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fanon racialisation coloniale française

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F.

Fanon et la racialisation de la société française
Nous entendons souvent parler d'ethnicisation ou de racialisation de la société française. La racialisation est un décalage habile de l'analyse morale du racisme et analytique de la race, vers une analyse en terme de processus. Racisme et race, il faut l’avouer, sont devenus également des termes encombrants, trop fortement connotés. Le terme de racialisation permet d’en parler comme d’une construction sociale, d’une assignation d’appartenance raciale faite à un individu. La racialisation est une production de l’ère coloniale. Pourquoi alors perdure-t-elle alors que nous avons tous appris qu’il n’y a qu’une race, la race humaine ? Le colonialisme ne s’est pas déroulé seulement dans les colonies, mais également en métropole. Il ne s’est pas terminé avec les indépendances nationales. Il y a donc une actualité de la question coloniale en France métropolitaine. Si nous prenons au sérieux l'hypothèse de la continuité coloniale de cette société, nous devons analyser la racialisation à travers les théories critiques du racisme colonial français. Frantz Fanon représente l’auteur phare de ces critiques.
Il est né à Fort-de-France, en Martinique, colonie française des Antilles, le 20 juillet 1925 d'un couple «sang mêlé» aisé dont il est cependant un enfant illégitime. Il est également le plus noir de ses 8 frères et sœurs dans un pays où le colorisme règne : le statut social dépend de la blanchitude relative entre noirs. Il a pour professeur au lycée Aimé Césaire. Durant la seconde guerre mondiale, il rejoint les Forces Françaises Libres et ressort déçu de sa lutte contre le nazisme en France métropolitaine . Il dira suite à cet engagement : « Si je ne retournais pas, si vous appreniez un jour ma mort face à l’ennemi, consolez-vous, mais ne dites jamais : il est mort pour la cause. Dites : Dieu l’a rappelé à lui ; car cette fausse idéologie, bouclier des laïciens et des politiciens imbéciles ne doit plus nous illuminer. Je me suis trompé ! Rien ici, rien qui justifie cette subite décision de me faire le défenseur des intérêts du fermier quand lui-même s’en fout. »1. Son propre engagement dépendra désormais de la lutte réelle des principaux concernés. En 47, il s'inscrit à la faculté de médecine de Lyon et se spécialise en psychiatrie. C'est alors qu'il s'engage dans la rédaction de sa thèse, Essai sur la désaliénation des Noirs, surtout connu sous le nom qui lui fut imposé par l'éditeur : Peau noire, masques blancs. Thèse qui lui fut refusé à l’université.
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Actes du Mémorial Frantz Fanon de 1982, Frantz Fanon, éd. Présence Africaine, 1984., 1945, p. 269

frustrés pour l’élargir à l’ensemble du groupe colonial dominant et à la partie aliénée des colonisés. Ce texte est publié dans Frantz Fanon. p. Racisme et Culture C’est à partir de sa participation au Congrès des écrivains et artistes noirs où sa présentation s'intitule "Racisme et Culture" (publié dans Présence Africaine. agressifs. Pas une maladie. Fanon ancre l'idée du racisme comme intrinsèquement liée à la société. dont il deviendra un cadre dirigeant. Coloniale Fanon ramène le racisme à une structure. En 1960. Fanon n'est pas un musulman. Perspective permettant l'analyse du racisme comme d'un fait social. juin 1956)2 que nous tirons cette présentation. une Structure.Colonisé En 1953. C'est en tant que Martiniquais Noir qu'il est colonisé. Les Damnés de la Terre. et donc. Il meurt en décembre 1961 à l'âge de 36 ans. il est nommé médecin-chef de l'hôpital de Blida en Algérie où il passera trois ans à soigner des malades mentaux dans le contexte de la guerre de libération nationale. Il y combattra les thèses racistes sur la folie chez les indigènes en l'imputant plutôt au colonialisme.fr. et démissionne de son poste de médecin-chef en 1956 pour se rendre à Tunis et s'engager plus avant dans le combat.html . que nous étudierons pour comprendre le racisme d'après Fanon. . Il adhère au Front de Libération Nationale (FLN). le plus beau manifeste de la révolte anticoloniale. Fanon est un colonisé de l'Empire Français qui le combattra dans sa plus grande colonie de peuplement : l'Algérie. condition religieuse de l'indigénat en Algérie. Paris. Il veut dépasser l’idée que les seuls vrais racistes seraient les méchants.ina. 2 http://www. il se sait atteint d'une leucémie. en 1957. Mujahid est le terme islamique désignant les militants de la Révolution algérienne comme le nom de la revue du FLN qu’il dirigera. le colonial. 2001.41. La Découverte et Syros. au moment où il rédige son grand livre. dans le cas des colonisés à un système : le colonialisme. Racisme et culture in Pour la révolution africaine. Cadre dirigeant du FLN. et non pas l'œuvre d'une poignée d'immoraux racistes. Il adoptera le prénom de mujahid d’Omar.fr/audio/PH909013001/conference-de-frantz-fanon-au-congres-des-ecrivains-etartistes-noirs. ignorants. C'est de sa position de colonisé qu'il parlera du racisme comme d’un rapport colonial de race.

Fanon propose de façon fort originale la possibilité. d'encapsuler. la vision orientaliste qu'en a le colonisateur. dans la confirmation du préjugé. Fanon le présente comme un comportement se matérialisant dans la critique « d'un chapeau original. croyances. d'enkyster la culture du colonisé de façon à pouvoir permettre au colon. l'étude du racisme recoupant celle du comportement du « peuple qui opprime ». de fait. Ce qu'il résume par « forme d'exister » ou de façon plus précise « des valeurs culturelles. Par agonie constituée. les luttes des colonisés. des modalités d'existence ». La racialisation constitue des groupes raciaux de la même façon que peuvent se constituer des classes. L'objectif de cette démarche relève de la tentative d'objectiver. visions du monde d'un groupe social. d'emprisonner. Pour Fanon. il entends un maintien dans une forme rigide et invariable de la culture du colonisé qui n'est pas la culture pré-coloniale mais sa caricature. de faire correspondre à la culture du colonisé. car le produit de la société coloniale. Ce comportement veut plutôt provoquer « agonie continuée qu'une disparition totale de la culture pré-existante ». Objectivation Pour Fanon l'objectif du racisme n'est pas l'extermination mais « l'oppression systématisée d'un peuple ». la prise de conscience des travailleurs des pays colonisateurs amène le racisme à se reformuler. mais également les actions . Mystification verbale Mais il faut comprendre le racisme comme dynamique. il s'agit également de rechercher les répercussions du racisme à tous les niveaux de sociabilité et en particulier ce qui relève de la mystification verbale. d'une racialisation tenant des habitudes. le dominant dans le système racial. d'une façon de parler. rites. à prédire le comportement du colonisé et à l'identifier. Ainsi les luttes des colonisés font sentir le raciste coupable et amène à tenter de produire le consentement chez le racisé. ou momification. de marcher ».Croix contre Croissant A son sens le racisme se mue en racisme culturel à mesure des changements intervenus dans la structure coloniale elle-même. La racialisation relève également du maintien dans le stéréotype. traditions. Il s'agit donc d'une culture fondée sur ses traits tels que le colonisateur les observe. Il ne nie pas la persistance de ce qu'il nomme « l'équation morphologique » mais la défaite du nazisme.

et celui qui mystifie comme pouvant coexister dans une même société et dépendant des groupes sociaux en présence. Pour légitimer sa domination alors même que le racisme est disqualifié. La « race inférieure » se nie en tant que race différente. » Il rends ainsi problématique la thématique même de la racialisation. Aliénation A cette racialisation figeant le racisé s'ajoute une déracialisation paradoxale. Fanon décrit également les stratégies du groupe racisé. Seul le groupe colonisé apparaît comme racialisé. devrait nous interpeller sur ce qui est désormais qualifier comme le nouveau racisme. de collaboration du colonisé à sa propre exploitation. enrichie d'une approche plus ethnologique et inspirée de Fanon nous permettrait de mieux comprendre les points communs autant que les différences entre ces . vers la forme d'exister. Fanon décrit l'assimilation comme stratégie du groupe racisé essayant « d'imiter l'oppresseur et par là de se déracialiser. Probablement en référence à la situation martiniquaise. Il me semble également que nous devons penser le racisme sans consentement. et penser la racialisation et la déracialisation comme un couple. Le décalage qu'il réalise du morphologique vers le culturel. La stratégie de déracialisation d'individus du groupe racisé renforçant la supériorité de la culture dominante puisqu'il s'agit « d'une condamnation irréversible de son style culturel propre » lorsque l'opprimé proclame son adhésion totale et inconditionnelle aux modèles culturels dominants. il me semble. La déracialisation du groupe dominant par lui-même est une mystification. et la déracialisation comme un bien. C'est pourquoi. probablement à tort. et évoluant l'un avec l'autre. doctrines et autres attendus la concernant. alors même que la déracialisation fait partie intégrante du racisme tout comme la racialisation. important de persister à l'emploi de deux termes différentes pour décrire les groupes raciaux qualifiés de racialisés. et les groupes dominés rendus racialement visibles : les racisés. Elle partage avec « la race supérieure » les convictions. le colon se nie en tant que race. Son approche est également originale dans la manière de penser comme le racisme et le colonialisme comme allant de pair. perçu nécessairement comme un mal. La racialisation.d'adhésion. Conclusion La conception du racisme par Fanon nous amène à réfléchir le racisme au delà de la race. S'il s'agit des fractions inférieures des groupes racisés ou de la fraction supérieure ou collaboratrice comme la décrit Fanon.

(les races ça n’existe pas.différents niveaux de racialisation.. Nous avons notamment pu voir comment un racisme sans race peut exister. termes piégés. Dans un second temps. la race humaine) et permettre au colonialisme de continuer à exploiter et opprimer les colonisés en désarmant leurs résistances en les invitant à se nier comme race pour échapper à leurs conditions. Ainsi nous avons vu. avec Fanon. la notion de déracialisation. mais comme à problématiser. . non comme solution. Sans compter que l'approche fanonienne devrait nous amener à ajouter à la racialisation. on voit bien comment racialisation et déracialisation de la société coloniale vont de pairs et participent à enrichir notre vision. La question de se présenter ou non de façon universelle ou particulière pour mettre fin au racisme est d’abord une question de stratégie de lutte contre le colonialisme. Si au départ parler de racialisation.. comment penser le racisme à partir de la situation coloniale française nous amène à penser la racialisation de façon plus riche. nous servait surtout à ne pas parler de racisme et de Race. il n’y a qu’une race.

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