E.

Muret

Granius Marcellus, proconsul de Bithynie. Monnaies d'Apamée sous les gouverneurs romains
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 5, 1881. pp. 120-127.

Citer ce document / Cite this document : Muret E. Granius Marcellus, proconsul de Bithynie. Monnaies d'Apamée sous les gouverneurs romains. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 5, 1881. pp. 120-127. doi : 10.3406/bch.1881.4243 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1881_num_5_1_4243

GRANIUS MARCELLUS, PROCONSUL DE BITHYNIE MONNAIES d' APAMÉE SOUS LES GOUVERNEURS ROMAINS .

M. Granius Marcellus, proconsul de Bithynie, dont nous publions la monnaie, est connu par un passage des Annales de Tacite. Il fut accusé, sous le consulat de Drusus et de Norbanus, en l'année 768 de Rome (15 après notre ère). « Nec multo post, Granium Marcellum, prœtorem Bithyniœ, quœstor ipsius, Caepio Crispinus, majestatis postulavit, subscribente Romano Hispone ( Tiberius ) tulit absolvi reum criminibus majestatis : de pecuniis repetundis ad reciperatores itum est (1) ». Notre médaille, où figurent les bustes accolés d'Auguste et de Livie, fixe la date du proconsulat de Granius Marcellus. On sait que sous la république les gouverneurs de province partaient de Rome au mois de Mai pour se rendre à leur poste. Auguste étant mort le 19 Août de Fan 14, Granius Marcellus exerça ses fonctions du milieu de l'an 13 à celui de l'an 14, ou du milieu de l'an 14 à celui de Fan 15. Cette dernière hy pothèse est plus vraisemblable, d'après un des griefs de l'a ccusation. (1) Tacite, Ann. ï, 74.

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Addidit Hispo « statuam Marcelli altius quam Caesarum sitam ; et, alia in statua, amputate capite Augusti, effigiem Tiberii inditam». La substitution de la tête de Tibère à celle d'Auguste n'eut lieu évidemment qu'après la mort de ce der nier. Si, comme il est probable, ce fait se passa en Bithynie et pendant le gouvernement de Marcellus, il en résulte que la monnaie a été frappée aussitôt après l'arrivée du proconsul dans sa province et avant la mort d'Auguste. La date ainsi fixée, il nous reste à déterminer dans quelle ville notre médaille a pu être émise. La réponse est facile. La légende latine ne peut convenir qu'à Apamée, la première ville où les gouverneurs qui se rendaient par mer en Bithynie, pus sent aborder. Marcellus n'a pas inscrit le nom de la ville sur la monnaie, et pourtant son prédécesseur dans la province, Thorius Flaccus, avait inscrit le nom de la ville et le sien sur deux monnaies de Nicomédie, à l'effigie d'Auguste et à celle de la Concorde, aux revers d'un sanglier et de la Paix; et sur une impériale d'Auguste frappée à Nicée, au revers de la Vi ctoire. Quoi qu'il en soit, l'attribution à Apamée n'est pas dou teuse, malgré l'absence de nom. L' inscription de notre médaille porte: IMP CAESAR AVGVSTVS PONTIF MAX TR P. Bustes accolés d'Auguste et de Livie, à gauche. Rv. M GRANIVS MARCELLVS PROCOS. Femme assise adroite, tenant une corne d'abondance. Br. La fabrique, le métal et le type du revers sont ceux d'une impériale de Vespasien, frappée à Apamée, incorrectement décrite par Mionnet, sous le n° 24 du corps d'ouvrage, au règne de Titus. IMP CAES VESPASIANVS AVG. Tête laurée de Yespasien. Rv. COL IVL CONC APAM DD. Femme assise tenant une patère et une corne d'abondance. Les deux monnaies, mises en regard l'une de l'autre, trahis sent lieu d'émission commun, et d'ailleurs, pour proposer un une autre attribution, il faudrait un atelier à légende latine, et il n'en est pas d'autre en Bithynie qu' Apamée. L'origine de cette ville est diversement rapportée; Strabon

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dit : Philippe, fils de Démétrius et père de Persée, après avoir détruit Cius et une autre ville, Myrlea, située dans les envi rons de Cius et voisine aussi de Prusa, les donna toutes deux à Prusias, fils de Zélas, qui l'avait aidé à les détruire. Celui-ci les releva de leurs ruines, et appela Cius, de son propre nom, Prusias; et Myrlea, du nom de sa femme, Apamée (1). Le récit d'Etienne de Byzance diffère un peu de celui de Strabon, et le complète: Myrlea, ville de Bithynie, maintenant Apamée, fondée par Myrlus, chef des Colophoniens. Nicomède Epiphane, fils du roi Prusias, l'appela du nom de sa mère, Apamée. Certains auteurs disent encore qu'elle tire son nom de l'amazone Myrl ea(2). La fortune des deux villes fut diverse : tandis que Prusias, pour s'être comportée toujours amicalement à l'égard des Ro mains, obtenait d'eux son autonomie, Apamée dut recevoir dans ses murs une colonie romaine. La numismatique d' Apamée va nous dire à quelle date eut lieu ce changement. Les autonomes de Myrlea, sous les rois de Bithynie, ont simplement MVPA, MVPAEA, MVPAEANilN. Sous la domination romaine et le gouvernement de C. Papirius Carbo, la légende est ΑΠΑΜΕΩΝ. Sous C. Vibius Pansa, autre gouverneur de Bithynie, la légende est ΑΓΤΑΜΕΏΝ MVPA. Sous Auguste, les légendes sont en latin et Apamée, colonie romaine, s'intitule: COLONIA IVLIA CONCORDIA APAMEA, et COL IVL CONC AVG APAM , en l'honneur de Jules César et de l'Empereur. Caius Papirius Carbo et Caius Vibius Pansa, proconsuls de Bithynie, n'ont pas seulement inscrit leurs noms sur la monn aie d' Apamée, mais encore sur celles de plusieurs autres vil les, et, ce qui ajoute à l'intérêt, ces monnaies portent des dates. Carbo a frappé monnaie à Amisus, Bithynium, Apamea, Nicœa, Nicomedia, Prusa ad Olympum; Pansa, à Apamea (1) Strab. XII, iv, 3. (2) Steph. Byz. Μύρλεια.

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Myrlea, Nicœa, Nicomedia. Ainsi le nom d'Apamée, sur les médailles , n' est pas antérieur à Papirius Carbo ; Vibius Pansa inscrit son nom sur la monnaie d'Apamée Myrlea; et c'est seu lement sous Auguste et le proconsulat de Granius Marcellus, qu'une légende latine apparaît. Si la monnaie de Granius Marcellus est sans date, comme sans nom d'atelier, les monnaies des deux proconsuls Papi rius Carbo et Vibius Pansa sont datées et ont le nom de la ville. Borghesi s'est servi des médailles de Vibius Pansa pour déterminer l'ère de Bithynie (1). Un savant allemand, M. Schœnemann, dans un mémoire sur la Bithynie et le Pont, province romaine, a abordé le même sujet; et comme ses conclusions diffèrent de celles de Borghesi, il nous a paru intéressant de faire connaître l'opinion de ces deux auteurs, et d'indiquer la cause de leurs divergences. Borghesi, dans une lettre à Sestini , datée de San -Marino, 12 juin 1823, dit que les médailles de Pansa sont d'un prix inestimable, tant par la tête de J. César qui est figurée à Nicée et offre une date sûre, que par la vie de Pansa lui-même, connu par les écrits de Cicéron. Tribun du peuple en 703, Pansa fut préteur et investi d'une province postérieurement à cette date. Il ne put obtenir la préture qu'après 705, étant fils de proscrit, et par cela même exclu des honneurs, en vertu de la loi de Sylla. Cette même année, César, après avoir chassé Pompée de l'Italie, rendit aux proscrits de Sylla l'accès des magistratures. Pansa ne put également prendre possession de son gouvernement que passé 705, parcequ'en 702 la loi Pompeia établit qu'à l'avenir tout consul ou préteur ne pourrait participer au tirage au sort pour les provinces sénatoriales, que cinq ans révolus après sa sortie de charge. Et Pansa, qui fut toujours du parti de César, n'a pu recevoir de Pompée la pro vince de Bithynie. Ce gouvernement ne peut avoir précédé la bataille de Pharsale, livrée le 9 Août 706, et les médailles de Pansa frappées à Nicée, pays sous la dépendance de Pompée, (1) Borghesi, OEuvres complètes, t, II, p. 345.

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ne peuvent avant cette époque avoir été décorées de l'effigie du dictateur. Pansa était à Pharsale, et l'année suivante, en 707, il est désigné pour succéder à Brutus dans le gouvernement de la Gaule Cisalpine. Il part pour cette province en juin 709 ; à la nouvelle de la mort de César, il abandonne son poste avant l'expiration de son mandat. En 711, Pansa est nommé consul avec Hirtius, et peu après meurt, ainsi que son collègue. Borghesi assigne en conséquence au proconsulat de Pansa en Bithynie, les limites entre la bataille de Pharsale, 9 Août 706, et le 30 Novembre 708, date où il est avéré que Pansa était de retour à Rome. Telle est la substance des faits; pas sons aux médailles. Les médailles avec dates ΒΛΣ, ΓΛΣ, 232, 233, publiées par Morell et Ramus, en dernier lieu par M. Schœnemann, sont inadmissibles, et Borghesi propose les chiffres ΕΛΣ , ΙΙΛΣ , ΖΛΣ, 235, 236, 237. Alors le gouvernement de Pansa devra com prendre une part de l'an 706, l'an 707, et une autre part de 708, l'ère de Bithynie datant de 471, selon Borghesi. M. Schœnemann adopte les chiffres ΒΛΣ, ΓΛΣ, 232 et 233, de la monnaie de Nicée, publiée par San-Clemente , et dit de ΕΛΣ, ΖΛΣ , qu'il faut les rejeter et rectifier : rejiciantur et corrigantur oportet. L'ère de Bithynie, suivant Fauteur allemand, part de 475 et le gouvernement de Pansa devra comprendre les années 707 et 708. On le voit, les chiffres 232 et 233, combinés avec 475, donnent un résultat identique avec celui des chiffres ΕΛΣ et ΖΛΣ, 236 et 237 combinés avec 471. L'écart entre les ères est le même entre les dates proposées par Bor ghesi et M. Schœnemann, et explique ce singulier fait de deux systèmes opposés qui arrivent aux mêmes conclusions. Mais c'est un pur hasard , et la monnaie de Papirius Carbo , avec les dates incontestées ΒΚΣ, ΔΚΣ, 222, 224 va détruire cet accord. En effet, d'après Borghesi, Papirius Carbo a exercé son gou vernement de 693 à 695 ; et suivant M. Schœnemann, de 697 à 699. Ici les dates étant les mêmes, la différence porte sur l'ère de Bithynie qui commence en 471 ou 475.

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J'ai dit l'opinion de Borghesi et de M. Schœnemann, sur la date présumée du proconsulat de Papirius Carbo. M. Waddington est d' un avis contraire . Ce savant , au tome III du Voyage archéologique en Grèce et en Asie mineure, dans son commentaire de l'inscription n° 409, page 121, tend à démont rer Borghesi a confondu deux personnages distincts, M. que Julius Silanus, et M. Juncus, qui furent successivement pré teurs d'Asie. M. Waddington dit que Juncus qui administrait l'Asie, dut, à la mort de Nicomède IV, prendre possession de la province de Bithynie, léguée par le testament de ce prince aux Romains. On a, de Nicomède IV, un tétradrachme avec la date ΓΚΣ, 223 de l'ère de Bithynie, et de Papirius Carbo, une monnaie de bronze avec date ΔΚΣ, 224, frappée à Bithynium, Nicœa, Nicomedia, Prusa ad Olympum . Nicomède régnait en 223; l'année suivante, 224, la Bithynie était administrée par C. Pa pirius Carbo , qui aurait succédé à Juncus . Ainsi parle M . Waddington, qui détermine le point de départ de l'ère de Bi thynie, grâce à ces médailles; cette ère commence en Fan 297 A. C. (457. A. U. C), c'est-à-dire la même année que l'ère du Pont. Cependant les médailles de Papirius Carbo, frappées à Nicée, ont, nous l'avons dit, une double date, ΒΚΣ , ΔΚΣ . L'an 222 reporterait le gouvernement du proconsul à l'époque, quo regibus suis aclhuc paruit Bithynia , un an avant la mort de Ni comède. Ensuite, que faire, dans cette hypothèse, d'Aurelius Cotta, lequel, au dire d'Appien (Bell. Mithrid. 71), administ raitprovince, lors de l'invasion de Mithridate, au moment la même où Nicomède venait de donner la Bithynie au peuple Romain? 11 y a là une difficulté. Mais si, avec Borghesi et M. Schœnemann, on admet l'ère de la province sous la dominat ion romaine, différente de celle du Bosphore, dont s'étaient servis les rois de Bithynie, et qui commence l'an 297 avant no tre ère, 457 de la fondation de Rome, on peut rendre compte des dates ΒΚΣ et ΔΚΣ de Papirius Carbo, et il y a place chro-

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nologiquement pour les différents gouverneurs qui ont succes sivement administré la Bithynie avant Papirius Carbo. Mais revenons à l'ère de Bithynie , sous la domination r omaine , telle que Borghesi et M . Schœnemann Γ ont établie : Borghesi, se servant des dates inscrites sur la monnaie de Nicée, au nom de Vibius Pansa; M. Schœnemann, se rangeant à l'avis de San-Clemente, qui traite des mêmes médailles. M. Schœnemann ajoute: « Eckhel, D. N. Y. II, Mionnet, Descr. des méd. ant. II, Suppl. V, numos Pansse cum annis 235 et 237 describunt; cum autem numi Nicaeae cum annis 232 et 233 in Musei Sanclementini num. sel. h. 4, et apud Mionn. Suppl. v, optimè conservati sint, praeterea argumenta a Sanclementio proposita accédant, anni ΕΛΣ et ΖΛΣ rejiciantur et corrigantur oportet, ita ut ex epochâ Bithyniae ab a. u. c. 475 inceptâ Pansam annis 707-708 inde ab auctumno uniuscuj usque anni Bithyniam rexisse statuere cogamur. » San-Clemente, après avoir décrit les deux monnaies de Nicée, à l'effigie de J. César et au nom de Pansa, avec ΒΛΣ et ΓΛΣ à l'exergue, avait tenu ce raisonnement: «Non ergo, ut Havercampus Morellium emendans legebat, admitti potest in hisce nummis annus ΕΛΣ, quoniam in nostro secundo loco descripto integerrimse supersunt notée ΓΛΣ, in primo vero, licet mi nor nota aliquantum vitiata sit, retinet tamen formam litterae B, nee alia sane esse potest.» L'exemplaire de San-Clemente, avec la date 232, n'est donc pas si bien conservé que M. Schœnemann le prétend, et Borghes i avancer que ΒΛΣ doit se lire ΕΛΣ , et ΓΛΣ , ΕΛΣ . Cattaa pu neo, en effet, prié par Borghesi de vérifier la date ΓΛΣ sur l'exemplaire môme de San-Clemente, a déclaré voir ΕΛΣ, et non ΓΛΣ. Il y a plus, le Cabinet de France possède trois exemplaires de la monnaie de Nicée. Sur tous, la date est ΠΛΣ. La monnaie de Nicomédie porte ΙΙΛΣ; celle d'Apamée, ΕΛΣ. Ainsi l'ère de Bithynie que San-Clemente et M. Schœnemann veulent faire partir de Fan 475 de la fondation de Rome, re pose sur des dates erronées ; au contraire, en adoptant les chif<

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fres 471, proposés par Borghesi, on est dispensé de supprimer ou de corriger les dates de la monnaie d'Apamée et de Nicomédie, qui sont indubitables. Sur l'époque du proconsulat de Pansa , on est d'accord , et Borghesi ayant reconstitué avec sa méthode si sûre , à Γ aide des auteurs et des monuments , la vie de ce personnage, on peut se dispenser de toute controverse, les médailles étant en parfaite harmonie avec Γ histoire et portant des dates identi ques, tant à Apamée qu'à Nicée ou Nicomédie. E. MURET.

INSCRIPTIONS D'ESKI-ZAGHRA.

M. Ch. Tissot, ambassadeur de France à Constantinople, a bien voulu nous adresser plusieurs inscriptions grecques, qui, d'après ses instructions, ont été copiées dans la citadelle d'EskiZaghra par M. Montani, architecte de la Roumélie Orientale. L'une de ces inscriptions a déjà été publiée par M. Dumont dans le Bulletin (1). Les deux autres sont inédites; nous en donnons le texte d'après un calque et une copie de M. Mont ani. 1. Dans l'ancienne citadelle d'Eski-Zaghra. AINIKENOOC- BPINKAZEPEWC ΚΥΡίωΑΠΟΛΛωίΜΙΟΙ KePHNGO ΚΑΙΝ iM<t>AIC€YXAPICTOYNT€ ANCeHKANÉPriCCHNOI Τ H Ρ H C Β Ρ Ι Ν Κ Α2€ Ρ€ Ο C Ι € Ρ € YC φΛ Ι Ι Υ ΚΑΠΟ I I C C Κ€ ΛΟ Υ cj)A-AHMOCO€NHC φ Λ - C Κ € / HC

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(1) Bull, de Corr. hellén., t. II, p. 402, n° 2.

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