec
l’extéri eur, que ce soi t avec l eurs f ami l l es,
ami s ou avocat. Seul es l es personnes ayant un
tél éphone portabl e sans apparei l photo ont pu
user de l eur droi t de communi quer. Ce moti f a
été systémati quement soul evé devant l e j uge
j udi ci ai re mai s j amai s rel evé. Les personnes
retenues doi vent en outre se procurer des
cartes tél éphoni ques payantes, qu’ i l s n’ont
pas touj ours l es moyens d’ acheter ou dont
l e di stri buteur peut être régul i èrement non
approvi si onné ou en panne.
Le respect de la conʏdentialité et de lȊinti-
mi té n’ est pas touj ours garanti l ors des
vi si tes de proches de l a personne retenue.
En ef f et, pour des questi ons de sécuri té, l a
pol i ce peut demander que l a porte de l a sal l e
de vi si te demeure ouverte et qu’ un pol i ci er
reste en poste à l ’ entrée de l a sal l e pendant
tout l e temps de l ’ entreti en.
L’ accès au servi ce médi cal peut aussi se
révéler difʏcile avec un personnel souvent
rédui t et des f réquences de présence al éa-
toi res. Les personnes retenues doi vent, dans
certai ns centres, attendre pl usi eurs j ours
pour pouvoi r obteni r un rendez-vous avec
un médecin et le personnel inʏrmier est
généralement insufʏsant pour permettre un
sui vi adapté et approf ondi .
De même, l a présence de l’ OFI I est souvent
modeste et l eurs prestati ons ne sont pas uni -
formes entre les différents centres. La déʏ-
ni ti on même de l eurs mi ssi ons et l es moyens
qui sont attri bués pour l eur réal i sati on sont
largement insufʏsants et ne permettent pas
de remplir les objectifs ʏxés. LȊarticle R333-
13 du CESEDA déʏnit le cadre de lȊinterven-
ti on de l’ OFI I dans l es CRA et prévoi t que :
« l es étr anger s pl acés ou mai ntenus dans un
CRA beneʏcienr JȊocrions JȊoccueil, JȊin[or-
mati on, de souti en mor al et psychol ogi que
et d’ ai de pour pr épar er l es condi ti ons maté-
r i el l es de l eur dépar t, qui por tent notamment
sur l a r écupér ati on des bagages des per -
sonnes r etenues, l a r éal i sati on de for mal i tés
admi ni str ati ves, l’ achat de pr odui ts de vi e
cour ante et, l e cas échéant, l es l i ens avec l e
pays d’ or i gi ne, notamment l a fami l l e. » Sel on
son rapport d’ acti vi té de 2010
1
, l es médi ateurs
soci aux de l’ OFI I mettent en œuvre l es pres-
tati ons d’ ai des sui vantes dans l es CRA : une
acti on d’ accuei l et d’ i nf ormati on, l a réal i sa-
ti on d’ achats de premi ère nécessi té (achats de
ci garettes, cartes tél éphoni ques, produi ts de
toi l ette) et l’ ai de à l a préparati on au retour (ré-
cupérati on de bagages, de sommes d’ argent
ou f ermeture de comptes bancai res ou recou-
vrement ami abl e auprès des empl oyeurs des
rel i quats de sal ai re dus aux retenus).
En prati que, l es horai res restrei nts de pré-
sence des médi ateurs de l ’ OFI I ne sont pas
touj ours cl ai rs pour l es personnes retenues.
Le manque de moyens de lȊOfʏce pose no-
tamment probl ème pour ce qui rel ève de l a
récupérati on des bagages. Au CRA de Metz,
l ’ OFI I ef f ectue cette démarche uni quement
pour l es bagages si tués à Metz ou dans sa pé-
ri phéri e. De même, au centre de Coquel l es,
seul s l es bagages se trouvant dans l e Cal ai -
si s peuvent être récupérés, et non pas dans
tout l e département comme ce qui est i ndi -
qué dans l es droi ts en rétenti on. Le souti en
moral et psychol ogi que se l i mi te à des entre-
ti ens i ndi vi duel s avec l e médi ateur, sel on sa
di sponi bi l i té et sa bonne vol onté. Le prêt de
l i vres uni quement en f rançai s ou en angl ai s
est possi bl e, pour une popul ati on parl ant et
l i sant peu ces deux l angues.
Ai nsi , l es moyens de réal i sati on des mi s-
si ons de l ’ OFI I se révèl ent l argement sous-
di mensi onnées et l ’ ai de à l a préparati on au
retour est souvent très l i mi tée voi re i nexi s-
tante. L’ exerci ce et l ’ i nterprétati on de ces
mi ssi ons est très hétérogène en f oncti on
des consi gnes des di recti ons terri tori al es de
l ’ OFI I et de l a bonne vol onté ou de l a di spo-
ni bi l i té de ses médi ateurs.
DES DROITS APPLIQUÉS DE
FAÇON DISCRÉTIONNAIRE PAR
L’ADMINISTRATION ET LA POLICE
Les associ ati ons i ntervenant en CRA f ont l e
constat de prati ques et de ni veaux d’ i nf or-
mati on qui di f f èrent d’ un centre à l ’ autre et
qui ont un i mpact non négl i geabl e sur l es
droi ts des personnes pl acées en rétenti on.
Ai nsi , certai ns centres f ont appel à des i n-
terpretes pour notiʏer les avis dȊaudience et
d’ autres él éments de procédure tandi s que
d’ autres se contentent de remettre l es di f f é-
rents documents en f rançai s sans se souci er
de sa compréhensi on ou non par l es per-
sonnes retenues.
Les horai res de repas et péri odes pendant
l esquel l es l es vi si tes sont autori sées peuvent
égal ement f ortement vari er d’ un centre à
l ’ autre et des « contrai ntes de servi ce » sont
souvent i nvoquées pour restrei ndre l es vi -
si tes. I l en va de même pour l es obj ets autori -
sés ou non à entrer dans l a zone de rétenti on,
qui di f f èrent sel on l es centres sans autre
rai son que l ’ appréci ati on l ocal e. L’ hétéro-
généi té dans l e f oncti onnement des centres
de rétenti on en France ne garanti t pas l e
respect des droi ts essenti el s des personnes
retenues. I l serai t souhai tabl e que l es bonnes
prati ques de certai ns centres soi ent val o-
ri sées et que l es règl es de f oncti onnement
soi ent harmoni sées pour un mei l l eur respect
des droi ts des personnes retenues. Ai nsi , en
exempl e de bonnes prati ques, on peut ci ter
l a di stri buti on gratui te dans certai ns CRA
(notamment ceux de Coquel l es, Toul ouse,
Nîmes ou Metz) de cartes tél éphoni ques aux
personnes dépourvues de moyens, ou l a pos-
si bi l i té de passer un premi er appel depui s l e
tél éphone de l a gendarmeri e (CRA de Gei s-
polsheim), aʏn quȊelles puissent prévenir
l eurs proches ou établ i r un premi er contact
avec l eur avocat.
Le recours à l a contrai nte se f ai t régul i ère-
ment de mani ère arbi trai re et non nécessai re,
voi re abusi ve. En ef f et, l a mi se en i sol ement
est trop souvent uti l i sée comme sancti on
di sci pl i nai re. De même, l e menottage, humi -
l i ant, est appl i qué par certai ns pol i ci ers de
façon machinale sans justiʏcation particu-
l i ère. Là encore, l es prati ques peuvent vari er
de mani ère i mportante d’ un centre à l ’ autre
1 - Di sponi bl e sur l e si te
de l ’ OFI I : http://www.
oʏi.fr/IMG/pdf/OFII-
RapportActi vi tes_2010-
Cl i ent-150DPI -Feui l l eAF.pdf
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 18
mai s égal ement sel on l e personnel concerné.
Pourtant, une ci rcul ai re du mi ni stère de l’ i m-
mi gration a été publ i ée l e 14 j ui n 2010 pour
« har moni ser l es pr ati ques dans l es centr es et
l es l ocaux de r étenti on admi ni str ati ve et l or s de
l’ exécuti on des escor tes ». On peut sal uer cette
ci rcul ai re qui opère dans troi s domai nes : l es
obj ets autori sés ou devant f ai re l’obj et d’ un
retrai t à l’ arri vée dans l es l i eux de rétenti on
admi ni strati ve, l’ usage des menottes et en-
traves et l a mi se à l’ i sol ement. Cette ci rcul ai re
prévoi t que tout obj et n’étant pas suscepti bl e
de présenter un danger pour l es personnes doi t
être l ai ssé à l a personne retenue. La ci rcul ai re
énonce ai nsi une l i ste des obj ets autori sés ou
non, et encourage l a mi se en œuvre d’ une pra-
ti que déjà en pl ace dans certai ns centres de
rétention, qui consiste a afʏcher cette liste,
f avori sant de cette mani ère l a bonne i nf orma-
ti on des personnes retenues.
En ce qui concerne l’ usage des menottes et
entraves, l a ci rcul ai re proscri t une appl i ca-
ti on systémati que ou quasi -systémati que,
i nsi stant sur l e f ai t que l’ usage doi t être ex-
cepti onnel , au regard de l a dangerosi té de
l’ i ndi vi du pour autrui ou pour l ui -même, et
surtout qu’ i l ne doi t pas empêcher l e respect
de l’exerci ce ef f ecti f des droi ts et cel ui de l a
dignité des personnes. Enʏn, quant a la mise
à l’ i sol ement, l a ci rcul ai re l a conçoi t comme
« une mesur e tempor ai r e de sépar ati on phy-
si que des autr es r etenus desti née à gar anti r l a
sécur i té et l’ or dr e publ i cs », ou comme une
mesure de séparati on physi que i ntervenant
pour moti f sani tai re. La mi se à l’ i sol ement
doi t être uti l i sée de mani ère excepti onnel l e,
très l i mi tée dans l e temps, et ne peut en aucun
cas revêti r de caractère di sci pl i nai re.
On ne peut que dépl orer l e bi l an mi t i gé
de l ’ appl i cat i on de l a ci rcul ai re. Sui te à sa
mi se en pl ace, l es associ at i ons ont en ef-
f et constaté une di mi nut i on du menot tage
des personnes retenues l ors des di f f érents
dépl acements. Toutef oi s, l es personnes
restent menot tées quasi systémat i quement
l ors de l eur t ranspor t dans l e cadre de l eur
pl acement en CRA et ce même pour des
personnes cal mes, sans ri sque de t roubl es
a lȊordre public. Cette pratique est difʏ-
ci l e à f ai re val oi r devant l es j uri di ct i ons
j udi ci ai res, même si cel a a empêché l a per-
sonne d’ exercer son droi t de communi quer.
Dans une maj ori té de centres, l e nombre
d’ i sol ement est rel ati vement restrei nt. Ai nsi ,
aucun cas de pl acement en i sol ement n’ a été
recensé au centre de Gei spol shei m depui s
2007 : l e chef de centre s’ oppose à cette pra-
ti que et tente touj ours de trouver une al ter-
nati ve (di al ogue ou transf ert vers un autre
centre des personnes concernées).
Certai ns centres l ’ uti l i sent néanmoi ns de
mani ère assez courante comme à Vi ncennes.
Ces mi ses à l ’ i sol ement dépassent rarement
pl us de quel ques heures et sont desti nées à
cal mer une personne retenue al ors qu’ el l e
peut être un danger pour el l e-même ou l es
autres personnes.
Le recours à l’ i sol ement est égal ement extrê-
mement f réquent au centre de Marsei l l e dans
un grand nombre de si tuati ons : après une
tentati ve de sui ci de ou un passage à l’ hôpi tal ,
en rai son de vi ol ences physi ques ou verbal es
à l’encontre de l a PAF ou d’ autres personnes
retenues ou encore l a vei l l e de l eur départ.
Certai nes personnes sont attachées au l i t pen-
dant pl usi eurs heures et une personne a passé
35 heures en cel l ul e d’ i sol ement. Le nombre
de pl acements en i sol ement est égal ement
él evé au centre d’ Oi ssel et sembl e être f onc-
ti on de l’équi pe de garde. I l s sont f ondés sur
des moti f s vari és qui ne correspondent pas l a
pl upart du temps aux cas prévus par l a ci rcu-
l ai re. La durée du pl acement est vari abl e mai s
n’excède pas en général une j ournée.
Dans l a maj ori té des centres, l es associ a-
ti ons dépl orent l e manque de transparence
et de vi si bi l i té dans l a procédure de mi se à
l ’ i sol ement : sai si ne du servi ce médi cal et du
procureur, i nf ormati on de nos associ ati ons
pour que l es personnes mi ses en i sol ement
pui ssent exercer l eurs droi ts.
Certai ns centres développent également des
stratégies de pression pol icière pour persuader
les personnes de bien vouloi r rentrer dans leur
pays en mettant en pl ace des i nterrogatoi res du-
rant l a rétention en dehors de tout régi me légal .
I l s’ agi t par exempl e d’ audi ences admi ni stra-
ti ves menées par des agents de pol i ce ou des
agents préf ectoraux dont l’obj et est d’obteni r
des rensei gnements nécessai res à l eur départ
(notamment l a nati onal i té des personnes)
et qui peut abouti r au déf errement des per-
sonnes si on consi dère qu’el l es f ont obstacl e
à l a procédure d’él oi gnement. Cette prati que
est sancti onnée par l e j uge j udi ci ai re
2
.
Au CRA de Coquel les, depui s le mi l ieu de
l’ année 2010, un nouveau service appelé « PI E
ȅ Pole dȊidentiʏcation des étrangers » composé
de deux pol iciers en ci vi l a été créé. Ce ser-
vice a ofʏciellement pour mission de donner
des i nformations aux personnes retenues mai s
aussi de « récol ter l es i nfor mati ons nécessai res
au dépar t de ceux qui souhai tent par ti r vi te »,
selon les termes mêmes de l a PAF.
L’exerci ce de l’ensembl e de ces droi ts se
trouve donc exposé aux al éas et à l’ arbi trai re
de l’organi sati on du CRA et à des questi ons
Extérieur CRA de Nîmes, 2008, CGLPL
2 - TGI Boul ogne-sur-mer,
16 septembre 2009, n°09/01111

É
T
U
D
E

T
H
É
M
A
T
I
Q
U
E
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 19
de sécuri té. L’ef f ecti vi té d’ un certai n nombre
de droi ts des personnes retenues dépend
aussi du nombre d’ agents présents. A ti tre
d’exempl e, l’ accès au bureau de l’ associ ati on
dans certai ns centres ou à cel ui de l’ OFI I peut
être restrei nt dans l e cas où ceux-ci sont si -
tués en dehors de l a zone de vi e des personnes
retenues : l’ accès dépend al ors de l a di sponi -
bi l i té, voi re de l a bonne vol onté, des pol i ci ers,
pour l es y accompagner.
En ce sens, aʏn que lȊexercice des droits
des personnes soi t pl ei nement assuré, l es
associ ati ons proposent que l a présence des
bureaux de l ’ associ ati on et de l ’ OFI I dans
l a zone de vi e (comme c’ est notamment l e
cas à Strasbourg ou Pl ai si r) ou l a possi bi l i té
d’ al l er chercher sans escorte l es personnes
retenues et l es emmener dans l es bureaux
pour l es entreti ens ou recours (comme c’ est
l e cas à Li l l e, Metz ou Oi ssel ) soi ent éten-
dues à l ’ ensembl e des centres.
DES CONDITIONS DE VIE
MATÉRIELLES COMPARABLES
À LA DÉTENTION
Si , aux termes de l ’ arti cl e R 553-5 du CESE-
DA, « l es centr es de r étenti on of fr ent aux
étr anger s r etenus des équi pements de t ype
hôtel i er et des pr estati ons de r estaur ati on
col l ecti ve », l es personnes retenues ont da-
vantage l ’ i mpressi on de se trouver dans un
uni vers carcéral . Certes, l a pri nci pal e carac-
téri sti que de l a pri son – l ’ encel l ul ement des
pri sonni ers dans une chambre – n’ exi ste
pas en centre de rétenti on et l es personnes
peuvent ci rcul er l i brement dans l a zone de
vi e ; toutef oi s, l es condi ti ons matéri el l es de
vi e sont presque aussi restrei ntes et contrai -
gnantes qu’ en pri son.
Ai nsi , l’organi sati on même de certai ns
centres crée une f orte promi scui té entre l es
personnes et l e respect d’ un mi ni mum d’ i nti -
mi té est souvent i mpossi bl e. Cel a se constate
notamment dans di f f érents centres l orsqu’ i l s
attei gnent un f ort taux de rempl i ssage.
Les dépl acements au sei n de l a zone de vi e
sont f ortement l i mi tés, dû au manque d’ es-
pace et aux l ocaux de tai l l e restrei nte. Les
associ ati ons i ntervenant en centre de réten-
ti on ont pu par exempl e constater dans l e
CRA de Pl ai si r l a transf ormati on de l a sal l e
de l oi si rs des personnes retenues en sal l e de
repos pour l es f oncti onnai res de pol i ce pré-
sents au centre. Certes, l ’ arti cl e R. 553-3 du
CESEDA prévoi t « une sal l e de l oi si r s et de
détente di sti ncte du r éfectoi r e » uni quement
« au-del à de quar ante per sonnes r etenues »
et l a capaci té maxi mal e de ce centre est de
32 personnes. Néanmoi ns, l es associ ati ons
dépl orent l a réducti on d’ un espace de vi e et
de détente déj à l i mi té pour l es personnes.
De même, l a cour de promenade extéri eure
à Oi ssel n’ est ouverte que très ponctuel l e-
ment, cel l e-ci n’ étant pas en conf ormi té avec
l es normes de sécuri té.
Les l ocaux sont souvent i nadaptés : l e chauf-
f age est parf oi s déf ai l l ant, l es sani tai res ne
sont pas toujours en nombre sufʏsant, et sont
parf oi s mal conçus. Dans l es centres d’ Oi s-
sel et de Ni ce, un seul w.c est prévu dans une
chambre pouvant accuei l l i r 6 personnes. I l
est vrai que cel a est conf orme à l a régl emen-
tati on qui prévoi t que l es CRA « r épondent
oux normes suivonres : jȓ] 2` Des cnombres
col l ecti ves non mi xtes, contenant au maxi -
mum six personnes , S` Des equipemenrs
sani tai r es, compr enant des l avabos, douches
er w.-c., en libre occes er en nombre su[ʏsonr,
soi t un bl oc sani tai r e pour 10 r etenus
3
. » En
prati que, cel a se révèl e l argement i nsuf-
ʏsant pour assurer des conditions de vie
convenabl es aux personnes retenues sel on l e
constat des associ ati ons.
Ce sont parf oi s des toi l ettes à l a turque, ce
qui pose probl ème l orsque l a personne est
parti el l ement handi capée et ne peut ai nsi
pas se servi r seul e de ce type de toi l ettes. Le
chauf f age, l orsqu’ i l est déf ai l l ant pendant
pl usi eurs j ours, pose un véri tabl e probl ème
en péri ode hi vernal e, notamment dans l es
centres qui reçoi vent des f ami l l es avec des
enf ants en bas âge, al ors pl acés dans des
chambres insufʏsamment chauffées.
D’ autre part, l ’ accès aux ef f ets personnel s
gardés dans l e cof f re du centre peut être
souvent difʏcile : les personnes ne peuvent
garder qu’ une parti e de l eurs ef f ets person-
nel s avec eux dans l es chambres, et doi vent
en l ai sser l a maj eure parti e dans l a bagageri e
l ors de l eur entrée, accentuant l e senti ment
d’ être pl acées dans un uni vers carcéral .
L’ accès pendant l a péri ode de rétenti on y est
ensuite difʏcile et il peut arriver que la per-
sonne soi t obl i gée d’ attendre toute une j our-
née pour y accéder. Dans certai ns centres, l a
bagageri e n’ est ouverte que deux heures par
j our comme par exempl e au CRA de Metz. I l
y est néanmoi ns possi bl e, sel on l a si tuati on,
de récupérer des documents en dehors de ces
horai res très restrei nts pour l ’ accompagne-
ment j uri di que des personnes.
Quant aux horai res de restaurati on, i l s sont
ʏxés strictement, ce qui est également vécu
comme une contrai nte par l es personnes
retenues, notamment s’ agi ssant du peti t-dé-
jeuner ʏxé souvent tres tot. Les personnes
n’ ont pas l a l i berté de se f ai re apporter de l a
nourri ture de l ’ extéri eur.
Les prati ques peuvent toutef oi s vari er sel on
l es centres de rétenti on, ce qui aj oute à l ’ i n-
compréhensi on et au senti ment d’ i nj usti ce
pour l es personnes retenues qui ont déj à été
pl acés dans un autre centre de rétenti on. Les
associ ati ons ont par ai l l eurs f ai t l e constat
que ce qui est vendu dans l es di stri buteurs
Effets personnels consignés, CRA de Nîmes, 2008, CGLPL
3 - Arti cl e R. 553-3 du
CESEDA
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 20
de l a zone de vi e, pour l es personnes rete-
nues, est beaucoup pl us cher qu’ en dehors
du CRA et même de ce qui est vendu dans
l es di stri buteurs à di sposi ti on des di f f érents
servi ces du CRA.
Bon nombre de personnes sortant de pri son
soul èvent une mei l l eure organi sati on du
temps de vi e en pri son à cel l es des centres
de rétenti on, mettant en avant notamment
l ’ oi si veté omni présente en CRA.
Les nouveaux centres de rétenti on ou ceux
en cours de constructi on ou de rénovati on
sont conçus sur l e modèl e carcéral ; l a com-
parai son de l a rétenti on à l a détenti on se
révèl e ai nsi encore pl us évi dente. C’ est l e
cas du centre du Mesni l -Amel ot

2
4
: l e centre
de rétenti on est entouré de hauts gri l l ages,
de barbel és, de hai es épi neuses et d’ un
chemi n de ronde. L’ entrée se f ai t par une
grande porte bl i ndée pui s chaque porte est
sécuri sée, acti vée par un badge magnéti que
ou par un pol i ci er sol l i ci té par i nterphone.
Les f oncti onnai res de pol i ce chargés de l a
gesti on du centre, si tués à l ’ étage, ont une
vue panorami que sur l es zones de rétenti on.
Des caméras de survei l l ance et détecteurs
de mouvements quadri l l ent l es zones de
vi e. Les personnes souhai tant s’ entreteni r
avec l es di f f érents i ntervenants (associ ati on,
OFI I , servi ce médi cal ) doi vent sol l i ci ter un
policier par le biais dȊun interphone, aʏn
que ce derni er ouvre l es portes « hachoi rs »
qu’ i l s auront à f ranchi r. Les CRA de Les-
qui n et de Metz sont égal ement équi pés de
caméras à détecteurs de mouvements. Au
CRA de Vi ncennes, on ne dénombre pas
moi ns de 67 caméras pour un centre d’ une
capaci té pour 57 personnes.
Par ai l l eurs, i l est essenti el de si gnal er l e
cas parti cul i er du CRA de Mayotte dont
l es condi ti ons général es de vi e ont été cl ai -
rement dénoncées, notamment dans l es re-
commandati ons du Contrôl eur général des
l i eux de l i berté en date du 30 j ui n 2010
5
.
Enʏn, le régime dérogatoire appliqué aux
LRA a des conséquences di rectes sur l es
condi ti ons de vi e matéri el l es, tel l’ accès aux
sani tai res sous l’ accompagnement des pol i -
ciers au LRA de Choisy-le-Roi. Ces spéciʏ-
ci tés, exposées de mani ère pl us approf ondi e
dans l e descri pti f des LRA, marquent sans
nul doute un amoi ndri ssement des droi ts pour
l es personnes retenues, voi re une attei nte à l a
di gni té de l a personne.
UN ENVIRONNEMENT
ANXIOGÈNE
Aux restri cti ons des droi ts et aux condi ti ons
de vi e matéri el l es comparabl e à l a détenti on,
s’ aj oute l e f ai t que l a rétenti on consti tue un
envi ronnement anxi ogène. Les étrangers
pl acés en centre de rétenti on doi vent en ef f et
vi vre dans un l i eu où l a tensi on est perma-
nente et où l ’ i sol ement est organi sé.
UN ENVIRONNEMENT SOUS TENSION
Une tensi on permanente exi ste dans bon
nombre de centres de rétenti on. L’ une des
causes pri nci pal es trouve son ori gi ne dans l es
rapports souvent tendus entre l es personnes
retenues et certai ns pol i ci ers travai l l ant en
CRA. La forte présence policiere inʐue for-
cément sur l’ atmosphère, mai s ne consti -
tue pas en soi un probl ème ni une source
de tensi on. El l e peut en revanche l e deveni r
sur des péri odes données, essenti el l ement à
l a sui te de troubl es (évasi on, i nci dents entre
personnes retenues ou avec personnel du
centre…). Pendant ces péri odes, des rondes
de nui t sont organi sées qui peuvent perturber
f ortement l es personnes retenues pui sque l es
pol i ci ers ouvrent l es portes des chambres et
al l ument l a l umi ère en pl ei n mi l i eu de l a nui t,
aʏn de compter les personnes.
De surcroît, les policiers font ofʏce de gar-
di en et ne sont pas f orcément f ormés à cette
fonction. Tous ne savent pas gérer les difʏ-
cul tés avec l e tact et l e savoi r-f ai re néces-
sai res, et certai ns pol i ci ers peuvent parf oi s
être la source des conʐits. A cet égard, la
propensi on de l a hi érarchi e à f ormer et enca-
drer l eurs subordonnées dans l e respect des
personnes retenues est détermi nante.
Par ai l l eurs, certai ns centres ont recours de
mani ère abusi ve au pl acement en cel l ul e
d’ i sol ement des personnes, souvent uti l i sé
comme sancti on di sci pl i nai re et surtout al -
l ant au-del à de ce qui est prévu par l a ci rcu-
l ai re du 14 j ui n 2010, qui i mpose un usage
excepti onnel de l a mi se à l’ i sol ement, et pré-
ci se qu’el l e ne peut en aucun cas revêti r un
caractère di sci pl i nai re. Les personnes consi -
dérées comme trop agi tées et pl acées pour
cette rai son en cel l ul e d’ i sol ement peuvent
se voi r égal ement i mmobi l i sées à l’ ai de de
cei ntures de contenti on, l eur mai ntenant bras,
mai ns et pi eds. Ai nsi , au centre d’ Oi ssel , une
personne n’ ayant pas sa l angue dans sa poche
et s’écri ant « l i ber té, égal i té, fr ater ni té » et
« vi ve l a Fr ance », s’est vu pl acée en i sol e-
ment sous l e moti f paradoxal , i nscri t comme
justiʏcation dans le registre du centre, dȊin-
j ures aux i nsti tuti ons de l a Républ i que.
L’ usage de menottes dans l es dépl acements
quoti di ens mani f estement di sproporti onné
et contrai re à l a ci rcul ai re du 14 j ui n 2010,
évoquée pl us haut, contri bue sensi bl ement
au mai nti en des tensi ons entre l es personnes
retenues et l a pol i ce.
Table de ping-pong, CRA de Nîmes, 2008, CGLPL
4 - Pour pl us d’ i nf ormati ons sur
l ’ organi sati on de ce centre, voi r l e si te
de La Ci made : http://www.ci made.
org/pol es/enf ermement-el oi gnement/
zooms/3429-Tout-savoi r-sur-l e-
nouveau-CRA-du-Mesni l -2
5 - Pour pl us d’ i nf ormati ons, se
réf érer à l a présentati on du CRA de
Pamandzi dans ce même rapport.

É
T
U
D
E

T
H
É
M
A
T
I
Q
U
E
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 21
Salle télévision, CRA de Nîmes, 2008, CGLPL
Ce sont enʏn les contraintes physiques, lors
des embarquements, qui sont redoutées par les
personnes. Dans l a plupart des cas et dans l a
majorité des centres, l a première présentation à
l’avion se passe sans encombre, un ref us d’em-
barquer ayant pour conséquence un si mple
retour au centre de rétention. La deuxième pré-
sentation, en revanche, se déroule généralement
avec un recours à l a contrai nte plus i mportant,
voi re à l a violence. Li goté par les cei ntures de
contention, l’étranger peut alors être porté par
les pol iciers jusqu’à l’ i ntérieur de l’avion.
Au-del à des rapports avec l es pol i ci ers, l es
tensi ons générées en centre de rétenti on ont
d’ autres sources.
Ai nsi , c’est parfoi s entre l es personnes rete-
nues que l a viol ence s’ i nstal l e, en rai son de
l’enf ermement, de l a f rustration, du stress ou
du comportement de personnes désoci al i sées
par un long séj our en pri son qui précède di rec-
tement l a mi se en rétention, mai s égal ement
tout si mpl ement de l a promi scui té. En ef f et,
l es personnes retenues peuvent être j usqu’ à
si x par chambre, avec un seul WC commun.
Par ai l leurs, l a détresse des personnes rete-
nues est rarement pri se en considération et
en général aucune réponse adaptée ni aucun
soutien ef fecti f ne sont apportés face aux auto-
muti l ations, grèves de l a fai m et tentati ves de
suicide. Enʏn, cȊest lȊensemble des personnes
Cellule d’isolement, CRA de Bordeaux, 2009, CGLPL
retenues et du personnel travai l l ant au sei n du
centre qui est mi s en danger lors de pl acements
de personnes i nstables ou violentes. Ces pl ace-
ments, souvent i nappropriés, contri buent éga-
lement au caractère anxiogène de l a rétention.
UN ENVIRONNEMENT QUI ISOLE
LE RETENU
Le centre de rétenti on consti tue non seu-
l ement un envi ronnement où l a tensi on est
permanente, mai s égal ement où l’ i sol ement
est organi sé. Ai nsi , l es étrangers, dont l a
rétenti on pouvai t se prol onger j usqu’ à 32
j ours en 2010, f ont f ace à un désœuvrement
total . L’ al l ongement de l a durée maxi mal e de
rétenti on à 45 j ours en 2011 ne f era qu’ aggra-
ver ce probl ème. Les personnes retenues ont
très peu de moyens de passer l e temps : sel on
l es centres, des tabl es de baby-f oot, de pi ng-
pong ou des bal l ons de f ootbal l ou de bas-
ket-bal l sont di sponi bl es ai nsi que des l i vres
(l e choi x de ti tres et des l angues est souvent
restrei nt). La cour de promenade se rédui t
parf oi s à un si mpl e pati o dans l equel l es per-
sonnes retenues tournent en rond. Les vi si tes
sont possi bl es mai s souvent l i mi tées à une
demi -heure, sans aucune i nti mi té, et parf oi s
compl i quées : certai ns centres sont en ef f et
géographi quement très i sol és, sans accès par
l es moyens de transports en commun. La
communi cati on tél éphoni que avec l’extéri eur
est également difʏcile : les téléphones por-
tabl es équi pés d’ une caméra ou d’ un appa-
reil photo sont systématiquement conʏsqués
à l’entrée dans l e centre et l’ arti cl e R. 553-3
du CESEDA prévoi t « un tél éphone en l i br e
accès pour ci nquante r etenus. » Par ai l l eurs,
i l est souvent compl i qué pour l es personnes
d’expl i quer à l eurs proches qu’el l es sont pl a-
cées en centre de rétenti on, d’ autant pl us que
ceux-ci sont souvent difʏciles a localiser.
Enʏn, lȊaccompagnement insufʏsant de
l ’ OFI I accentue l e senti ment d’ i sol ement des
personnes retenues qui se retrouvent seul es
f ace au retour dans l eur pays d’ ori gi ne.
Les absences répétées et régul i ères des médi a-
teurs de l’ OFI I dans certai ns CRA (CRA de
Nice et de Gei spol shei m) f ont peser sur l’ as-
soci ati on un certai n nombre de ses mi ssi ons
comme f ai re des courses pour l es personnes
retenues, gérer l e courri er, reti rer de l’ argent...
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 22
LA PRISE EN CHARGE
MÉDICALE À L’ÉPREUVE
DE L’ENFERMEMENT
UNE PRISE EN CHARGE PRÉVUE
PAR LES TEXTES
Pl usi eurs di sposi ti ons du CESEDA orga-
ni sent l a présence du servi ce médi cal dans l es
centres. Sel on l’ arti cl e L.551-2, « l’ étr anger
est i nfor mé dans une l angue qu’ i l compr end
qu’ i l peut demander à voi r un médeci n ». Le
di sposi ti f de pri se en charge repose sur une
conventi on passée avec un établ i ssement de
santé de proxi mi té publ i c ou pri vé parti ci pant
au servi ce hospi tal i er, l equel mettra à di sposi -
ti on du centre de rétenti on l e personnel hospi -
tal i er et l es moyens nécessai res à son acti vi té.
Le personnel de santé est consti tué de méde-
cins et dȊinʏrmiers. LȊimportance des moyens
en personnel de santé est aj ustée à l a tai l l e et
à l a f réquentati on de chaque centre de réten-
ti on. Les « uni tés médi cal es des centr es de r é-
tenti on admi ni str ati ve », UMCRA comme i l s
se dési gnent, sont censées f ai re f ace à « t out
pr obl ème de santé ». El l es sont sous l a tutel l e
du mi ni stère de l a Santé. Cependant, dans
l e centre de rétenti on, l i eu de passage avant
l’él oi gnement, l’ i ncerti tude du deveni r des
personnes compl i que l a conti nui té des soi ns.
Cette di vergence de temporal i té entre l e dél ai
de rétenti on et l e dél ai habi tuel pour f ai re des
examens compl émentai res de santé est une
contrai nte f orte pour l a mi se en pl ace de soi ns
appropri és dans l es cas qui l e nécessi tent.
Les horai res du personnel de santé ne sont
pas uni f ormes et sont préci sés dans chaque
conventi on entre l ’ établ i ssement de santé et
l e centre de rétenti on.
Dans l e contexte actuel de restri cti on bud-
gétaire, des difʏcultés sont apparues dans
pl usi eurs centres. Le centre de Bobi gny ne
di spose pas d’ une présence conti nue du ser-
vice médical, une inʏrmiere venant en ʏn
de mati née pour voi r l es nouveaux entrants.
Cette carence engendre un certai n nombre
de probl èmes dans l a mesure où l es souci s de
santé quoti di ens que f ont naître l a rétenti on
ne peuvent être traités de maniere efʏciente.
De même, l es médeci ns parf oi s rattachés en
même temps à un établ i ssement péni tenti ai re
et à un centre de rétenti on ne peuvent assurer
de mani ère ef f ecti ve l es deux mi ssi ons.
Ces di spari tés de f oncti onnement peuvent
restrei ndre l ’ accès aux soi ns. L’ étranger en
rétenti on doi t être en mesure d’ exercer ef-
f ecti vement son droi t à une assi stance médi -
cal e. Dans certai ns centres, l e médeci n n’ est
présent que deux à troi s f oi s par semai ne : i l
arri ve que mal gré l eur demande, des étran-
gers ne soi ent pas vus par l e médeci n avant
pl usi eurs j ours, cel ui -ci n’ étant présent dans
l e centre que deux à troi s f oi s par semai ne.
À ce propos, deux arrêts récents de l a Cour
de cassati on, préci sent ce droi t à l ’ assi stance
d’ un médeci n en consi dérant que l a rétenti on
admi ni strati ve d’ un étranger est i rrégul i ère
sȊil est établi que celui-ci nȊa pas pu bénéʏ-
ci er de l ’ assi stance ef f ecti ve d’ un médeci n
(Ci v.1, 12 mai 2010).
L’ ENFERMEMENT, AGGRAVATEUR
DE PATHOLOGIES
La rétenti on, comme toute si tuati on de pri -
vati on de l i berté, présente un caractère f orte-
ment anxi ogène. Cependant, i l est i mportant
de di f f érenci er i ci l es personnes souf f rant de
pathol ogi e antéri eurement à l eur arri vée et
cel l es qui découvrent l eur pathol ogi e pen-
dant l eur rétenti on.
La rétention s’ ajoute à des souf f rances anté-
rieures et, très f réquemment, les symptômes
ressurgi ssent ou s’ aggravent lors de l a réten-
tion. El le fai t ressurgi r parfoi s un état dépressi f
l atent comme ce f ut le cas au centre d’ Hendaye
pour cette jeune femme qui , sui te à son pl ace-
ment en rétention, a fai t une dépression ai guë
en rai son de fai ts traumati sants dont el le avai t
été victi me dans son pays et dont el le n’ avai t
jamai s parlé. Sui te à une consul tation psycho-
logi que, el le a été hospi tal i sée pui s a obtenu
Étr anger malade
en r étention : un desti n i ncer tai n
TÉMOIGNAGE
Madame I. est une mère de famille angolaise qui a eu son lot de malheur
dans la vie. Activiste politique durant la guerre civile qui a ravagé son pays
durant 25 ans, elle a payé un lourd tribut puisqu’elle a perdu quatre de ses
c|nq enlants ; deux ʏ/s ont été tués par /e MPlA {Mouvement popu/a|re de
/|bérat|on de /ȊAngo/a), deux ʏ//es ont d|sparu et |/ y a lort à cra|ndre que
/Ȋon ne /es reverra jama|s. Un seu/ de ses ʏ/s est encore en v|e et rés|de
régulièrement en France. Son mari est décédé. Madame I. a aujourd’hui
63 ans et cȊest tout nature//ement quȊe//e est venue en lrance chez son ʏ/s,
en 2008, pour y solliciter asile et protection. Sa demande a été rejetée
et la préfecture du Tarn lui a envoyé une OQTF. Malheureusement Madame
I. n’a pas exercé son droit de recours contre cette décision car elle est
depuis quelques années devenue totalement non-voyante suite à un diabète
três sévêre. Deux lo|s par jour, une |nʏrm|êre v|ent la|re à Madame l.
des injections d’insuline puisqu’elle est physiquement dans l’incapacité
de se les faire seule. Quelques temps après l’expiration des délais de
recours contentieux, elle reçoit une convocation l’invitant à se rendre
au comm|ssar|at de Castres ; e//e y va avec son ʏ/s.
Les policiers, sur instruction de la préfecture, l’interpellent et la placent
en garde à vue sans se soucier de son état de santé, de son handicap,
ni de son âge. Elle est acheminée vers le centre de rétention
de Tou/ouse en ʏn dȊaprês-m|d| {ȓ).

É
T
U
D
E

T
H
É
M
A
T
I
Q
U
E
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 23
tamment cel l e de ce retenu « du centr e de
Vincennes orreinr JȊune Jeʏcience menrole
pr oche de l’ auti sme qui s’ est fr appé l a tête
contr e l es mur s pendant 12 j our s j usqu’ à
ce qu’ une déci si on d’ i ncompati bi l i té vi enne
merrre ʏn ò ses sou[[ronces » ou encore lo
si tuati on aber r ante de « cet homme d’ un cer -
tai n âge, au centr e de Mar sei l l e, attei nt de
l a mal adi e d’ Al zhei mer qui ne se souvenai t
pl us qu’ i l étai t r ési dent r égul i er en Fr ance
depui s des années ». El l es démontrent l a ten-
dance des préf ectures à pl acer des personnes
en rétenti on sans teni r compte de l eur état
psychi atri que et psychol ogi que. Pl us grave
encore, l es responsabl es des centres sou-
ti ennent tous découvri r l ’ état des personnes
à l eur arri vée en rétenti on. La contrai nte du
chiffre ne peut pas tout justiʏer.
Dans quel ques centres, l e servi ce médi cal
essai e d’ ef f ectuer un sui vi psychol ogi que
mai s sans l ’ i nterventi on de spéci al i ste dans
l e domai ne. Seul e l ’ uni té médi cal e au centre
de Ni ce of f re l a possi bi l i té aux personnes
retenus de rencontrer un psychol ogue.
L’ absence de sui vi psychol ogi que des per-
sonnes retenues apparaît donc comme une
probl émati que i mportante dans l es centres
de rétenti on. Les i ntervenants f ont état de
l eur désarroi , f ace à de tel l es si tuati ons et
de l eur i nqui étude de l a non-pri se en charge
par l ’ admi ni strati on des probl èmes psycho-
l ogi ques des retenus. Les moyens of f erts aux
uni tés médi cal es et l es l i ts en servi ces psy-
chi atri ques sont l i mi tés.
Les actes d’ automuti l ati on et l es tentati ves
de sui ci de sont extrêmement f réquents, ce
qui tradui t une énorme détresse de l a part des
personnes pl acées en rétenti on. En 2010, on
dénombre 42 tentati ves de sui ci de au centre
de rétenti on de Marsei l l e et 15 au CRA de
Vi ncennes (un personne ayant tenté à quatre
reprise de mettre ʏn a sa vie). LȊincertitude
quant à l eur deveni r et l a pri vati on de l i berté
en sont l es causes pri nci pal es.
I l a souvent été constaté que l es personnes
qui ont des attaches sur l e terri toi re nati o-
nal comme, par exempl e, l es parents d’ en-
f ants, f rançai s ou autres, vi vai ent très mal
la séparation. La mere dȊune petite ʏlle de Toilettes pour handicapés, CRA de Nîmes, 2008, CGLPL
une carte de séjour en tant qu’étranger mal ade.
I l est très f réquent que les personnes retenues se
pl ai gnent de problèmes di gesti f s et de sommei l
l iés au stress de l’enfermement. Les services
médicaux peuvent alors prescri re un trai te-
ment (somni fère et anxiolyti que) pour apai ser
ces symptômes. En octobre 2010, l’ I nsti tut
de vei l le sani tai re (I NVS), dans son Bul leti n
épidémiologi que hebdomadai re(BEH), écri -
vai t, sui te à une étude sur le CRA de Bobi gny
en 2009, que : « La fréquence de symptômes
mul ti pl es, l’ anxi été et l es tr oubl es du sommei l
peuvent témoi gner du car actèr e anxi ogène du
pl acement en rétenti on et de l’ i nqui étude li ée à
une expul si on, ou d’ un état préexi stant li é à l a
précar i té soci al e. » Le constat reste le même
auj ourd’ hui .
Dans tous l es cas, l a durée de l a rétenti on a
une inʐuence négative indéniable sur la santé
des personnes retenues. À ti tre de comparai -
son, i l apparaît que l es actes d’ automuti l ati on
étai ent beaucoup pl us f réquents à Vi ncennes
où l a durée de l a rétenti on étai t pl us i mpor-
tante (souvent 32 j ours) qu’ au centre de Bo-
bi gny où l es retenus restai ent en moyenne
17 j ours. L’ensembl e des i ntervenants en ré-
tenti on ont constaté une dégradati on de l’état
physi que et psychol ogi que de personnes,
comme corol l ai re à l eur durée de présence au
centre et bi en sûr à d’ autres f acteurs.
Troubles psychiatriques, tentatives
de suicide, automutilations
I l est très rare que des personnes attei ntes
de troubl es psychi atri ques en f assent état
dès l eur arri vée au centre. Ces troubl es, qui
peuvent être tres variés, sont difʏcilement
pri s en compte en rétenti on et demeurent
une probl émati que maj eure de l a rétenti on.
Pl usi eurs si tuati ons ont été constatées, no-
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 24
quatre ans a tenté de se sui ci der au CRA du
Pal ai s de j usti ce. Un père de f ami l l e de deux
j umel l es sous AME a f ai t des tentati ves de
sui ci de à chaque vol prévu.
Pour l es personnes retenues souf f rant de
probl èmes psychol ogi ques ou psychi a-
tri ques, l ’ exerci ce ef f ecti f des droi ts pose
probl ème car el l es ne sont pas en état de
communiquer clairement aʏn de construire
l eur déf ense j uri di que. Le pl us souvent, i l s
ne sont pas touj ours en possessi on de docu-
ments permettant de prouver l eur si tuati on
aʏn de permettre aux intervenants associa-
ti f s ou médi caux de l es prendre en charge et
de l es accompagner convenabl ement.
Addictions
De nombreuses personnes souf f rant d’ ad-
di cti ons sont égal ement présentes dans
l es centres de rétenti on. Ces personnes se
trouvent dans une grande détresse et l ’ enf er-
mement est dȊautant plus difʏcile pour ce
publ i c f ragi l i sé.
Les servi ces médi caux tentent un maxi mum
de trai ter l es personnes dépendantes par l e
sevrage médi camenteux notamment l orsque
l a personne étai t sui vi e avant l a rétenti on. La
si tuati on de cette personne retenue au centre
de Toulouse retrace bien la difʏcile prise
en charge des toxi comanes et l eur sevrage
chaoti que en rétenti on.
Handicap
Des personnes handicapées ont également
été pl acées dans des centres de rétention. Le
pl acement de ces personnes à mobi l i té rédui te
met en exergue l’ i ndi gni té et l’ i nadaptation des
condi tions d’ accuei l qui leurs sont i mposées.
Le cas d’ un retenu partiel lement paral ysé au
centre d’ Oi ssel le démontre bien. Se dépl a-
çant en béqui l les, i l étai t dans l’ i mpossi bi l i té
physique d’ uti l i ser les toi lettes de l a zone de
vie, ceux-ci étant « à l a turque ». I l devai t par
conséquent appeler les pol iciers pour être es-
corté j usqu’ à l a zone admi ni strati ve du centre
équi pée de toi lettes assi s. L’ attente d’ une es-
corte j usqu’ aux toi lettes pouvai t parfoi s être
longue (pl usieurs heures selon le retenu).
Heureusement, dans certai ns centres,
comme cel ui de Pal ai seau, l es personnes
handi capées pl acées sont systémati quement
l i bérées. Cependant, ceci n’ est pas une géné-
ral i té car aux centres de Metz et de Lyon,
deux enf ants handi capés ont été él oi gnés.
Grève de la faim
Toutes l es grèves de l a f ai m ne sont pas l i ées
aux f acteurs anxi ogènes de l’enf ermement.
Elles peuvent avoir plusieurs justiʏcations :
protestati ons contre l’enf ermement, l’él oi -
gnement ou contre l e régi me al i mentai re
i nadapté aux convi cti ons rel i gi euses. Cepen-
dant, i l arri ve que des personnes en rétenti on
cessent vol ontai rement, pendant pl usi eurs
j ours, de s’ al i menter et de boi re mettant ai nsi
l eur vi e en danger pour des rai sons l i ées à
l eur vi e en France ou dans l eur pays d’ori gi ne
(menace, moyen pour se soi gner…). I l arri ve
que certai ns retenus en grève de l a f ai m et de
l a soi f ref usent égal ement l es soi ns médi caux.
« Mour i r i ci ou l à-bas j e ne voi s pas où est
l a di ffér ence car de toutes l es façons, j e n’ au-
r ai s pas l es moyens de me soi gner dans mon
pays » conʏait un retenu a un intervenant.
Au centre de Sète, au cours de l’année, plusieurs
personnes en grève de l a fai m, et cel a pendant
plusieurs jours, ont dû être hospital i sées. Ce-
pendant, dans l a majeure partie des cas, tant
que leur état de santé le permet, les personnes
retenues sont mai ntenues en rétention.
REPÈRE
L’article L. 313-11 11°prévoit la délivrance
de plein droit d’une carte de séjour tem-
poraire « vie privée et familiale » (sauf si
la présence de l’intéressé constitue une
menace pour l’ordre public) : « à l’étran-
ger résidant habituellement en France
dont l’état de santé nécessite une prise
en charge médicale dont le défaut pourrait
entraîner pour lui des conséquences d’une
exceptionnelle gravité, sous réserve qu’il
ne puisse effectivement bénéʏcier dȊun
traitement approprié dans le pays dont il
est originaire [...] ».
L’article L. 511-4 10°prévoit quant à lui que
ne peut faire l’objet d’une décision d’éloi-
gnement «l’étranger résidant habituelle-
ment en France dont l’état de santé néces-
site une prise en charge médicale dont le
défaut pourrait entraîner pour lui des consé-
quences d’une exceptionnelle gravité,
sous réserve qu’il ne puisse effectivement
bénéʏcier dȊun traitement approprié dans
le pays de renvoi ».
Le Conseil d’État s’est prononcé, par deux
décisions du 7 avril 2010, sur la notion d’ac-
cès « effectif » aux soins dans le pays dȊori-
gine ou de renvoi, d’une part au regard des
dispositions de l’article L. 511-4 (Ministre
d’Etat, ministre de l’Intérieur et de l’amé-
nagement du territoire, req. n°301640) et
d’autre part, au regard des dispositions de
l’article L. 313-11 (Ministre de l’immigration,
de l’intégration, de l’identité nationale et du
développement solidaire, req. n°316625).
TÉMOIGNAGE
« Monsieur S. est dépendant à la cocaïne. Il est aussi atteint d’une hépatite B et d’une
hépatite C. Toute sa famille est en situation régulière. Lorsqu’il est interpellé, il est ivre.
Il est placé en cellule de dégrisement et, deux jours après, arrive au centre de rétention
de Toulouse. Deux jours déjà qu’il n’a pas eu sa dose. Cela, en plus de l’enfermement,
/e rend nerveux. lorsquȊon /e rencontre, /Ȋentret|en est d|lʏc|/e, |/ transp|re, ses ma|ns tremb/ent,
il n’arrive pas à parler distinctement et l’interprète a du mal à le comprendre au téléphone.
On est obligé d’arrêter. Il doit avant tout rencontrer le médecin. Quand on le revoit, il est plus
calme, mais toujours nerveux. Il apprend que sa mère est hospitalisée en soins palliatifs
pour une pathologie hépatique sévère ; le pronostic vital est clairement engagé. Son frère
est injoignable : il est en centre de désintoxication. La méthadone ne parvient pas à apaiser
Monsieur S. Il sait bien qu’il ne sera pas reconduit : il a déjà été plusieurs fois en centre
de rétention mais jamais expulsé ; l’année dernière en 2009, une escorte policière a même
tenté de le ramener à Moscou, sans succès : personne ne veut de Monsieur S.
Jour après jour il se délite ; ses mains continuent de trembler, il a mal. Il ne sort de
sa chambre que pour venir téléphoner à son père depuis notre bureau.
Monsieur S. restera 32 jours au centre de rétention. »

É
T
U
D
E

T
H
É
M
A
T
I
Q
U
E
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 25
I l n’est cependant pas démontré qu’ une per-
sonne qui cesse de s’ al i menter et de boi re re-
l ève d’ un comportement à tendance suici dai re
pui squ’el l e est prête à mettre sa santé en dan-
ger dans l e but de ne pas être éloi gnée. Dans
ce genre de cas, l a présence d’ un psychologue
dans l es centres serai t d’ une ai de préci euse en
vue de l’éval uation psychologi que.
Mise à l’isolement
I l est i ndi spensabl e i ci de di sti nguer deux
types d’ i sol ement.
Le premi er est l’ i sol ement des personnes
attei ntes ou suspectées d’ être attei ntes de
mal adi es contagi euses (gal e, tubercul ose ou
autres). Ce f ut l e cas, en 2010, aux centres de
Lesqui n et de Sète. On parl era al ors d’ i sol e-
ment sani tai re. Au centre d’ Hendaye, un i so-
l ement sani tai re par l e médeci n a été décrété
pour troi s personnes sui te à l a suspi ci on d’ une
mal adi e contagi euse. Mai s cet épi sode a été
extrêmement mal géré, l es troi s personnes
ayant été enf ermées dans l eurs chambres res-
pecti ves, durant tout l e week-end sans que l es
rai sons l eurs soi ent expl i quées. I l a f al l u gérer
l eur détresse et l eur énervement.
Le deuxi ème type d’ i sol ement di t « médi -
cal » est l ’ i sol ement qui est prati qué uni -
quement au centre de Marsei l l e. De nom-
breuses personnes sont mi ses en i sol ement
sans aucune préconi sati on médi cal e et en
désaccord total avec l e servi ce médi cal du
centre. Une ci nquantai ne de cas d’ i sol ement
di ts « médi caux » a été enregi strée en 2010.
En ef f et, l es personnes qui présentent des
troubl es psychol ogi ques (automuti l ati ons
ou tentati ves de sui ci de) ou qui revi ennent
d’ une consul tati on spéci al i sée sont prati que-
ment systémati quement pl acées en chambre
d’ i sol ement, parf oi s pendant de nombreuses
heures. Si tuati on aggravante, l e servi ce mé-
di cal , pour ne pas cauti onner cette prati que,
ref use d’ al l er voi r ces personnes à l ’ i sol e-
ment et ne l es reçoi t donc qu’ à l a sorti e de
l ’ i sol ement. Le regi stre d’ i sol ement n’ est pas
à l a di sposi ti on de l ’ associ ati on et cel a pose
un réel probl ème d’ arbi trai re et d’ opaci té. Le
servi ce médi cal du centre et l ’ associ ati on
se sont à pl usi eurs repri ses opposés à cette
prati que qui a un ef f et anxi ogène i mportant
sur l es personnes. El l es sont i sol ées dans des
chambres sans f enêtre avec un sani tai re au
mi l i eu de l a pi èce et survei l l ées par caméra
24h/24h. Cette si tuati on est f acteur de stress,
augmente l e senti ment d’ i nj usti ce et consti -
tue i ndi scutabl ement une attei nte à l a di gni -
té de l a personne. La prati que ressembl e pl us
à une sancti on di sci pl i nai re qu’ à un réel i so-
l ement sani tai re après demande du médeci n
seul compétant pour déci der d’ un réel i sol e-
ment médi cal , l es autori tés pol i ci ères n’ étant
pas compétentes pour détermi ner l ’ état psy-
chol ogi que d’ une personne.
La perspecti ve d’ un al longement de l a durée
de l a rétenti on à 45 j ours i nqui ète fortement
l es acteurs qui travai l l ent en rétention. I l est
certai n que l es si tuati ons décri tes ci -des-
sus, qui consti tuent l e quoti di en de l a réten-
ti on, subsi steront et s’ aggraveront avec l eurs
conséquences sur l’exerci ce des droi ts des
personnes retenues. Aussi avec l’ aménage-
ment de di sposi ti f s pour handicapés dans l es
centres, les objectifs sont clairement afʏchés.
Nos i nqui études sur l a pri se en compte en
général des étrangers mal ades sur l e terri toi re
national , et particul i èrement ceux pl acés en
rétenti on, s’en trouvent renforcées.
L’EXERCICE DES DROITS
DE L’ÉTRANGER MALADE
EN RÉTENTION
OPACITÉ DE LA PROCÉDURE
Lorsque qu’ un étranger est attei nt d’ une
pathol ogi e grave nécessi tant une pri se en
charge médi cal e dont l e déf aut pourrai t
entraîner pour l ui des conséquences d’ une
extrême gravi té, à condi ti on qu’ i l ne pui sse
effectivement bénéʏcier du traitement ap-
propri é dans l e pays dont i l est ori gi nai re,
cel ui -ci est protégé contre l e prononcé ou
l ’ exécuti on d’ une mesure d’ él oi gnement.
En rétenti on, l a pri se en charge de l a si tua-
ti on d’ un étranger mal ade qui sol l i ci te l e
bénéʏce soit de lȊarticle L. 313-11 soit de
l ’ arti cl e L. 511-4 du CESEDA comporte
troi s phases qui mettent en j eu troi s autori tés
di f f érentes.
Saisine du MARS en rétention
La premi ère phase se déroul e devant l e mé-
deci n du centre de rétenti on, chargé de rédi -
ger un rapport desti né au médeci n i nspec-
teur de l ’Agence régi onal e de santé (ARS).
Le médeci n ef f ectue l e di agnosti c et déter-
mi ne l e trai tement à sui vre. Par l a sui te, i l
réunit les informations justiʏant de la néces-
si té d’ une pri se en charge et l es transmet au
médeci n i nspecteur de l ’ARS. Les prati ques
de sai si ne des médeci ns de l ’ARS sont di -
verses sel on l es UMCRA : l es médeci ns uti -
l i sent en ef f et pl us ou moi ns cette procédure.
Des difʏcultés se posent lorsque les méde-
ci ns des centres de rétenti on ne sont pas des
prati ci ens hospi tal i ers et n’ ont donc pas l a
qualiʏcation nécessaire pour pouvoir enta-
mer une procédure de sai si ne MARS.
Dans un deuxi ème temps et sel on l e rapport
médi cal qui l ui est transmi s, l e médeci n i ns-
pecteur appréci e si l ’ étranger rel ève ou non
de l ’ hypothèse prévue par l e code. Pour ce
f ai re, i l doi t tout d’ abord détermi ner si l ’ état
de santé de l ’ étranger nécessi te une pri se en
charge médi cal e et si l e déf aut de trai tement
peut ou non entraîner pour l ’ i ntéressé des
conséquences d’ une excepti onnel l e gravi té.
Dans lȊafʏrmative, il doit ensuite vériʏer si
l e trai tement appropri é exi ste ou non dans l e
pays dont l ’ étranger est ori gi nai re et si cel ui -
ci peut s’ y rendre sans ri sque l i é au voyage.
Enʏn, il donne un avis destiné a lȊautorité
préf ectoral e.
Dans certai ns centres, l e MARS ne répond
qu’ aux sai si nes f ai tes par l a préf ecture. Aus-
si , i l ne se prononce que si et seul ement si
l e prati ci en hospi tal i er, ou l e spéci al i ste, l ui
a préal abl ement transmi s l ’ ensembl e des i n-
f ormati ons vi sées par l e décret et ne se don-
nera pas l a pei ne de reprendre contact pour
demander un compl ément d’ i nf ormati on.
L’ hétérogénéi té de cette procédure de sai si e
se remarque égal ement dans l es di f f érences
au ni veau des dél ai s que prennent l es di vers
médeci ns des ARS pour rendre l eur avi s. La
personne retenue pouvant être él oi gnée à
tout moment, la procédure doit être efʏcace
avec des dél ai s très courts. L’ admi ni strati on
devrai t attendre de di sposer de l ’ avi s avant
de mettre en œuvre toute procédure.
La troi si ème et derni ère phase i ncombe au
préf et qui doi t, en f oncti on de l ’ avi s qui l ui est
transmi s par l e médeci n de l ’ARS, prendre
une déci si on compte tenu de l ’ ensembl e de
l a si tuati on personnel l e de l ’ i ntéressé. I l
décide alors de mettre ʏn a la rétention ou
de conti nuer l a procédure d’ él oi gnement de
l ’ étranger. I l arri ve, comme à Nîmes, que
l ’ autori té préf ectoral e entame une procédure
de contre-experti se compl ètement i l l égal e.
Éloignement d’étrangers malades
L’ avi s du médeci n i nspecteur n’ est que
consul tati f si bi en qu’ une recondui te peut
être exécutée quand bi en même un avi s du
MARS serai t sol l i ci té. Au centre de rétenti on
de Sète, un ressorti ssant al géri en pl acé en ré-
tenti on a été recondui t à l a f ronti ère sans at-
tendre l a réponse du médeci n de l’ARS sui te
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 26
à sa sai si e. Le servi ce médi cal du centre, par
l’ i ntermédi ai re du médeci n réf érent de l’ hô-
pi tal de Sète, a vi vement réagi à cette carence
des servi ces de l a préf ecture.
Aussi l a préf ecture de Sei ne-et-Marne ne
sui t pas systémati quement l es avi s du méde-
ci n i nspecteur de santé publ i que. Les agents
du servi ce él oi gnement de cette préf ecture
ont souvent assumé l e f ai t de conti nuer l a
mi se en œuvre de l a mesure d’ él oi gnement
se f ondant sur des di recti ves i nternes de ne
pl us teni r compte des avi s de l ’ARS.
La préf ecture de Savoi e, mal gré deux avi s des
médeci ns i nspecteurs de santé publ i que de
Savoi e pui s du Rhône qui se sont prononcés
en f aveur du mai nti en sur l e terri toi re f rançai s
d’ un ressorti ssant ni géri an en rai son du ri sque
que consti tuerai t son renvoi dans son pays,
avait refusé de mettre ʏn a la procédure dȊéloi-
gnement. I l étai t médical ement établ i que ce
monsi eur, attei nt d’ une hépati te B chroni que
acti ve en cours de trai tement, ne pourrai t ef-
fectivement bénéʏcier du traitement approprié
dans l e pays dont i l est ori gi nai re.
Aussi pendant l e derni er tri mestre, l a préf ec-
ture de Sei ne-et-Marne a conti nué à mai nte-
ni r deux messi eurs en rétenti on et ce mal gré
deux avi s f avorabl es du MARS à l eur mai n-
ti en sur l e terri toi re f rançai s. L’Associ ati on
a sai si l es autori tés hi érarchi ques de l ’ I mmi -
grati on ai nsi que cel l es de l a Santé. Paral l è-
l ement, l es deux messi eurs ont sai si l e JLD
de Meaux qui a ordonné l eur l i bérati on.
Devant ces déci si ons contestabl es de l a
part de certai nes préf ectures, et à pl usi eurs
repri ses, l a sai si ne du mi ni stère de l ’ I mmi -
grati on et du mi ni stère de l a Santé, avec
l ’ appui de médeci ns des uni tés médi cal es
et du Comède, s’ est avérée nécessai re et
efʏcace pour protéger des étrangers malades
des déci si ons d’ él oi gnement des préf ectures.
I l reste parti cul i èrement dommageabl e qu’ i l
f ai l l e en passer par un j uge ou par des sai -
si nes hi érarchi ques pour voi r respecter l a
protecti on des étrangers mal ades.
I l arri ve aussi que l a procédure d’ él oi gne-
ment soit poursuivie malgré un certiʏcat
médi cal l a déconsei l l ant pour di verses
rai sons (f emme encei nte…). Si , à Lyon,
l ’ embarquement d’ une f emme avec une
grossesse avancée a été évi té, au centre de
Marsei l l e, un étranger présentant des pro-
bl èmes ophtal mol ogi ques a été recondui t
malgré un certiʏcat médical du médecin
UMCRA i ndi quant f ormel l ement l e ri sque
de l a perte de son œi l en cas de retour.
Autre prati que contestabl e, cel l e de l a réad-
mi ssi on expédi ti ve d’ étrangers mal ades au
centre de Perpi gnan.
Monsi eur R., r essor ti ssant mar ocai n, a été
pl acé l e 24 j ui l l et. Il est attei nt d’ une her ni e
i ngui nal e. I l sembl ai t souffr i r beaucoup. Le
l endemai n de son pl acement au CRA, i l est
envoyé à l’ hôpi tal pour une consul tati on.
Le ser vi ce des ur gences l ui di t qu’ i l faudr ai t
opér er r api dement, d’ i ci une semai ne si pos-
si bl e. Le l endemai n, i l est pr ésenté au tr i bunal
de gr ande i nstance. I l s’ effondr e sui te à une
cr i se ; l es pompi er s sont i nter venus au tr i bu-
nal . Il est r éadmi s au bout de quatr e j our s.
DifʏcuItés dȊinformation et
d’orientation à la sortie du CRA
L’ opaci té qui entoure toute l a procédure
de saisine du MARS entraîne des difʏcul-
tés d’ ori entati on des personnes retenues,
qu’ el l es soi ent l i bérées ou él oi gnées. Dans
de nombreux centres de rétenti on, l e méde-
ci n auteur de l a sai si ne MARS n’ a aucun re-
tour de l ’ avi s rendu et aucun document n’ est
remi s à l a personne l i bérée ou embarquée. Si
el l e est l i bérée pour des rai sons médi cal es, i l
arri ve que cette derni ère n’ ai t pas l ’ i nf orma-
ti on, pour l es rai sons évoquées ci -dessus ou
parce qu’ el l e a été mi se dehors sans en avi -
ser l ’ UMCRA qui gère l e dossi er médi cal .
Au centre de rétenti on de Lyon, l es avi s
MARS sont général ement sui vi s par l es pré-
f ectures qui procèdent rapi dement à l a l i bé-
rati on de l a personne retenue. Cet avi s est
remi s à l a personne qui est i nf ormée par l e
médeci n de l a sui te de l a procédure. Ai nsi ,
l a personne connaît l es rai sons de sa l i bé-
rati on et peut poursui vre à l ’ extéri eur l es
démarches permettant l ’ obtenti on d’ un ti tre
de séj our pour rai sons médi cal es et se soi -
gner. Auj ourd’ hui l a menace de l ’ARS de ne
pl us transmettre ses avi s au médeci n ri sque
de remettre en cause cette bonne prati que.
Au centre de Gei spol shei m, vi ngt l i béra-
ti ons pour rai sons de santé avec dans cer-
tai ns cas obtenti on d’ un ti tre de séj our ont
été répertori ées, ce qui l ai sse supposer qu’ un
sui vi admi ni strati f est possi bl e du f ai t d’ une
i nf ormati on partagée. Mai s ces prati ques
sont excepti onnel l es et non général i sées
dans l es autres centres de rétenti on où l es
l i bérati ons pour rai sons médi cal es ne sont
pas f ormal i sées. Cette absence d’ i nf orma-
ti on, à l a personne concernée, aux associ a-
ti ons et au servi ce médi cal , sur l es rai sons
qui justiʏent la libération du CRA ne permet
pas d’ expl i quer aux personnes l a marche à
sui vre à l eur sorti e. Le pl us souvent, l es per-
sonnes retenues n’ ont pas accès au courri er
du médeci n de l ’ARS se prononçant sur l a
nécessi té d’ un mai nti en en France, cel ui -
ci n’ étant prévu qu’ à desti nati on du préf et.
Aucun document ni dossi er médi cal ne l eur
est remis par les préfectures dȊou des difʏ-
cul tés pour entamer l es démarches uti l es
une f oi s dehors. Cel a a pour conséquences
d’ accroître l eur précari té et de restrei ndre
l eur pri se en charge médi cal e.
Enʏn, lorsquȊune personne est libérée suite
à un avi s posi ti f du médeci n de l ’ARS, l a
préf ecture devrai t procéder à l ’ abrogati on de
l a mesure d’ él oi gnement. Cependant, i l est
difʏcile aujourdȊhui de pouvoir sȊen assurer.
LE CONTRÔLE JURIDICTIONNEL :
APPRÉCIATION DES ÉLÉMENTS
MÉDICAUX EN RAPPORT
À LA RÉTENTION
Le JLD et les informations médicales
Conf ormément aux di sposi ti ons l égal es et
règl ementai res évoquées (cf . supra), l e JLD
dispose dans son ofʏce de la possibilité
de mettre ʏn a la rétention administrative
l orsque cel l e-ci s’ avère i ncompati bl e avec
l ’ état de santé d’ une personne.
Le médeci n de l ’ UMCRA peut, l e cas
échéant, dél i vrer, sur demande du retenu,
des certiʏcats médicaux dans différents
cas : pour constater l ’ exi stence d’ une patho-
l ogi e qui f aci l i te l e sui vi médi cal en cas de
retour de l a personne dans son pays d’ ori -
gi ne ou pour constater l ’ i ncompati bi l i té du
pl acement en rétenti on avec l ’ état de santé de
la personne. Enʏn, le médecin peut délivrer
des certiʏcats médicaux-légaux (constatant
l a présence de marques de coups, de ci ca-
tri ces sur l e corps).
On retrouve une tendance commune dans
l ’ ensembl e des centres : une grande pru-
dence entoure la délivrance des certiʏcats
médi caux, quel s qu’ i l s soi ent, et pl us par-
ti cul i èrement ceux attestant de vi ol ences
(vi ol ences pol i ci ères l ors de l ’ i nterpel l a-
ti on, ref us d’ embarquement, etc.). À ti tre
d’ exempl e, l es personnes retenues au centre
de Lesquin a Lille éprouvent des difʏcultés
pour obteni r des attestati ons des médeci ns
du CRA constatant des traces de coups. À
Vi ncennes et au Pal ai s de j usti ce, contrai -
rement a Bobigny, les certiʏcats médicaux
descri pti f s sui te à des al l égati ons de vi o-

É
T
U
D
E

T
H
É
M
A
T
I
Q
U
E
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 27
lences policieres sont difʏciles a obtenir.
À l ’ heure actuel l e, l a pol i ti que du servi ce
médical est de ne délivrer un certiʏcat que
si l e parquet en f ai t l a demande, donc après
l e dépôt de l a pl ai nte. Dans certai ns centres,
la délivrance de certiʏcats médicaux est
parfois tres difʏcile même lorsquȊil sȊagit
de certiʏcats liés a une pathologie grave, les
médeci ns i nvoquant l e secret médi cal .
L’ enj eu entourant l a dél i vrance de certi -
ʏcats médicaux est tres élevé puisquȊelle
peut condi ti onner l e mai nti en ou non de
l ’ étranger en rétenti on. Une f oi s encore,
on constate des di f f érences de prati ques
sel on l es centres. À Coquel l es, l es respon-
sabl es du centre sai si ssent l a préf ecture
d’ une demande de l i bérati on pour l es per-
sonnes ayant obtenu un certiʏcat médical
d’ i ncompati bi l i té. À Oi ssel , c’ est l e JLD
qui l i bère l es personnes retenues l es rares
fois ou elles ont pu obtenir un tel certiʏcat
médi cal . La dél i vrance d’ un tel document
est suscepti bl e d’ i nterveni r non seul ement
dès l e début du pl acement en rétenti on mai s
égal ement l orsque l a poursui te de l a réten-
ti on s’ avérerai t i ncompati bl e avec un état de
santé décl i nant. Au centre de rétenti on de
Coquel l es, de Lesqui n, de Gei spol shei m ou
de Metz, l es préf ectures l i bèrent en pri nci pe
les personnes retenues des quȊun certiʏcat
d’ i ncompati bi l i té avec l a rétenti on est dél i -
vré par l e médeci n du CRA. Cependant l es
mesures d’ él oi gnement ne sont pas annul ées.
Au centre de Marsei l l e, une personne appa-
rei l l ée d’ une sonde uri nai re après une chute
de troi s étages d’ un chanti er du bâti ment a
f ai t l ’ obj et d’ un pl acement en rétenti on. El l e
a été libérée par la cour dȊappel qui a inʏrmé
l e j ugement du JLD.
I l n’ exi ste aucune règl e de pri nci pe pour
l es personnes handi capées, l es préf ectures
ayant tendance à l es pl acer sans teni r compte
de l a f orme du handi cap. Des personnes
sourdes et muettes ont été pl acées à Lyon,
Li l l e et Marsei l l e et ont pu être l i bérées sui te
à des déci si ons du TA et du JLD.
De f açon général e, l e JLD ne f ai t que très
rarement droi t aux demandes de l i bérati on
pour i ncompati bi l i té basée sur des mo-
ti f s médi caux. À Toul ouse notamment, l e
contentieux sȊavere inefʏcace. De la même
mani ère, l es j uges à Pari s ne l i bèrent pas à
l ’ heure actuel l e pour des rai sons médi cal es.
Le juge administratif et des référés :
l’appréciation de l’exceptionnelle
gravité d’une mesure d’éloignement
La j uri di cti on admi ni strati ve opère un
contrôl e de l a l égal i té des mesures de recon-
dui te l orsqu’ el l e est sai si e par l a personne
retenue. Ce contrôl e qui doi t envi sager cer-
tai ns aspects (conti nui té des soi ns en France,
exi stence d’ un trai tement dans l e pays d’ ori -
gi ne, ef f ecti vi té de l ’ accès au trai tement)
s’ opère i ndépendamment des sai si nes du
MARS et du JLD pour i ncompati bi l i té.
En ef f et, l e contenti eux devant l e TA et l a
nature du contrôl e de l égal i té exercé par cette
juridiction ne sufʏt pas a éviter la rétention
et l’él oi gnement des étrangers mal ades. Sur l e
CRA de Sète, des recours TA ont été rej etés
al ors même que l’ avi s du médeci n i nspecteur
de l’ARS étai t déf avorabl e à l’él oi gnement.
LȊexistence de certiʏcats médicaux justiʏant
de l ’ excepti onnel l e gravi té de l a pathol ogi e
est essenti el l e. Cependant, l a nécessi té de
préserver l e secret médi cal rend à tort ou à
raison leur délivrance parfois difʏcile. La
questi on du secret médi cal sous-tend parf oi s
cel l e des rel ati ons entre nos i ntervenants et
l es UMCRA dans certai ns centres. Com-
ment conci l i er l a nécessai re préservati on du
secret médi cal et l e besoi n de di sposer de l a
documentati on nécessai re à un bon accom-
pagnement j uri di que des personnes mal ades
pl acées en rétenti on ? L’ appl i cati on de l ’ ar-
ti cl e L.1111 du code de l a santé publ i que,
qui donne accès à son dossi er médi cal à tout
pati ent, permettrai t de l ai sser l e choi x à l a
personne retenue de déci der de s’ en préva-
l oi r ou non pour sa déf ense.
En prati que, i l arri ve qu’ après l e dépôt d’ un
recours ci rconstanci é, l es préf ectures pro-
cèdent à l a remi se en l i berté de l a personne
avant l’ audi ence du TA. I l est donc cruci al
pour l es personnes de di sposer de tous l es
documents médi caux suscepti bl es d’établ i r
l a réal i té de l eur probl émati que santé devant
l es j uges admi ni strati f s et j udi ci ai res. Or, l es
condi ti ons de l a rétenti on ne permettent pas
aux étrangers de préparer l eur déf ense de
mani ère opti mal e.
L’ épi sode de l a contami nati on du réseau
d’ eau chaude par des l égi onnel l es sur l e
centre de Marsei l l e a condui t à un l arge
contenti eux en réf éré en rai son de l ’ exposi -
ti on des retenus à un ri sque sani tai re.
Le j uge admi ni strati f sai si en réf éré l i berté
a suspendu l’exécuti on de pl usi eurs mesures
d’él oi gnement pour attei nte à l’ arti cl e 3 de
l a Conv.EDH (trai tements i nhumai ns et
dégradants) sui te au mai nti en des personnes
dans un centre dont l es canal i sati ons d’eau
chaude avai ent été contami nées par l a bacté-
ri e de l a l égi onnel l e. Une personne a même
été él oi gnée al ors que l e TA avai t rendu une
déci si on déf avorabl e à son él oi gnement, l a
pol i ce l’ ayant embarqué avant même que l a
déci si on ne soi t rendue. Un réf éré l i berté a été
i ntrodui t auprès du TA de Rennes pour une
conj oi nte de Françai s, souf f rant par ai l l eurs
d’ une mal adi e handi capante. En rai son de son
état de santé, Madame avai t été hospi tal i sée
à troi s repri ses cette année et avai t été vi c-
ti me d’ un acci dent cardi o-vascul ai re. El l e a
été i nterpel l ée après avoi r été convoquée ver-
bal ement au commi ssari at pour se présenter
avec son dossi er médi cal et son passeport.
Madame f ai sai t l’obj et d’ une OQTF contre
l aquel l e el l e avai t f ai t avec son époux un re-
cours graci eux qu’el l e avai t adressé à l a pré-
f ecture, i gnorant que cette démarche n’étai t
pas suspensi ve. El l e est arri vée au centre à
l’ i ssue de sa garde à vue et un vol étai t i ni -
ti al ement prévu dans l es 48 heures sui vant
son arri vée. En cas de retour au Cameroun,
Madame n’ avai t pas l a possi bi l i té d’ accéder
aux structures de soi ns adaptés pour pouvoi r
conti nuer l a survei l l ance médi cal e qui l ui est
nécessai re. Le magi strat a rej eté l a requête,
au moti f qu’ aucun él ément nouveau n’étai t
i ntervenu depui s l a pri se de l’ OQTF dont el l e
f ai sai t l’obj et. Assi gnée à rési dence, Madame
a été embarquée vers l e Cameroun.
TÉMOIGNAGE
AU CRA DE PERPI GNAN :
« Monsieur K. a été placé en rétention en février 2009. Atteint d’une maladie grave, il a été
hosp|ta/|sé au bout de s|x jours de rétent|on et son APPl a été abrogé. Un an p/us tard, en lévr|er
2010, Mons|eur K. a de nouveau été |nterpe//é et p/acé au CPA de Perp|gnan.
la prélecture nȊ|gnora|t pas sa s|tuat|on . ment|on éta|t la|te dans /e nouve/ APPl, de son
précédent placement en rétention et de l’abrogation de la décision d’éloignement prise à son
encontre. La situation médicale de Monsieur K. n’avait pas évolué. Un recours devant le TA a été
lormé /e jour de son arr|vée au CPA. Son APPl a été abrogé /e /endema|n. »
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 28
Non-ef fectivité de l’exercice
des droits du retenu hospitalisé
et problèmes liés à son absence
lors des audiences
En cas de nécessi té, une déci si on d’ hos-
pi tal i sati on peut être pri se par l e médeci n
de l ’ uni té médi cal e du centre de rétenti on.
L’ hospi tal i sati on peut i nterveni r en cas de
troubl es psychi atri ques, de tentati ves de
sui ci de ou d’ automuti l ati on ou encore pour
des personnes en grève de l a f ai m avancée
comme c’ est, par exempl e, l e cas à Sète. À
Metz, plusieurs retenus ont pu bénéʏcier
d’ une consul tati on avec un psychi atre et
douze ont été hospi tal i sés sui te à son avi s.
L’ exerci ce ef f ecti f des droi ts d’ une personne
retenue l ors de son hospi tal i sati on ne doi t
pas être entravé pui squ’ el l e f ai t touj ours
l ’ obj et d’ une mesure de pl acement en réten-
ti on ou d’ une prol ongati on de l a rétenti on
prononcée par un magi strat.
Durant cette péri ode, qu’ el l e soi t pl us ou
moi ns l ongue, l a personne est touj ours consi -
dérée comme étant sous l e régi me j uri di que
de l a rétenti on, à moi ns que l a préf ecture ne
déci de de l a l i bérer. De ce f ai t, el l e doi t pou-
voi r être en mesure d’ exercer l ’ ensembl e de
ces droi ts.
Au ni veau nati onal , i l n’ y a pas d’ homo-
généi té des prati ques. Les personnes hos-
pi tal i sées ne peuvent pas exercer certai ns
droi ts comme par exempl e avoi r accès à
un tél éphone pour pouvoi r communi quer
avec son consei l ou toute personne de son
choi x ; dans d’ autres cas el l es ne peuvent
pas sȊentretenir conʏdentiellement avec un
avocat ou une personne de son choi x car l es
escortes pol i ci ères sont présentes dans l a
chambre d’ hospi tal i sati on et ne permettent
pas aux personnes de s’ entreteni r hors de
l eur présence. De même, certai ns appel s ou
recours ne peuvent pas être i ntrodui ts par
l a personne f aute de consei l ou de moyens
matéri el s l eur permettant de f ai re parveni r
l eur requête aux j uri di cti ons compétentes
La questi on du respect du secret médi cal
peut égal ement se poser dans ces si tuati ons,
notamment l orsque l es pol i ci ers ref usent de
l ai sser l es médeci ns exami ner l es personnes
sans l eur présence voi r sans l es menottes.
La questi on de l ’ exerci ce non ef f ecti f des
droi ts des personnes retenues au cours de
l eur hospi tal i sati on peut s’ avérer dramati que
si cel l es-ci sont hospi tal i sées dans l es 48 pre-
mi ères heures de l eur pl acement en rétenti on
qui coïnci dent aux dél ai s de recours contre
l a déci si on d’ él oi gnement auprès du TA.
Ai nsi , des retenus n’ ont pas pu exercer l eur
droi t de recours et ont perdu toute chance de
voi r l es déci si ons de recondui te à l a f ronti ère
annul ées par l e j uge admi ni strati f .
Si , à Coquel l es, l es personnes retenues hos-
pi tal i sées pl us d’ une j ournée sont l i bérées
par l a préf ecture, i l arri ve que l es autres
préf ectures attendent pl usi eurs j ours avant
de mettre ʏn au maintien en rétention des
personnes hospi tal i sées.
Les personnes hospi tal i sées ne sont pas pré-
sentes l ors des audi ences devant l es j uges
j udi ci ai re et admi ni strati f . Devant l e TA,
compétent pour j uger de l a l égal i té de l a
mesure d’ él oi gnement, l a personne hospi -
tal i sée n’ est pas en mesure de rassembl er
et d’ apporter l es él éments médi caux qu’ el l e
pourrai t soumettre au j uge, ni d’ apporter
ses expl i cati ons oral es sur l es conséquences
d’ un él oi gnement sur sa santé.
Seul l e JLD de Rennes s’ est dépl acé une
f oi s dans l a chambre d’ un retenu hospi tal i sé
pour teni r son audi ence en présence de l ’ i n-
téressé. Si non, l a personne hospi tal i sée est
systémati quement j ugée en son absence. Les
dél ai s d’ appel des ordonnances rendues par
l e JLD étant courts, l ’ hospi tal i sati on peut
être une entrave aux droi ts de l a personne à
f ai re appel auprès de l a cour d’ appel .
Certai ns j uges des l i bertés et de l a déten-
ti on demandent des experti ses médi cal es
compl émentai res, mai s el l es ne sont pas
systémati quement ef f ectuées dans l es temps
requi s pour être perti nentes.
CONCLUSION : LA REMISE EN
CAUSE DU DROIT AU SÉJOUR
DES ÉTRANGERS MALADES
Avant j ui l l et 2011, l orsque l e déf aut de pri se
en charge ri squai t d’ avoi r des conséquences
d’ une excepti onnel l e gravi té sur l a santé de
l ’ i ntéressé, l ’ autori té admi ni strati ve ne pou-
vai t l égal ement déci der l ’ él oi gnement de
l ’ étranger que s’ i l exi stai t des possi bi l i tés
de trai tement appropri é et accessi bl e dans l e
pays d’ ori gi ne de l ’ i ntéressé. Les noti ons de
pri se en charge ef f ecti ve et d’ accès ef f ecti f s
aux soi ns sous-tendai ent l e droi t au séj our
des étrangers mal ades.
La nouvel l e l oi , en vi gueur au moment de
l a publ i cati on de ce rapport, suppri me l es
f ondements même de l a nécessi té de pri se
en charge des étrangers mal ades, à savoi r l a
noti on d’ accès ef f ecti f au trai tement. L’ i m-
possibilité de bénéʏcier effectivement du
trai tement appropri é dans l e pays d’ori gi ne ne
sufʏt plus. Le renvoi de lȊétranger malade est
possi bl e à parti r du moment où l e trai tement
exi ste dans l e pays. Cette di sposi ti on déna-
ture compl ètement l e di sposi ti f et revi ent à
suppri mer l e droi t au séj our et l a protecti on
contre l’él oi gnement des étrangers mal ades.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 29
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 30
La famille ébr anlée
par l a r étenti on
L
a rétenti on, étape ul ti me avant l ’ él oi -
gnement, est, dans de nombreux
cas, synonyme de boul eversement
de l ’ équi l i bre et de l ’ uni té d’ une f ami l l e
6
.
Quel l es que soi ent l es si tuati ons, qu’ i l
s’ agi sse de f ami l l es enti ères enf ermées, de
coupl es séparés, l ’ un dehors, l ’ autre dans un
CRA, ou de parents i sol és de l eurs enf ants,
l ’ enf ermement entraîne un prof ond trauma-
ti sme pour l a cel l ul e f ami l i al e qui est nor-
mal ement source de stabi l i té et de sécuri té.
Depui s 2005
7
, l es f ami l l es avec enf ants
mi neurs peuvent être enf ermées dans l es
l i eux de rétenti on. Ces l i eux sont l es seul s
de France où des mi neurs de moi ns de 13 ans
peuvent être pri vés de l i berté.
C’ est au nom de l ’ uni té f ami l i al e que l es
enf ants vont donc sui vre l eurs parents, de
l ’ i nterpel l ati on j usque dans l es centres de
rétenti on, et vi vre avec eux l ’ angoi sse de
l ’ attente et l ’ épreuve de l ’ enf ermement. Sur
l es 25 centres de rétenti on exi stant, 10 sont
habi l i tés pour recevoi r des f ami l l es : Li l l e,
Lyon, Mesni l -Amel ot, Metz, Nîmes, Oi ssel ,
Hendaye, Marsei l l e, Rennes et Toul ouse.
Dans ces centres, i l exi ste une zone f ami l l e
qui peut recevoi r j usqu’ à 24 personnes. En
2010, 178 f ami l l es ont été enf ermées dans
l es centres de rétenti on dont 356 enf ants.
Ce chi f f re est en hausse par rapport à 2009
où 318 enf ants avai ent été pl acés. Ce chi f f re
est parti cul i èrement i nqui étant. I l s’ i ns-
cri t dans l a tendance d’ une augmentati on
constante depui s 2004.
Au-del à des f ami l l es qui sont pl acées en
rétenti on, l a cel l ul e f ami l i al e peut égal e-
ment être mi se à mal dès l ors que l’ un des
membres de cel l e-ci est enf ermé. I l peut
s’ agi r de coupl es séparés, d’ un père ou d’ une
mère mai s aussi d’enf ants pl acés en rétenti on
et parf oi s él oi gnés al ors que l eur père ou l eur
mère demeure en France. Tel est l e cas d’ une
f emme au centre de rétenti on de Lyon, ressor-
ti ssante turque, pl acée sans son enf ant de 15
moi s al ors même qu’el l e al l ai tai t encore ce-
l ui -ci . Le j uge des réf érés du TA de Grenobl e
a ʏnalement suspendu la reconduite au vu de
l’ attei nte grave et mani f estement i l l égal e au
droi t de mener une vi e f ami l i al e normal e.
Ces déchi rements entraînent des ef f ets trau-
mati sants qui pourrai ent être évi tés. Pour-
tant, dans bi en des cas, l’ admi ni strati on pour-
sui t l a procédure d’él oi gnement sans prendre
en compte l’ i ntérêt supéri eur de l’enf ant.
ENFANTS ET PARENTS
ENFERMÉS : DES FAMILLES
DÉSEMPARÉES
En 2010, 178 f ami l l es ont été enf ermées
dans sept des centres aménagés à cet ef f et,
représentant 104 adul tes et 356 enf ants. Pl us
préci sément : 57 bébés, 153 enf ants en bas
âge (de 2 à 6 ans), 96 enf ants de 7 à 12 ans
et 50 enf ants de 13 à 17 ans sont passés en
rétenti on.
Ces f ami l l es étai ent pri nci pal ement de na-
ti onal i té russe, kosovare, roumai ne, armé-
ni enne, syri enne, géorgi enne et serbe. 51%
d’ entre el l es étai ent sous mesures de réad-
mi ssi on vers un autre pays européen res-
ponsabl e de l eur demande d’ asi l e et envi ron
47% sous l e coup d’ OQTF ou d’ arrêtés pré-
f ectoraux de recondui tes à l a f ronti ère.
8
Sur
l ’ ensembl e de ces f ami l l es, envi ron 47 % ont
été l i bérées et 53 % ont été recondui tes dans
l eur pays ou réadmi ses dans un autre Etat de
l ’ UE responsabl e de l eur demande d’ asi l e.
Quel l e que soi t l ’ i ssue de cette phase sou-
vent détermi nante pour l eur aveni r, ces f a-
mi l l es ont toutes été éprouvées par l e choc
de l eur i nterpel l ati on, l e traumati sme de l eur
enf ermement et l e caractère expédi ti f de
l a procédure d’ él oi gnement. A chacune de
ces étapes, des bébés et des enf ants de tout
âge ont subi l e même sort que cel ui de l eurs
parents au détri ment des droi ts qui l eur sont
spéci al ement reconnus.
LE PARADOXE JURIDIQUE DE
L’ ENFERMEMENT DES ENFANTS
Sel on l ’ arti cl e L. 511-4 et L. 521-4 du CESE-
DA, l es mi neurs ne peuvent pas f ai re l ’ obj et
d’ une mesure de recondui te à l a f ronti ère ou
d’ expul si on. I l s sont ai nsi protégés contre
l ’ él oi gnement. A f orti ori , i l s devrai ent aussi
l ’ être contre l e pl acement en rétenti on. Pour-
tant, l ’ admi ni strati on déci de d’ enf ermer l es
enf ants avec l eurs parents en vue d’ él oi gner
l a f ami l l e enti ère. Le CESEDA permet en
ef f et de pl acer en rétenti on une personne
accompagnée de sa f ami l l e, sans condi ti on
d’ âge pour l es enf ants. Les enf ants sont donc
consi dérés comme des « accompagnants »,
si mpl e menti on i nscri te sur l es procès-ver-
baux ou regi stres tenus dans l es centres de
rétenti on.
L’ enf ant n’ est pas consi déré comme suj et de
droi t par l ’ admi ni strati on et n’ a, sel on cer-
tai ns j uges, aucun i ntérêt l égi ti me à agi r
9
.
I l subi t l es mesures dont f ont l ’ obj et ses
parents mai s n’ a aucun moyen de l es contes-
ter et de f ai re val oi r ses droi ts. Cet état de
f ai t est contrai re aux pri nci pes protecteurs
reconnus par l a CI DE et l a Conv.EDH. Pl us
encore, i l est paradoxal : l ’ enf ant, qui devrai t
f ai re l ’ obj et d’ une protecti on systémati que,
va au contrai re subi r un enf ermement par-
f oi s l ong sans aucune garanti e procédural e
et droi t de recours. Les enf ants sont en ef f et
placés en rétention avec leurs parents aʏn de
préserver l ’ uni té f ami l i al e (arti cl e 9-1 de l a
CI DE
10
), souvent au dépend de l ’ i ntérêt su-
péri eur de l ’ enf ant (arti cl e 3-1 CI DE).
Ce paradoxe peut être résol u en f ai sant tou-
j ours pri mer l ’ i ntérêt supéri eur de l ’ enf ant.
Or, cet i ntérêt ne peut se trouver, à égal e me-
sure, ni dans l a séparati on avec ses parents,
ni dans l ’ enf ermement. I l f aut donc ti rer du
pri nci pe de l ’ uni té f ami l i al e l a concl usi on
i nverse : une f ami l l e ne pouvant être sépa-
rée et un mi neur ne pouvant être enf ermé,
6 - On entend par « f ami l l e »,
l a parti e d’ un ménage
comprenant au moi ns deux
personnes et consti tuée :
- soi t d’ un coupl e, mari é ou
non, avec l e cas échéant
son ou ses enf ant(s)
mi neur(s) appartenant au
même ménage ;
- s oi t d’ un adul te avec
son ou ses enf ant(s)
mi neur(s) appartenant au
même ménage (f ami l l e
monoparental e).
7 - Avant 2005, l a prati que
de l ’ enf ermement des
enf ants avec l eurs parents
exi stai t déj à de mani ère
pl us margi nal e. La rétenti on
des enf ants a été encadrée
l égal ement par l e décret du
30 mai 2005 et l ’ arrêté du 29
août 2005.
8 - Voi r El éments stati sti ques
9 - TGI Metz, 14 j anvi er
2011 ; CA Metz, 5 j anvi er
2011
10 - Sel on l ’ arti cl e 9-1 de l a
CI DE : « Les États parti es
vei l l ent à ce que l ’ enf ant ne
soi t pas séparé de ses parents
contre l eur gré, à moi ns que
l es autori tés compétentes
ne déci dent, sous réserve
de révi si on j udi ci ai re et
conf ormément aux l oi s et
procédures appl i cabl es,
que cette séparati on est
nécessai re dans i ntérêt
supéri eur de l ’ enf ant. »

É
T
U
D
E

T
H
É
M
A
T
I
Q
U
E
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 31
i l f aut donc se tourner vers des al ternati ves
qui permettent de préserver l a l i berté de l a
f ami l l e au nom de l ’ i ntérêt supéri eur de l ’ en-
f ant. Pl usi eurs j uges des l i bertés ont reconnu
que même si certai ns centres de rétenti on
sont équi pés pour recevoi r des f ami l l es, i l
n’ en demeure pas moi ns « que l a r estr i cti on
de l i ber té, i nhér ente à l a pr océdur e de r éten-
ti on admi ni str ati ve, r este à ter me tr aumati -
sante pour un j eune enfant tant en ce qui l e
concer ne per sonnel l ement pui squ’ i l ne peut
y associ er aucune expl i cati on, qu’ en r ai son
de l’ i mage déval or i sante qu’ el l e l ui donne de
ses par ents. »
11
I l s reti ennent en cel a que l a
rétenti on d’ un mi neur est contrai re au pri n-
ci pe de l ’ i ntérêt supéri eur de l ’ enf ant, en rap-
pel ant d’ autre part que l es di sposi ti ons des
Coin nurserie, CRA de Nîmes, 2008, CGLPL
11 - TGI Li l l e, 28 j anvi er 2010,
n°10/00116
12 - TGI Li l l e, 9 décembre 2010,
n°10/01608
13 - TGI Metz, 29 septembre 2010,
n°10/01000
TÉMOIGNAGE
AU CRA DE METZ :
« Une lam|//e géorg|enne, composée des parents, de /a grand-mêre et de tro|s ʏ//ettes âgées
de 10, 7 et 2 ans {/es deux ainées étant sco/ar|sées), a été |nterpe//ée avec des méthodes
brutales dans le centre d’hébergement où elle était prise en charge.
Fnv|ron 15 po/|c|ers de /a PAl sont entrés tôt /e mat|n à 6 h 30 dans /e ha// dȊaccue|/,
contournant le guichet et se sont saisis du listing des personnes hébergées.
Trouvant les numéros des chambres de la famille, les policiers sont montés dans les étages
et sont entrés dans /a chambre où /es enlants dorma|ent, seu/s, {/a grand-mêre vena|t
de descendre déjeuner) s’opposant à ce que l’éducatrice rentre elle-même pour pouvoir
les réveiller en douceur. Les enfants ont ainsi été réveillés brutalement, sans comprendre
ce qui leur arrivait. Les policiers ont ensuite emmené les enfants, sans leurs parents,
jusquȊau rez-de-chaussée. Pu|s, dȊautres po/|c|ers sont a//és réve|//er /es parents
et les ont emmenés, avec la grand-mère qu’ils ont retrouvée dans le réfectoire.
Après avoir refusé d’embarquer, la famille a été ramenée dans le centre et a pu faire valoir
ses droits devant le JLD dans la soirée qui a décidé de sa remise en liberté, considérant que
la procédure était nulle au motif que l’interpellation au domicile avait été effectuée
sans réquisition du procureur.»
arti cl es L. 511-4 et L. 521-4 du CESEDA
i nterdi sent l ’ él oi gnement d’ un mi neur et par
conséquent sa rétenti on.
Les magi strats en concl uent ai nsi que l a
combi nai son du pri nci pe de l ’ i ntérêt supé-
ri eur de l ’ enf ant et cel ui de l ’ uni té f ami l i al e
i mpl i que que l ’ ensembl e de l a f ami l l e ne
peut pas être mai ntenu en rétenti on
12
.
LES EFFETS TRAUMATISANTS
DE LA PROCÉDURE D’ ÉLOIGNEMENT
Des interpellations à domicile brutales
Organi sées l a pl upar t du temps au domi ci l e
et t rès tôt l e mat i n, l es i nterpel l at i ons des
f ami l l es, qui surprennent enf ants comme
parents dans l eur sommei l , sont une véri -
table épreuve. Aʏn de réussir leur prise,
l es agents de pol i ce empl oi ent parf oi s des
moyens di spropor t i onnés et des mét hodes
br utal es. Ces prat i ques sont par t i cul i ère-
ment t raumat i santes pour l es enf ants qui
vi vent ces scènes mai s aussi pour l es pa-
rents qui se ret rouvent i mpui ssants à pro-
téger l eurs enf ants.
A Metz, l e JLD a déci dé l a remi se en l i berté
d’ une f ami l l e toute enti ère, en rai son du ca-
ractère traumati sant de l ’ i nterpel l ati on d’ un
père auquel on avai t enl evé brutal ement son
bébé âgé de 7 moi s avant de l e l ui redonner
l ors du transport
13
.
La rétention des enfants, un
traitement inhumain et dégradant
Les centres de rétenti on, l i eux d’ enf erme-
ment construi ts sur l e modèl e carcéral , sur-
vei l l és par l a pol i ce et si èges de mul ti pl es
tensi ons, ne sont bi en évi demment pas f ai ts
pour l es enf ants. Ces derni ers y sont pour-
tant enf ermés dans des condi ti ons maté-
ri el l es d’ accuei l mi ni mes : l a zone dédi ée à
cet ef f et se résume à une chambre avec un
grand l i t pour l es parents, des l i ts si mpl es
pour l es enf ants, du matéri el de puéri cul ture
et dans la cour quelques jeux ʏxés au sol. Il
n’ exi ste aucun sui vi spéci al i sé, ni assi stante
soci al e ou pédi atre à l eur di sposi ti on, au-
cune possi bi l i té non pl us de poursui vre l eur
scol ari té qui est i nterrompue brutal ement.
L’ enf ermement pendant une durée qui pou-
vai t attei ndre 32 j ours en 2010 – 45 j ours
à compter de j ui l l et 2011 – est vécu par
l ’ enf ant comme un véri tabl e traumati sme
qui peut entraîner des conséquences i rréver-
si bl es sur sa santé mental e et parf oi s même
physi que.
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 32
Par exempl e, au centre de rétenti on de Les-
qui n, en août 2010, un enf ant âgé de 3 ans,
pl acé avec ses parents en rétenti on pendant
près de 17 j ours, a présenté rapi dement des
difʏcultés pour sȊalimenter normalement.
Ce traumati sme vécu par l ’ enf ant est souvent
décupl é par l ’ arrachement à son l i eu de vi e et
sa déscol ari sati on mai s aussi par l ’ état d’ an-
goi sse permanent dans l equel se retrouvent
l es parents. Ai nsi , au CRA de Rouen, l e pl a-
cement d’ une f emme al l ai tant normal ement
son bébé de deux moi s a engendré un tel
stress qu’ el l e ne produi sai t pl us de l ai t et a
dû stopper l ’ al l ai tement de son enf ant.
Face à ces si tuati ons i nacceptabl es, cer-
tai nes j uri di cti ons j udi ci ai res
14
ont ref usé l a
prol ongati on de l a rétenti on de f ami l l es au
moti f que l es condi ti ons de vi e résul tant de
l ’ enf ermement i mposées aux j eunes enf ants
ainsi que la souffrance morale inʐigée aux
parents engendrent une souf f rance di spro-
porti onnée par rapport au but poursui vi par
l ’ admi ni strati on.
Pl us encore, certai ns magi strats ont reconnu
que l e pl acement d’ enf ants en rétenti on peut
être assi mi l é à un trai tement i nhumai n et
dégradant, contrai re à l ’ arti cl e 3 de l a Conv.
EDH . Sel on eux, même si l es centres de
rétenti on sont équi pés pour recevoi r des f a-
mi l l es, i l n’ en demeure pas moi ns qu’ i l s’ agi t
d’ un l i eu de pri vati on de l i berté qui reste
« tr aumati sant pour un j eune enfant tant en
ce qui l e concer ne per sonnel l ement pui squ’ i l
ne peut y associ er aucune expl i cati on, qu’ en
r ai son de l’ i mage déval or i sante qu’ el l e l ui
donne de ses par ents ». Pl usi eurs magi strats
se sont égal ement prononcés en ce sens pour
des cas de rétenti on de parents
15
avec un
nourri sson
16
. Toutef oi s, ces déci si ons restent
encore très i sol ées, l a pl upart des j uges du
premi er degré sui vant l a j uri sprudence de l a
Cour de cassati on du 10 décembre 2009 se-
l on l aquel l e l e seul cri tère du j eune âge n’ est
pas sufʏsant. Pour la Cour, les juges du fond
doi vent établ i r des ci rconstances parti cu-
14 - Notamment l a cour d’ appel de
Rouen (derni ère déci si on en date
du 16 mai 2011).
15 - TGI Li l l e, 28 j anvi er 2010,
n°10/00116 ; CA Rennes, 25 août
2011, n°2011/186
16 - CA Toul ouse, 21 f évri er 2008,
n°08/089 ; TGI Li l l e, 29 mars
2009, n°09/00385 ; TGI Metz, 29
septembre 2010, n°10/01000
TÉMOIGNAGE
AU CRA DE METZ :
« Une famille originaire du Kosovo est interpellée à domicile puis conduite au centre
de rétention. L’un de leurs enfants, âgé de quinze ans, est polyhandicapé, victime d’une
maladie progressive et incurable. Au moment de l’interpellation de sa famille, il n’est pas
au domicile familial mais à l’Institut d’éducation motrice qui le prend en charge depuis
plusieurs mois. Il y sera directement interpellé avant de rejoindre sa famille dans le centre
en milieu de soirée. Le lendemain matin, l’équipe d’accompagnateurs juridiques arrive
au centre, mais il est trop tard pour faire valoir un quelconque droit pour cette famille :
l’état de santé très grave de l’adolescent n’a pas empêché la préfecture de tout mettre
en œuvre pour organiser un éloignement expéditif.
Dès huit heures du matin, ils étaient en route vers le Kosovo.»
Chambre familles, CRA de Nîmes, 2008, CGLPL
Jeux pour enfants, CRA de Nîmes, 2008, CGLPL

É
T
U
D
E

T
H
É
M
A
T
I
Q
U
E
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 33
l i ères tenant aux condi ti ons dans l esquel l es
l a f ami l l e est concrètement et ef f ecti vement
retenue. Autrement di t, l ’ enf ermement des
enfants nȊest pas considéré comme sufʏsant
à l ui seul .
Les ef fets traumatisants de l a
rétention sur la cellule familiale
La rétenti on, l i eu hautement anxi ogène,
perturbe f ortement l ’ équi l i bre f ami l i al , déj à
fragilisé par les difʏcultés liées au parcours
mi gratoi re. L’ enf ermement crée souvent un
cercl e vi ci eux dont l es ef f ets peuvent dans
certai ns cas être i rréversi bl es. Les parents,
impuissants a agir pour mettre ʏn a la souf-
f rance de l eurs enf ants enf ermés, sont boul e-
versés et souvent désemparés. Leur angoi sse
est ressenti e par l es enf ants, ce qui accroît l e
traumati sme de ces derni ers.
La rétenti on peut exposer l es enf ants et sur-
tout l eurs parents à des humi l i ati ons qui
peuvent réacti ver des traumati smes l i és à
des vi ol ences vécues au pays et ou pendant
l eur voyage
17
. Dans ce cas, l a rétenti on ne f ai t
qu’ aggraver l eur état de santé, déj à précai re.
L’éloignement expéditif des familles
De f açon excepti onnel l e, certai nes f ami l l es
sont restées enf ermées en rétenti on pendant
pl us de 17 j ours. En moyenne toutef oi s, l a
durée de rétenti on des f ami l l es en 2010 étai t
de 2,7 j ours. Cette durée, extrêmement brève,
s’expl i que par l e f ai t que l’ admi ni strati on
organi se souvent de f açon préal abl e toute l a
procédure. Dans bi en des cas, l es vol s sont
programmés pour l e l endemai n de l’ arresta-
ti on. Cette procédure expédi ti ve, même si el l e
permet dans une certai ne mesure d’enf ermer
l es f ami l l es pendant l a durée l a pl us courte
possi bl e, l es empêche toutef oi s de pouvoi r
f ai re val oi r l eurs droi ts. L’ accès à l’ associ a-
ti on est i mpossi bl e l orsque l a f ami l l e arri ve
en dehors des heures de présence. Le ren-
voi , programmé souvent pour l e l endemai n,
excl ut égal ement tout contrôl e j uri di cti onnel ,
en parti cul i er toute sancti on d’ i rrégul ari tés
de l a procédure. Cette méthode de l’ admi -
ni strati on, hâti ve et organi sée pour qu’ aucun
contrôl e ne soi t possi bl e, est contestabl e.
L’ ENFERMEMENT SYSTÉMATIQUE
DES FAMILLES
Sel on l es ar t i cl es 15-1 et 8-4 de l a di rect i ve
2008/115/CE, l es mesures coerci t i ves tel l es
que l a rétent i on doi vent respecter un st ri ct
pri nci pe de propor t i onnal i té au regard des
obj ect i f s poursui vi s et ne doi vent êt re ut i -
lisées quȊen dernier ressort. Plus spéciʏ-
quement, l ’ ar t i cl e 37-b de l a CI DE prévoi t
que « Nul enfant ne soi t pr i vé de l i ber té de
[oçon illeqole ou orbirroire : lȊorresrorion,
l a détenti on ou l ’ empr i sonnement d’ un
enfant doi t êt r e en confor mi té avec l a l oi ,
êt r e qu’ une mesur e de der ni er r essor t et
êt r e d’ une dur ée aussi br ève que possi bl e ».
Pour tant, l ’ admi ni st rat i on choi si t quasi
systémat i quement de pl acer l es f ami l l es en
rétent i on bi en que des al ternat i ves l égal es
exi stent, comme l ’ assi gnat i on à rési dence.
Dans cer tai ns cas, l e pl acement en réten-
t i on n’ est pas nécessai re, voi re total ement
i nut i l e, en l ’ absence de perspect i ve rai son-
nabl e d’ él oi gnement.
Par exempl e, au CRA de Li l l e, « un coupl e
d’ Ar méni ens ayant vécu de nombr euses an-
nées en Ukr ai ne et l eur s deux enfants ont été
mai ntenus au centr e de r étenti on pendant
pr ès de 17 j our s mal gr é l eur s pr obl èmes de
sonre pour ʏnolemenr êrre liberes [oure Je
l ai ssez-passer ».
UN MEMBRE DE FAMILLE
ENFERMÉ : UN FOYER DÉCHIRÉ
DES PARENTS D’ ENFANT FRANÇAIS
PLACÉS EN RÉTENTION
Dès l ors qu’ un parent d’ enf ant f rançai s peut
apporter la preuve du lien de ʏliation et quȊil
contri bue à l ’ éducati on et à l ’ entreti en de cet
enf ant
18
, i l peut normal ement prétendre à un
ti tre de séj our menti on « vi e pri vée et f ami -
l i al e » d’ une durée de un an, renouvel abl e.
Pour les parents d’enfants
français déj à nés
Dès l ors que l a personne peut rassembl er des
preuves sufʏsantes, le juge administratif an-
nul e en pri nci pe l es mesures d’ él oi gnement
dont el l e f ai t l ’ obj et.
Par exempl e, au CRA du Mesni l -Amel ot,
« un monsi eur, pèr e d’ un enfant fr ançai s qui
est al bi nos, mal voyant et épi l epti que avai t
déj à fai t l’ obj et d’ un ar r êté de r econdui te
annul é par l e TA de Par i s. Ce monsi eur fai t
al or s l’ obj et d’ un nouvel ar r êté de r econ-
dui te, à nouveau contesté devant l e tr i bunal
de Mel un qui annul e une nouvel l e foi s l a me-
sur e de r econdui te ».
A Pari s, en pri nci pe, toutes l es mères d’ en-
f ants f rançai s sont l i bérées par l e j uge admi -
ni strati f dès l ors qu’ el l es étai ent en trai n de
f ormal i ser l eur demande de ti tre de séj our à
l a préf ecture. Souvent, el l es sont en attente
de fournir le certiʏcat de nationalité. La dé-
l i vrance de ce document étant très l ongue,
el l es doi vent attendre pl usi eurs moi s avant
de reveni r déposer l eur dossi er.
Le pl acement en rétenti on de ces personnes
est i nuti l e, voi re dans certai ns cas i l l égal ,
pui squ’ el l es sont en cours de régul ari sati on
et seront rapi dement détentri ces d’ une carte
de séj our. El l es sont à ce ti tre protégées
contre l ’ él oi gnement et ne devrai ent donc
pas être pl acées en rétenti on.
Les associ ati ons ont pu observer des cas de
parents d’ enf ant f rançai s n’ ayant pas vu l eur
mesure d’ él oi gnement annul ée et qui ont été,
dans certai ns cas, recondui ts mal gré l eur
statut parti cul i er.
Souvent, l es personnes se heur tent à l a
preuve de l ’ ent ret i en ef f ect i f de l eur enf ant.
Elles éprouvent de grandes difʏcultés a
rassembl er l es documents pouvant en at tes-
ter, qui pl us est dans des dél ai s t rès cour ts
i mposés par l ’ urgence de l a procédure de
rétent i on.
Par exempl e, au CRA de Sète, « un r essor ti s-
sant mar ocai n, en Fr ance depui s l e moi s de
mai 2005 a fai t l a connai ssance d’ une per -
sonne de nati onal i té fr ançai se avec l aquel l e
i l a un enfant. Sépar é de l a mèr e, i l est cepen-
dant pr oche de son enfant, l ui envoi e r égul i è-
r ement des mandats et l ui r end vi si te. Mai s
les Jocumenrs en so possession sonr insu[ʏ-
sants pour sai si r l e j uge des r éfér és ».
Dans bi en des cas égal ement, c’ est l e j uge
qui est très exi geant sur l es preuves.
Par exempl e, au CRA de Vi ncennes, « un
monsi eur sénégal ai s, en concubi nage avec
une Fr ançai se, et sous l e coup d’ une OQTF
datant de 2009, se mai nti ent sur l e ter r i toi r e
et devi ent papa. Lor s de son i nter pel l ati on,
il siqniʏe immeJioremenr quȊil esr porenr er
donne l’ extr ai t d’ acte de nai ssance. I l est
mal gr é tout pl acé en r étenti on. Le r éfér é
17 - TGI Nîmes, 24 j anvi er 2010,
n°10/00073
18 - Sel on l ’ arti cl e L.511-4, 6°du
CESEDA, ne peut f ai re l ’ obj et d’ une
OQTF ou d’ une mesure de recondui te
à l a f ronti ère « l ’ étr anger ne vi vant
pas en état de pol ygami e qui est père
ou mère d’ un enfant fr ançai s mi neur
r ési dant en Fr ance, à condi ti on qu’ i l
établ i sse contr i buer effecti vement
à l ’ entreti en et à l ’ éducati on de
l ’ enfant dans l es condi ti ons pr évues
par l ’ ar ti cl e 371-2 du code ci vi l
depui s l a nai ssance de cel ui -ci ou
depui s au moi ns deux ans ».
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 34
tenté devant l e TA échoue. Le j uge et l’ ad-
minisrrorion esrimenr quȊil ne jusriʏe pos Je
« l’ entr eti en et de l’ éducati on de l’ enfant ».
Monsi eur n’ a pas de compte en banque mai s
vi t avec l a mèr e de l’ enfant et est soutenue
par el l e. Son mor al se dégr ade et sa femme
est dans l’ i ncompr éhensi on total e. Sui te à
deux sai si nes de l a Pr éfectur e par l’ associ a-
rion, lo mesure sero ʏnolemenr obroqee.
Monsi eur s’ est mar i é depui s et a des papi er s».
Pour les parents d’enfant
français à naître
Dans l a pl upart des cas rencontrés, l a qual i té
de f utur parent d’ enf ant f rançai s sans autre
élément ne sufʏt pas a obtenir une annu-
l ati on de l a mesure d’ él oi gnement, même
en cas de reconnai ssance prénatal e. Sel on
l a j uri sprudence, l a l égal i té de l a mesure
d’ él oi gnement ne saurai t donc être remi se
en cause en cas de si mpl e reconnai ssance
de paterni té établ i e après l a mesure d’ él oi -
gnement
19
ou en cas de reconnai ssance par
avance de l a paterni té d’ un enf ant à naître de
sa concubi ne f rançai se
20
.
La reconnai ssance prénatal e est une dé-
marche assez difʏcile a effectuer dans le
cadre de l a rétenti on. De nombreux pères
sont souvent pri vés du droi t de reconnaître
leur enfant, entraînant de grandes difʏcul-
tés par l a sui te pour f ai re val oi r l eur droi t au
séj our et à l a vi e f ami l i al e. Certai ns centres
19 - CE, 10/02/1997,
n°174214
20 - CE, 29/03/1996,
n°132258 ; CAA Pari s,
19/09/2007, n°07PA00383
21 - Sel on l ’ arti cl e L.313-
11, 4°du CESEDA : « sauf
si sa présence consti tue
une menace à l ’ ordre
publ i c, l a carte de séj our
temporai re portant l a
menti on « vi e pri vée et
f ami l i al e » est dél i vrée de
pl ei n droi t « A l ’ étr anger
ne vi vant pas en état de
pol ygami e, mar i é avec un
ressor ti ssant de nati onal i té
fr ançai se, à condi ti on que
l a communauté de vi e n’ ai t
pas cessé depui s l e mar i age,
que l e conj oi nt ai t conser vé
l a nati onal i té fr ançai se et,
l or sque l e mar i age a été
cél ébr é à l ’ étr anger, qu’ i l ai t
été tr anscr i t pr éal abl ement
sur l es regi stres de l ’ état
ci vi l fr ançai s ».
CRA de Cayenne Rochambeau, 2011, Laurent Pipet
de rétenti on, comme cel ui de Marsei l l e, ont
toutef oi s connu une avancée notabl e en l a
mati ère. Des personnes ont été autori sées,
sous escorte pol i ci ère, à al l er reconnaître
l eurs enf ants déj à nés ou à naître à l a mai ri e.
Dans d’ autres cas comme à Toul ouse, c’ est
un agent muni ci pal qui amène l es regi stres
d’ état ci vi l au centre de rétenti on sur autori -
sati on du procureur.
DES COUPLES SÉPARÉS
Couples de conjoints de Français
Sel on l ’ arti cl e L.511-4, 7° du CESEDA, ne
peut f ai re l ’ obj et d’ une OQTF ou d’ une me-
sure de recondui te à l a f ronti ère, « l ’étr an-
ger mar i é depui s au moi ns tr oi s ans avec un
conj oi nt de nati onal i té fr ançai se, à condi ti on
que l a communauté de vi e n’ ai t pas cessé de-
pui s l e mar i age et que l e conj oi nt ai t conser -
vé l a nati onal i té fr ançai se ».
21
En rétenti on, l es associ ati ons ont rencontré
des conj oi nts de Françai s ou des personnes
sur l e poi nt de se mari er avec un ou une
Françai s(e). Depui s l a l oi du 26 novembre
2003, l a condi ti on de l a vi e commune est
requi se l ors de l a premi ère demande de
ti tre de séj our. Le coupl e doi t donc prou-
ver cette communauté de vi e à l ’ ai de de
di vers documents. La pl upart n’ ont pas pen-
sé à l es rassembl er ou à l es f ai re établ i r à
l ’ avance (compte commun, l oyer aux deux
noms, etc.). Il est déja tres difʏcile pour le
conj oi nt de Françai s en si tuati on i rrégul i ère
de regrouper toutes l es pi èces prouvant une
communauté de vi e de troi s ans, à pl us f orte
rai son l orsqu’ i l est en rétenti on.
De pl us, si l a personne souhai te régul ari ser
sa si tuati on après l e mari age, el l e doi t sou-
vent reparti r dans son pays d’ori gi ne f ai re
une demande de vi sa l ong séj our auprès des
autori tés consul ai res f rançai ses. Si tuati on ab-
surde : comment prouver l a communauté de
vi e al ors que l e coupl e aura été séparé, parf oi s
de nombreux moi s, l orsqu’ i l s présenteront
l e dossi er de régul ari sati on au gui chet de l a
préf ecture ? De même, si l a personne est él oi -
gnée et donc séparée de son conj oi nt, i l sera,
l à encore, bien difʏcile pour elle dȊapporter la

É
T
U
D
E

T
H
É
M
A
T
I
Q
U
E
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 35
TÉMOIGNAGE
AU CRA DE METZ :
« Une ressortissante russe tchétchène, M
me
B., arrive à Strasbourg en janvier 2010 pour
demander en lrance as|/e et protect|on avec sa ʏ//e de 10 ans et son mar|. lnterpe//ée, /a
lam|//e est p/acée au centre de rétent|on de Nimes. Que/ques jours p/us tard, /e TA annu/e
l’arrêté de reconduite à la frontière et ordonne à l’administration d’admettre la famille au
séjour /e temps dȊexam|ner sa s|tuat|on. Madame demande a/ors à /a prélecture du Bas-Ph|n
l’admission au séjour au titre de l’asile. Toutefois, en raison de l’application du système dit
« Dub/|n ll », sa demande est relusée . ses empre|ntes ont été enreg|strées en Po/ogne.
Ce pays est donc responsable du traitement de la demande d’asile. Un arrêté de réadmission
est donc pr|s contre e//e. Fntre temps, sa ʏ//e est sco/ar|sée et /a lam|//e commence à
s’intégrer. Un matin de septembre, après avoir accompagné la petite à l’école, madame
se rend auprès de l’association d’aide aux demandeurs d’asile de Strasbourg. Or, depuis
de longues années, aux alentours de cette association, des patrouilles interpellent des
étrangers. Madame B. est interpellée par des agents à 50 mètres de l’association avec
une amie tchétchène, elle aussi demandeuse d’asile. Malgré l’intervention des membres
de l’association qui cherchent à expliquer la situation familiale des deux femmes, elles
sont placées en garde à vue et, le lendemain, amenées au centre de rétention de Metz.
Présentées devant /e JlD, madame B. se vo|t ma|ntenue en rétent|on .
la procédure est régulière. L’autre dame est au contraire libérée : elle pourra revoir ses
enlants. la déc|s|on du JlD pour madame B. est conʏrmée par /a cour dȊappe/. le juge des
rélérés est sa|s| en urgence, car /e r|sque dȊun av|on pour /a Po/ogne et dȊune séparat|on
dȊavec sa ʏ//e est sér|eux. Ma|s /a mesure dȊé/o|gnement est conʏrmée. les jours passent
avec /e désespo|r de cette mêre qu| ne peut pas vo|r sa ʏ//e et son mar| restés à /Ȋextér|eur.
Un avion semble être prévu mais rien ne se passe. Et puis le 32
ème
jour arrive. Madame B.
s’apprête à sortir du centre. Cet après-midi, la petite pourra à nouveau embrasser sa maman.
preuve dȊune communauté de vie. Enʏn, les
personnes hési tent souvent à rentrer dans l eur
pays de peur de ne pas pouvoi r obteni r de vi sa
et ne pl us pouvoi r reveni r en France.
Par exempl e, au CRA de Li l l e, un certai n
nombre de conj oi nts de Françai s ont été
pl acés en rétenti on en 2010. Pour ceux qui
avai ent des OQTF, l a mesure d’ él oi gnement
étai t en général mi se à exécuti on. Nom-
breux sont al ors ceux qui rappel l ent l ’ asso-
ciation apres leur reconduite aʏn dȊobtenir
des i nf ormati ons sur l a démarche à sui vre
pour l ’ obtenti on du vi sa l ong séj our. Pour l es
arrêtés de recondui te en revanche, l e j uge
admi ni strati f a, dans pl usi eurs cas, annul é
l es mesures même s’ i l s’ agi ssai t d’ un si mpl e
concubi n de Françai s. Les recours abou-
ti ssent d’ autant pl us si l e ressorti ssant f ran-
çai s a des enf ants dont l a personne s’ occupe.
Le j uge admi ni strati f de Montreui l annul e
égal ement sur l e même f ondement. D’ autres
magi strats sont toutef oi s moi ns cl éments.
Au CRA du Mesni l -Amel ot, « un r essor -
ti ssant tuni si en, vi vant avec une compagne
fr ançai se depui s 3 ans et encei nte de 8 moi s
ser a él oi gné sans en connaîtr e l es r ai sons
exactes apr ès que l e tr i bunal de Mel un ai t
r ej eté son r ecour s. » Au CRA de Sète, « un
r essor ti ssant ni gér i an ar r i vé r égul i èr ement
en Fr ance en 2003 et mar i é depui s deux ans
avec une r essor ti ssante fr ançai se a été r e-
REPÈRE
Selon l’article 313-11,7° du CESEDA, sauf si
sa présence constitue une menace pour l’ordre
public, la carte de séjour temporaire portant la
mention « vie privée et familiale « est délivrée de
plein droit « à l’étranger ne vivant pas en état de
polygamie, qui n’entre pas dans les catégories
précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au
regroupement familial, dont les liens personnels
et familiaux en France, appréciés notamment
au regard de leur intensité, de leur ancienneté
et de leur stabilité, des conditions d’existence
de l’intéressé, de son insertion dans la société
française ainsi que de la nature de ses liens avec
la famille restée dans le pays d’origine, sont tels
que le refus d’autoriser son séjour porterait à son
droit au respect de sa vie privée et familiale une
atteinte disproportionnée au regard des motifs
du refus, sans que la condition prévue à l’article
L. 311-7 soit exigée. L’insertion de l’étranger dans
la société française est évaluée en tenant compte
notamment de sa connaissance des valeurs de
/a Pépub/|que ».
condui t mal gr é l es nombr eux r ecour s ef fec-
tués ». De nombreux f uturs conj oi nts dont
l e mari age est programmé se retrouvent
égal ement en rétenti on. Dans bi en des cas,
ces personnes ont été i nterpel l ées de f açon
dél oyal e au poste de pol i ce. Convoquées
pour une enquête sur l a réal i té des i ntenti ons
matri moni al es, l es pol i ci ers détournent par-
f oi s l a procédure pour l es i nterpel l er. Dans
ces cas, l e JLD l i bère parf oi s pour i rrégu-
l ari té de l a procédure en retenant l e carac-
tère dél oyal de l ’ arrestati on. En revanche,
l ’ annul ati on par l e j uge admi ni strati f de l a
mesure d’ él oi gnement est pl us rare.
Couples dont l’un des membres
est en situation régulière
Enʏn, sont également placés en rétention
des conj oi nts ou concubi ns de personnes qui
di sposent d’ une carte de séj our. Ce type de
si tuati on, assez courante, rel ève des di sposi -
ti ons de l ’ arti cl e L. 313-11,7° du CESEDA et
pl us général ement de l ’ arti cl e 8 de l a Conv.
EDH. Ce n’ est que dans des si tuati ons excep-
ti onnel l es que l e j uge admi ni strati f reti endra
l a vi ol ati on de ces arti cl es.
Tel est l e cas, au CRA de Marsei l l e, « d’ un
r essor ti ssant tur c mar i é à une r essor ti ssante
al gér i enne depui s l e 1
er
décembr e 2009. Son
épouse, dont l es enfants i ssus d’ une pr écé-
dente uni on étai ent fr ançai s, est el l e-même
r ési dente de l ongue dur ée en Fr ance. Mon-
si eur l’ assi stant dans l es soi ns appor tés à
l’ un de ses enfants tr ès gr avement handi capé,
son ar r êté de r econdui te a ai nsi étai t annul é
sur l e fondement du dr oi t au r espect à l a vi e
fami l i al e ».
L’ATTEINTE AU DROIT À LA VIE
FAMILIALE
La si tuati on des pères de f ami l l e dont l a
f emme et l es enf ants sont en si tuati on i rré-
gul i ère en dehors du centre est très courante.
Parf oi s, i l s’ agi t même de mères de f ami l l es
dont l es enf ants et l e conj oi nt sont restés à
lȊextérieur. Il est souvent difʏcile de faire
val oi r l’ arti cl e L. 313-11,7°du CESEDA pour
ces cas pui squ’ aucun membre de l a f ami l l e ne
di spose de droi t au séj our. Le j uge ne reti ent
que très rarement l a vi ol ati on du droi t à l a vi e
f ami l i al e. I l n’en reste pas moi ns que ces si -
tuati ons sont dramati ques sur l e pl an humai n.
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 36
El l es sont d’ autant pl us dél i cates qu’el l es
mettent parf oi s l es personnes devant un choi x
cornél i en : parti r seul ou déci der que l e reste
de l a f ami l l e se rende aux servi ces de pol i ce
pour être égal ement embarqué.
Les personnes se retrouvent désemparées
sans l e souti en de l eur proche pl acé en ré-
tenti on. La si tuati on est d’ autant pl us éprou-
vante que l es vi si tes pour l es f ami l l es ne sont
pas touj ours ai sées : centres de rétenti on
él oi gnés et mal desservi s par l es transports,
peur de l ’ i nterpel l ati on, etc. Dans bi en des
cas, l e père de f ami l l e reparti ra sans avoi r
même pu di re au revoi r à sa f ami l l e.
Dans des si tuati ons excepti onnel l es ou
humani tai res, l e j uge admi ni strati f annul e
parf oi s l es déci si ons d’ él oi gnement de pères
ou mères de f ami l l e. Par exempl e, au CRA
de Rennes, « un pèr e de fami l l e congol ai s,
déj à pl acé au centr e en 2009, a été pl acé seul
sous l e coup d’ un APRF pr i s par l a pr éfec-
tur e d’ I l l e et Vi l ai ne. Pèr e de 4 enfants, tous
en Fr ance, et époux d’ une femme encei nte de
ses oeuvr es de 6 moi s, monsi eur a été r emi s
en l i ber té apr ès l’ annul ati on de l a déci si on
d’ él oi gnement dont i l fai sai t l’ obj et par l e
magi str at du TA ».
Au CRA de Metz, « le JLD Je Merz o remis
en l i ber té un pèr e de fami l l e dans l e cadr e
d’ une sai si ne en ur gence, sui te à l’ hospi ta-
l i sati on sui te à l’ hospi tal i sati on de sa peti te
ʏlle en roison Ju rroumorisme enqenJre por
son i nter pel l ati on muscl ée à l aquel l e l a peti te
avai t assi sté ».
Dans certai ns cas, ces pères ou mères de f a-
mi l l es ne sont pas recondui ts mai s i l s passe-
ront toutef oi s de l ongues semai nes enf ermés
dans l ’ angoi sse de l ’ attente et de l a sépara-
ti on de l eurs proches.
CONCLUSION
Cette année, l e nombre de f ami l l es et d’ en-
f ants enf ermés a encore augmenté . Pour-
tant, l a rétenti on n’ est pas un l i eu pour l es
enf ants. El l e entraîne pour eux, comme pour
l eurs parents, des ef f ets traumati sants.
I l résul te de l’enfermement des si tuations hu-
mai nement i nacceptables qui portent attei nte
à l a vie fami l i ale. Ces si tuations témoi gnent
d’ un manque de pri se en compte par l’ admi ni s-
tration de l a personne et de sa di gni té et d’ une
f ai ble considération pour l a cel lule f ami l i ale,
unique pi l ier de stabi l i té et de sécuri té pour ces
personnes déjà déraci nées sui te à l’exi l .
D’ autres sol uti ons, humai nement pl us accep-
tables, doivent être recherchées aʏn de pré-
server l’ i ntérêt supéri eur des enf ants, l a pro-
tecti on de l a f ami l l e et l e respect de l a di gni té
de l a personne, conf ormément aux engage-
ments i nternati onaux de l’ Etat f rançai s.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 37
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 38
La demande d’ asile
en r étention :
un r égi me d’ excepti on
Dessin, à partir d’une photo du CRA Cayenne Rochambeau, 2011, Thomas Feutrier
L’
OFPRA déʏnit lȊasile comme
« une pr otecti on qu’ accor de un
Lror ò un erronqer qui esr ou qui
r i sque d’ êtr e per sécuté dans son pays que
ce soi t par l es autor i tés de son pays ou par
des agents non étati ques. »
22
En 1951, l a
Convention de Geneve a déʏni le terme de
réf ugi é comme toute personne « qui cr ai nt
avec r ai son d’ êtr e per sécutée en r ai son de sa
r ace, de sa r el i gi on, de sa nati onal i té, de son
appar tenance à un cer tai n gr oupe soci al ou
de ses opi ni ons pol i ti ques, se tr ouve hor s du
pays dont el l e a l a nati onal i té, et qui ne peut
ou, du fai t de cette cr ai nte, ne veut se r écl a-
mer de l a pr otecti on de ce pays »
23
.
En France, l a procédure de demande d’ asi l e
est encadrée par l es parti es l égi sl ati ves et
régl ementai res du l i vre VI I du CESEDA
24
.
Le droi t d’ asi l e est auj ourd’ hui un droi t f on-
damental à val eur consti tuti onnel l e
25
qui a
pour corol l ai re l e droi t de sol l i ci ter l e statut
de réf ugi é.
Ces di sposi ti ons garanti ssent aux personnes
qui souhai tent f ai re val oi r un besoi n de pro-
tecti on un droi t d’ accès à l ’ OFPRA et un
droi t au séj our provi soi re dans l ’ attente du
traitement de leur dossier par lȊOfʏce, seule
i nsti tuti on compétente pour i nstrui re l es
demandes d’ asi l e en France et l e cas échéant
par l a CNDA, j uri di cti on admi ni strati ve qui
statue sur l es recours f ormés contre l es déci -
si ons de l ’ OFPRA. Ai nsi , une personne at-
tendant une réponse à sa demande d’ asi l e ne
peut-el l e, en pri nci pe, être pl acée en réten-
ti on. Dans un nombre de cas l i mi tati vement
énumérés
26
, l ’ admi ni strati on peut ref user l e
droi t au séj our provi soi re des demandeurs
d’ asi l e et l ’ OFPRA statue al ors sel on une
procédure di te pri ori tai re dans un dél ai de
15 j ours.
Sel on l a procédure normal e, l e dépôt d’ une
demande d’ asi l e en préf ecture est soumi s à
l a seul e condi ti on que l e demandeur pui sse
présenter une adresse. I l se voi t al ors re-
mettre un f ormul ai re de demande d’ asi l e et
une autori sati on provi soi re de séj our APS
val abl e un moi s.
Aux termes de l ’ arti cl e R. 723-1 du CESE-
DA, l e demandeur doi t al ors rempl i r l e f or-
mul ai re de demande d’ asi l e, en f rançai s, et
l ’ envoyer à l ’ OFPRA dans un dél ai de 21
j ours. A l ’ enregi strement de l a demande par
l ’ OFPRA, l a préf ecture remet au deman-
deur un récépi ssé constatant l e dépôt d’ une
demande d’ asi l e, val abl e troi s moi s et renou-
vel abl e j usqu’ à l a déci si on de l ’ OFPRA et,
en cas de recours, de l a CNDA.
L’ admi ni strati on peut ref user l e droi t au
séj our provi soi re des demandeurs d’ asi l e
uni quement dans quatre hypothèses, en ap-
pl i cati on de l ’ arti cl e L. 741-4 du CESEDA :
Ȓ LȊexamen de sa demande dȊasile releve de
l a compétence d’ un autre Etat, en appl i ca-
ti on du règl ement « Dubl i n I I »
27
;
Ȓ Le demandeur est un ressortissant dȊun
pays consi déré comme « sûr » ;
Ȓ La présence en France du demandeur consti-
tue une menace grave à l’ordre publ i c ;
Ȓ La demande dȊasile est considérée comme
une f raude dél i bérée, un recours abusi f aux
procédures d’ asi l e ou une demande di l a-
toi re qui vi se uni quement à f ai re échec à
une mesure d’ él oi gnement prononcée ou
i mmi nente.
Dans ces t roi s derni ers cas, l ’ OFPRA sta-
t ue, sel on une procédure di te pri ori tai re,
dans un dél ai de 15 j ours et même 96 heures
l orsque l e demandeur est pl acé en rétent i on
admi ni st rat i ve.
En dépi t de ces exi gences du droi t, les associ a-
tions présentes en centre de rétention constatent
le pl acement de personnes pri mo-arri vantes,
i nterpel lées à l a f rontière ou arri vées en France
depui s peu et qui n’ont pas encore pu formal i ser
leur demande d’asi le en rai son notamment de
l a complexité des démarches à engager. Nous
avons constaté, à plusieurs repri ses, un défaut
ʐagrant de prise en compte de leur situation
personnel le, qu’el les viennent ou non de pays
22 - www.of pra.gouv.f r
23 - Arti cl e 1.A.2 de l a Conventi on de
Genève du 28 j ui l l et 1951 rel ati ve au statut
de réf ugi é.
24 - Arti cl es L. 711-1 et sui vants et R. 721-1
et sui vants du CESEDA.
25 - Voi r notamment Consei l d’ Etat, 12
j anvi er 2001, Hyaci nthe, n°229039.
26 - Arti cl e L. 741-4 du CESEDA.
notamment Consei l d’ Etat, 12 j anvi er 2001,
Hyaci nthe, n°229039.
27 - Règl ement (CE) n°343/2003 du Consei l
du 18 f évri er 2003 établ i ssant l es cri tères
et mécani smes de détermi nati on de l ’ Etat
membre responsabl e de l ’ examen d’ une
demande d’ asi l e présentée dans l ’ un des
Etats membres par un ressorti ssant d’ un
pays ti ers.

É
T
U
D
E

T
H
É
M
A
T
I
Q
U
E
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 39
TÉMOIGNAGE
« Mr K est ressort|ssant du Congo PDC. l/ est membre dȊun part| dȊoppos|t|on.
Il allègue avoir été persécuté par les forces gouvernementales et plusieurs fois
emprisonné arbitrairement. Il a fui son pays et est entré en France en janvier 2010.
Très malade, souffrant de troubles psychologiques qu’il met en lien avec
les traitements inhumains et dégradants qu’il dit avoir subis, Mr K se tourne tout
d’abord vers une association dès son arrivée. Il n’a ni hébergement, ni famille
en France. Deux semaines seulement après son entrée, il effectue des démarches
pour être domicilié. C’est à ce moment que Mr K est interpellé sur la voie publique.
Il explique clairement sa situation et dit vouloir demander une protection auprès
des autorités françaises. Aucune de ses déclarations ne seront inscrites sur
/e procês-verba/ dȊ|nterpe//at|on quȊ|/ relusera de s|gner. l/ est p/acé en rétent|on à /a ʏn
de sa garde à vue. Un arrété de recondu|te à /a lront|êre /u| est not|ʏé dans /e méme
temps pour un é/o|gnement vers /e pays quȊ|/ a lu| deux sema|nes p/us tôt.
Ni le JLD, ni le TA ne constateront l’irrégularité de la procédure et la violation
du principe de non refoulement. »
déclarés surs par lȊOfʏce. Plus grave encore,
le détai l de leur si tuation personnel le n’appa-
raît souvent nul le part dans les procédures les
concernant, leurs décl arations fai sant si mple-
ment état de leur souhai t de demander l’asi le
en France parce que menacées dans leur pays
d’ori gi ne. Pourtant, ces personnes soutiennent
aux i ntervenants en rétention l’avoi r préci sé au
moment de leur i nterpel l ation.
Or, l a pl upart des personnes dans cette si tua-
ti on aurai ent dû être admi ses provi soi rement
au séj our et voi r l eur demande d’ asi l e exa-
mi née sel on l a procédure normal e. Cel l e-ci
prévoi t cl ai rement que l es demandes d’ asi l e
des personnes pl acées en rétenti on admi ni s-
trati ve sont exami nées sel on une procédure
pri ori tai re « accél érée » qui peut être qual i -
ʏée dȊexpéditive : la personne a cinq jours
pour déposer une demande et l ’ OFPRA sta-
tue dans un dél ai de 96 heures.
La rétenti on, l i eu de pri vati on de l i berté
anxi ogène, est i ncompati bl e avec une pro-
cédure j uste et équi tabl e d’ examen de l a de-
mande d’ asi l e. A cet envi ronnement, s’ aj oute
l a crai nte d’ être él oi gné i nstamment vers
un pays dans l equel l a vi e des demandeurs
peut être menacée sans pouvoi r attendre l a
réponse à son recours
Consti tuer une demande d’ asi le est un exercice
difʏcile et qui prend du temps, notamment
pour établ i r un réci t qui peut ravi ver des trau-
mati smes. Accompl i r une tel le démarche en
moi ns de ci nq jours, qui plus est sans i nterprète
ʏnancé par lȊEtat, est totalement inadapté.
En outre, contrai rement à l a demande d’ asi l e
ef f ectuée hors rétenti on, l e recours devant l a
CNDA n’ est pas suspensi f et l a personne
peut être él oi gnée vers son pays dès l a déci -
si on de l ’ OFPRA.
Le derni er et véri tabl e rempart des deman-
deurs d’ asi l e en rétenti on pour f ai re val oi r
l eur besoi n de protecti on i nternati onal e est
l a CEDH qui peut suspendre en urgence l es
mesures d’ él oi gnement en cas de ri sques
de tortures et de trai tements i nhumai ns et
dégradants.
UN DROIT D’ASILE DIFFICILE
À EXERCER EN RÉTENTION
UN DROIT D’ASILE RÉDUIT
Le placement en procédure
prioritaire, première restriction
au droit d’asile
L’ uti l i sation fai te de l’article L. 741-4 du CESE-
DA est souvent abusi ve en CRA. Le pri nci pe
est que l’examen de l a demande d’asi le des per-
sonnes se fai t selon l a procédure normale et le
pl acement en procédure priori tai re est l’excep-
tion. Or, pour les personnes qui déposent une
demande d’asi le en rétention, le pl acement en
procédure prioritai re est systématique pui sque
dans ce cas l’admi ni stration considère que le
seul but de l a demande d’asi le est de fai re échec
à l’éloi gnement. L’admi ni stration devrai t exa-
mi ner l a si tuation personnel le des demandeurs
d’asi le – notamment pour les pri mo-arri vants
– avant de considérer qu’ i l s relèvent éventuel-
lement des cas de pl acement en procédure prio-
ri tai re. Ceux dont l a demande d’asi le déposée
en rétention releve ʏnalement de la procédure
normale devraient être l i bérés.
Or, à l’ heure actuel le, toute demande ef fectuée
en rétention est systématiquement pl acée en
procédure priori tai re au moti f que « l a demande
r epose sur une fraude déli bér ée ou consti tue
un r ecour s abusi f aux pr océdur es d’ asil e ou, ne
vi se qu’ à fai re échec à une mesure d’ él oi gne-
ment pr ononcée ou i mmi nente ». Le mi ni stre
de l’ I ntérieur, dans une ci rcul ai re NOR IO-
CL1107084C du 1
er
avri l 2011, a pourtant rap-
pelé que ce pl acement en procédure priori tai re
ne devai t pas être systématique et a demandé
à ses services d’ être particul ièrement attenti f s
à l’examen i ndi viduel de chaque demande, cet
examen i ndi vi duel pouvant condui re à ne pas
fai re usage de l a procédure priori tai re ou de l a
procédure « Dubl i n ».
Le pl acement en procédure pri ori tai re peut
être contesté devant l e TA par voi e de réf éré.
En ef f et, l a préf ecture moti ve l a déci si on de
ref us d’ admi ssi on au séj our au moti f que l a
demande est desti née à f ai re obstacl e à une
mesure d’ él oi gnement. Or, l e j uge admi ni s-
trati f peut annul er cette déci si on si l a per-
sonne retenue apporte des él éments permet-
tant dȊinʏrmer cette motivation
28
(recherche
d’ un hébergement auprès d’ une associ ati on,
décl arati on de demande d’ asi l e i mmédi ate-
ment à l ’ entrée dans l e centre de rétenti on,
crai ntes de persécuti on).
28 - Voi r notamment TA Ami ens,
j uge des réf érés, 12 septembre 2011.
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 40
Les dél ai s de 5 j ours pour déposer une
demande d’ asi l e en rétenti on
29
et de 96
heures pour l ’ i nstructi on de l a demande
par l ’ OFPRA
30
sont extrêmement bref s et
rédui sent drasti quement l es chances de voi r
l a demande d’ asi l e exami née de mani ère
approf ondi e. L’ urgence engendrée par ce
dél ai extrêmement court pour déposer l a
demande est f acteur de stress mai s surtout
ne permet pas de rensei gner correctement l e
dossi er remi s par l ’ admi ni strati on. Une de-
mande dȊasile, aʏn dȊêtre circonstanciée et
personnal i sée, nécessi te du temps, du moi ns
cel ui de mobi l i ser l es moyens humai ns né-
cessaires a une demande bien ʏnalisée. En
outre, l ’ Etat ne f ourni t aucun i nterprète pour
mener cette démarche.
De surcroît, raconter des persécuti ons subi es
peut être extrêmement difʏcile dȊun point
de vue psychol ogi que. Or l ’ urgence et l e
contexte d’ un centre de rétenti on aggravent
cette difʏculté. DȊune part, une histoire
traumati sante peut parf oi s demander des se-
mai nes de travai l avant de pouvoi r être ver-
bal i sée et écri te. D’ autre part, l e f ai t d’ être
dans un envi ronnement carcéral où l es po-
l i ci ers ont pour mi ssi on d’ él oi gner l es per-
sonnes ne favorise pas la conʏance néces-
saire au demandeur dȊasile pour se conʏer.
Le pl acement en procédure pri ori tai re pose
aussi l a questi on du caractère non suspensi f
du recours devant l a CNDA prévu dans l e
cadre de cette procédure à l ’ encontre de l a
déci si on de l ’ OFPRA. Un demandeur d’ asi l e
peut donc être présenté aux autori tés consu-
l ai res de son pays d’ ori gi ne ou él oi gné dès l a
déci si on OFPRA, al ors même que l a CNDA
n’ a pas encore statué sur l e recours qu’ i l a pu
f ormer. A l ’ i nverse de l a procédure normal e,
l e recours prévu dans l e cadre de l a procé-
dure pri ori tai re est i nef f ecti f . Cel a est par-
ti cul i èrement grave quand on sai t que pl us
de l a moi ti é du nombre de reconnai ssances
du statut de réf ugi é et d’ accords de protec-
ti on subsi di ai re en France est octroyée par
l a CNDA.
Ai nsi , ce j eune Al géri en homosexuel , retenu
au centre de Vi ncennes, dont l a demande
d’ asi l e a été rej etée à l ’ OFPRA parce que
ses « décl ar ati ons non per sonnal i sées et non
ci r constanci ées n’ ont pas per mi s d’ établ i r
l es per sécuti ons qu’ i l encour ai t en cas de
r etour » a été présenté à un vol al ors même
que l a CNDA avai t été sai si e. Cet él oi gne-
ment, certes légalement possible, conʏrme
l es graves vi ol ati ons qu’ engendre cette pro-
cédure. El l e est source d’ angoi sse pour l es
personnes qui crai gnent des persécuti ons en
cas de retour dans l eur pays et peut condui re
à des actes désespérés.
A noter que l a CEDH exami ne à l ’ heure
actuel l e l a questi on de l ’ absence de recours
suspensi f devant l a CNDA, au regard de
sa potenti el l e contrari été avec l e droi t au
recours ef f ecti f prévu à l ’ arti cl e 13 de l a
Conv.EDH. El l e a ai nsi consi déré comme
recevabl e une requête f ondée sur ce moyen
en décembre 2010
31
, un demandeur d’ asi l e
soudanai s ayant contesté l a compati bi l i té de
cette procédure avec l es arti cl es 3 et 13 de
l a Conv.EDH.
Ai nsi , l es personnes qui voi ent l eur demande
d’ asi l e exami née en rétenti on se trouvent de
maniere injustiʏée placées dans une situa-
ti on i négal e par rapport aux demandeurs
d’ asi l e « l i bres ».
Les réadmissions dans le cadre
du règlement Dublin II :
une procédure obscure en rétention
Un ensembl e de règl es très f ormel l es doi vent
être respectées par lȊadministration aʏn de
permettre l a réadmi ssi on de l a personne vers
l e pays européen responsabl e de sa demande
d’ asi l e. Des di l i gences sont obl i gatoi res et
doivent être notiʏées clairement aux deman-
deurs concernés. En rétenti on, outre l’ absence
répétée d’ i nterprète dans l a procédure préa-
lable, il sȊavere souvent que les notiʏcations
sont peu f ormal i sées et que l es personnes
retenues ne sont pas muni es des déci si ons et
notiʏcations administratives. Le JLD est ain-
si souvent amené à l i bérer l es personnes en
rai son du non-respect de l eurs droi ts au cours
de l a procédure.
Outre l e pri nci pe très cri ti quabl e de l a déter-
mi nati on du pays responsabl e de l’examen
de l a demande d’ asi l e, l e probl ème maj eur
des « dublinés » en rétention est la difʏculté
d’ accès à un recours ef f ecti f . Aucun recours
suspensi f n’est prévu par l a l égi sl ati on. Seul
un réf éré de nature techni que et compl exe
peut parf oi s être opérant. Mai s cette procé-
dure est souvent mal maîtri sée, y compri s par
l a pl upart des avocats. Associ é aux urgences
de l a procédure en rétenti on, l’exerci ce d’ un
recours ef f ecti f contre l es arrêtés de réadmi s-
sion est donc extrêmement difʏcile. Le délai
pour obteni r une audi ence dans l e cadre d’ un
réf éré est général ement trop l ong et ne permet
pas d’empêcher un él oi gnement rapi de.
I l faut aussi soul i gner le caractère expédi ti f de
l’éloi gnement des « dubl i nés ». La plupart du
temps, i l s sont embarqués le lendemai n de leur
pl acement en rétention, sans que l’ associ ation
présente sur le si te ne pui sse les rencontrer.
LA DEMANDE D’ASILE
EN RÉTENTION : UNE PROCÉDURE
EXPÉDITIVE ET VARIABLE
La difʏciIe préparation de Ia demande
d’asile dans des délais réduits
L’ admi ni strati on i mpose à l ’ étranger retenu
un dél ai de 5 j ours à compter de son pl ace-
ment en rétenti on pour f ormer sa demande
dȊasile. Ce délai lui est notiʏé des son arri-
vée au centre par un agent du gref f e et dans
29 - Arti cl e L. 551-3 du CESEDA.
30 - Arti cl e R. 723-3 du CESEDA.
31 - CEDH 5
ème
secti on,
14 décembre 2010, I .M contre
France - requête n°9152/09.
TÉMOIGNAGE
AU CRA DE RENNES :
« Une personne soudanaise a été réadmise en moins de 24 heures vers
la Norvège et renvoyée dès son arrivée sur la France. La personne concernée
avait reçu une convocation pour se présenter en préfecture du Maine-et-Loire
où un arrété de réadm|ss|on /u| ava|t été not|ʏé au gu|chet. la déc|s|on éta|t
assort|e dȊun arrété de p/acement en rétent|on. Arr|vé au centre en ʏn dȊaprês-
midi, Monsieur a été réadmis le lendemain matin. En Norvège à 12h, les autorités
norvégiennes lui ont refusé l’entrée et il a été immédiatement renvoyé en France
à 17h où |/ a cette lo|s été p/acé au centre de rétent|on de Pa/a|seau, sur /a base
de la même décision de réadmission vers la Norvège alors que la mesure
avait été exécutée. »

É
T
U
D
E

T
H
É
M
A
T
I
Q
U
E
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 41
TÉMOIGNAGE
AU CRA DE VI NCENNES :
« En avril 2010, un jeune Afghan parlant ourdou souhaite déposer une demande
d’asile au centre de rétention de Vincennes. Un formulaire lui est remis. Lorsqu’il
se présente à l’association présente au centre, il ne lui reste que 12 heures
pour renseigner le formulaire. Tout l’après-midi, l’intervenant tente de trouver
un interprète. Des associations sont appelées, des restaurants, des comités de
sout|en. Ma|s |/ sȊag|t dȊune ʏn de sema|ne et aucun |nterprête, bénévo/e ou non,
nȊest d|spon|b/e. lȊentret|en se lera ʏna/ement à /Ȋa|de de deux |nterprêtes . un am|
du retenu, traduisant de l’ourdou vers le farsi, et un second ami, traduisant du farsi
vers l’anglais, l’intervenant rédigeant ensuite le récit en français sur la base de ce
qu| /u| éta|t d|t en ang/a|s. la demande a ʏna/ement été déposée dans /es dé/a|s
impartis. Toutefois, dans ces conditions, le jeune Afghan, très stressé, n’a pu
donner tous les éléments importants. »
qui sont chargés d’enregi strer cette volonté de
demander l’ asi l e. Une mention doi t être por-
tée au regi stre de rétention, sur l equel seront
mentionnées toutes l es sui tes de l a demande.
Pourtant sel on l es centres, l es prati ques à ce
stade sont déj à très di sparates. Si à Bobi gny
par exempl e, l es formul ai res de demande
d’ asi l e
32
sont dél i vrés au moment de l a décl a-
ration, ce n’est pas l e cas partout. En ef f et,
certai ns centres, comme cel ui de Vi ncennes,
ne di sposent pas de réserve de formul ai res de
demandes d’ asi l e. I l s sont remi s à l a personne
retenue par l es servi ces de l a préf ecture en
charge de l’éloi gnement quel ques j ours après
qu’el l e ai t f ormul é sa demande. Ce qui di mi -
nue l e dél ai déjà très court pour consti tuer l e
dossi er. Qui pl us est, si l a demande d’ asi l e doi t
pouvoi r être déposée à tout moment dans l es 5
j ours à compter de l’entrée en centre de réten-
tion, ce droi t n’est pas touj ours respecté. Ai nsi ,
au centre de rétention de Oi ssel , l es f onction-
nai res de pol ice ont dans un premi er temps
ref usé d’enregi strer une demande d’ asi l e
après 19h, arguant que l e gref f e du centre étai t
f ermé et demandant de l a remettre l e l ende-
mai n. L’ associ ation a dû i nsi ster pour que l a
demande soi t pri se en consi dérati on, d’ autant
qu’ un vol étai t prévu pour l e l endemai n à 8h.
Cette si tuati on i l l ustre un autre probl ème.
Dans certai ns centres, l a protecti on contre
l’él oi gnement par l e dépôt de l a demande
d’ asi l e n’ i ntervi ent non pas au moment de l a
décl arati on mai s au moment du dépôt du dos-
si er compl et, rensei gné et si gné (par exempl e
à Oi ssel ). Le possi bl e él oi gnement d’ une
personne qui f ormul e l e souhai t de deman-
der une protecti on est une grave vi ol ati on du
pri nci pe même du droi t consti tuti onnel de
sol l i ci ter l e statut de réf ugi é. Toute personne
retenue doi t pouvoi r j oui r du droi t de déposer
une demande d’ asi l e à tout moment pendant
l e dél ai des 5 j ours qui l ui est i mparti .
Par ai l l eurs, l ’ étranger retenu ayant déposé
sa demande d’ asi l e ne se verra pas nécessai -
rement remettre de document attestant de ce
dépôt, ri en ne l ui permettant par l a sui te, en
cas de contenti eux, de prouver qu’ i l a bi en
i ni ti é cette démarche dans l e dél ai i mpar-
ti . Ceci est aggravé par l e f ai t que l ’ accès,
32 - Le f ormul ai re OFPRA
est l e support de l a demande
d’ asi l e. I l doi t être rempl i et
envoyé pour que l a demande
soi t pri se en compte.
une l angue dont i l est rai sonnabl e de penser
qu’ i l l a comprend. Pour ce f ai re, i l exi ste des
f ormul ai res tradui ts dans l es l angues pri n-
ci pal ement représentées dans l es centres
(arabe, chi noi s, angl ai s, espagnol …).
Cependant, toutes l es personnes pl acées en
rétenti on n’ ont pas accès à un f ormul ai re
dans l eur l angue et certai nes d’ entre el l es
sont i l l ettrées : dans l eurs cas, l ’ i nf ormati on
est i nef f ecti ve. En cas d’ absence de traduc-
ti ons écri tes, l ’ agent doi t al ors f ai re appel à
un i nterprète assermenté. Toutef oi s, l es asso-
ci ati ons présentes constatent régul i èrement
des déf auts d’ i nf ormati on dans une l angue
compri se de l ’ i ntéressé. Ai nsi , au centre de
rétenti on de Vi ncennes, une personne pou-
vant s’ expri mer en f rançai s mai s ne sachant
ni lire ni écrire, sȊest vu notiʏer ses droits
avec l a menti on mani f estement i nexacte « l u
par l ’ i ntéressé ». De même, un j eune Af ghan
parlant le farsi sȊest vu notiʏer ses droits sur
l a procédure de demande d’ asi l e en rétenti on
en l angue ourdou. Ces déf auts d’ i nf ormati on
sont des vi ol ati ons graves et mani f estes des
droi ts des personnes qui condui sent à l eur
l i bérati on par l e JLD. Force est de constater
que l es i ntervenants associ ati f s doi vent sou-
vent i nf ormer l a personne de ce droi t.
Or, comme pour l es personnes qui ne sont
pas en rétenti on, l a demande d’ asi l e doi t être
rédi gée en f rançai s, sans pour autant que soi t
mi se en pl ace l a possi bi l i té de sai si r des i nter-
prètes. L’ admi ni strati on n’ ayant pas l’obl i ga-
ti on de f ourni r un i nterprète au demandeur
d’ asi l e retenu et l es i nterprètes bénévol es
n’étant pas touj ours di sponi bl es, l es associ a-
ti ons i ntervenantes sont souvent conf rontées
l ors de l eurs entreti ens à cette réal i té de de-
voi r établ i r une demande dans l’ urgence, en
composant avec des difʏcultés considérables
en mati ère d’ i nterprétari at.
La bri èveté du dél ai i mparti pour déposer l a
demande a égal ement pour conséquence de
compl i quer l e rassembl ement des preuves.
I l arri ve ai nsi souvent que l a personne
retenue n’ ai t pas l e temps de rassembl er
l es documents f ai sant état de ses crai ntes
de persécuti ons ou de l es f ai re tradui re,
rédui sant dès l ors ses chances de voi r sa de-
mande déboucher sur l’obtenti on d’ une pro-
tecti on. I l serai t d’ ai l l eurs souhai tabl e que
l es preuves non tradui tes, l orsqu’ i l y en a, l e
soi ent di rectement par l’ OFPRA et non par
l es associ ati ons dans l e cadre de demandes
f ormul ées en rétenti on.
Rechercher et rassembl er l es preuves
mai s aussi se préparer à l ’ entreti en avec
l ’ OFPRA – l orsqu’ i l y en a un – sont des
étapes i mportantes pour l e demandeur
d’ asi l e et nécessi tent un temps que l a pro-
cédure pri ori tai re n’ of f re pas, l a pri vati on
de l i berté engendrée par l e pl acement en
rétenti on compl i quant d’ autant ces étapes.
Enʏn, le systeme de visioconférence pour
l ’ entreti en avec l ’ OFPRA mi s en pl ace
dans certai ns centres, ne permet pas de
trai ter di gnement et avec perti nence l e
dossi er d’ une personne qui al l ègue avoi r
subi ou crai nt de subi r des persécuti ons.
Une procédure variable et peu
respectueuse de Ia conʏdentiaIité
A chaque étape de l a procédure de de-
mande d’ asi l e en rétenti on, l es prati ques
vari ent d’ un centre à un autre.
En premi er l i eu, l a personne retenue souhai -
tant déposer une demande d’ asi l e f ai t une
décl aration en ce sens aux di vers i nterlo-
cuteurs qu’el l e rencontre. Cette décl aration
doi t être transmi se aux pol ici ers du gref f e
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 42
par l es associ ati ons i ntervenantes ou par l e
retenu l ui -même, au regi stre dans l equel est
consi gnée l a décl arati on de demande d’ asi l e
est l oi n d’ être touj ours respecté.
Une harmoni sati on des procédures en CRA
pour un mei l l eur respect de l a procédure,
de la notiʏcation des droits a celle des déci-
sions de lȊofʏce, est aujourdȊhui nécessaire.
Enʏn, la protection du demandeur dȊasile
pendant l’ i nstructi on de sa demande consti -
tue un él ément essenti el , i mpl i quant entre
autres la conʏdentialité de la déclaration de
demande d’ asi l e et de son contenu. Or, cette
conʏdentialité est trop souvent violée. Ainsi,
certai ns gref f es de centres, comme au centre
de rétenti on de Pl ai si r, l i sent l e réci t de vi e du
demandeur l orsqu’ i l s récepti onnent l e dossi er
rempli. De même, aʏn dȊassurer la protection
du requérant, i l n’est pas possi bl e de l e pré-
senter au consul at tant que sa demande d’ asi l e
est en cours d’ i nstructi on. Les associ ati ons
i ntervenantes ont toutef oi s pu observer que
cette obl i gati on, pourtant essenti el l e, n’étai t
pas systémati quement respectée, mettant
ai nsi l es personnes en danger.
LE CONTRÔLE PAR LE JUGE
DES RISQUES ALLÉGUÉS
EN CAS D’ÉLOIGNEMENT
L’ INSUFFISANTE PROTECTION
DE LA JURIDICTION ADMINISTRATIVE
Le TA est normal ement compétent pour
contrôl er l a régul ari té d’ une déci si on d’ él oi -
gnement au regard du pays de renvoi et des
ri sques al l égués d’ y subi r des tortures ou
trai tements i nhumai ns ou dégradants au
sens de l ’ arti cl e 3 de l a Conv.EDH.
Or, il est souvent tres difʏcile de faire valoir
des ri sques de trai tements i nhumai ns et dé-
gradants dans l es requêtes adressées au tri bu-
nal . Outre l e f ai t que l es dél ai s i mparti s sont
très courts (48 heures), i l est matéri el l ement
difʏcile de rassembler les preuves des per-
sécuti ons al l éguées. Le pl us souvent i l s’ agi t
de se f onder sur l e décl arati f de l a personne,
assorti d’él éments géopol i ti ques ci bl és sur l es
ri sques dans l e pays de desti nati on.
En ef f et, un grand nombre de personnes
f ai sant l’obj et de ri sques n’ a pas l a possi bi -
l i té de récupérer l es documents prouvant l a
l égi ti mi té de l eurs crai ntes : procès-verbaux
d’ audi ti ons, dépôt de pl ai nte, déci si on de
condamnation, certiʏcats médicaux, certiʏ-
cat de déces... autant de preuves bien difʏ-
ci l es à rassembl er. I l en est de même pour l es
arti cl es de presse ou toute preuve matéri el l e
d’ un engagement pol i ti que ou d’ une apparte-
nance à un groupe soci al di scri mi né. Dans
l es rares cas où cel a arri ve, encore f aut-i l
pouvoi r f ai re tradui re ces documents dans l es
dél ai s, dans des l angues souvent rares, ce qui
rend d’ autant pl us compl i quée l a traducti on.
À cette difʏculté matérielle, sȊajoute le fait
que l e j uge admi ni strati f ne prend que très ra-
rement en compte l a questi on des crai ntes de
persécuti ons en cas de retour. Faute de temps
et de moyens pour approf ondi r l’examen des
ri sques al l égués, l e j uge admi ni strati f ne re-
ti ent l a vi ol ati on de l’ arti cl e 3 Conv.EDH que
dans l es cas où l a personne di spose d’ un réci t
ci rconstanci é étayé par des preuves sol i des.
Tel est l e cas d’ un ressorti ssant i rani en ap-
portant l a preuve qu’ i l étai t reconnu coupabl e
d’ adul tère en I ran et ri squai t l a pei ne de mort
en cas de retour
33
, ou encore d’ un monsi eur
i voi ri en membre du parti de l’opposi ti on en
2010 ayant réussi à prouver que sa f emme
avai t été agressée et son appartement saccagé
dans son pays d’ori gi ne
34
.
TÉMOIGNAGE
AU CRA DE METZ :
« Cas dȊune personne retenue au CPA de Metz, ressort|ssant |ran|en appartenant
à la minorité azéri. Cette minorité revendique simplement la liberté d’expression en matière
de droits culturels et linguistiques. Toutefois, pour les autorités iraniennes, ses membres sont
soupçonnés et accusés d’infractions et « d’agissements contre la sûreté de l’État et pour la
promot|on du Panturqu|sme ». Fn ma| 2007, pendant une man|lestat|on organ|sée
par sa communauté, qui provoque des affrontements avec les forces de sécurité,
monsieur M. est séparé de sa famille.
Il se rend à Téhéran où il se cache. Le reste de sa famille, ses deux sœurs, sa mère et un petit
frère, trouvent refuge dans une ville proche de la frontière turque et réussissent ensuite à arriver
en France où ils sont admis au séjour au titre de l’asile et obtiennent le statut de réfugié.
Monsieur M. est donc caché à Téhéran, aidé et hébergé par ses copains. Un jour, lors d’un
contrô/e de po/|ce, |/ réuss|t à sȊéchapper ma|s son copa|n, /u| auss| de /a m|nor|té azér|, est
arrêté : il a disparu depuis.
Craignant pour sa vie, monsieur M. organise sa fuite et sort donc clandestinement du pays,
caché dans un camion. En voyageant à travers l’Anatolie, les Balkans et l’Europe centrale,
|/ arr|ve au luxembourg, à que/ques centa|nes de k|/omêtres de sa lam|//e qu| rés|de à Par|s.
l/ prend a/ors un tra|n à dest|nat|on de Par|s - Gare de /ȊFst. Dans ce méme tra|n se trouvent
des agents de /a PAl qu| procêdent à son contrô/e dȊ|dent|té. l/ déc/are étre venu en lrance
pour demander l’asile et rejoindre sa famille.
P/acé en garde à vue, est|mant que sa demande dȊas|/e est d|/ato|re et ellectuée dans /e but
de la|re obstac/e à /a mesure dȊé/o|gnement, /e prélet not|ʏe à mons|eur M. un APPl a|ns|
quȊune déc|s|on ʏxant /Ȋlran comme pays de dest|nat|on.
Mons|eur M. est terror|sé à /Ȋ|dée de retourner en lran . |/ demande notre a|de. Pour /e recours
devant /e TA, réd|gé par /Ȋassoc|at|on, /Ȋavocat d|t étre conʏant et que, cons|dérant /e doss|er
et les pièces produites, le juge devrait annuler l’arrêté. Entre temps, une demande d’asile en
procédure pr|or|ta|re est envoyée à /ȊOlPPA.
Hélas, le juge administratif rejette la requête car, selon son opinion, monsieur n’aurait pas
sulʏsamment exp/|c|té sa vo/onté de demander /Ȋas|/e. Mons|eur M. retourne au CPA en
larmes, il croit désormais impossible de revoir sa mère, ses frères et sœurs qui, sans l’argent
nécessa|re, ne peuvent se dép/acer au CPA. l/ d|t vou/o|r se su|c|der p/utôt que retourner
en lran. lȊOlPPA est sa dern|êre chance. lȊentret|en a /|eu que/ques jours p/us tard.
les jours passent et un aprês-m|d|, /es gendarmes /Ȋappe//ent au grelle . |/ sȊag|t de /ȊOlPPA,
la réponse est arrivée. L’adrénaline et la tension montent. Mais monsieur M. est reconnu
rélug|é et sort du CPA en /armes, de jo|e cette lo|s, avec /a perspect|ve de retrouver sa
famille et de reconstruire sa vie.
L’avocat nous a informé, longtemps après, que la CAA de Nancy avait annulé la décision
du TA en estimant que la demande d’asile de monsieur M. n’était ni dilatoire ni abusive. »
33 - CAA Lyon, 2 j ui n 2010,
n°09LY02034
34 - TA Lyon, 25 octobre 2010,
n°1006293

É
T
U
D
E

T
H
É
M
A
T
I
Q
U
E
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 43
Ai nsi , l es associ ati ons constatent que l es
j uri di cti ons admi ni strati ves, à qui revi ent ce
contrôl e, n’ ont pas l es moyens matéri el s et
humai ns de l ’ assurer.
Les déci si ons du TA sont d’ ai l l eurs souvent
mal moti vées.
Les associ ati ons constatent égal ement que,
lors des audiences, le doute ne proʏte que
rarement à l ’ i ntéressé.
I l arri ve cependant que l a CEDH, sai si e en
urgence, reconnai sse l es ri sques al l égués et
ordonne l a suspensi on de l a mesure d’ él oi -
gnement j uste après que l e j uge admi ni stra-
ti f ai t consi déré qu’ i l n’ y avai t pas de ri sques
pour l a personne en cas de retour.
Il a également été observé la conʏrmation
par l e TA – qui se prononce touj ours avant
lȊOFPRA ȅ de la mesure ʏxant le pays de
desti nati on al ors même que l ’ OFPRA recon-
nai ssai t ensui te l e statut de réf ugi é à l a per-
sonne retenue.
UNE PROTECTION DE LA CEDH
EN VOIE D’AFFIRMATION
Face a la difʏculté de faire valoir son droit
d’ asi l e en rétenti on et au contrôl e extrême-
ment stri ct du j uge admi ni strati f , l es me-
sures provi soi res pri ses par l a CEDH appa-
rai ssent comme l ’ ul ti me recours pour f ai re
val oi r des ri sques de persécuti ons.
I l est en ef fet possi ble de sai si r en urgence
l a CEDH, sur le fondement de l’ article 39 du
règlement i ntérieur de l a Cour, s’ i l exi ste des
ri sques d’ attei ntes à l’ une ou pl usieurs des di s-
posi tions prévues par l a Conv.EDH, et que l a
condi tion d’ urgence est rempl ie. Dans l a très
grande majori té des requêtes, c’est l’ article 3
de l a Convention préci tée qui sera i nvoqué car
i l s’ agi t le plus souvent d’évoquer les ri sques
pour l a personne d’ être « soumi se à l a tor ture
ou à des pei nes ou trai tements i nhumai ns et
dégradants » dans son pays d’ori gi ne.
LorsquȊils sont saisis, les grefʏers et magis-
trats de l a Cour vont alors étudier l a requête.
Si les ri sques sont avérés, le prési dent de l a
section à l aquel le l’ af fai re a été attri buée peut
alors décider, dans un dél ai très court al l ant de
quelques heures à une journée, « d’ i ndi quer au
qouvernemenr [ronçois (ȓ) Jons lȊinrerêr Jes
par ti es et du bon dér oul ement de l a pr océdure
devant l a Cour » de ne pas éloi gner l a personne
vers son pays d’ori gi ne « pour l a durée de l a
pr océdure devant l a Cour » : c’est-à-di re le
temps que les j uges statuent sur le fond de l’ af-
fai re et déci dent de condamner, ou non, l’ Etat
à l’ori gi ne de l a déci sion de recondui te. Cette
procédure étant très longue (pl usieurs moi s
au mi ni mum), l a préfecture doi t normalement
l i bérer l a personne au moti f que l a rétention
n’est plus nécessai re dès lors qu’ un éloi gne-
ment n’est plus possi ble. Les associ ations ont
pu constater, dans certai ns cas, le mai ntien
en rétention de personnes dont l a mesure étai t
pourtant suspendue et ont dû sai si r le j uge
j udici ai re d’ une demande de remi se en l i berté.
Les suspensions des mesures
de reconduites vers le pays d’origine
Pour une personne déboutée de l ’ asi l e dans
l e cadre de l a procédure pri ori tai re, l es
crai ntes al l éguées peuvent donc être étu-
di ées par cette i nstance supranati onal e. I l est
aussi arri vé que l a Cour attende l a réponse
de l ’ OFPRA pour statuer f avorabl ement
l orsque l a demande d’ asi l e a été rej etée.
Dans ces cas, l es crai ntes avérées de persé-
cuti ons en cas de retour se f ondent sur l ’ i m-
pl i cati on pol i ti que des personnes, l ’ apparte-
nance rel i gi euse, l ’ appartenance à un groupe
soci al ou ethni que tel l es que présentées (et
rej etées) devant l ’ OFPRA.
En général , les personnes fai sant état de
sérieux ri sques de trai tements i nhumai ns et
dégradants en cas de retour dans leur pays
font l’objet d’ un examen attenti f par l a CEDH.
Cependant, lorsqu’ une personne présente en
France depui s plusieurs années n’ a jamai s
demandé l’ asi le avant sa rétention, l a CEDH
semble accorder moi ns de crédi t à l a requête,
et ce, même si le dossier est très conséquent.
En tout état de cause, toute suspension de l a
CEDH accordée sur des crai ntes de persécu-
tions al léguées consti tue dans une certai ne
mesure une remi se en question de l a déci sion
de l’ OFPRA, ai nsi que de cel le du TA, s’ i l s se
sont prononcés et enʏn de la mesure dȊéloigne-
ment pri se par l’ autori té préfectorale. En ef fet,
par sa déci sion d’ accorder une mesure provi -
soi re, l a Cour esti me que les ri sques en cas de
retour nȊont pas été sufʏsamment étudiés.
A noter enʏn que, combiné a une baisse de
l a protecti on au ti tre de l ’ asi l e et des protec-
ti ons subsi di ai res au sei n des Etats membres,
l ’ absence de recours suspensi f contre l a
déci si on de l ’ OFPRA devant l a CNDA est,
sans aucun doute, l ’ une des rai sons de l ’ ex-
pl osi on des requêtes en urgence devant l a
CEDH, entraînant son engorgement.
Les suspensions des réadmissions
vers un pays en application
du règlement Dublin
Le 1
er
septembre 2010 a eu l ieu, en audience
publ ique devant l a CEDH, un débat vi sant à
détermi ner si un Etat membre (en l’espèce l a
Bel gi que) pouvai t se voi r condamner sur le
fondement des di sposi tions de l’ article 3 et 13
Conv.EDH, pour avoi r éloi gné un ressorti ssant
afghan vers un autre Etat membre (l a Grèce)
35
.
Ce dernier Etat étai t compétent pour étudier
l a demande d’ asi le de l’ i ntéressé, en vertu du
règlement Dubl i n « établi ssant l es cr i tères et
mécani smes de déter mi nati on de l’ État membre
responsabl e de l’ examen d’ une demande d’ asil e
présentée dans l’ un des États membres par un
ressor ti ssant d’ un pays ti er s »
36
.
Dans son arrêt du 21 j anvi er 2011
37
, l a
CEDH condamne f ermement l e trai tement
réservé aux demandeurs d’ asi l e en Grèce
et l es réadmi ssi ons vers ce pays dans l e
cadre du règl ement Dubl i n. El l e condamne
l a Grèce à l ’ unani mi té, et l a Bel gi que à une
f orte maj ori té, pour vi ol ati on des arti cl es 3
et 13 de l a Conv.EDH .
La personne requérante, un j eune Af ghan,
étai t entrée sur l e terri toi re de l ’ UE par l a
Grèce sans déposer de demande de protec-
ti on et avai t par l a sui te i ntrodui t une de-
mande auprès des autori tés bel ges.
La CEDH, sans sous-esti mer l e poi ds des
demandeurs d’ asi l e dans ce pays, a toutef oi s
retenu qu’ en rai son du caractère absol u de
l ’ arti cl e 3, cette si tuati on ne saurai t exonérer
un Etat de ses obl i gati ons.
El l e a esti mé en outre que l orsqu’ i l s ap-
pl i quent l e règl ement « Dubl i n », l es Etats
doi vent s’ assurer que l a procédure d’ asi l e
du pays compétent offre des garanties sufʏ-
santes permettant d’ évi ter que l e demandeur
soi t él oi gné vers son pays d’ ori gi ne.
El l e reti ent ai nsi qu’en cas de retour en Grèce,
l e j eune Af ghan sera exposé aux déf ai l l ances
du système d’ asi l e de cet Etat et à des condi -
ti ons de détenti on et de vi e dégradantes. Par
ai l l eurs, el l e remarque qu’en Bel gi que, l e
requérant peut être él oi gné sans qu’ une j uri -
di ction ai t exami né ri goureusement les ri sques
de mauvai s trai tements dans le pays de remi se.
35 - CEDH, audi ence GC
1
er
septembre 2010 M.S.S.
c. Bel gi que et Grèce
36 - Règl ement (CE)
n°343/2003 du Consei l de
l ’ UE du 18 f évri er 2003
37 - CEDH, G.C. 21
j anvi er 2011, M.S.S. c.
Bel gi que et Grèce, Req.
n°30696/09
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 44
Cette i nef f ecti vi té se j auge à l’ aune des consé-
quences quȊinduirait lȊexécution dȊofʏce de la
mesure. En France, comme en Bel gi que, l es
mesures de réadmi ssi ons peuvent f ai re l’obj et
d’ un recours qui est cependant dépourvu de
caractère suspensi f .
JusquȊa la ʏn du mois de janvier 2011, les
associ ati ons ont dû sai si r systémati que-
ment l a Cour pour des personnes af ghanes
en réadmi ssi on vers l a Grèce. La CEDH
suspendai t al ors automati quement l ’ él oi -
gnement. Mal gré cel a l es préf ectures ont
continué de notiʏer ces mesures sans tenir
compte de l ’ audi ence de l a Cour (à noter que
durant cette péri ode, sur l es 44 demandes de
mesures provi soi res acceptées par l a Cour
sur cette af f ai re, 32 ont concerné l a France).
Dès l e moi s de novembre, l a Norvège, l a
Grande-Bretagne, l es Pays-Bas et l a Bel -
gi que avai ent déj à pri s l a déci si on de sus-
pendre l e renvoi de demandeurs d’ asi l e en
Grèce. I l est donc regrettabl e que l e gouver-
nement f rançai s ai t dû attendre l a condam-
nation déʏnitive de la Belgique et la Grece
pour se pl i er à l a posi ti on de l a Cour.
CONCLUSION
Toute demande d’ asi l e ef f ectuée en réten-
ti on est consi dérée de f acto par l es autori tés
comme une demande abusi ve ou i ntrodui te
dans l e seul but de f ai re échec à l a mesure
d’ él oi gnement. Ai nsi , enserré systémati que-
ment dans l e cadre de l a procédure pri ori -
tai re, l ’ exerci ce du droi t d’ asi l e en rétenti on
va sȊavérer particulierement difʏcile.
I l est i mpossi bl e pour l es personnes de ras-
sembl er des preuves de persécuti ons dans un
très court dél ai , qui pl us est depui s un l i eu
de pri vati on de l i berté. Aj outés à ce phéno-
mène, l es nombreux dysf oncti onnements de
l a procédure, du dépôt du dossi er j usqu’ à
son i nstructi on, rédui sent ai nsi à néant l es
chances d’ obtenti on d’ une protecti on.
Face à un contrôl e restrei nt du j uge admi -
ni strati f , l e demandeur d’ asi l e est contrai nt
de se tourner de pl us en pl us vers l a CEDH
qui , sai si e en urgence, va parf oi s suspendre
l ’ él oi gnement en retenant l a vi ol ati on de
l ’ arti cl e 3 et ai nsi protéger ponctuel l ement,
l e demandeur d’ asi l e menacé d’ él oi gnement.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 45
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 46
Les attei ntes mani f estes à
la liber té de circulation
L
e pri nci pe de l i bre ci rcul ati on au sei n
de l ’ espace Schengen est très souvent
mi s à mal par des contrôl es pol i ci ers.
Soi t à l ’ égard des ci toyens de l ’ UE roumai ns
et bul gares, l esquel s doi vent obteni r l ’ auto-
ri sati on de travai l l er et déteni r un ti tre de
séj our durant l a péri ode transi toi re qui ne
prendra ʏn quȊen janvier 2012, soit a lȊégard
de ressorti ssants d’ Etats ti ers, notamment
l orsqu’ i l s sortent du terri toi re f rançai s à des-
ti nati on de l eur pays d’ ori gi ne ou d’ un autre
Etat membre où i l s vi vent régul i èrement.
L’ obj ecti f de ces contrôl es est bi en entendu
l a recondui te ou l a réadmi ssi on de ces per-
sonnes vers l e pays où el l es sont admi s-
si bl es. Concernant l a réadmi ssi on di te
« Schengen », en pl us de concerner l a remi se
d’ un ressorti ssant de pays ti ers vers un Etat
membre où i l séj ourne régul i èrement, cel l e-
ci peut égal ement s’ appl i quer à toute per-
sonne qui y est entrée ou en provi ent di rec-
tement. Or, cette procédure de réadmi ssi on
est opaque et i l en résul te une di spari té des
prati ques qui ne peut qu’ être préj udi ci abl e
aux droi ts de l a personne.
Souvent di scri mi natoi res et i nuti l es, ces
contrôl es reposent sur un f ondement j uri -
di que qui n’ est pas touj ours compati bl e avec
l e droi t communautai re et l es di sposi ti ons
du trai té de Li sbonne entrées en vi gueur l e
1
er
décembre 2009. La CJUE a d’ ai l l eurs été
amenée à se prononcer déf avorabl ement sur
l a l égal i té de certai ns contrôl es aux f ron-
ti ères en mi l i eu d’ année, entraînant un chan-
gement notoi re des prati ques pol i ci ères dans
ce domai ne.
DES RESSORTISSANTS
COMMUNAUTAIRES
PARTICULIÈREMENT VISÉS
LES POSSIBILITÉS D’ ÉLOIGNEMENT
DES RESSORTISSANTS
COMMUNAUTAIRES
La l i berté de ci rcul ati on au sei n de l ’ UE a
progressi vement acqui s val eur de l i berté
f ondamental e. En droi t f rançai s, tout res-
sorti ssant communautai re muni d’ une carte
d’ i denti té ou d’ un passeport est admi s sur
l e terri toi re f rançai s à condi ti on que sa pré-
sence ne consti tue pas une menace pour
l ’ ordre publ i c. I l n’ exi ste pas d’ autres condi -
ti ons tant que l a durée de séj our est i nf é-
ri eure à troi s moi s.
En revanche, pour l e séj our supéri eur à troi s
moi s s’ aj outent troi s autres condi ti ons :
l ’ exerci ce d’ une acti vi té prof essi onnel l e,
l a couverture d’ une assurance mal adi e et
lȊexistence de ressources sufʏsantes pour
évi ter notamment que l a personne ne soi t
une charge pour l e système d’ assi stance
soci al e. Les ci toyens de l ’ UE en péri ode
transi toi re (i l s’ agi t surtout en France de res-
sorti ssants roumai ns) n’ ont pas l a possi bi l i té
d’ accéder automati quement au séj our de pl us
de troi s moi s en l ’ absence d’ une autori sati on
de travai l , ce qui l es empêche l e pl us souvent
de rempl i r l es autres condi ti ons.
La preuve de la durée de séjour
Or, l e non-respect des condi ti ons prévues
pour un séj our supéri eur à troi s moi s est
parf oi s i nvoqué par l ’ admi ni strati on comme
f ondement à l ’ OQTF bi en que l a personne
soi t présente sur l e terri toi re depui s moi ns
de troi s moi s. I l est en ef f et parti cul i èrement
difʏcile, pour l es personnes comme pour
l ’ admi ni strati on, d’ apporter l a preuve de l a
durée de séj our en France pui squ’ i l n’ y a
pl us de contrôl e systémati que aux f ronti ères
et donc pl us de tampon i ndi quant l a date
d’ entrée sur l e passeport. La présompti on
d’ un séj our de moi ns de troi s moi s devrai t
pourtant proʏter a la personne en lȊabsence
de preuve de l’ admi ni strati on mai s cel a n’ est
j amai s retenu par cette derni ère.
Les multiples reconduites sur le
fondement d’une même mesure
I l est égal ement i mportant de si gnal er
l ’ un des aspects l es pl us contradi ctoi res de
cette restri cti on à l a l i bre ci rcul ati on pré-
vue par l a péri ode transi toi re : cel ui des
recondui tes sur l e f ondement d’ un APRF
ou d’ une OQTF déj à exécutés. Constaté par
l ’ ensembl e des associ ati ons i ntervenant en
CRA, ce phénomène touche de très nom-
breux ressorti ssants roumai ns qui , après
une premi ère recondui te ou un retour par
l eurs propres moyens, vont être à nouveau
i nterpel l és, pui s él oi gnés une seconde f oi s
sur l a base de l a mesure d’ él oi gnement. Seul
un tampon de la PAF peut faire ofʏce de
preuve i ncontestabl e de sorti e du terri toi re
devant l es autori tés admi ni strati ves, ce qui
est très compl i qué à prouver en l ’ absence de
douanes ʏxes, comme pour lȊentrée sur le
terri toi re. Un coupl e de ressorti ssants rou-
mai ns pl acés au CRA de Toul ouse a raconté
ses mai ntes tentati ves pour obteni r ce tam-
pon auprès des autori tés à l a f ronti ère. « I m-
possi bl e » s’ étai ent-i l s entendus répondre.
Cel a n’ i nterdi t cependant pas d’ uti l i ser
d’ autres méthodes, certai nes étant pl us créa-
ti ves que d’ autres. À Li l l e, par exempl e, un
avocat a même f ai t constater l e passage de l a
f ronti ère par un hui ssi er de j usti ce.
LE RECOURS ABUSIF DE LA MENACE
À L’ORDRE PUBLIC COMME MOTIF DE
RECONDUITE À LA FRONTIÈRE
La j uri sprudence du Consei l d’ Etat et des j u-
ri di cti ons communautai res a encadré stri c-
tement la qualiʏcation de menace a lȊordre
publ i c. Pourtant, l e recours à l a menace à
l ’ ordre publ i c est empl oyé de f açon abusi ve
par l ’ admi ni strati on pour moti ver l a déci -
si on d’ él oi gnement quel l e que soi t l a durée
de séj our sur l e terri toi re.
Le pl us souvent, c’ est l ’ i nf racti on pénal e
qui est retenue comme moti f . Pourtant, l a
seul e ci rconstance de condamnati on pénal e
par l ’ autori té admi ni strati ve ne saurai t suf-
ʏre a justiʏer une menace a lȊordre public.
Une ci rcul ai re du 8 f évri er 1994, rel ati ve à
l ’ appl i cati on de l a l oi n° 93-1027 du 24 août
1993, préci se que l a menace pour l ’ ordre
publ i c s’ appréci e « au r egar d de l’ ensembl e
des él éments de fai t et de dr oi t car actér i sant
l e compor tement per sonnel de l’ étr anger en
couse. Il nȊesr Jonc ni necessoire, ni su[ʏsonr
que l’ étr anger ai t fai t l’ obj et de condamna-
ti ons pénal es ». Le Consei l d’ Etat avai t déj à
eu l ’ occasi on de consi dérer que « l es i nfr ac-
ti ons pénal es commi ses par un étr anger ne
souroienr, ò elles seules, jusriʏer leqolemenr
une mesur e d’ expul si on et qu’ el l es ne di s-

É
T
U
D
E

T
H
É
M
A
T
I
Q
U
E
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 47
Guérite et chemin de ronde, CRA du Mesnil-Amelot, 2011, Rafaël Flichman
pensent en aucun cas l’ autor i té compétente
d’ exami ner, d’ apr ès l’ ensembl e des ci r cons-
tances de l’ af fai r e, si l a pr ésence de l’ i nté-
r essé sur l e ter r i toi r e fr ançai s est de natur e
à consti tuer une menace pour l’ or dr e pu-
bl i c »
38
. Au ni veau communautai re, l a CJUE
a consi déré que l a menace à l ’ ordre publ i c ne
peut être moti vée par l a seul e « exi stence de
condamnati ons pénal es antér i eur es », même
en cas de mul ti pl es réci di ves
39
. D’ autre part,
sel on l es paragraphes 2 et 3 de l ’ arti cl e 27 de
l a di recti ve 2004/38 du Parl ement européen
et du Consei l du 29 avri l 2004, « l es mesur es
d’ or dr e publ i c ou de sécur i té publ i que doi vent
r especter l e pr i nci pe de pr opor ti onnal i té » et
« l e compor tement de l a per sonne concer née
doi t r epr ésenter une menace r éel l e, actuel l e
er su[ʏsommenr qrove pour un inrerêr [onJo-
mental de l a soci été. »
Le j uge admi ni strati f a eu l ’ occasi on d’ ap-
préci er dans de nombreuses déci si ons l a gra-
vité des faits pour qualiʏer ou non la menace
à l ’ ordre publ i c en rappel ant qu’ el l e doi t être
appréci ée dans l es condi ti ons prévues par
l a di recti ve préci tée. A ti tre d’ exempl e, ne
consti tuent pas une menace réel l e, actuel l e
et sufʏsamment grave pour un intérêt fon-
damental de la société de nature a justiʏer
une menace à l ’ ordre publ i c : un vol en réu-
ni on sans poursui te pénal e
40
, un vol de câbl e
dans l es poubel l es de France Tél écom
41
,
un vol de robi netteri e d’ une val eur de 142
euros
42
, un vol de vêtement n’ ayant pas
entraîné de poursui tes pénal es
43
, un vol de
tronçonneuse
44
ou, pour des réf érences pl us
récentes, l e vol de deux boutei l l es d’ al cool
45
,
l a pénétrati on dans un bâti ment désaf f ecté
46

tout comme l e f ai t de travai l l er sans autori -
sati on
47
.
En prati que pourtant, beaucoup d’ arrêtés de
recondui te sont f ondés sur des suspi ci ons
d’ i nf racti ons ou de vol s en réuni on n’ ayant
presque j amai s donné l i eu à des condamna-
ti ons ni même à des poursui tes j udi ci ai res
(CRA Rennes, Lyon et Metz). La menace à
l’ordre publ i c peut dans ces cas être consi dé-
rée comme non caractéri sée par l e j uge admi -
ni strati f (CRA Lyon). Mai s devant d’ autres
j uri di cti ons, notamment l e tri bunal de Stras-
bourg, compétent pour recevoi r l es requêtes
du CRA de Metz où l e nombre de ressorti s-
sants roumai ns est très i mportant, ces recours
n’ont j amai s abouti , l es magi strats étant peu
compl ai sants à l’égard des personnes s’étant
f ai tes i nterpel l er sur ces moti f s.
La menace à l ’ ordre publ i c peut égal ement
être f ondée sur d’ autres moti f s. Par exempl e
l a noti on d’ i nsal ubri té publ i que, certai nes
déci si ons ayant même repri s des stéréo-
types et commentai res di scri mi natoi res sur
l es Roms sans comporter aucun él ément
l égal val abl e (CRA Perpi gnan). Ou encore
l ’ i nf racti on d’ occupati on i l l i ci te d’ un ter-
rai n pri vé j usqu’ à ce que l e TA consi dère en
septembre que cette i nf racti on n’ étai t pas
consti tuti ve d’ une menace à l ’ ordre publ i c
48
.
A noter que dans l’ensembl e, l es ressorti ssants
roumai ns ne contestent que rarement l eurs
mesures d’éloi gnement et ne cherchent pas à
s’opposer à l eur recondui te pui sque l eur retour
sur l e terri toi re f rançai s sera rel ati vement f a-
ci l e, ce qui donne dès lors moi ns d’occasi ons
au j uge admi ni strati f de se prononcer. La pro-
posi tion, prévue par l a nouvel l e loi rel ati ve à
l’ i mmi grati on, de sancti onner ces si tuati ons
d’ un abus de droi t sera un moti f suppl émen-
tai re d’éloi gner ces communautai res.
LA LIBERTÉ DE CIRCULATION,
UN PRINCIPE RESTREINT
PAR LES CONTRÔLES
AUX FRONTIÈRES
L’ INTERPELLATION DES PERSONNES
S’APPRÊTANT À SORTIR
DU TERRITOIRE FRANÇAIS
De nombreuses personnes sont i nterpel l ées
al ors qu’ el l es sont sur l e poi nt de traverser
l a f ronti ère pour sorti r du terri toi re f ran-
çai s (en bus, en voi ture ou en trai n) et ne
di sposent pas des documents de ci rcul ati on
requi s. Deux types de cas sont à di sti nguer :
- Les ressorti ssants de pays ti ers en si tua-
ti on régul i ère dans un Etat membre mai s
qui n’ ont pas avec eux un ti tre de séj our
et un passeport (par exempl e l a personne
di spose d’ un ti tre de séj our en Al l emagne
mai s n’ a pas son passeport avec el l e) ou
38 - CE, 21 j anvi er 1977,
Mi ni stère de l ’ i ntéri eur
contre Dri di
39 - CJCE, 4 octobre 2007,
Pol at ; CJCE, 27 octobre
1977, Bouchereau, 30/77
40 - TA Nantes,7 septembre
2007, n°074914
41 - TA Lyon, 2 f évri er
2007, n°0700541
42 - TA Lyon, 6 Mars 2007,
n°071326
43 - TA Lyon, 29 j ui n 2007,
n°0704325
44 - TA Lyon, 11 septembre
2007, n°0705903
45 - TA Lyon, 15 septembre
2010, n°1005511
46 - TA Lyon, 27 mai 2010
47 - TA Lyon, 7 j ui n 2010
48 - TA Li l l e, 27 août 2010,
n°1005246
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 48
ne peuvent prouver avoi r des ressources
sufʏsantes lors de lȊinterpellation, tel que
l e prévoi ent respecti vement l es arti cl es
21 et 5c de l a Conventi on d’ appl i cati on
de Schengen du 19 j ui n 1990. Dans ce
cas pourtant, l ’ arti cl e 6§2 de l a Di recti ve
retour n°2008/115 du 16 décembre 2008
prévoi t que l es personnes « sont tenues de
se r endr e i mmédi atement sur l e ter r i toi r e de
cer ourre Lror membre. »
- Les personnes en si tuati on i rrégul i ère qui t-
tant l e terri toi re vers un autre Etat membre
ou vers l eur pays d’ ori gi ne.
Dans l es deux cas, i l en résul te des si tua-
ti ons absurdes. Ces personnes sont ensui te
placées en rétention aʏn dȊêtre réadmises ou
recondui tes, aux f rai s de l ’ Etat, dans l e pays
où el l es s’ apprêtai ent à retourner par el l es-
mêmes. Ce procédé permet de rempl i r l es
quotas préf ectoraux d’ él oi gnements.
La rétention est particulierement difʏcile
à vi vre pour ces personnes qui ne com-
prennent absol ument pas pourquoi el l es sont
enf ermées dans l e but d’ être él oi gnées vers
l e pays où el l es se rendai ent l ors de l ’ i nter-
pel l ati on. Au gré des préf ectures, l es per-
sonnes se voient notiʏer soit des arrêtés de
recondui te à l a f ronti ère, soi t des mesures de
réadmi ssi on. Dans ce derni er cas, l e JLD n’ a
souvent pas l e temps d’ être sai si pui sque l es
personnes sont él oi gnées très rapi dement -
avant l e dél ai de 48 heures. En outre, à l a di f-
f érence de l ’ arrêté de recondui te cl assi que,
ce type de mesure ne permet pas d’ ef f ectuer
en urgence un recours qui suspend l ’ él oi gne-
ment. La CNDS a été sai si e par l ’ associ ati on
présente au CRA de Nîmes pour dénoncer
ces i nterpel l ati ons, l esquel l es sont sancti on-
nées par certai ns magi strats, par exempl e l a
cour d’ appel de Pari s.
Di f f érents exempl es, pri s à travers l e terri -
toi re, i l l ustrent l e caractère absurde de ce
genre d’ i nterpel l ati on : l e cas de personnes en
trai n de rentrer en bus au Maroc (CRA Tou-
l ouse) ou sur l e poi nt de passer l a f ronti ère
i tal i enne (CRA Lyon) et pl acées en rétenti on
al ors qu’el l es étai ent en possessi on de tous
l eurs bagages ai nsi que de l eur bi l l et de retour.
Nombreuses sont égal ement l es personnes à
être pl acées en rétenti on al ors qu’el l es ne f ai -
sai ent que transi ter par l e terri toi re f rançai s
(CRA Hendaye). Autre exempl e, cel ui d’ une
personne i nterpel l ée dans un bus Eurol i nes à
desti nati on du Portugal al ors qu’el l e di spo-
sai t d’ une autori sati on de sorti e du terri toi re
pour ʏnalement être renvoyée au Portugal
après une semai ne en rétenti on (CRA Pl ai -
si r). De nombreuses personnes ont aussi f ai t
l’obj et d’ i nterpel l ati on en gare al ors qu’el l es
venai ent de reti rer l eur bi l l et de trai n à desti -
nati on de l a Bel gi que pour un départ presque
immédiat, aʏn dȊêtre réadmises vers ce pays
après quel ques j ours de rétenti on (CRA Li l l e
et CRA Ni ce).
MALGRÉ L’ ENCADREMENT PLUS
STRICT DES CONTRÔLES AUX
FRONTIÈRES PAR LE JUGE
COMMUNAUTAIRE, CEUX-CI N’ONT
PAS DIMINUÉ.
Le 22 j ui n 2010, l a CJUE se prononçai t sur
l’ i ncompati bi l i té de certai ns contrôl es d’ i den-
ti té dans l es zones f ronti ères avec l e Trai té
de Li sbonne, au moti f que ce derni er i nterdi t
tout contrôl e systémati que aux f ronti ères i n-
téri eures de l’ Uni on. Jusqu’ al ors, l es pol i ci ers
pouvai ent contrôl er l’ i denti té de toute per-
sonne sans autre moti f que cel ui d’ être pré-
sente dans une bande de 20 ki l omètres si tuée
l e l ong de l a f ronti ère, ou dans une gare, aéro-
port ou port ouverts au traʏc international.
I l s’ en est sui vi une i nterprétati on très va-
ri abl e de cet arrêt communautai re par l es
j uges j udi ci ai res, notamment sur l e f ai t de
savoi r si l a portée de l ’ arrêt devai t s’ étendre
aux gares ouvertes au traʏc internatio-
nal . Dans certai nes j uri di cti ons, l es cours
d’ appel ref usai ent de l i bérer l es personnes
i nterpel l ées dans l es gares i nternati onal es
(CRA Lyon et Montpel l i er) mai s i l est aussi
arri vé que l e j uge ref use touj ours d’ étendre
l a portée de l ’ arrêt communautai re al ors
quȊil était systématiquement inʏrmé en ap-
pel (CRA Strasbourg). D’ autres j uri di cti ons
ont rapi dement val i dé une portée él argi e de
l ’ arrêt aux gares voi re aux zones portuai res
(CRA Rennes) ou aux aéroports (régi on
pari si enne). En conséquence, sel on l es j uri -
di cti ons, l es contrôl es dans l a zone des 20
ki l omètres ne se f ai sai ent pl us que dans l es
trai ns par exempl e (CRA Ni ce) al ors qu’ ai l -
l eurs l es i nterpel l ati ons en gare ont conti nué
toute l ’ année (CRA Sète et Perpi gnan).
Sui te à cette déci si on, l es prat i ques de
cont rôl es permettant l ’ i nterpel l at i on ont
donc évol ué dans l a bande des 20 ki l o-
mèt res et dans l es zones de t ransi t i nterna-
t i onal , l ai ssant parf oi s pl ace à des moyens
détournés. Sur l ’ ensembl e du terri toi re,
c’ est l e procureur qui di st ri bue désormai s
l es réqui si t i ons permettant l es cont rôl es
d’ i dent i té en des l i eux, j ours et heures bi en
détermi nés. Les i nterpel l at i ons en gare f on-
dées sur l e pl an Vi gi pi rate se sont égal ement
général i sées.
D’ autres exempl es, pl us ponctuel s, montrent
l a di spari té des prati ques. Certai ns contrôl es
ont eu l i eu sur des passagers de bus Eurol i nes
sur l a base du code de l a route permettant
uni quement l e contrôl e du conducteur mai s
cette prati que a été rapi dement sancti onnée
par l a cour d’ appel (CRA Toul ouse). D’ autres
contrôl es concernai ent des véhi cul es i mma-
tri cul és à l’étranger al ors que cel a ne consti -
tue pas un moti f obj ecti f autori sant l e contrôl e
d’ i denti té du passager (CRA Toul ouse et
Li l l e). Certai ns pol i ci ers f ai sai ent appl i cati on
du code des douanes prévoyant l es mêmes
di sposi ti ons que cel l es menti onnées dans l’ ar-
rêt du j uge communautai re, sans que l e j uge
ne sancti onne (CRA Hendaye). Dans d’ autres
secteurs, l es i nterpel l ati ons « cl assi ques »
dans l a bande des 20 ki l omètres ont conti -
nué mal gré l’ arrêt communautai re sans que
l e j uge ne pui sse l es sancti onner : i l s’ agi ssai t
de personnes contrôl ées dans des bus à des-
ti nati on du Maroc et qui , au regard du coût
d’ un nouveau bi l l et de bus pui s de bateau,
ne pouvaient ʏnancierement se permettre
de f ai re val oi r l eurs droi ts pui squ’en cas de
l i bérati on par l e j uge j udi ci ai re sur l e f onde-
ment de l’ i rrégul ari té de l eur i nterpel l ati on,
el l es aurai ent dû repayer l e bi l l et retour (CRA
Perpi gnan). En gare, certai nes personnes se
sont égal ement f ai tes i nterpel l er pour tenta-
ti ve d’ i nf racti on SNCF f aute d’ avoi r éti queté
l eurs bagages (CRA Metz). I l a égal ement été
constaté une augmentati on des contrôl es sur
l a voi e publ i que pour i nf racti on au code de l a
route (traversée de l a chaussée al ors que l es
f eux de si gnal i sati on étai ent rouges) et dans
l es trai ns sur réqui si ti ons du procureur (CRA
Strasbourg).
Au ʏnal, si lȊencadrement des controles aux
f ronti ères par l e j uge de l ’ Uni on Européenne
est à sal uer, l ’ adaptati on des prati ques pol i -
ci ères à ce nouvel i mpérati f communautai re
aura pour ef f et de ne pas di mi nuer l e nombre
d’ i nterpel l ati ons aux f ronti ères en 2010.

É
T
U
D
E

T
H
É
M
A
T
I
Q
U
E
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 49
LES RÉADMISSIONS
SCHENGEN : UNE
APPLICATION À LA CARTE
Les réadmi ssi ons Schengen sont des mesures
vi sant à remettre l es personnes à un autre Etat
membre de l’espace Schengen, f ondées sur
l es arti cl es L.531-1 à 3 du CESEDA. L’ Etat
de remi se est compétent si l a personne a été
admi se à entrer ou à séj ourner sur son terri -
toi re ou si el l e en provi ent di rectement. Cette
procédure est cependant opaque et i l arri ve
que les personnes se voient notiʏer une me-
sure de recondui te vers l eur pays d’ori gi ne au
l i eu d’ une réadmi ssi on Schengen, mesure qui
peut s’ avérer un « moi ndre mal » pour cer-
tai nes personnes pui squ’el l e l eur permet de
pas être renvoyer vers un pays ti ers.
UNE OPACITÉ DES PROCÉDURES
La procédure de réadmi ssi on des personnes
vers un Etat membre ne di sti ngue pas cl ai -
rement qui , de l a PAF ou de l a préf ecture est
responsabl e de son exécuti on, ce qui crée
une procédure opaque, vari abl e sel on l es
prati ques de l ’ admi ni strati on l ocal e.
Dans certai nes régi ons, ce sont l es i nterve-
nants de l ’ associ ati on qui f ont l a demande
de réadmi ssi on à l a pol i ce qui gère ces de-
mandes et l es transmet aux autori tés com-
pétentes des pays concernés ou bi en c’ est l a
personne retenue qui f ai t parveni r l es docu-
ments à l a pol i ce (CRA Ni ce et Perpi gnan).
A l’ i nverse, dans d’ autres régions, i l est extrê-
mement difʏcile de solliciter une réadmission
si l a préf ecture ne l’ a pas précédemment l an-
cée, même dans l e cas où l a personne recevrai t
des documents pendant l a rétenti on (CRA
Hendaye). I l peut aussi s’ agi r des agents qui
sol l i ci tent l a réadmi ssi on dès l’ i nterpel l ati on,
aʏn de gagner du temps puis cȊest le greffe du
CRA qui prend l e rel ai s à l’ arri vée en réten-
tion (CRA Sète). Ai l l eurs, c’est l a préf ecture
qui gère l a réadmi ssi on (CRA Coquel l es, Pa-
l ai seau, Metz, Li l l e et Strasbourg) alors que
dans certai ns CRA, l a procédure n’est pas très
cl ai re quant à l’ autori té qui l a gère : l’ associ a-
tion i nf orme avant tout l a pol ice pui s, selon
l a réponse donnée, el l e i nforme égal ement l a
préf ecture (CRA Pl ai si r).
Dans certai ns CRA, l es associ ati ons accom-
pagnent l a demande de réadmi ssi on d’ un
recours devant l e TA pour augmenter l es
chances de réadmi ssi on, tandi s que d’ autres
envoi ent l es documents probants au servi ce
él oi gnement.
Dans l’ensemble des CRA, l’ i nformation don-
née à l a personne est transmi se oralement soi t
par l a pol ice du centre, soi t par l a préfecture par
l’ i ntermédi ai re de l’ associ ation. Les personnes
ne sont jamai s i nformées de l’ef fecti vi té de l a
demande de réadmi ssion auprès des autori tés
du pays sol l ici té. Mai s à Sète par exemple, i l
a été remarqué que les demandes sont touj ours
effectives. La décision ʏnale nȊest pas non plus
communi quée aux personnes, pas pl us que les
rai sons d’ un éventuel ref us.
UNE APPLICATION VARIABLE
L’ admi ni strati on f rançai se appl i que f ré-
quemment l es accords Schengen de f açon
al éatoi re et di scréti onnai re.
Par exempl e, certai nes personnes qui pour-
rai ent f ai re l ’ obj et d’ une réadmi ssi on dans
un autre Etat membre sont pourtant recon-
dui tes dans l eur pays d’ ori gi ne al ors même
qu’ el l es di sposent des documents néces-
sai res. Ceci est l e résul tat d’ une appl i cati on
encore trop hétérogène des mécani smes de
réadmi ssi on par l es Etats. D’ une préf ecture
à l ’ autre et sel on l es pays de réadmi ssi on, l es
prati ques ne sont donc pas l es mêmes.
Le retour au pays d’ori gi ne est pri vi l égi é
dans certai ns CRA (Ni ce, Metz, Strasbourg).
A noter l e cas d’ un ressorti ssant du Cap-Vert
él oi gné vers son pays d’ori gi ne après deux
ref us d’embarquement al ors que l es autori tés
portugaises avaient conʏrmé que la personne
étai t en si tuati on régul i ère au Portugal et mal -
gré le fait que sa femme et son ʏls vivaient
dans ce pays dont i l s avai ent l a nati onal i té
(CRA Mesni l -Amel ot).
Dans l e CRA de Perpi gnan, 95% des per-
sonnes ont été pl acées sur l e f ondement d’ un
arrêté de recondui te à l a f ronti ère cl assi que,
avec seul ement sept arrêtés de réadmi s-
si on édi ctés en 2010. Pourtant, ce sont près
de 20% des personnes qui ont été au ʏnal
réadmi ses dans un autre pays européen. Or,
l orsque l es personnes sol l i ci tent une réadmi s-
si on auprès de l a pol i ce, cel l e-ci exi ge qu’el l e
n’exerce aucun recours j uri di cti onnel contre
l’ arrêté de recondui te à l a f ronti ère et/ou de
demande d’ asi l e sous pei ne de ne pas trai ter
l eur demande de réadmi ssi on. Une prati que
si mi l ai re a été observée à Coquel l es.
Aux CRA de Bobi gny, Li l l e, Metz, au Pal ai s
de Justi ce ou encore à Vi ncennes, l a grande
maj ori té des personnes est pl acée sur l a
TÉMOIGNAGE
AU CRA DE TOULOUSE :
« Madame Z. est une femme algérienne de 52 ans. Elle vit à Alger où elle élève trois de ses enfants.
Au mo|s de septembre 2009, sa ʏ//e ainée qu| est mar|ée avec un lrança|s et v|t en Su|sse, accouche
dȊune pet|te ʏ//e. Madame Z. obt|ent un v|sa de tro|s mo|s pour a//er v|s|ter sa pet|te-ʏ//e.
Que/ques sema|nes aprês quȊe//e a|t accouché, /a ʏ//e de madame Z. se retrouve tota/ement para/ysée
et c/ouée sur un /|t dȊhôp|ta/ su|te à un grave traumat|sme au n|veau de /a co/onne vertébra/e.
Son mar| est art|san p/omb|er et ne peut pas arréter de trava|//er pour sȊoccuper de /eur ʏ//e à p/e|n
temps. Madame Z. se retrouve donc contra|nte de pro/onger de que/ques mo|s sa présence aux côtés
du coup/e pour sȊoccuper du bébé. lȊétat de santé de sa ʏ//e sȊamé/|ore et e//e prend un b|//et de retour
par bus pour rentrer auprès de son mari et de ses autres enfants qui l’attendent à Alger.
Arr|vés à /a lront|êre lranco-espagno/e, /es passagers du bus sont contrô/és et /es lonct|onna|res
de /a PAl |nterpe//ent madame Z. car son v|sa est dépassé. F//e est en possess|on dȊun b|//et
jusqu’à Alger et de tous ses bagages et il n’y a aucun doute sur ses intentions de retour.
Les passagers du bus ainsi que le chauffeur sont scandalisés par cette interpellation et le disent
aux fonctionnaires. Il faut dire que madame Z. est une personne très attachante et qu’elle a raconté
sa mésaventure concernant sa ʏ//e aux autres passagers.
Madame Z. sera donc placée en garde à vue puis transférée à Cornebarrieu et devra attendre
6 jours en rétention avant qu’un billet d’avion soit réservé aux frais de l’administration,
avant de pouvoir retrouver sa famille à Alger.
Cette aventure aura fortement marqué cette mère de famille qui n’avait jamais de toute sa vie
été privée de liberté. »
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 50
base d’ arrêtés de recondui te qui prévoi ent
l ’ él oi gnement éventuel de l a personne vers
l e « pays dont [el l e] a l a nati onal i té ou ver s
l equel [el l e] est l égal ement admi ssi bl e ».
Dans d’ autres CRA, c’est l a réadmi ssi on qui
est pri vi l égi ée : c’est l e cas l orsque l a per-
sonne i nterpel l ée à l a f ronti ère ne di spose
pas de passeport, notamment l orsqu’ i l est très
difʏcile dȊobtenir un laissez-passer consu-
l ai re auprès du pays d’ori gi ne (CRA Lyon). A
Hendaye, cel a concerne surtout l es personnes
vi vant en Espagne, à tel poi nt qu’ i l a été ob-
servé en mi l i eu d’ année qu’ un grand nombre
étai t di rectement réadmi s depui s l a garde à
vue, sans passer par l a rétenti on. D’ autres
préf ectures peuvent f onder l eurs mesures
de réadmi ssi on sur l’ absence de ressources
sufʏsantes et lorsque les personnes justiʏent
être en possessi on de ces ressources, une pré-
f ecture aurai t f ai t remarquer que « ce sont
des ar r êtés types, c’ est pl us si mpl e » (CRA
Nîmes). Dans d’ autres régi ons, i l peut s’ agi r
de réadmettre vers l a Bel gi que des personnes
i nterpel l ées dans des cami ons, bi en que l a
plupart dȊentre elles afʏrment nȊy être jamais
passées (CRA Coquel l es).
CONCLUSION
Pl usi eurs constats peuvent être ti rés des di f-
f érentes restri cti ons au pri nci pe de l a l i bre
ci rcul ati on au sei n de l ’ espace Schengen.
En premi er l i eu, l ’ ensembl e des prat i ques
en mat i ère de cont rôl e et de réadmi ssi on
sel on l es préf ect ures ou l es pol i ci ers dénote
un séri eux déf aut d’ homogénéi té qui ne
peut qu’ êt re préj udi ci abl e aux droi ts de l a
personne.
En second l i eu, l a sancti on de certai nes pra-
ti ques par l e j uge communautai re et l a di ver-
si té des i nterprétati ons qu’ en f ont l es j uges
j udi ci ai res, parf oi s au sei n d’ une même
j uri di cti on, soul èvent l a questi on du respect
du droi t communautai re au regard des pra-
ti ques nati onal es.
Enʏn, lȊéloignement des ressortissants com-
munautai res montre l a conf usi on des moyens
lorsque lȊautorité administrative proʏte de la
di spari ti on des f ronti ères ou oppose systé-
mati quement l’excepti on de menace à l’ordre
publ i c au pri nci pe de l a l i bre ci rcul ati on.
Au ʏnal, le principe de la liberté de circula-
tion apparai t pour certai nes catégories de per-
sonnes comme étant truf fé d’exceptions pour
lesquel les l’enfermement et l’éloi gnement sont
pri vi légiés au détri ment de l’espri t des textes
fondateurs. L’étude des prati ques à l’échel le
nationale dévoi le ai nsi l’ uti l i sation général i sée
par l’ admi ni stration des contradictions, fai l les
et oubl i s du « légi sl ateur » communautai re,
dont les i ncerti tudes sont systématiquement
mises au proʏt dȊune politique dȊéloignement
qui se veut toujours pl us performante.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 51
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 52
/DFULPLQDOLVDWLRQLQMXVWLʏDEOH
des mi gr ants en si tuati on i r r égul i èr e
A
u ʏl de ces dernieres années, lȊap-
pl i cati on d’ une pol i ti que d’ expul -
si on massi ve a condui t l es autori tés
f rançai ses à trai ter de pl us en pl us durement
l es mi grants en si tuati on de séj our i rrégul i er.
Les personnes vi sées sont de pl us en pl us
contrôl ées, i nterpel l ées, pl acées en garde à
vue, enf ermées en pri son ou en centre de
rétention, ʏchées, interdites du territoire
f rançai s ou européen.
De f ai t, l es i nterpel l ati ons et l es gardes à
vue se sont mul ti pl i ées. En 2004, 64 218
étrangers étai ent i nterpel és pour i nf racti ons
aux condi ti ons d’ entrée et de séj our, contre
96 109 en 2009 (+ 49,7 %). Parmi eux, une
maj ori té est ensui te pl acée en garde à vue
(50 732 en 2004 et 74 050 en 2009). I l s’ agi t
désormai s du premi er moti f des gardes à vue
(14 % du total des gardes à vue en 2009)
49
.
Cette cri mi nal i sati on des mi grants prend
aussi l a f orme du recours à l ’ enf ermement
en rétenti on comme une règl e, l a recherche
par l ’ admi ni strati on d’ al ternati ves moi ns
contrai gnantes demeurant très excepti on-
nel l e. Ai nsi pl us de 60 000 étrangers ont
été enf ermés dans l es centres ou l ocaux de
rétenti on en 2010
50
, dont l e nombre de pl aces
a f ortement augmenté passant de 1071 en
2005, à 1746 en 2010, et 1970 en 2011.
En outre, l a rétenti on s’ apparente de pl us en
pl us à un trai tement pénal de l’ i mmi grati on
i rrégul i ère. D’ abord parce que l e recours
j usqu’ à l’ i nepti e à ce mode d’enf ermement
peut ʏnalement devenir davantage une sanc-
ti on qu’ un réel moyen d’él oi gner l es per-
sonnes. Ensui te parce que l a rétenti on peut
f oncti onner de pai r avec l a pri son, consti tuant
un système parti cul i èrement coerci ti f dont
l’obj ecti f n’est pas tant de protéger l a soci été
mai s pl utôt d’exécuter l e pl us grand nombre
possi bl e d’él oi gnements, au détri ment d’ un
véri tabl e examen i ndi vi duel des si tuati ons.
Les personnes rencontrées en rétenti on ad-
mi ni strati ve expri ment très f réquemment ne
pas comprendre pourquoi el l es sont « trai -
tées comme des dél i nquants » à toutes l es
étapes de cette vaste organi sati on. Leurs
possi bi l i tés de f ai re val oi r des droi ts y sont
très l i mi tées par l es textes et l a mani ère dont
l es procédures se déroul ent.
Au regard des obj ecti f s poursui vi s, l ’ en-
sembl e de ces mesures coerci ti ves parai ssent
di sproporti onnées.
UNE CRIMINALISATION
AUX FORMES MULTIPLES
Tant pour l es i nterpel l ati ons que pour l es
gardes à vue, l es nombreux manquements
aux règl es de droi t par l es servi ces de pol i ce
rel atés i ci sont symptomati ques d’ une pol i -
ti que général e. L’ i mportante pressi on i mpo-
sée par l es obj ecti f s
51
à attei ndre génère des
évol uti ons des prati ques de tous l es mai l l ons
de l a chaîne des acteurs chargés d’ exécuter
l es tâches af f érentes (admi ni strati on préf ec-
toral e, servi ces de pol i ce, voi re magi strats
du parquet ou d’ autres j uri di cti ons).
DES INTERPELLATIONS EN FORTE
AUGMENTATION, SOUVENT
ILLÉGALES
OU CONTESTABLES
Les i nterpel l ati ons d’ étrangers étant mas-
si ves, l es personnes en rétenti on témoi gnent
du f ai t que l a crai nte d’ un contrôl e pèse f or-
tement sur l eur vi e quoti di enne. Travai l l er,
se soi gner, vi si ter de l a f ami l l e, se promener,
tous l es dépl acements i ndi spensabl es à une
vi e normal e devi ennent ri squés. La crai nte
du contrôl e l i mi te aussi l es possi bi l i tés de
l utter contre l a précari té.
Cellule de garde à vue, Commissariat de Toulon, 2008, CGLPL
49 - La cri mi nal i té en France,
rapport 2010, Dossi er thémati que
« l a garde à vue en France,
aspects stati sti ques : l es gardes
à vue pour cri mes et dél i ts non
routi ers de 2004 à 2009, I NHESJ.
Ces chi ff res ne comptabi l i sent
pas l es i nterpel l ati ons massi ves
ayant cours à Mayotte ou à Sai nt
Marti n. Au moment de publ i er,
l es données 2010 ne sont pas
di sponi bl es.
50 - Dont pl us de l a moi ti é
Outremer.
51 - Pour 2010, l e mi ni stre de
lȊimmigration, Eric Besson, ʏxait
un obj ecti f de 28 000 recondui tes
à l a f ronti ère (à attei ndre pour
l ’ ensembl e des préf ectures de
France métropol i tai ne).

É
T
U
D
E

T
H
É
M
A
T
I
Q
U
E
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 53
H
De très nombreuses attei ntes aux droi ts sont
constatées au cours des i nterpel l ations. Ces
i rrégul ari tés consti tuent une des pri nci pales
sources de l i bération des personnes enfermées
en rétention, sui te à des déci sions des j uges des
l i bertés et de l a détention. Mai s toutes ces at-
tei ntes aux droi ts ne sont pas vi si bles ou pri ses
en consi dération par les magi strats. En outre,
à parti r de l’été 2011, ce contrôle j udici ai re
n’ i nterviendra qu’ au ci nquième au l ieu du deu-
xième jour de rétention, si bien que davantage
de personnes pourront être éloi gnées alors
qu’el les ont été i nterpel lées i rrégul ièrement.
On peut crai ndre que cet af fai bl i ssement du
contrôle du j uge ne favori se pas un plus grand
respect des droi ts au cours des i nterpel l ations.
Des interpellations discriminatoires
La loi i nterdi t les contrôles de pol ice fondés sur
des si gnes extérieurs d’extranéi té présumée,
autrement di t : les contrôles « au faciès ». En
prati que, les fortes pressions exercées sur les
agents de pol ice pour i nterpel ler des étrangers
les condui sent à sélectionner les l ieux et les
personnes controlés. Bien quȊil soit difʏcile de
quantiʏer le phénomene, il semble récurrent et
s’opère sous couvert de di f férents moyens.
Ciblage de lieux à fortes proportions
d’étrangers
En Guyane, en 2009 et 2010, l es Brési l i ens et
l es Suri namai s représentai ent 70 % des per-
sonnes retenues avec l esquel l es l’ associ ati on
s’est entretenue. La présence massi ve de ces
national i tés au CRA s’expl i que par l a proxi -
mi té géographi que du Suri name et du Brési l
qui permet des recondui tes quoti di ennes vers
ces pays. Ces recondui tes sont f aci l i tées par
l’exi stence d’ un accord de réadmi ssion entre
l a France et l e Brési l , qui rend possi bl es pour
l es autori tés f rançai ses l a recondui te « sans
formal i té » des Brési l i ens présents en Guyane.
Bien que le Suriname nȊait pas ratiʏé lȊac-
cord de réadmi ssi on prévu avec l a France,
l es recondui tes en bus j usqu’ à l a f ronti ère
suri namai se s’ ef f ectuent sans l ai ssez-pas-
ser, c’ est-à-di re sans document de voyage
établissant ofʏciellement la nationalité suri-
namai se des recondui ts.
En ci bl ant l ’ i nterpel l ati on des ressorti ssants
brési l i ens et suri namai s, l a PAF s’ assure
donc un nombre record de recondui tes. Bi en
qu’ évi dent, ce ci bl age n’ apparaît dans aucun
acte de l a procédure et n’ est pas sancti onné.
Aux al entours de Cal ai s, l es i nterpel l ati ons
de j eunes mi grants souvent af ghans, i rani ens
ou i raki ens sont très nombreuses. Toutes ne
condui sent pas au centre de rétenti on car
cette prati que vi se aussi à di ssuader ces mi -
grants de rester dans l a régi on en attendant
d’ essayer de se rendre en Angl eterre.
Ai nsi l es mi grants pl acés en rétenti on à
Coquel l es ont souvent été i nterpel l és à pl u-
si eurs repri ses auparavant.
La pol i ce agi t f réquemment sur réqui si ti ons
du procureur de l a Républ i que permettant
d’ ef f ectuer des i nterpel l ati ons dans des
zones détermi nées durant des péri odes pré-
ci ses. Certai nes de ces réqui si ti ons vi sent de
mani ère répétée des secteurs où l es chances
d’ i nterpel er un étranger en si tuati on i rrégu-
l i ère sembl ent pl us grandes qu’ ai l l eurs.
Ai nsi , pour l e CRA de Rennes, l a maj ori té des
i nterpel l ati ons de l a préf ecture de Loi re-At-
l anti que s’ef f ectue sur l a voi e publ i que dans
des endroi ts extrêmement ci bl és (proxi mi té
des l i eux d’ hébergement et stati ons de trans-
ports en commun, notamment l e tramway). A
Strasbourg, l a pl upart des i nterpel l ati ons ont
l i eu à proxi mi té de l a gare ou bi en près des
associ ati ons d’ ai de aux mi grants.
Le même phénomène est observabl e dans
l es quarti ers à f orte popul ati on étrangère de
Bézi ers et de Montpel l i er (quarti er Fi gue-
rol l es, Cours Gambetta proche de l a sécu-
ri té soci al e et d’ une mosquée, quarti er de l a
Pai l l ade, quarti er des Cévennes).
Les stati ons de métro des quarti ers popul ai res
et l es gares i mportantes de toute l a régi on pa-
ri si enne sont des ci bl es quoti di ennes. Ai nsi l a
maj ori té des personnes pl acées en rétenti on
au CRA du Mesni l -Amel ot ont-el l es été i n-
terpel l ées dans une gare de l a régi on.
Ces réqui si ti ons vi sent l a préventi on d’ i n-
f racti ons mul ti pl es, mai s l es vi cti mes des
i nterpel l ati ons sont bi en souvent l es étran-
gers en si tuati on i rrégul i ère.
Des contrôles au faciès dissimulés par
GHVLQIUDFWLRQV©WRQQDQWHVYRLUHʏFWLYHV
Les témoi gnages recuei l l i s en rétenti on ne
l ai ssent pl aner aucun doute sur l ’ exi stence
de contrôl es au f aci ès. Passagers de trai n
dont l es seul s occupants contrôl és sembl ent
être « Arabes » ou « Noi rs », passagers de
véhi cul es ou pi étons égal ement contrôl és de
mani ère sél ecti ve, sont l égi on.
I l est bi en rare évi demment que ces contrôl es
au f aci ès transparai ssent dans l es procès-
verbaux d’ i nterpel l ati on, sauf en cas de
mal adresse d’ un pol i ci er qui condui t géné-
ral ement à l ’ annul ati on de l a procédure.
Sous couvert des règl es parti cul i ères qui s’ ap-
pl i quent aux contrôl es aux f ronti ères et dont
l a pol i ce et l’ admi ni strati on ont l argement
abusé ces derni ères années
52
, l es contrôl es au
f aci ès sembl ent courants. Une l arge part des
pl acements dans l es CRA f rontal i ers sont l e
f ai t de ces contrôl es. Des témoi gnages sont
ai nsi recuei l l i s à Lyon sui te à des opéra-
ti ons menées à bord des trai ns, au ni veau des
gares de Chambéry et de Modane où, sel on
l es personnes retenues, l es pol i ci ers aurai ent
uni quement sél ecti onné des personnes dont
l’extranéi té pouvai t se présumer en rai son de
l eur apparence physi que.
I l est f ort probabl e que l es servi ces i nterpel -
l ateurs « i nventent » un moti f d’ i nterpel l ati on
l orsqu’ i l s rédi gent l es procès-verbaux, pour
l égal i ser un contrôl e au f aci ès a posteri ori .
Ai nsi des passagers de véhi cul es sont-i l s
i nterpel l és l ors de banal s contrôl es routi ers
au moti f qu’ i l s ne portai ent pas l eur cei n-
ture de sécuri té. Pourtant, un nombre très
signiʏcatif de personnes afʏrment, une fois
en rétenti on, qu’ el l es n’ avai ent pas commi s
cette i nf racti on, et découvrent même parf oi s
ce moti f d’ i nterpel l ati on.
Le JLD de Meaux a sancti onné cette prati que
dans une si tuati on où l ’ étranger étai t en me-
sure de f ourni r des él éments pour prouver
qu’ i l étai t porteur de l a cei nture : « Les él é-
ments appor tés par l a défense, notamment,
52 - Voi r parti e Les attei ntes à
l a l i bre ci rcul ati on
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 54
l es deux attestati ons des per sonnes qui se
tr ouvai ent dans l e véhi cul e et l’ absence de
copi e du ti mbr e-amende dél i vr é à l’ i ntér essé
appor tent un doute sur l a r éal i té de l’ i nfr ac-
ti on commi se par l’ i ntér essé, qui ne per met
pos ou juqe Je veriʏer lo reolire Je lo pro-
cédur e et d’ exer cer son contr ôl e ». Mai s l e
procureur ayant f ai t appel , l a cour d’ appel a
inʏrmé cette décision, estimant que les pro-
cès-verbaux d’ i nterpel l ati on pri ment sur des
attestati ons de témoi ns.
D’ aut res témoi gnages de personnes ahu-
ri es renf orcent l a cer t i t ude de ces prat i ques
pol i ci ères : « mai s ! Je n’ ur i nai s pas sur l a
voi e publ i que ! » ; « Je vous assur e, j ’ ai t r a-
ver sé sur l e passage pi éton ». Ces grands
cl assi ques de l ’ i nterpel l at i on douteuse
permet tent de const i t uer une i nf ract i on au
code de l a route puni e d’ une amende de
quat re euros et, sur tout, aux pol i ci ers de
procéder au cont rôl e d’ i dent i té du cont reve-
nant. I l est t rès souvent arri vé que l es per-
sonnes expl i quent qu’ el l es n’ étai ent nul l e-
ment en t rai n de t raverser l a chaussée hors
des cl ous ou que l e « pet i t bonhomme »
étai t déj à passé au ver t à ce moment-l à. Des
témoi ns de ces scènes ont pu, à pl usi eurs
repri ses, rédi ger des at testat i ons expl i quant
l es condi t i ons de l ’ i nterpel l at i on. Toute-
f oi s, ces at testat i ons sont souvent i nopé-
rantes devant l e JLD qui consi dère que «
l es P.V. de pol i ce font foi j usqu’ à pr euve du
cont r ai r e ». Ces i nterpel l at i ons permet tent
aux pol i ci ers d’ agi r sans réqui si t i ons du
procureur, l à où bon l eur sembl e.
Un climat général qui encourage
parfois la délation
Les stati sti ques de ce présent rapport f ont
apparaître 56 personnes i nterpel l ées pui s
condui tes en rétenti on sui te à des dénonci a-
ti ons. Mai s ces chi f f res ne sont pas repré-
sentati f s de l a réal i té car une dénonci ati on
n’ est pas touj ours vi si bl e dans l a procédure
j udi ci ai re.
En ef f et, une si mpl e dél ati on sans preuves ne
constitue pas en elle-même un ʐagrant délit
permettant aux pol i ci ers d’ i nterpel l er. La
stratégi e peut al ors consi ster à attendre l es
personnes dénoncées aux al entours de l eur
domi ci l e pui s à l es verbal i ser, par exempl e
parce qu’ el l es traversent hors des passages
pour pi étons, pour constater ensui te une i n-
f racti on à l a l égi sl ati on sur l es étrangers. La
preuve formelle de ces pratiques est difʏcile
à apporter mai s, au sei n des centres de réten-
ti on, l es témoi gnages de personnes vi si bl e-
ment attendues en bas de chez el l es sont trop
f réquents pour être des coïnci dences.
Les i nsti tuti ons se l i vrent égal ement parf oi s
à des actes de dél ati on, des cas étant régu-
l i èrement rapportés. Ai nsi M. T, de nati ona-
l i té congol ai se (RDC), est arrêté à l a sorti e
d’ une mai ri e par troi s pol i ci ers en ci vi l al ors
qu’ étrangement, i l vi ent tout j uste de f ai re
les démarches aʏn de réserver une salle pour
organi ser une f ête associ ati ve. Au cours de
cette démarche, l ’ i rrégul ari té de son séj our
avai t été rel evée par l e personnel muni ci pal .
Les entrepri ses pri vées ne sont pas excl ues.
A Cannes, un ressorti ssant tuni si en présent
en France depui s 10 ans est i nterpel l é sur dé-
nonci ati on du magasi n dans l equel i l ache-
tai t un ordi nateur portabl e. D’ autres se sont
f ai ts appréhender au gui chet d’ un établ i sse-
ment bancai re, car i l s travai l l ai ent avec une
f ausse carte de séj our et avai ent ouvert un
compte bancaire aʏn que leur employeur
pui sse l eur verser l eur sal ai re.
Enʏn, les dénonciations se produisent aussi
au sei n des f ami l l es ou peuvent être l e f ai t
des proches, parf oi s pour se débarrasser
d’ une personne que l ’ on ne veut pl us héber-
ger ou rémunérer.
Des interpellations déloyales
A proximité d’organisations
fournissant une aide
Les contrôl es dans l es l i eux qui sont vi taux
pour des personnes précai res sont très pré-
occupants. I l s rendent ri squé l e si mpl e f ai t
d’ essayer de trouver un toi t, de se nourri r,
d’ al l er chercher son courri er dans une domi -
ci l i ati on postal e, de se soi gner ou d’ al l er
voi r une associ ati on pour consti tuer une
demande de ti tre de séj our ou d’ asi l e.
De tel s contrôl es ont été constatés en de
nombreux poi nts du terri toi re, dans l es zones
de di stri buti on de repas pour l es mi grants, à
proxi mi té d’ associ ati ons comme l e Secours
Cathol i que, l es Restaurants du Cœur, devant
des permanence de Médeci ns du Monde, à
proxi mi té de centres chargés de di stri buer
l es pl aces d’ hébergement d’ urgence durant
l ’ hi ver ou près d’ associ ati ons d’ ai de aux
demandeurs d’ asi l e.
Faute de preuves, l e caractère dél oyal de ces
i nterpel l ati ons est reconnu margi nal ement
par l es j uri di cti ons j udi ci ai res.
Aux guichets des préfectures
Ces i nterpel l ati ons se produi sent al ors que
l es personnes se rendent au gui chet des pré-
f ectures pour y demander l ’ asi l e ou un ti tre
de séj our, spontanément ou parce qu’ el l es y
sont convoquées, par exempl e au prétexte
d’ exami ner l eur dossi er.
Ai nsi , un monsi eur se mar i e avec une r es-
sorrissonre [ronçoise en seprembre. Aʏn Je
Porte de cellule de garde à vue, Commissariat de Taverny, 2009, CGLPL

É
T
U
D
E

T
H
É
M
A
T
I
Q
U
E
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 55
r égul ar i ser sa si tuati on au ti tr e du mar i age,
i l se pr ésente en octobr e à l a pr éfectur e du
Cal vados avec son épouse, muni s de l eur
passepor t et de l eur acte de mar i age ai nsi
que JȊune [ocrure GDF ò leur nom. Alors
qu’ i l s pati entent au gui chet, l’ agent pr éfec-
tor al contacte l a pol i ce. Monsi eur est i nter -
pel l é et pl acé en gar de à vue. Un ar r êté de
reconJuire ò lo [ronriere lui esr noriʏe er il esr
emmené au CRA d’ Oi ssel .
Le JLD libere ce Monsieur, rerenonr une
« attei nte à un dr oi t fondamental de l’ i ntér es-
sé d’ exposer sa si tuati on aux ser vi ces pr éfec-
tor aux en vue d’ une éventuel l e r égul ar i sati on
de sa si tuati on al or s que sa pr ésence à cette
ʏn eroir inJispensoble ». Dons lo [oulee, le
TA annul e l a r econdui te à l a fr onti èr e.
Dans les commissariats de police
lorsque des victimes viennent porter
plainte ou demander protection
Dans l es commi ssari ats, des procédures
sont égal ement détournées pour i nterpel l er.
Ai nsi des personnes s’ étant présentées pour
un dépôt de pl ai nte ont-el l es été arrêtées et
condui tes en rétenti on. Quel que soi t l e moti f
de l a pl ai nte (vol , agressi on sexuel l e, perte
de documents, vi cti me de vi ol ence, etc.),
cette prati que a pour résul tat de ne permettre
aucun recours aux vi cti mes pour obteni r ré-
parati on, voi re de l ai sser i mpuni s des actes
parf oi s graves.
A Toul ouse, tr oi s per sonnes se décl ar ant mi -
neur es, se pr ésentent dans un commi ssar i at
avec un acte de nai ssance pour demander
pr otecti on (demande d’ asi l e et d’ héber ge-
ment). Ces j eunes gens sont al or s soumi s à
une exper ti se osseuse qui , bi en que n’ étant
pos ʏoble
53
, l es décl ar ent comme maj eur s.
SȊensuir olors lo noriʏcorion JȊun APRF ovec
pl acement en r étenti on.
Des étrangers se présentant
spontanément, placés en garde à vue
puis en rétention.
Bi en que l e cas soi t rare, i l arri ve égal e-
ment que des i ndi vi dus se présentent dans
un commissariat ou une gendarmerie aʏn
d’ expri mer l e souhai t d’ êt re ramenés dans
l eur pays de nat i onal i té. Les f orces de
l ’ ordre f ont droi t à ces demandes. Mai s par-
f oi s, pour rempl i r f aci l ement l es obj ect i f s
d’ i nterpel l at i on pour i nf ract i on à l a l égi s-
l at i on sur l es ét rangers, l es demandeurs
sont arrêtés et pl acés en rétent i on. Cette
pri vat i on i nut i l e de l i berté dans un l ocal de
garde à vue pui s un cent re de rétent i on ne
s’ expl i que pas pui squ’ une procédure d’ él oi -
gnement aurai t tout à f ai t pu êt re organi sée
en l ai ssant ces personnes en l i berté dans
l ’ attente d’ un départ.
Violences au moment
des interpellations
Les i nterpel l ati ons peuvent parfoi s condui re
l es pol i ci ers à commettre des vi ol ences. Se-
lon l es témoi gnages recuei l l i s, el l es se pro-
dui sent pri nci pal ement lorsque l es personnes
cherchent à s’enf ui r et qu’el l es sont alors pour-
sui vi es et arrêtées par des agents qui peuvent
f ai re un usage di sproportionné de l a f orce.
Le recours très f réquent aux menottes
consti tue égal ement une f orme excessi ve de
contrai nte car nombre de personnes sans pa-
pi ers ne cherchent absol ument pas à s’enf ui r
et ne montrent aucune agressi vi té.
Etre menotté consti tue une f orme de vi o-
l ence symbol i que très mal vécue par des
personnes qui ne se déʏnissent absolument
pas comme des dél i nquants et encore moi ns
des cri mi nel s. Et l es menottes, trop serrées,
peuvent aussi f ai re mal et l ai sser des traces.
Le port de menottes dans l e dos pendant un
transf ert sous escorte représente aussi une
contrainte physique difʏcile a supporter.
Des l i eux parti cul i ers ont égal ement été l e
théâtre de vi ol ences pol i ci ères habi tuel l es.
Ai nsi , des retenus ont régul i èrement i nvo-
qué de tel s manquements de l a part des
f orces de l ’ ordre à Cal ai s. Lorsqu’ el l es pro-
cèdent à des i nterpel l ati ons dans l es camps
de mi grants, l es personnes sont souvent vi o-
l emment révei l l ées, on ne l eur l ai sse parf oi s
pas l e temps de ramasser quel ques af f ai res
(même des l unettes de vue par exempl e) et
el l es sont f réquemment menottées.
Enʏn, tous les témoignages sont convergents
en ce qui concerne Mayotte. Des descentes
de pol i ce dans l es di f f érents quarti ers de
cette peti te îl e sont extrêmement muscl ées.
Des portes d’ habi tati on ont été souvent en-
f oncées i l l égal ement, l e gaz l acrymogène
est uti l i sé mal gré l a présence de nourri ssons
(dont certains ont ʏni aux urgences) et des
témoi ns rapportent que l es coups ne sont pas
rares. L’ ampl eur du phénomène l ’ apparente à
une f orme de terreur permanente à l aquel l e
sont soumi s l es « cl andesti ns » de l ’ îl e. En
2010 pl us de 10 % de l a popul ati on total e de
Mayotte a été expul sée de f orce
54
.
53 - Voi r parti e L’ enf ermement
des mi neurs i sol és
54 - Voi r parti e Outre-mer.
CRA du Mesnil-Amelot, 2011, Rafaël Flichman
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 56
Des interpellations à domicile
Mai s Mayotte ne déti ent pas l’excl usi vi té des
i nterpel l ati ons au domi ci l e. Au cours de cette
année 2010, l es f ami l l es ont été parti cul i ère-
ment vi sées par ce type d’ i nterpel l ati on, que
ce soi t à l eur domi ci l e, dans l es f oyers ou l es
hôtel s où el l es sont hébergées
55.
Ce mode
d’ i nterpel l ati on est par exempl e très f réquent
pour l es f ami l l es pl acées au CRA de Lyon.
A Metz et Nîmes, l es j uges j udi ci ai res ont à
pl usi eurs repri ses sancti onné ces i nterpel l a-
ti ons qui , en l ’ espèce, se tenai ent en dehors
de tout cadre l égal .
En Guyane égal ement, de nombreuses per-
sonnes retenues ont rapporté à l ’ associ ati on
avoi r été i nterpel l ées chez el l es, souvent
tôt l e mati n, pui s embarquées sans possi -
bi l i té de se changer. Certai ns membres de
f ami l l es ont même f ai t état de vi ol ences à
l eur encontre.
Très souvent, après l eur i nterpel l ati on et
avant d’ arri ver au centre de rétenti on, l es
personnes sont pl acées en garde à vue pour
une durée de 24 à 48h.
DES ATTEINTES AUX DROITS
EN GARDE À VUE ET
DE SON USAGE ABUSIF
L’absence de nécessité de la garde à
vue et sa durée excessive
Très f réquemment et partout en France, l a
pol i ce et l es magi strats du parquet recourent
abusi vement à cette f orme de pri vati on de
l i berté.
Ai nsi , lorsque l’ admi ni stration organi se une
i nterpel l ati on à domi ci l e ou que l a pol i ce
appréhende une personne connue des servi ces
préf ectoraux, l e recours à l a garde à vue est
systématique alors quȊil nȊest justiʏé par au-
cun besoi n de l’enquête, l e dél i t étant établ i .
La garde à vue est alors détournée de ses f onc-
tions. En Guyane, des personnes sont pl acées
en garde à vue durant une nui t, alors qu’ au
moment de l eur i nterpel l ation, el l es avai ent
i mmédi atement reconnu l eur i nf raction au
regard de l a l égi sl ation sur l es étrangers et
avai ent même présenté une pi èce d’ i denti té.
De surcroît, al ors qu’ en pri nci pe l a garde à
vue ne doi t durer que l e temps stri ctement
nécessai re à l ’ enquête, el l e se prol onge sou-
vent pl us l ongtemps qu’ i l ne l e f audrai t, pour
l e si mpl e conf ort des autori tés pol i ci ères et
admi ni strati ves. Ai nsi des personnes i nter-
pel l ées sont pl acées en garde à vue à l a mi -
j ournée, l es servi ces de pol i ce devant al ors
l es i nterroger et l es servi ces préf ectoraux
rédiger et notiʏer les mesures de placement
en rétenti on. Ces tâches sont f réquemment
reportées au l endemai n ce qui a pour consé-
quence de prol onger une garde à vue qui
pourrai t ne durer que quel ques heures.
Dans ce sens, l a cour d’ appel de Col mar a
rendu une ordonnance moti vée par l ’ i rrégu-
larité de la privation de liberté non justiʏée
par l es besoi ns d’ une enquête pénal e et par
l ’ i l l égal i té du détournement de l a procédure
de garde a vue a des ʏns purement adminis-
trati ves (CA, 6U-4493/2010, 13 août 2010).
Dans l e cas d’ espèce, douze heures s’ étai ent
écoul ées entre l ’ audi ti on de l ’ i ntéressé et l a
ʏn de sa garde a vue, sans quȊaucun acte ne
soi t accompl i dans l ’ i nterval l e.
L’ organi sati on des escortes pol i ci ères entre
l e l i eu de garde à vue et l e centre de rétenti on
peut condui re au même phénomène. Ai nsi ,
sui te à l a f ermeture du CRA de Bordeaux i n-
cendi é, toutes l es personnes i nterpel l ées aux
al entours étai ent amenées au CRA de Tou-
l ouse. I l est souvent arri vé que des personnes
f assent l ’ obj et d’ une prol ongati on de l eur
garde à vue au-del à de vi ngt-quatre heures,
en attendant que l es f ormal i tés concernant
d’ autres étrangers i nterpel l és soi ent menées
a bien aʏn de réduire le nombre dȊescortes
entre Bordeaux et Toul ouse.
Ai l l eurs, c’est l’organi sati on des audi ences
j udi ci ai res qui détermi ne l a durée de l a garde
à vue. Ai nsi à Hendaye, l es audi ences du
JLD ont l i eu l es l undi , mercredi et vendredi
après-mi di (et l e week-end si nécessai re). De
mani ère à organi ser un passage de chaque
personne en rétenti on dans un dél ai de 48h, l a
garde à vue est prol ongée pour que l e transf ert
vers l e CRA ne s’ef f ectue qu’ après 16H00.
Le JLD est garant du contrôl e de l a durée
de l a garde à vue mai s ces abus ne sont pas
sancti onnés partout en France. La tol érance
de certai ns magi strats condui t à l a banal i sa-
ti on de cette f orme de pri vati on de l i berté qui
est pourtant une expéri ence sti gmati sante et
traumati sante. Au contrai re, l orsque l es ma-
gi strats consi dèrent que l e code de procédure
pénal doi t s’ appl i quer à tous, l es prati ques
pol i ci ères et admi ni strati ves changent. Ai nsi ,
en début d’ année 2010, sui te à des déci si ons
f ermes des j uges j udi ci ai res, l a durée des
gardes à vue a f ortement bai ssé à Metz.
L’exercice des droits en garde à vue
Les gardés à vue di sposent de droi ts (droi t
de contacter un avocat, de préveni r une per-
sonne de l ’ entourage, droi t de voi r un méde-
ci n…) dont l e respect est contrôl é a poste-
ri ori par l e JLD.
55 - Voi r parti e La f ami l l e ébranl ée
par l a rétenti on
Menottes, Commissariat de Toulon, 2008, CGLPL

É
T
U
D
E

T
H
É
M
A
T
I
Q
U
E
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 57
ment de l’ arri vée en rétenti on. Les personnes
qui demandent à voi r un avocat ou un méde-
ci n se voi ent f réquemment répondre qu’el l es
pourront rencontrer ces prof essi onnel s dans
l e centre de rétenti on. Et parf oi s que, si el l es y
f ont appel , cel a n’ aura pour ef f et que de pro-
l onger l e péni bl e moment de l a garde à vue.
Les personnes ne sont pas toutes égal es f ace
à ce comportement. Cel l es qui connai ssent
l eurs droi ts ou qui sont déj à en rel ati on avec
un avocat ont davantage de chances d’ en
obteni r l a vi si te.
A de rares occasions, les procès-verbaux de
garde à vue font état d’ une demande de ren-
contre avec un avocat qui n’ a pas été sati sfai te,
i rrégul ari té que sanctionnent les magi strats
j udici ai res. D’ autres j uges ont esti mé l a venue
de l’ avocat trop tardi ve (à Lyon par exemple).
I l en va de même pour l a vi si te d’ un méde-
ci n, l es pol i ci ers pouvant s’ arroger l e droi t
de déci der du degré de nécessi té d’ une tel l e
i nterventi on.
Enʏn, des personnes se plaignent réguliere-
ment de ne pas avoir pu bénéʏcier du droit
de contacter l a personne de l eur choi x. Al ors
qu’ i nversement, l es servi ces de pol i ce n’ hé-
si tent pas à f ai re pressi on sur l es proches
pour tenter de récupérer l es documents
d’ i denti té qui permettent ensui te d’ exécuter
avec pl us de f aci l i té l es él oi gnements.
Les conditions de la garde à vue
parfois contraires à la dignité :
violences, humili ations, pressions
Les locaux utilisés a cette ʏn sont souvent
décri ts comme étant sordi des. Des pro-
blemes de chauffage sont relevés, ampliʏés
parf oi s par l ’ absence de couvertures ou au
contrai re de chal eur excessi ve. Les sani -
tai res, accessi bl es uni quement sur demande
à l a pol i ce, sembl ent aussi dans des états par-
f oi s dépl orabl es. La l i teri e n’ of f re souvent
pas l e conf ort mi ni mal et est décri te dans un
état de saleté qui rend les nuits difʏciles.
A cet égard l es personnes rencontrées sont
l ogées à l a même ensei gne que l e commun
des gardés à vue dans l es cel l ul es f rançai ses.
La garde à vue est une pri vation de l i berté qui
se déroule en cel lule, sous forte contrai nte. Par
nature, el le fai t donc violence aux i ndi vi dus
qui y sont soumi s. Pour les personnes en si tua-
tion de séjour i rrégul ier, parfoi s seulement de
passage en France, cette péni bi l i té est renfor-
cée par un senti ment d’ i nj ustice très fort. La
certi tude de ne rien avoi r fai t de mal rend cette
expérience encore plus difʏcile et humiliante.
8QHQRWLʏFDWLRQGHVGURLWV
trop souvent défaillante
et des procès-verbaux biaisés
Il est souvent difʏcile de faire controler efʏ-
cacement l e respect des droi ts en garde à vue
car l es personnes se voi ent général ement no-
tiʏer un proces-verbal attestant quȊelles en
ont pl ei nement j oui .
Pourtant, malgré la notiʏcation des droits dans
une langue comprise par lȊintéressé qui ʏgure
généralement à ces procès-verbaux, le travai l
d’expl ication qui doi t être réal i sé avec chaque
personne à son arri vée dans les bureaux des as-
soci ations en rétention démontre qu’ i l n’ a pas
été ef fecti f en amont. El les décl arent souvent
avoi r si gné ce document sans en comprendre
l a teneur et même parfoi s sous l a contrai nte.
Ce probl ème est encore renf orcé pour cel l es
et ceux qui ne comprennent pas l e f rançai s.
Des gardes à vue se déroul ent parf oi s sans i n-
terprète. A d’ autres occasi ons, l es i nterprètes
ne parl ent pas l a l angue appropri ée. Ai nsi à
Gei spol shei m, l a pl upart des Caucasi ens ont
été assi stés par un i nterprète en l angue russe,
al ors que l es pl us j eunes ne parl ent pl us systé-
mati quement cette l angue ou que l eur ni veau
de compréhension est insufʏsant.
I l arri ve même que des procès-verbaux
portent l a menti on « l ectur e fai te par l’ i nté-
r essé » al ors qu’ i l ne sai t pas l i re.
On peut égal ement noter des si tuati ons où
l’ i nterprète arri ve tardi vement ou n’opère
que par tél éphone. La traducti on est parf oi s
assurée par un pol i ci er. A pl usi eurs repri ses,
l e JLD de Lyon a reconnu l a nul l i té de ce pro-
cédé au moti f qu’ un agent de pol i ce ne pré-
sente pas « toutes gar anti es d’ i mpar ti al i té ».
Cette phase de l a procédure est donc mar-
quée par un fort déʏcit de respect des droits.
En ef f et, comment peut-on exercer ses droi ts
l orsqu’ on l es a mal ou pas du tout com-
pris ? Les éléments dȊinformation ʏgurant
au procès-verbal vont égal ement avoi r une
inʐuence parfois déterminante sur les déci-
si ons des j uges, tant admi ni strati f s que j udi -
ci ai res. De pl us, l orsqu’ une garde à vue s’ est
déroul ée sans i nterprète, bi en souvent une
tel l e assi stance est j ugée i nuti l e pour toute l a
sui te de l a procédure.
L’exercice ef fectif des droits
Le principal probleme identiʏé a travers les
témoi gnages recuei l l i s rési de dans l a ten-
dance à reporter l’exerci ce des droi ts au mo-
TÉMOIGNAGE
A TOULOUSE, TÉMOI GNAGE DE M
ME
A. :
« De retour dȊune v|s|te que jȊa| la|te à ma sēur qu| v|t à Genêve, à /a lront|êre lranco-
espagnole, la police française m’a demandé mon passeport. J’ai donné le seul que j’ai, celui
de mon pays, l’Argentine.
Les policiers, de façon brutale, m’ont forcée à descendre du bus en m’attrapant
par le bras. Je leur ai expliqué mille fois ma situation : que ma demande de titre de séjour
était en cours, que j’avais un titre de séjour espagnol aujourd’hui obsolète et que j’avais
rendez-vous le 5 mai 2010 pour ma demande de titre de séjour en tant que conjointe de
ressortissant espagnol. En effet, je suis mariée avec un Espagnol depuis deux ans et demi.
Para//ê/ement, je const|tue un doss|er pour déposer une demande de régu/ar|sat|on
{nat|ona/|té espagno/e) et ce en vertu de /a « /o| des pet|ts-enlants ». Fn ellet, mon grand-
père était espagnol.
Mais les policiers n’ont jamais voulu m’écouter. Ils m’ont dépossédée de toutes
mes affaires, ils m’ont déshabillée, m’ont examiné le corps et les cheveux.
J’ai passé un moment horrible et pendant ce temps, les policiers riaient comme
si je n’étais pas un être humain.
Aprês ça, |/s mȊont /a|ssée dans une ce//u/e lro|de, sa/e et avec des tâches de sang {ȓ).
l/s {/es po/|c|ers) mȊont la|t s|gner /es pap|ers sans mes /unettes, avec une |nterprête qu| ne
me comprenait pas. A un moment, quelqu’un a frappé à la porte et j’ai demandé, « s’il vous
p/ait, /a|ssez-mo| commun|quer avec mon époux ou avec /Ȋambassade dȊArgent|ne ».
Ils ne me l’ont pas permis. J’ai demandé pourquoi je ne pouvais pas communiquer.
Ils ont ri et ont continué à refuser. Seul un policier me regardait et m’a raconté une
p/a|santer|e sur Maradona. Je /u| a| demandé « sȊ|/ vous p/ait, donnez-mo| un tranqu|//|sant
car je fais de la tachycardie ». C’est à cause de la ménopause et, sur recommandation de
mon docteur, je prends des médicaments. Comme je faisais une crise de tachycardie,
je leur ai dit que je n’avais tué personne, que je n’avais pas volé, que je n’avais pas
de mitraillette, ni ne transportais d’autres armes et de la drogue.
Ai-je commis un si grand délit pour être traitée de cette façon ?
Mais ils ont continué à rire de moi. »
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 58
Nombre de témoi gnages recuei l l i s dans l es
centres de rétenti on f ont état de pol i ci ers
respectueux. Mai s des dérapages sont éga-
l ement rapportés f réquemment. I l s sont
consti tués de bri mades et vexati ons qui f ont
l e quoti di en des gardes à vue : tutoi ement,
temps d’ attente excessi f pour accéder aux
toi l ettes ou pouvoi r se nourri r, absence de
couverture dans des cel l ul es f roi des. Mai s
i l s peuvent aussi prendre l a f orme de vi o-
l ences verbal es ou physi ques.
Le tutoi ement des personnes par l es pol i -
ci ers sembl e être l a norme, durant l es gardes
à vue comme dans l es centres de rétenti on.
Pour obteni r l es rensei gnements néces-
sai res à l ’ exécuti on ul téri eure des mesures
d’ él oi gnement, ce tutoi ement peut être
doubl é d’ une rudesse verbal e al l ant parf oi s
j usqu’ aux i nsul tes pouvant revêti r un carac-
tère raci ste.
Des cas de vi ol ences pol i ci ères pl us « phy-
si ques » se produi sent régul i èrement : bous-
cul ades muscl ées, cl aques, menottage à des
radi ateurs ou en cel l ul e, passage à tabac. Des
f oui l l es corporel l es poussées sont égal ement
rapportées sans que l eur uti l i té n’ apparai sse.
Depui s l e centre de rétention de Vi ncennes,
par exempl e, l es al l égati ons de vi ol ence sont
au mi ni mum hebdomadai res. Quant au com-
mi ssari at de Menton, i l est tri stement cél èbre
pour cumul er des locaux de garde à vue dans
un état déplorabl e et de nombreux compor-
tements pol i ci ers i nadmi ssi bl es (nourri ture
j etée à terre, propos raci stes, f oui l l e corpo-
relle poussée, acces aux toilettes tres difʏcile).
Depui s l e centre de rétention de Nice pl usi eurs
personnes ont sai si l e procureur de l a Répu-
bl i que, sans qu’ aucun résul tat ne soi t constaté.
Une f oi s en rétenti on, i l est en ef f et très
difʏcile dȊobtenir que des poursuites et des
sancti ons soi ent mi ses en œuvre. L’ absence
de traces constatabl es par un médeci n rend
i nopérants l es dépôts de pl ai nte. Dans des
cas ou des certiʏcats médicaux ont pu être
établ i s par l es médeci ns du centre de réten-
ti on, des pl ai ntes sont déposées mai s l e par-
quet ne poursui t pas f orcément.
Par ai l l eurs, l es personnes ref usent souvent
de porter pl ai nte, notamment après qu’ el l es
ai ent compri s que cette démarche est sans
i nci dence sur l a procédure admi ni strati ve
d’ él oi gnement dont el l es f ont l ’ obj et.
La sai si ne de l a CNDS a tout de même per-
mi s dans certai nes si tuati ons que l es pol i -
ci ers en cause ne demeurent pas dans un
total senti ment d’ i mpuni té.
AUDITIONS SANS CADRE LÉGAL
AU SEIN DES CRA
La garde à vue n’est que l e premi er moment où
l a pol i ce cherche notamment à obteni r l’ i den-
ti té et l es passeports des i ndi vi dus qu’el l e a
i nterpel l és. I l est constaté que, de pl us en pl us
l argement, ce travai l se poursui t au sei n des
centres de rétention.
Des équi pes spéci al i sées de pol i ci ers sont
organi sées et f ormées au sei n de « Cel l ul e
d’ appui à l ’ él oi gnement » (CAEL). El l es ont
notamment pour f oncti on d’ i nterroger des
personnes tout au long de leur rétention aʏn
de l es pousser à accepter l eur él oi gnement
f orcé, à décl i ner l eur i denti té ou à i ndi quer
l ’ endroi t où se trouve l eur passeport ou tout
document ofʏciel qui permettrait lȊobtention
d’ un l ai ssez-passer consul ai re.
Ces prati ques f ont de l a rétenti on un prol on-
gement de l a garde à vue, sans aucun cadre
l égal connu. Ces « entreti ens » ou « i nterro-
gatoi res » ne donnent l i eu à aucun procès-ver-
bal et aucun droi t n’ y est attaché (droi t à un
avocat, un interprete, notiʏcation dȊun pro-
cès-verbal d’ audi ti on, droi t de recours, etc.).
Dans certai ns centres de rétenti on, comme à
Marsei l l e, l es personnes retenues sont même
condui tes hors de l ’ encei nte du CRA, devant
des experts l i ngui sti ques qui serai ent ca-
pabl es de détermi ner l eur nati onal i té. Dans
pl usi eurs CRA, dont ceux de Coquel l es,
Lesqui n ou Marsei l l e, des personnes ont été
extrai tes pour subi r des i nterrogatoi res l e
temps d’ une nouvel l e garde à vue.
Ces prati ques augmentent l a très grande
pressi on déj à subi e par des personnes enf er-
mées. El l es consti tuent une nouvel l e f orme
de contrôl e pénal .
DOUBLE PEINE
Bi en qu’en 2003 l e gouvernement ai t annoncé
la ʏn de la double peine, huit ans plus tard
l e pri nci pe n’ a absol ument pas di sparu. Non
seul ement l es i nterdi cti ons du terri toi re ou l es
arrêtés d’expul si on vi ennent encore s’ aj outer
à des pei nes pri nci pal es mai s, en outre, des
catégori es de personnes qui en sont l égal e-
ment protégées sont pourtant vi sées.
Bannis pour un simple
séjour irrégulier
La l égi sl ati on f rançai se prévoi t que l e si mpl e
f ai t d’ être en si tuati on i rrégul i ère au regard
du séj our f ai t encouri r une pei ne de pri son et
une i nterdi cti on du terri toi re f rançai s. Dans
l a prati que, l e parquet préf ère général ement
que l ’ étranger dans cette si tuati on soi t él oi -
gné pl utôt que poursui vi et empri sonné.
Mai s ce choi x n’ est pas systémati que et
des personnes n’ ayant commi s aucun autre
Empreintes, Commissariat de Toulon, 2008, CGLPL

É
T
U
D
E

T
H
É
M
A
T
I
Q
U
E
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 59
dél i t que cel ui de se trouver en si tuati on de
séj our i rrégul i er sont encore condamnées
en France à des pei nes de pri son assorti es
d’ i nterdi cti on du terri toi re.
Des catégories protégées
pourtant visées
En 2010, des personnes pourtant protégées
de tout él oi gnement par l a l oi ont été pl acées
en rétenti on, voi re expul sées, sur l a base de
l ’ exécuti on de ce type de déci si on. I l s’ agi s-
sai t de parents d’ enf ant f rançai s ou de per-
sonnes ayant toute l eur f ami l l e en France,
de personnes arri vées en France durant
l ’ enf ance, de conj oi nts de Françai s ou encore
d’ étrangers mal ades.
Ce constat pose égal ement l e probl ème de
l a déf ense de l eurs droi ts en amont, l ors des
procès où sont prononcées ces sancti ons en
dépi t du f ai t qu’ el l es f assent parti e de caté-
gori es protégées.
Grande difʏcuIté à exercer
les droits en raison
de la complexité de la procédure
Il est extrêmement difʏcile durant le temps
de l a rétenti on d’ i ni ti er ou d’ obteni r l e rel è-
vement d’ une i nterdi cti on du terri toi re f ran-
çai s ou l ’ abrogati on d’ un arrêté d’ expul si on.
Ceci en rai son des dél ai s et de l a compl exi té
de l a procédure.
Cette difʏculté est accrue lorsque les place-
ments en rétenti on sont très rapi des. Ai nsi
au CRA de Lesqui n, l a pl upart des sortants
de pri son n’ ont commi s que des dél i ts l i és
au séj our i rrégul i er ou au ref us d’ embar-
quer. Leur él oi gnement est organi sé avant
l eur transf ert vers un centre de rétenti on. La
durée de l a rétenti on est ensui te trop brève
pour exercer un recours ef f ecti f contre une
i nterdi cti on du terri toi re f rançai s ou un arrê-
té d’ expul si on.
Très général ement, l es personnes concernées
n’ont ef f ectué aucune démarche al ors qu’el l es
étai ent en pri son. Ce qui sembl e révél er un
déʏcit dȊaccompagnement spécialisé.
LA RÉTENTION SYSTÉMATIQUE
ET L’ENFERMEMENT
À RÉPÉTITION
Sel on l e Commi ssari at aux droi ts de
l’ Homme du Consei l de l’ Europe, « l e pl a-
cement pr ol ongé de mi gr ants en r étenti on
admi ni str ati ve r epr ésente l’ un des pr i nci paux
aspects du phénomène de l a cr i mi nal i sati on
Jes miqrorions en Lurope. LȊAssemblee por-
lemenroire Ju Conseil Je lȊLurope o occorJe
une attenti on toute par ti cul i èr e à cette si tua-
ti on et a i nvi té l es États membr es à i nter di r e
pr ogr essi vement l a r étenti on admi ni str ati ve
des mi gr ants en si tuati on i r r égul i èr e et des
demandeur s d’ asi l e, en établ i ssant une di s-
ti ncti on cl ai r e entr e ces deux gr oupes, et,
dans l’ i nter val l e, à per mettr e l e pl acement
en r étenti on uni quement l or sque cel a s’ avèr e
nécessai r e pour empêcher l’ entr ée i l l égal e
dans l e pays ou pour assur er l’ expul si on ou
l’ extr adi ti on, confor mément à l a Conventi on
eur opéenne des dr oi ts de l’ homme »
56
.
En France, l a durée de rétenti on est pl us
courte que dans nombre de pays européens.
Mai s l e système f rançai s doi t aussi être exa-
mi né en termes de f réquence du recours à l a
rétenti on ai nsi qu’ en prenant en consi déra-
ti on l e degré de nécessi té d’ un tel usage. Et
enʏn en tenant compte des formes de pénali-
sati on et d’ enf ermement en pri son qui com-
pl ètent l e système répressi f de l a rétenti on.
ABSENCE DE RECHERCHES
D’ALTERNATIVES
Des al ternati ves à l a rétention et des premières
mesures moi ns coerci ti ves doi vent en pri nci pe
être recherchées par l’ admi ni stration. Le pri n-
ci pe est ancien, le CESEDA prévoyant que
l a rétention admi ni strati ve ne doi t pas être l a
règle. La di recti ve « retour »
57
, di rectement
i nvocable à compter du 25 décembre 2010,
rappel le cl ai rement que les Etats doi vent cher-
cher des al ternati ves à l’enfermement.
Cependant, si l e CESEDA prévoi t bi en
que l es personnes peuvent être assi gnées à
rési dence pl utôt que pl acées en rétenti on, i l
l ai sse une très l arge l ati tude aux préf ets qui ,
dans l es f ai ts, recourent systémati quement à
l a rétenti on et prati quement j amai s à l ’ assi -
gnati on à rési dence.
Seul es des assi gnati ons prononcées par des
j uges permettent quel quef oi s qu’ une voi e
moi ns contrai gnante soi t pri vi l égi ée. L’ ad-
mi ni strati on, et dans une moi ndre mesure
l es j uges, sont réti cents à user de l ’ assi gna-
ti on à rési dence car i l s partent f réquemment
du pri nci pe que l es personnes ri squent al ors
de prendre l a f ui te.
Pourtant, l es associ ati ons observent, dans
nombre de cas, que l e comportement ou l a
si tuati on des personnes ne l ai ssent en aucun
cas présager qu’ el l es pourrai ent s’ enf ui r ou
se cacher si un dél ai l eur étai t donné pour
qui tter l e terri toi re de l eur propre chef .
Ai nsi , certai nes arri vent en rétention avec un
passeport et en étant locatai res d’ un apparte-
ment ou ti tul ai res d’ un compte bancai re. El les
di sposent de garanties de représentation qui
auraient dû condui re l’ admi ni stration à évi ter
l a lourde déci sion d’ une pri vation de l i berté.
Dans le cas où un étranger apporte des garan-
ties de représentation en cours de rétention,
l’ admi ni stration ne prend pas davantage l’ i ni-
ti ati ve de le l i bérer en attendant son départ.
Certai nes personnes sont même pl acées en
rétenti on al ors qu’ el l es sont muni es d’ un bi l -
l et de trai n ou d’ avi on pour rentrer au pays.
D’ autres étai ent même en trai n de qui tter l e
terri toi re f rançai s l ors de l eur i nterpel l ati on
à nos f ronti ères. Nul doute sur l eur vol onté
de s’ él oi gner rapi dement pui squ’ el l es en
étai ent empêchées par l a pol i ce et l ’ admi ni s-
trati on qui préf érai ent l es enf ermer pour l es
expul ser « par l a f orce ». Un combl e de l a
rétenti on détournée de ses f oncti ons.
Enʏn, le recours a lȊenfermement se subs-
ti tue parf oi s à l ’ octroi d’ une autori sati on de
séj our. Ai nsi des demandeurs d’ asi l e, des
étrangers mal ades ou des conj oi nts de Fran-
çai s qui aurai ent dû être admi s au séj our sont
parf oi s f rappés de mesures d’ él oi gnement
qui l es condui sent en rétenti on.
PLACEMENTS ET MAINTIENS
EN RÉTENTION MALGRÉ L’ABSENCE
DE PERSPECTIVE D’ ÉLOIGNEMENT
Depui s de nombreuses années, l es associ a-
ti ons dénoncent des mai nti ens en rétenti on
al ors que l ’ admi ni strati on n’ a pl us aucune
perspecti ve d’ él oi gnement.
Cette prati que est touj ours di sparate d’ un dé-
partement à l ’ autre. Des préf ectures l i bèrent
l es personnes en ne demandant pas l a pro-
l ongati on de l a premi ère péri ode de rétenti on
(17
ème
j our et 25
ème
j our depui s l ’ entrée en
vi gueur de l a l oi du 16 j ui n 2011). D’ autres
ont tendance à al l er systémati quement au
bout de l a durée maxi mum d’ enf ermement,
quel l e que soi t l a si tuati on.
56 - La cri mi nal i sati on des
mi grati ons en Europe :
quel l es conséquences pour
l es droi ts de l ’ Homme ?
Consei l de l ’ Europe,
document thémati que du
Commi ssari at aux droi ts de
l ’ Homme, 2009.
57 - Di recti ve 2008/115/
CE du Parl ement et du
Consei l , rel ati ve aux normes
et procédures communes
appl i cabl es dans l es états
membres aux ressorti ssants
des pays ti ers en séj our
i rrégul i er.
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 60
I l est vrai que l ’ admi ni strati on ne peut pas
touj ours éval uer dans quel dél ai un consul at
va répondre à une demande de dél i vrance
de l ai ssez-passer. Mai s dans d’ autres cas,
l a rétenti on se poursui t al ors que mani f es-
tement l e consul at ne dél i vrera pas de l ai s-
sez-passer.
C’ est l e cas par mi tant d’ autres, d’ un monsi eur
né au Congo mai s qui n’ a j amai s pu obteni r l a
nati onali té congol ai se. Ses deux parents sont
Belges, des méti s. Son père est né après l’ i ndé-
pendance et sa mèr e avant. Or, d’ apr ès l a l égi s-
lati on belge, il pense pouvoi r être naturali sé.
Il a contacté l es ser vi ces de naturali sati on de
l’ ambassade de Belgi que à Par i s pour retr ou-
ver l a trace de ses par ents et grands-par ents.
Ln [oncrion Je ces elemenrs, il lui o ere conseil-
l é de déposer une demande de naturali sati on.
Cependant, il doi t four ni r une car te nati onal e
d’ i denti té congol ai se ai nsi qu’ un ti tre de séj our
françai s dans l a mesure où il effectue cette
Jemorcne Jepuis lo Fronce. Lronr Jepourvu Je
ces documents, sa demande de naturali sati on
n’ a pas pu abouti r. Sa si tuati on est i nextr i -
coble. Desesperonr JȊobrenir quelque cnose un
j our, il a déposé une demande d’ apatr i di e qui a
été r ej etée. Pl acé en r étenti on, il pr ésente une
preuve Je re[us Je Jelivronce JȊun cerriʏcor Je
norionolire Ju Conqo RDC. Il sero libere opres
23 j our s de rétenti on i nutil e.
La poursui te de l a rétenti on est tout aussi
i nuti l e l orsque l a CEDH ordonne à l ’ Etat
f rançai s de suspendre une recondui te à l a
f ronti ère à desti nati on d’ un pays où l e requé-
rant pourrai t subi r des mauvai s trai tements.
La l ogi que que sui vent l a pl upart des préf ec-
tures consi ste à l i bérer. Pourtant, certai nes
f ont preuve d’ acharnement en mai ntenant l e
requérant enf ermé al ors qu’ i l l ui sera stri cte-
ment i mpossi bl e de l ’ él oi gner vers un autre
pays. A pl usi eurs repri ses, l es associ ati ons
ont dû accompagner l es personnes pour sai -
si r l es j uges j udi ci ai res ou admi ni strati f s
aʏn dȊobliger lȊadministration a les libérer.
PLACEMENTS EN RÉTENTION À
RÉPÉTITION
On peut égal ement noter l a si tuati on de pl u-
si eurs ressorti ssants que l es préf ectures ne
parvi ennent pas à él oi gner mai s pl acent ré-
gul i èrement en rétenti on. Ai nsi certai ns f ont
des séj ours derri ère l es gri l l ages de l a réten-
ti on, à ci nq, di x ou qui nze repri ses. Une
personne a même été enf ermée à 27 repri ses
dans l e centre de rétenti on de Rochambeau
en Guyane. Et, sel on l a PAF, 59 % des rete-
58 - Sel on l es données non
exhausti ves recuei l l i es pas l es
associ ati ons.
59 - Arti cl es L. 624-1, L. 624-2 et
L. 624.3 du CESEDA.
nus recondui ts depui s l a Guyane en 2009
étai ent pl acés en rétenti on au moi ns pour l a
seconde f oi s.
Ai nsi , un ressorti ssant serbe a été enf ermé
hui t f oi s au CRA d’ Oi ssel . Né en Serbi e
avant l ’ écl atement de l ’ ex-Yougosl avi e, l es
autori tés serbes ne l e reconnai ssent pas. A
chaque pl acement en rétenti on l a préf ecture
s’ entête pourtant j usqu’ au terme du dél ai
maxi mum de 32 j ours, se sol dant systémati -
quement par une nouvel l e l i bérati on.
Les personnes peuvent vi vre ces enf er-
mements successi f s pl usi eurs f oi s dans
l a même année. El l es n’ en sortent pas i n-
demnes, parai ssant chaque f oi s un peu pl us
usées. Certaines dȊentre elles ont, au ʏl du
temps, gl i ssé vers une pathol ogi e rel evant de
l a psychi atri e. Sans doute pour des rai sons
mul ti pl es, parmi l esquel l es l e recours abusi f
de l ’ admi ni strati on à l a rétenti on.
LES SORTANTS DE PRISON PLACÉS
EN RÉTENTION
En 2010, au moi ns 1070 personnes
58
étai ent
transf érées à l eur sorti e de pri son vers un
des centres de rétenti on f ai sant l ’ obj et de ce
rapport.
Pourtant, l ’ admi ni strati on avai t tout l oi si r
d’ organi ser l eur él oi gnement, l es personnes
étant à l eur di sposi ti on durant un à pl usi eurs
moi s dans des mai sons d’ arrêt.
Les préf ectures sembl ent al ors consi dérer l a
rétenti on comme un temps suppl émentai re à
l eur di sposi ti on pour exécuter l es mesures
d’ él oi gnement. En ef f et, l es associ ati ons
constatent l ’ arri vée en rétenti on d’ ex-dé-
tenus pour l esquel s aucune démarche ne
sembl e avoi r été entrepri se en amont par
lȊadministration aʏn dȊéviter de prolonger la
pri vati on de l i berté par l e recours à l a réten-
ti on. Ceci peut se produi re al ors même que
l ’ organi sati on de l ’ él oi gnement ne sembl e
revêtir aucune difʏculté particuliere. Ainsi,
en 2010 un Espagnol , pourtant muni de son
passeport en cours de val i di té pendant sa dé-
tenti on, est condui t en rétenti on avant d’ être
emmené en Espagne toute proche.
Dans de tel s cas, l e recours au pl acement
en rétenti on sembl e rel ever d’ une f orme de
conf ort admi ni strati f l i é à l ’ organi sati on
des servi ces de l ’ état qui sont parti es pre-
nantes. En ef f et, l es centres de rétenti on sont
souvent proches des aéroports, des vi si tes
consul ai res s’ y ti ennent régul i èrement et des
pol i ci ers y sont spéci al i sés dans l es escortes
vers l es pays d’ ori gi ne.
DU CENTRE DE RÉTENTION
À LA PRISON
Les personnes retenues sont maj ori tai re-
ment envoyées en pri son depui s l es centres
de rétenti on pour deux rai sons l égal es :
l orsqu’ el l es ref usent d’ embarquer ou
l orsqu’ el l es sont accusées d’ avoi r f ai t obs-
tacl e d’ une autre mani ère à l eur él oi gne-
ment
59.
Si ces rai sons sont parf oi s f ondées,
l es personnes en rétenti on sont égal ement
pri ses dans un système qui l es pousse à l a
f aute ou qui l es sancti onne arbi trai rement.
I l convi ent aussi de soul i gner que des pré-
f ectures, des parquets et des j uri di cti ons
sont peu encl i ns au recours à cette f orme
de pénal i sati on. Les prati ques sont gl obal e-
ment marquées par un f ort pouvoi r di scré-
ti onnai re.
Refus d’embarquer
Dans l a pl upart des centres de rétenti on,
l orsqu’ une personne s’ oppose physi quement
à son embarquement, el l e est d’ abord rame-
née au centre de rétenti on pour que l es ser-
vi ces de pol i ce tentent de l a convai ncre de
se l ai sser f ai re et /ou organi sent une escorte
pl us muscl ée.
C’ est général ement après l e second ref us
d’ embarquer que l e parquet est sai si pour
poursui vre pénal ement.
Le ref us d’ embarquer consti tue f ondamenta-
l ement un acte désespéré de derni er recours.
I l peut arri ver très margi nal ement que l e sur-
sis ainsi obtenu par les personnes ʏnissent
par abouti r à un droi t au séj our à terme. Mai s
généralement, refuser dȊembarquer signiʏe
l a pri son pui s l e retour en rétenti on avant
un nouvel embarquement. Ce choi x suppose
donc l ’ entrée dans un cycl e très dur.
A cet égard l es stratégi es pol i ci ères sont
vari ées. La l oi prévoi t que l es personnes
doi vent être prévenues de l eur départ, sauf
dans des ci rconstances excepti onnel l es.
Souvent, l es pol i ci ers donnent cette i nf orma-
ti on
60
pui s essai ent de convai ncre oral ement
l es i ntéressés qu’ i l vaut mi eux coopérer que
refuser dȊembarquer, pour ʏnalement user
de méthodes pl us ou moi ns contrai gnantes
physi quement, sel on l es cas.

É
T
U
D
E

T
H
É
M
A
T
I
Q
U
E
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 61
TÉMOIGNAGE
DANS LE PAS-DE-CALAI S, TÉMOI GNAGE DE M. A. G :
« J’ai été placé en garde à vue le 1
er
ju|n en début de mat|née {ȓ)
En début de soirée, j’étais le seul encore dans la cellule de garde à vue.
Je demandais toujours à être libéré.
Tro|s agents de po/|ce sont entrés dans /a ce//u/e où je me trouva|s {ȓ)
Un prem|er agent de po/|ce mȊa d|t de me ta|re et de mȊasseo|r. Pu|s un second agent de po/|ce
m’a dit « fuck off » et m’a dit d’arrêter de parler de mon document. Tout ceci m’a été dit en anglais.
Pu|s /e méme po/|c|er sȊest approché de mo|, sȊest retourné dos à mo| et mȊa pété dessus.
Les deux autres agents de police riaient.
J’ai continué à dire que je devais être libéré grâce à mon document de libération d’une première
rétent|on. les po/|c|ers sont a/ors a//és chercher ce document. Pu|s |/s sont revenus en me d|sant
que ce document ne permetta|t pas ma /|bérat|on. Pu|s |/s ont qu|tté /a ce//u/e. {ȓ.)
Pu|s, c|nq po/|c|ers sont revenus dont un ava|t un casque. l/s ont posé /e casque par terre. l/s mȊont
attrapé /a téte, m|s sur /es genoux et mȊont ma|ntenu /a téte sur /e so/. Pendant ce temps, |/s mȊont
attaché /es ma|ns derr|êre /e dos avec des menottes. Pu|s |/s mȊont m|s /e casque sur /a téte.
Je ne pouvais plus rien voir.
Les policiers sont alors sortis en me laissant avec le casque et les menottes. Je sentais que j’avais
un problème à la tête et aux bras, alors j’ai passé les bras sous mes jambes et j’ai réussi à enlever
le casque. J’étais en colère alors j’ai jeté le casque contre la fenêtre.
Les cinq mêmes policiers sont revenus. Ils ont vu que le casque était cassé. Je me suis rendu
compte qu’ils allaient me frapper et je leur ai demandé de ne pas me frapper sur le bras
qui me faisait déjà très mal. Ils ont enlevé les menottes et ont commencé à me retourner
la main de ce bras-là. Juste après, j’ai reçu un coup de genoux dans le dos et je suis tombé.
Pu|s, a/ors que jȊéta|s au so/, jȊa| reçu des coups de p|ed et des coups de po|ng sur tout /
e corps, pr|nc|pa/ement sur /e dos et sur /es côtes. Deux ou tro|s des po/|c|ers me tena|ent
et les autres me frappaient.
Pu|s |/s ont qu|tté /a ce//u/e en me /a|ssant à terre. JȊava|s de lortes dou/eurs, je me su|s trainé
jusqu’à la fenêtre et j’ai demandé qu’on m’emmène chez le médecin. Un des policiers est revenu
et m’a dit que j’allais voir le médecin. Mais ils ne sont pas revenus. Ils m’ont laissé dans la cellule.
Les faits que je vous ai relatés ont pu être enregistrés par la caméra qui se trouvait dans la cellule.
le /endema|n mat|n, a/ors que jȊa| été p/acé en rétent|on, jȊa| vu une |nʏrm|êre qu| mȊa d|t
que je deva|s a//er à /Ȋhôp|ta/.
Deux po/|c|ers mȊont a/ors emmené à /Ȋhôp|ta/ so|t env|ron quatorze heures aprês /es la|ts.
A /Ȋhôp|ta/, on mȊa |mmob|/|sé /e bras dro|t avec un gros bandage que je do|s garder au mo|ns
dix jours. Je dois revoir le docteur dans dix jours. J’ai également une attelle au pied droit.
JȊa| encore de lorte dou/eur à /Ȋarcade sourc|/|êre gauche. Je ne peux pas dorm|r de ce côté-/à.
J’ai demandé que l’on me fasse une copie de mon dossier médical. Je vous le ferai parvenir
dès que je l’aurai reçu.
Le 3 juin 2010, j’ai indiqué devant le JLD que la police m’avait frappé
et que j’allais porter plainte contre elle. »
Mai s un nombre non négl i geable de personnes
ne sont pas du tout prévenues ou au dernier
moment. Outre le caractère brutal de ce pro-
cédé d’ un poi nt de vue psychologi que, i l en-
gendre par ricochet une pénal i sation qui aurai t
parfoi s pu être évi tée. En ef fet, des étrangers
qui ne se serai ent pas forcément opposés phy-
si quement ne peuvent accepter ce départ sans
s’ y préparer psychologi quement et matéri el -
lement. I l s peuvent alors opter pour l’ ul ti me
recours à leur di sposi tion : se débattre au mo-
ment de l’embarquement, voi re s’ automuti ler.
Cette réacti on est pourtant parf ai tement
prévi si bl e : i l est évi dent que l ’ él oi gnement
consti tue une rupture pour des personnes
ayant vécu pl usi eurs années en France. La
perspecti ve de retourner « au pays » sans af-
f ai res personnel l es ni bi ens aggrave encore
l e caractère i nacceptabl e de ce moment déj à
tres difʏcile.
Les f ai bl es chances d’ obteni r ensui te l e droi t
de reveni r en France ne f ont qu’ accroître l e
f ai t que ces personnes se sentent accul ées.
Ceci d’ autant pl us que l eurs attaches pri vées
et f ami l i al es y sont f ortes. Pour d’ autres,
c’ est l a crai nte de retourner vers un pays où
l eur vi e est en danger qui l es condui t à ref u-
ser d’ embarquer.
60 - L’ i nf ormati on de l a date du
départ est aussi communi quée
notamment à l ’ OFI I qui l a transmet
ensui te aux personnes vi sées.
61 - Sel on l es données non
exhausti ves recuei l l i es par l es
associ ati ons.
Ne pas être identiʏé : Ia Iiberté
ou la prison
Les possi bi l i tés de f ai re annul er un él oi gne-
ment étant très l i mi tées, nombre de ressor-
ti ssants étrangers en rétenti on ne di sposent
pl us que d’ une ul ti me ressource : di ssi mu-
l er l eur i denti té et ne communi quer aucun
document qui permettrai t aux autori tés f ran-
çai ses de mener l a procédure à terme. Cette
stratégi e peut être payante car l ’ admi ni stra-
tion ʏnit par libérer un nombre important de
personnes qu’ el l e n’ est pas parvenue à i den-
tiʏer. Mais lorsque la police et lȊadminis-
trati on ont rassembl é assez d’ él éments pour
démontrer qu’ i l est f ai t obstacl e à l ’ i denti -
ʏcation, le procureur de la République peut
être saisi aʏn que des poursuites pénales
soi ent engagées.
Des sanctions disproportionnées et
une défense difʏciIe à exercer
En 2010, 500 personnes au moi ns
61
ont été
déf érées pour avoi r ref usé d’ embarquer ou
parce qu’ el l es aurai ent vol ontai rement em-
pêché leur identiʏcation.
En général , el l es sont al ors envoyées depui s
l e centre de rétenti on vers une cel l ul e de
garde à vue, pour être ensui te déf érées de-
vant l e tri bunal correcti onnel .
La réponse pénal e à ce type de stratégi es
de derni er recours dével oppées par l es per-
sonnes en rétenti on peut cependant paraître
di sproporti onnée, et se déroul er sel on des
modal i tés cri ti quabl es.
En premi er l i eu, l es condamnati ons qui
s’ en sui vent vari ent général ement entre 1
et 4 moi s de pri son f ermes, parf oi s assor-
ti s d’ une i nterdi cti on du terri toi re f rançai s.
S’ agi ssant général ement d’ un premi er dél i t
sans attei nte aux bi ens ou aux personnes, l a
sancti on peut paraître di sproporti onnée.
En second l i eu, l ’ expéri ence de terrai n
montre que le doute proʏte rarement aux
personnes condamnées. Le f ai t qu’ un consu-
l at décl are ne pas reconnaître un de ses res-
sortissants peut parfois sufʏre a fonder le
verdi ct. Pourtant, l es états ci vi l s n’ étant pas
touj ours bi en tenus dans tous l es pays, cette
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 62
absence de reconnaissance ne signiʏe pas
mécani quement qu’ i l y a eu di ssi mul ati on
dȊidentité. Il est en outre parfois difʏcile de
rapporter l a preuve de son i denti té, en parti -
cul i er pour l es ressorti ssants dont l e pays de
nai ssance n’ exi ste pl us ou s’ est recomposé.
Ai nsi , l es pays de l ’ anci en bl oc sovi éti que
ne reconnai ssent pas touj ours l es personnes
qui n’ ont pas eu de document depui s l a chute
de l ’ URSS. C’ est aussi l e cas pour certai ns
Etats af ri cai ns en guerre ou même pour des
Etats où l ’ on sai t qu’ i l n’ exi ste pl us d’ admi -
ni strati on, comme l a Somal i e par exempl e.
En troi si ème l i eu, l es personnes retenues qui
sont déf érées et l es associ ati ons chargées
de l es ai der à f ai re val oi r l eurs droi ts sont
prévenues au derni er moment et ne peuvent
réel l ement préparer une déf ense. Les avo-
cats de permanence qui l es déf endent géné-
ral ement devant l e tri bunal correcti onnel
doi vent travai l l er dans l a même urgence.
Si certai nes j uri di cti ons ou préf ectures f ont
usage de ces sancti ons avec pl us de prudence
et de respect des droi ts f ondamentaux que
d’ autres, un exempl e i l l ustre j usqu’où ces i ns-
ti tuti ons sont parf oi s capabl es d’ al l er.
Un r essor ti ssant Tamoul du Sr i Lanka est
pl acé au centr e de r étenti on de Gei spol shei m.
Soisie en urqence, lo CLDH orJonne ò lo
Fr ance de suspendr e l’ él oi gnement for cé car
i l encour e des r i sques de tr ai tements i nhu-
mai ns et dégr adants au Sr i Lanka. Mal gr é
tout, l a pr éfectur e or donne qu’ i l soi t pr ésenté
ò son consulor oʏn JȊobrenir un loissez-pos-
ser. Logi quement, à deux r epr i ses ce mon-
si eur r ef use de se r endr e à un r endez-vous
avec ses potenti el s oppr esseur s. I l est al or s
pr ésenté au tr i bunal cor r ecti onnel qui l e
condamne à un moi s d’ empr i sonnement pour
avoi r fai t obstacl e à l’ exécuti on de sa r econ-
dui te au Sr i Lanka.
L’étranger emprisonné coupé
de ses proches
Le passage par l a pri son est souvent très mal
vécu par des personnes qui ne se consi dèrent
pas comme des dél i nquants. Ce senti ment
d’ i nj usti ce est aggravé par l es condi ti ons gé-
néral es d’ i ncarcérati on, comme l a surpopu-
l ati on. Dans ce contexte, l es étrangers vi sés
se trouvent parti cul i èrement i sol és. Leurs
proches ne sont général ement pas prévenus
et tél éphonent souvent aux i ntervenants
associ ati f s en rétenti on pour savoi r où se
trouve l eur parent-e ou ami -e.
La durée des pei nes prononcées est i nsuf-
ʏsante pour permettre lȊobtention de droit
de vi si tes de ces proches dans l es mai sons
d’ arrêt. Les personnes enf ermées sont donc
souvent coupées de tout contact. Pour cel l es
qui ne maîtri sent pas l a l angue f rançai se ou
sont dépourvues de tout moyen ʏnancier, cet
i sol ement est encore pl us marqué.
LE CERCLE VICIEUX DE L’ENFERMEMENT
L’ ensembl e du di sposi ti f dans l equel entre
une personne i nterpel l ée pour i nf racti on à l a
l égi sl ati on sur l es étrangers, peut donc être
parti cul i èrement coerci ti f .
Une même personne est d’ abord i nterrogée
en garde à vue pui s à nouveau parfoi s durant
l a rétention. El le peut être présentée à un ou
plusieurs consul ats, l’ admi ni stration tentant
d’obteni r un l ai ssez-passer. I l arri ve qu’el le
apprenne parfoi s au dernier moment qu’el le
va reparti r en garde à vue, sans avoi r toujours
le temps de comprendre qu’el le comparaîtra
dans les jours sui vants devant un tri bunal cor-
rectionnel parce qu’el le est accusée d’ avoi r fai t
obstacle à son éloi gnement. El le n’ aura alors
guère le temps d’organi ser sa défense, dans un
contexte ou le doute lui proʏte rarement. Une
foi s en pri son, éventuel lement f rappée d’ une
i nterdiction du terri toi re, el le est coupée de ses
proches et de ses soutiens. Ensui te, cette même
personne va reveni r en rétention et à nouveau
subi r éventuel lement des i nterrogatoi res, ren-
contrer d’ autres consul ats, usées par plusieurs
moi s consécuti f s d’enfermement.
Dans certai ns centres de rétenti on, comme
à Toul ouse, l es personnes qui vi vent ce type
de parcours sont de pl us en pl us nombreuses.
I l arri ve que l a même personne subi sse ce
cycl e pl usi eurs f oi s dans l ’ année.
CONCLUSION
En j ui l l et 2011, l a cri mi nal i sati on des mi -
grants prenai t une nouvel l e di mensi on avec
l ’ entrée en vi gueur de l ’ i nterdi cti on de retour
sur l e terri toi re f rançai s (I RTF).
Cette mesure d’ une durée maxi mal e de ci nq
ans est automati quement doubl ée d’ une i ns-
cription au ʏchier SIS (Systeme dȊinforma-
ti on Schengen) qui prohi be aussi tout retour
sur l e terri toi re des pays européens membres
de l ’ espace Schengen.
Les premi ers moi s d’ appl i cati on de cette
nouvelle mesure ont conʏrmé les craintes
expri mées par l es associ ations spéci al i sées
au moment de l a di scussion de l a loi qui l’ a
consacrée. Bi en que l’ I RTF soi t i ssue de l a
transposi tion obl i gatoi re de l a di recti ve euro-
péenne di te « retour », en France l e l égi sl ateur
a prévu un nombre de cas où el l e peut être pro-
noncée qui dépasse l argement l e cadre de l a
norme transposée. Ai nsi de nombreuses per-
sonnes ont été pl acées en rétenti on avec une
I RTF, al ors même que l a si tuati on de certai nes
nécessi tai t un retour en France (conj oi nts de
Françai s, parents d’enf ants f rançai s).
Dans l e contexte actuel d’ une appl ication très
dure du droi t des étrangers, cette nouvel l e
forme de cri mi nal i sation ri sque d’ être uti l i -
sée de f açon quasi systémati que et d’entraîner
des attei ntes graves aux droi ts fondamentaux
des personnes.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 63
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 64
L
e 24 j ui n 2010, une ci rcul ai re ordon-
nai t aux préf ets de procéder à l ’ éva-
cuati on de campements i l l i ci tes, sans
menti onner aucune popul ati on en parti cul i er
(Ci rcul ai re NOR I OCK 1016329 J).
En j ui l l et 2010, en réponse aux réacti ons
vi ol entes des proches d’ un membre de l a
communauté des Gens du Voyage tué par un
gendarme, une réuni on étai t organi sée par
l e gouvernement sur l es probl èmes de com-
portements de certai nes personnes parmi l es
Roms et l es Gens du Voyage. Cel a mal gré
lȊamalgame ʐagrant entre deux communau-
tés, l es uns ressorti ssants de pays de l ’ est, l es
autres ci toyens f rançai s.
Fi n j ui l l et, l ors du « di scours de Grenobl e »
des obj ecti f s cl ai rs étai ent proposés à l ’ égard
des campements roms, et dès l e 5 août, une
nouvel l e ci rcul ai re du mi ni stère de l ’ I nté-
ri eur donnai t des i nstructi ons très pré-
ci ses aux préf ets de pol i ces, aux di recteurs
généraux de l a pol i ce et de l a gendarmeri e
ai nsi qu’ aux préf ets (Ci rcul ai re NOR I OCK
1017881J) :
« Le PresiJenr Je lo Republique o ʏxe Jes
obj ecti fs pr éci s, l e 28 j ui l l et der ni er, pour
lȊevocuorion Jes compemenrs illicires :
300 campements ou i mpl antati ons i l l i ci tes
devr ont avoi r été évacués d’ i ci 3 moi s,
en pr i or i té ceux des Roms. Dons son Jis-
cour s de Gr enobl e, l e 30 j ui l l et der ni er, l e
Pr ési dent de l a Républ i que a demandé de
proceJer JȊici lo ʏn seprembre ou Jemon-
tèl ement des camps qui font dès à pr ésent
l’ obj et d’ une déci si on de j usti ce et, l or sque
cette déci si on n’ a pas encor e été pr i se,
d’ engager des démar ches pour qu’ el l e i n-
ter vi enne l e pl us r api dement possi bl e.
(ȓ)
Il revi ent donc, dans chaque dépar tement,
aux pr éfets d’ engager, sur l a base de l’ état
de si tuati on des 21 et 23 j uill et, une dé-
mar che systémati que de démantèl ement des
camps illi ci tes, en pr i or i té ceux des Roms.
Cel a i mpli que pour chacun des si tes concer -
nés de déter mi ner sans dél ai l es mesures
j ur i di ques et opérati onnel l es pour par veni r
à l’objecti f recherché si te par si te. »
(ȓ)
Les associ ati ons en rétenti on ont constaté une
f orte augmentati on du nombre de f ami l l es
roms pl acées avant d’ être él oi gnées, à l’ i ssue
des nombreux démantèl ements de camps.
Dès l a mi -août, pl us de 40 camps de Roms
avai ent été vi sés sel on l e mi ni stre de l’ i nté-
ri eur, soi t « 700 per sonnes » concernées « qui
devr ai ent êtr e r econdui tes dans l eur pays
d’ or i gi ne », l a Roumani e ou l a Bul gari e.
Très vi te, l es voi x des organi sati ons i nterna-
ti onal es se sont él evées contre cette di scri -
mination afʏchée, dont celle du Comité pour
l ’ él i mi nati on de l a di scri mi nati on raci al e
(CERD) de l ’ ONU qui a dénoncé, l ors d’ une
réuni on à Genève l es 9 et 10 août, l es propo-
si ti ons du di scours de Grenobl e, notamment
l ’ amal game entre Roms et Gens du Voyage.
En septembre, l a Commi ssi on européenne
menaçai t l a France d’ une procédure d’ i n-
f racti on pouvant théori quement l ’ emmener
devant l a CJUE, consi dérant « que l a Fr ance
n’ a pas tr ansposé l a di r ecti ve sur l a l i br e
ci r cul ati on en dr oi t nati onal de mani èr e à
renJre ces Jroirs compleremenr e[ʏcoces er
tr anspar ents ». En ef f et, l a pl upart des per-
sonnes él oi gnées étai ent des ressorti ssants
de l ’ UE.
La circulaire visant les Roms a été modiʏée le
13 septembre (NOR non-i ndi qué) aʏn dȊy faire
di sparaître toute trace de di scri mi nation :
« Ces évacuati ons de campements i l l i -
ci tes doi vent concer ner, comme dans l es
semai nes pr écédentes, toute i nstal l ati on
i l l égal e, quel s qu’ en soi ent l es occupants. »
Mai s surtout, el l e renvoi e di rectement à l a
premi ère ci rcul ai re du 24 j ui n :
« Référ ences : Lo presenre circuloire
r empl ace l es i nstr ucti ons et ci r cul ai r es
onrerieures sur le même objer, conʏrme lo
ci r cul ai r e du 24 j ui n 2010 I ntér i eur – I mmi -
gr ati on, et r appel l e l’ obl i gati on d’ évacuer
l es campements i l l i ci tes. »
I l f audra attendre avri l 2011 pour que l a ci r-
cul ai re du 5 août soi t annul ée par l e Consei l
d’ Etat, l equel esti me que « si l e mi ni str e sou-
ti ent qu’ el l e a été édi ctée dans l e but d’ assur er
l e r espect du dr oi t de pr opr i été et de pr éveni r
l es attei ntes à l a sal ubr i té, l a sécur i té et l a
tr anqui l l i té publ i ques, cette ci r constance ne
l ’ autor i sai t pas à mettr e en œuvr e, en mécon-
nai ssance du pr i nci pe d’ égal i té devant l a l oi ,
une pol i ti que d’ évacuati on des campements
i l l i ci tes dési gnant spéci al ement cer tai ns de
l eur s occupants en r ai son de l eur l’ or i gi ne
ethni que». Si gnal ons au passage que, pré-
al abl ement au consi dérant susmenti onné,
l es magi strats avai ent j ugé uti l e de rappel er
l ’ arti cl e 1
er
de l a Consti tuti on : « La Fr ance
est une Républ i que i ndi vi si bl e, l aïque, démo-
crorique er sociole. Llle ossure lȊeqolire Je-
vant l a l oi de tous l es ci toyens sans di sti nc-
ti on d’ or i gi ne, de r ace ou de r el i gi on. » (CE
n°343387 du 7 avri l 2011).
Une pol i ti que vi sant cl ai r ement
l’ éloignement des Roms
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 65
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
L
es mi neurs i sol és étrangers (MI E)
sont des j eunes étrangers de moi ns
de 18 ans séparés de l eurs représen-
tants l égaux. En l ’ absence de stati sti ques
préci ses, l es associ ati ons esti ment l eur
nombre à envi ron 100 000 en Europe et à
6 000 sur l e terri toi re f rançai s.
Le jeune âge et l’ i solement de ces mi neurs les
pl acent dans une si tuation de grande vul né-
rabi l i té. A ce ti tre, i l s doi vent être considérés
comme des enfants en danger et se voi r appl i -
quer, en plus de l a légi sl ation sur les étrangers,
les normes f rançai ses et i nternationales de pro-
tection de l’enfance. I l s sont donc soumi s à un
régi me j uri di que di sti nct de cel ui des adul tes
et nécessi tent une pri se en charge adaptée. En
ef fet, l a plupart de ces jeunes ont connu un
parcours difʏcile et, pour certains, sont depuis
longtemps en France. En 2010, 610 mi neurs
i solés ont déposé une demande d’ asi le auprès
de l’ OFPRA et 188 ont obtenu le statut de réf u-
gié ou le bénéʏce de la protection subsidiaire
62
.
Le CESEDA ne permet pas l ’ él oi gnement
et donc l e pl acement en rétenti on des mi -
neurs i sol és
63
. Ceux qui se trouvent dans
l es centres ou l ocaux de rétenti on admi -
ni strati ve ont tous vu l eur mi nori té remi se
en cause par l es autori tés f rançai ses et sont
consi dérés comme des adul tes
64
. Ai nsi , i l s
peuvent f ai re l ’ obj et d’ une mesure d’ él oi gne-
ment al ors qu’ en tant que mi neurs, i l s sont
protégés contre toute procédure de ce type.
I l s sont pl acés en centre de rétenti on avec des
adul tes, en dehors de toute pri se en charge
adaptée. C’est ai nsi que l a questi on de l a dé-
termi nati on de l eur âge apparaît cruci al e dans
l e trai tement de l a rétenti on des mi neurs i so-
l és. Mai s i l f aut aussi soul i gner que l a vul né-
rabilité particuliere et les besoins spéciʏques
nécessi tant une pri s en charge adaptée exi s-
teront au-del à d’ une déci si on f ormel l e décl a-
rant un j eune comme maj eur.
UNE PROCÉDURE DE DÉTERMINATION
DE L’ÂGE DÉFAILLANTE
L’ admi ni strati on f rançai se recourt de f açon
quasi systémati que à une experti se d’ âge
consi stant à soumettre l e j eune à un examen
osseux (radi ographi e du poi gnet) et pouvant
être compl été par un examen cl i ni que (exa-
men par un médeci n de ses mensurati ons, de
sa maturi té pubertai re et de son dével oppe-
ment dentai re).
Cette experti se médi cal e est très souvent
uti l i sée pour des j eunes qui di sposent pour-
tant de documents d’ i denti té. Pourtant, l ’ ar-
ti cl e 47 du code ci vi l prévoi t que « tout acte
Je lȊeror civil jȓ] Jes erronqers [oir en poys
étr anger et r édi gé dans l es for mes usi tées
dans ce pays fai t foi ». Sel on ce même ar-
ti cl e, c’ est donc uni quement en cas de remi se
en cause f ormel l e de l a véraci té de l ’ acte,
qu’ une experti se d’ âge pourrai t être deman-
dée. Cette procédure de détermi nati on de
l ’ âge ne devrai t en aucun cas préval oi r sur
des documents d’ i denti té. De tel s examens
posent égal ement l e probl ème du consen-
tement du mi neur qui est i ndi spensabl e en
vertu de l ’ arti cl e 371-1 du code ci vi l . Or, en
prati que, ce consentement est très rarement
demandé. En tout état de cause, toute per-
sonne dont l a mi nori té est remi se en cause
devrait proʏter du doute et ne devrait pas
être pl acée en rétenti on. Le doute doi t tou-
jours proʏter aux mineurs.
Cette méthode de détermi nati on de l ’ âge, qui
se f onde uni quement sur des él éments médi -
caux, ne permet pas d’ abouti r à un résul tat
ʏable et respectueux du droit national et in-
ternational. La ʏabilité de ces examens mé-
di caux el l e-même a été remi se en cause dans
de nombreux rapports d’ organi smes nati o-
naux et i nternati onaux. La détermi nati on de
l ’ âge est en ef f et f ondée sur l a méthode di te
de « Greul i ch et Pyl e » qui est marquée par
une grande i mpréci si on : el l e date de 1930 et
a été établ i e à parti r d’ expéri mentati ons me-
nées sur une popul ati on améri cai ne de type
caucasi enne. Ai nsi , l ’Académi e nati onal e
de médeci ne a reconnu que « cette méthode
ne per met pas de di sti ncti on nette entr e 16
et 18 ans
65
» et l e Comi té consul tati f nati o-
nal d’ éthi que a aj outé qu’ el l e comporte « un
r i sque d’ er r eur maj eur à l’ égar d des enfants
non caucasi ens
66
». En 2009, l e Comi té des
EXEMPLE DE JURISPRUDENCE
« Le conseil de Mr X souligne la marge d’erreur
de l’expertise osseuse, et le fait que l’appelant
ne rapporte pas la preuve de ce que la tazkira
est fausse, les doutes de l’ASE n’étant pas
des cert|tudes. [ȓj le m|n|stêre pub/|c conc/ut
à /Ȋ|nʏrmat|on de /a déc|s|on délérée et à /a
mainlevée de la mesure de placement. Sur
ce, considérant que la procédure d’assistance
éducative ne peut s’appliquer qu’aux mineurs
de 18 ans, que Mr X produit à l’audience l’ori-
ginal de la tazkira sur lequel est apposé sa
photographie, dont il avait joint une copie à
son courrier de saisine du juge des enfants,
que cet acte mentionne selon les traductions
versées au débat soit qu’il est âgé de 16 ans
en 2010, soit qu’il est âgé de 16 ans en 2010
selon l’apparence physique, que les débats et
éléments produits devant la cour ne permettent
pas dȊalʏrmer que /es é/éments |nvoqués par
/e Prés|dent du conse|/ de Par|s, dans /es
mentions de cette tazkira sont avérées, que la
proximité de l’échéance de la mesure déférée
ne permet pas de diligenter des investiga-
tions complémentaires à ce sujet. Qu’ainsi,
au regard de l’ensemble des éléments soumis
à l’appréciation de la Cour et des dispositions
de l’article 47 du code civil, le premier juge, à
juste t|tre, la|t bénéʏc|er Mr X de /a procédure
d’assistance éducative, et ce, compte tenu de
sa situation d’insécurité et d’isolement sur le
territoire national. » (CA Paris, 6 mai 2011)
L’ enfer mement
des mi neur s i sol és
62 - Source OFPRA.
63 - L’ arti cl e L.511-4 du
CESEDA i ndi que que
« Ne peuvent f ai re l ’ obj et
d’ une obl i gati on de qui tter
l e terri toi re f rançai s : 1°
L’ étranger mi neur de di x-hui t
ans [ ...] . » et l ’ arti cl e L. 521-
4 préci se que « L’ étranger
mi neur de di x-hui t ans ne
peut f ai re l ’ obj et d’ une
mesure d’ expul si on. »
64 - A l ’ excepti on de Mayotte
où des mi neurs i sol és sont
rattachés à des adul tes qu’ i l s
ne connai ssent pas pour
pouvoi r être enfermés en
rétenti on et él oi gnés. Voi r
focus « Outre-mer ».
65 - Académi e nati onal e
de médeci ne, « Rapport
sur la ʏabilité des examens
médi caux vi sant à détermi ner
lȊâge a des ʏns judiciaires et
l a possi bi l i té d’ amél i orati on
en l a mati ère pour l es
mi neurs étrangers i sol és »,
j anv. 2007.
66 - Comi té consul tati f
nati onal d’ éthi que pour l es
sci ences de l a vi e et de l a
santé, « Sur l es méthodes
de détermi nati on de l ’ âge
a des ʏns juridiques », avis
n°88, 23 j ui n 2005 – http://
www.ccne-ethi que.f r/docs/f r/
avi s088.pdf
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 66

É
T
U
D
E

T
H
É
M
A
T
I
Q
U
E
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 67
droi ts de l ’ enf ant a une nouvel l e f oi s expri -
mé ses préoccupati ons dans ses Observa-
tions ʏnales a la France et « [a JemonJe]
insrommenr ò lȊLror porrie JȊinrroJuire Jes
méthodes r écentes de déter mi nati on de l’ âge
qui se sont avér ées pl us pr éci ses que l es exa-
mens osseux actuel l ement uti l i sés
67
. »
Sel on une posi ti on constante, l ’ OFPRA
consi dère égal ement que l es concl usi ons de
ces tests osseux ne sont pas, à el l es seul es,
sufʏsamment probantes pour établir lȊâge
d’ un étranger. Aussi , en l ’ absence de tout do-
cument dȊidentité ʏable indiquant la majori-
té et à déf aut de représentant l égal , l ’ OFPRA
ne statue sur l a demande d’ un j eune qu’ à l a
date à l aquel l e i l attei nt sa maj ori té sel on ses
décl arati ons.
Le recours à cette méthode de détermi nati on
de l’ âge peut être très di f f érent sui vant l es
départements et l es tri bunaux qui ordonnent
ces experti ses. Certai ns en usent de mani ère
systémati que tandi s que d’ autres en f ont un
usage « rai sonné » ou l’ont prati quement
abandonné. De pl us, ces comportements
abouti ssent à des si tuati ons du pl us grand ar-
bi trai re : l es prati ques médi cal es ne sont pas
harmonisées et aucune regle ne déʏnit le dé-
roul ement et l’ i nterprétati on de ces examens.
Dans son rapport de 2005, l’ IGAS constatai t
que « l’ appel pl us ou moi ns fr équent à une
exper ti se osseuse demandée par l e par quet »
consti tuai t un des « pr i nci paux si gnes de di f-
fér enci ati on » entre l es départements voul ant
donner à ces j eunes « l es mei l l eur es chances
de pr otecti on et d’ i nser ti on » et ceux qui ne
« l es accuei l l ent qu’ à r egr et »
68
.
L’ensembl e de ces él éments condui t l es asso-
ci ati ons à dénoncer f ermement l e recours à
l’experti se médi cal e pour détermi ner l’ âge
de j eunes étrangers et f onder l eur pl acement
en rétenti on. D’ autant que l a France pourrai t
recouri r à une méthode pl uri di sci pl i nai re
de détermi nati on de l’ âge, à l’ i nstar d’ autres
pays européens comme l a Grande-Bretagne
et l a Suède. Ce type de méthode permet de
détermi ner l’ âge d’ une personne sur l a base
d’ une éval uati on prenant en compte des cri -
tères d’ apparences physi ques mai s égal ement
soci aux, psychol ogi ques ou encore compor-
tementaux. El l e s’ appui e sur des él éments
recuei l l i s par des prof essi onnel s de di f f érents
domai nes (travai l l eurs soci aux, psychol o-
gues, médeci ns…) et sur une gri l l e d’ ana-
l yse préci se permettant une appréci ati on l a
pl us obj ecti ve possi bl e. Ai nsi , en Suède, l a
détermi nati on de l’ âge s’ef f ectue au travers
d’entreti ens d’ori entati on et d’ une esti ma-
ti on gl obal e f ondée sur di f f érents él éments :
l’ hi stoi re du j eune, son ni veau de scol ari sa-
ti on, son apparence, son comportement…
TÉMOIGNAGES
M
lle
X, ressortissante irakienne, mineure de 16 ans, a été interpellée à l’aéroport
en compagnie de son frère alors quȊils tentaient de rejoindre leur grand frère,
réfugié statutaire aux Pays Bas. A l’issue de la garde à vue, elle est séparée
de son frère qui est placé dans un autre CRA et arrive seule en rétention.
LȊOFll nous informe que lȊinterprète utilisé pour la notiʏcation des droits en rétention
est le même que celui ayant servi à l’interpellation. Nous nous mettons en contact avec lui
et celui-ci nous rapporte l’entretien de garde à vue. Alors qu’elle avait dit avoir 16 ans,
un agent de police lui aurait indiqué qu’en se déclarant majeure, elle ne serait pas séparée
de son frère. CȊest pourquoi, la police a pu la placer en centre de rétention.
N’ayant aucun document d’identité prouvant sa minorité, nous avons saisi le procureur
de la République et informé le juge des enfants de sa situation. Un test osseux a été
effectué et lȊa déclaré majeure. Entre temps, son frère, qui voyageait avec elle,
a été libéré sur le fondement de l’irrégularité de la procédure d’interpellation.
Nous informons la préfecture de ces nouveaux éléments.
Une dizaine de jours après son audience devant le TA qui a conʏrmé la légalité de la mesure
d’éloignement, la préfecture nous informe qu’elle sera éloignée non plus vers l’Irak mais vers
la Grèce où elle nȊa aucune connaissance ni famille et où elle ne sait même pas être passée.
Elle sera ʏnalement libérée par la préfecture au l9
ème
jour de son placement.
Un jeune garçon de l7 ans est arrivé en centre de rétention. ll sȊétait déclaré mineur dès son
interpellation en donnant son identité et sa date de naissance. ll afʏrmait quȊil avait été placé
sous la protection de lȊASE par un juge des enfants, ce que nous avons pu conʏrmer en
effectuant des recherches auprès des services de lȊASE. ll se retrouvait là dans la mesure où
il ne pouvait produire aucun document attestant de son identité, ni de sa minorité. Après de
nombreuses tentatives nous avons réussi à nous faire faxer la décision du juge des enfants
le concernant. De plus, il apparaissait qu’il avait fait l’objet de deux tests osseux : un premier
test demandé par le juge des enfants qui l’avait déclaré mineur et un second, réalisé sur
demande de l’administration, moins probant car moins « poussé », qui l’avait déclaré majeur
et qui était mentionné dans sa mesure d’éloignement.
Lorsque nous avons pris contact avec l’administration du centre pour faire valoir la minorité
du jeune à l’appui des documents obtenus, l’administration nous a opposé le second test
osseux le déclarant majeur, comme mentionné sur la mesure d’éloignement. Quant aux
documents du juge des enfants le concernant, l’administration ne voulait pas les prendre
en compte expliquant que l’identité du jeune n’était pas clairement établie. L’administration
est restée sur ses positions et nous avons remis au retenu tous les documents à présenter
cette fois devant le JLD. Le lendemain – comme prévu – le JLD l’a libéré du fait de sa
minorité. Ironie du sort, il n’a pas été libéré immédiatement mais a été ramené au centre
dans la mesure où les personnes mineurs, lorsqu’elles sont mises en rétention « par
erreur » do|vent en théor|e sort|r du centre accompagnées. Toutelo|s, aprês avo|r vér|ʏé
qu’aucun adulte ne pouvait venir le chercher, l’administration l’a laissé repartir seul.
67 - Comi té des droi ts
de l ’ enf ant, Examen des
rapports présentés par l es
Etats parti es en appl i cati on
de l ’ arti cl e 44 de l a CI DE,
Observations ʏnales a la
France, 51ème sessi on, 22
j ui n 2009, CRC/C/FRA/
CO/4, §86b.
68 - I nspecti on général e des
aff ai res soci al es, Mi ssi on
d’ anal yse et de proposi ti on
sur l es condi ti ons d’ accuei l
des mi neurs étrangers i sol és
en France, Rapport I GAS
n°2005/010, j anv. 2005.
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 68
Les Bri tanni ques ont recours à l’experti se
des servi ces soci aux d’ une autori té l ocal e qui
procède à une éval uati on compl ète notam-
ment sur l’ hi stoi re f ami l i al e du j eune, son ni -
veau de scol ari sati on et ses acti vi tés récentes
pour détermi ner son âge.
L’ABSENCE DE PRISE EN CHARGE
ADAPTÉE
Les mi neurs i sol és sont pl acés en centre de
rétenti on en dépi t de l eur mi nori té décl arée et
en l’ absence de toute pri se en charge adaptée.
Aucune procédure spéciʏque nȊest en effet
prévue pour ces j eunes consi dérés comme
maj eurs par l’ admi ni stration, à l a f oi s dans
l’organi sati on des rel ati ons avec l es servi ces
de l’ ai de soci al e à l’enf ance et des rel ations
avec l es services du j uge des enf ants. Pour-
tant, l a si tuation de ces j eunes, en i nstance
d’éloi gnement, devrai t pouvoi r être trai tée de
maniere efʏcace et selon une procédure dȊur-
gence et adaptée à l eurs besoi ns. I l est donc
touj ours très compl i qué d’obteni r des i nfor-
mations rapi dement auprès des services de ces
deux admi ni strations et l e travai l des asso-
ci ations peut se révél er l abori eux. Ce déf aut
d’organi sation et de communication se f ai t au
détri ment de l’ i ntérêt supéri eur de ces j eunes.
La demande d’ asi l e de ces mi neurs consi -
dérés comme maj eurs ne f ai t pas non pl us
l ’ obj et d’ une procédure adaptée et est trai tée
de mani ère contradi ctoi re par l es di f f érentes
admi ni strati ons. En ef f et, à l ’ i nverse de l a
préf ecture, l ’ OFPRA l es consi dère souvent
comme mi neurs, en vertu de l eur âge décl a-
ré, et ref use donc d’ exami ner et de statuer
sur l eur demande d’ asi l e. La seul e sol uti on
pour ces j eunes demandeurs d’ asi l e est al ors
de se voi r dési gner un admi ni strateur ad hoc
qui l es représentera j uri di quement et l es ac-
compagnera dans l eurs démarches auprès de
l ’ OFPRA. Cependant, l ’ OFPRA ne sai si t pas
de mani ère systémati que l e parquet pour l a
dési gnati on de tel s admi ni strateurs. A cel a
sȊajoute le nombre insufʏsant des personnes
pouvant j ouer ce rôl e. La pl upart des j eunes
demandeurs d’ asi l e doi vent en conséquence
attendre l eur maj ori té pour f ai re val oi r l eur
besoi n de protecti on.
Dans le cas ou la minorité a ʏnalement pu
être reconnue dans l e centre de rétenti on,
l es j eunes qui doi vent al ors être remi s en
l i berté – pui sque protégés contre toute pro-
cédure dȊéloignement ȅ ne peuvent bénéʏcier
que rarement d’ une pri se en charge adaptée à
l eur mi nori té et l eur besoi n de protecti on (au
travers notamment d’ une mesure provi soi re
de pl acement à l’ASE). I l en va pourtant de
l a responsabi l i té de l’ Etat de protéger l es mi -
neurs en danger. Or, l a pl upart du temps, ri en
n’est organi sé à l a sorti e du centre – que ce
soi t par l’ admi ni strati on du centre ou par l a
préf ecture – al ors que l eur mi nori té est désor-
mai s cl ai rement établ i e et que cel a doi t l eur
ouvrir la possibilité de bénéʏcier de mesures
d’ assi stance éducati ve. Ai nsi des mi neurs
sont-i l s l i bérés devant des centres de réten-
ti on sans aucune pri se en charge. I l arri ve
parf oi s qu’ un mi neur soi t mai ntenu i nuti l e-
ment en rétenti on l e temps de rechercher une
pri se en charge qui n’ abouti t qu’excepti onnel -
l ement. Cette sol uti on n’est pas acceptabl e et
l a l i bérati on ne doi t pas être retardée en rai -
son de dél ai s de l’ admi ni strati on.
Pour ceux dont l a mi nori té n’ est pas recon-
nue mai s qui n’ ont pas pu être recondui ts, l e
probl ème demeure une f oi s sorti s du centre
de rétenti on. I l s ne peuvent f ai re l ’ obj et
d’ aucune pri se en charge adaptée et i l s sont
consi dérés comme maj eurs par certai nes ad-
mi ni strati ons et mi neurs par d’ autres. Dans
certai ns cas, l ’ admi ni strati on va j usqu’ à uti -
l i ser l e passage en rétenti on du j eune comme
preuve de sa maj ori té.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 69
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 70
C
ette anal yse porte sur une parti e des
terres ul tramari nes : l a Guyane, l a
Guadel oupe, La Réuni on et Mayotte.
L’ensemble de ces terri toi res fonctionne à l a
foi s comme un mi roi r grossi ssant de l a pol i -
tique f rançai se d’enfermement et d’éloi gne-
ment et comme une boule de cri stal où l’ aveni r
de cette même pol i ti que peut souvent être l u.
En ef f et, l es étrangers y sont encore pl us mas-
si vement enf ermés et él oi gnés qu’en métro-
pol e. Leurs droi ts sont extrêmement rédui ts.
Et l es procédures dérogatoi res en vi gueur ont
régulierement préʏgurés les systemes législa-
ti f s mi s ensui te en pl ace en métropol e.
Ai nsi , alors que l a majori té des recondui tes
organi sées depui s les CRA de France en 2010
ont eu l ieu en Outre-mer (28 000 depui s l a
métropole et 30 790 depui s l’ Outre-mer dont
26 400 depui s le seul terri toi re de Mayotte), le
temps moyen de mai ntien en rétention y est 5
foi s moi ns i mportant qu’en métropole (10 jours
en métropole contre 1,9 jours en Outre-mer).
Du caractère massi f et rapi de de ces él oi gne-
ments, largement facilité par la conʏguration
géographi que de ces terri toi res et l es déro-
gati ons l égi sl ati ves en vi gueur, résul te un
exerci ce des droi ts margi nal i sé, une concen-
trati on de prati ques parti cul i èrement cri ti -
quabl es et une banal i sati on de l a condi ti on
des étrangers retenus .
RAPIDITÉ DES RECONDUITES
ET MARGINALISATION
DE L’ACCÈS AUX DROITS
UN CADRE LÉGISLATIF DÉROGATOIRE
Par dérogati on au régi me j uri di que en
pl ace en métropol e, l es recours déposés en
Guyane, en Guadel oupe, à Sai nt Marti n,
à Sai nt Barthél émy et à Mayotte contre l a
mesure d’ él oi gnement et l e pl acement en
rétenti on ne suspendent pas l a recondui te
du requérant. Autrement di t, une personne
retenue peut être recondui te dans son pays
d’ ori gi ne al ors même que son recours est en
attente devant l a j uri di cti on admi ni strati ve.
Aʏn de garantir malgré tout lȊacces a un juge,
le légi sl ateur a prévu l a sai si ne de l a j uri diction
admi ni strati ve au moyen du référé suspension,
par lequel le j uge peut suspendre une mesure
admi ni strati ve mani festement i rrégul ière.
Dans son rapport 2008, sui te à ses dépl a-
cements en Guyane et à Mayotte, l a CNDS
recommandai t l a suppressi on du cadre l égi s-
l ati f dérogatoi re en Outre-mer. El l e rel evai t
que ces dérogati ons, mi ses en pl ace « au moti f
que l a pr essi on mi gr atoi r e y ser ai t pl us for te
qu’ en Fr ance hexagonal e », ne f ai sai ent en
f ai t « qu’ accr oi tr e l es i négal i tés de dr oi ts et
de tr ai tement entr e l es per sonnes r etenues. »
Et pour cause.
Les condi ti ons d’ i nterpel l ati on et de réten-
ti on ai nsi que l a si tuati on admi ni strati ve des
Personne retenue au CRA de Cayenne Rochambeau, 2011, Laurent Pipet
Outre-mer : des droits au r abais
dans un contexte d’ enf er mement
et d’ él oi gnement massi f s
retenus ne f ont que très rarement l ’ obj et d’ un
contrôl e j uri di cti onnel .
UN ACCÈS RESTREINT AU JUGE
En prati que, l es dél ai s de mai nti en en ré-
tenti on s’ avèrent tel l ement rédui ts que l es
personnes retenues sont bi en souvent recon-
dui tes avant même qu’ une audi ence soi t
ʏxée par le juge, y compris dans le cadre
d’ un réf éré pourtant censé parer à l ’ urgence.
Ai nsi de nombreux réf érés se concl uent-i l s
par un non-l i eu du f ai t de l a recondui te du
requérant antéri eure à l ’ audi ence, souvent
mal gré l ’ i rrégul ari té constatée de l eur re-

É
T
U
D
E

T
H
É
M
A
T
I
Q
U
E
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 71
condui te. Autrement di t, même si l es droi ts
de l ’ étranger n’ ont pas été respectés et que
l e j uge l e constate, i l est trop tard, l ’ él oi gne-
ment étant déj à exécuté.
Les retenus du CRA de Mayotte ne sont, de
f ai t, pas en capaci té de déposer un recours
auprès du TA. Seul l e gref f e de l a j uri di cti on
trai te ce type d’ af f ai re, l es magi strats si égeant
à troi s heures d’ avi on, à Sai nt Deni s de La
Réuni on. Cette organi sati on de l a j uri di cti on
al l onge l es dél ai s de trai tement et rend i nopé-
rants l a pl upart des recours, l e temps moyen
de mai nti en en CRA étant i nf éri eur à un j our.
En outre, l e centre de rétenti on de Mayotte
est le seul ou aucune organisation nȊest ʏ-
nancée et habi l i tée pour assi ster l es étran-
gers dans l ’ exerci ce de l eurs droi ts.
En Guyane, si l es dél ai s d’ audi ence se sont
nettement raccourci s depui s troi s ans en
passant d’ envi ron troi s semai nes à quarante-
hui t heures, voi re moi ns en cas de si tuati on
excepti onnel l e, l a maj ori té des personnes
retenues restent en moyenne 1,4 j ours en ré-
tenti on. Si bi en que l es droi ts ne trouvent que
margi nal ement l a possi bi l i té de s’ exercer.
À La Réuni on, où l e recours est suspensi f et
mal gré un f ai bl e taux de pl acement en réten-
ti on, l a maj ori té des retenus accompagnés
par La Ci made (depui s l e début de son i nter-
venti on au CRA du Chaudron en mars 2011)
a été recondui te sous quarante-hui t heures.
La courte durée de mai nti en en rétenti on
expl i que égal ement l a f ai bl e i nterventi on du
j uge j udi ci ai re.
En 2010, l e pourcentage des retenus ayant pu
rencontrer l e JLD est él oquent : seul ement
11,8 % en Guyane et 0 % à Mayotte.
La nouvelle loi sur lȊimmigration ʏxant
désormai s à ci nq j ours l e dél ai d’ audi ence
du JLD anni hi l e, pour l a grande maj ori té
des retenus d’ Outre-mer, l es possi bi l i tés de
f ai re val oi r l ’ exerci ce de l eurs droi ts l ors de
l ’ i nterpel l ati on et en rétenti on.
UN ACCÈS RESTREINT
AUX INTERVENANTS EN RÉTENTION
Au-del à d’ un contrôl e j uri di cti onnel de l a
procédure d’ él oi gnement, l a l oi prévoi t l a
présence au sei n du CRA d’ i ntervenants
médi caux chargés d’ assurer un accès aux
soi ns et l a compati bi l i té de l a recondui te
avec l ’ état de santé des personnes retenues,
d’ i ntervenants i nsti tuti onnel s (OFI I ) qui
proposent une écoute et un accompagne-
ment dans l a préparati on des condi ti ons ma-
téri el l es du départ et d’ i ntervenants associ a-
ti f s (en Outre-mer, La Ci made) qui assurent
un accompagnement soci oj uri di que.
Autant de mi ssi ons censées garanti r aux
personnes enf ermées l ’ exerci ce des droi ts
attachés à l a procédure d’ él oi gnement.
A nouveau, l a bri èveté du mai nti en en réten-
ti on pri ve très f réquemment l es personnes
retenues d’ un accès aux i ntervenants et à
toutes l es garanti es qui s’ y attachent. A f or-
ti ori pour cel l es qui sont enf ermées durant
l e week-end ou l e soi r pour être él oi gnées l e
mati n. Les condi ti ons de l eur rétenti on ai nsi
que l eur recondui te se déroul ent al ors dans
une total e opaci té.
Conséquence di recte d’ un pouvoi r quasi di s-
créti onnai re l ai ssé à l’ admi ni strati on pour
mener des recondui tes depui s l’ Outre-mer,
ces terri toi res concentrent de nombreuses
prati ques condamnabl es et souvent i nédi tes
dans l e reste de l a France.
CONCENTRATION DE
PRATIQUES CONDAMNABLES
Les associ ati ons dépl orent quoti di ennement
l e mai nti en de prati ques parti cul i èrement
cri ti quabl es, et ce à tous l es ni veaux de l a
procédure d’ él oi gnement.
PLACEMENTS EN RÉTENTION
DE PERSONNES PROTÉGÉES
CONTRE LA RECONDUITE
En Guyane où La Ci made i ntervi ent depui s
2006, de nombreuses personnes protégées
contre l a recondui te (parents d’ enf ants f ran-
çai s, arri vés en France avant l ’ âge de 13
ans…) ont été pl acées en rétenti on et él oi -
gnées pour une parti e d’ entre el l es, certai nes
pourtant munies des pieces justiʏant de leur
si tuati on personnel l e dès l eur i nterpel l ati on.
Faute d’ un contrôl e ef f ecti f du j uge, l es
possi bi l i tés de l i bérati on de ces personnes
passent maj ori tai rement par un recours gra-
ci eux, ef f ectué auprès de l a préf ecture.
Ai nsi , en 2010, 225 recours graci eux ont
abouti à une l i bérati on, soi t 12,6% des i nter-
venti ons de La Ci made.
MESURES D’ ÉLOIGNEMENT
STÉRÉOTYPÉES
Conséquence du caractère massi f des i nterpel -
l ations notamment en Guyane et à Mayotte, les
mesures dȊéloignement notiʏées sont rarement
ci rconstanciées et moti vées et se caractéri sent
par l’ absence f réquente d’examen de l a si tua-
tion personnel le des i ntéressés.
Panneau de visites, CRA de Cayenne Rochambeau, 2011,
Laurent Pipet
CENTRES ET LOCAUX DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 72
PLACEMENTS DE MINEURS
EN RÉTENTION
Bien qu’ i l s n’ apparai ssent pas sur l a l i ste des
centres habi l i tés à recevoi r des fami l les et mal -
gré l’ i nterdiction de recondui re des mi neurs,
des enf ants accompagnant un de leur parent,
voi re i solés, ont été pl acés dans les CRA de
Mayotte, de Guyane et de La Réunion.
En Guyane, en 2009 et 2010, La Ci made a
constaté à pl usi eurs repri ses l e pl acement en
rétenti on d’ enf ants quel ques heures avant l a
recondui te de l eur parent retenu. Ces recon-
dui tes ont été organi sées dans des dél ai s
courts, avec des possi bi l i tés rédui tes de pré-
parati on du départ et sans consi dérati on de
l ’ autre parent présent sur l e terri toi re f ran-
çai s parf oi s l ui -même en si tuati on régul i ère.
La CNDS

avai t, sur ce poi nt, recommandé
que l ’ assi gnati on à rési dence soi t f avori sée
aʏn de prévenir la précipitation du départ et
l ’ entrée des enf ants au sei n du CRA.
A Mayotte, d’où 6 400 mi neurs ont été recon-
dui ts en 2010, l’ associ ation déplore f réquem-
ment l a présence d’enfants qui sont rattachés
par l’ admi ni stration à un adul te censé être leur
représentant légal . En réal i té, nombre de ces
enfants décl arent ne pas connai tre cet adul te.
Mal gré l es rapports de l a CNDS et de l a
Déf enseure des enf ants qui soul i gnent l ’ at-
tei nte aux droi ts f ondamentaux des mi neurs
retenus, ces prati ques perdurent.
ATTEINTES RÉCURRENTES
À CERTAINS DROITS EN RÉTENTION
Bien que soulevés auprès de l a préfecture ou
du JLD, certai ns droi ts attachés à l a procédure
d’éloi gnement demeurent systémati quement
bafoués sans pour autant remettre en question
le pl acement des étrangers en rétention.
Ai nsi en est-i l du droit de communiquer au sei n
des CRA d’ Outre-mer qui ne di sposent pas
d’ un di stri buteur automatique de cartes télé-
phoniques. En l’absence de l’ OFI I, non présente
à La Réunion et à Mayotte, l’achat de cartes dé-
pend de l a bonne volonté des services de pol ice.
En Guyane, La Ci made a dépl oré l e non-
f oncti onnement de l a cabi ne de tél éphone
pendant toute l ’ année 2010, pri vant l es per-
sonnes retenues dépourvues de tél éphone
portabl e de l a possi bi l i té de j oi ndre l eurs
proches ou l eur consei l .
De même, l es personnes retenues t ransf é-
rées depui s l e LRA de Sai nt Mar t i n par l a
police nationale ne reçoivent jamais notiʏ-
cat i on de l eurs droi ts à l eur arri vée au CRA
de Guadel oupe.
L’ i nterpel l ati on et l e pl acement en rétenti on
d’ un nombre massi f d’ étrangers constatés à
Mayotte et en Guyane s’ arrangent mal avec
une pri se en compte appl i quée et i ndi vi -
duel l e des droi ts de chacun.
De f ai t l es l i bérati ons ordonnées par l e JLD
de Guyane, al ors qu’ i l i ntervenai t encore
dans l e dél ai antéri eur prévu par l a l oi de
quarante-hui t heures, révèl ent que l a pro-
cédure de pl acement en CRA est régul i ère-
ment vi ci ée : procès-verbaux stéréotypés et
pré-rédigés, notiʏcations et explications des
droi ts de l a personne retenue ef f ectuées en
ci nq à di x mi nutes, i nterprètes absents, dél ai
de transf ert excessi f des retenus j usqu’ au
CRA, absence systématique de notiʏcation
des audi ences…
La CNDS a rendu des recommandat i ons en
ce sens concernant l e CRA de Rochambeau
(Guyane), dans un rappor t él aboré en 2008,
en i ndi quant que « l a Commi ssi on r ecom-
mande de r appel er aux OPJ de l a PAF,
mai s aussi aux pr ocur eur s sous l a di r ecti on
desquel s i l s agi ssent (…) qu’ en mati èr e de
l ut te cont r e l e séj our i r r égul i er, l e nombr e
de r econdui tes ef fect uées ne doi t en aucun
cas nui r e à l a qual i té et à l a r égul ar i té des
pr océdur es ».
DES CONDITIONS
DE RÉTENTION INDIGNES
Qualiʏé de « verrue de la République », le
CRA de Mayotte
69
se di sti ngue par un amé-
nagement parti cul i èrement précai re, (voi r
parti e sur l e CRA) de Mayotte dénoncé tant
par l es associ ati ons de déf ense des droi ts de
l ’ Homme que par l a CNDS, l e Déf enseur des
enf ants ou l es syndi cats de pol i ce.
Ainsi le CRA, dont la capacité ofʏcielle
est de 60 pl aces, compte quoti di ennement
j usqu’ à 140 personnes retenues, rédui sant
ai nsi à 1,47 m² l ’ espace par retenu. « Le taux
JȊoccuporion moyen journolier ʐucrue beou-
coup et dépasse hui t moi s sur douze l a capa-
ci té pr évue de 60 pl aces
70
. »
Par ai l l eurs, i l i ntègre une zone de vi e cons-
t i tuée de deux grandes sal l es non mi xtes
peu écl ai rées par l a l umi ère du j our, dé-
pour vue de matel as. I l n’ y a ni équi pement
de l i teri e, ni chai se, ni tabl e, ni accès à une
cour extéri eure.
La quasi -total i té des retenus sont donc
contrai nts de passer l a j ournée ou l a nui t sur
des nattes à même l e sol , parf oi s avec des
bébés en bas âge pour l esquel s aucun équi -
pement adapté n’ est proposé.
L’ i nsal ubri té et de caractère i ndi gne de ces
condi ti ons de rétenti on ont été dénoncés par
l e contrôl eur général des l i eux de pri vati on
de l i berté en 2010.
Cl andesti n entre 1996 et 2002, ce l i eu d’ en-
f ermement est devenu un LRA par arrêté
préf ectoral , pui s un CRA par arrêté mi ni s-
téri el en 2004. L’ observati on des condi ti ons
d’ enf ermement et d’ exerci ce des droi ts
démontrent qu’ à l ’ évi dence ces arrêtés ont
entéri né l ’ exi stence d’ un centre de rétenti on
tout à f ai t i l l égal .
UNE POLITIQUE
D’ÉLOIGNEMENT QUI PERMET
LE MAINTIEN D’UN CADRE
DÉROGATOIRE ET BANALISE
L’ENFERMEMENT
Les mouvements quoti di ens et i mportants
de mi grants en Outre-mer i mpactent sans
aucun doute l a percepti on de l a condi ti on
de retenu, tant parmi l es popul ati ons l ocal es
qui sembl ent parf oi s percevoi r l es chi f f res
astronomi ques de recondui te comme l a
justiʏcation du maintien dȊune politique
dérogatoi re d’ él oi gnement, que parmi l es
personnes el l es-mêmes qui sont bi en sou-
vent rési gnées à l eur retour dans l eur pays
d’ ori gi ne.
LE MAINTIEN INJUSTIFIÉ
D’ UN CADRE DÉROGATOIRE
Le di sposi ti f l égi sl ati f d’ excepti on en pl ace
en Guyane, en Guadel oupe, à Sai nt Marti n,
Saint Barthélemy et Mayotte a été justiʏé
par l e l égi sl ateur par l a nécessi té de l utter
contre une i mmi grati on cl andesti ne parti cu-
l i èrement i mportante en Outre-mer.
De fai t, l a majori té des recondui tes est orga-
ni sée depui s l’ Outre-mer et non l a métropole,
mal gré une popul ation bien moi ns i mportante.
Cependant, l e caractère spectacul ai re des
chiffres de reconduites et lȊefʏcacité de la
pol i ti que d’ i mmi grati on en pl ace doi vent
être rel ati vi sés au regard du contexte géo-
graphi que qui f aci l i te l es al l ers retours et
contrai nt parf oi s l es personnes retenues à
susci ter el l es-mêmes l eur recondui te.
69 - Voi r parti e sur l e CRA de
Mayotte
70 - Rapport du 3 j ui l l et 2009 de
la Commission des ʏnances de la
Cour des comptes. I mmi grati on - l a
gesti on des centres de rétenti on
admi ni strati ve peut encore être
amél i orée.

É
T
U
D
E

T
H
É
M
A
T
I
Q
U
E
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 73
A l ’ excepti on de La Réuni on, qui connai t de
ce f ai t un nombre mi ni me de recondui tes,
l es terres d’ Outre-mer sont toutes l ocal i sées
à proxi mi té quasi i mmédi ate d’ un pays ti ers.
Ai nsi en est-i l de Mayotte, si tuée à 70 km
des Comores, de l a Guyane, f rontal i ère du
Suri name et du Brési l et de l a Guadel oupe,
proche d’ Haïti et de l a parti e néerl andai se de
Sai nt Marti n.
De f ai t, de nombreux mi grants recondui ts
vers ces pays sont en capaci té d’ organi ser
très rapi dement l eur retour, parf oi s l e j our
même de l eur recondui te.
Ai nsi , 40 % des retenus recondui ts depui s
Mayotte en 2010 et 59 % des retenus recon-
dui ts depui s l a Guyane en 2009 étai ent déj à
connus des servi ces du CRA.
Le « déversement de cl andesti ns » que l es
chi f f res de recondui tes annuel l es l ai ssent
i magi ner est donc tout à f ai t f acti ce pui squ’ i l
s’ agi t, pour près de l a moi ti é, des mêmes
personnes él oi gnées pl usi eurs f oi s.
Le nombre de pl acements en rétent i on peut
également être artiʏciellement gonʐé par
l ’ i nterpel l at i on de mi grant s dont l a recon-
dui te ne pourra de f açon cer tai ne pas avoi r
l i eu.
Ai nsi en est-i l des ressorti ssants d’ ori gi ne
af ri cai ne à Mayotte. Démuni s de passeports,
ces personnes ne pourront être él oi gnées du
f ai t des dél ai s tardi f s de dél i vrance des l ai s-
sez-passer par l es consul ats.
Ces mi grants sont donc enf ermés al ors que
l a poursui te de l eur recondui te est très i m-
probabl e.
Par ai l leurs, de nombreux renvoi s sont exécu-
tés depui s l a Guyane j usqu’ aux f rontières suri -
namai ses et qui concernent des mi grants qui
n’ont aucun l ien avec le Suri name. Plusieurs
retenus de di verses national i tés nous ont rap-
portés n’ être ni suri namai s, ni ti tul ai re d’ aucun
vi sa pour le Suri name, leur national i té ne leur
permettant pas de s’en di spenser pour y séjour-
ner. En l’ absence d’ un accord de réadmi ssion
entre l a France et le Suri name, cette prati que
revient donc à renvoyer en grand nombre au
Suri name des étrangers n’ ayant aucune rai son
ni droi t d’ y séjourner régul ièrement et dont l a
recondui te n’est pas légalement encadrée.
Enʏn, lȊassociation a pu constater que des
étrangers i nterpelés à Sai nt Marti n et transférés
au CRA de Guadeloupe demandent quasi sys-
tématiquement l’exécution de leur recondui te,
en dépi t de l’exi stence potentiel le de moyens
d’ i rrégul arité de l a procédure d’éloi gnement.
La rai son est si mpl e, en cas de l i bérati on ou
d’ assi gnati on à rési dence, i l s sont rel âchés
devant l e centre de rétenti on et obl i gés d’ or-
gani ser l eur retour à Sai nt Marti n ou dans
l eur pays par l eurs propres moyens.
Aussi, aʏn dȊéviter de rester bloquées en
Guadel oupe, sans argent ni contact, ces per-
sonnes préf èrent souvent pl ai der l eur recon-
dui te pour mi eux préparer l eur retour en
France par l a sui te.
Au regard du caractere artiʏciel dȊune majo-
rité des reconduites et du gaspillage ʏnancier
qu’ i l i mpl i que, on peut rai sonnablement s’ i n-
terroger sur l’ i ntérêt de mai nteni r ce cadre for-
tement préj udici able aux droi ts des personnes.
LA BANALISATION DE L’ENFERMEMENT
De f açon pl us di f f use, cette aval anche de
chi f f res et l ’ arsenal j uri di que restrei gnant
l es possi bi l i tés de recours i nstal l ent un sen-
ti ment grandi ssant d’ acceptati on général i sée
du sort des mi grants. En ef f et, l a courte du-
rée du passage en rétenti on et l a f aci l i té avec
l aquel l e l e retour peut s’ ef f ectuer f orcent
l ’ acceptati on de ce f oncti onnement.
Les retenus ref usent parf oi s de f ai re val oi r
l eurs droi ts car une recondui te sous vi ngt-
quatre heures sui vi e d’ un retour en France
l eur sembl e, à court terme, pl us sati sf ai sante
que l ’ uti l i sati on de moyens de recours qui
l es mai nti endrai ent pl us l ongtemps enf er-
més au CRA et pour une i ssue i ncertai ne.
Les servi ces de pol i ce et de gendarmeri e ai nsi
que l a popul ati on l ocal e sembl ent parf oi s par-
tager ce senti ment d’ i nuti l i té des moyens mi s
en œuvre, aux vues des retours rapi des des
mi grants. Pui sque l e poi nt de recondui te est
proche et pui sque l e retour sur l e sol f rançai s
peut être rapi de, l’enf ermement qui entoure l a
recondui te ai nsi que l a recondui te el l e-même
apparai ssent al ors sans grande conséquence.
Pourtant, l’enfermement peut être une expé-
rience mal vécue par les mi grants, d’où le
souhait de sorti r du CRA le plus vite possi ble.
Leur retour, bien que souvent rapide, s’ef fectue
parfois dans des conditions difʏciles (paie-
ment dȊun passeur, difʏcultés de lȊorganisation
matériel le – vêtements, argent, hébergement de
transi t chez un tiers –, échec éventuel du pas-
sage de l a f rontière ou d’ un barrage de pol ice et
traumati sme de l’ i nterpel l ation en chaîne).
CRA de Cayenne Rochambeau, 2011, Laurent Pipet
Centres
de rétention
administrative
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 75
Bobigny
FI CHE DESCRI PTI VE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 76
B
O
B
I
G
N
Y
LE CENTRE
DATE D’OUVERTURE janvier 2004
ADRESSE 46 rue de Carency, 93000 Bobigny
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
ADMINISTRATIF DU CENTRE
01.41.60.28.70
CAPACITÉ DE RÉTENTION 56 (passage à 39 en juillet 2011)
NOMBRE DE BÂTIMENTS
D’HÉBERGEMENT
2 (1 sur 2011) dont 11 dans le grand
centre et 5 dans le petit centre
NOMBRE DE CHAMBRES 16
NOMBRE DE LITS PAR CHAMBRE 2 à 4
SUPERFICIE DES CHAMBRES inconnue
NOMBRE DE DOUCHES 5 dans chaque centres
NOMBRE DE W.C. 5 WC dans chaque centre
DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES 1
CONTENU Boissons chaudes/ Friandises,
biscuits
MONNAYEUR Non
ESPACE COLLECTIF (DESCRIPTION) Une salle repas dans chaque zone
d’hébergement avec une télévision.
CONDITIONS D’ACCÈS Libre en journée
COUR EXTÉRIEURE (DESCRIPTION) 2 courettes grillagées, très petites
et très sombres avec une table de
ping-pong
CONDITIONS D’ACCÈS Libre en journée
RÈGLEMENT INTÉRIEUR
CONFORME À LA PARTIE
RÉGLEMENTAIRE DU CESEDA
Oui
AFFICHAGE/TRADUCTION Afʏchage en français, arabe, chinois,
espagnol, anglais
NOMBRE DE CABINES
TÉLÉPHONIQUES
3
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE DES
CABINES POUR JOINDRE LES
PERSONNES RETENUES
01 41 50 02 86 ou 48 87
01 48 30 83 75
VISITES (JOURS ET HORAIRES) Tous les jours de 9h à 17h
ACCÈS AU CENTRE PAR
TRANSPORTS EN COMMUN
Metro ligne 5 station Bobigny-Pablo
Picasso.
LES INTERVENANTS
CHEF DE CENTRE Commandant Bruno Renoux
SERVICE DE GARDE PAF
ESCORTES ASSURÉES PAR PAF
GESTION DES ÉLOIGNEMENTS PAF
OFII – NOMBRE D’AGENTS 3
FONCTIONS Récupération des bagages,
retrait d’argent, mandat, clôture
des comptes
PERSONNEL MÉDICAL AU CENTRE l inʏrmière 7/7j et l médecin
2 demi-journées par semaine
(mardi et vendredi matin)
NOMBRE DE MÉDECINS /
D’INFIRMIÈRES
3 médecins et 4 inʏrmières (en
alternance et travaillent aussi
au sein des unités médicales
judiciaires dans les prisons)
HÔPITAL CONVENTIONNÉ
ASSFAM - NOMBRE D’INTERVENANTS 3 en alternance.
LES AVOCATS SE DÉPLACENT-ILS AU
CENTRE ?
Oui
LOCAL PRÉVU POUR LES AVOCATS Oui
PERMANENCE SPÉCIFIQUE AU
BARREAU
Oui
SI OUI, NUMÉRO DE TÉLÉPHONE 04 72 60 60 00
VISITE DU PROCUREUR DE LA
RÉPUBLIQUE EN 2010
Non
LES SERVICES
HÔTELLERIE (DRAPS / COUVERTURES)
FOURNIE PAR
GTM
RENOUVELLEMENT GTM
ENTRETIEN ASSURÉ PAR GTM
RESTAURATION (REPAS FOURNIS PAR) GTM
REPAS PRÉPARÉS PAR GTM
ENTRETIEN ET HYGIÈNE DES LOCAUX
ASSURÉS PAR
GTM
FRÉQUENCE Tous les jours
NÉCESSAIRE HYGIÈNE ET TOILETTE
DES PERSONNES RETENUES
COMPOSÉ DE
Une serviette, une brosse à
dents, un tube de dentifrice, un
sachet de shampoing, un peigne
et un savon.
DÉLIVRÉ PAR GTM
RENOUVELLEMENT A la demande
BLANCHISSERIE DES AFFAIRES
DES RETENUS
A la demande
ASSURÉE PAR GTM
FRÉQUENCE A la demande
EXISTENCE D’UN VESTIAIRE Oui
STATI STI QUES
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 77
B
O
B
I
G
N
Y
B
O
B
I
G
N
Y
NOMBRES DE PERSONNES RETENUES PAR MOIS
JAN FÉV MAR AVR MAI JUIN JUIL AOÛ SEP OCT NOV DÉC
252
186
192
202
236
252
284
229
231
201
233
242
PRINCIPALES NATIONALITÉS
ALGÉRIENNE 8%
EGYPTIENNE 8%
MAROCAINE 8%
TUNISIENNE 9%
CHINOISE 5%
INDIENNE 5%
PAKISTANAIS 4.6%
PALESTINIENNE 4.8%
AGE DES PERSONNES
MINEURS MAJEURS
28 À
24 ANS
25 À
39 ANS
40 À
59 ANS
60 ANS
ET +
3 16.5% 67.8% 14.9% 4
2750 personnes ont été placées au centre de rétention de Bobigny en 2010. 2650 ont été vues
par l’association. 886 ont été orientées vers des avocats choisis. 1764 personnes ont été suivies
par l’association. Le centre accueille des hommes.
MESURES D’ÉLOIGNEMENT À L’ORIGINE DU PLACEMENT
Nos statistiques portent sur les personnes que nous avons suivies (soit 1764)
en raison dȊun ʐux important de retenus, ces mesures ont été renseignées pour
1297 personnes retenues.
AME /APE 6
APRF 1096
DUBLIN 7
ITF 80
OQTF 107
RÉADMISSION 1
TOTAL 1297
DESTIN DES PERSONNES RETENUES
EMBARQUÉ 10.9%
LIBÉRÉ FIN DE
RÉTENTION
56
LIBÉRÉ TGI 37.7%
LIBÉRÉ CA 60
LIBÉRÉ PRÉFECTURE/
MINISTÈRE
26.7%
RÉADMISSION DUBLIN 2
ASSIGNÉ TGI CA 35
LIBÉRÉ TA 47 (soit 4.5%)
RAISON MÉDICALE 6
DÉFÉRÉS 1
INCONNUE 15
DURÉE DE LA RÉTENTION
48H ɻ 43.16%
17 JOURS ɻ 50.63%
+ DE 17 JOURS ɻ 5.7%
DURÉE DE PRÉSENCE MOYENNE ɻ 10 jours
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 78
pel l ent l a/l es personnes et attendent à l’exté-
rieur. Cette conʏguration pose plusieurs pro-
bl èmes. L’équi pe doi t appel er en cri ant une
personne retenue pouvant se trouver dans l a
cour. C’est souvent d’ autres retenus qui vont
al ors chercher l a personne. Le temps d’ attente
est donc aussi un temps de sol l i ci tati on de l a
part d’ autres personnes, ce qui peut entrai ner
un manque complet de conʏdentialité, et de
nombreuses tensi ons, chaque retenu souhai -
tant être pri ori tai re.
La l i bre ci rcul ation dans l a zone de vie est
difʏcile, voire impossible. LȊASSFAM nȊa pu
entrer que très rarement dans ces zones de vie
pour rencontrer les personnes et ses tentati ves
se sont soldées par des échanges difʏciles avec
les équi pes de pol ice (changement en 2011)
Le centre étant peti t et sur un espace res-
trei nt, l ’ équi pe n’ est pas escortée l orsqu’ el l e
condui t l es personnes retenues dans l e bu-
reau de l ’ASSFAM. L’ équi pe peut rencontrer
l es retenus en dehors des heures de repas
sauf urgence dans l ’ exerci ce de l a mi ssi on.
Tous les mati ns, le gref fe dél ivre une l i ste des
personnes présentes dans le centre comprenant
le patronyme, l a national ité, l a date d’entrée
dans le centre et les mouvements (audiences,
présentation consul at, hospital i sation). Sur de-
mande de notre part, nous pouvons avoi r accès
aux regi stres mai s aucune copie n’est dél ivrée.
La communication des i nformations reste dans
l’ensemble assez respectueuse des droits. Les
personnes retenues sont i nformées par le gref fe
du centre de leurs di f férents mouvements sur
appel individuel. Il nȊy a pas de systeme dȊafʏ-
chage. Nous pouvons sol l iciter le gref fe qui
répond à nos questions et dél ivre des copies.
Le reglement est afʏché dans le couloir et
est tradui t en sept l angues. I l comprend l es
menti ons obl i gatoi res du CESEDA.
L’ équi pe de l ’ASSFAM peut rencontrer l es
autres i ntervenants (OFI I et servi ce médi -
cal ) sur si mpl e demande et l es rel ati ons sont
cordi al es. I l est en revanche i mpossi bl e de
rencontrer l es avocats. Al ors même que l eur
bureau de vi si te et notre bureau sont séparés
par un coul oi r, nous devons nous j oi ndre par
tél éphone. Cette si tuati on entraîne des l en-
teurs dans l e ci rcui t de l ’ i nf ormati on.
Bobigny
CONDITIONS MATÉRIELLES
DE RÉTENTION
Le centre de rétenti on est dans l e commi ssa-
ri at de Bobi gny. Pour accéder aux l ocaux du
centre, que l ’ on soi t i ntervenant dans l e CRA
ou vi si teur, i l f aut se présenter à l ’ accuei l du
commi ssari at. Les personnes habi l i tées à i n-
terveni r peuvent, après présentati on de l eur
i denti té prof essi onnel l e, entrer l i brement.
Les vi si teurs doi vent quant à eux attendre
qu’ un membre du personnel du centre de
rétenti on se dépl ace à l ’ accuei l .
Le centre est au bout d’ un l ong coul oi r au
premi er étage. Dans un premi er espace se
trouve l’ accuei l du centre. Cet accuei l , note
l es entrées et sorti es de toutes personnes en-
trant dans l e centre. Le cof f re, qui permet aux
retenus de déposer l eurs af f ai res est adj acent.
Jusqu’en mai 2010 le centre étai t composé de
deux zones de rétention, un petit centre d’ une
capacité de sei ze pl aces et un grand centre d’ une
capaci té de trente neuf pl aces. Les bureaux de
tous les acteurs de l a rétention ASSFAM, OFI I,
service médical , gref fe du centre, bureau du
commandant et de son adjoi nt consti tuent une
zone admi ni strati ve di sti ncte entre les deux
centres. Dans un couloi r adjacent se trouvent
les sal les de vi site et l a sal le qui accuei l le les
avocats. Le centre de rétention de Bobi gny
est très vétuste. Les locaux sont sombres. Sur
2010, l’accuei l , le bureau de l’ASSFAM et de
l’ OFI I n’avaient pas de fenêtre.
Le petit centre est composé de huit petites
chambres. Les couloi rs et les troi s sanitai res
sont sans fenêtre. Le grand centre est composé
de chambres pouvant accuei l l i r deux à quatre
personnes. Les sanitai res (douches et toi lettes)
sont au nombre de ci nq. Lorsque le centre est à
son taux d’occupation maxi mum, les sanitai res
sont régul ièrement bouchés. Le couloi r du
grand centre donne sur un espace mi nuscule de
verdure dont l’accès est i nterdit mai s qui permet
de donner de l a lumi nosité à une construction
de béton d’aspect lugubre. La cour est d’envi-
ron 20 m
2
, entièrement bétonnée et gri l l agée.
Chaque centre comporte une pièce à vivre dans
l aquel le sont servi s les repas et où les personnes
retenues peuvent regarder l a télévi sion.
Une tabl e de pi ng-pong et des j eux de cartes
sont à di sposi ti on. Toutef oi s l ’ espace com-
mun manque cruel l ement de pl ace pour
s’ asseoi r et l es personnes retenues j ouent
souvent à même l e sol dans l e coul oi r.
I l s ci rcul ent l i brement dans l a zone de vi e l a
j ournée de 7h00/7h30 à 23h00/23h30.
Un prestatai re est mandaté pour l e ménage.
Le centre est pl utôt bi en entretenu 2 f oi s par
j our, mai s l a vétusté des l ocaux et l e nombre
rédui t des sani tai res a condui t à un premi er
dégât des eaux en mai dans l e peti t centre.
En 2011, l e centre a été f ermé d’ avri l à j ui l l et
pour des travaux compl ets.
Les repas sont servi s sur une pl age horai re as-
sez souple. La nourriture n’est pas hal l al , et en
quantité insufʏsante selon les déclarations des
personnes rencontrées. Lorsque les personnes
retenues sont présentées aux di f férentes juri-
dictions ou aux consul ats au moment des repas,
ceux-ci peuvent être également servi s f roids.
Les horai res de vi si te sont de 9h à 17h. El les
durent une vi ngtai ne de mi nutes. El les se dé-
roulent dans un bureau mi nuscule sans fenêtre
qui ne permet pas d’ accuei l l i r décemment
une famille complete. LȊintimité et la conʏ-
dentialité sont difʏciles. Enʏn les visiteurs
doi vent attendre à l’ accuei l du commi ssari at.
Lorsqu’ i l s font une demande de vi si te à 16h30,
cel le-ci leur est souvent ref usée. Ces horai res
ne répondent pas aux besoi ns, les vi si teurs
étant souvent des personnes qui travai l lent.
Le l ocal pour l es avocats est un bureau sans
f ax, sans i mpri mante. Les avocats choi si s ou
de permanence attendent souvent à l’ accuei l
du commi ssari at, ce qui , au regard des dél ai s
i mparti s pour f ormal i ser un recours, rend di f-
ʏcile lȊexercice effectif des droits des retenus.
CONDITIONS D’EXERCICE DE
LA MISSION DE L’ASSOCIATION
L’ équi pe de l ’ASSFAM est présente du
l undi au samedi i ncl us. Pour rencontrer les
personnes retenues, les i ntervenants doi vent
se présenter devant les portes de chacun des
centres et i nformer oralement qu’ i l s dési rent
rencontrer une personne. L’ accuei l ouvre
al ors l a porte bl i ndée. Les i ntervenants ap-
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 79
B
O
B
I
G
N
Y
En 2010, l a coordi nati on du barreau de Bobi -
gny en droi t des étrangers pouvai t se présen-
ter au centre de rétention aʏn de rencontrer
l es personnes nouvel l ement entrées et qui al -
l ai ent être présentées au j uge des l i bertés. La
mi se en pl ace de cette i nterventi on des per-
manenci ers en centre de rétenti on f ut cause
de nombreux conʐits avec la préfecture et le
chef de centre. L’équi pe de l’ASSFAM reti ent
toutef oi s que l a col l aborati on avec l es avocats
permanenci ers et/ou choi si s est perti nente et
rencontre régul i èrement cette coordi nati on.
Les i ntervenants sont en contact régul ier avec
des préfectures. Si les rel ations se font dans un
respect du rôle de chacun, les rel ations avec l a
préfecture des Hauts de Sei ne est i nexi stante
et cel les avec l a préfecture de l a Sei ne Sai nt
Denis sont tres difʏciles. Il nous a été repro-
ché par exemple d’ avoi r sai si t l a di rectrice du
service étrangers un week end sur une si tua-
tion. De pl us les sol l ici tations auprès de cette
préfecture n’ abouti ssent prati quement jamai s.
CONDITIONS D’EXERCICE
DES DROITS
Force est de constater que l es rel ati ons avec
l e chef de centre permettent général ement de
régl er l es di f f érends et que de nettes amél i o-
rati ons ont eu l i eux en 2011
A son entrée dans l e centre de rétenti on, l a
personne retenue se voi t tout d’ abord noti -
ʏer ses droits en matiere dȊasile aupres du
greffe du centre. Cette notiʏcation se fait
souvent sans i nterprète et l es i ntervenants de
l ’ASSFAM constatent régul i èrement que l es
personnes n’ ont pas compri s l es documents
qu’ el l es avai ent si gnés.
Les personnes retenues déposent l a pl upart
de l eurs af f ai res dans l e cof f re. El l es sont
ensui te i nstal l ées dans l eur chambre.
LȊacces au coffre est ensuite difʏcile, surtout
en rai son d’ un probl ème d’ef f ecti f ou d’ af f ec-
tati on du personnel de pol i ce. I l n’est pas rare
qu’ une personne attende pl usi eurs heures
avant d’ accéder au cof f re. L’ i nterventi on de
l’ASSFAM ou de l’ OFI I est souvent néces-
sai re pour accél érer l’ouverture du cof f re.
La personne retenue a une vi si te l e l endemai n
de son entrée dans l e centre avec l e médeci n
de l’ uni té médi cal e i ntervenante en centre de
rétenti on. En 2010, et à notre connai ssance, l e
servi ce étai t composé de troi s médeci ns et de
quatre inʏrmieres mais nȊétait présent que le
mati n. Cette pl age horai re rédui te ne permet
pas de répondre aux demandes des retenus.
Ai nsi l orsqu’ un retenu se pl ai nt de doul eur,
de maux de tête, i l l ui est si mpl ement deman-
der d’ attendre l e l endemai n. Le gref f e sai si t
l e servi ce des demandes de vi si tes et escorte
l es personnes j usqu’ au servi ce. Le médeci n
peut toutef oi s se dépl acer sur demande dans
des si tuati ons d’ urgence.
Le service de l’ OFI I rencontre les retenus en-
trants tous les jours. I l s viennent les chercher
à l a porte de l a même manière que les i nter-
venants de l’ASSFAM. I l s sont présents tous
les jours. A Bobigny, l’équipe de l’ OFI I assure
une mi ssion « logi stique » dans le cadre de l a
rétention : récupération des bagages, clôture
de compte bancai re, préparation au départ ou
à l a sortie. L’équipe de l’ASSFAM et de l’ OFI I
collaborent régulierement aʏn de répondre au
mieux aux di f férentes demandes des personnes.
Le droi t de vi si te est en règl e général e res-
pecté. Toutef oi s l a si tuati on du centre au
cœur d’ un commi ssari at mul ti pl i e l es temps
d’ attente pour l e vi si teur. I l doi t en ef f et se
présenter tout d’ abord à l ’ accuei l du com-
mi ssari at, attendre qu’ un agent du centre
vi enne l e chercher pui s attendre à nouveau
à l ’ accuei l du centre. Les horai res de vi si te
ʏnissant a 17h, il nȊest pas rare quȊune per-
sonne se voi t ref user son droi t l orsqu’ el l e se
présente a 16h30. Enʏn la gestion des visites
est trop dépendante des pol i ci ers. Certai ns
ref usant catégori quement l es demandes vers
16h30, d’ autres non.
I l en est de même pour l es avocats choi si s
ou permanenci ers. I l s doi vent régul i ère-
ment attendre pour pouvoi r rencontrer l e
retenu qui l es a mandaté et réal i sé une ren-
contre dans un bureau mi nuscul e avec un
matéri el obsol ète. Les avocats se dépl acent
régul i èrement. Tous l es j ours, l es personnes
retenues peuvent rencontrer un avocat de l a
permanence après en avoi r f ai t l a demande
expresse auprès du gref f e.
L’ équi pe de l ’ASSFAM rencontre toutes l es
personnes entrées l a vei l l e dans l e centre.
El l e accompagne toutes l es personnes qui l e
souhai tent dans l ’ ai de à l ’ exerci ce des droi ts.
El l e met en l i en l es retenus avec toutes per-
sonnes de l eur choi x.
L’ accès à l ’ i nf ormati on est respecté. Seul e
l a communi cati on des horai res des vol s au
centre de rétenti on de Bobi gny n’ exi ste pas.
Les personnes retenues sont prévenues l e
j our même, ce qui représente une vi ol ati on
grave de l ’A L 553-5 du CESEDA. De nom-
breuses tensi ons et si tuati ons d’ angoi sse en
découl ent. Certai ns de nos entreti ens ont été
interrompus aʏn de présenter la personne au
vol dans l ’ heure qui sui vai t sans aucune i n-
f ormati on préal abl e. L’ équi pe de l ’ASSFAM
rappel l e donc que l es excepti ons prévues par
l e texte ne peuvent être al l éguées de f açon
systémati que. Toute personne doi t être en
mesure de pouvoi r préparer son départ.
La mi se à l ’ i sol ement ne se prati que pas à
Bobi gny. La premi ère rai son est que l es
équi pes de garde savent régl er l es si tua-
tions difʏciles. Le centre est donc un centre
cal me. La seconde pose pl us de probl ème. I l
n’ y a pas de chambre d’ i sol ement. Les per-
sonnes sont pl acées dans l es l ocaux de garde
a vue. La difʏculté que pose cette pratique
est que l es i ntervenants n’ ont pl us de vi si -
bi l i té sur l a sui te de l a procédure et que l e
cadre l égal n’ est pl us l e même. Ces cas sont
en revanche très rares et ont f ai t sui te à des
actes de vi ol ences ou de dégradati on.
VISITES ET ÉVÉNEMENTS
PARTICULIERS
Le centre a été vi si té par l e contrôl eur géné-
ral des l i eux pri vati f s de l i berté en début
d’ année 2010. Cette vi si te a permi s de mettre
en avant l a vétusté des l ocaux. Sur l’ année
2010, l’équi pe de l’ASSFAM a été convi ée à
deux réuni ons avec l es servi ces de l a préf ec-
ture. Si ces réuni ons sont par pri nci pe uti l es,
el l es pourrai ent être él argi es à l’ensembl e des
i ntervenants en centre de rétenti on (servi ce
médi cal , OFI I ) De pl us, el l es n’ont pas permi s
de régler les difʏcultés existantes.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 80
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 81
Cayenne
Rochambeau
FI CHE DESCRI PTI VE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 82
LE CENTRE
DATE D’OUVERTURE CRA 1995/ LRA mars 2007/ CRA mai 2008
ADRESSE Route nationale 4 - 97351 MATOURY
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
ADMINISTRATIF DU CENTRE
05 94 35 09 00
CAPACITÉ DE RÉTENTION 38
NOMBRE DE BÂTIMENTS
D’HÉBERGEMENT
1 avec 2 ailes différentes mais libre circulation en journée
NOMBRE DE CHAMBRES 12 (6 dans chaque aile, dont 1 chambre fermée qui sert de débarras dans l’aile homme)
NOMBRE DE LITS PAR CHAMBRE Pas de lits. Des dalles en béton surmontées de planches de bois. 4 places dans les anciennes cellules et 6 dans les
nouvelles
SUPERFICIE DES CHAMBRES 18,17m² pour les cellules de 4
Environ 36 m² pour les cellules de 6
NOMBRE DE DOUCHES 9 (4 dans l’aile homme et 5 dans l’aile femme dans chaque aile)
NOMBRE DE W.-C. 16 (8 dans chaque aile)
DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES Non
MONNAYEUR Non
ESPACE COLLECTIF (DESCRIPTION) Les zones de vie sont mixtes durant la journée et les retenus devraient avoir accès à la zone commune intermédiaire sans
restriction horaire (sauf aux heures de ménage et la nuit et sauf le réfectoire utilisé aux heures de repas exclusivement).
Cette zone commune comprend un couloir en L qui donne sur le bureau Cimade, le bureau OFll et le tableau dȊafʏchage
du règlement intérieur notamment. Enʏn, chaque aile comprend une salle télé munie de sièges, des blocs sanitaires et une
cabine téléphonique.
CONDITIONS D’ACCÈS Libre
COUR EXTÉRIEURE (DESCRIPTION) Petite cour grillagée chez les hommes, plus grande chez les femmes, toutes 2 munies d’un allume-cigarette (celui situé dans
l’aile homme ne fonctionne pas). La cour homme donne sur la forêt, la cour femme donne sur le parking et l’entrée du CRA.
CONDITIONS D’ACCÈS Libre
RÈGLEMENT INTÉRIEUR
CONFORME À LA PARTIE
RÉGLEMENTAIRE DU CESEDA
Après modiʏcation, règlement conforme.
AFFICHAGE / TRADUCTION Afʏchage sur les murs des bureaux de La Cimade et de lȊOFll. Traductions afʏchées en français, anglais, portugais et sranan
tonga.
NOMBRE DE CABINES
TÉLÉPHONIQUES
l, située dans lȊaile homme (qui ne peut recevoir dȊappel extérieur depuis ʏn septembre 2009)
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE DES
CABINES POUR JOINDRE LES
PERSONNES RETENUES
pour les femmes : 05 94 35 79 53
pour les hommes : 05 94 35 64 86
VISITES (JOURS ET HORAIRES) Tous les jours de 15h à 19h
ACCÈS AU CENTRE PAR
TRANSPORTS EN COMMUN
Aucun
DESCRIPTIF DES BÂTIMENTS
À 1,5 km de l’aéroport du même nom. Situé entre la forêt, un hangar et une école. Les anciennes constructions ainsi que les nouvelles
forment 2 carrés joints par un angle et comprennent les zones de vie homme et femme (comprenant des chambres, une salle télé, un poste
téléphonique et deux cours de promenade), la zone commune (couloir, réfectoire, bureau Cimade et bureau de l’OFII), les bureaux de gestion
du CRA (bureaux des ofʏciers, bureau accueil, secrétariat, cellule éloignement, salle dȊidentiʏcation judiciaire, salle de surveillance et greffe)
et des installations pour le respect des retenus (bagagerie, salle visite, bureau avocats). La cellule médicale reste située dans un bungalow
excentré et les déplacements des retenus vers cette cellule sont toujours soumis à escorte policière. La cour intérieure du CRA comprend
une « cage » qui sert de « salle dȊattente » aux retenus en instance de départ ou en attente de la visite médicale ou à lȊidentiʏcation judiciaire.
STATI STI QUES
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 83
C
A
Y
E
N
N
E
NOMBRES DE PERSONNES RETENUES PAR MOIS
JAN FÉV MAR AVR MAI JUIN JUIL AOÛ SEP OCT NOV DÉC
204
250

329
118

17

8
20

245
217

123

131

127
GENRES
HOMMES : 1390 FEMMES : 399
PRINCIPALES NATIONALITÉS
BRESIL 55,29% COLOMBIE 1,23%
SURINAME 14,62% HAÏTI 0,62%
GUYANA 13,39% GUINEE-BISSAU 0,50%
PEROU 5,77% APATRIDE 0,34%
REP. DOMINICAINE 3,64% SENEGAL 0,34%
CHINE 2,24% AUTRES 2,02%
INCONNUE 4
Au total, plus de 6000 personnes ont été enfermées au CRA de Rochambeau en 2010.
En raison de leur grand nombre et de leur passage souvent très rapide,
dont une partie importante durant les soirées et week-ends, les intervenants
de La Cimade n’ont pu recueillir des données que pour 1789 personnes.
AGE DES PERSONNES
AGE MOYEN : 34,72 ANS
MESURES D’ÉLOIGNEMENT À L’ORIGINE DU PLACEMENT
INCONNU 1,14%
APE 0,34%
APRF 94,83%
ITF 3,69%
DESTIN DES PERSONNES RETENUES
ASSIGNE TGI 3 0,17%
EMBARQUE 1061 60,39%
HOSPITALISE 1 0,06%
LIBERE CA 5 0,28%
LIBERE FIN RETENTION 252 14,34%
LIBERE MI 3 0,17%
LIBERE PREF 225 12,81%
LIBERE TA 3 0,17%
LIBERE TGI 188 10,70%
RAISON MEDICALE 5 0,28%
READMIS SIMPLE 1 0,06%
AUTRE 10 0,57%
Total 1757 100%
INCONNU 32
DURÉE DE LA RÉTENTION
1,96 JOURS
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 84
di sponi bl es sont en cause. Certai ns retenus
nous ont rapporté se senti r humi l i és devant
l es pol i ci ers et l es autres retenus, et appré-
hender l eur recondui te dans ces condi ti ons.
CONDITIONS D’ INTERPELLATION
Le temps de transf ert entre l e poste de pol i ce
et l e centre de rétenti on demeure bi en sou-
vent très i mportant (de une à si x heures pour
ef f ectuer l es quel ques centai nes de mètres
qui séparent l es deux bâti ments).
Bi en qu’ en pri nci pe l ’ usage des menottes
soi t stri ctement l i mi té aux ri sques de f ui te,
l es hommes sembl ent systémati quement me-
nottés entre l e l i eu de garde à vue/contrôl e
d’ i denti té et l e CRA. I l est égal ement f ré-
quent que l es retenus soi ent menottés pour
se rendre du CRA vers l ’ extéri eur (TGI , tri -
bunal admi ni strati f , Consul at etc.).
Régul i èrement, des retenus nous ont rappor-
té avoi r été i nterpel l és à l eur domi ci l e par
l a pol i ce aux f ronti ères (PAF). Systémati -
quement, l a Ci made prévi ent al ors l e Di rec-
teur départemental de la PAF qui vériʏe les
condi ti ons d’ i nterpel l ati ons sur l es PV.
Certai ns retenus ont porté pl ai nte contre l a
PAF concernant l ’ i nterpel l ati on à l eur domi -
ci l e et l es vi ol ences al ors subi es. Le Parquet
a cl assé l ’ ensembl e des dossi ers sans sui te,
consi dérant que l ’ i nterpel l ati on à domi ci l e
était justiʏée par une infraction au séjour
préal abl ement connue des pol i ci ers.
CONDITIONS D’EXERCICE
DE LA MISSION DE LA CIMADE
PRÉSENCE DE LA CIMADE
EN RÉTENTION
La mi ssi on de La Ci made en rétenti on est
assurée par l ’ i nterventi on de deux sal ari ées
i ntervenant de j anvi er à avri l 2010, de f açon
quasi -conti nue de 8h à 19h. D’ avri l à mi j ui n
2010, une seul e i ntervenante assurai t une
présence quoti di enne au CRA.
La Préf ecture ayant tardé à trai ter l es de-
mandes d’ habi l i tati ons des deux nouvel l es
sal ari ées, l a Ci made n’ a pu être présente
au CRA de mi juin a ʏn juillet. Les deux
sal ari ées restai ent al ors j oi gnabl es depui s l e
Cayenne
Rochambeau
CONDITIONS MATÉRIELLES
DE RÉTENTION
CIRCULATION À L’ INTÉRIEUR DU CRA
Les retenus ci rcul ent rel ati vement l i brement
au sei n de l a zone de vi e du CRA. Leurs dé-
pl acements sont cependant restrei nts l es ma-
ti ns, l ors du passage des équi pes de ménage.
A cette occasi on, l es retenus sont tous re-
groupés dans une même ai l e du bâti ment.
Lorsque l e servi ce d’ entreti en a termi né l e
ménage dans une des ai l es, l es retenus sont
transf érés dans une autre. Les deux ai l es
ne sont accessibles aux retenus quȊen ʏn de
mati née.
La nui t, l es f emmes et l es hommes ne sont
pas systémati quement séparés, sauf à l a
demande expresse des retenues f emmes. Les
pol i ci ers décl arent i nf ormer l es f emmes, à
l eur arri vée au CRA, de l eur possi bi l i té de
dormi r dans une pi èce qui l eur est réservée,
et qui s’ ouvre seul ement de l ’ i ntéri eur. La
Ci made a cependant constaté que cette i n-
f ormati on n’ étai t pas touj ours dél i vrée.
ETAT DES LOCAUX
Le ménage est ef fectué chaque mati n. L’équi pe
d’entretien est consti tuée de troi s à quatre per-
sonnel s. Le Centre est globalement propre,
même si de fortes odeurs, peut être dues aux
canal i sations, y persi stent toute l a journée.
HYGIÈNE
A l eur arri vée, l es retenus se voi ent remettre
un ki t de toi l ette. I l arri ve que des retenus se
présentent à l a Ci made pour récl amer ce ki t
qu’ i l s n’ aurai ent pas reçu, étant al ors pri vés,
parf oi s depui s l a vei l l e, de l a possi bi l i té de
se l aver correctement, mal gré des condi -
ti ons cl i mati ques très chaudes. La Ci made
dépl ore l e manque d’ attenti on des pol i ci ers
vi s-à-vi s de l ’ hygi ène des retenus.
REPAS
Tous l es repas sont pri s en réf ectoi re. Les
menus sont, en pri nci pe, adaptés aux régi mes
al i mentai res des retenus à l eur demande à
l eur arri vée. Certai ns nous ont rapporté que
cette demande n’ avai t pas été pri se en compte.
FONCTIONNEMENT DE LA CABINE
TÉLÉPHONIQUE
Les retenus sont autori sés à garder l eur tél é-
phone dans l a zone de rétenti on uni quement
s’ i l n’ est pas muni d’ un apparei l photo. Si tel
n’ est pas l e cas, l eur tél éphone est conservé
dans l eur f oui l l e. I l s ne peuvent al ors l es uti -
l i ser qu’ excepti onnel l ement, étant obl i gés
d’ attendre de se trouver en sal l e de vi si te
d’ où i l s peuvent i nterpel l er l es pol i ci ers de
l a vi gi e pour l eur demander l eur apparei l .
Depuis ʏn septembre 2009, la cabine télé-
phoni que accessi bl e aux retenus ne l eur per-
met pl us de recevoi r des appel s extéri eurs,
ce qui entrave l eur droi t de communi cati on
avec l eurs proches ou l eur avocat. El l e n’ a
j amai s été réparée.
Bi en que soul evé à de nombreuses repri ses
par l es avocats devant l e j uge des l i bertés et
de l a détenti on (JLD), l e non accès à un tél é-
phone n’ a j usqu’ à présent pas entraîné l ’ i rré-
gul ari té du pl acement en CRA des retenus.
Bi en que cel a nui se mani f estement à l ’ exer-
ci ce ef f ecti f des droi ts.
La di stri buti on de cartes de tél éphone est as-
surée par l e représentant de l ’ OFI I , l orsque
cel ui -ci est présent, et l orsque l es retenus ont
de l ’ argent avec eux.
La Ci made dépl ore l ’ absence de di stri buteur
automati que de carte de tél éphone qui per-
mettrai t aux retenus d’ accéder à un moyen
de communi cati on en dehors des heures
de présence du représentant de l ’ OFI I . La
Ci made et l e gref f e du CRA mettent occa-
si onnel l ement l eur propre tél éphone à l a
di sposi ti on des retenus pour qu’ i l s pui ssent
j oi ndre des membres de l a f ami l l e pour des
si tuati ons urgentes.
DISTRIBUTION DE VÊTEMENTS
Régul i èrement, des retenus arri vent au CRA
pi eds nus, torse nu, ou sans vêtement de re-
change pour l a durée de l eur rétenti on. Mal -
gré l a présence quoti di enne de l ’ i ntervenant
de l ’ OFI I chargé notamment de l a f ourni ture
de vêtements, l a Ci made a pu remarquer que
des retenus étai ent recondui ts sans chaus-
sures, ni chemi se. La rapi di té des recon-
dui tes et l a f ai bl esse des stocks de vêtements
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 85
C
A
Y
E
N
N
E
l ocal de l a Ci made à Cayenne. I l a été pos-
si bl e d’ envoyer des i nterventi ons à l a préf ec-
t ure, l orsque des proches des retenus nous
contactai ent et étai ent di sponi bl es pour
nous f ai re par veni r l es preuves nécessai res.
Cet te absence a été sui vi e d’ un communi -
qué de presse.
En août et septembre, une présence quoti -
di enne a été assurée en j ournée par l es deux
i ntervenantes. En octobre, sur i nj oncti on de
l a PAF, l es i ntervenantes ont été contrai ntes
de rédui re l eur temps de présence au CRA
aux seul es mati nées, conf ormément au
règl ement i ntéri eur qui avai ent été rédi gé
en 2006 al ors que La Ci made ne comptai t
qu’ une seul e accompagnatri ce en rétenti on.
Depui s octobre 2009, La Ci made at tend
l e t rai tement de l a demande d’ habi l i tat i on
d’ un bénévol e, mal gré de nombreuses re-
l ances adressées à l a préf ect ure.
LIBRE CIRCULATION
DES INTERVENANTES
La Ci made ci rcul e l i brement au sei n du
cent re de rétent i on avec un badge per-
met tant d’ accéder à l a zone de rétent i on.
Le bureau de l a Ci made di spose de deux
ent rées : l ’ une sur l a zone de rétent i on, ce
qui permet aux retenus d’ accéder l i brement
à l a Ci made, l ’ aut re donnant sur l a zone
où se si t ue l a vi gi e, l e gref f e et l a sal l e des
vi si tes. Pour des quest i ons de ri sques de
f ui te, cet accès a été temporai rement f ermé
de novembre 2010 à décembre 2010, ce qui
n’ étai t pas sat i sf ai sant en termes de sécu-
ri té des i nter venantes.
ACCÈS À LA CELLULE MÉDICALE
A l a demande de l a cel l ul e médi cal e du
centre de rétenti on, l a Ci made ne commu-
ni que avec cette derni ère que par l ’ envoi de
f ax. La cel l ul e médi cal e n’ étant pas en accès
l i bre pour l es retenus, beaucoup s’ adressent
à l a Ci made pour demander à voi r une i n-
ʏrmiere ou un médecin. La Cimade relaye
al ors cette i nf ormati on en envoyant systé-
mati quement un f ax à l a cel l ul e médi cal e
avec copi e au chef de centre.
ACCÈS AUX INFORMATIONS
RELATIVES AUX RETENUS
A son arri vée au CRA, La Ci made se voi t
remettre par l es pol i ci ers du poste l a l i ste
des retenus présents. Cette l i ste, él aborée
par l e servi ce de l ’ él oi gnement n’ est pas tou-
j ours actual i sée. Une l i ste des retenus arri -
vés l a vei l l e est égal ement communi quée à
l a Ci made.
La Ci made n’ est pas systémati quement i n-
f ormée des transf erts (au consul at, au TGI
ou au tri bunal admi ni strati f ), ce qui parf oi s
engendre des difʏcultés a trouver un retenu.

FOCUS
LES HAÏ TI ENS EN SURSI S
Suite au séisme qui a frappé Haïti en janvier 2010, le gouvernement français
ordonne l’interruption des reconduites d’Haïtiens. Les retenus haïtiens,
qui représentaient près de 30% des étrangers placés en rétention administrative,
ne sont plus interpellés par les services de police et de gendarmerie, qui se
concentrent alors sur les autres nationalités.
Les Haïtiens ne sont plus reconduits mais pour autant, ils restent dans une situation
extrêmement précaire ! En effet, si avant le séisme les problèmes administratifs des
Haïtiens de Guyane étaient nombreux et complexes notamment du fait du soupçon
de fraude planant sur les documents d’état civil haïtien, ils se sont aggravés
avec le séisme. D’une part, la destruction partielle du bâtiment des archives
nationales ayant temporairement empêché la délivrance des documents d’état
civil, la Préfecture de Guyane a suspendu la fabrication de titres de séjour pendant
plusieurs mois. D’autre part, les regroupements familiaux ont été entravés par
l’absence de délivrance de visas par l’ambassade de France pendant une grande
partie de l’année.
Ainsi les Haïtiens de Guyane se sont souvent retrouvés dans une situation absurde
où ils ne pouvaient pas être reconduits mais sans que l’administration ne leur
reconnaisse un droit au séjour. Si quelques récépissés ont été délivrés à des
Haïtiens en cours de démarches en début d’année, ceux-ci n’ont pas toujours été
renouvelés.
En outre, faute de pouvoir mettre à jour leurs documents d’état civil, de nombreux
ressortissants d’Haïti se voient refuser la délivrance d’un titre de séjour et restent
en situation irrégulière alors même quȊils répondent aux critères de régularisation.
En octobre, les interpellations d’Haïtiens sans papiers ont repris et l’État français
a de nouveau ordonné leur éloignement. Les reconduites n’ont cependant pas été
mises à exécution : on leur ordonnait de repartir en Haïti sans les y contraindre.
Ainsi, les interpellations conduisaient la plupart du temps à la délivrance d’un arrêté
de reconduite à la frontière et à la remise en liberté de lȊintéressé. Le Tribunal
administratif a, quant à lui, jugé que la situation en Haïti n’empêchait juridiquement
pas la reconduite forcée de ses ressortissants. Il concluait que la Préfecture devait
juger de l’opportunité de mettre ou non à exécution ses mesures d’éloignement.
Pourtant, la reconduite en Haïti, pays aujourd’hui dévasté par le séisme et
l’épidémie de choléra qui s’est déclarée en novembre, serait contraire à l’article 3
de la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme et des
Libertés Fondamentales, qui dispose que « nul ne peut être soumis à la torture ni à
des peines ou traitements inhumains ou dégradants. »
ACCÈS AUX DOCUMENTS
DES RETENUS
Les documents personnel s des retenus sont
contenus dans l eur bagage ou dans l eur «
f oui l l e » consti tuée d’ une boîte en pl asti que
numérotée, attri buée à chaque personne à
son arri vée au CRA et conservée sous cl é
par l es pol i ci ers de l a vi gi e.
La f oui l l e conti ent en pri nci pe l e règl ement
i ntéri eur du CRA dans une l angue compri se
par le retenu, les proces verbaux de notiʏca-
ti on des droi ts et, l e cas échéant, l es arrêtés
de recondui te à l a f ronti ère et de mai nti en en
rétenti on. Ce n’est pas touj ours l e cas en pra-
ti que. I l arri ve que ces documents soi ent par-
f oi s i nterverti s entre l es f oui l l es des retenus.
La Ci made a accès à ces pièces, sur demande
aux pol iciers de l a vigie et accompagnée de l’ i n-
téressé. I l nous est également remi s par le poste,
à notre demande, un complément des pièces de
l a procédure admi ni strative. En revanche, l’ac-
cès aux pièces judici ai res nous est ref usé.
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 86
RELATIONS AVEC LA PRÉFECTURE
Les rel ati ons avec l a Préf ecture sont quo-
ti di ennes. Du f ai t de l ’ absence de recours
contenti eux suspensi f en Guyane, l e mode
pri nci pal d’ i nterventi on consi ste à adresser
une demande graci euse de l i bérati on à l a
Préf ecture. Ce recours graci eux est f axé et
envoyé par mai l à l a Préf ecture. Une copi e
est systémati quement adressée au chef de
centre et a ses adjoints aʏn quȊils puissent
éventuel l ement retarder l e départ en cas
d’ attente d’ une réacti on de l a Préf ecture. De
f açon excepti onnel l e, des sursi s au départ
ont ai nsi pu être organi sés.
Les recours graci eux permettent l a l i béra-
ti on d’ un grand nombre de personnes dont l a
rétention ne se justiʏe pas au regard de la loi
ou pour des moti f s humani tai res (exempl e
des parents cél i batai res dont l ’ enf ant est seul
sur l e terri toi re).
La Ci made regrette cependant de ne pas être
di rectement desti natai re des sui tes données
a ses demandes par la Préfecture, aʏn de
pouvoi r en i nf ormer rapi dement l es retenus
et connaître l es éventuel s moti f s de ref us.
RELATIONS AVEC LES AVOCATS
La Ci made est en rel ati on avec l es avocats
de permanence à l’occasi on du passage des
personnes devant l e Juge des Li bertés et de l a
Détenti on (JLD) et, l e cas échéant, l orsqu’ une
d’entre el l es souhai te f ai re appel d’ une déci -
si on de prol ongati on en rétenti on du JLD.
Dans une note adressée à l ’ avocat, La Ci -
made présente l a si tuati on personnel l e des
retenus ai nsi que l es vi ces de procédures
éventuel l ement constatés au regard des
pi èces de l a procédure auxquel l es el l e a pu
avoi r accès. Cette note est envoyée par f ax
avant l ’ audi ence. Ce travai l de partenari at se
passe gl obal ement bi en.
Cependant, La Ci made dépl ore l ’ absence de
certai ns avocats l ors des audi ences, al ors
même que l eur concours avai t été sol l i ci té
par l e retenu, ce qui pénal i se ce derni er
al ors sans assi stance.
Les retenus di sposant déj à d’ un avocat nous
sol l i ci tent égal ement souvent pour ent rer
en contact avec l eur consei l . Une i nter ven-
t i on coordonnée ent re La Ci made et l ’ avo-
cat permet al ors souvent une pl us grande
réactivité et une intervention plus efʏcace
(documents di sponi bl es, t ravai l en com-
mun sur un recours…).
CONDITIONS D’EXERCICE
DES DROITS
DROIT À UN MÉDECIN
Une inʏrmiere est présente du lundi au ven-
dredi de 8 heure à 18 heure. I l est égal ement
prévu l a présence d’ un médeci n rattaché
à l ’ hôpi tal de Cayenne tous l es mati ns du
TÉMOIGNAGES
Pas de papiers : pas d’identité
« Surinââââââââââââme ! »
Voici comment les PAF de la vigie appellent un Monsieur de nationalité surinamaise
pour l’emmener au service médical ou pour lui remettre ses affaires avant sa reconduite.
Le l undi au sol eil…
Lundi 1
er
novembre, 8h, et il fait déjà un soleil de plomb. Devant les grilles, 4 petites ʏlles
attendant accompagnées dȊune dame adulte. Leur mère est enfermée depuis la veille.
Deux autres frères attendent à la maison. La dame sȊavère être une amie de la mère,
elle ne peut pas rester très longtemps car elle doit se rendre à son travail. ll fait chaud,
très chaud, et évidemment, il nȊy a pas une zone dȊombre autour du CRA. Je ʏle rencontrer la
maman brésilienne, et voilà une demande de libération à la préfecture de plus envoyée,
je croise les doigts. Je retourne voir les enfants, la plus jeune a 4 ans, la plus âgée 15,
et leur décision est prise : « on ne part pas tant que maman n’est pas sortie !». Petite mais
déjà téméraire ! J’appelle la préfecture, malchance y’a manif et personne n’est joignable !
Ca fait déjà plus de 2h que les gamines attendent, et moi je mȊinquiète, et je me sens bien inutile.
J’essaie de convaincre les enfants de rentrer chez eux, rien n’y fait. Finalement, j’arrive à avoir
au téléphone quelqu’un de la préfecture, et la dame sera libérée quelques temps plus tard.
Elle rentrera à la maison avec ses enfants, après que ceux-ci aient passé plusieurs heures
en plein soleil, dans l’angoisse de voir leur maman partir pour le Brésil…
Amore mi o
Lorsque j’entre dans la zone « de vie » des retenus, je découvre une dame assise sur une
serviette de bain, le long de la grille…, à l’extérieur du centre ! Elle est française, en couple
avec un Guyanien, qui s’est fait arrêter la veille. Deux grilles les séparent, l’un est libre,
l’autre non, l’image est frappante. Par amour, par solidarité pour son ami, elle avait décidé
de rester dormir devant la grille. Sa serviette de bain lui servant de lit, et sa bouteille d’eau
de repas. Elle est donc restée toute la nuit, seule, avec comme espoir de rentrer à la maison
accompagnée de son conjoint.
Quelques jours plus tard, premier refus dȊembarquement depuis que je travaille à la Cimade.
M
me
F. une dame brésilienne, enceinte de trois mois, en couple avec un français, père de lȊenfant.
Elle refuse de se lever pour monter dans le car qui lȊamènera à lȊaéroport pour prendre
l’avion pour Belem.
Son ami est là, il est en colère, il est angoissé. Elle aussi est en colère et angoissée.
Son ami m’explique que cela fait depuis plus de 10 ans qu’elle essaie d’avoir un enfant,
et que cette grossesse est un miracle pour eux. Ils ont peur de le perdre. Elle ne cesse
de pleurer, je n’arrive pas à la rassurer.
Son ami commence à perdre patience, il entend le vrombissement du moteur du car
qui emmène les Brésiliens pour lȊaéroport. ll mȊafʏrme que si les policiers la font monter
dans le bus, il s’allongera au milieu de la route pour empêcher sa reconduite.
Finalement, M
me
F. aura été emmenée jusquȊà lȊaéroport où, dȊaprès son témoignage,
les policiers l’auront faite chanter pour qu’elle prenne l’avion. Elle a tenu bon, n’a pas craqué.
Elle est repartie, libre, mais la peur au ventre avec son compagnon…
« Madame l es bons tuyaux » !
A leur arrivée au CRA, les retenus se font en principe notiʏer leur droit individuellement :
droit d’avoir un traducteur, de voir un avocat, un médecin, de communiquer avec son consulat
ou avec une personne de son choix, droit de demander l’asile.
Alors que je m’entretenais dans la salle des visites avec un retenu tout juste arrivé au CRA,
quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai vu la traductrice entrer dans la salle des visites avec
les procès verbaux de notiʏcation à la main et pré-remplis, dire aux 3 retenus en même temps :
- QuȊils peuvent demander à voir un avocat mais que ça sera payant (ce qui est faux puisquȊil
peut s’agir de l’avocat de permanence)
- QuȊils peuvent demander un médecin
- QuȊils peuvent demander lȊasile mais que, le Brésil nȊétant pas en guerre, ça leur sera refusé
donc pas la peine (ce qui est archi-faux !)
Les retenus ont alors signé les yeux fermés ce qui avait déjà été rempli avant qu’ils ne disent ce
qu’ils voulaient : un traducteur, pas de médecin, pas d’avocat et bien sûr pas de demande d’asile.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 87





C
A
Y
E
N
N
E
l undi au vendredi . En prati que, La Ci made a
pu régul i èrement constater une présence du
médeci n rédui te à quel ques heures.
La l ocal i sati on de l a cel l ul e médi cal e hors
de l a zone de vi e ne permet cependant pas
un accès ef f ecti f des retenus à un médeci n.
En ef f et, l orsque l ’ ’ un d’ eux souhai te un
examen médi cal , i l doi t d’ abord en f ormul er
l a demande aux i ntervenants qui se trouvent
dans l a zone de vi e (Ci made ou OFI I ) ou aux
pol i ci ers de l a vi gi e. Ceux-ci consti tuent
donc un ʏltre qui est a déplorer.
DROIT À UN AVOCAT
Le retenu est i nf ormé de son droi t de voi r un
avocat lors de la notiʏcation des arrêtés qui
a lieu a la ʏn de sa GAV/controle dȊidentité
pui s à son arri vée au centre de rétenti on. De
nombreux retenus nous ont f ai t savoi r qu’ i l s
avai ent al ors demandé à parl er à un avocat et
qu’ on l eur avai t répondu qu’ i l s ne pourrai ent
parl er à un avocat que l ors de l eur passage
devant l e JLD. Pour l a pl upart des retenus
qui ne passent pas devant l e JLD, i l n’ est
al ors possi bl e de parl er à un avocat que s’ i l s
préci sent l e nom et l e numéro de l ’ avocat.
Lors des audi ences devant l e JLD, en pri n-
ci pe un avocat est systémati quement prévu
pour assurer une permanence pour déf endre
l es retenus présents. L’ absence d’ avocat
n’ est pas touj ours pri se en compte par l e JLD
même si l e retenu en f ai t expressément l a
demande. Nous avons cependant remarqué
l a réacti vi té du barreau à rempl acer un avo-
cat qui ne pourrai t assurer sa permanence.
DROIT À UN INTERPRÈTE
Certai ns retenus nous ont rapporté ne pas
avoi r été assi stés d’ un i nterprète à l eur arri -
vée au CRA lors de la notiʏcation de leurs
droi ts en rétenti on et en mati ère d’ asi l e.
A la lecture des proces verbaux de notiʏca-
ti on des droi ts, La Ci made a pu f réquemment
constater que l ’ i nterprète présent tradui sai t
dans une l angue qui n’ étai t pas compri se par
l e retenu. Ce moti f a souvent été présenté
avec succès devant l e JLD.
Par ai l leurs, les retenus font régul ièrement part
à l a Ci made de l a présence d’ un i nterprète lors
de la notiʏcation de leurs droits qui se borne-
rai t à leur demander de si gner le document
sans le leur tradui re.
INFORMATION AUX RETENUS
L’ i nf ormati on aux retenus des heures et desti -
nati ons de départ ne fait pas lȊobjet dȊun afʏ-
chage. Les agents de l a vi gi e rel ai ent parf oi s
en amont ces i nf ormati ons depui s l a porte
d’entrée de l a zone de vi e. Du f ai t du caractère
tardi f et sporadi que de ces annonces, l es rete-
nus se rapprochent bi en souvent de l a Ci made
pour connaître l es détai l s de l eur recondui te.
De même, l a plupart des retenus ayant reçu
une décision de la Cour dȊappel conʏrmant
leur mai ntien en rétention se sont pl ai nts de ne
pas avoi r compri s le contenu de cette déci sion,
faute d’ avoi r pu en recevoi r une traduction
écri te ou orale, l’ i nformation des déci sions
d’ appel se rédui sant bien souvent à l a si mple
remi se d’ une copie de l a déci sion écri te.
VISITES
Les horaires des visites sont ʏxés du lundi
au vendredi entre 13h et 19H. Général e-
ment, l es vi si tes sont accordées et durent
envi ron 15 mi nutes.
Néanmoi ns, l e droi t de vi si te des retenus est
très i négal ement respecté. La sal l e de vi si te
sert de sas de transf ert aux retenus préparés
au départ. De f ai t, l es vi si tes sont donc bl o-
quées pendant ce temps. Le chef de centre a
égal ement décl aré que l es vi si tes étai ent i n-
terrompues l ors de l a préparati on d’ un départ
pour l i mi ter l es ri sques d’ évasi on. Pl usi eurs
recondui tes pouvant avoi r l i eu dans l ’ après
mi di , certai ns proches de retenus nous ont
décl aré avoi r pati enté pl usi eurs heures avant
de pouvoi r rentrer dans l e CRA ou de rentrer
chez eux, sans expl i cati on de l a pol i ce.
L’ absence d’ abri devant l e CRA pour l es vi -
si teurs est regrettabl e. Un abri serai t en ef f et
parti cul i èrement nécessai re aux vues du cl i -
mat l ocal (chal eur et pl ui es torrenti el l es) et
du temps d’ attente des vi si teurs.
AUDIENCES DEVANT LE JLD
Un grand nombre de procédures d’ i nterpel l a-
tion et de pl acement en rétention se révèlent
irrégulieres (notiʏcation tardive des droits,
détention arbi trai re, absence d’ i nterprète).
Cependant, nous regrettons l’ i nef fecti vi té de
certai nes j uri sprudences qui sont pourtant
constantes en métropole. Par contre, l a si tua-
tion personnel le des retenus est souvent pri se
en consi dération par l a JLD du fai t de l’ absence
de recours suspensi f au tri bunal admi ni strati f.
VISITES ET ÉVÉNEMENTS
PARTICULIERS
- Inspection de la DSDS en janvier, aʏn
d’ établ i r l e rapport annuel sur l ’ état du
CRA d’ un poi nt de vue sani tai re et soci al
( j anvi er 2010)
- Entreti ens avec nos i nterl ocuteurs i ns-
ti tuti onnel s : M. JOUANGUY, j uge des
l i bertés et de détenti on ( j anvi er 2010), M.
RASPAI L, responsabl e de l ’Antenne de
Guadel oupe de l ’ OFPRA (mars 2010), M.
BAUVOI S, chef du bureau de l a nati ona-
l i té et de l ’ i mmi grati on de l a Préf ecture et
M. CI MPER, di recteur de l a règl ementa-
ti on à l a Préf ecture (mars 2010), l e Consul
général du Suri name (mars 2010)
- Vi si tes de parl ementai res : M
me
Ni col e
KI I L-NI ELSEN, parl ementai re euro-
péenne afʏliée au parti « Europe-Ecolo-
gi e » ( j anvi er 2010) et une dél égati on de
parl ementai res f rançai s sur l a questi on du
VI H - tubercul ose (mars 2009)
- Rencontre avec l a commi ssi on de l ’ i mmi -
grati on du Brési l (9 f évri er 2010)
- Travai l i nter-associ ati f avec RESF : l es i n-
terventi ons concernant des j eunes maj eurs
scol ari sés et des parents de mi neurs scol a-
ri sés ont été ef f ectuées conj oi ntement avec
RESF qui reste très réacti f sur ces questi ons.
- Communi qués de La Ci made Guyane
concernant : un retenu haïti en mai ntenu au
CRA mal gré l es engagements du mi ni stère
sui te au séi sme (janvi er 2010), un enf ant em-
mené au CRA aʏn dȊêtre reconduit avec son
parent retenu (j ui n 2010), une retenue recon-
dui te mal gré son souhai t de demander asi l e
(j ui n 2010), un ressorti ssant néerl andai s
recondui t au Suri name (août 2010), l a repri se
des i nterpel l ati ons d’ Haïti ens (novembre
2010 - http://www.mi grantsoutremer.org/
Fi n-d-une-treve-de-l a-chasse-aux,430
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 88
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 89
Coquelles
FI CHE DESCRI PTI VE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 90
C
O
Q
U
E
L
L
E
S
DESCRIPTION DU CENTRE
DATE D’OUVERTURE 2 janvier 2003
ADRESSE CRA de Coquelles
Hôtel de Police
Boulevard du Kent
62231 Coquelles
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
ADMINISTRATIF DU CENTRE
03 21 19 58 90
CAPACITÉ DE RÉTENTION 2010 : 79
Prévisions : agrandissement du centre
sans augmentation de la capacité.
NOMBRE DE BÂTIMENTS
D’HÉBERGEMENT
1
NOMBRE DE CHAMBRES 25 chambres
3 chambres isolement
NOMBRE DE LITS
PAR CHAMBRE
Chambre normale : entre 2 et 5
Chambre isolement : 1
SUPERFICIE DES CHAMBRES Entre 12m² et 28m²
NOMBRE DE DOUCHES 3 douches dans les zones 1 et 3
4 douches dans la zone 2
NOMBRE DE W.C. 1 par chambre
DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES Oui
CONTENU Cartes téléphoniques
MONNAYEUR Oui
ESPACE COLLECTIF
(DESCRIPTION)
1 salle télé par zone et un espace
commun avec un baby-foot et une
cabine téléphonique.
CONDITIONS D’ACCÈS Horaire libre dans la journée pour
l’espace commun dans chaque zone.
Salle télé : 7h-23h
COUR EXTÉRIEURE
(DESCRIPTION)
Une cour en béton avec un panier de
basket, une table de ping-pong dans
la cour de la zone 3, des bancs.
CONDITIONS D’ACCÈS Ouverte dans la journée
RÈGLEMENT INTÉRIEUR
CONFORME À LA PARTIE
RÉGLEMENTAIRE DU CESEDA
Afʏché dans chaque zone en 7
langues (français, anglais, chinois,
russe, espagnol, portugais, arabe)
NOMBRE DE CABINES
TÉLÉPHONIQUES
5 (une seule par zone et deux dans le
couloir reliant les 3 zones)
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE DES
CABINES POUR JOINDRE LES
PERSONNES RETENUES
Zone 1 (verte) : 03 21 00 91 55
Zone 2 (rouge) : 03 21 00 82 16
Zone 3 (bleue) : 03 21 00 96 99
VISITES (JOURS ET HORAIRES) Tous les jours de 9h-11h30 et
15h-17h30
ACCÈS AU CENTRE PAR
TRANSPORTS EN COMMUN
ligne bus n°1 - arrêt Cité Europe
LES INTERVENANTS
CHEF DE CENTRE Commandant Buisine
SERVICE DE GARDE PAF
ESCORTES ASSURÉES PAR PAF
GESTION DES ÉLOIGNEMENTS Préfecture et PAF
OFII – NOMBRE D’AGENTS 4
FONCTIONS Ecoute, récupération des bagages
(seulement dans le Calaisis),
change d’argent, achats (dont cartes
téléphoniques, cigarettes et chocolat),
gestion du vestiaire, quelques livres
en français et anglais
PERSONNEL MÉDICAL AU CENTRE
NOMBRE DE MÉDECINS /
D’INFIRMIÈRES
2 inʏrmières 7/7j et l médecin 3 fois
par semaine
HÔPITAL CONVENTIONNÉ Oui
FTDA - NOMBRE D’INTERVENANTS 2
LES AVOCATS SE DÉPLACENT-ILS
AU CENTRE ?
Non
LOCAL PRÉVU POUR LES
AVOCATS
Oui
PERMANENCE SPÉCIFIQUE AU
BARREAU
Non
SI OUI, NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
VISITE DU PROCUREUR DE LA
RÉPUBLIQUE EN 2010
Non
LES SERVICES
HÔTELLERIE (DRAPS /
COUVERTURES) FOURNIE PAR
SCOLAREST (avec Localinge)
RENOUVELLEMENT Tous les jeudis
ENTRETIEN ASSURÉ PAR SCOLAREST
RESTAURATION (REPAS FOURNIS
PAR)
SCOLAREST
REPAS PRÉPARÉS PAR SCOLAREST
ENTRETIEN ET HYGIÈNE DES
LOCAUX ASSURÉS PAR
SCOLAREST
FRÉQUENCE Tous les jours
NÉCESSAIRE HYGIÈNE ET
TOILETTE DES PERSONNES
RETENUES COMPOSÉ DE
Brosse à dents, gel douche, peigne,
gant, serviette de toilette
DÉLIVRÉ PAR PAF
RENOUVELLEMENT Lundi : renouvellement des serviettes
Jeudi : tout le nécessaire de toilette
Gel douche et brosse à dents : à la
demande
BLANCHISSERIE DES AFFAIRES
DES RETENUS
Oui
ASSURÉE PAR Machine à laver et sèche-linge au
CRA
FRÉQUENCE En théorie tous les matins
EXISTENCE D’UN VESTIAIRE Oui (géré par l’OFII)
DESCRIPTIF DES BÂTIMENTS
Rez-de-chaussée : poste de garde avec des écrans de contrôle, une salle d’attente pour les personnes retenues, une salle d’attente
pour les visiteurs, une salle de repos et une cuisine pour la PAF, des vestiaires, une bagagerie, des bureaux, des sanitaires.
Sous-sol : Trois zones de vie (bleue et verte pour les hommes, rouge pour les femmes) pour les personnes retenues avec dans chacune
dȊentre elles, une cour en béton couverte par un ʏlet (table de ping pong en béton dans la zone bleue, panier de basket et bancs en
béton), une salle de détente avec une télévision, une zone commune avec un baby-foot. Un couloir avec les bureaux des intervenants
(FTDA, OFII, Service médical) et les 3 chambres d’isolement relient les 3 zones entre elles. Un réfectoire avec vue sur un patio. Une zone
d’entretien avec les cuisines.
Dans la même enceinte se trouve plusieurs autres bâtiments : commissariat de la PAF, la Brigade Mobile de Recherche, le garage de
police, les locaux des maître chien et le chenil, l’annexe du TGI.
STATI STI QUES
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 91
C
O
Q
U
E
L
L
E
S
C
O
Q
U
E
L
L
E
S
NOMBRE DE PERSONNES RETENUES PAR MOIS
JAN FÉV MAR AVR MAI JUIN JUIL AOÛ SEP OCT NOV DÉC
100
95

102

125

96

130
152
109

82

91

93

87
GENRE
PRINCIPALES NATIONALITÉS
VIETNAMIENNE 16,6% SOUDANAISE 7,1%
AFGHANE 13% ERYTHRÉENNE 3,7%
IRAKIENNE 9,4% UKRAINIENNE 3,7%
INDIENNE 7,9% ALBANAISE 3,2%
IRANIENNE 7,5% PALESTINIENNE 3%
AGE DES PERSONNES
16 À
17 ANS
18 À
24 ANS
25 À
39 ANS
40 À
59 ANS
60 ANS
ET +
18 449 630 97 2
HOMMES : 1189 FEMMES : 59
1279 personnes ont été placées dans le centre en 2010,
dont 1262 ont été vues par l’association.
MESURE D’ÉLOIGNEMENT À L’ORIGINE DU PLACEMENT
RÉAD. DUBLIN 542 43,2 %
APRF 386 30,8%
L531-2 AL 2 ET AL 3 285 22,7%
OQTF 19 1,5%
ITF 16 1,3%
APE 3 0,2%
SIS 3 0,2%
AME 1 0,1%
DESTIN DES PERSONNES RETENUES
Réad. Dublin 333 28,7%
Réad. Schengen 199 17,1%
Libéré TGI 156 13,4%
Embarqué 137 11,8%
Libéré préf/min 137 11,8%
Libéré ʏn rétention 97 8,3%
Libéré TA 35 3%
Libéré CA 22 1,9%
Raison médicale 16 1,4%
Déféré 12 1%
Asigné TGI/CA 9 0,8%
Suspension CEDH 6 0,5%
Libéré article R. 552-17 2 0,2%
Réfugié statutaire 1 0,1%
DURÉE DE LA RÉTENTION
48H ɻ 13,2%
l7 JOURS ɻ 77,4%
32 JOURS ɻ 9,4%
MOYENNE DUREE DE PRESENCE ɻ 11 jours
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 92

FOCUS
Du fait de sa position géographique, le CRA de Coquelles rencontre majoritairement des
personnes faisant l’objet d’une mesure de réadmission vers un pays membre de l’Union
européenne. La proximité avec la Grande-Bretagne et la Belgique en sont les principales
raisons. Ainsi, France terre dȊasile, dȊune part, rencontre une population migrante particulière
souhaitant se rendre outre-manche, et d’autre part constate qu’il existe une pratique
préfectorale importante qui consiste à prendre un arrêté de réadmission vers la Belgique à
l’égard d’individus interpellés dans un camion immatriculé en Belgique alors que ces derniers
certiʏent sȊ être glissés sur le territoire français sans jamais avoir mis les pieds en Belgique.
Une des originalités du CRA de Coquelles sont les audiences devant le juge de la liberté
et de la détention qui ont lieu dans une salle à proximité du centre. Il n’y a donc pas
de déplacement au tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer sauf le samedi.
La proximité avec le CRA de ce « tribunal d’exception » et son éloignement des lieux
où la justice est habituellement rendue permet d’éviter les regards extérieurs. De plus,
la promiscuité de ce tribunal avec les services de la PAF amène à sȊinterroger sur sa
compatibilité avec le droit à un procès équitable ainsi quȊun tribunal impartial et indépendant.
CONDITIONS MATÉRIELLES
DE RÉTENTION
Boul evard du Kent, à Coquel l es, on trouve
d’ un côté de l a route, l es étrangers bri tan-
ni ques qui se bal adent au centre commerci al
et, de l ’ autre côté, l es étrangers en si tuati on
i rrégul i ère pl acés au centre de rétenti on
admi ni strati ve (CRA) de Coquel l es. Pour
l a maj ori té des personnes, Coquel l es n’ est
qu’ une si mpl e étape dans un l ong exi l ayant
pour desti nati on l a Grande-Bretagne.
Le CRA de Coquel l es est di vi sé en troi s
zones : l a zone rouge desti née aux f emmes,
l es zones bl eue et verte, desti nées aux
hommes. Si l e CRA est peu rempl i , seul e l a
zone bl eue est uti l i sée, sauf en cas de tensi on
entre des personnes retenues.
Les personnes sont l i bres de ci rcul er dans l a
zone de vi e dans l aquel l e el l es ont été pl acées.
El l es peuvent demander à accéder à l’ OFI I , à
lȊinʏrmerie et au bureau de France terre dȊasile.
Un après-mi di par semai ne, l es personnes
d’ une zone peuvent ci rcul er l i brement pour
voir lȊOFII, France terre dȊasile et lȊinʏrmiere.
Le centre est dans un état convenabl e. Néan-
moi ns, une f ui te d’ eau a i nondé pendant pl u-
si eurs semai nes l e coul oi r de l ’ une des zones
de vi e et des probl èmes d’ ouverture et de
f ermeture de portes sont récurrents.
I l n’ y a que peu d’ acti vi tés pour l es per-
sonnes (une tabl e de pi ng-pong dans l a cour
d’ une seul e des zones, un baby f oot, un
pani er de basket, une tél évi si on). Les repas
sont servi s au même moment pour tous sauf
l orsque l es personnes sont trop nombreuses ;
l e repas est al ors servi par zone.
Les personnes retenues qui se connai ssent
ou de même nati onal i té mai s pl acées dans
des zones di f f érentes peuvent se voi r ou se
retrouver pendant une à deux heures si l a
PAF ne constate aucun probl ème.
CONDITIONS D’EXERCICE
DE LA MISSION DE FRANCE
TERRE D’ASILE
Les personnes peuvent demander à accé-
der au bureau de France terre d’ asi l e. Cette
demande est général ement acceptée sans pro-
bl ème. Les i ntervenants de l’ associ ati on sont
l i bres d’ accéder aux troi s zones de vi e.
France terre d’ asi l e a accès aux déci si ons de
recondui te et de pl acement en rétenti on sans
difʏculté.
LorsquȊune nouvelle décision est notiʏée a
une personne (ref us d’ admi ssi on au séj our
au ti tre de l’ asi l e, changement de pays de
desti nati on entraînant parf oi s par l a même
occasi on un dési stement du recours devant
l e TA…), l’ associ ati on n’en est pas i nf ormée,
ce qui pose des probl èmes pour préparer l es
recours nécessai res.
France terre d’ asi l e n’ a pas d’ accès di rect
aux i nf ormati ons rel ati ves aux présentati ons
à l ’ ambassade, aux vol s… Un nouveau ser-
vice appelé « Pole dȊidentiʏcation des étran-
gers – PI E » a été créé en mi l i eu d’ année. I l
est composé de deux pol i ci ers en ci vi l . L’ une
des prérogati ves de ces pol i ci ers est de don-
ner aux personnes retenues l es i nf ormati ons
rel ati ves aux départs. Avant l a créati on de
ce servi ce, l es i nf ormati ons sur l es départs
étai ent transmi ses à l ’ OFI I qui se chargeai t
d’ en i nf ormer l es personnes. Depui s l a créa-
ti on de ce servi ce, l ’ OFI I ne reçoi t pl us d’ i n-
f ormati ons sur l es départs.
L’ usage de l ’ i sol ement reste très margi nal .
Nous regrettons cependant que l ’ associ ati on
n’ ai t j amai s été i nf ormée des rares f oi s où
une personne a été mi se à l ’ i sol ement.
Les rel ati ons avec l e corps médi cal , et no-
tamment avec lȊune des inʏrmieres, sont
très posi ti ves. Les i nf ormati ons uti l es pour
l ’ un ou pour l ’ autre des i ntervenants sont
transmi ses sans probl ème. Nous avons noté
quelques tensions avec la seconde inʏr-
miere (qui a quitté le CRA ʏn janvier 2011).
France terre d’ asi l e n’ a quasi ment aucune
rel ati on avec l a Préf ecture du Pas-de-Cal ai s
(l a quasi -total i té des personnes du CRA sont
pl acés à Coquel l es à l a sui te d’ une déci si on
de cette Préf ecture). Contactée pl usi eurs
f oi s en début d’ année, l es réponses ont été
de moi ns en moi ns ai mabl es.
Les rel ati ons avec l a PAF sont rel ati vement
cordi al es.
Le partage d’ i nformation entre l’ OFI I et France
terre dȊasile se fait sans trop de difʏcultés.
Une réuni on i nter-servi ce a été organi sée en
début d’ année 2010. Bi en que l e f oncti onne-
ment du centre nous sembl e pl utôt correcte
France terre d’ asi l e regrette qu’ aucune autre
réuni on de ce type n’ ai t été organi sée.
France terre d’ asi l e travai l l e en col l abora-
ti on avec l a « coordi nati on étranger » du
barreau de Li l l e (pour l e tri bunal admi ni s-
trati f ) qui di spose d’ avocats engagés et spé-
ci al i sés en droi t des étrangers et dével oppe
des relations de travail efʏcaces avec ces
derni ers. En revanche, pour l e tri bunal de
grande i nstance de Boul ogne sur Mer, l a col -
l aborati on et l es rel ati ons avec l es avocats de
Coquelles
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 93
C
O
Q
U
E
L
L
E
S
ce barreau, à quel ques excepti ons près grâce
à des avocats i ntéressés par l e contenti eux
des étrangers, restent pl us compl i quées.
CONDITIONS D’EXERCICE
DES DROITS
Le médeci n vi ent troi s f oi s par semai ne au
centre et rencontre toutes l es personnes qui
l e souhai tent. Mal gré cette présence régu-
l i ère, certai nes personnes ne comprennent
pas qu’ el l es n’ ai ent pas accès à un médeci n
dès l e j our de l eur entrée au centre.
Les personnes retenues sont, en pri nci pe,
toutes vues par lȊinʏrmiere présente dans le
centre 7 jours sur 7, mai s en prati que, selon le
personnel présent, el les ne sont pas systéma-
tiquement vues à leur arri vée. Dans certai ns
cas, des personnes pl acées le vendredi n’ont
pu voir une inʏrmiere quȊen début de semaine
sui vante.
I l f aut noter l ’ absence total e d’ ai de psychol o-
gi que pour l es retenus.
Une personne, qui a choi si un avocat, ne
rencontre aucune difʏculté pour que celui-ci
vi enne l a voi r.
En revanche, i l n’ y a aucune permanence
d’ avocats au sei n du centre de rétenti on pour
l es personnes retenues qui souhai terai ent
voi r un avocat au cours de l a rétenti on. Si
el l es demandent à voi r un avocat, i l l eur est
répondu qu’ el l es en verront un l ors des au-
di ences au TGI ou au TA.
Concernant l’ i nterprétari at, l es déci si ons ad-
mi ni strati ves pri ses en rétenti on (rej et de l a
demande d’ asi l e, changement de pays de des-
tinationȓ) sont en général notiʏées en pré-
sence d’ un i nterprète ou avec un i nterprète par
tél éphone. En revanche l es avi s d’ audi ence ne
sont pas tradui ts. De même, l es assi gnati ons
à rési dence à l a sui te d’ une suspensi on par l a
CEDH de l a mesure d’él oi gnement, ne sont,
l e pl us souvent, pas tradui tes, et l e gref f e nous
demande régul i èrement d’expl i quer à l a per-
sonne ce que signiʏe la décision. Il faut dȊail-
l eurs noter que l es déci si ons de l a CEDH ne
sont jamais notiʏées a la personne.
L’ OFI I compte 4 médi ateurs qui i nter-
vi ennent à l a f oi s auprès des personnes
retenues dans l e CRA et des personnes en
garde à vue et qui procèdent égal ement aux
entreti ens dans l e cadre de l ’ ai de au retour
vol ontai re. En général , un ou deux médi a-
teurs sont présents dans l e centre 6 j ours
sur 7. Leurs horai res de présence ne sont pas
touj ours cl ai rs pour l es personnes retenues
qui souvent ne comprennent pas pourquoi i l s
ne peuvent pas voi r l ’ OFI I .
Lors de l ’ entrée en rétenti on, l ’ OFI I expl i que
à l a personne sa si tuati on, présente l es di f f é-
rents i ntervenants et l ui i ndi que son rôl e. Le
cas échéant cette i nf ormati on est f ai te grâce
à l ’ ai de d’ un i nterprète par tél éphone.
Les servi ces proposés par l ’ OFI I se l i mi tent
à l ’ achat de ci garettes et de quel ques autres
types de produi ts (barres chocol atées, pro-
dui ts de toi l ette…), l ’ expl i cati on de l a si tua-
ti on de l a personne avec l e cas échéant appel
d’ un i nterprète l ors de l ’ entrée en rétenti on,
l ’ émi ssi on d’ un seul appel tél éphoni que, l a
récupérati on des bagages se trouvant dans l e
Cal ai si s (uni quement), l e prêt de l i vres mal -
heureusement uni quement en f rançai s ou
angl ai s, l a f ourni ture de vêtements.
Concernant l es communi cati ons tél éphoni ques :
Ȓ Toutes les personnes ont droit a un appel
depui s l e bureau de l ’ OFI I pour donner l e
numéro de l a cabi ne tél éphoni que de l a
zone dans l aquel l e i l se trouve ;
Ȓ Si les personnes ont de lȊargent, ils doivent
al ors acheter une carte tél éphoni que dans
l e di stri buteur présent dans l e centre pour
passer d’ autres appel s ;
Ȓ Les personnes sans moyens ʏnanciers
peuvent se voi r proposer une carte tél é-
phoni que of f erte par l a PAF, mai s ce n’ est
pas systémati que. Le pl us souvent, el l es
doi vent passer par notre bureau pour pou-
voi r y avoi r droi t ;
Ȓ Les personnes qui ont un téléphone por-
tabl e sans apparei l photo peuvent l e garder
avec el l es ;
Ȓ Les personnes qui ont un téléphone por-
tabl e avec un apparei l photo doi vent l e
l ai sser dans l a bagageri e. El l es peuvent
demander d’ accéder au répertoi re ou de
tél éphoner dans l a sal l e d’ attente des per-
sonnes retenues. El l es ont parf oi s l e droi t
de casser l ’ apparei l photo de l eur tél éphone
aʏn de garder le téléphone avec elles.
Le di stri buteur de carte téléphoni que est re-
chargé par un prestatai re extérieur qui a été
absent pendant plusieurs semai nes au cours de
l’été. Rapidement, i l ne restai t que des cartes
ne correspondant pas à l a national i té des per-
sonnes présentes à cette époque dans le centre.
VISITES ET ÉVÉNEMENTS
PARTICULIERS
Le 6 j ui l l et, l e CRA a reçu l a vi si te d’ un dé-
puté pour un rapport de l a Commi ssi on Bud-
get de l ’Assembl ée nati onal e. Le 9 j ui l l et,
l ’ I GPN l e Préf et du Pas-de-Cal ai s ont vi si té
l e CRA. Au cours de l ’ année 2010, pl usi eurs
vi si tes de servi ces pol i ci ers étrangers ont eu
l i eu au centre de rétenti on de Coquel l es.

TÉMOIGNAGES
Les interpellations dans Calais dans le cadre de la politique de pression policière sur
les migrants ont continué en 2010. Les nombreuses personnes interpellées sont placées
en garde-à-vue à Coquelles (à 15 minutes de bus de Calais) et libérées quelques heures
plus tard. Elles peuvent être interpellées plusieurs fois par semaine et placées en garde-à-vue
plusieurs fois également. Quelques unes dȊentre elles sont placées en rétention.
M. K., al géri en, dépose un dossi er de 10 ans à l a Préfecture.
La police fait une enquête sur sa résidence. M.K. appelle la police pour savoir pourquoi elle
a contacté le propriétaire de son logement à son propos. La police lui donne alors un rendez-vous
le lendemain matin à 8h00 pour son dossier « l0 ans ». M. K se rend au commissariat et est
placé en garde-à-vue puis en rétention.
Il sera libéré au JLD pour interpellation déloyale.
M. A. est arri vé l e 15 octobre 2010 au CRA avec une décision de réadmission vers la Grèce
et lȊltalie en vertu du règlement «Dublin ll» relatif aux critères de détermination de lȊEtat
responsable d’une demande d’asile.
Pour M. A., seule la Grèce est responsable de sa demande dȊasile. Or M.A. ne veut absolument
pas retourner en Grèce et lȊadministration craint un refus dȊembarquement. DȊoù, lȊidée de dire
à M. A. quȊil sera reconduit vers lȊltalie suite à un accord implicite de cette dernière. CȊest en tout
cas ce qu’a répondu l’administration à la Cour Européenne des Droits de l’Homme lorsque
M. A. a présenté une requête visant à suspendre la réadmission en Grèce.
Mais lors de son second passage devant le JLD, M. A. apprend que l’Italie a refusé
la réadmission et quȊun avion pour Athènes est prévu.
La CEDH est donc saisi une seconde fois. Elle nous fait comprendre qu’elle n’apprécie pas trop
le comportement de lȊadministration. La mesure de réadmission vers la Grèce est donc suspendue.
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 94
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 95
Hendaye
FI CHE DESCRI PTI VE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 96
H
E
N
D
A
Y
E
LE CENTRE
DATE D’OUVERTURE 4 juin 2008
ADRESSE 4, rue Joliot-Curie – 64700 Hendaye
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
ADMINISTRATIF DU CENTRE
05.59.48.81.85
CAPACITÉ DE RÉTENTION 30 places :
24 hommes + 6 femmes-familles
NOMBRE DE BÂTIMENTS
D’HÉBERGEMENT
1
NOMBRE DE CHAMBRES 15
NOMBRE DE LITS PAR CHAMBRE 2
SUPERFICIE DES CHAMBRES 20 m²
NOMBRE DE DOUCHES 15 soit une par chambre
NOMBRE DE W.C. 15 soit un par chambre
DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES Oui
CONTENU Cartes téléphoniques
MONNAYEUR Oui
ESPACE COLLECTIF (DESCRIPTION) Au rez-de-chaussée : une salle télé,
une cour avec panier de basket et
table de ping-pong, une salle de jeux
avec baby-foot et jeux de société.
A l’étage : une salle télé, une salle de
jeux pour les enfants, une cour.
CONDITIONS D’ACCÈS En accès libre pour chaque zone.
COUR EXTÉRIEURE (DESCRIPTION) Au rez-de-chaussée, une cour en
partie abritée, avec panier de basket
et table de ping-pong, banc, allume-
cigarette.
A l’étage, une cour plus petite avec
banc et allume-cigarette.
CONDITIONS D’ACCÈS Libre
RÈGLEMENT INTÉRIEUR
CONFORME À LA PARTIE
RÉGLEMENTAIRE DU CESEDA
Oui
AFFICHAGE/TRADUCTION SUR
DEMANDE DE LA CIMADE
Afʏchage et traduction en 6 langues
(anglais, espagnol, portugais, arabe,
chinois et russe)
NOMBRE DE CABINES
TÉLÉPHONIQUES
4
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE DES
CABINES POUR JOINDRE LES
PERSONNES RETENUES
Espace hommes :
05.59.20.48.66.
05.59.48.33.27
05.59.48.33.27
Espace femmes :
05.59.20.70.32
VISITES (JOURS ET HORAIRES) Du lundi au dimanche de 9h à 11
h30 et de 14h à 18h30
ACCÈS AU CENTRE PAR
TRANSPORTS EN COMMUN
Gare d’Hendaye, Gare de l’Eusko
Tren, Arrêt de bus
LES INTERVENANTS
CHEF DE CENTRE Capitaine Darriet
SERVICE DE GARDE PAF
ESCORTES ASSURÉES PAR PAF
GESTION DES ÉLOIGNEMENTS Préfecture et PAF
OFII – NOMBRE D’AGENTS 2 à mi-temps 6 jours sur 7
FONCTIONS Ecoute - récupération des
bagages - récupération des
salaires - change d’argent -
achats
PERSONNEL MÉDICAL AU CENTRE
NOMBRE DE MÉDECINS /
D’INFIRMIÈRES
2 inʏrmières 6 jours sur 7
2 médecins 4 demi-journées par
semaine
HÔPITAL CONVENTIONNÉ Centre hospitalier de la Côte
basque (Bayonne)
CIMADE - NOMBRE D’INTERVENANTS 1 salarié et 1 bénévole
LES AVOCATS SE DÉPLACENT-ILS AU
CENTRE ?
Oui
LOCAL PRÉVU POUR LES AVOCATS Oui
PERMANENCE SPÉCIFIQUE AU
BARREAU
Oui
SI OUI, NUMÉRO DE TÉLÉPHONE 06.23.03.25.61 (Bayonne)
06.21.38.53.89 (Pau)
VISITE DU PROCUREUR DE LA
RÉPUBLIQUE EN 2010
Oui
LES SERVICES
HÔTELLERIE (DRAPS / COUVERTURES)
FOURNIE PAR
Société GEPSA
RENOUVELLEMENT Hebdomadaire
ENTRETIEN ASSURÉ PAR Société GEPSA
RESTAURATION (REPAS FOURNIS PAR) Société GEPSA – sous-traite à
société ONET
REPAS PRÉPARÉS PAR La Culinaire de restauration
ENTRETIEN ET HYGIÈNE DES LOCAUX
ASSURÉS PAR
Société TFN
FRÉQUENCE Tous les jours
NÉCESSAIRE HYGIÈNE ET TOILETTE
DES PERSONNES RETENUES
COMPOSÉ DE
Brosse à dent, dentifrice, peigne,
savon
DÉLIVRÉ PAR Société GEPSA
RENOUVELLEMENT A la demande
BLANCHISSERIE DES AFFAIRES DES
RETENUS
Oui
ASSURÉE PAR Société GEPSA
FRÉQUENCE 2 fois par semaine
EXISTENCE D’UN VESTIAIRE Oui, tenu par l’OFII
DESCRIPTIF DES BÂTIMENTS
Le centre de rétention administrative est situé dans l’enceinte du commissariat de police.
ll est constitué dȊun unique bâtiment, entièrement neuf. Le centre a rouvert le 4 juin 2008, il est divisé en trois zones :
- Dans la première, sur deux étages : bureau du chef de centre, salle de repos, vestiaires ȅ au rez-de-chaussée ȅ intendance et cuisine au
premier étage.
- Dans la seconde, qui permet dȊaccéder à la partie rétention, se trouvent le greffe, la salle des bagages, le local de transit et de lȊidentiʏcation
judiciaire.
- Dans la troisième, la zone de rétention se trouve sur deux niveaux. Au rez-de-chaussée, la zone des hommes, à lȊétage, le réfectoire, les
bureaux de l’OFII, de La Cimade et du service médical et la zone des femmes-familles.
STATI STI QUES
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 97
H
E
N
D
A
Y
E

H
E
N
D
A
Y
E
NOMBRES DE PERSONNES RETENUES PAR MOIS
JAN FÉV MAR AVR MAI JUIN JUIL AOÛ SEP OCT NOV DÉC
32 32

49
34

38

35

24

27

27

26

21

15
GENRES
PRINCIPALES NATIONALITÉS
MAROC 49 13,61% MALI 10 2,78%
PAKISTAN 47 13,06% TUNISIE 10 2,78%
ALGERIE 38 10,56% BANGLADESH 8 2,22%
INDE 30 8,33% ANGOLA 7 1,94%
BRESIL 15 4,17% AUTRES 122 33,89%
CAP-VERT 14 3,89% TOTAL 360 100,00%
CHINE 10 2,78%
Les nationalités les plus représentées sont : le Maroc avec 14%, le Pakistan avec
13%, l’Algérie avec 11%, l’Inde avec 8%, le Brésil et le Cap-Vert avec 4%.
Néanmoins, le continent africain reste le plus représenté avec près de 52% des
personnes placées en centre de rétention ressortissantes de pays de ce continent.
AGE DES PERSONNES
AGE MOYEN : 31 ANS
INTERPELLATIONS
CONDITIONS
INTERPELLATIONS
NB %
INTERPEL FRONTIERE 254 70,56%
TRANSPORTS PUBLICS 41 11,39%
CONTRÔLE ROUTIER 14 3,89%
CONTRÔLE GARE 13 3,61%
CONTRÔLE VOIE PUBLIQ 13 3,61%
LIBÉRÉ PREF/MIN 38 3,3
AUTRE 10 2,78%
CONDITIONS
INTERPELLATIONS
NB %
PRISONS 7 1,94%
LIEU DE TRAVAIL 5 1,39%
ARRESTATION
GUICHET
1 0,28%
DOMICILE 1 0,28%
DENONCIATION 1 0,28%
TOTAL 360 100%
De par sa situation géographique ȅ implanté à la frontière avec lȊEspagne ȅ 7l,4%
des personnes placées au centre de rétention d’Hendaye sont interpelées dans la
zone frontalière, frontière physique ȅ gare dȊHendaye, péage autoroutier de Biria-
tou – ou dans une zone de 20 km, principalement à bord des trains.
HOMMES : 321,
dont 2 mineurs
FEMMES : 39 MINEURS : 2,
libérés par le JLD puis
pris en charge par l’ASE.
MESURE D’ÉLOIGNEMENT À L’ORIGINE DU PLACEMENT ET
DÉPARTEMENT AYANT PRIS LA DÉCISION DE PLACEMENT :
90,9% des personnes placées en rétention l’ont été sur la base d’un arrêté de re-
conduite à la frontière (326), pour entrée et séjour irrégulier sur le sol français. Bien
souvent, les personnes placées au centre de rétention ne résident pas en France
ou depuis trop peu de temps, aucune démarche administrative n’a été engagée
ayant pu aboutir à un rejet et une obligation de quitter le territoire français (OQTF).
Le placement sur la base d’autres mesures d’éloignement reste marginal : 7 ITF,
20 OQTF, 5 arrêtés de réadmission et 2 mesures inconnues.
MESURES NOMBRES %
ARRÊTÉ DE RECONDUITE À LA FRONTIÈRE 326 91,06%
ITF 7 1,96%
OQTF 20 5,59%
ARRÊTÉS DE RÉADMISSION 5 1,40%
TOTAL 358 100,00%
INCONNUES. 2
93,4 % des placements sont prononcés par la préfecture des Pyrénées Atlan-
tiques (les Pyrénées-Atlantiques (64) : 335). Un nombre réduit d’étrangers ont été
placés par des départements limitrophes ou du moins de la région voisine Midi-
Pyrénées : lȊAriège (09) : 2 ; le Gers (32) : l ; la Gironde (33) : 5 ; les Landes (40) :
5 ; le Lot (46) : l ; le Lot et Garonne (47) : 6 ; les Pyrénées-Atlantiques (64) : 335,
soit 93,4% et les Hautes-Pyrénées (65) : 5
DESTIN DES PERSONNES RETENUES
Libéré TGI 79 21,94%
Embarqué 67 18,61%
Libéré préfecture 64 17,78%
Libéré ʏn de rétention 49 13,61%
Réadmis simple 48 13,33%
Assigné TGI : 17 4,72%
Réadmis Dublin 17 4,72%
Libéré « Article 13 » 7 1,94%
Libéré TA 3 0,83%
Transféré 3 0,83%
Hospitalisé 2 0,56%
Déféré 1 0,28%
Libéré CA 1 0,28%
Raison médicale 1 0,28%
Refus d’embarquement 1 0,28%
Total 360 100%
DURÉE DE LA RÉTENTION
11,5 JOURS
AUTRES ÉLÉMENTS VOUS PARAISSANT PERTINENT
PAYS DE DESTINATION ET PROCÉDURE EN CAS DE RÉADMISSION :
Réadmission en procédure
dite « Dublin II » pour
les demandeurs d’asile
Réadmission dite « simple »
en vertu d’accords bilatéraux
conclus par la France
ALLEMAGNE 3 -
BELGIQUE - 2
CHYPRE - 1
ESPAGNE 8 20
GB - 1
ITALIE - 8
PAYS-BAS - 1
PORTUGAL - 14
SUÈDE 1 -
SUISSE 5 1
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 98
parti cul i èrement l ors de l a premi ère ren-
contre. Les médi ateurs de l ’ OFI I , au nombre
de 2, sont présents 6 j ours sur 7, de 9 heures à
16 heures. Leurs mi ssi ons sont extrêmement
vari ées et i l s apportent un véri tabl e souti en
psychol ogi que et matéri el aux personnes
retenues.
VISITES ET ÉVÉNEMENTS
PARTICULIERS
6 mai 2010 : une dél égati on de l ’Agence
régi onal e de santé Aqui tai ne a passé l a j our-
née au centre de rétenti on et a rencontré
l ’ ensembl e des i ntervenants (chef de centre,
servi ce médi cal , OFI I , La Ci made ai nsi que
certai ns retenus) dans l e cadre de l ’ i nspec-
ti on annuel l e di l i gentée par l e Mi ni stère de
l ’ i mmi grati on, de l ’ i ntégrati on, de l ’ i denti té
nati onal e et du dével oppement sol i dai re.
Madame Brunet, i nspectri ce de l ’ acti on
sani tai re et soci al e, et Monsi eur Ducl a,
consei l l er techni que en travai l – Di recti on
départemental e de l a cohési on soci al e, ont
assuré l ’ audi ti on des i ntervenants de l ’ OFI I
et de La Ci made. L’ ensembl e du travai l en
rétenti on a été évoqué, tant l es di f f érentes
mi ssi ons que l es rapports avec l es autres
i ntervenants. L’ entrevue a duré pl us d’ une
heure et demi .
Nous avons néanmoi ns dépl oré l ’ absence
d’ i nf ormati on quant à cette i nspecti on. En
ef f et, nous en avons été averti s par l e méde-
ci n du centre l ’ avant-vei l l e, tout à f ai t par
hasard.
16 j ui l let 2010 : vi si te de M. l e sous-préf et
de Bayonne.
6 octobr e 2010 : vi si te de M
me
l e vi ce-
procureur de l a Républ i que près l e TGI de
Bayonne.
DES CONTRÔLES
AUX FRONTIÈRES
JUGÉS ILLÉGAUX…
MAIS QUI ONT REPRIS
Depui s que La Ci made i ntervi ent au centre
de rétenti on d’ Hendaye, cel l e-ci n’ a eu de
cesse de dénoncer l es i nterpel l ati ons et l es
CONDITIONS D’EXERCICE
DE LA MISSION DE LA CIMADE
Le bureau de La Ci made, comme ceux de
l ’ ensembl e des i ntervenant extéri eurs, est
si tué dans l a zone de rétenti on ce qui permet
une l i bre ci rcul ati on i ndui sant cette proxi -
mi té nécessai re avec l es personnes retenues.
Les bureaux de l ’ OFI I , du servi ce médi cal et
de La Ci made sont côte à côte, ce qui permet
un échange entre l es i ntervenants assurant
une pri se en charge gl obal e de chaque per-
sonne pl acée au centre.
Aucune restri cti on n’ est à dépl orer quant à
l a communi cati on avec l e gref f e du centre
et, sur demande, l es di verses i nf ormati ons
(départs, dél i vrance des l ai ssez-passer,
réadmi ssi ons) concernant l es personnes sont
transmi ses.
La réuni on annuel l e « i nter-servi ces » s’ est
tenue a la ʏn de lȊannée ou La Cimade a pu
échanger sur des probl èmes récurrents – cf.
supr a. SȊagissant de lȊensemble des difʏcul-
tés pouvant apparaître ponctuel l ement, l a
di sponi bi l i té et l’ écoute du chef de centre est
capi tal e.
CONDITIONS D’EXERCICE
DES DROITS
Les permanences des avocats du barreau de
Bayonne – pour l e j uge des l i bertés et de l a
détenti on (JLD) – et de Pau – pour l e tri bunal
admi ni strati f et l a cour d’ appel – sont tou-
j ours en pl ace. De pl us, dans l ’ organi sati on
de l a permanence pour l a déf ense devant l e
JLD, l es avocats du barreau de Bayonne ont
prévu de se dépl acer au centre sur demande.
Enʏn, ils sont toujours disponibles par télé-
phone en cas d’ i nterrogati ons de l a part de
l eurs cl i ents.
La l i bre ci rcul ati on dans l a zone de réten-
ti on permet l ’ exerci ce de l ’ ensembl e des
droi ts sans aucun poi nt d’ achoppement que
ce soi t avec l e servi ce médi cal , l ’ OFI I ou La
Cimade. En cas de difʏcultés ou de ques-
ti ons, l es personnes savent où nous trouver
et n’ hési tent pas à nous sol l i ci ter. C’ est d’ ai l -
l eurs un poi nt sur l equel nous i nsi stons tout
Hendaye
CONDITIONS MATÉRIELLES
DE RÉTENTION
Mal gré un centre neuf , des probl èmes de
chauf f age et de température de l ’ eau de l a
douche sont régul i èrement rappel és au chef
de centre et au gesti onnai re. A ce j our, au-
cune sol uti on n’ a été trouvée, l e gesti onnai re
rappel ant qu’ i l ne peut f ourni r que deux cou-
vertures en péri ode hi vernal e et une en pé-
ri ode esti val e. Quant à l ’ entrepri se en charge
de l a chauf f eri e, et mal gré des i nterventi ons
récurrentes sur demande du chef de centre,
l e probl ème persi ste. Durant l a premi ère
moi ti é de l ’ année, l ’ entrepri se de nettoyage
a changé sui te au renouvel l ement du contrat
publ i c. S’ en sont sui vi s quel ques j ours de
ʐottement ou le ménage, dans lȊensemble du
centre de rétenti on – bureaux, zones de vi e,
chambres – n’ a pas été assuré l e temps que
l a soci été f ourni sse l e nouveau matéri el né-
cessai re au personnel . En dehors de ce poi nt,
l es condi ti ons matéri el l es de rétenti on sont
conf ormes à l a régl ementati on.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 99
H
E
N
D
A
Y
E
TÉMOIGNAGE
Madame Da Silva est brésilienne. Voilà quinze ans qu’elle travaille comme
gouvernante pour de riches familles en Suisse. Elle n’a jamais pu avoir de titre
de séjour, mais n’étant pas soumise à l’obligation de visa pour entrer dans l’espace
Schengen, elle faisait fréquemment le va-et-vient entre le Royaume-Uni – où une de
ses sēurs vit ȅ et la Suisse. Elle nȊa jamais eu de problème concernant ses papiers
ou plutôt son absence de papiers.
A 56 ans, elle estime avoir amassé assez d’argent pour se payer une bonne retraite chez
elle, aux côtés de sa ʏlle restée au Brésil et de son petit-ʏls quȊelle nȊa pas revu depuis
cinq ans. Renseignements pris elle a ʏnalement réservé un vol pour Rio depuis Lisbonne.
Les prix sont nettement moins chers. Elle a donc payé son billet via Internet, bouclé ses
valises et pris le train direction le Portugal. Malheureusement pour elle, les frontières
dans lȊespace Schengen nȊont pas complètement disparu et alors quȊelle se trouvait
dans le train en direction de l’Espagne les policiers français sont venus lui rappeler
ce petit détail. C’est ainsi que j’ai fait sa connaissance lorsqu’elle a poussé la porte
de mon bureau au centre de rétention.
Une petite bonne femme s’exprimant dans un parfait français qui ne comprenait pas
ce qu’il lui arrivait. Oui, elle était sur le sol français. Oui, elle ne pouvait pas s’y trouver,
son droit au séjour ayant expiré depuis six mois. Et alors ? Elle partait. Elle s’apprêtait
à prendre un train pour l’Espagne. Elle avait avec elle son billet d’avion Lisbonne-Rio.
« Quelle autre preuve leur faut-il ? Je mȊen vais. Je quitte la France.
Je rentre dans mon pays, pour ma retraite ».
Mais lȊAdministration française ne veut rien entendre. Contrôlée en situation irrégulière
sur le sol français à quelques mètres de la frontière espagnole elle est contrainte
de stopper prématurément son périple. Et quȊapprend-elle ? Que la France va lui payer
un billet d’avion pour…le Brésil. Elle n’en revient pas. Mais comment est-ce possible ?
Combien de temps va-t-elle devoir attendre ? Ne peut-elle vraiment pas utiliser
son billet d’avion depuis Lisbonne ? Si elle explique la situation au juge, peut-être
la laissera-t-il partir ? Malgré un discours bien rodé sur les interpellations de
personnes s’apprêtant à quitter le sol français, je ne sais plus quel argument avancer
face à cette situation ubuesque.
A son retour du tribunal, le lendemain, elle vient me voir. Le juge a bien compris
son problème mais lui a dit quȊil ne pouvait rien faire. La voilà contrainte dȊattendre
un vol pour le Brésil alors quȊà lȊheure quȊil est, elle devrait être auprès de sa famille.
Elle en a les larmes aux yeux et demande d’une petite voix : « J’ai perdu l’argent
de mon b|//et dȊav|on, ce nȊest pas grave {|/ y en ava|t quand méme pour 1600 euros),
mais mon passeport arrive à expiration dans cinq jours ou dans six peut être, je ne sais
plus. Comment vais-je faire si je ne repars pas avant, je ne pourrais plus prendre d’avion
et devrais aller au consulat ».
Personne ne s’est rendu compte que la durée de validité du passeport arrivait à expiration
très prochainement. Elle sȊen veut de ne pas avoir osé en parler à lȊaudience, mais « ça faisait
trop de choses à gérer », dit-elle. Un torrent de larmes dévale son visage. C’en est trop.
JȊappelle immédiatement le greffe du centre pour expliquer la situation et vériʏer
la date exacte d’expiration. Cinq jours. Mon interlocuteur promet de prévenir
la préfecture aʏn que toutes diligences soient faites pour quȊil y ait un vol avant la date
ultime. Le surlendemain un vol pour Rio est programmé. M
me
Da Silva peut ʏnalement
rentrer chez elle après avoir subi une garde à vue et quatre jours de rétention.
Joli cadeau de départ à la retraite ! Avant de partir, elle vient nous remercier
et en sortant du bureau se retourne :
- Je ne comprends toujours pas pourquoi…
- Le chiffre, Madame Da Silva, le chiffre.
pl acements en rétenti on de personnes ne f ai -
sant que transi ter par l e terri toi re f rançai s,
soi t se rendant dans un autre Etat membre de
l ’ Uni on européenne, soi t rentrant chez el l es.
La grande maj ori té des personnes pl acées
dans l edi t centre étai ent i nterpel ées sur
l e f ondement de l ’ arti cl e 78-2 al 4 du code
de procédure pénal e (CPP) permettant l es
contrôl es d’ i denti té « l i bres », en rai son de
l a proxi mi té de l a f ronti ère. Ai nsi , sur l es
6 derni ers moi s de l ’ année 2008, 64,7%
des personnes ont été i nterpel ées sui te à un
contrôl e di t « aux f ronti ères » (à l a f ronti ère
même ou dans l a zone des 20 kms) ; ces
i nterpel l ati ons représentai ent 80,5 % pour
l ’ année 2009.
Le 22 j ui n 2010, l a Cour de j usti ce de l ’ Uni on
européenne a rendu un arrêt très i mportant
en l a mati ère, en ce qu’ el l e a j ugé i ncon-
venti onnel s l es contrôl es d’ i denti té opérés
sur l e f ondement de l ’ arti cl e ci té ci -dessus.
L’ espri t de cet arrêt étai t repri s l e 29 j ui n par
l a Cour de cassati on. Ces deux hautes j uri -
di cti ons ont consi déré qu’ en rai son de l ’ ab-
sence d’ encadrement, ces contrôl es étai ent
assi mi l abl es à des contrôl es systémati ques
aux f ronti ères i ntéri eures, al ors même que
l a Conventi on de Schengen l es a suppri més.
Dès l es premi ères appl i cati ons de cet arrêt par
l e j uge des l i bertés et de l a détenti on (JLD)
de Bayonne, i l s’en est sui vi un coup d’ arrêt
des pl acements en rétenti on à Hendaye. Une
tentati ve de contournement de l a j uri di cti on
l ocal e f ut al ors mi se en pl ace, consi stant à
pl acer l es personnes i nterpel ées à Hendaye
au centre de rétenti on de Cornebari eu (31). .
Cette tentati ve n’étant pas devenue une pra-
ti que, en rai son d’ une posi ti on si mi l ai re des
magi strats toul ousai ns, l es i nterpel l ati ons,
sur l e f ondement de l’ arti cl e 78-2 al 4 CPP, se
sont f ai tes extrêmement rares.
Par l a sui te, à l ’ i nstar de l ’ ensembl e du
terri toi re, c’ est au parquet qu’ est revenu l e
soi n de prendre des réqui si ti ons permettant
l es contrôl es d’ i denti té en des l i eux, j ours
et heures bi en détermi nés. Néanmoi ns, l es
contrôl es à l a f ronti ère restent l a pri nci pal e
cause d’ i nterpel l ati on avec pl us de 70% de
personnes pl acées en rétenti on – cf. i nfr a.
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 100
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 101
Lille - Lesquin
FI CHE DESCRI PTI VE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 102
LE CENTRE
DATE D’OUVERTURE 15 novembre 2006
ADRESSE Rue de la Drève - 598l0 Lesquin
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
ADMINISTRATIF DU CENTRE
03 20 10 62 50
CAPACITÉ DE RÉTENTION 96 places
NOMBRE DE BÂTIMENTS
D’HÉBERGEMENT
4 zones de vie : 3 zones hommes,
1 zone femmes et familles.
NOMBRE DE CHAMBRES 45
NOMBRE DE LITS PAR CHAMBRE 42 chambres de 2 lits, 3 chambres
de 4 lits
SUPERFICIE DES CHAMBRES De 10 m² à 20 m²
NOMBRE DE DOUCHES 45
NOMBRE DE W.C. 45
DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES Oui
CONTENU Cartes téléphoniques, friandises
MONNAYEUR Oui
ESPACE COLLECTIF (DESCRIPTION) Un grand hall de 180 m
2
,
avec un grand banc, une fontaine
à eau et une cabine téléphonique,
donnant accès aux bureaux
de l’Association et de l’OFII
CONDITIONS D’ACCÈS Horaires limités par zone le matin
pendant le nettoyage de celle-ci
COUR EXTÉRIEURE (DESCRIPTION) Une cour extérieure par zone équipée
d’une table de ping-pong, ainsi que
d’un toboggan en zone famille.
CONDITIONS D’ACCÈS Libre
RÈGLEMENT INTÉRIEUR
CONFORME À LA PARTIE
RÉGLEMENTAIRE DU CESEDA
Oui
AFFICHAGE DU RÈGLEMENT
INTÉRIEUR EN PLUSIEURS
LANGUES
Oui, dans le hall collectif, en chinois,
espagnol, arabe, portugais, anglais,
russe et français.
ACCÈS À LA BAGAGERIE Oui, de 17h à 21h
NOMBRE DE CABINES
TÉLÉPHONIQUES
5
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE DES
CABINES POUR JOINDRE LES
PERSONNES RETENUES
Numéro de téléphone des cabines
Hall : 03 20 44 74 13
Zone A : 03 20 32 76 20
Zone B : 03 20 32 70 53
Zone C : 03 20 32 75 31
Zone F : 03 20 32 75 82
VISITES (JOURS ET HORAIRES) Tous les jours de 9h à 11h
et de 14h à 17h
ACCÈS AU CENTRE PAR
TRANSPORTS EN COMMUN
Depuis la gare Lille Flandres :
Métro ligne 2 direction St Philibert -
descendre à Porte de Douai - prendre
la navette CRT (une seule navette
à 8h15) jusqu’à la zone industrielle
(environ 15 min de trajet) – marcher
20 min (accès arrière du CRA).
LES INTERVENANTS
CHEF DE CENTRE Commandant Blondin
SERVICE DE GARDE PAF
ESCORTES ASSURÉES PAR PAF
GESTION DES ÉLOIGNEMENTS PAF
OFII – NOMBRE D’AGENTS 2
FONCTIONS Information - Ecoute - médiation
- achats de cigarettes
PERSONNEL MÉDICAL AU
CENTRE - NOMBRE DE MÉDECINS /
D’INFIRMIÈRES
2 inʏrmiers, 8 médecins
HÔPITAL CONVENTIONNÉ Centre hospitalier de Seclin
ASSOCIATION - NOMBRE
D’INTERVENANTS
3 salariés
LES AVOCATS SE DÉPLACENT-ILS AU
CENTRE ?
Très rarement
LOCAL PRÉVU POUR LES AVOCATS Oui
PERMANENCE SPÉCIFIQUE AU
BARREAU
Oui
SI OUI, NUMÉRO DE TÉLÉPHONE 06 09 04 30 43
VISITE DU PROCUREUR DE LA
RÉPUBLIQUE EN 2010
Oui
LES SERVICES
HÔTELLERIE (DRAPS /
COUVERTURES) FOURNIE PAR
Société SCOLAREST
RENOUVELLEMENT 2 fois par semaine
ENTRETIEN ASSURÉ PAR SCOLAREST
RESTAURATION (REPAS FOURNIS
ET PRÉPARÉ PAR)
SCOLAREST
ENTRETIEN ET HYGIÈNE DES
LOCAUX ASSURÉS PAR
SCOLAREST
FRÉQUENCE Tous les jours (sauf dans les bureaux
de l’association où la fréquence est
d’une fois par semaine)
NÉCESSAIRE HYGIÈNE ET
TOILETTE DES PERSONNES
RETENUES COMPOSÉ DE
1 savon, 1 brosse à dents, 3 doses de
dentifrice, gel douche, 1 serviette de
toilette, 1 gant de toilette
DÉLIVRÉ PAR SCOLAREST
RENOUVELLEMENT Tous les 3 jours
BLANCHISSERIE DES AFFAIRES
DES PERSONNES RETENUES
Oui
ASSURÉE PAR SCOLAREST
FRÉQUENCE 1 fois par semaine
EXISTENCE D’UN VESTIAIRE Oui (tenu par l’OFII mais rarement
utilisé)
DESCRIPTIF DES BÂTIMENTS
Situé à côté de l’aéroport et entouré de champs, le CRA de Lesquin 2 est le seul en activité, Lesquin 1
nȊayant pas servi en 20l0. La partie administrative réservée à la police aux frontières est au premier étage.
L’association se trouve au rez-de-chaussée dans un patio avec l’OFII en face du réfectoire, qui est en libre
accès le matin pendant le nettoyage des zones. ll y a quatre zones pour une capacité dȊaccueil totale de
96 places (3 zones hommes, une zone femme-familles). Chaque zone donne sur une cour en libre accès.
STATI STI QUES
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 103
L
I
L
L
E

-

L
E
S
Q
U
I
N
NOMBRES DE PERSONNES RETENUES PAR MOIS
JAN FÉV MAR AVR MAI JUIN JUIL AOÛ SEP OCT NOV DÉC
168
135
179
126

124

166

194

118

149

166

241

151
GENRES*
PRINCIPALES NATIONALITÉS*
ALGÉRIENNE 13% lPANlFNNF 6%
MAROCAINE 13% AlGHANF 6%
VIETNAMIENNE 8% ROUMAINE 5%
IRAKIENNE 8% INDIENNE 3%
TUNISIENNE 7% GUINÉENNE 2%
Les nationalités en italique représentent une population de migrants dont l’objectif
est souvent de rejoindre l’Angleterre.
AGE DES PERSONNES*
0 À
6 ANS
7 À
15 ANS
16 À
17 ANS
28 À
24 ANS
25 À
39 ANS
40 À
59 ANS
60 ANS
ET +
1% 1% 2% 31% 54% 10% 0%
MESURES D’ÉLOIGNEMENT À L’ORIGINE DU PLACEMENT**.
APRF
58%
18%
14%
7%
3%
2
2
RÉAD. DUBLIN
RÉAD. SCHENGEN
OQTF
ITF
AME
APE
HOMMES : 1765 FEMMES : 152
1917 personnes ont été placées dans le centre
en 2010, 1907 personnes ont été vues par
l’association et 1905 personnes ont été suivies
1
.
DESTIN DES PERSONNES RETENUES*
LIBÉRÉ TGI 34%
EMBARQUÉ 20%
LIBÉRÉ PREF/MIN 18%
RÉAD DUBLIN 7%
LIBÉRÉ CA 5%
RÉAD SCHENGEN 4%
ASSIGNÉ TGI/CA 4%
AUTRES DESTINS
INCONNU 43 (2%)
LIBÉRÉ TA 35 (2%)
DÉFÉRÉ 18 (1%)
SUSPENSION CEDH 18 (1%)
RAISON MÉDICALE 11 (1%)
LIBÉRÉ ARTICLE R552-17 5
FUITE 2
LIBÉRÉ FIN RÉTENTION 1
A noter que 20 personnes ont refusé l’embarquement.
DURÉE DE LA RÉTENTION
48H ɻ 50%
17 JOURS ɻ 45%
+ DE 17 JOURS ɻ 3%
DURÉE DE PRÉSENCE MOYENNE ɻ 6 jours
FAMILLES
Au total 19 familles sont passées dans le centre en 2010, soit 79 personnes
dont 43 enfants. A noter que deux familles avec enfants en bas-âge sont
restées jusquȊà Ia deuxième proIongation, IȊune a été Iibérée à Ia ʏn de
cet te période.
NATIONALITÉ DES FAMILLES
ROUMAINE 6
ARMÉNIENNE 3
RUSSE 3
IRANIENNE* 2
HONGROISE 1
SERBE 1
TURQUE 1
UKRAINIENNE 1
AFGHANE 1
MESURES D’ÉLOIGNEMENT À L’ORIGINE
DU PLACEMENT DES FAMILLES
APRF 7
RÉAD. DUBLIN 4
RÉAD. SCHENGEN 1
OQTF 7
DURÉE DE LA RÉTENTION PAR FAMILLES
48H ɻ 10
17 JOURS ɻ 9
MOYENNE DURÉE DE PRÉSENCE ɻ 4 jours (3.95)
AGE DES ENFANTS
NOURRISSONS (1 MOIS - 1 AN) 12
ENFANTS EN BAS AGE (2 ANS - 6 ANS ) 17
ENFANTS (7 ANS - 12 ANS ) 11
ADOLESCENTS (13 ANS - 17 ANS) 3
DESTIN DES FAMILLES
LIBEREES TGI/CA 10
EMBARQUÉES 5
READ.DUBLIN 2
ASSIGNÉE TGI/CA 1
LIBÉRÉE TA 1
Le nombre relativement élevé
de réadmissions s’explique
par la proximité du centre
avec la frontière belge. De
plus les Afghans, Iraniens ou
Irakiens font en général l’objet
de ce type de mesures.
A la différence des personnes isolées,beaucoup
de familles font lȊobjet dȊOQTF, après rejet de
leur demande d’asile ou de titre de séjour.
1 - Les troi s totaux
sont di ff érents car
certai nes personnes
passées dans l e
centre n’ ont pas
été vues, tandi s
que d’ autres n’ ont
pas nécessi té l ’ ai de
de l ’ associ ati on.
Les stati sti ques
dont l e total de
réf érence se base
sur l es personnes
vues et sui vi es sont
respecti vement
i ndi quées par * et * * .
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 104
Lille-Lesquin
Excepté pendant deux moi s en été, où l’entre-
ti en de certai nes zones n’étai t ef f ectué qu’ un
j our sur deux j usqu’ à l’ i nterventi on de l’ OFI I ,
l e centre de Lesqui n est bi en entretenu.
Pl usi eurs personnes se sont pl ai ntes du ca-
ractère i nadapté des repas (nourri ture non
hallal, quantité insufʏsante), en particulier
pour l es enf ants en bas-âge accompagnants
l eurs parents.
Depui s l a ci rcul ai re du 14 j ui n 2010, l es per-
sonnes ont l a possi bi l i té d’ avoi r un crayon
en zone (et non un stylo aʏn dȊéviter que
l es murs soi ent dégradés). I l s’ agi t l à d’ une
avancée qu’ i l f aut sal uer pui squ’ el l e permet
aux personnes de s’ occuper et de corres-
pondre avec l eur proche.
CONDITIONS D’EXERCICE
DE LA MISSION DE L’ORDRE
DE MALTE FRANCE
L’ équi pe de l ’ Ordre de Mal te France est pré-
sente si x j ours sur sept et di spose d’ un l i bre
accès aux zones et à l a pl upart des autres
l i eux du centre.
LȊacces a lȊinʏrmerie est toutefois interdit,
ce qui peut parfois entraîner quelques difʏ-
cul tés de communi cati on.
Peu d’ i nf ormati ons sont transmi ses par l a
préf ecture du Nord ou par l e servi ce d’ él oi -
gnement du centre sur l es personnes rete-
nues. Toutef oi s, ceci est compensé par l es
bonnes rel ati ons entretenues avec l es agents
du gref f e du centre qui transmettent cer-
tai nes i nf ormati ons f aci l i tant l ’ exerci ce de
l a mi ssi on de l ’ associ ati on, bi en qu’ aucune
i nf ormati on sur l ’ état d’ avancement des pro-
cédures ou sur l es dates de départs ne soi ent
f ourni e.
Une réuni on a été organi sée par l e chef de
centre avec l es di f f érents i ntervenants dont
l ’ Ordre de Mal te France.
Les personnes vi ennent en général sponta-
nément vers l ’ associ ati on l e mati n et peuvent
ensui te être reçues l ’ après-mi di dès qu’ el l es
l e demandent. Dans ce cas, c’ est l ’ associ a-
ti on qui va chercher di rectement l es per-
sonnes dans l eur zone et l es ramène ensui te.
Cette possi bi l i té est parti cul i èrement appré-
CONDITIONS MATÉRIELLES
DE RÉTENTION
Le centre de rétenti on de Lesqui n 2 est un
centre neuf construi t en 2006. I l a pour
parti cul ari té l a capaci té d’ y accuei l l i r des
f ami l l es.
La l i bre ci rcul ati on des personnes retenues
est uni quement possi bl e à l ’ i ntéri eur des
zones. L’ accès à l ’ Ordre de Mal te France et
à l ’ OFI I est l i bre l e mati n, l e temps que l es
zones soi ent l avées, pui s est possi bl e sur de-
mande. I l est arri vé de f açon excepti onnel l e
que l es personnes soi ent enf ermées dans l eur
chambre pendant l a nui t entre 23h et 7h en
rai son de « probl èmes de sécuri té ».
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 105
L
I
L
L
E

-

L
E
S
Q
U
I
N
ci abl e : non seul ement el l e évi te aux agents
de l a PAF d’ ef f ectuer des va-et-vi ent, mai s
el l e permet égal ement de réal i ser un sui vi
des personnes plus adapté et plus efʏcace,
reposant sur la conʏance.
CONDITIONS D’EXERCICE
DES DROITS
ACCÈS AU MÉDECIN
Sur l e droi t à un médeci n, l es personnes rete-
nues passent en principe a lȊinʏrmerie des
l eur arri vée. I l a parf oi s été constaté qu’ i l
nȊy avait plus dȊinʏrmiere peu avant la ʏn
des horai res prévues (9h-18h). Le médeci n
appel l e tous l es j ours pour savoi r s’ i l y a des
personnes qui souhai tent l e voi r. Dans ce
cas, i l se présente entre 14h et 18h sauf l e
weekend (l es personnes peuvent al ors être
envoyées di rectement aux urgences) ou si
les inʏrmieres estiment que son intervention
n’ est pas nécessai re.
DROIT À UN AVOCAT
Les avocats peuvent se dépl acer au CRA où
un l ocal est prévu à cet ef f et, mai s cel a n’ a été
constaté que rarement. La pl upart ne s’entre-
ti ennent pas avec l eur cl i ent avant l e j our de
l’ audi ence et l’ associ ati on se charge de l eur
f ourni r l es pi èces et l es i nf ormati ons néces-
sai res. La permanence en droi t des étrangers
du barreau de Li l l e, composée en grande
parti e d’ avocats spéci al i stes, très i nvesti s et
dynami ques, permet un échange constructi f
avec l’ associ ati on dans l e sui vi j uri di que des
personnes.
DROIT À UN INTERPRÈTE
Sur l e droi t à un i nterprète, i l est rare que des
traducteurs se dépl acent au CRA. La PAF f ai t
appel a dȊautres personnes retenues aʏn dȊex-
pl i quer l e contenu d’ une déci si on ou d’ une
convocati on. I l y avai t une présence pl us
régul i ère d’ i nterprètes en début d’ année car
à l’époque l e j uge des l i bertés et de l a déten-
ti on sancti onnai t systémati quement l’ absence
dȊinterpretes pour notiʏer les droits des per-
sonnes à l eur arri vée dans l e centre.
DROIT DE COMMUNIQUER
AVEC SON CONSULAT
Les personnes n’ exercent que très rare-
ment ce droi t parce qu’ el l es savent que cel a
ne l eur sera d’ aucune uti l i té ou par crai nte
des autori tés de l eur pays. Seul es l es rares
personnes ayant des « contacts » auprès du
consulat aʏn quȊil ne leur délivre pas de
l ai ssez-passer uti l i sent ce droi t. Dans ce cas,
l es personnes s’ adressent à l ’ Ordre de Mal te
France et non à l a PAF pour tél éphoner.
DROIT DE PASSER UN APPEL
Pour l es appel s tél éphoni ques, i l y a une
cabi ne dans chaque zone et dans l e pati o,
où i l y a aussi un di stri buteur de cartes tél é-
phoni ques mai s l es cabi nes sont parf oi s en
panne. L’ associ ati on étant al ors très sol l i -
citée aʏn de laisser les personnes télépho-
ner, l ’ équi pe a f ai t remarquer à l a PAF qu’ i l
étai t de son ressort de mettre à di sposi ti on
des personnes l es moyens nécessai res pour
tél éphoner en cas de panne. De même pour
l es personnes sans argent, ce qui a été l e cas
quel ques f oi s. Les personnes qui possèdent
un tél éphone portabl e sans apparei l photo
ni caméra sont autori sées à s’ en servi r en
zone. Si non, même si l ’ apparei l photo et l a
caméra ne f oncti onnent pas ou sont cassés
par l a personne devant l a PAF, l e tél éphone
est consi gné dans l e l ocal bagage. Les per-
sonnes y ont accès sur demande à l a PAF.
DROIT DE DÉPOSER
UNE DEMANDE D’ASILE
La demande d’ asi l e se f ai t en troi s étapes. En
premi er l i eu l’ associ ati on envoi e un courri er
par f ax (si gné par l e demandeur d’ asi l e et par
l’ accompagnateur j uri di que qui s’occupe du
dossi er) au service d’éloi gnement et à l a Pré-
f ecture. En prati que, l’envoi e du f ax bloque
toute l a procédure d’éloi gnement. En second
l i eu, c’est l e gref f e qui remet l e f ormul ai re à
l’ i ntéressé après émargement du regi stre par
ce derni er. Pui s, avant l’expi rati on du dél ai de
FOCUS
PAS DE TRÊVE HI VERNALE SUR LE LI TTORAL
Entre novembre et décembre 2010, plusieurs opérations d’interpellation
aux camps de Tétéghem et de Grande Synthe ont entraîné dans le centre
des arrivées massives de personnes iraniennes, irakiennes
et afghanes sous le coup dȊarrêtés de reconduite à la frontière. ll y avait
en moyenne entre dix et parfois vingt arrivées par jour. CȊest la première fois
que l’équipe a constaté ce type de mesure d’éloignement pour de telles
nationalités, qui d’ordinaire font l’objet de mesures de réadmission.
Le centre fonctionnant à sa capacité maximum, toutes les zones étaient
occupées. La PAF étant clairement en sous-effectif, les policiers se montraient en
nombre (équipe du centre avec les policiers d’escortes et même de l’éloignement)
dans le patio lors du déjeuner.
Les personnes étaient très difʏciles à gérer, plusieurs tentatives de suicide
et des actes d’auto mutilation ont eu lieu en raison du stress et de l’angoisse
résultant de facteurs combinés : grand nombre de personnes par zone,
première mesure de privation de liberté pour certains, crainte du retour
et de mauvais traitements dans le pays d’origine.
Au regard du nombre de personnes à voir par jour, la masse de travail
a été importante. Les juges administratifs et judiciaires ont permis certaines
libérations et quasiment toutes les requêtes CEDH effectuées ont permis
de suspendre les mesures contestées. Les suspensions ont entrainé la prise
d’assignations à résidence par la préfecture, ce qui n’était encore jamais arrivé.
Enʏn, cette période a engendré beaucoup de frustration
et d’incompréhension pour les personnes retenues comme pour l’équipe
de l’association puisque la plupart des mesures d’éloignement n’étaient
pas exécutables. En effet, pour les ressortissants iraniens par exemple
(très majoritaires), le consul demandait simplement à ses ressortissants sȊils
souhaitaient rentrer en Iran et en cas de refus, aucun laissez-passer n’était
délivré. Toutes les personnes iraniennes faisaient systématiquement dix-sept
jours de rétention avant d’être libérées ensuite, la préfecture
ne demandant pas la prolongation de leur rétention.
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 106
ci nq j ours, l a personne rempl i t avec l’ ai de de
l’ associ ation l e formul ai re et l e remet au gref f e
après nouvel émargement du regi stre. Le for-
mul ai re n’étant pas pl acé dans une enveloppe
scellée, aucune conʏdentialité nȊest respectée
à cette étape. Les pol ici ers procèdent ensui te
à l a pri se de photos et d’emprei ntes accompa-
gnant la demande dȊasile. Le grefʏer envoie
l e formul ai re à l’ OFPRA qui , en général
convoque l a personne au mi ni mum troi s j ours
après l e dépôt. La réponse arri ve en général
deux j ours après l’entreti en OFPRA.
ACCÈS À L’OFII
I l exi ste un bon travai l de médi ati on avec
l es personnes retenues et l es agents de l a
PAF. Deux agents de l ’ OFI I étai ent présents
au centre de j anvi er à septembre 2010, pui s
un agent jusquȊa ʏn 2010. Ils sont présents
de 8H30 à 16H30 du l undi au vendredi . Le
samedi , une permanence de deux ou troi s
heures est en pri nci pe assurée (notamment
pour l ’ achat de ci garettes), sauf excepti on.
De septembre à décembre 2010, l ’ OFI I étant
parf oi s moi ns présente dans l e centre, un
deuxi ème agent a été recruté en j anvi er 2011.
I l est arri vé que l ’ OFI I ref use de récupérer
des mandats cash, des bagages, de f ai re l e
change ou encore d’ uti l i ser l e vesti ai re pour
des personnes dans l e besoi n.
INFORMATIONS DÉLIVRÉES
AUX PERSONNES RETENUES
SUR LEUR DÉPART
Les personnes ne sont i nformées que très rare-
ment de l a date de leur départ. Le chef de centre
décide dans l a plupart des cas de s’en absteni r
pour des rai sons de sécurité ou de trouble.
AUDITION ADMINISTRATIVE
Certai nes personnes retenues sont parf oi s
l onguement questi onnées, dans un des bu-
reaux du centre, sur l eur nati onal i té. Cette
prati que n’ est prévue par aucune di sposi ti on
du CESEDA pui sque l a péri ode de rétenti on
n’ est pl us une péri ode d’ enquête.
MISES À L’ ISOLEMENT
ET MENOTTAGE
Le recours à l ’ i sol ement est assez régul i er au
centre de rétenti on de Li l l e, bi en qu’ i l soi t
difʏcile de le quantiʏer avec précision en
rai son d’ un manque d’ accès à cette i nf orma-
ti on. I l est pri nci pal ement uti l i sé comme une
sancti on di sci pl i nai re ou comme un moyen
de contrôl er et de survei l l er l es personnes
présentant des troubl es psychi atri ques, no-
tamment l es personnes tentant d’ attei ndre à
l eur vi e. Mal gré l a di recti ve du 14 j ui n 2010,
cette prati que ne sembl e pas avoi r di mi nué.
Le recours au menottage (notamment l ors
des escortes et à l ’ arri vée au centre) a dans
un premi er temps di mi nué sui te à l ’ appl i -
cati on de l a ci rcul ai re du 14 j ui n 2010 pour
ensuite réapparaître en ʏn dȊannée.
VISITES ET ÉVÉNEMENTS
PARTICULIERS
VISITES
En 2010, i l y a eu pl usi eurs vi si tes du centre :
cel l e du procureur de l a Républ i que, cel l e de
l a préf ecture et de l a DCPAF, cel l e du sous-
préf et du Pas de Cal ai s, du di recteur terri to-
ri al de l ’ OFI I , d’ un stagi ai re énarque auprès
du préf et du Nord, ai nsi que l a vi si te d’ une
parl ementai re européenne des Verts.
ACTES DÉSESPÉRÉS ET TENSIONS
Pl usi eurs actes de désespoi r ont été observés
au cours de l ’ année 2010 à Li l l e : des grèves
de l a f ai m col l ecti ves, des automuti l ati ons
ai nsi que des tentati ves de sui ci de ayant
entraîné des hospi tal i sati ons.
Par ai l l eurs, pl usi eurs bagarres ont égal e-
ment écl até dans l e centre, dont l ’ une d’ entre
el l es a i mpl i qué envi ron 15 personnes s’ étant
battues à coup de cei nture.
DIFFICULTÉ RENCONTRÉE
POUR LES FAMILLES LIBÉRÉES
I l est f réquent que l es f ami l l es, l orsqu’ el l es
sont l i bérées, se ret rouvent en grande di f-
ʏculté devant le centre avec leurs enfants
et de nombreux bagages. Dans ces condi -
tions, il est difʏcile pour elles de rejoindre
l a gare de Li l l e, si t uée à pl us de di x ki l o-
mèt res du CRA qui est t rès mal desser vi
par l es bus. Dans ces cas, soi t l a pol i ce l es
condui t j usqu’ à l a gare, soi t un bénévol e de
l ’ associ at i on peut except i onnel l ement ve-
ni r l es chercher. I l est même arri vé qu’ une
f ami l l e composée d’ un coupl e avec sept
enf ants, i nterpel l ée l e mat i n à pl us de ci nq-
cents ki l omèt res de Li l l e dans l e cent re de
la France et amenée au CRA en ʏn dȊapres-
mi di , soi t l i bérée par l a préf ect ure en début
de soi rée, à charge pour el l e d’ organi ser l e
retour à ses f rai s.
TÉMOIGNAGE
« M. X, marocain, 21 ans.
Son visage nous est familier. CȊest son deuxième passage au centre
de rétention administrative de Lesquin.
La première fois, Monsieur X a été libéré sur une erreur de procédure
devant le juge des libertés et de la détention au bout de 48h.
Cette fois-ci, la mesure est donc déʏnitive.
M. X a eu la malchance d’arriver au CRA un vendredi. Le vendredi,
c’est « le jour du Consul ». M. X est auditionné dans la foulée.
Le Consul l’informe qu’il donnera le laissez-passer.
La situation se complique lourdement et M. X commence à s’inquiéter.
M. X. a toujours été très calme, souriant, cordial. ll avait laissé
un agréable souvenir aux policiers de la PAF « un mec sympa
et qui ne cherche pas les embrouilles » comme ils disent.
Passage devant le juge des libertés, verdict : prolongation
de la rétention. Décision conʏrmée en appel. M. X comprend
les enjeux de cette décision… Le départ est imminent…
M. X, de retour en zone, demande à la police un rasoir pour faire
sa toilette. M. X n’étant pas « un mec qui cherche les embrouilles »,
la police s’exécute.
M. X avalera la lame de rasoir, sera transporté à l’hôpital puis
sera ramené au centre et placé en isolement aʏn quȊil puisse évacuer
la lame par voies naturelles, sous haut surveillance.
Mais M. X ne s’arrêtera pas là… Plutôt mourir que d’être renvoyé
dans son pays d’origine.
M. X évacuera la lame et ingurgitera ses excréments.
« Ah oui quand même… »
Le processus se répète : hôpital, scanner, retour au CRA, isolement, attenteȓ
M. X sera éloigné lh après être allé aux toilettes. »
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 107
Lyon
FI CHE DESCRI PTI VE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 108
LE CENTRE
DATE D’OUVERTURE Octobre 1995
ADRESSE Centre de rétention administrative
B.P 106
69125 Lyon Saint-Exupéry Cedex
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
ADMINISTRATIF DU CENTRE
04 72 22 70 49
CAPACITÉ DE RÉTENTION 120
NOMBRE DE BÂTIMENTS
D’HÉBERGEMENT
3
NOMBRE DE CHAMBRES 30+1 chambre d’isolement
NOMBRE DE LITS PAR CHAMBRE 4
SUPERFICIE DES CHAMBRES 16
NOMBRE DE DOUCHES 30
NOMBRE DE W.C. 31
DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES 2
CONTENU Boissons chaudes
Friandises, biscuits
MONNAYEUR Non
ESPACE COLLECTIF (DESCRIPTION) 2 salles de détente avec un baby-
foot et un jeu de dames. 3 tables de
ping-pong
CONDITIONS D’ACCÈS Libre en journée
COUR EXTÉRIEURE (DESCRIPTION) Une cour principale en partie
gazonnée avec une dizaine de
bancs en béton. Une plus petite cour
avec trois tables de ping-pong
CONDITIONS D’ACCÈS Libre en journée
RÈGLEMENT INTÉRIEUR
CONFORME À LA PARTIE
RÉGLEMENTAIRE DU CESEDA
Oui
AFFICHAGE/TRADUCTION Afʏchage en français
NOMBRE DE CABINES
TÉLÉPHONIQUES
8
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE DES
CABINES POUR JOINDRE LES
PERSONNES RETENUES
04 72 23 83 55/ 04 72 23 82 69
04 72 23 82 63/ 04 72 23 81 03
04 72 23 87 35/ 04 72 23 83 75
04 72 23 86 42/ 04 72 23 81 37
VISITES (JOURS ET HORAIRES) Tous les jours de 9h à 11h30
et de 14h à 19h
ACCÈS AU CENTRE PAR
TRANSPORTS EN COMMUN
Rhône’Express à l’aéroport
(à 1,5km du CRA)
LES INTERVENANTS
CHEF DE CENTRE Capitaine S.Goux jusqu’en
avril 2010 puis Lieutenant E.
Ciavaldini
SERVICE DE GARDE PAF
ESCORTES ASSURÉES PAR PAF
GESTION DES ÉLOIGNEMENTS PAF
OFII – NOMBRE D’AGENTS 4 (équivalent 3ETP)
FONCTIONS Récupération des bagages,
retrait d’argent, mandat, clôture
des comptes
PERSONNEL MÉDICAL AU CENTRE l inʏrmière 7/7j et l médecin
2 demi-journées par semaine
(mardi et vendredi matin)
NOMBRE DE MÉDECINS /
D’INFIRMIÈRES
Un médecin et trois inʏrmiers
(2,8 ETP)
HÔPITAL CONVENTIONNÉ Hospices civils de Lyon
FORUM RÉFUGIÉS - NOMBRE
D’INTERVENANTS
4
LES AVOCATS SE DÉPLACENT-ILS AU
CENTRE ?
Très rarement
LOCAL PRÉVU POUR LES AVOCATS Oui
PERMANENCE SPÉCIFIQUE AU
BARREAU
Oui
SI OUI, NUMÉRO DE TÉLÉPHONE 04 72 60 60 00
VISITE DU PROCUREUR DE LA
RÉPUBLIQUE EN 2010
Non
LES SERVICES
HÔTELLERIE (DRAPS / COUVERTURES)
FOURNIE PAR
EXPRIMM (ONET sous-traitant)
RENOUVELLEMENT EXPRIMM (ONET sous-traitant)
ENTRETIEN ASSURÉ PAR EXPRIMM (ONET sous-traitant)
RESTAURATION (REPAS FOURNIS PAR) EXPRIMM (AVENANCE sous-
traitant)
REPAS PRÉPARÉS PAR EXPRIMM (AVENANCE sous-
traitant)
ENTRETIEN ET HYGIÈNE DES LOCAUX
ASSURÉS PAR
EXPRIMM (ONET sous-traitant)
FRÉQUENCE Tous les jours
NÉCESSAIRE HYGIÈNE ET TOILETTE
DES PERSONNES RETENUES
COMPOSÉ DE
Brosse à dent, dentifrice,
shampoing, savon, peigne/
brosse, mouchoirs
DÉLIVRÉ PAR EXPRIMM
RENOUVELLEMENT A la demande
BLANCHISSERIE DES AFFAIRES DES
RETENUS
Oui
ASSURÉE PAR EXPRIMM (ONET sous-traitant)
FRÉQUENCE A la demande
EXISTENCE D’UN VESTIAIRE Oui
DESCRIPTIF DES BÂTIMENTS
Le centre de rétention administrative de Lyon est implanté dans un ancien hôtel de type Formule 1 et comporte 120 places :
25 chambres « homme » de quatre lits chacune, deux chambres « femme » et trois chambres « familles ». Deux ailes sont
réservées aux hommes (l7 chambres dans une aile et 9 dans lȊautre) et la troisième aile aux femmes et familles. Le centre
dispose également dȊune chambre dȊisolement. La quatrième aile du centre comprend le service médical, les bureaux de
Forum réfugiés et ceux de lȊOfʏce français de lȊimmigration et de lȊintégration (OFll). La cour dispose dȊespaces gazonnés
et de bancs en béton. Il y a également trois tables de ping-pong et huit cabines téléphoniques.
STATI STI QUES
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 109
L
Y
O
N
PERSONNES PLACÉES AU CRA EN 2010 2492 76,2%
PERSONNES RENCONTRÉES 2330 13,6%
HOMMES ISOLÉS 1830 8,1%
FEMMES ISOLÉES 250 1,5%
NOMBRE DE FAMILLES 79 0,2%
ENFANTS 121 0,1%
DURÉE MOYENNE DE RÉTENTION 11 jours 0,1%
AGE DES PERSONNES
0 À
6 ANS
7 À
15 ANS
16 À
17 ANS
28 À
24 ANS
25 À
39 ANS
40 À
59 ANS
60 ANS
67 47 7 441 1347 413 8
En général, les personnes non-vues sont celles arrivées le soir et reparties le len-
demain matin avant l’arrivée de notre équipe. Il s’agit essentiellement de réad-
mission, la plupart du temps dans le cadre du règlement Dublin. Cent vingt et un
enfants, accompagnés de leurs parents, ont séjourné en rétention.
PRINCIPALES NATIONALITÉS
NATIONALITÉS ADULTES ENFANTS TOTAL
ALGÉRIENNE 271 0 271
TUNISIENNE 220 0 221
MAROCAINE 205 0 205
ROUMAINE 132 22 155
KOSOVARE 126 7 143
TURQUE 127 2 129
ALBANAISE 125 2 127
AUTRES 1002 70 1079
Les nationalités les plus représentées en rétention sont les Algériens, les Tuni-
siens ainsi que les Marocains. Les ressortissants roumains, malgré leur statut de
communautaire, continuent d’être massivement placés en rétention.
PRÉFECTURES ADULTES ENFANTS TOTAL
RHÔNE 614 62 677
SAVOIE 479 1 480
HAUTE-SAVOIE 379 9 388
AIN 207 5 212
ISÈRE 144 7 151
AUTRES 385 37 422
ALBANAISE 125 2 127
AUTRES 1002 70 1079
La principale préfecture de placement est celle du Rhône ; elle est dȊailleurs à
l’origine de la majorité des maintiens de familles en rétention. Les préfectures de
la Savoie et de la Haute-Savoie représentent également une part importante des
placements en rétention ; il sȊagit, la plupart du temps, de personnes interpellées
à la frontière.
DESTIN DES PERSONNES RETENUES
Annulation TA + 1CAA 118
Libéré Art 13 3
Libéré CA 27
Libéré JLD 157
Libéré Préfet - Ministre 270
Asile-Statut de réfugié 2
Assignation à résidence 215
Déféré 20
Embarqué 950
Expiration délai légal 47
Raisons médicales 28
Réadmission Dublin 110
Réadmission Schengen 238
Suspension CEDH 5
Transfert vers autre CRA 17
Le centre de rétention de Lyon est l’un des centres qui éloigne le plus. Ainsi, 974
personnes dont 24 enfants ont été reconduites en 2010. Les réadmissions, dans
le cadre de Schengen ou du règlement Dublin sont également importantes (394
dont 46 enfants). Nous n’avons pas d’informations sur les assignés à résidence
(219 dont 4 enfants) embarqués.
Les annulations de la mesure d’éloignement par le tribunal administratif repré-
sentent environ 5% des libérations, celles prononcées par le juge des libertés et
de la détention, un peu plus de 6%. Enʏn, seulement deux personnes ont obtenu
le statut de réfugié sur 388 demandes d’asile introduites au centre de rétention
en 2010.
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 110
L
Y
O
N
mi l l es di sposent d’ une peti te cour aménagée
avec une structure de j eux pour enf ant. Hui t
cabi nes tél éphoni ques sont réparti es dans l a
cour. Les numéros des cabi nes sont i ndi qués
au dos de l a carte qui est remi se à chaque
retenu l ors de son arri vée. Les tél éphones
portabl es, qu’ i l s di sposent ou non de camé-
ras, peuvent être conservés par l es retenus.
I l s l es gardent aussi pour se rendre aux di f-
f érentes audi ences, et ce depui s une ordon-
nance du JLD de Lyon en date du 29 octobre
2010. En revanche, l es retenus ne peuvent
pas garder de bri quet avec eux et doi vent
sol l i ci ter l es pol i ci ers pour al l umer l eurs
ci garettes. Les personnes retenues peuvent
ci rcul er l i brement dans l e centre de 7h30/8h
à 22h/22h30.
Les vi si tes sont autori sées tous l es j ours de
9h à 11h30 et de 14h à 19h. El l es durent en
moyenne une vi ngtai ne de mi nutes. Les l o-
caux de visite ne garantissent aucune conʏ-
denti al i té ni i nti mi té. I l s’ agi t de troi s peti tes
pieces en enʏlade, ouvertes les unes sur les
autres. Les personnes qui vi ennent rendre
vi si te à un retenu attendent à l’extéri eur du
centre, aucun l ocal n’est prévu, uni quement
un abri bus ouvert avec un banc à troi s pl aces.
Le centre de rétention est difʏcile dȊacces
pour l es personnes ne di sposant pas d’ un vé-
hi cul e. Le centre se si tue en ef f et à une tren-
tai ne de ki l omètres du centre-vi l l e de Lyon
et à un ki l omètre et demi de l’ aéroport, où
s’ arrêtent l es transports en commun.
CONDITIONS D’EXERCICE
DE LA MISSION DE FORUM
L’ équi pe de Forum réf ugi és, présente 6 j ours
sur 7, ci rcul e l i brement dans l e centre aussi
bi en dans l a zone de vi e que dans l es l ocaux
dédi és aux servi ces de pol i ce. Nous avons
accès à l a procédure admi ni strati ve dès l e
pl acement de l a personne au centre et nous
pouvons obteni r l a pl upart des i nf ormati ons
dont nous avons besoi n auprès des servi ces
de police, aʏn de mieux informer les per-
sonnes reçues. Une ʏche de « situation jour-
nal i ère» nous est égal ement f ourni e, deux
f oi s par j our, i ndi quant l e nom des retenus,
Le centre de rétenti on admi ni strati ve de
l yon est i mpl anté dans un anci en hôtel f or-
mul e 1 a une trentai ne de ki l omètres de
Lyon. Géré par l a pol i ce aux f ronti ères, l e
centre comporte 120 pl aces et est habi l i té à
recevoi r des f ami l l es. Ce sont près de 2500
personnes parmi l esquel l es 126 enf ants qui
ont été mai ntenues au cra de Lyon en 2010.
CONDITIONS MATÉRIELLES
DE RÉTENTION
Le centre de rétenti on de Lyon comporte 120
pl aces. À l ’ ori gi ne, l es bâti ments abri tai ent
un hôtel et n’ étai ent pas desti nés à héberger
un nombre de personnes si i mportant. Le
CRA rencontre dès l ors di vers probl èmes
notamment au ni veau de l ’ i sol ati on et de
l ’ humi di té dans l es chambres. Toutef oi s, des
sol uti ons sont recherchées et des travaux
menés. Ai nsi , des travaux de désami antage
et d’ i sol ati on des chambres ont débuté en
Lyon
TÉMOIGNAGE
Madame M. est une ressortissante russe dȊorigine tchétchène. En raison des menaces
dont elle est l’objet en Russie, elle a introduit une demande d’asile le 15 juin 2009. La
demande d’asile a été rejetée et Mme M. a formulé un recours devant la CNDA, recours
dont elle s’est désistée car elle a considéré que la situation avait favorablement évolué en
Russie. Par ailleurs, elle nȊa pas contesté lȊOQTF qui lui a été notiʏée le 4 juin 20l0 pour
les mêmes motifs.
Or, le l9 juin 20l0, Madame a été agressée par trois hommes dȊorigine tchétchène. Suite
à son agression, elle a introduit un réexamen de sa demande d’asile qui a été rejeté. Le
29 septembre 2010, elle est arrêtée à son domicile et placée au CRA de Lyon. Le référé-
liberté ayant été rejeté, une requête en urgence devant la Cour européenne des droits
de l’homme a abouti à la suspension de la décision de renvoi vers la Russie. Toutefois,
la préfecture refuse de mettre ʏn à la rétention de Madame. Par conséquent, le juge des
libertés et de la détention est saisi d’une requête au titre de l’article R.552-17 de CESEDA
et, le 11 octobre 2010, Madame est libérée.
novembre 2010 et se poursui vront pendant
pl usi eurs moi s. Chaque chambre di spose
de deux l i ts superposés et de deux étagères,
sur l a pl us haute des deux, se trouve un té-
l évi seur. I l y a égal ement deux chai ses en
pl asti que par chambre. Chaque chambre
comporte un peti t bl oc sani tai re avec des
toi l ettes à l a turque, une douche et un peti t
l avabo avec un mi roi r. Les chambres des-
ti nées aux f ami l l es di sposent en pl us d’ un
meuble avec un plateau pouvant faire ofʏce
de tabl e à l anger et d’ un peti t réf ri gérateur.
Du matéri el de puéri cul ture ai nsi que des
j ouets sont mi s à di sposi ti on.
La cour di spose d’ espaces gazonnés et de
bancs en béton. I l y a égal ement troi s tabl es
de pi ng-pong. Les raquettes et l es bal l es
de pi ng-pong sont f ourni es aux retenus sur
demande par l es pol i ci ers. Le centre com-
prend égal ement deux sal l es communes,
l ’ une avec deux baby-f oot et l ’ autre avec des
bancs et un di stri buteur de boi ssons. Les f a-
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 111
L
Y
O
N
L
Y
O
N
TEMOIGNAGE
Poursuivi par les talibans en raison de ses activités politiques, Monsieur V. a fui
l’Afghanistan dans le courant de l’année 2007.., Il a décidé de partir lorsque ceux-ci ont
brûlé sa maison. En octobre 2008, il arrive en Grèce où il est interpellé par les garde-
frontières. Ces derniers lȊauraient frappé puis auraient pris ses empreintes. ll a ensuite
reçu un document indiquant qu’il devait quitter le territoire. Courant 2009, Monsieur
parvient à partir pour la France. Le 3 août 2009, il se présente à la Préfecture du Rhône
pour déposer une demande d’asile et est placé sous procédure Dublin à destination de la
Grèce. Le l6 mars, lors dȊune « convocation Dublin », il est interpellé et placé au centre
de rétention de Lyon. Un premier référé-liberté est rejeté par le Tribunal Administratif de
Lyon. Le 22 mars, Monsieur V. refuse d’embarquer. Le lendemain, la Cour européenne des
Droits de l’Homme suspend la reconduite jusqu’au 20 avril. Monsieur est libéré du centre
de rétention et assigné à résidence le lendemain.
Le 25 mai, la police se présente à l’hôtel de Monsieur V.. Absent lors du passage de la
police, Monsieur décide de se présenter au commissariat pour savoir de quoi il relevait.
N’ayant pu obtenir d’informations, il se rend ensuite à la préfecture où il est interpellé et
à nouveau placé en rétention. Un nouveau référé-liberté est rejeté par le TA. Le 31 mai,
une requête article 39 demandant à nouveau que le renvoi en Grèce soit suspendu est
faxée à la Cour européenne. Le lendemain, la CEDH suspend la mesure de reconduite
en Grèce jusquȊà ce quȊune décision sur le fond intervienne. Monsieur est à nouveau
libéré et assigné à résidence. À la ʏn de lȊannée 20l0, Monsieur est ʏnalement admis au
séjour et un dossier OFPRA lui est délivré. Monsieur est aujourd’hui dans l’attente d’une
convocation devant l’OFPRA.
l eur date de mai nti en et l i mi te de rétenti on
ai nsi qu’ un éventuel départ. Les bureaux
de Forum réf ugi és sont en l i bre accès, cel a
permet aux retenus de veni r nous sol l i ci ter
quand ils le souhaitent aʏn de trouver des
réponses aux questi ons j uri di ques et admi -
ni strati ves qu’ i l s peuvent se poser.
L’ équi pe de Forum réf ugi és entreti ent des
rel ati ons pl us ou moi ns régul i ères avec l es
autres i ntervenants en rétenti on. Des réu-
ni ons i nter-partenai res sont d’ ai l l eurs orga-
ni sées par l e chef de centre envi ron troi s f oi s
par an.
Nous avons des contacts quoti di ens avec l es
servi ces de pol i ce du centre, notamment avec
l e gref f e. Ces rel ati ons sont prof essi onnel l es
et nous permettent de f ai re notre travai l dans
de bonnes condi ti ons. Les échanges sont
égal ement f réquents avec l a Cel l ul e d’ ai de
à l’él oi gnement (CAEL) notamment concer-
nant des questi ons de réadmi ssi on. Nous
sommes général ement prévenus l orsqu’ une
f ami l l e doi t être pl acée au centre. Nous en-
tretenons de bonnes rel ati ons avec l e servi ce
médi cal . Nous ori entons l es personnes qui
nous f ont part de probl èmes de santé et tra-
vai l l ons f réquemment en partenari at avec l e
servi ce médi cal sur ces questi ons, dans l e res-
pect bi en sûr du secret médi cal . De même, l e
servi ce médi cal ori ente l es retenus vers nous
pour toute questi on concernant l eur si tuati on
admi ni strati ve ou j uri di que. Nos rel ati ons
avec l es i ntervenants de l’ OFI I sont cordi al es
mai s pl us sporadi ques qu’ avec l es autres i n-
tervenants.
L’ équi pe a égal ement des contacts tél épho-
ni ques très régul i ers avec di f f érentes préf ec-
tures. Nous appel ons pri nci pal ement en vue
de réadmi ssi ons. C’ est donc avec l es préf ec-
tures de l a Savoi e et de l a Haute-Savoi e que
l es échanges sont l es pl us f réquents. Nous
avons égal ement des contacts régul i ers
avec l a préf ecture de l ’Ai n. Les agents pré-
f ectoraux sont en général à l ’ écoute et nous
i nf orment sur l a si tuati on de l a personne
retenue. I l arri ve parf oi s que, ne di sposant
pas de réponse au moment où nous appel ons,
l a préf ecture nous recontacte spontanément
l orsqu’ el l e obti ent l ’ i nf ormati on. Des réu-
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 112
ni ons tri mestri el l es ont égal ement l i eu sous
l ’ égi de du préf et dél égué pour l a déf ense et
la sécurité aʏn que les différents interve-
nants pui ssent évoquer l es probl émati ques
rel ati ves au CRA.
Enʏn, lȊéquipe est en relation quotidienne
avec l es avocats de l a commi ssi on « Droi t
des étrangers » du barreau de Lyon pour
échanger sur l es dossi ers des personnes rete-
nues avant et /ou après l eurs présentati ons
devant l es di f f érents tri bunaux. L’ équi pe a
assi sté à deux réuni ons de l a Commi ssi on
durant l ’ année 2010.
CONDITIONS D’EXERCICE
DES DROITS
À l eur arri vée au centre, i l est demandé
aux personnes si el l es dési rent rencontrer
un médeci n. Cel l es qui l e souhai tent sont
reçues par l e servi ce médi cal , d’ abord par
un inʏrmier puis par le médecin. Les inʏr-
mi ers sont égal ement présents au moment
des repas pour di stri buer l es trai tements et
noter l e nom des retenus qui souhai tent être
reçus en consul tati on. Les retenus sol l i ci tent
égal ement des rendez-vous en f rappant à l a
gri l l e qui mène au servi ce médi cal .
Dans l e cadre de l a mi ssi on d’ i nf ormati on
et d’ ai de à l ’ exerci ce des droi ts, l ’ équi pe de
Forum réf ugi és reçoi t et accompagne tous
l es retenus qui l e souhai tent. El l e est en rel a-
ti on quoti di enne avec l es avocats de perma-
nence et prend contact avec ceux choi si s par
l es personnes retenues pour échanger sur l es
dossi ers avant et /ou après l eur présentati on
devant l es di f f érents tri bunaux. La pl upart
des avocats de l a Commi ssi on des étrangers
sont très i nvesti s mai s i l est très rare qu’ i l s
se dépl acent au centre. Pour certai ns, l es
f ami l l es sont aussi contactées, i nf ormées et
orientées aʏn de réunir les éléments néces-
sai res à l eur bonne déf ense. Aucune obs-
tructi on à l ’ exerci ce des droi ts n’ a été obser-
vée durant l ’ année. Cependant, l e probl ème
de la conʏdentialité autour des demandes
d’ asi l e reste enti er. La demande, photoco-
pi ée et f axée à l ’ OFPRA par l a pol i ce, reste
accessi bl e à des ti erces personnes. Pour l es
audi ti ons OFPRA, l ’ excepti on que consti -
tuai t l a vi si oconf érence est devenue l a règl e.
Les centres du sud de l a France condui sent,
au centre de Lyon, l es personnes retenues en
vue de l eur entreti en avec l ’ OFPRA. Du f ai t
de son manque de transparence, Forum réf u-
gi és avai t expri mé son désaccord avec l ’ uti -
l i sati on de cette techni que. Pl usi eurs années
après son i nstal l ati on, aucun bi l an n’ en a été
f ai t et son uti l i sati on se général i se.
VISITES ET ÉVÉNEMENTS
Les services de l’ARS (Agence régionale de
santé) ont ef fectué leur vi si te annuel le le 6 mai
2010. Plusieurs vi si tes ont eu l ieu cette année.
Le contrôleur des l ieux de pri vation de l i berté,
les élèves avocats de l’école de Lyon/Vi l leur-
banne, des sal ariés de Forum réf ugiés et les
di f férents préfets délégués pour l a défense et l a
sécuri té de l a préfecture du Rhône ont égale-
ment vi si té le centre. En revanche, nous n’ avons
pas reçu l a vi si te du procureur cette année.
Forum réf ugi és a des rapports pl us ou moi ns
régul i ers, sel on l es si tuati ons qui se pré-
sentent, avec di f f érentes associ ati ons à l ’ ex-
téri eur du CRA : l ’ associ ati on Lesbi an and
Gay Pri de de Lyon, RESF, SOS Raci sme ou
encore l e Comi té Tchétchéni e.

FOCUS
Du fait de sa situation géographique, le centre de rétention de Lyon reçoit un
nombre important de personnes interpellées à la frontière avec lȊltalie et, dans une
moindre mesure, avec la Suisse. Ainsi, en 2010, les personnes interpellées (538
étrangers) à la frontière représentaient environ 25% des placements au CRA. La
plupart du temps, ces personnes sont contrôlées dans le TGV (Paris-Milan), à la
gare SNCF de Modane ou encore à la sortie du tunnel du Fréjus ou du Mont-Blanc.
Très fréquemment, ces personnes ont été contrôlées au moment dȊentrer sur
le territoire français avec leur passeport valable et leurs documents italiens en
cours de renouvellement et ont pu pénétrer sur le territoire français. De même,
les personnes nous racontent souvent avoir été contrôlées durant leur séjour en
France sans qu’aucune suite ne soit donnée. Toutefois, lorsque ces personnes
repartent en Italie ou en Suisse et présentent à nouveau ces mêmes documents,
elles sont interpellées, placées en garde à vue et emmenées au centre de rétention.
En général, ces personnes ne comprennent pas pourquoi elles se retrouvent au
centre de rétention où il leur est dit qu’elles n’ont pas le droit de rester en France
alors même qu’elles étaient en train de quitter le territoire.
Le plus souvent, elles sont placées sur le fondement d’arrêtés de remise
Schengen ou dȊarrêtés de reconduite à la frontière visant lȊltalie/la Suisse et leur
pays d’origine. La préfecture de placement en rétention prend alors contact avec
les autorités italiennes ou suisses aʏn dȊobtenir une réponse relative à cette
réadmission. Selon les situations, les réponses arrivent plus ou moins rapidement.
Une fois la réponse obtenue, la personne est reconduite en voiture jusqu’à la
frontière avec lȊltalie ou la Suisse. Si la réponse des autorités est négative, la
préfecture va alors mettre en œuvre une reconduite vers le pays d’origine de la
personne. 238 personnes ont été réadmises essentiellement vers l’Italie.
La procédure de réadmission ne bénéʏcie dȊaucune transparence. La personne
retenue ne dispose pas de la preuve que les autorités italiennes ou suisses ont
bien été saisies d’une demande de réadmission par la préfecture. De même, le
retenu nȊa pas accès à la réponse des autorités, que cette réponse soit positive ou
négative. La nécessité de tels placements pose forcément question et reʐète de
manière particulièrement signiʏcative la volonté de « faire du chiffre » en matière
de reconduite.
L’ équi pe de l ’ OFI I se compose de quatre
personnes (3 ETP) qui assurent une pré-
sence tous l es j ours de 9h15 à 17h envi ron.
L’ équi pe a changé de responsabl e hi érar-
chi que en début d’ année 2010 et on peut
constater une pl us grande soupl esse dans
l ’ exerci ce de l eur mi ssi on. L’ OFI I assure des
mi ssi ons d’ ordre « l ogi sti que » et est ai nsi
en charge de récupérer l es bagages des per-
sonnes pl acées en rétenti on. Cette mi ssi on
s’ ef f ectue uni quement dans une zone de
100 ki l omètres. L’ OFI I ef f ectue des retrai ts
pour l es retenus qui l e souhai tent à hauteur
de 80 euros maxi mum. L’ équi pe de l ’ OFI I
est égal ement responsabl e des mandats et de
l a cl ôture des comptes en banque. On peut
noter que l es l ocaux de l ’ OFI I sont exi gus et
ne permettent aucune conʏdentialité lors des
entreti ens avec l es personnes retenues.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 113
Marseille
FI CHE DESCRI PTI VE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 114
DESCRIPTION DU CENTRE
DATE D’OUVERTURE 4 juin 2006
ADRESSE Boulevard des Peintures
13014 Marseille
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
ADMINISTRATIF DU CENTRE
04 91 53 61 78/83
CAPACITÉ DE RÉTENTION 136
NOMBRE DE BÂTIMENTS
D’HÉBERGEMENT
5 peignes
(couloirs desservant des chambres)
NOMBRE DE CHAMBRES 69
NOMBRE DE LITS PAR CHAMBRE 2
SUPERFICIE DES CHAMBRES inconnue
NOMBRE DE DOUCHES 1 par chambre
NOMBRE DE W.C. 1 par chambre
DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES Oui mais en dehors des peignes
CONTENU Tabac, cartes téléphoniques,
friandises, boissons chaudes
MONNAYEUR oui
ESPACE COLLECTIF
(DESCRIPTION)
Dans les peignes : salle de télévisions,
salle commune et cour de promenade
CONDITIONS D’ACCÈS Libre accès sauf de 23h à 6h
COUR EXTÉRIEURE
(DESCRIPTION)
Cour bétonnée située entre les
bâtiments et recouverte d’un grillage.
CONDITIONS D’ACCÈS Libre en journée
RÈGLEMENT INTÉRIEUR
CONFORME À LA PARTIE
RÉGLEMENTAIRE DU CESEDA
oui
AFFICHAGE/TRADUCTION Oui mais pas dans les parties
communes, traduit en plusieurs
langues (arabe, russe, espagnol,
italien, chinois, anglais)
NOMBRE DE CABINES
TÉLÉPHONIQUES
9
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE DES
CABINES POUR JOINDRE LES
PERSONNES RETENUES
04.91.67.94.06 – 04.91.81.53.12
04.91.81.45.89 – 04.91.67.93.29
04.91.81.17.58 – 04.91.81.39.54
04.91.42.34.86 – 04.91.63.13.05
04.91.67.41.56
VISITES (JOURS ET HORAIRES) Tous les jours de 9h à 11h et de 14h à
17h30 y compris les jours fériés.
ACCÈS AU CENTRE PAR
TRANSPORTS EN COMMUN
Oui métro et bus
LES INTERVENANTS
CHEF DE CENTRE Commandant E. Leclerc PAF
SERVICE DE GARDE PAF
ESCORTES ASSURÉES PAR PAF et UNEL
GESTION DES ÉLOIGNEMENTS PAF
OFII – NOMBRE D’AGENTS 3 (mais un ou deux présents par jour)
FONCTIONS Écoute, récupération des bagages,
annonce des départs, change
d’argent, achats, vestiaire
PERSONNEL MÉDICAL AU CENTRE 5 médecins en alternance,
5 inʏrmières, l psychiatre le mardi
NOMBRE DE MÉDECINS /
D’INFIRMIÈRES
2 médecins, 4 inʏrmières et une
secrétaire médicale
HÔPITAL CONVENTIONNÉ Hôpital Nord Marseille
FORUM RÉFUGIÉS - NOMBRE
D’INTERVENANTS
4
LES AVOCATS SE DÉPLACENT-ILS
AU CENTRE ?
rarement
LOCAL PRÉVU POUR LES
AVOCATS
Parloir avocats
PERMANENCE SPÉCIFIQUE
AU BARREAU
oui
SI OUI, NUMÉRO DE TÉLÉPHONE 04.91.15.31.33
VISITE DU PROCUREUR DE LA
RÉPUBLIQUE EN 2010
Pas d’information
LES SERVICES
HÔTELLERIE (DRAPS /
COUVERTURES) FOURNIE PAR
Entreprise GTM
RENOUVELLEMENT GTM
ENTRETIEN ASSURÉ PAR GTM
RESTAURATION (REPAS FOURNIS
PAR)
GTM
REPAS PRÉPARÉS PAR GTM
ENTRETIEN ET HYGIÈNE DES
LOCAUX ASSURÉS PAR
GTM
FRÉQUENCE Quotidienne
NÉCESSAIRE HYGIÈNE ET
TOILETTE DES PERSONNES
RETENUES COMPOSÉ DE
À l’arrivée : peigne, brosse à dent,
dentifrice, savon, shampoing,
serviettes hygiéniques
DÉLIVRÉ PAR GTM
RENOUVELLEMENT Tous les trois jours
BLANCHISSERIE DES AFFAIRES
DES RETENUS
Oui
ASSURÉE PAR GTM
FRÉQUENCE Tous les trois jours
EXISTENCE D’UN VESTIAIRE oui
DESCRIPTIF DES BÂTIMENTS
D’une architecture moderne dite en « peigne », le centre de Marseille ne permet pas de liberté de circulation à l’intérieur pour
les personnes retenues. Chaque peigne, espace de vie des retenus, se compose d’un couloir desservant des chambres
de deux personnes avec sanitaires et douche, une salle de télévision, une salle commune et une cour de promenade
bétonnée recouverte de grillage. LȊaccès des retenus aux différents intervenants, au réfectoire, machines à café, parloirs
des visites, et bagagerie dépend obligatoirement dȊune escorte policière. Le centre comprend trois peignes homme, un
peigne femme et un peigne famille.
STATI STI QUES
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 115
M
A
R
S
E
I
L
L
E
PERSONNES PLACÉES AU CRA EN 2010 2355
PERSONNES RENCONTRÉES 2345
HOMMES ISOLÉS 2179
FEMMES ISOLÉES 67
NOMBRE DE FAMILLES 27
ENFANTS 54
DURÉE MOYENNE DE RÉTENTION 12.02 jours
AGE DES PERSONNES
0 À
6 ANS
7 À
15 ANS
16 À
17 ANS
28 À
24 ANS
25 À
39 ANS
40 À
59 ANS
60 ANS
ET +
36 17 15 436 1419 400 22
En 2010, 2355 personnes ont été placées au centre de rétention de Marseille. Ce
chiffre en baisse par rapport à l’année 2009 s’explique en partie par la fermeture
du centre mi-décembre 2010. Le nombre d’enfants accompagnant leurs parents
placés au centre est en augmentation, 54 enfants sont passés par le centre, le plus
jeune était âgé d’un mois.
PRINCIPALES NATIONALITÉS
NATIONALITÉS ADULTES ENFANTS TOTAL
TUNISIENNE 579 0 579
ALGÉRIENNE 465 0 465
MAROCAINE 461 0 461
TURQUE 229 0 229
PALESTINIENNE 73 0 73
RUSSE 47 36 83
SÉNÉGALAISE 39 0 39
AUTRES 398 14 416
Les principales nationalités des personnes placées en rétention sont les Tunisiens,
les Algériens, les Marocains et les Turques
PRÉFECTURES ADULTES ENFANTS TOTAL
BOUCHES-DU-RHÔNE 1225 2 1227
VAR 476 0 476
VAUCLUSE 283 0 283
ALPES-MARITIMES 55 38 93
CORSE-DU-SUD 76 10 86
HAUTE-CORSE 69 0 69
AUTRES 107 4 111
70% des enfants et des familles au CRA de Marseille sont placés par la préfec-
ture des Alpes-Maritimes. Les 76 placements de la Corse-du-Sud représentent les
Kurdes syriens arrivés à Bonifacio, au début de la mission.
DESTIN DES PERSONNES RETENUES
Annulation TA 56
Libéré Art 13 1
Libéré CA 27
Libéré JLD 277
Libéré Préfet - Ministre 160
Asile-Statut de réfugié 2
Assignation à résidence 160
Déféré 78
Embarqué 705
Expiration délai légal 575
Raisons médicales 2
Réadmission Dublin 132
Réadmission L531 149
Refus embarquement 53
Transfert vers autre CRA 14
Le taux d’éloignement, retour dans le pays de nationalité, est de 30,8% pour
l’année 2010. Il est de 38,67% si l’on prend en compte toutes les mesures d’éloi-
gnement y compris dans l’espace Schengen.
Aucune protection au titre de l’asile n’a été obtenue depuis le centre de rétention
en 2010
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 116
CONDITIONS MATÉRIELLES
DE RÉTENTION
Le centre de rétention admi ni strati ve de Mar-
sei l le, si tué dans le quartier du Canet, a été
construi t en quelques moi s au court de l’ année
2006. Ce bâti ment, d’ une archi tecture di te «
moderne », ne permet pas l a l i bre ci rcul ation
des personnes retenues dans son encei nte et
n’of f re que du béton. I l est composé de ci nq
pei gnes. Troi s d’entre eux sont desti nés à
recevoi r des hommes, le quatrième reçoi t des
femmes et le dernier des fami l les avec enfants.
Les troi s pei gnes hommes ont été entièrement
repei nts au cours de l’été 2010 et des paniers de
baskets ont été ʏxés dans les cours de prome-
nade. Chaque chambre de deux personnes pos-
sède une douche et des toi lettes à l a turque. Le
rasage des hommes se fai t sous survei l l ance
pol icière dans des sani tai res hors des pei gnes.
À pl usieurs repri ses, des retenus se sont pl ai nts
de n’ avoi r pu se raser avant d’ être présentés
devant le j uge ou les services consul ai res, ou
avant d’ être recondui ts. Tous les repas des
retenus sont di stri bués par l a société GTM
sous forme de pl ateau-repas de restauration
col lecti ve. Les retenus se pl ai gnent f réquem-
ment de l a quanti té de nourri ture servie (pas
de possi bi l i té de se resservi r) mai s surtout du
fai t que l a vi ande servie ne soi t pas hal l al (une
très grande majori té de personnes retenues au
CRA étant de confession musul mane). Cette
doléance est remontée auprès de l a di rection
du centre avec une proposi tion de vei l ler à
rempl acer le plus souvent possi ble l a vi ande
par des œuf s ou du poi sson. Les horai res de
repas sont aménagés durant l a période de
ramadan aʏn de permettre aux retenus qui le
souhai tent de jeûner au cours de l a journée ;
les fami l les ont l a possi bi l i té d’ apporter des
denrées non-péri ssables pendant les vi si tes. La
société GTM fourni t de l a nourri ture adaptée
aux enfants et aux nouveau-nés.
À la ʏn de la période de ramadan, la police
de l’ ai r et des f ronti ères a conti nué de di stri -
buer l es peti ts-déj euners aux retenus l a vei l l e
au soi r dans des sachets pl asti ques, comme
prati qué pendant l e ramadan pour l ai sser l e
choi x à l a personne de manger avant l e l ever
du j our. Cette prati que a restrei nt l a ci rcul a-
ti on des retenus qui n’ont pl us accès au réf ec-
toi re pour prendre l eur peti t-déj euner.
L’occupati on des retenus durant l eur enf er-
mement est une probl émati que récurrente.
La di recti on du centre souhai te f avori ser l e
dével oppement d’ acti vi tés ; l a PAF f ourni t
des j eux de cartes, des bal l ons et des pi ons
d’échec aux agents de l’ OFI I chargés de l es
donner aux retenus. Mai s i l s s’ennui ent.
L’enf ermement des enf ants et des adol escents
dans des l i eux di ts « adaptés » témoi gne da-
vantage encore de ce manque d’ acti vi té.
Les horaires de visites ont été modiʏés (8h30
a 11h et 14h a 17h30) ainsi que les jours aʏn
de permettre l es vi si tes l es di manches et
j ours f éri és.
CONDITIONS D’EXERCICE
DE LA MISSION DE FORUM
RÉFUGIÉS
Au début de l a mi ssi on, l’équi pe de Forum
réf ugi és di sposai t de deux bureaux à l’ i nté-
ri eur du centre. En cours d’ année, l a di recti on
du centre nous en a mi s à di sposi ti on un troi -
si ème, ce qui nous permet de mi eux organi ser
notre travai l . Nos bureaux ne sont pas en l i bre
accès pour l es retenus qui dépendent d’ une
escorte pol i ci ère pour l e moi ndre dépl ace-
ment dans l e CRA. Nous ne pouvons recevoi r
l es personnes retenues dans nos bureaux que
de 9hà 11h et de 14h à 17h. Nous avons eu
temporai rement un l i bre accès aux pei gnes
f ami l l es l orsque des f ami l l es étai ent pl acées
en rétenti on. Nous ne sommes rentrés que
très rarement dans l es pei gnes après autori sa-
ti on de l a chef de centre. À pl usi eurs repri ses,
l e manque d’ef f ecti f s pol i ci ers af f ectés aux
di f f érentes tâches rel evant de l eurs compé-
tences a restrei nt l’ accès des retenus à nos
bureaux (un bureau devant être f ermé). La
bai sse des ef f ecti f s pol i ci ers af f ecte l e bon
f oncti onnement des centres de rétenti on et
l’exerci ce ef f ecti f des droi ts des retenus.
L’ accès aux di f f érents i ntervenants en CRA
n’est possi bl e que sur demande des personnes
retenues auprès des agents de pol i ce ou sur
demande des i ntervenants eux-mêmes, ce qui
pose probl ème l orsque nous souhai tons nous
entreteni r avec une personne en dehors des
pl ages horai res autori sées.
Marseille
FOCUS : LES MISES À L’ISOLEMENT
Les mises à lȊisolement fréquentes sont un problème récurrent au centre de
rétention de Marseille. En 2010, on dénombre 169 mises à l’isolement, dont
50 pour raisons dite « médicales » sans aucune intervention d’un médecin.
Ces dernières sont souvent pratiquées suite à des tentatives de suicide
ou en prévention aʏn de surveiller de près les retenus. Des solutions plus
humaines, n’aggravant pas le stress de ces personnes en détresse, n’ont
toujours pas abouties faute de ʏnancement. Menottage : nous observons
que cette pratique, malgré la circulaire ministérielle du 14 juin 2010,
demeure quasiment systématique pour tout déplacement des retenus,
excepté aux retours des tribunaux en cas de libération. Une femme enceinte
de sept mois et demi a été menottée pour être emmenée à l’audience du
JLD. Les juges refusent de sanctionner cette pratique.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 117
M
A
R
S
E
I
L
L
E
En cours d’ année, l es gref f es ont changé de
bureaux et depui s nous n’ avons pl us d’ accès
l i bre à certai nes i nf ormati ons. Tous l es ma-
ti ns, nous di sposons d’ un tabl eau récapi tu-
l ant des i nf ormati ons concernant l es retenus
présents (préf ecture de pl acement, mesure
d’él oi gnement, départs programmés et docu-
ments dél i vrés ou non par l es consul tas). Nous
pouvons consul ter l e regi stre de rétenti on
sur demande. Après une i nterventi on auprès
de l a chef de centre, nous avons pu obteni r
copi e de certai ns él éments des dossi ers des
retenus nous permettant de mi eux l es ai der
à déf endre l eurs droi ts. La chef de centre a
répondu f avorabl ement aux demandes, que
nous avi ons rel ayées, de quel ques retenus qui
souhai tai ent ef f ectuer une reconnai ssance
de paterni té avant l eur départ. Des pol i ci ers
ont escorté les retenus en mairie aʏn quȊils
accompl i ssent l eurs démarches.
La chef de centre a « dél égué » à l’ OFI I l a
mi ssi on d’ i nf ormer oral ement l es retenus des
départs programmés et des documents consu-
l ai res dél i vrés. À pl usi eurs repri ses, des rete-
nus n’ont pas été i nf ormés de l eur départ du
f ai t soi t de l’ absence des agents de l’ OFI I soi t
de leur difʏculté a obtenir les informations en
temps réel .
Des retenus nous ont f ai t part du f ai t qu’ i l s
n’ont pas pu récupérer l eurs bagages à cause
de l’opposi ti on ou de l a non-préoccupati on
de ce droi t par l es servi ces i nterpel l ateurs
(qui pourtant escortent l es gardés à vue à
l eur domi ci l e pour chercher l eurs documents
d’ i denti té). Ce probl ème nous a été si gnal é à
pl usi eurs repri ses par des personnes prove-
nant de Corse.
Deux réuni ons des di f f érents i ntervenants
dans l e CRA ont été organi sées par l a chef
de centre en 2010 aʏn dȊévoquer les condi-
ti ons de rétenti on et l es probl èmes rencontrés
dans l e f oncti onnement du CRA. La commu-
nication a parfois été difʏcile entre les diffé-
rents i ntervenants sur certai nes si tuati ons, l es
informations non-conʏdentielles ne circulant
pas correctement. À l’opposé, une i nf orma-
tion médicale conʏdentielle faisant état de la
pathol ogi e médi cal e d’ un retenu a été notée
par l a PAF sur l es l i stes de présence di stri -
buées à tous l es i ntervenants en vi ol ati on
des droi ts de cette personne. La di recti on du
centre a i ni ti é des f ormati ons à desti nati on des
agents de police aʏn que les différents inter-
venants du centre se présentent et expl i quent
l eurs mi ssi ons à l’ i ntéri eur du CRA. Pl usi eurs
sessi ons ont eu l i eu et ont permi s d’entamer
un di al ogue avec l es agents de pol i ce.
CONDITIONS D’EXERCICE
DES DROITS
Toute personne admi se au centre se voi t noti -
ʏer ses droits au « poste CRA », le bureau
d’ enregi strement des entrées. Là, l a per-
sonne peut prendre connai ssance du règl e-
ment intérieur du centre, qui nȊest pas afʏché
dans l es parti es communes. Les nouveaux
entrants sont vus par l e servi ce médi cal en
priorité. Les inʏrmieres orientent la per-
sonne à l a consul tati on du médeci n en cas
de probl ème de santé ou sur demande. Du-
rant l eur séj our en rétenti on, l es retenus ont
l a possi bi l i té de rencontrer l e médeci n l ors
des permanences. L’ accès au médeci n n’est
toutef oi s pas sans condi ti ons. On ne constate
que peu de dépl acement des avocats vers l e
CRA, que ce soi ent l es avocats dési gnés ou
de permanence. Les tél éphones portabl es
avec caméra ne sont pas autori sés au CRA,
ce qui entraine des difʏcultés pour les rete-
nus qui ne peuvent tél éphoner. Car même
si on l eur l ai sse l eur carte SI M, i l s n’ont
pas f orcément de tél éphone ou de crédi t.
Lorsqu’ un retenu n’ a pas de tél éphone et s’ i l
di spose d’ une somme d’ un montant i nf éri eur
à 10 euros à son arri vée, une carte tél épho-
ni que l ui est donnée par des agents de l a PAF.
Mai s en prati que, on observe que cet usage
n’ est pas touj ours respecté. Les cabi nes tél é-
phoni ques se si tuent dans l es pei gnes, mai s
on notera l’ i mpossi bi l i té pour l es retenus,
conʏnés dans leur chambre, dȊy accéder la
nui t de 23h à 6h du mati n. Troi s médi ateurs
TÉMOIGNAGES
M
me
N., jeune Tchétchène de l9 ans, a été placée au centre
de rétention avec sa ʏlle âgée dȊun an et demi, ʏn août 20l0.
Elle avait été interpellée à Nice, à son hôtel, par la police, qui
prétexta l’emmener voir son mari, interpellé quelques jours
auparavant à la suite d’une bagarre et dont elle était sans
nouvelle. Elle ne savait donc toujours pas où il était et ne
comprenait pas où elle se trouvait à son arrivée au centre.
Malgré un appel elevé devant la Cour d’Appel, et un référé
liberté, elle a été réadmise en Pologne sous procédure Dublin
début septembre, après l0 jours de rétention et sans avoir
eu de nouvelles de son mari. En Novembre 2010, nous avons
appris qu’elle se trouvait toujours enfermée au centre de
Kentszyn en Pologne. Elle témoigna de son désarroi devant
le refus de sa demande d’asile, l’absence de nouvelle de son
époux et de conditions de vie très difʏciles pour une femme
enceinte, seule avec un enfant en bas-âge.
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 118
en al ternance consti tuent l e personnel i nter-
venant de l’ OFI I au centre. I l s assurent une
présence du l undi au samedi . Leur mi ssi on
s’ arti cul e autour de quatre axes : l a récu-
pérati on des bagages (mai s seul ement dans
l’ aggl omérati on de Marsei l l e), l’ i nf ormati on
des retenus de l eur départ programmé, l a
gesti on des mandats, l es courses. L’ absence
de l’ OFI I sur une péri ode de quel ques j ours
consécuti f s, comme cel a a pu être observé en
TÉMOIGNAGES
Mineurs : Alors que les mineurs font l’objet d’une protection contre l’éloignement en vertu de l’article L 511-1 du CESEDA,
une dizaine de mineurs ont été placés au CRA cette année. Ainsi, après sȊêtre fait notiʏer des arrêtés de reconduite à la
frontière, trois mineurs roumains ont été placés en rétention malgré leur minorité qui nȊétait pas contestée par la préfecture de
placement. Ces trois jeunes âgés de 16 et de 17 ans ont été enfermés, en présence de majeurs, pendant deux jours et deux
nuits. Grâce à la production de la photocopie de leur passeport et de leur carte d’identité, ils ont pu être libérés par le juge des
libertés et de la détention. Ces mesures d’éloignement étaient d’autant plus frappantes qu’elles intervenaient non seulement
à l’encontre de la protection des mineurs contre l’éloignement, mais aussi contre les articles L511-1 et R512-1-1 du CESEDA
établissant un régime de faveur pour les ressortissants roumains, citoyens de l’Union européenne.
Si tuati on de M. A : Ce jeune homme de nationalité marocaine, né le 27 janvier 1985, est entré en France le 1er février
1985 alors qu’il n’avait que quelques jours. Il a toujours vécu en France avec sa famille et a été scolarisé. Placé le 13 juin en
rétention après un contrôle dȊidentité, il a souhaité rapidement nous rencontrer pour évoquer son cas. ll a bénéʏcié de titres
de séjour renouvelables et occupe un emploi de technicien en climatisation. Mais faute d’être né en France, il ne peut jouir du
droit du sol pour obtenir la nationalité. C’est suite à un changement d’adresse qu’il a négligé les formalités de renouvellement
de son titre de séjour. Il a contesté la mesure de reconduite prise à son encontre qui a été déclarée illégale par le juge
administratif. Malgré un dénouement heureux, cette situation révèle la violence que peut subir un étranger même protégé.
Doubl e peine : M. B est entré en France à l’âge de 18 mois par regroupement familial. L’ensemble de sa famille réside
régulièrement en France. ll fait lȊobjet depuis le 2l avril l998 dȊun arrêté dȊexpulsion pris avant la loi de 2003 « sur la double
peine » qui protège dȊune expulsion « lȊétranger qui justiʏe par tous moyens résider habituellement en France depuis quȊil a
atteint au plus lȊâge de treize ans », celui qui justiʏe dȊune résidence régulière depuis plus de 20 ans en France et le parent
d’un enfant français. En 2003, il devient parent d’un enfant français. À sa sortie de prison, il est placé au centre en vue
de son expulsion. Il introduit un référé liberté qui sera rejeté par le tribunal administratif. Ne tenant pas compte de la triple
protection légale dont il bénéʏcie, il sera éloigné en direction du Maroc. Ce fut lȊexemple type de la double peine applicable
aux étrangers.
Longue durée : Originaire du Cameroun, M.K. est installé en France depuis l966. ll avait une famille, un logement, un travail,
des amis jusquȊà ce quȊune cassure survienne comme cela peut être le cas dans une vie dȊhomme, après trente années de
présence en France, trois cartes de résident de dix ans, une dépression sévère puis une quête de sens éperdue. Pendant
l5 ans, il voyage dans plusieurs régions, vit de sa guitare et de petits boulots. ll aime se qualiʏer de troubadour. À Marseille,
il trouve un point de chute. Il demande à renouveler son titre de séjour mais reçoit une obligation de quitter le territoire,
s’ensuit un recours tribunal administratif rejeté, un appel en cours non-suspensif et un placement en rétention. Comment
reconstruire une « vie administrative », sans document, sans trace, sans preuve ? Quelles démarches juridiques entamer
à présent ? Heureusement, son passage au CRA fût bref. Son avocat s’est étonné qu’il ait fallu plus de 24 heures de garde
à vue pour gérer son dossier. Garde à vue de confort pour le magistrat qui accepta la nullité et M.K. retrouva sa liberté. La
cour administrative dȊappel inʏrmera la décision du tribunal. Mais quelques mois après cette victoire, le troubadour est mort.
Rupture d’anévrisme.
-48h : M.D., 2l ans, est venu en France mineur sur le passeport de son père, résident en France depuis les années l980. Sa
mère décédée, il nȊa plus personne au Maroc. Scolarité remarquable et ininterrompue jusquȊen 2009. Pour ses examens, on
lui réclame un titre de séjour. ll essaie de lȊobtenir mais un refus lui est opposé assorti dȊune OQTF. Son recours au tribunal
administratif est rejeté et un appel non-suspensif est enregistré auprès de la cour administrative dȊappel lorsquȊil est interpellé
sur son lieu de travail. Il arrive au centre de rétention le matin vers 11h, vêtu d’un bermuda, d’un tee-shirt, de baskets et sans
aucun bagage. Il est 13h50, il ne comprend pas ce qui lui arrive et pourquoi il doit patienter dans la salle de transit. Nous
apprenons que la préfecture a déjà trouvé une place dans un bateau pour Tanger. Départ l4h00 pour Sète ! M.D vient à peine
dȊarriver au centre et attend que son père et son avocate viennent lui rendre visite pour préparer sa défense. ll ne réalise pas
la situation : départ moins de 48h, aucun passage devant un juge, aucun bagage, pas de visite de son père. Les escorteurs
arrivent, signature, récupération de sa monnaie, de ses clés, menottes et départ pour le Maroc.
de rares occasi ons, entraîne de nombreuses
f rustrati ons. En cas d’ absence de Forum ré-
f ugi és, l es retenus peuvent exercer l es voi es
de recours auprès du gref f e CRA avec l’ ai de
de f ormul ai res types mi s à l eur di sposi ti on.
L’ absence de l i bre ci rcul ati on dans l’ encei nte
du centre, et par conséquent l’ accès restrei nt
des retenus aux di f f érents i ntervenants, créé
un cl i mat de tensi on tant de l a part des rete-
nus que des agents de l a PAF.
VISITES ET ÉVÉNEMENTS
PARTICULIERS
M
me
Syl vie GUI LLAUME, parlementai re eu-
ropéenne, a vi si té le centre de rétention le 1er
avri l 2010, de même que le contrôleur général
des l ieux de pri vation de l i berté qui a ef fectué
une contre-vi si te du 7 au 9 décembre 2010. Un
représentant du mi ni stère de l’ I mmi gration a
été également vi si té le centre le 12 août 2010.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 119
Mayotte
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 120
La sal l e de réf ectoi re ne permet de recevoi r
qu’ une parti e des personnes retenues qui s’ y
rendent donc par peti ts groupes. La qual i té
des repas est i nconnue de La Ci made qui n’ a
pas accès à cet espace. Cependant l es per-
sonnes se pl ai gnent f réquemment d’ avoi r
f ai m, en parti cul i er cel l es qui arri vent en
début d’ après-mi di et doi vent attendre l e soi r
pour manger, al ors qu’ el l es ont souvent été
arrêtées tôt l e mati n.
UN ACCÈS AU DROIT PROCHE
DU ZÉRO ABSOLU
UN DROIT AUX VISITES TRÈS PARTIEL
La sal le des vi si tes est une toute peti te pièce
dont les vi tres donnent sur l’ i ntérieur du bâti-
ment. El le est meublée d’ une table et de troi s
bancs et équi pée d’ un cl i mati seur qui ne fonc-
tionne pas bien. I l y fai t souvent très chaud.
Cette sal l e sert à l a f oi s aux vi si tes des f a-
mi l l es ou des avocats (très rares), au travai l
des bénévol es de La Ci made, à des i nterro-
gatoi res de pol i ce en cas d’ i nterpel l ati ons de
kwassas , à l ’ i ntervenante de l ’ associ ati on
TAMA mi ssi onnée par l e Préf ecture pour
« œuvrer en f aveur du rapprochement f ami -
l i al » (c’ est à di re essenti el l ement essayer de
convai ncre l es personnes de reparti r avec
l eurs enf ants aux Comores).
Les vi si tes sont donc f réquemment ref u-
sées l orsque cet te pi èce est occupée pour
UN CRA HORS NORMES,
CONTRAIRE À LA DIGNITÉ
ET AUX DROITS
FONDAMENTAUX
Le CRA de Mayotte se di sti ngue par des
condi ti ons d’ enf ermement et d’ accès au droi t
dénoncées depui s des années par l es asso-
ci ati ons de déf ense des droi ts de l ’ Homme
ai nsi que par des i nsti tuti ons tel l es que l a
Commi ssi on nati onal e de déontol ogi e de l a
sécuri té (CNDS), l e Déf enseur des enf ants
ou l e Contrôl eur général des l i eux de pri -
vation de liberté (CGLPL). Qualiʏé par la
CNDS « d’ i ndi gne de l a Républ i que » en
2008, en 2011 un syndi cat de pol i ce esti me
que ce l i eu de pri vati on de l i berté est « une
verrue de l a Républ i que ».
Les pouvoi rs publ i cs ont parf ai tement
connai ssance des condi ti ons i naccep-
tabl es auxquel l es sont soumi ses l es per-
sonnes enf ermées à Pamandzi . Pourtant,
hormi s quel ques aménagements margi -
naux i l s l ai ssent l a si tuati on perdurer, bi en
qu’ i l s’ agi sse, en outre, du centre de réten-
ti on f rançai s où est enf ermé l e pl us grand
nombre de personne, dont pl usi eurs mi l l i ers
de mi neurs chaque année .
Cl andesti n entre 1996 et 2002, ce l i eu d’ en-
f ermement est devenu un l ocal de rétenti on
admi ni strati ve (LRA) par arrêté préf ectoral ,
pui s un CRA par arrêté mi ni stéri el en 2004.
Dès 2001, l es pouvoi rs publ i cs reconnai ssent
l a nécessi té d’ une mi se en conf ormi té qui ne
peut passer que par l a constructi on d’ un nou-
veau centre de rétenti on . Pourtant, di x ans
pl us tard l es travaux n’ ont pas commencé.
L’ observati on des condi ti ons d’ enf ermement
et d’ exerci ce des droi ts démontre qu’ à l ’ évi -
dence ces arrêtés ont entéri né l ’ exi stence
d’ un centre de rétenti on tout à f ai t i l l égal .
En 2009, l e Contrôl eur général des l i eux de
pri vati on de l i berté réal i sai t une enquête
rendue publ i que en j ui n 2010 après que
l es concl usi ons ai ent été communi quées à
l ’ Etat. Les 27 observati ons du Contrôl eur
général qui recommandai ent des transf or-
mati ons i mportantes n’ ont été sui vi es d’ au-
cun ef f et pour l a pl upart. Seul s quel ques
Mayotte
aménagements margi naux ont été réal i sés
mai s l e régi me de ce l i eu de rétenti on « hors
l a l oi » n’ a pas été revu.
DES CONDITIONS
MATÉRIELLES
INACCEPTABLES
Le CRA, dont la capacité ofʏcielle est de
60 pl aces , compte quoti di ennement j usqu’ à
140 personnes retenues, rédui sant à 1,47 m²
l ’ espace par retenu . « Le taux d’ occupati on
moyen journalier ʐuctue beaucoup et dé-
passe hui t moi s sur douze l a capaci té prévue
de 60 pl aces »
Par ai l l eurs, i l i ntègre une zone de vi e consti -
tuée de deux grandes sal l es non mi xtes aux
murs et au sol sal es, dépourvues de matel as,
de chai ses, de tabl es. Ces sal l es sont très peu
écl ai rées par l a l umi ère du j our qui ne passe
qu’ à travers de peti tes gri l l es si tuées en haut
des murs et qui i nterdi sent tout regard vers
l ’ extéri eur. Aucun espace extéri eur n’ est
accessi bl e, y compri s pour l es enf ants al ors
qu’ i l s’ agi t d’ une obl i gati on l égal e.
La quasi -total i té des personnes retenues sont
donc contrai ntes de passer l a j ournée ou l a
nui t sur des nattes, des cartons, ou à même l e
sol , parf oi s avec des bébés en bas âge. El l es
vi vent dans une grande promi scui té et sans
l a moi ndre i nti mi té.
Ces pi èces sont équi pées de brasseurs d’ ai r
mai s dépourvues de cl i mati sati on. La tem-
pérature y est donc très él evée. Une parti e
des sani tai res est vétuste et l es évacuati ons
f oncti onnent mal , de sorte qu’ une odeur
nauséabonde aggrave encore l es condi ti ons
d’ enf ermement.
Au total , sept douches et hui t WC seul ement
sont di sponi bl es. Les sani tai res sont souvent
très sal es et des odeurs d’ égout s’ en dégagent
constamment. Certai nes des portes qui l es
équi pent ne permettent qu’ une i nti mi té l i -
mi tée car el l es ne mesurent qu’ un mètre de
hauteur et s’ arrêtent à ci nquante centi mètres
du sol . L’ eau des douches est f roi de et au-
cune servi ette de bai n n’ est f ourni e. La di s-
tri buti on de produi ts d’ hygi ène à l ’ arri vée se
l i mi te à un morceau de savon par personne.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 121
M
A
Y
O
T
T
E
Mercredi dernier, 30 juin 2010, je me rends à la permanence au CRA, la
dernière avant les vacances et je mȊen souviendrai de celle-là ! Ce fut le
summum de lȊignominie, de lȊhorreur, du dégoût, de la colère, etc...
A mon arrivée, vers 15H00 : autour de 70 personnes retenues, dont
beaucoup de petits. Les enfants mangent une compote (c’est mieux
qu’il y a 15 jours où les policiers n’avaient rien à donner aux enfants).
Au milieu des femmes, cocos (au moins 2) et gamins, il y a une jeune
maman qui a accouché samedi : le bébé a 4 jours ! Mais il est là,
malgré des conditions dȊhygiène assez indignes. Le médecin du CRA
n’a vu aucune objection à son enfermement. Un policier, au moins, a
été choqué : il m’a interpelée à ce sujet à mon arrivée.
Pl usi eurs mamans d’enfants françai s, une foi s de pl us !
Un papa, mahorais, vient apporter les cartes d’identité françaises de
ses deux enfants, et les documents concernant sa femme, enfermée
avec un bébé, leur dernier né. Je fais le courrier à la préfecture
pour demander leur libération. Il veut donner des vêtements de
rechange pour son bébé: « Impossible ! » lui répondent les policiers.
Ils n’ont pas le temps. Il faut dire qu’à ce moment un bus de la police
aux frontières déverse son lot de « clandestins » et les policiers
enregistrent, fouillent, et s’énervent parfois quand les gens ne
répondent pas assez vite à leur nom ou demandent quelque-chose.
Ce monsieur doit attendre, dehors, avec la quinzaine d’autres
personnes, sous le soleil brûlant de Mayotte. Aucun ne sera autorisé
à rendre visite aux membres de sa famille, certains auront attendu
jusqu’à 18h30 et venaient de loin !
Ce papa s’énerve, implore qu’on fasse passer son ballot de linge
(même moi, je ne peux le faire ce jour-là, alors que d’autre fois cela
est possible.) et le policier se permet même de dire :
ȶ « Vous nȊavez quȊà pas héberger ces gens-là ! ». Mon sang ne fait
qu’un tour et je lui réponds qu’il s’agit de sa femme et de ses enfants
français et qu’ils ne devraient pas être là ! Aucun commentaire
policier, mais le papa repart avec son linge.
Parmi les personnes que je vois ce jour-là:
ȶ une jeune de l2 ans, élève de 6ème à Sada, arrêtée avec sa
maman et sa petite sœur : je passe le relais à Flore et Nathalie
(enseignantes, elles connaissent lȊadolescente). Après de longues
heures de bataille avec la préfecture, elles seront libérées vendredi
soir ! Soulagement, émotion !
ȶ deux hommes qui ont entamé une demande de nationalité française
(un des parents est Français) : je contacte leurs avocats.
ȶ une jeune ʏlle qui dit avoir l6 ans, (mais née le 0l/0l/92 sur lȊarrêté
de reconduite à la frontièreȓ), brûlée dans lȊincendie de son banga il
y a plusieurs années, sa maman y a laissé la vie. Depuis, elle vivote,
aidée par les gens du quartier et une assistante sociale.
ȶ une maman, arrivée à Mayotte en l994 (donc avant la mise en place
du fameux « visa Balladur ») : elle sera libérée elle aussi.
ȶ Un papa et son ʏls, né à Mayotte. Le grand-père était français,
mais ils nȊont quȊune photocopie de sa carte dȊidentité. Le père sera
renvoyé, aucune nouvelle concernant le ʏls.
ȶ plusieurs jeunes garçons, mineurs ou tout juste majeurs. lls sont à
Mayotte depuis longtemps pour certains, mais aucune pièce dȊidentité,
jamais scolarisés: je ne peux rien faire pour les aider.
Pendant tout ce temps, c’est le ballet des véhicules qui apportent
leur lot de clandestins. Ils sont de plus en plus nombreux. On
m’interpelle de partout. Les policiers sont tendus, ils ne sont que 4 ce
jour-là et sont débordés. Entre les arrivées à gérer (appeler, fouiller,
enregistrer), donner les couches et biberons aux mamans, les savons.
Je ʏnis par me mettre à distribuer couches et biberons moi aussi : jȊen
ai marre de voir les mamans attendre devant la porte vitrée avec les
bébés qui pleurent.
Je demande à des personnes qui devraient sortir le lendemain si elles
acceptent de témoigner de ce qui se passe dans le CRA, de comment
elles sont interpelées : la réponse est unanime : « NON ! On a peur ! ».
Plusieurs personnes ont un scotch collé sur le dos de la main, avec
un numéro : les personnes retenues me disent que c’est l’œuvre de
la brigade de Sada. Je suis choquée ! Mais c’est sans doute un détail
comparé au reste.
Il est 19h/19h30 : l’équipe de La Cimade ‘hors CRA’ me demande de
récupérer les documents de la jeune de Sada et de sa maman, elles
les ont avec elles. Mais, ils sont dans leurs sacs, enfermés dans une
salle : je demande aux policiers de m’ouvrir la porte : je dérange. Le
chef de poste me dit : « Il ne faut pas qu’ils se mettent tous à vouloir
récupérer des choses ! ». Mais on nous ouvre quand même.
Je récupère les documents, je mȊapprête à partir, malgré les
personnes qui demandent encore à me voir (les deux derniers
camions, avec une vingtaine de personnes - et encore des petits)
sont arrivés vers 19h/19h30. Une femme réussit à m’arrêter et me
montre le passeport français de son ʏls ! Elle me dit lȊavoir montré aux
gendarmes qui l’ont interpellée, on lui a répondu: « Ce n’est pas notre
problème ! ». Je note rapidement noms, prénoms de la mère et du ʏls,
je ferai un mail à la Préfecture en rentrant. Je suppose (jȊespère...)
qu’elle a été libérée. Mais pas de réponse de la préfecture.
Il est presque 20h, les policiers mangent leur sandwich, ils se mettent
devant le poste de télé et les femmes et les enfants commencent
seulement à manger. Les hommes ont déjà ʏni leur repas.
Il y a 132 personnes quand je quitte le CRA : 54 hommes, 48 femmes,
17 mineurs de plus de 2 ans et 13 de moins de 2 ans. Pour un CRA
prévu pour 60 personnes, c’est pas mal. Il n’y a plus de biberons.
Je quitte enʏn le CRA, avec un sentiment mêlé de dégoût, de colère et
d’impuissance face à cette machine infernale emballée, qui enferme
des bébés de 4 jours, qui arrête des mères dȊenfants français, des
gens dont la vie est ici, qui maltraite tout le monde, qui permet aux
policiers d’agir en toute impunité.
Mais les policiers ont de l’humour ce jour-là : sur la porte de leur
bureau, devant lequel s’amoncellent quantité de valises, sacs et
baluchons pour les départs du lendemain, une afʏche :
« Agence de voyage, Madagascar, Comores. Déposer vos bagages
ici ». Sans commentaire.
TÉMOIGNAGE
UN APRÈS-MI DI AU CENTRE DE RÉTENTI ON DE MAYOTTE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 122
M
A
Y
O
T
T
E
rempl i r une aut re f onct i on. Cer tai ns pol i -
ci ers f ont toutef oi s preuve de soupl esse et
autori sent l es vi si tes même si l a pi èce est
déj à ut i l i sée par La Ci made par exempl e.
Mai s au total , nombre de vi si teurs sont
cont rai nts d’ at tendre l onguement à l ’ exté-
ri eur sans êt re assurés de pouvoi r rencon-
t rer l eurs proches.
La pl upart des personnes étant pl acées seu-
l ement une j ournée, voi re quel ques heures,
avant d’ être expul sées, nombre d’ entre el l es
ne peuvent donc récupérer l eurs bagages ou
des documents qui l eur permettrai ent de
f ai re val oi r l eurs droi ts pour contester cet
él oi gnement f orcé.
UN DROIT DE COMMUNIQUER
INSUFFISANT
Un téléphone se trouve dans un couloi r (où
court une ri gole charri ant les eaux usées)
qui dessert l a sal le des femmes et cel le des
hommes.
Les personnes peuvent y accéder « l i bre-
ment », sauf au moment des « mouvements »
(i ntégrati on de nouvel l es personnes ou dé-
part), ou en cas de surpopul ati on. L’ accès au
tél éphone n’ est donc pas permanent.
L’ empl acement de ce tél éphone ne permet
pas la conʏdentialité des conversations.
En outre, aucune carte tél éphoni que ne peut
être achetée dans l e CRA et l es personnes
retenues doi vent abandonner l eur tél éphone
portabl e équi pé d’ apparei l photo à l a f oui l l e.
Ces personnes sont donc très f réquemment
pri vées de moyen de communi quer vers
l ’ extéri eur. El l es peuvent être appel ées de
l ’ extéri eur, sauf l orsque l e tél éphone est en
panne, ce qui arri ve f réquemment.
Ces condi ti ons i nsati sf ai santes ont un i m-
pact sur de nombreux droi ts. Les personnes
ne peuvent préveni r l eurs proches de l eur
si tuati on, y compri s l orsqu’ el l es ont des en-
f ants qui peuvent se retrouver i sol és à Ma-
yotte. Contester l es déci si ons d’ él oi gnement
devient également difʏcile. Les autorités
consul ai res ne peuvent pas être sol l i ci tées.
UNE NOTIFICATION DES DROITS
QUI NE PERMET PAS LEUR
COMPRÉHENSION
Les constatati ons du Contrôl eur général des
l i eux de pri vati on de l i berté (CGLPL) sont
touj ours d’ actual i té. « La procédure d’ admi s-
si on est dépourvue de toute réel l e expl i cati on
et condui te de mani ère expédi ti ve. (…). L’ i n-
f ormati on aux retenus pendant l eur séj our est
purement f ormel l e. » Si l e règl ement i ntéri eur
a bien été afʏché, il est déchiré.
TÉMOIGNAGE
Retenus
Fermés les grilles et les verrous.
Interpellés les kwassas
Mouillés les ballots qui attendent dans la cour.
« Intégrés » les nouveaux arrivés.
Déplacées les remarques des ofʏciers de la PAF
Souillées les toilettes et les douches.
Placé en garde à vue ce passeur de quatorze ans
Illettrés ces enfants qui ne pourront aller à l’école.
Raʐé, le jour dȊun rendez-vous à lȊhôpital.
Dénoncée, par un policier municipal, cette famille avec un petit bébé.
Déracinés les enfants qui n’ont vécu que sur le territoire français,
Eclatées les familles.
Brisées toutes ces vies.
Bafoués les droits les plus élémentaires.
Eloignés les clandestins et les sans-papiers.
Résignés…
Et nous…
Juste inconscients ?
AB
Et pui s i l y a tous l es autres
On pourrait témoigner tous les jours des histoires de vies brisées, échouées à Pamandzi. On
pourrait faire des demandes de surseoir à chaque fois quȊon pénètre dans ce lieu pour lequel
tant de qualiʏcatifs pires que pires ont déjà été donnés.
On ne baisse pas les bras et chaque semaine (ou presque) on ressort avec malgré tout
l’impression d’avoir agi pour le droit.
Le droit de la mère dȊenfant français (carte dȊidentité du jeune scolarisé en terminale) dont le
deuxième enfant né en 97 est convoqué au tribunal pour recevoir son certiʏcat de nationalité
accompagné de ses 2 parents et qui a quatre autres enfants dont la cadette née en 2007.
Renvoyée.
Le droit du mineur handicapé dont la date de naissance a malencontreusement été inversée
(20 septembre devenu 02 septembre) cela se passait le 15 septembre. Renvoyé.
Il était si mal, s’était allongé par terre et le policier m’a dit « il n’a pas l’air bien votre client… »
Le droit de ce jeune homme marié depuis un an à une Mahoraise qui attend un bébé. Renvoyé.
Il n’avait pas le nombre d’années de mariage requis. Il avait 20 ans !
A chaque fois, on se dit qu’il faudrait faire un référé liberté et on collecte leurs signatures mais
on nȊen a les moyens que rarement, même si on en a déjà fait, même si on a des modèles. En
effet, après avoir passé trois à quatre heures dans ce local de misère, on accuse le coût (coup
?) de l’ignominie et on doit retourner au travail car nous sommes tous des bénévoles avec un
emploi à plein-temps.
Bien sûr et fort heureusement nos victoires nous rassurent et quand on reçoit le coup de ʏl
de la personne libérée, c’est invariablement un instant d’une force incroyable, une exultation
réelleȓ on se croit fort et on imagine une personne enʏn humaine au bout du fax de la
préfecture. On lui dirait presque merci pour ce qui n’aurait même pas dû arriver si la police ou
la gendarmerie avaient fait leur travail avec discernement.
Et puis il y a tous les autres, ceux que l’on n’a jamais pu voir car on n’y était pas. Parfois, on a
l’impression qu’on dérange les policiers bien sûr mais il m’est aussi arrivé d’avoir de leur part
des marques de soulagement à notre présence. Illusoire ?
Voilà… sinon, ils dorment toujours par terre dans la chaleur épaisse des douleurs océanes.
Sy/v|e de Pet|te Terre
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 123
M
A
Y
O
T
T
E
M
A
Y
O
T
T
E
DES MINEURS ENFERMÉS
ILLÉGALEMENT
La préf ecture de Mayotte i ndi que que 6400
mi neurs ont été él oi gnés de f orce de Mayotte
en 2010, mai s aucun chi f f re n’ est di spo-
ni bl e concernant ceux qui ont été pl acés en
rétenti on au préal abl e. Sel on l e CGLPL, i l s
étai ent 2901 en 2008, dont 2711 qui « ont
été recondui ts sans que soi ent touj ours véri -
ʏés avec certitude leur âge et leurs attaches
f ami l i al es. Cette si tuati on ne saurai t perdu-
rer , lȊidentiʏcation des personnes aux ʏns
de pl acement en rétenti on et de recondui te
exi ge une ri gueur total e ».
Mal gré cette recommandati on, l ’ associ ati on
dépl ore encore en 2010 l a présence f réquente
d’ enf ants qui sont rattachés par l ’ admi ni s-
trati on à un adul te sensé être l eur représen-
tant l égal . Al ors qu’ en réal i té aucun docu-
ment ne vient conʏrmer ce lien de parenté et
que nombre de ces enf ants décl arent ne pas
connai tre cet adul te, ou l e dési gnent non pas
Au CRA ce matin, ils étaient encore 140 tassés dans une chaleur
tellement étouffante que certains font des malaises. La personne en
charge de l’éloignement m’a ouvertement reproché de faire trop de
demandes de surseoir, ce qui complique le chargement des bateaux. No
comment.
Au CRA demain quand ils auront fait l’appel pour les départs, ils
feront vite de nouvelles «intégrations» pour que ce lieu immonde ne
désemplisse surtout pas.
Au CRA, des gamins nés ici rêvent de rester avec leur père ou leurs
grands-parents pour continuer d’aller à l’école plutôt que de suivre leur
mère vers Anjouan.
Mayotte, son CRA...faut le voir pour le croire...
Mayotte, en cours de départementalisation....
376 km² 190 000 habitants dont probablement 1/3 de sans-papiers !
2005 : 7 655 reconduites
2008 : 16 000 reconduites
2010 : 26 400 reconduites… belle progression ! Record battu… Record
à battre ?
Preuve ʐagrante de lȊéchec de cette politique coûteuse.
32 % de plus qu’en 2009 (19 972) ce qui pourrait faire…. en 2011 …NON !
On reconduit environ 13 % de la population ce qui ferait pour l’hexagone
plus de 8 MILLIONS de personnes, qui d’ailleurs ne sont pas vraiment
« étrangères » mais plutôt clandestines vivant dans la peur permanente
d’une interpellation sans appel, d’une reconduite éclair à travers une
frontière invisible vers une île souvent inconnue.
Une des raisons pour lesquelles 40% des reconduits tentent un retour
en « kwassa » puisque lȊobtention dȊun visa relève du déʏ total. Ce qui
implique une prise de risque énorme et un coût démesuré pour cette
traversée de 70km : environ 7000 morts en mer depuis 1995 et le visa
Balladur et un « passage » en kwassa qui coûte entre 200 à 700 euros.
Qui sȊenrichit ? Qui meurt ? Qui peut voir la ʏn de ce gâchis ?
Toujours pour les chiffres, en 2010, 6 400 mineurs reconduits vers
Anjouan, une île où ils ne sont pas nés, n’ont jamais vécu et où personne
ne les attend ! Vies brisées !
Chiffre double de celui de 2009 !
2009 où en métropole 319 enfants étaient placés en rétention !
6 400 mineurs, des enfants scolarisés dans les écoles de la République,
des enfants non-expulsables, des enfants qui ont peur et se sentent
humiliés et coupables sans raison aucune, des enfants qui sentent
l’énorme souffrance de leurs parents sans papiers, des enfants
impuissants qui devraient être intouchables, des enfants plein les
camions de la police ou de la gendarmerie qui attendent des heures
en pleine chaleur, arrachés à leur petite vie d’enfants de Mayotte. Des
enfants qui voient leurs parents menottés comme des criminels. Des
enfants parfois rattachés à des adultes quȊils ne connaissent pas. Quid
de la loi ?
Des petits, des tout petits, des presque grands… HONTE TOTALE.
Au centre de rétention administrative (CRA) ils attendent sans
comprendre, couchés contre leurs mères, à même le sol dans des
conditions inhumaines et dégradantes.
5000 mineurs isolés dans l’île contre 8000 mineurs isolés en métropole !
Démesure de cette île confetti.
Ni les référés liberté gagnés, ni les nombreuses saisines, ni les rapports
de la HALDE, de la CNDS, de la Défenseure des enfants, de Mme
Isabelle Debré sénatrice chargée du rapport sur les mineurs isolés
étrangers, n’ont ébranlé l’implacable machine à expulser ces sans droit.
Cynisme afʏché et abject mépris de la personne humaine
Qui paiera les conséquences de ces souffrances inʐigées au nom de
la politique du chiffre ? Quand verrons-nous exploser cette bombe à
retardement dont on se fait les gorges chaudes depuis déjà un bout de
temps ? N’aurions-nous pas pu l’éviter ?
Ne pourrions-nous pas freiner l’absurde ? N’en avons-nous pas le devoir
?
Témoins de ce mépris des lois, de ces exactions devenues banales, nous
avons bien du mal à garder conʏance en la République, nous nous devons
de faire appel à la conscience et au respect des droits fondamentaux,
nous nous indignons devant ces faits au présent, envers de la médaille du
101
éme
département !
Où va la France des droits de l’Homme, la France terre d’asile ?
Aidez-nous ! Alerte rouge ici !
Sy/v|e de Pet|te Terre
comme l eur tuteur l égal mai s comme une
tante ou un grand-père. Dans l e même sens,
des j eunes se décl arent mi neurs mai s l a date
de nai ssance portée sur l eur mesure d’ él oi -
gnement l es dési gne comme étant maj eurs,
ce qui permet l eur recondui te sans qu’ i l s
soi ent accompagnés d’ un de l eur parent.
Mal gré l es rapports de l a CNDS et de l a Dé-
f enseure des enf ants qui soul i gnai ent égal e-
ment l ’ attei nte aux droi ts f ondamentaux des
mi neurs retenus , ces prati ques perdurent.
Pl us l argement, l ’ enf ermement des mi neurs
en rétent i on n’ est l égal que dans l es cent res
habilités a cette ʏn par décret ministériel et
équi pés en conséquence. Bi en qu’ i l ne soi t
ni habi l i té, ni équi pé, l e CRA de Mayot te
est cel ui où l e pl us grand nombre de mi -
neurs est enf ermé (pl usi eurs mi l l i ers cont re
356 pour toute l a mét ropol e en 2010).
Les bénévol es de La Ci made rencontrent
chaque j our de j eunes enf ants, voi re des
nouveau-nés. Ai nsi une mère et son bébé
de seul ement quatre j ours ont été enf ermés
en 2010. I l n’ est pas rare qu’ une trentai ne de
mi neurs soi ent présents si mul tanément.
En outre, aucun espace n’étant réservé aux
f ami l l es, cel l es-ci sont séparées, l es hommes
dans une pi èce et l es f emmes et l es enf ants
dans une autre. I l s peuvent se rencontrer dans
l e coul oi r où se trouve l e tél éphone, mai s i l ne
l eur est pas accessi bl e toute l a j ournée.
DE GRAVES ATTEINTES AU DROIT
DE VIVRE EN FAMILLE
A chaque permanence des bénévol es de La
Ci made, de graves attei ntes au droi t de vi vre
en f ami l l e sont constatées. El l es sont mon-
nai e courante.
I l peut s’ agi r de conj oi nts et de concubi ns,
soi t de Françai s, soi t de personnes déten-
tri ces d’ une carte de séj our.
Sont égal ement concernés des parents accom-
pagnés de l eur(s) enf ant(s) f rançai s, parf oi s
même porteurs des documents l e prouvant.
TÉMOIGNAGE
OUVRI R LES YEUX SUR MAYOTTE LEVER UN VOI LE DE CE NOUVEAU DEPARTEMENT
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 124
M
A
Y
O
T
T
E
Des parents sont égal ement recondui ts en
l ai ssant dans l’ îl e pl usi eurs enf ants en bas
âge, seul s et sans aucun adul te. Cette prati que
est si massive que Mayotte est qualiʏée de «
pl us grand orphel i nat de France à ci el ouvert
». Certai ns revi ennent ensui te i l l égal ement
car i l s n’ont pu obteni r de vi sa mai s veul ent
évi demment retrouver l eurs enf ants. En cas
de second passage au centre de rétenti on, l a
préf ecture ref use de l es l i bérer en rai son de
l eur entrée i rrégul i ère sur l e terri toi re.
I nversement, de nombreux j eunes maj eurs
arri vés avant l ’ âge de 13 ans et scol ari sés
à Mayotte se retrouvent f réquemment au
CRA, parf oi s même avec l es documents at-
testant de l eur si tuati on. En général , i l s sont
l i bérés par l a préf ecture, à condi ti on que l a
f ami l l e ai t eu l e temps d’ i nterveni r.
Enʏn, des adolescents et des enfants nés a
Mayotte et scol ari sés sont expul sés en com-
pagni e de l eurs parents. D’ autres j eunes,
égal ement présents à Mayotte depui s l ong-
temps mai s j amai s scol ari sés subi ssent l e
même sort.
Dans l e code de l ’ éducati on, i l est préci sé
qu’ un j eune, même dépourvu de ti tre de
séjour, doit pouvoir ʏnir son cycle dȊétude
j usqu’ à l ’ obtenti on de son di pl ôme. Cette
règl e, n’ est mal heureusement pas touj ours
respectée, mal gré l ’ i nterventi on des associ a-
ti ons, ensei gnants ou chef s d’ établ i ssement,
voi re du Vi ce-Rectorat. Chaque année, dans
toutes l es cl asses l es ef f ecti f s di mi nuent au
f ur et à mesure des expul si ons de ces j eunes.
DES RECONDUITES QUI PRIMENT
SUR LE DROIT DU TRAVAIL
A Mayotte, de nombreux travai l l eurs sans
autori sati on de séj our sont embauchés, no-
tamment dans l e secteur de l a constructi on
ou de l ’ agri cul ture. Les contrôl es menés par
l’ i nspecti on du travai l et l es f orces de l’ ordre
s’ étant mul ti pl i és, ces travai l l eurs sont sou-
vent emmenés au centre de rétenti on pui s
él oi gnés très rapi dement, sans pouvoi r per-
cevoi r l eur sal ai re, et encore moi ns engager
une procédure devant l es prud’ hommes.
I l arri ve aussi que l ’ empl oyeur dénonce ses
ouvri ers une f oi s l e chanti er ou l a récol te ter-
mi nés, pour évi ter de devoi r l es payer.
UNE AIDE À L’ EXERCICE DES DROITS
RÉDUITE À PEAU DE CHAGRIN
Dans tous l es centres de rétenti on de France,
l a l oi prévoi t qu’ une associ ati on est présente
et rémunérée par l ’ Etat dans l e cadre d’ un
marché publ i c pour ai der l es personnes à
exercer l eurs droi ts, en parti cul i er cel ui de
f ormul er une demande d’ asi l e, de contester
l a mesure d’ él oi gnement, l e pl acement en
rétenti on et l es éventuel l es vi ol ati ons des
droi ts commi ses au cours de l ’ i nterpel l ati on
et de l a garde à vue.
Par ailleurs, lȊOfʏce français de lȊimmigra-
ti on et de l ’ i ntégrati on (OFI I ) a notamment
pour mi ssi on d’ ai der l es personnes à récu-
pérer l eurs bi ens et l eurs bagages, d’ acheter
pour el l es des cartes tél éphoni ques ou des
ci garettes, et de f ourni r des vêtements aux
plus démunis aʏn de préserver leur dignité .
Mayotte est l e seul centre de rétenti on où
l’ Etat n’ a pas mi s en pl ace l es moyens néces-
sai res à l’exerci ce de ces mi ssi ons. Les condi -
ti ons d’ une expul si on depui s Mayotte sont
donc hors-normes, et l es moyens de pouvoi r
se déf endre sont extrêmement l i mi tés.
L’INTERVENTION
DE LA CIMADE
Si x bénévol es de La Ci made sont habi l i tés
pour intervenir ponctuellement aʏn dȊaider
l es personnes à exercer l eurs droi ts. Mai s
leur action est par nature tres insufʏsante
et ne bénéʏcie donc quȊa une petite minorité
des étrangers enf ermés.
Les bénévoles de La Ci made essaient de se
rendre au CRA en bi nôme car les besoi ns des
personnes retenues sont très i mportants, les
condi tions de rétention particul ièrement mau-
vai ses, et les possi bi l i tés d’ action rédui tes.
L’ associ ati on ne di sposant pas de bureau
propre, ses membres uti l i sent l a sal l e des
vi si tes l orsqu’ el l e est l i bre.
Mai s cel l e-ci n’est pas équi pée des outi l s
pourtant i ndi spensabl es à l’exerci ce des
droi ts dans l’ urgence qui caractéri se l a ré-
tenti on, surtout à Mayotte où l es personnes
restent moi ns d’ un j our en moyenne. Pas
d’ordi nateur, ni de f ax, ni d’ i mpri mante, ni de
tél éphone. Les bénévol es sont obl i gés d’ uti l i -
ser l eur propre tél éphone portabl e, qui capte
très mal dans l e bâti ment ce qui l es obl i ge à
sorti r pour l’ uti l i ser. Un f ax est mi s à di spo-
si ti on dans une autre ai l e du bâti ment ce qui
nécessi te de nombreux al l ers et retours.
Leur travai l consi ste général ement à se
rendre dans l es sal l es où l es personnes sont
enf ermées (auxquel l es i l s ont accès l i bre-
ment) et à demander en pri ori té si des mi -
neurs ou des parents d’ enf ants f rançai s s’ y
trouvent. I l l eur est i mpossi bl e de rencontrer
chaque personne, aussi tentent-i l s de ci bl er
l es si tuati ons pour l esquel l es un recours
graci eux auprès de l a préf ecture a l e pl us
de chances d’ abouti r, ou parf oi s un recours
contenti eux (mai s pl us rarement car i l s sont
difʏcilement opérants).
Dans un second temps, i l s essai ent de rencon-
trer l es autres personnes et d’ agi r si possi bl e.
Les acti ons sont pri nci pal ement l i mi tées à
des demandes graci euses de sursoi r à l ’ él oi -
gnement qui sont rédi gées à l a mai n et f axées
à l a Préf ecture. Cel l e-ci est parf oi s sai si e par
tél éphone l orsqu’ un départ est i mmi nent.
Les i nterpel l ati ons et l es él oi gnements sont
si massi f s à Mayotte que très régul i èrement
des personnes se retrouvent en rétenti on
al ors qu’ el l es di sposent d’ un droi t au séj our
à Mayotte. Les servi ces préf ectoraux f ont
droi t à certai nes demandes de La Ci made
en annul ant l a recondui te ou en accordant
un sursis au départ aʏn que des documents
soi ent rassembl és. Mai s très souvent l ’ admi -
ni strati on ne répond pas à ces sol l i ci tati ons,
ou réagi t trop tardi vement, l orsque l a per-
sonne a déj à été él oi gnée.
Général ement, l es pol i ci ers f avori sent l ’ i n-
terventi on des membres de La Ci made : i l s
répondent aux questi ons ou demandes (al l er
chercher des papi ers dans l es boîtes où se
trouvent l es ef f ets personnel s des personnes
retenues ou même dans l es sacs et val i ses
à l ’ extéri eur par exempl e, heures de départ
du prochain bateau, vériʏer les noms sur
l es l i stes l orsque l ’ associ ati on recherche
quel qu’ un, etc…).
L’ associ ati on Tama présente dans l e CRA
ori ente égal ement vers La Ci made l es per-
sonnes ayant besoi n de souti en pour tenter
de déf endre l eurs droi ts.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 125
M
A
Y
O
T
T
E
Mesnil-Amelot
FI CHE DESCRI PTI VE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 126
DESCRIPTION DU CENTRE
DATE D’OUVERTURE 1988 pour le premier centre
1995 pour le centre actuel
ADRESSE 1 rue Périchet
77990 Le Mesnil-Amelot
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
ADMINISTRATIF DU CENTRE
01 48 16 20 27
CAPACITÉ DE RÉTENTION 140 places
(96 depuis le 1
er
septembre 2010)
NOMBRE DE BÂTIMENTS
D’HÉBERGEMENT
6
NOMBRE DE CHAMBRES 13 chambres par bâtiment
NOMBRE DE LITS PAR CHAMBRE 2
SUPERFICIE DES CHAMBRES 7m
2
NOMBRE DE DOUCHES 4 par bâtiment
NOMBRE DE W.C. 4 par bâtiment
DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES 4
CONTENU Distributeurs de boissons, friandises,
sandwichs
MONNAYEUR Monnaie disponible via l’OFII
ESPACE COLLECTIF
(DESCRIPTION)
Une salle de télévision
dans chaque bâtiment
Une salle de détente avec
équipements de loisirs
Un espace (à l’air libre)
entre les bâtiments
CONDITIONS D’ACCÈS Libre accès de 7h à 2lh
COUR EXTÉRIEURE
(DESCRIPTION)
L’espace entre les bâtiments ainsi
qu’un « terrain de football »
CONDITIONS D’ACCÈS Libre accès de 7h à 2lh
RÈGLEMENT INTÉRIEUR
CONFORME À LA PARTIE
RÉGLEMENTAIRE DU CESEDA
Oui
AFFICHAGE/TRADUCTION SUR
DEMANDE DE LA CIMADE
Oui
NOMBRE DE CABINES
TÉLÉPHONIQUES
2 ou 3 par bâtiment
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE DES
CABINES POUR JOINDRE LES
PERSONNES RETENUES
Bâtiment 1 : 01 49 47 02 41 ou 42
Bâtiment 2 : 01 49 47 02 43, 44 ou 45
Bâtiment 3 : 01 49 47 60 60
ou 49 53 ou 02 84
Bâtiment 4 et 5 : 01 49 47 02 46,
47 ou 48
Bâtiment 6 : 01 49 47 02 49 ou 50
VISITES (JOURS ET HORAIRES) Tous les jours de 9h à 12h
et 13h30 à 18h
ACCÈS AU CENTRE PAR
TRANSPORTS EN COMMUN
Oui
LES INTERVENANTS
CHEF DE CENTRE Capitaine de gendarmerie Bouche
puis capitaine Bettioui de la PAF
depuis le 1
er
septembre
SERVICE DE GARDE PAF
ESCORTES ASSURÉES PAR PAF
GESTION DES ÉLOIGNEMENTS Préfectures concernées
OFII – NOMBRE D’AGENTS 5 en début d’année puis 3 ETP
FONCTIONS Ecoute, contact avec les familles,
récupération des bagages, change
d’argent, achats
PERSONNEL MÉDICAL AU CENTRE
NOMBRE DE MÉDECINS /
D’INFIRMIÈRES
5 médecins en alternance,
5 inʏrmières, l psychiatre le mardi
HÔPITAL CONVENTIONNÉ Hôpital de Meaux (77)
LA CIMADE - NOMBRE
D’INTERVENANTS
5 ETP
LES AVOCATS SE DÉPLACENT-ILS
AU CENTRE ?
Très rarement
LOCAL PRÉVU POUR LES
AVOCATS
Pas de local particulier, c’est l’une des
salles de visite
PERMANENCE SPÉCIFIQUE AU
BARREAU
Non
SI OUI, NUMÉRO DE TÉLÉPHONE -
VISITE DU PROCUREUR DE LA
RÉPUBLIQUE EN 2010
Non
LES SERVICES
HÔTELLERIE (DRAPS /
COUVERTURES) FOURNIE PAR
GTM
RENOUVELLEMENT A la demande
ENTRETIEN ASSURÉ PAR GTM
RESTAURATION (REPAS FOURNIS
PAR)
DEFI (sous-traitant de GTM)
REPAS PRÉPARÉS PAR DEFI
ENTRETIEN ET HYGIÈNE DES
LOCAUX ASSURÉS PAR
DEFI
FRÉQUENCE Quotidienne
NÉCESSAIRE HYGIÈNE ET
TOILETTE DES PERSONNES
RETENUES COMPOSÉ DE
Serviette, savon, shampooing,
dentifrice, brosse à dents, peigne, gel
douche, papier toilette, mouchoirs
DÉLIVRÉ PAR GTM
RENOUVELLEMENT A la demande après le 3
ème
jour
BLANCHISSERIE DES AFFAIRES
DES RETENUS
Oui
ASSURÉE PAR DEFI
FRÉQUENCE A la demande
EXISTENCE D’UN VESTIAIRE Oui pour les retenus indigents,
géré par l’OFII
DESCRIPTIF DES BÂTIMENTS
Les bâtiments ont été construits en l995, spéciʏquement pour le centre de rétention administrative, au bord
des pistes de lȊaéroport de Roissy. La gendarmerie a récupéré une partie des bâtiments ʏn 2003, qui étaient
auparavant utilisés pour la zone d’attente. Depuis le 1er septembre 2010, le CRA est passé sous la tutelle de la
police aux frontières, sa capacité maximale est passée de l40 à 96 places.
STATI STI QUES
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 127
M
E
S
N
I
L

-

A
M
E
L
O
T
NOMBRE DE PERSONNES RETENUES PAR MOIS
JAN FÉV MAR AVR MAI JUIN JUIL AOÛ SEP OCT NOV DÉC
254
216

235

222

236

237

161

144

197

199

169

137
GENRE
Le nombre d’étrangers enfermés au CRA du Mesnil-Amelot en 2010 est nettement infé-
rieur à celui de lȊannée dernière 3886 soit -38%. Cette baisse sȊexplique par plusieurs
facteurs : depuis l’épisode de l’épidémie de grippe A survenu en 2009, le CRA n’a jamais
repris sa capacité maximale de 140 places (bâtiments réservés pour les éventuelles qua-
rantaines) ; plusieurs bâtiments ont été fermés successivement pour travaux (problèmes
matériels mais aussi sanitaires après une contamination à la légionellose). Enʏn, depuis
le passage du centre sous l’autorité de la PAF, un des bâtiments est destiné à devenir un
vestiaire pour les policiers et la PAF a souhaité une période transitoire plus calme avec une
capacité du centre réduite à 50 puis à 96 places.
L’âge moyen est encore une fois de 33 ans. Les étrangers ont été enfermés en
moyenne 12 jours, durée similaire aux années précédentes.
PRINCIPALES NATIONALITÉS
ALGÉRIE 271 11,51%
MAROC 180 7,65%
TURQUIE 175 7,43%
TUNISIE 174 7,39%
ROUMANIE 149 6,33%
MALI 144 6,12%
ÉGYPTE 134 5,69%
PAKISTAN 128 5,44%
INDE 121 5,14%
MOLDAVIE 84 3,57%
CHINE 73 3,10%
BRÉSIL 64 2,72%
CONGO RDC 56 2,38%
CÔTE D’IVOIRE 44 1,87%
AUTRES
NATIONALITÉS
557 23,66%
INCONNUE 53

Issus de 93 pays différents, les nationalités les plus représentées au CRA du Mes-
nil-Amelot ont évolué par rapport à l’année 2009 : les Algériens sont toujours les
plus nombreux, mais la présence des Maliens est en recul et c’est surtout la forte
présence des ressortissants communautaires roumains qui retient l’attention. Leur
présence est de plus en plus signiʏcative quand la ʏn de lȊannée approche. Le der-
nier semestre la Roumanie est le deuxième pays le plus représenté dans le CRA.
68,5% des Roumains ont été placés au CRA par la préfecture de Seine-et-Marne.
AGE DES PERSONNES
ÂGE MOYEN 33 ANS
HOMMES : 2407 FEMMES : --
PROVENANCE DES RETENUS PAR DÉPARTEMENT
ESSONNE 28 1,17%
PYR. ATLANTIQUES 23 0,96%
LOIRET 20 0,83%
VIENNE 17 0,71%
AUTRES
DÉPARTEMENTS
203 8,45%
INCONNUS 4
SEINE-ET-MARNE 941 39,18%
VAL D'OISE 457 19,03%
VAL DE MARNE 292 12,16%
PARIS 194 8,08%
HAUTS-DE-SEINE 145 6,04%
OISE 82 3,41%
Cette année, 58 départements ont placé des personnes dans le CRA. Comme
chaque année, la Seine-et-Marne est en tête du classement. Suite à l’incendie
du CRA de Vincennes en juin 2008, la préfecture de police de Paris avait obtenu
du ministère son quota de places au Mesnil-Amelot. En 2008 et en 2009 cȊétait la
deuxième préfecture la plus représentée, mais avec la ʏn des travaux du CRA de
Vincennes, en cours d’année 2010, elle a nettement diminué ses placements au
Mesnil-Amelot (10 personnes au dernier trimestre).
MESURES D’ÉLOIGNEMENT
MESURES Nombre %
APRF 1889 80,14%
OQTF 229 9,72%
ITF 175 7,42%
READ 47 1,99%
APE 10 0,42%
AME 7 0,30%
TOTAL 2357 100,00%
INCONNUE 50
DESTIN DES PERSONNES RETENUES
LIBÉRÉ JLD2 28 1,25%
APRF ABROGÉ 12 0,53%
RÉADMIS SIMPLE 9 0,40%
TRANSFÉRÉ 7 0,31%
LIBÉRÉ CA REJET
EFFET SUSPENSIF
6 0,27%
CEDH ARTICLE 39 6 0,27%
LIBÉRÉ ART. R.552-17 9 0,40%
ASSIGNÉ ART. R.552-17 3 0,13%
ASSIGNÉ
ADMINISTRATION
3 0,13%
LIBÉRÉ MINISTERE 2 0,09%
RÉADMIS DUBLIN 1 0,04%
RÉFUGIÉ STATUTAIRE 1 0,04%
INCONNU 164
EMBARQUÉ 592 26,39%
LIBÉRÉ
PRÉFECTURE
358 15,96%
LIBÉRÉ TGI 309 13,78%
LIBÉRÉ FIN DE
RÉTENTION
290 12,93%
LIBÉRÉ CA1 223 9,94%
LIBÉRÉ TA 90 4,01%
ASSIGNÉ TGI 78 3,48%
RAISON
MÉDICALE
59 2,63%
DÉFÉRÉ L.624 50 2,23%
LIBÉRÉ CA2 44 1,96%
REFUS
EMBARQUEMENT
32 1,43%
ASSIGNÉ CA 31 1,38%
Les destins des personnes enfermées au CRA du Mesnil-Amelot sont sensiblement les
mêmes que les années précédentes, le taux d’éloignement est toujours relativement
faible et environ 35% des personnes sont libérées suite à une décision de justice (toutes
juridictions confondues : TGI, cour d’appel, TA ou CEDH). On peut constater un faible
taux de libération du tribunal administratif de Melun chargé de statuer sur le fond de
la situation des personnes retenues. Ceci est en partie lié à la jurisprudence restrictive
du tribunal. Comme en 2009, un unique demandeur d’asile s’est vu accorder le statut
de réfugié politique par l’Ofpra. La procédure prioritaire en centre de rétention, les cinq
courtes journées pour formuler sa saisine en langue française et l’absence de moyens
accordés aux demandeurs, montrent encore une fois ses limites.
Ce sont les Roumains qui représentent la nationalité dont les ressortissants ont
été le plus éloignés, les cinq autres sont réparties selon les nombres suivants :
MOLDAVIE 43
ALGÉRIE 63
ROUMANIE 104
TURQUIE 31
MAROC 31
BRÉSIL 36
La préfecture de Seine-et-Marne est responsable de l’éloignement de 70% des
Roumains embarqués depuis le CRA du Mesnil-Amelot et elle réalise grâce à ces
mêmes Roumains 33% de ses embarquements effectifs de l’année, loin devant
les autres premières nationalités éloignés par cette préfecture (8,6% pour les Algé-
riens et les Brésiliens ou 8,2% pour les Turques).
DURÉE DE LA RÉTENTION
DUREE MOYENNE DE RETENTION ɻ 12 jours
TEMPS MOYEN EN LRA ɻ 1,5 jours
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 128
CONDITIONS MATÉRIELLES
DE RÉTENTION
Depuis la ʏn de lȊannée 2009, avec lȊappari-
ti on de l a gri ppe A, l es bâti ments 1 et 6 du
centre ont f ermé. Le centre a, donc, égal e-
ment f oncti onné en 2010 avec une capa-
ci té maxi mal e de 100 retenus pendant l a
premi ère parti e de l ’ année. La capaci té du
centre a bai ssé progressi vement à parti r de
j ui l l et pour permettre l a passati on entre gen-
darmeri e et pol i ce. Entre tui l age et f orma-
ti on des pol i ci ers, l e CRA étai t l i mi té à 50
pl aces au moi s d’ août. Par l a sui te, i l a été
déci dé de f ermer l es bâti ments 1 et 2 pour
l es transf ormer en vesti ai res pour l a PAF. La
capacité déʏnitive du CRA a donc été de 96
pl aces depui s l e 1
er
septembre 2010.
L’ hi ver 2010, comme l es années précédentes,
a été marqué par des probl èmes récurrents
de chauf f age. Même si l ’ admi ni strati on du
centre a pri s à chaque f oi s des di sposi ti ons
pour résoudre ces mul ti pl es probl èmes tech-
ni ques, l a vétusté des i nf rastructures et un
manque dȊanticipation aʏn dȊéviter la repro-
duction de ces difʏcultés qui apparaissent
chaque année, sont à dépl orer. Ai nsi , l e chef
de centre a bi en donné l ’ ordre d’ al l umer l e
chauf f age dès l es premi ers f roi ds mai s, deux
j ours pl us tard, est apparue l a premi ère f ui te
dans l e bâti ment 4. Réparée dans l a j ournée,
un nouveau probl ème apparaît au sei n du
même bâti ment : l a chaudi ère est tombée en
panne. Les retenus du bâti ment ont, al ors,
été tous transf érés dans l e bâti ment 2, f ermé
depui s l a gri ppe A. Le bâti ment 4 a donc
f ermé pour travaux... mai s l e 22 novembre,
l a chaudi ère est à nouveau tombée en panne.
Par ai l l eurs, i l a été constaté que l es an-
ci ennes couvertures étai ent tel l ement usées
quȊelles ne protégeaient plus efʏcacement
du f roi d. De nouvel l es couvertures ont donc
été remi ses aux retenus, mai s n’ ayant pas été
l avées préal abl ement, el l es n’ ont pas pu être
uti l i sées i mmédi atement, compte tenu de
l ’ i nconvenance de l ’ odeur dégagée.
Au moi s de décembre, l es personnes rete-
nues ont conti nué de se pl ai ndre du manque
de chal eur dans l eur bâti ment, notamment
ceux du bâti ment 3. Une péti ti on est l ancée,
à l ’ i ni ti ati ve de quel ques-uns, pour dénoncer
ces condi ti ons matéri el l es. Le l endemai n, l e
bâti ment 3 est f ermé à son tour pour travaux
en rai son d’ une f ui te.
Les retenus se pl ai gnent péri odi quement de
l a qual i té de l a nourri ture. I l s récl ament de
l a nourri ture hal l al et des pl ats végétari ens.
Les demandes sont systémati quement rej e-
tées par l ’ admi ni strati on.
CONDITIONS D’EXERCICE
DE LA MISSION DE LA CIMADE
Cette année a été marquée par l e passage,
dans l a gesti on du centre, de l a gendarmeri e
à l a pol i ce de l ’ ai r et des f ronti ères (PAF) à
parti r du 1
er
septembre 2010. Gl obal ement,
l a PAF a gardé l e même système de ges-
ti on que l es gendarmes. I l en ressort que l e
mode de f oncti onnement des i ntervenants
de La Ci made n’ a pas changé pour ce qui
concerne l eurs possi bi l i tés de ci rcul ati on
dans l e CRA, l ’ accès aux i nf ormati ons ou
l es rel ati ons avec l es pol i ci ers. Mai s l ’ accès
au gref f e qui permettai t de consul ter rapi -
dement l es procédures admi ni strati ves n’ est
pl us autori sé. Cependant, l e gref f e transmet
l es documents nécessai res sur demande sans
difʏculté.
Depui s l e passage à PAF, des dysf onc-
ti onnements ont été constatés, qui ont été
pl us au moi ns rapi dement corri gés. A ti tre
d’ exempl e, l ’ i nf ormati on des rendez-vous
consul ai res et des vol s auprès des étrangers
n’ est pas mi se à j our quoti di ennement avec
l a même ri gueur que par l e passé. A pl u-
si eurs repri ses, La Ci made a dû al erter l a
PAF qui a modiʏé lȊafʏchage. Cependant, ce
genre d’ oubl i peut engendrer des si tuati ons
dramati ques. La Ci made a égal ement été
amenée à apporter quel ques préci si ons sur l e
dél ai de dépôt d’ une demande d’ asi l e. I l a été
nécessai re de préci ser à l a PAF que l e dél ai
de 5 j ours pour déposer une demande d’ asi l e,
commence à parti r de l ’ arri vée au CRA et
non pas à compter du pl acement en LRA
(arti cl e R.553-15 et L.551-3 du Ceseda).
Cette préci si on sembl e être pri se en compte.
En ce qui concerne l es rel ati ons avec l es
autres i ntervenants du CRA, el l es sont tou-
j ours courtoi ses et permettent d’ échanger de
nombreuses i nf ormati ons.
Lors du passage de l a gesti on du CRA à l a
PAF, l’équi pe de La Ci made a rencontré l e
chef du CRA pour se mettre d’ accord sur cer-
tai ns aspects du f oncti onnement. Cette ren-
contre a été renouvel ée une f oi s. Les échanges
sont f rancs, producti f s, et quoti di ens.
Cette année, s’ est tenue une rencontre i nter-
i ntervenants avant l e passage à l a PAF. Le
chef de centre est récepti f à ces demandes.
I l a mi s en pl ace et ani mé l a rencontre. Des
échanges ont eu l i eu sur l e durci ssement
des prati ques de l a préf ecture de Sei ne-et-
Marne, d’ autres sur des si tuati ons i ndi vi -
duel l es, mai s aussi sur l e passage de l a ges-
ti on du CRA par l a PAF. Sui te à l ’ arri vée
de l a pol i ce, l es réuni ons i nter-i ntervenants
ont tardé à se mettre en pl ace mal gré l es de-
mandes répétées de La Ci made.
On note une vi si te rapi de des représentants
de l a préf ecture de Sei ne-et-Marne en avri l .
La rencontre avec La Ci made est f urti ve et
la discussion rapide. Or, il est fort difʏcile
de communi quer avec cette préf ecture, qui
est l ’ une des admi ni strati ons qui pl ace l e
pl us d’ étrangers au CRA du Mesni l si tué au
sei n même de sa compétence terri tori al e et,
en conséquence, cel a nui t à l ’ exerci ce des
droi ts des personnes en rétenti on.
CONDITIONS D’EXERCICE
DES DROITS
De nouvelles inʏrmieres ont été affectées au
servi ce médi cal , notamment pour l es f ormer
en vue de l eur i nterventi on dans l e nouveau
centre de rétenti on (CRA2). L’ OFI I a éga-
l ement recruté du personnel pour l e CRA2.
L’ ouverture étant retardée, ces postes n’ ont
pas été pérenni sés.
SANTÉ
De nombreuses personnes dont l a si tuati on
médi cal e ou psychol ogi que étai t i ncompa-
ti bl e avec l a rétenti on et /ou l ’ él oi gnement
ont été enf ermées. I l sembl erai t que ces si -
Mesnil-Amelot
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 129
M
E
S
N
I
L
-
A
M
E
L
O
T
tuati ons ai ent augmenté cette année. Parf oi s,
ces personnes sont mai ntenues en rétenti on
mal gré un avi s d’ i ncompati bi l i té avec l ’ él oi -
gnement de l ’ARS (Agence régi onal e de
santé). Les préf ectures de l ’ Oi se et du Val
de Marne ont, au moi ns à troi s repri ses, re-
f usé de sui vre l ’ avi s du médeci n i nspecteur
de l ’ARS. I l est al ors nécessai re de sai si r l e
JLD (voi re l a cour d’ appel ) pour que l a per-
sonne soi t l i bérée. Cel a est i nqui étant tant
pour l e respect des droi ts f ondamentaux des
étrangers (l i berté i ndi vi duel l e, protecti on de
l eur i ntégri té et de l eur santé en cas d’ él oi -
gnement), l e respect du droi t (protecti on
contre l ’ él oi gnement de personnes grave-
ment mal ades), ai nsi que pour l es consé-
quences sur l eur état de santé dans l e CRA et
les conditions de rétention. Enʏn, pour deux
dossi ers, l ’ARS a émi s deux avi s d’ i ncom-
pati bi l i té avec l e départ. En rai son du ref us
de l a préf ecture de l i bérer ces personnes, La
Ci made a sai si l es servi ces du Mi ni stère de
l ’ I mmi grati on ai nsi que ceux du Mi ni stère
de l a Santé. Paral l èl ement, l e JLD de Meaux
a égal ement été sai si et a ordonné l a l i béra-
ti on des deux messi eurs.
De l a même mani ère, l a préf ecture de Sei ne-
et-Marne ne sui t pas systémati quement l es
avi s du médeci n de l ’ agence régi onal e de
santé (MARS).
Au deuxi ème semestre, pour deux si tuati ons,
l e MARS s’ est prononcé pour l a nécessi té
du mai nti en en France. Les agents du ser-
vi ce él oi gnement de l a préf ecture de Sei ne-
et-Marne ont assumé l e f ai t de conti nuer l a
mi se en œuvre de l a mesure d’ él oi gnement,
expl i quant à La Ci made que de nouvel l es
di recti ves i nternes l es condui sai ent à ne pl us
teni r compte des avi s de l ’ARS. Ces deux
personnes ont ʏnalement été libérées suite
à l a sai si ne par La Ci made des Mi ni stères
de l ’ I mmi grati on et de l a Santé. A ce ti tre,
La Ci made a sai si au moi s de j ui n l a préf ec-
ture de Sei ne-et-Marne qui s’ est contentée
de rappel er l a procédure sans répondre sur
l e f ond des si tuati ons soul evées.
Au derni er tri mestre, à nouveau l e MARS
a émi s deux avi s d’ i ncompati bi l i té avec l e
départ et de mai nti en sur l e terri toi re f ran-
çai s pour deux personnes. La préf ecture
de Sei ne-et-Marne a conti nué cependant
à mai nteni r ces messi eurs en rétenti on. La
Ci made a une nouvel l e f oi s sai si l es ser-
vi ces du Mi ni stère de l ’ I mmi grati on ai nsi
que ceux Mi ni stère de l a Santé. Paral l èl e-
ment, el l e a aussi sai si l e JLD de Meaux qui
a ordonné l a l i bérati on des deux messi eurs.
I l reste parti cul i èrement dommageabl e qu’ i l
f ai l l e en passer par un j uge, ou des sai si nes
hi érarchi ques, pour voi r respecter l a protec-
ti on des étrangers mal ades et l a procédure.
La préf ecture de Sei ne-et-Marne ne respecte
pas non plus systématiquement les certiʏ-
cats d’ i ncompati bi l i té avec l e mai nti en en
rétenti on établ i s par l es médeci ns du CRA.
Une personne a dû ref user son embarque-
ment à deux repri ses avant d’ être remi se
en l i berté par l e JLD. Une autre personne,
attei nte d’ une grave pathol ogi e chroni que
nécessi tant un trai tement quoti di en, n’ a,
quant a elle, été libérée quȊen ʏn de rétention
al ors même que l e médeci n du centre avai t
établi un certiʏcat dȊincompatibilité avec
son mai nti en en rétenti on.
Par ai l l eurs a été constaté l e pl acement en
rétenti on de nombreux étrangers attei nts de
graves pathol ogi es. Un examen i ndi vi dual i sé
et pl us approf ondi , l ors de l’ i nterpel l ati on et
de l a garde à vue, pourrai t, peut-être, évi ter
un pl acement en rétenti on i nuti l e. Cet enf er-
mement en rétenti on présente bi en souvent un
ri sque eu égard à l a santé de ces personnes.
QUELQUES CAS
DE PERSONNES MALADES
Une personne avec une prothèse à l a hanche
qui l ’ empêche d’ uti l i ser l es toi l ettes turques
des retenus a été pl acée au CRA. En j ournée,
i l est autori sé à uti l i ser l es toi l ettes de l a ges-
ti on mai s n’ a pas l e droi t de f ermer l a porte.
Le monsi eur est di abéti que et a donc f ré-
quemment besoi n de se rendre aux toi l ettes.
Il lui est, en outre, difʏcile de se lever de
son l i t. Après un i mbrogl i o j uri di co-médi -
cal , i l sera l i béré par l a cour d’ appel de Pari s
à l ’ i ssue de 18 j ours de rétenti on. Un autre
monsi eur a été pl acé au CRA al ors qu’ i l ne
pouvai t pas marcher et avai t besoi n d’ un
f auteui l pour tous ses dépl acements. Fi nal e-
ment hospi tal i sé pendant troi s j ours, i l sera
l i béré pour rai sons médi cal es.
Pl usi eurs autres personnes ont été pl acées en
rétenti on al ors qu’el l es souf f rai ent de patho-
l ogi es graves, souvent connues dès l a garde
à vue. Ai nsi , un monsi eur souf f rant de pro-
bl èmes de dos est l i béré sur l a base d’ un cer-
tiʏcat dȊincompatibilité établi par le médecin
du CRA, l e l endemai n de son pl acement. Un
autre cas, mal heureusement embl émati que,
f ut l e pl acement d’ une personne par l a pré-
f ecture du Val de Marne, d’ abord au LRA de
Choi sy avant son transf ert au CRA du Mes-
ni l -Amel ot. Ce monsi eur, i nconsci ent et pl acé
dans un f auteui l roul ant, est l i béré l e l ende-
mai n de son arri vée au Mesni l -Amel ot après
avoi r été enf ermé troi s j ours i nuti l ement.
De nombreuses personnes avec des pro-
bl èmes psychi atri ques sont égal ement enf er-
mées. Le cas l e pl us embl émati que est cel ui
de Monsi eur A., pl acé en rétenti on début f é-
vri er. A chacune de ses entrevues avec l es i n-
tervenants de La Ci made, i l raconte une hi s-
toi re di f f érente. Parf oi s, i l entend parl er de l ui
à l a radi o. La radi o s’ adresse à l ui , l ui di t de
mettre ses mai ns sur l a tête, pui s d’ al l er ai nsi
aux toi l ettes mai s i l ne sai t pas ce qu’ i l doi t
f ai re, une f oi s aux toi l ettes, avec l es mai ns sur
l a tête. La radi o l ui di t aussi de prendre un
abonnement, car i l n’ a pas de papi ers... Le TA
n’ annul e pas l a recondui te à l a f ronti ère, car,
j usqu’ à présent, Monsi eur A. n’est pas sui vi
pour ses probl èmes de santé. Le médeci n l e
fait ʏnalement hospitaliser dȊofʏce le 4 fé-
vri er 2010. A son retour au centre de réten-
ti on, i l est l i béré sur avi s de l’ARS.
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 130
M
E
S
N
I
L
-
A
M
E
L
O
T
PLACEMENTS SANS POSSIBILITÉ
DE RECONDUITE
Cette année encore, beaucoup de personnes
ont été pl acées en rétenti on al ors que l eur
recondui te est i mpossi bl e. C’ est l e cas, par
exempl e, d’ un monsi eur Congol ai s qui n’ a
j amai s pu obteni r l a nati onal i té congol ai se.
Ses deux parents sont Bel ges, des méti s.
Son père est né après l ’ i ndépendance et sa
mère avant. Or, d’ après l a l égi sl ati on bel ge,
i l pense pouvoi r être natural i sé. I l a contacté
l es servi ces de natural i sati on à l ’ ambassade
de Bel gi que à Pari s pour retrouver l a trace
de ses parents et grands parents. En f onc-
ti on de ces él éments, i l l ui a été consei l l é de
déposer une demande de natural i sati on. Ce-
pendant, i l doi t f ourni r une CNI congol ai se
ai nsi qu’ un ti tre de séj our f rançai s dans l a
mesure où i l ef f ectue cette démarche depui s
l a France. Or n’ ayant ni l ’ une ni l ’ autre, sa
demande de natural i sati on n’ a pas pu abou-
ti r. Sa si tuati on est i nextri cabl e. Désespérant
d’ obteni r quel que chose un j our, i l a déposé
une demande d’ apatri di e qui a été rej etée. I l
présente une preuve de ref us de dél i vrance
dȊun certiʏcat de nationalité du Congo RDC.
I l sera l i béré au bout de 23 j ours au terme
d’ un pl acement en rétenti on sans obj et.
INTERPELLATIONS DÉLOYALES
Les préf ectures prati quent régul i èrement des
i nterpel l ati ons sur convocati on au gui chet,
dans l es commi ssari ats ou gendarmeri e.
Ces personnes se présentent en toute bonne
f oi auprès de ces admi ni strati ons et se f ont
i nterpel l er. C’ est l a si tuati on de Monsi eur P.
qui se rend à une convocati on mensongère
du commi ssari at qui s’ est décl aré compétent
pour trai ter de son dossi er de régul ari sati on.
I l s’ y f ai t i nterpel l er, subi t un i nterrogatoi re
de deux heures et est pl acé en rétenti on. I l
sera l i béré par l e JLD.
RESPECT DE LA VIE FAMILIALE
La Ci made rencontre régul i èrement des per-
sonnes enf ermées dont l e centre de l eur vi e
f ami l i al e est en France (f ami l l e en France
et pl us d’ attaches dans l eur pays ; parents
d’ enf ants f rançai s ; parents d’ enf ants nés sur
l e terri toi re f rançai s et scol ari sés ; j eunes
maj eurs scol ari sés…) et qui , au regard de
la loi, devraient bénéʏcier de la délivrance
d’ un ti tre de séj our de pl ei n droi t. Ai nsi , l e
trai tement choquant de deux l ycéens ango-
l ai s convi ent d’ être soul i gné. D.S. ont f ui
l eur pays à 17 ans, après l ’ assassi nat de l eur
père et l ’ empri sonnement de l eur mère. En
France, l ’ASE l es prend en charge j usqu’ à
l eurs 18 ans. Mal heureusement, l eurs dé-
marches devant l ’ Of pra échouent et i l s se
retrouvent en si tuati on i rrégul i ère… et à l a
rue. I l s sont i nterpel l és l e 18 décembre et
pl acés en rétenti on. Mal gré l eur hi stoi re et l a
régul ari sati on de l eur mère sui te à son arri -
vée en France, i l s seront expul sés après 31
j ours de rétenti on. I l s sont donc auj ourd’ hui
en Angol a, où i l s sont recherchés et ri squent
de subi r l e même desti n que l eur père.
Être sans-papi ers en France peut se révé-
ler problématique en cas de conʐits avec le
conj oi nt même l orsque l a j usti ce a pri s po-
si ti on (droi t de vi si te). Au regard de l a l oi ,
l a personne concernée devrai t pouvoi r être
régul ari sée. En prati que, el l e est pl acée en
rétenti on en vue de son expul si on. C’ est l e
cas de Monsi eur B. mari é avec une f emme
française et pere dȊune petite ʏlle. Apres
pl us d’ un an de vi e commune, l e coupl e s’ est
séparé et son épouse l ui a i nterdi t de voi r sa
ʏlle. Celui-ci a toujours souhaité sȊoccuper
de son enf ant et envoi e des mandats cash
régul i èrement, mai s son ex-compagne l es
ref use. I l se trouve donc dans une si tua-
ti on i nextri cabl e. Pl acé sur l a base d’ une
ancienne OQTF, Monsieur B. est ʏnalement
l i béré par l a préf ecture l e 29 septembre, au
bout de 5 j ours de rétenti on.
VIOLENCES
Lors des tentati ves d’ él oi gnements, l es
personnes revi ennent parf oi s au CRA et
témoi gnent des vi ol ences exercées par l es
pol i ci ers des escortes de l ’ aéroport et des
termi naux. En ef f et, ceux-ci n’ hési tent pas à
empl oyer l a f orce et l a menace pour exécu-
ter l a recondui te (menaces sur l es passagers
et l a personne, passage à tabac). La Ci made
a constaté que pl usi eurs personnes portent
l es sti gmates de ces vi ol ences. Monsi eur D.
avai t déj à ref usé un premi er embarquement
sans difʏculté. La deuxieme fois, alors quȊil
tente de rési ster, troi s pol i ci ers l e pl aquent
au sol et l e passent à tabac. La moi ti é des
passagers descendent de l ’ avi on tandi s que
dȊautres policiers arrivent, une femme ʏlme
l a scène mai s se f ai t arracher sa caméra par
un f oncti onnai re. I l appel l e al ors l es autres
retenus au CRA qui l e mettent en rel ati on
avec l es i ntervenants de La Ci made. I l est en
état de choc et afʏrme avoir vomi du sang.
Il sera ʏnalement embarqué par force le 23
j anvi er.
VISITES ET ÉVÉNEMENTS
PARTICULIERS
Quatre col l aborateurs du Contrôl eur général
des l i eux de pri vati on de l i berté sont venus
au Mesni l -Amel ot pendant quatre j ours dans
l e cadre des vi si tes des l i eux d’ enf ermement
sans préavi s aux autori tés. I l s ont pu vi si ter
tout l e centre, rencontrer l es retenus et s’ en-
treteni r avec l es i ntervenants. Chacun d’ eux
a travai l l é sur certai nes thémati ques. Les i n-
tervenants de La Ci made se sont l onguement
entretenus avec eux. Parmi l es dysf oncti on-
nements si gnal és, peuvent être ci tés : l e non
sui vi des avi s des médeci ns i nspecteurs de
santé publ i que par certai nes préf ectures, l e
pl acement des personnes souf f rant de graves
pathol ogi es, l es vi ol ences à l ’ embarquement
et l es vi ol ences des retenus contre eux-
mêmes. Enʏn, La Cimade a attiré leur atten-
ti on sur l e second centre de rétenti on dont
l es travaux s’ achèvent, sa tai l l e démesurée,
sa structure carcéral e et toutes l es i nterroga-
ti ons que soul èvent des CRA de cette tai l l e.
Le 23 mars, l e prési dent du TGI de Meaux,
accompagné d’ une di zai ne de nouveaux JLD,
est venu vi si ter l e centre de rétenti on. Les
échanges ont pri nci pal ement porté sur l a sal l e
d’ audi ence dél ocal i sée au sei n du CRA et l es
crai ntes de La Ci made concernant cette j us-
ti ce d’excepti on réservée aux étrangers.
A l’ appel des moi nes f ranci scai ns, un cercl e de
si l ence a eu l i eu devant l e CRA2 l e 29 mars.
Envi ron 300 personnes étai ent présentes, ai n-
si que tous l es pri nci paux médi as. Ce cercl e de
si l ence a été l’ abouti ssement d’ une campagne
i nter-associ ati ve menée par La Ci made et ses
partenai res associ ati f s contre l’ouverture du
f utur centre de rétention de Mesni l -Amelot,
pour dénoncer notamment l a cri mi nal i sation
grandi ssante des mi grants. En ef f et, l’entrée
en fonction de ce véri tabl e camp marque une
nouvel l e étape dans l’ i ndustri al i sation de l a
rétenti on. D’excepti onnel , l’enf ermement de-
vi ent l’outi l banal de l a pol i ti que mi gratoi re.
Séparé ʏctivement en deux centres, cette
mégastructure, l e pl us grand centre de réten-
tion de France, se caractéri se par l a f roi deur
sécuri tai re et technologi que mi se au service
du contrôl e des corps. La structure répond
aux cri tères de l’ archi tecture carcéral e cl as-
si que : bâti ments en étoi l e autour d’ un poste
de contrôl e central , portes hachoi rs, caméras
de survei l l ance, détecteurs de mouvements,
restriction des possi bi l i tés de communica-
tion entre l es personnes retenues et avec l es
i ntervenants ci vi l s… On pourra y enf ermer
240 étrangers, dont des enf ants, en contour-
nant l a l i mi tation l égal e de l a capaci té des
CRA ʏxée a 140 places, et les juger dans une
antenne spéciʏque et délocalisée du tribunal,
attenante au centre, l e tout cercl é d’ une même
encei nte barbel ée.
Après deux ans de mobi l i sati on associ ati ve,
i l n’ est pas anodi n que l e gouvernement ai t
ʏnalement choisi la période estivale pour
ouvri r ce véri tabl e camp d’ i nternement l e
1
er
Aout 2011..
Le 5 j ui l l et l a sénatri ce Al i ma Boumedi enne-
Thi ery a vi si té l e CRA. El l e est revenue l e 27
septembre accompagnée des parl ementai res
Verts : Anne Poursi nnof et Noël Mamère.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 131
M
E
S
N
I
L
-
A
M
E
L
O
T
M
E
S
N
I
L
-
A
M
E
L
O
T

FOCUS
LES ROUMAI NS : DE LA CHAI R À STATI STI QUE
En France, les Roumains sont depuis plus de cinq ans lȊune des premières nationalités à être éloignée. En 2003 et 2004,
ils représentent la deuxième nationalité à faire lȊobjet de retours forcés ; en 2005 et en 2006, ils sont en première position.
Ainsi, peut-on constater une augmentation signiʏcative des Roumains expulsés : de 209l en 2003, on passe à 504l en 2006.
Les Roumains deviennent des citoyens de l’UE à partir du 1
er
janvier 2007. Pourtant, l’État français continue à les utiliser,
et notamment les membres de la minorité Rom, comme de la « chair à canon » de sa politique du chiffre en matière
dȊéloignement. Après une baisse relative en 2007 (2295 expulsés), ils redeviennent la nationalité la plus éloignée en 2008
avec 7842 personnes. Parallèlement, le gouvernement redécouvre lȊaide au « retour humanitaire » qui stagnait autour de
500 personnes jusquȊà 2005. Ainsi, à partir de 2007, pour gonʐer les chiffres, lȊÉtat met, dans ce cadre « humanitaire »,
des Roms roumains dans des charters. En 2007, 2898 Roumains ont ainsi « bénéʏcié » des 300Ƞ pour être rapatriés, dans
des conditions pas toujours conformes au droit national et communautaire ; en 2008, ce chiffre explose et atteint l0l9l
personnes roumaines .
Les retours dits « humanitaires » utilisés pour satisfaire la politique des quotas ne sufʏsent pas : lȊÉtat veut expulser
encore plus et plus facilement . Mais comment faire, puisque depuis l’entrée de leur pays dans l’UE, les Roumains
bénéʏcient de la liberté de circulation pendant trois mois, ainsi que dȊun certain nombre des garanties en matière
d’éloignement ? En effet, un citoyen européen ne peut faire l’objet d’une mesure d’éloignement que si son comportement
constitue une « menace rée//e, actue//e et sulʏsamment grave pour un |ntérét londamenta/ de /a soc|été »
(art. 27 de la Directive 2004/38). Les citoyens européens doivent de plus bénéʏcier dȊun délai de départ volontaire
d’un mois pour organiser leur retour (CE 13 janvier 2010, n°316488), sauf urgence circonstanciée et motivée dans
la décision d’éloignement. Au surplus, cette liberté de circulation des citoyens communautaires pendant trois mois ne peut
pas être limitée par le fait que la personne est devenue une charge déraisonnable pour le système dȊaide sociale de lȊÉtat
dȊaccueil (CE l9 mai 2008. n° 30l8l3). Enʏn, le citoyen européen doit bénéʏcier dȊautres garanties, comme la motivation
de la décision et le délai raisonnable pour présenter ses observations avant la prise de la décision d’éloignement.
Les Italiens, les Allemands ou les Espagnols ne sont pas accusés de constituer un trouble à l’ordre public lorsqu’ils sont
interpellés avec des amis pour le vol d’une bouteille de whisky. Et ils ne sont jamais expulsés sur ce type de motif.
En effet, quel intérêt fondamental de la société peut être menacé par un tel vol ? Pour eux, le droit européen a du sens,
il est respecté. Pas pour les Roumains, et les préfectures en proʏtent pour leur notiʏer des APRF motivés sur
un soi-disant « trouble à l’ordre public ». Ils seront éloignés sans délais en violation des textes européens, même s’ils sont
en France depuis moins de trois mois. Les exemples se succèdent et se ressemblent : petits vols, tentative de cambriolage,
bagarres, mais pratiquement jamais de poursuite initiée par le procureur de la République ou de condamnation d’un
tribunal correctionnel... cȊest toujours le volet administratif qui est privilégié : la reconduite à la frontière.
Sans surprise, les décisions de reconduites envers les Roumains regorgent généralement d’illégalités. Placés en
rétention le jour même de la décision préfectorale, le délai d’un mois prévu par le Conseil d’État pour le retour volontaire
ne leur est jamais accordé. Un APRF, pris le 9 septembre 2010 par la préfecture de Seine-et-Marne , offre un bon
exemple en termes dȊillégalités. La préfecture invoque lȊordre public sans justiʏer en quoi la présence en France de
l’intéressé constitue une « menace rée//e, actue//e et sulʏsamment grave pour un |ntérét londamenta/ de /a soc|été ».
La préfecture afʏrme que lȊintéressé, présent en France depuis moins de trois mois, constitue une charge déraisonnable
pour l’État sans en apporter la moindre preuve. L’irrégularité du séjour de l’intéressé est ici clairement une allégation
douteuse au regard du droit communautaire et de la jurisprudence nationale. De telles décisions envers des Roumains
sont pourtant habituelles et alimentent la tâche des services éloignement des préfectures.
Et cette tâche est dȊautant plus aisée que les Roumains connaissent mal leurs droits, et préfèrent de toute façon partir
au plus vite, plutôt que de rester pour un temps incertain dans un camp, en attendant une décision de justice qui
les libèrerait hypothétiquement. lls donnent donc à la police leur CNl ou leur passeport et acceptent la reconduite
à la frontière. lls savent quȊils pourront rapidement revenir pour rejoindre leur famille ou leur communauté.
Ainsi subissent-ils un enfermement inutile tandis que le droit communautaire est allègrement violé.
Phénomène illustrant parfaitement lȊabsurdité de la politique des quotas dȊexpulsions.
En 20l0 au CRA du Mesnil-Amelot, les personnes de nationalité roumaine représentent la cinquième nationalité la plus
enfermée (l49 personnes, soit 6,20% des personnes placées) ; leur présence se fait encore plus signiʏcative en ʏn
dȊannée, devenant le deuxième pays le plus représenté au dernier trimestre. Et cȊest la préfecture de Seine-et-Marne,
responsable de la gestion du CRA, qui en a enfermé le plus (68,5% d’entre eux). Les Roumains, appartenant pour
beaucoup à la minorité Rom, sont aujourdȊhui devenus les ressortissants les plus éloignés. Le champion en la matière
est également le préfet de Seine-et-Marne qui en expulse 70% et réalise grâce à ces mêmes Roumains 33% de ses
éloignements effectifs ! Autrement dit : cette préfecture a choisi la solution de facilité pour réaliser ses objectifs chiffrés.
Cette chasse aux Roumains, et plus particulièrement des Roumains appartenant à la communauté Roms, pour
satisfaire les quotas et la politique du chiffre sȊinscrit dans un contexte politique très tendu. Le Président de
la République dans son discours de Grenoble du 30 juillet 2010 stigmatise explicitement les communautés des gens
du voyage et les Roms, victimes depuis des siècles de discriminations. Cette stigmatisation dȊune communauté sȊest
traduite par une circulaire que les pouvoirs publics ont eue du mal à cacher et à justiʏer.
Ces discours et ces politiques appliqués depuis des nombreuses années se sont donc concrétisés en 2010 au CRA
du Mesnil-Amelot. L’ignorance de la part des citoyens européens roumains et notamment des Roms de leurs droits, leur
exclusion et leur refus d’accepter l’enfermement dans un camp, permet la réalisation de ces expulsions « humanitaires »
ou forcées. S’agit-il d’une discrimination raciale à l’égard de la communauté roms ? Cette criminalisation sur des bases
ethniques ne cache-t-elle pas la gestion sécuritaire des plus pauvres et des plus faibles, le bannissement et le contrôle
des « classes dangereuses » ?
1 - Ces chi ff res sont i ssus
du rapport établ i t par l e
Comi té I ntermi ni stéri el de
Contrôl e de l ’ I mmi grati on.
http://l esrapports.
l adocumentati onf rancai se.f r/
BRP/074000232/0000.pdf
2 - Bri ce Hortef eux l e
28 j ui l l et 2010 : « Le
gouvernement va procéder
à l a recondui te quasi -
i mmédi ate des Roms qui
aurai ent commi s des attei ntes
à l ’ ordre publ i c ou à des
f raudes en di recti on de l a
Bul gari e ou de l a Roumani e
». http://www.l epari si en.f r/
pol i ti que/roms-et-gens-du-
voyage-sarkozy-durci t-l e-
ton-28-07-2010-1015124.php
3 - APRF du 09/09/2010 de
Sei ne-et-Marne, n°10-77-
00870 : « Consi dérant que
Monsi eur X, ressorti ssant(e)
d’ un Etat non soumi s à
l ’ obl i gati on de vi sa prévu par
l ’ arti cl e L 211-1 du Ceseda,
présent sur l e terri toi re
f rançai s depui s moi ns de 3
moi s, a un comportement sur
l e terri toi re consti tuti f d’ une
menace pour l ’ ordre publ i c ;
Consi dérant que Monsi eur
X, ne di spose pas, pour l ui
et sa f ami l l e des ressources
sufʏsantes aʏn de ne pas
deveni r une charge pour l e
système d’ assi stance soci al e
ai nsi qu’ une assurance
mal adi e ; Consi dérant que
l ’ i ntéressé(e) se trouve, de ce
f ai t, en si tuati on i rrégul i ère sur
l e terri toi re f rançai s ;
4 - Ci rcul ai re I OC/K/1017881J
du 5 août 2010 : « Le
Prési dent de l a Républ i que
a ʏxé des objectifs précis,
l e 28 j ui l l et derni er, pour
l ’ évacuati on des campements
i l l i ci tes : 300 campements ou
i mpl antati ons i l l i ci tes devront
avoi r été évacués d’ i ci 3 moi s,
en pri ori té des Roms »
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 132
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 133
Metz - Queuleu
FI CHE DESCRI PTI VE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 134
LE CENTRE
DATE D’OUVERTURE 12 janvier 2009
ADRESSE 2 rue du Chemin vert
57070 Metz Queuleu
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
ADMINISTRATIF DU CENTRE
03 87 66 56 57
CAPACITÉ DE RÉTENTION 98 places
NOMBRE DE BÂTIMENTS
D’HÉBERGEMENT
7
NOMBRE DE CHAMBRES 14 par bâtiment
NOMBRE DE LITS PAR CHAMBRE 2
SUPERFICIE DES CHAMBRES Environ 12m
2
NOMBRE DE DOUCHES 4 douches par bâtiment, 2 dans
les chambres familles, 1 à l’accueil
du CRA pour les personnes
à l’arrivée et à l’isolement.
NOMBRE DE W.C. 4 par bâtiment, 2 près du réfectoire
DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES Oui
CONTENU Boissons froides, friandises
MONNAYEUR Non
ESPACE COLLECTIF (DESCRIPTION) Réfectoire, salle avec télévision pour
chaque bâtiment
CONDITIONS D’ACCÈS Réfectoire accessible uniquement
aux heures de repas, salle télévision
en accès libre
COUR EXTÉRIEURE (DESCRIPTION) Grande cour extérieure avec
séparation grillagée de la zone
hommes et zones femmes/familles,
avec jeux pour enfants, un terrain
de basket, un terrain de football
et volley, trois petites parcelles de
pelouse, un distributeur de boissons
et un distributeur de friandises en
accès non-libre pour les familles.
CONDITIONS D’ACCÈS Libre de 7h à 22h
RÈGLEMENT INTÉRIEUR
CONFORME À LA PARTIE
RÉGLEMENTAIRE DU CESEDA
Oui
AFFICHAGE/TRADUCTION DES
DROITS
Oui, traduits en 9 langues
ACCÈS À LA BAGAGERIE Oui, de 10h à 11h et de 17h00 à
18h00
NOMBRE DE CABINES
TÉLÉPHONIQUES
5
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE DES
CABINES POUR JOINDRE LES
PERSONNES RETENUES
Numéro de téléphone des cabines :
Zone femmes et familles :
03 87 18 16 55
Zone hommes : 03 87 18 16 63
Zone 3 : 03 87 18 16 66 /
Zone 4 : 03 87 18 16 64
VISITES (JOURS ET HORAIRES) Tous les jours de 9h30-11h / 14h30-17h30
ACCÈS AU CENTRE PAR
TRANSPORTS EN COMMUN
Ligne 8 Bus République
LES INTERVENANTS
CHEF DE CENTRE Capitaine Alain FETRE
SERVICE DE GARDE Gendarmerie
ESCORTES ASSURÉES PAR Services d’unités mobiles de
gendarmerie
GESTION DES ÉLOIGNEMENTS Préfecture
OFII – NOMBRE D’AGENTS 2, dont un à mi-temps
FONCTIONS Ecoute, récupération
des bagages, récupération
des mandats, courses
PERSONNEL MÉDICAL AU
CENTRE - NOMBRE DE MÉDECINS /
D’INFIRMIÈRES
2 médecins non permanents
consultant sur demande,
4 inʏrmières
HÔPITAL CONVENTIONNÉ CHU Bon Secours
ORDRE DE MALTE FRANCE - NOMBRE
D’INTERVENANTS
3 salariés
LES AVOCATS SE DÉPLACENT-ILS AU
CENTRE ?
Rarement
LOCAL PRÉVU POUR LES AVOCATS Oui
PERMANENCE SPÉCIFIQUE AU
BARREAU
Non
VISITE DU PROCUREUR DE LA
RÉPUBLIQUE EN 2010
Oui, une fois à la connaissance
de l’association
LES SERVICES
HÔTELLERIE (DRAPS /
COUVERTURES) FOURNIE PAR
Sociétés SIN et STES
RENOUVELLEMENT 1 fois par semaine depuis
le 1
er
jour d’entrée
ENTRETIEN ASSURÉ PAR Sociétés SIN et STES
RESTAURATION (REPAS FOURNIS
ET PRÉPARÉ PAR)
Société Alsacienne de Restauration,
sous-traitant des sociétés SIN et STES
ENTRETIEN ET HYGIÈNE DES
LOCAUX ASSURÉS PAR
Sociétés SIN et STES
FRÉQUENCE Tous les jours
NÉCESSAIRE HYGIÈNE ET
TOILETTE DES PERSONNES
RETENUES COMPOSÉ DE
Dentifrice, brosse à dents, papier
toilette, peigne, nécessaire de toilette,
serviette et éponge
DÉLIVRÉ PAR Sociétés SIN et STES
RENOUVELLEMENT Tous les 3 jours
BLANCHISSERIE DES AFFAIRES
DES RETENUS
Oui
ASSURÉE PAR Sociétés SIN et STES
FRÉQUENCE De 9h15 à 10h, du lundi au jeudi
EXISTENCE D’UN VESTIAIRE Oui, accessible au bureau de l’OFII
DESCRIPTIF DES BÂTIMENTS
Situé derrière la maison dȊarrêt de Queuleu, le bâtiment administratif
est séparé de la zone de rétention et accueille les bureaux des
différents intervenants (OMF, OFll, lnʏrmerie, Société dȊentretien et
de restauration), la cuisine, le réfectoire, les deux salles de visite,
les locaux attribués aux consuls et avocats, la bagagerie, le greffe
et les deux chambres d’isolement. Du fait de cette séparation avec
les zones de rétention, lȊaccès à lȊassociation nȊest donc libre à
aucun moment pour les personnes. Il existe deux zones de rétention
d’une capacité de 98 places, une pour les hommes (3 zones de vie
dans lesquelles se trouvent 5 bâtiments), une pour les femmes et
les familles (2 bâtiments, comprenant chacun une chambre famille
et plusieurs chambres pour femmes isolées), pour un total de
7 bâtiments. Les bâtiments donnent sur une cour avec un grillage
séparant les deux zones de rétention.
STATI STI QUES
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 135
M
E
T
Z

-

Q
U
E
U
L
E
U
NOMBRE DE PERSONNES RETENUES PAR MOIS
JAN FÉV MAR AVR MAI JUIN JUIL AOÛ SEP OCT NOV DÉC
103
109

140
103
134
89

85

113

118

115

132
69
GENRES*
PRINCIPALES NATIONALITÉS*
ALGÉRIENNE 11% AFGHANE 5%
MAROCAINE 8% GÉORGIENNE 4%
ROUMAINE 6% SERBE 4%
KOSOVAR 6% ARMÉNIENNE 3%
TUNISIENNE 5% TURQUE 3%
Le nombre de Roumains a fortement augmenté en 2010, devançant le nombre
de Kosovars resté stable par rapport à 2009. A noter quȊil résulte de la proximité
du centre avec les zones frontalières (Belgique, Luxembourg et Allemagne) un
grand brassage de nationalités (88 sur l’année 2010).
AGE DES PERSONNES*
0 À
6 ANS
7 À
15 ANS
16 À
17 ANS
18 À
24 ANS
25 À
39 ANS
40 À
59 ANS
60 ANS
ET +
4% 3% 1% 22% 53% 16% 1%
MESURES D’ÉLOIGNEMENT À L’ORIGINE DU PLACEMENT**.
APRF 55%
OQTF 17%
RÉAD. DUBLIN 15%
RÉAD. SCHENGEN 10%
ITF 3%
SIS 4
AME 2
APE 2
HOMMES : 1073 FEMMES : 173
1310 personnes ont été placées dans le centre en 2010, 1249 personnes ont été vues par l’association
et 1248 personnes ont été suivies
2
.
DESTIN DES PERSONNES RETENUES*

Libéré TGI 28% 351
Embarqué 27% 334
Libéré ʏn rétention 9% 111
Libéré pref/min 9% 107
Réad. Dublin 6% 76
Réad. Schengen 5% 59
Libéré CA 4% 49
Assigné TGI/CA 4% 44
AUTRES DESTINS
LIBÉRÉ TA 35 3%
DÉFÉRÉ 32 3%
RAISON MÉDICALE 20 2%
SUSPENSION CEDH 11 1%
INCONNU 10 1%
LIBÉRÉ ARTICLE R552-17 2
A noter que 97 personnes ont refusé l’embarquement.
DURÉE DE LA RÉTENTION
48H ɻ 45%
17 JOURS ɻ 35%
+ DE 17 JOURS ɻ 20%
DURÉE DE PRÉSENCE MOYENNE ɻ 9 jours
FAMILLES
Au total 27 familles sont passées dans le centre en 2010, soit 125 personnes dont
66 enfants. Ce chiffre est en augmentation par rapport à 2009.
NATIONALITÉ DES FAMILLES
KOSOVAR 11
GÉORGIENNE 5
RUSSE 3
SERBE 3
ALBANAISE 1
ARMÉNIENNE 1
HONGROISE 1
KAZAKHE 1
ROUMAINE 1
Beaucoup de familles passées au CRA sont des Roms, la plupart originaires du
Kosovo.
MESURES D’ÉLOIGNEMENT À L’ORIGINE
DU PLACEMENT DES FAMILLES
READ. DUBLIN 18
OQTF 8
READ. SCHENGEN 1
DURÉE DE LA RÉTENTION PAR FAMILLES
48H ɻ 19
17 JOURS ɻ 7
+ DE 17 JOURS ɻ 1
DURÉE DE PRÉSENCE MOYENNE ɻ 4 jours (3.89)
AGE DES ENFANTS
NOURRISSONS (1 MOIS - 1 ANS) 10
ENFANTS EN BAS ÂGE (2 ANS - 6 ANS) 23
ENFANTS (7 ANS - 12 ANS) 21
ADOLESCENTS (13 ANS - 17 ANS) 12
DESTIN DES FAMILLES
LIBÉRÉES TGI/CA 8
EMBARQUÉES 11
LIBÉRÉES FIN RÉTENTION 1
READ. DUBLIN 7
2 - Les trois totaux sont différents car certaines personnes passées dans le centre
n’ont pas été vues, tandis que d’autres n’ont pas nécessité l’aide de l’association.
Les statistiques dont le total de référence se base sur les personnes vues et sui-
vies sont respectivement indiquées par * et **.
Le nombre dȊAPRF et dȊOQTF reste
stable par rapport à 2009. Le nombre
relativement élevé de réadmissions
s’explique par la proximité du centre
avec les frontières belge, allemande
et luxembourgeoise.
Le fort taux d’éloignement s’explique en
partie par la durée très courte de place-
ment des familles en rétention, qui rend
plus compliqué lȊaccès au droit.
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 136
Les personnes retenues se sont souvent
pl ai ntes de devoi r at tendre dans l e f roi d ou
sous l a pl ui e l eur tour pour pouvoi r al l er
a lȊinʏrmerie alors quȊil existe une salle
d’ at tente.
Pour accéder aux di f f érents i ntervenants
(association, OFII et inʏrmerie), les per-
sonnes doi vent en f ormul er l a demande
auprès des gendarmes vi a un i nterphone
si tué dans l a cour. C’ est par cet i nterphone
qu’ el l es peuvent communi quer avec l a
garde. Cependant, cet i nterphone se trouve
dans l a cour, f ermée durant l a nui t, ce qui
pri ve l es personnes retenues de ce moyen de
communi cati on.
La demande est ensui te transmi se aux di f f é-
rents i ntervenants par l es gendarmes avec l e
tél éphone i nterne.
CONDITIONS D’EXERCICE
DE LA MISSION DE L’ORDRE
DE MALTE FRANCE
L’ équi pe de l ’ Ordre de Mal te France est pré-
sente si x j ours sur sept et a un l i bre accès à
l a zone de rétenti on. Les i ntervenants vont
chercher l es personnes retenues dans l a zone
et l es emmènent dans l e bureau (aucun accès
di rect de l a zone de rétenti on aux l ocaux de
l ’ associ ati on). En cas de vi si te de proches,
l ’ Ordre de Mal te France peut se rendre dans
l e bureau des vi si teurs pour s’ entreteni r avec
eux, si ces derni ers l e demandent.
I l y a très peu de contact entre l’ associ ation et
lȊinʏrmerie, ainsi quȊavec lȊOFII. Les relations
avec l a gendarmeri e sont courtoi ses et respec-
tueuses. Les gendarmes assurant l’escorte et l a
garde sont renouvel és toutes l es 4 semai nes en
moyenne. Les rel ations avec l e gref f e du CRA
sont bonnes, ce derni er f aci l i tant notre accès
aux i nformations essenti el l es au sui vi admi -
ni strati f et j uri di que des personnes en nous
fourni ssant notamment l a l i ste des présents
et des dépl acements du j our, des i nforma-
ti ons sur l’ i denti té des arri vées prévues dans
l a j ournée, l a copi e des déci si ons admi ni stra-
ti ves et des pi èces d’ i denti té si nécessai res.
Deux réuni ons ont été organi sées par l e chef
de centre avec l es di f f érents i ntervenants
Metz - Queuleu
CONDITIONS MATÉRIELLES
DE RÉTENTION
Si tué derri ère l a mai son d’ arrêt de Queul eu,
l e centre de rétenti on est i nvi si bl e depui s l a
rue. Ouvert l e 12 j anvi er 2009, des travaux
de sécuri sati on du CRA ont été entrepri s à
la ʏn de lȊannée 2010 aʏn dȊélever certaines
gri l l es et d’ aj outer du barbel é.
Le bâti ment admi ni strati f est séparé de l a
zone de rétenti on. Ce bâti ment accuei l l e l es
bureaux des di f f érents i ntervenants (Ordre
de Malte France, OFII, Inʏrmerie, Société
d’ entreti en et de restaurati on), l a cui si ne,
l e réf ectoi re, l es deux sal l es de vi si te, l es
l ocaux attri bués aux consul s et avocats, l a
bagageri e, l e gref f e et l es deux chambres
d’ i sol ement.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 137
M
E
T
Z

-

Q
U
E
U
L
E
U
dont l ’ Ordre de Mal te France. Les rel ati ons
avec l es préf ectures sont l i mi tées, même
s’ i l est possi bl e ponctuel l ement de commu-
ni quer par tél éphone sur certai ns dossi ers,
sans que cel a ne l es f asse nécessai rement
avancer.
Les l ocaux sont exi gus. L’ équi pe ne di spose
que de deux bureaux pour troi s accompa-
gnateurs. Cela signiʏe quȊelle ne peut rece-
voi r si mul tanément que deux personnes
retenues. Ces bureaux ne di sposent ni de
moyens d’ aérati on (aucune f enêtre) ni de
source de l umi nosi té naturel l e.
Quel ques rares f oi s, l es gendarmes ont ac-
ti vé l e mi crophone qui se trouve dans l es
bureaux de l ’ Ordre de Mal te France (mai s
aussi de lȊinʏrmerie, OFII et dans la salle
des avocats) en nous si gnal ant l a demande
d’ une personne retenue. Ce di sposi ti f pose
de sérieux problemes de conʏdentialité des
entreti ens. En ef f et, cel a suppose qu’ i l peut
être acti vé à tout moment par l es gendarmes
de l a vi gi e. Nous avons si gnal é pendant
l ’ année l a si tuati on au chef du centre et au
Contrôl eur général des l i eux de pri vati ons
de l i berté, sans avoi r obtenu de changement.
CONDITIONS D’EXERCICE
DES DROITS
ACCÈS AU MÉDECIN
Les inʏrmieres sont présentes 7 jours sur 7.
Chaque personne qui arri ve au centre de ré-
tenti on passe une vi si te médi cal e. Les méde-
ci ns se dépl acent seul ement si une personne
retenue en f ai t l a demande. Le système mi s
en place a lȊinʏrmerie permet un acces in-
di rect au servi ce médi cal . Les personnes
doi vent rempl i r un f ormul ai re en l angue
française aʏn dȊindiquer leur état de santé
et pour quel l e rai son i l s demandent à voi r un
médeci n. Les demandeurs doi vent ensui te
i nsérer l eur f ormul ai re dans une boîte et at-
tendre de savoi r s’ i l s sont convoqués ou pas.
Les l i mi tes de cette prati que sont d’ abord
l i ées à l a barri ère l i ngui sti que car de nom-
breuses personnes ne savent pas écri re en
f rançai s. Deuxi èmement, i l f aut consi dérer
la difʏculté de décrire les symptomes qui se
présentent. Enʏn, ce systeme est inadapté
pour préveni r des cri ses et répondre aux
si tuati ons d’ urgence. Dans ces condi ti ons,
l e droi t de voi r un médeci n, prévu par l es
di sposi ti ons du CESEDA, est cl ai rement l i -
mi té. Ai nsi , deux personnes ont été l i bérées
par l e JLD après que l ’ associ ati on ai t f ourni
une attestati on sti pul ant que l a personne
avai t cherché à voi r un médeci n et que cette
demande n’ avai t pas été pri se en compte.
Les personnes arri vant au CRA avec un dos-
si er médi cal l e f ourni ssent général ement aux
inʏrmieres mais il est tres difʏcile ensuite
pour el l es de récupérer ces documents pour
l es besoi ns de l a procédure ai nsi que tout
autre document médi cal édi cté par l a sui te.
El l es doi vent en f ai re l a demande auprès du
médeci n qui n’ est pas touj ours présent au
CRA.
DROIT À UN AVOCAT
A quel ques excepti ons près, l es avocats ne se
dépl acent j amai s au centre de rétenti on, bi en
qu’ i l exi ste un bureau réservé à cet ef f et.
DROIT À UN INTERPRÈTE
L’ admi ni strati on a recours à des i nterprètes
l a pl upart du temps assermentés qui se dé-
placent pour la garde a vue et la notiʏcation
des mesures et des droi ts l ors du pl acement
en rétenti on. Des personnes se sont pl ai ntes
de la qualité insufʏsante de certaines tra-
ducti ons et, quel ques f oi s, de l a pressi on
psychol ogi que exercée par certai ns i nter-
prètes à l eur égard.
DROIT DE COMMUNIQUER
AVEC SON CONSULAT
L’ équi pe donne l a possi bi l i té aux personnes
retenues de communi quer avec l eur consul at
si c’ est l eur souhai t. Normal ement, l a gen-
darmeri e devrai t permettre à l a personne de
passer un coup de tél éphone à son consul at
égal ement, tel que prévu par l e CESEDA.
DROIT DE PASSER UN APPEL
Pour l es personnes arri vant au CRA dému-
ni es d’ argent, une carte de 5 euros l eur est
donnée par l e gref f e du CRA.
FOCUS
De nombreuses familles avec enfants en bas âge sont placées régulièrement dans
le centre de Metz et éloignées ou réadmises de façon éclair (dès le lendemain, aux aurores).
En effet dans ces cas, lȊadministration interpelle les familles très tôt le matin, dans les
foyers, appartements ou chambres d’hôtel où elles résident. Dans la quasi-totalité des cas
la procédure dȊéloignement est complète (laissez-passer ou accord de remise délivré, avion
réservé) et ces familles sont éloignées dès le lendemain, sans avoir lȊopportunité de voir
le Juge des Libertés et de la Détention (JLD). Les statistiques pour lȊannée 20l0 conʏrment
cette tendance : si la durée moyenne de rétention est de 9 jours (familles et personnes
isolées confondues), elle diminue à 3,89 jours pour les familles.
Dans certains cas, seul le père est interpellé et placé en rétention, ce qui entraîne
une rupture de l’unité familiale et des conséquences d’ordre psychologiques sur les enfants.
C’est par exemple le cas de Monsieur X, qui, déjà placé au CRA avec sa famille en octobre
2009, a été de nouveau interpellé devant sa petite ʏlle de 2 ans et séparé dȊelle. Monsieur a
été placé en rétention alors que sa femme, souffrant de troubles psychologiques, et sa petite
ʏlle sont restées dans leur chambre dȊhôtel. Cette dernière, traumatisée, a été hospitalisée
pour des troubles du sommeil et de l’alimentation. Monsieur X a été libéré par le JLD,
après que lȊassociation lȊait saisi dȊune demande de remise en liberté.
Plus inhabituels les cas de mères interpellées et séparées de leurs enfants et du reste
de la famille. Nous avons assisté deux mères de famille dȊorigine tchétchène, interpellées
ensemble à proximité d’une association d’aide aux demandeurs d’asile de Strasbourg,
placées en garde à vue et le lendemain amenées au centre de rétention de Metz.
L’une d’elle a été libérée par le JLD de Metz. L’autre, en réadmission Dublin vers la Pologne,
nȊa été libérée quȊà la ʏn des 32 jours de rétention. Or, sa petite ʏlle âgée de l0 ans vivait
dans un foyer à Strasbourg. En raison de la distance avec le CRA de Metz, elle s’est
donc trouvée dans lȊimpossibilité matérielle de voir sa mère pendant plusieurs semaines.
Quelques rares fois, lors dȊinterpellations au domicile, les familles nȊont pas eu la possibilité
de récupérer la totalité de leurs affaires en raison du refus des agents de police.
Dans ces cas, ces familles ont été éloignées, obligées d’abandonner des documents
ou des vêtements derrière elles.
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 138
Les appel s tél éphoni ques l i és à l eur dos-
si er j uri di que peuvent être ef f ectués dans
l e bureau de l ’ associ ati on si l a personne est
démuni e de tél éphone ou de crédi t pour l e
recharger. Les appel s à l a f ami l l e peuvent
se f ai re avec l ’ OFI I . Nous avons obtenu une
l i bérati on l ors de l a panne d’ un tél éphone
publ i c d’ une zone car une personne arri vée
tard l e soi r n’ a donc pas pu exercer ses droi ts.
DROIT DE DÉPOSER UNE DEMANDE
D’ASILE
L’étranger, i ndividuel lement ou par le bi ai s de
l’associ ation, décl are sa volonté de demander
l’asi le au gref fe du centre. Un courrier i nfor-
mant le chef de centre est alors signé par le
demandeur et une copie est envoyée par fax à l a
préfecture : les démarches en vue de l a mi se à
exécution de l a mesure d’éloignement sont alors
suspendues. Un dossier de demande d’asi le est
fourni au demandeur. Une foi s rempl i , i l est en-
suite remi s au gref fe avant l’expi ration du dél ai
de 5 jours. Le formul ai re n’étant pas pl acé dans
une enveloppe scellée, aucune conʏdentialité
n’est respectée à cette étape. La demande est
envoyée à l’ OFPRA par Chronopost.
Sui te à l a demande d’ asi le, l a préfecture ef-
fectue un controle des empreintes au ʏchier
EURODAC pour vériʏer lȊapplicabilité du re-
glement « Dubl i n I I ». Mai s pour certai nes na-
tional i tés ce contrôle est préventi f, notamment
sur une partie des pays du Maghreb, ai nsi que
sur l’Afghani stan, le Paki stan et le Sri Lanka.
ACCÈS À L’OFII
Une personne assure l a permanence de l’ OFI I
le lundi et une autre le reste de l a semai ne
j usqu’ au samedi . La permanence s’étend de 9h
à 12h et de 13h à 17h ce qui permet une forte
présence dans le centre des médi ateurs. Ceux-
ci récupèrent parfoi s les af fai res des personnes
domici l iées à Metz ou dans le département.
I l arri ve cependant que l ’ OFI I se trouve dans
l ’ i mpossi bi l i té matéri el l e d’ exercer sa mi s-
si on, l orsque l a personne qui vi ent d’ arri ver
au centre de rétenti on a déj à un avi on prévu
pour l e l endemai n. Ces personnes sont donc
él oi gnées sans l eurs af f ai res.
INFORMATIONS DÉLIVRÉES
AUX PERSONNES RETENUES
SUR LEUR DÉPART
Les personnes sont i nf ormées de l a date de
leur départ : un afʏchage est fait a lȊentrée
du réf ectoi re. Toutef oi s l e chef de centre
peut déci der de s’ en absteni r pour des rai -
sons de sécuri té ou de troubl e.
MISES À L’ ISOLEMENT
ET MENOTTAGE
Le recours a lȊisolement est difʏcile a quan-
tiʏer avec précision au centre de Metz en
rai son d’ un manque d’ accès à cette i nf or-
mati on. A notre connai ssance, i l y aurai t eu
troi s mi ses à l ’ i sol ement, notamment pour
des rai sons di sci pl i nai res.
Le recours au menottage pour l es personnes
pl acées au centre est quasi systémati que à
Metz. En revanche l es personnes ne sembl ent
pas menottées l ors des autres dépl acements.
Cette prati que n’ a pas évol ué mal gré l ’ appl i -
cati on de l a ci rcul ai re du 14 j ui n 2010.
VISITES ET ÉVÉNEMENTS
PARTICULIERS
VISITES
Des vi si tes régul i ères des personnes rete-
nues sont assurées par l ’ associ ati on Réseau
Educati on Sans Fronti ères (RESF57) (f ré-
quence hebdomadai re).
Le Contrôl eur général des l i eux de pri vati on
de l i berté est venu cette année et s’ est entre-
tenu avec l es di f f érents i ntervenants et cer-
tai nes personnes retenues.
Un représentant du mi ni stère de l ’ i mmi gra-
ti on est venu en vi si te.
Une délégation de l a préfecture (bureau éloi -
gnement et secrétai re général de l a Préfecture)
est venue vi si ter le CRA et a rencontré l’ asso-
ci ation, avec le f utur chef de CRA de l a PAF.
Un prêtre orthodoxe a rendu vi si te à un rete-
nu de nati onal i té ukrai ni enne.
ACTES DÉSESPÉRÉS
Quel ques actes de désespoi r ont pu être
constatés par l ’ associ ati on au centre de ré-
tenti on de Metz : deux tentati ves de sui ci de
et deux automuti l ati ons ayant abouti à des
hospi tal i sati ons, ai nsi que des grèves de l a
f ai m qui n’ ont duré que quel ques j ours.
Certai nes personnes s’ en sont égal ement
pri ses au matéri el de l a cour (banc) ou de
l eur chambre (matel as, porte), mani f esta-
ti ons de l eur mécontentement.
TÉMOIGNAGE
« Un soir de mai la famille X, originaire du Kosovo, est interpellée à domicile
puis conduite au CRA de Metz. L’un de leurs enfants âgé de quinze ans est
polyhandicapé, victime d’une maladie progressive et incurable suite à
une infection attrapée dans la petite enfance. Le jeune homme est condamné
à mourir mais avec des soins adaptés, il est possible de ralentir les effets
de la maladie. Au moment de l’interpellation de sa famille, il n’est pas au
domicile familial mais à l’Institut d’éducation motrice qui le prend en charge
depuis plusieurs mois. Il y sera directement interpellé avant de rejoindre
sa famille dans le centre en milieu de soirée et en toute discrétion.
Le lendemain matin, nous arrivons au centre mais il est trop tard pour faire valoir
un quelconque droit pour cette famille : lȊétat de santé très grave
de l’adolescent n’a pas empêché la préfecture de tout mettre en œuvre
pour organiser un éloignement expéditif. Dès huit heures du matin,
ils étaient en route vers le Kosovo.
Au regard de la forte réaction médiatique et de l’indignation qu’engendre
cet éloignement auprès de la société civile, la préfecture se veut rassurante et
afʏrme dans un communiqué que « plusieurs avis médicaux auraient même
indiqué que lȊenfant pouvait bénéʏcier des traitements nécessaires à son état de
santé dans son pays dȊorigine ». Pourtant une pédiatre qui se rend au Kosovo
peu après lȊéloignement afʏrme au contraire que les médicaments y sont
inadaptés, que le centre de soins est trop éloigné du domicile et non équipé,
elle souligne l’absence de savoir-faire pour prendre en charge un tel cas,
dénonce l’allocation pour handicap qui a cessé d’exister par manque de fonds
et qui aurait été insufʏsante... En résumé, le rapport émis par lȊAgence
Régionale de Santé est totalement « faussé », elle « ne sait pas d’où sortent
les avis médicaux mais le compte-rendu complet sur l’état de l’enfant
et sur les soins dont il avait besoin n’a jamais été demandé.»
Quinze mois après son éloignement, lȊadolescent et sa famille reviennent
en France, suite à la forte mobilisation de leur comité de soutien.
Qui de la préfecture ou de la pédiatre avait raison sur les conditions de prises
en charge du jeune Kosovar dans son pays ? Seul lȊétat dans lequel il rentre
en France permet d’y répondre : le jeune homme a perdu 16 kilos et présente
une « régression neurologique importante ». Selon les spécialistes qui
sȊoccupent de lui depuis son retour, « il semble de toute manière impossible
qu’il retrouve son état d’avant l’éloignement.»
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 139
Nice
FI CHE DESCRI PTI VE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 140
LE CENTRE
DATE D’OUVERTURE 1986
ADRESSE Caserne Auvare
28 rue de Roquebillière 06300 Nlce
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
ADMINISTRATIF DU CENTRE
04 92 17 25 23
CAPACITÉ DE RÉTENTION 38 personnes
NOMBRE DE BÂTIMENTS
D’HÉBERGEMENT
1
NOMBRE DE CHAMBRES 7
NOMBRE DE LITS PAR CHAMBRE Chambre I : 4 lits, Chambre II : 6 lits,
Chambre III : 6 lits, Chambre IV : 6
lits, Chambre V : 6 lits, Chambre VI :
4 lits, Chambre VII : 6 lits
SUPERFICIE DES CHAMBRES
NOMBRE DE DOUCHES 8 partagées comme suit : Chambre
I : 1, Chambre II : 1, Chambre III : 1,
Chambre V : 1
- 4 DOUCHES AU FOND DU
COULOIR
4 par bâtiment, 2 près du réfectoire
NOMBRE DE W.C. 9 toilettes « à la turque »
DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES Pas en accès libre
CONTENU Cartes téléphoniques, cigarettes,
boissons friandises, toujours à des
prix nettement au dessus de ceux
pratiqués dans le commerce
MONNAYEUR oui
ESPACE COLLECTIF (DESCRIPTION) Une salle commune au rez-de-
chaussée avec une télévision.
CONDITIONS D’ACCÈS Pendant la journée
COUR EXTÉRIEURE (DESCRIPTION) Cour nue entourée de grillages avec
un auvent. Pas d’espaces verts.
CONDITIONS D’ACCÈS Horaires très limités : dans le
meilleur des cas une heure le matin
et une heure lȊaprès midi
RÈGLEMENT INTÉRIEUR
CONFORME À LA PARTIE
RÉGLEMENTAIRE DU CESEDA
oui
AFFICHAGE/TRADUCTION oui
NOMBRE DE CABINES
TÉLÉPHONIQUES
2 mais qui ne sont pas accessibles
lorsque les personnes sont
enfermées dans leur chambre
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE DES
CABINES POUR JOINDRE LES
PERSONNES RETENUES
04 93 55 84 68
04 97 08 08 23
VISITES (JOURS ET HORAIRES) Ofʏciellement de 9h30 à llh et de l4h à
17h mais souvent supprimées.
ACCÈS AU CENTRE PAR
TRANSPORTS EN COMMUN
oui
LES INTERVENANTS
CHEF DE CENTRE Lieutenante Bataille
SERVICE DE GARDE PAF
ESCORTES ASSURÉES PAR PAF
GESTION DES ÉLOIGNEMENTS PAF
OFII – NOMBRE D’AGENTS 1
FONCTIONS Ofʏcielles : récupération des
bagages et mandats. Courses
PERSONNEL MÉDICAL AU CENTRE 2 médecins non permanents
consultants sur demande, 4
inʏrmières
NOMBRE DE MÉDECINS /
D’INFIRMIÈRES
1 médecin 5 demi journées /
semaine
1 INFIRMIÈRE TOUS LES JOURS 3 salariés
HÔPITAL CONVENTIONNÉ Saint Roch
FORUM- NOMBRE D’INTERVENANTS 2
LES AVOCATS SE DÉPLACENT-ILS AU
CENTRE ?
rarement
LOCAL PRÉVU POUR LES AVOCATS oui
PERMANENCE SPÉCIFIQUE AU
BARREAU
non
VISITE DU PROCUREUR DE LA
RÉPUBLIQUE EN 2010
non
LES SERVICES
HÔTELLERIE (DRAPS /
COUVERTURES) FOURNIE PAR
GEPSA
RENOUVELLEMENT 1 fois par semaine
ENTRETIEN ASSURÉ PAR Sud Nettoyage sous traitant GEPSA
RESTAURATION (REPAS FOURNIS
PAR)
EUREST sous traitant GEPSA
REPAS PRÉPARÉS PAR
ENTRETIEN ET HYGIÈNE DES
LOCAUX ASSURÉS PAR
Sud Nettoyage
FRÉQUENCE Tous les jours
NÉCESSAIRE HYGIÈNE ET
TOILETTE DES PERSONNES
RETENUES COMPOSÉ DE
Brosse à dents, dentifrice, savon
DÉLIVRÉ PAR GEPSA
RENOUVELLEMENT À la demande
BLANCHISSERIE DES AFFAIRES
DES RETENUS
oui
ASSURÉE PAR GEPSA
FRÉQUENCE Tous les jours
EXISTENCE D’UN VESTIAIRE non
DESCRIPTIF DES BÂTIMENTS
Ancienne caserne datant de 1904, le centre de rétention est composé de plusieurs bâtiments dans lesquels sont également
situés les bureaux de la police de Nice. Une plaque sur le mur extérieur de la caserne indique : « Les 26 et 27 août l942 près
d’un millier de juifs étrangers hommes, femmes et enfants arrêtés sur ordre du gouvernement de Vichy furent rassemblés à la
caserne Auvare. Le 31/08/1942, 560 juifs furent transférés vers le camp de Drancy puis 50 vers le camp de Rivesaltes puis
déportés par la Gestapo et exterminés à Auschwitz ».
Le CRA se trouve dans le premier bâtiment. Il est composé d’un rez-de-chaussée où se trouvent la salle commune, la salle de
visite, la salle avocats consuls, le greffe, le bureau des fouilles, une salle pour les policiers, le bureau de lȊinʏrmière et celui du
médecin, le bureau de Forum réfugiés.
STATI STI QUES
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 141
N
I
C
E
PERSONNES PLACÉES AU CRA EN 2010 1154
PERSONNES RENCONTRÉES PAR FORUM 1151
HOMMES ISOLÉS 1141
FEMMES ISOLÉES 10
DURÉE MOYENNE DE RÉTENTION 9 jours
Le CRA de Nice nȊaccueille pas de famille. Ces dernières sont placées à Marseille.
Le quartier des femmes n’est généralement rempli qu’à moitié. En conséquence,
vers la ʏn de lȊannée 20l0, en vertus dȊune volonté afʏchée de rentabiliser au
maximum les places disponibles, la préfecture a décidé de ne plus accueillir que
des hommes. En effet le CRA étant petit, elle veut rentabiliser au maximum les
places disponibles. Depuis l’obligation de la mise aux normes, le nombre de places
disponibles a été réduit à 39.
GENRES*
PRINCIPALES NATIONALITÉS*
TUNISIENNE 441 PALESTINIENNE 46
MAROCAINE 185 AFGHANE 44
ALGÉRIENNE 125 IRAKIENNE 32
EGYPTIENNE 46 TURQUE 29
AUTRES 203
Les principales nationalités des personnes placées en rétention sont les Tunisiens,
les Marocains et les Algériens. Ceci correspond à la population présente sur place
qui travaille dans le BTP, premier fournisseur d’emploi dans les Alpes-Maritimes.
Les autres nationalités sont souvent celles des gens de passage vers l’Europe-
du-Nord.
ALPES-MARITIMES 955
HAUTE-CORSE 20
VAR 7
ISÈRE 6
CORSE-DU-SUD 4
AUTRES 162
La grande majorité des étrangers est interpellée à la frontière ou aux gares de
Nice, Cannes et Menton.
HOMMES : 1141 FEMMES : 10
Forum réfugiés a rencontré quasiment toutes les personnes
placées au CRA de Nice.
DESTIN DES PERSONNES RETENUES*
Annulation TA 6
Art 13 1
CA 27
JLD 127
Libéré Préfet - Ministre 171
Assignation à résidence 31
Déféré 6
Embarqué 328
Expiration délai légal 189
Réadmission Dublin 4
Réadmission L531 247
Transfert vers autre CRA 4
Le nombre important de réadmissions simples s’explique par le fait que beaucoup
d’étrangers interpellés sont en attente, (avec des récépissés italiens), de leur pre-
mière carte de séjour. En effet, depuis septembre 2009, beaucoup dȊétrangers ont
été victimes de patrons italiens peu scrupuleux qui vendaient des contrats de travail
à des prix exorbitants en promettant dȊeffectuer les démarches auprès de la Ques-
ture italienne (préfecture) pour leur régularisation par le travail. Les tarifs allaient
jusquȊà 8 000 euros, dȊaprès les retenus rencontrés
Certains employeurs étaient pourtant de bonne foi et se sont déplacés soit au CRA
de Nice soit auprès du centre de coopération douanière lorsque les services de la
PAF en charge de la réadmission répondaient que les autorités italiennes avaient
refusées de réadmettre les retenus sur leur sol. À plusieurs reprises la réadmission
de personne titulaire de titre de séjour italien en cours de renouvellement ou sous
récépissés, a connu des blocages, l’acceptation de l’Italie de les réadmettre n’inter-
venant qu’in extremis. a été débloquée et accepté in extremis.
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 142
ment beaucoup à cause de cette oi si veté. I l s
ne peuvent sorti r de cette sal l e que l orsque
la promenade est annoncée. Ils proʏtent de
ce moment pour accéder l i brement à notre
bureau. Mal heureusement, en cas de « su-
roccupati on » des pol i ci ers, l es promenades
sont suppri mées.
Aussi , l es départs sont touj ours annoncés à
l a derni ère mi nute ce qui augmente l e stress
des retenus et entrai ne parf oi s des ref us
d’ embarquer.
CONDITIONS D’EXERCICE
DE LA MISSION DE FORUM
Les i ntervenants de Forum peuvent al l er
chercher l es retenus dans l a sal l e commune.
Sui te à l a f ui te d’ un retenu cet été, l es ser-
rures ont été changées. N’ ayant pas l a nou-
vel l e cl ef , l ’ accès nous été i mpossi bl e pen-
dant quel ques moi s.
La proxi mi té de notre bureau avec cel ui de
lȊinʏrmiere et du médecin fait que le contact
avec eux est j ournal i er. Nous échangeons sou-
vent des i nf ormati ons qui peuvent être uti l es
à chacun, dans sa mi ssi on. Cette excel l ente
col l aborati on, dans l e respect du secret médi -
cal , permet une bonne déf ense des retenus
qui ont des probl èmes médi caux. Le médeci n
du CRA a réussi à créer un poste à l’ année, à
ti tre expéri mental , pour une présence j ourna-
l i ère d’ une stagi ai re psychol ogue. Cel a s’est
f ai t sui te à une expéri ence très uti l e qui s’est
déroul ée pendant l’été où une psychol ogue
étai t i ntervenue pendant troi s moi s.
Sel on l ’ équi pe de pol i ce de garde, i l nous est
pl us ou moi ns f aci l e d’ avoi r accès au mi ni -
mum d’ i nf ormati on (APRF, ordonnances
des di f f érents tri bunaux) auquel nous avons
droi t. En revanche, nous regrettons prof on-
dément de ne touj ours pas être i nf ormés des
départs. En ef f et, mal gré l es nombreuses
di scussi ons et promesses à ce suj et, l a pl u-
part du temps l es retenus ne sont i nf ormés
de l eur départ que l a vei l l e ou une heure
avant. Cel a pose pl usi eurs probl èmes quant
à l ’ exerci ce de l eurs droi ts, l a récupérati on
de l eur sal ai re, d’ un mandat ou des bagages.
D’ autre part, l ’ OFI I a été très peu présente
Nice
TÉMOIGNAGE
Un jeune tunisien, à la fois conjoint de Française et tout juste parent d’un enfant français, a
été placé au CRA après avoir été victime dȊun accident de voiture.
Monsieur avait fait une demande de carte de séjour à la préfecture des Alpes-Maritimes le
mois précédent. En garde-à-vue, après prise de contact auprès de la préfecture, il a été dit
à l’intéressé que l’enveloppe (donc sa demande de titre de séjour) n’avait pas encore été
ouverte par les services de la préfecture.
Dans les Alpes-Maritimes, les premières demandes de titres de séjour se font par courrier. Aucune
attestation de dépôt n’est délivrée, ni aucun récépissé par la suite. Les étrangers se retrouvent
donc dans une situation très précaire pendant des mois. Et cȊest ce qui conduit en CRA un conjoint
de Français et parent d’enfant français ayant dûment fait sa demande de titre de séjour.
Assigné à résidence et recours au tribunal administratif fait, lȊAPRF a ʏnalement été abrogé par la
préfecture avant l’audience. Cette personne n’avait vraiment rien à faire en rétention, où il a quand
même passé deux jours, laissant seuls une épouse complètement affolée et un nourrisson.
CONDITIONS MATÉRIELLES
DE RÉTENTION
Le CRA de Ni ce est l e pl us vétuste de
France. Le bâti ment, datant de 1904, est une
anci enne caserne mi l i tai re. Lorsque l ’ aspect
de dél abrement devi ent trop vi si bl e, une
couche de peinture est apposée. Le raʏsto-
l age est permanent. D’ autre part, l e bâti ment
n’ a pas été construi t pour accuei l l i r autant
de personnes. Les canal i sati ons sont beau-
coup trop étroi tes et l es évacuati ons des sa-
ni tai res sont souvent bouchées. Les douches
communes ne sont accessi bl es que l orsque
l es portes des chambres sont ouvertes.
La cour de promenade est assez l ugubre et n’est
pas en accès l i bre ; l es rai sons i nvoquées sont
l e manque d’ef f ecti f s pour l a survei l l ance.
I l n’ y a aucune acti vi té pour l es retenus. Le
mati n après l e peti t déj euner, l es retenus
sont enf ermés dans l a peti te sal l e commune
du bas où l a seul e di stracti on est une peti te
tél évi si on f ourni e par une i ntervenante de
Forum réf ugi és. I l s tournent en rond et f u-
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 143
N
I
C
E
N
I
C
E
cette année. Forum réf ugi és a assumé
presque toutes ses tâches. I l nous est arri vé,
parce que n’ ayant pas été avi sé à temps du
départ du retenu, de n’ avoi r pas eu l e temps
de f ai re l e nécessai re.
Les procès verbaux d’ i nterpel l ati ons conti -
nuent de nous être i nterdi ts d’ accès, ce qui
est un handi cap pour l a préparati on des
retenus pour l ’ audi ence devant l e j uge des
l i bertés et de l a détenti on. Cette si tuati on
nous met aussi dans l ’ i ncapaci té de répondre
convenabl ement aux sol l i ci tati ons des avo-
cats. En ef f et, à Ni ce, l es avocats ne peuvent
consul ter l es dossi ers que l e mati n même de
l ’ audi ence, ce qui pri ve l e retenu d’ une vrai e
déf ense.
Les rel ati ons avec l es agents l a pol i ce de l ’ ai r
et des f ronti ères de l ’ aéroport, chargée des
« routi ngs » sont bonnes. Nous l eur trans-
mettons l es rensei gnements nécessai res aux
demandes de réadmi ssi on et i l arri ve qu’ i l s
nous sol l i ci tent sur certai ns dossi ers.
Par l e passé, l es rapports avec l a pol i ce de
l a garde au centre étai ent bons. L’ arri vée de
nouveaux pol i ci ers a créé cette année une
ambi ance pl us tendue avec certai ns d’ entre
eux. Les sal ari és de Forum réf ugi és ont
d’ ai l l eurs reçu à deux repri ses des l ettres
anonymes d’ i nsul tes gl i ssées sous l a porte
de l eur bureau, à une heure où l es retenus n’ y
ont pas accès. Une mai n courante a été dépo-
sée. Les recadrages ont eu l i eu, de l a part des
autori tés du centre et nous osons espérer que
ces quel ques él éments ne remettront pas en
cause l a bonne cohabi tati on.
Des réuni ons tri mestri el l es sont i nstaurées.
El l es sont l ’ occasi on pour l es di f f érents i n-
tervenants de faire part des difʏcultés ren-
contrées. El l es permettent d’ échanger sur
l es di f f érents probl èmes l i és à l ’ exerci ce des
di f f érentes mi ssi ons et des droi ts des per-
sonnes retenues.
CONDITIONS D’EXERCICE
DES DROITS
Le médeci n est présent une demi j ournée,
ci nq j ours par semai ne et voi t en pri ori té
tous l es nouveaux entrants. I l reçoi t ensui te
FOCUS
CONTRÔLE À LA FRONTIÈRE ET EN GARE - APPLICATION DE
L’ARTICLE 78-2 DU CODE DE PROCÉDURE PÉNALE (CPP)
Dans son arrêt du 22/06/2010, la Cour de justice de l’Union européenne
a considéré qu’en l’absence d’encadrement du dispositif, l’article 78-2
alinéa 4 ou 8 du CPP autorisant un contrôle d’identité indépendamment du
comportement de la personne contrôlée et de circonstances particulières
établissant un risque d’atteinte à l’ordre public revêt un effet équivalent
à celui dȊun contrôle aux frontières et est donc contraire aux dispositions
communautaires.
« La Cour de Cassation a, par arrêt du 29 juin 2010, posé le principe de
l’incompatibilité de ces contrôles avec le droit communautaire et considéré
que le juge national ne doit pas faire application d’une telle disposition. La
Cour a repris la motivation de la Cour de Justice de l’Union Européenne en
constatant que l’article 78-2 al.4 du CPP n’est assorti d’aucun encadrement
garantissant que l’exercice pratique du contrôle d’identité ne puisse revêtir
un effet équivalent à celui des vériʏcations aux frontières (Cass. Plén.
29/06/2010). Ayant ainsi dans un premier temps rappelé la motivation de
la CJUE, la Cour de Cassation interprète dans un second temps cette
motivation en considérant que l’article 78-2 al.4 du CPP méconnaît les
dispositions communautaires. Ainsi, aucun contrôle d’identité ne peut plus
être opéré sur le fondement de l’article 78-2 al.4 du CPP. »
Or, dans les Alpes-Maritimes, la grande majorité des interpellations
dȊétrangers en situation irrégulière se fait sur le fondement de lȊarticle 78-2
al. 4 du CPP, la plupart du temps sur la voie publique dans la bande des 20
km, ou en gare de Menton, de Nice ou de Cannes.
Le 14 juillet 2010, un jeune philippin a été interpellé à Beausoleil, à 16 km
de la frontière italo-française, alors quȊil circulait à pied. Son comportement
ne présentait aucun risque de trouble à l’ordre public. Ce contrôle d’identité
se fondait sur le fameux article 78-2 al. 4 du CPP.
Suite à lȊintervention du procureur de la République Eric de Montgolʏer,
qui a longuement plaidé, et après un délibéré qui a duré toute la journée,
la requête du préfet a été rejetée, le Juge des libertés et de la détention
(JLD) de Nice reconnaissant la nullité de la procédure. Depuis cette
jurisprudence, les interpellations sur la voie publique dans la zone des 20
km ont cessé.
Il restait à régler les problèmes des interpellations en gare (toujours basées
sur l’article 78-2 al. 4 du CPP). Dans un premier temps, suivant le même
raisonnement, le JLD de Nice a ordonné la libération des retenus interpellés
en gare. Lorsqu’un JLD ne suivait pas la jurisprudence, le retenu obtenait gain
de cause en appel à Aix-en-Provence.
Le procureur de la République de Nice faisait quasiment appel de toutes
les libérations du JLD avec une demande d’effet suspensif validé par la
Cour d’appel. Pendant plusieurs semaines, il n’y a eu aucune cohérence
dans les décisions prises au niveau de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence.
Sur une même problématique, certains juges ordonnaient la libération des
retenus interpellés en gare, d’autres non.
Finalement, en septembre 2010, la position de la Cour d’appel d’Aix-en-
Provence sȊest clariʏée : plus aucune libération sur ce moyen.
La décision de la Cour de cassation permettra d’y voir plus clair.
ceux qui ont pri s un rendez-vous pour une
consultation par le biais de lȊinʏrmiere. Les
retenus peuvent voi r autant de f oi s qu’ i l s l e
dési rent l a stagi ai re psychol ogue.
I l n’ y aucun i nterprète présent au CRA.
Même l es demandeurs d’ asi l e n’ont pas droi t à
un i nterprète. Ceci est évi demment un grand
handi cap. Dans l es rel ati ons quoti di ennes et
dans l a mesure du possi bl e, ce sont des co-
retenus qui f ont l es traducteurs. En revanche,
pour l es demandes d’ asi l e et autres questi ons
très personnel l es, nous f ai sons appel à des
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 144
i nterprètes par tél éphone. I l est bi en évi dent
que ce n’est pas une sol uti on i déal e. En notre
absence, aucun moyen de communi cati on
n’est à l a di sposi ti on des retenus. Les retenus
qui n’ont pas l es moyens, n’ont pas accès à un
tél éphone. L’ OFI I ne permet pas aux retenus
de tél éphoner, c’est donc Forum réf ugi és qui
prête son téléphone aux retenus aʏn quȊils
pui ssent récupérer l eurs bagages, gérer l a
questi on des mandats, contacter ou préveni r
l es f ami l l es de l eur départ ou arri vée au pays.
L’ OFI I est rarement présent et ref use, pour
une rai son que nous i gnorons, d’ acheter des
ci garettes et des cartes tél éphoni ques pour l es
retenus car ces arti cl es « sont vendus dans
des di stri buteurs pri vés dans l a sal l e de l a
canti ne ». Seul ement, l es pri x sont exorbi -
tants par rapport à ceux prati qués dans l es
commerces. Dans l e CRA, l es cartes tél épho-
ni ques coûtent 9 euros (7,50 euros pri x com-
merce) et l e paquet de ci garettes vaut 7 euros
(5,90 euros pri x commerce). La pl upart des
retenus n’ont pas l es moyens de s’en procurer.
Pl usi eurs f oi s l ors des réuni ons entre i nter-
venants, l e probl ème du remboursement des
bi l l ets de trai n de retenus arrêtés avant l eur
embarquement à l a gare de Ni ce, a été posé.
La PAF et l ’ OFI I se renvoi ent mutuel l ement
l a responsabi l i té. En attendant, l e retenu
n’ est pas remboursé. Les montants tournent
souvent autour de 100 euros et représentent
toutes l eurs économi es. Par l e passé, i l suf-
ʏsait dȊapporter lȊAPRF au guichet pour
obteni r un remboursement. Nous sommes
convai ncus qu’ une sol uti on est possi bl e avec
un peu pl us de bonne vol onté.
VISITES ET ÉVÉNEMENTS
PARTICULIERS.
Le 22 j ui n, une dél égati on du mi ni stère de
lȊImmigration a visité le CRA aʏn dévaluer
l es condi ti ons matéri el l es du centre de Ni ce.
La rencontre avec Forum réf ugi és n’ a duré
qu’ une mi nute et demi , poi gnée de mai ns
compri se. Nous avons essayé dans un temps
record de l eur si gnal er l a vétusté des l ocaux
et surtout de l a pl omberi e. À l ’ i ssue de cette
visite, il aurait été afʏrmé que des crédits
al l ai ent être débl oqués pour l a réf ecti on du
centre. À la ʏn de lȊannée, rien nȊavait bougé.
TÉMOIGNAGES
Les policiers italiens à Vintimille ont pris l’habitude de glisser dans les poches des
étrangers interpellés en ltalie des billets de train français pour justiʏer leur réadmission en
France, alors qu’ils n’ont en réalité jamais quitté l’Italie. C’est le cas d’un Tunisien, dont le
frère en règle en France était allé le voir à Vintimille pour lui éviter justement de prendre
le risque de traverser la frontière : les policiers italiens ont utilisé le billet du frère en
provenance de Grasse pour réadmettre ce ressortissant tunisien en France, alors qu’il n’y
a en réalité jamais mis les pieds.
Plus incroyable encore, cette procédure heureusement annulée par le JLD, au sein de
laquelle ʏgurait un billet de train Paris-Toulon en première classe au nom dȊune dame
française, alors que l’intéressé était un jeune égyptien n’ayant en fait jamais mis les pieds
en France. lls déchirent également les justiʏcatifs italiens de demande de titre de séjour
dont sont porteurs les étrangers interpellés.
-Plusieurs ressortissants roumains dȊorigine rom sous OQTF exécutoire ont été interpellés
dans un squat à Cannes (notiʏcation de lȊOQTF dans le courant de lȊété par le directeur
de la règlementation et des libertés publiques de la préfecture des Alpes-Maritimes en
personne qui, muni dȊun paquet dȊOQTF vierges, les remplissait sur place à la main et les
notiʏait aux Roms trouvés sur place après avoir relevé leur identité).
L’un d’eux a été placé en CRA alors qu’il avait présenté au moment du contrôle d’identité
la preuve de son retour effectif en Roumanie dans le mois qui avait suivi la notiʏcation de
lȊOQTF. ll était en effet porteur de lȊoriginal de sa pièce dȊidentité roumaine renouvelée en
Roumanie quelques semaines plus tôt.
Il a été libéré par le juge des libertés et de la détention sur cette base.
Un autre, auquel une OQTF avait été notiʏée en août 20l0, sȊétait alors rendu à lȊOFll
avec sa compagne et leur petite ʏlle aʏn de pouvoir bénéʏcier du programme dȊaide au
retour humanitaire (ARH). Lors de son interpellation, il était porteur d’une attestation
émanant de l’OFII prouvant qu’il s’inscrivait bien dans une démarche de retour volontaire
en Roumanie avec sa compagne et leur jeune enfant. Comme le montrait bien ce
document de l’OFII (annotation en marge), si le départ avait été repoussé, c’était en raison
de lȊétat de santé de leur petite ʏlle qui avait dû être hospitalisée à Cannes.
Malgré les efforts de l’avocat, qui a tenté de faire valoir devant le juge des libertés et
de la détention la non-nécessité du placement puisque l’intéressé s’inscrivait dans une
démarche de retour volontaire, mais aussi que la conséquence de cette décision était
de laisser une compagne et une enfant malade livrées à elles-mêmes en France, le juge
des libertés et de la détention n’a pas répondu au moyen et a accordé la prolongation
de la rétention demandée par la préfecture des Alpes-Maritimes. De même en appel, le
magistrat nȊa pas non plus répondu au moyen soulevé concernant le caractère strictement
nécessaire de la rétention dès lors que cette personne était dans une démarche de retour
volontaire. Une absurdité engendrée par la pression du chiffre.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 145
Nîmes
FI CHE DESCRI PTI VE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 146
LE CENTRE
DATE D’OUVERTURE Juillet 2007
ADRESSE 162 rue Clément ADER - 30 000
Nîmes
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
ADMINISTRATIF DU CENTRE
04 66 27 34 00
CAPACITÉ DE RÉTENTION 128
NOMBRE DE BÂTIMENTS
D’HÉBERGEMENT
NOMBRE DE CHAMBRES 48 hommes + 10 femmes+ 6 familles
+ 3 isolement
NOMBRE DE LITS PAR CHAMBRE 2 pour les espaces hommes et
femmes
SUPERFICIE DES CHAMBRES 16 m
2
, familles : 17 et 31 m
2
NOMBRE DE DOUCHES 1 par chambre
NOMBRE DE W.C. 1 par chambre
DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES Dans l’espace associatif
CONTENU Boissons chaudes, sodas, sucreries,
cartes téléphoniques
MONNAYEUR Oui
ESPACE COLLECTIF (DESCRIPTION) Bureaux de La Cimade et de
l’OFII, monnayeurs, distributeurs
automatiques.
CONDITIONS D’ACCÈS sous escorte
COUR EXTÉRIEURE (DESCRIPTION) Cour bétonnée et grillagée
CONDITIONS D’ACCÈS De 8h à 22h
RÈGLEMENT INTÉRIEUR
CONFORME À LA PARTIE
RÉGLEMENTAIRE DU CESEDA
Oui
AFFICHAGE/TRADUCTION SUR
DEMANDE DE LA CIMADE
Oui dans les espaces d’arrivée au
CRA
NOMBRE DE CABINES
TÉLÉPHONIQUES
3 par espaces de vie - 4 dans
l’espace associatif
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE DES
CABINES POUR JOINDRE LES
PERSONNES RETENUES
Peigne B : 04 66 27 79 58
et 04 66 27 79 81
Peigne C : 04 66 27 79 60
et 04 66 27 79 71
Peigne C1 : 04 66 27 79 77
Peigne B1 (femmes) :
04 66 27 79 79
Peigne A (familles) :
04 66 27 79 78 et 04 66 27 79 69
VISITES (JOURS ET HORAIRES) 9h à 11h30 / 14h-17h30 tous les jours
(fériés compris)
ACCÈS AU CENTRE PAR
TRANSPORTS EN COMMUN
Bus A - direction Courbessac, arrêt
Ecole de Police
LES INTERVENANTS
CHEF DE CENTRE Capitaine Graux
SERVICE DE GARDE PAF
ESCORTES ASSURÉES PAR PAF
GESTION DES ÉLOIGNEMENTS PAF
OFII – NOMBRE D’AGENTS 1
FONCTIONS Achat de cigarettes, cartes de
téléphone, mandats, vestiaire
PERSONNEL MÉDICAL AU CENTRE 2 médecins non permanents
consultants sur demande,
4 inʏrmières
NOMBRE DE MÉDECINS /
D’INFIRMIÈRES
l médecin / 3 inʏrmières
HÔPITAL CONVENTIONNÉ CAREMAUX
CIMADE - NOMBRE D’INTERVENANTS 3
LES AVOCATS SE DÉPLACENT-ILS AU
CENTRE ?
Non
LOCAL PRÉVU POUR LES AVOCATS Parloir
PERMANENCE SPÉCIFIQUE AU
BARREAU
Oui
SI OUI, NUMÉRO DE TÉLÉPHONE Fax ou contact direct avec
l’avocat de permanence
VISITE DU PROCUREUR DE LA
RÉPUBLIQUE EN 2010
Non
LES SERVICES
HÔTELLERIE (DRAPS /
COUVERTURES) FOURNIE PAR
Exprimm
RENOUVELLEMENT Chaque semaine et sur demande
ENTRETIEN ASSURÉ PAR Aspiro
RESTAURATION (REPAS FOURNIS
PAR)
Avenance
REPAS PRÉPARÉS PAR Avenance
ENTRETIEN ET HYGIÈNE DES
LOCAUX ASSURÉS PAR
Aspiro
FRÉQUENCE Quotidienne
NÉCESSAIRE HYGIÈNE ET
TOILETTE DES PERSONNES
RETENUES COMPOSÉ DE
Brosse à dents, dentifrice, savon, gel
de lavage cheveux et corps, serviette
de toilette
DÉLIVRÉ PAR Exprimm
RENOUVELLEMENT Tous les jours
BLANCHISSERIE DES AFFAIRES
DES RETENUS
oui
ASSURÉE PAR Exprimm
FRÉQUENCE Tous les jours
EXISTENCE D’UN VESTIAIRE Oui (géré par l’OFII)
DESCRIPTIF DES BÂTIMENTS
Bâtiment récent construit en “E” sur deux étages, le centre de rétention a une capacité de 126 places réparties
dans 4 ȍespaces de vieȎ. LȊaile centrale est réservée aux services administratifs. Bâtie sur un modèle carcéral, la
construction du centre limite au maximum les possibilités de déplacement des retenus et associations.
STATI STI QUES
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 147
N
Î
M
E
S
NOMBRES DE PERSONNES RETENUES PAR MOIS
JAN FÉV MAR AVR MAI JUIN JUIL AOÛ SEP OCT NOV DÉC
111
17

74
82

57

68

63

34

86

85

93
38
GENRES
PRINCIPALES NATIONALITÉS
MAROC 257 32,66%
ALGERIE 112 14,23%
TUNISIE 89 11,31%
SYRIE 51 6,48%
TURQUIE 37 4,70%
PALESTINE 24 3,05%
IRAQ 24 3,05%
RUSSIE 22 2,80%
NIGERIA 18 2,29%
SENEGAL 17 2,16%
COMORES 10 1,27%
BRESIL 10 1,27%
AUTRES 116 14,74%
TOTAL 787 100,00%
INCONNU 21
AGE DES PERSONNES
AGE MOYEN DÉCLARÉ : 33 ANS
HOMMES : 726 FEMMES : 82
MESURES D’ÉLOIGNEMENT À L’ORIGINE DU PLACEMENT
APRF 342 70,23%
READ 114 23,41%
OQTF 28 5,75%
ITF 3 0,62%
TOTAL 487 100,00%
INCONNU 321
DESTIN DES PERSONNES RETENUES
LIBERE TGI 236 39,07%
READMIS SIMPLE 92 15,23%
EMBARQUE 80 13,25%
LIBERE FIN RETENTION 61 10,10%
LIBERE PREF 47 7,78%
ASSIGNE TGI 43 7,12%
LIBERE CA 7 1,16%
LIBERE TA 7 1,16%
LIBERE ARTICLE 13 7 1,16%
RAISON MEDICALE 5 0,83%
DEFERE 5 0,83%
READMIS DUBLIN 5 0,83%
REFUS EMBARQUEMENT 4 0,66%
ASSIGNE 3 0,50%
ASSIGNE CA 2 0,33%
Total 604 100%
INCONNU 204
DECISIONS DU TRIBUNAL ADMINISTRATIF :
NBRE DE RECOURS DÉPOSÉS : 83
TAUX D’ANNULATION : 76%
FAMILLE EN RÉTENTION
7 FAMILLES
NATlONALlTÉ : KURDES, TCHÉTCHÈNES
NOMBRE TOTAL D’ENFANT : 26
DURÉE MOYENNE DE LA RÉTENTION DES FAMILLES : 6 JOURS
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 148
Les conséquences de ce type de f oncti onne-
ment f ont de chaque dépl acement un enj eu
de pouvoir, un conʐit potentiel, un outil
de gesti on des tensi ons... Retenus peu coo-
pérati f s ? On reti re l es bal l es de pi ngpong
ou de babyf oot, on n’ accompagne pl us aux
machi nes à caf é, on répond que l a Ci made
est absente ou l ’ on tarde à veni r...
Le cl i mat est tendu entre l ’ associ ati on pré-
sente et l es f orces de l ’ ordre ? Les pol i ci ers
tardent à amener l es retenus dans l es bu-
reaux, ne l es prennent qu’ au compte goutte,
tardent à veni r...
Dès l’ouverture du centre, l a probl émati que
des dépl acements s’est révél ée source de ten-
si on. Les dépl acements à l’ i ntéri eur du centre
sont auj ourd’ hui l e résul tat d’ un rapport de
f orce qui dépend en grande parti e de l a vo-
l onté i ndi vi duel l e des pol i ci ers présents.
Les repas sont égal ement l ’ un des poi nts
cri stal l i sant l es tensi ons s’ expri mant dans l e
centre : de pi ètre qual i té, i l s révèl ent l a f açon
dont l es étrangers retenus perçoi vent l eur
pri vati on de l i berté et l ’ angoi sse de l ’ él oi -
gnement. I l s expri ment f réquemment l a
sensati on d’ être « trai tés comme des moi ns
que ri en ». Le repas est égal ement source
de revendi cati ons dont l ’ ori gi ne est ai l l eurs
mai s qui s’ y expri ment pl us ai sément ; re-
pas non respectueux des règl es rel i gi euses,
quantité insufʏsante, de mauvaise qualité...
I l s f ocal i sent l es col ères, l es angoi sses, l es
revendi cati ons qui ne peuvent s’ expri mer ni
devant l es j uges (procédures d’ urgence peu
à l ’ écoute des retenus), ni devant l es pol i -
ciers, ni sans doute sufʏsamment devant la
Ci made qui doi t trop souvent pri vi l égi er l e
trai tement j uri di que de l ’ urgence. De sur-
croît, c’ est à l ’ occasi on des repas que l es
ménages sont ef f ectués dans l es espaces
de vie, conʏnant au sein du réfectoire les
retenus qui ne peuvent retourner dans l eurs
chambres.
La rétenti on à Nîmes est marquée par une
absence total e d’ acti vi té, un l ong ennui pour
ceux qui échappent à l ’ él oi gnement rapi de
ou ont l a mal chance de ne pas être l i bérés
par un j uge.
Nîmes
CONDITIONS MATÉRIELLES
DE RÉTENTION
Le centre de rétenti on de Nîmes est un centre
récent él aboré autour d’ une vi si on carcéral e
de l a rétenti on admi ni strati ve. Sa concepti on
sur deux étages et en espaces de vi e séparés
rend tout dépl acement des retenus i mpos-
si bl e sans escorte pol i ci ère. L’ espace asso-
ci ati f n’ est accessi bl e qu’ avec l a présence
pol i ci ère, tout comme l e servi ce médi cal ou
même l es di stri buteurs de boi ssons et nour-
ri ture. Carcéral dans son archi tecture, i l l ’ est
égal ement dans son f oncti onnement :
- i ntervenants soumi s à des badges l i mi tant
l es possi bi l i tés de mouvement : l e badge de
La Ci made ne permet pas d’entrer ou sorti r
du centre mai s uni quement de se rendre de
l’ accuei l aux bureaux associ ati f s. Tout autre
accès est soumi s à l a présence pol i ci ère.
- retenus conʏnés dans un espace de vie
nommé «pei gne» composé de chambres
de deux l i ts, d’ un espace tél é, d’ une pi èce
«l oi si rs» (en réal i té présence d’ un uni que
baby-f oot sans bal l e) ai nsi que d’ une cour
grillagée ou trone ʏerement une table de
pi ng pong en béton sans raquettes ni bal l es,
l a présence de ces derni ers ustensi l es dé-
pendant du bon voul oi r de l a hi érarchi e
voi re des pol i ci ers présents.
- Les badges des di f f érents i ntervenants cl oi -
sonnent chacun dans un espace qui l ui est
propre rappel ant à chaque i nstant l a pl ace de
chacun dans ce l i eu de pri vati on de l i berté.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 149
N
Î
M
E
S
CONDITIONS D’EXERCICE
DE LA MISSION DE LA CIMADE
Comme cel a a été expl i qué précédemment, La
Ci made ne joui t pas d’ une l i berté de ci rcul a-
tion au sei n du centre de rétention : pas d’ accès
l i bre au retenu, pas d’ accès l i bre au gref fe,
nécessi té d’ être accompagné dès lors que l’on
sort du si mple parcours bureau de l’ associ a-
tion-sortie. Nous pouvons nous rendre dans les
espaces de vie des retenus mai s selon l a volon-
té des pol iciers en poste, i l peut être nécessai re
de négocier pour y rester seul . Dans certai ns
cas, les forces de l’ordre acceptent d’ouvri r les
portes à di stance, nous donnant ai nsi une pl us
l arge marge de manœuvre, mai s cel a reste l’ex-
ception. A l’ouverture du centre, nous avons
pu durant quelques temps accéder aux espaces
de l a Di rection ou au gref fe, «pri vi lège» qui
nous a été reti ré lorsque notre mi ssion a été un
peu mieux cernée par les responsables.
Les procédures sont photocopi ées pui s pl a-
cées dans une armoi re si tuée près du bureau
du chef de poste. Aucune i nf ormati on ne nous
est donnée quant aux départs et dépl acements
des retenus, l a f eui l l e des présents ne com-
portant comme i nf ormati ons que l e stri ct mi -
ni mum. Nous devons appel er l e gref f e pour
connaître l es audi ences par exempl e. Les
rel ati ons s’étant détéri orées entre La Ci made
et l a hi érarchi e du centre, l es départs ne nous
sont pl us annoncés, seul l’ OFI I ayant parf oi s
l’ i nf ormati on. Les responsabl es du centre
consi dèrent en ef f et que nous averti r des re-
condui tes comporte un ri sque de recours que
de toute f açon nous sommes amenés à f ai re
si nécessai re. L’ argument est d’empêcher l es
passages à l’ acte, argument f al l aci eux bi en
évi demment. La Ci made n’est pas l a seul e
concernée. Le servi ce médi cal est égal ement
l ai ssé dans l’ i gnorance des éventuel l es recon-
dui tes, ce qui entrave dans certai ns cas l es
protocol es de soi ns en cours. Contrai rement
à l a prati que courante dans l es autres centres
de rétenti on f rançai s, i l n’ y a pl us de réuni ons
entre l es di f f érents i ntervenants, l a di recti on
du centre ayant coupé toute communi cati on,
sembl ant percevoi r comme ennemi tout ce
qui ne porte pas l’ uni f orme.
I l en va de même avec l a PAF mai s aussi
l a maj eure parti e des préf ectures. Les rares
contacts ti ennent davantage aux i ndi vi dual i -
tés présentes dans ces l i eux qu’ à un souci de
bon exerci ce des droi ts des étrangers rete-
nus. Dans l a pl upart des cas, l es recours à
l a j usti ce devi ennent systémati ques devant
l ’ i mpossi bi l i té de négoci er avec l es autori tés
préf ectoral es ou pol i ci ères.
CONDITIONS D’EXERCICE
DES DROITS
Le service médical se compose de trois inʏr-
mi ères et d’ un médeci n. La Conventi on pré-
voi t des i ntervenants présents à temps pl ei n,
ce qui dans l es f ai ts n’est pl us l e cas. Durant
deux j ours par semai ne l e médeci n n’est pré-
sent qu’occasi onnel l ement. Néanmoi ns, l es
étrangers retenus rencontrent en dehors des
week-ends l e servi ce médi cal sur si mpl e de-
mande. Les samedis et dimanches, une inʏr-
mi ère est présente et, en cas de besoi n, SOS
médeci n i ntervi ent. La procédure de sai si ne
du MI SP est rel ati vement bi en i ntégrée au
f oncti onnement du servi ce médi cal .
Le nombre des i ntervenants OFI I a di mi -
nué, passant de deux temps pl ei ns à un
seul . L’ i ntervenante se charge de l ’ achat des
ci garettes, des chargeurs de tél éphone, des
mandats et du vesti ai re. Durant pl usi eurs
moi s, en rai son du f ai bl e taux d’ occupati on,
el l e n’ étai t présente qu’ à mi -temps. Des di s-
tri buteurs de cartes tél éphoni ques sont pré-
sents dans l ’ espace associ ati f ai nsi que des
cabi nes dans l es espaces de vi e.
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 150
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 151
Palaiseau
FI CHE DESCRI PTI VE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 152
LE CENTRE
DATE D’OUVERTURE 10 octobre 2005
ADRESSE 13, Rue Emile Zola
91120 PALAISEAU
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
ADMINISTRATIF DU CENTRE
01 69 31 65 00
CAPACITÉ DE RÉTENTION 40 personnes maximum
(20 chambres de 2)
NOMBRE DE BÂTIMENTS
D’HÉBERGEMENT
1
NOMBRE DE CHAMBRES 20 chambres
NOMBRE DE LITS PAR CHAMBRE 2
Chambre isolement : 1
SUPERFICIE DES CHAMBRES
NOMBRE DE DOUCHES 1 dans chaque chambre
NOMBRE DE W.C. 1 dans chaque chambre
DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES Oui
CONTENU Boissons et Friandises
MONNAYEUR non
ESPACE COLLECTIF (DESCRIPTION) 1 salle télé et une salle détente
collective avec une télé
et un baby-foot
CONDITIONS D’ACCÈS Horaires limités pour les salles
collectives 7h à 24h
COUR EXTÉRIEURE (DESCRIPTION) Une cour carrée au milieu du centre,
avec 2 bancs
CONDITIONS D’ACCÈS Horaires limités : 7h à 24h
RÈGLEMENT INTÉRIEUR
CONFORME À LA PARTIE
RÉGLEMENTAIRE DU CESEDA
Oui
AFFICHAGE/TRADUCTION SUR
DEMANDE DE FTDA
Français, anglais, arabe, espagnol,
russe, portugais
NOMBRE DE TÉLÉPHONES 5
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE DES
CABINES POUR JOINDRE LES
PERSONNES RETENUES
01 60 14 74 59
Réfectoire 01 69 31 17 81
VISITES (JOURS ET HORAIRES) Tous les jours de 9h-11h00
14h-17h00
ACCÈS AU CENTRE PAR
TRANSPORTS EN COMMUN
RER B arrêt Palaiseau
LES INTERVENANTS
CHEF DE CENTRE Lieutenant GRIMAUD
SERVICE DE GARDE PAF
ESCORTES ASSURÉES PAR UNESI,
GESTION DES ÉLOIGNEMENTS Préfecture
OFII – NOMBRE D’AGENTS 1
FONCTIONS Ecoute, récupération des
bagages, salaires, argent de
comptes, achats (dont cartes
téléphoniques et cigarettes)
PERSONNEL MÉDICAL AU CENTRE
NOMBRE DE MÉDECINS /
D’INFIRMIÈRES
l inʏrmière 7/7j et l médecin
2 demi-journées par semaine
(mardi et vendredi matin)
HÔPITAL CONVENTIONNÉ CHU Orsay
FTDA - NOMBRE D’INTERVENANTS 1
LES AVOCATS SE DÉPLACENT-ILS AU
CENTRE ?
Rarement
LOCAL PRÉVU POUR LES AVOCATS Dans le local prévu pour les
visites, sans limitation d’heures
PERMANENCE SPÉCIFIQUE AU
BARREAU
non
SI OUI, NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
VISITE DU PROCUREUR DE LA
RÉPUBLIQUE EN 2010
Non
LES SERVICES
HÔTELLERIE (DRAPS / COUVERTURES)
FOURNIE PAR
GEPSA
RENOUVELLEMENT GEPSA
ENTRETIEN ASSURÉ PAR GEPSA
RESTAURATION (REPAS FOURNIS PAR) GEPSA
REPAS PRÉPARÉS PAR GEPSA
ENTRETIEN ET HYGIÈNE DES LOCAUX
ASSURÉS PAR
GEPSA
FRÉQUENCE Quotidienne
(sauf samedi dimanche)
NÉCESSAIRE HYGIÈNE ET TOILETTE
DES PERSONNES RETENUES
COMPOSÉ DE
1 brosse à dent, des doses
de dentifrice, 1 savon, des doses
de gel à raser
DÉLIVRÉ PAR GEPSA
RENOUVELLEMENT 2 fois par semaine
BLANCHISSERIE DES AFFAIRES DES
RETENUS
Oui
ASSURÉE PAR GEPSA
FRÉQUENCE Du lundi au vendredi
EXISTENCE D’UN VESTIAIRE Non, seulement des casiers
de fouille tenus par la PAF
DESCRIPTIF DES BÂTIMENTS
Le centre est ainsi constitué : la zone de vie à l’étage forme un carré, tout en vitres (carreaux épais), avec une cour extérieure au milieu et des
chambres tout autour. Il y a une grande baie vitrée qui donne sur la cour intérieure du côté de l’entrée du CRA, en face du poste de police.
Les chambres se trouvant à l’intérieur donnent sur la cour intérieure, les autres donnent sur l’extérieur. Il y a 20 chambres de 2 personnes qui
comprennent deux lits, un rangement à étages, une salle de bain avec douche et toilette.
STATI STI QUES
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 153
P
A
L
A
I
S
E
A
U
NOMBRES DE PERSONNES RETENUES PAR MOIS
JAN FÉV MAR AVR MAI JUIN JUIL AOÛ SEP OCT NOV DÉC
49
84
77
87

69

77

71

74

68

53

54

61
GENRES
PRINCIPALES NATIONALITÉS
ALGÉRIENNE 7,8% MOLDAVE 6,5%
TUNISIENNE 7,8% INDIENNE 3,8%
TURQUE 7,5% MALIENNE 3,1%
MAROCAINE 7,2% EGYPTIENNE 3%
ROUMAINE 7,1%
CONGOLAISE
DE RDC
2,8%
AGE DES PERSONNES
16 À
17 ANS
18 À
24 ANS
25 À
39 ANS
40 À
59 ANS
60 ANS
ET +
1 90 619 98 6
LE CENTRE DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE DE PALAISEAU ACCUEILLE
EXCLUSIVEMENT DES HOMMES SEULS.
906 personnes ont été placées dans le centre en 2010, dont 824
personnes ont été vues par l’association
MESURES D’ÉLOIGNEMENT À L’ORIGINE DU PLACEMENT
APRF 627 76,2%
OQTF 112 13,6%
ITF 67 8,1%
RÉAD. DUBLIN 12 1,5%
APE 2 0,2%
AME 1 0,1%
AUTRE 1 0,1%
L531-2 AL 2 ET AL 3 1 0,1%
DESTIN DES PERSONNES RETENUES
EMBARQUÉ 233 28,6%
LIBÉRÉ TGI 189 23,2%
LIBÉRÉ PRÉF/MIN 161 19,7%
LIBÉRÉ CA 105 12,9%
ASSIGNÉ TGI/CA 39 4,8%
LIBÉRÉ FIN RÉTENTION 25 3,1%
DÉFÉRÉ 22 2,7%
RAISON MÉDICALE 21 2,6%
LIBÉRÉ TA 16 2%
RÉAD. DUBLIN 2 0,2%
FUITE 1 0,1%
RÉFUGIÉ STATUTAIRE 1 0,1%
TRANSFERT VERS AUTRE CRA 1 0,1%
DURÉE DE LA RÉTENTION
48H ɻ 282 34,2%
17 JOURS ɻ 383 46,5%
32 JOURS ɻ 159 19,3%
MOYENNE DURÉE DE PRÉSENCE ɻ 9
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 154
P
A
L
A
I
S
E
A
U
Les personnes peuvent ci rcul er l i bre-
ment sur l ’ étage, dans l a zone de vi e. El l es
peuvent se dépl acer entre l es chambres et
accéder aux deux sal l es communes : une
sal l e avec tél évi si on, tabl e de babyf oot et
un di stri buteur de boi ssons et une sal l e de
réf ectoi re avec des tabl es pour manger et
une seconde tél évi si on. Pendant l es premi ers
moi s de 2010, l a sal l e tél évi si on avec l a tabl e
de babyf oot est restée f ermée, ce que l ’ admi -
nistration justiʏait par les évasions interve-
nues en novembre 2009. Sur notre demande,
el l e a été rouverte et l ’ est mai ntenant systé-
mati quement. Le centre n’ est pas très grand
et en conséquence l ’ espace de l i bre ci rcul a-
ti on ne l ’ est pas non pl us. Cet espace étant
di sposé en carré, l es personnes retenues
« tournent en rond » en f ai sant l e tour du
centre l orsqu’ el l es veul ent se dégourdi r un
peu l es j ambes.
Les repas sont servi s dans l e réf ectoi re, l e
mati n de 7h30 à 8h, l e mi di de 11h30 à 12h
et l e soi r de 18h30 à 19h. Deux servi ces en
½ heure sont organi sés l orsqu’ i l y a beau-
coup de monde. Pendant pl usi eurs moi s, l es
personnes retenues se sont vues i nterdi re
l a consommati on de denrées al i mentai res
non péri ssabl es (gâteaux, bonbons…). Au-
j ourd’ hui , l es denrées non péri ssabl es appor-
tées de l ’ extéri eur sont de nouveau acceptées
dans l ’ encei nte du CRA sui te à l a ci rcul ai re
du mi ni stère de l ’ i mmi grati on du 14 j ui n
2010 sur l ’ harmoni sati on des prati ques dans
l es centres et l es l ocaux de rétenti on admi -
ni strati ve et l ors de l ’ exécuti on des escortes.
Les acti vi tés pour l es personnes se l i mi tent
au stri ct mi ni mum : cartes à j ouer, babyf oot,
tél évi si on. Au début de l ’ année 2010, l es ma-
gazi nes sur papi er non gl acé et l i vres étai ent
i nterdi ts. I l s sont désormai s autori sés.
Les bureaux de l ’ OFI I , de France terre d’ asi l e
et du servi ce médi cal se trouvent au rez-de-
chaussée du centre. Les personnes retenues
ne peuvent pas accéder l i brement à ces ser-
vi ces, mai s doi vent demander à un pol i ci er
du poste de garde de pouvoi r se rendre dans
chacun de ces bureaux, et attendre l a di spo-
ni bi l i té d’ une « escorte » pour l es y amener.
Les l ocaux des vi si tes se trouvent à l ’ entrée
CONDITIONS MATÉRIELLES
DE RÉTENTION
Le centre est consti tué d’ une zone de vi e
à l ’ étage qui f orme un carré, tout en vi tres
(carreaux épai s), avec une cour extéri eure au
mi l i eu et des chambres tout autour. I l y a une
grande bai e vi trée qui donne sur l a cour i nté-
ri eure du côté de l ’ entrée du CRA, en f ace
du poste de pol i ce. Les chambres se trouvant
à l ’ i ntéri eur donnent sur l a cour i ntéri eure,
l es autres donnent sur l ’ extéri eur. I l y a 20
chambres de 2 personnes qui comprennent
deux l i ts, un rangement à étages, une sal l e
d’ eau avec douche et toi l ette.
Le centre est pl utôt en bon état et l umi neux.
Le nettoyage est assuré quoti di ennement.
Cependant, l a cour est parf oi s sal e depui s
que l a poubel l e extéri eure a été suppri mée
après qu’ une personne en col ère l ’ ai t uti l i sée
pour casser l a bai e vi trée. El l e n’ a pas été
rempl acée depui s et i l ne reste pl us qu’ une
seul e poubel l e, dans l e réf ectoi re.
Palaiseau
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 155
P
A
L
A
I
S
E
A
U
P
A
L
A
I
S
E
A
U
TÉMOIGNAGE
A l’arrivée de France terre d’asile le 1
er
janvier 2010, un jeune soudanais était présent dans
le centre alors que la CEDH avait prononcé la suspension de la mesure d’éloignement au
titre de la procédure d’urgence prévue par l’article 39. Cette requête avait été engagée
par la Cimade dans la mesure où le consulat soudanais avait délivré un laisser-passez
et qu’un vol était prévu le 31 décembre 2009. La personne n’avait pas été libérée
immédiatement par l’administration du centre, alors même que son éloignement était
impossible au vu de la suspension de la CEDH et ce jusqu’à la décision au fond de la Cour
européenne. Cela n’a pas empêché l’administration de solliciter une seconde prolongation
du placement rétention devant le JLD qui a accueilli favorablement cette demande. La
décision du JLD a été conʏrmée par la Cour dȊappel de Paris.
Le jour suivant, le jeune soudanais a fait une tentative de suicide alors qu’il était placé
dans la chambre d’isolement. Il a donc été transporté à l’hôpital, où les services ont
souhaité le garder plusieurs jours au vu de la gravité de son état tant physique et
psychologique. Même hospitalisé, il n’a pas été libéré et son nom est resté sur la liste
des personnes retenues au centre durant les derniers quinze jours que devait durer sa
rétention. ll nȊa ʏnalement pas réintégré le centre et la rétention a été levée à lȊexpiration
du délai légal.
du centre au rez-de-chaussée : i l s’ agi t de
deux peti tes sal l es avec une tabl e et deux
chai ses. Les personnes sont donc emme-
nées en vi si tes par l es pol i ci ers. Durant toute
l ’ année, l es vi si teurs devai ent l ai sser l a porte
ouverte pendant l e temps de l eur présence,
ce qui ne leur permettait pas de bénéʏcier
d’ une vi si te réel l ement pri vée. Cette pra-
ti que a cessé depui s l ’ i nstal l ati on de f enêtres
aux portes.
I l exi ste ci nq tél éphones : quatre dans un
coul oi r et un dans l e réf ectoi re. Ces tél é-
phones sont en mauvai s état : on entend
très mal l ’ i nterl ocuteur à l ’ autre bout du
ʏl. Quant au téléphone qui se trouve dans
l e réf ectoi re, i l ne permet pas non pl us une
communi cati on de qual i té sati sf ai sante. La
machi ne à vendre des cartes tél éphoni ques
ne marche pas, sans qu’ aucune menti on ne
soi t portée à cet ef f et. Par conséquent, i l est
arri vé que quel ques personnes se f assent
aval er l eur monnai e en voul ant l ’ uti l i ser,
perdant ai nsi cet argent dans l a mesure où
l ’ admi ni strati on du centre ne s’ en tenai t pas
pour responsabl e.
CONDITIONS D’EXERCICE
DE LA MISSION DE FRANCE
TERRE D’ASILE
Durant l a maj eure parti e de l’ année, France
terre d’ asi l e a rencontré l es personnes à
l’ étage dans l a zone de vi e, dans l a sal l e de
réfectoire sur une table, sans gage de conʏ-
denti al i té ni l i eu adapté. En ef f et, l e manque
d’ ef f ecti f s pol i ci ers ne permettai t pas de
rencontrer l es personnes dans l e bureau de
France terre d’ asi l e si tué au rez-de-chaussée
et séparé par une porte de l a zone de vi e (qui
nécessi tai t un ef f ecti f pol i ci er di sponi bl e
pour emmener la personne et attendre la ʏn
de lȊentretien). Outre le fait que la conʏden-
ti al i té des entreti ens n’ étai t pas assurée, cel a
i mpl i quai t de nombreux al l er et retour et
donc une perte de temps et dȊefʏcacité. En ef-
f et, l’ i ntervenant devai t redescendre dans son
bureau pour ef f ectuer l e travai l de rédacti on
ai nsi que l’ensembl e des démarches néces-
sai res (rédi ger un appel , un recours contre un
APRF, envoyer un f ax….). L’ i ntervenant de-
vai t ensui te remonter pour soumettre l’ acte à
l a personne et l e l ui f ai re si gner. Par ai l l eurs,
l e f ai t de ne pas recevoi r l es personnes dans
un bureau de maniere conʏdentielle et plus
ofʏcielle peut remettre en cause la crédibilité
et l e rôl e de l’ associ ati on.
A noter que pour l es demandes d’ asi l e,
France terre d’ asi l e i nsi stai t pour que cel l es-
ci se f assent i mpérati vement dans l e bureau,
de maniere conʏdentielle et au calme, ce
qui n’ a pas posé de probl èmes chaque f oi s
qu’ el l e l e demandai t.
France terre d’ asi l e n’ a donc pas eu de pro-
bl èmes pour accéder à l a zone de vi e des
personnes retenues avec un accès l i bre qua-
si -total . Un i nci dent a cependant eu l i eu en
ʏn dȊannée : le chef de centre a refusé que
l ’ associ ati on rencontre l es personnes durant
l es vi si tes.
En décembre 2010, la situation a ʏnalement
changé et l’ associ ati on a pu à nouveau ef f ec-
tuer pl us l i brement sa mi ssi on et recevoi r pl us
f aci l ement l es personnes dans son bureau.
Quant à l’ accès aux i nf ormati ons, l’ i nterve-
nant bénéʏciait dȊun trombinoscope plutot
compl et i ncl uant l es mouvements des per-
sonnes retenues : dépl acements au tri bunal , à
l’ hôpi tal , à l’ OFPRA et à l’ aéroport. Le trom-
bi noscope étai t mi s à j our quoti di ennement.
Les départs étaient systématiquement afʏ-
chés sur l e trombi noscope en début d’ an-
née, ce qui permettai t d’ avoi r une bonne
i ntel l i gence sur l a si tuati on de l a personne
et, l orsque l ’ ensembl e des voi es l égal es
possi bl es avai ent échoué, de préveni r et de
préparer l a personne pour son départ. Dé-
sormai s, nous ne sommes pl us i nf ormés par
voi e écri te des départs, ce qui pose probl ème
au regard de l ’ exerci ce de notre mi ssi on et
de la ʏabilité des informations que nous
pouvons communi quer. Ces i nf ormati ons
peuvent cependant être parf oi s obtenues
auprès du gref f e, avec l esquel s l es rapports
sont cordi aux.
CONDITIONS D’EXERCICE
DES DROITS
Le droi t de voi r un médeci n ne pose pas de
réel s probl èmes à Pal ai seau et i l est respecté
dans l a grande maj ori té des cas. Un médeci n
de garde est présent dans l e centre l e mardi
et le vendredi matin. Si les inʏrmieres ont la
charge de ʏltrer les rendez-vous avec le mé-
deci n en f oncti on des probl èmes médi caux
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 156
et de l a nature de l a demande, l es personnes
souhai tant rencontrer un médeci n ont qua-
si ment touj ours pu y parveni r même si el l es
ont parf oi s dû i nsi ster. Quel ques personnes
ont été l i bérées dans l a mesure où el l es n’ ont
pas été présentées par l ’ admi ni strati on du
centre à l ’ hôpi tal mal gré un rendez-vous
pris par lȊinʏrmiere ou le médecin de garde.
Un i nci dent où une personne a égal ement
été présentée tardi vement à l ’ hôpi tal après
pl usi eurs j ours pendant l esquel s son état se
dégradai t mani f estement (f uroncl e qui l ui
enʐammait tout le visage) est a noter.
En ce qui concerne lȊacces aux inʏrmieres,
chaque nouvel l e personne entrante est sys-
tématiquement présentée a lȊinʏrmerie et le
suivi sȊeffectue sur demande de lȊinʏrmiere
ou de l a personne. Certai nes personnes rete-
nues se sont pl ai ntes de ne pas pouvoi r voi r
les inʏrmieres alors quȊelles le demandaient
ou d’ attendre trop l ongtemps. I l sembl e que
ces difʏcultés soient dues a un manque dȊef-
f ecti f du servi ce médi cal af f ecté au centre
de rétenti on de Pal ai seau.
Les avocats se dépl acent rarement au centre
(seul s quatre ou ci nq avocats sont venus
rendre vi si te en rétenti on à l eur cl i ent en
2010). Les rel ati ons avec l es consei l s des
étrangers sont d’ une mani ère général e très
bonnes. Cependant, notre associ ati on ren-
contre parfois des difʏcultés importantes
dans l e travai l et l a communi cati on avec
certai ns avocats, ce qui s’ opère touj ours au
détri ment de l ’ exerci ce des droi ts des étran-
gers en rétenti on.
L’ accès l i bre à un i nterprète n’ est pas du tout
ef f ecti f – même dans l e cadre de préparati on
d’ une demande d’ asi l e – et l a seul e possi bi -
l i té pour l es personnes retenues non f ranco-
phones est l e recours à i nterprète bénévol e.
Cette si tuati on peut se révél er source de
tensi on avec une personne qui ref usai t l ’ as-
si stance de l ’ i nterprète bénévol e de France
terre dȊasile aʏn de traduire sa demande
dȊasile puisque lors de la notiʏcation de ses
droi ts i l l ui a été i ndi qué qu’ el l e pouvai t bé-
néʏcier de lȊaide dȊun interprete.
Les contacts avec l ’ OFI I sont quoti di ens.
L’ i ntervenant de l ’ OFI I se rend dans l a zone
de vi e pour rencontrer l es personnes rete-
nues aʏn de répertorier les différents achats
qu’ el l es souhai tent ef f ectuer. I l est présent
tous l es j ours de l a semai ne du l undi au ven-
dredi , de 9h à 16h45. I l reçoi t à sa demande
l es personnes retenues dans son bureau pour
l es entreti ens i ndi vi duel s. Toutef oi s, i l a pu
parfois rencontrer des difʏcultés avec le
personnel du centre pour avoi r accès aux
personnes retenues et mener l es entreti ens.
I l s’ occupe égal ement de récupérer des man-
dats, sal ai res, argent de compte pour l es per-
sonnes retenues.
L’ i nf ormati on concernant l es vol s est en
regle générale afʏchée. Cependant, il est
arri vé que des personnes retenues soi ent
emmenées à l ’ aéroport en pl ei ne nui t, sans
aucune information préalable ni justiʏcation
quant à cette absence d’ i nf ormati on.
De pl us, en début d’ année 2010, de nombreuses
rondes étaient effectuées pendant la nuit aʏn
de préveni r tout ri sque d’évasion (sui te à pl u-
si eurs évasi ons en novembre 2009). Les per-
sonnes étai ent donc révei l l ées en pl ei ne nui t
au moyen d’ une torche dont l a l umi ère étai t
dirigée sur leur visage. Cette pratique a ʏnale-
ment cessé au cours de l’ année.
Le contact avec l e service médical ai nsi que
l’ OFI I a été bon et cordi al . Concernant l a PAF,
l es rel ations étai ent tendues au début de l’ an-
née et i l n’ y avai t pas de communi cati on avec
l e chef de centre. El l es se sont ensui te amél i o-
rées avec arri vée d’ un nouveau chef de centre.
Les rel ati ons avec l e gref f e du CRA ont éga-
l ement été bonnes et cordi al es.
Au barreau de Versai l l es, l es avocats spéci a-
l i sés en droi t des étrangers ne prennent pas
l’ ai de j uri di cti onnel l e ce qui empêche l a ma-
j ori té des personnes d’ avoi r un avocat choi si .
Les avocats de permanence ne sont pas tous
fami l iers avec le contentieux de l’éloi gnement.
VISITES ET ÉVÉNEMENTS
PARTICULIERS
Une mobi l i sati on i mportante a été i ni ti ée
par RESF sur l a si tuati on d’ un ressorti ssant
congol ai s, mari é avec une compatri ote réf u-
gi ée statutai re et ayant des enf ants scol ari sés
en France. Madame Al i ma Boumedi ene-
Thi ery, sénatri ce, Monsi eur Françoi s Lamy,
mai re de Pal ai seau et Monsi eur Ol i vi er Be-
sancenot, porte-parol e du NPA se sont ai nsi
mobi l i sés sur sa si tuati on. C’ est cependant
seul ement f aute de dél i vrance de l ai ssez-
passer par l e consul at qu’ i l a été l i béré.

FOCUS
Le centre de rétention de Palaiseau jouit d’une mauvaise
réputation puisqu’il accueille un nombre important de sortants de
prison en raison de la proximité de la maison d’arrêt de Fleury-
Mérogis et qui constituent donc par déʏnition une population
plus violente. En plus, une importante évasion intervenue à
la ʏn de lȊannée 2009 a contribué à lȊinstauration de mesures
plus coercitives qui ont accentué les tensions dans le CRA. La
situation a nettement changé avec l’arrivée du nouveau chef de
centre qui a su calmer cette situation en évitant de durcir encore
davantage les conditions de vie dans le centre.
Il est à noter qu’un observatoire citoyen de la rétention fonctionne
auprès du CRA de Palaiseau. CȊest un des groupes les plus
actifs dans ce domaine en France, qui en plus des visites
régulières dans le centre, organise la mobilisation et le soutien
autour de la situation de certaines personnes retenues.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 157
Paris
Palais de justice
FI CHE DESCRI PTI VE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 158
DESCRIPTION DU CENTRE
ADRESSE 3 quai de l’horloge,
75023 Paris cedex 1.
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
ADMINISTRATIF DU CENTRE
01 77 72 08 30
CAPACITÉ DE RÉTENTION 40
NOMBRE DE BÂTIMENTS
D’HÉBERGEMENT
1
NOMBRE DE CHAMBRES 15
NOMBRE DE LITS PAR CHAMBRE 2 à 4
SUPERFICIE DES CHAMBRES inconnue
NOMBRE DE DOUCHES 6
NOMBRE DE W.C. 6
DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES 2
CONTENU Boissons chaudes/ Friandises, biscuits
MONNAYEUR Non
ESPACE COLLECTIF
(DESCRIPTION)
Salle commune très sombre avec
télévision.
CONDITIONS D’ACCÈS Libre en journée
COUR EXTÉRIEURE
(DESCRIPTION)
Une petite courette.
CONDITIONS D’ACCÈS Libre en journée
RÈGLEMENT INTÉRIEUR
CONFORME À LA PARTIE
RÉGLEMENTAIRE DU CESEDA
Oui
AFFICHAGE/TRADUCTION Afʏchage en français, arabe,
espagnol, anglais, chinois
NOMBRE DE CABINES
TÉLÉPHONIQUES
1
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE DES
CABINES POUR JOINDRE LES
PERSONNES RETENUES
01.56.24.00.92 ou 01.44.07.39.53
VISITES (JOURS ET HORAIRES) Tous les jours de 9h à 19h
ACCÈS AU CENTRE PAR
TRANSPORTS EN COMMUN
Ligne de métro 4 station cité
LES INTERVENANTS
CHEF DE CENTRE Sous la responsabilité
du commandant MAREY,
le major PINCHON puis en 2011
le gardien de la paix VATINEL
SERVICE DE GARDE Préfecture de Police
ESCORTES ASSURÉES PAR Ȗ Ȗ Ȗ
GESTION DES ÉLOIGNEMENTS Ȗ Ȗ Ȗ
OFII – NOMBRE D’AGENTS Inconnue
FONCTIONS Récupération des bagages, retrait
d’argent, mandat, clôture des comptes
PERSONNEL MÉDICAL AU CENTRE 2 inʏrmières 7/7j et l médecin 3 fois
par semaine
NOMBRE DE MÉDECINS /
D’INFIRMIÈRES
8 inʏrmières et 2 médecins
HÔPITAL CONVENTIONNÉ Hôpital public de Paris, service
CUSCO
ASSFAM - NOMBRE
D’INTERVENANTS
6
LES AVOCATS SE DÉPLACENT-ILS
AU CENTRE ?
oui
LOCAL PRÉVU POUR LES
AVOCATS
Oui
PERMANENCE SPÉCIFIQUE AU
BARREAU
Oui
SI OUI, NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
VISITE DU PROCUREUR DE LA
RÉPUBLIQUE EN 2010
Non
LES SERVICES
HÔTELLERIE (DRAPS /
COUVERTURES) FOURNIE PAR
Les Sœurs de la Miséricorde
RENOUVELLEMENT Les Sœurs de la Miséricorde
ENTRETIEN ASSURÉ PAR Les Sœurs de la Miséricorde
RESTAURATION
(REPAS FOURNIS PAR)
Les Sœurs de la Miséricorde
REPAS PRÉPARÉS PAR Les Sœurs de la Miséricorde
ENTRETIEN ET HYGIÈNE DES
LOCAUX ASSURÉS PAR
Les Sœurs de la Miséricorde
FRÉQUENCE Tous les jours
NÉCESSAIRE HYGIÈNE ET
TOILETTE DES PERSONNES
RETENUES COMPOSÉ DE
Brosse à dent, dentifrice, shampoing,
savon, peigne/brosse, mouchoirs
DÉLIVRÉ PAR Les Sœurs de la Miséricorde
RENOUVELLEMENT A la demande
BLANCHISSERIE DES AFFAIRES
DES RETENUS
Oui
ASSURÉE PAR Les Sœurs de la Miséricorde
FRÉQUENCE A la demande
EXISTENCE D’UN VESTIAIRE Oui
STATI STI QUES
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 159
P
A
R
I
S
NOMBRE DE PERSONNES RETENUES PAR MOIS
JAN FÉV MAR AVR MAI JUIN JUIL AOÛ SEP OCT NOV DÉC
34
59
56
43
45
51
50
67
58
47
46
53
PRINCIPALES NATIONALITÉS
ALGÉRIENNE 2.9%
CAMEROUNAISE 4%
NIGÉRIANE 6.2%
CHINOISE 31.51%
THAILANDAISE 6%
ROUMAINE 16.5%
En tout 58 nationalités sont représentées. Les personnes venant du continent afri-
cain représentent 28.61% des personnes retenues. 45.13% des personnes rete-
nues viennent de l’Asie. Les personnes venant de l’Europe (au sens géographique
du terme) représentent 21.4% des personnes retenues. Le reste est représenté
par des personnes venant d’Amérique Latine.
AGE DES PERSONNES
28 À
24 ANS
25 À 39 ANS 40 À 59 ANS 60 ANS ET +
18.8% 48.2% 31.5% 7
514 personnes ont été placées au centre de rétention du Palais de Justice en 2010.
473 ont été suivies par l’ASSFAM.
MESURE D’ÉLOIGNEMENT À L’ORIGINE DU PLACEMENT
Nos statistiques portent sur les personnes que nous avons suivies (soit 514) en
raison dȊun ʐux important de retenues, ces mesures ont été renseignées pour 478
personnes retenues.
AME /APE 0
APRF 360
DUBLIN 2
ITF 6
OQTF 105
RÉADMISSION 5
TOTAL 478
DESTIN DES PERSONNES RETENUES
Embarquée 131
Libérée ʏn de rétention 20
Libérée TGI 136
Libérée CA 82
Libérée préfecture/ministère 43
Réadmission Dublin 4
Assignée TGI CA 9
Libérée TA 24
Raison médicale 10
Déférés 1
Inconnue 45
Fuite 0
Autres (suspension CEDH, transfert, réadmission simple ) 9
DURÉE DE LA RÉTENTION
48H ɻ 38.32%
l7 JOURS ɻ 47.24%
32 JOURS ɻ 14.33%
MOYENNE DUREE DE PRESENCE ɻ 9
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 160
CONDITIONS MATÉRIELLES
DE RÉTENTION
Le centre est si tué au cœur du Pal ai s de Justice
de Pari s en face du dépôt. Des travaux ont eu
lieux en ʏn dȊannée 2010. Le centre pourrait
accuei l l i r 40 personnes mai s n’ a jamai s été
au-del à d’ une vi ngtai ne de retenues. C’est un
CRA pour femmes décl arées i solées par l’ ad-
mi ni stration. Les zones de vie sont séparées
des zones admi ni strati ves. Les retenus ci r-
culent l i brement à l’ i ntérieur de leur zone. La
pol ice est l’ i ntermédi ai re entre les agents des
services présents et les retenues. Le centre est
très sombre et très gri l l agé pui sque hi storique-
ment, i l s’ agi ssai t d’ une pri son. La présence,
hi storique également, des sœurs de l a Mi sé-
ricorde est lȊune des spéciʏcités du centre. Ce
sont el les qui gèrent le service des repas, les
heures de ménage et les loi si rs des retenues.
Les acti vi tés sont très rares (puzzle, couture).
Le centre est très cal me. Le manque de
cl arté, l e f ai t d’ être à côté du dépôt donne un
véri tabl e senti ment d’ empri sonnement.
CONDITIONS D’EXERCICE
DE LA MISSION
DE L’ASSOCIATION
Le centre est sous l a responsabi l i té du com-
mandant des centres de Vi ncennes, mai s un
maj or gère l es rel ati ons quoti di ennes dans l e
centre. Les équi pes de l a pol i ce à l a gesti on, à
lȊaccueil et au coffre sont féminines. Le ʐux
restreint nous permet de simpliʏer les rela-
ti ons. Toutef oi s l es tensi ons exi stent encore
sur l’ i nf ormati on rel ati ve au vol , mai s l a ré-
tenti on d’ i nf ormati on n’est pas systémati que.
Nous n’ avons absol ument pas accès à l a zone
de vi e. Les portes sont f ermées à cl és.
Le servi ce médi cal est en f ace de nos bureaux.
Nous pouvons donc nous y rendre dès que
nous avons une sol l i ci tati on ou une questi on.
Le servi ce médi cal est composé de l a même
équi pe que cel l e de Vi ncennes. Nous ne ren-
controns j amai s l’ OFI I et nous avons une très
mauvai se vi si bi l i té de l eur mi ssi on réel l e.
Au début de notre i nterventi on nous ne pou-
vi ons rencontrer l a personne retenue pendant
l e ménage ai nsi qu’ à l’ heure du repas. Cette
si tuati on a été régl ée en mi l i eu d’ année. Mai s
nous évi tons toutef oi s l’ heure des repas, sauf
urgence, car l es sœurs réchauf f ent l es pl ats ce
qui peut condui re à des probl èmes sani tai res.
Comme à Vi ncennes, une l i ste des présents et
des mouvements est donnée à l’ASSFAM dès
son entrée dans le centre. Nous pouvons avoi r
accès aux i nformations mai s nous devons res-
ter à l’extérieur du bureau du gref fe. Les ref us
d’ i nformation exi stent (sur l a demande d’ asi le
par exemple) mai s el les sont rares et peuvent
se régler par l’ i ntervention de l a hiérarchie.
CONDITIONS D’EXERCICE
DES DROITS
L’ accès des retenues aux di f f érents acteurs a
touj ours été respecté. Les nouvel l es entrantes
sont vues l es mati ns par tous l es servi ces
(ASSFAM, servi ce médi cal , OFI I ). Les rete-
nus peuvent aussi f ai re des sol l i ci tati ons par
l es bi ai s des sœurs ou des agents.
L’ équi pe médi cal e du centre est l a même
que cel l e de Vi ncennes. Très présente, el l e
répond rapi dement aux sol l i ci tati ons. Toutes
l es personnes sont vues. Toutef oi s certai nes
personnes nous ont fait part de leur difʏcul-
té à communi quer en rai son d’ un probl ème
d’ i nterprétari at.
Le droi t de vi si te est respecté. Les vi si tes se dé-
roulent sans présence pol icière et porte close,
ce qui est très appréci able pour les retenues.
Les avocats se dépl acent régul i èrement au
centre.
La notiʏcation des droits est faite soit par le
bi ai s d’ un i nterprète assermenté ou par l ’ uti -
l i sati on de f ormul ai re pré-tradui t (i nf orma-
ti on sur l e droi t d’ asi l e).
I l n’ y a eu aucune mi se à l’ i sol ement, l es rares
tensi ons sont touj ours régl ées par l e di al ogue.
L’ équi pe de l ’ASSFAM met en l i en l a per-
sonne retenue avec son consul at.
Force est de constater que l ’ exerci ce des
droi ts est respecté, nous ne pouvons que
nous en f él i ci ter.
Le servi ce médi cal travai l l e dans l es mêmes
condi ti ons que cel ui de Vi ncennes car i l
s’ agi t de l a même équi pe.
Paris
Palais de justice

FOCUS
Le centre a été vidé en mars 20l0 aʏn de
permettre la rétention d’une douzaine de
travestis, transsexuels tous interpellés
dans le bois de Vincennes. quatre d’entre
eux se sont présentés à nous en tant
qu’homme, nous les avons renseigné
ainsi d’où la présence de quatre hommes
dans les statistiques. Les autres se sont
présentés à nous en tant que femmes et
étaient en cour de « transformation » par
traitement, nous les avons renseigné dans
la base de données en tant que femme.
Les trois quarts des transsexuelles ont
été libérées par le service médical car le
traitement était trop lourd. Les autres ont
été libérées par le JLD pour irrégularité de
la procédure. Deux ont été libérées par le
tribunal administratif pour craintes dans le
pays en cas de retour.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 161
Vincennes 1, 2 et 3
FI CHE DESCRI PTI VE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 162
DESCRIPTION DU CENTRE
DATE D’OUVERTURE 1995.
Ouverture des CRA 2 et 3 : 15 et 22
novembre 2010.
ADRESSE Avenue de l’école de Joinville 75012
Paris
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
ADMINISTRATIF DU CENTRE
01.43.53.79.00
CAPACITÉ DE RÉTENTION 3 centres de 56 places
bâtiment 1 : 60
bâtiments 2 et 3 : 58
NOMBRE DE BÂTIMENTS
D’HÉBERGEMENT
3
NOMBRE DE CHAMBRES 30+1 chambre d’isolement dans
chaque centre
Bâtiment 1 : 23
Bâtiment 2 et 3 : 29
NOMBRE DE LITS PAR CHAMBRE 2 à 4 lits pour le CRA 1.
2 lits pour les CRA 2 et 3 .
SUPERFICIE DES CHAMBRES CRA 1 : de 7 à 15 m
2

CRA 2 et 3 : 10 m
2
NOMBRE DE DOUCHES 10 dans chaque CRA
NOMBRE DE W.C. 10 dans chaque CRA
DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES 1 par centre
CONTENU Boissons chaudes/ Friandises, biscuits
cigarettes
MONNAYEUR Non
ESPACE COLLECTIF
(DESCRIPTION)
Une salle de détente dans chaque
centre avec des jeux vidéo.
CONDITIONS D’ACCÈS Libre en journée
COUR EXTÉRIEURE
(DESCRIPTION)
CRA 1: une petite cour et une grande cour
avec chacune une table de ping-pong
CRA 2 et 3 : grande cour grillagée
avec table de ping-pong
CONDITIONS D’ACCÈS Libre en journée
RÈGLEMENT INTÉRIEUR
CONFORME À LA PARTIE
RÉGLEMENTAIRE DU CESEDA
Oui
AFFICHAGE/TRADUCTION Afʏchage en français arabe, chinois
NOMBRE DE CABINES
TÉLÉPHONIQUES
3 par centre
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE DES
CABINES POUR JOINDRE LES
PERSONNES RETENUES
CRA 1 : 01.45.18.02.50 ou 59.70 ou 12.40
CRA 2 : 01.48.93.69.47.ou 69.62 ou 90.42
CRA 3 :01.48.93.99.80 ou 91.12 ou
01.43.76.50.87
VISITES (JOURS ET HORAIRES) Tous les jours de 9h à 19h
ACCÈS AU CENTRE PAR
TRANSPORTS EN COMMUN
RER A direction Boissy-Saint-Léger,
station Joinville le Pont
LES INTERVENANTS
CHEF DE CENTRE Commandant MAREY
SERVICE DE GARDE Préfecture de Police
ESCORTES ASSURÉES PAR Ȗ Ȗ Ȗ
GESTION DES ÉLOIGNEMENTS Ȗ Ȗ Ȗ
OFII – NOMBRE D’AGENTS 8 salariés.
FONCTIONS Récupération des bagages, retrait
d’argent, mandat, clôture des comptes
PERSONNEL MÉDICAL AU CENTRE 2 inʏrmières 7/7j et l médecin 3 fois
par semaine
NOMBRE DE MÉDECINS /
D’INFIRMIÈRES
2 médecins et 8 inʏrmières
HÔPITAL CONVENTIONNÉ Hôtel Dieu Paris
ASSFAM - NOMBRE
D’INTERVENANTS
6 salariés dont 3 présents du lundi au
samedi
LES AVOCATS SE DÉPLACENT-ILS
AU CENTRE ?
Très rarement
LOCAL PRÉVU POUR LES
AVOCATS
Oui
PERMANENCE SPÉCIFIQUE AU
BARREAU
Oui
SI OUI, NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
VISITE DU PROCUREUR DE LA
RÉPUBLIQUE EN 2010
Non
LES SERVICES
HÔTELLERIE (DRAPS /
COUVERTURES) FOURNIE PAR
GEPSA
RENOUVELLEMENT GEPSA
ENTRETIEN ASSURÉ PAR GEPSA
RESTAURATION (REPAS FOURNIS
PAR)
GEPSA
REPAS PRÉPARÉS PAR GEPSA
ENTRETIEN ET HYGIÈNE DES
LOCAUX ASSURÉS PAR
GEPSA
FRÉQUENCE Tous les jours
NÉCESSAIRE HYGIÈNE ET
TOILETTE DES PERSONNES
RETENUES COMPOSÉ DE
Une serviette, une brosse à dents,
un tube de dentifrice, un sachet de
shampoing, un peigne et un savon
DÉLIVRÉ PAR GEPSA
RENOUVELLEMENT A la demande
BLANCHISSERIE DES AFFAIRES
DES RETENUS
Oui
ASSURÉE PAR GEPSA
FRÉQUENCE A la demande
EXISTENCE D’UN VESTIAIRE non
STATI STI QUES
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 163
V
I
N
C
E
N
N
E
S
NOMBRE DE PERSONNES RETENUES PAR MOIS
JAN FÉV MAR AVR MAI JUIN JUIL AOÛ SEP OCT NOV DÉC
226
177
200
235
246
284
251
270
295
172
333
348
PRINCIPALES NATIONALITÉS
ALGÉRIENNE 17.3%
EGYPTIENNE 4.08%
MALIENNE 5.5%
MAROCAINE 4.1%
TUNISIENNE 9.5%
CHINOISE 8.1%
INDIENNE 5.75%
TURQUES 5.25%
ROUMAINE 3.9%
En tout 87 nationalités sont représentées. Les personnes venant du continent afri-
cain représentent 57.44% des personnes retenues. 32.3% des personnes rete-
nues viennent de l’Asie. Les personnes venant de l’Europe (au sens géographique
du terme) représentent 8% des personnes retenues. Le reste est représenté par
des personnes venant d’Amérique Latine.
AGE DES PERSONNES
SE DECLARANT MINEURS
28 À
24 ANS
25 À
39 ANS
40 À
59 ANS
60 ANS
ET +
24 15.5% 64.9% 17.9% 5
3161 personnes ont été placées au centre de rétention de Vincennes en 2010. 2458 ont été vues
et suivies par l’association. Les autres personnes retenues n’ont soit pas voulu nous rencontrer,
soit ont été embarquées sans que nous puissions les rencontrer.
MESURE D’ÉLOIGNEMENT À L’ORIGINE DU PLACEMENT
Nos statistiques portent sur les personnes que nous avons suivies (soit 2458) en
raison dȊun ʐux important de retenus, ces mesures ont été renseignées pour 2360
personnes retenues.
AME /APE 21
APRF 1862
DUBLIN 62
ITF 110
OQTF 292
RÉADMISSION 13
TOTAL 2360
DESTIN DES PERSONNES RETENUES
EMBARQUÉ 18.9%
LIBÉRÉ FIN DE RÉTENTION 248
LIBÉRÉ TGI 20.55%
LIBÉRÉ CA 14.33%
LIBÉRÉ PRÉFECTURE/MINISTÈRE 21.45%
RÉADMISSION DUBLIN 16
ASSIGNÉ TGI CA 32
LIBÉRÉ TA
63 soit
( 3.3%)
RAISON MÉDICALE 20
DÉFÉRÉS 13
INCONNUE 24
FUITE 2
DURÉE DE LA RÉTENTION
48H ɻ 23.58%
l7 JOURS ɻ 42.45%
32 JOURS ɻ 33.9%
MOYENNE DUREE DE PRESENCE ɻ 17
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 164
Les cent res de rétent i on Pari s Vi ncennes
1,2 et 3 se si t uent dans l ’ écol e nat i onal e
de pol i ce de Par i s (ENPP) dans l e boi s de
Vi ncennes. Si ces t roi s cent res const i t uent
t roi s zones d’ hébergement di st i nctes, l e
gref f e est mut ual i sé pour l es t roi s cent res
sous l a responsabi l i té du commandant
MA REY.
Le centre n’ accuei l l e pas de f ami l l e avec
enf ants, ni de f emme. I l s’ agi t d’ un centre
pour hommes.
PRESENTATION
DE CHAQUE CRA
CONDITIONS MATÉRIELLES
DE RÉTENTION
Jusqu’ au moi s de novembre l e centre de
rétenti on de Vi ncennes étai t composé de
Vi ncennes 1 et Vi ncennes 1bi s. Ces deux
centres étai ent concomi tants.
Les 15 et 22 novembre, l es centres de réten-
ti on Vi ncennes 2 et 3 ont respecti vement
ouvert l eur portes d’ une capaci té de 56 per-
sonnes chacun. Cette ouverture a eu pour
corol l ai re une montée en pui ssance très
rapi de des entrées. Le centre 1bi s n’ a pas
été fermé immédiatement. De façon ʏctive
l e centre n’ a pas dépassé l es 120 retenus car
l es centres de rétenti on 2 et 3 n’ étai ent pas
à l eur taux d’ occupati on compl et. Une ren-
contre avec l e cabi net du Préf et de Pol i ce a
permi s de régl er l a si tuati on.
CRA 1
Le premi er bâti ment, encore dési gné CRA 1,
se trouve à l ’ extrémi té de l a zone de l ’ ENPP,
derri ère l es préf abri qués accuei l l ant l es ser-
vi ces de l ’ admi ni strati on.
L’ entrée dans l e centre se f ai t par l ’ accuei l
tenu par l e personnel de l a GEPSA en pré-
sence de pol i ci ers. La GEPSA est une
soci été pri vée s’ occupant notamment de l a
di stri buti on des repas et de l ’ hygi ène (bl an-
chi ssement, ménage, etc.).
Les bureaux des i ntervenants (l ’ASSFAM,
l ’ OFI I et l e Servi ce médi cal ) sont si tués
après cet accuei l dans un coul oi r, hors de l a
zone de vi e des retenus, ce coul oi r communi -
quant avec l a zone de vi e par l ’ i ntermédi ai re
d’ un sas contrôl é par l es agents de l a GEPSA
ou par l es pol i ci ers muni s de badges.
I l n’ y a pas de di stri buteurs de ci garettes et
de f ri andi ses dans l a zone de vi e du CRA 1.
Ces di stri buteurs ne sont accessi bl es qu’ à
des horaires spéciʏques du jour, dans une
sal l e si tuée dans l e coul oi r des i ntervenants,
dans l aquel l e l es retenus sont amenés à l eur
demande sous escorte pol i ci ère.
La zone de vi e comporte, au rez-de-chaus-
sée, une sal l e commune où se trouvent une
tél évi si on et une machi ne à caf é. Cette sal l e
communi que avec une cour extéri eure gri l -
l agée et couverte, qui comporte une tabl e de
pi ng-pong. Ces deux zones communi quent
égal ement avec un coul oi r au bout duquel se
trouve l a sal l e des repas.
Au mi l i eu du coul oi r, un escal i er permet
d’ accéder au premi er étage, où se trouvent
l es chambres et l es sani tai res ai nsi que
dans un espace commun, troi s cabi nes té-
l éphoni ques et des j eux vi déo. Cet espace
débouche sur une pel ouse extéri eure à ci el
ouvert entourée de gri l l ages surmontés de
barbel és. Cet espace extéri eur comporte un
peti t espace couvert et des al l umes ci gares,
ai nsi que des tabl es de pi ng-pong. Ce centre
est vétuste.
CRA 2 ET CRA 3
Les deux autres centres, CRA 2 et CRA 3,
sont si tués sur un peti t pl ateau et sont neuf s.
L’entrée de cette zone est sécuri sée par un
gri l l age et une porte extéri eure dont l’ouver-
ture est acti onnée à di stance par l a pol i ce.
Les deux CRA ne f orment en réal i té qu’ un
seul bl oc, séparé au mi l i eu par une peti te zone
d’ accuei l pol i ci ère qui permet l’ accès à cha-
cune des deux ai l es, construi tes de mani ère
symétri que avec un l ong coul oi r réservé aux
bureaux des i ntervenants, sal l e de caméra et
chambre d’ i sol ement, débouchant sur une
porte sécuri sée acti onnée par l e personnel
de la GEPSA aʏn de permettre la circulation
entre l e coul oi r et l a zone de vi e des retenus.
Chaque centre comporte une grande cour gri l-
l agée avec table de pi ng-pong. Les personnes
retenues ont accès à l a cour par une grande
baie vi trée qui donne sur l a sal le commune.
Spacieuse, el le est concomi tante avec l a sal le
dans l aquel le sont dél i vrés les repas et où se
trouve une télévi sion. Des jeux vidéo sont à
di sposi tion. Un grand couloi r part de ces deux
pièces communes et di stri bue les chambres
d’ une capaci té de deux l i ts. Les sani tai res, au
nombre de di x dans chaque centre, se si tuent
au bout du couloi r. I l s sont mi nuscules et les
déplacements y sont difʏciles.
Vincennes 1, 2 et 3
FOCUS
GRAND CENTRE , GRANDE DÉTRESSE, DÉSHUMANI SATI ON
Le centre de rétention de Vincennes peut depuis l'ouverture des centres de rétention 2 et
3 accueillir jusqu'à 176 personnes. un chef de centre identique, les mêmes équipes certes
renforcées, un même greffe, le centre de rétention de Vincennes est un centre qui marche
à plein régime. plus de 3000 retenus placés en un an, les ʐux peuvent atteindre jusqu'à
10 entrées par centre et par jour. "Nous sommes du betail"," on est traité comme des bêtes",
tels sont les sentiments de certaines personnes retenues dans ce centre. Les actes
d'automutilation sont quotidiens et les tentatives de suicide fréquentes. Ces actes sont souvent
perçus par les autorités responsables de l'éloignement comme des actes d'évitement et non
de désespoir. ils conduisent au mieux à une hospitalisation mais rarement à une libération.
Pourtant et sans préjuger des raisons qui motivent de tels gestes, ils participent au climat de
stress et d'angoisse. Ainsi force est de constater que malgré la mise en place d'un dialogue
entre tous les intervenants de ce centre, ce dernier laisse peu de place à l'humain.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 165
V
I
N
C
E
N
N
E
S
CONDITIONS D’EXERCICE
DE LA MISSION
DE L’ASSOCIATION
Les bureaux de l’ASSFAM sont à l’extéri eur
des zones de vi e dans l a parti e où sont pl acés
l es autres i ntervenants. Nous n’ avons que très
rarement accès à l a zone de vi e. Cet accès est
souvent ref usé pour des rai sons de sécuri té.
L’ i nterf ace entre l es retenus et l ’ASSFAM
est f ai te par un prestatai re extéri eur qui gère
aussi l es repas et l es f ourni tures.
Lorsque nous voul ons rencontrer l es rete-
nus, l es i ntervenants de l a GEPSA l es sol -
l i ci tent au mi cro. S’ i l s’ agi t d’ une demande
d’ une personne retenue, une escorte l ’ amène
à notre bureau. Lorsque des agents de pol i ce
sont présents, l es retenus peuvent attendre
dans le couloir. Cette conʏguration ne pose
pas de probl ème en temps normal .
En revanche en cas de nombreuses de-
mandes, l es tensi ons sont accrues. Les i nter-
venants de l a GEPSA sont débordés, doi vent
f ai re f ace à beaucoup de sol l i ci tati ons.
Chaque mati n l a GEPSA nous remet une
l i ste des présents, une l i ste des entrées et des
sorti es ai nsi qu’ une l i ste des mouvements.
Les rel ati ons avec l e gref f e du centre sont
tres ʐuctuantes et dépendent beaucoup de
l ’ i nterl ocuteur. Nous n’ avons aucune copi e
des regi stres et nous ne pouvons pas en-
trer dans l e gref f e, nous devons attendre à
l ’ extéri eur du bâti ment. Nous l es sai si ssons
souvent en amont par tél éphone. Depui s
l ’ ouverture des centres de rétenti on 2 et 3,
l e gref f e est mutual i sé pour l es troi s centres
de Vi ncennes. Nous avons constaté un ral en-
tissement de la ʐuidité de lȊinformation. Les
équi pes sont souvent débordées, surtout en
cas de nombreuses entrées. Enʏn lȊacces au
regi stre concernant l a demande d’ asi l e est
tres difʏcile. JusquȊa présent, nous avons
reçu beaucoup de ʏn de non-recevoir. Il
nous a même été reproché de « voul oi r véri -
ʏer le travail du greffe ». Nous souhaitons
donc rappel er que nous pouvons avoi r accès
à toutes i nf ormati ons nécessai res dans l e
cadre de l a rétenti on pour et au nom des
retenus.
I l n’ est pas possi bl e d’ avoi r une copi e du re-
gi stre. Seul es l es copi es des mesures de pl a-
cement ou d’ él oi gnement nous sont données
l orsque nous l es demandons.
Le servi ce médi cal en 2010 étai t très présent
23h sur 24h dans l e centre. Nous ne pouvons
que f él i ci ter cette présence. Les rapports
avec l e servi ce médi cal sont l a pl upart du
temps cordi aux. Toutef oi s nos i nterventi ons
et sol l i ci tati ons respecti ves sont quel ques
f oi s mal perçues. Le di al ogue peut donc s’ en
trouvé al téré sur certai nes si tuati ons.
Les relations avec l’ OFII sont quasi i nexi stantes.
Les rel ati ons avec l es préf ectures sont pl utôt
cordi al es à l ’ excepti on des préf ectures des
Hauts de Sei ne et de l a Sei ne Sai nt Deni s
pour l esquel l es nos demandes restent en
règl e général e sans réponse.
Les rel ati ons avec l a préf ecture de pol i ce de
Pari s sont respectueuses. I l est possi bl e de l a
sai si r pour des demandes graci euses qui sont
toutes étudi ées.
CONDITIONS D’EXERCICE
DES DROITS
Les sal ari és de l a GEPSA sont l es premi ers
i nterl ocuteurs des retenus. I l s gèrent l es
demandes et sol l i ci tati ons pui s l es transf erts
vers l es servi ces concernés. Leur i nterven-
tion est difʏcile puisquȊelle gere souvent les
attentes, l es tensi ons, l es revendi cati ons.
Pour l ’ OFI I , l es nouveaux sont vus l e mati n.
Les démarches sont ef f ectuées dans l ’ après
mi di . Les mi ssi ons de l ’ OFI I ne sont pas
touj ours cl ai res. Lorsque nous rencontrons
un retenu, sel on ses demandes, nous l e ren-
voyons vers l ’ OFI I qui nous l e renvoi e. Les
i ntervenants de l ’ASSFAM sont amenés à
f ai re des cl ôtures de compte, pourtant mi s-
si on de l ’ OFI I .
Le servi ce médi cal en 2010 étai t très présent
dans l e centre 23h sur 24h. Le pri nci pe de
l ’ accès au soi n est donc une pri ori té de ce
servi ce. Tous l es retenus sont vus et l es sui -
vi s de trai tements pri s en charge rapi dement.
les inʏrmieres saisissent les médecins sur
l es cas qui nécessi tent un avi s. Le servi ce
médi cal se sai si t rapi dement des dossi ers de
personnes souf f rant de pathol ogi e l ourde.
Les retenus peuvent voir afʏchés coté centre-
pi èce à vi vre l es i nf ormati ons l es concernant
(vol , consul at, audi ence...) Sur l e pri nci pe
donc, l ’ accès à l ’ i nf ormati on est respecté.
En revanche cette i nf ormati on est f ai te par
écri t et en f rançai s d’ où quel que conf usi on
possi bl e l orsque l ’ i nf ormati on concerne une
personne i l l ettrée ou ne s’ expri mant pas du
tout en f rançai s.
L’ accès aux vi si tes, l e droi t de voi r son avo-
cat, sont en règl e général e respectés. La pl u-
part des probl èmes sont l i és à un agent trop
« zél é ».
L’ accès au cof f re sur 2010 a posé de séri eux
probl èmes en rai son d’ un manque d’ ef f ec-
ti f ou d’ af f ectati on. Mai s i l n’ étai t pas rare
qu’ un retenu attende pl usi eurs heures pour
pouvoi r accéder au cof f re.
VISITES ET ÉVÉNEMENTS
PARTICULIERS
Les centres Vi ncennes 1 et 1bi s ont été vi si -
té par l e contrôl eur général des l i eux pri va-
ti f s de l i berté en f évri er.
Le centre a été vi si té par un parl ementai re.
TÉMOIGNAGE
Mr D est sénégalais. il est entré en France en 2001 à l'âge de 23 ans. Il se maintient sur le territoire
en travaillant et saisit la préfecture 2 fois aʏn d'obtenir un titre de séjour. Ses demandes sont toutes
rejetées. en 2008 il rencontre une ressortissante française. ils s'installent ensemble. un enfant naît
en 2009 et un mariage est prévu en mai 2010. Mr se fait interpeller sur la voie publique en avril 2010
et est placé en rétention. les intervenants de l'ASSFAM saisissent le tribunal administratif d'une
requête en annulation de l'arrêté de reconduite à la frontière. le tribunal rejetera sa requête car Mr
n'a pas tous les éléments en sa possession. sa femme et sa ʏlle sont en vacances. Mr D restera l8
jours en rétention. la préfecture de police de Paris le libérera sur une saisine de l'ASSFAM, suite à la
présentation des preuves de la participation à l'entretien et à l'éducation de l'enfant.
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 166
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 167
Perpignan
FI CHE DESCRI PTI VE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 168
LE CENTRE
DATE D’OUVERTURE 19/12/2007
ADRESSE Rue des frères Voisin
Lotissement Torremilla
66000 Perpignan
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
ADMINISTRATIF DU CENTRE
04 68 64 73 62
CAPACITÉ DE RÉTENTION 48
NOMBRE DE BÂTIMENTS
D’HÉBERGEMENT
5
NOMBRE DE CHAMBRES 23
NOMBRE DE LITS PAR CHAMBRE 22 chambres à 2 lits, une à 4 lits
SUPERFICIE DES CHAMBRES 10,5 m²
NOMBRE DE DOUCHES 3 par bâtiment
NOMBRE DE W.C. 3 par bâtiment
DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES Oui
CONTENU Cigarettes (3 marques), cartes
téléphoniques (2 types), friandises,
boissons chaudes et froides
MONNAYEUR Oui, change des billets de 5, 10 et
20Ƞ
ESPACE COLLECTIF (DESCRIPTION) Une salle meublée d’une télévision
et de bancs. L'OFII prête des livres,
des jeux de cartes et parfois des
ballons de football aux retenus.
L'ennui est omniprésent au centre.
CONDITIONS D’ACCÈS Horaires limités de 7h à 21h
COUR EXTÉRIEURE (DESCRIPTION) Très grande cour entièrement
bétonnée. Quasiment pas de
protection contre le soleil et le vent.
Aucun banc, ni module ludique.
CONDITIONS D’ACCÈS Horaires limités de 7h à 21h
RÈGLEMENT INTÉRIEUR
CONFORME À LA PARTIE
RÉGLEMENTAIRE DU CESEDA
Oui, même si des retenus nous ont
indiqué des fautes de traduction.
AFFICHAGE/TRADUCTION SUR
DEMANDE DE LA CIMADE
Oui
NOMBRE DE CABINES
TÉLÉPHONIQUES
5
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE DES
CABINES POUR JOINDRE LES
PERSONNES RETENUES
Bâtiment 3 : 04 68 52 92 13
Bâtiment 4 : 04 68 52 92 21
Bâtiment 5 : 04 68 52 92 23
Bâtiment 6 : 04 68 52 96 07
Bâtiment 7 : 04 68 52 98 79
VISITES (JOURS ET HORAIRES) Tous les jours de 9h30 à 11h30 et de
15h30 à 17h30
La dernière visite débute 30 min
avant la ʏn, chaque visite dure 30
min.
ACCÈS AU CENTRE PAR
TRANSPORTS EN COMMUN
Oui, bus depuis le centre de
Perpignan et la navette pour
lȊaéroport. Mais très peu desservi
et surtout inconnu des GPS/sites
d'orientation type mappy.
LES INTERVENANTS
CHEF DE CENTRE Capitaine Joël Feiche
SERVICE DE GARDE Gendarmerie
ESCORTES ASSURÉES PAR Gendarmerie, exceptionnellement PAF
GESTION DES ÉLOIGNEMENTS PAF
OFII – NOMBRE D’AGENTS 1
FONCTIONS Écoute, récupération des
bagages, change d’argent, achats
PERSONNEL MÉDICAL AU CENTRE l inʏrmière 7/7j et l médecin
2 demi-journées par semaine
(mardi et vendredi matin)
NOMBRE DE MÉDECINS
/ D’INFIRMIÈRES
l inʏrmier(e) présent(e) au centre
tous les jours de 9h à 18h, 1
médecin présent tous les après-
midis du lundi au samedi (sauf
urgences au centre pénitentiaire).
HÔPITAL CONVENTIONNÉ Hôpital Saint-Jean, Perpignan
CIMADE - NOMBRE D’INTERVENANTS 2
LES AVOCATS SE DÉPLACENT-ILS AU
CENTRE ?
NON
LOCAL PRÉVU POUR LES AVOCATS Oui, même si les Gendarmes
l'utilisent comme local de
surveillance/détente
PERMANENCE SPÉCIFIQUE AU BARREAU Non (permanence pénale)
SI OUI, NUMÉRO DE TÉLÉPHONE 06 22 19 69 69
VISITE DU PROCUREUR DE LA
RÉPUBLIQUE EN 2010
Oui
LES SERVICES
HÔTELLERIE (DRAPS / COUVERTURES)
FOURNIE PAR
Avenance
RENOUVELLEMENT 10 jours
ENTRETIEN ASSURÉ PAR Fer Express
RESTAURATION (REPAS FOURNIS PAR) Avenance
REPAS PRÉPARÉS PAR Avenance
ENTRETIEN ET HYGIÈNE DES LOCAUX
ASSURÉS PAR
ONET Service
FRÉQUENCE Quotidien
NÉCESSAIRE HYGIÈNE ET TOILETTE
DES PERSONNES RETENUES
COMPOSÉ DE
Dentifrice, brosse à dents,
dosette shampooing, savon,
peigne, mousse à raser, rasoir
DÉLIVRÉ PAR Hygy-Pro
RENOUVELLEMENT À la demande
BLANCHISSERIE DES AFFAIRES DES
RETENUS
Oui
ASSURÉE PAR Avenance
FRÉQUENCE Quotidienne
EXISTENCE D’UN VESTIAIRE Non
DESCRIPTIF DES BÂTIMENTS
Le CRA de Perpignan se situe au nord de la commune, à proximité de l’aéroport. Il se compose de 7 bâtiments
dont 5 servent à héberger les retenus, un accueille le réfectoire, la salle collective de loisirs, la laverie ainsi que
les bureaux des intervenants et un dernier est d’usage purement administratif.
Les bâtiments hébergeant les retenus sont composés de chambres doubles ainsi que de toilettes et de douches
collectives. Une grande cour permet enʏn aux retenus dȊévoluer durant la journée à lȊair libre. LȊensemble des
constructions est récent puisque le CRA de Perpignan a été mis en service en décembre 2007.
Les enceintes sont entourées de grillages et de barbelés qui ne cessent de grandir et d’être renforcés chaque
année, à certains endroits. Ce dispositif est complété par de nombreuses caméras de surveillance ainsi que
par du personnel de garde (Gendarmerie Nationale).
STATI STI QUES
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 169
P
E
R
P
I
G
N
A
N
NOMBRES DE PERSONNES RETENUES PAR MOIS
JAN FÉV MAR AVR MAI JUIN JUIL AOÛ SEP OCT NOV DÉC
109
113
95
115
88
84
57
55
69
67
94
78
GENRES
HOMMES : 1024 FEMMES : 0
AGE (ÂGE DÉCLARÉ)
AGE MOYEN : 32 ANS DONT 2 MINEURS
PRINCIPALES NATIONALITÉS
MAROC 558 54,49%
ALGERIE 129 12,60%
PAKISTAN 36 3,52%
EQUATEUR 31 3,03%
BRESIL 19 1,86%
SENEGAL 18 1,76%
BOLIVIE 13 1,27%
COLOMBIE 13 1,27%
GEORGIE 12 1,17%
PEROU 12 1,17%
CHINE 10 0,98%
AUTRES 173 16,89%
INTERPELLATIONS
80% D’INTERPELLATIONS À LA FRONTIÈRE
MESURE D’ÉLOIGNEMENT À L’ORIGINE DU PLACEMENT
APE 1 0,10%
APRF 970 95,19%
ITF 6 0,59%
OQTF 15 1,47%
RÉAD 7 0,69%
SIS 20 1,96%
TOTAL 1019 100,00%
INCONNU 5
DESTIN À L’ISSUE DE LA RÉTENTION
EMBARQUE 597 58,76%
READMIS SIMPLE 198 19,49%
DEFERE 48 4,72%
LIBERE FIN RETENTION 44 4,33%
REFUS EMBARQUEMENT 22 2,17%
LIBERE PREF 18 1,77%
LIBERE TGI 17 1,67%
LIBERE CA 16 1,57%
TRANSFERE 12 1,18%
ASSIGNE TGI 12 1,18%
LIBERE TA 11 1,08%
READMIS DUBLIN 7 0,69%
APRF ABROGE 6 0,59%
LIBERE ARTICLE 13 3 0,30%
RAISON MEDICALE 2 0,20%
ASSIGNE CA 2 0,20%
FUITE 1 0,10%
TOTAL 1016 100%
INCONNU 8
DURÉE DE LA RÉTENTION (EN JOURS)
DURÉE MOYENNE DE RÉTENTION ɻ 8,34
DURÉE MOYENNE POUR LES PERSONNES LIBÉRÉES ɻ 10,69
DURÉE MOYENNE POUR LES PERSONNES EXPULSÉES ɻ 7,77
DURÉE MOYENNE POUR LES RÉADMISSIONS DUBLIN ɻ 13,66
DURÉE MOYENNE POUR LES RÉADMISSIONS SIMPLES ɻ 5,96
DURÉE MOYENNE POUR LES ITF ɻ 4,6
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 170
En 2010 enʏn, suite a une tentative réussie de
soustracti on, des barbel és suppl émentai res
ont été posés sur l es barri ères métal l i ques
entourant l e CRA et sur l e portai l d’entrée.
CONDITIONS D’EXERCICE DE
LA MISSION DE LA CIMADE
Nous n’ avons touj ours pas d’ accès l i bre à l a
zone de vi e. L’ accès au préau, j ouxtant l e bâ-
ti ment des i ntervenants, est seul ement tol éré
par l e chef de centre ; mai s tous l es esca-
drons de gendarmeri e assurant l a sécuri té du
centre ne sont pas touj ours au courant. Cel a
nous obl i ge à régul i èrement devoi r rappel er
aux gendarmes cette possi bi l i té, ceux-ci ne
l ’ admettant que rarement, à sol l i ci ter ensui te
l ’ i nterventi on du chef de centre et à voi r nos
f ai ts et gestes contrôl és ou encadrés.
Nous n’ avons pas non pl us accès l i brement
à l a procédure admi ni strati ve bi en que
cela soit prévu aʏn que La Cimade puisse
rempl i r sa mi ssi on dans des condi ti ons
normal es. Quant à l a procédure j udi ci ai re,
nous n’ y avons pas du tout accès, seul e l a
présence aux audi ences du JLD nous permet
d’ en avoi r un aperçu rapi de, l orsque l es avo-
cats nous en accordent l e droi t.
S’ agi ssant des rel ati ons avec l es i nterve-
nants, cel l es-ci sont pl utôt bonnes, même si
quel ques remarques s’ i mposent.
Lorsque l ’ agent de l ’ OFI I est absent, l es
i nf ormati ons concernant l es départs ou l es
réadmi ssi ons ont parf oi s du mal à ci rcul er.
Cette mi ssi on devrai t normal ement reveni r
aux gendarmes du gref f e qui n’ i nf orment
toutef oi s pas systémati quement l es retenus
de l eur départ dès qu’ i l s sont en possessi on
de cette i nf ormati on, voi re qui nous l ai ssent
parf oi s l e soi n de l es préveni r sans que cel a
rel ève pourtant de notre mi ssi on.
Si l ’ on ne peut parl er d’ une réel l e dégrada-
ti on des rel ati ons avec l es membres du per-
sonnel médi cal , i l est à noter qu’ i l est parf oi s
difʏcile de collaborer quand la situation de
certai ns retenus pose l a questi on de l a com-
pati bi l i té de l eur état de santé avec l a réten-
ti on. Nous avons constaté parf oi s un ref us
total de communi cati on : l e servi ce médi -
CONDITIONS MATÉRIELLES
DE RÉTENTION
Les condi ti ons matéri el l es de rétenti on n’ ont
guère évol ué depui s l ’ ouverture du centre en
2007 : nous dépl orons encore et touj ours l e
manque cruel d’ acti vi tés proposées aux per-
sonnes retenues, cel l es-ci devant se conten-
ter de l a sal l e de tél évi si on et d’ un bal l on en
mousse, de temps en temps prêté par l e per-
sonnel de gendarmeri e.
Aucun banc n’ est présent dans l ’ encei nte
même de l a cour, et seul l e préau, trop peti t
pour accuei l l i r 48 personnes, propose une
zone d’ ombre en été, et une protecti on contre
le vent violent qui soufʐe tres régulierement
à Perpi gnan. Des partenai res extéri eurs
di vers (personnel rel i gi eux notamment
l ’ I mam de Perpi gnan, groupe de l ecture et
d’ al phabéti sati on, entrai neurs sporti f s,...)
ont pu être approchés aʏn de remédier a
cette si tuati on très préoccupante qui pèse
cruel l ement sur l e déroul ement de l a réten-
ti on admi ni strati ve, mai s ces i ni ti ati ves
n’ ont pour l e moment pas abouti .
S’ agi ssant de l a l i bre ci rcul ati on des per-
sonnes retenues, cel l e-ci est normal ement
Perpignan
éri gée en pri nci pe de f oncti onnement du
CRA. Mal heureusement, l es régul i ers chan-
gements d’ escadrons de gendarmeri e en
charge de l a survei l l ance du centre, et l eurs
méthodes de travai l di f f érentes, ont pour ef-
f et de porter attei nte à ce mode de f oncti on-
nement : l a porte d’ accès rel i ant di rectement
l a zone de vi e aux bureaux du personnel
médi cal , de l ’ OFI I et de La Ci made, est tan-
tôt ouverte, tantôt f ermée, l es retenus devant
appel er l es gendarmes. Ceux-ci , en f oncti on
du l i eu où i l s se trouvent (devant l a porte
même ou dans l e l ocal réservé aux avocats,
pl us él oi gné) ne l es entendent pas touj ours,
l es retenus étant al ors obl i gés de cri er, voi re
de f rapper sur l es f enêtres ou l es portes.
Les condi ti ons d’ accès aux documents per-
sonnel s sont el l es aussi parf oi s rendues di f-
ʏciles en raison de ces changements régu-
l i ers d’escadrons. Les retenus ont, en vertu
du règl ement i ntéri eur du CRA, l e droi t de
récupérer l eurs ef f ets personnel s, documents
compris, pendant des créneaux horaires déʏ-
ni s, mai s l e chef du centre f ai t preuve d’ une
certai ne tol érance l orsque ces documents sont
nécessai res pour toute démarche admi ni stra-
ti ve ou j uri di que. Nous devons toutef oi s régu-
l i èrement expl i quer ces pri nci pes au person-
nel de gendarmeri e, voi re f ai re appel au chef
de centre, et dépl orons l a perte de temps et
d’énergi e occasi onnée, qui peut parf oi s avoi r
des conséquences sur l’exerci ce même des
droi ts des personnes retenues.
Nous ne rel evons ensui te que peu de pl ai ntes
s’ agi ssant des sani tai res et de l a l averi e ; l es
repas sont davantage suj et à protestati on, en
rai son de l eur qual i té j ugée médi ocre par
bon nombre de retenus, mai s aussi à cause
des dates de pérempti on i nscri tes sur l es pl a-
teaux-repas : en péri ode de weekend, ceux-ci
sont préparés pour être consommés j usqu’ au
di manche, mai s l es personnes retenues se
montrent tres méʏantes et invoquent souvent
l e f ai t qu’on l eur sert de l a nourri ture péri mée.
Ri en ne peut être f ai t à ce ni veau étant donné
que ces repas sont préparés par une soci été
pri vée qui organi se comme el l e l ’ entend l a
gestion et les inscriptions ʏgurant sur les
produi ts qu’ el l e l i vre.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 171
P
E
R
P
I
G
N
A
N

TÉMOIGNAGE
Monsieur N., ressortissant espagnol, a été interpellé en possession de l’original du
registre civil espagnol (délivré seulement aux ressortissants espagnols) et une copie
d’une déclaration de perte de sa carte nationale d’identité espagnole. La PAF n’a pas pris
en compte ces documents et a effectué pendant sa garde à vue des recherches, via la
police espagnole, dans les ʏchiers des étrangers en Espagne. ll est placé en rétention sur
le fondement d’un APRF qui se contente de mentionner que : «les renseignements pris
auprès des autorités espagnoles permettent de conʏrmer quȊil est inconnu des ʏchiers
étrangers en Espagne» – ce qui est logique lorsque l’on n’est pas étranger, mais espagnol.
Ni la préfecture, ni la PAF ne rapportent la preuve de recherches effectuées sur les ʏchiers
des nationaux espagnols.
Dans les jours suivants son placement en rétention, Monsieur N. s’est fait faxer une copie
de sa carte nationale d’identité, puis il a saisi le Consulat d’Espagne de Perpignan qui a
conʏrmé, le 3ème jour de rétention, que Monsieur B. était bien de nationalité espagnole.
La préfecture en a été immédiatement informée mais elle a décidé de maintenir Monsieur
B. en rétention, en continuant à soutenir qu’il était de nationalité marocaine.
Un recours contentieux a été formé, mais lȊaudience nȊa pu être ʏxée que trois jours
plus tard, ce qui a permis à la PAF de présenter l’intéressé au Consul du Maroc, puis
d’organiser sa réadmission en Espagne le jour même, sous réserve d’un désistement
de son recours contentieux. Souhaitant mettre ʏn au plus vite à sa privation de liberté,
Monsieur B. a accepté et est retourné en Espagne. Il a toutefois déposé une demande
d’indemnisation pour faute grave de l’administration, actuellement pendante devant le
Tribunal administratif de Montpellier.
Monsieur B., résidant sur le territoire espagnol depuis de nombreuses années, entretenait
une relation de couple stable avec une ressortissante espagnole dont il avait eu un enfant,
également de nationalité espagnole. Il a souhaité contester la décision d’éloignement dont
il faisait lȊobjet aʏn de faire valoir sa situation familiale et la nécessaire protection de celle-
ci. Le juge administratif a pris en considération ces éléments s’agissant de la décision
ʏxant le Maroc comme pays de destination. ll a ainsi pu décider que « si M. B. [ȓ] apporte
la preuve qu’une reconduite à destination d’un autre pays que l’Espagne constituerait une
violation des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des
droits de l’Homme et des Libertés fondamentales, ainsi que de l’article 3 de la convention
relative aux droits de lȊenfant ; quȊainsi cette décision doit être interprétée comme
prévoyant sa reconduite en Espagne, et n’est légale qu’à cette condition ».
Le 4 septembre 2010, Monsieur B. a toutefois été reconduit par bateau en partance de
Sète à destination du Maroc. Sur la ʏche dȊescorte qui nous a été fournie, il était de plus
indiqué qu’il devait faire l’objet de mesures de surveillance, alors même qu’il n’avait à
aucun moment durant sa rétention fait montre de comportements dangereux ou violents
pour lui-même ou pour son entourage.
Nous avons pris contact avec le service des étrangers de la Préfecture des Pyrénées-
Orientales, le 8 septembre 20l0, aʏn de connaître les raisons de cet éloignement allant à
l’encontre de la décision du juge administratif de Montpellier. Il nous a été rétorqué que les
autorités espagnoles avaient refusé la réadmission de lȊintéressé et que dès lors seul son
éloignement à destination du Maroc était envisageable.
Face à ce dispositif coercitif d’éloignement, Monsieur B. ne disposait que de peu de
marge de manœuvre pour contraindre l’administration à respecter la décision du juge
administratif, sauf à commettre un délit en se rebellant contre la reconduite. Cela n’a
cependant pas empêché lȊagent administratif de la Préfecture contacté dȊafʏrmer que
s’il ne voulait vraiment pas retourner dans son pays, Monsieur B. n’avait qu’à refuser
d’embarquer. Il nous a également été répondu que la décision du juge administratif
de Montpellier nȊétait pas très claire, et que le magistrat aurait dû décider dȊannuler
la décision ʏxant le pays de destination litigieuse plutôt que dȊémettre une réserve
d’interprétation. La décision susvisée ne procédait certes pas à une annulation mais elle
était d’une grande clarté et dénuée de toute ambiguïté.
A ce jour, Monsieur B. est toujours au Maroc : la PAF a non seulement procédé à son
éloignement en totale violation d’une décision de justice, mais a également, selon
sa compagne, conservé des documents d’identité lui permettant un retour rapide
en Espagne. Un recours en indemnisation pour faute grave de l’administration est
actuellement pendant.
cal prend nos remarques pour des attaques
personnel l es et oubl i e l e f ai t que nous ne
cherchons qu’ à nous assurer que l es droi ts
ef f ecti f s des retenus soi ent respectés. Nous
avons de plus beaucoup de difʏcultés a les
sensi bi l i ser sur des si tuati ons pourtant al ar-
mantes (cas d’ une personne avec un bras
droi t atrophi é et un bras gauche pl âtré en
cours de rétenti on, qui se voyai t obl i gé de
sol l i ci ter l ’ ai de des autres retenus pour se
nourri r, se l aver et f ai re ses besoi ns). Par ai l -
l eurs, au cours du moi s d’ août, l e médeci n a
été absent pl usi eurs f oi s de ses permanences
de l ’ après-mi di (manque d’ ef f ecti f s entre l a
pri son où i l exerce égal ement et l e CRA).
CONDITIONS D’EXERCICE
DES DROITS
La popul ati on des retenus au CRA est consti -
tuée d’envi ron 25% de ressorti ssants maro-
cai ns i nterpel l és al ors qu’ i l s étai ent en trai n
trai n de rentrer vol ontai rement dans l eur
pays. N’ ayant souvent pl us l es moyens de
payer une nouvel l e f oi s l eur retour, i l s sont
en quel que sorte contrai nts à ne pas f ai re
de recours. Si l e j uge l es l i bérai t, i l s serai ent
al ors obl i gés de reparti r au pays par l eurs
propres moyens. Dès l ors, l’ OFI I j oue un rôl e
très i mportant en portant à l a connai ssance
de l a PAF l eur vol onté de retourner rapi de-
ment dans l eur pays d’ori gi ne ; ses demandes
permettent général ement l e départ dans des
dél ai s pl us bref s de ces personnes.
La PAF, responsabl e de l a gesti on de l ’ él oi -
gnement pour l e CRA de Perpi gnan, i mpose
quant à el l e une prati que que nous esti mons
contrai re au respect de l ’ exerci ce ef f ecti f
des droi ts des retenus : l orsqu’ un retenu
sol l i ci te une réadmi ssi on Schengen, l a PAF,
di sposant d’ un pouvoi r di scréti onnai re sur
ces demandes de réadmi ssi on, exi ge que ce
derni er n’ exerce aucun recours j uri di cti on-
nel et /ou demande d’ asi l e sous pei ne de ne
pas trai ter sa demande de réadmi ssi on, sauf
consi dérati ons d’ opportuni té. Si toutef oi s,
l a demande de réadmi ssi on est demandée ou
accordée, et que l e retenu ti ent tout de même
à exercer une ou pl usi eurs voi es de recours,
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 172
à caractère suspensi f ou non, ou à déposer
une demande d’ asi l e, l a PAF exi ge son dési s-
tement, sous pei ne d’ annul er l ’ exécuti on de
l a réadmi ssi on.
Les rai sons avancées, l orsque nous parve-
nons à en obteni r, sont l a charge de travai l
suppl émentai re que ces demandes mul ti pl es
engendrent et l a nécessi té pour l e retenu
d’ opérer un choi x entre l es droi ts qui l ui
sont l égal ement reconnus (l a concomi tance
d’ exerci ce des voi es de recours, du droi t
d’ asi l e et de l a réadmi ssi on Schengen n’ étant
pas tol érée par l ’ admi ni strati on).
Si enʏn, la personne va au bout de son
contenti eux, el l e n’ a pl us aucun espoi r de
voi r sa demande de réadmi ssi on exami née
ou exécutée.
La PAF des Pyrénées-Ori ental es comme
de l ’Aude pei ne ensui te à reconnaître l a
régul ari té de l a si tuati on admi ni strati ve de
certai ns ressorti ssants de pays ti ers, dès l a
garde-à-vue, et ce al ors même que ces per-
sonnes disposent de documents ofʏciels leur
permettant de ci rcul er l i brement et qu’ el l es
revendi quent ce droi t dès l eur i nterpel l ati on.
Nous avons ai nsi pu rencontrer des per-
sonnes en possessi on de passeports di pl o-
mati ques, de récépi ssés de demande d’ asi l e
en cours de trai tement, de vi sas permanents
pour un pays de l ’ Uni on Européenne ou de
vi sas de l ong séj our et pouvant prouver une
entrée depui s moi ns de troi s moi s dans l ’ es-
pace Schengen. D’ autres étai ent en posses-
si on de ti tres de séj our d’ un pays de l ’ Uni on
Européenne péri més et accompagnés de
demandes de renouvel l ement en cours. Des
touri stes, di spensés de vi sa, ont égal ement
été pl acés en rétenti on admi ni strati ve al ors
qu’ i l s se trouvai ent depui s moi ns de troi s
moi s dans l ’ espace Schengen ; un ressorti s-
sant espagnol a même été i nterpel l é al ors
qu’ i l étai t en possessi on d’ un extrai t du re-
gi stre d’ état ci vi l espagnol .
Pour chacune de ces personnes, mal gré des
tentati ves de négoci ati on ami abl es l ors des-
quel l es toutes l es preuves de l a régul ari té du
séj our étai ent apportées, l ’ admi ni strati on est
demeurée i mperméabl e à nos demandes de
mi se en l i berté, al ors même qu’ une entente
permettant d’ évi ter des contenti eux i nuti l es
et des temps de pri vati on de l i berté i nj usti -
ʏés étaient possibles.
Le premi er tri mestre 2010 a par ai l l eurs été
marqué par de nombreux pl acements de res-
sorti ssants étrangers, notamment i ndi ens et
paki stanai s, ti tul ai res de vi sas nati onaux
i tal i ens val i des ; l a PAF procédai t el l e-
même à l ’ annul ati on de ces vi sas, en appo-
sant un tampon sur l e passeport même.
Les troi s premi ères personnes touchées par
cette prati que ne se sont à aucun moment
vues notiʏer cette décision dȊannulation de
vi sa, ni l es voi es et dél ai s de recours conten-
ti eux y af f érant. Par l a sui te, l es retenus se
sont vus remettre une notiʏcation directe-
ment i ssue d’ un f ormul ai re-type, dénuée
de toute moti vati on apparente, sans toute-
f oi s que soi t i ndi qué l e caractère suspensi f
ou non des recours contenti eux di sponi bl es
à l ’ encontre de ces déci si ons d’ annul ati on.
L’ exerci ce ef f ecti f des droi ts des retenus
s’ est dès l ors trouvé gravement contrari é par
ces carences vol ontai rement orchestrées, l es
4 derni ères personnes n’ ayant notamment
pas pu f ormer de recours dans l es dél ai s
i ndi qués.
Depui s l e 11 mai 2010, pl us aucun pl ace-
ment en rétenti on de personnes ti tul ai res
d’ un vi sa nati onal i tal i en val i de n’ a eu l i eu, à
quel ques excepti ons près (sans toutef oi s que
ces pl acements soi ent accompagnés d’ annu-
l ati on de vi sa) : ci nq personnes ont été pl a-
cées au CRA de Perpi gnan entre j ui l l et et
ʏn septembre. Deux ont été libérées par le
TA ; une a été l i bérée par l a Cour d’Appel
(outre l e vi sa nati onal val i de, ce ressorti s-
sant paki stanai s étai t en si tuati on régul i ère
sur l e terri toi re f rançai s pui squ’ i l j oui ssai t
d’ une l i bre ci rcul ati on pendant l es 3 moi s
sui vant son entrée sur l ’ espace Schengen) et
l es deux derni ères ont f ai t l ’ obj et d’ un arrêté
de réadmi ssi on, ce qui est une prati que rare à
Perpi gnan. El l es ont été réadmi ses en I tal i e
au bout de 7 j ours de rétenti on.
LȊexercice du droit dȊasile est enʏn assez
mal trai té par l es autori tés admi ni strati ves :
outre l e f ai t, menti onné ci -dessus, que l a
PAF demande de choi si r entre une demande
d’ asi l e et une demande de réadmi ssi on, des
retenus sont régul i èrement présentés en
seconde prol ongati on al ors même que l eur
demande d’ asi l e est touj ours en cours de
trai tement auprès de l ’ OFPRA. En premi ère
i nstance comme en appel , l es magi strats
nȊéprouvent aucune difʏculté a prolonger
de qui nze j ours l a rétenti on admi ni strati ve
de ces personnes. Ces cas sont rel ati vement
rares, mai s nous ne parvenons pas à f ai re en-
tendre rai son aux autori tés admi ni strati ves
comme j udi ci ai res sur ce poi nt.
VISITES ET ÉVÉNEMENTS
PARTICULIERS
Le Procureur de l a Républ i que du Tri bunal
de Grande I nstance de Perpi gnan a exercé
son droi t de vi si te du CRA en décembre
2010. Nous n’ avons eu aucun écho ul téri eur
de sa vi si te.
Par ai l l eurs, l e CGLPL est égal ement venu
au CRA. I l a à cette occasi on di scuté l on-
guement avec l ’ i ntervenante de La Ci made
présente ce j our-l à ; cet échange l ui a per-
mi s de prendre connai ssance des rel ati ons
globalement conʐictuelles quȊentretient La
Ci made avec l a PAF des Pyrénées-Ori en-
tal es. Ce constat ai nsi que l ’ absence total e
d’ acti vi tés des retenus ont été l es deux seul s
poi nts négati f s dont i l a pu f ai re part au chef
de centre, sel on ce derni er.
UNE GESTION DES
RÉADMISSIONS PAR LA
POLICE PEU COMPATIBLE
AVEC L’EXERCICE DES DROITS
Le f ai t que l a pol i ce aux f ronti ères ai t en
charge l a gesti on de l ’ él oi gnement dans l e
département, et l a régl ementati on propre
aux réadmi ssi ons Schengen ont un i mpact
i mportant sur l es condi ti ons d’ exerci ce de
notre mi ssi on et sur l es possi bi l i tés of f ertes
aux retenus d’ exercer l eurs droi ts.
C’ est une des parti cul ari tés l es pl us mar-
quantes de ce centre de rétenti on.
Le pouvoi r accordé à l a pol i ce aux f ronti ères
est d’ autant pl us grand que l a pl upart des
procédures d’ él oi gnement exécutées à Perpi -
gnan sont des réadmi ssi ons Schengen. Outre
l e manque de transparence de cette procé-
dure, et l es possi bi l i tés de contrôl e j uri di c-
ti onnel très rédui tes qui l a caractéri sent, l e
f ai t que des déci si ons soi ent parf oi s contes-
tées est très mal perçu par certai ns agents
de pol i ce. Ces derni ers ayant l e pouvoi r
de demander ou pas une réadmi ssi on, l es
étrangers concernés sont otages de l eur bon
voul oi r et d’ une cul ture pol i ci ère qui n’ est
pas touj ours encl i ne à permettre l ’ exerci ce
ef f ecti f des droi ts.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 173
Plaisir
FI CHE DESCRI PTI VE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 174
LE CENTRE
DATE D’OUVERTURE 9 mai 2006
ADRESSE 889, Avenue François Mitterrand
78370 PLAISIR
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
ADMINISTRATIF DU CENTRE
01.30.07.77.50
CAPACITÉ DE RÉTENTION 30 personnes maximum
NOMBRE DE BÂTIMENTS
D’HÉBERGEMENT
1
NOMBRE DE CHAMBRES 14 chambres (dont une condamnée)
NOMBRE DE LITS PAR CHAMBRE 2 sauf celle des femmes (6 lits)
Chambre isolement : 1
SUPERFICIE DES CHAMBRES 11.40m² et 29.20m² seulement pour
la grande
NOMBRE DE DOUCHES 1 dans chaque chambre
NOMBRE DE W.C. 1 dans chaque chambre
DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES Oui et une fontaine à eau depuis
l’été 2008
CONTENU Boissons et Friandises
MONNAYEUR non
ESPACE COLLECTIF (DESCRIPTION) Un réfectoire (4 tables, 16 chaises),
un téléviseur et un babyfoot (dans
le couloir) ainsi qu’une cour de
promenade
CONDITIONS D’ACCÈS Horaires limités pour l’espace
collectif 6h45 à 23h45
COUR EXTÉRIEURE (DESCRIPTION) Une cour extérieure au 2
ème
étage
de l08m² recouverte de ʏlins anti-
évasion et de grillage
CONDITIONS D’ACCÈS Horaires limités : 6h45 à 23h45
RÈGLEMENT INTÉRIEUR
CONFORME À LA PARTIE
RÉGLEMENTAIRE DU CESEDA
Oui
AFFICHAGE/TRADUCTION SUR
DEMANDE DE FTDA
Français, anglais, arabe, chinois,
espagnol, russe et portugais
NOMBRE DE TÉLÉPHONES 2 (un troisième se trouve dans la
salle réquisitionnée par la PAF.
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE DES
CABINES POUR JOINDRE LES
PERSONNES RETENUES
01 34 59 35 30 et 01 34 59 30 86
VISITES (JOURS ET HORAIRES) Tous les jours de 8h-12h00 et
13h30-17h30
ACCÈS AU CENTRE PAR
TRANSPORTS EN COMMUN
Gare SNCF – Plaisir-Les-Clayes ou
Plaisir-Grignon puis 30 minutes de
marche ou bus arrêt Commissariat
ou Valibout
LES INTERVENANTS
CHEF DE CENTRE Lieutenant DORIVAL puis
Lieutenant GLAND
SERVICE DE GARDE DD PAF 78 / CRA
ESCORTES ASSURÉES PAR Garde du CRA appartenant à la
DDPAF 78
GESTION DES ÉLOIGNEMENTS Préfecture
OFII – NOMBRE D’AGENTS 1
FONCTIONS Ecoute, récupération des bagages,
salaires, argent de comptes, achats
(dont cartes téléphoniques et
cigarettes), bibliothèque et vestiaire
PERSONNEL MÉDICAL AU CENTRE
NOMBRE DE MÉDECINS /
D’INFIRMIÈRES
Vacation de 3 médecins
(1 médecin 3 demi-journées par
semaine) et l5 inʏrmier(e)s
(l inʏrmier(e)s tous les jours)
HÔPITAL CONVENTIONNÉ Centre hospitalier André Mignot
de Versailles
FTDA - NOMBRE D’INTERVENANTS 1
LES AVOCATS SE DÉPLACENT-ILS AU
CENTRE ?
Parfois sauf commis dȊofʏce
LOCAL PRÉVU POUR LES AVOCATS oui
PERMANENCE SPÉCIFIQUE AU BARREAU oui
SI OUI, NUMÉRO DE TÉLÉPHONE 06.57.99.71.78
VISITE DU PROCUREUR DE LA
RÉPUBLIQUE EN 2010
Non
LES SERVICES
HÔTELLERIE (DRAPS / COUVERTURES)
FOURNIE PAR
GEPSA
RENOUVELLEMENT GESPA/ONET
ENTRETIEN ASSURÉ PAR GEPSA
RESTAURATION (REPAS FOURNIS PAR) EKlLlBRE
REPAS PRÉPARÉS PAR EKlLlBRE
ENTRETIEN ET HYGIÈNE DES LOCAUX
ASSURÉS PAR
ONET
FRÉQUENCE Quotidienne
NÉCESSAIRE HYGIÈNE ET TOILETTE
DES PERSONNES RETENUES
COMPOSÉ DE
1 serviette, 1 brosse à dent, 1
shampooing, 1 rouleau de papier
toilette, 1 mousse à raser, 1 rasoir
à la demande (pour les hommes),
1 peigne et des serviettes
hygiéniques (pour les femmes)
DÉLIVRÉ PAR GEPSA
RENOUVELLEMENT GESPA
BLANCHISSERIE DES AFFAIRES DES
RETENUS
Oui
ASSURÉE PAR GEPSA
FRÉQUENCE quotidienne
EXISTENCE D’UN VESTIAIRE OUI
DESCRIPTIF DES BÂTIMENTS
Le centre est mitoyen du commissariat de police, avec en commun le mur de séparation, l’entrée du personnel et des
visiteurs, la cour, l’aire de stationnement, le parking souterrain. Les services du CRA, situés au R-D-C, sont les suivant :
le greffe, les fouilles, lȊaccueil, lȊinʏrmerie, lȊOFll, la cuisine, les salles pour les avocats, les locaux pour visiteurs.
Au 1
er
étage se trouvent les lieux de vie des retenus (chambres, réfectoire), le poste de garde, la salle de repos de la
police le bureau de France terre dȊasile. Un étage plus haut se trouve la cour de promenade, recouverte dȊun ʏlet-
grillage métallique. Il y a 14 chambres (13 de 2 lits chacune et 1 familiale - dédiée aux femmes - de 6 lits), pour une
capacité théorique de 32 places, dont 30 sont effectivement utilisables depuis trois ans.
STATI STI QUES
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 175
P
L
A
I
S
I
R

NOMBRES DE PERSONNES RETENUES PAR MOIS
JAN FÉV MAR AVR MAI JUIN JUIL AOÛ SEP OCT NOV DÉC
42
37

54
49

39

44

31

33

47

32

40

18
GENRES
HOMMES : 390 FEMMES : 83
PRINCIPALES NATIONALITÉS
ALGÉRIENNE 10,9% ROUMAINE 5%
MAROCAINE 10,9% BRÉSILIENNE 4%
MALIENNE 6,9% CHINOISE 4%
TUNISIENNE 6,1% PAKISTANAISE 3,8%
TURQUE 5,9% EGYPTIENNE 3,6%
AGE DES PERSONNES
16 À
17 ANS
28 À
24 ANS
25 À
39 ANS
40 À
59 ANS
60 ANS
ET +
3 71 301 91 2
477 personnes ont été placées dans le centre en 20l0 ;
toutes ont été vues par l’association.
MESURES D’ÉLOIGNEMENT À L’ORIGINE DU PLACEMENT
APRF 350 75,6%
OQTF 78 16,8%
RÉAD. DUBLIN 18 3,9%
ITF 7 1,5%
APE 5 1,1%
RÉAD. SCHENGEN 2 0,4%
AME 2 0,4%
AUTRE 1 0,2%
DESTIN DES PERSONNES RETENUES
EMBARQUÉ 145 31,5%
LIBÉRÉ TGI 71 15,4%
LIBÉRÉ FIN RÉTENTION 61 13,2%
LIBÉRÉ PRÉF/MIN 57 12,4%
LIBÉRÉ CA 38 8,2%
ASSIGNÉ TGI/TA 30 6,5%
LIBÉRÉ TA 27 5,9%
RAISON MÉDICALE 14 3%
DÉFÉRÉ 13 2,8%
RÉAD SIS 2 0,4%
LIBÉRÉ ARTICLE R552-17 1 0,2%
RÉAD DUBLIN 1 0,2%
TRANSFERT VERS AUTRE CRA 1 0,2%
DURÉE DE LA RÉTENTION
48H ɻ 28,3%
17 JOURS ɻ 44%
32 JOURS ɻ 27,7%
MOYENNE DURÉE DE PRÉSENCE ɻ 12 jours
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 176
ti on à l ’ i ntéri eur même de l a zone de vi e
procure de nombreux avantages à France
terre d’ asi l e. Les personnes peuvent accé-
der l i brement au bureau ce qui , pour autant,
ne remet pas en cause la conʏdentialité des
entreti ens qui y ont l i eu. Surtout, l ’ accès
l i bre aux personnes permet une pl us grande
efʏcacité dans le travail quotidien de France
terre d’ asi l e : i l n’ y a en ef f et pas de besoi ns
d’ escortes pol i ci ères j usqu’ au bureau.
Jusqu’ en j ui n 2010, France terre d’ asi l e et
l es servi ces de l a PAF se sont régul i èrement
rencontrés l ors de réuni ons i nterservi ces
permettant ai nsi de résoudre certai nes di f-
ʏcultés rencontrées pendant lȊexercice des
mi ssi ons respecti ves de chacun. Ces réu-
ni ons ont cessé depui s l ’ arri vée d’ un nou-
veau chef de centre en j ui n 2010.
France terre d’ asi l e entreti ent des rel ati ons
cordi al es avec l es servi ces de l a PAF. Les
rel ati ons avec l ’ OFI I sont excel l entes et
cel l es avec l e personnel médi cal sont égal e-
ment bonnes.
Concernant l es avocats, France terre d’ asi l e
rencontre des difʏcultés a trouver des avocats
spéci al i sés dans l e contenti eux de l’él oi gne-
ment qui acceptent l’ ai de j uri di cti onnel l e.
CONDITIONS D’EXERCICE
DES DROITS
Les personnes retenues ont accès à des ca-
bi nes tél éphoni ques ai nsi que des cartes tél é-
phoni ques payantes f ourni es par l ’ OFI I . La
médi atri ce de l ’ OFI I est en charge d’ achats
di vers, des retrai ts de mandat, de l a récupé-
rati on de sal ai res, de l ’ écoute psychol ogi que,
de l a bi bl i othèque, de l a récupérati on des ba-
gages, du tél éphone, du l i en avec l a f ami l l e.
Cette derni ère est abonnée aux j ournaux
« Le Pari si en » et à « Géo ». Cependant, l a
moi ti é de l ’ année, ce sont des pol i ci ers du
commi ssari at de Pl ai si r, dans l equel l e CRA
se si tue, qui récupérai ent l es j ournaux et ne
l es transmettai ent pas.
Les informations sur les vols sont afʏchées
l a vei l l e du départ programmé. D’ autres
i nf ormati ons sur l es dépl acements prévus et
aussi notamment concernant l ’ état d’ avan-
CONDITIONS MATÉRIELLES
DE RÉTENTION
Le centre de rétenti on admi ni strati ve de
Pl ai si r est sans doute l e pl us récent et l e pl us
ci té en exempl e par l e Mi ni stère de l ’ I nté-
ri eur. I l a aussi l a parti cul ari té de se si tuer
di rectement dans l es l ocaux du commi ssa-
ri at de Pl ai si r et i l f aut donc entrer dans l e
commi ssari at pour accéder au CRA.
Les personnes retenues peuvent se dépl acer l i -
brement dans l a zone de vi e et ont di rectement
accès au bureau de France terre d’ asi l e qui s’ y
si tue. En ef f et, l e bureau de l’ associ ation, qui
étai t i ni ti al ement une chambre, se trouve j uste
à côté du poste de garde et de l a sal l e où l es
repas sont servi s. Les personnes doi vent néan-
moi ns être accompagnées pour toute vi si te à
lȊinʏrmerie, dans le bureau du médecin ou
dans cel ui de l’ OFI I qui se si tuent tous en de-
hors de l a zone de vi e. Tous ces i ntervenants
ont, en revanche, l i bre accès à l a zone de vi e.
Le centre est en rel ati vement bon état. Une
chambre a été condamnée pendant l ’ hi ver en
rai son d’ une panne de chauf f age.
On ne note pas de changements parti cul i ers
dans l es condi ti ons matéri el l es de vi e par
rapport à 2009. Toutef oi s, l’ uti l i sati on de l a
sal l e de l oi si rs des personnes retenues a été
Plaisir

FOCUS
Le fonctionnement du centre de rétention de Plaisir est assez
original. C’est un centre à taille humaine (32 places) sans
problèmes particuliers et géré de manière très convenable.
Il est pourtant placé au cœur d’un département
particulièrement dur pour les étrangers en situation irrégulière.
Le contraste avec la vie au centre est fort : on est frappé
dans les Yvelines par les services préfectoraux qui instruisent
les demandes de titre de séjour parfois pendant plusieurs
années, les tribunaux qui véhiculent dans leur jurisprudence
une position très ferme avec les étrangers et des avocats
(certains) peu convaincus de la nécessité de protéger les
droits des étrangers en situation irrégulière. Oui, Plaisir cȊest
un endroit qui porte mal son nom, où on voit des situations
absurdes avec un recours à la rétention à tout prix - vraiment
pas très utile.
redéʏnie puisquȊelle fait désormais fonction
de sal l e de repos pour l es servi ces de l a PAF.
Depui s, l e baby-f oot est dans l e coul oi r et l es
parti es de cartes se déroul ent au réf ectoi re
dans l equel l a tél évi si on de l’ anci enne sal l e
de l oi si rs a été dépl acée. Une cour extéri eure,
protégée par un gri l l age anti -évasi on, est ac-
cessi bl e au deuxi ème étage.
En 2009, i l étai t questi on de doter l e centre
de rétenti on d’ un système de vi si oconf é-
rence pour f aci l i ter l es communi cati ons
avec l ’ OFPRA. Ce proj et n’ a à ce j our pas
encore abouti .
Le repas du mi di est servi à 12h ; un deu-
xi ème servi ce est proposé l orsque l e centre
est rempl i à sa capaci té maxi mal e. Des pl ats
végétari ens sont di sponi bl es. Un pl ateau re-
pas est gardé pour l es personnes à l eur retour
d’ audi ences ou du consul at. Le repas du soi r
est servi à 19h30.
CONDITIONS D’EXERCICE
DE LA MISSION DE FRANCE
TERRE D’ASILE
Le centre de Pl ai si r est l e seul où France
terre d’ asi l e occupe un bureau di rectement
dans l a zone de vi e des personnes retenues
pl acé j uste à côté du réf ectoi re. Cette si tua-
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 177
P
L
A
I
S
I
R
TÉMOIGNAGES
M
me
X, ressortissante du Congo (Brazzaville) placée sur la base dȊune OQTF au CRA de
Oissel est reconduite à destination de la république démocratique du Congo ! Ce pays l’a
évidemment refoulé et elle a été ramenée en France et placée immédiatement au CRA de
Plaisir avec un nouveau vol programmé dès le lendemain de son arrivée.
Lors de l’escorte vers Brazzaville, elle était accompagnée de 5 agents, et ligotée pieds,
genoux et mains. Elle arrive donc après plus de 24 heures de trajet au CRA de Plaisir
complètement paniquée et traumatisée. Dès quȊune personne entrait dans notre bureau,
elle se « cachait » dans un coin du bureau, jusqu’à que ce que prise de panique elle se
réfugie littéralement sous le bureau.
Ayant décidé de ne pas alerter tout de suite le service médical, l’OFII est venue nous aider
et nous avons pu la faire assoir et l’écouter. Elle nous a fait part de son désir de demander
l’asile.
La chef de centre nous a fait savoir que ce n’était pas possible puisqu’elle était placée en
rétention sur la base de la même OQTF et du même arrêté de placement en rétention que
celui ayant servi à son expulsion.
Nous avons fait une saisine du JLD article 13, et un référé liberté, mais Mme X a été
libérée dès le lendemain pour raisons médicales et hospitalisée dȊofʏce.
Un ressortissant guinéen a été placé en CRA avec un APRF dix jours seulement après
quȊil soit arrivé en France pour demander lȊasile. Dès son arrivée sur le territoire, il sȊest
rendu dans une des antennes du Secours catholique, aʏn dȊêtre domicilié et entamer les
démarches de demande d’asile. Il a été interpellé à la gare de Versailles alors qu’il se
dirigeait vers la Préfecture pour y passer la nuit et espérer pouvoir déposer sa demande
d’asile le lendemain matin. Il était terrorisé à l’idée de retourner en Guinée qu’il venait
de fuir. Lors de notre entretien il nous a raconté les raisons qui l’ont poussé à quitter son
pays, et nous a indiqué que sa mère avait fui en Europe après lȊincendie de leur maison
en 200l. ll nous a demandé de rechercher où se trouvait sa mère quȊil espérait revoir «
avant de mourir s’il devait repartir ». Par chance, celle-ci avait été domiciliée à Paris au
Service d’assistance sociale et administrative, géré par France terre d’asile, en 2003
puis hébergée en CADA. Elle a été reconnue réfugiée statutaire par l’OFPRA et elle est
aujourd’hui française et travaille en tant qu’aide soignante.
Dès lȊobtention de son statut elle a demandé le rapprochement familial au proʏt de ses
deux enfants, qui avait été accepté par le ministère des affaires étrangères. Cependant,
les enfants n’ont pas pu être retrouvés et la procédure de rapprochement n’a pas pu
aboutir.
Des premières retrouvailles émouvantes ont eu lieu par téléphone. Le lendemain, sa
mère est venue à lȊaudience devant le tribunal administratif. En voyant son ʏls, elle sȊest
évanouie et a été transporté aux urgences. Son ʏls a été libéré sur le champ et la police lȊa
emmené à lȊhôpital retrouver sa mère.
cement de l a procédure de réadmi ssi on vers
un Etat membre de l ’ Uni on européenne sont
i ncertai nes dans l a mesure où très peu d’ i n-
f ormati ons sont transmi ses à l a personne.
Les personnes qui souhai tent voi r un mé-
decin en font la demande aux inʏrmieres
présentes dans l e centre tous l es j ours qui
pri ori se l ’ ordre des personnes devant voi r l e
médeci n. L’ associ ati on a eu très peu de re-
tour négati f sur l es rel ati ons avec l e servi ce
médi cal de l a part des personnes retenues.
Le di al ogue entre notre associ ati on et l e ser-
vi ce médi cal du centre est de bonne qual i té.
Ai nsi , France terre d’ asi l e peut i nf ormer l e
servi ce médi cal d’ une si tuati on qui nous
paraît al armante. A l ’ i nverse égal ement, i l
arri ve que l e servi ce médi cal s’ i nf orme sur
la situation juridique de la personne aʏn
de mi eux cerner l ’ urgence de l a si tuati on et
d’ être pl us à même d’ écouter l a personne.
Les personnes retenues nȊont aucune difʏ-
culté a se voir remettre des certiʏcats médi-
caux a présenter en justice. En ʏn, en regle
général e, l orsque l e médeci n du CRA dél i vre
un certiʏcat dȊincompatibilité ou lorsque la
personne est arrivée avec ce certiʏcat, elle
est l i bérée par l e médeci n de l ’ARS avant
toute audi ence devant l e j uge des l i bertés et
de l a détenti on ou l e tri bunal admi ni strati f .
Concernant l a demande d’ asi l e, l es servi ces
de l a PAF ne f ourni ssent pas d’ attestati on de
dépôt de demande d’ asi l e. C’ est donc seul e-
ment à l a récepti on du dossi er compl et par
l ’ OFPRA que l e caractère suspensi f de l a
demande contre l a mesure d’ él oi gnement
produi t ses ef f ets.
VISITES ET ÉVÉNEMENTS
PARTICULIERS
Le centre de Plaisir a pu faire ofʏce, au
cours de l ’ année 2010, de « CRA témoi n ».
En ef f et, l e centre a f ai t l ’ obj et de pl usi eurs
vi si tes de l ’ anci en mi ni stre de l ’ i mmi grati on
aʏn de promouvoir la politique dȊéloigne-
ment du gouvernement et justiʏer le recours
à l a rétenti on admi ni strati ve. Ai nsi , des
dél égati ons de parl ementai res i tal i ens ou
encore canadi ens ont vi si té l e centre. Ces
personnes n’ ont pas touj ours souhai té ren-
contrer l es i ntervenants de l ’ associ ati on.
De pl us, l e 19 octobre 2010, l e CRA de Pl ai -
si r a reçu l a vi si te du contrôl eur général des
l i eux pri vati f s de l i berté.
En revanche, contrai rement à l ’ année 2009
où l e nombre de grèves de l a f ai m étai ent
signiʏcatives, en 2010 elles nȊont été que des
f ai ts i sol és.
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 178
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 179
Rennes
FI CHE DESCRI PTI VE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 180
LE CENTRE
DATE D’OUVERTURE 1 Août 2007
ADRESSE CRA de Saint Jacques de la Lande
Lieu dit « Le Reynel »,
35136 Saint Jacques de la Lande
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
ADMINISTRATIF DU CENTRE
02 99 67 49 20
CAPACITÉ DE RÉTENTION Début 2009 : 58 + 12 places famille
FIN 2010 : IDEM 1
PRÉVISIONS : AUCUNE 14 chambres (dont une condamnée)
NOMBRE DE BÂTIMENTS
D’HÉBERGEMENT
7
NOMBRE DE CHAMBRES 29 Chambres de 2. 2 chambres
« famille ». 2 chambres isolement
NOMBRE DE LITS PAR CHAMBRE Chambre célibataire : 2
CHAMBRES FAMILLE : 4 ET 8 1 dans chaque chambre
CHAMBRE ISOLEMENT : 1 Oui et une fontaine à eau depuis
l’été 2008
SUPERFICIE DES CHAMBRES 9m²
NOMBRE DE DOUCHES 16 + 28 lavabos
NOMBRE DE W.C. 18
DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES Oui
CONTENU Boissons et friandises
MONNAYEUR Oui
ESPACE COLLECTIF (DESCRIPTION) 1 salle télé par bâtiment et une salle
détente collective avec une télé et un
baby foot
CONDITIONS D’ACCÈS Horaires limités pour la salle détente
collective 7h et 20h en hiver
(21h en été)
HORAIRE LIBRE POUR LA SALLE
TÉLÉ DANS CHAQUE BÂTIMENT
2 (un troisième se trouve dans la
salle réquisitionnée par la PAF.)
COUR EXTÉRIEURE (DESCRIPTION) Une cour avec un terrain de sport
(avec panier de basket et but), une
salle de ping-pong, des bancs et de
la pelouse.
CONDITIONS D’ACCÈS Horaires limités : 7h à 20h en hiver
(21h l’été)
RÈGLEMENT INTÉRIEUR
CONFORME À LA PARTIE
RÉGLEMENTAIRE DU CESEDA
Oui
AFFICHAGE/TRADUCTION SUR
DEMANDE DE LA CIMADE
Anglais, arabe, chinois, espagnol,
russe
NOMBRE DE CABINES
TÉLÉPHONIQUES
4
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE DES
CABINES POUR JOINDRE LES
PERSONNES RETENUES
Bâtiment n°1 et 2 : 02.99.35.64.60
– n°3 et 4 28.97 - n°5 (femmes)
13.93 – n°6 et 7 64.59
VISITES (JOURS ET HORAIRES) Tous les jours de 9h-11h30
14h-18h30
ACCÈS AU CENTRE PAR
TRANSPORTS EN COMMUN
Oui, ligne bus n°57 arrêt parc des
expos
LES INTERVENANTS
CHEF DE CENTRE Capitaine C. Poitou
SERVICE DE GARDE Gendarmerie
ESCORTES ASSURÉES PAR Gendarmerie ou service
interpellateur
GESTION DES ÉLOIGNEMENTS Préfecture et gendarmes
départementaux
OFII – NOMBRE D’AGENTS 1
FONCTIONS Ecoute, récupération des bagages
CHANGE D’ARGENT, ACHATS
(DONT CARTE TÉLÉPHONIQUE ET
CIGARETTES), GESTION DU VESTIAIRE,
MISE À DISPOSITION DE TONDEUSE,
COUPE-ONGLE, COTONS-TIGES,
LECTURE
Vacation de 3 médecins
(1 médecin 3 demi-journées par
semaine) et l5 inʏrmier(e)s
(l inʏrmier(e)s tous les jours)
PERSONNEL MÉDICAL AU CENTRE Centre hospitalier André Mignot
de Versailles
NOMBRE DE MÉDECINS /
D’INFIRMIÈRES
l inʏrmière 7/7j et l médecin
5 demi-journées par semaine
HÔPITAL CONVENTIONNÉ CHU Rennes
CIMADE - NOMBRE D’INTERVENANTS 2
LES AVOCATS SE DÉPLACENT-ILS AU
CENTRE ?
Rarement
LOCAL PRÉVU POUR LES AVOCATS Oui
PERMANENCE SPÉCIFIQUE AU
BARREAU
Oui
SI OUI, NUMÉRO DE TÉLÉPHONE 06.23.04.15.21
VISITE DU PROCUREUR DE LA
RÉPUBLIQUE EN 2010
Non
LES SERVICES
HÔTELLERIE (DRAPS / COUVERTURES)
FOURNIE PAR
GEPSA
RENOUVELLEMENT 1 fois par semaine
ENTRETIEN ASSURÉ PAR GEPSA
RESTAURATION (REPAS FOURNIS PAR) GEPSA
REPAS PRÉPARÉS PAR GEPSA
ENTRETIEN ET HYGIÈNE DES LOCAUX
ASSURÉS PAR
ONET
FRÉQUENCE Quotidienne
NÉCESSAIRE HYGIÈNE ET TOILETTE
DES PERSONNES RETENUES
COMPOSÉ DE
1 brosse à dent, des doses de
dentifrices, 1 savon, des doses de
gel à raser
DÉLIVRÉ PAR GEPSA
RENOUVELLEMENT 2 fois par semaine
BLANCHISSERIE DES AFFAIRES DES
RETENUS
Oui
ASSURÉE PAR GEPSA
FRÉQUENCE 2 fois par semaine
EXISTENCE D’UN VESTIAIRE Oui, tenu par l’OFII
DESCRIPTIF DES BÂTIMENTS
Sept bâtiments d’hébergement pour les retenus, une cour avec marquage sportif au sol, table de ping-pong
en béton, bancs en béton, un petit espace de jeu pour les enfants avec deux balançoires, une salle de détente
commune, un réfectoire, un bâtiment pour les intervenants (La Cimade, OFII, Service médical, GEPSA), un
bâtiment administratif de gendarmerie, un bâtiment d’hébergement des gendarmes assorti d’un terrain de sport.
Dans chaque bâtiment : 4 ou 5 chambres, une salle détente, des sanitaires avec douche, toilettes et lavabos.
STATI STI QUES
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 181
R
E
N
N
E
S
NOMBRES DE PERSONNES RETENUES PAR MOIS
JAN FÉV MAR AVR MAI JUIN JUIL AOÛ SEP OCT NOV DÉC
85 60 80 67 83 98 90 67 93 67 66 43
GENRES
HOMMES : 813 FEMMES : 86
PRINCIPALES NATIONALITÉS
TUNISIE 85 9,48%
ALGERIE 81 9,03%
MAROC 68 7,58%
PALESTINE 41 4,57%
TURQUIE 39 4,35%
RUSSIE 37 4,12%
IRAQ 35 3,90%
ROUMANIE 26 2,90%
GEORGIE 26 2,90%
BRESIL 25 2,79%
CONGO 24 2,68%
SOUDAN 23 2,56%
AUTRE 387 43,14%
INCONNU 2 0%
AGE DES PERSONNES
MOYENNE D’ÂGE :31,855099656 ANS
DURÉE DE RÉTENTION
EN MOYENNE : 11,0178147 JOURS
MESURES D’ÉLOIGNEMENT À L’ORIGINE DU PLACEMENT
APRF 648 73,39%
OQTF 143 16,19%
READ 54 6,12%
ITF 31 3,51%
SIS 5 0,57%
APE 1 0,11%
AME 1 0,11%
INCONNU 16
906 personnes ont été placées dans le centre en 2010,
dont 824 personnes ont été vues par l’association
DESTINS DES PERSONNES RETENUES
LIBERE TGI 218 24,97%
EMBARQUE 138 15,81%
LIBERE CA 110 12,60%
LIBERE PREF 107 12,26%
LIBERE FIN
RETENTION
78 8,93%
READMIS SIMPLE 46 5,27%
ASSIGNE TGI 37 4,24%
REFUS
EMBARQUEMENT
23 2,63%
DEFERE 20 2,29%
TRANSFERE 20 2,29%
LIBERE TA 19 2,18%
READMIS
DUBLIN
18 2,06%
HOSPITALISE 13 1,49%
RAISON
MEDICALE
10 1,15%
ASSIGNE CA 6 0,69%
ASSIGNE
ADMIN
4 0,46%
REFUGIE
STATUTAIRE
3 0,34%
REFUS CDT
BORD
2 0,23%
FUITE 1 0,11%
INCONNU 26
FAMILLES
JANVIER 2010 :
Une famille (parents + 6 enfants) arrivée au CRA de Rennes, kurdes syriens, inter-
pellée sur la plage à Bonifacio, placée au CRA par la Préfecture du 28 avec un
APRF. Libérée par le JLD1 au bout de 2 jours + annulation de l’APRF au TA après
libération
PAS DE FAMILLE PLACÉE AU FÉVRIER/AVRIL/MARS
MAI 2010
Nationalité Dpt Mesure
Nombre
d’enfants
Age
Temps au CRA
(en jours)
armenienne 58 APRF 1 3 ans 2 jours
Destin Interpellation
Libéré
JLD 1
Domicile
PAS DE FAMILLE EN JUIN
JUILLET/AOUT/SEPTEMBRE 2010 :
NATIONALITÉ DPT MESURE ENFANTS AGE TPS DESTIN INTERPEL.
Russe
(Kalmoukie)
53
READ
DUBLIN
1
14
mois
1
jour
Réadmis Préfecture
Serbie 53
READ
DUBLIN
2
11
ans
et 9
ans
1
jour
Réadmis Préfecture
Azéri 89 APRF 2
3 ans
et 5
ans
2
jours
Libéré
JLD
Domicile
Roumaine 53 APRF 1 4 ans
6
jours
Libérés
CA
Voie
publique
Cameroun 35 APRF 1
18
mois
1
jour
Libéré
JLD
Convocation
PAS DE FAMILLE PLACÉE AU CRA EN OCTOBRE/
NOVEMBRE/DÉCEMBRE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 182
Les rel ati ons avec l es gendarmes départe-
mentaux ont été ʐuctuantes tout au long de
l ’ année et certai nes péri odes ont été mar-
quées par des tensi ons. A ti tre d’ exempl e
au début de l ’ année 2010, l a di stri buti on des
dossi ers de demandes d’ asi l e a généré des
cri spati ons et certai nes mesures de rétor-
si on ont été pri ses à l ’ égard de l a Ci made
durant quel ques j ours. De même, au moi s de
novembre, l es i ntervenantes de l a Ci made
ont éprouvé des difʏcultés croissantes pour
obteni r des i nf ormati ons ai nsi que l es copi es
des arrêtés préf ectoraux.
Néanmoi ns, à chaque f oi s que des tensi ons
sont nées i l a été possi bl e d’ entamer un di a-
l ogue avec l e chef de centre, ce qui a permi s
de désamorcer les conʐits. En dehors de ces
quelques périodes conʐictuelles, le travail a
pu se f ai re dans l e respect des f oncti ons de
chacun.
CONDITIONS D’EXERCICE
DES DROITS
DROIT DE PASSER UN APPEL
Les personnes retenues peuvent conserver
l eur tél éphone portabl e dans l e centre s’ i l
n’ est pas muni d’ une caméra ni d’ un apparei l
photo. Dans l e cas contrai re, l es gendarmes
proposent au retenu de casser l ui -même l ’ ob-
j ecti f du tél éphone ou de veni r consul ter son
tél éphone (répertoi re) à l ’ accuei l si besoi n.
La zone de rétenti on est équi pée de troi s
cabi nes tél éphoni ques.
Dans l e centre, l es retenus sont régul i ère-
ment sol l i ci tés pour servi r d’ i nterprète pour
l es autres retenus, notamment l ors de l a noti -
ʏcation des droits en rétention et de la signa-
ture d’ un avi s d’ audi ence.
DROIT À UN AVOCAT
Un groupe d’ avocat consti tué en groupe
de déf ense s’ est mobi l i sé pour assurer une
permanence quoti di enne devant l es j uri di c-
ti ons. Les retenus ont ai nsi général ement
accès à un avocat spéci al i sé en droi t des
étrangers, avec l equel La Ci made échange
quoti di ennement. De mani ère excepti on-
nel l e, La ci made a pu constater l ’ absence du
CONDITIONS MATÉRIELLES
DE RÉTENTION
Plusieurs dysfonctionnements du chauf fage
ont été observés dans certai ns bâti ments tout
au long de l’ année 2010 notamment durant les
moi s d’ automne et d’ hi ver. Certai nes chambres
ont été fermées provi soi rement le temps des
réparations nécessai res. Néanmoi ns durant un
week-end au moi s de novembre, avant que les
réparations n’ aient été entamées, les retenus
se sont pl ai nts de ne pas avoi r eu de chauf fage
dans deux bâti ments.
L’ arri vée du nouvel escadron de gendarmes
mobiles (GM) ʏn mai a initié de nouvelles
prati ques concernant l es condi ti ons de ci r-
cul ati on et d’ accès des retenus aux i nter-
venants du centre, dont l a Ci made. Après
chaque passage dans l e bureau de l a Ci made,
chaque retenu étai t passé au détecteur de
métaux, comme après chaque entreti en avec
l a médi atri ce de l ’ OFI I et l e servi ce médi -
cal . Jusqu’ à présent ces consi gnes émanant
du chef de centre n’ étai ent appl i quées qu’ à
l ’ égard des retenus sortant des vi si tes. Ce
probl ème a été évoqué avec l e chef de centre
qui a i ndi qué que cette prati que étai t i nscri te
dans ses consi gnes et ce, dès l ’ ouverture du
CRA, sans que toutef oi s el l e ne soi t à chaque
f oi s repri se par l es équi pes de GM en réten-
tion, et nȊentendait pas la modiʏer. Pourtant
cette prati que engendre des tensi ons et des
i ncompréhensi ons. Les retenus consi dèrent
que ce trai tement est avi l i ssant. I l tradui t
également un manque de conʏance et une
suspi ci on général i sée du rôl e des i nterve-
nants en rétenti on (Ci made, OFI I , servi ce
médi cal ). Ce contrôl e s’ est poursui vi de
f açon tantôt systémati que tantôt al éatoi re
jusque la ʏn aout.
La di stri buti on des repas a cri stal l i sé quel ques
tensi ons parmi l es retenus, notamment s’ agi s-
sant des personnes d’obédi ence musul mane.
Néanmoi ns, des aménagements ont pu être
trouvés en bonne i ntel l i gence entre l es autori -
tés du centre et l e responsabl e de l’entrepri se
chargée de l a restaurati on (GEPSA) qui ont
condui t à proposer des repas végétari ens
pour ceux qui ne souhai tent pas manger de
Rennes
produi ts qui ne serai ent pas hal l al . De même
que l es retenus prati quants ont pu exercer l e
ramadan, grâce à l’ aménagement des horai res
et de l a di stri buti on des repas.
Cette ʏn dȊannée a été marquée par lȊorga-
ni sati on de vi si tes au CRA de représentants
des religions chrétiennes, aʏn de compléter
l ’ of f re proposée par l ’ I mam de Rennes. Tout
comme ce derni er qui se dépl ace une f oi s
par moi s depui s l ’ ouverture du centre pour
proposer un moment convi vi al et de partage
aux retenus qui l e souhai tent, l es vi si tes des
représentants chréti ens sont appel ées à se
mettre en pl ace de mani ère régul i ère.
CONDITIONS D’EXERCICE DE
LA MISSION DE LA CIMADE
Les rel ati ons entretenues avec l ’ OFI I sont
satisfaisantes. Les informations proʏtables
à l ’ i ntérêt des retenus sont partagées.
Les rel ati ons avec l e servi ce médi cal se sont
nettement amél i orées en 2010. Les échanges
dans l ’ i ntérêt des retenus sont égal ement
régul i ers.
Des réuni ons i nterservi ces sont organi sées
pl usi eurs f oi s par an permettant de désamor-
cer l es éventuel l es tensi ons, d’ aborder des
questi ons prati ques tel l es que l a ci rcul ati on
des retenus et des i ntervenants ou l ’ accès à
l ’ i nf ormati on.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 183
R
E
N
N
E
S
consei l à certai nes audi ences, notamment l es
audi ences à l a Cour d’ appel durant l e week-
end. Ce dysf oncti onnement c’ est produi t au
moi s d’ octobre et au moi s de novembre pour
deux retenus.
I l parai t i mportant de soul i gner aussi l ’ i n-
vesti ssement et l a qual i té du travai l qu’ i l s
f ourni ssent, qui dans l ’ ensembl e est notabl e
et sati sf ai sant.
INFORMATIONS
SUR LES MOUVEMENTS
D’ après l es arguments avancés par l e chef
de centre, à l a sui te du rapport rendu par l e
contrôl eur général des l i eux de pri vati on de
l i berté à l ’ i ssue de sa vi si te du CRA, l es per-
sonnes retenues n’ ont pl us accès à une i nf or-
mati on col l ecti ve des mouvements. Depui s
l ’ ouverture du centre, i l étai t ef f ecti vement
procédé de f açon quoti di enne par voi e d’ af-
ʏchage sur la vitre du réfectoire. Pour des
raisons liées a la conʏdentialité des infor-
mati ons concernant l es retenus, l es autori tés
du centre ef f ectuent désormai s une i nf orma-
ti on i ndi vi duel l e. Cette prati que of f re peu de
vi si bi l i té sur l e contenu et l a compréhensi on
des i nf ormati ons di spensées aux retenus
concernés. Ce poi nt a été mi s en avant à
l ’ occasi on d’ une rencontre avec l e contrôl eur
général des l i eux de pri vati on de l i berté au
moi s de décembre, qui s’ est étonné de ce que
l e changement de prati que soi t i mputé à ses
observati ons.
OFII
Au-del à des mi ssi ons assurées par l ’ OFI I au-
tour de l a récupérati on de bagages, mandats,
sal ai res (l orsque c’ est possi bl e, ce qui est ra-
rement l e cas), achats de cartes de tél éphone,
tél éphones et ci garettes, une di stri buti on de
vêtements est assurée pour l es retenus qui
arri vent démuni s en rétenti on. Du matéri el
d’ hygi ène corporel l e (coupe ongl e, tondeuse
à cheveux, cotons ti ges) est égal ement mi s à
di sposi ti on pl usi eurs f oi s par semai ne.
I l est à noter des probl èmes récurrents de
di stri buti on des ki ts hygi ène, ou du renou-
vel l ement de ceux-ci (servi ce devant être
assuré par l ’ entrepri se GEPSA).

FOCUS
RÉI TÉRATI ON DES PLACEMENTS :
Les tendances exprimées au cours des derniers rapports sur la réitération
des placements ne font que se conʏrmer, toujours davantage. Ainsi, un
nombre conséquent de personnes ayant déjà fait l’objet de placement en
rétention au centre de Rennes ou dans d’autres centres reviennent pour
la énième fois. ll sȊagit surtout de Maghrébins en provenance de Nantes
ou encore de personnes faisant l’objet de réadmissions. Ce constat est
l’une des manifestations des effets dévastateurs de la politique du chiffre.
En effet, les comportements des deux parties (l’administration française
d’une part, la personne retenue d’autre part) ne faisant que se durcir,
aboutissant parfois à la condamnation des retenus concernés à des
interdictions du territoire, après plusieurs allers retours entre la prison et le
centre de rétention. Cette tendance sȊest conʏrmée et intensiʏée tout au
long de l’année 2010. Outre les personnes en provenance de Nantes qui
sont particulièrement concernées par ces placements à répétition, dȊautres
sortaient tout juste d’autres centres de rétention éloignés (Paris, Nîmes
ou Metz). Cette pratique est récurrente dans les Côtes d’Armor, touchant
majoritairement des personnes originaires du Caucase (Caucase Nord
Russe, Géorgien, Arménien). Les préfectures de la Sarthe et du Morbihan
procèdent également à ce type de placement.
A titre d’exemple, le 27 novembre, un jeune homme d’origine arménienne
a été placé au CRA, un arrêté de maintien en rétention ayant été pris à son
encontre le même jour par la Préfecture des Côtes d’Armor. Déjà connue
de La Cimade cette personne était placée en rétention pour la troisième
fois consécutive en cinq mois sur la base de la même obligation à quitter le
territoire. Son dernier placement datait de mi-novembre et il avait été remis
en liberté par le Juge des libertés et de la détention le 19 novembre.
De surcroît, ce jeune homme était placé en rétention six jours après en
être sorti, ce qui est illégal (délai de 7 jours sans procéder à un second
placement).
Au mois de décembre, le juge des libertés et de la détention du TGI de
Rennes a considéré la prolongation de la rétention d’une personne en
provenance de la Loire Atlantique comme irrecevable au motif selon lequel
la réitération du placement nȊétait pas justiʏée puisquȊil nȊétait pas permis
de vériʏer que lȊinexécution de la mesure dȊéloignement lui était imputable
lors du précédent placement.
DROIT À UN MÉDECIN
Lorsque l es retenus arri vent au CRA avec
des probl èmes de santé nécessi tant une pri se
en charge hospi tal i ère, i l s peuvent être soi -
gnés notamment au CHU de Rennes.
Les examens nécessai res sont entrepri s sur
demande de l ’ équi pe soi gnante du CRA, en
cas d’ i ncerti tude sur l e di agnosti c (suspi ci on
d’ hépati te ou de tubercul ose par exempl e).
Lors de l a détecti on d’ une pathol ogi e grave
sur une personne retenue dans l e centre, l e
médeci n i nspecteur de santé publ i c (MI SP
devenu MARS depui s l ors) est sai si par l e
docteur du centre l orsqu’ i l esti me que cel a
nécessi te son avi s avant une éventuel l e mi se
à exécuti on de l a recondui te à l a f ronti ère.
Ai nsi , l e MI SP étudi e l a si tuati on médi cal e
et rend désormai s son avi s dans un dél ai suf-
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 184
ʏsamment court pour être pris en considéra-
ti on avant l a mi se à exécuti on de l a déci si on
de recondui te. Ce di sposi ti f a f oncti onné à
pl usi eurs repri ses cette année, ce qui n’ étai t
pas l e cas j usqu’ al ors.
S’ i l l ’ esti me nécessai re, l e médeci n du
centre prend à l ’ égard des personnes rete-
nues un certiʏcat dȊincompatibilité de leur
état de santé avec l a rétenti on. Cel a a été l e
cas notamment pour des personnes en grève
de l a f ai m et de l a soi f dont l ’ état de santé
étai t parti cul i èrement préoccupant.
EXERCICE DES RECOURS
La Ci made éprouve touj ours l es mêmes di f-
ʏcultés a pouvoir assister efʏcacement les
personnes en provenance des l ocaux de ré-
tenti on admi ni strati ve de Tours, Cherbourg
et Brest, notamment dans l e cadre de re-
cours contre l a déci si on d’ él oi gnement dont
i l s f ont l ’ obj et. En ef f et, ces personnes n’ ar-
ri vent au centre de Rennes qu’ après avoi r
été présentées au JLD. Lorsque La Ci made
l es rencontre, l a déci si on de recondui te à l a
f ronti ère remonte donc parf oi s à pl usi eurs
j ours et, en y aj outant l e temps de transf ert,
l es dél ai s pour exercer des recours sont très
courts voi re expi rés.
VISITES ET ÉVÉNEMENTS
PARTICULIERS
TRIBUNAL ADMINISTRATIF
Les magistrats et grefʏers du tribunal ad-
mi ni strati f de Rennes ont vi si té l e CRA l e
01/04. Un rapi de entreti en avec La Ci made,
debout dans l e coul oi r, a été l ’ occasi on de
rappel er l ’ état de l a j uri sprudence sur l a
questi on de l a recevabi l i té des recours f axés
au tri bunal admi ni strati f sans l a si gnature
du requérant. En ef f et, quel ques semai nes
avant l eur vi si te, un recours avai t été j ugé
i rrecevabl e pour cette rai son.
PROJET DE PROCÉDURE
DÉMATÉRIALISÉE
AU TRIBUNAL ADMINISTRATIF
Au moi s de novembre, La Ci made a été
contactée par l e Prési dent du Tri bunal admi -
nistratif de Rennes, aʏn dȊêtre informée du
proj et i ni ti é par l a j uri di cti on admi ni strati ve
de mettre en œuvre une procédure de sai si ne
dématéri al i sée (par voi e él ectroni que pl u-
tôt que par f ax) concernant l es requêtes en
urgence.
Cette i ni ti ati ve a pour vocati on de se prépa-
rer au potenti el accroi ssement du nombre de
requêtes au regard de l a réf orme annoncée.
Tout en rel evant l ’ i ntérêt prati que de cette
moderni sati on des procédures, La Ci made
a émi s des réserves s’ agi ssant d’ un conten-
ti eux urgent, l es droi ts des retenus ri squant
de ne pas être garanti s. Et ceci en parti cul i er
pour des rai sons de sécuri té et de « traça-
bi l i té » des échanges d’ une part, et, d’ autre
part, sur l ’ absence de garanti es absol ues que
lȊheure dȊenvoi de la requête soit vériʏable.
Ce derni er poi nt f ai sant couri r l e ri sque aux
étrangers requérants que l eur recours ne soi t
pas pri s en compte car hors dél ai .
Des expéri mentati ons du même type menées
par d’ autres j uri di cti ons avai ent d’ ai l l eurs
condui t l es magi strats et l es avocats à conve-
ni r qu’ i l f al l ai t en excl ure l es procédures
urgentes tel l es que l es recours contre l es
APRF. A Toul ouse par exempl e, l e dépôt des
requêtes a même été excl u de toute déma-
téri al i sati on, f aute d’ un di sposi ti f techni que
garanti ssant l a preuve de l ’ heure et de l a date
du dépôt. Or l e di sposi ti f envi sagé à Rennes
ne porte préci sément que sur ces procédures
urgentes, l à où l e ri sque est l e pl us grand.
La Ci made n’ a reçu aucune sui te aux réserves
qu’ el l e avai t f ormul ées et a eu l a surpri se au
moi s de j anvi er 2011 d’ apprendre par voi e
de presse (Ouest France du 28.01.2011) que
l e prési dent du Tri bunal Admi ni strati f de
Rennes ai nsi que l es Préf ets des quatre dé-
partements bretons avai ent si gné l e 27 j an-
vi er une conventi on sur « l ’ échange numé-
ri sé des données » en mati ère de procédure
d’ urgence au cours d’ une cérémoni e où ni l a
Ci made ni l e barreau de Rennes (qui avai t
égal ement été sol l i ci té) n’ ont été i nvi tés.
Toutef oi s, l e prési dent du Tri bunal admi ni s-
trati f a proposé une rencontre entre La Ci -
made et l e responsabl e du pôl e des urgences
aʏn dȊévoquer les difʏcultés qui avaient été
poi ntées.
JUGE DES LIBERTÉS
ET DE LA DÉTENTION
Cette année comme l es années précédentes,
l ’ un des j uges des l i bertés et de l a détenti on
de Rennes, souci eux des condi ti ons d’ enf er-
mement des retenus, s’ est rendu au CRA à
pl usi eurs repri ses. Au moi s de f évri er et
au moi s d’ août tout d’ abord. Au moi s de
novembre, i l est revenu accompagné par l e
Prési dent de l a Cour d’ appel de Rennes avec
l equel i l a vi si té l es l ocaux du centre, accom-
pagnés du chef de centre. Une quatri ème
vi si te a eu l i eu l e 25 novembre. I l étai t ac-
compagné par deux magi strats étrangers,
hol l andai s et roumai n, en stage de f ormati on
à Rennes. A l ’ occasi on de troi s de ces quatre
vi si tes l a Ci made a pu présenter son rôl e en
rétenti on et ses modal i tés d’ i nterventi on.
DIRECTION DE LA PROTECTION
SOCIALE ET DE LA PROTECTION
DES POPULATIONS
(DDCSPP 35- 31/03/2010)
Cette vi si te f ut l ’ occasi on d’ aborder l es pro-
bl èmes récurrents l i és à l ’ al i mentati on au
sei n du centre qui ont secoué l ’ année 2009 :
l es mouvements ponctuel s de grève de l a
f ai m, l a di stri buti on d’ al i ments sur l e poi nt
d’ être péri més, l es suspi ci ons d’ i ntoxi cati on
al i mentai re…
Les membres de l a DDCSPP ont été i nter-
pel l és sur l ’ exi stence d’ un protocol e au
cas où une pathol ogi e contagi euse grave
étai t découverte chez l ’ une des personnes
retenues (Qui préveni r ? Quand préveni r ?
Quel l es sont l es atti tudes à adopter…).
À l a sui te de cette vi si te, La Ci made a été
sollicitée aʏn de réʐéchir au procédé pou-
vant être mi s en pl ace dans l e cadre du sui vi
médi cal des retenus remi s en l i berté pour
rai sons médi cal es.
La Ci made a aussi si gnal é l a si tuati on des
personnes sous trai tement ou sui vi médi cal ,
qui ont souvent été l ongs et l ourds à mettre
en pl ace, que l e pl acement en rétenti on vi ent
bri ser.
PRÉFET DÉLÉGUÉ POUR
LA SÉCURITÉ ET LA DÉFENSE
I l a vi si té l e CRA l e vendredi 02/04. La
Ci made l ’ a rapi dement rencontré, touj ours
debout dans le couloir, aʏn de lui expliquer
l ’ obj et de sa mi ssi on qu’ i l i gnorai t. I l s’ est i n-
qui été du sort des enf ants de parents arrêtés
al ors qu’ i l s se trouvai ent à l ’ écol e.
Au début du moi s de septembre, une dél é-
gati on de l a préf ecture d’ I l l e et Vi l ai ne s’ est
rendue au CRA mai s n’ a pas rencontré La
Ci made.
DIRECTEUR ZONAL
DE LA POLICE AUX FRONTIÈRES
I l est venu vi si ter l e centre dans l e courant
du moi s de j ui n, dans l a perspecti ve de l a re-
pri se du centre par l a PAF annoncée pour l e
début de l ’ année 2011, sans que La Ci made
en soi t averti e.
I l s’ est ensui te dépl acé à de mul ti pl es re-
pri ses, notamment pour ef f ectuer un i nven-
tai re du matéri el des l ocaux de gendarmeri e.
Il a ʏnalement été convenu dȊune rencontre
en janvier aʏn dȊétablir un premier contact
avec l es nouvel l es autori tés du centre et l es
di f f érents i ntervenants.
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 185
Rouen-Oissel
FI CHE DESCRI PTI VE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 186
LE CENTRE
DATE D’OUVERTURE Avril 2004
ADRESSE Ecole nationale de police
Route des Essarts
BP 11 - 76350 OISSEL
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
ADMINISTRATIF DU CENTRE
02.32.11.55.00
CAPACITÉ DE RÉTENTION 2009 : 71
Fin 2010 : 53 places hommes
+ 19 places femmes et familles
Prévisions : aucune
NOMBRE DE BÂTIMENTS
D’HÉBERGEMENT
Un seul (ancienne inʏrmerie
de l’ENP)
NOMBRE DE CHAMBRES 13
NOMBRE DE LITS PAR CHAMBRE 8 chambres de 6 lits, 2 chambres
de 5 lits, 3 chambres de 4 lits,
1 chambre de 2 lits, 2 chambres
d’isolement d’une place
SUPERFICIE DES CHAMBRES Environ 30m²
NOMBRE DE DOUCHES 5 douches femmes/familles
et 9 douches hommes
NOMBRE DE W.C. 1 par chambre
DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES Oui
CONTENU Cartes téléphoniques, boissons,
friandises
MONNAYEUR Non
ESPACE COLLECTIF (DESCRIPTION) Dans la zone « hommes », un
baby-foot et deux distributeurs
automatiques dans le couloir et deux
pièces avec télévision.
Dans la zone « femmes/familles »,
un espace de 40 m² avec jouets et
peluches, une salle de télévision et
deux distributeurs.
CONDITIONS D’ACCÈS Libre
COUR EXTÉRIEURE (DESCRIPTION) Pour chaque partie, une petite cour
fermée avec un banc, pour la cour
« femmes/familles »
CONDITIONS D’ACCÈS Libre
RÈGLEMENT INTÉRIEUR
CONFORME À LA PARTIE
RÉGLEMENTAIRE DU CESEDA
Oui
AFFICHAGE/TRADUCTION 6 langues Français, arabe, russe,
espagnol, anglais et chinois
NOMBRE DE CABINES
TÉLÉPHONIQUES
5 (3 du côtés hommes, 2 côté
« femmes/familles »)
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE DES
CABINES POUR JOINDRE LES
PERSONNES RETENUES
Pour les hommes : 02.35.68.61.56 /
02 35 68 77 09 / 02 35 68 65 42
Pour les femmes/familles :
02.35.69.09.22 / 02 35 69 11 42
VISITES (JOURS ET HORAIRES) Tous les jours : 10h-11h30
et 14h-17h
ACCÈS AU CENTRE PAR
TRANSPORTS EN COMMUN
Aucun
LES INTERVENANTS
CHEF DE CENTRE Capitaine Sébastien JEAN
SERVICE DE GARDE PAF
ESCORTES ASSURÉES PAR PAF
GESTION DES ÉLOIGNEMENTS Préfecture
OFII – NOMBRE D’AGENTS 2 mi-temps
FONCTIONS Ecoute, change d’argent, achats
PERSONNEL MÉDICAL AU CENTRE
NOMBRE DE MÉDECINS /
D’INFIRMIÈRES
3 inʏrmières 7 jours sur 7 et
3 médecins urgentistes en
roulement 3 fois par semaine
HÔPITAL CONVENTIONNÉ CHU Rouen
FRANCE TERRE D’ASILE - NOMBRE
D’INTERVENANTS
2
LES AVOCATS SE DÉPLACENT-ILS AU
CENTRE ?
Rarement
LOCAL PRÉVU POUR LES AVOCATS Le même que pour les visites,
mais lorsque c’est pour un
avocat, la porte est fermée.
PERMANENCE SPÉCIFIQUE AU
BARREAU
Non
SI OUI, NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
VISITE DU PROCUREUR DE LA
RÉPUBLIQUE EN 2010
LES SERVICES
HÔTELLERIE (DRAPS / COUVERTURES)
FOURNIE PAR
Greffe du centre
RENOUVELLEMENT 1 fois par semaine
ENTRETIEN ASSURÉ PAR Les agents de nettoyage
RESTAURATION (REPAS FOURNIS PAR) API
REPAS PRÉPARÉS PAR API
ENTRETIEN ET HYGIÈNE DES LOCAUX
ASSURÉS PAR
Maintenance industries
FRÉQUENCE Quotidienne
NÉCESSAIRE HYGIÈNE ET TOILETTE
DES PERSONNES RETENUES
COMPOSÉ DE
1 brosse à dent, des doses de
dentifrice, 1 dose de gel douche
et 1 de shampoing
DÉLIVRÉ PAR Greffe du centre
RENOUVELLEMENT A la demande
BLANCHISSERIE DES AFFAIRES DES
RETENUS
Oui
ASSURÉE PAR Les agents de nettoyage
FRÉQUENCE A la demande
EXISTENCE D’UN VESTIAIRE Oui, géré par les agents du poste
de garde
DESCRIPTIF DES BÂTIMENTS :
Le centre de rétention se trouve dans un bâtiment unique divisé en deux parties : la zone administrative dans
laquelle se trouvent les bureaux du chef de centre, de son adjoint, du secrétariat, du greffe, du service éloignement
ainsi que la salle de repos pour la PAF et la zone de rétention. Dans la zone de rétention, on trouve une zone de
vie pour les hommes et une zone de vie pour les femmes et familles. Entre ces deux zones se trouvent le poste
de garde, les bureaux de l’OFII et de France terre d’asile et le réfectoire.
STATI STI QUES
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 187
R
O
U
E
N

-

O
I
S
S
E
L
NOMBRES DE PERSONNES RETENUES PAR MOIS
JAN FÉV MAR AVR MAI JUIN JUIL AOÛ SEP OCT NOV DÉC
107
94

139
121

117

119

87

91

97

114
73

67
GENRES
PRINCIPALES NATIONALITÉS
TUNISIENNE 10,7% EGYPTIENNE 5,2%
MAROCAINE 9,5% GÉORGIENNE 3,8%
ALGÉRIENNE 8,6% CHINOISE 3,1%
TURQUE 6,4% PAKISTANAISE 3%
ROUMAINE 6,4% MALIENNE 2,8%
AGE DES PERSONNES
0 À
6 ANS
7 À
15 ANS
16 À
17 ANS
18 À
24 ANS
25 À
39 ANS
40 À
59 ANS
60 ANS
ET +
25 16 9 255 726 209 5
MESURES D’ÉLOIGNEMENT À L’ORIGINE DU PLACEMENT
APRF 920 76,8%
OQTF 130 10,9%
RÉAD. DUBLIN 81 6,8%
ITF 46 3,8%
APE 11 0,9%
RÉAD. SCHENGEN 8 0,7%
AME 1 0,1%
AUTRE 1 0,1%
HOMMES : 1117 FEMMES : 128
1 256 personnes ont été placées dans le centre en 2010,
dont 1 226 personnes ont été vues par l’association.
1 - Les troi s totaux sont
DESTIN DES PERSONNES RETENUES
LIBÉRÉ TGI 361 29,9%
EMBARQUÉ 322 26,6%
LIBÉRÉ FIN
RÉTENTION
241 19,9%
ASSIGNÉ TGI/CA 60 5%
LIBÉRÉ TA 56 4,6%
LIBÉRÉ CA 51 4,2%
INCONNU 46 3,8%
LIBÉRÉ PREF/MIN 38 3,1%
TRANSFERT VERS
AUTRE CRA
18 1,5%
RAISON MÉDICALE 5 0,4%
DÉFÉRÉ 4 0,3%
RÉAD DUBLIN 3 0,2%
LIBÉRÉ ARTICLE
R552-17
2 0,2%
FUITE 1 0,1%
RÉFUGIÉ
STATUTAIRE/PS
1 0,1%
DURÉE DE LA RÉTENTION
48H ɻ 40,10%
17 JOURS ɻ 37%
32 JOURS ɻ 22,90%
MOYENNE DURÉE DE PRÉSENCE ɻ 10 jours
FAMILLES
Au total 24 familles sont passées dans le centre en 2010, soit 79 personnes
(6,3%) dont 41 enfants.
NATIONALITÉ DES FAMILLES

GÉORGIENNE 7
RUSSE 5
ARMÉNIENNE 2
ALGÉRIENNE 1
BUISSAU-GUINÉENNE 1
CAMEROUNAISE 1
CONGOLAISE DE RDC 1
KOSOVAR 1
MALGACHE 1
MONGOLE 1
NIGÉRIANE 1
ROUMAINE 1
SERBE 1
MESURES D’ÉLOIGNEMENT À L’ORIGINE
DU PLACEMENT DES FAMILLES
RÉAD. DUBLIN 12
OQTF 5
APRF 4
INCONNU 2
RÉAD. SCHENGEN 1
DURÉE DE LA RÉTENTION PAR FAMILLES
48H ɻ 66,70%
17 JOURS ɻ 29,20%
32 JOURS ɻ 4,20%
MOYENNE DURÉE DE PRÉSENCE ɻ 4,7 jours
AGE DES ENFANTS
NOURRISSONS (1 MOIS - 1 ANS) 11
ENFANTS EN BAS ÂGE (2 ANS - 6 ANS) 13
ENFANTS (7 ANS - 12 ANS) 12
ADOLESCENTS (13 ANS - 17 ANS) 15
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 188
el l es tournent en rond. Cette cour est l e seul
endroi t où el l es peuvent f umer, en rai son
de l’ i nterdi cti on de f umer à l’ i ntéri eur des
l ocaux. El l e n’est pas abri tée : l orsqu’ i l pl eut,
l es personnes sont donc contrai ntes de f umer
sous l a pl ui e. I l exi ste égal ement une autre
cour, beaucoup pl us grande, qui n’est ouverte
que l e mati n en été, pendant l e ménage de l a
zone de vi e. Le reste de l’ année, el l e reste
f ermée, car el l e ne rempl i t pas l es normes de
sécuri té. On trouve égal ement deux tabl es de
baby-f oot et deux postes de tél évi si on.
Côté f emmes et f ami l l es, nous constatons que
l a zone n’est pas adaptée à l’ accuei l des enf ants
qui peuvent se bl esser. I l f aut aussi observer
que l es f emmes sont parti cul i èrement i sol ées,
pui squ’ i l l eur arri ve très souvent d’ être seul es
dans l a zone : aucun contact avec l es autres
personnes n’est possi bl e même pendant l es
repas. Une excepti on peut être f ai te par cer-
tai nes équi pes de l a PAF qui autori sent un
homme et une f emme i nterpel l és ensembl e à
prendre l eur repas en même temps.
CONDITIONS D’EXERCICE
DE LA MISSION DE FRANCE
TERRE D’ASILE
Au CRA de Rouen-Oi ssel , l e bureau de
France terre d’ asi l e est si tué entre l es deux
zones de vi e. Les i ntervenants de France
terre d’ asi l e ont l i bre accès à ces deux zones
et peuvent f ai re veni r l es personnes dans
l eur bureau l i brement sans mobi l i ser l es ser-
vi ces de l a PAF.
France terre d’ asi l e entreti ent de très bonnes
rel ati ons avec l es deux i ntervenants de
l ’ OFI I ai nsi qu’ avec l e barreau de Rouen au
sei n duquel l ’ i nvesti ssement de pl usi eurs
avocats spéci al i sés en droi t des étrangers est
à soul i gner.
Bi en qu’ en 2010 l a mi ssi on de l ’ associ ati on
dans son ensembl e a pu se déroul er de f açon
pl utôt sati sf ai sante, l es rel ati ons avec cer-
tai ns agents de l a PAF n’ ont pas touj ours été
très f aci l e à entreteni r.
Notamment, l es rel ati ons avec certai ns
agents du gref f e du centre se sont avérées
plutot difʏciles. Notre mission, pourtant
Rouen-Oissel
FOCUS
En plus de la difʏculté exceptionnelle liée à la situation géographique du centre
inaccessible en transport en commun, l’environnement du centre de Rouen-
Oissel et la situation des migrants en Seine-Maritime se caractérise par deux
phénomènes.
Premièrement, une forte mobilisation associative existe à Rouen autour des
familles déboutées du droit d’asile et qui doivent en conséquence quitter le
centre dȊaccueil pour demandeurs dȊasile dans un délai très bref dȊun mois. Le
fait que le CADA soit géré par France terre d’asile peut prêter à confusion et
certaines associations ne nous font pas conʏance en ce qui concerne lȊexercice
de notre mission dans le CRA.
Deuxièmement, il faut relever lȊimplication forte de plusieurs avocats qui se sont
portés volontaires pour les permanences des étrangers, ce qui a permis une
bonne prise en compte des droits des personnes en rétention et un important
taux de libération par le JLD.
CONDITIONS MATÉRIELLES
DE RÉTENTION
Si tué en pl ei n cœur de l a f orêt de l a Londe-
Rouvray, l e centre de rétenti on admi ni stra-
ti ve de Rouen-Oi ssel a l a parti cul ari té de
se trouver dans l ’ encei nte même de l ’ Ecol e
nati onal e de pol i ce (ENP). Cette si tuati on
géographi que se révèl e souvent extrême-
ment compl i quée pour l es étrangers retenus
qui sont l i bérés di rectement du centre. En
ef f et, l ’ ENP n’ est pas desservi e par l e réseau
de transport en commun et l es étrangers
doi vent regagner l a gare de Oi ssel , si tuée à
ci nq ki l omètres du centre, par l eurs propres
moyens : souvent à pi ed, parf oi s en taxi s’ i l s
en ont l es moyens. Pour l es f emmes et l es
f ami l l es, i l arri ve parf oi s que l es servi ces de
l a PAF ou l es pol i ci ers de l ’ écol e condui sent
l es étrangers l i bérés à l a gare.
Le CRA de Rouen-Oi ssel est di vi sé en deux
zones de vi e : l’ une pour l es hommes, l’ autre
pour l es f emmes et l es f ami l l es. Ces deux
zones de vi e ne communi quent pas entre el l es.
Côté hommes, l es personnes retenues n’ont
accès qu’ à une peti te cour dans l aquel l e
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 189
R
O
U
E
N

-

O
I
S
S
E
L
cl ai rement prévue par l e code de l ’ entrée et
du séj our des étrangers et du droi t d’ asi l e, ne
nous a pas touj ours sembl é bi en compri se
par l e personnel du centre.
De même, l es contacts avec l e personnel mé-
di cal du centre, bi en que l i mi té au stri ct mi -
ni mum, n’ ont pas touj ours été très si mpl es.
En 2010, nous avons noté des i ncompré-
hensi ons quant à l ’ obj ecti f et au bi en-f ondé
de nos demandes adressées au personnel
médi cal . Toutef oi s, nos i nterventi ons se sont
touj ours l i mi tées à l a si mpl e transmi ssi on
des demandes f ormul ées pas l es personnes
retenues.
CONDITIONS D’EXERCICE
DES DROITS
Comme en 2009, l ’ i nf ormati on sur l es dé-
pl acements n’ est pas touj ours transmi se aux
personnes retenues. En ef f et, l a pl upart du
temps, el l es ne sont pas i nf ormées des vol s
et ne peuvent par conséquent pas préparer
l eur départ. I l en va de même pour l es ren-
dez-vous au consul at. Cel a crée une i ncom-
préhensi on par rapport à d’ autres centres
de rétenti on, où l es personnes sont avi sées
de tous l eurs dépl acements, y compri s ceux
rel ati f s à l eur départ.
La personne souhai tant déposer une de-
mande d’ asi l e est protégée contre l a mi se à
exécuti on de l a mesure d’ él oi gnement à par-
ti r du moment où France terre d’ asi l e dépose
au gref f e du CRA l e dossi er de demande
d’ asi l e rempl i et si gné. Une si mpl e décl ara-
ti on ne protège pas l a personne, ni l e retrai t
du dossi er asi l e (pui sque France terre d’ asi l e
di spose à l ’ avance d’ un stock de dossi er asi l e
dans son bureau).
L’ associ ati on esti me, que mal gré une l égère
di mi nuti on par rapport à 2009, l es pl ace-
ments en cel l ul e d’ i sol ement restent trop
nombreux. La ci rcul ai re du mi ni stère de
l ’ i mmi grati on du 14 j ui n 2010 sur l ’ harmo-
ni sati on des prati ques dans l es centres et l es
l ocaux de rétenti on admi ni strati f s et l ors de
l ’ exécuti on des escortes sembl e n’ avoi r pas
eu beaucoup de conséquences sur ces pl ace-
ments en i sol ement ; d’ autant pl us que c’ est
une des équi pes de garde de l a PAF qui sem-
bl ai t être pl us encl i ne à pl acer en i sol ement
que l es autres.
En ce qui concerne l a rétenti on des f ami l l es,
l es enf ants mi neurs pl acés en rétenti on en
2010 étai ent âgés d’ un moi s et demi à di x-
sept ans. France terre d’ asi l e constate cepen-
dant que l a durée de rétenti on des f ami l l es
avec des enf ants en bas âge n’ est j amai s très
l ongue : soi t un vol est prévu dans des dél ai s
bref s et el l es sont él oi gnées rapi dement, soi t
el l es sont l i bérées par l e JLD.
Concernant l ’ accès au médeci n, France terre
d’ asi l e a pu constater, de par l e témoi gnage
de nombreuses personnes, que l ’ accès étai t
parf oi s compl i qué. Bi en que l e droi t de voi r
un médecin leur soit notiʏé au moment du
pl acement en rétenti on, l es personnes sou-
haitant le voir rencontrent dȊabord les inʏr-
mi ères, l e médeci n n’ assurant pas de perma-
nence conti nue au centre. En f oncti on de sa
si tuati on – ou de l ’ i nsi stance de sa demande
–, el l e pourra ensui te, parf oi s deux à troi s
j ours pl us tard, rencontrer l e médeci n. Les
personnes se sont très souvent pl ai ntes de
ce que l eur demande étai t consi dérée avec
l égèreté, ou que l a rencontre avec l e médeci n
i ntervi enne trop tardi vement.
L’ accès à l ’ OFI I ne pose aucun probl ème, l es
deux agents de l ’ OFI I assurant à tour de rôl e
une permanence, de mani ère à être présents
au centre du l undi au samedi . Leur bureau
étant à côté de cel ui de France terre d’ asi l e,
soi t tout près de l a zone de vi e, l es personnes
peuvent l es rencontrer dès que besoi n.
LȊacces a un interprete, également notiʏé
dans l es droi ts en rétenti on au moment de
l’ arri vée au centre de rétenti on est en réal i té
difʏcile. Aucun interprete nȊest présent ni ne
se dépl ace au centre de rétenti on. L’ OFI I f ai t
appel à des i nterprètes vi a l e cabi net I SM-
i nterprétari at tandi s que France terre d’ asi l e
f ai t appel à un réseau d’ i nterprètes bénévol es.
L’ i nterprétari at ne se f ai t ai nsi que par tél é-
phone, et est soumi s aux di sponi bi l i tés des
i nterprètes contactés. Au vu des dél ai s très
bref s l ai ssés à l a personne pour f ormer un re-
cours, cel a pose parf oi s probl ème. De même,
pour certai nes l angues, comme l e mongol , l es
i nterprètes sont rares. L’exerci ce des droi ts
sȊen trouve de fait fortement mis en difʏculté.
VISITES ET ÉVÉNEMENTS
PARTICULIERS
En 2010, à l a sui te de péri odes de tensi ons
entre l es personnes et l es pol i ci ers, un i ncen-
di e a été provoqué et l e centre a dû été évacué.
Les personnes soupçonnées d’en être à l’ori -
gi ne ont été déf érées i mmédi atement.
TÉMOIGNAGE
Situation dȊune personne retenue dont le demi-frère est français et avocat. En tant que tel,
il annonce se charger du recours contre l’APRF. Nous apprenons le lendemain qu’il est
tombé dans le coma, suite à un AVC. Un de ses confrères sȊoccupe du recours. Recours
rejeté. La personne reste en rétention. Quelques jours plus tard, elle vient nous annoncer
que son demi-frère venait de mourir. Les obsèques auront lieu 6 jours plus tard. Le contact
est pris avec la Préfecture ayant placé Monsieur en rétention, appuyé par un courrier du
directeur de France terre dȊasile, demandant la libération de Monsieur aʏn de pouvoir
assister aux obsèques. La préfecture exige un document attestant que les obsèques
ont bien lieu à la date énoncée. Nous recevons ce document. La veille, Monsieur avait
été présenté au JLD, prolongé pour une seconde période de 15 jours, l’avocat n’avait
pas soulevé le décès de son demi-frère. Après réception du document attestant de la
date et du lieu des obsèques, nous lȊenvoyons à la Préfecture et formons un appel. La
Préfecture ne répond pas, les obsèques sont dans 3 jours. CȊest ʏnalement la cour dȊappel
qui ordonne la remise en liberté de Monsieur, motivant sur l’atteinte excessive à la vie
privée et familiale, le placement en rétention empêchant Monsieur de pouvoir assister aux
obsèques de son frère.
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 190
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 191
Sète
FI CHE DESCRI PTI VE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 192
DESCRIPTION DU CENTRE
DATE D’OUVERTURE 1993
ADRESSE 15 quai François Maillol
34200 Sète
04 99 57 20 57 (PAF)
CAPACITÉ DE RÉTENTION 30
NOMBRE DE BÂTIMENTS
D’HÉBERGEMENT
1
NOMBRE DE CHAMBRES 12
NOMBRE DE LITS PAR CHAMBRE 2 – 4
SUPERFICIE DES CHAMBRES 12 m²
NOMBRE DE DOUCHES 12
NOMBRE DE W.C. 12
DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES Oui
CONTENU Cartes téléphoniques, cigarettes,
boissons, friandises
MONNAYEUR Oui
ESPACE COLLECTIF
(DESCRIPTION)
Une grande pièce de 50 m² où sont
disposés :
- un distributeur automatique
- un baby-foot
- une télévision
- des tables et des chaises
- règlement intérieur traduit
en 6 langues
CONDITIONS D’ACCÈS Libre
COUR EXTÉRIEURE
(DESCRIPTION)
Une cour située dans le prolongement
de la salle commune, de 47m². Il
n’existe qu’une seule ouverture
donnant sur la cour des locaux de la
PAF. Elle est équipée de bancs.
CONDITIONS D’ACCÈS Libre
RÈGLEMENT INTÉRIEUR
CONFORME À LA PARTIE
RÉGLEMENTAIRE DU CESEDA
oui
AFFICHAGE/TRADUCTION SUR
DEMANDE DE LA CIMADE
Oui (français, arabe, italien, espagnol,
roumain, turc, chinois, anglais)
NOMBRE DE CABINES
TÉLÉPHONIQUES
2
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE DES
CABINES POUR JOINDRE LES
PERSONNES RETENUES
04 67 51 83 15
04 67 51 83 33
VISITES (JOURS ET HORAIRES) Tous les jours, 9h30-llh30 ; l4h00
17h00
ACCÈS AU CENTRE PAR
TRANSPORTS EN COMMUN
Gare SNCF – arrêt de bus
LES INTERVENANTS
CHEF DE CENTRE M. VIGUIER
SERVICE DE GARDE PAF
ESCORTES ASSURÉES PAR PAF – service interpellateur
GESTION DES ÉLOIGNEMENTS Préfecture – Paf
OFII – NOMBRE D’AGENTS 1
FONCTIONS Ecoute, récupération des bagages,
change d’argent, achats, appels
téléphoniques
PERSONNEL MÉDICAL AU CENTRE 2 inʏrmières
1 médecin responsable
NOMBRE DE MÉDECINS /
D’INFIRMIÈRES
2 inʏrmières
HÔPITAL CONVENTIONNÉ CHlBT Sète
CIMADE - NOMBRE
D’INTERVENANTS
1
LES AVOCATS SE DÉPLACENT-ILS
AU CENTRE ?
Rarement
LOCAL PRÉVU POUR LES
AVOCATS
Oui
PERMANENCE SPÉCIFIQUE AU
BARREAU
Oui
SI OUI, NUMÉRO DE TÉLÉPHONE Aucun
VISITE DU PROCUREUR DE LA
RÉPUBLIQUE EN 2010
LES SERVICES
HÔTELLERIE (DRAPS /
COUVERTURES) FOURNIE PAR
GEPSA
RENOUVELLEMENT A l’arrivée et sur demande
ENTRETIEN ASSURÉ PAR GEPSA
RESTAURATION (REPAS FOURNIS
PAR)
GEPSA
REPAS PRÉPARÉS PAR GEPSA
ENTRETIEN ET HYGIÈNE DES
LOCAUX ASSURÉS PAR
GEPSA
FRÉQUENCE Tous les jours
NÉCESSAIRE HYGIÈNE ET
TOILETTE DES PERSONNES
RETENUES COMPOSÉ DE
1 savonnette, 3 gels douche, 3
dentifrices, 1 brosse à dents, 1
serviette
DÉLIVRÉ PAR GEPSA
RENOUVELLEMENT A la demande
BLANCHISSERIE DES AFFAIRES
DES RETENUS
Oui
ASSURÉE PAR GEPSA
FRÉQUENCE Tous les jours
EXISTENCE D’UN VESTIAIRE Non
DESCRIPTIF DES BÂTIMENTS
Le centre de rétention est situé dans les bâtiments réhabilités de lȊarsenal de Sète. ll est attenant aux locaux
de la police aux frontières. Le centre est en longueur et dispose dȊun étage.
Au RDC : lȊaccès à la zone de rétention se fait par le poste de garde, dans lequel se trouvent aussi les locaux
réservés aux visites et aux avocats. La zone de rétention est répartie sur les deux niveaux du bâtiment, avec
une salle commune au RDC et une cour de promenade accessible en permanence.
A l’étage, se trouvent également les locaux du greffe, du gestionnaire, de La Cimade, de l’OFII, du service
médical, une cuisine et un réfectoire.
STATI STI QUES
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 193
S
È
T
E

NOMBRE DE PERSONNES RETENUES PAR MOIS
JAN FÉV MAR AVR MAI JUIN JUIL AOÛ SEP OCT NOV DÉC
47
56
62
58
48
50
43
28
60
37
39
25
GENRE
PRINCIPALES NATIONALITÉS
MAROC 297 53,71%
ALGÉRIE 75 13,56%
TURQUIE 44 7,96%
TUNISIE 25 4,52%
ROUMANIE 15 2,71%
PAKISTAN 8 1,45%
SÉNÉGAL 7 1,27%
EGYPTE 6 1,08%
RUSSIE 5 0,90%
CONGO 5 0,90%
NIGÉRIA 4 0,72%
GUINÉE 4 0,72%
AUTRES 58 10,49%
AGE DES PERSONNES
ÂGE MOYEN 32,92 ANS
HOMMES : 553 FEMMES : 0
PROVENANCE DES RETENUS PAR DÉPARTEMENT
ESSONNE 28 1,17%
PYR. ATLANTIQUES 23 0,96%
LOIRET 20 0,83%
VIENNE 17 0,71%
AUTRES DÉPARTEMENTS 203 8,45%
INCONNUS 4
SEINE-ET-MARNE 941 39,18%
VAL D'OISE 457 19,03%
VAL DE MARNE 292 12,16%
PARIS 194 8,08%
HAUTS-DE-SEINE 145 6,04%
OISE 82 3,41%
MESURES D’ÉLOIGNEMENT À L’ORIGINE DU PLACEMENT
APRF 316 57,35%
A.RÉAD 139 25,23%
OQTF 80 14,52%
ITF 15 2,72%
AME 0,00%
APE 1 0,18%
TOTAL 551 100,00%
INCONNU 2
DESTIN DES PERSONNES RETENUES
EMBARQUÉ 133 24,09%
LIBÉRÉ TGI 57 10,33%
RÉADMIS SIMPLE 150 27,17%
LIBÉRÉ FIN DE RÉTENTION 52 9,42%
ASSIGNÉ TGI 33 5,98%
DÉFÉRÉ 27 4,89%
LIBÉRÉ CA 16 2,90%
LIBÉRÉ PRÉF 16 2,90%
RAISON MÉDICALE 15 2,72%
LIBÉRÉ TA 21 3,80%
ASSIGNÉ CA 17 3,08%
HOSPITALISÉ 6 1,09%
REFUS EMBARQUEMENT 6 1,09%
STATUTAIRE 1 0,18%
TRANSFÉRÉ 1 0,18%
EN FUITE 1 0,18%
TOTAL 552 100%
INCONNU 1
DURÉE DE LA RÉTENTION
DUREE MOYENNE DE RETENTION ɻ 6,3 jours
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 194
Il nȊy a aucune difʏculté a obtenir toute in-
f ormati on auprès du gref f e. Les documents
rel ati f s à l a procédure admi ni strati ve sont
remi s à chaque étranger, et en cas de besoi n,
l e gref f e l eur en dél i vre une copi e. I l n’ y a
cependant pas d’ accès di rect à l a procédure
j udi ci ai re.
Le di al ogue entre l es di f f érents i ntervenants
est conti nu et permet de régl er l a pl upart des
difʏcultés rencontrées.
Chaque année se ti ent une réuni on à l aquel l e
tous l es i ntervenants sont convi és. La der-
ni ère en date s’ est tenue l e 25 novembre
2010. Etai ent présents : l a représentante de
l ’ OFI I , un représentant de l a soci été GEPSA,
l e médeci n réf érent du centre hospi tal i er de
Sete, la responsable des inʏrmieres déta-
chées au CRA, une inʏrmiere, le comman-
dant de l a PAF à Sète, l e chef de centre et son
adj oi nt, un chef de bri gade
CONDITIONS D’EXERCICE
DES DROITS
Le médeci n vi ent régul i èrement au centre.
I l n’ assure pas de permanence quoti di enne,
mai s se dépl ace deux ou troi s f oi s par se-
mai ne au centre et reçoi t en consul tati on l es
étrangers qui y sont mai ntenus.
Les avocats ne se dépl acent qu’ excepti on-
nel l ement au CRA. Les étrangers contactent
di rectement l eur avocat par tél éphone, ou
passe par l ’ i ntermédi ai re de La Ci made.
Dans l a maj ori té des cas, l’ i nterprétari at est
assuré par des étrangers présents au centre de
rétenti on, ou par des proches par tél éphone.
La communi cati on avec l es consul ats du
pays dȊorigine ne pose pas de difʏculté
maj eure. Di sposant d’ un tél éphone en l i bre
accès, l es retenus peuvent être en contact
avec l eur consul at.
Enʏn sȊagissant de lȊOFII, une permanence
quoti di enne s’ est tenue chaque mati n tout au
l ong de l ’ année. Depui s l e début de l ’ année
2011, l es horai res de présence ont changé,
une i ntervenante assure désormai s une per-
manence uni quement l es l undi s, mercredi s
et vendredi s après mi di .
VISITES ET ÉVÉNEMENTS
PARTICULIERS
Depuis la ʏn du mois de septembre 2010, un
groupe i ssu de RESF34 – Sète vi ent vi si ter
chaque semai ne des étrangers. La Ci made
l eur i ndi que en parti cul i er l es personnes
parl ant l e f rançai s et rappel l e bri èvement
chacun des parcours. Ces personnes s’ entre-
ti ennent avec l es étrangers, l eur apportent un
souti en moral et matéri el (dons de ci garettes,
f ri andi ses, etc…)
CONDITIONS MATÉRIELLES
DE RÉTENTION
Le centre est créé en 1993 dans l es l ocaux de
l’ anci en arsenal de Sète. Le bâti ment j ouxte
l es l ocaux de l a PAF. A l’ori gi ne, i l n’ y avai t
qu’ un ni veau. Une premi ère extensi on est
réal i sée en 2001, avec à l’étage une zone d’ at-
tente de 8 pl aces, l es bureaux de l’ i ntendance,
de La Cimade, de lȊinʏrmerie et de lȊOFII.
Un deuxi ème proj et d’extensi on débute au
cours de l’ année 2006, portant l e nombre de
pl aces de 21 à 29. Ce chanti er concerne aussi
l’ aménagement du poste de garde, des l ocaux
vi si teurs et avocat, ai nsi que l a créati on d’ une
zone de rétenti on i ncl uant un espace commun
pl us i mportant et ouvert en permanence.
Bi en que l es condi ti ons d’ accuei l soi ent gl o-
bal ement correctes, l e centre est assez vé-
tuste, en parti cul i er l es chambres. I l y a par-
f oi s de f ortes odeurs de remontées d’ égout
Les étrangers peuvent ci rcul er l i brement
toute l a j ournée dans l a zone de rétenti on,
à l ’ excepti on des repas durant l esquel s i l s
sont enf ermés dans l e réf ectoi re. La zone de
rétenti on comprend : une sal l e commune,
une cour de promenade, un coul oi r sur l e-
quel donnent l es chambres et dans l equel se
trouve l a cabi ne tél éphoni que. Des sani tai res
sont accessi bl es dans chacune des chambres.
Les acti vi tés sont peu nombreuses et l i mi -
tées à l a sal l e commune : tél évi si on, un j eu
de dames, un babyf oot.
CONDITIONS D’EXERCICE
DE LA MISSION DE LA CIMADE
Les i ntervenants ont l a possi bi l i té de se
dépl acer l i brement dans tout l e CRA. Cel a
comprend l a zone de rétenti on, l a zone ad-
mi ni strati ve (dans l aquel l e se trouvent l es
bureaux de l ’ entrepri se GEPSA, du servi ce
médi cal e, de La Ci made et de l ’ OFI I ), l es
bureaux et l e gref f e de l a PAF.
LȊacces a lȊinʏrmerie et au bureau de La Ci-
made : tous les étrangers sont vus à leur entrée,
i l s peuvent aussi sol l ici ter les i ntervenants en
les appel ant à travers l a gri l le séparant l a zone
de rétention de l a zone admi ni strati ve.
Sète
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 195
S
È
T
E

M. T., ressortissant camerounais, est footballeur professionnel
dans son pays. Il tente à plusieurs reprises d’entrer en
Europe aʏn de saisir sa chance auprès de clubs de football
professionnels. A sa seconde tentative, il part comme passager
clandestin sur un cargo turc transportant des billes de bois.
Un passeur lȊembarque avec deux autres personnes aʏn de le
conduire dans le bateau qui mouille au large. La traversée en
pirogue est périlleuse. Cette embarcation n’est pas faite pour
naviguer en pleine mer.
Arrivés à proximité du cargo, un ʏlin en fer leur est balancé.
Les trois clandestins doivent sȊy hisser sur plusieurs mètres.
Le premier grimpe, calle dans son ascension et tombe de
plusieurs mètres dans la pirogue. ll sȊassomme, tombe à lȊeau
et disparait. Le passeur crie sur les deux autres, qu’ils ne
doivent pas le secourir ou il les met également à l’eau.
M. T. grimpe avec difʏculté le long du câble. ll est conduit vers
les cales du bateau, où se trouvent les billes de bois. D’autres
personnes y sont cachées, entre les billes. Elles disposent de
nourriture pour la durée du voyage. L’équipage turc n’est pas
au courant de leur présence. Ce voyage n’est pas sans danger.
En effet, découverts par l’équipage, ils seraient passés par-
dessus bord. Rester cachés entre les billes de bois sȊavère être
dangereux. Les billes bougent lors de la traversée et risquent
d’écraser les passagers clandestins.
Après plusieurs jours de route, lȊun des clandestins est
découvert par l’équipage. Il se rendait chaque nuit voir son
frère caché dans une autre partie de la cale. ll est dȊabord
question de faire passer tout le monde par-dessus bord. Mais
le jeune commandant décide de mettre tout le monde dans une
pièce en attendant. Certains refusent.
M. T. est conduit dans cette pièce. En fait un piège où ils
suffoquent de chaleur, sans eau. Ceux restés à l’extérieur se
révoltent et luttent contre lȊéquipage pour ʏnalement venir les
libérer. Ce sont des gardes côtes d’Afrique du sud qui viennent
les secourir. M. T. sera reconduit au Cameroun.
Pour sa troisième tentative, M. T. est démarché par un agent
véreux qui lui propose de signer un contrat professionnel d’un
montant de 600 000 euros avec l’équipe de Nancy de Ligue 1.
L’agent demandait la somme de 7000 euros pour organiser
le voyage, payer les assurances. Le rêve de réussite est très
fort. Il décide avec l’accord de ses parents de vendre la maison
familiale et de s’endetter pour obtenir cet argent.
Le jour du départ l’agent est arrêté à l’aéroport, mais lui donne
le numéro d’une personne qu’il peut contacter à son arrivée.
Arrivé en France, il rencontre un nouvel agent à Metz, qui
prend la succession de l’ancien. Celui-ci lui réclame 1500
euros pour s’entretenir avec les dirigeants de Nancy. Il lui
donne ce qui lui reste, à savoir 400 euros. Son visa expire,
l’agent lui dit que de ce fait le club de Nancy n’est plus
intéressé. Pour se débarrasser de lui, l’agent l’envoie faire un
essai dans le club de Châteauroux. Evidemment, personne
ne l’attend dans ce nouveau club, il passe la nuit dans la gare
de Châteauroux avant qu’une âme charitable ne lui offre de lui
payer le train de retour pour Paris.
ll se rend ʏnalement dans le sud de la France, à Béziers, où un
cousin à lui joue dans le club local. De promesse en promesse,
il attend son heure, jusqu’à ce que les services de police
l’interpellent sur la voie publique. Il est placé au CRA pour
être expulsé. ll sera ʏnalement libéré, en lȊabsence de laissez
passer.
TÉMOIGNAGES
LES TRI BULATI ONS D’ UN FOOTBALLEUR EN EUROPE :
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 196
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 197
Strasbourg -
Geispolsheim
FI CHE DESCRI PTI VE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 198
S
T
R
A
S
B
O
U
R
G
LE CENTRE
DATE D’OUVERTURE 1
er
janvier 1991
ADRESSE Rue du Fort Lefèvre -
67118 Geispolsheim
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
ADMINISTRATIF DU CENTRE
03 88 66 81 91
CAPACITÉ DE RÉTENTION 36 places
NOMBRE DE BÂTIMENTS
D’HÉBERGEMENT
4 zones de vie : 3 zones hommes,
1 zone femmes
NOMBRE DE CHAMBRES 14 pour les hommes
+ 1 pour les femmes
NOMBRE DE LITS PAR CHAMBRE 2 pour les hommes, 4 pour les femmes
SUPERFICIE DES CHAMBRES 9m
2
pour les hommes,
20m
2
pour les femmes
NOMBRE DE DOUCHES 12+1
NOMBRE DE W.C. 12+1
DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES Oui (2)
CONTENU Boissons froides et chaudes
MONNAYEUR Non
ESPACE COLLECTIF (DESCRIPTION) Une salle de repos avec télévision
CONDITIONS D’ACCÈS Libre dȊaccès toute la journée
COUR EXTÉRIEURE (DESCRIPTION) Grande cour extérieure centrale
(pelouse et graviers) qui englobe tous
les modules avec un auvent sur
le module des intervenants abritant
les deux distributeurs de boissons.
Un baby-foot, deux tables de ping-pong
ainsi que des bancs et des tables.
CONDITIONS D’ACCÈS Conditions dȊaccès libre de jour et de nuit,
excepté pour les femmes qui ont une
cour qui leur est propre, fermée la nuit.
RÈGLEMENT INTÉRIEUR
CONFORME À LA PARTIE
RÉGLEMENTAIRE DU CESEDA
Oui
AFFICHAGE/TRADUCTION DES
DROITS
Oui
ACCÈS À LA BAGAGERIE Oui, sans limitations particulières sur
demande.
NOMBRE DE CABINES
TÉLÉPHONIQUES
Deux dehors et une par bloc (4 + 1
pour les femmes) soit sept en tout.
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE DES
CABINES POUR JOINDRE LES
PERSONNES RETENUES
Cour extérieure : 03 88 67 25 35
Pour joindre les personnes retenues :
03 88 55 07 85
Chambre femmes : 03 88 67 90 74
Module 1 : 03 88 67 41 25
Module 2 : 03 88 67 19 72
Module 3 : 03 88 67 29 94
Module 4 : 03 88 67 39 92
VISITES (JOURS ET HORAIRES) Tous les jours de 10h à 11h30
et de 14h à 17h30
ACCÈS AU CENTRE PAR
TRANSPORTS EN COMMUN
Bus 62 A en haut du chemin forestier
en commun avec correspondance
avec le tramway de Strasbourg.
LES INTERVENANTS
CHEF DE CENTRE Commandant de Gendarmerie
LAGEL
SERVICE DE GARDE Gendarmerie mobile
ESCORTES ASSURÉES PAR Gendarmerie mobile
GESTION DES ÉLOIGNEMENTS PAF et préfecture pour
l’organisation, gendarmerie pour
l’escorte jusqu’à l’aéroport (ou les
personnes sont remises à la PAF)
OFII – NOMBRE D’AGENTS Une personne présente seulement
le matin jusqu’en septembre et
présente la journée (sauf le mardi)
à partir de cette date.
FONCTIONS Achats, écoute, récupération des
bagages et de mandats, change
d’argent
PERSONNEL MÉDICAL AU CENTRE -
NOMBRE DE MÉDECINS / D’INFIRMIÈRES
Trois inʏrmières, trois
consultations de médecin par
semaine par différents médecins
HÔPITAL CONVENTIONNÉ CHU Strasbourg
ORDRE DE MALTE FRANCE - NOMBRE
D’INTERVENANTS
3 salariés à mi-temps
LES AVOCATS SE DÉPLACENT-ILS AU
CENTRE ?
Très rarement
LOCAL PRÉVU POUR LES AVOCATS Oui
PERMANENCE SPÉCIFIQUE AU BARREAU Oui
SI OUI, NUMÉRO DE TÉLÉPHONE Selon avocat de permanence
VISITE DU PROCUREUR DE LA
RÉPUBLIQUE EN 2010
Visite à 3 reprises du procureur
adjoint
LES SERVICES
HÔTELLERIE (DRAPS /
COUVERTURES) FOURNIE PAR
Entreprise « TIP-TOP » sous-traitée
par OMS Thionville
La femme de ménage se charge du
renouvellement des draps une fois par
semaine
RENOUVELLEMENT A la demande
ENTRETIEN ASSURÉ PAR Entreprise TIP-TOP sous-traitée par
OMS Thionville
RESTAURATION (REPAS FOURNIS
ET PRÉPARÉ PAR)
Entreprise « L’Alsacienne de
restauration »
ENTRETIEN ET HYGIÈNE DES
LOCAUX ASSURÉS PAR
Entreprise « TIP-TOP » sous-traitée
par OMS Thionville
FRÉQUENCE Tous les jours
NÉCESSAIRE HYGIÈNE ET
TOILETTE DES PERSONNES
RETENUES COMPOSÉ DE
Dentifrice, brosse à dent, papier toilette,
peigne, nécessaire de toilette, serviette
éponge, mouchoirs, crème à raser
Kit femmes : même composition +
des serviettes hygiéniques et des
brosses à cheveux.
DÉLIVRÉ PAR Gendarmerie
RENOUVELLEMENT A la demande
BLANCHISSERIE DES AFFAIRES
DES RETENUS
Oui, deux lave-linge et un sèche-linge
ASSURÉE PAR Entreprise « TIP-TOP » sous-traitée
par OMS Thionville
FRÉQUENCE Du lundi au vendredi sur demande
EXISTENCE D’UN VESTIAIRE Oui les personnes retenues peuvent
conʏer leur sac, argent, objets de
valeurs aux gendarmes et y avoir
accès sur simple demande
DESCRIPTIF DES BÂTIMENTS
Le CRA de Geispolsheim est situé au milieu d’un petit bois, sur un
terrain militaire. Entouré de hautes grilles et d’un chemin de ronde,
quatre bâtiments peuvent accueillir un total de 36 personnes (trois
bâtiments hommes et un bâtiment qui dispose d’une chambre pou-
vant accueillir quatre femmes (la chambre femmes a un accès sépa-
ré qui est fermé pendant la nuit). Un autre bâtiment abrite l’Ordre de
Malte France, lȊOFll et lȊinʏrmerie (en libre accès permanent) ainsi
que le réfectoire, la cuisine, une salle commune et deux salles de
visite. Le bâtiment de la gendarmerie est de l’autre côté de la grille,
à l’entrée. Ce centre à taille humaine a l’avantage de ne pas être
construit sur le modèle carcéral, permettant aux personnes dȊavoir
un temps de visite prolongé puisqu’elles peuvent communiquer avec
des proches à travers la grille.
STATI STI QUES
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 199
S
T
R
A
S
B
O
U
R
G
S
T
R
A
S
B
O
U
R
G

-

G
E
I
S
P
O
L
S
H
E
I
M

NOMBRE DE PERSONNES RETENUES PAR MOIS
JAN FÉV MAR AVR MAI JUIN JUIL AOÛ SEP OCT NOV DÉC
59
61

73

64

57

64

55

48
77
63

54

41
GENRES*
PRINCIPALES NATIONALITÉS*
ALGÉRIENNE 10% RUSSE 5%
MAROCAINE 10% GÉORGIENNE 4%
TURQUE 7% ROUMAINE 4%
TUNISIENNE 7% NIGÉRIANE 3%
KOSOVAR 6% ALBANAISE 2%
Le nombre important de personnes turques s’explique en partie par la proximité
avec l’Allemagne et la forte communauté turque qui y réside.
HOMMES : 624 FEMMES : 77
716 personnes ont été placées dans le centre en 2010, 701 personnes ont été vues par l’association et
689 personnes ont été suivies
3
.
3 - Les troi s totaux sont
di ff érents car certai nes
personnes passées dans
l e centre n’ ont pas été vues,
tandi s que d’ autres n’ ont
pas nécessi té l ’ ai de de
l ’ associ ati on. Les stati sti ques
dont l e total de réf érence
se base sur l es personnes vues
et sui vi es sont respecti vement
i ndi quées par * et * * .
AGE DES PERSONNES*
16 À
17 ANS
28 À
24 ANS
25 À
39 ANS
40 À
59 ANS
60 ANS
ET +
3 19% 61% 18% 1%
MESURES D’ÉLOIGNEMENT À L’ORIGINE DU PLACEMENT**
APRF 71%
OQTF 20%
RÉAD. DUBLIN 6%
ITF 3%
DESTIN DES PERSONNES RETENUES*
Embarqué 39% 265
Libéré ʏn rétention l3% 86
Libéré TGI 10% 70
Libéré CA 10% 70
Libéré pref/min 8% 57
Réad dublin 7% 49
Assigné TGI/CA 5% 31
AUTRES DESTINS
LIBÉRÉS TA 23 3%
RAISON MÉDICALE 22 3%
DÉFÉRÉS 12 2%
INCONNU 1
FUITE 1
A noter que 34 personnes ont refusé l’embarquement.
DURÉE DE LA RÉTENTION
48H ɻ 18%
17 JOURS ɻ 55%
+ DE 17 JOURS ɻ 27%
DURÉE DE PRÉSENCE MOYENNE ɻ 12 jours
La longue durée de rétention dans le CRA de Geispolsheim s’explique en partie
par le faible taux de libérations devant le juge des libertés strasbourgeois.
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 200
CONDITIONS MATÉRIELLES
DE RÉTENTION
Les personnes sont l i bres de ci rcul er j our et
nui t. I l s peuvent se rendre d’ un bâti ment à
l’ autre et avoi r un l i bre accès à l a cour, à l a
salle de rencontre, a lȊinʏrmerie, aux bureaux
de l’ OFI I ou de l’ Ordre de Mal te France.
I l y a eu une péri ode de restri cti on de ci rcu-
l ati on l a nui t sui te à une évasi on. La ci rcu-
l ati on des f emmes est restrei nte pendant l a
nui t en rai son d’ une séparati on avec l a zone
où l es hommes peuvent ci rcul er.
Pour des rai sons de sécuri té, l e personnel
de l ’ Ordre de Mal te France n’ a pas l e droi t
d’ entrer seul dans l es chambres mai s l es
personnes ne se sont j amai s pl ai ntes de l’ état
des l ocaux.
Les personnes se pl ai gnent davantage de l a
nourri ture (qual i té, absence de vi ande ha-
l al ), qui est l a même servi e aux gendarmes.
Deux di stri buteurs sont à di sposi ti on dans l a
cour. Lors de chaque sorti e sous escorte de
l a personne, l ui est remi s un peti t-déj euner
ou un repas f roi d sel on l ’ heure.
Le local de fouille fait accessoirement ofʏce
de sal on de coi f f ure sous l a survei l l ance de
deux gendarmes en pl us de cel ui qui coupe
l es cheveux.
Au ni veau des sani tai res, des di stri buteurs
gratui ts de shampoi ngs et de savons sont à l a
di sposi ti on des personnes.
Depui s 2005 est mi s en pl ace un pl an cani -
cul e de type préventi f en été, avec un di s-
tri buteur d’ eau réf ri gérée dans l a sal l e com-
mune, l a possi bi l i té de ne pas bai sser l es
vol ets durant l a nui t, cel l e de prendre des
douches à l a demande et l a mi se en pl ace de
consi gnes d’ hydratati on.
I l exi ste quel ques acti vi tés pour l es per-
sonnes retenues : une bi bl i othèque, gérée
par l ’ OFI I , a été ouverte en mars 2010 et
permet l ’ emprunt d’ ouvrages en di f f érentes
l angues, un bal l on en mousse, des tabl es
de pi ng-pong, un baby-f oot (pl usi eurs f oi s
cassé par certai nes personnes retenues et à
chaque f oi s réparé), une sal l e de rencontre
ouverte l a j ournée, une tél évi si on dans
chaque chambre.
CONDITIONS D’EXERCICE DE LA
MISSION DE L’ORDRE DE MALTE
FRANCE
L’équi pe de l’ Ordre de Mal te France est pré-
sente si x j ours sur sept et ci rcul e l i brement
sans restri cti on (si ce n’est dans l es chambres
pour des rai sons de sécuri té) ce qui est appré-
ci abl e. L’ accès au gref f e ne pose aucun pro-
bl ème. I l est f aci l e d’obteni r l es copi es des
documents des personnes retenues. Les rel a-
ti ons avec l es gendarmes sont bonnes.
Le chef de cent re est en général di sposé
à di scuter des si t uat i ons de tensi ons et
Strasbourg -
Geispolsheim
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 201
S
T
R
A
S
B
O
U
R
G

-

G
E
I
S
P
O
L
S
H
E
I
M

des él éments per t urbateurs. A pl usi eurs
repri ses, nous avons obtenu de sa par t des
i nf ormat i ons sur des cas que nous avi ons
si gnal és. L’ accès à l ’ i nf ormat i on n’ est ce-
pendant pas systémat i que, notamment pour
l es dossi ers sensi bl es.
Les rel ati ons avec l es préf ectures sont très
al éatoi res sel on l es i nterl ocuteurs. Les rel a-
ti ons avec l es agents de l a PAF, s’ occupant
notamment des escortes, sont bonnes.
I l exi ste une très bonne coopérati on avec l es
inʏrmieres. JusquȊen septembre, la présence
de l’ OFI I étai t moi ns i mportante. L’équi pe a
donc parf oi s dû se substi tuer à l’ OFI I auprès
des personnes retenues. En septembre 2010,
l a présence de l a médi atri ce de l’ OFI I s’est
accrue, ce qui doi t être sal ué.
Une réuni on annuel l e du centre rassembl e
l ’ ensembl e des partenai res de l a rétenti on
(Gendarmeri e nati onal e, acteurs du centre
(Ordre de Mal te France, OFI I , UMCRA),
représentants des préf ectures, du TGI , du
TA ...). Cette i ni ti ati ve est i ntéressante car
el l e permet de mettre autour de l a tabl e tous
l es acteurs qui agi ssent de près ou de l oi n
dans l a procédure de rétenti on. Chacun peut
présenter son bi l an annuel et f ai re part de
ses difʏcultés ce qui permet une meilleure
communi cati on et compréhensi on des mi s-
si ons de chaque acteur.
CONDITIONS D’EXERCICE
DES DROITS
Le chef de centre sembl e mettre un poi nt
d’ honneur à ce que l es droi ts des personnes
retenues soi ent respectés. Exempl e : mi se
à di sposi ti on de styl os très rapi de après l a
di f f usi on de l a ci rcul ai re du 14 j ui n 2010.
I l ti ent à ce que l ’ associ ati on l ’ al erte de tout
manquement de l a part des gendarmes.
Comme décri t pl us haut, l ’ accès des per-
sonnes retenues aux di f f érents acteurs du
centre est f aci l i té grâce à l a f orte l i berté
de ci rcul ati on dans l e centre. Cel l es-ci
peuvent se rendre el l es-mêmes aux bureaux
de l ’ Ordre de Mal te France, de l ’ OFI I ou
de lȊinʏrmerie, ce qui est une garantie pour
l ’ exerci ce ef f ecti f de l eurs droi ts.
Ce mode spéciʏque de fonctionnement, mis
en place au proʏt des droits des personnes,
permet égal ement à chaque acteur d’ organi -
ser ses entreti ens comme i l l ’ entend. D’ autre
part, cel a rend égal ement pl us ai sé l e travai l
des gendarmes qui n’ ont pas besoi n d’ escor-
ter l es personnes.
ACCÈS AU MÉDECIN
LȊacces a lȊinʏrmerie et aux consultations
médicales ne pose aucun probleme. Les inʏr-
mi ères sont présentes au centre tous l es j ours
et l e médeci n sel on l es consul tati ons deman-
dés. L’ uni té médi cal e est très à l ’ écoute des
personnes retenues et vrai ment souci euse
de l eurs droi ts. El l e travai l l e en coopérati on
avec l ’ ensembl e des acteurs, ce qui est très
appréci abl e. Leur f oncti onnement consti tue
un vrai modèl e de bonne prati que.
DROIT À UN AVOCAT
A quel ques excepti ons près, l es avocats ne
se dépl acent j amai s au centre de rétenti on.
DROIT À UN INTERPRÈTE
L’ admi ni strati on a recours à des i nterprètes
l a pl upart du temps assermentés qui se dé-
placent pour la garde a vue et la notiʏcation
des mesures et des droi ts l eur du pl acement
en rétenti on. Des personnes se sont pl ai ntes
de la qualité insufʏsante de certaines tra-
ducti ons et, quel ques f oi s, de l a pressi on
psychol ogi que exercée par certai ns i nter-
prètes à l eur égard.
DROIT DE COMMUNIQUER
AVEC SON CONSULAT
L’ équi pe donne l a possi bi l i té aux personnes
retenues de communi quer avec l eur consul at
si c’ est l eur souhai t. Normal ement, l a gen-
darmeri e devrai t permettre à l a personne de
passer un coup de tél éphone à son consul at
tel que prévu par l e CESEDA.
DROIT DE PASSER UN APPEL
Le premi er appel tél éphoni que peut se f ai re
depui s l e poste de sécuri té sur l a l i gne des
gendarmes pui s l es personnes ont accès
aux cabi nes tél éphoni ques avec une carte
qu’ el l es doi vent acheter.
DROIT DE DÉPOSER
UNE DEMANDE D’ASILE
A Gei spol shei m, l a personne retenue qui
souhai te demander l ’ asi l e peut l e f ai re i ndi -
vi duel l ement ou par l e bi ai s de l ’ associ ati on.
Le gref f e du CRA, avant de consi gner un
formulaire au demandeur, vériʏe avec la
préf ecture compétente s’ i l s’ agi t d’ une pre-
mi ère demande, d’ une demande de réexa-

FOCUS
Tout au long de l’année, de nombreuses personnes sont arrivées au centre de
rétention après un premier passage en local de rétention administratif (LRA),
notamment de Saint-Louis. Or, les personnes placées en local de rétention ne
bénéʏcient pas dȊun accès effectif à lȊensemble de leurs droits : à la différence des
CRA, aucune disposition législative n’impose à l’autorité administrative la présence
permanente d’accompagnateurs juridiques dans ces lieux. Cette absence a des
conséquences sur lȊaccès au recours des personnes, qui, une fois arrivées au
centre de rétention, ne sont plus dans les délais pour contester les mesures de
reconduites à la frontière dont elles font lȊobjet. Aussi, dans bien des cas, les arrêtés
préfectoraux de reconduite à la frontière nȊont pas pu être contestés dans le délai très
bref de quarante-huit heures : sur les vingt-quatre personnes transférées au CRA de
Geispolsheim depuis un LRA, vingt-deux faisaient l’objet d’un arrêté de reconduite à
la frontière dont deux seulement étaient encore contestables dans le délai de 48h à
leur arrivée au CRA.
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 202
S
T
R
A
S
B
O
U
R
G
men ou si l a procédure rel ève de l a respon-
sabi l i té d’ un autre Etat membre de l ’ Uni on
européenne, en appl i cati on du règl ement
« Dubl i n I I ».
Le demandeur d’ asi le a ci nq jours pour rédi ger
l a demande, seul ou avec l’ ai de de l’ associ a-
tion. Une foi s rempl ie, el le est ensui te remi se
au gref fe du centre. Le formul ai re n’étant pas
pl acé dans une enveloppe scel lée, aucune
conʏdentialité nȊest respectée a cette étape.
Le gref f e envoi e ensui te l a demande par
Chronopost à l ’ OFPRA.
ACCÈS À L’OFII
L’ accès à l ’ OFI I se passe général ement bi en.
I l a été notamment amél i oré grâce à une
présence pl us i mportante de l a médi atri ce
soci al e sur l e si te.
INFORMATIONS DÉLIVRÉES
AUX PERSONNES RETENUES
SUR LEUR DÉPART
Les personnes sont i nf ormées de l a date de
l eur départ par l e chef de centre. Toutef oi s l e
chef de centre peut s’ absteni r pour des rai -
sons de sécuri té ou de troubl e d’ i nf ormer l a
personne des condi ti ons de son départ.
MISES À L’ ISOLEMENT
ET MENOTTAGE
Aucun i sol ement n’ a été observé au centre
de rétenti on. Le chef de centre n’ a pas f ai t
usage de cette méthode depui s pl usi eurs
années, pri vi l égi ant des al ternati ves pour ré-
gler les situations difʏciles (dialogue, trans-
f ert dans un autre centre). I l s’ agi t l à d’ une
bonne prati que que nous sal uons. Le recours
au menottage reste quant à l ui très rare.
VISITES ET ÉVÉNEMENTS
PARTICULIERS
VISITES
Le centre a reçu l a vi si te du Di recteur de ca-
bi net de l a préf ecture du Bas-Rhi n en f évri er,
troi s contrôl es du procureur de l a Républ i que
adj oi nt (avri l , j ui n, décembre), une vi si te du
bureau de l a rétenti on au mi ni stère de l’ i mmi -
grati on au moi s de mai , en j ui n l a vi si te d’ une
dél égati on de parl ementai res européennes du
parti soci al i ste, en octobre cel l e du personnel
du gref f e du Tri bunal de Grande I nstance et
en décembre, cel l e du consul de Li tuani e.
Plusieurs mani festations du Réseau Educati f
Sans Frontières (RESF) ont eu l ieu devant le
centre durant l’année. Le comité Vi gicrage (Co-
mité de Vi gi l ance du CRA de Gei spol shei m)
s’est également rendu plusieurs foi s sur pl ace
aʏn de discuter avec des personnes retenues et
rel ater leur hi stoi re sur leur site i nternet.
ACTES DÉSESPÉRÉS
Pl usi eurs cas d’ automuti l ati ons ont été ob-
servés au centre de rétenti on ai nsi qu’ une
tentati ve de sui ci de qui ont général ement
abouti à des hospi tal i sati ons. Certai nes per-
sonnes ont égal ement entamé des grèves de
l a f ai m, souvent col l ecti ves.
TÉMOIGNAGE
« M
elle
K. a 23 ans quand elle est placée pour la deuxième fois au CRA de
Geispolsheim. Née en République Démocratique du Congo (ex Zaïre) en 1987,
elle y a vécu jusqu’en 2008, date d’obtention de son examen d’Etat en section
scientiʏque. Ses deux parents sont séparés et elle vit chez sa grand-mère depuis
que sa mère réside en Allemagne depuis 2003 avec son nouvel époux et ses
demi-frères et sēurs, tous de nationalité allemande. Son père est naturalisé
français, marié avec une française et vit sur le territoire depuis plus de vingt-
ans avec ses enfants, tous français et mineurs. Ses tantes et ses oncles vivent
également tous en Europe.
En 2008 donc, M
elle
K. quitte la RDC pour aller suivre ses études en France, pays
dont elle maitrise la langue. Logée chez son père, elle demande un titre de séjour
étudiant qui lui est refusé. Obligée de quitter le territoire, elle part vivre chez sa
mère en Allemagne, mais se fait interpeller par les autorités allemandes qui la
renvoient en France où elle est placée une première fois au centre de rétention
de Geispolsheim, puis assignée à résidence chez son père. Elle a 22 ans. Ayant
toujours en tête l’objectif de poursuivre ses études, elle décide de s’inscrire au
lycée en classe de seconde aʏn de se remettre à niveau. Elle ne se présente pas
à la convocation de départ puisque sa seule famille en RDC, sa grand-mère, est
décédée en 2009 peu après son départ. Elle poursuit donc ses études, jusquȊau
jour où elle est interpellée à la sortie du lycée et immédiatement placée au CRA
de Geispolsheim. Le juge refuse cette fois-ci l’assignation à résidence. Décidée à
lȊéloigner rapidement, la préfecture organise un vol à peine trois jours après son
arrivée au centre, vol qu’elle refuse obstinément, n’ayant plus de famille en RDC.
Tout le monde se mobilise pour M
elle
K : ses camarades de classe, le Réseau
éducation sans frontière, sa famille organisent des marches devant la préfecture.
M
elle
K, avec lȊaide de lȊéquipe de lȊOrdre de Malte France multiplie les démarches
juridiques, sans succèsȓ ll faut dire que légalement, M
elle
K est majeure et ne
peut bénéʏcier du regroupement familial, même si toute sa famille est en Europe,
dont la moitié en France…
La ʏn des 32 jours de rétention approche et le consulat de RDC nȊa toujours pas
donné de laissez-passer, la famille a bon espoir qu’elle soit libérée à l’issue de la
durée légale de rétention. Mais après vingt-huit jours passés en rétention, M
elle
K.
sera ʏnalement reconduite vers la RDC.
En à peine deux ans de vie en France et alors qu’elle demandait un titre étudiant
pour poursuivre ses études sur le territoire, M
elle
K. aura fait lȊobjet dȊune mesure
d’éloignement (qu’elle respecte), d’une interpellation en Allemagne suivie d’une
remise aux autorités françaises, puis une première période de rétention de quelques
jours, une assignation à résidence, puis de nouveau une interpellation, à la sortie
du lycée, et de nouveau la rétention, longue durée cette fois-ci, dans l’angoisse de
lȊéloignement et de lȊenfermement, pour être ʏnalement renvoyée de force vers son
pays d’origine où elle n’a plus d’attaches familiales. »
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 203
S
T
R
A
S
B
O
U
R
G
Toulouse
Cornebarrieu
FI CHE DESCRI PTI VE
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 204
T
O
U
L
O
U
S
E
DESCRIPTION DU CENTRE
DATE D’OUVERTURE 1er juillet 2006
ADRESSE Avenue Pierre-Georges Latécoère -
31700 Cornebarrieu
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE
ADMINISTRATIF DU CENTRE
05 62 13 61 62/80
CAPACITÉ DE RÉTENTION 126 places
NOMBRE DE BÂTIMENTS
D’HÉBERGEMENT
1
NOMBRE DE CHAMBRES 61
NOMBRE DE LITS PAR CHAMBRE 2 sauf le secteur famille (3 et 4)
SUPERFICIE DES CHAMBRES 12 m
2
sauf pour les chambres famille
20 m
2
NOMBRE DE DOUCHES 1 par chambre
NOMBRE DE W.C. 1 par chambre
DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES Oui : 3
CONTENU cartes téléphoniques, friandises,
boissons
MONNAYEUR Oui : 2
ESPACE COLLECTIF
(DESCRIPTION)
Dans chaque secteur (5) : espace télé,
baby-foot et couloir avec bancs.
CONDITIONS D’ACCÈS Libre
COUR EXTÉRIEURE
(DESCRIPTION)
Environ 200 m
2
dans chaque secteur.
Fermée par des grillages autour et au-
dessus. Equipée d'une table de ping-
pong et de jeux pour enfants dans le
secteur familles.
CONDITIONS D’ACCÈS Libre
RÈGLEMENT INTÉRIEUR
CONFORME À LA PARTIE
RÉGLEMENTAIRE DU CESEDA
Oui
AFFICHAGE/TRADUCTION SUR
DEMANDE DE LA CIMADE
Oui en 6 langues
NOMBRE DE CABINES
TÉLÉPHONIQUES
1 par secteur et 1 à côté des
distributeurs automatiques.
NUMÉRO DE TÉLÉPHONE DES
CABINES POUR JOINDRE LES
PERSONNES RETENUES
Secteur A (hommes) 05 34 52 11 06
Secteur B (femmes) 05 34 52 11 05
Secteur C (familles) 05 34 52 11 02
Secteur D (hommes) 05 34 52 11 03
Secteur E (hommes) 05 34 52 11 01
VISITES (JOURS ET HORAIRES) Tous les jours de 9h à 11h30
et de 14h à 18H30
ACCÈS AU CENTRE PAR
TRANSPORTS EN COMMUN
Bus n°66 ou 70 et 17 + TAD (bus à
la demande à prévenir 2h avant le
voyage)
LES INTERVENANTS
CHEF DE CENTRE Commandant Billard
SERVICE DE GARDE PAF
ESCORTES ASSURÉES PAR PAF, gendarmerie, DDSP
GESTION DES ÉLOIGNEMENTS Préfectures et PAF
OFII – NOMBRE D’AGENTS 3
FONCTIONS Récupérations des bagages (limitée à
l'agglomération toulousaine), achats,
mandat
PERSONNEL MÉDICAL AU CENTRE 2 médecins et 4 inʏrmières
HÔPITAL CONVENTIONNÉ CHUR Rangueil
CIMADE - NOMBRE
D’INTERVENANTS
4
LES AVOCATS SE DÉPLACENT-ILS
AU CENTRE ?
Non ou rarement
LOCAL PRÉVU POUR LES
AVOCATS
Une salle de visite réservée
PERMANENCE SPÉCIFIQUE AU
BARREAU
Oui
SI OUI, NUMÉRO DE TÉLÉPHONE 05 61 14 91 50
VISITE DU PROCUREUR DE LA
RÉPUBLIQUE EN 2010
OUI
LES SERVICES
HÔTELLERIE (DRAPS /
COUVERTURES) FOURNIE PAR
GEPSA
RENOUVELLEMENT A la demande
ENTRETIEN ASSURÉ PAR Laverie sur place
RESTAURATION (REPAS FOURNIS
PAR)
GEPSA
REPAS PRÉPARÉS PAR Cuisine centrale
ENTRETIEN ET HYGIÈNE DES
LOCAUX ASSURÉS PAR
ONET
FRÉQUENCE Tous les jours
NÉCESSAIRE HYGIÈNE ET
TOILETTE DES PERSONNES
RETENUES COMPOSÉ DE
Brosse à dents, dentifrice, savon,
serviette, peigne, shampoing
DÉLIVRÉ PAR GEPSA
RENOUVELLEMENT A la demande
BLANCHISSERIE DES AFFAIRES
DES RETENUS
Oui, laverie sur place
ASSURÉE PAR GEPSA
FRÉQUENCE hebdomadaire
EXISTENCE D’UN VESTIAIRE Oui, géré par l'OFII
DESCRIPTIF DES BÂTIMENTS
Le bâtiment, d’un seul tenant, est construit en bordure des pistes de l’aéroport de Toulouse Blagnac. Les
bâtiments de béton sont entourés de grillages surmontés de barbelés. L’ensemble est sous étroite surveillance
vidéo contrôlée depuis le poste de police à l’entrée du centre.
Cinq secteurs constituent les «unités de vie», dont un est réservé aux femmes et un second aux familles. Chaque
secteur est équipé d’une cour dite de promenade faite de murs en béton et de grillages renforcés de barbelés.
Les bureaux de La Cimade se situent au coeur du centre de rétention et jouxtent ceux de l’OFII, faisant face à un
espace où les retenus circulent beaucoup car ils y ont également accès aux distributeurs de cartes téléphoniques
et de boissons.
STATI STI QUES
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 205
T
O
U
L
O
U
S
E
T
O
U
L
O
U
S
E
NOMBRE DE PERSONNES RETENUES PAR MOIS
JAN FÉV MAR AVR MAI JUIN JUIL AOÛ SEP OCT NOV DÉC
177
145
166
148
150
124
116
123
144
123
118
102
GENRE
Total des personnes placées en 2010 : 1636
PRINCIPALES NATIONALITÉS
ALGERIE 300 24,23%
MAROC 296 23,91%
TUNISIE 250 20,19%
TURQUIE 58 4,68%
SENEGAL 47 3,80%
RUSSIE 39 3,15%
ROUMANIE 39 3,15%
PALESTINE 38 3,07%
INDE 31 2,50%
GEORGIE 28 2,26%
BRESIL 26 2,10%
EGYPTE 25 2,02%
SYRIE 21 1,70%
COTE D'IVOIRE 20 1,62%
CAMEROUN 20 1,62%
TOTAL 1238 100,00%
AUTRE 398
90 nationalités sont passées par le centre de rétention en 2010. Les trois pays en tête de
liste sont les mêmes que les années précédentes : Algérie, Tunisie, Maroc. S’agissant
des ressortissants russes, il est à noter qu’il s’agit principalement de personnes venant de
Tchétchénie.
DÉPARTEMENTS DE PROVENANCE
ALLIER 8 0,49%
HAUTES ALPES 1 0,06%
ARIEGE 28 1,71%
AUDE 30 1,84%
AVEYRON 15 0,92%
CHARENTE 16 0,98%
CHARENTE MARITIME 18 1,10%
CORREZE 21 1,29%
CREUSE 6 0,37%
DORDOGNE 14 0,86%
CORSE DU SUD 13 0,80%
HTE GARONNE 737 45,10%
GERS 10 0,61%
GIRONDE 417 25,52%
INDRE 16 0,98%
LOT 6 0,37%
LOT ET GARONNE 24 1,47%
LOZERE 2 0,12%
PUY DE DONE 4 0,24%
PYR. ATLANTIQUES 4 0,24%
HAUTES PYRENEES 35 2,14%
PYR. ORIENTALES 123 7,53%
TARN 27 1,65%
TARN ET GARONNE 26 1,59%
VAR 4 0,24%
VIENNE 2 0,12%
HAUTE VIENNE 27 1,65%
TOTAL 1634 100%
INCONNU 2
27 préfectures ont placé des personnes au centre de rétention de Cornebarrieu. Les
préfectures qui placent le plus sont la Haute-Garonne (45%), la Gironde (25,5% - centre de
rétention toujours fermé suite à un incendie) et les Pyrénées-Orientales (7,5% - principalement
des femmes car le centre de rétention de Perpignan ne dispose pas de secteur femme).
HOMMES : 1409 FEMMES : 227
AGE DES PERSONNES
ÂGE MOYEN 31 ANS
NATURE DES MESURES D’ÉLOIGNEMENT
APE 3 0,18%
APRF 1163 71,09%
ITF 98 5,99%
OQTF 248 15,16%
READ 121 7,40%
TOTAL 1636 100,00%
L’APRF reste la mesure d’éloignement la plus fréquente. Ceci peut s’expliquer par
les durcissements successifs des législations concernant les étrangers. Beaucoup de
personnes étant depuis de nombreuses années sur le territoire nous ont expliqué n’avoir
fait aucune demande de titre de séjour en préfecture n’osant se voir opposer un refus.
S’agissant des ITF, elles concernent principalement, tout comme l’année passée
des personnes ayant déjà transité par le centre de rétention, et ayant été
condamnées en comparution immédiate pour « dissimulation d’identité » à une
peine d’emprisonnement assortie d’une interdiction du territoire.
DESTINS
ASSIGNE ADMIN 1 0,06%
ASSIGNE CA 4 0,24%
ASSIGNE TGI 98 5,99%
DEFERE 126 7,70%
EMBARQUE 494 30,20%
FUITE 1 0,06%
LIBERE ARTICLE 13 1 0,06%
LIBERE CA 55 3,36%
LIBERE FIN
RETENTION
234 14,30%
LIBERE PREF 178 10,88%
LIBERE TA 86 5,26%
LIBERE TGI 154 9,41%
RAISON MEDICALE 4 0,24%
READMIS DUBLIN 37 2,26%
READMIS SIMPLE 123 7,52%
REFUS
EMBARQUEMENT
36 2,20%
TRANSFERE 4 0,24%
TOTAL 1636 100%
30 % des personnes ont été embarquées. Il faut évidemment rajouter à ce chiffre les
réadmissions. Toutefois, une différence doit être faite entre les réadmissions Dublin
et les réadmissions simples (ou Schengen). Les réadmissions simples concernent
principalement les personnes ayant un droit au séjour ou étant en cours de régularisation
dans un autre pays Schengen.
DURÉE DE LA RÉTENTION
DUREE MOYENNE DE RETENTION ɻ 12,5 jours
FAMILLES
COMPOSITION PRÉFECTURE DE
PROVENANCE
MESURE DURÉE
(JOURS)
ENFANTS DESTIN
MÈRE 31 Réad Dublin 1 2 de 12 et 5 ans Libérés préf.
COUPLE 2A APRF 2 2 de 13 et 11 ans Libérés JLD
COUPLE 2A APRF 2 1 de 1 an ½ Libérés JLD
COUPLE 2A APRF 2 3 de 3, 2 et 1 an Libérés JLD
COUPLE 31 Réad Dublin 1 3 Réadmis
PÈRE 31 Réad Dublin 1 3 Réadmis
COUPLE 65 Réad Dublin 2 3 de 3, 5 et 6 ans Libérés JLD
COUPLE 33 APRF 5 1 de 3 ans Reconduits
COUPLE 31 OQTF 1 1 de 8 ans Reconduits
COUPLE 31 OQTF 1 1 de 4 ans Reconduits
COUPLE 31 APRF 7 1 de 3 ans Reconduits
PÈRE 33 Réad Dublin 4 heures 1 de 3 ans Libérés préf.
COUPLE 31 Réad Dublin 1 nuit 2 de 5 et 3 ans Réadmis
Au total, ce sont donc 13 familles dont 24 enfants qui ont été placés au centre
de rétention. Sur ces 13 familles, on peut noter que 6 d’entre elles ont été libérées
(presque 50 %).
CENTRES DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
RAPPORT RÉTENTION 2010 - 206
Ceci permet de rencontrer di rectement l es
personnes retenues. L’ associ ati on a égal e-
ment accès aux déci si ons admi ni strati ves
dont l es personnes f ont l’obj et. Le gref f e du
CRA dépose des photocopi es dans un casi er
« nouveaux arri vants - Ci made ». Par contre,
l a procédure j udi ci ai re n’est pas transmi se
Les rel ati ons avec l es préf ectures sont assez
rares. En revanche, l es communi cati ons avec
l e gref f e du CRA ai nsi qu’ avec l e bureau
de l ’ él oi gnement si tués dans l e centre sont
nombreuses, pri nci pal ement concernant l es
demandes de réadmi ssi on Schengen.
Les rapports entretenus avec l e servi ce mé-
di cal sont bons.
Les contacts avec les avocats de l’ADE (associ a-
tion de défense des étrangers) sont quotidiens.
Les avocats sont organi sés en permanences
pour les audiences du juge des l i bertés et pour
le tri bunal admi ni strati f. A titre d’exemple,
les avocats se sont organi sés pour assurer l a
défense de si x fami l les Kurdes de Syrie qui
avaient été i nterpel lées sur une pl age corse. Peu
après leur arrivée au centre, les i ntervenants de
La Ci made ont pu transmettre les déci sions ad-
mi ni stratives (APRF et pl acement en rétention)
aux avocats se chargeant de réal i ser les recours
contentieux pendant que l’associ ation prenait le
temps de recuei l l i r leur récit.
I l s étaient 19 au total , 6 fami l les, dont 6 enfants.
Le pl us j eune des enf ants avai t 2 ans et l e
pl us âgé seul ement 13.
I l s f ai sai ent parti e des 124 kurdes de Syri e
débarqués sur une pl age près de Boni f aci o.
I l s sont arri vés au CRA de Cornebarri eu l e
samedi 22 janvier en toute ʏn dȊapres midi.
Les i ntervenants de La Ci made ont passé
une bonne parti e de l a nui t avec eux assi stés
d’ un i nterprète en l angue Kurde.
« Cel a nous a permi s de l eur expl i quer pl us
préci sément dans quel l e si tuati on j uri di que
i l s se trouvai ent pui squ’ i l s étai ent total e-
ment p