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Principes , Methodes Et Techniques Des Examens Psycho Diagnostic

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COURS DE PSYCHODIAGNOSTIC RÉSERVÉ AUX ÉTUDIANTS DE BAC 2 EN PSYCHOLOGIE CLINIQUE

RUTAYISIRE KIBAKI ARISTIDE TITULAIRE DU COURS
ANNÉE ACADÉMIQUE 2008/2009
COURS DE PSYCHODIAGNOSTIC RÉSERVÉ AUX ÉTUDIANTS DE BAC 2 EN PSYCHOLOGIE CLINIQUE

RUTAYISIRE KIBAKI ARISTIDE TITULAIRE DU COURS
ANNÉE ACADÉMIQUE 2008/2009

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Il est classique de distinguer, lors de l’évaluation d’un sujet, l’examen de
l’intelligence et des aptitudes, et l’examen de la personnalité. Cette distinction n’a de
valeur que méthodologique. C’est une façon commode de déterminer des étapes pour
l’examen et de circonscrire des zones à explorer.

Cependant, le danger est grand de transposer ce découpâge méthodologique au plan
de la réalité psychologique du sujet. On about ainsi à une atomisation où celui-ci finit
par disparaître en tant qu’unité. Il est fréquent de lire des rapports qui ne sont qu’une
longue énumération de comptes-rendus d’entretiens et de résultats de tests, et où l’on
ne trouve pas de trace de la moindre synthèse. Cet émiettement du psychisme laisse le
patient sur sa faim et l’amène à penser que beaucoup d’énergie a été dépense pour un
piètre résultat.

En effet, ce qui nous intéresse dans un examen, c’est de pouvoir comprendre
comment fonctionne psychologiquement ce sujet là. Nous voulons saisir sa spécificité
et son dynamisme propre. Or ce sujet réel n’est pas la simple addition d’intelligence,
d’aptitude diverses et d’une personnalité. Il est une unité et tous les éléments précisés
sont pris dans une organisation caractéristique qu’il nous faudra saisir. Tel est
l’objectif que doit viser le psychologue dans son examen s’il ne veut pas que celui-ci
ne soit qu’une vaine agitation destinée à calmer son anxiété.

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Par conséquent, au moment de l’interprétation de l’ensemble de nos informations,
nous ne pouvons considérer l’intelligence (et les autres aptitudes) comme à cote de la
personnalité. Nous concevons celle-ci comme l’organisation dynamique des aspects
cognitifs, affectifs et physiques de l’individu. Ce n’est q’au sein de cette organisation
qu’un résultat particulier prendra sons véritable sens. C’est pour cette raison que deux
notes identiques à un test ne peuvent avoir a priori la même signification.

Pratiquement, ceci implique qu’un examen d’aptitude ne peut jamais être conduit
isolement puisque le résultat final devra intégrer dans cet ensemble cohérent qu’est la
personnalité pour pouvoir prendre son véritable sein. Et ceci, quelle que soit
l’aptitude étudiée : le langâge, la mémoire, la motricité… Il ne s’agit pas
obligatoirement de faire passer au sujet une longue batterie de tests. Il s’agit plutôt de
maintenir un certain état d’esprit qui consiste à ne pas coller son égard sur une
information particulière mais, au contraire, à prendre du champ afin de pouvoir mettre
les diverses informations en perspective. Nous considérons, par exemple, qu’il est
incorrect de faire passer un test d’intelligence sans prendre la peine d’interviewer le
sujet avant et après l’épreuve, et de se centrer sur le seul résultat quantitatif au test.

Mais, ce point de vue sur l’examen ne doit pas nous conduire à des descriptions
vagues et générales. S’intéresser aux relations entre éléments n’est pas nier la réalité
de ces éléments. Par exemple, si nous mettons en relation une faiblesse de la mémoire
à coût terme avec certaines caractéristiques de personnalité, nous ne nions pas la
réalité de ce trouble de mémoire ; nous lui donnons son véritable sens Sans
interprétation globale, il n’y a pas de diagnostic correct qui débouche sur un pronostic
sérieux et, le cas échéant, une intervention thérapeutique adaptée.

Notre conception de l’examen n’entraîne pas que nous négligeons les déterminations
du comportement extérieures au sujet lui-même. La personnalité n’est pas une entité
isolée. En effet, comme les théoriciens de l’erreur fondamentale l’ont bien montré, les
psychologues ont trop tendance à négliger cet aspect des choses pour privilégier une
interprétation en terme de personnalité. Pour notre part, nous pensons que l’examen

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phycologique bien compris doit pouvoir surmonter ce type d’objection. Le sujet
examiné doit en effet toujours être replacé au sein de son milieu et de son histoire.
Ainsi, un examen ne peut se concevoir sans une anamnèse qui a pour but de
reconstituer les vicissitudes qui ont présidé à la formation du sujet actuel. Le
psychologue a également pour tache de mettre en lumière les déterminants actuels qui
pèsent sur le sujet. Il n’est pas de psychologue sensé qui oserait aborder le sujet
comme hors d’une histoire et d’une société.

Opposer personnalité et situation comme artificielles et inefficace pour expliquer le
comportement actuel des sujets. En effet, une situation n’est jamais perçue ni vécu de
façon identique par tous les sujets. Chacun vit les choses en fonction de son histoire
propre et de la dynamique actuelle de sa personnalité. Autrement dit, les événements
ne sont jamais reçus objectivement par la personne mais toujours objectivement. Et
c’est cette subjectivité que nous voulons comprendre. La personnalité est ainsi le
nœud entre les événements diachroniques et synchroniques. Elle est ce qui unifie et
donne sens. Centrer notre compréhension du sujet sur la personnalité doit donc
permettre d’articuler son monde interne et le monde externe, et d’éviter des
simplifications abusives en privilégiant soit un déterminisme externe soit un
déterminisme interne. Il s’agit donc de ne privilégier à priori aucun déterminant et de
pouvoir, au contraire, saisir toute la complexité du fonctionnement et des
déterminants du sujet actuel.

Le travail du psychologue en cours d’examen s’apparente plus à celui du détective
qu’à celui du botaniste. Le détective recueille des indices et des informations pour
chercher à expliquer un événement. Au départ, il doit être ouvert à toutes les
explications possibles. Progressivement, il va élaborer les hypothèses qu’il va mettre
à l’épreuve des faits. Celles-ci seront alors réfutées ou corroborées. Il va ainsi petit à
petit découvrir un sens aux faits, une relation cohérente entre toutes les informations
rassemblées. Mais parfois aucun sens n’émerge soit que le psychologue manque
d’informations soit qu’il manque de concepts lui permettant de concevoir des liens
explicatifs. Il devra alors assumer son échec à comprendre.

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Le botaniste aborde la réalité d’une toute autre manière. Sa démarche est de classer.
Des le départ, il possède en effet des catégories porteuses de sens. Son effort va donc
consister à rassembler un maximum d’informations pertinentes afin de pouvoir
classer son objet d’étude dans une et une seule des catégories préalablement définies.

Si nous appliquons à présent cette distinction au domaine de l’examen
psychologique, nous nous apercevons assez rapidement q’une démarche purement
classificatrice, à manière du botaniste, est non seulement réductrice mais aussi à une
classe. Or il est claire n’inclut que certains aspects du sujet. Elle est le plus petit
commun dénominateur entre un ensemble de sujets par ailleurs différents les uns des
autres. Par exemple, la classe des débiles légers ou celle des névrosés obsessionnels
ne peut tout nous dire des sujets qui en font partie. Ainsi, tous les débiles légers ont
quelque chose en commun, mais se distinguent aussi les uns des autres, parfais
substantiellement. En réalité, chaque sujet est unique et, en tant que psychologue,
nous sommes mis au défit dans nos examens de saisir cette spécialité. Les
nosographies psychiatriques et les typologies de la personnalité ne sont jamais que
des portraits-robots. Identifier les sujets à de telles caricatures est une simplification
abusive qui ne rend pas justice au sujet et qui conduit le psychologue à des pronostics
et des indicateurs peu adéquats au regard de la réalité de la personne.

Critiquer la démarche de classification ne doit cependant pas nous conduire à rejeter
purement et simplement toute nosologie ou toute typologie. Ce que nous devons
éviter, c’est le réductionnisme. En effet, nous ne devons pas oublier qu’en faisant
entre sujet dans un moule tout préparé, nous perdons inévitablement une certaine
quantité d’information. Or, trop souvent, le psychologue ferme les yeux sur ce qui ne
colle pas avec le modèle auquel il veut réduire le sujet. Il devrait au contraire avoir
toujours conscience que les classifications ne sont jamais qu’une schématisation de la
réalité. Connaître cette communauté est bien sûr utile. Par exemple, il est intéressant
de savoir que toutes les névroses phobiques possèdent un certain nombre de
mécanismes psychologiques communs. Mais, très vite, le praticien se rend compte

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que deux phobiques peuvent aussi se distinguer fortement et que leurs possibilités
d’évolution sont très différentes. Pour avoir conscience de cela, il faut oser ouvrir les
yeux, et se dégâger des à priori qui les occultent. Pour trop de psychologues, les
classifications ne sont qu’une bouée qui leur évite de couleur dans un océan
d’information qu’ils n’arrivent pas à comprendre.

Il nous faut surmonter l’angoisse de l’incompréhension et la frustration d’une
recherche laborieuse. La compréhension authentique du sujet est à ce prix. L’objectif
de l’examen psychologique doit être de construire une structure intelligible des
observations centrées sur l’individu. Cela signifie que, dans l’examen, le psychologue
doit s’ouvrir à toutes les informations et, surtout, à celle qui dérange dans son confort
intellectuel. Il doit ensuite oser faire des hypothèses qu’il soumettra à l’épreuve de la
réalité. Il doit enfin, dans certains cas, renoncer à comprendre et oser à admettre que,
provisoirement, il ne peut donner sens à ses observations. Vouloir comprendre à tout
prix, au mépris de la réalité, est une escroquerie intellectuelle qui satisfait
momentanément le psychologue et parfois même le patient. L’angoisse de
l’incompréhensible est, du moins imaginairement, surmontée. Mais à terme, une telle
duperie se paie toujours.
Puisque le but de l’examen psychologique est de comprendre l’organisation globale
du fonctionnement psychique, il peut sembler évident qu’un des objectifs de cet
examen est de déterminer les causes de ce mode de fonctionnement. Dans le domaine
clinique en particulier, il parait à priori nécessaire de mettre en évidence des causes
sur lesquelles va porter le travail thérapeutique. Ce type de démarche se calque sur le
modèle médical où la connaissance de la cause de la maladie va permettre de
déterminer le traitement le plus adapté et le plus efficace.

En psychologie, il existe des cas où ce modèle est utile. Par exemple, si nous
découvrons qu’un enfant est maltraité dans son milieu familial, nous allons agir en
sorte de faire disparaître ce qui apparaît comme la cause des troubles psychologiques
de cet enfant. Mais, le plus souvent, ce modèle de causalité linéaire (une cause > un
effet) est trop simple et, parfois même, totalement inadéquat. En psychologie, un

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modèle circulaire est généralement mieux adapté. Par exemple, s’il est vrai que le
comportement de l’entourâge peut influencer l’alcoolisme d’une personne, ce dernier
comportement a un impact non négligeable sur l’entourâge. Dans une telle situation,
il est souvent difficile, et même impossible, de démêler cause et effet. La cause peut
être un effet et l’effet une cause. Dans une telle situation, l’utilisation d’un modèle
linéaire simple risque de stigmatiser injustement une personne, accusée d’être à
l’origine de tous les problèmes psychologiques du sujet examiné. On a ainsi accusé
certaines mères d’être de l’autisme de leur enfant et certaines épouses d’être à
l’origine de l’alcoolisme de leur mari. En analysant ainsi la situation, les
psychologues n’ont pas songé que le comportement de la personne pouvait être la
conséquence du comportement perturbé du sujet examiné.

Non seulement les relations de cause à effet sont circulaire, mais sont aussi souvent
très complexes. De nombreuses causes interagissent pour aboutir à un mode de
fonctionnement donné. Il y a dès lors un danger de simplification lorsque l’on retient
une cause et l’on néglige les autres. Par ailleurs, les différentes causes ne sont pas des
facteurs objectifs. Leur impact dépend toujours de la manière dont le sujet les intègre.
Cette intégration peut varier profondément en fonction du mode de fonctionnement
du sujet et du moment où se manifeste ces facteurs. Par exemple, la réaction à la perte
d’emploi dépend de la personnalité du sujet qui la subit ; elle dépend aussi de la
présence d’autres facteurs concomitants (a rupture du couple, le vieillissement, une
maladie…).

L’interaction des différents causals se déroule dans le temps. Il est donc fréquent que
les effets observés soient d’un long enchaînement de causes et d’effets dont l’origine
ultime ne peut être déterminée. Par ailleurs, l’action directe de certaines causes s’est
depuis longtemps éteinte. On peut dès lors s’interroger sur la nécessité de rechercher
des facteurs sur lesquels nous ne pouvons avoir prise puisqu’ils n’existent plus. Nous
ne pouvons refaire l’histoire d’un sujet et faire en sorte qu’un facteur perturbateur soit
effacé du passé. La seule chose que nous puissions faire est d’agir pour que le sujet
trouve un autre mode de fonctionnement dans l’avenir. Dans ces conditions, la

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détermination précise de l’enchaînement des causes est une question secondaire dans
l’examen psychologique.

Par ailleurs, l’action directe de certaines causes s’est depuis longtemps éteinte. On
peut dès lors s’interroger sur la nécessité de recherche des facteurs sur lesquels nous
ne pouvons avoir prise puisqu’ils n’existent plus. La seule chose que nous puissions
faire est d’agir sur l’intégration du passé par le sujet actuel. Nous pouvons aussi agir
pour que le sujet trouve un autre mode de fonctionnement dans l’avenir, dans ces
conditions, la détermination précise de l’enchaînement des causes est une question
secondaire dans l’examen psychologique.

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