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Tous droits réservés - Les Echos 201215/3/2012P.

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ON EN PARLE À ROME

Sarkozy, Schengen et le refoulement des immigrés de Lampedusa

L cours de Villepinte de Nicolas Sarkozy.
’Italie continue de s’émouvoir du dis-

« Ses déclarations contre l’espace Schengen font planer un air nauséabond sur toute l’Europe », a déclaré hier Jean-Léonard Touadi, député du Parti démocrate (gauche), à l’occasion de la présentation, à Rome, d’un documentaire saisissant sur le refoulement des migrants aux frontières de l’Italie. « Mare chiuso » (« Mer fermée ») revient sur ces 900 Somaliens et Erythréens ayant transité par la Libye, avant de tenter leur chance sur des bateaux de fortune en Méditerranée, en 2009 et 2010. Le gouvernement Berlusconi les interceptait systématiquement pour les reconduire à Tripoli, au nom d’un « traité d’amitié » signé avec Kadhafi. La plupart ont alors été torturés en

prison, jusqu’à ce que les bombes occidentales commencent à pleuvoir sur la Libye, les obligeant à fuir à la frontière tunisienne. Qu’ils soient aujourd’hui reclus dans des camps de l’ONU ou qu’ils aient fini par rallier l’Europe, les hommes et les femmes interviewés par les réalisateurs du film, Stefano Liberti et Andrea Segre, disent vouloir « faire connaître à tous les Européens » ce que l’Italie leur a « fait subir », à l’appui d’images tournées avec un téléphone portable, sur leur embarcation. « Mare chiuso » colle à l’actualité. Le 23 février, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné l’Italie pour ses agissements. La vingtaine de migrants qui l’avaient saisie vont être indemnisés à hauteur de 15.000 euros chacun. « La Cour a

opportunément rappelé qu’il ne saurait y avoir de lieu en Europe qui soit exempt de respect des droits de l’homme », se félicite l’un de leurs avocats. La question est maintenant de savoir ce que le président du Conseil, Mario Monti, entend faire du fameux « traité d’amitié » avec la Libye. « Il s’est rendu là-bas en janvier maispersonnen’arriveàsavoircequ’ilaconvenu avec les autorités de transition, c’est intolérable », déclare le sénateur du Parti radical Marco Perduca. Officiellement, les refoulements ont cessé. Mais, depuis mars 2011, souligne le Haut-Commissariat aux réfugiés, 1.500 migrants ont disparu en Méditerranée.
GUILLAUME DELACROIX CORRESPONDANT À ROME