Jean-Luc Bailly : Production et création monétaire

Economistes Atterrés Journée d’étude sur la création monétaire 24 mars 2012 Jean-Luc Bailly Maître de conférences, Université

de Bourgogne CEMF-LEG UMR CNRS 5118 2, Bd. Gabriel, 21000 Dijon Jean-luc.bailly@u-bourgogne.fr Tél. : 06 82 78 28 83

Production et création monétaire

La littérature économique est particulièrement fournie en écrits relatifs aux fonctions de la monnaie, mais on trouve relativement peu de pages qui s’interrogent véritablement sur la nature ou sur « l’essence » (Schumpeter 2005, p. 253) de la monnaie et, donc en fait sur sa création. Les discussions qui (re)naissent aujourd’hui autour de la notion d’argent et l’utilisation de ce vocable à tout bout de champ pour désigner indifféremment, la monnaie, le revenu, le capital etc. sont à notre avis tout à fait significatives de la difficulté que rencontrent les économistes de sortir du paradigme néoclassique dominant. Le fait est que les modèles fondés sur l’hypothèse que nous vivrions dans des économies d’échange réels s’avèrent tout à fait inapproprié pour expliquer le fonctionnement réel de nos économies monétaires. Il paraît nécessaire aujourd’hui de reprendre et de poursuivre la démarche engagée par Keynes de développer une théorie monétaire de la production (Keynes, 1933). Il s’agit donc de comprendre le rôle « actif » de la monnaie et donc, au premier chef, la manière dont elle entre en relation avec les biens et services produits. L’enjeu est d’importance puisqu’il s’agit non seulement d’expliquer le fonctionnement de nos économies, qui sont indéniablement monétaires, mais aussi de comprendre les crises et de découvrir les mécanismes grâces auxquels on pourrait les éviter.

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Dans ce travail nous nous attacherons à montrer que la monnaie étant tout d’abord une unité de compte, elle est véritablement une création des sociétés humaines. Par le terme de création il faut entendre ici que ce sont les humains qui, quotidiennement, font naître et détruisent, à partir et en raison de leur propre action, l’expression quantitative du processus d’appropriation de leur environnement. En d’autres mots, la définition de la monnaie est inévitablement associée à celle de la production, qui ne peut être considérée comme un processus purement technique plus ou moins efficace. Produire, c’est faire naître un espace, l’économie monétaire dans lequel les produits constituent un ensemble homogène car ils sont tous mesurés en unités de monnaie. Dans les premières lignes du premier chapitre du Treatise on Money, Keynes (1930, p. 3) écrivait : « Money of account, namely that in which debts and prices and general purchasing power are expressed, is the primary concept of a theory of money[…] Money itself, namely that by delivery of which debt contracts and price contracts are discharged, and in the shape of which a store of general purchasing power is held, derives its character from its relationship to the money of account, since the debts and prices must first have been expressed in terms of the latter.”. Dans ce travail nous nous attacherons tout d’abord à présenter la place de la monnaie dans nos économies monétaires de production avant de décrire l’émission monétaire et enfin distinguer entre monnaie, revenu et capital à travers la définition des trois fonctions de la monnaie.

I- La monnaie dans l’économie Souvent, lorsque l’on aborde la question de la définition de la monnaie au regard de la production, ou l’inverse, on présente les choses (plus ou moins explicitement) soit dans les termes de l’opposition monnaie exogène vs monnaie endogène, ou encore de manière plus ancienne comme celle de la question de l’intégration de la monnaie. Quand on parle d’intégration de la monnaie à l’instar de Patinkin (1972), on présente implicitement les choses comme si la monnaie pouvait exister à côté des biens pour être, ensuite, insérée dans l’espace défini par les biens physiques ou produits physiques, ou encore les valeurs. En d’autres mots on raisonne comme si l’on pouvait définir la production sans référence à la monnaie et la monnaie sans référence à la production.

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Ainsi, on admet qu’il pourrait y avoir des produits (physiques) qui existeraient indépendamment de la monnaie et de l’autre côté il existerait de la monnaie qui existerait en soi et, cela étant, il faudrait découvrir une opération qui annulerait en quelque sorte cette dichotomie, pour reprendre le vocable de Patinkin, puisqu’elle associerait les produits (physiques, ou les valeurs) et la monnaie (d’abord exogène, donc valeur au moins implicitement). Or, une telle démarche est tout à fait vaine, la logique même des termes dans lesquels elle est posée s’oppose radicalement à toute possibilité d’intégration de la monnaie dans le « champ » des biens et de leur échange relatif. Dès l’instant où l’on prétend définir, donc mesurer, les produits d’un côté et la monnaie de l’autre, on est enfermé dans un système ou cohabiteraient deux sphères séparées. C’est là tout le problème des théories de la valeur qui ne peuvent intégrer la monnaie dans le champ de la détermination des grandeurs économiques. Dans les économies « d’échanges relatifs », la monnaie et les biens sont définis dans deux mondes a priori séparés et qui le restent. La théorie quantitative de la monnaie repose en effet sur l’idée de la confrontation marchande de deux espaces de détermination disjoint. Manifestement les thèses de Friedman représentent un aboutissement de la manière dont on peut prendre en considération la monnaie dans un tel cadre analytique, la « synthèse » monétariste est indépassable, puisqu’elle combine à la fois l’approche en termes de transactions (I. Fisher) et celle en termes d’encaisses (Cambridge, Marshall-Pigou) pour expliquer finalement que nos économies sont fondées sur des trocs. Mais dans la cadre de cette théorie, on ne donne pas d’explication de la formation du pouvoir d’achat de la monnaie, autrement dit sa relation aux biens reste quantitativement indéterminée puisque tout est supposé dépendre du niveau des prix relatifs. Pour sortir du cadre de la pensée économique dominante, qui prétend que nos économies sont fondées sur des échanges dits réels et dans lesquelles la monnaie est supposée neutre, il faut considérer les choses du point de vue de la production. En cela Keynes a ouvert la voie en posant les termes d’une véritable révolution conceptuelle. Dès 1933, il affirme en effet que la compréhension du fonctionnement de nos économies monétaires de production passe par l’élaboration d’une « Théorie monétaire de la production » par opposition à la représentation classique en termes « d’économie d’échange réel » (Keynes, 1933). De même, il rejette l’idée selon laquelle « [t]he problem of booms and depressions is a purely monetary problem. » (id. p. 411). Puisque la monnaie est directement associée, dès le départ, au

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processus productif, l’hypothèse de neutralité de la monnaie peut être rejetée puisque ni la monnaie ni les produits ne sont économiquement définis en dehors de leur relation. Keynes affirme que le projet de l’élaboration de la théorie monétaire de la production n’ pas pour but d’expliquer comment la monnaie peut être insérée dans l’espace des échanges relatifs, mais que de tels échanges ne fondant pas l’activité économique, il s’agit bien plutôt de montrer que les produits sont immédiatement associés à la monnaie1. Une telle approche a pour conséquence logique, que la monnaie ne peut être ni une marchandise ni même un bien pris parmi les autres. L’idée que la monnaie n’a ni utilité ni valeur en soi n’est pas nouvelle, « La monnaie n’est pas une chose, c’est un rapport social. » écrivait Marx (1847, p. 53), c’est un moyen de la socialisation des travaux privés. Ainsi, aborder la question de le création monétaire revient en fait expliquer comment, suivant quel processus et dans quel opération particulière, les biens et les services (finis, ou non finis au sens physique du terme) qui sont les produits de travaux particuliers (ou d’unités de production particulières, telles les entreprises) sont intégrer dans les rapports globaux de production pour former un produit homogène, à savoir le produit national ou, autrement dit avec Keynes, le revenu national. La démarche analytique initiée par Keynes conduit inévitablement, à la fois au rejet des théories classiques et néoclassiques de la valeur, à l’abandon de l’individualisme méthodologique comme démarche analytique fondamentale et à une opposition radicale aux thèses quantitativistes. En première approche, nous pouvons dire que la relation production-monnaie se pose dans les termes de la mise en correspondance entre des produits physiques et une forme numérique, l’unité de compte. La monnaie n’étant pas une marchandise, « [i]l convient de garder à l’esprit que la monnaie n’est pas un objet réel mais un ensemble de règles » (Cartelier, 2007, p. 223 traduit par nous), qui permettent la quantification des rapports sociaux de production, la démarche consistant à vouloir expliquer son insertion dans un espace dit « réel » composé de biens et services se révèle pour n’avoir aucun sens. La question pertinente n’est pas d’expliquer la manière dont la monnaie, supposée définie en soi, peut pénétrer un espace de biens préalablement constitué et dans lequel existerait des relations de troc, mais de montrer que l’existence même des produits en tant que marchandises suppose que les objets produits présentent immédiatement une forme monétaire, autrement dit qu’ils soient inscrits dans une forme numérique indifférenciée qui, évidemment ne se confond pas
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Notons que Keynes lui-même n’a jamais donné explicitement la démonstration de cela.

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avec leur forme utilité. Par intégration, il ne faut pas entendre que la monnaie est insérée dans l’espace d’objet existants, mais bien plutôt l’inscription, dans le processus même de la production, des produits dans la forme monnaie. C’est en raison de cela que les biens produits acquérant une forme monétaire, l’ensemble du produit national se présente en une forme quantitative indifférenciée, parfaitement homogène, donc en tant que grandeur globale. En effet, comme l’écrivent Aglietta et Orléan (2000, p. 56) : « La monnaie plonge toute la société marchande dans l’univers homogène des nombres. ». C’est dire que les produits sont mesurés avant même que d’être présentés sur les marchés d’une part, mais aussi, d’autre part, qu’en vérité la monnaie n’a jamais été plus matérielle qu’elle ne l’est aujourd’hui. En d’autres mots, si les instruments de mobilisation de la monnaie ont changé de forme, celle-ci ne s’est pas dématérialisée, elle n’est pas et n’a jamais été à proprement matérielle. 2 Aussi loin que l’on remonte dans l’histoire des sociétés humaines, la monnaie n’a pas changé de nature, elle a toujours été et reste une création humaine et de ce fait n’a jamais été matérielle. La conséquence immédiate de cette affirmation est évidemment que la monnaie n’est pas de la matière, on ne la trouve pas dans la nature. Nous pouvons dire avec Walras3, « [q]ue le mot franc est le nom d’une chose qui n’existe pas. » (Walras, 1952, p.153). C’est dire que la monnaie n’étant pas un objet matériel, elle n’est pas un bien (ou une marchandise) qui pourrait s’insérer dans un espace qui serait délimité par des ensembles de biens ou des marchandises4. En tant qu’elle est d’abord unité de compte, la monnaie n’est pas une richesse alors qu’elle définit les termes d’une arithmétique de relations sociales particulières, les relations économiques5. Dès l’instant où l’on saisi cela, on peut aussi mesurer à quel point la conception néoclassique de l’économie, associée aux thèses quantitativistes, peut être dévastatrice. A titre d’illustration nous pouvons citer L. Duchêne et P. Zaoui (2012, p. 122) pour qui l’économie se résume manifestement à des opérations de troc puisqu’ils écrivent : « … chercher à poser la monnaie comme réalité fondamentale du fonctionnement économique oblige en vérité à sortir
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Cela ne signifie pas que le fait que l’unité de compte ait été attachée à l’or ou l’argent etc. n’a pas eu d’influence sur l’activité économique. Mais la monnaie n’a jamais été de l’or ou de l’argent.
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Avant qu’il ne se contredise en introduisant un « bien numéraire » dans ses équations. Pour autant que le concept même de marchandise puisse être défini indépendamment de la forme monétaire des produits. 5 Par là nous entendons que la monnaie peut avoir un rôle social autre qu’économique, mais ici notre perspective est uniquement l’économique.

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du champ propre de l’économie. ». L’affirmation de Duchêne et Zaoui, n’est pas isolée mais au contraire très largement répandue. De plus on peut observer que reprenant à son compte un stéréotype, elle marque pour le moins une certaine ignorance quant à l’histoire de la pensée économique et tout particulièrement, celle de l’un des aspects essentiels de l’œuvre de Marx : « Chacun sait, lors même qu’il ne sait rien autre chose, que les marchandises possèdent une forme valeur particulière qui contraste de la manière la plus éclatante avec leurs formes naturelles diverses, la forme monnaie. » (Marx, 1867, p. 576), et l’élimination pure et simple des travaux de Keynes, que les auteurs citent pourtant par ailleurs, et qui montre que nos économies sont des économies monétaires de production dans lesquelles « La monnaie est l’objet de la production… » (Wray, 2010, p. 4, traduit par nous). C’est dire que, au sens propre ce que produisent les travailleurs, c’est de la monnaie, mais de la monnaie réelle porteuse de pouvoir d’achat. La poursuite du projet de Keynes de construire une « théorie monétaire de la production » conduit inévitablement, comme l’on montré les post keynésiens de la première tels J. Robinson, à rejeter l’approche strictement technologique de la production, basée sur la « fameuse » fonction de production Q = f(K, L), pour la raison essentielle qu’elle est enfermée dans un cercle vicieux. Cela nécessite au premier chef d’expliquer que la monnaie ne peut être définie hors de la production, mais aussi que la production ne peut être définie hors de la monnaie. Il y va de la compréhension de nos économies et de ses crises à la fois productives et financières. Bien loin d’être exogène à l’économie, la monnaie est l’expression quantitative de rapports de production, de répartition, d’accumulation. Grâce à la découverte de sa nature en tant que forme numérique des produits, on peut notamment échapper aux représentations « fabuleuses » du troc (Servet, 1988) et à ses dérivés, et comprendre que toutes les activités et toutes les relations humaines (les comportements) ne ressortissent pas à l’économique, mais aussi que l’économique n’est une sphère séparée des activités humaines. Néanmoins, puisque l’on rejette les représentations en termes d’échanges relatifs entre monnaie et biens et même entre biens, il reste à expliquer le processus particulier grâce auquel les produits acquièrent une forme monnaie. En 1975 (p. 31-32), B. Schmitt apporte un élément de réponse déterminat : « La correspondance entre la monnaie et les produits doit être comprise pour ce qu’elle est. Il ne s’agit pas d’une relation entre valeurs, car la monnaie est dépourvue de toute valeur positive,

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quelle que soit la définition de celle-ci. Les termes de la correspondance sont les produits d’une part et la monnaie de l’autre, et nullement la valeur des produits ni la valeur de la monnaie. La valeur monétaire des produits n’est pas le rapport entre la valeur de la monnaie et la valeur des produits, mais la simple mesure monétaire des produits : seule la relation est une valeur ou une équivalence, les termes de cette relation étant purement physiques. ». Ce qui confirme que, quel que soit le support des nombres ou de l’instrument de mobilisation de la monnaie et la manière dont sont écrits les nombres, la nature de la monnaie n’a pas changé au cours du temps. De cela nous pouvons aussi tirer deux conséquences, tout d’abord, la monnaie n’étant pas un bien elle est hétérogène à l’ensemble des biens, ensuite tant qu’ils n’ont pas acquit leur forme monétaire, les biens ne sont pas des marchandises. Du fait que lors de la production la monnaie et les produits sont mis en correspondance, il devient certain que la monnaie n’entre pas dans des rapports d’échanges relatifs. Un paiement ne consiste pas en un transfert de monnaie contre des marchandises, il est ou bien la formation ou bien la destruction de la forme monnaie des produits, en d’autres mots ou bien la formation ou bien la destruction d’un pouvoir d’achat. De la mise en correspondance de la monnaie avec produits physiques il résulte aussi que l’unité de monnaie est rigoureusement l’unité de mesure des marchandises, dans le sens où la valeur des produits n’est autre que leur expression numérique en unité de monnaie. Ainsi, et suivant Keynes, il faut logiquement abandonner cette représentation de l’économie où les produits pourraient avoir une dimension économique substantielle qui leur soit propre et sans relation directe avec la monnaie. Un des éléments essentiels de la révolution keynésienne est là, à savoir dans le dépassement du concept de valeur en tant que dimension spécifique, ou même substance des produits et à l’affirmation que la grandeur première qui résulte de la production est le revenu, évidemment monétaire. Etant l’expression des rapports sociaux de production, de répartition et d’accumulation, la monnaie a aussi un rôle actif dans la détermination de l’ordre des relations sociaux-économiques et politiques. La production étant aussi un phénomène monétaire, force est de considérer que nos économies ne fonctionnent pas sur la base d’une agrégation d’individus que l’on pourrait considérer comme des entités autonomes et séparées. C’est dire encore que la macroéconomie monétaire ne repose en aucun cas sur des fondements microéconomiques. Et, en raison même du caractère monétaire des grandeurs économiques, chacun peut saisir que les comportements économiques des individus sont conditionnés par le

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système global, ce qui fait que l’autonomie de l’agent économique, « … n’est pas un attribut individuel. Elle ne prend sens qu’en tant que capacité sociale. » (Rosenvallon, 2011, p. 39) Nous avons présenté quelques principes généraux qui peuvent expliquer la place de la monnaie dans l’économie, il nous faut maintenant expliquer, « la création monétaire », pour reprendre le titre de la journée, c’est-à-dire le processus par lequel la monnaie est mise en correspondance avec les produits et de ce fait acquière une « force libératoire » de toute dette et de toute créance.

II- L’émission simultanée de la monnaie et du revenu national Nous avons dit qu’étant un nombre, la monnaie n’existe pas en soi et qu’elle naît, en tant que tel, dans une opération qui l’associe à des produits. Ou bien elle nait dans un échange marchand (relatif) ou bien dans une opération productive, c’est-à-dire en même temps que les produits eux-mêmes. De fait, la réponse peut être assez rapidement donnée. Nous l’avons dit, les marchandises étant caractérisées par le fait qu’elles ont une forme physique et une forme monnaie, elles ne peuvent elles-mêmes exister en dehors de la monnaie. Pour faire bref, disons qu’elles ne peuvent exister en dehors de l’une de leurs formes. Une première conséquence de cela est que la production ne peut être interprétée comme un processus de transfert de richesses. Il est pourtant généralement admis que les travailleurs salariés sont rémunérés grâce à un capital précédemment accumulé. Si les travailleurs sont rémunérés, grâce à un fonds des salaires ou capital variable ou une épargne etc., peut importe le nom que l’on donne à la chose, c’est que de leur côté ils sont déjà détenteurs de richesses marchandes qu’ils cèdent à leurs employeurs. S’il s’agit par exemple de capital humain, comme on se plait à le dire aujourd’hui, c’est que les travailleurs sont eux-mêmes des capitalistes6 et, dans la production ils ne font qu’échanger leur capital « physique » (humain) contre du capital financier. Or, on voit immédiatement qu’il y a là un problème purement logique, c’est qu’il n’y pas de place pour un produit net, ou encore pour quelque revenu que ce soit dans l’échange relatif que nous venons de décrire. La thèse des échanges relatifs conduit à la représentation d’un monde stationnaire, où le principe fondamental qui prévaudrait serait le principe de conservation (Mirowski, 2001). Dans une telle économie d’échanges relatifs, la monnaie serait
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Ici nous reprenons l’argument que Marx opposait à J. S. Mill qui utilisait cette notion.

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éventuellement un instrument pratique, mais en vérité elle serait neutre quant à la détermination des grandeurs et variables économiques7. Dans une telle économie, ainsi que l’a montré I. Fisher (1911), un flux économique ne pouvant être confondu avec le déplacement physique d’un bien, il s’ensuit que la monnaie étant un pur intermédiaire, on ne peut saisir aucun revenu objectif net dans une économie d’échanges relatifs. « [l]orsqu’un article de richesse change de main, écrit Fisher, il donne lieu à un élément de revenu pour le vendeur et à un élément de dépense pour l’acheteur, et par suite à aucun revenu pour la société. (Fisher, 1911, p. 183). L’explication même du revenu comme grandeur économique exige de sortir de ce cadre analytique qui considère que les agents économiques disposeraient de dotations initiales, dont l’origine reste inexpliquée, parce que inexplicable dans le champ des échanges relatifs, qu’ils transfèreraient sur des marchés. Ainsi, l’analyse qui prétend que le salaire paye le capital humain (ou la force de travail) et que le capital humain est payé grâce à un capital pré-accumulé, est enfermée dans un cercle vicieux. La valeur du capital humain serait mesurée par sa rémunération, mais en même temps on suppose que le montant des salaires serait déterminé à partir de la valeur du capital humain. Si le processus n’a ni début ni fin, c’est que l’on fait l’hypothèse plus ou moins implicite que les marchandises peuvent être saisies en dehors de leur forme monétaire. Les marchandises étant des biens présentant une forme monétaire, elles n’existent pas en soi, et leur production ne peut être de la nature d’un échange relatif, c’est-à-dire un transfère de richesses qui existeraient les une indépendamment des autres. Il est tout aussi vrai que, la monnaie n’existant pas en soi, elle ne peut apparaître que dans une opération directement liée à l’activité productive. Une autre remarque peut être faite en regard de ce que nous avons dit au dessus, c’est que si la monnaie est nombre pur, elle ne peut entrer dans des rapports d’échanges relatifs, elle ne peut donc être d’abord créée pour ensuite être dépensée, ou alors il faudrait admettre qu’elle peut exister indépendamment des produits, ce qui serait contradictoire avec ce que nous avons dit au-dessus. On ne transfert pas des nombres contre des biens ou autre chose, ou alors il faudrait supposer que les nombres peuvent avoir une valeur8. C’est dire que lorsque l’on parle du pouvoir d’achat de la monnaie, on ne se réfère
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Dans le modèle néoclassique il n’y a pas vraiment de grandeurs, puisque l’on ne peut agréger les comportements qui sont supposés les expliquer. 8 C’est pourtant ce que l’on peut souvent lire dans des ouvrages consacrés à la monnaie, que « la valeur l’unité de compte » peut varier, s’apprécier ou se déprécier (cf. Orléan, L’empire de la valeur, p. 179). L’unité de

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pas aux nombres, c’est-à-dire à l’unité de compte (on ne paye pas avec des nombres), mais à la relation entre l’unité de compte et les produits. C’est précisément cette relation qu’il nous faut expliciter maintenant. Sans entrer dans plus de considérations ici, nous retiendrons qu’un pouvoir d’achat n’est pas autre chose que la capacité que l’on a de se procurer des biens et des services, donc, des produits (puisque nous sommes dans des économies monétaires de production) grâce aux revenus monétaires dont nous pouvons disposer. Donc, qui dit pouvoir d’achat dit qu’il existe non seulement une relation quantitative entre la monnaie (les nombres) et les biens et services produits, mais plus encore que les produits sont « intégrés dans la monnaie » de telle sorte que la monnaie unité de compte soit transformée en monnaie-revenu. C’est qu’en effet, si l’on dit que la monnaie est dotée d’un pouvoir d’achat, c’est que l’on se place dans la situation où détenir un dépôt bancaire c’est détenir la forme monétaire des marchandises. Cela revient à dire que les produits sont inscrits dans la monnaie, ils en constituent la teneur. La monnaie n’est donc pas lancée, ou intégrée à l’espace des biens, et l’on ne peut enregistrer aucun échange relatif entre monnaie et produits. C’est dire encore que l’on n’achète pas la monnaie avec les produits, ces derniers n’ont aucun « pouvoir d’achat », notamment sur la monnaie. Ainsi, il faut d’abord expliquer la mise en relation de la monnaie avec les produits. Monnaie et produits résultant de l’activité productive leur intégration (ou fusion) est réalisée dans la production, et plus précisément encore lors du paiement des salaires : « L’émission des salaires transforme la monnaie-nombre en monnaie-produit. » (B. Schmitt, 1984, p. 97) Puisqu’il s’agit d’expliquer l’existence même des marchandises -produits physiques ayant une forme monnaie- il faut partir de la table rase. C’est-à-dire d’une situation où ni les produits physiques ni la monnaie ne sont encore formés, faute de cela on ne pourrait saisir que les richesses économiques résultent toutes de l’activité productive des hommes. Nous l’avons dit au-dessus, les produits et la monnaie ne sont pas originaires d’une richesse préalablement accumulée (ou de dotations initiales, ou d’accumulation primitive etc.), partant, il ne peut y avoir à proprement parler qu’un seul facteur de production : le travail humain. Faire naître un nouveau produit, c’est créer quelque chose qui n’existait pas avant que s’exerce l’activité humaine, à savoir quelque chose qui n’existe pas dans la nature, en bref un produit net ou
compte étant un nombre pur, elle n’a pas de valeur. En revanche ce qui peut varier, c’est la relation entre le nombre 1dénommé et la quantité de biens qui lui correspond.

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encore plus précisément un revenu (évidemment monétaire). Ainsi, les seuls véritables coûts de production consistent en les salaires versés par les entreprises à leurs employés, et que la mutation de la monnaie-nombre en monnaie-revenu est réalisée lors du versement des salaires. C’est dans cette opération que sont mis en correspondance la monnaie et les produits physiques, ou si l’on préfère que la monnaie acquiert un contenu réel, une teneur, et les produits physiques une forme numérique. C’est lors du versement des salaires qu’est déterminé le pouvoir d’achat de la monnaie, c’est en raison de cela que Keynes présente l’unité de salaire comme étant « l’étalon de valeur essentiel » (Keynes, 1969, p. 305) . La monnaie contemporaine est bancaire, c'est-à-dire que ce sont les banques (de dépôt) qui créent la monnaie, mais elles ne le font pas spontanément, elles le font à la demande des particuliers, et ces derniers demandent de la monnaie pour effectuer des paiements. Ce ne sont pas les banques qui paient mais les particuliers, entreprises et ménages. Néanmoins tout paiement implique le système bancaire.9 Les banques sont des intermédiaires, ce qui fait que, avec J. R. Hicks (1967, p. 11), nous pouvons dire que tout paiement est tripolaire, il implique en effet un payeur, un payé et le système bancaire. En raison de ce qu’il implique trois intervenants un paiement ne peut en aucun cas être assimilé à un échange relatif, il ne consiste pas en un transfert réciproque de biens ou services réels entre deux échangistes. Dire que la monnaie est bancaire signifie qu’elle résulte d’une simple opération comptable, c’est dire encore que la création monétaire (donc la destruction) répond aux règles de la comptabilité en partie double, qu’à toute créance correspond une dette, mais aussi qu’elle ne s’appuie sur aucun actif ou aucun capital (aucune épargne), ou d’une manière plus générale encore sur aucune « base monétaire » qui existerait préalablement à son émission 10. Une telle hypothèse serait en effet tout à fait contradictoire avec l’idée même de création, et l’on nierait de fait l’existence même de quelque monnaie bancaire que ce soit11. En outre, on serait enfermé dans un raisonnement sans fin, puisque si l’on suppose que la monnaie est créée à partir d’un dépôt préalable, il faudrait expliquer l’origine de ce dernier qui, s’il n’est pas le résultat d’une création ne peut exister. Si la monnaie a une base ce ne peut être que les produits dont elle est la forme numérique. Aussi la monnaie est-elle émise dans la production, ou plus exactement lors de la rémunération des facteurs de production. « Le paiement des coûts de production est en fait une émission par laquelle la monnaie et le produit se fondent en un seul et même objet,
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Nous supposons ici qu’il existe une banque centrale et un mécanisme de compensation qui fait qu’en fait, les monnaies émises par les banques de dépôt » représentent » en fait la monnaie centrale. 10 La monnaie centrale est aussi une monnaie bancaire. 11 Y compris la monnaie centrale.

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à savoir, le revenu. » (Rossi, 2008, p. 42). L’explication de la création monétaire consiste donc à découvrir la manière dont les unités de monnaie créées par les banques sont associées au produit courant pour former le revenu national, or elles le sont dans un paiement. L’émission de la monnaie bancaire implique donc trois pôles, les banques qui créent la monnaie, les entreprises dans lesquelles sont formés les produits et les travailleurs salariés qui sont rémunérés par les entreprises qui les emploient. L’initiative de l’opération n’est pas le fait des banques, mais celle des entreprises qui demandent aux banques de créer la monnaie nécessaire à la rémunération des salariés. La création monétaire se fait sur la base de promesses réciproques, celle des banques qui promettent d’effectuer un paiement à la demande des entreprises et celles des entreprises qui s’engagent à ce que la monnaie soit restituée aux banques. Les entreprises et les banques s’accordent sur un certain montant qui est d’abord purement nominal, à tel point qu’à proprement parler la monnaie n’est pas encore émise. Cependant, les promesses réciproques sont concrétisées par l’ouverture de lignes de crédit12 à la disposition des entreprises, mais dont le montant n’est pas inscrit au bilan des banques, il ne le sera qu’au moment où, à la demande des entreprises, les banques effectuent un paiement auprès des facteurs de production, en l’occurrence lorsque sont versés les salaires. Ainsi, tant qu’aucun paiement n’a encore été effectué, il n’y a encore ni créance ni dette, donc seulement des nombres dénommés, alors qu’une opération de crédit est en train de se mettre en place. En réalité, l’objet du crédit n’est pas la monnaie elle-même, mais le produit, aussi tant qu’il n’y a pas de monnaie déposée dans la banque il n’y a pas à proprement parler de prêt13 et le produit luimême n’est pas monétisé. C’est à l’instant du versement des salaires, et à cet instant seulement, qu’est créée la monnaie, puisque les travailleurs la reçoivent au titre du dépôts des produits physiques dans les entreprises correspond aux produits physiques qu’ils ont déposés dans les entreprises du fait de leur activité productive. Mais, il est bon de noter que la monnaie étant bancaire, elle ne sort pas des banques. Les travailleurs ne reçoivent pas à proprement parler la monnaie, mais ils sont contraints d’ouvrir des comptes sur lesquels sont déposées les unités de salaire qu’ils perçoivent. Les deux dépôts se correspondent l’un l’autre, c’est dire que les travailleurs

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Nous retiendrons cette expression comme générique des diverses opérations par lesquelles les banques peuvent créer de la monnaie à la demande des entreprises. 13 C’est dire que « l’adage » suivant lequel « les prêts font les dépôts » n’est pas vérifié.

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détiennent, dans leurs compte bancaire le pouvoir d’achat nécessaire à l’écoulement des produits déposés dans les entreprises. On peut voir aussi qu’aucune unité de monnaie ne circule dans l’économie en raison de paiements. Ce qui est vrai lors de l’émission le reste par la suite, lors de sa destruction sur les marchés des produits (physiques ou financiers). Une telle conclusion peut sembler surprenante, toutefois elle est cohérente avec le fait que la monnaie est d’abord en sa nature une forme des produits. Comment pourrait-on imaginer qu’une forme puisse circuler indépendamment de l’objet auquel elle est associée ? Dès l’instant où sont versés les salaires, la banque peut inscrire à l’actif de son bilan une dette de la part de l’entreprise, dette qui est « gagée » sur le produit, et au passif, une créance des travailleurs, leurs comptes de dépôts. Ainsi, on peut saisir que l’objet de la créance et de la dette n’est pas la monnaie, mais le produit qui est déposé en sa forme physique dans les entreprises et dans sa forme monétaire dans les banques. Autrement dit, la créance des titulaires de revenus n’est pas à l’encontre des banques, mais bien à l’encontre des entreprises. Les banques sont des intermédiaires monétaires et financiers entre les entreprises et les titulaires de revenus. Mais on peut encore aller plus loin si l’on considère la division du travail et dire que le système bancaire est intermédiaire entre les travailleurs dans le sens où par leur fonction monétaire, elles permettent de relier objectivement entre eux, de les comparer etc., les différents types de travaux qui s’exercent dans une même zone monétaire. Nous pouvons caractériser rapidement les deux fonctions des banques de dépôts. 1°- En ce qu’elles sont intermédiaires monétaire elles permettent l’inscription des produits physiques dans une forme numérique homogène. Cela signifie qu’en fait les salariés reçoivent le produit auquel ils ont donné naissance, non pas sous forme physique mais sous forme monétaire, puisqu’à leur à leur compte courant est inscrit d’abord le pouvoir d’achat nécessaire à l’acquisition de la totalité du produit, c’est en cela que l’on peut dire avec Keynes : « Revenu = Valeur de la production » (Keynes, 1969, p. 87), il ne s’agit pas d’un ajustement mais d’une identité. 2°- Les banques sont aussi intermédiaires financiers. L’opération d’émission de monnaie s’accompagne en effet d’une opération financière puisque les revenus ne pouvant être dépensés dans le mouvement même de leur formation, ils sont épargnés. Ainsi, immédiatement après les paiements des salaires, les entreprises ont une dette, inscrite à l’actif

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des banques, mais qui est en vérité formée à l’endroit des titulaires de revenus vis-à-vis desquels elles se sont engagées à fournir les produits. De ce point de vue, les banques sont des intermédiaires financiers. Il est vrai que la dette des entreprises, inscrite à l’actif de la banque, ne peut être un ensemble de nombres, or la banque en tant qu’intermédiaire monétaire n’a fait que créer des nombres à la demande des entreprises. L’objet de la dette des entreprises c’est le produit physique lui-même qui est stocké dans les entreprises, autrement dit les marchandises produites. En effet, à ce stock (dépôt physique) correspond le dépôt du revenu (monétaire) des salariés dans la banque. On peut alors saisir que l’objet de la créance des travailleurs, ce n’est pas la monnaie, mais le produit lui-même dont la forme physique est déposée dans les entreprises. Autrement dit, les salariés disposent d’un revenu qui n’est autre que le produit, produit qu’ils détiennent en tant que titulaires de comptes de dépôts. Mais, s’ils le détiennent ils n’en disposent pas encore, ils sont simplement titulaires du pouvoir d’acheter le produit. Nous pouvons dire que tout titulaire d’un dépôt bancaire possède un pouvoir d’achat, et que, toute dépense d’un pouvoir d’achat monétaire est l’action par laquelle un produit préalablement inscrit dans une somme de monnaie (et donc dans la banque qui l’a émise) en est « sorti » et que, du même coup, la monnaie est détruite avec les marchandises. Notons sans entrer dans plus de détails ici que, le fait que les salariés reçoivent d’abord l’ensemble du pouvoir d’achat formé dans l’économie, ne signifie pas pour autant qu’ils vont finalement disposer de l’intégralité du produit. Le revenu monétaire réel des travailleurs ne coïncide généralement pas avec leur revenu nominal et, ce, en raison de ce que les entreprises forment des profits dans l’écoulement des produits sur les différents marchés. Comme le revenu ne peut être dépensé dans l’instant où il est formé, il est nécessairement épargné, donc constitué en capital (le capital temps). « Toute monnaie bancaire nouvellement formée en revenus est instantanément transformée en un capital net dans la société globale. » (Schmitt, 1984, p. 160) En effet, toute épargne est nécessairement prêtée, la preuve en est que les entreprises ont une dette (inscrite à l’actif des banques), c’est donc qu’elles ont emprunté, et les titulaires de revenus ont une créance (inscrite au passif des banques), c’est donc qu’ils ont prêté leur revenu. Il découle de cela que l’on ne peut pas dire qu’en matière monétaire ce sont « les prêts qui font les dépôts » puisque ce sont les dépôts des titulaires de revenus qui sont prêtés aux entreprises. Aussi ne peut-on observer de différence de nature entre actifs liquides dits « monétaires » et actifs moins liquides dits « financiers » ; dès l’instant où les revenus sont déposés dans les banques il n’y a que des actifs financiers plus ou moins liquides.

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III- Les trois fonctions économiques de la monnaie A partir de ces divers éléments nous pouvons proposer une nouvelle définition des trois fonctions économiques de la monnaie. On peut le voir, ces fonctions ne renvoient pas, contrairement à ce que voudrait la tradition depuis Aristote, à un même objet qui aurait trois utilisations possibles différentes, mais à trois relations différentes qui permettent de définit de manière distincte : la monnaie, le revenu et le capital. Unité de compte. En tant que telle la monnaie est purement un ensemble de nombres purs dénommés. Pour paraphraser Walras, nous pourrions dire aujourd’hui que le mot euro est le nom d’une chose qui n’existe pas en soi. Sa fonction est néanmoins de créer les conditions de la numération ou le dénombrement des biens et services produits par une collectivité, et l’homogénéisation de ces mêmes biens et services en une forme numérique unique pour une zone monétaire donnée. Cependant, nous ne pouvons pas dire avec A. Orléan (2012, p. 179) que « la valeur de l’unité de compte » peut varier, s’apprécier ou se déprécier. Une ligne de crédit n’est pas à proprement parler composée d’unités de compte, car si elle n’est pas utilisée dans sa totalité, les nombres inscrits (hors bilan bancaire) ne serviront pas à numérer les produits. Par exemple, si une banque ouvre une ligne de crédit (ou autorise un découvert) de 1000€ à une entreprise qui n’en utilise que 800€, il n’existe en fait que 800 unités de compte et non pas 1000. Moyen de paiement. Les unités de compte ne peuvent être utilisées comme moyens de paiement, on ne paye pas avec des nombres. La monnaie moyen de paiement n’existe qu’à condition que les unités de comptes subissent une mutation et qu’elles soient associées à des produits de telle sorte qu’elles en deviennent la forme numérique et homogène. Or cela est réalisé dans l’opération de rémunération des facteurs de production, qui reçoivent en fait dans leurs salaires le produit réel de leur activité sous forme d’unités de monnaie. A rigoureusement parler les unités de salaire, donc les revenus, ont pour teneur les produits. Une des conséquences de cela est de constater que les marchés ne sont pas des lieux où l’on transfert des biens et des services contre de la monnaie et que les prix ne sont pas des mesures, mais simplement des coefficients de répartition. Réserve de valeur. Un revenu monétaire ne pouvant être dépensé par son titulaire dans l’instant de sa réception, il est nécessairement déposé dans une banque. Or ce dépôt est

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une épargne, c’est-à-dire un produit non encore consommé. Dire que la monnaie est réserve de valeur, c’est dire qu’elle est un pouvoir d’achat qui ne s’est pas encore exercé sur des produits physiques, ou bien encore, si l’épargne est prêtée et dépensée par un tiers, c’est un droit à un dépôt futur dont le montant reste inscrit dans la banque où a été formée l’épargne et dont la teneur sera formée grâce à la production nouvelle de l’emprunteur.

Conclusion La monnaie n’est pas une chose, c’est un phénomène social or on confond souvent le phénomène et la chose. On prend souvent le phénomène pour une chose, on essaye aussi bien souvent de l’objectiver pour le représenter. On peut encore ajouter que la monnaie est en même temps mesure et relation, ou encore nombre et forme. Avant d’être une institution, la monnaie est un phénomène social et, en particulier un rapport social de production et pour ce qui nous intéresse ici, économique. L’institution, c’est le nombre dénommé – généralement par une autorité politique- (l’euro, le franc, le dollar etc.), alors que la monnaie en tant que phénomène c’est le nombre en relation avec le produit. L’homogénéité des monnaies sur un territoire donné ne va pas de soi, c’est une construction qui est réalisée grâce au mécanisme de la compensation réalisée grâce à l’intermédiation des banques centrales.

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