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Questionnaire de SOS homophobie

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LES CANDIDATS ET CANDIDATES À L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE RÉPONDENT À SOS HOMOPHOBIE

AVANT-PROPOS
Chaque jour, SOS homophobie reçoit quatre témoignages de personnes victimes de lesbophobie, gayphobie, biphobie ou transphobie. En 2012, les discriminations et les attaques envers les personnes lesbiennes, gays, bi et trans (LGBT) sont toujours d'actualité. La publication de notre seizième Rapport annuel sur l’homophobie, le 17 mai prochain, sera à nouveau l’occasion de souligner la présence trop importante des actes homophobes et transphobes en France. C'est pour cette raison que notre association milite quotidiennement afin que les élus politiques s'engagent dans la lutte contre les discriminations et pour l'égalité des droits. La campagne présidentielle est une nouvelle occasion, pour SOS homophobie, de porter la parole des victimes et de sensibiliser les citoyens et citoyennes au quotidien des personnes LGBT. La légitimité que SOS homophobie s'est construite en soutenant des victimes depuis 18 ans, en publiant le Rapport annuel sur l'homophobie, seul document de référence sur l'évolution de l'homophobie en France, et en menant des actions de prévention sur le terrain, dans les écoles et les entreprises, nous l’avons utilisée pour interpeller les candidat-e-s à l’élection présidentielle. L'enjeu, pour les personnes LGBT, n'est pas uniquement que les candidat-e-s à l'élection présidentielle se prononcent pour ou contre l'ouverture du mariage aux couples de même sexe : la lutte contre les discriminations et pour l'égalité touche tous les aspects de la vie courante. C'est donc à partir des témoignages reçus depuis plusieurs années que notre association a élaboré ce questionnaire adressé à tou-te-s les candidat-e-s. Ces douze questions pour 2012 sont autant de propositions pour lutter efficacement contre l'homophobie et la transphobie. Leur coût financier est volontairement faible voire nul afin que les candidat-e-s aient toute latitude pour y répondre favorablement ou non, en dehors de toute considération budgétaire.

ASSOCIATION NATIONALE DE LUTTE CONTRE LA LESBOPHOBIE, LA GAYPHOBIE, LA BIPHOBIE ET LA TRANSPHOBIE

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SYNTHÈSE GÉNÉRALE
Il faut en tout premier lieu noter que l’intégralité des candidat-e-s à l’élection présidentielle a répondu au questionnaire de SOS homophobie. Nous y voyons un témoignage de l’importance que les candidat-e-s accordent à notre association nationale qui, depuis 18 ans, interpelle les pouvoirs publics et est devenue une interlocutrice privilégiée des responsables politiques. Mais le fait que, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, tous les partis acceptent de répondre à SOS homophobie est plus globalement le signe d’une évolution forte dans la vie politique française : les questions touchant les personnes lesbiennes, gays, bi et trans revêtent aujourd’hui une réelle importance dans l’espace public, et ne sont plus considérées comme des sujets subalternes. Rappelons, au passage, que selon une récente étude de l’IFOP, la France compte 3 millions de personnes homo- et bisexuelles1. La majorité des candidat-e-s témoigne de l’importance qu’ils et elles accordent à ces sujets : ▲ Philippe Poutou : “Pour nous, l'homophobie, la lesbophobie et la transphobie, comme le racisme et le sexisme, sont un poison qui divise, obscurcit les consciences et tend à empêcher de réaliser que nos intérêts sont fondamentalement les mêmes.” ▲ Jean-Luc Mélenchon : “La République est fondée sur le principe d’égalité, c’est pourquoi en 2012, le processus entamé en 1981 de reconnaissance des droits des Lesbiennes, Gays, Bisexuel-le-s et Transgenres doit aboutir à l’égalité en droit.” ▲ Eva Joly réaffirme “l'engagement fort qui est le (s)ien, et celui des écologistes en France, pour la défense de l’égalité des droits et la lutte contre toutes les formes de discriminations liées à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre.” ▲ François Hollande : “Contre les discriminations qui frappent les lesbiennes, les gays, les bis, les trans, comme contre toutes les discriminations, nous ne devons jamais cesser de nous battre.” ▲ Nathalie Arthaud : “Je suis bien sûr consciente des discriminations dont vous faites l’objet.” ▲ François Bayrou veut “prévenir tout à la fois les comportements de rejet et de discrimination, et combattre le mal-être de beaucoup d’adolescents homosexuels, qui peut avoir des conséquences dramatiques.” ▲ Jacques Cheminade veut “donner à chaque personne sur terre, peu importe sa couleur, son origine ou son orientation sexuelle, les meilleures conditions de son épanouissement.” ▲ Nicolas Sarkozy estime quant à lui que “l’homosexualité mérite la tolérance, le respect et la sécurité : qu’il soit homosexuel ou hétérosexuel, l’amour est d’abord un sentiment.” ▲ Nicolas Dupont-Aignan, enfin, indique que “les homosexuels doivent [être] protégés de tous les actes qui pourraient remettre en cause leur statut de citoyens à part entière”

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http://www.tetu.com/actualites/france/une-enquete-exclusive-repond-a-la-question-qui-sont-les-homos-francais-19675

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Seule Marine Le Pen a une vision minimale de l’homophobie : “Il faudrait déjà s’entendre sur la notion juridique d’insultes à caractère homophobe.” Mais cette prise en compte croissante de la réalité du vécu des personnes LGBT par la majorité des candidat-e-s ne se traduit pas nécessairement, dans leurs réponses, par des mesures qui leur sont favorables. Loin s’en faut. Ainsi, aucun-e candidat-e n’a répondu “oui” à l’ensemble de nos questions. ▲ Les quatre candidat-e-s ayant donné le plus de réponses positives - Jean-Luc Mélenchon, Eva Joly, Philippe Poutou et François Hollande - ont, à chaque fois, sur une ou deux questions, répondu par la négative ou botté en touche. ▲ De l’autre côté, Jacques Cheminade et Marine Le Pen ont répondu “non” à la quasi intégralité de nos questions. ▲ Entre ces deux pôles, le nombre de réponses favorables varie fortement : si François Bayrou répond “oui” à 8 de nos questions, Nicolas DupontAignan compte trois réponses négatives, Nathalie Arthaud répond par la positive à cinq questions, et Nicolas Sarkozy totalise dix “non” sur douze questions. Ces résultats indiquent que le questionnaire de SOS homophobie pour l’élection présidentielle 2012 est donc clivant politiquement et idéologiquement, et traduit un contraste assez fort entre la gauche et la droite, notamment sur la question de l’égalité des droits : tous les candidats de gauche sont favorables à une égalité des droits totale entre personnes hétérosexuelles et homosexuelles, quand tous les partis du centre et de la droite s’opposent à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe et à l’égalité dans l’accès à la parentalité. Une seule question a permis de trouver un consensus chez l’ensemble des candidat-es : celle portant sur la formation de l’Aide Sociale à l’Enfance pour aider des mineure-s victimes d’homophobie ou de transphobie. L’ensemble des candidat-e-s à l’élection présidentielle a reconnu la nécessité d’accompagner des jeunes qui, pour beaucoup, sont dans des situations de détresse insondable. Mais pour SOS homophobie, sans une prise en charge globale de la lutte contre les discriminations et de réelles avancées pour l’égalité des droits, ce genre d’initiative sera très loin d’être suffisante. Car il faut souligner ici un paradoxe que SOS homophobie n’a cessé de dénoncer depuis de nombreuses années : il est contradictoire de souligner l’importance de lutter contre les discriminations homophobes d’un côté et, de l’autre, de ne pas accorder une stricte égalité des droits. L’État, en ne reconnaissant pas les couples homosexuels comme ceux hétérosexuels, établit de fait une hiérarchie entre les orientations sexuelles et se fait donc, malgré lui, porteur d’une idéologie discriminante. Il est temps que les hommes et femmes politiques comprennent que ne pas accorder l’égalité des droits totale contribue à l’homophobie.

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SYNTHÈSE DES RÉPONSES POUR CHAQUE QUESTION
Question 1 : Si vous êtes élu-e, légaliserez-vous le droit au mariage dans sa forme actuelle pour les couples de même sexe ? Cette première question est la plus clivante du questionnaire. Les réponses font apparaître une opposition gauche-droite traditionnelle : les candidat-e-s de gauche sont pour, celles et ceux de droite sont contre. Pour mémoire, 63% de la population française est favorable à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe (Sondage IFOP 26 juin 2011). François Hollande explique qu’il s’agit du « 31ème des 60 engagements que j’ai présentés aux Français ». Jean-Luc Mélenchon indique que “tant que le mariage existe, il ne peut être réservé aux seuls couples hétérosexuels.” Eva Joly estime pour sa part que “l’interdiction du mariage des couples de même sexe constitue une discrimination institutionnelle”. Quant à Nicolas Sarkozy, il reste sur la position qu’il a eue au cours des cinq dernières années : «Je ne suis pas favorable au mariage entre personnes de même sexe.” Au-delà de ces positions tranchées, nous constatons une prise en compte des difficultés rencontrées par les couples de même sexe pour faire reconnaître leur union. Face à cette situation, un certain nombre de « bricolages juridiques » sont proposés pour contourner l’ouverture du mariage : ▲ François Bayrou refuse le mariage mais propose une Union civile : « Je préfère l’appeler “union” que “mariage”, car le mot mariage relève d’une tradition qui vient de loin.. » tout comme Nicolas Dupont Aignan : “Les homosexuels doivent pouvoir vivre leur amour librement au sein de la société française, [...] je suis favorable à une véritable union pour les couples homosexuels grâce à la création d’un nouveau contrat d'alliance.” ▲ Nicolas Sarkozy est “prêt à prendre un décret qui prévoira que la cérémonie en mairie, pour un PACS, est de droit. Cette cérémonie permettra ainsi une véritable reconnaissance sociale.” ▲ Marine Le Pen indique que « rien n’empêche cependant de réfléchir à une évolution du PACS notamment sur les questions fiscales, de logement ou en cas de décès d’un des deux partenaires », après s’être interrogée sur “Est-ce le rôle de la République de légiférer sur une demande ultra-minoritaire concernant déjà une minorité de personnes ? “ SOS homophobie rappelle son attachement à l’ouverture du mariage à tous les couples et s’oppose à toute création de contrat communautaire, au nom du principe constitutionnel et républicain d’égalité. L’amélioration du PACS est un tout autre sujet : son amélioration ne résoudrait pas le problème de l’inégalité des droits.

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Question 2 : Si vous êtes élu-e, instaurerez-vous l'égalité des droits dans l'accès à la parentalité pour toutes et tous ? Pour mémoire, l’Association des Parents et Futurs Parents Gays et Lesbiens (APGL) compte 300 000 enfants en France élevés au sein d'une famille homoparentale. Mais la non-reconnaissance de ces familles par le législateur les prive d'un cadre juridique protecteur et d'un cadre familial épanouissant. Seul-e-s deux candidat-e-s, Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen, s’opposent catégoriquement à toute forme d’homoparentalité. Nicolas DupontAignan explique clairement qu’ “il existe un droit imprescriptible pour chaque enfant d’avoir un père et une mère à sa naissance” et Marine Le Pen qu’un enfant “a besoin de s’identifier autant qu’il est possible à son père et à sa mère”. Nicolas Sarkozy “considère que l’altérité sexuelle fait partie des éléments importants qui doivent entrer en ligne de compte” et renvoie au rapport Leonetti sur le statut du beau-parent : “notre droit actuel permet déjà de prendre en compte les différentes situations particulières.” Rappelons ici que ce statut ne permet pas un partage de droit de l’autorité parentale (qui ne peut être autorisée que par un juge). Parmi les autres candidat-e-s, la question de l’ouverture de l’adoption aux couples de même sexe semble plus consensuelle que la précédente : ▲ François Bayrou, Jean-Luc Mélenchon, François Hollande, Philippe Poutou et Eva Joly y sont favorables. ▲ Jacques Cheminade, lui, ne se prononce que pour la reconnaissance du / de la partenaire ou concubin-e de l’adoptant-e : « Si, dans un couple homosexuel ou hétérosexuel, il y a une adoption, les deux doivent avoir l'autorité parentale. ». Par contre, sur la Procréation Médicalement Assistée (PMA), peu de candidat-e-s prennent clairement position. Ils ne sont que trois à se déclarer favorable à cette mesure, à l’instar de François Hollande qui indique : « Je suis donc favorable à l’ouverture de l’assistance médicale à la procréation aux couples de femmes, dans les conditions actuelles d’âge et dans le respect de l’anonymat du don de gamètes. » ; Jean Luc Mélenchon explique que « Le Front de Gauche est favorable à l'ouverture de la PMA pour les couples lesbiens » ; Philippe Poutou adopte la même position. En revanche, Nicolas Sarkozy s’y oppose : selon le candidat UMP, la PMA “ne peut être une réponse à toute forme de désir d’enfant.”

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Question 3 : Si vous êtes élu-e, ajouterez-vous l'identité de genre aux critères de discrimination reconnus par la loi ? Plusieurs candidat-e-s répondent “oui” à cette question. Plusieurs connaissent et approuvent les textes européens qui incitent les États à légiférer en ce sens : François Hollande, François Bayrou et Eva Joly. Jean Luc Mélenchon, visiblement connaisseur du dossier, va même au-delà de cette question : « Il faut par ailleurs garantir le libre choix d'un prénom d'usage, avec rectification de la mention du sexe et du prénom sur les document officiels. » Pour Nicolas Sarkozy, les critères actuellement reconnus “sexe, moeurs, orientation sexuelle - fournissent déjà aux tribunaux une base adéquate pour sanctionner les actes inacceptables commis à l’égard des transsexuels.” SOS homophobie rappelle, à ce sujet, que la transphobie ne se fonde pas sur l’orientation sexuelle ou sur le sexe, mais sur l’identité de genre ; elle a donc des spécificités et, à ce titre, doit être reconnue légalement comme un motif de discrimination spécifique. Il faut noter que la vision “clinique” de l’identité de genre n’est pas très loin pour Nicolas Dupont-Aignan : “La question du genre n’est pas, selon moi, un sujet d’abord politique, mais scientifique.” Nous apprécions enfin la perception de Marine Le Pen, qui ne semble pas reconnaître l’existence de personnes trans : « Je ne partage par cette vision d’une subdivision à l’infini des Français selon des catégories déterminées. »

Question 4 : Porterez-vous le délai de prescription pour les injures dans le cadre privé à 12 mois ? Les partis représentés à l’Assemblée Nationale soulignent tous le vote de novembre 2011, quand a été adoptée à une très large majorité (473 voix pour, 4 contre, 12 abstentions) la proposition de loi allongeant le délai de prescription pour les insultes publiques à caractère homophobe, le portant de 3 mois à 1 an. Si SOS homophobie insiste aujourd’hui sur l’injure privée, c’est parce que, dans les faits, le délai de prescription de 3 mois empêche la quasi totalité des insultes d’être sanctionnées par la loi. La demande de SOS homophobie ne concerne bien évidemment pas uniquement les insultes à caractère homophobe, mais bien toutes les injures prononcées dans un cadre privé, quel que soit leur fondement. Sur cette question assez technique, les avis divergent : ▲ François Bayrou ne répond pas clairement à la question : « Si l’on souhaite se poser la question d’un allongement de ce délai de prescription, alors je pense qu’il faudra le faire pour tous les types d’injures», mais il y semble ouvert, en ligne avec Nicolas Dupont-Aignan. ▲ Proche de cette position, Nicolas Sarkozy ne veut pas créer un régime spécifique aux injures homophobes. En revanche, il ne propose pas d’allongement généralisé du délai. ▲ François Hollande y est opposé : « Les injures non publiques, […] ne sont pas des délits, mais de simples contraventions […] sanctionnées par une amende et prescrites en trois mois. Il ne me semble pas utile, aujourd’hui, de

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prolonger ce délai de prescription. » Le candidat socialiste préfère favoriser le travail des associations. ▲ Nicolas Sarkozy n’y est pas non plus favorable. ▲ Marine Le Pen reconnaît, quant à elle, le rôle essentiel de l’éducation dans la lutte contre l’homophobie, mais estime que « Ce n’est pas en multipliant les recours auprès de tribunaux déjà engorgés que l’on fera reculer les véritables insultes homophobes. » SOS homophobie rappelle ici que le soutien aux victimes n’est pas incompatible avec un travail de prévention...!

Question 5 : Inclurez-vous explicitement l’orientation sexuelle et l’identité de genre dans les motifs ouvrants droit au statut de réfugié-e ? Pour mémoire, la liste des pays sûrs élaborée par l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA) contient des « pays sûrs » comme le Bangladesh, où des personnes homosexuelles et transsexuelles sont pourtant persécutées. De surcroît, s’il arrive que des personnes LGBT soient accueillies en asile en France, cette situation est rare et les motifs de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre ne sont pas explicitement inclus dans les textes français. La plupart des candidat-e-s sont favorables à cette revendication de SOS homophobie : ▲ François Bayrou, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly y répondent tous par la positive, cette dernière souhaitant également “que la France abandonne la notion de «pays d’origine sûr»”. ▲ François Hollande, lui, estime que la convention de Genève est suffisante, et ne souhaite donc pas que la France aille plus loin sur cette question, même s’il souhaite une “amélioration du délai entre le dépôt de la demande et la décision”. ▲ Nicolas Sarkozy estime que “les personnels de l’OFPRA sont déjà sensibilisés à ces problématiques particulières, notamment au cours de leur formation, mais (il) souhaite qu’ils le soient encore davantage.” Nathalie Arthaud se distingue par son refus que « l’orientation sexuelle soit mentionnée dans les critères ouvrant droit au statut de réfugié”, rejoignant sur ce point Marine Le Pen qui explique qu’ “on ne peut multiplier à l’infini les critères ouvrant l’accès au droit d’asile.”

Question 6 : Donnerez-vous les moyens à un organisme public de lutter efficacement contre l’homophobie et la transphobie sur internet ? Depuis plusieurs années, les manifestations d’homophobie et de transphobie sur Internet constituent le premier motif d’interpellation de l’association SOS homophobie. La distance créée par l’écran et l’anonymat permis par le pseudonyme libèrent les paroles les plus violentes. Notre association lutte quotidiennement pour faire appliquer la loi et ainsi supprimer les propos LGBTphobes de la toile, mais la tâche est immense.

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En réponse à cette question difficile, en ce qu’elle oblige à trouver un équilibre entre la répression des propos LGBTphobes et le respect de la liberté d’expression, aucun-e candidat-e ne propose véritablement la création d’un nouvel organisme public. Ils et elles sont en revanche plusieurs à souligner l’utilité de renforcer les moyens existants. ▲ Il en va ainsi de Jean-Luc Mélenchon : « Le Front de Gauche développera les services existants dans l’administration et les services de police et de gendarmerie, élargira le périmètre de leur action aux discriminations liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre ». Il rejoint Eva Joly qui déclare : « Il est nécessaire de renforcer les services de police et de gendarmerie qui luttent contre toutes les formes de délinquance sur internet, et notamment contre la diffusion de propos discriminatoires. » ▲ Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen sont en accord sur cette question, cette dernière déclarant que « Les lois réprimant ces types de délits existent, il suffit là encore de les appliquer. » ▲ François Hollande indique que “les associations LGBT (...) seront associées” à cette lutte. ▲ Nicolas Sarkozy estime que “multiplier les autorités en les spécialisant à un délit spécifique affaiblirait en le diluant le dispositif de protection” déjà en place et qu’il rappelle : le portail de signalement en ligne des contenus Internet à caractère délictueux, le partenariat avec l’association e-Enfance, et le Défenseur des droits. Par ces réponses, l’ensemble des candidat-e-s semble ne pas saisir l’ampleur de la réalité des LGBTphobies sur Internet et la nécessité d’y apporter des réponses spécifiques, adaptées au support. Question 7 : Ouvrirez-vous le don du sang aux homosexuels ? En France, il suffit qu'un homme ait eu une fois dans sa vie une relation sexuelle avec un homme pour qu'il soit exclu à vie du don du sang. SOS homophobie demande depuis de nombreuses années le remplacement du concept de "population à risque" par celui de "pratiques à risques" : ce n'est ainsi pas le fait d'avoir couché avec un ou plusieurs hommes (quand on est un homme) qui serait suffisant pour exclure, mais le fait d'avoir eu des pratiques à risque. De nombreux-ses candidat-e-s s’accordent sur ce point. Certain-e-s sont fermes dans leur position, comme Eva Joly qui indique : « J’ouvrirai donc bien évidemment le don du sang, mais aussi de la moelle épinière, aux hommes ayant eu des pratiques homosexuelles sans risque. » Philippe Poutou va dans le même sens : « Nous voulons la sécurité transfusionnelle selon de réels critères de santé, et non selon des préjugés », tout comme François Hollande : « Il est dévastateur à tous les niveaux d’accréditer une forme de présomption de séropositivité des hommes homosexuels. » D’autres candidat-e-s se montrent moins résolus sur le sujet : François Bayrou propose ainsi de mener “une réflexion (...) pour repenser l’accès au don” et Nicolas Dupont-Aignan indique être favorable à notre revendication “sur le principe”. Nicolas Sarkozy propose une évolution similaire à celle suivie en Grande-Bretagne et en Espagne. Le don ne serait alors refusé qu’ “à ceux qui ont eu des relations sexuelles depuis moins d’un an.” SOS homophobie n’y voit là aucun progrès, car il

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s’agit de modifier les critères tout en maintenant une différence de traitement fondée sur l’orientation sexuelle des personnes. Nathalie Arthaud ne se prononce pas car avoue “ne pas être experte sur ce sujet”. Quant à Marine Le Pen, c’est la seule candidate à se prononcer résolument contre toute évolution sur ce sujet. Rappelons que cette discrimination entretient une image négative dans l'inconscient collectif : homosexualité = maladie. On peut d'ailleurs s'interroger sur les conséquences de cette interdiction : elle peut avoir pour effet collatéral de déresponsabiliser les gays ayant une vie sexuelle active, en les renvoyant en permanence à l'idée que, de toute façon, c'est une population à risque et que la maladie est une fatalité. La lutte contre l'interdiction du don du sang pour les gays et les bisexuels s'inscrit donc pleinement et indubitablement dans la lutte contre l'homophobie en général.

Question 8 : Mettrez-vous en place un plan national de prévention spécifique sur la santé sexuelle des lesbiennes ? Eva Joly le souligne :« Les lesbiennes [sont] exclues et invisibles des politiques de santé publique actuelles. » Jean Luc Mélenchon approuve : « La sexualité des femmes est le parent pauvre des campagnes d’éducation à la sexualité comme le rappellent régulièrement les associations féministes. Nous devons mener une politique ambitieuse de promotion de la santé sexuelle. » Cette question emporte un assez large assentiment des candidat-e-s. Ainsi, Nicolas Dupont-Aignan est pour, comme François Hollande (“Aucun public ne sera laissé à l’écart”) et Philippe Poutou. François Bayrou précise, de son côté, qu’il “pense également aux gynécologues qui doivent bénéficier de toutes les données mises à jour afin de mieux assurer leur mission.” Les deux seuls candidat-e-s à se prononcer résolument contre sont Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen, pour qui “ le milieu médical et hospitalier apporte les réponses nécessaires”.

Question 9 : Inclurez-vous dans les programmes scolaires la sensibilisation à la diversité des relations amoureuses et à la question du genre, et ce dès l'école primaire ? Si la majorité des candidat-e-s reconnaît l’importance de la lutte contre l’homophobie à l’école, très peu sont prêt-e-s à la rendre obligatoire dès l’école primaire, ce qui est pourtant nécessaire pour lutter efficacement contre les préjugés qui se construisent dès le plus jeune âge. Ainsi, sur dix candidat-e-s, seules deux sont favorables à l’éducation à la diversité des relations amoureuses et à la question du genre à l’école primaire : Nathalie Arthaud et Eva Joly, qui se démarque de ses concurrents en allant jusqu’à proposer une sensibilisation à ces sujets dès l’école maternelle : « Je souhaite dégenrer l’éducation afin de lutter contre les stéréotypes de genres et le sexisme de manière structurelle [...] Il est nécessaire de démarrer cette approche dès la maternelle. » 10

Une lutte qui, pour les autres candidat-e-s, ne doit pas commencer avant le collège : Philippe Poutou propose « des cours sur l'identité de genre au collège », François Bayrou estime que ce sont des sujets à aborder « au temps scolaire de l’adolescence », tout comme Nicolas Dupont-Aignan ; quant à Nicolas Sarkozy, il vise aussi le collège mais considère qu’ “il appartient à chaque établissement scolaire de mettre en oeuvre les actions d’éducation à la citoyenneté en fonction des besoins identifiés localement, dans le respect des orientations nationales et de la politique académique.” Seule Marine Le Pen s’oppose à toute sensibilisation à la réalité des personnes LGBT à l’école : « Ce n’est ni le rôle de l’école ni des programmes scolaires. » École française qui, rappelons-le, propose des cours d’éducation civique.

Question 10 : Formerez-vous vous le personnel de l'Aide Sociale à l'Enfance pour qu’il détecte l'homophobie et la transphobie dont peuvent être victimes les adolescent-e-s dans leur famille ? Cette question est la seule sur laquelle s’accorde l’ensemble des candidat-e-s. L’ampleur des dégâts provoqués par l’homophobie et la transphobie chez les jeunes gays, lesbiennes, bi et trans semble reconnue par tous les partis, et tous répondent donc favorablement à la demande de SOS homophobie. Jean-Luc Mélenchon propose une analyse juste de la situation : « L’adolescence constitue un moment clef de la vie des personnes, au cours de laquelle d’éventuels comportements homophobes ou transphobes de l’entourage peuvent fragiliser des adolescents et provoquer des dégâts humains. » ▲ François Bayrou veut aller plus loin : “Il faut également sensibiliser davantage le personnel médical et social en milieu scolaire” et veut impliquer les associations. ▲ Nicolas Sarkozy y est également favorable : “On pourrait effectivement envisager que cet aspect soit enseigné dans la formation initiale des travailleurs sociaux en contact direct avec le public, comprenant entre autres le personnel de l’ASE”. ▲ Marine Le Pen : “Cette structure doit par définition être à l’écoute des difficultés et des souffrances que peuvent rencontrer certains enfants dans leur milieu familial quelle que soit l’origine de ce mal-être.”

Il faut noter ici que c’est la seule question à laquelle la candidate du Front Nationale a répondu “oui”.

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Question 11 : Demanderez-vous officiellement aux entreprises de mettre en place des formations de lutte contre les discriminations dont sont victimes les personnes LGBT au travail ? Plusieurs candidat-e-s relèvent que la législation interdit en principe les discriminations au travail en raison de l’orientation sexuelle, pour en tirer des conclusions différentes : Marine Le Pen s’en remet uniquement à la loi, tandis que François Hollande estime que “la loi ne suffit pas” : “Rien ne vaut une action au quotidien, au plus près du terrain.” Il s’accorde sur ce point avec Philippe Poutou, qui veut “changer la définition du harcèlement moral” et “garantir la non-publication des identités des plaignant-e-s”. Mise à part la candidate du Front National, tous les partis soulignent l’utilité d’un travail de terrain en ce sens. Pour Nicolas Dupont-Aignan, “l’entreprise ne saurait constituer une zone de nondroit” tandis que Nathalie Arthaud “doute qu’il faille compter sur les employeurs”. Pour les candidat-e-s favorables à la mise en place de ces formations, plusieurs acteurs différents sont à associer : ▲ Eva Joly veut confier ce rôle à “une nouvelle autorité nationale indépendante et renforcée de lutte contre les discriminations” et aux “inspecteurs du travail”. ▲ François Hollande et François Bayrou souhaitent que les associations, en raison de leur expérience, soient associées à ces actions. ▲ Pour Jean-Luc Mélenchon, “ces formations doivent s’appuyer sur tous les acteurs de l’entreprise dont les syndicats et être conçues en lien avec le mouvement associatif LGBT en milieu professionnel.” car il ne croit pas à un travail conjoint avec les entreprises : “L’action des pouvoirs publics est, tout d’abord, d’obliger les directions des ressources humaines des entreprises”. Une vision à laquelle s’oppose Nicolas Sarkozy, lui qui estime qu’ “il faut être pragmatique et laisser à chaque entreprise le soin de sélectionner l’offre de formation qu’elle souhaite mettre en œuvre auprès de ses salariés.” Il indique qu’ “il faut veiller à ce que les principaux organismes de formation proposent des modules de lutte contre l’homophobie et la transphobie dans leur offre”, mais ne détaille pas sa proposition.

Question 12 : Inscrirez-vous dans la formation initiale des agent-e-s de la fonction publique un module de sensibilisation à l'homophobie et à la transphobie ? Là encore, Marine Le Pen s’oppose à un travail de terrain en ce sens : sans nier les discriminations en entreprises, elle ne souhaite pas de sensibilisation des agent-e-s de la fonction publique : “Les spécificités et les particularismes communautaires n’ont pas à être pris en compte.” Nicolas Sarkozy et elle sont en accord sur cette question : “le pragmatisme doit prévaloir” dit-il, en précisant qu’il “reste persuadé que c’est surtout en sensibilisant beaucoup plus en amont, comme nous l’avons fait, que nous ferons progresser le respect des choix de chacun.” SOS homophobie rappelle ici à Monsieur Sarkozy que l’orientation sexuelle d’une personne ne saurait constituer un “choix”.

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Tou-te-s les autres candidat-e-s y sont favorables : ▲ François Hollande prévoit ici aussi un partenariat avec le monde associatif, tout comme François Bayrou : “Il serait bon de faire participer les associations à ces formations, car elles ont une grande expérience de ces problèmes.” ▲ Pour Jean-Luc Mélenchon, le programme de sensibilisation doit toucher “les agents, non seulement de la fonction publique, mais des services publics, durant leur formation et leur carrière.” ▲ Eva Joly indique que “Sur les questions de lutte contre l’homophobie et la transphobie, il y a un travail immense à faire à tous les niveaux de société et nous devons utiliser tous les leviers dont nous disposons”.

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L’ANALYSE DES RÉPONSES PARTI PAR PARTI ▲ Nathalie Arthaud, Lutte Ouvrière
Dans une lettre concise, Nathalie Arthaud fait partie des candidat-e-s ne se prononçant pas sur l'intégralité des questions que nous lui avons soumises. Ainsi, Madame Arthaud évite les sujets de la transphobie, de la lutte contre l'homophobie à l'enfance (que ce soit en milieu scolaire ou dans la famille) et ne se prononce pas sur l'allongement du délai de prescription des insultes à 12 mois. De même, la candidate de Lutte Ouvrière nous indique ne pouvoir se prononcer sur l'ouverture du don du sang aux homosexuels « dans la mesure où (elle n'est) pas spécialiste ». Madame Arthaud répond favorablement à la moitié des questions que nous lui avons posées. La candidate de Lutte Ouvrière est notamment favorable à l'ouverture du mariage et à l'accès à la parentalité pour les couples de même sexe, et rappelle la nécessité de lutter contre les LGBTphobies sur internet et de mener des actions de sensibilisation sur la santé sexuelle des lesbiennes. De même, en tant que « candidate des travailleurs et travailleuses », elle se montre particulièrement sensible aux questions de LGBTphobies dans le milieu professionnel, reconnaissant l'utilité d'actions de sensibilisation dans le privé comme dans le public. En revanche, et sans qu'elle s'en explique, Nathalie Arthaud est contre le fait d'inclure l'orientation sexuelle dans les critères ouvrant droit au statut de réfugié en France. En définitive, il semble que Madame Arthaud n'ait pas encore suffisamment connaissance de la situation des personnes LGBT en France et dans le monde, malgré un travail de longue haleine des associations et des médias pour alerter les pouvoirs publics et les responsables politiques sur ces sujets.

▲ François Bayrou, Modem
Monsieur Bayrou s'engage, s'il est élu, à « créer un grand ministère de l’Egalité qui luttera contre toutes les formes de discriminations ». Une initiative que SOS homophobie ne peut que saluer, tout comme la grande majorité des réponses qu'il a apportées à nos questions : notre association constate que sur 8 questions (sur 12), M. Bayrou répond en effet favorablement à nos demandes. Mais nous pouvons néanmoins nuancer ses positions, car il lui arrive également de botter en touche sur un certain nombre de sujets et ne va pas assez loin. Le candidat du Modem n'affirme ainsi pas clairement sa volonté de mettre en place un plan national de prévention de la santé sexuelle des lesbiennes et préfère aborder la diversité des relations amoureuses au collège et non pas dès l'école primaire, comme le revendique SOS homophobie. En revanche, si Monsieur Bayrou affirme sa volonté de traiter de façon égalitaire les couples face à la parentalité, il n'en va pas de même sur la question du mariage. Le candidat du Modem estime en effet que « le mot mariage relève d’une tradition qui vient de loin » et qu'à ce titre, il ne peut être ouvert à tous les couples. Il souhaite donc mettre en place une « union » qui garantirait aux couples de même sexe les mêmes droits qu'aux couples mariés... Tous les droits, si ce n'est celui, précisément, d'être traités comme un couple hétérosexuel. Luttant contre le communautarisme, SOS homophobie a toujours affirmé sa volonté de ne pas créer de contrat spécifique en fonction des populations, et regrette que Monsieur Bayrou n'ait pas la volonté politique de mettre au même rang les couples hétérosexuels et les couples homosexuels.

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▲ François Hollande, Parti Socialiste

Le candidat socialiste fait partie des candidat-e-s témoignant le plus d'intérêt aux questions soulevées par SOS homophobie : il répond ainsi favorablement à 9 de nos revendications, allant de l'ouverture du mariage à la sensibilisation dès l'école primaire à la diversité des relations amoureuses, en passant par l'ouverture du don du sang, la formation des professionnels ou encore la mise en place d'un plan national de prévention sur la santé sexuelle des lesbiennes. Il y a néanmoins deux revendications auxquelles il répond défavorablement ou botte en touche. D'une part, François Hollande n'estime pas nécessaire de porter le délai de prescription des injures dans le cadre privé à 12 mois. C'est ignorer qu'avec le délai actuel, 3 mois, quasiment aucune victime de propos homophobes ne peut espérer un jour être reconnue par la justice... D'autre part, le candidat du parti socialiste ne souhaite pas l'inclusion explicite de l'orientation sexuelle et de l'identité de genre dans les critères ouvrant droit au statut de réfugié en France, estimant que la convention de Genève répond déjà à cette demande. Or, dans les faits, de nombreuses personnes LGBT persécutées dans le monde ne peuvent bénéficier du statut de réfugié aujourd'hui dans l'Hexagone, ce qui prouve la nécessité de marquer plus officiellement encore l'engagement de la France sur ces questions.

▲ Eva Joly, Europe Ecologie Les Verts

La candidate Eva Joly s’inscrit dans la droite ligne idéologique du parti écologiste qui « déjà, en 2001, (…) a été la première formation politique à avoir revendiqué la reconnaissance des familles homoparentales et l’égalité des droits avec les familles avec des parents de sexes différents. » Elle démontre un intérêt manifeste pour le questionnaire élaboré par SOS homophobie et les questions LGBT : elle répond ainsi favorablement à 11 de nos revendications, tout comme Jean-Luc Mélenchon. Elle s’engage même plus loin sur la question de la sensibilisation dès l'école primaire à la diversité des relations amoureuses en expliquant vouloir l’instaurer dès l’école maternelle. Enfin, selon les réponses apportées par la candidate écologiste, six des mesures proposées seraient mises en place au cours des cent premiers jours du quinquennat. Elle est la seule candidate à s’être engagée de la sorte. Si Eva Joly s’engage en faveur de toutes les revendications portant sur l’égalité des droits des personnes LGBT, elle ne prend pas position sur l’allongement du délai de prescription pour les injures proférées dans le cadre privé. Il faut ici rappeler que les insultes sont le terreau de l’homophobie « ordinaire », celle vécue quotidiennement par les personnes LGBT, et ce d’autant plus que l’on assiste à leur triste banalisation. Enrayer ce mouvement nécessite tant de mener une large politique de prévention et d’éducation ainsi que de s’assurer que la répression soit effective. Or celle-ci n’est pas aujourd’hui possible en raison des délais de prescription bien trop courts en cas d’insulte proférée dans le cadre privé.

▲ Jacques Cheminade

Jacques Cheminade est le candidat qui a porté le moins d’intérêt au questionnaire que lui a fait parvenir SOS homophobie. Sa réponse laconique consiste en effet à indiquer qu’il « a fait savoir a plusieurs reprises qu’il ne prendra pas position sur ce sujet. ». Il précise que « c’est au Parlement d’en débattre et de légiférer » et renvoie vers la retranscription d’un entretien accordé à un journal hebdomadaire. De cet article, SOS homophobie a pu comprendre qu’il ne prenait pas position sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, et que sans s’engager sur une

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modification du dispositif législatif actuel, il se prononçait en revanche en faveur d’une double autorité parentale d’enfants adoptés au sein d’un couple. Le candidat n’apporte aucune autre forme de réponse aux dix autres questions posées par SOS homophobie.

▲ Philippe Poutou, Nouveau Parti Anticapitaliste

Philippe Poutou est l’un des candidat-e-s ayant témoigné le plus d’intérêt aux revendications portées par SOS homophobie. Il répond ainsi favorablement à 10 de nos questions. Le candidat se positionne tant sur les revendications portant sur l’égalité des droits – au sujet de laquelle il s’engage sans réserve – que sur celles tenant à la lutte contre les discrimination, en précisant que « la lutte contre les LGBTphobies est (…) naturellement une composante du combat anticapitaliste ». Toutefois, il entend repousser la sensibilisation à la diversité des relations amoureuses dans le milieu scolaire au temps du collège. C’est ignorer que la lutte contre les LGBTphobies passe nécessairement par la déconstruction des préjugés et la lutte contre les stéréotypes, or ces deux sources de discrimination apparaissent dès le plus jeune âge ; attendre l’adolescence, c’est restreindre les effets des actions menées. C’est dès l’école primaire que doit être mise en place la sensibilisation à la diversité des relations amoureuses. Le candidat ne se prononce pas non plus en faveur de l’augmentation des moyens dédiés à la lutte contre les propos LGBTphobes sur internet, alors que, comme SOS homophobie le rappelle chaque année dans son Rapport annuel sur l’homophobie, c’est désormais le premier lieu de manifestations homophobes.

▲ Nicolas Dupont-Aignan, Debout la République

Le candidat du parti Debout la République cumule huit réponses positives, ce qui le place au même niveau que François Bayrou. Un score qui traduit l’intérêt que Nicolas Dupont-Aignan semble porter à la lutte contre les manifestations des LGBTphobies, que ce soit dans le champ de la famille, au travail, dans le domaine de la santé ou pour l’inclusion de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre dans les critères ouvrant droit au statut de réfugié. Autant de promesses que SOS homophobie ne peut que saluer... mais qui perdent de leur sens quand, en préambule de ses réponses, le candidat souverainiste balaie d’un revers de main la question de l’égalité des droits, s’opposant catégoriquement à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe tout comme à l’homoparentalité : “Mais je ne pense pas comme législateur qu'on puisse priver dès le jour de sa naissance l'enfant de l'idée même d'un père ou d'une mère : en clair, on ne peut pas être le fils ou la fille de deux personnes du même sexe.” SOS homophobie rappelle à Nicolas Dupont-Aignan que la lutte contre les discriminations passe, avant toute chose, par l’abandon des discriminations institutionnelles.

▲ Jean-Luc Mélenchon, Front de Gauche

Avec Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon est le candidat ayant apporté le plus de réponses positives au questionnaire de SOS homophobie : 11 sur 12, la dernière n’étant pas à proprement parler un “non” mais n’étant pas suffisamment explicite pour être entendue comme un “oui” (question 9 sur la mise en place de l’éducation à la diversité des relations amoureuses à l’école primaire). Dans des réponses très détaillées, le candidat du Front de Gauche fait montre d’une aisance technique sur la majorité des sujets, ce qui traduit l’importance qu’il leur accorde. Il lie ainsi sans 16

équivoque la lutte contre les discriminations et celle pour l’égalité des droits, et met sur le même plan la lutte contre l’homophobie et la lutte contre le sexisme, ce qui ne transparaît pas dans les autres réponses au questionnaire de SOS homophobie.

▲ Nicolas Sarkozy, Union pour un Mouvement Populaire

Le candidat Nicolas Sarkozy insiste sur son bilan de Président de la République, et vante les avancées des droits des personnes LGBT qui ont eu lieu au cours de son mandat : amélioration du PACS, sortie de la transsexualité de la liste des affections psychiatriques de longue durée, déclaration relative aux droits de l’Homme et à l’orientation sexuelle et l’identité de genre devant l’ONU... Il commente l’engagement qu’il avait pris en de 2007 de créer d’un contrat d’union, jamais mis en œuvre (« il s’est révélé inconstitutionnel »). Si, en 2007, Nicolas Sarkozy avait des propositions innovantes pour un candidat représentant un parti de droite, ses réponses au questionnaire de SOS homophobie aujourd’hui démontrent un certain essoufflement vis-à-vis des sujets LGBT. Car même s’il propose la formation des personnels de l’Aide Sociale à l’Enfance ou de veiller à ce que les principaux organismes de formation professionnelle proposent des modules de lutte contre l’homophobie et la transphobie, l’élan n’est plus là : en n’apportant que deux réponses positives à nos questions, il fait partie des candidat-e-s les moins enclins à agir sur ces sujets.

▲ Marine Le Pen, Front National

La candidate du FN, répond par la négative à toutes les questions de SOS homophobie, sauf sur la formation du personnel à l’enfance. Sans surprise, elle s’oppose à l’ouverture du mariage à tous les couples. Mais alors qu’elle était une opposante virulente du PACS en 1999, elle se dit prête à réfléchir à une “évolution” du contrat, preuve que le PACS est entré dans les mœurs de la société française. Le Front National s’oppose à l’adoption (dans l’intérêt de l’enfant) et propose une “application stricte des textes” du droit d’asile. Marine Le Pen refuse l’égalité des droits aux personnes LGBT, “car la loi de la République fixe l'intérêt général” en opposition aux personnes LGBT qui, à ses yeux, sont perçues comme “une subdivision à l’infini des français selon des catégories déterminées”. Elle conclue que “les spécificités et les particularismes communautaires n’ont pas à être pris en compte”. Il convient ici de rappeler que SOS homophobie n’est pas une association communautaire et encore moins communautariste : elle vise précisément à davantage d’universalité entre les citoyen-ne-s de France, en mettant fin à toute forme de hiérarchie entre les orientations sexuelles. Marine Le Pen remet d’ailleurs en cause la légitimité des associations LGBT “associations qui prétendent parler au nom des homosexuels mais qui ne représentent pas l’ensemble des homosexuels”. Il n’en reste pas moins que les questions que nous avons soulevées concernent, elles, bien les 1500 victimes qui nous contactent chaque année (4 par jour en moyenne). Et que les candidat-e-s à la présidence de la République, qui se disent à l’écoute de leurs concitoyen-ne-s, doivent le prouver en ce qui concerne les personnes LGBT.

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CONCLUSION
En sollicitant pour la première fois chaque candidat-e à l’élection présidentielle, SOS homophobie souhaite que les sujets LGBT soient entendus par les pouvoirs publics, les médias et les électeurs-trices. L’objectif du questionnaire est d’éclairer ces derniers sur le positionnement des différent-e-s candidat-e-s pour qu’ils et elles puissent voter en pleine connaissance de cause. Nous rappelons ici que ces 12 questions sont autant de propositions efficaces pour lutter contre les LGBTphobies et dont le coût financier est volontairement nul : si les candidat-e-s répondent non à une question, c’est bien pour des raisons idéologiques. L’analyse des différentes positions ne saurait valoir consigne de vote : SOS homophobie reste résolument non partisane, et a voulu de façon objective, avec un baromètre commun à tou-te-s les candidat-e-s, analyser l’attention qu’ils et elles portent à des sujets qui touchent des millions de Français-es. Enfin, SOS homophobie formule le vœu que, quelle que soit le ou la candidat-e élu-e, ses prises de position aujourd’hui valent engagement et soient effectivement mises en oeuvre. Nous n’hésiterons pas à interpeler l’élu-e sur ses promesses formulées à l’occasion de cette campagne mais aussi sur celles non prises : nos douze propositions sont d’égale importance doivent chacune être mises en œuvre. Car cela fait trop longtemps que les lesbiennes, gays, bi et trans réclament le droit de vivre comme les autres citoyen-ne-s.

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L'ASSOCIATION SOS HOMOPHOBIE
SOS homophobie est une association loi 1901 de lutte contre les discriminations et les agressions à caractère homophobe et transphobe. Créée le 11 avril 1994 et basée à Paris, SOS homophobie a développé plusieurs délégations régionales pour assurer le relais de ses interventions et ses actions de lutte contre l’homophobie. Les multiples activités qu'elle mène ont pour but une meilleure acceptation de la diversité des orientations sexuelles et la visibilité et l’égalité des droits des personnes LGBT. SOS homophobie est convaincue que la lutte contre l’homophobie et la transphobie passe par la mise en place d’une ambitieuse politique de prévention, c'est-à-dire en expliqueant la diversité et en sensibilisant à l’acceptation de la diversité des orientations sexuelles et de l'identité de genre. De nombreux outils de sensibilisation sont préparés et proposés notamment en milieu scolaire, dans divers contextes professionnels et événementiels par l'association. Pour mener son combat, SOS homophobie conduit des actions sur plusieurs fronts grâce aux efforts de quinze commissions thématiques et quinze délégations régionales sur tout le territoire. Une ligne d’écoute, animée par des militant-e-s formé-e-s, est ouverte tous les jours afin que les victimes et témoins d’actes homophobes ou transphobes puissent obtenir des informations, une écoute attentive ou procéder à un signalement. Un groupe spécialement dédié aux témoignages en ligne permet aux victimes de contacter l’association via le site internet. Enfin, SOS homophobie peut accompagner des victimes dans des affaires quotidiennes ; l’association est habilitée à se porter partie civile auprès de victimes d’actes homophobes. SOS homophobie conduit également des actions de prévention de l’homophobie et de la transphobie avec la Commission Interventions en Milieu Scolaire afin de déconstruire des stéréotypes et des idées reçues qui forment le terreau de l’homophobie et de la transphobie à l’école. La Commission Intervention et Formation Professionnelle pour Adultes oeuvre afin d’intégrer la lutte contre les discriminations homophobes aux pratiques professionnelles. La Commission Lesbophobie lutte contre les discriminations spécifiques faites aux lesbiennes en créant des supports d’information et de communication et en participant à des tables rondes, débats, manifestations… La Commission Adolescence et homophobie offre un soutien spécifique via son site internet Cestcommeca.net qui met à disposition des informations, des témoignages, des ressources culturelles, etc. SOS homophobie mène des enquêtes et des sondages, recense et analyse puis édite plusieurs publications telles que le Rapport Annuel sur l’homophobie, le Guide pratique contre l’homophobie ou encore une Enquête sur la lesbophobie. SOS homophobie milite pour l’égalité des droits : elle travaille avec les pouvoirs publics et les associations, et ce aussi grâce aux efforts des Commissions Evénementiel et Communication. En effet, pour sensibiliser la population aux causes qu’elle défend, en 2010/2011, l’association a manifesté et participé à divers événements tels que la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie, les Marches des fiertés LGBT et les Gay Prides à Paris comme en région, la Journée de lutte contre le Sida, le Printemps des Associations LGBT à Paris, le Parcours des Sexualités à Lyon ou encore le premier Salon LGBT de Lille. Essentiellement composée de bénévoles, SOS homophobie est ouverte à toutes et à tous, partout en France.

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UNE SÉRIE D’ACTIONS PUBLIQUES POUR SENSIBILISER L’OPINION
Pour faire connaître son questionnaire et ses revendications dans le cadre de la campagne présidentielle, SOS homophobie mène depuis le 14 février une série d’actions à l’échelle nationale visant à attirer l’attention sur certaines questions posées aux candidat-e-s. Voici une présentation des actions passées... et à venir. Ouverture du mariage à tous les couples Des membres de SOS homophobie ont parcouru le 14 février dernier les rues de Paris pour passer la bague aux doigts des passant-e-s pour la Saint-Valentin. Un appel a été lancé pour un rassemblement le soir même sur le parvis de l'Hôtel de ville de Paris, au cours duquel des couples de femmes et des couples d'hommes se sont passé la bague aux doigts. Un clip musical avec des images des deux actions sur une chanson de Madonna a fait le tour de la toile : http://tinyurl.com/operation-bagues Aider les mineur-e-s victimes de LGBTphobies SOS homophobie a sollicité une rencontre avec l'Aide Sociale à l'Enfance, pour lui présenter notre association et proposer une formation de ses agent-e-s aux différentes formes de violence dont des mineur-e-s peuvent être victimes au sein de leur propre famille en raison de leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. Un courrier a été envoyé à 17 antennes départementales de l’ASE. Ouvrir le don du sang aux homosexuels SOS homophobie a lancé une double pétition en partenariat avec les association Pourquoi Sang Priver ? et Tous Receveurs Tous Donneurs ? : une destinée aux gays/bi faisant une promesse de don du sang si celui-ci leur était ouvert, et une destinée aux personnes hétérosexuelles déclarant accepter de recevoir le sang d'hommes gays/bi. Les résultats seront publiés le 5 avril. Reconnaître la transphobie comme une circonstance aggravante Elisabeth Ronzier, présidente de SOS homophobie, et Laura Leprince, présidente de la fédération Inter-trans, publient ce mardi 27 mars une tribune sur le site du Huffington Post, sur la nécessité d'inclure l'identité de genre dans les critères de discrimination reconnus par la loi. Mener une campagne de prévention sur la santé sexuelle des lesbiennes À l’occasion de la journée des droits des femmes, le 8 mars dernier, SOS homophobie a diffusé un spot vidéo sur internet compilant une série d'anciennes campagnes de prévention sur la santé sexuelle uniquement destinées aux hétéros et aux gays, mais jamais aux lesbiennes. Faire de la France une terre d'accueil pour les LGBT persécuté-e-s dans leur pays SOS homophobie va diffuser dans les jours prochains quatre spots vidéo sur internet pour alerter sur la situation des personnes LGBT dans quatre pays à travers le monde, et demander à ce que la France inclue explicitement l’orientation sexuelle et l’identité de genre dans les critères ouvrant droit au statut de réfugié-e.

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Lutter contre l'homophobie et la transphobie sur internet Dans la première quinzaine d’avril, SOS homophobie va mener une action en ligne sur le réseau social Fracebook, en proposant aux internautes d'utiliser une image commune pour dénoncer l'impunité des manifestations homophobes et transphobes sur internet. Sensibiliser les enfants à la diversité des relations amoureuses Une projection du film Le Baiser de la lune la semaine du 9 mars, dans un cinéma parisien, devant 3 classes d’école primaire, sera l’occasion de rappeler l’attachement de SOS homophobie à la lutte contre les clichés et stéréotypes dès le plus jeune âge. Reconnaître les familles homoparentales Une semaine avant le premier tour de l’élection présidentielle, SOS homophobie lancera une campagne de communication nationale pour interpeller les candidat-e-s sur l’homoparentalité.

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