François Hollande, l'effort tranquille
par Laure Bretton, Matthieu Ecoiffier, Antoine Guiral et Paul Quinio avec deux interviews du candidat socialiste

photo de couverture: Investiture socialiste à Paris, le 22 octobre 2011. Sébastien Calvet composé le 24 octobre 2011. tous droits réservés: Libération

Des petits livres numériques

Des textes courts -mais plus longs que des articles "classiques" de journaux. Des textes longs -mais pas autant qu'un livre. Libé vous propose des objets journalistiques nécessitant un temps de lecture important: des articles de fond, ou des dossiers regroupant plusieurs articles sur un même sujet. Et que nous distribuons sous forme de livre numérique -lisible sur écran, mais aussi tablette numérique, téléphone mobile ou liseuse- adapté à la concentration. Cette collection est inaugurée aujourd'hui avec ce premier opus: une biographie de François Hollande signée de Laure Bretton, Matthieu Ecoiffier, Antoine Guiral et Paul Quinio. Cet article a été publié dans Libération lundi 17 octobre 2011, au lendemain de la victoire du socialiste à la primaire. Elle est complétée par deux interviews: l'une réalisée le 3 octobre au comité de rédaction, lors de la visite du candidat Hollande à Libération. Et la seconde à trois jours du premier tour du scrutin.

l'effort tranquille Présentation Table des matières Retour de Bois-Guillaume Les racines politiques Les premiers pas Delors pour sortir de l'ombre La Corrèze et Chirac Le premier secrétaire Ses relations avec Jospin François. Ségolène et Valérie La mue Sources Interview: «La bataille n’est pas gagnée d’avance» Interview: «Etre candidat. c'est une format d'impudeur» Mentions .Table des matières Couverture François Hollande.

A l’extérieur de la maison. Son grand-père. en cachette. chante Tino Rossi et loue chaque été des maisons pour sa tribu. en revanche. «après la rencontre avec la presse. Ce sera sa première expérience de leader. «Il y avait des granges. était ombrageux et autoritaire. selon Serge Raffy. A l’intérieur. quelques heures avant de rentrer à Paris pour le troisième débat télévisé de la primaire. où il est bon élève mais un peu turbulent. est tailleur de métier. le poulailler expérimental inventé par son père. des protestants venus de Hollande au XVIe siècle pour échapper aux bûchers de l’Inquisition. François Hollande le garde pour lui. Des souvenirs et des images. Côté maternel. femme vivante et aimante.» Ce 5 octobre à Rouen. Ce jour-là. lui aussi gazé dans les tranchées. Ils portent le patronyme du pays que leurs ancêtres. tout a changé. mais dans une autre géographie. Celle de Nicole. «Mon meilleur souvenir d’enfance. On se retrouvait avec les cousins et les cousines à Carnac. Normal : il y est né le 12 août 1954 et y a été scolarisé jusqu’à la troisième. Disparu. le petit François les passe avec Gustave.» (voir la vidéo) . la même. c’était les vacances avec eux. au Canadel. on est plus chaleureux et ouvert. il se retrouve collé comme les autres. raconte celui qui est désormais le candidat du PS à la présidentielle de 2012. Les jeudis après-midi. chez les Frères catholiques de Jean-Baptiste-de-La-Salle. sa mère assistante sociale à TRT. de deux ans son aîné. la personne qui y vit m’a fait rentrer». je me suis dit : "Il faut que j’aille voir la maison où j’ai passé mon enfance. le champ du voisin où François jouait au foot avec son frère Philippe. Les débuts du couple Hollande sont modestes.» Disparu. La maison existe toujours. les murs changent moins vite que les hommes. Un premier communiant un peu rebelle. au Chambon-surLignon et à La Franqui. médecin ORL. son biographe. il y avait des vaches et des chevaux." J’ai eu de la chance. Le cabinet d’ORL est aussi le domicile conjugal. Ce qu’il a ressenti à 57 ans. Georges Hollande était fils d’instituteurs. La ferme n’y échappera pas. originaires d’une famille de paysans volaillers installée près de la frontière belge. François Hollande se confie. publication communiste. à Plouvain. avaient pris pour se reconnaître entre eux. Un jour qu’il prend la défense d’un groupe de camarades pour atténuer une sanction. et les patients opérés des végétations récupèrent parfois dans le salon ou sur le lit des garçons. des «diktats aussi martiaux qu’incompréhensibles» à ses deux fils. son grand-père paternel. une entreprise d’électronique. Le jeune François alterne des années scolaires chez les frères. Imposant. Aussi lumineuse que son père. ce 5 octobre. faubourg cossu de l’agglomération rouennaise pour laquelle il garde «une affection particulière».Retour de Bois-Guillaume «Il faut savoir d’où l’on est et avoir le sens du parcours. Directeur d’école et ancien poilu. Il ne reste plus rien. Il revient de Bois-Guillaume. un village martyr bombardé en 1917. Il lit Pif Gadget. il l’initie aux ravages de la guerre et aux mots du dictionnaire.

C’était un nomade.il possède des parts dans une clinique -. ces moments-là. Enfin. Brutale. Et quand il vide la maison familiale. il envoie à la décharge les petites voitures Dinky Toys de François et les disques de jazz de son frère. C’est la fin de l’enfance. c’est la rupture.» . Son père. confie François Hollande. Mon père aimait changer de domicile. «C’est douloureux. Il s’éloigne aussi. qui a réussi . c’est moins vrai. où il se lance dans les affaires immobilières. La vie passe. Moi. je suis attaché aux lieux. je l’étais. Maintenant.Et puis. Il vend tout et déménage sa famille à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). est convaincu que Mai 68 est le prélude à l’invasion soviétique. il ne faut jamais vivre dans la nostalgie.

«François a une capacité d’entraînement que je lui ai toujours connue. qui venaient de s’inviter comme opposants. les hommes sont des gaullistes.» Au lycée Pasteur de Neuilly. candidat malheureux sur une liste d’extrême droite aux municipales de Rouen. La même année. j’ai vu surgir de nouveaux visages : Jean Lecanuet et François Mitterrand. tendance Union de la gauche. jugera François Hollande. mais stratégiquement naïf. L’hiver 1965. Son père admire l’avocat Tixier-Vignancour et ne cache pas ses sympathies pour l’OAS et l’Algérie française. Reçu à Sciences-Po. Le voilà emporté par la geste tribunitienne de celui qui soulève son auditoire par ses évocations des hauts fourneaux et du Front populaire. il sera. d’un coup. Porte de Versailles. il s’est retrouvé naturellement leader. C’est le goût politique des femmes de la famille qui impressionne le jeune François. proche du PCF. . il se bat pour être réintégré dans l’armée. Tant pis pour Rocard. Chez les Hollande. il n’existait que le général de Gaulle. il milite pour l’Unef-Renouveau. en 1959 et 1965. il remarque que sa mère écoute attentivement François Mitterrand lorsqu’il apparaît sur l’écran en noir et blanc du téléviseur. Il propose au PS. En 1972. en vain. il a 18 ans et assiste. Premier déclic. à un grand meeting de Mitterrand. mais parce que le charme de son intelligence donne envie de le suivre». de droit et d’HEC. Et séduit Ségolène Royal.Les racines politiques François Hollande ne vient pas d’une famille de gauche. Jean-Pierre Jouyet et Jean-Maurice Ripert. Lorsqu’on était à l’armée ou quand on a créé le comité d’action pour une réforme de l’ENA. Et puis. Anticoco viscéral. de créer une section du parti au sein de l’école. A l’ENA. «Je n’étais pris ni par la phraséologie révolutionnaire qui avait cours à l’époque ni par le conformisme qui reconduisait la droite pour toujours au pouvoir. Pas par autoritarisme. des «conservateurs modérés». qu’il juge idéologiquement moderne. il est diplômé de Sciences-Po.» Hollande n’est pas PCF. où il rencontre Thierry Lhermitte et Christian Clavier. il côtoie Dominique de Villepin. «Pour moi. Sa grandmère Antoinette fait aussi partie des fans du député de la Nièvre. Mitterrand sera son candidat. Réformé pour cause de myopie sévère. mais c’est une tête. en 1975. se lie d’amitié avec Michel Sapin. le jeune homme s’affiche SFIO. témoigne Michel Sapin.

le plus jeune Premier ministre de la Ve République. «Nous faisions des notes. dans deux bureaux dont on laissait les portes ouvertes. Pour redresser l’image de la gauche et faire passer la rigueur. Hollande y est parachuté.» Bianco se souvient que Hollande se focalisait sur l’économie. raconte Bianco. la politique. avec Pierre Morel. Il est une source vivante. préparions des argumentaires. qui menace de dévoiler l’existence de Mazarine. Il réussit à évincer le rocardien local pour obtenir l’investiture du PS. François Hollande choisit la Cour des comptes. la fille cachée du Président. Sans carte de presse. Mitterrand élu.Les premiers pas Sorti huitième de la promotion Voltaire de l’ENA. Jacques Delors refuse d’être candidat dans sa fédération de Corrèze. Hollande devient un collaborateur de JeanLouis Bianco. Nous ne savions pas très bien ce que François Mitterrand en faisait. En 1984. mais aux côtés d’Alexandre Adler ou de Christine Bravo… . lorsque Laurent Fabius devient. précise et précieuse pour les chroniqueurs du Palais. C’est aussi à cette époque que François Hollande se constitue un solide carnet d’adresses parmi les journalistes. conseiller politique du Président. plus délicate. mais se heurte au clientélisme chiraquien. mais qui n’étaient guère en vogue à l’époque. Et celle. et deux jeunes qui sont formidables. le grand diplomate. chargé par François Mitterrand de monter une cellule secrète d’experts pour sa future campagne. On était au 2. à 38 ans. puis de SOS Racisme. rue de l’Elysée.» Aux législatives de 1981. C’était heureux et inventif. On recevait plein de gens parfois un peu givrés mais plein d’idées. En 1983. le gouvernement Mauroy est impopulaire. «Attali m’a dit : "On va être une petite équipe de quatre. il rencontre à l’automne 1980 Jacques Attali. Mitterrand nomme l’historien Max Gallo porte-parole du gouvernement. Hollande quitte l’Elysée pour devenir son directeur de cabinet. Il veut se dégager du temps pour sa vocation. François Hollande et Ségolène Royal". avec des idées qu’on retrouve aujourd’hui au PS. Selon Serge Raffy. Le voilà «éditorialiste économique». les indicateurs économiques virent au rouge. Mais trop tard. de contenir l’écrivain Jean-Edern Hallier. Hollande se voit aussi confier la mission de viser les comptes de l’association France Libertés de Danielle Mitterrand. notamment de Libération. François Hollande suit Max Gallo au Matin de Paris. Avec Royal. Il pousse notamment son patron à alerter l’Elysée sur la déferlante qui se prépare contre la loi Savary et pour «l’école libre».

dont le nom. Jean-Louis Bianco les soutient. ce dernier accepte de devenir la figure de ce mouvement. analyse encore Mignard. Objectif : «Dépasser la vieille dichotomie entre mitterrandiens et rocardiens». «Pour être modernes. Le malentendu est né de ces deux sincérités». De quoi sortir de l’ombre et s’attirer les foudres de Lionel Jospin. pas encore dirigeant socialiste de premier plan. un ami conseiller auprès d’Hubert Védrine. Mais elle n’aurait pas supporté que Hollande. élu en 1988 député sur les terres corréziennes de son père. François Hollande a 30 ans. relate Jean-Pierre Mignard. tout en étant sensible à beaucoup d’idées de Rocard. soit très vite présenté comme le fils spirituel du président de la Commission européenne. toujours pas élu en Corrèze. un an plus tard.» Pour tenir face aux éléphants. qui vient d’être désigné président de la Commission européenne et dont il est le directeur de cabinet. le député du Morbihan Jean-Yves Le Drian et Jean-Michel Gaillard. Il était mitterrandiste pour la stratégie de conquête du pouvoir. Ségolène Royal vient de donner naissance à leur premier fils. un livre. lorsque Delors renonce à se présenter à la présidentielle sur le plateau de 7 sur 7. c’est le parti. Jean-Pierre Jouyet suggère le nom de Jacques Delors. Le 22 août 1985. soyons démocrates» et. il leur faut un poids lourd. Lors d’un dîner à quatre avec l’avocat Jean-Pierre Mignard. Thomas. Il pensait que Delors était l’homme qui pouvait dépasser ce clivage entre la première et la deuxième gauche pour aller vers la troisième gauche». Martine Aubry. . est tout un programme… «François Hollande est très politique. rejoint un court temps l’aventure. la fille de Jacques Delors. Il ne roule ni pour Rocard ni pour Jospin et encore moins pour Fabius. Il le perd en quelques minutes en décembre 1994. La gauche bouge. Démocratie 2000. «Peutêtre que Martine a estimé qu’il y avait une opération de captation de son père au profit de quelques-uns. Le pari de François Hollande est politique. ils inventent les «transcourants». rappelle Michel Sapin. qui convoque les transcourants rue de Solférino : «Mon club.Delors pour sortir de l'ombre En 1984. Mais il reste un techno. Ils publient une tribune dans le Monde en décembre 1984.

Hollande s’en tire par une pirouette en expliquant qu’il s’agissait d’une plaisanterie. Sa prise de la mairie de Tulle en 2001 marque le véritable début de sa conquête du département. La Corrèze vient de se trouver un nouveau champion. Ce qui n’empêche pas les fans du couple Chirac de venir le saluer chaleureusement. finit par ressortir. Son emprise sur la Corrèze devient totale. Mais le petit conseiller de François Mitterrand va s’accrocher à ce département. L’Elysée. le vieux fond rad-soc de Chirac. ces deux-là se sont beaucoup reniflés. ne se montre jamais chiche avec la ville de Tulle et la circonscription législative de son édile. La scène est immuable. il change de circonscription et remporte un siège de député. celui qui est alors patron du PS et donc opposant en chef au président de la République passe à la moulinette devant les micros toute la politique du gouvernement. Chacun sait ici qu’il entretient les meilleures relations avec la conseillère générale Bernadette Chirac. A chaque fin de discours. pendant que Chirac s’en va serrer des mains. le mal est fait. où Hollande ne cherche pas vraiment à la faire battre. qui a quitté l’Elysée. le socialiste applaudit par politesse quelques secondes. en juin 2011. . 26%.» Fureur de Sarkozy. aux traditionnels vœux du chef de l’Etat à ses chers Corréziens. Hollande perd (1993) puis reconquiert (1997) son fauteuil à l’Assemblée nationale. Puis. affrontés et sans aucun doute respectés. rurale et cocardière peut se reporter sur lui. En 1983. Mais il sait désormais que toute une frange de la droite centriste.La Corrèze et Chirac Hollande-Chirac… Depuis trente ans. Les deux hommes se croisent chaque année en janvier. de son côté. Hollande est élu président du conseil général. Au gré des résultats de la gauche au plan national. qui contraindra la famille Chirac à venir lui présenter des excuses à l’Elysée en expliquant que «Jacques n’a plus toute sa tête». Dans un gymnase sur les hauteurs de Tulle. Mais politiquement. Il prend une veste. En 2008. Avec l’âge. Seule Bernadette résiste dans son canton. le jeune socialiste s’en va défier le patron du RPR sur ses terres corréziennes aux législatives. Dès 1981. le chef de l’Etat discourt avec Hollande à ses côtés. Cinq ans plus tard. Jusqu’à cette fameuse visite d’une exposition d’art chinois à Sarran. Hollande décroche son premier mandat à Ussel comme simple conseiller municipal. où l’ancien président déclare : «Je voterai Hollande [en 2012]. Début d’un partage du territoire avec Chirac. même si la popularité du président Chirac reste ici intacte. tandis que son adversaire est élu dès le premier tour.

dans l’art de la synthèse.à commencer par l’Equipe . petit à petit et aidé par les statuts du PS qui l’obligent à composer en permanence avec les rapports de force internes. les pieds parfois au-dessus de la boîte à gants. François Hollande les effectue en voiture. qui n’auront alors de cesse de lui contester son leadership. le mardi matin lors du petit-déjeuner de la majorité et le mercredi en tête à tête : Pacs. il est élu homme politique de l’année fin 2004. comme disent rapidement ses détracteurs. Le festival des sobriquets commence. s’engouffre dans la faille et marche sur la présidentielle.sont toujours à portée de main. semaine après semaine. constitutif de l’ADN hollandais. Il fait voter le PS sur la Constitution européenne : 60% de «oui» en décembre 2004. emplois-jeunes… Il a alors les pleins pouvoirs sur le parti. Et. mais pas l’autorité. François Hollande récupère le parti en lambeaux. François Hollande premier secrétaire est également celui qui. «Molle». congrès après congrès. jour après jour. soutenir un candidat là le matin. divisé comme jamais sur un sujet.» Au nom de cette cohérence-là. mois après mois. Bureau national après bureau national. plus accaparé par les alliances internes que le travail programmatique. avale les kilomètres. le premier secrétaire joue parfaitement son rôle de porteparole de l’action gouvernementale et de copilote de la gauche plurielle. mais sillonne aussi la France. au lieu de faire table rase du passé. il devient aussi expert dans l’art du compromis.» Il le restera plus de onze ans. Et le sommeil jamais très loin. Tout lui sourit alors. qu’il voit deux fois par semaine. Sur son nuage . année après année. Derrière l’homme du consensus. il ne voit pas venir le «non» du 29 mai. un apparatchik enfermé dans des querelles qui lassent les Français quand l’ambiance vire à l’aigre.il pose en mars 2005 à la une de Paris Match en alter ego de Nicolas Sarkozy -.Le premier secrétaire Hollande l’avoue lui-même : «Je suis devenu premier secrétaire sans vraiment l’avoir recherché. tisse sa toile dans le parti. fais ton . Les journaux . J’ai décidé de me sacrifier dans l’intérêt du parti. ou pour rentrer à Tulle. Il répète inlassablement : «Ma cohérence. devient un homme de parti et un expert hors pair des courants et sous-courants du PS. un autre ici le soir. «Personne alors ne s’est levé pour lui dire "François. Ségolène Royal. c’est l’unité des socialistes. Ou comment l’ancien transcourant. De «fraise des bois» (sous laquelle ne peut sommeiller un éléphant) à «Flanby»… Lui n’en a cure. 35 heures. il réintègre dans les instances les anciens ministres. Hollande raccommode à nouveau le PS au congrès du Mans : «Sinon. l’Europe. Il est associé à tous les grands projets de la dream team de Jospin. Entre 1997 et 2002.» Sa compagne. Il passe maître. qui brisera net son ascension. Pour honorer une Fête de la rose. Un record de longévité le classant juste derrière Mitterrand. Ces déplacements. se profile un général en chef électoral quand les victoires sont là. Porté par une série de succès éclatants (régionales et européennes). on partait à la présidentielle avec un parti coupé endeux. CMU.

Et l’autre d’être adoubé par l’un». à ce moment-là. soutien de Hollande et proche de Jospin. déplore aujourd’hui un de ses alliés.devoir"». Mais plusieurs témoins l’assurent : «Jospin. qui rêve alors secrètement de retour. Et surtout pas Lionel Jospin. «L’un attendait d’être appelé par l’autre. Résultat. résume Bernard Poignant. en a voulu à François.» . l’actuel maire de Quimper. Ségolène Royal s’est imposée aux deux.

Ses relations avec Jospin En 1997. il aurait pu peser davantage pour remettre la campagne sur les rails. François Hollande se reprochera d’avoir craint le pire et de ne pas l’avoir dit. Car même si les deux hommes ne sont pas faits du même bois. soupire un jospiniste en repensant à la cacophonie qui régnait à l’Atelier. même si l’humour hollandais agace parfois l’austère. Pas assez fort. confie un proche. se souvient Manuel Valls. Premier secrétaire. Ou pas assez tôt. «Il cherchait quelqu’un de confiance. «François m’a confié récemment qu’il ne s’était jamais engueulé avec Jospin. il laisse les clés du PS à son ancien porte-parole. Peut-être aurait-ce été mieux s’il l’avait fait…» . avec cette pointe d’humour et de cruauté qu’il sait avoir». «Peut-être Jospin aurait-il dû nommer Hollande directeur de campagne». Une relation de confiance en tout cas est née. qui ne se marre pas toujours de ses facéties… Arrive le 21 avril 2002. «Jospin avait aussi repéré cette faculté qu’avait Hollande à parler sur les radios. se souvient Bernard Poignant. grâce à son «agilité politique». a séduit l’ancien ministre de l’Education de Mitterrand. Un traumatisme pour tout le monde. Hollande. quand Jospin passe de Solférino à Matignon.

Avec une terrasse petite et sans vue sur la Seine». d’une nature réservée. disait François Hollande avant le premier tour dans Libération à propos de la concurrence inédite avec Ségolène Royal. défaite au premier tour. Aujourd’hui. Après trente ans de vie commune. reconnaissait la semaine dernière l’ex-candidate.» La phrase est reprise. venue sur France 2 apporter son soutien à François Hollande. Beaucoup d’électeurs de gauche ont le sentiment désagréable d’avoir été pris en otage par les problèmes de couple entre l’ex-candidate à la présidentielle et son compagnon premier secrétaire du PS. Via une dépêche AFP.» La politique. précise l’entourage de Hollande. «J’ai demandé à François de quitter le domicile… Je lui ai rendu sa liberté… Je lui souhaite d’être heureux. Les deux se connaissent depuis longtemps. la PME politico-familiale licencie le patron. a pris un tour plus personnel. quatre enfants et une ascension publique ininterrompue. c’est en partie parce qu’il avait la tête ailleurs. avec quatre enfants et deux candidats présidentiels. François Hollande est déjà parti. voit sa vie privée surexposée sur la scène nationale. décidément. sa relation avec Valérie Trierweiler. La politique emporte tout». Ils sont tombés amoureux. «La plupart des proches utilisent une formule sibylline pour expliquer ce flottement : "Il était diverti. près du parc André-Citroën. journaliste politique à Paris Match et Direct 8."» Le désormais candidat et la journaliste habitent dans le XVe arrondissement. c’est fini. emporte tout.François. A en croire Serge Raffy. En fait. spacieux mais pas grand. la candidate défaite annonce qu’entre elle et lui. Lequel. Pendant l’été 2005. . avouez d’ailleurs que le bilan de ce couple n’est pas si mauvais que ça. Ségolène et Valérie C’est au soir de la législative ratée dans la foulée de l’échec à la présidentielle de Ségolène Royal en 2007 que la nouvelle tombe. c’est le corps public qui parle. «Mais je ne peux pas renier ma vie. la quadragénaire à la chevelure de feu apprécie l’humour toxique et l’attention pour autrui du patron du PS. Une situation «pas ordinaire». «Un appart moderne. si François a laissé Ségolène lui damer le pion en 2006. commentée sur tous les plateaux télé de la soirée électorale. «Il y a eu des vies communes qui ne le sont plus. […] Je fais la différence entre le corps privé et le corps public.

Il faut faire ce qu’il y a à faire. Etre candidat à l’Elysée puis exercer la fonction de président de la République «normal» -. qui fut longtemps sa collaboratrice. selon sa capacité à résister aux tartelettes lors des Fêtes de la rose qu’il sillonne depuis deux ans. Son décès. il y a des choses qui changent un homme dans sa relation aux autres. Il lui reste désormais à en convaincre les Français. Un opticien de l’Odéon lui pose des lunettes sans montures sur le nez. Depuis Lorient et le lancement de son pacte redistributif en 2009. intervient après la séparation d’avec Ségolène Royal et son départ de la rue de Solférino. qui l’adorait et qu’il adorait. elle avait pris la carte du PS en 2005 pour le soutenir et croyait en son ambition présidentielle. en 2009. que tes amis t’ont lâché et que ta mère meurt. que ta femme a été candidate. Lorsque Lepoint. cette question ne se pose plus.0 a aussi mis un bémol à son humour pour se sortir de la caricature de «monsieur petites blagues». Mais dans un itinéraire. François Hollande aurait donc «la moelle» pour l’Elysée. Fini les fondants au chocolat et les frites. François Hollande perd entre «huit et douze kilos». c’est lorsqu’il décide de quitter la tête du PS et de ne pas présenter sa motion au congrès de Reims. C’est parce qu’il a fait le travail de se confronter à lui-même qu’il a réussi.» Eloigné des bisbilles qui culminent avec l’affrontement entre Martine Aubry et Ségolène Royal. la phrase qu’il répète comme un sportif de haut niveau suit un programme d’entraînement en dix étapes. C’est là que je l’ai vu en homme d’Etat». dit-il. il répond : ne pas avoir pu être au côté de sa mère lorsqu’elle est morte. il y a un moment où il ne reste plus rien. Et là-dessus. «le moment où il crée les conditions pour être président. il a changé. Octogénaire. Il sait désormais qu’arrivé à un certain niveau. son vieux pote depuis l’ENA et le service militaire. «Quand t’as plus de boulot. Il change d’image dans l’opinion.La mue «Je m’y suis préparé. Michel Sapin. La sénatrice PS Frédérique Espagnac. Celui qu’Arnaud Montebourg qualifiait de «Flanby» maigrit. Nicole Hollande. on lui a dit : "Ne bouffe pas de gâteaux au chocolat" et ça ne servait à rien !» Le Hollande 2. il s’y prépare «physiquement.» Comme le déclarait un patron de PME après l’avoir écouté à la foire de Châlons-en-Champagne. François déteste faire de la peine. Il a montré une capacité psychologique à faire face seul. sa sensibilité d’aujourd’hui sont celles qu’il avait il y a dix.» Tel est le mantra de François Hollande. la mue de l’ex-premier secrétaire en futur candidat socialiste a commencé en 2008. «Il faut que tu parles aux . Pendant des années. le député de Corrèze quitte sa peau de premier secrétaire des synthèses molles. du mal. En fait. mentalement et politiquement» depuis longtemps. précise que «François n’a pas maigri pour montrer un changement.fr lui demande pendant la campagne quel est son plus grand regret. confirme : «Sa personnalité. vingt ou trente ans. Sa silhouette plus affûtée lui confère paradoxalement une gravité nouvelle. Selon Michel Sapin. raconte un proche. C’est également parce qu’il a pris du plomb dans l’aile.

Il doit montrer qu’il a écouté les Français.» . qu’il connaît bien leurs problèmes et peut les résoudre. ce n’est pas un Premier ministre. mais aussi et surtout qu’il a embrassé leur histoire et leur géographie. lui conseille Bernard Poignant.Français et que tu leur parles de la France. Un président.

«PS. de Serge Raffy.Sources «François Hollande. du Seuil. 2008 . éd. 2011 . dialogue avec Edwy Plenel. entretiens avec Pierre Favier. éd. de Nicolas Barotte et Sandrine Rigaud. de François Hollande. 2006. éd. 2009 . Fayard. «Droit d’inventaires». «le Figaro» du 25 août 2010 . les coulisses d’un jeu de massacre». «Devoirs de vérité». Stock. Plon. éd. . itinéraire secret».

Que pensez-vous de notre sondage qui indique que 68% des Français pensent que Sarkozy sera battu à l’élection présidentielle? Pour un journal qui avait expliqué que les sondages devraient être regardés avec beaucoup de précaution. mais la bataille n’est pas gagnée d’avance pour celui ou celle qui aura à l’affronter. François Hollande a été l’invité spécial de Libération. Quel . c’était un risque de faire cette une ! Plus sérieusement. il y a un rejet de Nicolas Sarkozy. et a été publiée dans un numéro spécial de "Libé" le lendemain. notamment pour un premier tour d’élection présidentielle. Ce qui compte dans les élections. ce n’est pas la somme d’électeurs qui ne veulent pas voter pour vous. c’est le noyau dur qui va voter pour vous.Interview «La bataille n’est pas gagnée d’avance» photo: Sébastien Calvet Comme tous les autres candidats à la primaire socialiste des 9 et 16 octobre. Cette interview a été réalisée le 3 octobre face à toute l’équipe du journal lors de la conférence de rédaction.

et notamment Martine Aubry. le seul argument qui restera à Nicolas Sarkozy sera : «Est-ce que l’on change de capitaine dans cette période de tempête ? Prendrez-vous le risque de choisir une personne qui n’a pas toute l’expérience du capitaine ?» Vos concurrents. il y avait quand même de forts espoirs. Cela se vérifie. J’ai eu des mandats locaux importants. «considération». Les mots qui manquent le plus dans la situation dans laquelle nous sommes en France sont «fierté». rassemble . En même temps. après avoir été deux ans son porte-parole. vous attaquent sur votre manque d’expérience… Mon expérience est longue. Je ne dis pas qu’ils ne demandent pas plus de pouvoir d’achat ou d’emplois. . peut-être plus que beaucoup de ministres ne l’ont été dans cette période. ndlr]. donne de la fierté. un échec. Ce n’est pas une proclamation. à un moment. La confiance. Pour lutter contre les peurs. des promesses non tenues. et c’est tout l’enjeu de la primaire. Pendant cinq ans. «dignité».c’est important -. en même temps. même si nous sentions que ce serait plus difficile.c’est nécessaire -. En 2007. c’est vrai qu’il y a des conditions objectives qui laissent penser qu’une victoire est possible. Quand vous parliez d’hésitation tout à l’heure. Une campagne présidentielle. je ne pense pas qu’une campagne présidentielle soit sur un curriculum vitae. une confiance et une espérance. en 2002. C’est ce que demandent d’ailleurs les Français. j’ai été associé à toutes les décisions de Lionel Jospin. une violence même à l’égard du président sortant. vous pensiez à Martine Aubry? Non. Et. par exemple. J’ai aussi été premier secrétaire du Parti socialiste pendant onze ans. c’est se demander si celui ou celle qui va diriger la France en a les capacités. Dans ce contexte. En 2012. Cela se mesure. Je suis tout sauf un homme nouveau. Dire que l’on est solide ne veut rien dire. il faut. Les peurs seront au cœur de la campagne. être capable d’avoir une candidate ou un candidat qui à la fois rassure . souvent de la part des électeurs qui ont voté pour lui. nous sommes dans un contexte de crise. une crise qui n’est pas maîtrisée et qui peut se prolonger. nous pensions gagner. J’ai été député en 1988.et donne à espérer.sera le socle de Nicolas Sarkozy ? Quel est le socle du Parti socialiste ? Quel est le socle de Marine Le Pen ? Je rappelle que. mais qu’ils demandent d’abord à pouvoir participer à une construction collective.c’est indispensable . je pense. c’est. comme l’impopularité. réconcilie . se jauge et s’évalue durant une campagne. à Jacques Delors… [qui avait refusé de se présenter à la présidentielle de 1995.

vous n’auriez jamais dit ça? Vous savez quelles étaient les contraintes à l’époque qui pesaient sur moi : la direction d’un grand parti dans un moment très difficile. S’il n’y a que de la liberté. Vous vous sentiez capable de pouvoir le battre. à l’origine? Si j’ai été candidat. on verra bien dimanche -. Cette configuration. les luttes internes. D’où vous vient cette confiance? Il y a cinq ans. l’après-21 Avril.je ne sais pas où d’ailleurs. c’est une catégorie d’âge minoritaire. mais par rapport à elle-même. Il faut donc avoir cette persévérance. de consistance. on a souri et dit : «La jeunesse aujourd’hui. Quand j’ai dit : «Il faut une grande espérance qu’est la jeunesse». c’est surtout parler aux plus anciens. on m’a expliqué : «On ne fait . c’est parler aux parents. à toute la société. Qu’avez-vous éprouvé en regardant Dominique Strauss-Kahn à la télévision? Je m’étais préparé à être candidat à côté de Dominique Strauss-Kahn. c’est que je me suis décidé tôt à être candidat. J’ai la conviction que. Je veux dire par là qu’une candidature ne se détermine pas par rapport à une autre. Parler de la jeunesse. et c’est cette conjugaison de la liberté et de la loyauté qui fait qu’à un moment une crédibilité apparaît. Il faut un thème qui parle à toute la société pour gagner l’élection présidentielle. Je me suis donc mis dans une autre perspective. après «l’événement de New York» comme on dit. la reconstruction. je n’étais pas le favori. s’est déconstruite sous mes yeux. Et. vous? Non.» J’ai compris.Vous n’avez pas hésité. qu’il faut un thème fédérateur. Et une espérance. Ou alors elle n’a pas de réalité. Et je l’ai fait après avoir essayé de comprendre la période. Quand j’ai parlé de la réforme fiscale. Il faut s’occuper des vieux. peut-être avant d’autres. quand je me suis mis dans la tête que je pourrais être candidat. Il faut de la loyauté à l’égard de son parti. il y a une émancipation qui devient un isolement. le traité constitutionnel. c’est que je pensais gagner. il faut être libre et loyal. pour être candidat et regardé. Ce qui fait qu’aujourd’hui j’en suis là .

si la gauche veut gagner en temps de crise. fuyez.pas une campagne sur les impôts. mais sur des positions qui ne sont pas les miennes et qui. Cela peut même être une sincérité. Je n’ai pas de doute sur sa présence électorale. François Bayrou ne tarit pas d’éloges sur vous. n’étaient pas les miennes quand il était au Parti socialiste. Cela peut être une tactique. parce qu’il y a un désordre européen. On a quand même besoin d’avoir de grandes entreprises qui investissent et préparent l’avenir. nous allons vous faire rendre gorge à la faveur du peuple et nous allons vous faire votre compte !» La relation de l’Etat avec les grandes entreprises doit être celle de la cohérence et de la fermeté. parce qu’il y a des risques. il est devenu un dirigeant du Front de gauche. c’est un peu bonnet blanc et blanc bonnet et que. parce que des banques sont dans un état qui n’est pas florissant. mais une interrogation sur sa présence au gouvernement. avec le même talent. Arnaud Montebourg considère que vous et Martine Aubry. vous rend-il service? Il y aura une alliance à faire avec les écologistes et avec le Front de gauche . d’ailleurs. Je sais donc ce qu’il fera. Il a quitté le Parti socialiste après mon départ comme premier secrétaire. je n’en suis pas responsable… Aujourd’hui. et en même temps de l’intérêt national. Je sais d’où il vient. et cela l’est pour Arnaud Montebourg. de radicalité positive. c’est risqué !» Aujourd’hui. être résigné et fataliste ? Sûrement pas. Mais ce n’est pas ma stratégie d’imaginer que la gauche va gouverner dans le contexte que l’on connaît en disant : «Entreprises du CAC 40. Et j’accepte l’idée de parler à ceux qui ont le pouvoir économique. le thème de la fiscalité est au cœur de l’affrontement droite-gauche. il faut changer de logiciel… Je comprends cette logique de rupture. parce qu’il y a des crises. Mais je fais confiance à Jean-Luc Mélenchon. Que pensez-vous du candidat du Front de gauche.s’ils . et je n’ai pas de doute sur ce qu’il aura à faire au second tour de la présidentielle. Cela signifie-t-il que. il faudrait céder. Jean-Luc Mélenchon? Jean-Luc Mélenchon a été un dirigeant socialiste de talent.

Pas des objectifs de déficit public dont on sait qu’ils ne pourront pas être atteints. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel doivent se rencontrer jeudi. ce sont des réformes structurelles. On va voir combien de temps cela peut durer… Soit on emprunte à la place des Grecs et on règle le problème (dans les jours prochains). n’avait écarté aucun concours. Faut-il continuer à imposer des mesures d’austérité. on ne va pas lui dire de s’écarter.souhaitent participer. Que proposez-vous contre cette crise? Il faut absolument faire ratifier l’accord du 21 juillet et dire à nos amis allemands ce que l’on fait sur la Grèce. Dix-huit mois plus tard. Banque centrale européenne et Commission . c’est-à-dire de l’entre-deux. alors même que les 8 milliards dont la Grèce avait besoin n’ont toujours pas été versés ! Comme le plan d’austérité grec a été affecté par la chute de la croissance et par la récession. Mais on ne peut plus rester dans l’entre-deux. le chiffre du déficit est supérieur à celui qui était attendu. on envoie la Troïka . soit on va être obligé de constater le défaut.FMI.faire les vérifications. Il n’y a pas de négociation à avoir. Il y a dix-huit mois. On s’adresse aux électeurs. y compris des réformes fiscales. Or on a fait le choix du défaut partiel. le quatrième ou le cinquième considère qu’entre la droite et la gauche. c’est vers la gauche qu’il faut aller. Pensez-vous que la zone euro traverse une crise plus politique que financière? La crise financière se prolonge parce qu’il y a une crise politique. Les obligations ne devraient pas porter sur un chiffre de . soit on a des procédures qui permettent d’emprunter à la place de la Grèce. Après. il y a ceux qui auront été candidats au premier tour et qui ne seront pas qualifiés au second. Les marchés replongent parce que la Grèce a annoncé dimanche un chiffre de déficit pire que ce qui était prévu. Les ministres des Finances de la zone euro se retrouvaient hier. qui contribuent à enfoncer la Grèce dans la crise? L’objectif qui devrait être fixé aux Grecs. la Grèce était demandeuse d’une aide européenne. Il y a deux solutions : soit on constate un défaut. Si le troisième. en 1981. une crise de la décision politique. Je rappelle que François Mitterrand. nous verrons bien. avec toutes ses conséquences.

Il y a eu 100 000 suppressions depuis 2002 : des postes d’enseignants. il faut se donner une perspective : si la croissance revient. c’est-à-dire au souverainisme dans le pire sens du terme. d’infirmières. Cela n’est finalement jamais venu. peut-être avec moins de pays qu’aujourd’hui. J’avais pourtant compris que l’on était tous contre les suppressions de postes ! Que l’on s’était battu contre. On va donc arriver à 3% fin 2013. sa faiblesse ou son insuffisance. à savoir le projet européen? Celui-ci est-il menacé? C’est parce que je suis Européen que je suis désolé de cette situation. Soit l’Europe se déconstruit et nous aurons un retour non pas aux nations . c’est le budget des charges d’intérêt. Ensuite. Pensons-nous que c’est une voie d’avenir ? Je ne le crois pas. qui disent que le traité de Maastricht a fixé un plafond de 3%. Ce sera déjà très difficile. et que nous voyons monter. mais au nationalisme. cela doit aller vers l’équilibre. Si l’on est au-dessous de 3%. Je constate aujourd’hui son inexistence. Comment conciliez-vous le constat que vous faites sur la faillite politique de l’Europe avec ce qui fait partie de votre ADN. de surveillants. Soit nous sommes capables.je suis pour l’Etat nation -. au moins dans un premier temps. de créer une gouvernance politique et économique qui permette à l’Europe de répondre à la vindicte des marchés. non? Le premier budget de l’Etat pour 2012. . Cela ne veut pas dire que l’on ne va rien faire du tout ! J’ai été très surpris des réactions à ma proposition sur l’éducation. Comment concilier cela avec la création de 60 000 postes dans l’Education nationale? Ma ligne est de dire qu’il faut réduire les déficits et lutter contre la dette. ce sera déjà bien. J’avais suivi François Mitterrand lorsqu’il nous avait convaincus que la création de l’euro conduirait à une autorité politique.déficit. à renforcer la gouvernance de l’Europe. J’avais aussi pensé que le traité européen serait de nature. audessus du budget de «l’enseignement scolaire» (pas celui de l’Education nationale). Pourquoi dites-vous qu’il faut tendre vers le «zéro déficit» en 2017? Cela vous distingue des positions d’autres candidats à la primaire. mais sur un certain nombre de réformes.

c’est bien parce que l’on pensait qu’il était nécessaire d’avoir des postes ! On ne va pas tous les recréer. beaucoup de salariés travaillent moins de 35 heures. On me dit que c’est un effet d’aubaine. cela ne me paraît pas être la revendication la plus puissante. qui travaillent 25 à 30 heures avec un temps partiel subi. voire dissuader. la réduction du temps de travail soit encore une piste pour résoudre le problème du chômage. Hélas. et les jeunes donnant leur vitalité. parce que ce sera pris sur les 25 milliards accordés aujourd’hui sans contrepartie (liés aux 35 heures d’ailleurs) aux entreprises. Dans le contexte économique que nous connaissons. au début de la vie et à la fin de la vie professionnelle. sur les affaires. Si l’on a été contre. on me parle de 2. 62 ans. c’est 3 milliards d’investissement et 1 milliard en fonctionnement ! C’est un vrai choix. Après. Mon Contrat de génération permet à l’employeur qui garde un senior le temps qu’il puisse partir à la retraire et qui embauche un jeune de moins de 25 ans avec un CDI de ne plus payer de cotisations sociales. On ne peut pas accepter ces deux taux de chômage. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire sur les prisons. les plus importants. Allez-vous. adopter la même stratégie que Lionel . les seniors transmettant leur expérience aux jeunes. Ouvrir un nouveau champ de négociations et de discussions n’est pas une demande qui nous est particulièrement adressée. on a fait un acte important qu’il convient de préserver. Pour les années à venir. Non. ni dans votre programme ni dans celui du PS. on va en faire 60 000 à la fin du quinquennat. Que signifie partir à 60. cela supposerait une compensation salariale très difficile à trouver. 63 ans si on n’est pas au travail ? Il y a environ 40% de taux d’emploi entre 60 et 65 ans. car il existe un problème de dignité. comme il a pu l’être en 1997… Avec les 35 heures. parce qu’il faut lutter contre la précarité et garder les seniors. On m’a posé la question sur l’âge de la retraite. Donc la croissance et l’activité plutôt que le partage du travail… Mon Contrat de génération est une façon de faire entrer les jeunes plus tôt sur le marché du travail avec un contrat à durée indéterminée. Cette idée ne va pas réduire le chômage.de psychologues. mais fluidifier et permettre à des jeunes et des seniors d’être dans l’entreprise.5 milliards d’euros… Mais les 30 000 places de prisons annoncées par Nicolas Sarkozy. notamment des femmes. d’alternative à la prison. c’est pour prévenir. S’il y a une mesure à prendre. cette forme de travail. mais quand même… J’ai l’impression que. de fermeture de prisons. 12 000 par an. etc.

pas l’objectif. à savoir être très discret? Je ne laisserai pas dire que Lionel Jospin n’a pas été intraitable sur la question de la moralité publique. n’aient pas respecté les règles (c’est-à-dire les principes de la loi). Les affaires sont ce qu’elles sont. son entourage paraît contesté. on est bien au-delà des affaires. des premières décisions jusqu’aux dernières. si j’étais dans le cas de figure d’être candidat. La morale publique. La morale publique. un comportement. voire des bénéficiaires. en 1995. J’en reste là. ce n’est pas simplement l’honnêteté dans les modes de financement. Ne percevez-vous pas le possible danger de favoriser le Front national en ne faisant pas de la question de la morale publique un enjeu important de l’élection présidentielle? La morale publique doit faire partie de l’élection présidentielle. Dans tous ses actes en tant que Premier ministre. c’est aussi le respect à l’égard des citoyens. Pensez-vous que Nicolas Sarkozy est un président honnête? Pour l’instant. Donc. qui aurait justifié un départ de sa part. qui est posée par la loi. et nous verrons quel sera leur dénouement judiciaire. De ce point de vue. c’est une présidence morale. Rien n’a été normal dans le rapport à l’argent. c’est la condition. Rien n’a été normal du début jusqu’à la fin. mais uniquement par ceux qui ont une conception tout à fait détournée de ce qu’est l’élection présidentielle. ce serait extrêmement grave. Il n’a pas voulu en faire un conflit dans la cohabitation. où le seul propos que j’aurais à prononcer. la présidence normale. . voire encore après. Rien n’a été normal par rapport aux élus. Rien n’a été normal dans le rapport au pouvoir. Rien n’a été normal par rapport à une forme d’indécence des hautes rémunérations. La morale publique. Lui-même ne l’a pas été. c’est aussi le sens de l’Etat. une distance par rapport à des milieux d’argent. S’il apparaissait que des financements. il a été d’une rigueur et d’une constance dont je peux témoigner. c’est enfin un mode de présidence. J’ai été beaucoup critiqué sur l’idée d’une présidence normale. C’est là-dessus que je vais faire campagne. Je ne souhaite pas que la campagne présidentielle soit simplement sur le terrain des affaires. peut-être encore en 2002.» Etre un président honnête. Extrêmement grave rétrospectivement et extrêmement grave par rapport aux personnes qui ont pu être des intermédiaires ou des agents.Jospin. serait : «Choisissez un président honnête. La morale publique. en tout cas interpellé.

mais à quel prix ! Il y avait un contrat. . qui est un ami. et il en est parti au bout d’un an. Il dira que. La grande question de l’élection présidentielle est celle de la crédibilité. y compris en matière de politique étrangère. ni contrepartie effective. heureusement. ne dirait tant de mal de sa politique européenne… La présidence française de l’Europe n’est pas la partie la plus contestable de l’action internationale de Nicolas Sarkozy. qui a été secrétaire d’Etat aux Affaires européennes de Nicolas Sarkozy. L’amitié est un sentiment qui. j’ai suspendu toutes relations avec lui pendant toute la période où il était au gouvernement. qui pourrait être son acte de gloire. C’est son bilan. Il restera mon ami. y compris sur le nucléaire. les relations internationales seront-elles un point faible pour vous ou pas? On revient à la question de l’expérience. je l’ai souvent évoqué. il faut déjà l’avoir été. transcende des choix qui peuvent nous avoir séparés. pour devenir président. c’est qu’il a été président. Nicolas Sarkozy aura comme argument.Face à Nicolas Sarkozy. je rappellerai que le début de son quinquennat a été un quinquennat libyen. Mais sa faiblesse. Il y en a d’autres. Mais sur la Libye. Quant à Jean-Pierre Jouyet. Une entrée dans l’Otan sans conditions véritablement respectées et affirmées. Il y a eu depuis une offensive de la diplomatie française un peu plus glorieuse en Syrie. Une attitude par rapport aux pays arabes qui ont connu leur émancipation tardive. Non pas que ce soit une mauvaise chose d’aller chercher les infirmières bulgares. comme Martine Aubry vous en fait plus ou moins le procès? Il ne faut jamais faire des procès d’amitié. Jean-Pierre Jouyet. Pourriez-vous recycler Jean-Pierre Jouyet. Et je ne vais pas chercher chez les autres leurs amis… Chacun a le droit d’avoir ses amis. le fait qu’il a été président. mais celui-là m’est cher. même si on voit dans quel état est l’Europe. Et nous ferons l’analyse de ce qui s’est fait depuis cinq ans.

le 6 octobre. Il s’agit moins d’arbitrer entre deux lignes politiques qu’entre deux manières de faire. Et qu’il fallait faire un choix. seul. Vous et Martine Aubry. Photo: Sébastien Calvet Dans son bureau de l’Assemblée nationale. pendant près d’une heure pour évoquer sa campagne.Interview: «Etre candidat. deux capacités de gagner… Cela se joue-t-il sur le tempérament ? . deux personnalités. François Hollande a reçu Libération trois jours avant le premier tour de la primaire. Matthieu Ecoiffier et Christian Losson. ce ne serait pas «bonnet rose et rose bonnet»… Les Français ont bien vu qu’il y avait deux candidats. Interview réalisée par Laure Bretton. c'est une format d'impudeur» A Libération le 3 octobre.

L’injustice a marqué toutes les décisions de Sarkozy. La droite ne manquera pas de vous attaquer sur cette «gauche molle»… Il eut mieux valu ne pas prononcer ces phrases. Vous voulez être «le président du changement». Peut-on être le président de l’injustice ? Rien n’avait été normal depuis 2007 . D’autant qu’elles ne sont jamais assumées et qu’elles relèvent de la caricature. Je veux rompre avec le sarkozysme. la protection des intérêts. la connivence avec l’argent. la captation du pouvoir. mais une amplification. c’est permettre à la France de retrouver confiance en son destin. Cela a parfois donné le sentiment que vous survoliez la primaire… Je préparais le rassemblement sur une ligne cohérente. Ne divisez-vous pas aussi la gauche ? . Votre côté rassembleur ne renvoie-t-il pas une image d’un candidat édredon ? Le rassemblement n’est pas une faiblesse. pour être plus fort dans l’après-primaire. Pas une atténuation. contractuelle.Non. de la «justice». en passant par l’école ou l’accès au logement. c’est une force. la pression sur la justice. l’irrespect des citoyens… D’où l’émergence d’une présidence normale en 2012. Pas une posture. La grande cause du quinquennat. La génération qui arrive doit être au cœur de nos engagements. mais un caractère. autour d’un enjeu qui dépasse tous les autres. Ce président «normal» ne vous a-t-il pas affadi ? Mais le thème a beaucoup porté ! Les Français n’y ont pas vu une présidence tranquille. exemplaire. de la fiscalité aux retraites. mais respectueuse.

Est-ce joué pour dimanche ? Rien n’est acquis. Il y a quelques mois. on ne va pas être dans une gauche agressive ! La gauche ne gagne que si elle est solide et sincère. ce n’est pas de l’arithmétique. non ? Le contrat de génération. Sarkozy joue les capitaines dans la tempête économique… Il n’est pas loin des récifs. elle avance. ceux qui nous . Pendant ce temps. La dynamique semblait du côté d’Aubry. Moi. les idées et aussi pour les propositions. c’est sur vos mesures contre la crise. Si sa méthode était la bonne. Il est celui de notre candidate en 2007. sera-t-il le péché originel du quinquennat comme le fut le bouclier fiscal pour Sarkozy ? Je veux faire du neuf. Elle veut faire gagner sa famille politique et permettre que le candidat victorieux l’emporte avec la marge la plus confortable pour rassembler. Ça vaut pour les personnes. Elle connaît le prix de l’union et le coût de la division. elle amplifie ses effets. S’il y a bien un sujet où vous semblez en dessous.On sort d’une droite brutale. à part des bougés depuis le score de Montebourg… La crise. Mais il y a plusieurs inconnues : les reports et les nouveaux votants. Une campagne. s’il ne les a pas déjà rencontrés. je veux casser cette double fatalité : des jeunes entrent de plus en plus tard sur le marché du travail après un long moment de précarité et des seniors en sortent de plus en plus tôt avant un long moment de chômage. Pas vraiment radicales. on le saurait. vous l’avez retrouvée avec le ralliement de Ségolène Royal ? Ce soutien est d’abord politique… Exclusivement politique. Ceux qui ont voté pour moi au premier tour vont le faire au second. critiqué pour son risque d’effets d’aubaine.

la présence de l’Etat au conseil d’administration des banques. La qualité que vous n’avez pas ? Le plus. ma décision. depuis deux mois. je ne la donnerais pas tout de suite. Quel est le plus de Martine Aubry. Je préfère dire aujourd’hui ce que nous ferons au-delà de la victoire : comme.gouvernent pensaient que le Fonds de stabilité financière européen pouvait éviter la faillite de la Grèce… On va peut-être arriver avant 2012 à une situation où une partie de la dette grecque ne sera pas remboursée et où les banques vont être obligées d’être recapitalisées. mais tout changé dans la configuration de la primaire. évitons de nous faire des moins… Votre meilleur souvenir dans cette campagne ? Ce dimanche. Une campagne s’incarne aussi à travers un slogan. Cela n’a rien changé à mes intentions. D’ici là. Le pire ? Peut-être ce dimanche. J’ai évoqué «le rêve français». Si je l’avais. Quel sera votre «travailler plus pour gagner plus» ? Cette phrase. Pourquoi Montebourg vous rallie-t-il seulement «à titre exclusivement personnel» ? Arnaud a exprimé sa décision de voter pour moi parce que je suis le mieux placé pour battre Sarkozy. Le moment le plus fort ? Quand Dominique Strauss-Kahn n’a pu être candidat. J’avais annoncé. par exemple. nous sommes à huit mois de l’élection. ce sera d’être ensemble. Je salue sa démarche qui respecte la cohérence de chacun. . si elle devait être révélée. ne sera pas un slogan mais une aspiration.

Qu’est-ce que vous vous dites le soir. Avez-vous senti de la ferveur dans vos meetings ? La ferveur ce ne sont pas les applaudissements.Sa chute vous a transformé en favori. en rentrant chez vous ? J’ai fait ce que je devais. mais lorsqu’on sent le silence. Cela n’avait pas de sens. Quels orateurs vous ont inspiré ? Beaucoup. J’ai toujours été contre la primaire de confirmation. c’est parfois très troublant. avec un profil plus rond. pour moi qui suis réservé. Et j’ai pris du plaisir à le faire. j’ai été regardé comme le favori… de substitution. Etre candidat. J’ai trouvé déplacé que ceux qui étaient du côté de Dominique Strauss-Kahn me fassent le reproche d’être porté par les sondages. c’est une forme d’impudeur. pour ouvrir les esprits. . Ceux qui savent que. il faut donner du bonheur. comme le souhaitaient les amis de Dominique Strauss-Kahn. Avec l’empêchement de Dominique Strauss-Kahn. Vous étiez plus punchy en challenger… J’ai longtemps été regardé comme le challenger. Se mettre comme ça en offrande. En tirez-vous une fierté ? Non. les circonstances l’ont voulu. Ne brandissez-vous pas le vote utile pour mieux esquiver la question du désir à votre endroit ? Aucun candidat ne s’imposait. Il faut faire rire ou sourire pour ensuite parler de gravité. la confiance qui se crée lorsque chacun croit que vous ne parlez qu’à lui. Je devenais celui qui était regardé non plus comme un possible candidat mais comme un possible président. Ce n’est pas non plus une malédiction. dont François Mitterrand. j’aurai encore à faire demain. sinon nous n’aurions pas fait la primaire.

Et si vous ne l’êtes pas ? Je me rassemble ! . que faites-vous lundi ? Je rassemble.Vous êtes désigné candidat socialiste.

Tous droits réservés: Libération. .com).polifile.Ce livre électronique a été composé le 24 octobre par Libération. avec le service Polifile (http://www.

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