Beckett par Blanchot

Maurice Blanchot

« C'est encore un livre où ce qui s"exprime essaie de prendre la forme rassurante d’une histoire, et certes ce n’est pas une histoire heureuse, non seulement par ce qu’elle dit, qui est infiniment misérable, mais parce qu’elle ne réussit pas à le dire. Cet errant à qui manquent déjà les moyens d'errer, qui tourne éternellement autour d'un but obscur, dissimulé, avoué, dissimulé à nouveau, un but qui a quelque chose à voir avec sa mère morte, mais toujours en train de mourir, quelque chose qui, précisément parce qu'il l'atteint dès que le livre commence, le voue à errer autour de lui sans cesse, dans l'étrangeté de ce qui se dissimule et ne veut pas se révéler. » Maurice Blanchot (Le Livre à venir, Éditions Gallimard)

« Malone meurt apparemment va plus loin. (...) Il n'y a que la chambre, le lit, il y a le bâton avec lequel celui qui meurt attire et repousse les choses, augmentant par là le cercle de son immobilité. (...) Malone, comme Molloy, c'est un nom et une figure, et c'est aussi une suite de récits, mais ces récits ne reposent plus sur eux-mêmes ; loin d'être racontés pour que le lecteur y croie, ils sont dénoncés aussitôt dans leur artifice d'histoires inventées. »
Maurice Blanchot (Le Livre à venir, Éditions Gallimard)

« Les histoires, il est vrai, essaient de se maintenir. Le moribond avait un lit, une chambre ; Mahood est un déchet enfermé dans la jarre qui sert à décorer l'entrée d'un restaurant. Il y a aussi Worm, celui qui n'est pas né et n'a pour existence que l'oppression de son impuissance à être. (...) L'Innommable est précisément expérience vécue sous la menace de l'impersonnel, approche d'une parole neutre qui se parle seule, qui traverse celui qui l'écoute, est sans intimité, exclut toute intimité, et qu'on ne peut faire taire, car c'est l'incessant, l'interminable... Peut-être ne sommes-nous pas en présence d'un livre, mais peut-être s'agit-il de bien plus que d'un livre de l'approche pure du mouvement d'où viennent tous les livres ; de ce point originel où sans doute l'œuvre se perd, qui toujours ruine l'œuvre, qui en elle restaure le désœuvrement sans fin, mais avec lequel il lui faut aussi entretenir un rapport toujours plus initia!. sous peine de n'être rien. C'est à épuiser l'infini qu'est condamné l'Innommable. »
Maurice Blanchot (Le Livre à venir, Éditions Gallimard)

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