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Chaire Franqui 2012
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Programme des 5 Conférences de Bruno Parmentier
1. La leçon inaugurale (7 février 2011)

« Nourrir l’humanité dans un monde surpeuplé au ressources naturelles de plus en plus rares »
Nourrir la population redonne à l’agriculture ses lettres de noblesse et la projette au cœur d’un des plus grands défis du XXIème siècle. Il faut arriver à augmenter encore de 70 % la production agricole mondiale pour faire face à l’augmentation à venir de la population et à la consommation croissante de viande et de lait, et résorber le nombre de sous-alimentés, qui n’a jamais été aussi important (près d’un milliard). Et ce, en gâchant moins et en réduisant les excès des pays riches. De plus nous devrons produire sur nos terres à la fois de la nourriture et un peu d’énergie et de matières premières à usages industriels. Nos technologies actuelles, basées sur une sur-consommation des ressources naturelles, en particulier de terres, d’eau, d’énergie et d’intrants chimiques doivent impérativement être relayées par des technologies « écologiquement intensives » permettant dorénavant de produire « plus et mieux avec moins » tout en faisant face aux conséquences de nos inconséquences : réchauffement climatique, perte de la biodiversité. Les OGM fournissent également une autre alternative, massivement explorée sur d’autres continents que l’Europe. Notre organisation actuelle basée sur l’ouverture des frontières, le développement du commerce international, le faible investissement dans le secteur primaire et la dominance de l’agroalimentaire et de la grande distribution, ou encore la spéculation croissante, montre davantage chaque année ses limites et, puisqu’il faudra dorénavant réinvestir massivement dans l’agriculture, il importe de la revoir profondément.

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Et enfin nous devrons changer fortement nos habitudes alimentaires qui deviennent de plus en plus déraisonnables, à la fois en termes de santé publique et en terme de ponction sur les ressources de la planète. C’est donc un modèle alimentaire global que nous devrons donc réinventer.

2. Les autres leçons : a. 5 mars 2012 : Des solutions pour se nourrir durablement, tous et

bien : agriculture écologiquement intensive, circuits courts, régulation, organisations paysannes, soutien à l’agriculture familiale au sein de frontières protégées…
Les défis de se nourrir « tous et bien » durablement sont immenses. Comment « produire plus et mieux avec moins », alors que l’agriculture biologique, qui montre la voie, n’a pas encore fait totalement ses preuves en termes de productivité ? Une agriculture « écologiquement intensive » estelle possible ? Peut-on revenir vers davantage de circuits courts ? Que représentent-ils aujourd’hui ? Comment être sûr d’avoir toujours des agriculteurs autour des villes pour garantir l’approvisionnement alimentaire dans un monde de plus en plus incertain ? Quelle place réserver au commerce international des produits alimentaires, qui ne représente actuellement que 15 % de la nourriture consommée dans le monde mais fixe largement les prix des 85 % restant ? Comment renforcer les organisations paysannes pour un meilleur partage de la valeur entre agriculteurs, agro-industrie et grande distribution ? Comment mieux réguler à la fois les prix des aliments et les revenus des agriculteurs ? Comment relancer l’agriculture paysanne de subsistance dans les pays où des millions d’agriculteurs souffrent de la faim ? Comment drainer davantage de financements vers l’agriculture tout en limitant les effets négatifs des spéculations et de la nouvelle colonisation que l’on voit à l’œuvre depuis la crise alimentaire de 2007 ? b. 6 mars 2012 : La faim, un fléau en pleine expansion dans le monde

d’aujourd’hui. Qu’en est-il, comment lutter contre ?
« Serait-on en train de passer à côté du futur plus important problème de l'humanité ? » La faim dans le monde est de nouveau en vaste expansion sur notre planète, alors que les démographes annoncent une augmentation de près de 3 milliards d'êtres humains d’ici 2050. Il n’y a jamais eu autant de personnes qui ont faim sur terre qu’aujourd’hui, même pendant les deux guerres mondiales ! Leur nombre, qui était resté stable pendant près d’un siècle autour de 800 millions, s’est remis à
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augmenter fortement depuis la crise alimentaire de 2007, et on a franchi symboliquement le chiffre du milliard en 2009, malgré la promesse des « objectifs du millénaire » des Nations-Unies de le ramener à 400 millions en 2015. Or, paradoxe, les gens qui ont faim, pour 80 % d’entre eux, habitent à la campagne et font profession de producteurs de nourritures : agriculteurs, éleveurs, pêcheurs. Il ne s’agit donc pas de « nourrir les gens qui ont faim » en transportant entre les continents des millions de tonnes de nourriture volumineuse et périssable, mais « d’arrêter d’empêcher les petits paysans du monde de se nourrir eux-mêmes ». Les défis ne sont pas du tout les mêmes en Asie et en Afrique, dans les zones arides et dans les zones inondables, etc. Et le réchauffement de la planète va se conjuguer à l’augmentation de la population pour rendre la tâche de plus en plus difficile. Mais les fondamentaux de la mise en œuvre de ce nouveau « droit de l’homme » restent les mêmes : arrêter de se faire la guerre naturellement, mais aussi protéger les frontières, réinvestir dans l’agriculture en respectant les cultures locales, mettre en œuvre une agriculture « écologiquement intensive », soutenir le revenu des urbains… Pourquoi si peu de gouvernement mettent-ils en œuvre les recommandations du rapporteur spécial (belge) des Nations-Unies sur le droit à l’alimentation, Olivier de Schutter ?

c.

12 mars 2012 : Qu’est-ce que « bien » manger ? Pourquoi mangeons-

nous si mal ?
Il y a quelques décennies, les habitudes alimentaires faisaient l’objet d’une transmission rigoureuse, à table (les enfants y apprenaient les « bonnes manières » et ne parlaient qu’au dessert), en cuisine (les mères transmettaient longuement les savoir-faire et traditions familiales à leurs filles), au jardin potager (la société était encore majoritairement rurale) et à l’Eglise (on mangeait « comme les curés disaient que Dieu voulait »). Et, ayant peur de manquer, on implorait chaque jour Dieu : « Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien ». On mangeait du bœuf pour être fort, de la cervelle pour en avoir, de la salade pour être légère, du lait pour être pure, etc. Tout cela a volé en éclat. Nous n’avons plus peur de manquer et sommes, soidisant, devenus libres et adultes. En fait nous sommes angoissés comme jamais par la nourriture, et nous avons peur de tout : de grossir, des pesticides, des OGM, de la malbouffe, de l’étranger, de l’agro-industrie, de la grande distribution, etc. Nous sommes devenus anorexiques, boulimiques, allergiques, et de plus en plus intolérants. Nous voulons à la fois manger goûteux, sûr, traçable, biologique, hallal, casher, naturel, local, équitable, énergétique, beau, abordable, simple, pratique, rapide, diététique, équilibré, varié, traditionnel, moderne, issu du terroir, exotique, etc. Et nous nous étonnons de ne pas y arriver.
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Les femmes travaillent, comme les hommes, et on a donc inventé Danone et Carrefour pour pouvoir préparer un repas en 10 minutes, mais du coup « on ne sait plus ce qu’on mange ». En définitive, pour les chrétiens européens, les écolos ont remplacé les curés dans le « magistère alimentaire » : on ne mange plus « comme Dieu veut », mais « pour être proche de la Nature ». Mais au fait, la Nature nous veut-elle vraiment du bien ? N’y a-t-il pas énormément d’inconscient collectif derrière nos choix alimentaires ? Comment se transmet-il ? Pourquoi mange-t-on du porc et pas du chien, du bœuf mais plus de cheval, des escargots mais pas de sauterelles, etc. ? Pourquoi les américains avalent-ils sans sourciller des OGM et les européens n’en veulent-ils pas ? Quel est l’avenir du bio, et du local ? Qu’estce que bien manger ? Pourrons-nous manger « tous et bien », durablement ? d. 13 mars 2012 : Les défis à relever, aliments par aliments. Construire

de nouvelles relations entre agriculteurs et consommateurs.
Comment s’organiser pour manger à la fois mieux, tous et durablement ? Le manger « bien » des uns est-il incompatible avec le manger « tous » de bientôt 9 milliards d’individus sur Terre ? Qui mange quoi sur terre ? Comment cela évolue-t-il, en particulier dans nos sociétés européennes ? Quels sont des défis spécifiques de la production de céréales, de fruits, de légumes, de viande, de lait, de poisson, d’eau potable, de thé et de café, etc. ? Les agriculteurs sont devenus de plus en plus minoritaires dans nos sociétés, alors même que les campagnes se repeuplent d’urbains qui veulent « amener la ville à la campagne ». Ces populations ont de plus en plus de mal à se comprendre et les tensions montent à la périphérie de toutes les villes. Quelles nouvelles relations inventer aujourd’hui entre les agriculteurs et le reste de la population, et en particulier les consommateurs ? Quand on achète un produit, on achète aussi le monde qui « va avec ». Comment avoir une vision plus globale des défis alimentaires quand on est un consommateur ?

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