La hisbah en Egypte du XII au XVI siècle ( Période mamelouke )

Introduction

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« Prescrire le bien et proscrire le mal » et la place qu’occupe ce principe dans l’éthique sociale et dans le droit musulman s’expliquent par le souci de développer le sens des responsabilités chez le croyant qui doit jouer un rôle actif dans la vie de la communauté et donc de la cité afin d’en assurer l’harmonie et la concorde par un équilibre entre les droits et les devoirs. Ce principe, d’ordre coranique1, cité en même temps que des devoirs religieux aussi importants que l’obéissance à Dieu et à Son prophète donne au croyant ce droit et ce devoir de s’exprimer pour tout ce qui touche la conduite des affaires de la cité et donc de l’impliquer socialement, économiquement et politiquement. Cette dimension éthique relève de ce qui est appelé, en islâm, « ihtisâb », signifiant ‘rendre compte’ et qui, nous le verrons, du fait d’être fonctionnariser, évoluera vers un concept désigné par le terme de « hisbah » dont le sens est déduit de la notion de ‘compte à demander’. En fait, parler de « la recommandation du bien et de la dénonciation du mal », revient à discourir sur cette notion de civisme au sein de l’islâm qui n’est autre que cette permanente volonté de réforme des mœurs. Car un piétisme centré sur la seule préoccupation de soi-même est forcément contraire à toute éthique religieuse.

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Coran, chap. III, v. 110. On y trouve aussi d’autres passages ou la pratique de l’ihtisab apparaît comme la marque du bon musulman. Ainsi, dans le chap. 3, v. 104 et chap. 22, v. 41 ou cette obligation se range après la prière et l’aumône légale.

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Le prophète, conformément à la parole divine et tout au long de son apostolat, a exhorté les fidèles à pratiquer le « ma‘ruf » et à de dénoncer le « munkar ». Il importe de préciser que ce que nous devons comprendre par « al-ma‘ruf » trouve sa définition dans les passages coraniques relatifs à l’Adoration divine et aux transactions humaines, en d’autres termes, ce sont les droits de Dieu et les devoirs des hommes. Quant à « al munkar » ce sont les transgressions définies par les limites fixées par la morale islamique et le droit musulman qui, d’ailleurs, compte cette clause parmi les devoirs relevant d’un ordre communautaire. Si la morale et le droit islamique laissent aux croyants le soin d’apprécier les avantages ou les inconvénients d’une intervention à titre individuel et dans le cadre de ce principe, cela ne peut être que lorsque les conséquences n’entraînent pas de troubles. Car l’exercice sans discernement de « la recommandation du bien et de défendre le mal », quoique comme supérieure au devoir du « jihâd », comporte des risques. En effet, la prise de conscience des détenteurs de décision, quant aux conséquences fâcheuses que peut entraîner toute intervention individuelle, les a incités, semble t-il, dans le cadre du droit public, à instaurer une fonction étatique, « la hisbah », traduisant le principe coranique évoqué. Le personnage devant assumer cette charge sera désigné par le terme de « muhtasib », l’équivalent à l’agoranome de la Grèce ancienne ou de l’édile curule de la Rome antique. Très vite, ce personnage va gagner en importance grâce à un élargissement de ses attributions morales et religieuses. Au contrôle des poids et mesures, à la vérification des produits et à la fixation des prix, lui furent octroyés la police des mœurs, veiller à ce présentée

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que les fidèles accomplissent leurs devoirs religieux et enfin garantir les droits des « dhimmis » ou gens du Livre sous protectorat de l’Islâm. Un certain nombre de textes, conservés depuis le XI° siècle, nous édifient sur ce qu’était cette institution depuis sa création et nous renseignent sur la vie sociale, économique et politique des musulmans au cours de l’histoire. C’est ainsi qu’à l’étude d’ouvrages d’auteurs musulmans tels que ceux de Ghazali, d’Ibn al-Ukhwwa, d’Ibn Taymyyah ou d’Ibn Khaldoun, on a une idée de ce qu’était l’organisation du commerce, de l’artisanat, des corporations de métiers, de la voirie, de la santé publique, des mœurs ou de la politique menée au cours de l’histoire islamique. Si notre étude porte sur la hisbah c’est qu’elle nous semble intéressante à plus d’un titre. Mais vu l’importance et la matière du sujet nous l’avons voulu limiter à une période déterminée de l’histoire du monde musulman. Pour des raisons de cœur nous avons choisi l’Egypte et pour ce qui est de l’entendement, l’ère mamelouk (1250-1517), et ce, pour plusieurs raisons. L’analyse de la hisbah de cette époque synthétise à elle seule l’évolution historique et politique de cette institution. Sur une période de trois siècles, les Mamelouks ont, non seulement et profondément, influencé la vie publique et juridique en Egypte mais, également, l’ensemble des pays musulmans, en général, en leur présentant un exemple relativement structuré de la hisbah par rapport à la leur. Signalons que les Mamelouks étaient à l’origine des esclaves et il y avait dans leur accession au pouvoir un signe quant à la rupture avec les préjugés de race et de classe. Si leur arrivée au pouvoir n’avait déterminé

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de la part de la population égyptienne aucun rejet mais bien plutôt du respect et de l’estime c’est par le fait qu’ils étaient musulmans. Une autre raison de notre intérêt pour cette période, c’est l’existence d’une service abondante d’une littérature religieuse nous renseignant politique sur le fonctionnement de la hisbah en tant que système de gouvernement au politique islamique. L’histoire permettra d’expliquer que la hisbah n’a jamais été appliquée par les gouvernants que comme prétexte, faisant d’elle un outil de légitimation du pouvoir et de récupération religieuse ainsi que de pression administrative. Reste, maintenant, à nous poser la problématique suivante : quel type de discours adopter pour l’étude de notre thèse ? Car une approche profane de cette question, à l’exemple de certains auteurs, nous amènera à la confiner à la sphère administrative et gestionnaire et on n’y verra, certes, qu’une fonction municipale et tel n’est pas notre but. Est-ce dire qu’une méthodologie est contraire ou au contraire conforme à toute démarche au discours religieux ? Existe-t-il une méthode spéciale pour comprendre les phénomènes religieux en tant que tels ? C’est là une des questions que s’est posée la sociologie religieuse. Epistémologiquement, il semble qu’il n’y a pas de méthode particulière nous permettant de comprendre un phénomène religieux en tant que religieux et les écrits de Jean-Paul CHARNAY sont assez significatifs à ce sujet. Après avoir formulé le problème fondamental en précisant, d’une part, de ne pas se laisser prendre « au jeu du langage » et, d’autre part, en montrant le danger de toute méthodologie, car soit analytique soit projective et donc inadéquate, il ne tardera pas à souligner qu’une certaine

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« distanciation vis-à-vis du système de connaissance proposé par l’Islâm » constitue « un début de désidéologisation, une évasion hors des jugements de valeur posés par les catégories musulmanes elles-mêmes », ce qui ne peut être assuré que par « une empathie conceptuelle » de la part du chercheur, dans un rapport dialectique avec une « sympathie vécue ». C’est pourquoi Jean-Paul CHARNAY reprochera à l’optique culturaliste « son insuffisante distanciation en demeurant à l’intérieur des catégories selon lesquelles se définit l’Islâm ».1 Le souci de distanciation a été, sans doute, assez contagieux, même pour un chercheur qui essaye de se maintenir sur le seuil du religieux : « Notre analyse du concept de religion consiste à mettre à distance critique non seulement nos croyances et nos habitudes de pensée, mais aussi les réactions immédiates, difficilement contrôlables de notre sensibilité formée justement par la tradition religieuse », et de poursuivre « qu’il s’agit d’introduire dans la tradition islamique une distanciation épistémologique que les anciens docteurs ne pouvaient pas concevoir dans un espace mental dominé par la perspective mythique et l’esprit dogmatique ».2 En d’autres termes, ce souci de distanciation consistera à penser l’autre sans se penser soi-même. Mais est-ce que cela ne reviendrait pas à dire que la « vision intérieure » est source d’erreurs, d’oublis, de déformations et d’ethnocentrisme ? Le débat sur la « vision intérieure » et sa primauté a intéressé tout particulièrement l’anthropologie sociale plus que l’histoire. De nombreux

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CHARNAY Jean-Paul,’ Sociologie religieuse de l’Islâm’, Ed. Sindbad, Paris, 1977, p.24 ;43 ;50 et 327. ARKOUN Mohammed, ‘ L’Islâm, hier ,demain’, Ed. Buchet et Chatel, Paris, 1978 , p.139 et 148.

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anthropologues estimaient qu’analyser une société de l’intérieur comportait des risques. L’appartenance à une culture particulière risque de fausser l’évaluation d’une coutume ou d’une institution particulière, pour la simple raison que cette coutume ou cette institution est considérée comme allant de soi. Certains auteurs, comme Max GLUCKMAN, soutiennent que le « choc culturel » est indispensable pour faire le véritable anthropologue. Certes, le choc culturel utile à une compréhension scientifique authentique, en même temps compatible avec l’empathie, s’avère nécessaire. Ainsi, pour un chercheur, le fait d’être issu d’un milieu culturel autre, son initiation à la culture universitaire occidentale et sa capacité de procéder à une observation comparative du fait de sa connaissance tant de l’Occident que de sa propre culture, le disposent mieux à discerner les caractéristiques de la société étudiée. Sa « vision de l’extérieur » sera destinée à tempérer et à compléter sa « vision de l’intérieur ». En d’autres termes, c’est l’équilibre entre la primauté de l’analyse interne et la nécessité d’une modération externe qui doit être recherché semble-t-il. A cet égard, l’anthropologie sociale a élaboré une importante méthodologie de « l’observation participante ». Le chercheur, en prenant part aux activités de la société qu’il étudie, en se mêlant étroitement à ses membres, peut formuler des observations à partir de son expérience vécue. Mais, il peut être, aussi, entièrement étranger à la société en question et ne s’y mêler qu’à des fins d’observation.

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1968. de même. lui. Dans cette optique. Il n’en demeure pas moins que la validité de toute méthode c’est non seulement sa distanciation par rapport à l’objet mais aussi par rapport à la distanciation elle-même. 16 et 18 8 . il y a autant de façons de participer et même une méthode interdisciplinaire n’est peut-être que le point de départ d’un « dépassement méthodologique ». pendant une période prolongée.Il est vrai qu’il ne suffit pas seulement d’observer pour participer . 1 DESROCHES Henri.U. Et qu’est-ce que le « moi » sinon. Ed. à partir du choc culturel. il faut pour tout chercheur faire. à condition d’en sortir ». car. à la méthodologie de sa participation ». comme il y a autant de façons de se distancer. l’observation par la participation doit être radicalement distinguée de « l’observation existentielle » pratiquée par un membre de cette société. et. nous pensons que l’approche la plus adéquate serait celle qui alliera l’ouverture à la profondeur et qui nous permettra. avant tout. en empruntant la voie historique. P. Cette crise d’identité offre une chance de reconnaissance de soi-même. il devra veiller à la méthodologie de ses distanciations. s’il est outsider. Pour notre part. Paris. le produit du passé. ‘Sociologie religieuse’. p. précisément.F. de partir à la redécouverte de notre propre société et cela. Le sociologue Henri DESROCHES. nous propose une solution du juste milieu : « Si le chercheur est adepte. l’apprentissage instructif de la participation par elle-même.1 Cependant la réalité est moins simple. Car comme l’a souligné Claude LEVI-STRAUSS dans ‘La pensée sauvage’ « l’histoire mène à tout.15 .

Elle se trouve encore une fois à cheval entre le politique et le juridique. science profonde des causes. extérieurement. Cette obligation s’adresse à tout musulman. mais il y a cependant une différence entre celui qui s’en acquitte à titre volontaire et le muhtasib. Elle apparaît comme une action de moralisation de la vie juridique (droit public. elle est vision et vérification des causes précises des êtres et de leur principe. 1984. L’étude du système juridique ne peut-être dissociée des autres phénomènes sociaux et c’est également dans ce sens que le phénomène de la hisbah ne peut-être analysé sans tenir compte de la caractéristique de l’Islâm et de la société dans laquelle il s’applique et plus particulièrement la société mamelouk. 1 BERQUE Jacques. ‘ L’Islâm au défi’.14 9 .Ibn Khaldoun avait déjà saisi les tenants de cette perspective en soulignant que « L’histoire. p. Allah dit : « Qu’il y est parmi vous des gens appelant au bien et dénonçant le mal » ( Coran III. intérieurement. Ed. La hisbah est considérée comme l'une des fonctions les plus importantes dans l'État islamique. n’est que la chronique des jours et des nations. Paris. 104 ). Sindbad. des faits et de leur mode d’être »1. en Islâm. La morale et le droit. privé et spécial). elle a un caractère religieux et un prestige moral et éthique considérable. laissent aux croyants le soin d’apprécier les avantages et les inconvénients d’une intervention pour ordonner le bien et interdire le mal. Ce qu’on appelle hisbah consiste à ordonner ce qui est bien quand cela est négligé manifestement et de défendre le mal quand il est fait ouvertement.

L’étude de la hisbah suppose donc une connaissance de l'histoire du droit musulman. la hisbah qui est pour ainsi dire le volet pratique de l'Ihtisab n'a pas échappé à ce phénomène général de la diversité des interprétations et des divergences théoriques que celles-ci soient causes ou effets de la politique. L'intelligentsia arabo-musulmane a. juridiques et morales. et au-delà de la légitimation religieuse. le Coran est non seulement un Livre saint mais aussi un code et une constitution à la différence du christianisme. L'Islâm n'a pas seulement apporté une doctrine. Ce dernier l'avait pratiquée quand la religion prenait encore le pas sur les considérations 10 . Le prophète même est appelé à être juste et il était sous surveillance divine dans son exercice du pouvoir. L'Islâm a acquis la force organisationnelle de son système administratif et juridique de deux principes fondamentaux : " le Coran et la sunna ". elle aussi. Le concept de l'État n'est pas le même qu’en occident. De ce fait. Cela n’est pas une tache facile quand on sait que le « fiqh » a beaucoup varié d'une époque à l'autre. . comme relais entre l'État et ses sujets. et que les États. Aussi on comprendra que les gouverneurs. joué dans ce cadre. De son mode d'organisation comme religion. ont toujours tenu à laisser leur empreinte dans ce domaine. un rôle important en tant que caution du pouvoir politique mais également. n'échapperont pas de l'esprit de l'Islâm. L'avènement de l'Islâm ne pouvait s'accompagner sans de nouvelles structures religieuses. concernant la question du pouvoir. notamment dans ses détails. il a contribué aussi à construire une société nouvelle. d'autre part. mais aussi comme Loi. La hisbah remonte donc à l'époque du prophète.

aussi bien d’Orient que d'Occident. éthique. mais aussi en tant que pratique religieuse et quotidienne dans l'organisation islamique du pouvoir et de la société. Tyan. cependant. p. Leiden. dans le seul but de plaire à Dieu et d'obtenir une récompense céleste’’1. la hisbah désigne. ‘’le fait d'accomplir un acte dans un but désintéressé. L'Ihtisab constituait donc la base de cette pratique religieuse. dans sa tendance pratique ainsi que dans sa pensée la plus développée puise son expression la plus intense dans la loi plus que dans la théologie. Gibb. celle d'E. Pour intéressante qu'elle soit. 1960. Cette nouvelle expérience sociale et politique et bien entendue économique engendrera de nouvelles pratiques et un exercice du pouvoir plus construit et plus réglementé. y réussit presque quand il remarqua que la communauté islamique. E. sociale et politique dans le concept du grand Jihad comme nous verrons. 617 H. Ed.matérielles et l'État n'avait nul besoin de prétendre à la religiosité pour se faire servir ou pour se légitimer Perçue sous un angle étymologique. La hisbah sur le plan pratique est un outil de gestion d'ordre juridique et administratif fondé sur la chari‘ah ( Coran et Sunnah).. plus précisément. Dans sa définition de l'Islâm. TYAN reconnaît aussi à la hisbah une importance particulière 1 2 E. A. ‘’ Mohammadansim’’ p. TYAN. 73 et suivantes 11 . Brill. GIBB 2. ‘’ L’organisation judiciaire en pays d’Islâm’’.R. cette définition ne couvre pas suffisamment la signification de la hisbah à la fois en tant que notion. pour reprendre dans un premier temps une définition assez générale et assez claire.

Cela dit. dans ses aspects religieux comme dans ses dimensions pratiques. à plus forte raison dans le cas de l'Islâm où la loi a deux sources : le Coran et la Sunnah. comme Ibn KHALDOUN. Le sacré se mêle au profane dans le cas de la hisbah. à faire respecter la chari‘ah. notamment du fait que la hisbah a été finalement restreinte au contrôle des commerçants et des mœurs. probablement plus que le musulman ordinaire. Ce qui est certain en tous cas. les conflits politiques se sont souvent traduits par des divergences d'interprétations du texte religieux et. Dans son évolution. Ainsi si l'Ihtisab politique 12 . n'y voient qu'une fonction religieuse. Dans ce cas. Il est à remarquer que cette confusion n'est pas sans fondements historique . l'Islâm appelle le muhtasib. Par ailleurs la hisbah elle-même pose d'énormes problèmes quant aux diverses interprétations religieuses dont elle a fait l’objet et en tant qu’elle découle d'un principe général : l'incitation au bien et la défense (interdiction) du mal. de nature califienne. c'est que la hisbah a embrassé tous les domaines de la vie quotidienne. Certains. Il y a ici deux notions très générales dont l'étendue n'est pas sans constituer un véritable handicap à la précision. il n'est pas seulement question de la hisbah comme outil administratif mais aussi comme principe théologique.comme organisation municipale. Nous verrons que les études sur la hisbah ne font pas toujours la même analyse de ce phénomène très particulier. Nous savons en effet qu'en Islâm comme dans toutes les religions. cette dernière est à cheval entre le religieux et le social. d'autre en revanche la confondent avec la police et y voient donc une sorte de police de marchés .

Elle s’exerça sur trois classes : Ceux qui accomplissent un travail touchant à la santé physique ou intellectuelle comme les médecins ou les maîtres d’école. telle qu’elle se dégage des traités de hisbah que nous avons étudié. Elle porte aussi sur « an-nahy ‘an al-munkar » (interdire les choses illicites) pour tout ce qui touche aux choses défendues par la Loi divine que ce soit au niveau des transactions entre les croyants ou avec les autres communautés (cas des « dhimmis » ou gens du Livre sous protection de l’Islâm). Théoriquement la charge de la hisbah. progressivement la hisbah ne consista plus qu’en une inspection des artisans et des ouvriers des bazars. lorsque son caractère religieux diminua. exception faite lors de la première phase de la formation de la société islamique (époque du prophète et des compagnons qui connurent cette pratique). orfèvres. à mi-chemin entre celle du cadi et des mazâlim (Cour des abus). à l’activité professionnelle des manœuvres et des artisans. et ceux dont les travaux sont à juger d’après leur bonne ou mauvaise qualité de travail. En somme l’activité du muhtasib. la société musulmane n'a pu l'exercer. etc. aux produits dont l’homme a besoin pour subsister.existe bel et bien en islâm. selon la distribution classique résumée par al-Mawardi (mort en 350/1058) porte sur ‘al amr bil ma’rûf’ (ordonner de faire le bien) et ce aussi bien dans le domaine relatif aux obligations cultuelles « huquq Allâh » que dans le domaine des devoirs envers autrui « huquq al’ibad ». toutes choses qui 13 . ceux qui sont à surveiller sous le rapport de l’honnêteté ou de la fraude comme les artisans. s’applique à l’observance des prescriptions religieuses et des usages fixés par la tradition musulmane en matière de commerce. foulons. Pratiquement.

Les renseignements s’étendent à l’activité urbaine et commerciale. occupent de nombreuses pages de traités de hisbah. en disant aux marchands : « Ou bien vous vendez pour tant (et il fixait un prix). Quoique ces renseignements soient fournis par des auteurs ayant vécu à différentes époques et en des points divers du monde islamique. C’est ainsi que. Mâlik ibn Anas (mort en 180/796). Encombrement de rues. surtout durant les périodes de hausse du coût de la vie. De longues discussions. comme nous allons le voir. La question des prix soulevait. Ce dernier avait obligation de veiller à ce que les marchands ne désertassent pas le souk. aux mœurs des musulmans et à leur existence privée. ou vous quittez les lieux ». consulté au sujet du « sahib as-suq » ou édile curule. les textes de hisbah nous font revivre l’activité des villes musulmanes avec le grouillement pittoresque de leurs souks et leur ambiance particulière. sur la licéité de leur imposition. poids et mesures. Mais les véritables problèmes de la cité musulmane médiévale étaient surtout posés par la production et la mise en vente des denrées alimentaires.constituent l’ensemble de la vie sociale. marchés. elle aussi. répondit par la négative. qui voulait fixer les prix dans les marchés. c’était au marché que s’exerçait effectivement l’activité du muhtasib. nous dit-on. on peut dire qu'ils valent en gros pour toutes les villes d'Orient et d'Occident musulman. surtout théoriques. des problèmes complexes. prix. Al-Layt 14 . à la vie culturelle. fraudes et falsifications sont passés en revue. Partisans et adversaires du « dirigisme » n’avaient pas ainsi attendu les temps modernes pour affronter leurs théories : Le fondateur de l’école malikite.

quoique condamnés à des peines très sévères (détention perpétuelle) lorsqu’ils se faisaient prendre. Le muhtasib n’avait pas seulement qu’un rôle municipal (entretien des bâtiments. A l’époque mamelouk la hisbah relevait traditionnellement de la magistrature et était appliquée dans ses principes et sa pratique mais dépendait de l’organisation politico-militaire dominante1. etc. étaient fort nombreux et causaient un grave préjudice à la société. 1 André Raymond.S.588.II 15 . ‘’ Artisans et commerçants au Caire au XVIII° s.) Le thème de l’hygiène était intimement lié aux préoccupations d’ordre social ( une allusion directe au respect de principes d’ordre religieux ). C. des systèmes politiques. c’est bien à cause de sa dépendance.ibn Sa’d. un contemporain de Mâlik et chef de l’école égyptienne. Nous verrons que certaines pratiques attestent le fait que le muhtasib ait été assujetti et parfois corrompu (au temps des Mamelouks par exemple) devenant de la sorte le complice d’un pouvoir plutôt que son contestataire comme la religion l’y oblige. Le passage d’une société religieuse à une société de plus en plus « profane » et civile explique pourquoi les pouvoirs du muhtasib n’ont jamais été exercés dans les faits. en tant que pratique. Les faux-monnayeurs. 1973. donnait ordre d’infliger un châtiment corporel à quiconque dépassait les prix fixés par les pouvoirs publics. Damas. p.R.N. par contre. vol. problème de circulation dans les villes et notamment les marchés. Si l’Egypte mamelouk paraît une époque et un lieu particulièrement intéressant pour l’étude de la hisbah.

16 .L’essor comme le déclin des Mamelouks nous a surtout permis de voir que. De par leur relative longévité qui s’étend de 1250 à 1517. on accordait une certaine marge de liberté pour les ulémas alors que dans la seconde. celles des bahrides. la hisbah n’a servi que comme outil de pouvoir. et les historiens et voyageurs faisaient état d’une grande dépravation morale qui allait d’ailleurs en s’empirant. une violence en eux nourrie par leur formation et leur piété réelle ou prétendue telle. encore aujourd’hui. Cela ne cachait évidemment pas des calculs politiques et une stratégie de pouvoir. de l’essor que connut l’Egypte dans les premières décennies du gouvernement mamelouk. Ce fait ne tient pas seulement au seul caractère militaire des Mamelouks mais également à leur statut initial. N’oublions pas que l’Islâm faisait néanmoins partie intégrante de leur formation et de leur personnalité. se caractérisa par un dynamisme dans le domaine des institutions religieuses. et au-delà de l’Egypte. Il serait toutefois intéressant de tenter de comprendre ces deux facettes du pouvoir mamelouk . La première période. Les Mamelouks rivalisèrent entre eux pour les œuvres de bienfaisance et pour la construction d’écoles et de mosquées ou encore de foyer pour orphelins et biens de monuments historiques attestent. celle des Jerkas. y compris dans les classes les plus pauvres. on les vit se transformer subitement en serviles relais du pouvoir. du monde musulman. pour l’essentiel. en Egypte. celle des bahrides. avec toutefois cette différence que dans la première étape. les Mamelouks ont profondément influencé la vie publique et juridique. Ceci n’a pas été sans conséquence sur la vie sociale puisque la corruption était de plus en plus répandue .

A l’essor allait correspondre la décadence et la dépendance du pays. des diverses activités. Par leur mode de vie. émirs et officiers ainsi qu’une partie des Ulémas – et la majorité des Egyptiens. la production artisanale mais aussi et surtout l’importation. notamment de l’artisanat. Mais avant la décadence. Ainsi. si le développement économique de l’Egypte a permis l’essor dans un premier temps. témoignent plutôt d’une continuité que favorisait. parfois importantes. il a aussi creusé le fossé entre les classes les plus aisées –sultans. pour l’essentiel. Ainsi. Certes. pour une grande période. notamment quant à l’éducation religieuse des Mamelouks et. de leur consacrer des imâms et des éducateurs de grande compétence et de notoriété. celle de l’essor économique . L’époque mamelouk a été aussi. la dynamique commerciale a donné lieu à l’évolution des divers secteurs. dans la toute première étape. sans le vouloir. à un autre niveau plus important. à la gestion économique et financière. en dépit des différences. la nature militaire et bureaucratique de leur 17 . L’Egypte a connu son époque de gloire qui se refléta dans tous les secteurs même si la croissance du commerce extérieur s’était fait aux dépens de l’agriculture. conséquence immédiate de leur puissance militaire et de leur statut de grande puissance régionale avec d’ailleurs des prétentions internationales qui effectivement s’étaient réalisées une fois les Mongols battus et les croisés réduits aux aléas de la diplomatie.d’autant plus que les sultans avaient coutume. il n’y a pas eu de rupture totale entre les deux périodes qui. les Mamelouks encourageaient. déstructurée et plus tard complètement délaissée. il y eut le triomphe et ce dans tous les domaines.

bien sûr.système et qu’expliquait aussi une constante politique : la mise à l’écart des autochtones qui ne pouvaient avoir accès aux sphères de décision politique. cette accélération de l’effondrement au point d’arriver à un point de non-retour. d’autres nous ont montré les efforts fournis par les ulémas( Ibn taymiyyah. Notre étude portera donc sur ces différents moments et aspects de cette institution. Ibn Iyas et Maqrizi ) ont plutôt mis l’accent sur l’aspect éthique ou code de déontologie du musulman. expliquent. La deuxième période était surtout celle de la désintégration sur le plan politique et du monopole sur le plan économique. économique et moral de la société. Certains ont été particulièrement riches en information notamment dans le domaine du droit musulman. corruption etc. La multiplication des taxes. 18 . Par voie de conséquence la hisbah a. thèses. Ghazali…) face aux nouveautés et enfin d’autres ( Ibn Haj. de l’organisation de la judicature en tant que reflet social. En annexe. subi les aléas de l’histoire et elle n’a finit par être que le miroir du pouvoir. impôts divers. Mawardi. ouvrages). nous avons procédé à une analyse critique des différents documents que nous avons eus sous la main ( manuscrits. pour une bonne part.

Chapitre I Le champ religieux 19 .

« Dans la troisième étape la vie religieuse nourrit l’ambition d’entrer en contact direct avec la Réalité ultime (…) la Religion dans cette acception du terme est connue sous le nom malheureux de Mysticisme. Ed. ultime structure d’interprétation et de déploiement de l’existence humaine tournée vers le Salut. hier. Maisonneuve.Paris. « Durant la première étape la vie religieuse apparaît comme une forme de discipline que l’individu ou le peuple entier doit accepter comme ordre inconditionnel sans aucune compréhension rationnelle de la signification et du but ultime de cet ordre 2». Toujours pour Mohammed IQBAL la vie religieuse passe par trois étapes : foi.Pour comprendre le concept de la ‘‘hisbah’’ en Islâm il nous est nécessaire de le situer dans le champ religieux.207 IQBAL Mohammed. Buchet et Chastel. qui est supposé représenter une attitude d’esprit qui nie la vie. 1 2 ARKOUN Mohammed et Louis GARDET.198.p. Pour cela nous essayerons de capter le devenir religieux depuis sa source en passant par son intense vitalité jusqu’à sa sécularisation. la science ne risque rien dans l’aventure . ‘L’Islâm. Paris1955. ‘Reconstruire la pensée religieuse de l’Islâm’. Cette étape est suivie d’une compréhension rationnelle de la discipline et de la Source ultime de son autorité. pensée et découverte. Un auteur contemporain écrit que « le religieux se présente comme l’ultime connaissance du Réel.1978 p. demain’ Ed. Pour Mohammed IQBAL la religion qui est essentiellement un mode de vie est la seule façon sérieuse de traiter de la Réalité Totale au contact de laquelle le Soi découvre son caractère unique. Dans la mesure où il s’agit de la nature ultime de la Réalité. 199 20 . donc distincte des autres formes d’existences jugées dégradées et dégradantes1 ». dans l’aventure religieuse c’est tout le devenir de l’ego en tant que centre personnel assimilateur de vie et d’expérience qui est en jeu.

Ed. Ed. Paris. Cette notion de l’Ultime est synonyme de Profondeur sans laquelle il n’y a pas de continuum religieux. D’où la distinction entre d’une part ‘la filière exotérique et la filière ésotérique’.7 5 MIRCEA Eliade. p. ‘ Histoire des croyances et des idées religieuses’. ‘ Le sacré et le profane’.qui s’écarte des faits et s’oppose directement à la vision radicalement empirique de notre époque. Williamson. ‘ The sociologie of religion’.27 3 WEBER Max. Gallimard. London.1 4 MIRCEA Eliade. Ed. Payot. »3 Par delà ces définitions. if at all. ibid. Nous retrouvons cette notion de l’Ultime au centre des idées de Paul TILLICH : « Religion is ultimate concern the passionate longing for ultimate Reality »2. ou plutôt devenir. 1976 vol. 1980 p. 1957 p.172 21 . Cependant la Religion au sens le plus élevé est essentiellement expérience et a reconnu la nécessité de se fonder sur l’expérience bien avant que la Science ait appris à le faire. Cette dernière représente la reproduction de l’expérience religieuse vécue intensément jusqu’à l’Identification Suprême. 1963 p. Beacon Press. un homme signifie être religieux ». only at the conclusion of the study. Boston. il faudrait retenir l’approche globale de MIRCEA Eliade : « Etre.I p.»5 1 2 IQBAL Mohammed.199 TILLICH Paul. Ainsi les définitions ne manquent pas. Paris. même dans la plus désacralisée des sociétés modernes (…) l’homme moderne qui se prétend areligieux dispose encore de toute une mythologie camouflée. ‘ Decision in philosophy of religion’.4 Au contraire « l’homme areligieux à l’état pur est un phénomène plutôt rare. Max WEBER évite ce piège en écrivant : « to define Religion is not possible at the start (…) definition can be attempted. Ed. »1 Ces réflexions de Mohammed IQBAL sont indispensables pour démontrer que le domaine de l’Ultime ne se raconte pas mais se fait.

p.339 BOURDIEU Pierre. écrit que la religion constitue une prédisposition « à assumer une fonction idéologique. n°3. »1 Cependant cette dernière proposition fournit-elle la clé de voûte de tout l’édifice religieux et de le rendre à jamais intelligible ? Pierre BOURDIEU. une peur de la mort. Ed. un comportement obsessionnel. Grasset. le devenir de l’idéal. elle manquerait de dimension idéologique.37 22 . 1972 p.3 » 1 2 GIRARD René.298 3 DJAÎT Hichem. à la commémoration et à la perpétuation d’une unanimité toujours enracinée en dernière instance. »2 Si une religion se contentait de décrire l’idéal social ou individuel. Paris. ‘ La violence et le sacré’. fonction pratique et politique d’absolutisation du relatif et de légitimisation de l’arbitraire. Paris. vol XII. Ou encore le fait religieux se présente dans sa fonction d’intégration sociale comme le « ciment intime d’une société. Seuil.Dans le même sillage une foule de théories ne voient à l’origine de la Religion que : la compensation d’une privation. Ed. 1971 p. dans le meurtre d’une victime nécessaire. ‘L’Europe et l’Islâm’. in Revue française de sociologie. sans pour autant indiquer les moyens qui assument le passage à la réalisation de cet idéal. c’est-àdire. 1978. Les travaux de René GIRARD avec l’introduction du religieux dans la pensée moderne pourraient éventuellement apporter un éclairage et notamment avec l’élucidation des rapports entre ‘la Violence et le Sacré’ : « Seront dits religieux tous les phénomènes liés à la remémoration. ‘ Genèse et structure du champ religieux’. Paris. une déculpabilisation ou même une simple motivation sexuelle… Pourtant ces interprétations ne changent rien à la persistance de la ‘chose religieuse’. lui.

1980 p. mais de situation. Comment ignorer que la révélation s'instaurait en premier lieu contre la fausse sacralité qui peuplait 1 2 BERQUE Jacques ‘ L’Islâm au défi’. Le sacré introduit dans les relativités une qualité d’absolu : ainsi toute langue ayant reçu une révélation est une langue sacrée.2 Un hadith (Tradition) vient confirmer cela : « Cette terre entière m’a été donnée en Mosquée ». car en Islâm tout est sacré. De sorte que celui qui maintient intacte son adhésion à la communauté de l’Islâm.269 IQBAL Mohammed .En effet. Jacques BERQUE écrit que le rapport de l’Islâm avec le sacré n’est donc pas « de participation. De ce point de vue l’Islâm prononce irrémédiablement la dissolution des principes ethnique et national. c’est cette solidarité communautaire qui caractérise l’Islâm jusqu’à nos jours. Ed. op.168 23 . Paris. De là qu’il puisse se définir en termes de contrat plutôt qu’en termes de statut. Autrement dit. Non moins significatif est le caractère déterritorialisant de la « Umma » (Communauté) : « La Communauté ne connaît ni race ni frontière. On définit le Sacré comme quelque chose qui se rattache à l’ordre transcendant et qui possède un caractère d’absolue certitude tout en échappant à la compréhension et au contrôle de l’esprit humain ordinaire. Gallimard. c’est le choix de l’individu et non pas l’accident de naissance qui fait l’union chez les musulmans. sera épargné de l’Enfer éternel. »1 1 – Le Sacré Vouloir comprendre le religieux sans comprendre le sacral est vain. cit. C’est-à-dire que « tout ce qui est profane est donc sacré dans les racines de son être ».

op. au moins latéral.255 24 . p. ibid. la désacralisation se manifeste. Paris. Inversement.36 et 140 CHARNAY Jean-Paul. « Toute désacralisation a vocation à reconstituer un sacré sinon opposé. En effet. p. de nos jours. dans le domaine du droit jusque là doublement sacral par son contenu et par son signifiant : la langue arabe. 28 . de nos jours on a pu observer l’enchevêtrement du social et du sacral ou une pseudo sacralité s’est constituée : la fuite du week-end en est un exemple. en lui-même. »1C’est tout le contraire de ce qu’on a pu appeler aujourd’hui ‘le retour du Sacré’. ainsi. comme l’observe Jean-Paul CHARNAY dans les imbrications entre Islâm et nationalisme. Sindbad. fête d’une Révolution. parce que ce Livre est bel et bien vécu par bientôt un milliard d’êtres humains.la terre des Arabes. »3 2 – Le Vécu En Islâm on ne peut commencer ni finir que par le Coran. Or c’est par la voie la plus inattendue que cette désacralisation s’opère : celle du féminisme réformiste : « Dès lors l’inapplication délibérée. en Islâm. fête des martyrs de la Libération.281 3 CHARNAY Jean-Paul. Aujourd’hui. Ed. ou le laxisme de l’interprétation de la règle canonique afin de favoriser la femme tend à désacraliser le droit. Il faut dire aussi que ce Livre ne cesse d’interpeller les êtres humains et que 1 2 BERQUE Jacques. p. donc antinomique avec le sacré antérieur »2. devient source et incitation d’un sacré nouveau. ‘ Sociologie religieuse de l’Islâm’. Ainsi les pays musulmans voient de nouvelles célébrations sacrales : fête de l’Indépendance. cit. c’est le pouvoir politique qui. En même temps les réunions au sommet des chefs d’Etats arabes se teintent d’une certaine sacralisation.

Jean-Paul CHARNAY soulignera que l’ensemble des comportements. 2 BERQUE Jacques. la révélation d’une religion. 1 SABA Jean S. »2 Précisons que la lecture du Coran n’est pas une façon de s’accrocher au passé. du moins correspondent-elles à une réalité et à une sensibilité vécues par des dizaines de peuples. Et si ce sont là encore des métaphores. la sienne propre. 1931.notre définition du présent aussi bien que celle de notre avenir dépend de lui. p. il n’était que la synthèse d’une philosophie. qui regorge de chaleur et de couleur. Paris. la récitation.230 25 . cit. c’était à la fois un Livre saint. p. C’est pourquoi la distinction fondamentale de la sociologie religieuse entre religion vécue et religion prescrite ne peut pas correspondre à l’Islâm. l’incantation. la psalmodie ou l’exégèse quotidienne du Coran renouvelle chaque jour l’emprise morale et psychologique sur le musulman. « L’Evangile distinguait Dieu et César. Le résultat est cette positivité de l’Islâm que l’Occident découvre1 après avoir été persuadé de son sommeil. un code et une constitution ». et des relations sociales ayant vocation à être ordonnés par les prescriptions de l’Islâm ne se ‘pratique’ pas. op. dont certaines sont bien fatiguées. attitudes et pensées individuels. canoniquement Il ne peut que ‘se vivre’ intégralement dans la mesure même où il est ‘plénier’. 39. En effet. ‘L’Islâm et la nationalité’. Le Coran était quelque chose de plus. Positif parce qu’Il érige parmi « les autres identités du monde. ni une fuite du présent mais un souci de certitude et une source de vitalité et d’actualité.

Chapitre II La conception de la hisbah dans le droit musulman 26 .

d’un marché et d’une histoire. ‘ Appel aux vivants’. Ce n’est pas non plus une communauté nationale fondée sur l’unité du territoire. Il ne s’agit pas d’une réalité statique mais d’une Communauté toujours en devenir. communauté qui repose sur une expérience commune de la Transcendance de Dieu. écrit que «le secret du dynamisme et de l’universalisme du Message de L’Islâm est précisément cette ouverture de la Communauté1». Seuil. Ed. Le penseur français Roger GARAUDY. Une communauté véritablement humaine ne peut se créer sur une nature ou une histoire déjà donnée. déjà faite. une volonté de vivre ensemble tournée non vers le passé mais vers l’avenir. 1979. 1 GARAUDY Roger. et par conséquent sur le passé. mais une communauté de la foi.297 27 . p. vers un but commun : « La commanderie du Bien ». Ce n’est plus la communauté tribale fondée sur les liens du sang chez les nomades ou du sol chez les sédentaires. Paris. La notion de « Ummah » ou entité transéthnique C’est à Médine. mais sur une décision.I. fondée en un mot sur des données géographiques ou historiques. que le Prophète a créé une communauté de type nouveau. en 622.

153 28 . XVI. 34). 22). il oppose la communauté religieuse . V. groupe de gens (Coran : Chap. XXIII. D’où son rapport direct à cet effort « jihâd » qu’on doit faire sur soi-même. et Nous vous avons constitués en peuples et en tribus. 8) guide ou modèle (Coran : chap. la « Ummah » n’est ni l’Islâm ni les musulmans. qu’il soit petit ou grand. 120). mais elle signifie la Voie qui les relie.Il n’est question ni de peuple élu ni de terre promise mais de guidance axiologique. v. Quelle que soit sa racine étymologique. Paris. XI. et le vaste lien mystique qui assure la cohésion des fidèles trouve son lieu en lui » 1 La raison d’être islamique est l’anti-thèse du racisme « O vous. Besson Chantemerle. v. pour que vous vous entre 1 CHELHOD Joseph. Il signifie moment ou génération (Coran : chap. enfin. elle a Dieu pour chef et législateur. v. le terme coranique de «Ummah» est polysémique. Quant à la question quelle est la nature du lien qui unit les membres de la communauté islamique ? « L’Islâm prononce irrémédiablement la dissolution du principe ethnique et national : à la communauté tribale basée sur la parenté du sang. D’autre part. 1958. le sens le plus spécifique encore de communauté avec la connotation d’avant-garde d’un groupe religieux. v. qui implique soit un sens causal « Ummi » (mère) soit téléologique « Amm » (visée). 23). Ed. l’unanimité religieuse (Coran : XXII. XVIII. 52). et le Message Coranique de préciser : «Cette Communauté qui est la vôtre est vraiment une Communauté Unique» (Coran : chap. ‘Introduction à la sociologie de l’islâm’. XXVIII v. p. voie (Coran : Chap. les hommes ! Nous vous avons créé d’un mâle et d’une femelle.

Toutefois. La relation politique s’origine dans le concept universel de la Communauté en tant que rassemblement autour d’une civilisation religieuse et non pas une simple rencontre raciale . Dès le départ. auprès de Dieu. v. l’égalité interraciale s’affirma de plus en plus et fut un des signes caractéristiques de la fraternité musulmane. VI. La communauté islamique est interraciale : à la fin du premier siècle de l’avènement de l’Islâm. incluant les non-musulmans. Seule la guidance de l’Agir. le plus noble d’entre vous. XII. 101 et chap. dans la vie et jusque dans la mort (Coran : chap. XLIX. sans cette ouverture transnationale il n’y aurait pas eu de « Pax Islâmica ». v. ni frontières. 162) fait de l’ummah une entité unique. v. par les Valeurs dans la paix comme dans la guerre. Or. où l’engagement moral dans le champ politique concerne aussi bien les gouvernants que les gouvernés. Trad. p. ni race. l’Islâm a réalisé l’intégration sociale. Fawzi Châaban. où le pouvoir politique est limité par l’enseignement religieux . Oui. est le plus pieux » (Coran chap. 13). la vie et l’action du Prophète1 témoignent que le contrat divin et le contrat social sont dès le départ indivisibles : le mot « Ummah » indique le groupe 1 " Recueil de hadiths prophétiques" par Sayed A. Beyrouth. Non moins significatif est le caractère déterritorialisant de la « Ummah » : la Communauté ne connaît. ainsi.connaissiez.167 29 . L’Ummah retrouve ainsi son acception originelle de système de vie. Ainsi l’axe du processus politique est la Communauté régulée par le principe de cet effort sur soi-même qui repose sur la conscience des hommes.

faisant pacte avec Dieu par son intermédiaire. et plus. Englobant l’ensemble des actions humaines et leurs évolutions. régule l’espace et le temps du croyant. c’est d’abord de ne pas considérer l’homme comme une réalité isolée. le concept d’opinion publique. inclut le respect de la Chari‘ah en tant que système intégral du comportement individuel aussi bien que collectif. mais limité par la Loi divine. Cette opinion publique se manifeste par des modèles variés : la consultation (chûra). D’autre part. dont l’unité est l’origine et la fin de toute pratique politique. le consensus (ijma’) et la consultation juridique (fatwa). croient en Lui. Par toutes ces remarques. est un synonyme de l’Ummah. mais comme faisant partie d’un tout plus grand : la Communauté. dans l’expérience islamique. le pouvoir de la Communauté n’est pas absolu. Or. à l’encontre de nos individualismes de jungle. c’est ainsi que nous verrons que la « hisbah ». Le tout dont le musulman fait partie ce n’est pas la totalité 30 . la légitimité politique dans la société islamique trouve son origine dans l’opinion publique. Cette double souveraineté de la Communauté et de la Loi spécifie la singularité du système politique musulman. nous nous apercevons que la signification de l’Ummah est multidimensionnelle : C’est d’abord une communauté de croyants. ensuite elle possède une perception commune de l’ensemble de l’Appel islamique. L’enseignement coranique fondamental. spécialement. En Islâm. ayant écouté sa prédication. ceuxlà qui. en tant qu’institution morale d’inspiration religieuse et comme forme d’organisation du droit public.d’hommes auquel Dieu a envoyé un Prophète.

c’est au contraire.organique. p. « L’Ummah » est incontestablement un défi politique et une ouverture mystique. Albin Michel. c’est le rattachement de chacun à l’absolu. Ceci nous amène à parler des principes et des fondements permettant cette structuration. La notion islamique de communauté n’a pas son équivalent dans la pensée ni dans l’expérience historique de l’Occident. et même de réalité que par rapport à l’Etat. nous dirons que c’est par une structuration dans le cadre normatif de la Loi divine et une vision différente du monde et des choses que cette intégration est possible. écrit Marcel BOISARD. moins encore la conception fasciste selon laquelle l’homme n’a de sens.171 31 . la Communauté musulmane ne correspond ni au peuple de la chrétienté ni à la « nation » occidentale du XVIII° siècle (…) Dans la pensée occidentale. Ed. En Islâm. hiérarchisée de par son action extérieure et effective. l’homme participe à la vie sociale. centrés sur la Parole sacrée de Dieu. telle que la définissait Hegel. de valeur. par son témoignage individuel. 1979. « Ce groupement de croyants rassemblés par un lien à la fois politique et religieux. à cette présence du divin qui lui permet de prendre une distance à l’égard de toute prétention humaine à la domination. Cette Communauté concerne le tout de l’humanité dans la totalité de son histoire et de son projet. 1 BOISARD Marcel. ‘L’humanisme de l’islâm’. Paris. Pour notre part. l’intériorisation de sa volonté et de ses qualités propres de croyant que l’individu s’intègre à la collectivité égalitariste »1 .

le poids exercé pratiquement par la sunnah est assez significatif. En effet. le livre était et demeure l’autorité suprême. Dans son sens restreint. L’autorité conférée à la sunnah a eu des conséquences doctrinales et pratiques assez nettes. sur le plan historique et dans le fonctionnement passé et actuel de la société musulmane. La chari‘ah et ses fondements 1. le Coran donne. d’autorité et de loi . on peut se demander si la « sunnah » n’a pas joué un rôle aussi important que le Coran dans le développement de la vie musulmane. Sur le plan pratique. les juristes musulmans eurent recours à une autre source d’autorité : celle de la Tradition. en certains domaines des points de repère précis en prescrivant ou en interdisant certaines actions. l’autorité exercée par la « sunnah » sera incontestable.II. on la considère comme une source de connaissance. Sur le plan doctrinal la communauté 32 . Dans son sens général. d’institutions et de pratiques. Si sur le plan dogmatique et intentionnel. transmises comme un héritage auquel s’ajoute continuellement l’apport des générations. la Tradition islamique ou « sunnah » est un ensemble de croyances. on aurait pu avoir d’autres types de sociétés à partir de « lectures » s’il n’y avait pas eu à la base la présence et la prépondérance de la Tradition. Cependant comme il se posait toutefois à la Communauté musulmane de nombreux problèmes de loi qui n’étaient pas couverts par une affirmation claire du Texte. elle comprend la Tradition prophétique et à titre instrumental le consensus ou « ijmâ ». Du reste. Généralités En traçant les grandes lignes orientant l’agir des croyants.

Autrement on risquait de se retrouver dans l’erreur en prenant comme point de repère et d’autorité la conduite du Prophète. pour le croyant dans le souci concret et constant de vivre selon la chari‘ah. Ce concept de chari‘ah englobait donc tous les aspects de la vie. au besoin. la chari‘ah fut la Voie. l’esprit de la majorité des croyants beaucoup plus tourné vers la pratique et plus préoccupé de foi en action que de spéculations. d’autre part. Assurément. d’ailleurs. il ne s’agit pas non plus. Ed. 33 . le caractère divin que la foi musulmane lui reconnaît et. dans l’optique musulmane. considérer le Prophète comme infaillible et même « implicitement inspiré » dans ses paroles et actions1 . d’une façon ou d’une autre. assez logiquement. Certaines écoles théologiques feront de cette déduction une doctrine de foi. " Le fiqh selon les quatre écoles juridiques". 1953. la fonction que le sociologue ou l’historien y 1 2 MILLIOT Louis. tout l’agir de l’homme. L’aspect extérieur de la soumission ou « Islâm » réside. du produit d’une société ou de la « propriété » d’une institution qui serait clairement désignée pour l’appliquer et. Sur le plan pratique. l’autorité de la Tradition se traduira par la conviction que tout ce qui se fait dans la société musulmane doit être. tracée par Dieu. Pour l’Islâm. l’on peut dire que l’expression la plus poussée de la pensée musulmane se trouve dans la Loi et non dans la théologie ou « Kalam2 ». relié au Messager. Quand on traduit chari‘ah par « Loi » il faut donc se rappeler qu’il ne s’agit pas d’une loi au sens courant du terme. Cette Loi a une structure qui reflète. que l’homme devait suivre. la réviser. 694 GHAWRI Abdur-rahman. Maison du Livre. d’une part. Beyrouth. p. " Introduction à l’étude du droit musulman". L’expression de cette Voie se manifesta dans les prescriptions précises d’une Loi qui s’enracinait dans le Coran et la Tradition.musulmane devait. Cela reflète.

« le hadîth 2» est une concrétisation de la Révélation plutôt qu’un complément . Cette dernière a d’ailleurs une fonction d’explication pour ce qui est donné comme principe général et comme application dans le Coran. c’était évidemment le Messager. Pour les juristes musulmans. source première de la Loi1. Les paroles et gestes. la loi n’était pas l’objet d’une étude empirique ou indépendante : c’était l’aspect pratique de la doctrine religieuse et sociale transmise par le Prophète à partir du Coran. ibid.décèle. celui qui en avait fait la première application dans la communauté concrète de Médine. la dernière prête souvent à discussion. formaient donc une sorte de commentaire et de supplément du Coran. d’une part. transmis par une chaîne reconnue de narrateurs. sur deux composantes immuables -le Coran et la Sunnah. L’interprète premier et le plus fiable du Livre. § " Les sources légales originelles". 34 . il n’ajoute rien de nouveau et n’abroge jamais le Coran .et sur une autre instrumentale mouvante et conditionnée. Si les deux premières sources sont unanimement admises. 2.103-105 Ce terme désigne non seulement les paroles du Prophète mais encore ses silences et son agir. c’est-à-dire. elle évoluera vers un statut communautaire ou ijma’). La systématique juridique en Islâm Le système de la Loi. En ce double usage. p.l’ijtihâd (de solitaire. un lieu d’interaction entre l’interprétation du Coran et le vécu des croyants dans l’histoire. une deuxième source pour la Loi : la sunnah. il le particularise seulement. Si le Coran fut 1 2 MILLIOT Louis. « théorie juridique » en Islâm ou « usul al-fiqh » repose.

aux habitudes et à l’expérience. il y a un risque d’altération. la méthode devenait unilatérale « ahâd ». En outre. à titre instrumental. celle d’inauthenticité. Si une condition venait à manquer. la raison ou « ra’y ». le hadîth ne le fut pas. La méthode multilatérale « tawâtur » est jugée comme authentique si un récit propagé par plusieurs voies indépendantes les unes des autres est homogène et conforme aux conditions liées à l’époque. C’est alors qu’intervint historiquement parlant. Il se posait toutefois dans la communauté de nombreux problèmes de loi qui n’étaient pas couverts par une affirmation claire du Coran ou de la Tradition. le rapport lui-même peut être transmis littéralement ou selon l’idée. Pour ce dernier. Une méthodologie. La transmission multilatérale est apodictique en théorie et en pratique tandis que la seconde est hypothétique en théorie même si elle est apodictique en pratique. la période de transmission orale entre ces deux moments s’étale sur au moins deux cents ans. Des méthodes de transmission orale furent étudiées. L’utilisation de 35 . que le Coran n’a pas. de distorsion ou de déperdition sémantique. « ‘ilm al-hadith ». En somme. Dans ce dernier cas. Par contre.codifié au moment même de son énonciation et s’il n’y a pas eu de période de transmission orale entre le moment de l’énonciation et celui de sa rédaction. la transmission selon l’idée garde le sens mais l’énonce en d’autres termes. la troisième source de la loi. le hadith a une limite. fut instituée pour garantir un maximum d’authenticité au hadîth avant de le codifier. Une transmission littérale restitue le rapport dans le sens et dans les termes dans lesquels il a été énoncé. La probabilité d’inauthenticité historique existe donc.

Il représentait une « dynamistique ». consciente et organisée. Le qyiâs fut rapporté par une voie multilatérale « tawâtur ». Cette forme de raisonnement. c’est-à-dire. une zone d’intégration et de créativité et en même temps relevait du domaine sacral. Sous la forme de « qiyâs » ou de « ra’y char‘i » cet effort personnel est appelé « ijtihâd » (effort créateur normatif).celle-ci en tant que moyen. qui est la forme la plus rigoureuse car dépendant de la causalité effective. L’affirmation du qyias découle de l’enseignement du Prophète de généraliser tous les jugements de Loi. il doit être pratiqué par le juriste après qu’il 36 . Il fut pratiqué par les Compagnons et par le reste de la Communauté. Enfin. fut d’ailleurs tout à fait légitime puisque le Coran en stipulait l’exercice. le raisonnement par signification « qyiâs addalalah » ou forme libre de raisonnement car dépendant du sens et le raisonnement par ressemblance « qyiâs ach-chabah » qui est une forme très libre de raisonnement et qui est moins rigoureuse que les deux premières. « qyiâs al-‘illa ». Cette généralisation étant nécessaire car les textes sont définis et les cas indéfinis. fut désignée par les juristes de « ra’y char‘i » par opposition à la libre opinion ou « ra’y » tout court. La sunnah a d’autant plus confirmé d’une manière supplétive son rôle et les juristes estimèrent que ce jugement ne devait être autre chose qu’un exercice de raisonnement analogique ou « qiyâs ». l’application d’une décision concernant un cas ancien à un cas nouveau. Le raisonnement par analogie varie entre le raisonnement par la cause.

Dès lors. les successeurs ont surmonté toutes les difficultés pour asseoir les fondements essentiels du « fiqh » musulman Les efforts consentis en matière « d’ijtihâd » ou effort créateur normatif ont abouti à la création des écoles juridiques. L’influence de la deuxième « génération » après les Compagnons sur le développement de la jurisprudence ou « fiqh 1» est considérable car elle se situe dans une période intermédiaire à deux époques remarquables : celle des Compagnons et celle des Imams ou chefs d’écoles de rites. 37 . littéralement compréhension. De même.ait assimilé les conditions du raisonnement tout en tenant compte des textes révélés et des intérêts communs de la Communauté. fondées par les jurisconsultes des premiers siècles. en fait. c’est ainsi que les « successeurs » jurisconsultes jugeaient les problèmes non spécifiés par les textes coraniques ou la Sunnah d’après leur point de vue personnel. la dénomination de la « chari‘ah » par droit musulman est. Ayant vécu sous le règne des Omeyyades caractérisé par les rébellions. une expression impropre . d’une théorie des devoirs de l’homme. Parmi les plus importantes. Le but du « ra’y » n’est pas de contredire les textes mais d’élargir ou de donner des ouvertures en matière statutaire. est l’école de la Tradition (hadith) créée à Médine et axant sa recherche sur les textes révélés et le hadith du Prophète. en réalité. il s’agit. 1 Le « fiqh ». en s’appuyant sur le « ra’y char‘i ». en Iraq. autrement dit une véritable « déontologie ». étant plutôt l’application intelligente de cette déontologie. qui ne permettaient aucun effort intellectuel et scientifique. conforme à l’esprit du dogme. Enfin celle de Koufa. la reconnaissance du « ra’y » en tant que source du « fiqh » fut une nécessité. qui s’attachait à comprendre le sens profond des textes juridiques. les révolutions intérieures et les guerres atroces. sa traduction adéquate serait jurisprudence. tant dans sa vie religieuse que dans sa vie morale et politique.

un usage ou une tradition léguée par les compagnons. aussi. entre le droit pénal et le droit civil ou entre le droit positif et la procédure n’existent pas à l’intérieur du droit musulman. à tous les stades de sa vie. sont observés selon les concepts d’obligatoire « wâjib ». L’esprit du droit islamique et la notion d’ihtisâb La loi islamique ou chari‘ah. un istihsân (intérêt général). se caractérise par un objectivisme foncier. Cette dernière est un ensemble de droits et de devoirs qui recouvre aussi bien le rituel que le législatif. écrit Chafik CHEHATA. Disons tout d’abord que la nature de ce droit est marquée par la miséricorde divine. « l’istihsân » ainsi que l’usage se sont avérés être des sources nouvelles pour la législation. répréhensible « makrûh » et interdit « harâm ». tout l’Islâm. Les juristes musulmans ont toujours et partout envisagé 38 . Ensuite la caractéristique fondamentale de ce droit c’est qu’il a un caractère privé et personnel marqué et que la totalité des actes et relations humaines. le spirituel que le politique. recommandé « mandûb ». qu’il est recommandé de recourir au paiement du prix du sang et de renoncer à l’alternative de la loi du Talion en cas d’homicide volontaire. Le « ra’y » fut soit « un qiyas ». 3. par exemple. y compris ceux qu’on appelle « légaux ».Les limites du « ra’y » furent fixées et déterminées par la religion et la morale prescrite. il n’en demeure pas moins qu’elle est. Le musulman. est régi par la loi islamique. indifférent « mubâh ». « L’esprit général du droit musulman. C’est ainsi. Les distinctions systématiques modernes entre le droit privé et le droit public. Grâce au « ra’y ». Tout le système est basé sur une série de présomptions irréfragables qui permettent une sécurité statique inébranlable. bien qu’elle soit l’expression d’une dimension de l’Islâm.

la prohibition de l’aléatoire. différents degrés de juridictions. sans aucune considération pour les motifs psychologiques de l’acte. En matière pénale. on observe que de nombreuses institutions sont établies en fonction de leurs relations réciproques . la majeure partie du droit des contrats et des obligations. il faut aussi considérer les règles posées par les docteurs de la loi qui s’attachent. chaque obligation est comparée aux normes des règles religieuses ou morales comme l’interdiction de l’usure. Cependant avec l’expansion de l’Islâm. tels que l’appel ou la cassation et les tribunaux se composent toujours d’un juge unique. En effet. par exemple. Dans le domaine du droit public. l’organisation judiciaire se distingue par sa simplicité et son unité. « Islâm : Les expressions » in Encyclopédia Universalis. par exemple. p. chaque transaction. Il n’existe pas. Pour bien faire ressortir le caractère du droit musulman. part exemple. le calife délègue son pouvoir exécutif aux gouverneurs ou « walis » comme il délègue le pouvoir judiciaire aux magistrats ou « cadis ». C’est pourquoi la notion d’« équivalence » joue un rôle important dans la théorie du contrat »1 . le 1 CHEHATA Chafik. l’urbanisation. chaque individu. Bien que le calife ou chef de la communauté représente l’autorité suprême et détient tous les pouvoirs et donc que l’exécutif et le judiciaire lui appartiennent en toute plénitude. il n’a pas le droit de légiférer dans les matières qui ont été. une fois pour toutes réglementées par la chari‘ah.229 39 . Ils ont visé surtout à établir le règne d’une « justice commutative ». article.l’« objet » du droit plutôt que ses « sujets ». en effet. est établie par analogie avec le contrat des ventes. En fait. le souci du juste milieu ou l’égalité des deux parties. le recours au « cadi » était la seule voie possible. au fait externe. En outre.

rendre des comptes ou demander des comptes à quelqu’un. 2 et 3. qui avait à connaître les plaintes portées contre l’administration. Il y avait aussi les « muhtasibs » qui s’occupaient non seulement de la police des marchés et des voies publiques mais aussi des mœurs et dont on verra le rôle prépondérant avec l’élargissement de ses prérogatives au cours de cette étude. v. Il lui assigne une issue et lui donne par ou il ne comptait pas » chap. Cette juridiction n’était point astreinte à appliquer la lettre de la loi mais elle pouvait juger en équité. 80 ou encore « Et quiconque craint Dieu. v. Enfin en matière pénale. On trouve aussi le sens de méditer et de penser : « Ou bien pensent-ils que nous n’entendons pas ce qu’ils pensent en eux même ou à voix basse ? Oh que si ! Nos anges. 40 « A toi la délivrance du Message et à Nous les comptes ». la racine ‘hasaba’ a pour sens : compter. Les sens qui sont cités dans le Coran et qui intéressent notre sujet se trouvent dans les chapitres 38. il a le sens de convier au 40 . 43. 4. Ainsi d’un côté. il fut désigné un magistrat aux affaires militaires appelé « cadi al ‘askar » et dont le rôle était de régler les litiges entre gens de l’armée. 65. il y a eu répartition des compétences en matière judiciaire. le « sâhib ach-churta » infligeait les pénalités encourues par les délinquants de droit commun. v. 13. 53 « Voilà ce qui vous est promis pour le jour des comptes » et chap. Parmi ses nombreuses significations précisons que du point de vue linguistique. L’ihtisab1 et la hisbah ou forme d’organisation du droit public 1 Les opinions des jurisconsultes divergent concernant les définitions de l’Ihtisâb du fait que les devoirs découlant de ce terme sont diverses et s’interfèrent et aussi parce qu’on ne trouve pas ce terme dans le texte coranique dans sa forme précise.développement commercial et l’apparition de problèmes socio- économiques croissants. prennent notes » chap. une sorte de juridiction administrative a vu le jour sous l’étiquette de « Diwan al madhalim ». D’un autre côté. d’eux. Du point de vue terminologique. v.

cela ne lui est pas possible. Le Texte coranique invite tout musulman à œuvrer pour le bien. v. étendu à l’autre et on se doit d’y convier son prochain car il en ressort de la santé du corps social. de nombreux hadiths rapportés nous indiquent que le prophète avait recommandé à ses coreligionnaires à accomplir le bien et à éviter le mal : « Que celui d’entre vous qui voit une chose répréhensible la combat de ses mains. v. il a pour acception le fait de porter un jugement sur soi. d’autre part. 41 et dans le chap 3 v 104…/… et aussi chap. où le pouvoir et la raison revenaient toujours au plus fort. ici considéré comme l’effort majeur par opposition au mineur ou guerre sainte. parmi vous. une communauté qui appelle au bien. Chap. 1 Aux rapports de classe fondés sur la richesse. établiront l’office. ordonneront le bien et interdiront le mal » chap. Louis bien et dénoncer le mal : « A ceux qui. Ce rigorisme nécessite un effort ou « jihâd ». 78-79. Enfin. elle a une acception administrative. . 13 ) 41 . que ce soit par le cœur et cela est le minimum imposé par la Loi ». l’Islâm apporta des référents nouveaux . v. aussi. d’un amendement ou d’un redressement de conduite suite à un examen de conscience. rendre des comptes. à partir du XI°siècle. si cela ne lui est pas possible que ce soit par la langue et si encore. seules celles fondées sur la foi1. Dans le chapitre III. il est spécifié : « Que soit. D’ailleurs ce dernier critère à une connotation d’ « ihtisâb » puisque dérivant de la racine « hasaba ». Cette tendance à aspirer vers un certain idéal de perfectionnement grâce à l’élévation de l’esprit et qui n’est pas une forme ‘d’introversion’ va permettre au croyant d’être ce sujet de base propre à l’édification de cette communauté musulmane.Aux valeurs anciennes des tribus. voilà les gagnants ». le sien et celui des autres. Pour ce qui concerne la Tradition prophétique ou sunnah. l’Islâm insistera sur les valeurs d’ordre spirituel : la considération revenant au plus pieux ( Coran . verset 104. Il est un critère de sincérité et d’engagement. Elle a aussi une signification judiciaire dans la mesure ou elle se situe entre magistrature et police. si nous leur donnons la puissance sur terre. ordonne le convenable. signifiant compter. 5. acquitteront l’impôt. 22. à l’exclusion de toutes autres valeurs basées sur l’ethnie ou la langue.XXXXIX. d’une part et la prescription du bien et la proscription du mal. interdise le blâmable. Cependant il ne faut pas perdre de vue que cet effort doit être. et ce. une sorte d’autocritique en vue d’une mise au point. étaient considérées. ou elle se présente comme une activité municipale comme nous le verrons dans la présente étude.

Ce qui est certain. verset 71 42 . vie sociale et politique’. L’objectif étant qu’à partir de ce principe. écrit : « Si le monde de l’Islâm doit être la terre de la justice. et dans la mesure de ses possibilités. Paris. p. c’est que c’est un devoir absolu pour ceux qui en sont capables et reconnus comme tels. un devoir que l’Islâm conçoit pour chaque musulman quel qu’il soit. Bien que la prescription du bien et la proscription du mal soit un devoir que tout musulman se doit d’accomplir. comme une charge publique »1 . 1976. Nous reviendrons au cours de notre étude sur les critères de sélection du ‘muhtasib’ou édile curule.Gardet. Ils ordonnent le convenable « al-ma‘ruf » et dénoncent le blâmable « almunkar ». chapitre IX. la communauté des croyants doit être la communauté de ceux qui commandent le bien et interdisent le mal . tout ce qui a été dénoncé par la Législation divine. on verra toutefois qu’en réalité celui qui exercera cette fonction sera désigné par le pouvoir politique.92 CORAN. à la fois moral et 1 2 GARDET Louis : ‘Cité musulmane. Vrin. s’acquittent de l’aumône et obéissent à Dieu et à Son messager »2 . Certains versets confirmant cette dimension lui confèrent une importance aussi comparable que la prière ou l’aumône : « Les croyants et les croyantes se recommandent mutuellement les uns aux autres. commentant ce verset. Il devra cependant remplir un certain nombre de conditions. Ed. Ce principe de dynamique sociale ne doit pas être compris comme une sorte d’interventionnisme dans les affaires des autres mais bien plutôt comme un civisme. Nous verrons alors que leur fonction relèvera de l’autorité publique et ce n’est qu’en absence de cette autorité que ce devoir devient individuel. établissent l’office de la prière. « al-ma‘ruf » ou le convenable se définissant comme toute parole ou acte compatible avec la chari‘ah ou ordonnés par Dieu et le « munkar » ou répréhensible.

’Sunân’ (Recueil de Traditions prophétiques) chap. elle précise: « Quiconque est témoin d’un acte répréhensible. s’en rappeler les aspects de redressement incombant relativement à chaque individu. I. chap. De son vivant.174 3 MADJAH Ibn. du temps du Prophète. ne lui est pas possible qu’il le dénonce en son for intérieur et c’est le minimum exigé par la foi »1. Plus inquiétante encore est la question posée. Il se rendait aux marchés. au fidèle : « Qu’est-ce qui t’a empêcher de désapprouver le répréhensible »3 ? L’évolution du concept d’ihtisâb Rappelons que. et toujours dans l’esprit du Coran. 1989. votre Seigneur de vous en soulager mais vos supplications seront vaines »2 . Lyon. Pour ce qui est de la Tradition prophétique. l’ihtisâb était une sorte de garantie de cohésion sociale qui. encore. s’il ne le peut qu’il le fasse par la parole. et si cela. Vol. alors. ordonnez le bien et dénoncez le mal sans quoi un châtiment sévère s’abattra sur vous. 1 2 MUSLIM ibn Al-hadjadj. au Jour du jugement. même si elle ne trouvait pas encore sa traduction juridique en tant qu’institution.social qu’est l’ihtisab. un nouveau type de société doit être édifié. Plus incisif est le hadith suivant qui. montre la gravité de la non-observance de ce principe: « Par Celui qui détient mon âme.’Sahih’ ( Recueil de Traditions prophétiques ). 21 « Al-fitan » 43 . I hadith n°78 PENOT D. Alif. C’est ainsi que les textes de la Tradition nous informent que le Prophète intervenait souvent dans l’administration et la vie de la cité. en tant qu’instance de contrôle. et THIBON J. il se doit de le corriger par la main. en effet.J : ‘Les jardins de la piété’. p. Ed. n’existait pas. la notion de ‘hisbah’. motivait les agissements des responsables et réglementait la vie sociale des croyants. Vous supplierez. Ihtisâb et hisbah étaient confondus en sa personne.

619-620 44 . Avec l’expansion de l’Islâm. Elle exprimait le degré de religiosité de l’individu. E. Tyan souligne : « Ne fallait-il pas alors que l’autorité publique suppléât à la carence de l’action privée ? C’est ainsi qu’en théorie. Cette ‘institutionnalisation’ était d’ailleurs nécessaire car il s’agissait de l’ordre public vu que l’application individuelle de ce principe par tous pouvait aboutir à des résultats contraires aux objectifs assignés par le Coran. celui qui nous trompe »1. p. Leiden. I. la hisbah. pour des considérations relevant de l’ordre public. dans leur sphère privée. lors du califat du premier successeur du Prophète. se résumait à une sorte de consigne et d’attitude à observer relevant de l’ihtisâb et se réduisant à un comportement régi par la seule foi de ceux qui la pratiquaient. Omar ibn al-khattab. comme organisation du droit public. Certes. en tant que devoir religieux. op. et avec l’expansion de l’islâm. tout musulman est appelé à l’observer. Abu bakr Es-seddiq. l’exercice individuel de la hisbah est pratiquement impossible. vol. mais. déjà. Ce n’est qu’à partir du deuxième calife. hadith n°164 TYAN E. cit. Après lui. qu’on a assisté à ce glissement de sens qui a fait que l’ihtisâb devint hisbah et qu’apparut une instance administrative régissant le corps social avec des règles précises. Brill. Ed. Plus ce dernier montrait de zèle à mettre en pratique ce principe plus il jouissait de la considération et de l’estime de tous. la doctrine juridique justifie et rattache à la notion religieuse de la hisbah l’institution du droit public portant le même nom »2 . chap. 1960. Ayant compris la difficulté. il était normal que le pouvoir intervienne. et encore. à ce niveau. 1 2 MUSLIM ibn Al-hadjadj.contrôlait la qualité des produits. ‘L’organisation judiciaire en pays d’islâm’. s’opposait à toute pratique frauduleuse et disait : « Ne fait pas partie de nous. pour parer à toute incohérence.

D’une part. insister sur le caractère religieux de la hisbah n’a de sens que si on fait prévaloir qu’elle est elle-même une fonction religieuse et que celui qui l’exerce est considéré à juste titre comme un représentant et un interprète de la religion. Bien que la caractéristique de cette Loi 1 TYAN E. tout en maintenant l’ambiguïté entre les termes. soit sa désapprobation ou encore son indifférence. il devient difficile de pouvoir imaginer qu’elle ne prenne pas non plus en considération le fait que les sociétés évoluent ou quelles ne soient pas sujettes à des maux. l’Islâm se devait donc de garantir des fondements en vue d’une société où gouverneurs et gouvernés étaient. cit. D’autre part. il impute à des raisons pratiques la prise en charge de cette tâche par les pouvoirs publics.. On comprend. op. par ailleurs. que c’est au fondement même de la hisbah.629 45 .Toutefois. A l’égard de ces dernières la Législation divine exprime soit son approbation. ce que Tyan considère comme « un obstacle de droit insurmontable »1 . que se ramène son caractère religieux. en tant que devoir. à la fois. En tant que nouvelle forme du pouvoir. p. La hisbah Le droit musulman de par son origine définit la Loi comme d’abord celle de Dieu et son domaine le vaste champ des actions humaines. contrôleurs et contrôlés. Il considère. pourquoi juifs et chrétiens ne peuvent prétendre à l’exercice de la hisbah. Nous estimons que c’est plutôt l’impossibilité de s’en acquitter individuellement qui fait que l’Etat s’en charge. A partir du moment où cette loi porte son appréciation sur l’agir. on n’observe pas chez Tyan cette nuance entre l’ihtisâb en tant que fondement et la hisbah en tant que fonction administrative incombant seule aux pouvoirs publics.

a bel et bien exercé le rôle d’arbitre entre les musulmans et c’est ce qui nous importe. ‘De la responsabilité pénale en droit islamique’. Le Coran y fait toujours référence.repose. même si des réadaptations de lois anciennes ont été faites. Cujas (45-30). empreintes d’un effort d’interprétation mais sa jurisprudence était sans procédure ni délai. Qu’il s’agisse de 1 PACHA Ibrahim. déjà. Paris. de Droit. il est bien évident que l’Islâm ne se limitera pas à un simple appel à la morale quand il s’agira de gérer une société. Il n’est pas dans notre intention. Certains auteurs soutiennent qu’elle s’inscrivait. ici. p. Si les historiens divergent quant à l’origine du pouvoir judiciaire1. que l’équité doit être à la base de tout jugement. certes. la hisbah est cet outil nécessaire de codification des rapports d’échange et de protection afin d’assurer la cohésion et l’unité de la Ummah. Sans se couper de son fondement éthique. Le principe de justice est fondamental en Islâm. Les versets coraniques ne sont pas sans rappeler. Les règles en étaient simples : la preuve incombe au plaignant et le serment à la personne citée. en tant que chef de la communauté naissante. dans une tradition préislamique qui a toutefois évolué avec l’Islâm. avant tout. il n’en demeure pas moins vrai que l’organisation en est l’œuvre du Prophète et des quatre premiers califes. de développer cette controverse tant il paraît évident que. ses décisions judiciaires étaient. Quelquefois. 1944. sur la conscience des hommes et non sur la force publique. contre vos père et mère ou proches parents.Univ. Le Prophète. Thèse Doc . Dieu est défini comme Juste et les hommes sont appelés à être à son image : « O vous qui croyez ! Observez strictement la justice en témoins de Dieu. à plusieurs reprises. fut-ce contre vous-mêmes. 9 46 . la nouveauté y est très importante.

1860. Behrnauer2 nous informe qu’un compagnon. La révélation en instituant les valeurs de justice et d’égalité dans les rapports humains posait un fondement essentiel. mais sans s’adonner à l’espionnite ou la perquisition. D’ailleurs.riches ou de pauvres. Dieu est plus connaisseur de leurs intérêts que vous »1. Le deuxième calife. les persans et les turcs’. Omar. p. la hisbah commençait déjà à prendre forme. abdullah ibn Messaoud. en fournissait l’exemple vivant. ‘Mémoire sur la police chez les arabes. premier calife. et sans se poser comme institution. Paris. on nous signale que la mosquée ou le marché paraissait être le siège à partir duquel se tenait ou s’organisait toutes ces initiatives. Comme on le voit. chap. et notamment avec Abu Bakr. Il incitait. faisait lui-même l’inspection et était présent sur les 1 2 CORAN. sans instituer la hisbah comme instance au sens juridique du terme c’est à dire réglementée par des lois et ayant un cadre de fonctionnement. le Prophète.IV. Les historiens de cette première période de l’Islâm affirment que le Prophète. par ses agissements. de manière à la fois directe et indirecte. verset 135 BEHRNAUER. les musulmans à suivre sa voie qui n’était autre que celle de son Seigneur. ainsi. fut chargé par Abu Bakr de sillonner la ville de Médine et de lui faire un rapport sur tout ce qu’il observait de contraire à l’ordre. Le but était d’inculquer aux musulmans cette sensibilité aux lois religieuses et une disponibilité à les subir ou à les appliquer.266 47 . Avec les successeurs du Prophète. Journal Asiatique. avait l’habitude de charger différentes personnes de missions de contrôle et de responsabilité. Par ailleurs.

Nous reviendrons d’une manière plus détaillée sur leurs 48 . les débuts de la hisbah. C’est ainsi que c’est sous le califat de Ali qu’on a pu distinguer deux aspects de la hisbah : un aspect religieux et un civil. qui va prendre progressivement le pas sur l’aspect religieux et qui s’affirmera au cours de l’histoire. les livres d’histoire sur l’Islâm nous rapportent plusieurs faits de son implication immédiate dans les affaires de la communauté et tout cela n’était encore que de l’ihtisâb. en effet. Des responsables furent désignés en fonction de critères assez précis dont la compétence. Ce n’est. l’autre étant le contact avec les peuples conquis dotés déjà d’une organisation administrative et judiciaire. la hisbah en tant que simulacre de droit public va être redéfinie en termes capables de répondre aux exigences d’une société plus complexe et d’une situation économique plus difficile. A l’époque ommeyade et abbasside et au contact de la pensée grecque.marchés. qu’avec le quatrième calife. l’honnêteté et l’expérience. furent le témoignage du passage d’une société relativement renfermée sur elle-même à une société plus ouverte sur le monde extérieur et c’est à ce moment qu’on assista à un véritable développement du droit musulman. accompagné par son affranchi. La nécessité d’organiser l’ihtisâb en institution ou hisbah data à partir de ce moment et nous pensons qu’il y a eu à cela deux raisons essentielles : la première fut le degré de puissance auquel était parvenu le nouvel Etat. d’ailleurs. C’est ce dernier. Des salaires furent alloués à ces fonctionnaires. De nombreux juristes apportèrent leurs contributions grâce à leurs divergences. Ali. en Islâm. En fait. A ce sujet. que fut adopté le principe de répartition des tâches et qu’un embryon de structure administrative y vit le jour.

Par suite.178 49 . Coran et Tradition invitent tout musulman à dénoncer le mal et à recommander le bien et le Prophète lui-même. Mais. il y désigne celui qui lui paraît apte à assumer particulièrement cette charge. en fonction de l’interprétation donnée par les théologiens et juristes. Quant à sa place dans la judicature. D’autres la considèrent comme une institution en rapport avec la censure des mœurs. Dans sa célèbre « Muqaddimah » ou ‘Introduction’. la nomination du muhtasib était de la compétence du cadi. et. Beyrouth. principe faisant partie des devoirs du chef de la communauté. En effet. elle est soit magistrature ou administration municipale. Le concept de hisbah Pour ce qui est de son caractère religieux. en fit une ligne de conduite et ses compagnons. Cependant. aborde le domaine d’application aussi bien pour le titulaire que pour ses assistants. les souverains la firent passer comme charge politique et à partir de ce moment la désignation des muhtasibs fut l’affaire de l’administration. l’historien et sociologue ibn khaldoun. il ne s’arrête pas à ce genre de considérations et il procède à une analyse de l’évolution historique de la hisbah. Ed. c’est sur ce dernier que pèsera cette obligation »1 . nous l’avons vu.interprétations et notamment quant à la désignation du muhtasib et de la sphère de sa compétence. adoptèrent la même attitude. sans date. Dar al’awdah. par la suite. mais du temps des abbassides. ibn khaldoun. ‘Al muqaddimah’. au départ. la hisbah est un devoir cardinal ayant le pas sur toute autre préoccupation d’ordre social ou juridique. p. définit la hisbah en ces termes : « C’est une fonction religieuse qui s’inspire du grand principe : « prescrire le bien et proscrire le mal ». 1 IBN KHALDOUN. désormais. Pour certains auteurs.

comme Al-Mawardi. écrivent : « Cette remarque est intéressante : la hisbah ne prit en effet place parmi les institutions d’Etat. trad.. un agent de confiance ayant pour tâche essentielle de maintenir dans l’ordre les corporations. charge religieuse à attributions d’abord très larges. 50 . pour ne citer que les plus importants des théologiens musulmans. Surdon G. une mission de surveillance d’un groupe social et le muhtasib. et cela est assez caractéristique des tendances qui se firent jour à la fin du moyen âge. quand les corporations d’artisans et de marchands devinrent assez influentes pour constituer à l’occasion des foyers de résistance. relevant l’observation d’ibn khaldoun. par nécessité pratique. Paris. en Orient comme en Occident musulman. marquèrent par l’exhaustivité de leurs travaux le concept de hisbah. pour le premier stade de son évolution. tout en reconnaissant son importance dans l’organisation de la cité musulmane et la jugeant opportune. Certains. Il semble que. ibn Taymiyyah et ibn Jam‘ah. et ensuite plus réduites. ne se sont pas restreints à ce simple constat et ont essayé d’étendre leurs recherches sur le plan théorique.Georges SURDON et Léon BERCHER. devint. soumises au contrôle direct du souverain que pour des raisons d’ordre général. la hisbah. Al-Ghazali. Ceux qui. Il importe ici de relever cette évolution et de noter qu’il n’a échappé à aucun des gouvernements musulmans le rôle de la hisbah en tant qu’instrument de contrôle effectif de la société. et Bercher L. ‘les prolégomènes’. ont traité de la hisbah. Ils en jetèrent les bases théologiques et philosophiques pour toute réflexion ultérieure sur la question. et délimitèrent son champ d’application. en opposition avec le pouvoir central. 1951. sinon de lutter ouvertement contres elles et d’employer tous les moyens pour réduire au minimum leur rôle social et l’activité de leurs syndics »1 . par-là 1 IBN KHALDOUN.

Librairie catholique. AlMawardi. quant à nous. ‘La hisbah et le muhtasib en islâm’. d’être contrôlé. Pour Nicolas ZIADA 2. Beyrouth. traite de manière très détaillée de la hisbah en tant que fonction qui relève non seulement de la volonté du seul individu mais avant tout de celle de l’Etat. un juriste du XI° siècle. éminente figure de la pensée islamique. un sujet pourtant. En général. Enfin. sur les fondements d’un état ‘logocratique’. Al-Ghazali (m. ont toujours préconisé le recours à des fonctionnaires nommés par l’Etat et le pouvoir temporel a. Al-Mawardi. conscients du rôle de l’instance en question dans l’organisation de la société. partant du précepte coranique qui recommande la prescription du bien et la dénonciation du mal. aussi bien gouvernés que gouverneurs. de son côté. à ses yeux. on lui reconnaît le défaut d’avoir été très peu clair quant aux prérogatives du muhtasib. Ed.63 51 . la mise en place d’une instance telle que la hisbah permet à l’ensemble de la communauté. que l’auteur des ‘Ahkam as-sultaniyyah’. p.1227 ). n’a pas dénié le rôle et l’apport de l’individu dans la mise en pratique de ce principe mais a fait la distinction entre le muhtasib volontaire et le légal chargé d’une fonction plus ou moins définie et assujetti à des contraintes auxquelles nous aurons l’occasion de revenir dans notre étude. au domaine très large.même. Nous estimons. les théologiens. 1962. ibn Taymiyyah ( m. de la hisbah et pose les conditions pour l’attribution de cette charge au fonctionnaire préposé. Toutefois. a également traité dans sa somme théologique. En tant que pionnier de la réflexion sur les rapports de la religion et de l’Etat ou. est le premier à avoir traité de manière détaillée du fonctionnement de l’Etat musulman et il constitue. en d’autres termes. avec un autre auteur.1111). compris le bien fondé de cette 2 ZIADA Nicolas. une véritable référence. ‘Ihya ulum ad-din’ (ou Vivification des sciences religieuses).

à la fois. peu probable. pour être plus complet. Quant aux orientalistes. aucun texte qui autorise en fait ce rapprochement . cit. p. on ne retrouve pas cette même interprétation de la hisbah donnée par les orientaux »1 . En effet. ont vu le jour grâce à l’action du muhtasib. op. quelles soient d’ordre économique ou politique. TYAN qui réfute ce rapprochement dans les termes : « Nous n’avons trouvé. op. pour notre part. néanmoins. chambre des comptes ».629 TYAN E. C’est d’ailleurs l’avis d’E. et le terme de compte (en arabe : hisâb) qui suggère l’idée de ‘comptes d’Etat. c’est un contrôleur de voirie. Cette interprétation est possible mais. On découvre la même interprétation dans des écrits relativement récents 1 2 TYAN E. la divergence fondamentale des théologiens d’Occident vis-à-vis de leurs confrères d’Orient quant à la définition de la hisbah. Ainsi. ils définissent la hisbah comme « un terme de droit administratif dont le sens primitif est comptes d’Etat.institution pour une bonne assise de sa politique. TYAN note à ce sujet : « Il est curieux de constater que la notion théorique de la hisbah n’a pas eu cette même extension dans l’occident musulman. Il n’est pas inopportun de rappeler.629 52 . p. entreprises dans le cadre de la cité. Enfin. le muhtasib est présenté comme un simple édile curule. Dans les ouvrages d’auteurs maghrébins et andalous. de nombreuses réformes. et ce gardien de la morale et cet instigateur de réformes au sein d’Etats soucieux de justice et de foi. on constatera que le muhtasib a toujours été. cit. à ce propos. tels que ZANBAUM. chez Makkari . Ibn Farhoun (m. Pour l’auteur de « La chronique des Etats et des souverains ». un auteur maghrébin du XVII° siècle.1405). chambre des comptes’ a une acception absolument différente du terme hisbah »2 . C’est ainsi qu’en étudiant l’histoire de l’Islâm.

1953. Ed. 1983. ce dernier étant la demande de salaire »1 . d’autre part.240 53 . Il va sans dire que ces divergences feront que les attributions réelles du muhtasib varieront d’un endroit à un autre et que l’évolution qu’a connu la hisbah. ceux de Mohammed KURD Ali qui soutient que : « Et la hisbah (…) est la récompense.128 . entre les hommes. Beyrouth. à la différence de ZANBAUM. Fondements et attributions de la charge Rappelons que l’ihtisab en tant que principe. On retrouve cette racine de compte ou de calcul. lui. 1 2 KURD Mohammed Ali. p. l’étymologie du mot hisbah n’est pas hisâb mais ihtisâb. est la conséquence non pas seulement de l’élaboration d’un droit administratif sous l’influence du choc des cultures persane et byzantine mais aussi de la politique des Etats. De fait. p. ‘Khittat ash-shâm’.comme. Recueil Sirey.V. l’ihtisab s’applique à tous les aspects de la vie des musulmans. d’une époque à une autre. Ce qui amènera Louis MILLIOT à dire : « Le jeu de ces circonstances finira par conférer au système judiciaire musulman un caractère très net d’originalité » 3. cit.TYAN E. Ces deux dimensions sont indissociables et complémentaires. ‘Introduction au droit musulman’. par exemple. en donne une interprétation proche de la réalité en mentionnant qu’elle est à la fois un devoir nécessaire que tout musulman se doit d’acquitter et qu’elle est « une action en justice soutenue par un particulier qui n’a personnellement aucun intérêt mais qui est mû par le seul intérêt d’un tiers ou de la collectivité » 2. TYAN. même si. Paris. vol. p. op. c’est un substantif provenant d’ihtisâb . relève d’un double rapport entre les hommes et Dieu d’une part et. Ed. Dâr an-nasr. 629 3 MILLIOT Louis.

Le rôle religieux de la hisbah trouve ses origines dans la conception même de la société en Islâm. Les règles et les lois de l’Islâm ont donc pour rôle fondamental la maintenance et la préservation des valeurs morales. dès le départ. Réfutant les anciens critères de sang déterminant l’appartenance tribale ou de lieu de naissance (critère géographique). la communauté musulmane ne reconnaît de fait que le seul critère de la foi et du partage des mêmes convictions religieuses. Ainsi. Ils déterminent le fonctionnement de la société et garantissent sa continuité. le concept de “Umma islâmiyya” nation/communauté islamique (musulmane) prend toute sa dimension religieuse. du respect par celui-ci des règles de la communauté. l’ihtisab et son application. deviennent les garants de l’unité de la communauté. L’appartenance d’un individu à la communauté dépend. 54 . Celle-ci voit une cohérence et une solidarité tout à fait nécessaires. liée à l’État et applicable à la cité. l’Islâm tenait à la cohésion de la société bâtie sur des critères exclusivement religieux.La hisbah quant à elle diffère comme application concrète et comme fonction définie. De ce point de vue. à une religion nouvelle devait correspondre une société nouvelle. Sous cet angle. règles qui ne sont autres que celles de l’Islâm. l’Islâm a institué une société nouvelle unie par le seul critère religieux (l’appartenance à l’Islâm). sous le même angle. Différente de la tribu dont les membres sont unis par les liens du sang. la hisbah. Aussi une religion commune devait nécessairement engendrer une morale commune. Ainsi. Il y a là la première dimension morale et religieuse de l’ihtisab et plus concrètement de la hisbah.

l’Islâm se donne les moyens de garantir le bon fonctionnement de la société et sa pérennité. Mais. sa tâche n’est ni exclusivement sociale. À la base de celle-ci. elle revêt également une dimension communautaire. c’est son assise politico-religieuse qui fait d’elle le garant de la cohésion sociale dans l’équivalence qu’établit l’Islâm entre la religion et la société. Cependant. à commencer bien entendu par les activités 55 . mais il s’agit aussi d’encadrer la vie sociale dans son activité quotidienne. Ce qui précède établit un rapport d’interdépendance entre l’aspect social et le religieux. cette dernière dimension est tout à fait présente dans la définition de la hisbah et c’est elle qui permet de mieux saisir sa portée sociale. en instituant l’ihtisâb comme principe premier. l’une étant au service de l’autre et réciproquement.L’éventualité de voir ces règles enfreintes ou contrariées implique la nécessité d’un contrôle dont les fonctions sont dévolues au muhtasib. elle consiste en une synthèse de ces deux dimensions. ni exclusivement religieuse . avant tout. Le respect de l’une équivaut au respect de l’autre. Ainsi. si la hisbah avait pour mission de traduire les principes sacrés qui fondent la société en obligations d’ordre et de morale dans la vie quotidienne. il ne s’agit pas seulement de contrôler la moralité des membres de la communauté et la conformité de leurs comportements aux principes de la religion. cette conception de la hisbah ainsi posée diffère notablement de la vision d’E. La hisbah s’inscrit ainsi dans une conception générale de la société qui n’a d’existence et de raison d’être. dans ces termes et selon ces mêmes lois. L’Islâm est conçu comme religion et comme nationalité. TYAN qui ne la relie qu’au seul intérêt public. Ainsi. que dans un contexte religieux. la religion n’est pas uniquement un rapport à Dieu . Toutefois. Certes.

artisanales et de redéfinir les différentes formes de transactions qui lui sont inhérentes.commerciales. 56 .

Chapitre III La Hisbah et le Muhtasib 57 .

. 104) “Que soit issue de vous une communauté qui appelle au bien. la vertu et l’observation rigoureuse des obligations religieuses du musulman telles la prière. l’interdiction de consommer de l’alcool. Ainsi. le muhtasib est appelé à prêcher l’intégrité. en ce sens qu’il n’y a pas de séparation entre le religieux et le temporel et que ce dernier est toujours conçu dans des termes religieux.” 58 .”1 1 1 D’où son appellation courante de “police des mœurs”. De la sorte. ordonnant le bien et prohibant le mal. il convient de relativiser ce pouvoir car bien des pratiques échappent à l’attention du muhtasib.Il est en effet reconnu qu’en Islâm les règles morales et publiques sont pour ainsi dire confondues. qu’il y ait parmi vous des gens appelant à ce qui est bon. Ce fait étend les attributions du muhtasib à tous les domaines de la vie sociale comme nous avons pu le faire remarquer précédemment. Le Coran (S. Sans se substituer au cadi. le muhtasib contribue. Cependant. etc. V. Il s’inspire du verset suivant : “. Théoriquement. la piété.1 À cette fin.. l’observation des règles religieuses est supposée pouvoir suffire à l’organisation de la société et au maintien de l’ordre public et des bonnes mœurs. III.. la zakat (l’aumône). les exigences sociales et morales dépendent étroitement des commandements religieux et des recommandations prophétiques. ce pouvoir est illimité et couvre en fait toutes les activités de l’individu (y compris celles qui ont trait à son rapport à Dieu). Ce principe fondamental du maintien de l’ordre et de l’unité est donc à la base de la hisbah. ordonne le convenable et interdit le blâmable. à rappeler au musulman ses devoirs envers Dieu mais également envers la société. par sa seule présence et ses attributions..

l’Islâm constitue un projet d’ensemble.Tyan E.2 De fait. et pour prendre des exemples concrets. les attributions proprement religieuses et pratiques du muhtasib. en fait. XX. op. p. Haj (Ibn al-). 513-514.. Ce qui suppose donc des collectes dont la charge lui revient.. cit. Mawardi (al-).Cette tâche. Ainsi. II. p. Traduction de Behrnauer in Journal asiatique. 513-533. par la recommandation du bien (plus ou moins défini du point de vue de la hisbah) et l’interdiction du mal. p. 23 . cit. 59 . p. incombe à tout musulman. 644. contrôle dont les termes sont définis par divers traités de la hisbah qui lui consacrent généralement un chapitre spécial. le rôle religieux de la hisbah en tant qu’application de l’Ihtisab ne peut être saisi que dans le cadre du rapport entre la religion et l’État et. dès le départ. Ainsi. Comme nous l’avons dit. au besoin. de la vertu et de l’intérêt public. d’où la responsabilité commune à laquelle il convie pour tout ce qui relève de la morale. ibid. vol. consistent principalement et essentiellement à une contribution à la gestion de la vie religieuse de la Cité. op. le muhtasib assure le bon entretien des mosquées – lieux de prière et de décision – et est chargé. Dans ce même cadre... la communauté. le muhtasib veille à ce que les préposés aux divers actes du culte tels 2 3 Mawardi (al-). à travers lui. de procéder à leur réparation. le muhtasib était donc chargé du contrôle de l’administration des mosquées. ch.3 Ce qui confirme l’importance de cette attribution. Le siège des activités attachées à cette dernière étant la mosquée. Aussi est-il nécessaire de distinguer celui qui s’en acquitte à titre volontaire de celui qui est un fonctionnaire investi de cette fonction par l’État.

imams. Au besoin.. se dit à voix basse et réciproquement. le muhtasib et ses assistants veillent également à ce qu’il exerce régulièrement les actes du culte. etc. doit réprouver ces faits et punir celui qui. le muhtasib supervise et conseille les musulmans de pratiquer les obligations religieuses.. Mais il peut réprimer ceux qui contreviendraient aux normes arrêtées par la loi ou ceux qui changeraient intentionnellement les formes traditionnelles telles le fait de prononcer à haute voix dans la prière ce qui. p. de formules pieuses non traditionnelles.muezzins. dans la répression des actes réprouvés manifestes”. ou encore l’addition. s’entêtant à les pratiquer. il a le pouvoir de contrôler leurs actes et de juger leur dévouement comme il a le pouvoir. AlMawardi écrit : “ Le Muhtaseb. On cite comme exemple la recommandation insistante envers les musulmans habitant à proximité d’un lieu de culte de se rendre à la prière collective. La prière du vendredi a une importance particulière en Islâm et le muhtasib doit veiller à ce que les membres de la 1 2 “Cette attribution entre. À ce propos. le cas échéant. selon al-Mawardi. § 1. pour justifier sa manière de faire. accomplissent exactement et rigoureusement leur service. 60 . le muhtasib est appelé à surveiller également l’enseignement religieux en ordonnant aux enseignants d’apprendre à leurs élèves les prières rituelles et les sourates les plus courtes du Coran. invoquer le procédé d’un imam qui fait autorité. traditionnellement.. de les révoquer. dans la prière ou dans l’appel à la prière.”2 En vertu de ce même pouvoir religieux. 529. ne peut. Ibid. Pour ce qui est du musulman. Le muhtasib intervient aussi dans la manière de prier.. Dans ce cas. son intervention est de nature explicative . elle consiste à expliquer aux croyants les normes de la prière.1 En outre.

comme nous avons pu le signaler précédemment. de manière plus approfondie. Les charges religieuses du muhtasib sont nombreuses et diverses. 1 Ibid. En interdisant. Citons la consommation de boissons alcoolisées qui nuit tout autant à l’individu qu’à la société. Evolution de la nature de la hisbah Nous venons de dire qu’aussi bien s’agissant des actes proprement religieux (prière. lors de l’étude des attributions du muhtasib au temps des Mamelouks. de rompre sans raison le jeûne du mois de Ramadan 1 ou de s’adonner sans besoin à la mendicité (ce qui constitue une tromperie et une sorte de fraude). le muhtasib accomplit un rôle religieux qui est également. un rôle social dans la mesure où l’Islâm relie étroitement le religieux et le social. p. Il a aussi le pouvoir d’ordonner aux membres de chaque profession de désigner parmi eux une personne chargée de veiller au respect de l’heure de la prière et de les en avertir. 61 . le muhtasib joue certes un rôle de police des mœurs. etc. d’accomplir la prière de manière contraire aux rites légaux. aussi reviendrons-nous. jeûne.) que des mahzurat (interdits). par exemple. le vendredi mais également les autres jours de la semaine. Reste qu’elles convergent toutes pour confirmer l’importance de son rôle de censeur. notamment la prière de midi et de l’après-midi. Étant chargé du respect des commandements religieux et de la moralité publique.. 529.communauté respectent ce commandement. le muhtasib avait aussi la fonction d’interdire toutes les pratiques individuelles ou sociales de nature à nuire à la société et qui vont à l’encontre de la religion.

notamment du fait des exigences liées à la vie économique (entre autres. paraître périmée le jour où la communauté religieuse fut obligée de s’accommoder de cadres sociaux et d’une organisation administrative. renforcement des corporations professionnelles à qui il arrivait souvent de s’opposer aux décisions des pouvoirs publics) : “Cette formule dut. le jour où la société musulmane s’est trouvée confrontée à des problèmes nouveaux. à quelques différences près. définit cette dernière comme étant une “fonction religieuse califienne.. par la force des choses.Ibn Khaldoun. à des syndicats. Elle était en rapport direct avec le devoir. 4 Ces corporations peuvent correspondre. qui a exercé la charge de la hisbah. 11. p. Elles ont joué un rôle important dans l’économie de la Cité et furent par moment au centre des préoccupations du muhtasib. à attributions d’abord très 1 2 Khaldoun (ibn). on le sait. L’auteur note toutefois que ces attributions spécifiquement religieuses et le statut même du muhtasib ont connu une évolution et que la fonction “ne tarda pas en fait à se modifier sensiblement.”3 Cette modification sensible s’est faite. notamment à l’époque fatimide et sous les Mamelouks. Ibid. d’appliquer la censure des mœurs. p. tout en conservant en théorie l’ensemble des attributions qui lui avaient été dévolues aux premiers temps de l’histoire musulmane. L’introduction. 11. à l’origine un caractère spécifiquement religieux. 62 . cit.”2 Le muhtasib était perçu à la base comme le délégué de l’imâm ou du Calife. op. 4” Ce constat ne paraît pas devoir être contredit par les faits. De charge religieuse.. pour tout membre de la communauté musulmane et en particulier pour son chef. Le système de la hisbah a dû s’adapter aux nouvelles exigences d’une société beaucoup plus large et complexe.”1et la met en rapport direct avec l’institution de la censure : “L’institution de la hisbah eut. toujours selon ibn Khaldoun. 3 Idem.

. [leur] causent perte. elle est passée à une mission de surveillance d’un groupe social. qui est de nature religieuse. ne point perdre de vue l’autre monde qui suppose un jugement. Al Maqrizi qui étudia la hisbah en Egypte musulmane. soumises à un ensemble de règles fixées par la Sunna. Georges Surdon et Léon Bercher. la charge du muhtasib a toujours continué à trouver sa raison d’être dans la nécessité du maintien de l’ordre public. lorsqu’ils font mesurer pour eux-mêmes. quand Al-Ghazali parle dans son livre de l’éthique commerciale en Islâm et ses principes généraux. les transactions de toute nature entre musulmans étant. 1951. même limitée. avait insisté sur le fait que “la charge. n’en demeure pas moins de caractère théoriquement religieux. Le titulaire dispose de délégués dans les 1 Parfois aussi au regard du pouvoir politique qui peut s’en servir comme moyen de contrôle. Ainsi. le rapport entre le matériel et le spirituel. La théologie islamique saisit le rapport étroit qu’il y a en Islâm entre le monde d’ici bas et l’au-delà. 1-3). 2 GHAZALI Abu Hamid. cette dernière. Trad.1 Pour ibn Khaldoun.” 63 . lorsqu’ils mesurent ou pèsent pour les autres. en gagnant sa vie dans ce monde. ‘Ihya ulum ad-din’ T. par les censures des mœurs et la répression des faits considérés comme « munkar » (répréhensibles) au regard de la loi musulmane. Et ce. En réprimant les fraudes.. autrement dit. 1 Le Coran (chap. il insiste sur le fait qu’il faut. on le sait.48 ‘La question de l’attitude de la religion vis-à-vis du commerce’. le muhtasib le fait d’abord au nom de la religion 1 qui les interdit. v. exigent la pleine mesure.II.2 C’est en fait un appel à la moralisation des transactions. est l’une des plus considérables du pays.larges et ensuite plus réduites. et qui. Mais c’est surtout une mise en relief du rapport étroit entre le religieux et le social. d’ailleurs. p. Pour autant. La lutte contre les corporations des artisans en constitue un bon exemple. “Malheur aux fraudeurs qui. 83. Paris. toutes les activités du muhtasib se ramènent fondamentalement à sa mission .

à assurer ses intérêts. la hisbah s’est mue en institution administrative qui 1 Tyan . de par son autorité. surtout en Irak. Les corporations professionnelles ont joué un rôle important. Lui-même siège dans l’une des grandes mosquées1. Le cas échéant. comme opposants.” Du fait de l’évolution de la hisbah. ces corporations d’origine sociale modeste ont su s’organiser et constituer une force importante sur l’échiquier politique. au rôle de simple agent de confiance de l’État ayant pour tâche essentielle de maintenir dans l’ordre les corporations. voire de lutter ouvertement contre elles..628-629 64 . Et ce afin de réduire leur influence et leur rôle social.cit. L’importance du chapitre consacré par ibn Khaldoun à la hisbah provient justement du fait qu’il a pu saisir son rapport à l’État et la grande marge d’action qui lui permit – souvent sous un prétexte religieux – de gérer les diverses situations et de résoudre les problèmes sociaux en ayant recours au muhtasib. Nous avons avancé que le pouvoir “al Mulk” pouvait suffire. D’inspiration religieuse à l’origine. Ceux-ci seraient encore mieux défendus par le truchement de la Chari‘ah. le muhtasib est passé du statut de représentant du calife et du cadi qui était le sien.principales circonscriptions . p. à l’origine. les corporations semblaient dicter leur loi. Le muhtasib ne pouvait exercer son contrôle sur les corporations que dans le cas où l’État serait fort. ils ont mission de faire des tournées de surveillance chez les maîtres artisans et les marchands de produits d’alimentation. que le pouvoir avait souvent du mal à maîtriser. Ce qui montre bien l’évolution de l’institution de la hisbah en rapport avec le pouvoir politique. op. Profitant de l’essor économique..

C’est probablement parce qu’elle a également prévu cette situation et ce rapport que la Chari‘ah en a fait un devoir pour tout un chacun au sein de la communauté. la conscience sociale et religieuse paraît en contradiction avec le statut administratif dans la mesure où l’appartenance à l’administration contraint le muhtasib à se limiter à son rôle d’exécutant. La hisbah : une fonction plus davantage administrative que religieuse Distinguer l’ihtisab comme devoir religieux et la hisbah en tant que pratique administrative est. de par nature. sur l’État qui la gouvernait. Ibn Hajar et Al-Maqrizi qui ont exercé la hisbah et qui. par voie de conséquence.demeure soumise à l’autorité et à la volonté de l’État. Ces derniers devant les injustices et dans l’impuissance de faire face à des pouvoirs agissant de force ne peuvent généralement que se soustraire à ce devoir religieusement exigeant mais théoriquement très bénéfique pour la société. à l’État. Voir l’analyse des documents en annexe. l’ihtisab est une sorte de contre-pouvoir dont le peuple n’a pu disposer librement. Or l’ihtisab ne reconnaît pas cette contrainte. celle-ci a pu exercer un droit de regard sur le muhtasib et. évident. Il serait plus efficace et sans doute plus juste si on pouvait l’appliquer. ce qui n’excluait donc pas les abus. les réticences des gouvernés. Le contrôle que tout musulman doit d’exercer pour empêcher les injustices et les abus n’a pas de limite. là encore. hommes de religion et historiens ont certes pu accomplir 1 C’est notamment le cas d’Ibn Iyas. Davantage que la hisbah soumise. Cela reste néanmoins qu’une hypothèse que contrarient bien des facteurs dont notamment la résistance des pouvoirs et le monopole qu’ils exercent et. semblent en avoir fait une bonne application. D’ailleurs. Certains imams1. mieux que d’autres. 65 . à travers lui. De cette façon.

Dans ce sens. par la même occasion. il semble difficile d’enfermer la hisbah dans une définition strictement religieuse et il convient d’envisager son rapport à la politique. 66 . faible face au pouvoir. à la chari'ah et plus prosaïquement aux principes fondamentaux du développement économique. de par leur nature. En ce qui concerne le domaine économique. ces cas relevaient plus de l’exception que de la règle. parfois au prix de leur propre vie. l’action du muhtasib en a été amoindrie et vidée de sa substance. Ils ont ainsi non seulement contribué à freiner le développement de l’agriculture et du commerce mais à déstructurer l’économie tout entière et affaiblir. l’efficacité de son action n’a concerné que ce qui relève de la morale et de l’ordre public. Ainsi. Les mêmes impôts qui étaient à l’origine de l’accumulation des richesses du pouvoir en place sont devenus. les raisons de sa chute tant ils étaient contraires. la cohésion sociale dans une société déjà en proie aux convoitises et très marquée par les concurrences d’ordre social et ethnique. ce qui en limite sérieusement la portée et l’efficacité. La hisbah. à terme. nous verrons que la politique fiscale de l’État mamelouk a toujours obéi à des considérations plus politiques qu’à proprement parler fiscales et a servi davantage les intérêts de l’État et ceux de la caste militaire. pour sa part. Cependant. a été souvent pratiquée mais elle n’était pas exempte de contraintes politico-administratives et son bon exercice était conditionné par des pouvoirs justes. Fort face au peuple. la hisbah se présente-t-elle comme une pratique encouragée par la religion mais que la politique restreint et adapte à ses intérêts.ce devoir. Réduite à une fonction administrative au service du pouvoir en place.

1 Dans ce cas. achevant de vider la hisbah de sa valeur morale et transformant celle-ci en outil de pouvoir et de soumission. 105. op. Il n’est guère difficile de relever le paradoxe entre son rôle théorique et les pratiques injustes qu’il était obligé d’assumer. Khittat. cit. les conséquences d’une politique peu soucieuse en définitive de l’intérêt général. p. Les quelques avantages et privilèges accordés aux muhtasibs permettront néanmoins de les encourager à devenir complices de l’État. Artisans et commerçants du Caire au XVIIème siècle. ce principe sur lequel on a 1 MAQRIZI (Al-). Parlant de la politique des mamelouks. À l’exception de quelques muhtasibs pieux et consciencieux. p. Voir aussi RAYMOND André.Dans ce contexte. L’intérêt public a ainsi été détourné de son objectif premier pour servir l’appareil militaire au pouvoir.. 67 . les Mamelouks . nous le verrons. la hisbah était conçue – pour reprendre les termes de E. sur le terrain. Étendue et limites du rôle du muhtasib À l’origine. ils ne pouvaient d’ailleurs que mettre en pratique cette politique. D’autre part. 358-359. Al-Maqrizi écrit que ceux-ci ont en effet transgressé et outrepassé les limites de la chari‘ah en instituant des « maks » ou taxes et des impôts conçus au départ pour l’intérêt de la communauté musulmane. ont cherché à se garantir la loyauté des muhtasibs en permettant à des gens sans formation religieuse et sans compétence juridique d’exercer ce métier. TYAN – comme une “école de moralisation”. le muhtasib avait pour tâche ingrate de faire respecter la loi des seigneurs et de servir aussi les intérêts immédiats de la caste dirigeante en contribuant à gérer. le muhtasib exécutait les ordres des gouverneurs.

Quelques exemples suffiront à illustrer notre propos. en général. Le problème avec les Mamelouks est que la hisbah n’est pas même respectée dans ces limites qui constituent déjà une restriction importante de l’ihtisab. p. certains théologiens admettent que si la boisson alcoolique est interdite. En effet. Il exerçait aussi son contrôle sur les maisons de tolérance et. au même titre que la consommation de boissons alcooliques pour les musulmans.. op. paraît éloigné des exigences de cette mission que la religion lui assigne. L’exemple de la consommation des boissons alcooliques illustre également. car la prostitution est interdite en Islâm. Là où le Coran et la Sunna conçoivent l’ihtisab et son application – la hisbah – comme moyen de maintenir l’équilibre et l’harmonie de la société en luttant d’abord contre la corruption et l’injustice. légaliser la corruption. Le muhtasib du temps des Mamelouks. le devoir du muhtasib fut d’empêcher les ivrognes de porter atteinte à la tranquillité d’autrui. sur toutes les femmes de mauvaise vie. les discordances entre le texte et la pratique. de les conduire en prison et de leur infliger les peines prévues. de relever le paradoxe et encore moins de constater à quel point l’État s’était écarté de la religion au nom de laquelle il gouverne . à y regarder de plus près. 631-632. le mal est toutefois moindre quand elle n’est pas 1 Tyan E. l’État et les muhtasibs semblent consacrer les disparités et les injustices et. 1 On n’aura aucune difficulté. 68 .fini par fonder la compétence de la hisbah afin de sauvegarder la moralité publique et les prescriptions religieuses. Ainsi. lorsque l’alcool – en dépit de son interdiction catégorique par la religion – se répandit dans les pays musulmans.. en voyant le muhtasib contrôler les maisons de tolérance par exemple. par voie de conséquence. comme nous le verrons. cit.

Histoire. Muhtasib : “une fonction à hauts risques” Comme nous le constaterons dans le chapitre qui suit. vol. op. il est bien difficile de séparer l’individu de la société et de saisir dans leur complexité les rapports qui les unissent et les différencient. la caractéristique principale de la pratique de la hisbah.1 Appelé à faire respecter la loi [édictée par le pouvoir]. C’est-à-dire que sous les gouvernements corrompus. il agit contre sa propre raison d’être d’après la chari‘ah. L’affaiblissement du pouvoir a souvent donné lieu à des manifestations de colère mais aussi à des guerres intestines qui. Certes. cit. fut donc la partialité et le caractère tout à fait arbitraire des agissements des muhtasibs. II. n’avait pas d’autre possibilité que de se ranger du côté du premier nommé en devenant l’auxiliaire du pouvoir comme cela s’est produit dans de nombreux cas. à savoir celle de protéger les impuissants et de faire régner l’ordre de Dieu et la justice. aux temps des Mamelouks. quand il s’agissait de choisir entre gouverneur et gouverné. le muhtasib. p. 69 . agent administratif et représentant de l’État. Ils invoquent ici l’argument – qui n’est pas dénué d’une certaine vérité – que l’Islâm fait prévaloir les considérations sociales sur les considérations strictement individuelles. 241-287 et p.. le muhtasib est théoriquement au service de la protection de la population. Ainsi admettent-ils que le musulman qui boit à son domicile ne peut être puni tant qu’il ne nuit pas à la société. Mais les faits sont là. Ainsi.consommée sur la voie publique. fragilisant 1 IYAS (Ibn). 335-336. De fait. réduits au rôle d’exécutants de la volonté de la caste militaire. il pouvait alors être amené à contraindre les commerçants à payer.

. se sont livrés à des actes illicites. des mutineries eurent lieu. II. vol. s’était arrangé avec la garde nocturne d’un qasariyya (marché couvert) pour leur ouvrir les portes du souk. les souks furent alors fermés. Ainsi. L’historien Ibn Hajar rapporte qu’en 873 H. op. “événements de l’an 783 H”. qu’il soit directement impliqué dans des actes illicites ou le témoin passif d’actes de banditisme. Là encore. Incapable de faire face à la colère populaire. Non seulement cela privait les commerçants de travailler mais cela donnait aussi l’occasion aux mamelouk de faire des descentes de police et de procéder à des contrôles dont ils profitèrent pour opérer des pillages. en 903-904 H. un certain Ibn Jammash.1 Dans ce cas. cit. le muhtasib se trouve complice de l’État corrompu. le muhtasib paie de sa personne et de son statut mais il n’est pas le seul. l’État s’attribua son rôle et tenta de faire régner la loi mais dans des conditions encore plus catastrophiques. 70 .. le muhtasib devait garder le silence et faire la sourde oreille. GRAPHIQUE DECRIVANT LE LIEN ENTRE LA FOI LES VALEURS MORALES ET LA LÉGISLATION 1 À titre d’exemple. Renseignements. de leur propre initiative et sans contrainte extérieure. se livrant ainsi à un abus de pouvoir et à un acte de vol caractérisé. Mais l’histoire retient d’autres exemples : ceux de muhtasibs qui.le pouvoir du sultan. Les troubles se multipliant. (a) HAJAR (Ibn). muhtasib de son état.. incitèrent davantage à la révolte..

Elle ne se réalise pas loin de la vie réelle. Cela est différent des lois positives qui ne s'intéressent qu à émettre des décisions et de les appliquer.En Islâm.La démocratie : dans le cadre de l'exercice de droit d'Ihtisab. et interdise le blâmable". ordonne le convenable.. v. il demanda aux musulmans d'être les garants de la bonne direction de son gouvernement "Ô vous. 38 "Se consultent entre eux à propos de leurs affaires". Et aussi le Calife Omar qui pratiquait l'Ihtisab sur lui-même. de justice. "Par la sagesse et la bonne exhortation appelle (les gens) au sentier de ton seigneur et discute avec eux de la meilleure façon". A savoir : 1 . Cadi. 2 . les autres en sont dispensées. 53 v. moralement et matériellement. On peut ainsi affirmer qu’à travers la Chari‘ah. il doit rendre des comptes et être soumis à l'Ihtisab comme tout citoyen ordinaire. la hisba définit toutes les dimensions qui régissent la vie des musulmans dans la cité musulmane. En Islâm. 3 . me corrige !" 4 .La dimension sociale : tout individu est tenu de proscrire le mal. C'est ce que nous confirme le premier discours prononcé par le premier Calife Abou Baker : "Certes vous m'avez nommé comme votre dirigeant.. Si une partie des musulmans l'assument. 16. 53. de se défendre contre les abus des gouvernants. ou comme dit le hadith: "Celui qui voit 71 . Ces décisions sont souvent soldées par des échecs car elles ne traitent pas des maladies de l’âme. 5 . mais sur le terrain.. organisant la vie quotidienne dans la cité musulmane et intégrant toutes les nouveautés dans un cadre éthique et morale pour civiliser l’homme et son comportement. de consultation.La dimension pénale : sanction morale ou "Ta'azîr" mais peut-être aussi financière ou corporelle. etc. ou comme mentionné dans le Texte coranique : chap.. 42 v. Elle est une législation. Coran chap. 159 "Et consulte-les à propos des affaires". 104 "Que soit parmi vous. v. les individus ont le droit de défendre leurs droits. Et aussi: chap. le gouverneur ne jouit d'aucune immunité diplomatique. conformément à l’injonction coranique : chap. une communauté qui appelle au bien. mais je ne suis pas le meilleur d'entre vous. Lors de la prononciation de son discours d'investiture.Le culte : la hisba est une obligation d'ordre collective. de contester leur politique et de ne pas leur obéir.. la foi est une civilisation. Si je suis le droit chemin aidez-moi.La politique : il s'agit de l'exercice du droit d'Ihtisab envers les gouvernants et toute autorité (Wali.. mais si je m'en écarte corrigez-moi". gens ! Que celui qui observe une déviation dans ma façon de gouverner. 125.) et ce sous forme de conseil.

83. aux handicapés.La dimension de solidarité sociale : la société est tenue d'accorder sa bienveillance aux malades.La dimension culturelle : chaque individu est censé connaître ses droits et ses devoirs pour assurer le redressement du "tort". administratives ou sociales. vis-à-vis des musulmans que des nonmusulmans. Et cela.un tort qu'il le redresse". chap. etc. Et aussi chap. l-3 : "Malheur aux fraudeurs qui. 10 .La dimension morale : la société est responsable de la sauvegarde de la moralité publique : Coran.La dimension civile : préserver le système urbain et ne pas indisposer le voisinage par la forme inesthétique des constructions ou la manque d'hygiène. aux pauvres et à tous les nécessiteux. 152 "et complétez la mesure et le poids en toute justice". Coran : chap. à lutter contre les monopoles. 6 . v.La dimension économique : l'exercice de l'Ihtisab consiste à empêcher et à sévir contre toutes pratiques frauduleuses se déroulant généralement dans les souks. v. 6. aussi bien. 72 . à combattre l'inflation. de la production. lorsqu'ils font mesurer pour eux-mêmes exigent la pleine mesure. L'Ihtisab est une seule préoccupation morale s'appliquant à la vie pratique de la société : Certes. et respecter les règles de la voirie ( propreté. et assurer la stabilité des prix.La dimension sanitaire : respect des règles d'hygiène par la stérilisation des outils utilisés dans le domaine de la santé. 103 v. et qui lorsqu 'eux-mêmes mesurent ou pèsent pour les autres. qu'il s'agisse de transactions politiques. 3 "Ils s 'enjoignent mutuellement la vérité". et tout berger est responsable de son troupeau 8 . comme dans le hadith "Vous êtes tous bergers. c'est l'Ihtisab volontaire ou "Mottatiwa". ne pas gêner le circulation et le passage.) il . l'observation des bonnes mœurs reste fondamentale pour la bonne marche de celle-ci. les lèsent". aux souffrants. 12 . etc.La dimension civilisationnelle : la morale doit être à la base de toute transaction. 7 . 9 .

Chapitre IV Aperçu sur la hisbah en Egypte jusqu’à la veille de l’ère mamelouk 73 .

1 2 MIQUEL André. La consécration au pouvoir de Mu’awiyah ibn AbiSufyan. p. voyons. ‘L’Islâm et sa civilisation’. quelle a été son évolution en Egypte depuis l’époque Omeyyade. tout d’abord. 74 . l’émergence du sunnisme. Et c’est avec raison qu’André MIQUEL souligne : « La légitimité cède le pas à l’efficience. qu’on peut dire que ces antagonismes ont engendré le début d’un exercice particulièrement acerbe de l’ihtisab politique aggravé par les abus et les entorses à la chari‘ah (construction de palais luxueux. Ce moment a vu. Le début de cette ère coïncide avec ce qu’on peut appeler ‘l’ihtisab politique’. corruption. et son instauration du principe dynastique furent un fait majeur. du chiisme et du kharidjisme. L’opposition au régime de l’époque dénonçait avec force l’usurpation du pouvoir et mettait ceux qui le détenaient ainsi que ceux qui le soutenaient devant leur responsabilité non seulement envers Dieu mais aussi envers les hommes. Et c’est. Paris.Avant de voir quel aspect revêtait la hisbah sous le règne mamelouk. en 660. 1977. Armand Colin. en effet. " Mu ‘awyyah sur la sellette ". 188-189. le consensus omnium à l’ordre dynastique et les incertitudes spirituelles aux nécessités du siècle »1 . Ed. atteinte à l’intégrité des biens et des personnes)2. Ce fut le début de la formation de partis politiques mais aussi idéologiques. p. à juste titre. Le fait d’avoir rompu avec le principe de la concertation ou ‘chourah’ a particulièrement modifié la donne politique au sein de la Ummah.61 ‘AQAD ( Abbas Mahmoud Al ).

265 3 IBN KHALDOUN. avant ce calife. Vol. Omar ibn Abdulaziz tenait à présider luimême les séances du divan en exécutant la loi et en protégeant des injustices les faibles et les innocents 1». C’était un califat de justice. Beyrouth.VII. 1 2 BEHRNAUER . ‘Tabaqât’. certains monarques Omeyyades. Sâder.2 75 . sur la qualité des produits ou encore sur les prix. se sont particulièrement distingués par leur rigueur et leur intransigeance quant à la défense des consommateurs à tel point qu’ils leur arrivaient souvent de contrôler personnellement les commerçants afin de déceler toute fraude que ce soit sur les poids et mesures. p. Certes. 1980. tels que Abdul-malik ibn Marouan (744 de l’hégire). op.Toutefois. l’Egypte a connu. op.478 IBN SA‘D. plus adaptées aux exigences de la vie quotidienne et plus compatibles avec les contraintes d’une organisation administrative »3 . A son sujet. ce constat souligne à quel point. mais hormis cela. cit. de même. Signalons. pour un temps. Ed. ibn Sa‘d. une exception : celle du règne d’Omar ibn Abdulaziz (99-101de l’hégire). que les percepteurs d’impôts et les préfets de région étaient particulièrement surveillés. Son gouvernement fut une exception à plusieurs égards.p. écrit que « face aux problèmes liés au développement du commerce…les Omeyyades ont été amenés à instituer la fonction du muhtasib » 2 mais qu’au contact des civilisations « le rôle du muhtasib s’orienta vers des fins plus pratiques. Un historien du III° siècle de l’hégire. p. BEHRNAUER mentionna : « Comme les injustices et les cruautés des gouverneurs allaient s’aggravant. cit. l’injustice était criante et la répression féroce.

montrent. p. Cette nouveauté est importante quant aux prérogatives de la charge.. 1 2 Revue Historique Egyptienne. II. Des révoltes de paysans en Irak et en Egypte. nous assistons à l’avènement de la dynastie abbasside et à l’apogée de la civilisation musulmane.623 76 . Pour la période qui suit. à propos de cette charge. éclatent un peu partout. Un manuscrit égyptien du II° siècle de l’hégire atteste cette pratique et apporte un témoignage probant quant au détournement de la nature de la hisbah. Les historiens mentionnent une gabegie énorme pour le faste. 160 § Cas du muhtasib Abduljabbar . d’autre part. l’attention toute particulière de l’Etat à justifier ses actions en recourant à une argumentation théologique et. Les troubles socio-économiques occasionnés par cette politique amenèrent aussi des corporations de métiers à s’insurger contre le régime à tel point que ce dernier désigna des muhtasibs avec la fonction exclusive d’arrêter les opposants1. p. Nous verrons qu’elle évoluera en fonction des aléas de l’histoire jusqu’à inclure les pouvoirs du cadi. 3.2 Les écrits de l’époque. tome. et qui va voir la chute des Omeyyades. d’une part.En résumé cette ère s’est caractérisée par ce paradoxe qui consistait à proscrire tout ihtisab d’ordre politique mais prescrivait celui du social et économique. La hisbah détournée de son cadre religieux devint dès lors un moyen de pression au service d’une politique. Ibid. v. en l’an 132 de l’hégire. TYAN E. en d’autres termes de la hisbah. Le Caire 1950. de l’inspecteur des impôts et du commissaire de police. à établir une institution obéissant aux impératifs du moment et fonctionnant dans un cadre déterminé. conséquence d’une politique financière lourde pour le citoyen.

la multiplication et la complexité croissante des échanges commerciaux ainsi que le contact civilisationnel devaient se traduire par l’affirmation du caractère important du muhtasib avec une tendance à l’inamovibilité de la fonction. 77 . sous l’action de propagandistes. Le pouvoir des Abbassides étant miné par les revendications sociales au sein des classes les plus défavorisées va amener. C’est ainsi qu’en Egypte l’autorité tombe entre les mains des Toulounides. relayés ensuite par les Ikhchidites. la création d’autorités locales.L’expansion des villes. puis par les Fatimides.

sd. D’ailleurs ces derniers seront quelque fois recrutés parmi les vizirs. il demande à être « ikhchid ». un certain Ya‘qub ibn Killis 1 cumulera les fonctions de ministre. La fin du règne ikhchidite sera marquée par une série de mutineries qui déstabilisera le pouvoir. 229 78 . Touloun. Ne dépendant plus de Bagdad. est nommé gouverneur de l’Egypte.) " L’Egypte à l’époque des Ikhchidites".En 868. Prenant une indépendance certaine vis-à-vis du calife. la puissance qu’il acquiert dans ces fonctions est telle qu’il se fait reconnaître une indépendance de fait par le calife de Bagdad. il favorise le développement commercial et nomme les muhtasibs. un Turc. le commerce et les activités productrices de l’Egypte connaissent un grand développement. Quant à la hisbah. le Caire. c’est-à-dire serviteur . En intégrant la fonction dans une charge proprement politique. C’est ainsi que sous le règne de Kafour Alikhchidite. le muhtasib était désigné directement par les autorités du Caire et était doté d’une certaine considération. amènera la dégradation de la situation économique et sociale et favorisera l’accès des Fatimides aux commandes du pays. elle tendait vers une certaine désacralisation. de muhtasib et de chef de la police. on voit bien que le dessein du pouvoir était. en même temps. de la fragiliser et de la soumettre à la volonté du politique. p. Sous son influence. 1 KACHEF ( Sayad al. c’est à nouveau un Turc qui est nommé gouverneur . Vers 935.

L’ismaélisme est une branche du chiisme. Mais. p. Cette dernière. les muhtasibs jouèrent un rôle clé pendant les crises économiques : ils pouvaient. il régna à Kairouan. qui se disait le Mahdi. ‘Introduction à l’histoire de l’économie arabe’.73 79 .Nous avons dit que le IX° siècle a été marqué par de nombreuses révoltes qui affaiblirent l’autorité du calife de Bagdad. par exemple. Beyrouth. Dès lors. ils seront matés et on dira de la nation Zanj qu’elle aura vécu. Sous leur domination le pays va connaître un essor économique particulier. réquisitionner les récoltes pour faire face aux famines1 ou interdire de stocker les marchandises à des fins spéculatives. une multiplication des marchés et une création de coopératives. 1978. les Zanj. créa au sein de la secte une branche qu’il nomma fatimide. elle. D’autre part. va profiter de la déliquescence des princes ikhchidites pour s’emparer du pouvoir en Egypte. le système des coopératives a grandement facilité pour les muhtasibs leur exercice du contrôle. en 883. il prend le titre de calife dont il déclara déposséder celui qu’il considérait comme l’indigne usurpateur de Bagdad . va subir une évolution en matière de droit administratif. la dynastie fatimide. Dar At-tali‘a. ainsi. La première avait pour origine une importante population d’esclaves noirs. On assista à une expansion des villes. Il n’hésita pas à miner le pouvoir des Abbassides en excitant les revendications sociales au sein des classes les plus défavorisées. Leur expérience administrative jointe à une compétence a accru leur pouvoir et a en fait les garants de la justice 1 ADOURRY Abdelaziz. La propagande ismaélienne gagna l’Afrique du Nord. A peine cette dernière réprimée voilà qu’une autre à tendance ismaélienne prit naissance en Irak. il inaugura. De 909 à 934. en 973. Rejoints aussitôt par d’autres esclaves et des troupes califales de race noire. Emir des musulmans. chargée de mettre en culture les terres marécageuses du Bas-Irak. leur pouvoir s’étendit rapidement. Ubayd Allah. La hisbah. Ed.

Enfin. ne se souciaient guère de fermer leurs boutiques à clef. ‘La vie quotidienne’ op. révélateur de la confiance qu’on lui accordait. des adjoints administratifs. 16-18 Mazaheri Ali. aussi Wiet Gaston ‘ Les marchés du Caire’ : « Cette prospérité a naturellement avantagé les grands négociants et artisans dont certains ont donné leurs noms aux rues et ruelles du marché ». cit. mais semble s’être étendue à tout le pays. Les fraudeurs subissaient la peine humiliante du pilori et étaient promenés à travers la ville1. op. 1 2 Behrnauer. Elle fut particulièrement surveillée et quoique dépendant politiquement de son autorité de tutelle. fut étonné de voir tous les fruits des quatre saisons réunis ainsi que des khans de luxe remplis de choses rares et précieuses… » cf. alors. 204 « Le célèbre narrateur Nasir Khosrô au cours d’une promenade au marché du vieux-Caire en 1048. 80 . cit. rapportent les historiens. elle fut un moyen efficace de préservation de l’équilibre social. intègre. c’est-àdire. 27-32. sous le règne des Fatimides. Les amendes infligées étaient lourdes et les punitions sévères. Le résultat fut tel que les commerçants. On désignait. Dans l’exercice de ses fonctions.123 et Maqrizi. tout d’abord et dans un premier temps. Aussi suscita-t-elle convoitises et luttes d’influences. d’autant plus qu’il fallait. le muhtasib du qualificatif « Amin ». résorber une crise économique héritée de la période précédente et ensuite réformer les mentalités. ‘Ighatâtu al-ummah’. On peut dire que la hisbah. figurait parmi les fonctions les plus importantes après celle de la magistrature ordinaire. mentionnons que la hisbah ne s’est pas limitée à la seule supervision de l’activité économique mais qu’elle a exercé aussi son contrôle de police des mœurs avec efficacité.pp. op.sociale. L’époque fatimide s’est caractérisée par une grande intransigeance et une certaine rigueur sur le plan du droit administratif. Mais il semble bien que cette sévérité était à la mesure des torts subis. p. p. La prospérité économique2 ne s’est pas bornée à la seule ville du Caire. comparables par leur statut aux juges. p. Le muhtasib avait en plus du contrôle des poids et mesures celui de la monnaie et du « kharaj » ou impôt foncier. cit. il était assisté par des « ‘arif » ou experts.

Les califes fatimides ne tentent rien pour empêcher leur progression. Et le vendredi 10 septembre 1171. Avec Salâh Ed-din une nouvelle 81 . Ce dernier sera choisi par le calife fatimide comme vizir. en soi. le témoignage immédiat du degré de religiosité et de civisme de l’Etat. entièrement composée de mercenaires. Cependant cette situation n’allait pas perdurer. Les chrétiens s’installent donc en Palestine et fondent le royaume franc de Jérusalem. qui réside à Damas. a donné à la hisbah toute sa portée pour redresser une situation économique désastreuse et pour ramener la sécurité et la confiance perdue. esclaves blancs. pour la première fois. Quant à la tâche du muhtasib. si le commerce et l’agriculture sont en pleine expansion. C’est une armée de métier. les croisés occupent Edesse puis Antioche et. Au milieu du siècle suivant le roi de Jérusalem.En conclusion. en 1099. L’armée égyptienne se composait de deux grands corps : les soldats noirs. à ses débuts. Jérusalem. et les Mamelouks. Particulièrement efficaces. Nourredine. lorsque le pouvoir central s’affirmait assez fort pour les contrôler. sunnite. elle devint. exige de Salâh Ed-din la déposition du calife fatimide. tente d’envahir l’Egypte. ces soldats professionnels devenaient extrêmement dangereux pour la stabilité du pays dès que l’autorité royale se relâchait. l’armée égyptienne gangrenée par les discordes et les rivalités. en majorité des Turcs. Nourredine (1146-1174) envoie au calife fatimide le renfort de ses meilleures troupes commandées par Salâh Ed-din Al-Ayyoubi. tous étrangers à l’Egypte. depuis 968. on peut dire que le pouvoir fatimide. esclaves originaires de Nubie ou du bassin du Tchad. En effet. Amaury. la prière est dite au nom du calife de Bagdad. l’administration est pourrie de l’intérieur. Un prince turc. En 1097.

avec une sécularisation grandissante de leur fonction. Salâh Ed-din ajoute la Syrie et la Mésopotamie. p. Il fonde. Ainsi. XVI. de la police des marchés et des mœurs.dynastie. p. ils se voient. il faut le souligner. pour la formation des fonctionnaires. dans la politique des gouvernements musulmans. aussi Bulletin d’Etudes Orientales. mais. Damas 1967. encore une fois. mais cette fois-ci sunnite. 1 Behrnauer. 143 82 . Il apporte les méthodes d’administration que les Seljoukides ont déjà données à l’Iran. Le Caire devint la capitale d’un immense empire. « Salah ed din enleva aux corporations toute force politique et les fit contrôler efficacement par le muhtasib dont les pouvoirs politiques furent étendus ». des écoles supérieures d’administration qui délivrent une éducation aussi bien juridique que religieuse. que leur rôle et leur importance. tout au long de l’Histoire.cf. Les muhtasibs formés à ces écoles se verront confier des pouvoirs élargis. au contrôle des corporations de métiers. vol. XIX. ‘Journal Asiatique’ T. dont il est le maître. sont non négligeables. aussi. va régner sur l’Egypte : celle des ayyubides1. confier les affaires des différentes communautés religieuses qui sont sous protection de l’Islâm et appelées « dhimmis ». série V. 114 et sv. L’élargissement progressif des prérogatives de ces fonctionnaires montre. A l’Egypte.

Chapitre V Les Mamelouks et la hisbah 83 .

Al Suyyûti1 nous apprend que le calife abbasside Al-Mu‘tacim (833842) fut le premier calife à former des troupes militaires mamelouk d’origine turque qu’il se “procurait” très jeunes et qu’il élevait dans son empire. p.-C. Son pluriel est " mamâlik". XIème siècle. en arabe. MAHASSIN Djamal al-Din Abou (al-). Mais cette appellation a fini par s’appliquer dans les livres d’histoire aux seuls esclaves blancs que les gouverneurs achetaient pour former des troupes militaires spéciales en temps de paix et qui rejoignaient l’armée régulière en temps de guerre. un esclave. 222. Les caractéristiques de l’État mamelouk 1. Plus tard. Paris. les Mamelouks deviendront dans certains pays musulmans. Paris. t.I. National. 84 . dont notamment l’Égypte.2 au point que la population arabe lui reprocha cet “excès”. le terme ‘‘mamelouk’’ désigne. ce qui le conduisit à partir vers Samurra pour en faire sa base 1 2 SUYYÛTI Djalâl al-Din (al-). Miss 1771 à 1789 (881 H / 1476 J. capitale de l’empire abbasside. Histoire des Califes. 2. National. p. 233. La ville de Bagdad. Miss 1614. comptait sous son règne plus de dix mille soldats et officiers. les seuls guerriers. Les origines des Mamelouks Comme nous l’avons déjà signalé. Les étoiles Brillantes (Chronique de l’Egypte et du Caire).).

de dépasser cette concurrence “interne” et de se prémunir contre les risques de dissidence en se garantissant les services de soldats à ses yeux dépourvus de toute ambition politique.. des précédents ni encore que cette intégration à l’armée ait été subite et sans progression. Cette explication n’est pas complètement fausse tant les Perses étaient reconnus pour leurs ambitions politiques et les Arabes pour leur tribalisme diviseur. Ibn Ali Ibn surnommé Ibn TAQTAQA. Paris.2 De fait. d’abord par leurs statuts puis par les armes. Tableau des qualités requises chez un sultan et les dynasties musulmanes. op.). Néanmoins. TABATABÂ. Miss 2441 (701 H / 1302 J. comme un otage” et “Ils pouvaient le soutenir s’ils le voulaient. 85 . au point qu’ils finirent par dominer l’État et le soumettre.politique et militaire et celle de ses armées composées d’hommes libres et de Mamelouks. à des moments plus avancés dans l’histoire musulmane.” in Les Organisations Islamiques. si les livres d’histoire font remonter la première apparition des Mamelouks au règne du calife Al-Mu‘tacim. le recours aux Mamelouks remonte plus loin dans le temps que l’avènement au pouvoir d’Al-Mu‘tacim. il n’est pas toujours facile d’admettre que ce recours à des non-arabes dans l’armée ait été le produit d’un hasard ou qu’il n’y a pas eu. p. National.. Al-Mu‘tacim n’était pas avisé du fait que les Mamelouks n’allaient pas manquer non plus d’ambitions politiques à mesure que leur poids et leur pouvoir ne cesseraient de grandir. ces derniers étant étrangers à la Nation. Les historiens1 s’accordent en effet à expliquer ce fait par la volonté d’Al-Mu‘tacim. 224-225. au vu de la concurrence arabo-perse – les deux composantes principales de son armée –.. cit. le détrôner quand ils le désiraient et le tuer quand ils décidaient”. jusqu’aux débuts du pouvoir abbasside comme en témoigne la wilaya (gouvernement) de Yahya ben Daoud Al-Khorasi (778-780) en Égypte sous le califat d’Ibn Jaafar Al1 2 HASSAN Ibrahim. dans leurs mains. Toutefois.-C. 220. “Que le calife était. “Développer les armes islamiques. p.

voire s’amplifier sous ses successeurs. National. 138-141. et. soit comme État centralisé. d’autre part. a été le premier à le faire à une échelle plus grande. d’autres États plus puissants. * STRANGE. XXVII. Miss 5980 (1108 H). tels les Ommeyyades en Andalousie. les Fatimides en Égypte avaient accru le nombre de “serviteurs” mamelouks. 86 . Certes. L’Égypte vit naître leur premier État et le Calife Al-Mu‘tacim. Cette pratique allait survivre à son califat. voir Siaset Nameh par Nizam al-Mulk al-Tusi. qui n’était pas complètement étranger à ce fait – sans être pour autant le premier à s’en servir dans les sphères du pouvoir–. Il y a certes une différence entre les divers pouvoirs que les Mamelouks ont exercés soit en tant que milices spéciales au service du gouverneur (wali) ou en tant que militaires à la solde des abbassides d’une part.Mansour qui l’y installa. Ainsi. les États recouraient aux Mamelouks. qu’il s’agisse d’États centraux ou de petits États subversifs et autonomes. Et aussi * ABBASSI al Hassan Ibn Abd Allah Ibn Mohammed Ibn Omar. Paris.1 En Orient comme en Occident musulman. de la concurrence des deux éléments. p. est beaucoup plus 1 Pour de plus amples détails quant au traitement des mamelouks par les divers pouvoirs musulmans. À l’instar des Omeyyades en Espagne. mamelouk et arabe de l’armée. chap. The lands of the Eastern Caliphate. traduit par Schefer. composé au Caire en 708 H. outre les petits États de l’Est de l’Asie. 2 Le terme ‘Saqlab’ correspond à l’origine au terme français esclave. l’expédition de Abderrahmane An-Naceur contre le royaume de Léon était dirigée par son mamelouk Najdah As-Saqlab. Ainsi donc peut-on voir que les Mamelouks étaient déjà influents en Égypte avant qu’ils n’en fassent le centre principal de leur empire. Traité de politique. ont intégré les Mamelouks dans leurs rangs et ce afin de limiter les ambitions et contrecarrer l’influence de l’aristocratie arabe et les tentations politiques des " Uribane". semble-t-il.2 expédition qui aboutit en 939 à la défaite des Mamelouks en raison. À titre d’exemple. l’étude des divers rôles joués par les Mamelouks dans les États musulmans successifs.

de manière directe ou indirectement. indépendamment de l’élément arabe.1 vingt-quatre mille hommes. 37. Paris. bâti par des Mamelouks turcs. 1824 (891 à 912 H). Miss. t. à ce pouvoir dans le monde musulman quoique de façon plus systématique depuis le temps du calife Al-Mu‘tacim. synonyme à leurs yeux de division. Désireux de fonder un État indépendant en Égypte. selon Ibn Iyas. p. Ceuxci permettront de montrer que les Mamelouks turcs – slaves ou noirs – ont toujours été associés. Bada’i az-Zuhur (Choses à remarquer parmi les événements des siècles / Histoire d’Égypte).complexe à définir et nous n’en évoquerons ici que quelques exemples. L’Égypte présentait un cas typique de cette tendance générale. Ahmed ben Touloun consolida son armée par de nouveaux Mamelouks turcs dont le nombre total atteignit. L’affaiblissement croissant des Abbassides et le désir d’indépendance des gouverneurs de petits États ont incité ces derniers à faire appel de plus en plus à des Mamelouks pour former leurs milices et leurs armées. peu favorable à leur souci d’indépendance vis-à-vis de l’empire abbasside. dont le fils Ahmed ben Touloun bâtit l’État toulounide en Égypte. Les Mamelouks turcs allaient cependant avoir plus d’influence avec l’avènement en Turquie d’un État fort. L’histoire des Mamelouks localement puissants commençait de manière encore plus évidente avec Touloun – un Mamelouk turc à la solde de l’émir abbasside AlMa’moun –. en tout cas. 87 . désireux d’élargir leur sphère d’influence et convaincus qu’ils ne pouvaient compter que sur leurs propres forces. National. I. 1 IYASS Mohammad Ibn Ahmed (Ibn). et.

t. contrairement à la première interprétation plus répandue. Les Mamelouks devenaient pour toutes ces raisons politiques incontournables pour tout pouvoir naturellement soucieux de se préserver. à la fin de leur règne. en tout cas. à ce propos. Ayant largement abusé du pouvoir dont ils étaient à la fois les serviteurs les plus enthousiastes et les détenteurs réels. 3. cit.. l’État ikshidite fondé par Mohammed ben Tafz Al-Ikshid en l’an 935. au point que la plupart des commandants de son armée étaient des mamelouk. “Le nombre des mamelouks atteignit le chiffre de 8 000”. les Mamelouks 1 2 *Cf. 88 .. 59 et 256. Hawadeth Sanat écrivait. Les étoiles brillantes. ‘Iqd al-Zaman. 3 AINI (al-). selon Ibn al-Mahasin. 2. Appellation étymologiquement contestée que certains historiens ramènent à la “mer du Nil” où l’émir les cantonna dans l’île de Ar-Rawdha. Les Fatimides avaient dans un premier temps rompu cette vieille habitude de recourir à des Mamelouks – essentiellement des turcs – mais ont. où les Mamelouks devinrent si puissants qu’ils parvinrent à détrôner l’émir ayyoubite et le remplacèrent par le sultan as-Salih Najm adDine Ayyoub (1240-1249). op. MAHASSIN Yousâf Ibn Taghri Bardi abou (al-). En Égypte. p. que ce sultan “avait réuni plus de mamelouk turcs que nul autre membre de sa famille n’en avait réuni auparavant.Cette même pratique a été plus tard consolidée par les Ikhshidites. L’émir leur donna le nom de bahriyyas (litt.. ce dernier accrut davantage leur nombre. alors que d’autres l’expliquent. L’historien al-Ayni3 nous rapporte qu’ils étaient plus nombreux et influents à cette époque qu’ils ne l’ont jamais été auparavant. cet émir avait également été soutenu par les Mamelouks qui étaient. À l’instar de ses prédécesseurs. “marines”). en Égypte. 1 À l’État toulounide succéda. p.. Ce même fait témoigne de la nécessité pressentie par les pouvoirs successifs de faire appel à des éléments non-arabes à des fins sécuritaires. Reconnaissant de ce soutien.2 au nombre de huit mille hommes.”. TARKHAN..( Chronique de l’Egypte et du Caire. changé de politique en les recrutant de manière massive. par le fait que ceux-ci furent ramenés en Égypte par voie maritime.

ce qui donna l’occasion aux Mamelouks de les y encercler et de venir à bout de l’ensemble de l’armée. pourtant. Ce fut le cas. qui. plutôt que d’en tirer profit. léger et prétentieux”. mais ce dernier était fort peu préparé à gérer le pays et à garantir sa sécurité. ajoutées aux menaces des Tatars. il paraissait tout à fait dépassé par les événements aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays. à titre d’exemple.1 Peu conscient du poids réel des Mamelouks dans le pays.Miss 551. Touranshah .-C. 89 . Ces derniers prendront leur revanche. Le roi croisé Louis IX fut lui-même capturé. Il en fit autant avec sa bellemère. sauva le royaume de son père. Aussi. S’en 1 DJAUZI Ibn Kizoughli Abû-l-Modhaffar Yûsuf connu sous le nom de Sikt Ibn al Djouzi. une année plus tard.). Maison des Livres Égyptienne (971 H / 1564 J. Bien au contraire. Peu initié à la stratégie militaire comme à l’art du gouvernement. il disait : « qu’il était de mauvaise conduite. il y vit un risque et la leur jalousa. événement de l’an 638 H.’ Citant Touranshah. en infligeant une défaite cuisante aux armées françaises à AlMansoura après que celles-ci eurent été entraînées dans la ville. l’Égypte a toujours été convoitée par les puissances étrangères et les Mamelouks ont été les instruments de sa défense. ‘Miroir du temps traitant de l’histoire des hommes notables. Shagarat-ad-Dur. Le Caire. De fait.provoquèrent la jalousie des arabes et leur colère contre As-Salih Ayyoub. alors même qu’elle était reconnue et appréciée à sa juste valeur par ses compatriotes. lors de l’importante expédition de Louis IX en 1249 qui s’est soldée par l’échec des Égyptiens. Touranshah en fit des Mamelouks ses adversaires plutôt que ses alliés. le jeune Touranshah ne sut gérer leur victoire. Cet épisode intervint immédiatement après la mort de l’émir As-Salih Ayyoub auquel succéda son fils . Mais les compétences militaires de ces mêmes Mamelouks éduqués aux arts de la guerre les rendaient indispensables d’autant plus que les croisades “reprenaient” de plus belle en Égypte.

328. nous permettra de distinguer deux époques : la première. 228. Nous serons donc amenés à étudier les applications de la hisbah dans le cadre de cette distinction. p. 192. cit. vol. abdique. ibid. ne pouvant approuver que le pouvoir échoie à une femme. Mémoires G. p. * QUATREMERE. op. après vingt-quatre jours de règne. d’où notre insistance à ce stade sur l’aspect militaire et sur les origines de la classe guerrière.. vol. 90 . cette dernière avisa alors les Mamelouks des intentions de son beau-fils et les incita à le tuer. dites-le nous pour qu’on vous en envoie”. ibid. L’avènement au pouvoir des Mamelouks est aussi interprété comme la rupture entre l’État et la population. cit. à Bagdad. Elle épousa alors le Mamelouk ‘Izz-ed-din Aybak qui devint Sultan (1250-1257). 2 MAQRIZI (al-). as-Suluk.rendant compte. pour saisir les conditions générales dans lesquelles les Mamelouks prirent le pouvoir. 1 MAQRIZI (al-). Prices. op. Il est également intéressant. Al-Maqrizi cite cette fameuse phrase à l’adresse des Égyptiens : “S’il n’y a pas d’hommes dans vos contrées. de revenir sur la conjoncture historique générale.. La mort de Touranshah sonna la fin du pouvoir ayyoubide puisque Shagarat-ad-Dur. I.1 Le Calife abbasside.. La longévité de l’État mamelouk en Égypte couvrant pratiquement trois siècles (de 1250 à 1517). p. les Jarkas ( Circassiens). Les Mamelouks l’exécutèrent donc et le remplacèrent par sa belle-mère qui était elle-même d’origine turque et paraissait donc plus proche des Mamelouks. celle des Mamelouks bahriyyas et celle de leurs successeurs. II. était souvent considérée comme le premier gouverneur mamelouk de l’Égypte. 161. * WIET.. p.. vol. Cette remarque nous paraît tout à fait importante voire capitale pour l’étude du rôle de la hisbah. épouse de son père As-Salih Ayyoub. I.2 fit en sorte que la reine.

157. Le premier État Mamelouk. vol. 91 . Introduction. Thèse Doct. 3. L’époque des Mamelouk et sa production littéraire. 2.). 3 BATOUTA (Ibn). vol. vol. 107.2 Cela ne doit naturellement pas cacher des calculs politiques et une stratégie de pouvoir. de ce point de vue.. p. 109. 3ème cycle. Musulmans. p. p. Il n’y a donc aucune distinction entre un arabe et un non-arabe puisque seule l’appartenance à l’Islâm détermine l’appartenance à la communauté. L’avènement au pouvoir des Mamelouks A/ Les Mamelouks bahriyyas (1250-1382)1 La première période du règne des Mamelouks fut celle des bahriyyas. p. 101. éd. de Lettres. les Mamelouks ne constituent pas. Univ. 18. Voyage. du Caire. p. 2 FÉKIRI Ahmed.Cette intégration au monde arabo-musulman a été également facilitée par le fait que l’Islâm en tant que religion ne distingue pas les nationalités et que la question nationale n’a de sens qu’en termes religieux. I. 1949. 2. 46 et vol. Le voyage d’outre mer. Kittat. XXXIII. 366. n°229. p. Fac. 30. vol. etc. p. Les mamelouks Bahriyya (marines) : ils s’appelaient ainsi car le sultan Iybak installa les mamelouk sur l’île Rawdha du bahr Nil. mais il n’enlève rien non plus au fait que bien des monuments historiques attestent aujourd’hui encore de l’essor que connut l’Égypte dans les premières décennies du gouvernement mamelouk. p.3 1 DOQMAQ (Ibn). * SCHEFER. ibid. p. TAFEUR. Les mosquées du Caire et ses écoles depuis la création de la cité du Caire jusqu’à l’époque des Mamelouks Bahriyyas. Travels. 4. * DOPP. Elle se caractérisa par un très grand dynamisme dans le domaine du culte et de la culture et vit s’accroître les lieux consacrés à la religion et à l’éducation (mosquées. 67 * MAQRIZI (al-). Le Caire vu. * CLERGET. en 4 volumes. p. écoles coraniques. des étrangers mais s’intègrent naturellement dans la communauté islamique définie non en termes de race ou de couleur mais de convictions religieuses. Kittat al-Intissar. Saboh al ‘Acha. ? * QALQACHANDI . * ABADY Ahmed Mokhtar (al-). * RÉZIQ Mhmand. 26.

dans un premier temps. dès le bas âge. Les secteurs de l’artisanat et de l’importation se sont considérablement développés. Univ. 72 92 . soldats ainsi qu’une partie des Ulémas) et la majorité des égyptiens. dans la toute première étape de leur éducation. " Mosquées du Caire". Cette période a été également celle de l’essor économique. T. op. l’Islâm faisait néanmoins partie intégrante de leur formation et de leur personnalité. 1973.cit. des Lettres. conséquence immédiate de leur statut de puissance militaire régionale avec d’ailleurs des prétentions internationales qui s’étaient effectivement réalisées une fois les Mongols battus et les Croisés réduits. vol. Cependant. p. encouragés en cela par le nouveau mode de vie des Mamelouks. 1 SAÏD Ibrahim Hassan. vol. L’Égypte a connu une période de gloire qui se reflète dans tous les domaines même si l’essor du commerce extérieur 2 s’est aussi fait aux dépens de l’agriculture. il reste qu’il a aussi agrandi le décalage entre les classes les plus aisées (sultans.185 cf. au maniement des armes et au combat et leur piété réelle ou prétendue 1. émirs. de leur consacrer des Imâms et des éducateurs compétents et de grande notoriété.193/195 et Wiet G. si le développement économique de l’Égypte a permis l’essor. déstructurée dans un premier temps et plus tard complètement dénaturée.La religion et le culte ne furent pas les seuls à avoir bénéficié de cet essor et de l’intérêt accru des Mamelouks pour les institutions religieuses au point que ceux-ci rivalisaient entre eux pour les œuvres de bienfaisance et la construction d’écoles et autres foyers pour orphelins.cit.II. Fac. 2 Quatremère ‘ Mémoires’ G. aussi Clerget. op. Il serait toutefois intéressant de tenter de comprendre ces deux facettes des Mamelouks : leur violence nourrie par leur formation. L’armée à l’époque mamelouk. Moyen de pouvoir en même temps que caution de légitimité politique. Le Caire. I p. Hist. du Caire. des diverses activités. d’autant plus que les Sultans avaient coutume. Thèse Doct. I. n°1184-4563. p.

* NAWAIRI (al-). 1955-1957. l’une des caractéristiques générales de l’État mamelouk a été la multiplicité des tawaefs.B/ Les Mamelouks circassiens (Jarkas / Burdjias)1 : 1382-1517 L’étude de cette période de l’histoire de l’Égypte nous permettra surtout de voir les dissensions entre les Mamelouks Jarkas eux-mêmes. vol. la force des sultans et des émirs se mesurait au nombre de 1 Ils étaient nommés Jarkas a cause de leur origine circassienne ou Tcherkess. n°191* MAQRIZI (al-).3 À la base. cit. Berkeley. par précaution. Encyclopédie d’al-Nawairi. 214. 3 Cf.Fac. TARKHAN. les Mamelouks provenaient de diverses ethnies au sein même du pouvoir. Chaque émir avait aussi des hommes. * POPPER William. Kittat. Ils étaient également nommés Burdjias parce qu’ils étaient installés dans les citadelles (burjs). * ABD ASYAD Hakim Amine. correspond nettement plus à la division et aux luttes internes. Sytematic A. Les dissensions internes Contrairement à la première période des Bahriyyas qui a été plutôt caractérisée par l’unité et la puissance du pouvoir mamelouk. Le deuxième État Mamelouk (1382-1412). de saisir dans quelles conditions le muhtasib exerçait sa fonction. 93 . 1960. l’aspect militaire de ce dernier faisant que les émirs.2 la deuxième période. Egypt and Syria under the Circassien (1282-1468).. 247. 3ème cycle Univ. ici. I. 2 Cette unité qui résidait dans l’ enseignement et l’éducation islamiques qu’on leur donnait faisaient estomper leurs différences ethniques. L’idée est. des Mamelouks entraînés dans des camps et initiés aux armes. Nihayat al-Arb. celle des Jarkas.. la multiplication des clans ou « tawaefs » et son impact sur la vie politique.). Los Angeles. op. p. de Lettres. p. religieuse et judiciaire du pays. 124-125. Thèse Doct.-C.D. notes to Ibn Taghri Birdi’s chrinides of Egypt (1-11). En effet. Miss 1573 à 1578 (25 volumes) (814 H / 1411-1412 J. B. p. tenaient à former des partisans inconditionnels et qu’ils se donnaient les moyens pour se garantir leur loyauté. Ainsi. II. vol. du Caire .National. Paris. University of California press.

1 Reposant sur la force des armes.leurs alliés Mamelouk. différente des tawaefs existantes. Il avait opté pour les Jarkas mamelouks éparpillés au nord et à l’est de la mer Noire. 283. le pouvoir ne semblait donc tenir compte que de sa propre force. Ne survivaient que les sultans et les émirs puissants car à la moindre faiblesse et au moindre relâchement les concurrents entraient en lutte et parvenaient souvent. leur éparpillement. L’époque mamelouk vit donc se multiplier les tawaefs telles les As-salihiyya. Ad-dahiriyya. de préférence très jeunes et ce afin de mieux les éduquer dans la dépendance et la loyauté. leur courage mais aussi et surtout – raison plus immédiate – leur prix d’acquisition relativement faible (en raison notamment de leur grande nombre). Le pays était ainsi plongé dans un état permanent de luttes pour le pouvoir et de guerres fratricides. C’est essentiellement ce même souci de se préserver qui explique que les sultans recouraient à l’acquisition de nouveaux Mamelouks. As-sufi‘iyya. seule puissance capable de faire taire les autochtones et de dissuader les rivaux. etc. Le soufisme. L’offre semblait dépasser de loin la 1 MOUBARAK Zaky. par la même logique de la violence. II. Al-mansouriyya. Il avait. à leurs fins. vol. voulu former une nouvelle taïfa de Mamelouks. L’idée était de déjouer toute alliance de nouveaux Mamelouks avec ceux qui étaient déjà en Égypte et en Syrie et qui étaient essentiellement des Khawarizmi et des Turcs. L’origine des Mamelouks Jarkas Le sultan Al-Mansour Qalaoun s’était particulièrement distingué par cette politique. en fait. 94 . p. Plusieurs facteurs semblent expliquer ce choix des esclaves Jarkas : leur grand nombre.

acquerront davantage de Mamelouks Jarkas.demande.. À la mort du sultan. en peu de temps. Les Mamelouks Jarkas sortent de leurs remparts De fait. I. as-Suluk. il devenait désormais difficile. Ses enfants.1 Il les logea dans les remparts “burj” d’où leur appellation de “burdjias”. p. t. dans des luttes internes. plus de deux mille autres recrues. op. Le fait que le pouvoir du sultan Qalaoun se soit conservé si longtemps témoigne d’abord de sa force et de celle de ses partisans. ses héritiers ont maintenu et consolidé cette pratique. 756. De tous les esclaves blancs. Ainsi. que le sultan Qalaoun tenait avec rigueur à séparer des égyptiens mais aussi et surtout des autres Mamelouks essentiellement d’origine turque. 95 . Ce sultan avait réussi à bâtir un État si puissant qui allait se perpétuer. Le sultan Qalaoun appliqua cette politique à partir de 1281 avec l’idée fixe d’en faire “des remparts pour moi. son fils Achraf Khalil ben Qalaoun (1289-1293) s’est-il procuré. Chose rare chez les Mamelouks que l’on sait avides de pouvoir et très impliqués. pour cette même raison. Les historiens parlent de quelque trois mille Mamelouks acquis en un laps de temps très court. cit. de tenir les Mamelouks jarkas écartés du pouvoir et de la vie publique. les jarkas étaient les moins chers sur le marché des esclaves. par voie d’héritage. un siècle environ. après lui. pour mes enfants et pour les musulmans”. vu leur nombre. 1 MAQRIZI (al-).

Kanz al modfun wa l Falk al-mashun (Trésor enterré). à cantonner leurs Mamelouks dans des lieux qui leur étaient réservés et où ils étaient éduqués à l’Islâm et aux arts de la guerre. provoqua la révolte des Mamelouks jarkas qui ne retomba qu’après la vengeance de leur sultan par l’exécution des conspirateurs dirigés par Biadra et par l’installation au pouvoir du sultan Al Nasser Mohammed Qalaoun en 1293 en dépit de son jeune âge (10 ans). la population autochtone ne se sentait plus concernée par les affaires du pays et ne 1 SUYYÛTI Djalâl al-Din (al-). Cet âge devait constituer en soi un facteur d’instabilité politique à la fois parce que les autres Mamelouks y virent une nouvelle chance pour reconquérir le pouvoir et parce que les jarkas eux-mêmes y trouvèrent la possibilité d’accroître leur propre pouvoir dans la mesure où le sultan en dépendait étroitement. au Caire et partout en Égypte. L’implication de plus en plus visible des jarkas dans la vie publique ralluma le feu des luttes claniques. Cette décision apparemment de peu d’importance eut néanmoins de graves conséquences dont notamment l’interaction des Mamelouks jarkas avec la population égyptienne mais aussi avec les autres Mamelouks. mais à condition qu’ils rejoignent leur résidence à la tombée de la nuit. 11-12. 96 . La disparition du sultan Achraf Khalil. Le sultan Achraf Khalil rompait avec la pratique de ses prédécesseurs qui tenaient.Le sultan Khalil. leur luxe et leur statut de privilégiés. Pendant ce temps. l’histoire des gouvernements mamelouk paraît être une suite quasi ininterrompue de guerres et de conflits. fils et héritier de Qalaoun. mort assassiné. Ainsi.1 voire de détenteurs du pouvoir. p. Cette “mixité” avait fini par révolter les Mamelouks turcs qui jalousèrent leur aise. par précaution tout autant que par tradition. les autorisa à sortir de leurs remparts et à se mêler aux égyptiens.

op. Les tentatives de déstabilisation du pouvoir se multiplièrent. Pour leur part. fort de son expérience et connaissant bien les jarkas. L’émir Sayf ad-Din Karji pouvait enfin. Elles furent les conséquences d’un refus à cette hégémonie turque. 1 Pour de plus amples détails. L’arrivée de Katabgha au pouvoir mit fin à leurs ambitions politiques avant que ne lui succède le sultan Lajin (12921298) qui. les Jarkas savaient que la situation n’était pas. œuvra pour les diviser. ne fut pas plus tendre avec eux. lui aussi. cit. 97 .. organiser une conspiration qui avait abouti. Katabgha le turc. Un chef militaire. dans son ensemble. la masse continuait à voir dans les Mamelouks les sauveurs de l’Islâm et ses protecteurs face aux forces étrangères auxquelles les Mamelouks étaient en butte et qu’ils parvinrent effectivement à contrecarrer. 129 et sq. Katabgha ainsi que Lajin avaient opté pour le soutien des Mamelouks turcs pour briser l’influence des Jarkas et plus tard leur rébellion.réagissait que passivement à tout ce qui provenait des sphères mêmes du pouvoir. cette situation allait vite changer avec la dégradation de la situation économique et du climat social. les jarkas voyaient dans ces deux sultans les symboles de la domination des Mamelouks turcs. en 1298. Ils étaient d’ailleurs sévèrement contrôlés afin de couper court à toute tentative de renversement. p. en leur faveur et qu’ils ne pouvaient compter que sur leur propre force. voir TARKHAN. Toutefois. Certains furent dispersés au Caire et il ne garda que quelque quatre mille soldats dans la citadelle ou « qual’a ».1 De fait. La situation politique et sociale ne lui paraissant pas pire qu’elle ne l’était au temps de leurs prédécesseurs.

p. 120-121. De même les Jarkas avaient déjà fait preuve. leur parcours ne différait en rien. en connaissance des rapports de force. t. 3 MAHASSIN Yûsuf Ibn Taghri Bardi abû (al-). d’un grand courage. I. ne pouvait qu’accroître les craintes du reste des Mamelouks et alimenter leurs propres 1 2 *Cf. MAQRIZI (al-). Une fois consolidée. chef de tous les Jarkas. 140. Ces esclaves blancs. 98 . par l’étendue de ses pouvoirs.Ainsi. plutôt que de tenter de prendre eux-mêmes le pouvoir. au cours du deuxième sultanat d’Al-Nasser Mohammed. de chefs militaires qui en préservent les intérêts. qu’un émir ou un sultan prend en charge pour former une sorte de troupe d’élite. finissent le plus souvent par acquérir.. Ce qui fut fait en 1299. en son sein. lors des guerres avec les Tatars. de ce point de vue. t. cit. histoires des souvenirs de Misr et du Caire). de celui des Mamelouks dans leur ensemble. la troupe (taïfa) se passe le plus souvent de son protecteur et finit par se doter. L’accession au trône de Baïbars. de mettre sur le trône le fils du sultan Qalaoun.. De fait. TARKHAN. p. p. ils optèrent.2 Ils jouaient déjà un rôle très important sur le plan intérieur : privilèges qu’ils acquirent en leur qualité de protecteurs des descendants de la famille (donc du pouvoir) de Qalaoun et encore plus particulièrement d’Al-Nasser au moment où le peuple égyptien s’était attaché à ce sultan. D’autant plus que leur influence ne cessait de s’accroître et notamment celle de Baïbars Jenkiz qui s’était particulièrement distingué. 1 Il faut dire que plusieurs conditions encourageaient à renforcer le pouvoir et l’influence des Mamelouks Jarkas. 866 Cf. Certains émirs Burdjias avaient contrecarré cette conspiration mais la plupart des Jarkas étaient en sa faveur. par la force de leurs armes. un poids politique. as-Suluk. op. suite à leur victoire (au début du XVIème siècle). cit. op. An-Noujoum (Brillantes étoiles. 8.3 Plusieurs Mamelouks Jarkas étaient devenus émirs à cette époque. notamment en Syrie.

Il ressort donc que la division était une constante politique assez caractéristique du pouvoir des Mamelouks . op. les luttes entre Jarkas et Turcs devinrent trop fortes pour permettre une quelconque stabilité de l’État mamelouk alors en proie à toutes les ambitions. Les luttes intestines étaient si fortes et si récurrentes qu’elles avaient toujours menacé la stabilité des divers pouvoirs et qu’elles finirent par les renverser. Ainsi. p. Ce même désir d’hégémonie et de puissance s’était déjà manifestement exprimé dans la volonté des Mamelouks de se dissocier 1 SA‘AD Ahmed Sadoq.”1 La bureaucratie de l’État central avait elle-même fourni le mauvais exemple pour l’ensemble des Émirats qui lui étaient réellement ou artificiellement rattachés. Plusieurs chefs “turcs” refusèrent de reconnaître son pouvoir.ambitions. ‘Histoire sociale et économique de l’Égypte depuis l’époque pharaonique jusqu’à l’époque Mamelouk (partie “la démocratie et la bureaucratie”). 3. 408 et 414-452. Les conditions politiques s’étant particulièrement dégradées. l’historien Ahmed Sadoq Sa‘ad affirmait à ce sujet qu’“il n’y avait d’accord au niveau du pouvoir que quant à la manière de soumettre le peuple. 99 . cit. le fait que les gouvernants ne soient que peu impliqués dans l’économie du pays. Certains historiens y voient en cela une des raisons aux conflits internes qui ont secoué la période mamelouk.. Les caractéristiques du pouvoir mamelouk A/ Le caractère bureaucratique Le pouvoir mamelouk était caractérisé par une nature bureaucratique très prononcée. notamment les travailleurs et les démunis. a tout autant facilité leur richesse qu’avivé les luttes de clans. Ainsi. autrement dit qu’ils se soient situés en dehors de la sphère de production.

1993 (n°03b 1152). en dépit des guerres intestines. pour relever ce qui. l’Islam se trouvait sans Imam. essentiellement sur le pouvoir en Égypte. Les Tulunides. op. Les Mamelouks régnaient désormais en maîtres mais cela n’a pas empêché les guerres intestines. An-Noujoum (Brillantes étoiles. Il importe de souligner pour l’ensemble du système mamelouk que. Ces dernières remontaient déjà. p. quand le sultan Modhaffar Kotz (1259-1260). B/ Les conflits internes aux Mamelouks Il serait trop long de s’arrêter sur tous les conflits internes que le système mamelouk a connu. * HASSAN Zaky Mohammad. histoires des souvenirs de Misr et du Caire). de tous les régimes politiques.. Il n’empêche qu’à long terme un affaiblissement sur le plan intérieur commençait à se faire sentir avec l’intervention de plus en plus croissante des éléments étrangers. première manifestation d’une cristallisation de l’élément turc : Ahmed Ben Touloun. Depuis la prise de Bagdad par les Turcs mongols et le meurtre du dernier calife abbasside. caractérisa ce système et le cours des événements en Égypte mamelouk 2. 84. 100 . Paris. p. 1 HITTI Philippe. exercé une influence notable sur la politique étrangère et les Mamelouks faisaient figure de puissance régionale. avec l’avènement de la dynastie des Toulounides. Nous nous limiterons donc à l’essentiel. Et ce. 112.du califat. Philippe Hitti1 relevait déjà ce fait au temps des Toulounides. Planial). notamment turcs. cit. s’apercevant du danger et de la menace mongole. il avait tenu à affirmer son indépendance vis-à-vis du califat de Baghdad. Ce premier constat est intéressant dans la mesure où il confirme le caractère progressif de l’État mamelouk. détrôna Ali Ben Aybak et se déclara Sultan. Au IXème siècle. étude de l’Égypte musulmane à la fin du IXème siècle (868-905 H). en 868 à la tête de l’État en Égypte. à notre point de vue. de 1250 à 1517) et ce.. vol. Ces conflits internes n’ont pas. c’est celui qui a régné le plus longtemps (deux siècles et demi. quand. toutefois. 2 MAHASSIN Yûsuf Ibn Taghri Bardi abû (al-). Thèse Doct. Sorbonne. ‘Précis de l’histoire des arabes’ (traduction de M. au temps des Mongols. I.

101 . Ceci créait naturellement des contestations souvent plus facilement étouffées et contenues quand il s’agissait du peuple que quand elles émanaient de leur propre sphère. en Islâm. c’est ce qui explique d’ailleurs leur intérêt pour tout ce qui touche au domaine religieux contrairement aux jarkas. Les bahriyyas. les Mamelouks ne laissaient guère qu’une petite marge de responsabilité administrative et sociale à leurs administrés. Parce qu’ils avaient prise immédiate sur toutes les décisions (nationales et locales). À cette situation s’est ajoutée la bureaucratie comme mode de pouvoir. Il s’agissait de guerres de sérail auxquelles la masse égyptienne était plutôt étrangère. 60 à 64. La première période des Mamelouks – celle des bahriyyas – n’était pas exempte de dissensions et de luttes internes entre les divers émirs et leurs hommes. Dans ce contexte. Nous 1 SALAMA Ibrahim. sultans et émirs. à l’exemple des janissaires. c’est-à-dire celles qui opposaient les diverses factions. p. n’avaient que peu de rapport avec le peuple. étaient éduqués. L’une des caractéristiques communes est que l’État était entre les mains des seuls Mamelouks. dès leur jeune âge. chaque émir essayait de renforcer sa position non pas en se garantissant la faveur ou la sympathie du peuple mais en incorporant le plus possible de Mamelouks au point que ceux-ci s’étaient constitués euxmêmes en cercles plus ou moins fermés.Les guerres intestines. " L’enseignement islamique en Egypte". La comparaison des deux époques bahria et Jarkas nous permet de relever des points de similitude mais aussi de grandes différences entre les deux systèmes de pouvoir. Mais c’est surtout la seconde étape 1 qui nous intéresse parce qu’elle nous éclaire dans quelles conditions le muhtasib exerçait sa fonction.

Au niveau des Mamelouk sultaniyya Au sein de la hiérarchie militaire. ce qui était déterminant dans la vie politique et économique du pays. de la distribution des terres. de revenir de manière analytique sur les diverses tendances qui ont caractérisé le pouvoir mamelouk sous ses diverses facettes. Il en résulta une concentration des grandes propriétés terriennes ainsi que leurs richesses entre les mains de la frange dominante des Mamelouks et l’appauvrissement de l’ensemble des petits propriétaires. suite à l’expropriation de petits agriculteurs au profit des militaires les plus privilégiés qui. par voie de conséquence. renforcèrent leurs positions et leur pouvoir économique. les Mamelouks étaient de fait les seuls à pouvoir préserver leurs prérogatives aux divers échelons de l’État : qu’il s’agisse du sultan lui-même ou de l’armée et des diwans ( conseils ). Ceci allait permettre dans un premier temps de monopoliser les terres les plus fertiles. il est possible de distinguer les Mamelouks sultaniens (al-mamâlik as-sultaniyya) qui dépendaient directement du sultan et étaient eux-mêmes subdivisés en diverses troupes ou tawaefs telles que les Khâsiyya (gardes rapprochée du sultan). les Mamelouks muchtarawat appartenant au sultan en exercice ou encore les Sinniyya qui étaient repartis en deux 102 . dans la première comme dans la seconde période. en ce qui suit. Au niveau du pouvoir Comparés aux gouvernés. les Karanis (Mamelouks des anciens sultans).essayerons. Le diwan de l’armée était également en charge.

16-17 et ASHOÛR Saïd. Cette catégorie constituait une troupe spéciale dans l’armée dont l’importance dépendait étroitement de la position de leur émir au sein de la hiérarchie du pouvoir.C. 1891. aussi bien au Caire que dans les petites localités. voir QALQACHANDI (al-). Il s’agit d’un tableau topographique.catégories : ceux appartenant aux sultans anciens et ceux affiliés aux émirs et transférés au diwan des nobles. 103 . 354 et suivantes. t. 115-116. Paris. voir ZAHIRE Khalil Ibn Chabin (al-). viendront s’ajouter à ces diverses catégories les propres Mamelouks des émirs. il y avait. P. et les Mamelouks al-galban auxquels le sultan conférait des tâches administratives précises pendant son absence. 2 Pour plus de détails quant à l’organisation administrative. Plus tard. Comparaison entre la période Jarkas et la période Bahride 1 Pour plus de détails. les émirs ‘tablakhana’ (ayant quarante à leur service). Ainsi. p. p.). l’administration était exclusivement mamelouk. historique et politique de l’empire des sultans mamelouk de l’Égypte en 839 H. Miss 1724 (876 H / 1479 J.2 4. Ils constituaient le cœur de l’armée avec deux catégories principales : les bahriyyas – gardes du sultan et des émissaires–. les émirs de ‘dix’ et les émirs de ‘cinq’. L’Égypte à l’époque mamelouk. aux titres et fonctions. Dans tous les cas. Les historiens nous apprennent que le nombre des Mamelouks affiliés à chaque émir dépendait de l’importance de ce dernier. du temps des bahriyyas comme de celui des Jarkas. Sobh al-A‘cha. 4. on distinguait d’entre les émirs de ‘cent’ (c’est-à-dire ayant cent Mamelouks).1 Parallèlement aux mamalik as-sultaniyya. National. les Adjnad Al-halqa.

104 . Cet exclusivisme et cette rigueur ne sont pas sans rappeler que ceux-ci. op. initiés aux luttes internes. comme ce fut particulièrement le cas des Qalaoun. Souvent.1 Il arrivait aussi qu’un sultan fort durait et que le pouvoir se transmettait à son fils mais c’était moins la conviction du principe du transfert par héritage que parce que la concurrence entre les divers émirs et chefs militaires était si grande que les Jarkas préféraient remettre les rênes du pouvoir. est que tous les sultans étaient des jarkassiens et que seuls ceux-ci avaient la possibilité d’exercer le pouvoir. à écarter tous leurs opposants et à adopter une politique de “fermeture”. de ce point de vue aussi. le temps d’une clarification des rapports de force. à un homme jeune ou faible. L’État Jarkas avait duré en tout cent trente-quatre ans et connut vingtcinq sultans dont neuf avaient gouverné pour cent trois ans alors que les seize 1 Cf. Ce fait explique que le pouvoir mamelouk a souvent été exercé par de jeunes émirs. le descendant direct du sultan n’héritait du pouvoir que pour quelques mois tout au plus.Tout d’abord l’un des éléments importants dans l’histoire des Jarkas. À la différence de la première période mamelouk qui adopta le principe de l’héritage dynastique. avaient finalement réussi.. à leur manière. les maîtres de la deuxième période mamelouk le rejetèrent. ce qui marque. la différence avec la conception “marine” (bahria) du pouvoir où le principe d’héritage était pleinement adopté. 152. autrement dit de la seconde période mamelouk. Ce même fait témoigne de l’intensité des concurrences turco-jarkas comme l’illustre la préférence des Mamelouks d’origine grecque (Khâchqadani et Tamarbagha). TARKHAN. p. les maîtres étaient les grands émirs ou chefs militaires plutôt que des sultans. cit. De fait.

du pays et à une capacité inégalable à “diviser pour régner”. L’éducation religieuse n’avait plus cours. p. Methuen. le fait même qu’ils n’étaient pas éduqués. les guerres et l’instabilité politique. C’est dire la concentration du pouvoir entre les mains d’une même caste désormais forte. plus que tout autre. l’État Jarkas avait largement encouragé les activités culturelles et scientifiques.1 Le choix de n’“importer” que des Mamelouks adultes allait se traduire de manière concrète dans la politique des jarkas qui rompait de manière définitive avec les pratiques anciennes. La réussite d’un sultan correspondait dans ce sens à une maîtrise totale. 325-326. Certains émirs ne parlaient même plus l’arabe. ce qui confirme cette politique de “fermeture” et accroît son isolement. d’où le décalage encore plus grand entre gouverneurs et gouvernés. 105 . Ainsi. se substitua la malice et l’intelligence comme moyens de survie et comme critère de pérennité. London. des arts et des sciences en général. plus le sultan avait de chance de préserver son sultanat. les sultans Jarkas avaient également compris que la religion devait jouir d’une place de choix dans leur politique et en constituer un pilier. Cela était de nature à renforcer d’avantage les tentations du pouvoir. à la force militaire et au courage relégués en quelque manière à un deuxième plan. 1924. Enfin. à l’instar des anciens Mamelouks. affaiblissait leur loyauté vis-à-vis de leurs chefs.autres sultans s’étaient partagés les trente et une années restantes. Conscients de cette nécessité et des profits qui 1 LAN POOLE Stanly. A history of Egypt in the middle age. Bien des sultans se sont distingués par leur amour de la littérature. À l’instar de leurs prédécesseurs. Plus les tawaefs étaient divisées et affaiblies. éd. par la force des armes. En outre.

des arts. plus les Mamelouks devenaient influents et échappaient de ce fait à leur contrôle. Il y avait souvent régné un climat d’instabilité politique et de terreur. La manière souvent très violente de réduire au silence leurs opposants conduisait les sultans à chercher un certain réconfort et une compensation dans l’encouragement des activités culturelles et religieuses. Une fois leurs ennemis écartés. souvent associé à la richesse culturelle et scientifique et à la réalité de la religion toujours déterminante et souvent considérée comme un facteur de stabilité politico-sociale. 106 . Mais telle n’est tout compte fait qu’une explication secondaire. L’essentiel était de pérenniser le pouvoir en se donnant les moyens de se garantir l’adhésion de la population arabomusulmane très sensible au mythe du califat. Les sultans étaient d’ailleurs. La participation du peuple s’est réduite à la seule contribution dans le domaine de l’artisanat. des lettres et des sciences qui connurent alors un grand essor. plusieurs sultans avaient tenu à multiplier les œuvres de charité et encouragé la construction de mosquées. d’hôpitaux et d’écoles. les sultans se donnaient le temps et les moyens d’admirer les œuvres littéraires et scientifiques. Plus les sultans recouraient à la force pour rétablir l’ordre. relativement faibles. Ce fait. à l’avantage du pays. L’Égypte a sans doute beaucoup souffert des divisions et des troubles que connut l’État Jarkas. était aussi une manière d’utiliser la religion à des fins politiques et était surtout à l’avantage des sultans eux-mêmes qui purent ainsi gagner la sympathie de la population écartée du pouvoir mais toujours soucieuse de son héritage religieux. en dépit de leur force et de leur violence envers leurs opposants.pouvaient être tirés d’une telle politique.

D’ailleurs. en se gardant de donner la moindre possibilité à des pays étrangers d’intervenir dans ces conflits. 107 . 1 2 Cf.. L’avènement du pouvoir toulounide à une époque où le califat se maintenait encore avec force témoigne aussi des difficultés que rencontrait le califat en Égypte en raison justement de l’opposition égyptienne à Baghdad et du désir du califat de faire face à cette opposition en la matant en faisant appel à des hommes militairement efficaces. op. Pour plus de détails. Et ce. TARKHAN. d’abord avec les Toulounides. avaient toujours tenu à limiter les conflits à la seule sphère interne du pays. ce qui accrut énormément et de manière durable les risques d’explosion sociale et le sentiment de peur chez une population qui souffrait déjà de bien des privations et qui n’était pas représentée sur le plan politique. s’ils avaient provoqué d’incessants troubles. l’histoire de l’Égypte confirme cet incessant souci d’indépendance vis-à-vis du pouvoir central de Baghdad. pleinement mis en pratique par les sultans jarkas. puis sous les Ikhchidites et les Fatimides. cit. C’est aussi ce même aspect qui explique la longue histoire de l’opposition égyptienne au pouvoir central et aux pouvoirs locaux successifs. d’où le recours à Ahmed Ben Touloun.2 Leur bureaucratie s’explique par ailleurs par le fait qu’ils n’ont jamais été directement mêlés aux masses populaires et qu’ils avaient toujours constitué une classe à part éduquée dans les palais et entraînés dans les camps aux ordres et aux armes. 260-262 et aussi IYAS (Ibn). 144. op. Il est toutefois à noter que les sultans Jarkas... ils avaient appris l’Islâm non pas dans les mosquées et au contact du peuple mais dans des lieux distincts. voir TARKHAN. p. Tarih Misr (L’histoire de l’Égypte).1 Ils étaient conscients que c’est surtout l’état d’indépendance vis-à-vis des puissances étrangères qui pouvait garantir la pérennité de leur État. op. cit. 286.Le principe de diviser pour gouverner. cit. p. Musulmans. p. eut aussi pour conséquence de maintenir les luttes entre les divers tawaefs et de livrer ainsi le pays à la violence. à l’écart de ce peuple qu’ils allaient plus tard gouverner.

Nous nous contenterons dans l’immédiat d’affirmer. Au sommet de l’État. assez puissant à ses débuts mais de plus en plus affaibli par des conflits internes. Ainsi. politique. même s’il y a eu effectivement des évolutions assez marquantes. La corruption de l’État dans son ensemble et la passivité de la population écartée du pouvoir ont servi de tremplin à ce déclin. on trouve le représentant du sultan – na‘ib as-sultan – que l’historien Al-Qalqachandi 108 . Sur le plan économique. II. et en dehors de la personne du sultan. Une administration militaire hiérarchisée La structure même de l’État et de l’administration mamelouk illustre le caractère essentiellement militaire du pouvoir. y compris pour leur propre survie.Il y a en effet dans l’ensemble de l’État mamelouk – Bahrides et Jarkas – un paradoxe assez important : Le fait que. pour des considérations militaires et sécuritaires (maintien de l’ordre). pour ces mêmes considérations. 1. L’étude des applications de la hisbah et du rôle du muhtasib nous donnera l’occasion de revenir de manière assez détaillée sur les divers aspects de la vie sociale. que l’Égypte mamelouk était pour l’essentiel un pays multi-ethnique. suite à tous les historiens musulmans qui ont traité cette époque – notamment Abou-lMahasin. Les structures administratives de l’État 1. le nombre de Mamelouks ne cessait. d’augmenter. Al-Maqrizi et Ibn Hajar –. économique et religieuse (en particulier du point de vue moral) du pays très marqué par deux siècles et demi de gouvernement mamelouk. la situation de l’Égypte ne paraît pas très différente de celle de leurs prédécesseurs. les maîtres dépendaient toujours de leurs “esclaves”.

il n’a de pouvoir de décision que de manière occasionnelle. ce qui n’est pas sans confirmer la nature militaire de l’État. le na‘ib partage avec lui la fonction de décider. Moins important que le premier. Il s’agit d’un titre de noblesse attribué exclusivement pour le commandant militaire. Ce sont souvent ces hommes qui disposent du pouvoir réel. d’accorder les titres d’Émirats et de distribuer les terres. pendant la période du pèlerinage ou de circonstances comparables exigeant le déplacement du sultan. Le A‘atabek. Les na‘ibs sont à leur tour hiérarchisés en na‘ib kafil (ou na‘ib alhadra) qui gouverne en présence du sultan et en na‘ib al-ghayba qui. Son rôle sous les Mamelouks s’était considérablement réduit au point que certains en refusaient la fonction car elle se résumait à la gestion des impôts seulement. ne gouverne qu’en son absence. Les historiens font remarquer à leur sujet qu’ils sont rarement désignés. à savoir en temps de guerre. 3. contrairement au premier. Soulignons toutefois que la 109 . Le vizir (ministre). Bras droit du sultan. Officiellement. 2. Cette hiérarchisation résume l’ensemble de l’administration mamelouk où l’on voit se suivre en ordre d’importance des titres et des fonctions essentiellement répartis en termes de force. à la différence du temps des abbassides où le vizir était considéré comme la deuxième personnalité dans la hiérarchie politique. il est na‘ib as-sultana mais il n’est pratiquement rien dans les faits. C’est même la preuve parlante de l’aspect peu politique de l’État et de son caractère manifestement militaire. distinctions que transcende une opposition de base entre ‘arbab as-suyouf (hommes/maîtres de l’épée) et ‘arbab al-qalam (hommes/maîtres de plume).désigne sous le nom de deuxième sultan. Ils prennent le pouvoir par la force.

p. voir ASHOÛR Saïd. l’Égypte était divisée en vingt quatre ‘‘qîrat’’ dont quatre revenaient au sultan. Il était spécialisé dans la lecture et la rédaction des correspondances et de l’administration courante. QALQACHANDI (al-).. Histoire de civilisation. Il se consacrait à la gestion des terres revenant à l’État. C’était le juge des juges chafi‘ites. op... fabriques de savon. ateliers de couture. 138 et MAGED A. cit.2 b) Le diwan de incha’ (rédaction). dix aux émirs et les dix restants aux Mamelouks as-sultaniyya et aux ajnad al-halqa ainsi qu’à certains ‘Uriban et Turkmen. On notera qu’en raison de l’importance des awqafs et du rôle du muhtasib chargé de leur contrôle. magasin et entrepôts de fruits et légumes. 1 2 Pour plus de détails. op..1 Les diwans Pour ce qui est des diwans. les seconds la compétence mais dans une hiérarchie qui ne reconnaît à celle-ci qu’un statut subalterne. c) Le diwan des hubus/ awqafs (terres de l’État). op. ceux-ci étaient trop nombreux au temps des Mamelouks. Les premiers représentent la force.. p.. on relève également la même hiérarchisation avec : a) Le diwan de l’armée qui s’occupait de la distribution des terres.. cit.deuxième catégorie demeure plus ou moins ouverte aux égyptiens autochtones alors que les ‘arbab as-suyouf sont exclusivement des Mamelouks. 36-37.). etc. Les awqafs n’étaient pas exclusivement restreints comme par le passé aux terres. aux boutiques. fours. cit. aux lieux de culte et aux caravansérails mais ils comprenaient également des entreprises artisanales et industrielles de toutes sortes (moulins. Au temps des Mamelouks. p. 358-359. 110 . Ce diwan était dirigé par un cadi (juge) appelé nadir al-’awqafs.

des ahra’ (fruits) ou encore des al-murtaja‘at (concessions des émirs). C’est dire à quel point la situation administrative s’était dégradée. Cette hiérarchisation apparemment savante et fortement spécialisée n’était cependant que le produit de l’arbitraire auquel les fonctionnaires étaient eux-mêmes soumis car toutes ces fonctions dépendaient en fait très étroitement de la volonté du sultan. Cette situation devenait encore plus grave quand on connaît l’ampleur de la corruption qui était devenue le moyen de se garantir les faveurs du sultan lui-même et de ses hommes. Ce phénomène s’était accru au début du XIVème siècle soit.. distinct.) Ce n’était plus un “pot-de-vin” directement glissé mais l’office faisant l’objet d’un “affermage”. D’autres diwans étaient moins importants. leur incompétence et leur manque d’esprit religieux et de 111 . “De la corruption on passa à la vénalité (. par exemple. De ce diwan en dépendait un autre. De la corruption. les chroniques.. disaient... sans ambages. après cinquante ans de pouvoir mamelouk.) Ces titulaires ainsi enrôlés se signalèrent par leur ignorance. Ce dernier désignait ou relevait sans aucun contre-pouvoir. comme... Les corrupteurs imposaient ensuite à leurs administrés des taxes qui n’avaient d’utilité que de compenser leurs propres dépenses en matière de corruption. (. à peine. celui des tawahin (moulins).d) Le diwan an-nadar était chargé de la gestion du budget de l’État. créé par le sultan Al-Nasser Mohammed (1327) et qui était spécialisé dans la gestion du budget consacré au sultan.

et IYASS (Ibn). cit. p. a connu de nombreuses révoltes dues essentiellement à des abus de pouvoir.. 112 . renforçant de la sorte la dégradation de la fonction publique. en effet.”1 Cette pratique s’était donc généralisée du temps de Barsbay qui en légalisa le principe. 1 2 DARRAJ Ahmed. Thèse Barsbay. Histoire de l’Égypte. cit. notamment dans sa deuxième moitié. 1-110 TARKHAN. Ainsi. 260 et sq. Parallèlement aux violences qu’il pratiquait. au fur et à mesure que la situation socio-économique se dégradait. la religion prenait de l’importance. 286 et sq. qu’il s’agisse de mamelouk trop ambitieux ou des Égyptiens révoltés par le cumul des injustices sociales et la dégradation continue de leurs conditions de vie. op. Histoire de l’Égypte.. cit. L’examen du rôle et du statut de la religion ainsi que de l’usage qui en a été fait s’avère. notamment les fonctions juridiques et religieuses.2 L’époque des Jarkas allait confirmer cette tendance vers la désintégration compensée toutefois par la violence de l’État à l’égard de ses opposants. L’époque des bahrias. Dans ce qui suit nous essayerons de voir de plus près le support religieux qui a beaucoup servi aux Mamelouks..moralité (. Celle-ci fournissait un prétexte mais aussi un moyen de récupération. le phénomène prit une ampleur considérable. p. non pas comme vrai mode de gouvernement mais comme institution officielle de nature à faire taire. l’opposition. op. op. la corruption généralisée et la tendance de plus en plus marquée des Mamelouks à monopoliser le pouvoir quitte à s’affaiblir eux-mêmes en rompant leur propre unité et en se départageant en clans ennemis.. par une sorte d’artifice. le pouvoir faisait grand usage de la religion. très éclairant à cet égard. p..) À l’époque de Barsbay.

L’Égypte était divisée en deux zones.2..L’institution de la hisbah a) La fonction de la hisbah et son évolution La hisbah. 113 . Elle avait surtout l’inconvénient de faciliter la mainmise de l’État sur cette institution dans la mesure où il suffisait de corrompre les trois principaux muhtasibs pour avoir finalement en main l’ensemble des titulaires de la hisbah. en tant que fonction administrative. Sous les Mamelouks. nombreux et dispersés. ce qui permettait d’agir sur le terrain dans un esprit de proximité et 1 TYAN E. le second celui du vieux Caire (Misr ou Fustat). Au bas de l’échelle la hisbah était aussi hiérarchisée de manière plus diffuse à travers les titulaires. Le plus important était celui du nouveau Caire (al Qahira). était hiérarchisée. la centralisation de la hisbah peut paraître contradictoire avec la nature des marchés. elle occupait le cinquième rang dans la hiérarchie des fonctions religieuses. On peut se demander à quel point cette organisation pouvait-elle se révéler utile pour le contrôle des marchés et des mœurs ? En fait. 625. cit. op. Les muhtasibs de province étaient considérés comme les vicaires du muhtasib de la capitale dont ils relevaient”1 Alexandrie avait un muhtasib distinct dont la responsabilité ne dépassait pas les limites de la ville. nord et sud. Les deux muhtasibs du Caire avaient le pouvoir de nommer et de révoquer “les titulaires des divers postes de hisbah de leur ressort respectif. trois postes principaux de hisbah fonctionnaient : deux au Caire et un à Alexandrie.. les corps administratifs et les nombreux assistants. p. À cette époque.

p. comme le rapporte Al-Maqrizi. théoriquement du moins.1 Dans cet esprit.. op. Les attributions de ce dernier sur les marchés restent naturellement dans le domaine des attributions temporelles mais demeurent toujours liées. de parcourir le marché pour surveiller les artisans et les marchands (sédentaires ou ambulants). on peut dire qu’il s’agit du contrôle de l’exercice du commerce et de l’industrie dans la ville. En plus de ces auxiliaires.2 Il nous signale que ces agents et les 1 2 TYAN E. p. En dehors des fonctionnaires subalternes qui faisaient partie intégrante de la hisbah. op. 114 . Celles-ci relèvent du droit privé : contrôle des professions et des métiers. le muhtasib se faisait aussi assister par des auxiliaires privés qui étaient des personnalités choisies dans chacune des corporations. en cas de besoin. Tyan déduit que “d’une façon générale.d’efficacité. E. cit. aux attributions religieuses. 2ème partie. etc. 30. Au regard de ces diverses attributions. Elle reflétait la nature du pouvoir qui en définissait les critères et les pratiques. aussi bien pour les marchandises locales que pour les produits importés. les agents du muhtasib étaient chargés. de la nature des produits proposés à la vente ou encore des prix pratiqués. QUATREMÈRE.. Ces aides ou ‘arifs avaient pour mission de tenir constamment le muhtasib au courant des événements majeurs ou mineurs qui se produisaient au sein de la corporation et sur les marchés : qu’il s’agisse des comportements sociaux des gens du métier auquel ils appartenaient. à la police (shurta) et à l’aide du gouverneur. C’est là l’attribution principale. Certains écrits historiques mentionnent la shurta comme mise à la disposition du muhtasib. 635. le muhtasib pouvait aussi recourir. essentielle du muhtasib”. cit.. des rapports de voisinage. Mamelouk.

muhtasibs ,en général, devenaient encore plus actifs en temps de disette et de crise. Ainsi relève-t-il, par exemple que, vers la fin du VIIème siècle de l’hégire, le muhtasib avait sévi contre les marchands qui vendaient de la chair de chien ou de charogne. Mais au-delà du caractère plus ou moins fragmentaire de cette information, on peut remarquer que le contrôle de la viande (donc des boucheries) a toujours été une tâche importante du muhtasib dans les villes et les cités musulmanes. Cela tient aux restrictions religieuses de base quant au respect de certains interdits alimentaires (interdiction de consommer les bêtes mortes (la “mayta”), etc.). En dehors de la qualité et des prix des produits, le muhtasib devait aussi, comme précédemment signalé, contrôler la conduite des hommes et des femmes dans les marchés, ce qui rappelle le caractère moral de sa fonction. b) Les limites d’application de la hisbah E. Tyan, définissant la hisbah en termes généraux, la qualifie d’administration très scrupuleuse “marquée par un souci remarquable du confort, du bien-être et de l’hygiène publics.”3 Telle était la hisbah, en théorie, mais la pratique qui en a été faite n’a malheureusement pas toujours été à la mesure des précautions prises par les premiers législateurs. Plus la société se distanciait des textes et plus la hisbah paraissait un simple outil de répression publique. En fait, les problèmes réels de la hisbah ne se posent pas au niveau théorique puisque les textes s’accordent à la définir comme un moyen de contrôle et de moralisation des divers échanges sociaux dans tous les sens du terme échange. Mais c’est bien sur le plan concret, celui de la pratique, que la tâche se complique et que la hisbah rompt avec sa propre nature.
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TYAN E., op. cit., p. 637.

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Toutes les professions exercées dans la ville étaient, en principe, soumises au contrôle1 et à l’autorité du muhtasib défini dans les textes comme le garant de la loyauté, de l’utilité, de la sécurité et de la morale publiques. Cependant, les faits ne cessent de relativiser cette importance et d’illustrer que la hisbah en tant que fonction administrative, a toujours été, sauf aux premiers temps de l’Islâm (à l’époque du Prophète et des quatre premiers califes “bien guidés”), plus au service de l’État que de la population, de l’administrateur que l’administré. En cela, sa définition mérite largement d’être revue et son importance, en tant qu’outil d’équité sociale et de préservation du droit commun et privé, relativisée. Certains secteurs d’activité paraissent, de par leur nature, à cheval entre le moral (au sens large) et le commercial. Ainsi en est-il des maisons de tolérance mais également de la consommation du vin et du haschisch. De même, pour les bains publics. Dans ce cas la fonction de police des mœurs s’ajoute à celle de police de marché et le muhtasib apparaît ainsi comme le point de convergence de ces deux aspects finalement indissociables de la vie sociale. La tâche est naturellement moins complexe quand il ne s’agit que d’appliquer la loi gouvernementale puisque le muhtasib n’en est alors que l’exécutant. Mais cette même tâche qui consiste à contrôler et à sévir devient plus problématique si le muhtasib devait agir réellement au nom de la chari‘ah. Dans ce cas, il n’aurait plus à contrôler, par exemple, les maisons de tolérance puisqu’elles ne sont pas supposées être tolérées dans la cité islamique. Là réside le vrai paradoxe de la fonction de la hisbah qui ne pouvait que “faire avec” cet état de choses et se limiter, ainsi, aux aspects
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“Sans doute, la vénalité envahit-elle toutes ces fonctions”, écrit DARRAJ Ahmed, Thèse Barsbay, op. cit., p. 82. D. Moneimena consacre également une grande partie de son travail à la question du contrôle du muhtasib. Cf. MONEIMENA D., at-Takwin (cf. Bibliographie). Voir aussi BEHRNAUER, Journal asiatique, op. cit., p. 184-185.

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secondaires plutôt que d’agir de manière radicale et dans les termes de la chari‘ah en interdisant tout autant le commerce du sexe que le vin ou le haschich. Évidemment, le muhtasib n’est pas un législateur. Cependant, sa fonction réelle n’était pas dépourvue de complexité ni de paradoxes au gré de la politique et des intérêts des gouvernants et de leurs affiliés qui le soustrayaient à sa tâche religieuse et morale pour le transformer en instrument du pouvoir et de gestion du quotidien qu’il était, et non tel que “les règles du bien-être, du confort et de l’hygiène publics” – pour reprendre les termes d’E. Tyan – voulaient qu’il fut.

c) Le muhtasib et le contrôle de l’appareil judiciaire

Théoriquement aussi, le muhtasib pouvait contrôler les divers rouages de la justice (scribes, notaires, défenseurs en justice). Cette tâche est particulièrement intéressante en raison notamment de son rapport avec la justice. Comme pour les autres professions, le muhtasib désignait un ‘arif qui le renseignait et le tenait au courant des procédures et des événements. Le muhtasib devait toujours veiller, théoriquement, à ce que, par exemple, les documents ne renferment aucune injure ou diffamation à l’égard de quiconque, à ce que les scribes prêtent serment auprès de lui d’exercer leur profession dans le respect de la loi et du droit conformément aux usages et aux règles établies, etc.

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Cet autre aspect de la fonction du muhtasib est là encore indissociable de ses autres activités sur les marchés puisque c’est là que ces diverses professions judiciaires appuient encore sa valeur théorique et l’importance de son rôle social. Comme précédemment, et sans doute de manière encore plus insistante, il convient d’établir une distinction entre la théorie et la pratique. Le muhtasib était habilité à contrôler tous les clercs de justice,1 du plus bas au plus haut de l’échelle. Soulignons que ce contrôle ne pouvait qu’être inégal. Si le muhtasib pouvait facilement contrôler les scribes et les notaires (ces derniers devaient prêter serment devant lui), il ne pouvait en faire autant avec les magistrats. La situation de la justice au temps des mamelouks n’était pas meilleure que celle des autres secteurs. L’importance de la justice mériterait qu’on s’y arrêtât plus longuement car là apparaissent les compétences et les limites réelles du muhtasib. Ce dernier était effectivement chargé de contrôler les notaires, les scribes et les défenseurs en justice et était tenu de ne permettre l’exercice de ces métiers qu’aux gens jugés, par lui, honorables et possédant des connaissances juridiques suffisantes. Néanmoins, l’expansion du phénomène de la corruption était de nature à compliquer cette tâche. Et ce d’autant que les muhtasibs eux-mêmes n’ont pas échappé à ce fléau. Il devenait ainsi évident que le contrôle réel et efficace de ces métiers ne pouvait relever, sous de tels régimes corrompus, que de l’exception. Les quelques muhtasibs encore soucieux de religion et de morale devaient fournir de grands efforts, voire même des sacrifices. Autrement, c’était la connivence qui régnait.
1

Ainsi, quand Ibn Bassam écrit, par exemple, que “les wakalas (défenseurs en justice / avocats) ne doivent pas être des traitres qui, par corruption, s’abstiennent de produire et de faire valoir les preuves dont disposent leurs clients... Ils ne doivent pas s’employer à semer la discorde entre les époux, suggérer à un débiteur qui a reconnu son obligation de nier par la suite, etc.”. On peut comprendre que la situation n’était tout simplement pas bonne et que la corruption semblait faire des ravages.

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Il peut paraître paradoxal que le muhtasib pouvait contrôler le cadi (juge) qui est hiérarchiquement son supérieur. Cette possibilité découle cependant de la nature religieuse et morale de ses attributions. Le fait que le muhtasib était foncièrement chargé de la sauvegarde de la moralité publique et des prescriptions religieuses explique ce pouvoir plutôt moral. En fait, il s’agit moins de contrôler les connaissances juridiques et administratives du magistrat que son comportement dans la société en général et vis-à-vis de ses clients en particulier. Le muhtasib avait surtout pour tâche de contrôler les agissements du magistrat avec les plaideurs et sa façon de tenir son audience. Un traité égyptien du XIVème siècle, cité par E. Tyan, rapporte que “si un cadi se dérobait à la vue des plaideurs quand ceux-ci venaient à lui (...) si bien que les procès restaient en suspens... il appartenait au muhtasib de lui adresser un blâme (...) L’élévation du rang du cadi ne devait pas l’empêcher de le blâmer1”. De même, le muhtasib pouvait interdire au cadi de tenir audience dans tel ou tel lieu. À titre d’exemple, on cite le cas du muhtasib de Bagdad qui, sous le califat de Mustazhir (1094-1118), interdisait au juge des juges de siéger à la mosquée qui, d’après les chafi‘ites, ne doit pas servir de prétoire au juge. La situation au temps des Mamelouks n’était pas si différente de celle qui avait cours dans les diverses régions musulmanes qu’ils contrôlaient. Au Caire, comme à Bagdad ou à Alep, les Mamelouks laissaient cette marge d’action au muhtasib mais on voit que celle-ci se limitait, dans le cas du juge,

1

Tyan ; op. cit. p.646

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aux seuls aspects plus ou moins élémentaires de sa profession : lieu et tenue des audiences, comportement envers les plaideurs, etc. d) Les dysfonctionnements de la justice

Les faits mentionnés précédemment sont sans doute importants pour l’exercice de la justice. Mais ce n’est pas l’aspect le plus important et ce au regard du contrôle plus strict de la corruption dans les milieux judiciaires ou des rapports des juristes et des juges avec le pouvoir politique. Aussi importet-il de rappeler que l’Islâm insiste tout particulièrement sur la nécessité pour les juges de préserver tous les moyens de leur indépendance, en évitant de fréquenter les milieux politiques et en ne contractant pas de dettes dans la mesure où de telles dettes accroissent leur dépendance et ne peuvent qu’influer négativement sur leur jugement et leur appréciation des faits. De fait, la justice a connu un certain nombre de dysfonctionnements qui se sont trouvés amplifiés sous le règne des Mamelouks où la corruption, ainsi que les historiens s’accordent à le rapporter, avait gagné tous les rouages de l’Etat. Al-Maqrizi a fait état de cette situation en écrivant notamment que “l’origine de la corruption était le dysfonctionnement des institutions sultanières (khitat sultaniyya) et la corruption des ministères, de la justice et de la haute administration dans les provinces mais aussi de l’institution même de la hisbah. Ainsi, tout ignorant corrompu, injuste et oppresseur pouvait espérer accéder à ces postes, peu soucieux du grand mal qu’il pouvait faire aux hommes et à leur fortune.”1 Al-Maqrizi, qui avait exercé la fonction de muhtasib, est l’un de ceux qui, respectueux de leur fonction et des principes religieux sur lesquels elle
1

SA‘AD Ahmed Sâdaq, op. cit., p. 421 et ss. L’auteur revient sur les attitudes d’al-Maqrizi qu’il cite souvent.

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était fondée, s’est longuement plaint de la détérioration de la situation sociale, économique et politique de l’époque. De plus, Al-Maqrizi, voyait dans cette situation la cause principale des crises et des famines qui s’abattaient sur l’Égypte. Le dysfonctionnement de la justice et de la hisbah empêche de parler de contrôle rigoureux ou de respect de la religion et de la loi, fût-elle temporelle. Revenant sur la politique des mamelouks et sur la famine, Al-Maqrizi établissait en ces termes un rapport de cause à effet : “Pour qui médite cette situation [la misère et la famine] (...) saura que le mal qui frappait la population provenait de la mauvaise politique de ses dirigeants et gouverneurs et de leur désintérêt du bien des hommes et de la société.”2 Que la hisbah fonctionne mal et que les muhtasibs soient également corrompus ne pouvaient naturellement être que de nature à renforcer cet état de désintégration sociale et politique. Ce qui fait dire à Al-Maqrizi que la tâche du muhtasib, en ces temps, se résumait à la perception d’impôts et de taxes. Al-Maqrizi est parvenu à démontrer que la corruption des hauts fonctionnaires, de la justice et de la hisbah a été, au temps des Mamelouks, la raison essentielle de la détérioration de l’économie du pays. Et ce, dans la mesure où les gens du Rif (les paysans) écrasés sous le poids des taxes et des impôts de toute nature, ont fini par perdre complètement confiance dans l’État et par quitter, en grand nombre, l’Égypte pour d’autres pays. Ce mouvement d’exode avait affaibli l’agriculture et porté des coups durs à l’économie nationale et, par voie de conséquence, au trésor public.

2

Cité par SA‘AD Ahmed Sâdaq, idem.

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mais qui souligne le rapport direct de la justice et de la hisbah d’une part.La situation au temps des Mamelouks était donc encore plus grave et ce à tous les niveaux. et. à un certain moment de l’histoire arabo-musulmane. WIET. 75. somme toute. le muhtasib tel que la chari‘ah voulait qu’il soit. p. 298. connaissait la hisbah pour l’avoir exercée. Ed. au muhtasib consciencieux qui ne se contente pas de caresser dans le sens du poil. Sûlûk. p. donc à la politique. vol IV et G Wiet . p. la hisbah tout comme la justice ne peuvent que perdre de leur effet et se transformer ainsi en instruments de répression et d’assujettissement des masses2”.43 et G. I. Al-Maqrizi représentait. L’exemple du muhtasib de Bagdad ne peut finalement que renforcer l’idée que s’il avait encore existé des muhtasibs qui. pouvaient encore faire face aux “justiciers fauteurs”. C’est aussi une manière d’affirmer que “politisées. de l’autre. 1 2 Maqrizi . le Caire. de dénaturer sa fonction en ne respectant pas lui-même la loi qu’il est supposé devoir faire respecter. Il soulignait aussi leur dépendance à cette époque vis-à-vis de l’État et attribuait la responsabilité de l’ensemble à “la mauvaise politique des dirigeants et des gouverneurs1”. Ighata. 256-257 IBN KHALDOUN . mieux que d’autres. Ici. l’époque mamelouk ne permettait même plus ce luxe de voir un muhtasib reprocher à un juge d’abuser de son pouvoir et. Ali Abdelwahid. comme ce fut manifestement le cas de ses homologues contemporains. Précis d’histoire d’Egypte. en fait. le rapport de ces deux institutions à l’État. vol. le chroniqueur cède la place. À la faveur de ce commentaire. Il est d’autre part significatif qu’Al-Maqrizi qui. a vu dans la corruption des muhtasibs l’une des raisons directes de cet état de délabrement du pouvoir et du pays. pour ainsi dire. p. p 262 122 . L’introduction. MAQRIZI . Précis d’histoire.

y compris auprès des juges. vol. Cette situation était déjà connue à l’époque des mamelouk Jarkas car les jurisconsultes (les juges ou les muhtasibs) étaient pour la plupart des corrompus. L’auteur a vécu au XIIème siècle. Il se distingue par le fait qu’il n’a pas rédigé une texte de nature “théologique” ou “juridique” mais un traité pratique. I. op. p. de mieux comprendre la nature des gouvernements islamiques et les spécificités de la société musulmane. il assistait même à des soirées où l’on buvait et chantait. Leur rôle se limitait donc à justifier les injustices du pouvoir commises aux dépens du peuple en signant les fatawas destinées à accumuler les taxes et les impôts qui alourdissaient sans cesse le fardeau supporté par celui-ci. d’autres auteurs signalent que certains muhtasibs ont continué. Ils étaient la main du pouvoir et sa volonté. 113. 93. Ils profitaient des privilèges matériels et sociaux que leur offrait leur fonction et ne rendaient pas la justice. à l’époque du sultan Barqouq (1382). Ach-chirazi1 signale que le muhtasib avait toujours le pouvoir de contrôler les diverses activités (une quarantaine) et que son pouvoir s’étendait jusqu’au contrôle des juges à qui il arrivait d’interdire de tenir séance dans les mosquées.Cela dit. sous le règne des Mamelouks. à accomplir normalement leur mission. La source pure et le complément du supplément.. Ainsi. Ce traité permet en effet. le cadi Badr ad-Din fut un exemple éloquent de ces juges corrompus . On notera à ce propos que le traité d’Ach-chirazi est considéré aujourd’hui comme l’un des principaux écrits relatifs à la hisbah. L’auteur rapporte que le muhtasib pouvait visiter les conseils des émirs et des walis. cit. leur conseiller le bien et leur déconseiller le mal. cit. de par la richesse des informations sociales et politiques qu’il renferme.1 On peut également noter. 1 MAHASIN Yûsuf Ibn Taghri Bardi abu (al-). parmi les nombreux aspects de la dégradation de la fonction de la hisbah. op.. 123 . ceux rapportés par un savant datant du VIIIème siècle de l’hégire (1400) qui parlent de la corruption des responsables qui 1 ACH-CHIRAZI . p.

sachez que Dieu vous bénit. cit. op. Les différentes personnalités des gouvernants eurent une influence déterminante sur le système judiciaire. Certains1 ont catégoriquement refusé d’être nommés à cause de la corruption institutionnelle de la fonction de la hisbah et en signe de protestation contre l’injustice du pouvoir. op. L’introduction. des juges intègres et honnêtes existaient à cette époque. vol. Au contraire. 124 . que cette fonction est menacée par la corruption. 75 et ABD AL WAHED Ali. p. Al-Maqrizi a dit à propos du sultan anNâsir Mohammed qu’il n’acceptait pas les pots-de-vin et punissait sévèrement leurs auteurs et qu’il avait le plus grand respect pour les juges et les ulémas. En disant : “Concevant la hisba. il y avait des juges nobles comme par exemple Al-Maqrizi. Ainsi par exemple certains gouvernants se rapprochaient en apparence des ulémas et des juges.. 2 ‘IZZ Tarsoussi. Voir de plus l’annexe ‘L’analyse de documents”. Ils s’étaient souvent dressés contre le sultan et ses courtisans malgré les menaces de représailles de la part de ces derniers. p.. Cadeaux pour les turcs. tandis que leurs actes étaient en contradiction avec leurs paroles. cit. Ils ne signaient pas non plus les fatawas illégales. I. Parmi ceux qui acceptaient la fonction de la hisbah. par exemple. la fonction n’est plus utile comme service public et il ne revient plus au Sultan de nommer de muhtasib ni d’accabler les gens au nom d’un service dont il n’ont plus besoin. De même. Citons.2 Toutefois. Ibn Haj et d’autres qui n’ont accepté ce poste qu’à condition que le pouvoir (sultan et émirs) n’intervienne pas dans leurs programmes de réformes. l’argent des honnêtes gens très convoité . Ibn Khaldoun. le sultan Qaytabay et le sultan al-Mu’ayyed ont participé aux recherches législatives des juristes. le sultan Inâl (857-865 H) dont l’historien Abou al-Mahâsin dit que la plupart de ses actes et de ses agissements étaient contraires à la chari‘ah. 37.avait engendré une détérioration de la vie économique et avait même provoqué des famines volontaires. 1 KHALDOUN (Ibn).

le muhtasib dispose d’un pouvoir prétorien aussi bien en ce qui concerne l’incrimination qu’en ce qui concerne la délimitation des sanctions applicables. Le pouvoir de sanction du muhtasib : Sanction morale1 et sanction matérielle2 Ordonner le bien et interdire le mal ne sont parfois possibles qu’en usant des peines prévues par la loi (chari‘ah). en termes de connaissance de la loi. cette époque. La chari‘ah a toujours affirmé l’importance des convictions personnelles du muhtasib et la nécessité de son savoir. D’une façon générale. Traduction de Henri Laoust. Éd.En outre. 200-201. Dans ce qui suit nous essayerons de voir quels étaient ces moyens. Ce qui incite à conférer au muhtasib comme à la police et au qâda ( justice ) les moyens pratiques de faire appliquer la loi coranique. Au contraire. “Pourquoi en serait-il autrement de la loi morale ?” Misr. 1998. 3. 2 TAYMIYYA (Ibn). dont notamment al-hadd. al-qisâs et at- 1 DARAZ M. Pour ce faire. 1 At ta‘zir. p. Outre la fonction morale.ou peines discrétionnaires 125 . et de son honnêteté. De fait. l’intervention des sultans dans la justice a corrompu de telle manière le système judiciaire que. Le pouvoir doit se donner les moyens concrets de se faire respecter. Le Ministère des habous. La morale du Coran. vint à être connue sous le nom de “l’époque de l’injustice”. ibid. le muhtasib avait la faculté de punir. d’un muhtasib ou d’un wali. la chari‘ah a distingué divers types de punitions. Ahmed. p. il ne se laissait jamais corrompre lors de la nomination d’un juge.. 58-60. il les incitait lui-même à être justes et à appliquer la chari‘ah.

Le civisme du musulman.S Paris.. Paris. Les blessures tombent sous la loi du talion. Il est possible de recenser six degrés de punition qui sont : a) Al-Ta‘zir1 Al-Ghazali distingue pour le seul ta‘zir six niveaux : tout d’abord. Créadif Livres. 157. l’adultère. année 1981 1 GHAZALI Abû Hâmid. Peut-être serez-vous pieux !” * Le Coran (sourate V. loi humaine’ conf. Léon Bercher et Sadek Sellam. sans violence aucune et avec pédagogie. Et aussi. Elles ne sont donc pas précisées dans le Coran mais relèvent surtout de l’appréciation du muhtasib. 19? * SOURROUR Ahmed Fathy. verset 45) : “Et Nous y avons prescrit pour eux vie pour vie. La politique pénale. Éd. p. œil pour œil. m’autorises-tu à forniquer ? Alors les gens se mirent à le frapper. Quant aux ta‘azirs. Les crimes et délits auxquels elles s’appliquent ne sont pas non plus arrêtés avec précision. 112. On sait toutefois que le préposé à la fustigation ne devait pas dépasser dix coups de fouet. Extrait Revue internationale 2 de droit comparé. on distingue généralement au niveau de la hisbah les délits relevant de l’homme. . ô gens doués d’intelligence. qu’Allah fasse de moi ta rançon !” – “Eh bien les autres non plus ne la souhaitent pas pour leur fille” “. Trad. 2 GHAZALI Abû Hâmid. Abû Amâma rapporte qu’un jeune homme vint trouver le Prophète et lui dit “Ô prophète d’Allah. les droits de Dieu et les droits mixtes. 39 et 49-50. Elles touchent à la trahison des dépôts. elles relèvent de l’organisation de la société. Éd. et aussi pour ta sœur ?” Etc. etc. les autres non plus ne la souhaitent pas pour leur mère. dent pour dent. ibid.2 du mounkar 12 Les hudud sont des peines arrêtées qui ne peuvent être modifiées. Ces punitions sont donc laissées à l’appréciation du muhtasib ou au pouvoir en place. 1969. Al Shakankiri M. ?. etc. La responsabilité délictueuse en droit musulman. Il s’assit devant lui et le Prophète lui dit : “Aimerais-tu que ta mère fornique ?’ – “Non. p. qu’Allah fasse de moi ta rançon !” – “Eh bien. 126 . Ce qui indique le caractère obligatoire de la douceur. Le Prophète leur dit “Approchez-le ! Viens plus près de moi”. N°III. nez pour nez. l’explication (al-ta‘rif). A E. Elles varient selon les époques. p. La souhaiterais-tu pour ta fille ?” – “Non.ta‘zir. oreille pour oreille. actes considérés par les fuqahas comme s’attaquant aux droits de Dieu. * Le Coran (sourate II. Que le censeur prenne donc exemple sur les prophètes en matière de douceur. À la différence des hududs ( pluriel de hadd ) 2.1 Les deux premières punitions relèvent des droits des individus entre eux. la corruption. Rien ne lui fut plus odieux que la fornication. 1980. l’insulte.. 109-150. répondit le jeune homme.” Cf.. les ta‘zirs ne sont pas des punitions “assistées”. p. fev.. verset 179) : “Vous avez dans le talion une garantie de vie. France 1994. * TYAN E. Elles relèvent de délits tels que le vol. Le Caire. ‘Loi divine .. Selon la chari‘ah. qui en spécifie toutefois les principes généraux.

b) La fustigation E. puis la destruction des lieux de vice qui encouragent le mounkar ou en constituent le siège. .à ceux qui l’ignorent. Toutefois. vêtement de soie pour les hommes.) .la réprimande et l’administration sévères pour le contrevenant récidiviste et de mauvaise foi . puis l’interdiction du mounkar par la voie de l’exhortation et des bons conseils.al-ta‘rif qui consistait à faire connaître au coupable le caractère illicite de l’acte . . Il y distingue cinq degrés : “Les actes par lesquels s’exerce la hisbah relativement aux actes interdits ont été classés par la doctrine religieuse en cinq catégories : . ou encore la menace ( recours à la violence ou à la mise à mort ) et enfin ultime degré la mise à exécution des menaces. la punition est l’ultime recours quand le délinquant récidive sans cesse. .la remontrance envers le contrevenant qui a conscience du caractère illicite de son acte . 127 . etc. boisson enivrante. Tyan s’est intéressé à la question de la fustigation.l’emploi de la contrainte pour empêcher l’accomplissement ou la continuation d’un acte illicite (instrument de jeu. Cette gradation des punitions permet de se rendre compte avec clarté que le but de la punition n’est pas de “punir pour punir” mais de protéger l’individu et la société. ensuite la mise au ban et le rudoiement envers les auteurs de la chose réprouvée.

La hisba en Islam. On distingue aussi deux types ou degrés de fustigation : la fustigation simple qui est infligée par le fouet et la fustigation aggravée qui est infligée au moyen d’un “nerf de bœuf ou de chameau”. 60. 650. 1962.1 On notera donc que la fustigation commence par l’aspect moral avant de recourir à sa mise en pratique. Maison Al ‘Ourouba.) ou de produits (vin. Cette peine s’appliquait aux récidivistes ayant déjà fait l’objet d’une condamnation f) l’amende. etc.. p. lui. Il y a là un rappel permanent de la nécessité de respecter la religion et la société. etc. Des débats ont également porté sur le pouvoir économique du muhtasib. Les points de vue sont à cet égard nuancés mais s’accordent à reconnaître au muhtasib un tel pouvoir.. cit.2 l’interdiction d’exercice de la profession. op. Le Caire. 619. * TAYMIYYA (Ibn). L’organisation judiciaire en pays d’Islam. dans l’école d’Ahmed b. Cette peine était rarement prononcée par le muhtasib e) la déportation hors de la ville. Al-Shafi‘i. un ta‘azir d’ordre moral pourrions-nous dire. p. p. en raison de son caractère infamant d) l’emprisonnement. 28-32.l’emploi de la contrainte sur la personne même du coupable par les menaces et les voies de fait”. TYAN E. c) le tachhir ou tagris.. Cette peine était particulièrement redoutée. 128 . à des cas où nulle contestation ne peut être soulevée et à d’autres encore qui appellent discussion. et. Il consiste à faire promener le délinquant.) faisant l’objet de spéculation ou de monopole... Éd. Hanbal. n’a qu’une seule opinion.. la confiscation du magasin. Le fait est réservé à certains cas dans l’école de Mâlik. p. la mise en évidence est portée sur les précautions à prendre en cas de punition effective et sur le devoir d’étudier les conditions et 1 2 TYAN E. Infliger des peines pécuniaires (‘uqûbât mâliyya) à titre de ta’zir est également une institution canonique. Traduction Henri Laoust. Toutefois. selon l’opinion la plus courante. ibid. 1 SAHAWY Ibrahim Adousouqy (al-).1 comme la destruction d’instrument (de musique. ibid.

129 . La personne même du muhtasib et son degré de respect de la chari‘ah entrent également en jeu. Deux tendances se dessinaient à ce niveau : ceux qui favorisaient l’aspect éducatif et moralisateur de la hisbah et ceux qui. Imprimerie de Bagdad. ibid.les circonstances du délit ou du crime.1 1 GHAZALI. IBRAHIM Nacha‘at. optaient pour la rigueur et la sévérité. mais leurs biens sont chose réprouvable.. au contraire. d’établir des correspondances entre les actes commis et les punitions qui leur sont relatives. Soyez donc doux dans toutes vos actions et vous obtiendrez ce que vous voulez”. 160. dans le choix de la punition en fonction de l’acte commis par le coupable. À la différence des hudud.. 73. Le désordre qu’ils ont occasionné a été de beaucoup supérieur à [la valeur de] l’ordre moral (salah) qu’ils ont essayé d’instaurer. Il a également à se renseigner sur l’auteur du méfait et à déterminer le type de peine qui doit lui être infligée en fonction de la personne et de son passé. (Ibn Taymiyya aussi a confirmé cette idée : “L’erreur commise encore par ceux qui ont pratiqué à tort l’interdiction . Et ce. 1960.. p. pour reprendre les termes de Ghazali. voire sont déterminants car plus il est “pieux et savant”. il s’agit dans ce cas de délits variables et de divers degrés de gravité. dans le but de faciliter la tâche du muhtasib et de réduire la marge éventuelle d’erreur ou d’abus. ibid. autrement dit. * TAYMIYYA (Ibn). Éd. 4. 172 et suivantes. p... plus il est juste dans l’application de la loi. p. Abû Aïcha ajouta “Les gens ordonnent le bien. Les fouqaha’ et les peines discrétionnaires Les fouqaha’ ou jurisconsultes ont essayé pour leur part de préciser autant que faire se peut les punitions. ibid. Bagdad.. autrement dit pour la répression pure et simple. Le devoir du muhtasib est d’essayer d’apprécier à sa juste valeur le degré de gravité de l’acte illicite et les circonstances particulières qui l’ont provoqué.) PACHA Ibrahim.

C’est dans le cadre de cette divergence d’approche qu’a été résolue la question relative à la destruction des moyens utilisés dans l’accomplissement de l’acte illicite (marchandises ou instruments). * TAYMIYYA (Ibn). s’appuyaient sur l’exemple des califes qui ont pratiqué cette punition. la mise en pratique de ces punitions a connu des évolutions comparables à celles de la société dans son ensemble et a varié en fonction des époques. Adab al Kitab. plus encore. arguant que le Prophète n’a jamais opté pour la destruction d’instruments ou de marchandises. * GHAZALI . p. ils optaient en faveur de la distribution de la marchandise aux pauvres. 194 « On sait que l’homme ne naît pas instruit des choses de la loi et le devoir de prédication (concernant cette question) incombe aux savants puisqu’ils sont les plus aptes à connaître ce qui relève de leur métier ». ibid. Les punitions relevant de la fonction du muhtasib confirment l’importance de son rôle dans l’application des lois de l’Islâm (chari‘ah) et le souci du maintien de la moralité et de l’ordre social. p. En ce qui concerne la marchandise faisant l’objet de spéculation par exemple. 198-204. ibid. On notera toutefois que les partisans de la destruction.. pour leur part. L’intérêt public sous-tend la punition et c’est en fonction de cet intérêt et des conditions générales de la société et particulières de l’individu que dépend généralement le ta‘zir. 2 ASSOULY. a été caractérisée par une application stricte des lois et par une rigueur particulière et ce en raison des conditions économiques et des circonstances du marché. Toutefois.. Certains théologiens2 considéraient que le muhtasib avait non seulement le pouvoir mais. 60. par exemple. 130 . notamment Omar Ibn Al-Khattab à qui il arriva de détruire des produits de fraude. le devoir de détruire les marchandises tandis que d’autres estimaient qu’il ne s’agissait pas de punir pour punir mais d’éduquer. L’époque fatimide. p.

L’idée est que l’homme instruit est plus susceptible de comprendre quand on lui conseille ou le renseigne et que la punition corporelle lui est probablement beaucoup plus difficile à supporter. Les facteurs psychologiques dans la politique des Arabes. voire mis un terme à de nombreux “mounkarates” (maux de grande gravité) dans la société. Ceci n’exclut cependant pas le recours à la punition physique en cas de récidive. les décrets et les intimations à l’ordre ont quand même empêché. Elles contribuent à maintenir l’ordre et à tenir la société. À l’époque Jarkas surtout. les théologiens ont pris en considération. les peines qui relèvent de lui ne sont généralement pas graves mais sont moralement importantes. La différence ne paraît pas devoir être perçue en termes de statut social au sens de privilèges mais en termes que l’on peut qualifier de “pragmatiques”. le degré d’éducation et le statut social des contrevenants. Le Caire. en ce qui concerne la punition. nous avons pu voir que ces initiatives ont été parfois efficaces. 131 . L’efficacité des arrêtés et des ordonnances Quelle que put être la situation. 141-144. si le ta‘zir constitue un moyen d’abord psychologique et moral1 de rappeler les musulmans à l’ordre social et au respect de la loi. p. dans le droit chemin. Ainsi. ils ont 1 JABÉRI Shafiq.De même. par exemple. Série lire n° décembre 1945. 5. voire même qu’elle peut influer sur l’exercice de son métier avec lequel elle est a priori incompatible. “par la langue et la main du muhtasib”. le sultan Tomanbay les faisait proclamer dans les mosquées et les lieux publics et les faisait circuler entre les individus dans les rues ou annoncer par des crieurs publics. À travers notre recherche. Ainsi. On a vu différents moyens adoptés par les sultans et les émirs pour rendre publics leurs décrets et leurs ordres . on n’infligeait pas la même punition par exemple à un instituteur et à un analphabète.

le sultan Hassen confia à l’émir Mankaly la mission de réfréner cette mode. ibid.montré les punitions encourues à travers des images terrifiantes qu’on faisait circuler dans les rues pour impressionner les foules. Le même genre de punition a été décidé sous l’émir Katabja en l’an 1390. pour dissuader les femmes de porter des habits proscrits par la loi morale. y compris celle de la prison. des punitions très sévères furent décrétées par l’émir-muhtasib Mankaly Baja qui faisaient très peur à celles qui ont quand même osé transgresser cet ordre. afin de faire respecter. 113 132 . 1 2 SAKHAWI. Ce dernier punissait les femmes qui portaient des chemisiers à manches longues en leur coupant les manches . À l’époque du sultan Mouayyed (1415). les bonnes manières et la pudeur féminine. Cela a notamment été fait en l’an 1351 (701 H) quand la mode féminine en Égypte exigeait que les femmes portent des chemisiers à manches très longues et des robes avec traîne et que les coûts des habits féminins devenaient faramineux : un chemisier à la mode coûtait plus de mille dirhams ! Face à cet escalade des prix et à ce gaspillage. p. les crieurs publics avaient proclamé dans les rues du Caire que cette mode était proscrite et que toute femme qui la portait était passible de sanctions. Sur les murs étaient affichées les punitions dont étaient passibles les femmes qui transgressaient les ordres. par la force. Ils recouraient parfois aux effets visuels : par exemple. ils accrochaient aux remparts de la ville un mannequin féminin portant de tels habits et ayant la tête tranchée espérant ainsi faire peur aux femmes et leur faire abandonner à jamais l’habitude de porter ce genre de vêtements 1.

C’est d’ailleurs de celle-ci qu’elles relèvent en tant qu’institutions et 1 Al-QALQASHANDI.. s’inspirent de la chari‘ah – la loi islamique – qui. par certains de ses aspects.La hisbah et le Diwan al-madalim Le Diwan al-madalim est un tribunal supérieur comparable. avant de pardonner ma faute". L’une comme l’autre ont pour objet de trancher les conflits et de punir les méfaits. appelle à la recommandation du bien et à l’interdiction du mal. Les points communs a) La hisbah et le Diwan al-madalim sont deux institutions relevant du droit public. Ce sont deux outils judiciaires qui répondent à des besoins sociaux et représentent un devoir à la fois civil et religieux : la justice sociale. Il avait pour raison d’être de confirmer le rôle de l’État comme garant de l’égalité des membres de la communauté devant la loi. d’ailleurs. ont composé le poème suivant : « Ne tiens pas ma traîne ( trafi ). b) Le bien et le mal constituent donc la dichotomie qui demeure à la base de toute juridiction islamique. Il avait pour objectif de parer contre les injustices et les abus des hommes de pouvoir (hauts fonctionnaires. le conseil. de cette époque. p. Mankaly est derrière moi ( khalfi ). cit. aussi bien que la hisbah. au conseil d’État.120 : « A cette occasion. 2 133 . vol. les femmes. En effet. en théorie. Elles font figure d’autorité publique. pour m’appliquer une peine de deux cent coups. op. " Subh al a‘cha". hommes puissants et influents). restée célèbre dans un poème1 relaté par l’historien Al-Qalqachandi 2 III. Elles tranchent les affaires touchant à la vie publique en général et. Comparaison de la hisbah avec d’autres institutions judiciaires 1 . sans distinction de classe ou d’appartenance religieuse.La sévérité de cette punition est. XI. dans son principe de base.

Nous avons eu l’occasion de voir que. a) La hisbah traite des actes mineurs n’entrant pas dans la compétence du cadi dans la mesure où ils ne nécessitent pas le recours à une juridiction concertée mais l’application de lois existantes. pour des raisons à la fois sociales et juridiques. Ainsi. apparaît comme une juridiction d’un rang plus élevé que la hisbah. ne peut pas prononcer de jugement même si c’est à lui que revient la lourde tâche d’apprécier la gravité de l’acte. Le muhtasib. de rudesse et. nous montrerons un peu plus loin en quoi elles diffèrent de la police. Plus qu’un symbole. Cela étant dit. d’un point de vue moral. le redresseur des abus peut adresser des ordonnances aussi bien au muhtasib qu’au cadi. face aux méfaits. Les différences Les points communs évoqués précédemment ne doivent cependant pas cacher des différences tant au niveau de leur fonctionnement que du point de vue de leur nature respective en tant qu’institutions. en revanche. par le muhtasib. d’une énergique sévérité.en son nom qu’elles agissent. social et des connaissances. pour sa part. même si cette application dépend de l’appréciation. Cela implique une conduite qui se doit d’être socialement utile et juridiquement juste. de la gravité de l’acte commis. l’autorité doit faire preuve de pouvoir. le muhtasib se devait d’être 134 . c) Toutes d’eux s’occupent de l’ordre public et veillent à l’application de la loi et au maintien de l’ordre. b) Le redresseur des abus peut prononcer des jugements dans la mesure où il est administrativement habilité à le faire. Le diwan.

face à un homme cultivé. XII. p. ce qui laisse supposer qu’il était compétent pour prononcer des jugements. peut en adresser au muhtasib. 138. de rang plutôt supérieur. cit. « Une administration conforme à la loi et devant être également avantageuse au pasteur [le souverain] et au troupeau [les sujets] ». op. op. National. (876 H / 1471 J. en fonction de sa propre appréciation mais sans aller jusqu’à statuer sur la nature même de ces actes. et le cadi. Traité de politique. Le droit public. « La hisba est une position intermédiaire. bien que ne le pouvant pas à l’égard du Diwan al-Madalim. à la différence du cadi et du Diwan. par Behrnauer. Le Diwan Al-Madalim de rang plutôt supérieur. Paris.juste.. ibid. 144. ibid. 135 . 69-70. 1 GHAZALI Abû Hâmid. en revanche. Or. t. le muhtasib ne pouvait trancher des affaires non prouvées et contestées car la résolution de telles affaires suppose un jugement. d) Par ailleurs. ibid. sa méthode et la nature de la peine à appliquer dépendaient aussi de la personne impliquée.2 D’autres auteurs. * HASSAN Ibrahim. 2. p.. S’il n’était pas habilité à le faire. à son tour. 314-315. c’est-à-dire à sa position dans la hiérarchie judiciaire. parce que le Diwan al-Madalim a pour objet des actes vis-à-vis desquels le cadi est impuissant C’est pourquoi la première de ces charges est la plus élevée et la seconde d’un rang moindre. Le Diwan peut prononcer des jugements.. 153 et suivantes. lequel ne peut en faire autant ni à l’un ni à l’autre. Revivification des sciences de la religion.. Moun‘im “Tribunal des abus”.. correct et maîtriser le fiqh. nous avons vu que le muhtasib appliquait des lois existantes.). ch. ont avancé que le Diwan était la plus haute juridiction dans la hiérarchie judiciaire. p. Le Diwan peut adresser des ordonnances aux califes et au muhtasib. 292. p. Ainsi. L’Islam et le système politique. À la différence du cadi.. cela ne relevait pas de sa propre compétence mais tenait à la nature même de sa fonction. De fait. ce que le muhtasib ne peut faire ». c) Al-Mawardi1 pense que la hisbah occupe une position intermédiaire entre la justice ordinaire au sens de commune et le Diwan al-Madalim. le muhtasib ne pouvait recourir qu’au ta‘zir1 (punition au moyen de paroles et des critiques sévères et 1 Mawardi. cit.. 129 et 153. TAYMIYYA (Ibn). le muhtasib pouvait aussi trancher les affaires mais dans les limites de ses compétences administratives. Voir pour de plus amples détails : Thèse Doct. p.-C. 2 GARDET Louis. Miss 2443.

op. n’excluaient pas le châtiment corporel. Éd. ibid. Cette proximité s’explique par la nature de la fonction du muhtasib qui en fait un homme de terrain chargé de réprimer les actes contraires à ce que la religion considère être le bien de l’individu et de la société1. c’est lui qui est appelé à appliquer les hudud. e) Le muhtasib n’avait pas ce pouvoir et le ta‘zir était jugé suffisant pour les hommes cultivés qui. 10. El Rissala. 15. Qu’a donc de commun le muhtasib avec le cadi et en quoi se différencie-t-il de lui ? 2 ‘OUDA Abdal Qader.. 136 . Ce qui ne veut pas dire bien entendu que le cadi en est éloigné puisque. de la religion que ne le sont le cadi et le diwan. de par sa fonction. admettait-on. 78 et suivantes. GHAZALI Abû Hâmid. p. ne l’oublions pas. étaient plus sensibles aux reproches et ressentis de manière blessante.moralistes) alors que le cadi pouvait appliquer les hudud2 qui.Le muhtasib et le cadi Nous avons pu voir précédemment que la fonction de muhtasib occupait une position intermédiaire entre le qâda (la magistrature) et celle du redressement des abus. elles. f) Une dernière différence tient au fait que le muhtasib semble plus proche. Cf. 1 Par opposition au ta‘zir qui relève des fonctions du muhtasib. Com. p. p. 2. 1985. Ce fait n’est pas sans évoquer la dimension psychologique du châtiment et souligner les subtilités que la chari‘ah recèle et qu’elle prend en compte dans sa manière de faire respecter la loi divine. 23-4. Législation pénale en Islam.. Beyrouth. PACHA Ibrahim. cit. Le civisme du musulman.

Tout retard mis par le débiteur à s’en acquitter représente un acte répréhensible auquel le muhtasib a charge de mettre fin. à savoir : -celle qui relève d’un dommage causé par suite d’un défaut dans la mesure ou le poids. Les points communs 1 -Il est permis de recourir au muhtasib et ce dernier est fondé à écouter la plainte portée contre un tiers devant lui et relative à des droits privés. ces actes ne nécessitent pas de jugement définitif. ont trait aux actes “répréhensibles et notoires”. .1 1 1 MAWARDI (al-).celle ayant trait à une tromperie sur le prix ou portant sur des défauts cachés de la marchandise .. Journal asiatique. Le muhtasib n’a pas à trancher ni à juger une affaire. . Il se borne à constater un délit et à le réprimer en conséquence.. p. ch. op. 137 . Al-Mawardi1 distingue deux points communs et deux différences principales. on peut voir que le pouvoir du muhtasib ne va pas au delà de ces trois catégories de plaintes qui.Dans sa comparaison entre le cadi et le muhtasib. cit. 516. toutes.celle relative aux retards et atermoiements d’un débiteur en état de s’acquitter de sa dette. Ibid. Toutefois. par BEHRNAUER . Ainsi. 516. Une fois prouvés. p. 2 .Le second point tient au fait que le muhtasib a la latitude de forcer le défendeur de s’acquitter de ce qui est à sa charge dans la mesure où il reconnaît son tort et où il remplit les conditions de solvabilité. la fonction de muhtasib est plus étroite que celle de cadi dans la mesure où il n’est autorisé à recevoir que trois types de plainte. XX.

aux transactions.) Il ne lui est donc pas permis ni de commencer à écouter une demande relative à l’un de ces sujets ni d’entreprendre le prononcé d’un jugement y afférent1”. Toutefois. il n’est pas loisible au muhtasib de traiter des affaires dans lesquelles “s’entremêlent des dénégations et des démentis réciproques” dans la mesure où il lui sera nécessaire de recourir à “l’audition de témoins et à la délation de serment”. 2 “La compétence du muhtasib est limitée aux droits et obligations pour lesquels il y a un aveu”. il apparaît clairement que le muhtasib est “enfermé dans des limites plus étroites que le cadi”.. il convient de souligner que ce pouvoir de coercition du muhtasib ne s’applique qu’aux seules affaires qui relèvent de sa compétence et que nous aurons à définir ultérieurement. réunissant en lui le pouvoir du muhtasib et celui du cadi. 517. p. ont trait aux actes. en dehors des actes répréhensibles et notoires.. compétences qui relèvent de la fonction du seul cadi et 1 Ibid. Ainsi. Les différences Al-Mawardi relève les deux points suivants. 138 . il est des cas pour lesquels le muhtasib est fondé à prononcer des jugements relatifs à des plaintes d’ordre général.. il lui faut une “mention explicite” lui permettant d’étendre son pouvoir au delà de la fonction de la hisbah.Là encore. Ainsi que l’affirme Al-Mawardi. 1 Le muhtasib “ne peut pas prêter l’oreille à la généralité des plaintes qui. à tout autre droit ainsi qu’aux réclamations judiciaires (. Dans ce cas.

Se saisir d’une affaire sans qu’il y ait plainte fait sortir le cadi de son rôle et le fait violer la juridiction. le muhtasib peut enquêter sur “les cas qui font l’objet de ses ordres ou de ses défenses sans qu’il soit saisi par l’une des parties2. À la différence du cadi. Évoquant ce rapport entre le cadi et le muhtasib. lui attribuent une liberté que le cadi n’a pas. le caractère supérieur de l’autorité. Ces derniers sont. en relevant les différences et les analogies qui existent entre les deux institutions 3. E. 139 . le muhtasib doit faire sentir. tandis que le cadi ne peut intervenir qu’à la suite d’une plainte d’une des deux parties qui sollicitent son intervention. Tyan remarque que “la plupart des auteurs établissent un rapport entre la magistrature judiciaire et la hisbah.” Cependant.. en ce qui concerne la répression des actes répréhensibles. ce qui n’est pas le cas du muhtasib qui dispose de ce pouvoir et de cette liberté. surtout. selon Al-Mawardi. le cadi doit être saisi de l’affaire alors que le muhtasib peut en être saisi.” En dehors des points restrictifs limitant la fonction du muhtasib par rapport à celle du cadi. Ainsi.des chefs civils. “les seuls qualifiés tant pour entendre les témoins que pour faire prêter serment aux plaideurs1. Al-Mawardi mentionne d’autres points qui. p.. Pour ce faire. E. Tyan considère que ces deux institutions – la hisbah et le qâda – diffèrent fondamentalement. cit. il aura besoin du soutien des gardiens de l’ordre “humat” dans la mesure où son rôle est de contrer le mal et d’intimider. “Au fond. 645. op. elles se distinguent 1 2 Idem Idem 3 Tyan E.” Autrement dit. il devra être doté d’une force de caractère et. au contraire.

p. 16ème série. Cité par J. il est certain que des attributions de caractère judiciaire ont été exercées par lui [le muhtasib]. 119. p. y compris dans l’action civile et juridique. ainsi que nous venons de le voir et comme le confirme E. drunkenness. p 646 Glossary of the juridicial terms of British India. toutes deux ne pouvant être conçues en dehors de la loi islamique. La hisbah et la police (shurta) : Ambiguïté et confusion entre les deux institutions Dans une définition générale du muhtasib et de son rôle.essentiellement l’une de l’autre. nous paraît devoir tirer son origine de la nature même du fonctionnement de l’Ihtisâb dans la société musulmane. Le principe du Bien et du Mal se trouve en effet très général pour inclure et recouvrir toutes les pratiques sociales. 140 . an officer appointed to take cognisance of improper behavior. Mais alors. M.1” Il y a donc lieu. 3. as of indecency. Tyan. also of the sale of intoxicating drugs and liquors and false weights and measures”. Wilson s’exprime en ces termes : “A superintendant of markets and police. 351. qui n’empêche pas une divergence “essentielle”. gambling . de distinguer l’une et l’autre de ces deux fonctions. d’où provient le rapprochement qui a pu en être fait ? Cette convergence de base. asiatique.1 1 1 Ibid. Mais quoiqu’elles n’aient pas été postulées par la nature propre de cet organisme. La hisbah est une fonction de nature administrative.

pas le seul auteur à maintenir cette ambiguïté qui.-C. il est vrai. On lui confie l’exécution des devoirs qu’impose cette place et il prend des hommes pou l’aider dans ses fonctions. Paris Miss 6453. pour exercer cet office. également.). 141 . beaucoup plus fréquente. la fonction du muhtasib qui paraît couvrir toute une multitude de fonctions en assignant à celle-ci un caractère religieux dans la mesure où la charge y est définie comme “un service religieux”. Al-Maqrizi décrit. pour sa part. La définition qu’il en donne recoupe celle. Le souverain nomme.Cette définition ne nous paraît établir aucune structure quant aux fonctions respectives de la police et du muhtasib. mais dans le seul cas de l’Égypte. qui réduit le muhtasib au rôle de “police des marchés”. fol. p. Le muhtasib est défini par Wilson comme un super intendant des marchés et comme officier de police. 271. Une de ses obligations 1 Furat (Ibn al-). Il doit prendre connaissance de toutes les actions contraires aux lois. Or. celui qui lui paraît avoir les qualités nécessaires pour les remplir. en effet. Wilson n’est. réprimander et punir les délinquants suivant leur degré de culpabilité. Ibn Al-Furat1. Ibn Khaldoun parle de la fonction de muhtasib dans des termes comparables : “La hisbah est un office du nombre de ceux qui tiennent à la religion.1404-1405 J. nous pensons qu’il ne s’agit pas des mêmes fonctions. Il fait partie des devoirs imposés à celui qui gouverne les musulmans par la loi qui ordonne de commander le bien et d’interdire le mal. relève aussi de l’aspect généraliste de la fonction administrative du muhtasib. Tarikh ad-duwali wa l-Muluk (La chronique de Ibn al-Furat). Oriental (807 H . 30. d’où la nécessité de comparer les tâches respectives qui leur étaient assignées ainsi que leurs statuts. définit la fonction du muhtasib dans toute l’étendue de son ressort.

il faut qu’il mette ordre à tout ce qui est dénoncé en fait de choses de ce genre. dit-il. 2 Cité par Behrnaur. dans son ensemble.est de faire observer par les citoyens tout ce qui est requis dans l’intérêt commun des habitants de la Cité1. ce qui. Cette fonction de maintien de l’ordre est encore plus apparente un peu plus loin : “Ses fonctions ne se bornent pas à faire justice quand une contestation est portée devant lui et quand on a recours à son autorité .” Là encore. L’introduction.. tantôt de la charge du cadi.. encore une fois. tantôt du sultanat”.. autrement dit si ce n’est son aspect religieux mis en exergue ici et ailleurs. Définition pour le moins vague et qui ne distingue en rien le rôle du muhtasib de celui de la police dans son acception générale si ce n’est par le fait que “la hisbah et ses fonctions essentielles consistent à commander le bien et à défendre le mal”. p. op cit.. explique la hisbah dans des termes qui sont tout à fait comparables aux définitions précédentes et qui entretiennent cette confusion entre le rôle du muhtasib et celui de la police : “(. Ibn Dichmat Al-Kinani. 1 Khaldoun (Ibn). et surtout exécutoire apparentée à celle de la police. Trad. elle était une branche. nous constatons qu’Ibn Khaldoun ne spécifie pas la tâche du muhtasib mais démontre qu’elle est générale et relevant.2” Ainsi.. administrative. n’était conférée qu’aux musulmans distingués et qui étaient respectés comme personnes justes. 148 142 . p. ce qui lui assigne une fonction civile. en dehors de sa fonction religieuse générale. 84. car cette charge porte un caractère religieux ». « Cette charge. George Surdon et Léon. le muhtasib est appelé à maintenir l’ordre. de l’ordre public. maintient l’ambiguïté quant à la police et au muhtasib.) Dans les temps précédents..

ce qui confirme – ainsi que l’indique l’intitulé du paragraphe – que la hisbah était traitée comme relevant de la police et que l’auteur ne voit pas de différence entre les deux institutions.. p. de charge. Ainsi. il y a une différence entre le fonctionnaire investi de la hisbah qui commande une bonne chose et défend une chose mauvaise. essentielle. 148 Ibd . entre “celui qui exécute cet ordre de son plein gré et celui qui est nommé par l’autorité publique pour veiller à ce que les hommes s’adonnent aux bonnes actions et évitent les mauvaises . 1 2 Ibid . il commence par affirmer la position de la hisbah dans ces termes : “La hisbah est. comme on le sait.Al-Mawardi. une charge qui tient le milieu entre le devoir de cadi et ceux des employés (walis ou wazirs) de l’office pour la réparation des griefs2”..” On notera qu’Al-Mawardi parle toujours de “charge” qu’il envisage sous neuf “points de vue” en termes de devoir. p 149 143 . celui-ci a le droit et le devoir d’agir ainsi et l’autorité publique lui en impose la responsabilité. la hisbah occupe la position médiane entre les institutions du qâda et celle du Diwan al-madalim. L’auteur n’établit pas de comparaison entre la hisbah et la police. du muhtasib en distinguant de manière très élaborée le muhtasib “volontaire” du muhtasib “titulaire”. qui avait exercé le métier de cadi à Bagdad. points dans lesquels il compare le muhtasib volontaire et le muhtasib titulaire pour conclure : “Ainsi. à nos yeux. d’obligation et de droit . Procédant ensuite à la comparaison du muhtasib et des autres institutions judiciaires et administratives. marquant ainsi la différence. a fourni dans le premier chapitre de ses “Statuts gouvernementaux” des renseignements sur la hisbah et les fonctions. multiples et diverses. et celui qui agit de son propre chef 1”.

au titulaire de la fonction (wali al-hisbah) et le muhtasib mutatawi‘ ou volontaire1 sans mandat officiel. 4 À la différence du mutatawi. dans la doctrine juridique. » 2 Le Coran (sourate III. Parfois le muhtasib mutatawi est plus efficace que le muhtasib officiel.Le muhtasib fonctionnaire : la fonction de la hisbah est considérée comme l’une des plus importantes dans l’État musulman. d’une part. 1950. Je jure que vous ne vous êtes jamais acquitté d’un devoir ni n’avez jamais rendu un droit. prend l’initiative d’accomplir un acte de hisbah. Miss d’après Sayda al Kachf “L’Égypte à l’époque Ikchidite”. p. verset 104) : “Que soit issue de vous une communauté qui appelle au bien. Vous n’avez jamais fixé un prix. le muhtasib volontaire ne cherche que la satisfaction de Dieu . ordonne le convenable (bi l-ma‘rouf) et interdit le blâmable. p. il est alors droit et strict quant à l’application de la chari‘ah. lui obéit et reflète sa volonté. ibid. Le muhtasib titulaireet le muhtasib volontaire ( mutatawwi‘ ) Il existe une distinction entre. 1 Tyan E. le muhtasib proprement dit et dont l’appellation est réservée. ni respecté un honnête homme. . recevoir injustement des pots-de-vin extorqués par obligation. Il est également fréquent de voir le muhtasib volontaire pratiquer l’ihtisab à l’encontre du muhtasib officiel. vous êtes un homme corrompu.. Le Caire. Les nouvelles de Saybouba Al Masiri. Les différences entre les deux fonctions2 sont les suivantes : 1 -Le muhtasib est officiel tandis que le mutatawi est dépourvu de mandat officiel et prend l’initiative d’accomplir un acte relevant de la hisbah (obligations solidaires) .” 144 .4. En effet. p. – « Le muhtasib mutatawi‘ (volontaire) : c’est-à-dire le simple particulier qui. sans mandat officiel. le muhtasib est en droit d’exiger de la part du contrevenant une réponse à son ordre . alors que le muhtasib qui est nommé par le pouvoir cherche à satisfaire ce dernier. Les voilà les gagnants”. Nous citons l’exemple du muhtasib volontaire Ibn Saybouku qui rencontra le muhtasib fonctionnaire entouré de gardes et l’interpella en ces termes : “Pourquoi vous entourez-vous de gardes. Que Dieu maudit celui qui vous a nommé muhtasib et ne bénisse ni votre père ni votre mère. 2 -La charge de muhtasib renferme le droit de demander l’exécution d’une action. Université Fouad Ier. 620-621. La chari‘ah souligne que l’exercice individuel de la hisbah est pratiquement possible *Zoulaq (Ibn). tandis que l’autre ne le peut pas . Votre action n’est rien d’autre que des cloches qui sonnent pour escamoter vos injustices.. 29. 230. 3 Le muhtasib est chargé de faire face aux transgresseurs de la loi mais l’autre n’a pas mission de s’élever contre.

55. 7 Le muhtasib doit réprimer la pratique des choses notoirement illicites sans infliger de hudud (punitions légales) . 8 Le muhtasib perçoit un salaire. LARRIVAZ F. Le Caire. 145 .5 Le muhtasib a le droit de recourir à ses subordonnés pour empêcher les choses illicites tandis que le mutatawi n’a pas la faculté de se faire aider par des auxiliaires . l’autre pas . IV. 6 Le muhtasib a le devoir d’investigation en vue de prohiber les choses illicites et d’encourager les bonnes choses tandis que le mutatawi n’est astreint à aucune enquête ni investigation . le muhtasib se doit d’avoir une opinion personnelle relativement à ce qui touche aux usages et qui n’est pas tranché par la loi. LARRIVAZ qui n’a pas hésité à affirmer qu’il y avait plus de mosquées1 au Caire qu’il n’existait d’églises à Rome. Ce fait a été relevé par plus d’un voyageur européen. 2 Cf. Les saintes pérégrinations de Bernard de Bregdenbach.. 1 Al-Maqrizi avait estimé le nombre des mosquées où se tenait la prière du vendredi à cent trente pour l’ensemble de l’Égypte.2 Comment expliquer l’importance accordée par les Mamelouks à la construction des mosquées ? Il nous semble évident que cet intérêt était dicté moins par des considérations ressortissant à la foi que par des besoins de propagande religieuse à des fins politiques. Cf. IV. 1904. Les institutions cultuelles et les structures idéologiques 1. l’autre n’en a pas le droit . p. p. 1. Kittat. 9 Enfin. Les mosquées L’époque mamelouk a été tout particulièrement caractérisée par la multiplication des mosquées. cit.. alors que l’autre n’a pas à exprimer ni à faire valoir son opinion.. à l’exemple de F. op. t.

les Mamelouks comprirent-ils sans difficulté tout le profit qu’ils pourraient tirer de cet état de choses et ils s’employèrent à prendre le contrôle des mosquées. Aussi. les Mamelouks tenaient à désigner eux -mêmes l’imâm affecté à la mosquée ainsi que le personnel chargé de son entretien et de sa gestion. la mosquée a joué le rôle de lieu de rencontre quotidienne privilégié entre musulmans. et de sa fréquentation – recommandée par la tradition prophétique – par un nombre de fidèles important. précisément du fait du déroulement de la prière. l’Émir 146 .La mosquée a toujours joui d’une place de choix dans la cité musulmane. Le cas de la mosquée d’Al-Azhar est assez révélateur de cette politique. pratique quotidienne. Elle n’est pas seulement qu’un lieu dévolu exclusivement au culte et plus spécialement à la prière. la censure. Plus tard. indirectement. Ce choix stratégique offrait l’avantage de contrôler certaines activités et d’y pratiquer. Rompant avec les pratiques de leurs prédécesseurs. Cet édifice religieux était depuis l’époque des Ayyoubides. ils prirent à leur compte la construction des mosquées et. les Mamelouks songèrent à sa restauration. à raison de cinq fois par jour.. d’autant plus que la prière. Mais. une fois celle-ci achevée. choses qui auparavant relevaient du volontariat et de la bienfaisance. Le souverain Baïbars entreprit de la faire restaurer assez rapidement et c’est ainsi que la plus grande mosquée d’Égypte put redevenir en très peu de temps la mosquée la plus visitée. dans un tel état de délabrement qu’il ne permettait pas la tenue de la prière du vendredi. À leur arrivée au pouvoir. Pour ce faire. ne manquaient jamais de procéder à son inauguration en grande pompe en organisant une grande fête populaire.. est souvent suivie de discours et de débats théologiques et autres.

ce qui revient à défendre et à pérenniser le pouvoir de tendance sunnite. les gouvernés. expliquent ce fait par la nécessité pour les mamelouks de combattre les chi’ites. jouissant de tous les privilèges alors que le peuple était tenu à l’écart et devant se contenter des restes. Décrivant les fêtes d’inauguration des mosquées et des écoles. Le Caire. les théologiens et les cadis étaient du rang des sultans et des émirs. 147 . Celles-ci leur offraient le double avantage de servir de cadre pour la diffusion de leur propagande politique et de fonctionner comme centre de formation des élites qui leur étaient nécessaires. Aussi multiplièrent-ils le nombre de ces écoles. les historiens font état de comportements révélateurs de la nature du pouvoir mamelouk et de ses alliés. l’écriture et la chari‘ah. 2. 60-64. Les théologiens ont aussi joué un grand rôle en continuant d’assurer la formation des mamelouks as-sultaniyya. Les théologiens eux-mêmes ne furent pas en reste 1 SALAMA Ibrahim. les écoles remplissaient leur rôle éducatif mais elles n’étaient pas dépourvues d’une dimension idéologique importante. Les Ulémas Les Mamelouks ne furent pas les seuls à se laisser gagner par une vie de facilité et de plaisirs. les Mamelouks n’hésitaient pas à assigner à la future élite les meilleurs enseignants qui lui dispensaient le savoir nécessaire et les compétences requises pour l’exercice du pouvoir et des hautes fonctions. 1939. Ce fait témoigne de la consécration d’une société de classes et de grands décalages entre les gouverneurs et leurs élites d’une part et. À chaque groupe. Les écoles Les Mamelouks s’intéressèrent également de très près aux écoles. de l’autre. Certes.1 Par ailleurs. tels Ibrahim Salama. 3. p.Sudoun (818) décida d’en assurer la charge en y organisant aussi de grandes manifestations religieuses. émirs et affiliés. Certains historiens. Cette situation dura une bonne partie de la période bahride mais finit par présenter des signes d’essoufflement à partir du moment où les Mamelouks – ceux ramenés par les derniers bahrias et par les Jarkas – se mirent à préférer le confort et le luxe aux efforts exigés par l’apprentissage du Coran et de la littérature auxquels le temps ne semblait plus se prêter. L’enseignement islamique en Égypte. Ainsi. l’État consacra un muezzin et un théologien qui leur apprenaient le Coran. une fois partis sultans.

Au cas où la corruption se révélait insuffisante. Paris. vol. 2. de loin les plus nombreux. Les premiers nommés. connu sous le nom d’Ibn Hajar al-’Asqalâni. eurent tôt fait de succomber aux tentatives de corruption du pouvoir qui leur accordait des avantages financiers et matériels. 42. désormais serviteurs de l’État. on s’en doute. En échange. le pouvoir mamelouk mit en place une politique coercitive afin de s’assurer l’obéissance des ulémas et de consacrer leur dépendance à son égard. De plus. Le rôle de cadi s’est trouvé de la sorte très réduit et sa position sociale affaiblie au point que les plus avertis des ulémas refusaient cette fonction désormais objet de moqueries et d’agressions morales. en particulier sur le plan financier. Nous citerons à cet effet l’interdiction faite aux ulémas de s’adonner au commerce. National. Nombreux sont les témoignages des divers historiens qui convergent pour souligner leur intérêt pour le bien-être et l’enrichissement personnel et mettent en exergue leur hypocrisie religieuse. 1 HAJAR ( Schihâb al-Din Ahmed Ibn ‘Ali Ibn-). étaient motivées moins par le souci de l’intérêt général et le respect de la chari‘ah que par leur vénalité et le désir de complaire aux attentes de leurs protecteurs. les Ulémas se départageaient entre officiels et “indépendants”. les ulémas apportaient leur caution au régime mamelouk à travers leurs écrits et autres décisions juridiques (fatwas) qui. Certains historiens1 font même état d’attaques organisées visant les cadis et leurs propriétés privées. notices bibliographiques des personnages marquants du VIIème siècle. À vrai dire. voire physiques. Miss (XVème siècle).non plus. La population avait perdu toute estime pour ses cadis. p. Al durar Al Kamina : “Les perles cachées”. au prix souvent de bien de contradictions et de compromissions. 148 . leurs salaires dépendaient aussi de leur degré de soumission.

il s’est trouvé quelques ulémas courageux qui demeurèrent attachés au respect de la chari‘ah et qui s’employèrent. En temps de faiblesse des émirs. contre vents et marées.Malgré tout. certains ulémas récupéraient. eux aussi. Cette seconde catégorie de théologiens n’a été qu’une exception. même s’il est par trop évident que cette politique était loin d’être totalement désintéressée de la part d’un pouvoir en quête de légitimité. De fait. leurs sens de la responsabilité et venaient grossir les rangs des opposants. Mais notons ici que les écoles étaient. la période mamelouk a été assez bénéfique à la production “scientifique”. les Mamelouks ont encouragé les recherches “scientifiques” des historiens et des théologiens. Comme les cadis. conviés à couvrir le pouvoir et devaient constituer ainsi les éléments d’une 149 . La grande majorité des théologiens était ainsi acquise au pouvoir. La technique consistait ainsi à les satisfaire et à les corrompre. à pratiquer l’ihtisâb politique en essayant autant que faire se peut de résister et de s’opposer aux pratiques injustes et arbitraires des sultans et de leurs représentants. cantonnées dans un rôle précis de former l’élite et faire la propagande du pouvoir. Toutefois. pour ainsi dire. les Mamelouks appréciaient à juste titre l’importance des Ulémas et cherchaient à ne pas les contrarier. Par ailleurs. pour l’essentiel. Nous reviendrons évidemment sur l’Ihtisâb politique à l’époque des Mamelouks. et fort heureusement. les savants (théologiens) étaient. les attitudes des ulémas semblaient dépendre aussi du contexte politique. En dépit de leurs excès et des abus dont ils se sont rendus coupables.

De tous ces constats. il difficile d’imaginer que le muhtasib ait pu exercer normalement ses fonctions de contrôle. Ainsi. S. considérant illégal et injuste le financement d’une guerre par des impôts injustifiés d’autant plus que les émirs et la caste gouvernante semblaient avoir suffisamment de richesses pour financer une guerre qu’ils ont eux-mêmes décidée. Les historiens rapportent qu’Al Nasser avait même chargé l’historien Ismaïl Abou-l-Fida de la ville de Hama avant de lui décerner le titre de sultan. op.(b) (a) MARZOUQ Abdel Aziz.vitrine religieuse qui était censée cautionner le comportement des gouverneurs mamelouks et de leurs alliés objectifs : les cadis et les imâms. cit. il était naturellement soumis à des pressions encore plus grandes et n’avait apparemment pas le seul choix de se soumettre aux exigences de ses supérieurs hiérarchiques et de se transformer en simple agent du pouvoir. La multiplication des écoles. le cadi refusa sa fatwa. 235. Les rares exemples d’opposition comme celle du cadi Ibn Daqiq Al-‘Aid ne pouvaient infléchir la politique générale du pouvoir mais témoignent néanmoins des défaites entre les ulémas officiels et leurs collègues indépendants. mais assez pieux et conscients pour s’opposer aux injustices et préserver leur indépendance d’esprit et le respect de leur fonction et de la religion au nom de laquelle ils agissaient. on peut donc déduire que l’État mamelouk a su utiliser la religion. Ces derniers étaient peu nombreux certes.. p. 149. Il n’avait en fait fallu que le courage de ce cadi pour éviter aux peuples des injustices illimitées. série lire n°28. Al Nasser Mohammed Ibn Qalaoun. 1 Leur importance était à la mesure de leur rapprochement des thèses de l’État. Les élites tant militaires qu’intellectuelles jouissaient de toutes les faveurs du sultan alors que le peuple “‘awam” subissaient toutes sortes d’injustices et de privations. Les historiens rapportent à ce propos l’exemple du savant. p. (b) ASHÛR Saïd. Le Caire. juge des juges. Ainsi.. la période mamelouk a été marquée par l’institutionnalisation de la religion et des sciences. malgré les pressions des émirs et des sultans mais aussi de ses collègues. Le sultan Al-Nasser tenait à rapprocher les hommes de lettres et leur offrit titres et finances afin de gagner leur sympathie et d’en faire aussi les voix privilégiées d’approbation inconditionnelle de sa politique excessivement sélective. De statut inférieur au cadi. des mosquées et la relance des études théologiques témoignent aussi d’une volonté de mettre la religion et ses tenants officiels au service de l’État. institutionnalisée comme instrument de pouvoir. La hisbah n’est plus désormais qu’une simple fonction administrative dans le cadre d’une bureaucratie soutenue par la force des armes. 150 . Ibn Daqiq Al-‘Aïd qui refusa de donner la fatwa pour des taxes à des fins de guerre.. D. L’exemple de l’historien Abou-l-Fida (Ismaïl) est particulièrement révélateur de cette emprise des sultans et des émirs sur les scientifiques. Le califat.1 Dans ces conditions.(a) Ces exemples de servitude des ulémas sont parfois contredits par des comportements plus résistants aux tentations de pouvoir et de richesse.

Plus que d’autres. Les Mamelouks Jarkas ont été de ce point de vue les plus excessifs. les ulémas et les écoles en général étaient donc transformées en prétextes servant beaucoup plus à légitimer le pouvoir et à consacrer sa politique qu’à répandre la religion et appliquer la chari‘ah. Ce fait témoigne moins de la force de l’opposition.les cadis. marginale et peu organisée. 1 Certains ulémas s’étant sentis contrariés ont démissionné de cette tâche. préférant leur indépendance à la servitude. 151 . Cet état de fait n’excluait cependant pas des révoltes individuelles dans certains cas (ceux des ulémas opposants) ou collectives. L’État ne tarda pas alors à les rappeler à leurs fonctions en multipliant les promesses de leur garantie d’indépendance. que des excès du pouvoir. écarté qu’il était des sphères de décisions.1 Démuni de tout pouvoir. le peuple était dès lors soumis à toutes sortes d’injustice. Les Mamelouks se sentaient en effet si puissants matériellement et spirituellement qu’ils avaient même osé distribué les terres waqf à leurs partisans mais cela avait provoqué la protestation du peuple et de certains ulémas dont notamment le cheikh al-Islâm Shiraz ad-Din Al-Balqini et un groupe de mu’ammamin. par-là même. et. réel ou légal. les Mamelouks ont su mettre la religion au service de leur pouvoir. souvent réduit à la passivité. Al-Maqrizi est l’un de ces juges qui ont démissionné plusieurs fois en signe de protestation contre cette pratique étatique.

Chapitre VI Le Muhtasib et la vie sociale 152 .

La communauté islamique (ummah) est née sur la base d’une religion commune (ce qui n’est pas pour exclure les membres d’autres convictions religieuses.I. le principe du devoir social. le Coran et la sunna. À l’échelle individuelle. La société arabe préislamique que la religion naissante avait à réorganiser était de nature tribale.1 l’Islâm se voulait garant de cette cohésion. Ce sont ces mêmes règles qui sont supposées devoir régir le fonctionnement de la société dans son ensemble. Les attributions sociales L’Islâm tient compte de deux types d’obligations essentiels : les obligations d’ordre individuel et celles qui relèvent de l’ordre social. au bien et à la croyance en un Dieu unique. 153 . obligent le croyant à observer des règles de conduite qui constituent une sorte de code moral. 53. les dhimmis). p. L’Islâm allait donc être l’élément unificateur qui lui faisait défaut. le prix des services que l’association rend à chacun. C’est dans cette première articulation que peut et doit être saisie la dimension sociale de l’Islâm. En mettant l’accent sur la nécessité de la cohésion sociale. La solidarité.. Il était donc normal que la question des rapports de l’individu aux autres membres de la société et au pouvoir qui la gère se posât. C’est donc à la lumière du respect de cette religion et du code moral qu’elle impose que la réussite ou l’échec de cette société se mesure. cit. op. l’obligation de chacun envers tous. en appelant à la vertu. unificateur des tribus et d’ethnies : 1 KAWAKIBI.

“Et rappelez-vous le bienfait de Dieu sur vous lorsque vous fûtes ennemis ; c’est Lui qui réconcilia vos cœurs, puis, par Son bienfait, vous êtes devenus frères”. Coran (III, 103). La notion de communauté y trouve donc sa justification comme fin et moyen. De fait, la Cité musulmane a constitué depuis ses origines mais également à des étapes avancées de l’histoire musulmane, une société multiethnique et pluri-religieuse.1 Ainsi, l’appartenance à la religion nouvelle n’a en aucun cas exclu les autres religions. L’Islâm est et se veut tolérant. Le Prophète Mohammed avait recommandé aux musulmans de faire preuve de compassion envers les dhimmis, mais en fonction d’un code moral qui demeurait islamique bien évidemment. En quête de puissance et d’essor économique et militaire, la nouvelle société musulmane avait donc à résoudre à priori son plus grand problème : celui de la diversité ethnique. D’où la nécessité d’une sorte de code social qui, garantissant les droits des individus sans exception, permettrait la construction de la société.2 Le respect de la chari‘ah représentait une obligation pour tous les croyants. Le muhtasib, au nom de la religion et de la société, avait donc pour charge de veiller à la conformité des citoyens musulmans aux normes de l’Islâm. Sur le plan individuel tout d’abord, il devait veiller à ce que chaque individu se proclamant musulman observe les règles de la religion dont il se réclamait. Cet aspect n’a d’importance que dans la mesure où il nous permet de voir que l’Islâm exige une certaine rigueur des mœurs et des pratiques en appelant l’individu – qui constitue la base de la société – à une conduite
1

GHAZALI, Le civisme du musulman, op. cit., p. 10. La place importante qu’occupe cette clause dans l’éthique sociale et dans le droit de l’Islâm s’explique par le souci de développer le sens des responsabilités chez le croyant qui va jouer un rôle actif dans la vie de la “Cité musulmane” afin d’en assurer l’harmonie et la concorde par un équilibre entre les droits et les devoirs. 2 Concernant les dhimmis, voir Saba J. S., op. cit., particulièrement le chapitre III : Principes et évolution du droit public Islamique.

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respectueuse de ce qu’il est convenu d’appeler les “droits de Dieu” desquels découlent et dépendent les droits de l’homme. L’exercice individuel et volontaire de l’ihtisâb s’explique par la volonté de l’Islâm de construire une société saine où tout un chacun est responsable de soi et des autres. De fait, sans même qu’il ne soit investi par les autorités de la charge de la hisbah, tout musulman possède une droit – pour ne pas dire un devoir – de regard sur tous les autres membres de la société. La hisbah fut d’abord une action de moralisation de la vie publique à caractère essentiellement religieux, caractère qui apparaît nettement dans les fondements mêmes de la religion qui en font une obligation d’ordre individuel. Plus tard, l’institution de la hisbah en fonction administrative s’inspirera du même esprit. L’une des conditions principales d’aptitude à la fonction de muhtasib est d’être musulman. Ce fait confirme une fois de plus son aspect religieux. Théoriquement, il y a lieu de distinguer, pour ce qui concerne les attributions du muhtasib, les attributions purement religieuses concernant les “droits de Dieu”, les attributions temporelles – concernant les “droits de l’homme” – et, enfin, les attributions dites mixtes,1 dans lesquelles apparaissent les rapports entres les premiers droits et les seconds. Pour ce qui est des attributions religieuses, on cite généralement comme exemple l’observation des préceptes de la prière du vendredi à laquelle tout musulman est appelé à assister et au sujet de laquelle le muhtasib est tenu de veiller. Entre également dans le cadre de ces attributions, le concours apporté par le muhtasib dans la construction des mosquées en matière de respect de l’environnement, d’organisation de collectes, de contrôle des fonds, etc.

1

Cf. TYAN E., op. cit., p. 632 ou encore CHENOUFI Ali, op. cit.

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Sur le plan des attributions temporelles, il y a lieu de distinguer celles qui s’imposent aux individus et celles qui concernent la société dans son ensemble. En ce qui concerne ce dernier cas, on cite l’exemple de l’obligation faite aux habitants d’une ville de prendre à leur charge la réparation des murs ou des conduites d’eau dans le cas où les autorités publiques ne disposeraient pas assez de fonds pour effectuer ces travaux. Dans ce cas, les musulmans sont donc appelés “impuissant”. Cet exemple qui relève à la fois de l’organisation de la société et de l’économie permet de voir que la chari‘ah étend en fait le domaine de l’ihtisâb, au-delà de la seule préoccupation morale, à la vie pratique de la Cité. Certes, l’observation correcte des mœurs (d’où l’appellation de “police des mœurs”) reste fondamentale pour la bonne marche de la société. Mais la chari'a est loin d’ignorer les exigences matérielles de la vie sociale. Au muhtasib donc de veiller à ce que cette solidarité ne soit en aucun cas rompue. Comme exemple s’appliquant au seul individu, il y a celui des dettes. Ainsi, toute personne endettée est tenue de s’en acquitter. En cas de refus de sa part, le muhtasib peut l’y obliger sur plainte du créancier. Il y a là encore un exemple de l’intervention du muhtasib dans le domaine privé. Sans se substituer au cadi, le muhtasib veille à faire observer une conduite respectueuse du droit d’autrui. Pour ce qui est des attributions mixtes, on citera, par exemple, la responsabilité des tuteurs de marier leurs filles, l’obligation des jeunes veuves ou répudiées d’observer le délai de viduité, les obligations des pères envers leurs enfants et réciproquement, celle des employeurs envers leurs employés, – pour une tâche définie – à se substituer à l’État

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etc. Dans tous ces cas et bien d’autres, le muhtasib a le droit et le devoir d’intervenir pour faire appliquer la chari‘ah. Son pouvoir est de nature coercitive, mais il peut également réprimer, voire bannir le fautif de la cité. Ainsi, outre sa fonction proprement religieuse qui consiste à sanctionner les actes tendant à violer les règles de l’Islâm, le muhtasib réprime également les violations des règles sociales. Dans toutes ces pratiques, sa tâche est facilitée par la clarté des textes religieux. 1 Et notamment pour ce qui concerne les interdits. Faire appliquer la chari‘ah paraît être sa tâche principale car c’est d’abord au nom de celle-ci qu’il doit agir dans l’intérêt public. Il est utile de rappeler à ce propos, pour confirmer son rôle social mais aussi pour souligner les limites théoriques de sa fonction, qu’à la différence du cadi, le muhtasib est tenu à la “publicité”. N’ayant pas le droit de mener des enquêtes, il doit donc agir publiquement et réprimer des actes publics. Ce qui confirme encore une fois qu’il doit toujours agir au nom de l’intérêt de la société dans son ensemble. L’exemple cité précédemment et relatif au cas de la personne endettée est un cas de droit privé. Il n’est pas du tout en contradiction, tout au moins sur le plan symbolique, avec l’esprit social de la fonction du muhtasib. Ce dernier peut, en droit privé, intervenir pour résoudre les problèmes de voisinage entre propriétaires ou entre commerçants.2 Est-il besoin de rappeler que le droit privé ne peut être qu’en harmonie avec le droit public ?

1 2

Le Coran insiste sur la notion de clarté. (chap. V, v.75). À ce sujet, voir al-Mawardi“Les droits purement privés à propos desquels il exerce sa réprobation sont par exemple l’empiétement commis par un homme sur la limite de son voisin, ou sur la zone réservée de sa demeure, ou sur son mur par le fait d’y avoir appuyé des poutres. Le muhtasib n’intervient que sur la réclamation du lésé, car il s’agit d’un droit personnel à ce dernier qui peut tout aussi bien en tolérer la violation qu’engager des poursuites. * TYAN E;, op. cit., p. 633.

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En Islâm, les deux types de droit ne sont pas dissociables de manière tranchée. Ils sont étroitement liés et interdépendants. La base morale du droit fait que la morale sociale n’est autre en définitive que la morale de l’individu. Ainsi en est-il, par exemple, des mœurs où l’on ne peut pratiquement pas dissocier les deux types de droit. En ville, le muhtasib est appelé à veiller sur les mœurs publiques. Il exerce son contrôle sur les maisons de tolérance et, en général, sur toutes les femmes de mauvaise vie. Dans ce même cadre, rentre aussi le contrôle du trafic et de la consommation des boissons alcoolisées1 et des stupéfiants. Sans se substituer au cadi de la ville, le muhtasib et ses assistants veillent au respect des règles générales de conduite et au respect d’autrui. De même et toujours au nom de la chari‘ah, le muhtasib interdit à un homme et à une femme de s’arrêter sur la voie publique et, à plus forte raison, quand celle-ci est plus ou moins déserte. Il s’agit dans ce cas de lutter contre “l’immoralité”. Le port du voile est également une obligation que le muhtasib doit faire respecter. Comme il lui revient de lutter contre toutes les formes de débauche. Ces exemples pourraient être multipliés et tous convergent pour souligner l’importance du rôle social – au sens de protection de la Cité – du muhtasib. En effet, sa charge essentielle est de veiller à l’observation et au respect des normes de décence. Dans tous ses agissements, le muhtasib est lui-même tenu de respecter la chari‘ah et d’œuvrer en son nom pour le bien de la société et le maintien de l’ordre public. Il a aussi pour charge de réglementer la

1

MAWARDI (al-), op. cit., p. 536. “Quand un homme affecte d’exhiber publiquement du vin et que c’est le fait d’un musulman, le muhtasib fait répandre cette boisson et châtie le buveur ; si c’est un tributaire, il le châtie à raison de la publicité de cet acte, mais les juristes divergent quant à la question de savoir s’il doit être procédé à l’épandage”.

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circulation, notamment des femmes, dans les rues de la ville et d’appliquer les réglementations décidées par les autorités supérieures.

II. Le développement social 1. Généralités Ayant déjà défini la nature et les caractéristiques de l’État mamelouk sous ses deux périodes principales – les bahrides “marines” et les jarkas “circassiens” –, nous en venons à l’étude de la hisbah en rapport avec les divers États qui se sont succédé et l’évolution de la société arabo-musulmane qui en a résulté. L’étude de la hisbah telle qu’elle a été pratiquée nous permettra de voir de manière plus concrète son évolution. Elle constituera également une manière d’apprécier les degrés d’attachement à la chari‘ah ou d’écart par rapport à celle-ci, à travers la notion d’ihtisâb, de ces mêmes pouvoirs qui gouvernaient au nom de l’Islâm. Nous procéderons à l’étude du rôle du muhtasib dans le domaine social et nous examinerons de manière détaillée la position de celui-ci au sein de ce système et dans la société qui constitue naturellement son domaine d’intervention. L’étude du rôle du muhtasib suppose la définition du cadre social qui détermine son action. Il s’agit donc de voir, de manière analytique, les conditions qui ont à la fois motivé ses actions et démontré ses compétences tout autant que ses limites. Il est évident que le statut de fonctionnaire du muhtasib a largement réduit son indépendance et accru, par voie de conséquence, sa responsabilité

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vis-à-vis de deux forces pouvant difficilement s’accorder, notamment la religion et le pouvoir en place. Celui-ci, qui est supposé agir au nom de cellelà, s’institue d’abord comme système politique avec des intérêts à défendre et une conception particulière de cette même religion dont il n’a pas manqué de faire usage, comme nous avons pu le voir, afin de sauvegarder ses intérêts et d’assurer sa pérennité. Voyons dans un premier temps l’étude de la société égyptienne en relation avec le rôle du muhtasib. Bien qu’ayant été caractérisée sur le plan politique par des dissidences et des luttes pour la conquête du pouvoir, l’époque mamelouk a cependant connu de grandes évolutions du point de vue social. En effet, l’accession au pouvoir d’une classe plus ou moins homogène de musulmans non-égyptiens n’a pas manqué d’avoir des conséquences sur l’organisation de la société en général et sur les rapports de force qui prévalaient alors. L’arrivée au pouvoir des mamelouks, qui avaient leurs propres mœurs et coutumes, a eu pour conséquence de les faire sortir définitivement de l’isolement dans lequel ils étaient confinés et de leur faire abandonner le statut d’étrangers et surtout d’esclaves qui était le leur. De plus, cela devait également influer sur le mode de vie de la société égyptienne. En parvenant au pouvoir, les mamelouks n’ont pas manqué d’imposer leurs propres pratiques et comportements au reste de la société. Les historiens font état de grandes mutations sociales à cette époque.1 Il s’agira donc de saisir à travers le muhtasib en quoi ces mutations ont pu consister.

1

MAZAHÉRI Ali, La vie quotidienne des musulmans au Moyen Âge du X ème au XIII ème siècles. p. 150 et suivantes, t. IV. RAYMOND André, Les marchés..., op. cit., p. 58 et suivantes.

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Les évolutions urbaines : exemple de la ville du Caire Le Caire. offre une image fidèle des bouleversements que la société égyptienne a connus. op.Il est certes difficile d’examiner dans le détail toutes les activités sociales et les catégories en conflit. chevaux. cit. Le voyageur historien Ibn Battûta la dépeignit comme la “mère du pays. "Catalogue général du musée arabe au Caire" Institut français. Le Caire. Asiatique.). Mais cela ne doit pas nous empêcher de voir à travers le parcours des divers agissements du muhtasib et de ses domaines d’intervention. Palais. 1 2 BATTUTA (Ibn). cit. op. p. vol. sans égal dans les domaines de l’architecture et de l’esthétique. Paris. p.”1 De fait.. les sultans mamelouk paraissaient épris de constructions nouvelles et variées : palais. XIX BEHRNAUER J. op. La Syrie au XVème siècle. 120. châteaux et mosquées témoignent du caractère “aristocratique” du pouvoir mamelouk2 mais aussi de son enrichissement démesuré par rapport au reste de la population. le Caire faisait figure de grande ville. I. de son étendue géographique et de sa prospérité. Le voyage d’Ibn Battûta. marque de leur attachement à la religion.. Au regard de l’importance du nombre de ses habitants. p. Les indications fournies par les voyageurs et les historiens décrivent Le Caire comme une ville surpeuplée aux rues sans cesse encombrées par les passants. La Découverte. éd. 2. et WIET G.1990 CLERGET. les vendeurs et les animaux de transport (ânes. en sa qualité de capitale du pays. Voir aussi DEMOMBYNES. les caractéristiques principales de la vie sociale des égyptiens à l’époque des Mamelouks. 157. peutêtre était-elle même la plus grande en termes démographiques comparativement aux autres villes arabo-musulmanes. 1929 161 . etc.. bains publics (hammams) et évidemment mosquées. cit. mulets.

Éd. notes par Jean-Marie CARRE. Aubier. le constat d’Ibn Battûta : “Brillante Égypte des XIVème et XVème siècles. CLERGET.. p. l’ensemble des italiens. Le problème du transport d’eau qui s’aggravait de siècle en siècle pour l’approvisionnement de la capitale en eau potable était organisé et minutieusement réglementé. Les porteurs d’eau du Caire. autre voyageur à s’être intéressé à l’Égypte. Éd. cent mille hommes “qui portent à leur cou dans des peaux de chèvre l’eau à vendre. confirme à travers cet autre témoignage. avant d’ajouter à propos du Caire : “Trois fois aussi grand que Paris”. 1 WIET. Institut Français d’Archéologie Orientale. 152-153. 1958. ainsi qu’en témoignent les manuels traitant de la hisbah et qui donnent une idée de la charge du muhtasib duquel dépendait la salubrité publique. 1964 (The Centre of civilisation serbes). avec introduction. écrivait que “il n’y avait pas à [ses] yeux ville plus grande et plus prospère que le Caire. collection de textes rares ou inédits. s’ils ne peuvent prétendre à exactitude. traductions par Seymour Feiler. Cairo. 2 RAYMOND André. dont la population dépassait. selon lui. university of Oklahoma Press. témoignent de la tendance des Mamelouks à exhiber leur richesse et à convaincre de leur efficacité : “Vingt mille musquettes en chacune d’elle trois cents lampes ardentes” .. 65. Published. F.”3 En dehors des chiffres qui demeurent fort difficiles à vérifier compte tenu de la divergence des rapports et des témoignages. 3 CARRE Jean-Marie. op. Voyage en Égypte. Les porteurs d’eau (saqqa’) ont joué un rôle important au Moyen Âge.”2 Louis Bernard.Jean Thenaud. p. pour sa part. es-maisons et esrues. Décrivant le luxe des lieux distingués (palais et mosquées). Paris.1 ce qui nous renseigne sur sa grandeur. un fait tend à se confirmer : l’importance démographique de la population égyptienne due à un exode rural croissant a largement contribué à faire du Caire une ville particulièrement développée. Norman. I... vol. 1935. City of Art and Commerce. p. douze mille chameaux pour porter. 189 et suivantes. avec ses palais somptueux et ses élégantes mosquées”. p. l’auteur fournit des chiffres qui. 3-4. Fromentin “Eugénie”. aux activités commerciales nombreuses et très diversifiées. cit. journal publié d’après le carnet manuscrit Eugénie F. Le Caire.. 162 .

p. bien que souvent contradictoires. la fourmilière de l’espèce humaine. vol. ville embellie de châteaux et de palais. que la multiplication des activités commerciales doublée de celle des maisons allait encore accentuer. p. 163 .I. en contradiction toutefois avec le désordre des rues et l’animation permanente qui y régnait et dont elles étaient le théâtre. Le Caire était déjà une ville de structure anarchique et désordonnée. aux chevaux appartenant aux Mamelouks qui se promenaient en maîtres des lieux dans la capitale. caractérisée surtout par l’étroitesse des voies de circulation. Le nombre particulièrement élevé des animaux est révélateur de la densité de cette activité et du dynamisme des échanges.Toutefois. Ibid. souvent décrits comme indifférents voire dédaigneux à l’égard des 1 2 Clerget . 285 Ibid. ornée de couvents et de collèges. L’historien Ibn Khaldoun écrivait en 1383 à propos du Caire : “J’entrai dans la métropole de l’univers. La ville affichait un dynamisme commercial important et retenait l’attention des historiens et des voyageurs qui avancent des chiffres qui. Cela n’empêchait cependant pas certains d’y trouver de la beauté : un peu comme si l’esthétique1 se concevait moins dans l’articulation générale de la ville que dans ses composantes considérées séparément. 152.2” Le pouvoir mamelouk semblait donc tenir à marquer sa grandeur à travers celle de la ville qui était le siège de son pouvoir et le symbole de sa présence. l’intérêt particulier des Mamelouks pour le bâtiment et pour l’architecture en général ne semblait pas obéir à une quelconque planification. concordent pour confirmer ce dynamisme et sous-entendre ce désordre si caractéristique de cette ville. Le luxe s’exhibait dans les palais mais aussi dans les bâtiments publics. le jardin du monde. Ainsi.

Le Caire comptait quelque quatre mille rues. avenues et ruelles.. Le désordre de la ville n’empêchait cependant pas de voir se dessiner une certaine tendance à la régularisation de la circulation et un certain souci d’hygiène. 1 3 ANDRE Raymond . on le sait. l’absence de toute planification générale n’excluait pas quelques prémisses d’organisation urbaine. de leur passage. Schefer. Ceux-ci étaient estimés à trente mille makkars (terme désignant la profession. Publié et annoté par Ch.1 Le voyageur Al Balaoui a estimé à quelque deux cent mille le nombre de chameaux au Caire au XVème siècle. Sa structure était certes trop lâche mais la complexité de la situation appelait l’intervention de l’État. Mais les chameaux.2 À cet égard. De même. Mont Sinaï.Fr. Ainsi. Paris. Le voyage d’outremer : Égypte. XXXIII. 1958 p 183-202 164 . ‘Les porteurs d’eau du Caire’.passants souvent piétinés.. Le nombre de porteurs d’eau était estimé à douze mille ‘‘saqqay’’.. qu’il s’agisse de vente ou de location). notamment les aveugles. ce qui pourrait expliquer le nombre relativement élevé de ceux qui en faisaient commerce. à contraindre les usagers des animaux à accrocher des cloches en fer ou en cuivre pour avertir les passants. Palestine. ne servaient pas uniquement qu’au transport des marchandises. Inst. avait-il été amené. 1884. Chacune de ces rues 1 THENAUD Jean. Leroux. par exemple. vol LVII.. Voyages. L’étroitesse des rues. Or. plus rapides et moins encombrants. le port d’eau paraissait être une activité importante ainsi que l’affirme André Raymond 1 dans son livre consacré aux métiers dans la ville du Caire sous le règne des Mamelouks. l’encombrement de la ville et la diversité des activités commerciales constituaient des domaines d’intervention du muhtasib.BALAOUI . C’était aussi un moyen de transport que concurrençait toutefois celui des ânes. venaient s’ajouter les ânes et les chameaux. Archéo. p. 2 AL.

Éd.. avaient pour charge de nettoyer les hammams et de ramasser les ordures 1. t. aussi bien du point de vue de l’organisation de la logistique et de la propreté que sur le plan des comportements de ceux qui fréquentaient ces lieux.1 La nuit. surveillance dérisoire quand on sait que certaines rues comprenaient plus de quinze mille maisons. p. vol. B.avait deux portes surveillées par deux gardes. XXIII et CLERGET. 13 QATREMERE " Histoire des sultans Mamelouks" . On multipliait aussi le nombre de jardins publics dont le contrôle revenait au muhtasib.E.II p. p.S. Lieux de 1 2 DOPP. 4 165 .2 Le souci pour l’hygiène se manifestait surtout par des contraintes et des obligations faites aux marchands et aux vendeurs de nettoyer les rues. De fait. cit.cit. AlMaqrizi signale que le muhtasib était chargé de veiller à ce que les vendeurs respectent les règles d’hygiène et contribuent au nettoyage par l’eau des rues et des places commerciales. op. WIET écrivait : “The art of illumination was carried to the highest degree of perfection”.G. I. Les historiens considèrent qu’ils faisaient partie intégrante de la trame urbaine. Chaque rue relativement importante disposait de son souk et de son portail. ce qui témoigne aussi de la richesse de la ville et du progrès “technique” que les historiens ne manquent d’ailleurs pas de mettre en exergue.R. op. Un certain service “municipal” prenait donc forme mais avec des moyens souvent décrits comme rudimentaires. Le Caire vu. les macha‘iliyya.. 107. les parcs et les jardins semblent représenter un élément fondamental de la vie sociale des égyptiens de l’époque. Certains ouvriers. Les boutiquiers étaient également tenus de mettre à l’entrée de leur boutique des jarres d’eau afin de faciliter l’extinction des incendies.. ces rues étaient éclairées par des lampes.. Cairo-City of Art and Commerce. t. 120. 26. parfois avec émerveillement. op. p. 282. cit.

leur beauté.1 Les ulémas ne pouvaient que regarder d’un mauvais œil de tels comportements qui s’assimilaient à une dégradation des valeurs islamiques . op. 1 MAQRIZI (Al-). 166 . muhtasib À tout point de vue. 319. ils rappelaient les cairotes à l’ordre moral et exhortaient le muhtasib à faire preuve de plus de rigueur et de présence sur le terrain. générale. ce qui avait pour conséquence d’accroître les responsabilités du démographique et aux bouleversements sociaux s’ajoutaient les écarts de plus en plus prononcés pris vis-à-vis des règles de la chari‘ah et de la morale islamique. mais elle s’étendait également au plan de la morale dans la mesure où il s’agissait de veiller à l’ordre et au respect des dispositions de la chari'ah. les parcs étaient aussi des lieux de rencontre et de célébrations en tous genres. Au muhtasib de contrôler ces comportements et de surveiller les lieux ! » Sa compétence était. 267-270. vol. à l’instar d’Ibn Khaldoun. op. à leur tour. tout en décrivant. A l’explosion expansion. cit. cit. soutenait-il. signalait aussi qu’ils avaient souvent été le théâtre de pratiques sociales qu’il jugeait excessives et moralement contraires à la chari'ah. Khittat.promenades et d’évasion des lourdeurs du quotidien. « Se promener au bord du Nil était une chose. dans ce cas. II. louer des barques et emmener des chanteuses et des danseuses au vu et au su de la foule. Le Caire prenait les traits d’une ville en et compliquait singulièrement sa tâche. Elle ne se limitait pas aux seuls aspects de l’hygiène et du contrôle des activités commerciales qui s’y déroulaient. devinrent des lieux de promenade et d’agissements suspects ainsi qu’a pu le noter AlMaqrizi qui parle des cimetières comme “des lieux de rassemblement et de promenades pour les Cairotes”. Ibn Al-Haj. Voir IBN al HAJ"Al-Madkhal". en était une autre. p. Ce bouleversement des valeurs morales n’épargnait pas non plus des lieux autrefois sacrés tels que les cimetières qui. des misères et des souffrances. indignés. p.

L’hôpital était ainsi public au sens plein du terme. ne l’autorisait que pour les hommes. aujourd’hui. Des règles bien strictes régissaient l’exercice de la profession ainsi que l’état des lieux.3.L’hôpital était aussi doté de tous les outils requis et un personnel bien formé y assurait le fonctionnement. On rapporte que les médecins étaient fort réputés pour leur compétence. 1990. I p 67 167 . vol. le secteur “états fébriles”. Le Bimaristan ou hôpital construit en 1283 par le sultan Al-Mansour Qalaoun offre une illustration de son importance par sa taille et son architecture. la santé et l’hygiène publique Le développement de l’infrastructure hospitalière a connu un grand essor à l’époque mamelouk. nous paraît normal mais qui ne l’était pas à cette époque – disposait d’un lit. Ed.. Il était composé de compartiments et de secteurs savamment organisés par discipline et type d’activité. III. ‘ Voyages’. cit. Il devait cesser toute activité et continuer à s’instruire s’il y tenait”. L’organisation des hôpitaux et du système médical dans son ensemble témoigne d’une grande maîtrise et d’une rigueur inégalée pour l’époque. esthétique. Ainsi. Chaque patient – ce qui.1 Les réactions de ces ulémas s’expliquent par le souci de prévenir les excès qui y étaient parfois constatés et garantir un bon fonctionnement des services (épilation. Certaines écoles de médecine lui étaient rattachées. La plupart des documents historiques le citent en exemple et témoignent ainsi de sa grandeur et de l’efficacité de son organisation. vol. 238. La découverte. Paris. On n’y faisait pas non plus de ségrégation sociale en termes de classe. etc. rasage. le secteur “ophtalmologie”. qui se voulait moderne. Les hôpitaux. op. C’est dire l’importance pratique de la médecine et le lien entre l’école et son environnement immédiat. pour ne citer que quelques exemples. Celle-ci témoigne en effet de l’essor de la médecine. Ibn Al-Haj était également favorable à des restrictions. du médecin-contrôleur d’“ordonner à quiconque de ses collègues qui a fait preuve de négligence de se soustraire à son métier et de le laisser pour qui le mérite. on exigeait. par exemple. Ainsi. de l’avis des historiens et des voyageurs. Nombreux étaient les hôpitaux et la littérature rapporte que la hisbah s’est naturellement beaucoup intéressée à ceux-ci et à la médecine en général. 1 IBN BATTÜTA .). p. 1 HAJ (Ibn al-). le secteur “chirurgie” ou encore. Ibn Battûta1 déclarait : “Il est impossible de décrire sa beauté”. As-Suyyûti.

Ainsi. à titre d’exemple.. fontaines destinées à assurer la consommation ménagère en eau. qu’aucun médicament ne soit délivré sans une ordonnance des “hommes de l’art 2”. garantissant. Le muhtasib devait surtout contrôler l’état d’hygiène. 168 . en dehors du souci d’hygiène au niveau des marchés précédemment signalé (contrôle des marchandises. 4. notamment dans les contrées lointaines. des boutiques. écoles ou encore mosquées –. l’importance accordée par les Mamelouks à l’hôpital et à la santé publique. témoigne d’un intérêt évident et d’une conscience certaine pour le bien-être des citoyens et. Leur fonctionnement et leur entretien étaient assurés grâce aux waqfs qui leur étaient exclusivement consacrés. de veiller à leur santé et à leur respect. le muhtasib avait également en charge de veiller au bon fonctionnement des asbilah. 82. le muhtasib avait aussi le devoir de contrôler le personnel des hôpitaux1. 637. en même temps. des tenues vestimentaires des commerçants). jardins. le rôle du muhtasib s’étendait au domaine de la santé publique. symbole 1 2 BEHRNAUER. cit. Ainsi. Il conseillait aux médecins et au personnel infirmier de bien traiter leurs malades. p. Le contrôle des asbilah (fontaines) et des bains En dehors du domaine de l’éducation et du souci de l’hygiène dans les lieux publics – marchés.. p. TYAN E. De même. cit. Sa responsabilité s’étendait jusqu’au contrôle de la propreté des hôpitaux et des instruments. elle constitue le reflet de la richesse économique de la société égyptienne et de la puissance des gouverneurs. On sait que l’eau. il était tenu de contrôler les apothicaires et les droguistes. op. op.. De même. en général.

Ma‘alim al Qurbah.. Al-Maqrizi en fournit une description très détaillée et les classe par catégories (a). assurément.. etc. (c) KHALDOUN (Ibn). Édité par Reuben Lévy. Lieden.). Les galanteries auxquelles ces scènes donnaient lieu inspirèrent plus d’un homme de lettre du temps des Mamelouks à travers écrits et surtout poèmes. fiqh.1 Les bains publics faisaient également partie intégrante de la vie de la cité musulmane qui. Le muhtasib devait également s’enquérir du respect des règles d’exploitation et de la persévérance des donateurs.aussi IBN al HAJ 169 . ne manquait jamais de bains au point que ceux-ci apparaissaient comme une de ses caractéristiques.de la vie. notamment quant à l’approvisionnement régulier et continu des ‘asbila et à l’état de propreté des ustensiles employés (bidons. Hisba. p. Les mariés s’y rendaient par tradition. Ahmad al qurashi al-chafi’i Known as Ibn al Uhwa. p. Les vestiges et les ruines toujours en place nous renseignent sur leur conception et leur architecture. cette liberté prise avec la chari‘ah qui faisait du hammam un lieu d’excès et de fantaisie n’était pas du goût des jurisconsultes qui. cit. s’y donnaient rendez-vous. vol. certains étaient même ouverts jusque très tard la nuit. 422. p. op. Cf. Cela étant. 1 ABDURRAZAQ . cit. parées de leurs plus beaux bijoux afin d’exhiber leurs charmes et. écrit à propos des hammams qu’ils témoignent du faste et du luxe que connut l’Égypte d’alors (c). p. le 1 Voir à ce propos UKHUWWA Mohammad Ibn M. pour certains. pour sa part. p. stérilisateurs. p. Misr (Nouvelles d’Égypte). Là encore. pour certaines d’entre elles. Akhbar. Ibn Khaldoun. éd. 2 KHALDOUN (Ibn). notamment). faire étalage de leur richesse. le hammam – institution sociale – constituait un espace de rencontre et de cérémonie. (b) BAGHDADI MOUWAFA al-DIN Abdullatif Ibn Youssef (al-). London. s’interdisaient d’y aller tandis que d’autres le condamnaient1. 66. 129-140. le muhtasib était chargé de veiller à ce qu’ils soient toujours maintenus dans un bon état de propreté.2 Les femmes. ‘La femme au temps des Mamelouks’. 1800. I. cit. Lieu de propreté et d’hygiène mais aussi de lutte contre les maladies (de peau. Luzac and Co. th. occupe une place importante dans la pensée et la cité musulmanes. législation. Cependant. 3°cycle..44 et sv. op. 166. 239.(a) Voir surtout MAQRIZI (al-). qui avaient un penchant particulier pour les hammams. Abdulatif al-Baghdadi écrivait aussi que “les hammams du Caire n’avaient d’égal dans le monde (b). Aussi ne doit-on pas être autrement surpris de l’attention particulière dont elle faisait l’objet. op.

Cependant.. en lieux de rencontre et d’activités contraires à la chari‘ah et. 1. La mosquée Le pouvoir en place était également soucieux de désigner lui-même les responsables de ces mosquées.. le muhtasib était chargé de veiller à ce qu’elles ne se transforment pas. En effet. La volonté des Mamelouks d’exploiter la religion n’est certainement pas étrangère à ce fait. Nous avons déjà eu l’occasion de signaler précédemment l’effervescence intellectuelle qu’il y régnait ainsi que les raisons tant objectives que subjectives qui ont pu la motiver sous les divers pouvoirs Mamelouks. en dehors des heures de prière. notamment des mosquées et des écoles. III. surtout. Les lieux de culture tout comme les lieux de culte se sont ainsi multipliés. les mosquées n’étant jamais fermées.muhtasib veillait au bon état de propreté des instruments de travail des barbiers et autres esthéticiens et. surveillait les environs du hammam afin de sauvegarder la réputation de certains usagers sur qui pesaient de fausses accusations ou de prévenir certaines situations compromettantes. La vie culturelle La vie intellectuelle au temps des Mamelouks était assez dynamique. Aussi tenaient-ils farouchement à se manifester lors des inaugurations et des célébrations de nouvelles constructions. chose surprenante. il faut dire que les mosquées n’étaient pas réservées qu’au seul usage de la prière mais qu’elles servaient de lieu 170 . aux intérêts du pouvoir politique. ce qui ne réduisait pas pour autant le rôle du muhtasib ni ne le déchargeait de sa tâche de surveillance de ces endroits.

op. Il dénonçait également la transformation des mosquées en dortoir pour les sans-abri alors nombreux au Caire. L’historien Ibn Bassam fournit une description assez détaillée des attributions du muhtasib au niveau des mosquées. Il précise que les mosquées devaient être éclairées la nuit. ce qui n’allait pas sans poser parfois des problèmes que les ulémas n’ont pas manqué de dénoncer. p. cit. cit. Ibn Al-Haj rapporte que le règlement des litiges s’accompagnait d’échanges à voix haute – chose répréhensible dans l’enceinte d’une mosquée –. BASSAM (Ibn) ‘’ Nihayat arrutba fi talab al-hisbah ( Traité de hisbah) op. Il précise qu’il revenait au muhtasib de surveiller la propreté et les conditions d’hygiène des lieux en ordonnant aux employés de procéder à leur nettoyage deux fois par semaine. 264 et 267. ayant lui-même exercé la hisbah au Caire. les mosquées servaient également à l’enseignement.. L’enseignement dans de tels lieux présentait le double intérêt de tirer avantage du prestige de la mosquée et de rappeler le lien intime unissant le savoir et la pratique religieuse. p175 171 . ce qui amenait le muhtasib à interdire la tenue de tels procès dans les mosquées. la médecine 1 1 HAJ (Ibn) "Al Madkhal". Ainsi.d’arbitrage et de règlement des litiges et des contentieux entre musulmans. On notera toutefois que l’enseignement ne se limitait pas aux seules disciplines religieuses et aux préceptes coraniques mais qu’il était élargi aux autres sciences. bien qu’il existât des écoles coraniques non rattachées à des lieux de culte. 1 Par la force des choses. on en vint à fermer les mosquées en dehors des heures de prière et le muhtasib accrut sa surveillance afin de chasser les locataires indésirables. En dehors de la prière. Le muhtasib avait également pour charge de contrôler les prédicateurs et les muezzins Il surveillait les horaires de présence et de départ et s’assurait de la bonne tenue de la prière1.

p.. De même. L’émir avait tenu à ce prestige en optant pour une architecture raffinée exprimant tout autant l’importance de l’école et sa richesse (grandes et nombreuses colonnes. incontestablement. L’enseignement en Égypte aux temps des ayyoubides et des mamelouks. 410. Plusieurs autres témoignages concordent pour affirmer que de nombreux ulémas avaient effectivement contribué. 73. (c) Mais il y avait aussi d’autres raisons que nous avons déjà évoquées. Thèse Doct. conservée sous le n°1383. Si. en exigeant toutefois que l’on n’y enseigne que la doctrine malékite et chaféite et en consacrant une école coranique pour les orphelins. p. (b) MAQRIZI (Al-). Ainsi. Tel fut le cas du chef des commerçants Burhan ad-Din Ibrahim qui construisit l’école d’Al-Mahalli sur les bords du Nil. à l’édification d’écoles et de fondations. 315 et aussi ZAKI Mohammad. IV. avait le projet de construire une très grande école mais le coût du projet était si important qu’il avait hésité à achever la construction déclarant que “sans la crainte qu’on ne dise que le roi d’Égypte a abandonné une construction qu’il avait entreprise.etc.2 Certains ulémas ne se contentaient pas non plus d’y assurer des cours et participaient également à la construction de bâtiments scolaires et scientifiques sous forme de fondations 2. p. de manière concrète. plafonds dorés.. un autre grand négociant a participé. cit. op. p. avec l’ensemble des négociants (Al Karimiyya). Khittat. (a) Les cadis et les émirs avaient souvent le grand souci des témoins d’échec ou de réussite. le cadi Nasr ad-Din Ibn Muslim avait consacré des sommes énormes pour la construction d’un établissement qui porte son nom. La construction d’écoles et de mosquées n’était pas toujours désintéressée. Miss 1893. 49-50. Pour sa part. Ainsi. Ainsi. elle garantissait prestige et influence dans les sphères de décision politique et socio-économique aux commerçants fortunés qui acceptaient d’y prendre part. 2 2 DUQMAQ Ibrahim Mohammad al Massry. le cheikh Shams ed-Dine Al-Muraji avait consacré une école à l’étude du hadîth (enseignement prophétique). Al Antissar fi Aqad al Amsâr. elle est considérée comme l’un des plus grands édifices de la terre d’Islâm. vol. Le caire. 118 et sq. 1 Voir surtout MAHMOUD Abdu-l-Ghani. cit. en plus. elle servait l’image des gouverneurs en premier lieu. II. cit. Quant à l’école rattachée à cette mosquée. non loin de la grande mosquée d’Al-Azhar. des fonds et des terrains d’habitation. p. par exemple. loin s’en faut. L’émir Ibn Taybars fonda son école en 1309. cit. 382. (b) Un certain excès semblait caractériser cette concurrence entre les nobles pour la construction de mosquées et d’écoles de plus en plus coûteuses. (c) KHALDOUN (Ibn). p. le sultan Al Nasser Hassan. vol.).. par le progrès enregistré par les sciences et la civilisation arabo-musulmane dans son ensemble. Bulaq. l’école du sultan Al-Muayyed Shaykh avait nécessité une grande fortune estimée à une centaine de milliers de dinars. 172 . le muhtasib était chargé de contrôler l’enseignement1 et l’encadrement scolaire. j’aurai renoncé à la construction de cette mosquée”. Ce développement sans précédent du bâtiment et de l’architecture s’explique. II. selon Ibn Khaldoun. vol. Dans ce cadre. Université du Caire. op. (a) MAQRIZI (Al-).. à savoir le souci qu’avaient les gouverneurs du paraître et du faux-semblant. Les arts de l’Islâm. op. op. à la construction d’une grande école en 1374 avec.en particulier.

cit. etc. cit. ce qui justifie la nécessité et la rigueur des règles et de leur contrôle par le muhtasib. p. les kuttab (écoles coraniques) étaient appelées majlis al-‘adab (“endroits de politesse/bienséance”).. 30. Brillantes étoiles. op.. 161-163. 1 2 NOWIRI. Nihayat. Pour toutes ces raisons. jusqu’à quelque trois mille1-. Les mu’addeb qui y enseignaient devaient naturellement satisfaire à de grandes exigences en matière de savoir religieux et de moralité sociale. op.2. 61 et sq..). Le muhtasib avait pour charge de veiller au bon déroulement de cet enseignement2 et au respect des élèves mais il avait aussi un droit de regard sur le contenu même des cours (règles élémentaires de calcul.. Elles fonctionnaient comme des lieux d’éducation morale et sociale et le mu’addeb était “celui qui apprend la politesse aux autres”. Encyclopédie d’Al Nowiri. les mu’addeb qui se soustrayaient aux règles de l’enseignement. etc.) et sur la pédagogie employée (bannissement des punitions corporelles sévères. Les méthodes d’enseignement étaient classiques et l’enseignement foncièrement moral. 30. interdiction de faire accomplir aux élèves des travaux propres à l’enseignant. Ces mu’addeb avaient sous leur responsabilité un très grand nombre d’enfants -pour certains. 173 . au moyen du ta‘zir.. 29. vol V. Le muhtasib exerçait un contrôle direct et disposait du pouvoir de réprimander. cit. Celles-ci représentaient une part importante des awqaf et étaient principalement destinées à la scolarisation et à l’éducation des pauvres 1 et notamment des orphelins. p. 341 et sq et vol. p. Les écoles coraniques Les documents d’histoire nous fournissent des renseignements précieux au sujet des écoles coraniques. op. apprentissage de courts versets coraniques. p.. 1 MAHASIN (Abou al-). vol. BASSAM (Ibn).

Le sultan Al-Nasser Hassan assistait aux controverses religieuses et scientifiques. Addaw‘i allawi. Ceci ne signifie pas que riches et pauvres étaient logés à la même enseigne . 174 . à l’instar de 2 ASFAHANY (al-). Le muhtasib assistait à ces causeries et jouait le rôle d’agent de censure en réprimandant ceux qui tenaient des propos contraires à la morale publique. 301. vol. vol 8. on rapporte que le sultan Al-Muayyed ash-Shaykh participait aux débats religieux. Certains sultans prenaient également part à ces échanges culturels. s’était distingué par sa pluridisciplinarité et ses vives interventions dans les débats littéraires. Les princesses. cit. Historiquement. p. les souks constituaient des lieux d’activités culturelles diverses. B. Miss 5763-5771. telles la fille du sultan Al Nasser Mohammed Ibn Qalaoun.. avaient fondé. scientifiques et religieux. Elles organisaient des colloques et des débats et soutenaient financièrement l’éducation et la culture. Al Aghani (Les chansons).2 notamment littéraires avec l’organisation de joutes poétiques et de débats littéraires ou scientifiques. En dehors des écoles. Le sultan Al-Ghouri. Les théologiens se rendaient également aux souks pour exposer leurs théories et en débattre. Schams al-Din al-. La lune.Les activités culturelles ne limitaient pas aux seules écoles et autres mosquées mais elles s’étendaient à tous les lieux publics et touchaient toutes les couches de la société. III. National.1 Les épouses des sultans avaient également leur part dans la vie intellectuelle et culturelle. 101. 1 SAKHÂWI Ahmed Ibn Mohammed Ibn Abd al-Salim al-Manaûfi. De même. des lieux spécialisés étaient réservés aux émirs et à leurs proches et d’autres aux Mamelouks nouvellement acquis. ce qui le conduisit à rédiger son fameux dala’il (manuscrit religieux). op. le souk a constitué un lieu important de débats intellectuels et religieux. pour sa part. Paris. p. XIVème-XVIIème siécles.

La science et le savoir. ce qui contribuaient à forger un esprit critique. La fille d’Al Nasser Mohammed dota aussi son école d’une grande bibliothèque. d’où les progrès accomplis. ne semblaient pas ménager leurs efforts pour contribuer à l’essor culturel et scientifique du pays. aux dires des historiens. en outre. en plus de leur utilité religieuse. Les étudiants avaient. le rôle du muhtasib était primordial : il devait veiller au bon déroulement du processus d’éducation. La concurrence et la multiplication des écoles ont sans doute permis de diversifier les méthodes d’enseignement et de recherche. Ce nombre élevé d’écoles ne doit cependant pas cacher l’absence de politique d’enseignement au sens strict du terme et de programme scientifiquement défini.leurs ascendants. Les femmes aisées participaient ainsi à la diffusion du savoir et. Dans ce contexte. qui étaient. répondaient à de nouvelles exigences socioéconomiques à mesure que le pays se développait et qu’il voyait sa population croître. 175 . en s’assurant que le maître s’acquittait correctement de sa tâche de transmission des valeurs morales et 1 2 Cf. en annexe les planches montrant ces écoles et leur architecture. la possibilité d’assister et de fréquenter plusieurs cours et maîtres. synonymes de prestige social. Les voyageurs arabes et européens rapportaient que les madrasa (écoles) étaient particulièrement nombreuses en Égypte et au Caire en particulier. Ceci ne diminue en rien l’importance de l’enseignement religieux et les progrès enregistrés dans le domaine scientifique. des écoles 1 qui portaient leur empreinte mais pas leur nom. même si la science était reléguée au second plan derrière la religion.

de Lettres (962. ceux-ci n’étaient pas seulement nombreux mais également bien fournis en produits commerciaux Avant que d’étudier de manière plus détaillée l’application de la hisbah à l’économie des marchés. 3ème cycle. 1 MAZAHÉRI . de l’autre. Les historiens et les voyageurs rapportent que les souks présentaient une certaine spécialisation. cit. Fac. et. Thèse Doct. 3. Face aux risques auxquels ils étaient confrontés.. Les souks (marchés)1 La richesse de l’Égypte des Mamelouks se reflétait dans le grand nombre des marchés. Au Caire. Université Ain shames. nous nous proposons d’évoquer le côté organisationnel et urbain des souks.). Les marchands tentaient de résister aux abus et autres pratiques arbitraires des gouvernants mamelouks en recourant aux corporations 1 AWADALLAH El Cheikh alamin Mohammad. Cela témoigne d’une multiplication des boutiques et de l’expansion de l’activité commerciale beaucoup plus que d’une organisation commerciale développée 176 .2 M. Cette spécialisation permet d’expliquer le nombre élevé de souks et reflète tout autant les craintes des corporations que leur souci d’organisation1. Leur richesse était source de convoitise et de tentations qui exposaient les commerçants aux atteintes du pouvoir et leur faisait supporter de fortes taxations. 204-207.sociales et qu’il répondait bien aux critères de compétence en matière religieuse et de moralité d’une part. 1981. Cette solidarité entre commerçants trouve sa raison première dans le climat de crainte générale qu’alimentait la situation de richesse du pays. les professionnels cherchaient à s’unir en se concentrant dans des lieux spécifiques.A. op. p. Le Caire. Les marchés du Caire depuis l’époque fatimide jusqu’à la fin de l’époque des Mamelouk. en veillant à ce que les étudiants fassent preuve d’assiduité et de respect envers leurs enseignants.

Les marchés. p. ceux-ci étaient très peu spacieux. La restauration comptait parmi les activités les plus développées. en ce sens qu’il avait également un droit de regard sur les sujets traités. op.. de débats et de conversations de tout ordre. p.professionnelles. Ces derniers faisaient l’objet d’un contrôle des plus sévères de la part du muhtasib qui avait pour charge d’inspecter la qualité des produits commercialisés et des boissons. Les marchandises n’étaient pas les seules à entraîner un certain encombrement . Il était et il est encore de tradition que les “mastabas” constituent un lieu d’échanges.. on peut citer les souks alimentaires où l’on pouvait se procurer des produits d’alimentation variés et prendre des repas. 5-6. * WIET. Les pressions fiscales dont ils faisaient l’objet se traduisaient le plus souvent par des fermetures et l’abandon de leur activité. clients et amis avaient l’habitude de s’asseoir en prenant place devant les boutiques dites mastaba conférant à ces dernières un rôle qui dépassait largement leur statut de lieux d’échanges économiques et ajoutant une dimension sociale à la dimension strictement commerciale. cit. Les rues étaient encombrées par les banquettes placées en avant des boutiques. cit. Pour ce qui est de l’organisation proprement dite des magasins. sans compter les vendeurs ambulants. de jour comme de nuit. On a ainsi estimé le nombre de restaurant du Caire à quelque douze mille.2 À titre d’exemple de spécialisation. Le muhtasib surveillait ce qui s’y disait et il apparaît comme un censeur. op. 177 . Le muhtasib ne manquait pas d’adresser des recommandations aux 2 LANE Poole. 43. Les boutiques où s’entassaient les marchandises dépassaient rarement les cinq pieds.

* MAZAHÉRI Ali. ibid. op. et réprimer les fraudes. 69-70. op. Les voyageurs nous ont aussi rapporté que ces gardiens surveillaient bien leur secteur.. etc. Le nombre des restaurants ambulants équipés de cuisines portables qui circulaient dans les rues était d’environ 12000.’.2 Les interventions du muhtasib touchaient à des détails comme par exemple l’usage (en abondance) des épices. Les marchés..1 Cet aspect incombait au wali du Caire qui avait la responsabilité du maintien de l’ordre et de la sécurité publique. 1 WIET. p.. vol II. Ils provoquaient l’attroupement des gens et gênaient la circulation. Chaque soir une véritable armée d’inspecteurs parcourait les rues. En temps de crise sociale et morale. p. on assurait la protection des souks dans la mesure où il y allait de l’efficacité des services rendus et de la vie même des commerçants. Débats sur l’évolution économico-sociale de l’Égypte à la fin du Moyen Âge.. Les voyageurs nous donnent une image vive de l’importance des restaurants à cette époque-là. À cet effet.restaurateurs en matière d’hygiène. La sécurité n’était pas oubliée non plus. IV. 208-210. la qualité de la viande. la sécurité et le bon accueil des clients. 58-61. 12. * CLERGET. l’organisation de la circulation. * WIET.. 205.. visitant les restaurants pour goûter et vérifier le contenu des grandes marmites. 150. 1969. On était soucieux de faire régner un climat de sérénité et. il faisait surveiller l’ensemble des activités et était tenu de transmettre des rapports réguliers au sultan sur la situation générale et la sécurité des marchés 1 HAJ (Ibn al-). la propreté des ustensiles. p. 82. 178 .1 en attirant leur attention sur les risques de contamination liée à l’environnement (insectes en particulier). le volume de la sauce. il était de tradition mamelouk que walis et émirs en personne se substituent au muhtasib et effectuent des tournées d’inspection et de contrôle. p. vol. p. cit. celui du contrôle de l’hygiène des travailleurs. Cette pratique se généralisa tellement qu’au XIIIème siècle “fut créé un important service de répression des fraudes. etc. 104 et sq. à cette fin. t. cit. Ils étaient si nombreux et variés qu’ils suscitaient leur étonnement.. 2 Voir pour de détails ASHTOR E. Les marchés. p. Le contrôle portait également sur les ustensiles utilisés pour la cuisine. Un “portier” avait la charge de fermer les portes de son quartier et de les ouvrir au moment voulu. ibid. Jesho. ibid. Cela rendait la tâche du muhtasib très difficile à tous les niveaux.

vol. du nettoyage et de la propreté des rues. sinon ils étaient soumis à une forte amende. Cette dernière fonction était. Ayant également en charge la police. p. cit. 179 . voire personnelles au wali que celui-ci faisaient passer pour officielles. les demandes adressées aux commerçants et aux habitants des cités de procéder au nettoyage des rues coïncidaient souvent avec des célébrations et des cérémonies propres à la famille mamelouk. À ce même propos. sans doute et de loin.en particulier. de telles obligations étaient impopulaires et les historiens par leur manière de dénaturer le souci des pouvoirs publics semblent prendre fait et cause pour les propriétaires lésés”. le muhtasib était également chargé de percevoir les impôts et les taxes. II. dans la ville du Caire qui constitue une exception. Le muhtasib obligeait les commerçants à accrocher une lanterne devant chaque boutique. Ces injonctions lésaient propriétaires et commerçants dans la mesure où elles s’accompagnaient de contraintes financières contraires aux règles de la Shari‘a. 3 WIET. IV. le wali avait le titre de saheb al-‘asas (responsables des vigiles de nuit) qu’on appelait aussi wali at-tawaef (préfet chargé de faire des tournées nocturnes en ville). Les couches sociales 2 Quatremère. la plus impopulaire à tel point qu’en signe de protestation et pour échapper aux impôts. Wiet écrivait : “Nous le constatons. Les responsabilités du wali étaient élargies au contrôle des grandes constructions. 54. les petits commerçants fermaient boutique. Cette pratique a toutefois été suspendue. 4.. Le wali était souvent accompagné du muhtasib à qui revenait le contrôle immédiat et courant de l’ensemble des activités se tenant dans les souks.2 Il multipliait les visites de contrôle sur les marchés et il arrivait de saisir des quantités importantes de stupéfiants qu’il faisait brûler. op. À ce propos. Les habitants des quartiers devaient veiller à l’état des lanternes accrochées dans leurs rues ou impasses. Les marchés. p. Histoire des sultans mamelouk.3 Outre le contrôle des marchés. parfois même pour de longues périodes.

op. théologiens. Ainsi. non pas à partir de généralités voire de 1 2 KHALDOUN (Ibn). 180 . cit. hommes de lettre et de science. POOLE Lane. 183. pour nous limiter à l’essentiel. . L’Égypte au commencement du XVème siècle. plus opératrice et plus élaborée.Les historiens classiques ont souvent présenté la société égyptienne à l’époque mamelouk comme une structure bipolaire avec d’une part le sultan et de l’autre le reste de la population. cit. à l’instar de tout pouvoir politique.les ‘Uribans (les Bédouins)..2 PILOTI. À la lumière de cette nouvelle considération. il apparaît nécessaire d’étudier la société égyptienne. Imp. op. en effet. jurisconsultes. . pour sa part. XXV. par exemple. Ibn Khaldoun.les Mamelouks (la caste militaire composée d’esclaves) . constituaient une catégorie sociale à part dont les intérêts n’étaient pas nécessairement ceux du peuple égyptien. ont également formé une élite sans quoi ils auraient été dans l’impossibilité de gouverner.3 avance une structure. 3 PILOTI. composée de trois éléments : . Université Fouad Ier. p. A history of Egypt in the middle age.1 Lane Poole abonde également dans ce sens en distinguant l’oligarchie militaire (military oligarchy) du reste de la population. méconnaître les antagonismes qui existaient au sein de la population égyptienne elle-même et perdre de vue que les Mamelouks. Traduction par DOPP. Ce serait. 1950.. p. Le Caire.le peuple égyptien . p. il paraît peu conforme à la vérité d’admettre que tous les égyptiens (pour ainsi de souche) étaient pauvres. a décrit la société égyptienne en ces termes : “Un Sultan et une ra‘iyya”. 252-253. De même qu’il semble excessif d’affirmer que tous les Mamelouks étaient riches et détenteurs du pouvoir.

Les Mamelouks La société égyptienne était composée de plusieurs ethnies dont les Turcs. Les Mamelouks ont toujours été des militaires élevés et initiés aux armes. jarkas. Toutefois. Ils ne touchaient pas de salaire mais bénéficiaient de largesses de la part de leurs maîtres qui tenaient à les maintenir à l’écart du reste de la population égyptienne afin d’en faire leurs milices et leurs protecteurs. espagnols. Il s’agit donc d’inverser l’ordre de présentation des choses en axant notre étude sur le caractère économique sans perdre de vue la dimension ethnique du problème. Ils faisaient l’objet d’une attention toute particulière de la part des sultans qui les choisissaient en fonction de critères physiques et les répartissaient en tawaef sur la base de leur appartenance ethnique.généralisations sur la base de considérations exclusivement ethniques. Cette méthodologie nous permettra de relever des disparités sociales qui sous-tendent les mutations et les conflits qui ont secoué l’Égypte en même temps qu’ils ont déterminé son évolution. Ils recevaient une éducation dispensée par des théologiens musulmans qui leur enseignaient l’écriture. Cette distance vis-à-vis du peuple se traduira plus 181 . le Coran et la chari‘ah. De cette diversité ethnique. mais bien à travers sa composition réelle et en termes de statuts socioéconomiques. chinois. grecs et slaves conséquence des origines diverses des esclaves achetés par les grands commerçants pour le compte des sultans et autres émirs du pays. mongols. il est toutefois possible de dégager une constante. allemands. il convient de ne pas sous-estimer l’importance de l’élément ethnique qui permet d’expliquer bien des alliances et des divergences d’intérêts communautaires.

exception faite de quelques alliances de circonstance dictées par des rapports de force. 182 . par un décalage entre gouverneurs et gouvernés doublé d’une politique répressive en temps de crise sociale. les écrivains et les hommes de lettre en général. Une fois cette étape franchie. il était intégré au service du sultan et pouvait gravir les échelons de la hiérarchie qui pouvaient le mener jusqu’au titre d’émir. Elle constituait la couche privilégiée par les Mamelouks et servait de relais entre le pouvoir et le peuple et servait de caution religieuse au pouvoir mamelouk qui voulait ainsi faire oublier son statut d’élément étranger à la société égyptienne. À l’âge de l’adolescence. les théologiens. Ce fait permet également d’expliquer l’indifférence de la population au regard des guerres intestines que les tawaefs de Mamelouks se livreront pour la conquête du pouvoir.tard. se trouvait la couche détentrice du savoir : les ahl al-Imâma. le mamelouk était alors initié à la chevalerie. les savants. Elle comprenait essentiellement les hauts fonctionnaires du Diwan. L’élite intellectuelle Au plus haut de l’échelle. une fois parvenus au pouvoir.

juge des juges hanafites”.* HAJAR (Ibn). 77. le pouvoir mamelouk cherchait à se gagner les faveurs des commerçants. t. cit. 32. op. p. II. que le sultan Al Nasser Mohammad ibn Qalaoun avait dit : “Je ne crains qu’une seule personne : Shams al-Din al-Khairi. cit.. 1 À ce propos.. place que renforçait la position stratégique occupée par l’Égypte à la confluence de l’Orient et de l’Occident. on peut lire dans “Voyages d’Ibn BATTUTA.1 Les historiens rapportent le refus d’un théologien de répondre à l’invitation du sultan Baïbars pour la seule raison que celui-ci voulait influencer l’une de ses fatwas. vol. Le sultan dut se résigner à se déplacer en personne pour aller trouver ce théologien. p. 88. p. 2 MAQRIZI (al-). certains théologiens se risquaient à contredire les sultans. ils étaient cantonnés dans le rôle de relais avec la masse. Renseignements pour l’homme. 183 . 499.2 Ces faits étaient cependant rares et la plupart du temps les théologiens étaient tenus à l’écart des sphères de décision politiques par le pouvoir mamelouk qui exigeait d’eux réserve et soumission Celui-ci les empêchait de participer aux affaires militaires et leur interdisait même l’accès à la chevalerie. Les commerçants Outre l’élite intellectuelle. as-Suluk. Le commerce étant la principale source de richesse du pays. I. vol II.Conscients de leur poids socio-politique. que “il arrivait souvent que les mamelouks faisaient descendre les mu’ammamin de leurs chevaux dans les rues du Caire et que parfois ils les agressaient en les leur confisquant de force”. 3 L’historien Saïd ASHUR rapporte dans son ouvrage “La société égyptienne à l’époque des mamelouks”.3 De fait. p. op.. les commerçants jouissaient également d’une place de choix dans la société égyptienne...

certaines catégories sont à étudier de plus près en raison de leur rapport étroit avec le muhtasib et dans la mesure où elles peuvent contribuer à éclairer la nature et l’étendue de ses interventions. agriculteurs et les démunis. de groupes antagoniques et la cristallisation de la société en deux pôles : le pouvoir mamelouk d’une part et. formaient l’écrasante majorité du peuple. ils étaient souvent réduits à la stricte nécessité et subissaient de lourdes taxations auxquelles venaient s’ajouter. petits commerçants.détenteurs de cette richesse. artisans de toutes sortes. Les agriculteurs. Pauvres et méprisés. Cette présentation d’ensemble étant faite. en temps de disette. les commerçants n’en craignaient pas moins leur pouvoir arbitraire. au sein de la société égyptienne. L’étude des différentes couches sociales permet donc de relever les disparités ainsi que le rôle important joué par les mamelouks dans la formation. en cas de besoin de financement. de l’autre. 184 . Le petit peuple On trouve en bas de l’échelle sociale les ‘awam : travailleurs. Respectés et même convoités par les gouverneurs. ce sont eux qui ont payé la facture des différentes crises sociales et politiques en supportant des impôts et des taxes de plus en plus lourds. En effet. la société civile. Certains européens ayant visité l’Égypte rapportent que la seule ville du Caire comptait pas moins de cinquante mille sans logis. pour leur part. les attaques subversives des bédouins (les ‘uribans).

Leur influence politique était limitée et ils n’avaient 1 Abd Al Atty Abd Al Ghani Mahmoud. C’est en effet tout un ensemble de facteurs qui permet d’évaluer à son juste titre la situation socio-économique et de voir en quoi elle était défaillante. écartés. leurs fortunes n’avaient aucune commune mesure avec celles des grands chefs de l’appareil militaire et administratif. 3ème cycle. Il convient de prendre en considération. L’enseignement en Égypte au temps des Ayyoubides et des Mamelouks. 2 . même s’ils ont eu leur part de iqta’ (propriétés terriennes distribuées à l’armée). le muhtasib n’avait guère d’espoir de pouvoir jouer le moindre rôle et c’est bien ainsi qu’il en a été. Dans ces conditions. L’abandon des règles initiales de formation religieuse et politique. Néanmoins. ne connaissant que le langage de la force brutale en guise de politique. Université du Caire. le “divorce” entre le pouvoir mamelouk et ses sujets égyptiens qui se désintéressaient de l’action politique à laquelle ils se sentaient étrangers et dont ils étaient. n°1383. pour les mêmes raisons que leurs “aînés”. 1973. d’une part.Les petits Mamelouks Ceux-ci appartenaient. ne suffit pas à lui seul à rendre compte du dysfonctionnement des institutions.1 s’il explique en grande partie cette détermination des mœurs et des pratiques politiques et sociales. Le Caire. les concurrences et les rivalités entre émirs qui entravaient l’action politique et provoquaient un état d’instabilité quasi permanent et. Les Mamelouks sultaniyya Ils occupaient le sommet de la hiérarchie du pouvoir et régnaient sans partage. Thèse Doct. de l’autre – conséquence directe de ce qui précède –. 185 . à la catégorie des privilégiés. de toute manière.1.

4 THENAUD Jean. Ce fait s’explique par le fait qu’un civil – le muhtasib en l’occurrence – ne pouvait avoir un droit de contrôle sur des militaires. Les mosquées du Caire. etc. publié et annoté par CH. 3 MAQRIZI (al-). Le Caire. ibid. 1950.. L’Égypte au commencement du XVème siècle. p. op. En effet.3 l’évolution de la situation politique. p. 15-16. Introduction et notes par Dapp.1 ils étaient souvent tenus de perpétuer une vieille tradition mamelouk en matière d’éducation et avaient pour vocation de constituer les bataillons du pouvoir. Egypt and Syria under the circassien sultans. Un mamelouk devenait. Le muhtasib n’était pas plus influent dans leur cas qu’avec les autres mamelouk. vol. Mont Sinay. vol II. Schefer. un homme privilégié. 1884. p. IV. Khittat. 48-50 et sq. Imp. Éd. en dehors de toute considération matérielle. * POPPER William. Les voyages d’outremer (Égypte. notamment à l’époque jarkas. la fin de la période bahride a correspondu à la fin des privilèges des petits Mamelouks dont certains se sont même vu déposséder de leurs biens. p. ce qui faisait d’eux de simples exécutants du pouvoir. 186 .4 nazirs et autres personnalités politiques et militaires du régime au moment de la constitution des féodalités . Éduqués par les tawachi (éducateurs notables). p. 348 et QALQACHANDI .). Université Fouad Ier. a eu pour conséquence une perte progressive de ceux-ci au point que le muhtasib a pu être en mesure d’exercer un contrôle sur cette catégorie de mamelouks. p. C’est le muhtasib qui était chargé 1 Cf. cit. consolider leurs privilèges sans toutefois parvenir à égaler ceux de leurs maîtres. III. 2 HYED. V.2 Cependant. l’Ihtisab revenant aux seuls tawachi.pas de pouvoir de décision. t. Mustapha ZIADA et Ahmed MUHAMMAD in al-Majalla tarikhiyya (La revue d’histoire). Sobh al‘acha. lequel contrôle dépendait exclusivement de la seule volonté du sultan ou de l’émir. 266. un temps. Mohammed CHAFIQ. Palestine. suivi de la relation de l’Ambassade de Domenico Travison auprès du Soudan d’Égypte. 1512. si les soldats mamelouk ont pu. 1956. La raison tient au fait que ces mamelouk ont été répartis entre vizirs. 48. * WIET et HAUTECŒUR. * POLITI E... 87. Paris. vol.. Leroux.

3. Les enturbannés (al mu‘ammamun) ou les “gens de plume” L’une des caractéristiques principales du règne mamelouk a été sans conteste le formidable développement des activités culturelles et intellectuelles.. les mamelouk ont cherché à s’appuyer sur la classe des religieux – les enturbannés – qui. On sait l’importance de la place tenue par la religion ainsi que le rôle qu’elle a toujours joué au sein de la société arabo-musulmane. en plus du rôle de caution qu’on leur faisait jouer.. La formation d’une élite intellectuelle était fondamentale pour la consolidation du pouvoir mamelouk . les dirigeants mamelouk cherchèrent-ils à encourager cette catégorie sociale. cit. Les rapports que les Mamelouks ont entretenu avec les enturbannés étaient d’une autre nature que ceux qui les liaient avec les grands négociants. Afin de conférer une légitimité religieuse à leur pouvoir. vol. p. 205 et sq.. Ce fait n’a pas 1 MAHASIN (abou al-). mais en en facilitant surtout l’exercice. aussi. Aussi bien que les ayyoubides.de procéder à cette répartition et qui devait veiller à contenir leur rébellion éventuelle. 7. 187 . non pas en exerçant directement le pouvoir (rares ont été ceux qui ont pu accéder aux sphères de décision). les Mamelouks ont eu recours aux services de la bureaucratie et aux hommes de plume. non seulement pour les affaires purement administratives mais aussi et surtout pour soutenir intellectuellement leur régime. C’est ainsi que les ulémas ont été amenés à jouer un rôle politique d’une certaine importance.. Brillantes étoiles. devaient servir de relais entre le pouvoir et le peuple.1 Science et culture ont en effet connu un grand essor et il n’était pas rare de voir certains sultans y prendre part. op.

ce qui leur permettait de conforter le sunnisme et de pouvoir contrecarrer le chiisme fatimide Par ailleurs. économiques et culturels qu’ils entretenaient et partageaient avec lui. Outre la distinction qui leur à été accordée d’assurer l’éducation religieuse des troupes mamelouk.échappé aux mamelouks qui ne se sont pas fait prier de l’exploiter à leur tour et en leur faveur. et. ils percevaient de hauts salaires et bénéficiaient 188 . ont-elles amené les Mamelouks à mettre à contribution les hommes de plume pour la défense du pays. objectifs ceux-là. les croisades d’une part. rôle que les religieux étaient mieux à même de remplir étant égyptiens à l’instar du peuple dont ils étaient issus et également proches de lui de par les rapports familiaux. Ainsi. Les Mamelouks n’ont pas manqué de payer en retour les services que les “enturbannés” ont rendus au pouvoir en leur octroyant des privilèges. Cette attitude était dictée par la nécessité impérieuse dans laquelle les Mamelouks se trouvaient de se faire comprendre du peuple et d’obtenir son soutien. Ceci explique l’intérêt qu’ils ont porté à la pensée religieuse en général et la place de choix qu’ils lui ont accordée dans la vie et l’organisation sociale. le dynamisme intellectuel de cette époque s’inscrit dans un cadre historique plutôt favorable. et tout particulièrement les hommes de religion. les guerres contre les Mongols qui avaient un caractère religieux très prononcé. Les Mamelouks ont compris tout le parti qu’ils pouvaient tirer de la multiplication des écrits théologiques et autres traités ainsi que des discussions et des controverses dans le cadre de la pensée sunnite. D’autres facteurs. de l’autre. ont motivé la volonté des Mamelouks de faire jouer à la religion un rôle de premier ordre et ont ainsi concouru à une certaine effervescence religieuse.

dont notamment des cadis. De fait. op. ils étaient frappés par une interdiction d’exercer un autre métier. etc. III.. épices. seuls ceux jugés les plus loyaux étant récompensés. 1 Al-Maqrizi avait fait état dans ses écrits de nombreux enturbannés corrompus. p. Cependant. Renseignements. habits.000 Feddan en 740 H mis à la disposition des seuls enturbannés. p.A. ce qui n’était le cas ni des soldats mamelouk. t. II. 1. et. cit. d’une part. 2 D’autant que. in M.. 277. I. huile. (a) Voir à ce sujet pour de plus amples informations MAQRIZI (al-). ni des émirs. ce qui n’allait pas sans compromission voire complicité.). leurs supérieurs hiérarchiques. 189 ... cit. la soumission au pouvoir en place – dont la politique était le plus souvent en contradiction avec les exigences de la religion –.. ce qui n’était qu’une manière déguisée d’accroître leur dépendance à l’égard du pouvoir et de réduire leur liberté et leur marge d’action. cit.. de l’autre. The size and value of the iqta’ in Egypt. op. fruits. 2 MAQRIZI (al-). partagés et tiraillés qu’ils étaient entre. op. il faut se garder de généraliser car tous les “enturbannés” ne bénéficiaient pas du même traitement de faveur et n’étaient pas corrompus. 135-136..d’avantages en nature non négligeables (sucre. Sans compter qu’ils ont été autorisés à jouir de la faculté de léguer des biens fonciers (Iqta’) à leurs descendants. sous prétexte de se consacrer exclusivement à l’exercice de leur fonction. p. Quels que purent être leurs désirs d’autonomie voire d’indépendance vis-à-vis du pouvoir central. les ulémas pouvaient difficilement échapper à une forme de “loyauté” implicite envers ce dernier de par leur statut de fonctionnaires ou d’attachés à l’État. cit. 85 et RABIE H. leurs biens revenant de droit à l’État en cas de décès.C. la fidélité aux textes qu’ils se devaient de faire respecter et au nom desquels ils devaient rendre la justice. les religieux échappaient au contrôle du muhtasib. Khittat. op. t. de plus. Voir aussi HAJAR (Ibn).1 En raison de leur meilleure connaissance de la chari‘ah et étant. vol. Ces derniers payaient pour occuper leur poste et corrompaient les militaires afin de s’y maintenir (a) d’autant qu’ils étaient relativement bien payés au vu des immenses waqfs qui leur étaient consacrés (b). les religieux n’avaient pas une tâche facile. (b) Ces terres ont atteint 130. 364. Khittat. vol.. p..

il s’est trouvé certains ulémas qui ont pu échapper à la corruption ambiante et ont su faire preuve d’intégrité et de fidélité à leur fonction. Aussi. op.. L’aisance financière et matérielle passait pour suspecte tandis qu’une situation de précarité n’était pas mal vue. notamment sous le règne d’Ashraf Quaytabay (1468-1496) lorsque celui-ci 1 2 MAQRIZI (al-).. vol. II. Fort heureusement. IV. Ils devenaient même une cible privilégiée lors des crises sociales graves et servaient d’exutoire à la contestation populaire qui ne pouvait s’exprimer sur le plan politique et ne pouvait davantage s’en prendre directement aux tenants du pouvoir. 277.. l’estime réelle dont ils jouissaient était fonction de leur situation matérielle qui était elle-même un reflet de leur degré de collusion avec le pouvoir.. cit. cit.. 190 . ces hommes étaient minoritaires et n’avaient aucune influence sur la scène politique. les ulémas complices du pouvoir ont-ils fait l’objet de moqueries et parfois d’attaques organisées visant leurs biens. À l’évidence. op. HAJAR al-‘Asqalani (Ibn). vol. 499.. 378. Brillantes étoiles. à l’image de l’imâm AlManfalouti. t. p.. 5. 3 Pour de plus amples informations quant à l’ijtihâd à cette époque. voir surtout Abu al-MAHASIN.L’ambivalence de leur fonction a fini par leur coûter l’estime du peuple et leur a même valu de la part de celui-ci méfiance voire même mépris. p. Les ulémas ont fini par reconquérir auprès du peuple une partie de l’estime perdue au fur et à mesure que leur situation financière se dégradait. op.2 consacrèrent leur vie et leurs écrits à l’Ijtihad (effort de recherche)3 et au jihad. cit. p.. Renseignements.1 L’Histoire a retenu le nom de ceux qui. as-Suluk.. À dire vrai.

) 191 . générosité et intelligence. p. Pour cette raison. les “Gens du Livre”. 4. la nature du pouvoir en place. Les dhimmis Le terme arabe dhimmi signifie protégé (sous-entendu de l’État musulman). op. surtout. Paris. 1946.2 même s’il n’empêche qu’à certaines époques ils ont pu souffrir de réglementations spéciales que seule une certaine méfiance à leur égard peut justifier. Flammarion. la charge de les contrôler revenait au 1 MIQUEL André. éd. cit. le christianisme a d’abord le visage agressif de l’intrus. 2 DEMOMBYNES Godefroy. 192. Leur présence en terre d’Islâm est tolérée moyennant l’acquittement d’un impôt foncier spécial (kharaj) et d’un impôt spécifique appelé jiziya qui les exempt de la participation au jihad et qui les fait bénéficier. plus que cela. L’Islâm et sa civilisation. Paris. si l’on songe que. ils jouissaient des garanties légales qui étaient assurées aux musulmans et ils étaient protégés comme eux.décida de se passer des services des jurisconsultes et leva l’interdiction d’exercer une autre activité qui les frappait.. p. ils n’étaient point punis par exemple pour avoir bu du vin. Reste que dans tous les cas. Armand Colin.1 Un chapitre est consacré dans tous les ouvrages de droit au statut des non-musulmans que la cité musulmane a le devoir de protéger. 1977. il s’applique plus particulièrement aux juifs et aux chrétiens.156 ( La loi musulmane leur était appliquée à quelques exceptions près. Il désigne les non-musulmans qui néanmoins professent une religion monothéiste et se réclament d’un Livre révélé . en contrepartie. Les institutions musulmanes. les époques et. Tolérance envers les Juifs et. envers les chrétiens . De fait. pour l’Islâm du temps des Croisades. ils étaient également désignés par l’appellation de ahl kitab. la situation des dhimmis dans la société musulmane a connu diverses phases suivant les pays. Ed. de la protection de l’État musulman.

de Lettres du Caire. Cette interdiction n’a pas toujours été respectée et. 1975. sauf 1 SOURDEL Dominique. Les Dhimmis en Égypte à l’époque des sultans mamelouks. 192 . Quant aux non-musulmans. Thèse Doct. Les traités classiques de la hisbah tels que ceux d’Ibn Bassam et d’Ibn Abdun énumèrent les principales prescriptions les concernant et mentionnent le contrôle des dhimmis et l’observation des dispositions morales et sociales devant régir leur comportement. 186.1 Sur le plan juridique. * QACEM Qacem Abdou. de nombreux dhimmis ont pu accéder à des fonctions administratives et. Le Caire. Un dhimmi n’était pas puni pour la vente ou la consommation d’alcool – chose interdite en Islâm –. Le muhtasib était également fondé à châtier les dhimmis au même titre que les musulmans afin de sauvegarder la morale publique. L’histoire musulmane témoigne à ce niveau de plusieurs interventions du muhtasib pour rappeler à l’ordre les dhimmis. à de très hautes fonctions au sein de l’appareil d’État. pour certains d’entre eux.muhtasib. les dhimmis étaient soumis à la législation de leurs croyances religieuses pour tout ce qui touchait au domaine de la religion mais non pas pour ce qui relevait de l’ordre public. pour raison de port de certains vêtements ou de mauvaise conduite. En effet. Univ. Ce contrôle et ces prescriptions relèvent explicitement de la fonction du muhtasib de la ville et de ses attributions. p. L’Islâm médiéval. il était tenu compte de l’appartenance religieuse du contrevenant. n°1381. sa tâche consistait dans l’interdiction du munkar (le mal). En principe les dhimmis ne pouvaient accéder à l’administration. ils participaient ainsi à toutes les activités des secteurs productifs. Dans le cas des musulmans comme dans celui des non-musulmans. sous les Mamelouks.

op. * MAQRIZI (al-). cit. adopta une position très ferme à l’encontre de ceux qui.. op.-C. Le miroir de l’Islâm. on retient notamment le récit rapporté par Ibn Iyas à l’époque des mamelouk sur les événements de l’an 879 H / 1475 J. 100. Précis de l’histoire de l’Égypte. ainsi que les notables de la ville pour avoir consenti à la démolition d’un temple juif à Al-Quds. en l’an 700 de l’hégire. 49-50. IXème siècle H / XVème J.. Introduction à l’étude du droit musulman. p.. 129. avaient tenté de saccager des églises et des monastères. p. 1953.. op. profitant de l’état de confusion qui régnait. À ce propos. cit. Khittat. p. Al-Fada’il al-bahira fi mahasin Misr wa-l Qahirah (1114 H). Voir aussi ABD RAZIQ. 2 MILLIOT Louis. cette obligation – d’institution tardive – a rarement été respectée. relatant comment le juge des juges de Al-Quds fut emmené en Égypte enchaîné. les musulmans et les chrétiens d’orient au Moyen Âge du VIIème au XIème siècle.1 Les fêtes et les célébrations étaient souvent l’occasion de troubles et autres actes de pillage et d’atteintes à la pudeur.. 1971. Julliard. les dhimmis étaient théoriquement tenus de se distinguer du reste de la population musulmane. Ce fut notamment le cas du cheikh Ibn Daqiq qui. sanctuaires. – DOPP. Bulaq. Mamluk costume. op. Islâm. Paris. p. 79. pèlerinage. des voyageurs européens de passage en Égypte à l’époque mamelouk ont pu noter que la seule “distinction” vestimentaire entre chrétiens et musulmans concernait la couleur et la taille du turban. Sur le plan vestimentaire. Miss Caire. Cependant. les premiers nommés portant de grands turbans comparables à ceux des cadis. Paris. p. op. p. Le Caire. Dans le conflit des lois religieuses qui en résulte. 240. p.-C.. Parmi ce qui concerne le respect des droits des Ahl Kitab chez les musulmans. 272-275. * ZAHIRA Ibrahim Ibn Ali (Ibn). Il lui était loisible d’épouser une femme à un degré prohibé en Islâm. 38. 125-126. DUCELLIER Alain. Miss Edited by Mustafa al Saqqa Kamil al Muhandis.. 30. WIET. 1907.. Librairie-Maison des Livres Égyptienne. vol. Ceci a donc conduit certains cadis à prendre des mesures sévères pour punir les fauteurs de troubles. II. 23. p. 1969. cit. Les livres d’histoire 2 relatifs à cette époque nous apprennent qu’une sorte de consensus régnait entre les ulémas quant à la nécessité de 1 2 MAYER. cit. Les costumes mamelouks. la solution est fournie par l’application du principe de tolérance. p. 443. IYAS (Ibn). faisant régner un climat d’insécurité dont les dhimmis furent souvent victimes. Recueil Sirey. 193 . * ZAYYATTE Schams al-Din Abou Abd Ika. cit. 3. Al Kawakib al Sayarah fi hatibe al Zyara fi al qaratin al sougrah wal koubrah. op. p. 98-99.en cas de consommation manifeste dans un lieu public par crainte d’incitation. cit. vol. Le site fut rendu aux Juifs. cit. – MUIR. op. Bada‘a azzouhrour(Merveilles éclatantes). t. p.. Le Prophète Mohammed avait particulièrement recommandé aux arabes d’être compatissants envers les coptes.

p. pour sa part. cit. 3 Voir par exemple POLIAK A. R. N. généralement passive et désintéressée de la politique.combattre toutes les formes de xénophobie et de méfait à l’égard des dhimmis. ont vu dans leurs actions une lutte à caractère économique sans finalité politique.2 Al-Maqrizi. a qualifié leurs actes de “banditisme et de désobéissance” (fasad al-urban). 482-483. Les révoltes populaires en Égypte à l’époque des mamelouks et leurs causes économiques. 653. écrivait à ce propos : “Les deux explications nous paraissent peu satisfaisantes.. En effet. 1979. Leurs actes. 194 . 260-261. vol. op. économique et politique et a occupé une grande part du travail du muhtasib et des gouverneurs. PILIOTI E. 28. n’étaient pas dépourvus d’une certaine signification politique que certains chercheurs 4 ont essayé de restituer dans leur contexte historique. 3. les ‘Uribans ont toujours été les plus contestataires et ont multiplié les révoltes ainsi que l’attestent les historiens d’hier et d’aujourd’hui. p. les ‘Uribans étaient partie intégrante de la population égyptienne. Histoire sociale et économique de l’Égypte jusqu’à l’époque Mamelouk. qualifiés par les anciens historiens de banditisme. p. D’autres. Beyrouth. par exemple. op. IX.. Ahmed Sâdaq. 1934. L’Égypte au commencement du XVème siècle. à la différence du reste de la population égyptienne.I.1 5. Les Fatawas (recueil d’avis juridiques). s’inspirant du hadîth du Prophète Mohammed : “Celui qui fait du tort à un dhimmi. Les ‘Uribans (les Bédouins) Cette partie de la population égyptienne a joué un rôle très important sur le plan social.. éd. 4 SA ‘AD Ahmed Sâdaq. cit.E. celle-là même qui contesta le pouvoir des Mamelouks qu’elle considérait comme étrangers..3 Pour autant. t. par contre. Maison Ibn Khaldoun. p.. je serai son adversaire le Jour de la Résurrection”. L’importance de la question provient surtout du fait que les mouvements et les révoltes des ‘Uribans au temps des Mamelouks 1 2 TAYMIYYA (Ibn).

2... cit. Badai’ azzouhour (Merveilles éclatantes sur les événements des siècles).éclairent certains aspects de la constitution économique de l’Égypte de l’époque et les conditions qui les ont entourés. 240. * IYAS (Ibn). p. Le mouvement d’opposition des ‘Uribans aux gouvernants mamelouk était la conséquence des pratiques politico-militaires de ces derniers et prenait la forme de révoltes incessantes et parfois de forte ampleur. t.Les commerçants Al-Maqrizi distingue deux catégories de commerçants : Les grands commerçants qui constituent une classe aisée dite ahl yasâr dont le rôle social vient juste après celui des hommes de l’appareil d’État. op. Pour SA ‘AD. les dirigeants mamelouk prenaient prétexte des troubles occasionnés afin de renforcer le rôle de l’État. sous couvert du rétablissement de la sécurité et de l’ordre publics. 482. cit. Les ‘Uribans étaient perçus comme des concurrents directs et les Mamelouks cherchaient à les écarter systématiquement de l’administration.1 6 . et une catégorie de 1 SA ‘AD Ahmed Sâdaq. appliquant à leur égard une politique de division afin de les maintenir dans l’incapacité de s’organiser en force politique unie. p. De leur côté.” L’auteur situe ces conflits sur un terrain politico-économique et leur accorde une importance particulière pour la saisie des spécificités économiques de l’Égypte et du mode de gouvernement des Mamelouks. 195 . op. ce qui témoigne d’une opposition religieuse. ce conflit entre ‘Uribans et Mamelouks conforte l’idée qu’il ne s’agit pas de simples événements disparates de bandits sans scrupules mais bel et bien d’un mouvement politique d’opposition plus ou moins systématique aux divers pouvoirs mamelouk. Les ‘Uribans s’en prenaient aux enturbannés qui passaient à leurs yeux pour complices de l’État.

Ighâta-tul ummah (Au secours de la communauté). Une autre activité du muhtasib consistait à collecter les impôts connus sous le nom de “muchahira” – taxe mensuelle. La vie quotidienne des musulmans.208-210 196 .vendeurs appartenant à la classe moyenne ainsi que des gens aux moyens plus limités (ashab al-ma‘ayich) dont notamment des vendeurs ambulants. p. Les activités commerciales et les rapports professionnels étaient théoriquement soumis au pouvoir du muhtasib et aux lois générales de la hisbah. Les chroniqueurs de l’époque rapportent que le muhtasib recourait très souvent aux visites surprises pour contrôler les opérations de vente et pour pratiquer une pression constante sur les commerçants.1 Les ahl yasâr L’organisation du commerce était rigoureuse. cit. qu’il s’agisse des lieux fixes (boutiques) ou des vendeurs ambulants.72-73 MAZAHERI Ali. Il devait contrôler les aliments (qualité. Ce faisant. d’organiser la vie sociale et économique et de garder la mainmise sur la réalité du pays. comme c’était le cas en situation de guerre ou de disette ce qui donnait 1 1 2 Voir pour plus de détails. cit. etc.) et consacrait l’essentielle de ses activités à lutter contre les fraudes notamment celles portant sur les poids et mesures qui étaient particulièrement répandues à cette époque. le muhtasib était amené à fréquenter les marchés de manière régulière et suivie et de contrôler les diverses activités de vente s’y déroulant. Ces impôts étaient variables et fluctuaient en fonction de la situation générale du pays. op. MAQRIZI.1 – et “mujama‘a”. à ses débuts. op. p. Ces lois reflétaient le souci du pouvoir mamelouk. Il était naturellement assisté dans sa tâche par des suppléants qui l’aidaient dans les opérations de contrôle.

1 Cependant. Ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de l’évoquer dans la section précédente. op. p. la collecte des impôts présentait le paradoxe de faire du muhtasib le complice d’une pratique arbitraire et injuste alors qu’il était censé lutter contre les injustices. t. Badai‘i Az-zouhour. provoquant la colère du sultan Qaytabay qui. (Les fleurs magnifiques). trois ans plus tard.II. Certains d’entre eux optèrent ainsi délibérément pour le camp gouvernemental et se laissèrent corrompre afin de s’épargner les “risques du métier” tels que les punitions (qu’elles proviennent de l’État ou de la part de 1 Cf.239 197 . les muhtasibs étaient loin d’avoir tous été des simples victimes. cit.l’occasion aux commerçants de pratiquer des prix élevés sous prétexte de pouvoir s’en acquitter. Sa position d’intermédiaire entre un État injuste et des administrés mécontents était souvent intenable et lui a parfois valu de sérieux ennuis comme en l’an 1487 lorsque les Julbans-mamelouks s’étaient révoltés contre le muhtasib Badr ad-Dîne ben Mazhar et voulurent mettre le feu à sa maison en réaction à la hausse du prix de la viande et de la nourriture en général. Cet exemple illustre à quel point le muhtasib pouvait être détesté par la population qui voyait en lui le représentant de l’État plutôt que le garant de la bonne marche de la société. Les mêmes Julbans s’étaient également signalés par des actions violentes en s’attaquant aux réserves de blé du sultan et des émirs. C’est au sultan que revenait la décision d’imposer ou de supprimer cette taxe et le muhtasib n’avait pas d’autre choix que de mettre cet ordre à exécution. convoqua le muhtasib Kasbay et le fit punir publiquement de vingt coups de bâton pour manquement à ses devoirs envers les musulmans pour n’avoir pas su lutter efficacement contre la hausse des prix.

Par ailleurs. ce phénomène s’étant surtout généralisé au temps des circassiens. Ce fut le cas notamment d’AlMaqrizi et d’Al-Ayni qui l’ont exercée à plusieurs fois dès 1329 à l’époque du sultan Barqouq. politique car c’est bien un émir. D’autres muhtasibs. un point se rattache à la désignation même du muhtasib. l’émir Mankali Bagha ach-chamsi ayant été le premier d’entre eux en 1413. Ce bouleversement est révélateur de la profondeur de la crise morale qui a traversé le pouvoir mamelouk et de la distance prise vis-à-vis des principes religieux qui présidèrent à l’institution de la hisbah.la population) ou la révocation. C’est ainsi que des Mamelouks ont été nommés à ce poste. On notera ainsi que la hisbah a connu des évolutions qui n’ont pas toujours été compatibles avec son caractère fondamentalement religieux. ont su préserver à la hisbah son caractère de fonction religieuse et sociale. Par la suite. les Mamelouks ont transformé la hisbah en une simple fonction administrative pour laquelle la loyauté à l’égard de l’État paraissait primer sur la compétence religieuse. un peu plus tard. Jan Bardi Al-Ghazali au temps du sultan Al-Ghouri. qui a été appelé à l’exercer. il s’agissait de religieux et d’égyptiens. en fin de compte. en revanche. la 198 . donc un militaire. À l’origine seuls les ahl al-qalam (les hommes de plume) pouvaient prétendre à cette fonction . et. Il va sans dire qu’alors le muhtasib était davantage considéré et il arrivait qu’il exerçât également le qâda comme ce fut le cas de Badr adDîn Al-Ayni qui réunit les deux fonctions (la hisbah et le qâda) au temps du sultan Barsbay. Parmi celles-ci. Cette évolution est importante dans la mesure où elle officialise en quelque sorte un détournement de la vocation religieuse de la hisbah en faveur d’un statut purement administratif et.

L’artisanat apparaissait comme un monde fermé.désignation d’un émir au poste de muhtasib indique à quel point le statut des émirs s’était lui aussi dégradé suite aux conflits qui n’ont cessé de les opposer les uns aux autres. absents du champ de la vie sociale sauf en tant que caution d’un État finissant. le muhtasib était accompagné par des représentants des métiers. Mais. 121. ce choix souligne surtout la mise à l’écart des ulémas. 1 Voir pour plus amples détails .et ‘L’Espagne musulmane’ vol III.82 et ss. Car il est difficile d’imaginer que ce détournement ait pu être opéré par souci de justice sociale quand on sait le peu de considération qu’avaient les Mamelouks pour les commerçants qu’ils soumettaient à de pressions et à des chantages permanents et que l’État ne concevait le commerce que comme une source d’enrichissement pour ses protégés. p.1 Les petits commerçants et les artisans Le secteur du petit commerce et de l’artisanat était également le domaine privilégié des interventions morales. p 78 et sv. et aussi WIET G. thèse Barsbay. Le système artisanal était restreint au cercle familial : le métier se transmettait de père en fils. Officiellement. Les marchés du Caire. fermeture renforcée par l’existence de corporations professionnelles dont la raison d’être était de constituer un contre-pouvoir à l’arbitraire du pouvoir mamelouk en cherchant à limiter le rôle du muhtasib1 Lors de ses opérations de contrôle. sociales et juridiques du muhtasib. au-delà de ces raisons. 1 2 LÉVI-PROVENCAL "Trois traités andalous de la hisba. il s’agissait de suppléer au manque de compétence du muhtasib et de lui éviter des erreurs de jugement et d’appréciation. Ahmed DARRAJ. c’était une concession accordée aux petits commerçants et aux artisans qui leur permettait de s’opposer aux abus et autres exactions de la part de celui-ci. p 148 199 . Mais. p.. en fait.

à les éparpiller et à les mettre à la charge des émirs et des riches qui s’en occupaient en leur offrant de la nourriture. op. leur désespoir et de leur perpétuelle révolte. 1 Les Harafichs. 2 MICQUEL André. ils ne peuvent se soumettre parce qu’ils ne peuvent que vivre dans l’illégalité”. cit. 215. au besoin. 200 . L’Islâm et sa civilisation. ils peuvent gagner en estime.3 Outre les artisans disposant de leurs propres boutiques. par des “gros bras”. d’autres artisans exerçaient dans la rue où les conditions d’hygiène et de sécurité étaient des plus précaires. les pauvres manifestaient leur révolte en s’attaquant aux propriétés des gouverneurs et de leurs alliés.. p. en temps de disette. 7. cit. 183. Mais cela est presque impossible : d’abord. le pouvoir tenait. Ma’lim. les ‘awamm. enfin. p. Dans ce contexte. lieux de production et de commercialisation. De ce fait. p. parce qu’ils ne peuvent se purifier car c’est la nature de leurs métiers.2 C’est dire que les petits métiers étaient condamnés à l’avance à demeurer petits au sens plein du terme.. s’ils se purifient de leurs saletés et acceptent de se soumettre. les “publas”. les harafich vivaient de 2 3 UKHUWWA (Ibn al-). parce qu’ils exercent des métiers méprisables et qu’ils sont simples d’esprit . ils pouvaient difficilement inspirer le respect et susciter l’estime dans une société pauvre et maintenue dans l’ignorance et l’analphabétisme. Source de troubles et d’insécurité. Par crainte de ces “marginaux”. Ibid. le muhtasib était donc tout naturellement appelé à sévir afin de faire respecter les règles élémentaires d’hygiène et de sécurité en se faisant aider..Ibn Al-Ukhuwa nous rapporte le témoignage du muhtasib à l’égard des petits artisans : “Si leur démarche s’assainit. op. Les harafich1 (al Ri ‘a‘ / publas) Les harafich représentaient la catégorie des démunis qui ont joué un très grand rôle dans la vie et l’histoire des cités au Moyen Âge 2 et que le pouvoir craignait en raison de leur insoumission. ensuite. 532.

De crainte que les harafichs ne viennent profaner leur tombe et échapper ainsi à une vengeance posthume. 5 Cf. cit. lorsque l’émir Yalbagha voulut s’emparer du pouvoir. par exemple.3 Inactifs.1 Dans ces conditions. Ainsi. comme la police d’ailleurs. Le caire vu. DOPP. vol. se sachant ne pas être en mesure de la maîtriser. 1 Cf. La société égyptienne. Les harafichs se livrèrent alors à des actes de banditisme.. op. op. p.. ne pouvait qu’assister impuissant à leur barbarie plus ou moins tolérée.4 Assimilés au vol et au viol.. une menace permanente pour le pouvoir mamelouk. Ainsi.. s’ajoutaient ceux qui ne vivaient que du banditisme et de la délinquance”. 123.. 38. idem..5 Les historiens et les voyageurs rapportent qu’ils étaient très nombreux dans la ville du Caire et qu’“ils vivaient dans des conditions insoutenables. voire la terreur aux grands et petits commerçants. 250-251. ils étaient une source permanente d’instabilité et de désordre. Socialement contestataire. Les révoltes populaires. conçut le dessein de tirer parti de son opposition aux injustices pour l’utiliser dans les conflits internes. V. Ils s’attaquaient également aux demeures des émirs et des classes aisées en général. Ce dernier. il demeurait totalement impuissant et dans l’incapacité d’exercer son métier. cette classe constituait. II... à moins de n’avoir affaire qu’à des individus isolés et encore. certains walis détestés par les ‘awam se faisaient inhumer dans les cimetières chrétiens. op. défonçant les portes des prisons.). cit. chercha à les récupérer et à s’en servir contre ses rivaux politiques. aux mendiants et aux handicapés sans protection. TARAKHAN. saccageant les bibliothèques et pillant les maisons. ils inspiraient la peur.. Le muhtasib. il est bien évident que le muhtasib ne pouvait espérer intervenir que quand il était lui-même protégé. p.leur rébellion. Dans un tel contexte. vol. p. op. en dépit de sa désunion et de sa marginalité.. cit. cit. Cet exemple 3 HAJAR (Ibn). 4 Cf.. événements de l’an 791 H. Autrement. sans gîte le jour et errant la nuit. 201 .. l’émir Qantas. De même. cit. 135-141. Voir aussi Poliak. p. an-Noujoum (Brillantes étoiles). * ASHUR Saïd. aux prostituées. il suggéra au wali du Caire Hassan Ibn al-Kawra de laisser les mains libres aux harafichs dans la cité et de semer ainsi le désordre public en se livrant au pillage et en terrorisant les commerçants et les habitants en général. ‘ Anba’ (Renseignements pour l’homme. op. MAHASSIN (abou al-). les muhtasibs étaient très souvent menacés et agressés . 464. C’est dire combien la misère et la crise semblaient parfois atteindre un point de non-retour.

les ulémas ont bien souvent manifesté une certaine complaisance et contribué de la sorte à perpétuer un état de délabrement social. moral et politique. Il s’agit là d’une appréciation d’ordre moral. Les dirigeants mamelouks ont été. op. 8. HAJAR (Ibn). Cet état de fait ne dépendait pas seulement de l’action des ulémas.2 D’un point de vue socio-politique. d’exercer un Ihtisab politique. conformément aux exigences de la chari'ah. événements de l’an 791 H. Mais. cit. En raison de leur passivité à l’égard de ce même pouvoir. 202 . Bien d’autres facteurs sociaux y ont également contribué. n’ayant été soucieux que de leurs propres intérêts. II. vol. Peut-on demander à des dirigeants corrompus de lutter contre la corruption ? Il semble bien que l’insouciance de la majorité des ulémas face aux outrages à la morale publique et aux mœurs a été pour le moins responsable de cette situation. . les ulémas ont contribué à lui attribuer un semblant de légitimité alors qu’ils se devaient. à l’origine d’injustices et de dépassements récurrents. Les femmes 2 Cf.illustre la difficulté de la tâche du muhtasib partagé entre son devoir de faire appliquer la loi en sévissant le cas échéant et l’impuissance à laquelle il était réduit et qui l’empêchait d’agir envers de gens qui se comportaient en véritables hors-la-loi.. la question des harafich et des ‘awam en général pose à la fois la responsabilité du pouvoir politique ainsi que celle des jurisconsultes et des hommes de plume en général. de par le caractère arbitraire de leur pouvoir.

le muhtasib se montrait autoritaire vis-à-vis des femmes du peuple. caractéristique des sociétés de classes. p. Nous étudierons donc la condition de la femme égyptienne dans le cadre de cette distinction. p. nous renseignent sur la situation privilégiée de ces femmes distinguées et sur le rôle qu’elles ont joué à cette époque. 166. cit. au temps des Mamelouks. op. toutes les femmes n’avaient pas le même statut. Pour de plus amples détails. 121 et QALQACHANDI (al-). II. Ahmed Darraj résume le point de vue de Wiet. vol.. il faut noter le rôle de 203 . c’est aussi parce qu’aux lois économiques s’ajoutaient le poids des mœurs. cit.. voir notamment MAYER. p. 16 et suivantes et p. al-masuna. etc. Naturellement. al-khound. Le Caire.. ce fait. revêt une importance particulière dans la mesure où son rapport au muhtasib était à la mesure de son rôle social. Costume. Les femmes sultanes Les documents historiques. les exigences morales et les obligations sociales.1 À la fortune colossale dont ces femmes disposaient.. Cependant. 36 et sq..2 Les livres d’histoire fourmillent d’exemples de femmes riches aux fortunes sans limite et aux dépenses incalculables à l’image de leurs époux sultans connus pour leur goût du luxe et de l’exubérance. 1938. Le mysticisme Islamique dans la littérature et la morale.. Le rôle du muhtasib dépendait de ce fait de la position sociale de la femme. outre la politique commerciale oppressive de Barsbay (.3 Le rapport des 1 2 MOUBARAK Zaki. op. venaient s’ajouter les titres honorifiques tels que as-sayda.. L’auteur fait état de la prépondérance de la vie de luxe et de l’excès à ce niveau.. cit. dont notamment les correspondances des femmes de sultans. Maqrizi et Ibn Haj en écrivant notamment : “Outre les raisons générales qui expliquent la décadence économique. Circonspect à l’égard des femmes sultanes. 3 À ce propos. vol. d’émirs et de leurs filles.).L’étude de la condition de la femme dans la société égyptienne.. op. voir Al-Zahiri kacht al-mamalik. S’il apparaît que la femme subissait plus de contraintes. p. VII. La crème de l’ouvrage intitulé Kaschf. 70-71. s’appliquait également aux hommes.

Les femmes sultanes ont joué un rôle important dans la vie sociale et culturelle dans la mesure où. I. après la mort de son époux. ‘Aqd al-Jiman (Histoire de l’Égypte sous le règne des derniers sultans de la dynastie des Mamelouk Jarkas). Ce fait témoigne de la tendance des la concurrence étrangère particulièrement néfaste à cette industrie : les étoffes. Maison des livres Égyptienne. Le Caire (1265 H). Elle a largement contribué à la sauvegarde et au maintien de l’État mamelouk. Darraj écrivait : “Le commerce de luxe des fourrures dans le souk voisin de la mosquée al-Azhar ne cessait de prendre de l’extension.”. 72-73. cit. Al-Maqrizi considère qu’elle fut la première sultane mamelouk. s’était généralisé. abondaient au souk al-Ganhiyin. Ibn Ahmed. de Florence. à l’enseignement et au développement des activités culturelles. Shajarat ad-Dour était également réputée pour son habilité politique. son sens de l’État. C’est dire que ces femmes étaient hors du commun et constituaient à elles seules l’illustration la plus éclatante des disparités sociales de la société d’alors. les vêtements de prix pour l’aristocratie cairote.. du Languedoc.1 Des documents historiques font état du fait que certaines femmes de mamelouk ont même occupé le poste de khazindar qui constitue le douzième grade dans la hiérarchie militaire. 1554. op. traité sur les événements des siècles. Pour ce qui est de la vie de luxe et des excès. réservé dans la première moitié du XIVème siècle aux officiers de l’entourage du sultan. comme c’est le cas de Shajarat ad-Dour. Elle a été celle qui a permis d’ouvrir les portes du pouvoir aux Mamelouks. les draps notamment de Venise. son tempérament fort et sa volonté inébranlable. Leur emploi. Bada’il Azzouhour (Merveilles éclatantes. Par ailleurs. notamment au moment des croisades. elles affectaient une part de leur patrimoine à des actions de bienfaisance. DARRAJ. était de un à trois mille.). 204 . 1 IYAS (Ibn). vol. cit. le sultan As-Salih Najmuddin. les robes d’investiture des émirs et des magistrats. On les achetait pour faire des habits de fête du souverain... pour nous en tenir qu’à un seul chiffre. d’autant plus que les femmes s’engouaient des modes européennes et que les émirs achetaient aux francs leurs habits de gala. p. 91. * AINI M. Miss. sans doute pour témoigner de leur statut privilégié.. Cf. Celle-ci a. op. certaines femmes sultanes ont joué un rôle politique de premier plan. Barsbay. p. en effet.acquisitions des femmes sultanes et des femmes “ordinaires”. été à la tête de l’État.

Hajar (Ibn). notices bibliographiques des personnages marquants du VIIIème siècle. B.mamelouk à faire participer la femme dans la vie politique et militaire. Miss 2078 (905 H / 1500 J. vol. dans ses fonctions d’ordonner le bien et d’interdire le mal. L’historien Ibn Hager obtint son Igaza (maîtrise) de la part de al-faqiha Khadija. 390 . extrait du livre intitulé). 74.2 À l’image des hommes. vol. vol. le muhtasib pouvait. cit.. Paris. 4 SAKHAWI Schams al-Din (al-).National.). 390. 205 . Il lui arrivait de châtier les femmes qui ne respectaient pas leur délai de continence mais ne s’en prenait pas à leur tuteur matrimonial qui ne s’acquittait pas de ce devoir. Miss. al-durr al kamina (Les perles cachées). p. Ainsi. 12. par exemple. IV. p. 11. Al-daw‘i Allami‘a (la lune qui se lève. certaines femmes portaient la robe de bure et s’intéressaient au courant soufi. vol.-C. sur lesquelles le muhtasib n’avait aucune prise. XVème siècle. c’est avec les femmes “ordinaires” que le muhtasib a pu remplir ses fonctions. 45.4 Les femmes “ordinaires” Contrairement aux femmes "sultaniques". National. Paris. 4. faire procéder par les tuteurs matrimoniaux à l’union des femmes et des filles avec des hommes de condition égale quand elles faisaient l’objet d’une demande. Fatawas. p. Des chroniques arabes de l’époque signalent un mouvement religieux de caractère spécifiquement féminin. IX. 2 3 TAYMIYYA (Ibn). ce qui a amené le théologien Ibn Taymiyya à mettre en garde les hommes contre les dangers découlant de l’obéissance aux femmes. op. p. Il lui revenait de faire respecter les délais légaux pour les femmes dont le mariage était rompu. 4.3 raison pour laquelle Al Sakhawy lui consacra un volume entier de son œuvre.

Al-Mawardi conseillait au muhtasib de s’exprimer en ces termes : “Si elle est ta parente au degré prohibé. il n’était pas exclu qu’il pouvait s’agir de parents. cit. voire carrément contraires à la chari‘ah et aux bonnes mœurs de femmes qui s’adonnaient à la prostitution. Ainsi. On prenait soin d’éviter de commettre une erreur de jugement qui pouvait porter atteinte à la liberté individuelle. Dans ce cas. C’était un ample 206 . 1 2 MAWARDI (al-). dans le cas d’un homme et d’une femme arrêtés dans une rue fréquentée et ne présentant aucun indice pouvant porter à équivoque. op.Il obligeait par la force le père qui désavouait l’enfant né de justes noces à reconnaître sa paternité en lui infligeant un châtiment discrétionnaire en raison de son désaveu. le stationnement qui avait lieu dans un endroit désert était sujet au doute et était de nature à motiver l’intervention du muhtasib. cit.”1 Cette rigueur dont il était fait preuve était motivée par le souci de préserver l’intérêt de la société et celui de la femme. Par contre. ne l’expose pas à des stationnements équivoques. 168 sq. 2 Wiet faisait état pour sa part d’activités suspectes. par crainte de Dieu.. Il en donne la description suivante : “Pendant la nuit. p.1 Le comportement du muhtasib vis-à-vis des femmes a toujours constitué un élément important de sa fonction et a également fait l’objet de controverses entre théologiens et jurisconsultes. Il y a cependant problème dès lors que l’intégrité du muhtasib n’était pas garantie comme c’était le cas hélas à l’époque mamelouk où de nombreux abus contraires à la chari‘ah ont été commis et dénoncés par des auteurs tels que Al-Maqrizi. 528 et KHALIL. un tête-à-tête qui peut te mener au péché. le muhtasib ne devait pas s’en préoccuper ni chercher à les réprimer ni même à les blâmer. fo. évite. voir MAWARDI (al-). tr. Si elle ne l’est pas. En effet. 643. p. 533.2 1 Pour plus de détails.. et afin d’éviter toute méprise. Mariage et répudiation. op. Celui-ci avait toute latitude de les blâmer et de les réprimander après s’être toutefois informé au préalable auprès des intéressés. cet endroit [souk des cireurs Al sammain] était le lieu de rendez-vous des filles qu’on appelait les ribaudes des cireurs qui portaient des insignes spéciaux et une tenue appropriée pour se faire reconnaître. p.

Cette image a connu une certaine évolution sous les Mamelouks avec les mutations qui ont accompagné la société et qui lui ont ouvert de nouveaux horizons. etc. on retrouve certaines femmes dans des activités liées à l’esthétique (coiffure. habillement. la femme a toujours représenté le maillon le plus faible de la société égyptienne. Ainsi.. p. op. Toutefois.Les femmes actives Ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le signaler.. op. Thèse Barsbay. Cela constituait une manteau surmonté d’un voile et ces femmes étaient chaussées de sandales de cuivre rouge. y compris celui de l’administration. ce qui conférait une certaine ambiguïté au rôle que le muhtasib devait remplir puisqu’il agissait plus en représentant de l’État qu’en homme chargé de faire respecter les bonnes mœurs. il convient de nuancer cette affirmation en distinguant entre les étapes de croissance ponctuelle et de contribution réelle et bénéfique à la construction de l’économie et d’autres étapes où elle n’a fait que tenir le rôle de figurant et d’acteur social de second plan.1 En dehors de cet exemple. Elles exerçaient leur métier de prostituées. La femme paraissait plus active et plus impliquée dans le système de production. la femme a travaillé dans tous les domaines de la vie publique. notamment DARRAJ Ahmad. 155-156. Les marchés du Caire. p. WIET. épilation. maquillage. aux distractions et aux divertissements pour le compte et au service des princesses et des femmes de la “bonne société” pour satisfaire leur penchant pour le luxe et l’apparence. 207 . cit. cit. 810et ss. ces activités pouvaient passer pour contraires à la chari‘ah. frayant avec les mauvais garçons pendant que ces derniers se livraient à leurs ébats”. tant il passait pour un collecteur d’impôts et de taxes qu’en gardien de la morale publique.). De fait. 1 Cf.

t. op. p. ayant été frappée d’interdictions de toutes sortes. voir HAJ (Ibn al-). Al Madkal. de luttes pour le pouvoir et de révoltes parfois réprimées dans le sang. À cela. à son tour. entre autres choses. le pouvoir ne fit que tirer prétexte de certaines pratiques féminines abusives – visant le plus souvent à imiter les femmes de la haute société–. ainsi que de poursuites et d’abus de la part des autorités.1 Cette attitude est particulièrement abjecte quand on sait la duplicité du pouvoir mamelouk qui n’hésitait pas. en cas de “nécessité”. Celui-ci était chargé. p. afin d’accroître son contrôle et sa répression sur les femmes auxquelles il finit par consacrer un muhtasib spécialisé.. 208 . l’époque mamelouk a été marquée par une succession d’intrigues intérieures. 1 À ce propos. En cela. de les contrôler y compris à leur domicile et de surveiller leur démarche et leur manière de se vêtir. 217. la femme s’est retrouvée au cœur de ces controverses et de ces conflits et a souvent fait figure de bouc émissaire tout désigné.grande avancée sociale par rapport aux étapes historiques précédentes mais restait relativement minime. de suivre les femmes au comportement suspect sur les marchés. a entraîné celle de l’économie et de la société dans son ensemble. Les femmes du peuple et le contexte socio-économique Ainsi que nous l’avons signalé à maintes reprises. I. Voir également ASHOUR Saïd. s’est ajoutée une décadence morale qui. 117. à tolérer voire même à encourager la débauche au mépris de la religion au nom du respect de laquelle il prétendait agir et en n’hésitant pas à s’appuyer sur la classe religieuse qui faisait preuve d’une connivence éhontée à des fins politiques et financières. cit. La société égyptienne. Tel un fait exprès.

à travers la chari‘ah. Les traités de hisbah ont accordé une attention particulière à la question de la femme et ont souvent cherché à mesurer et à expliquer l’évolution de la société à l’aune de son comportement.. relater avec une neutralité affligeante le comportement de muhtasibs zélés qui déchirant avec acharnement les habits d’une “suspecte”. la femme a-t-elle cristallisé les contradictions et les frustrations d’une société malade des enjeux de pouvoir. Ainsi. alors que l’Islâm a. sont-elles tenues de respecter certaines normes de décence en matière de tenue vestimentaire en évitant de porter des vêtements provocants voire choquants. il est un fait que l’Islâm. régit les comportements sociaux et moraux. On ne s’étonnera donc pas de voir observateurs. en tant que religion. de temps 209 . chroniqueurs et hommes de lettres. servant de pis-aller pour détourner l’attention des véritables problèmes. En agissant de la sorte. au nom même de la religion. Certes. Mais ceci est valable aussi bien pour les hommes que pour les femmes et l’Islâm assigne à chacun des deux sexes des droits et des devoirs. les femmes. Aussi.Ainsi. On ne s’y arrêtait guère sauf pour signaler. les Mamelouks n’ont fait que renforcer une pratique préexistante à leur arrivée au pouvoir qui était contraire à la religion qui a toujours cherché à réhabiliter l’image de la femme en consolidant sa position sociale. avec la complicité bienveillante des autorités religieuses. ce comportement des autorités politiques. une image négative de la femme rendue responsable de tous les maux de la société. Peu importait aux théologiens et autres chroniqueurs de connaître les causes de tels comportements déviants. pour ce qui les concerne. a contribué à consacrer.. conféré à celle-ci un statut de choix faisant d’elle une partenaire à part entière et complémentaire de l’homme. Il revenait au muhtasib de faire appliquer cette politique injuste en faisant payer le prix fort aux femmes. qui rouant de coups une prostituée.

cit. Chargé de responsabilités plus grandes pendant les périodes de disettes. cit. 588. * Voir aussi DARRAJ Ahmad. un état de corruption et de déclin de la morale publique sans chercher à analyser et à essayer de comprendre les réalités socio-économiques à l’origine de ces difficultés. le sultan Barsbay s’est distingué en pratiquant lui-même la hisbah. 210 . op. Wiet admet également que plus la situation politique et socio-économique était difficile.. de cherté des prix et de crise de la monnaie. “La hisbah. Il a ainsi pu éviter la disette en n’autorisant la 1 WIET.1 Ce même fait vient souligner une fois de plus le décalage important entre l’ihtisab conçu et pratiqué au nom de la religion et conformément à ses exigences et la hisbah réduite au rang de simple fonction administrative.à autre. Ainsi. Les marchés du Caire. p. n’était autre que l’agneau dans la cour des grands”. écrit Wiet. Thèse Barsbay. tira ce qui lui reste d’importance de l’état de trouble économique dont souffrait fréquemment l’Égypte pendant les dernier siècles de la domination mamelouk Jarkas.. Les excès commis par les muhtasibs et la brutalité dont ils faisaient preuve portent témoignage de l’incompréhension profonde entre l’administration et ses administrés. plus le muhtasib acquérait de l’importance et la fonction de la hisbah devenait prépondérante de par les services qu’elle rendait à l’État en tant qu’outil de contrôle et de maintien de l’ordre moral et public. nous avons constaté que la réussite ou l’échec de la hisbah dépendait de la volonté ou non du pouvoir de faire régner la justice.”. Le muhtasib en période de famine Au cours de notre recherche. L’étude de la hisbah en période de famine et de crise offre une illustration parfaite de cet état de choses. lors de la famine de 1264. p.. qui faisait que le muhtasib “lion dans la jungle des pauvres et des déshérités.. 76-77. op.

op. p. Il fit flageller sévèrement les négociant des émirs Qosan et Pachtak qui étaient ses propres gendres. 211 . MAQRIZI (al-). Ce fait témoigne du souci que ce sultan pouvait avoir des réalités économiques. Le sultan se montra sans pitié envers les commerçants récalcitrants surtout quand il s’agissait de représentants des émirs et de riches courtisans.. sultans et émirs étaient à l’origine de famines et de disettes afin de spéculer sur le prix des denrées de première nécessité et de pouvoir s’enrichir aux dépens du peuple. à l’époque Jarkas. Ce fut notamment le cas au cours du règne du sultan Al Nasser Mohammed. à la fin du XIIIème siècle. 446. le sultan nomma-t-il des muhtasibs intègres afin de remédier à cette situation dans les plus brefs délais. as-Suluk. II. les autres émirs n’osèrent plus ouvrir leurs greniers à blé sans l’autorisation du muhtasib. Ces muhtasibs s’employèrent à contrôler sévèrement producteurs et commerçants (les boulangers en particulier) et décidèrent de la fixation du prix du blé.1 Au contraire. op. Il est bien évident que dans ce cas le muhtasib n’avait aucun pouvoir de s’opposer aux agissements des gouvernants et qu’il n’avait d’autre choix que d’obéir ou de se démettre de ses fonctions.. le pays connut une grave crise économique qui se traduisit par une inflation galopante.vente du blé qu’en présence du muhtasib et en rationnant les quantités vendues au strict nécessaire. cit. cit. Histoire de la nation égyptienne. IV. Aussi. 435.1 1 1 WIET. p. ce qui n’empêcha pas les caisses du trésor public de se remplir et les classes supérieures de s’enrichir. Il convient de noter qu’en règle générale les périodes de dégradation et de corruption alternaient avec des périodes de réformes initiées par les sultans. À cette époque. vol. vol. Intimidés par la sévérité dont fit preuve le sultan.

1 3 TARAKHAN. p. En l’an 1513 (919 H). 6 . 3 . ibid.) : basse crue.(747-749 H / 1346-1348 J. Le peuple s’en alla trouver le sultan afin de lui exprimer son indignation et le maudit en sa présence. Ce livre a été traduit en langue française sous le titre “Le traité de la famine” de Maqrizi et publié dans le journal “The economic and social history of the Orient”.) : sécheresse et forte hausse des prix.D’autres facteurs sont à considérer dans l’apparition des famines telles que les rivalités entre les émirs ou bien les conflits de rivalité entre les Mamelouks des émirs et ceux des sultans. 2 .-C.-C. 1 .-C.) : peste. 4 . sécheresse et hausse des prix. les opposants au sultan Ghouri firent croire que le sultan avait acheté la totalité de la récolte de blé et l’avait expédié en Syrie. Il proposa même des plans et des moyens pour mettre fin aux famines et aux crises économiques dans son ouvrage intitulé “Ighâthat al-Ommah”. 2 MAQRIZI (al-).. 266. sécheresse et hausse des prix.(775-777 H / 1373-1375 J. Il existait d’ailleurs des souks spécialisés où se déroulaient de telles batailles connus sous le nom de “souks des batailles”.. op. p. p. Le peuple égyptien a beaucoup souffert de situations de famine à tel point que la simple circulation de rumeurs sur d’éventuelles disettes provoquait des soulèvements populaires de grande ampleur. 5 . vol. 212 . 40-43 et suivants.) : basse crue.) : basse crue. V. p..(740 H / 1339-1340 J.-C. 263-264. 87. 7 .2 2 POPPER W..(794 H / 1363 J.-C. ibid.(754 H / 1353 J.1 Le muhtasib Al-Maqrizi a beaucoup contribué à travers son œuvre et la fonction de la hisbah qu’il occupa à la réforme de la justice et à la lutte contre la corruption et les injustices. II..) : la grande peste (la peste noire). Puis il se rendit au domicile du muhtasib Al Alaiya ibn Kays afin de lui exprimer sa colère et le blâma pour sa négligence et la pénurie supposée de blé. sécheresse et hausse des prix. famine et peste.(739 H / 1338-1339 J. Ces conflits étaient à l’origine d’un état d’instabilité voire d’anarchie politique2 qui favorisait l’apparition des famines.-C.-C.. vol.) : basse crue. Ighathat al Ommah. cit. * HYED.(750 H / 1350 J. ibid.

Al-Maqrizi introduisit plusieurs réformes mais il ne tarda pas à se heurter aux intérêts du pouvoir.-C.( 833 H/1430 ) peste 213 .) : basse crue. peste et forte hausse des prix.) : peste. sécheresse.-C.-C. 13 .(783 H / 1381 J.(822-823 H / 1419-1420 J.(806-809 H / 1403-1407 J.(830 H / 1427 J.(818-819 H / 1415-1416 J.) : basse crue. 10 .) : peste. 9 .-C. famine et grande peste. Chapitre VII Le muhtasib et la vie économique 8 . 14.Quand il fut nommé muhtasib et juge des juges.-C. 12 .-C. Il préféra alors démissionner afin de se soustraire aux directives des autorités en place. sécheresse et forte hausse des prix.(832 H/1429 ) idem 15.) : basse crue.(796-801 H / 1393-1398 J. sécheresse et forte hausse des prix.) : basse crue. 11 .

L’artisanat garantissant la majorité de la production. on cite généralement le hadîth interdisant le monopole et la spéculation. Pour ce qui est des prix des marchés. La vie quotidienne des musulmans au Moyen Âge (du Xème au Xiième siècle). s’opposant à l’intervention du muhtasib dans la détermination des prix des denrées alimentaires ou d’autres produits aussi bien en période d’abondance qu’en période de disette. l’État musulman pris en considération cet élément dans sa politique économique en lui assignant une place de choix.1 Cependant. Des attributions multiples L’expansion de l’Islâm a été marquée par la naissance de nouvelles villes et a donné lieu à une vie économique intense caractérisée par de multiples échanges commerciaux. 204-207 et suivantes. Hachette. Diversité et évolution du rôle économique du muhtasib 1. Paris. p. les théologiens n’étaient pas tous du même avis quant à la nécessité de contrôler les prix et cette question soulevait des problèmes complexes. Aussi le muhtasib était-il chargé de la tâche consistant à contrôler les prix en vue d’interdire tout monopole. 1951.2 Ainsi. Éd. si Ibn Taymiyya est de l’avis de l’imâm Malik pour fixer les prix dans les marchés. 1 2 À ce sujet. voir également : MAZAHÉRI Ali. 214 . ce secteur ne pouvait connaître d’évolution sans une certaine régulation au travers du contrôle de la production et de la vente.I. Cependant. d’autres imâms et théologiens étaient pour leur part favorables à la liberté des prix.

le muhtasib était amené à lutter contre les corporations artisanales afin d’éviter toute entente sur les prix de vente qui aurait l’inconvénient de priver la clientèle d’une marge de choix et des avantages liés à la concurrence. En cas de spéculation avérée. op. ne semble indiquer avoir tranché cette question qui est laissée à l’appréciation des gouvernements. conséquemment. les risques de fraude et de corruption étaient naturellement grands. il devait en référer aux autorités ou.1 Dans le même ordre d’idées. le muhtasib devait surtout veiller à interdire tout monopole sous toutes ses formes. 215 . agir de son propre chef en obligeant les spéculateurs à liquider leurs marchandises. cit. Théoriquement. à l’hygiène des boutiques et à la bonne tenue des balances afin d’éviter les fraudes éventuelles. Ce qui allait dans le sens de la nécessité d’une certaine souplesse de la législation. p. Ce genre d’intervention constitue une manière indirecte de contrôler les prix. dans les textes fondamentaux de l’Islâm. En règle générale. Toujours est-il que le muhtasib était astreint à une certaine forme de contrôle touchant à la qualité des marchandises. aucune activité ne semblait échapper à l’action du muhtasib dont le domaine d’intervention couvrait même celui de la construction et de la démolition des immeubles dans le souci évident de la 1 TAYMIYYA (Ibn). On observait des disparités entre les villes elles-mêmes dans la mesure où les activités qui s’y exerçaient n’étaient pas toutes de la même importance.. L’importance des attributions du muhtasib justifie que sa fonction – la hisbah – ait été élevée au rang d’institution administrative. des époques et des lieux. au besoin. tout particulièrement en ce qui concerne les denrées alimentaires. 49.En effet. rien. Cela est particulièrement vrai dans le cas des villes où les activités commerciales et professionnelles étaient nombreuses et souvent enchevêtrées et où.

sécurité des passants.1 Cela laisse supposer que seuls les immeubles bordant la voie publique entraient dans sa compétence. Mais ce n’est là qu’un détail par rapport à l’ensemble de ses attributions et au caractère “illimité” de son pouvoir d’homme de terrain. En tout état de cause, l’idée que sous-tend cette diversité nous paraît devoir résider dans le fait que les règles du muhtasib étaient elles-mêmes assez souples pour comprendre toutes les activités de la Cité. Nous avons pu remarquer antérieurement que ce sont des principes généraux qui déterminaient sa fonction, ce qui a pour avantage d’élargir sa marge d’action et les champs d’application de la hisbah.2 Cependant, ceci n’a pas exclu à certains moments des codes de conduite assez précis dont font état divers traités anciens relatifs à la hisbah. Ainsi, à l’époque ayyoubide, 3 on mentionne deux traités recensant toutes les informations nécessaires à l’exercice de la hisbah.4 Tout muhtasib était tenu de lire ces documents et de les maîtriser avant d’exercer son métier.

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On distinguera à ce niveau les interventions relevant du droit public (marchés, hôpitaux, etc.) et celles ayant trait au droit privé (droits de voisinage, etc.). * TYAN E., op. cit., 634-638. Le muhtasib oblige à démolir ce qui a été frauduleusement construit pour respecter les droits des voisins. D’autre part, le thème de l’hygiène est intimement lié aux préoccupations d’ordre social à travers une illustration directe au respect de la religion : “pas de mal et pas de porteur de mal”. * BEHRNAUER, op. cit., p. 187. Cette démolition selon laquelle l’Imam Abû Hanifah confirme l’intervention du muhtasib : “Si quelqu’un bâtit une maison sur une route très fréquentée, le muhtasib l’en empêche même si la route est assez large et l’oblige à détruire ce qui a été construit même si le bâtiment était une mosquée.” 2 TYAN E., op. cit., p. 621. 3 À cette époque, la charge de muhtasib était confiée à des musulmans distingués et respectés pour leur droiture notable (a). Le muhtasib exerçait une surveillance étroite sur les corporations , les commerçants et les artisans. Le sultan Salah al-Din enlèvera aux corporations toute force politique et les fit contrôler efficacement par le muhtasib dont les pouvoirs “politiques” furent étendus (b). (a) BEHRNAUER, op. cit., p. 139. (b) Bulletin d’études orientales, vol. XIX, p. 143, Damas, 1967. 4 Les deux traités considérés comme des manuels juridiques et administratifs : - ACH-CHIRAZI : Nihayette Al Routtbat - Al JOUWYRI : Kachf al Asrar Il s’agissait d’une sorte de guides à l’usage des muhtasibs comportant une description des métiers et donnant des indications relatives aux fraudes et aux falsifications.

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Toutefois ces traités demeurent, de par leur caractère théorique, moins susceptibles de nous renseigner sur la nature exacte des attributions du muhtasib que les livres d’histoire et de sociologie où sont retracées de manière pratique les activités des muhtasibs et où sont délimités leurs domaines d’intervention. On notera également que le muhtasib exerçait un contrôle sur l’enseignement (en veillant à ce que les enseignements ne soient dispensés que par des personnes qualifiées),1 ce qui était le cas pour les médecins et les diverses professions qui exigeaient une formation préalable selon les “règles de l’art”.2 S’agissait-il alors d’un “super-gendarme” ? De fait, le muhtasib n’était pas seul dans l’exercice de ses fonctions. Il disposait d’assistants et se faisait seconder par ce qu’il est convenu d’appeler un ‘arif, lequel était choisi dans chaque profession et était chargé de communiquer au muhtasib, au moyen de rapports et de procès-verbaux, tous les renseignements concernant ses confrères et l’état des affaires de sa profession. Le choix des personnes appartenant à la profession était dicté par un souci de compétence du ‘arif, même s’il n’est pas exclu que le rapporteur puisse également se trouver, de par son appartenance à la profession, partagé entre les réflexes de solidarité corporatiste et les exigences de la loi. À ce dilemme, le droit islamique répond par la nécessité de vertu, de croyance et de connaissance de la chari'ah, autant de conditions requises pour exercer la fonction de ‘arif. D’ailleurs et à cet égard, notons que l’appellation de ‘arif signifie précisément “celui qui sait” et
1

HAJ (Ibn), op. cit., p. 313, 316 et 334. Le muhtasib interdisait également aux instituteurs privés d’enseigner à leur domicile particulier. Cf. Tyan E., op. cit., p. 639. Le muhtasib devait veiller à prévenir tout châtiment corporel susceptible d’être infligé aux enfants. Cf. BEHRNAUER, op. cit., p. 136-137. 2 TYAN E., op. cit., p. 637. Pour les apothicaires et les droguistes, un diplôme datant de l’époque mamelouk indique que le muhtasib devait exiger d’eux la fourniture de cautions personnelles garantissant qu’aucun médicament ne soit délivré sans une ordonnance d’un homme d’art.

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doit être entendue aussi bien en termes de compétence religieuse que professionnelle. Il est clair que la multiplicité des tâches du muhtasib excluait, d’un point de vue méthodologique, la possibilité pour nous d’étudier, une à une, les diverses activités commerciales et professionnelles ainsi que le rôle exact et les règles spécifiques et détaillées du comportement du muhtasib, autrement dit, son code de conduite. Néanmoins cela ne doit pas empêcher de voir l’importance et l’étendue de son rôle dans la vie économique. 2. L’évolution de la fonction du muhtasib Le muhtasib, homme-clé du système économique

L’évolution de la fonction du muhtasib et de ses attributions dans le domaine économique (commerce et industrie) est inséparable à celle de la société dans son ensemble. L’évolution de cette dernière a entraîné une extension du rôle de l’État notamment dans le domaine du maintien de l’ordre et a donc influencé en théorie comme en pratique l’évolution de la hisbah. Ceci entraîna des abus et certaines dérives1 qui soulevèrent une protestation de la part des ulémas,2 et, de manière beaucoup plus concrète, celle des corporations de métier. Nous avons eu l’occasion de dire que la hisbah était étroitement dépendante du pouvoir politique. Cela était également vrai en matière d’économie. La hisbah, entendue et conçue en tant qu’instrument de contrôle,
1

SAKHÂWI Ahmed Ibn Mohammed, Chams al-Din (al-), La lune qui se lève (extrait du livre intitulé), p. 260. Miss 2078 (905 H - 1499-1500 J.-C.), Paris, National. * ASHTOR, Des prix et des salaires, p. 282. 2 MAQRIZI (al-), Ighâthat al Oummah (Au secours de la nation), p. 80-86. Éd. Ziada Kalid et al Shayyal, Le Caire, 1940. * ‘AINI Badr al-Din Mahmoud, Aqd al Jiman (Histoire de l’Égypte sous le règne des derniers sultans de la dynastie des mamelouks Jarkas), vol. 25, S. 3, p. 413. Miss 1584 (1265 H), La Maison égyptienne des Livres.

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outil de maintien de l’ordre et garant de la justice sociale, dépendait des préoccupations et des aspirations du pouvoir. On retiendra de manière générale que le droit musulman, public et privé, a consacré la hisbah dans l’économie comme au sein de la société. Les attributions du muhtasib étaient multiples et couvraient l’ensemble des activités commerciales et professionnelles. Le muhtasib était tenu de faire respecter les normes en matière de sécurité et d’hygiène. Il devait porter son attention sur l’intégrité morale et physique du personnel chargé de la production afin de parer contre les épidémies et de rassurer et de protéger les consommateurs. Il veillait à ce que les marchés soient suffisamment et correctement approvisionnés. Problèmes nouveaux et adaptations nécessaires

L’évolution somme toute relativement rapide qu’a connu la société musulmane a rendu la tâche du muhtasib beaucoup plus complexe et a, de ce fait, souvent nécessité des adaptations. Ainsi, bien que les principes généraux demeurèrent inchangés, cette évolution a rendu nécessaire une redéfinition des tâches du muhtasib et de ses responsabilités pratiques ainsi que de ses compétences juridiques et avant tout religieuses. Dans tous les cas, le muhtasib était appelé à connaître la chari'ah. L’expansion de l’État musulman et la diversité des ethnies qui, désormais, le composaient firent intervenir des éléments nouveaux dans les débats et controverses religieuses au sujet de la hisbah. Les échanges culturels résultant de l’entrée en contact avec d’autres cultures ont en effet permis une ouverture plus rapide et plus adéquate sur de nouvelles conceptions économiques. La société musulmane a de la sorte pu acquérir, grâce à la
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souplesse du régime de la hisbah, de nouveaux concepts économiques tout en préservant l’esprit religieux qui la caractérisait. Ainsi, le système monétaire et le système “bancaire” ont connu un certain essor tout en restant dans les limites permises par la religion. nous pensons notamment au respect de l’interdiction du “riba”, usure/intérêt : “Dieu anéantira l’intérêt et fera fructifier l’aumône” Coran (II/276) – “Renoncez au reliquat de l’intérêt si vous êtes croyants” Coran (II/278). Ainsi qu’au respect des délais et des promesses : “Quand vous contractez une dette à échéance déterminée, écrivezla” Coran (II/282), auquel l’Islâm accorde une importance toute particulière et tient avec vigueur. Par exemple, la dette reste due même après la mort de la personne endettée dont les héritiers ne peuvent hériter qu’après l’acquittement des dettes du défunt : “Si elles ont un enfant, alors à vous le quart de ce qu’elles laissent, après exécution du testament qu’elles auraient fait ou paiement d’une dette” Coran (IV/12). L’évolution des systèmes bancaire et monétaire a été naturellement d’un grand apport et profit pour le commerce tout en impliquant davantage l’État dans l’économie. Ce dont le muhtasib a pu bénéficier dans la mesure où il en était le représentant légal à tous les niveaux de la chaîne de production et de l’échange, mais qui n’a pas manqué de poser quelques problèmes. Ainsi en est-il de la question majeure ayant trait à la perception des taxes et autres impôts.1 On sait en effet qu’en Islâm il n’existe, théoriquement, que des taxes dites “légales et légitimes”, au sens qu’elles sont prescrites par la chari‘ah et
1

Pour plus de détails, voir : -TAYMIYYA Ahmed Ibn Abdel Halim Taqi al-Din (al-), Fatâwa (Recueil d’avis juridiques), vol. 28, p. 567576. Maison Al Fikr Al Arabie, Beyrouth (1403 H - 1983 J.-C.). Certains traités anciens relatifs à la question du kharaj (“impôts”), tels le traité d’Ibn Taymiyya, nous renseignent sur les divers régimes d’impôts “illégaux” ou plus exactement “profanés” et sur les longues controverses entre les théologiens à ce sujet. Certains pouvoirs, tels celui des Fatimides, ont pu introduire certaines réformes fiscales et faire face aux problèmes des abus. Mais ce n’était là en somme que la preuve que les régimes précédents ont enregistrés bien des dérives où peu de marchandises, y compris les denrées alimentaires, échappaient à des taxations diverses.

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dont la valeur a été déterminée par celle-ci. La société musulmane a connu d’autres taxes dont l’imposition était dictée par des choix politiques et non religieux. De sorte que le muhtasib, à qui revenait la tâche délicate de percevoir ces nouveaux impôts, se faisait complice du pouvoir dont le luxe et le confort, auxquels ces taxes étaient principalement destinées, prenaient le pas sur l’intérêt de la communauté au mépris de la religion. La politique fiscale

L’étude du fonctionnement de la hisbah dans la sphère de l’économie nous permettra de mesurer l’importance du rôle du muhtasib et le degré d’écart que l’institution a pris vis-à-vis de sa propre mission dans le cadre d’une société de plus en plus distante avec les exigences de l’Islâm et des valeurs religieuses sur lesquelles elle était fondée. Ceci étant dit, l’étude du rôle économique du muhtasib nécessite de définir les caractéristiques de l’économie mamelouk. L’État mamelouk était foncièrement de type féodal, non par simple héritage mais de par sa volonté politique d’instaurer un rapport plus étroit entre l’État et ses serviteurs. Ainsi, la redistribution des terres au profit des grands chefs militaires s’inscrit-elle dans une politique de récupération et de mainmise de l’État sur l’agriculture, une des principales richesses du pays. Les bénéficiaires étaient essentiellement constitués par l’aristocratie militaire,1 et plus largement la caste militaire dans son ensemble. La paysannerie qui vivait du travail de la terre était frappée par des impôts et des taxes tout aussi exorbitants qu’arbitraires qui étaient destinés à accroître sa dépendance vis-à-vis de l’État et de ses protégés et avaient pour conséquence de l’appauvrir. Ces impôts
1

ADDOURI , op. cit., p. 105

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étaient de deux sortes : d’une part, les ressources fiscales tirées des droits levés sur les cultures (blé, arbres fruitiers, etc.) mais aussi les présents et cadeaux offerts à longueur d’année, et, de l’autre, les fonds dits “hilaliya” versés annuellement, telles les taxes foncières, la taxe portant sur les propriétés couvertes, le raffinage de l’huile, le bétail, la taxe maritime ou celle perçue sur l’utilisation des ponts, etc.2 Pour donner une idée sur les taxes appliquées à l’agriculture, on peut citer : - les maks
1

portant sur la récolte qui n’épargnait ni le vendeur ni

l’acheteur ; à titre d’exemple, la somme globale avait atteint quatre cent soixante mille dirhrams au temps du sultan Mohammed An-naser ben Qalaoun pour les seuls quatre cents contribuables.2 - les maks concernant les poulaillers ; La vente de poulet faisait en effet l’objet d’une concession accordée à quelques commerçants. Tout en régularisant la vente des poulets, dans la mesure où seuls ceux qui disposaient d’une autorisation pouvaient les vendre, ce système permettait à l’État de percevoir de manière régulière et durable des maks. Étaient également taxés d’amende ceux qui se procuraient des poulets et des volailles en général auprès d’autres vendeurs ne possédant pas de licence. On le voit à travers ces deux exemples, les maks qui frappaient l’agriculture témoignent de la politique particulièrement sévère et injuste de l’État vis-à-vis des paysans et des petits commerçants. D’autres taxes
2

Voir pour de plus amples détails, Al-MAQRIZI , op. cit., p. 106-107 et Aqd al Juman, “Histoire de l’Égypte sous le règne...”, op. cit., p. 43. 1 Les maks sont des fonds recueillis, de manière arbitraire et illégitime, au profit du cabinet du sultan. Ils représentent l’une des sources principales du trésor des sultans, des princes et des seigneurs féodaux. Leur histoire remonte à l’an 250 de l’hégire quand Ahmed Ibn Al-Mudabbir fut nommé à la tête du Kharaj (administration fiscale). 2 MAQRIZI (al-), Khittat, op. cit., p. 89 et Ibn Taghri Bardi, op. cit., p. 150-166, vol. 8.

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Wiet reprend Ibn Khaldoun et signale aussi que les waqfs furent détournés par les tenants-administrateurs. 262-263. ce qui indique qu’il ne s’agissait pas de mesures provisoires dictées par un quelconque besoin financier ponctuel mais qu’ils résultaient bel et bien d’un choix politique.s’appliquaient à d’autres domaines économiques et sociaux sur lesquels nous reviendrons ultérieurement. Cf. 223 . * Said Achûr revient aussi de manière plus détaillée sur le détournement des waqfs. la multiplication des impôts ayant eu pour conséquence un renforcement de l’État et consacrant son rôle interventionniste et son omniprésence. l’organisation et l’étendue des corrompus qui. par une espèce de mouvement de choc en retour à long terme. mais ils finirent par déstructurer l’économie et. C’est aussi l’avis d’Abou-l-Mahasin. la politique fiscale des mamelouks a toujours obéi à des considérations plus politiques que purement fiscales ou économiques et était destinée à servir davantage les intérêts de l’État et de la caste militaire. Précis d’histoire d’Égypte. les négociants et les agriculteurs étaient épuisés et dépossédés par les mamelouks et le monopole qu’ils imposèrent par l’appropriation des marchandises et des terres. Cependant. 149 et ss. selon lui. “L’Égypte au temps des sultans mamelouks”. par la même occasion. “dévoraient ces revenus”. En effet. les commerçants. Non seulement ils eurent pour conséquence de contribuer à freiner le développement de l’agriculture et du commerce. ces mêmes impôts qui étaient à l’origine de l’enrichissement du pouvoir en place allaient. p. Le développement et l’aggravation de la politique fiscale n’a pas manqué d’avoir des répercussions sur les activités agricoles et commerciales. mais aussi sur le plan politique. Ibn Hajar fut chargé par Barsbay d’enquêter mais il dut renoncer à la tâche devant la puissance. Wiet.3 On notera que ces taxes et impôts ont en fait duré jusqu’à la fin du règne mamelouk. constitués l’une des raisons de sa propre chute tant ils étaient contraires à la chari‘ah et plus concrètement aux principes fondamentaux du développement économique. p. affaiblir la cohésion sociale dans une société déjà en proie aux 3 Ibn Khaldoun montre comment les marchés. Cf.

Dans ce contexte. souvent à son corps défendant. à l’exception de quelques muhtasibs pieux et consciencieux). l’État mamelouk n’a d’ailleurs pas hésité à prendre des mesures d’ordre administratif en concédant à des personnes sans formation religieuse ni compétence juridique l’exercice de ce métier. fait qui s’explique aisément compte tenu de la nature militaire du pouvoir. L’industrie L’industrie a connu un essor considérable sous les Mamelouks. En effet. Caractères de l’économie mamelouk 1. Il faut également noter que les armes n’étaient pas uniquement un outil économique. II. 224 . mais également la victime. l’accumulation de richesses et leurs concentrations entre les mains d’une minorité a conduit à l’émergence d’une classe aisée qui a encouragé l’industrie en général et celle de l’armement en particulier.convoitises de toutes sortes et très marquée par des concurrences sociales et ethniques. politique et militaire. mais qu’elles devinrent une sorte d’instrument de promotion sociale. dénaturant la hisbah en la vidant de sa valeur morale et faisant d’elle un instrument de soumission entre les mains du pouvoir. Cette dernière activité a été en outre favorisée par la récurrence des guerres extérieures et parfois civiles et a mis à contribution concepteurs d’armes et forgerons. il ne restait plus au muhtasib qu’à exécuter les ordres des gouverneurs et à assumer seul les conséquences d’une politique injuste dont il était non seulement le complice (moyennant quelques avantages et privilèges accordés par l’État. Pour s’assurer la parfaite loyauté du muhtasib.

Thèse Doct. Le sultan Baybars a particulièrement encouragé l’industrie navale à Er-rawdha. ( les histoires témoignent du grand intérêt que le sultan Baybars portait aux navires et à leur industrie. Univ. les planches relatives à l’artisanat du cuivre. d’or et d’argent. p.2 Cependant. 1 MAQRIZI (al-). op. cit. 225 . Le sultan Al-Achraf Khalil avait tenu à encourager l’industrie navale et a doté l’Égypte d’une flotte de navires qu’il tint à amener et à exposer dans l’île d’Er-rawdha en illustration de son souci de renforcer la marine et d’encourager cette industrie et ses hommes). 1970. p.Elle a même concerné la fabrication de navires de guerre. Lettres. Les gens prisaient beaucoup ces métaux et il y avait peu de maisons ou on n’en trouvait pas ”. n’était toutefois pas autosuffisante en fer – probablement en raison des quantités importantes dont l’industrie de l’armement avait besoin – et devait donc en importer d’Europe. notamment à travers le produit multifonctionnel que constituait le cuivre puisqu’il servait à la fois à la fabrication des ustensiles ménagers et à la décoration des portails des châteaux ou des mosquées. en annexe. 2 Salim Halimi Mohammad.02. 105. Khittat. les Mamelouks avaient encouragé l’industrie à base de bronze et de cuivre ornés d’or et d’argent. Fayyum. elle était loin d’être la seule et unique industrie puisque d’autres industries civiles ont également connu un développement important. t. Cf. L’industrie navale a ainsi connu une expansion importante. en Alexandrie et à Damiette . 1 au point qu’elle devint la plus importante industrie du pays. Les métiers de l’ornement des tissus destinés aux habits des hommes d’État ont bénéficié d’un développement remarquable. n°962.. s’étaient même spécialisés dans ce domaine. L’industrie du verre a aussi connu son heure de gloire et certains centres. Le Caire. La même chose peut être dite au sujet des faïences dont on se servait essentiellement dans la fabrication des ustensiles ménagers de luxe destinés aux sultans et aux émirs. Achnoun ou encore Alexandrie.1 L’Égypte qui disposait de grandes quantités de cuivre. Ain Shames. L’État mamelouk s’était d’ailleurs construit une très grande flotte afin de protéger le pays contre les attaques ennemies et pour contrecarrer l’action des pirates qui menaçaient les navires musulmans en mer méditerranée. 1 Al-Maqrizi parle à ce propos de décrets et de lois interdisant à la population de disposer du bois réservé à la construction des navires. Les artisanats et les industries alimentaires à l’époque des Mamelouks. C’est le cas notamment de l’industrie textile qui a valu à l’Égypte d’acquérir une notoriété dans ce domaine en raison de la qualité et de la diversité de ses tissus. L’industrie des minéraux n’était pas en reste.H. 2 Par ailleurs. Fac. tels ceux de Fostat. 187191 et 232-234. M.

Ces syndicats représentaient une sorte de contre-pouvoir qui s’opposait ou tentait de résister aux menées subversives de l’État et qui rendaient la vie dure au muhtasib chargé par ce dernier de les contrôler. prenaient soin de n’apprendre le métier qu’à leurs descendants. Par ailleurs. le pays a bénéficié dans son ensemble de cette évolution et de ce passage progressif d’une société entièrement féodale à une société de type “capitaliste” s’orientant timidement vers une industrialisation embryonnaire. les membres exerçant le même métier formaient un syndicat spécifique disposant d’un cadre légal et régi par des règles de fonctionnement qui lui étaient propres et qui déterminaient les rapports entre sociétaires et les rapports avec le public et l’État. jaloux de leurs privilèges. Le développement de ces industries a donné naissance à une économie florissante même s’il faut bien reconnaître que ces richesses étaient concentrées dans les mains d’une poignée de privilégiés. L’évolution de l’industrie est allée de pair avec celle de l’artisanat de métier. les syndicats étaient “fermés”. Le commerce : de l’essor à l’agonie Une source de confort et de luxe 226 . 2. On trouvait à la tête de chaque syndicat un président ou un cheikh. Les artisans étaient organisés dans des formations qui correspondent en gros à nos syndicats d’aujourd’hui. à savoir que seuls les membres d’un métier donné pouvaient y avoir accès et que les artisans. Toutefois. Ainsi.Nous n’oublierons pas de mentionner l’industrie du bois dans la construction des navires ainsi que l’industrie alimentaire qui se signale avec un produit de luxe : le sucre.

Ceci n’a cependant pas empêché que de nombreux commerçants aient pu amasser des fortunes colossales au point que les sultans les taxaient en temps de crise ou de guerre”. À ce propos. t. p. p. p. En 1393. op. après tractations. en 1487... le sultan Faraj avait donné l’ordre à ses hommes de main de confisquer les fortunes des grands commerçants dans le cadre de ses préparatifs de guerre contre Tamerlan. HAJAR (Ibn). I.1 Certains sultans avaient même osé s’emparer des fortunes des grands commerçants en cas de prétendue nécessité. à la somme de douze mille dinars.L’apparition de cette richesse a entraîné une modification du train de vie vers plus de confort et de plaisir. p. Tarkhan écrit que “les sultans mamelouk étaient ceux qui profitèrent le plus de cette richesse commerciale et ce en raison des taxes imposées et de leurs propres entreprises commerciales privées connues sous le nom de “Almatjar as-sultani”. le sultan Barquq avait emprunté une somme d’argent très importante aux grands commerçants et rédigea à leur intention une reconnaissance de dette.. notamment chez les grands commerçants et les hommes d’État.II p. cit. en l’an 1400. t. t.245 227 . I.. pour sa part. L’aide financière requise et fixée à quarante mille dinars fut finalement ramenée. ordonna.. Renseignement pour l’homme. Bien des monuments de la ville du Caire témoignent des fortunes amassées autrefois sans parler de celles d’autres villes égyptiennes où les Mamelouks menaient une vie de grand luxe. 365-366. cit.2 De même. 4 IYAS (ibn). 277. op. 535-536 et Fleurs magnifiques. 330..3 Le sultan Qaytabay.. 3 Ibid. op. cit.4 Le monopole 1 2 TARKHAN. ibid. au muhtasib Kasbay de collecter auprès des grands commerçants des fonds importants afin de faire face aux velléités ottomanes.

à obtenir le monopole du commerce de certains produits comme ce fut le cas. pour ses propres intérêts. Ce monopole était très impopulaire et fut à l’origine d’un grand mécontentement notamment en raison du fait que le sucre était également et surtout employé comme médicament en période d’épidémie. Le sultan Barsbay a été particulièrement responsable de l’instabilité de la monnaie en intervenant personnellement. ‘‘ Fleurs magnifiques’’. Le sultan Jakmak avait tenté après lui de réduire ces monopoles. op. à l’époque du sultan Qaytabay. par exemple.1 La monnaie Le monopole constitua une des raisons du recul des activités commerciales et de l’accroissement des inégalités en même temps que de l’expansion du phénomène de la corruption. cit. les commerçants avaient à souffrir d’une situation de monopole. Certains particuliers parvenaient.En plus des taxes professionnelles et des impôts le plus souvent injustes.78-88 Voir pour de plus amples informations. opérations spéculatives dans lesquelles sultans et émirs étaient le plus souvent impliqués. ibid.II p. à savoir la dévaluation de la monnaie et la falsification. p. Il a également interdit 5 1 DARRAJ Ahmed. t. À cela est venu s’ajouter un autre facteur de déstabilisation de la situation économique et du renforcement des disparités sociales.243 228 .5 À l’époque du sultan Barsbay. dans la fixation des prix de l’or et de l’argent. mais en vain. Badaï‘ az-zouhour. du sel dont la commercialisation était entre les mains d’un seul homme. ce qui eut pour effet de contrarier quelque peu l’entreprise du sultan. l’État détenait également le monopole du commerce du bois et des matières minérales. non-mamelouk. notamment en ce qui concerne le commerce du sucre exercé par le sultan Barsbay lui-même. avec l’accord de l’État.

Le sultan Barsbay n’est pas le seul à s’être rendu coupable de spéculation dans la mesure où la monnaie a fait l’objet de nombreuses spéculations qui ont donné lieu à une réévaluation en termes de poids et de valeur. Ce phénomène. Le sultan Inel prit la décision de réunir toutes les monnaies en usage depuis l’époque du sultan Moayyed Ach-cheikh jusqu’à l’époque du sultan Jamjak et d’exclure toutes les autres monnaies en circulation. connut une ampleur telle que certaines taïfa (groupe ethnique) se spécialisèrent dans la fabrication de fausse monnaie. Al-Ghouri. 169 et ss et aussi DARRAG Ahmed. L’époque du dernier sultan mamelouk.1 au grand mécontentement de la population égyptienne et cairote en particulier au point que le sultan Qaytobay évitait certaines rues du Caire.59 229 . cit. p. t III. Badaï ‘ az-zouhour .2 à telle enseigne que l’on rapporte que le “dar ad-dharb” ou “maison de frappe de la monnaie”. qui eut pour conséquence immédiate une inflation et n’épargna aucune monnaie. op.l’usage des monnaies étrangères que lui-même s’est permis d’acheter à bas prix en vue de les revendre plus tard. p. ( Les fleurs magnifiques ) . En 1455. ce qui lui a permis de réaliser un profit considérable aux dépens bien évidemment des commerçants égyptiens et étrangers. a été la plus désastreuse de toutes sur le plan monétaire. ‘‘ Les marchés du Caire’’. ibid. p. pour s’acquitter des lourdes taxes qui la frappaient.76-77 Cf. l’État chercha à lutter contre cette fraude massive et fit réunir à cette fin cadis et ulémas. Cette opération d’unification de la monnaie à partir des monnaies anciennes a été très coûteuse et il s’est avéré que la monnaie nouvellement frappée était de loin la plus frauduleuse. n’a pas trouvé d’autres recours que de falsifier la monnaie ! 1 2 WIET.

il ne restait plus au muhtasib qu’à faire usage de violence à l’encontre des plus faibles. Fac. 1978. Plus soucieux de plaire à ses supérieurs hiérarchiques et de servir l’État nourricier que de satisfaire aux exigences de justice sociale et de morale religieuse au fondement même de sa fonction. tant intérieur qu’extérieur.3 Les éléments historiques qui viennent d’être exposés permettent de mesurer à quel point la situation des commerçants égyptiens – petits et grands – n’a cessé de se détériorer au fil des années non seulement en raison de facteurs internes d’ordre politique mais aussi à des facteurs internationaux. n° 2635 3 230 . du Caire. Thèse 3è cycle. d’une nouvelle route commerciale – la Tariq arra’s – qui fit perdre à l’Égypte son statut privilégié de pays de transit1 que lui conférait sa position stratégique aux confins des continents asiatique et africain. ce à quoi il se résolut la plupart du temps.Le commerce extérieur n’a pas non plus été épargné. en 1487 par les Portugais. et d’autre part en raison de la découverte. et de plus en plus amoindri sur le front extérieur face à des puissances étrangères montantes. 3. il n’est guère surprenant de constater que dans ces conditions. 25 et ss. ‘ L’activité commerciale des villes latines’. p. La bureaucratie mamelouk et les commerçants Nous avons eu l’occasion de voir que le commerce. le muhtasib ne pouvait se comporter que comme un simple agent administratif d’un État fort et dominateur vis-à-vis d’une population totalement maintenue à l’écart de la conduite des affaires publiques. d’une part à cause de l’état de corruption généralisé et de la situation de monopole. Dès lors. a connu dans un premier temps un essor remarquable qui s’est 13 ZEYTOUN Adel Seliman . Uni. De Lettres.

III. le nombre de navires marchands ayant parfois atteint le chiffre de trente six mille d’après certains historiens. au niveau urbain.2 Quant aux commerçants proprement dit. des marchés de grande renommée se tenaient surtout pendant la période du pèlerinage à La Mecque. p. était située près de la prison nommée habs al-mayuna. ibid. le pouvoir ne se gênait pas pour intervenir dans le domaine économique et exercer de multiples pressions sur les commerçants à travers sa police et les muhtasibs. dikkat alhisbah.1 Ahmad Sâdaq Sa‘ad soutient que tous les sultans avaient pour conseiller financier – poste correspondant à celui de ministre des finances actuel – des grands commerçants dont certains étaient excessivement riches comme ce fut le cas d’Ibn Danbour dont la fortune s’élevait à quatre cent mille dinars (en sus des dépôts. Le muhtasib avait sous son pouvoir des officiers qui le représentaient au Caire. par la multiplication des foundouq ou “hôtels -dépôts”. la maison officielle du muhtasib au Caire.traduit. 461 idem. sucreries et autres navires qu’il possédait) et qui fut chargé par le sultan Moudhaffar Hadj de réorganiser les finances de l’État. sauf cas de connivence avec les émirs et les sultans. Ainsi. notamment à Alexandrie et à Damiette où les grands négociants venaient déposer leurs marchandises. sous la qal‘a ( fort )de Saladin. De fait. Le muhtasib sur le terrain économique Selon Al-Maqrizi. leur pouvoir réel vis-à-vis de l’État mamelouk était des plus réduits et peu efficace. en raison de l’absence d’organisation en entités syndicales à l’image des artisans. 231 . Les ports du Caire eurent également leur part de réussite. à Misr et 1 2 SA‘AD.

dans un hôtel particulier. En outre. Le contrôle des poids et mesures Le muhtasib avait la responsabilité du contrôle et de l’ajustement des poids et mesures. de bois et de fer fournis par le fisc.dans toutes les provinces du royaume et qui effectuaient les contrôles à sa place. De même. en présence de ce dernier. Les opérations de fabrication des poids se déroulaient. le muhtasib pouvait s’opposer à l’utilisation de poids et mesures inconnus ou inhabituels pour les habitants d’une cité. mesures et balances employés donnait lieu à un test de vérification et toute infraction avérée était sévèrement sanctionnée. prévenant ou sévissant contre les fraudes et contraignant les petits commerçants au respect de la loi. La vente des poids se tenait dans le même hôtel ainsi que les opérations de contrôle. elle a montré son caractère de 232 . De plus. à partir des matériaux de cuivre. 1. On peut affirmer que c’est dans ce domaine du contrôle des poids et mesures que la fonction du muhtasib s’est révélée la plus utile et la plus efficace. tout matériel ne comportant pas de marquage (apposé lors des opérations de fabrication) ou présentant un marquage contrefait était saisi. Tout poids défectueux était détruit sur-le-champ et le commerçant était tenu de le remplacer en en achetant un autre. Le contrôle des poids intervenait soit à la suite de convocation des commerçants soit à l’occasion d’une visite d’inspection inopinée sur le terrain. Tout doute concernant les poids. Le muhtasib apposait sur les poids une marque garantissant leur justesse et faisait recommencer l’opération en cas de non-conformité avec les poids qui servaient de modèle.

situe cette tâche dans la catégorie des droits spécifiques aux hommes. p.conformité à la loi religieuse qui tient à la notion de balance qui est chargée d’une symbolique très forte dans le Coran. mesurés à l’aune ou dénombrés”.1 Il n’en demeure pas moins que tous les écrits traitant de la hisbah sont unanimes pour souligner que le contrôle des poids et mesures était une tâche centrale de la fonction du muhtasib. contrairement à d’autres écrits traditionnels. 271. le caractère parasitaire de la politique commerciale menée par les Mamelouk a eu pour effet de consacrer le muhtasib dans des limites plus concrètes qui. Ibn Duqmak Alkinani. ou dans l’usage des poids et mesures de capacité”. Ibn Khaldoun confirme l’importance de la fonction de la hisbah. elles n’embrassaient que les plaintes qui avaient pour objet des fraudes ou des malversations dans le commerce des subsistances et autres choses semblables. op. il n’hésite pas à souligner les limites réelles du muhtasib en affirmant que si son action englobait tout ce qui a trait à l’intérêt commun et à la vie de la cité. d’après l’usage admis en ville . “ses attributions ne s’étendaient toutefois pas à répondre à toutes les requêtes.1 Ainsi. n°1 233 . mais. Al-kinani. arabe de la bibliothèque impériale de Vienne. 141 DUQMAK (Ibn). Encore qu’il faille distinguer grosso modo deux étapes dans les rapports entre le muhtasib et les artisans-commerçants : la première correspond à une 1 1 IBN KHALDOUN. pour sa part. 30. ont donné de l’importance à son activité. ‘ Prolégomènes’. le devoir de la hisbah est de contrôler tous les objets mesurés et pesés. Il considère que l’un des premiers de ces droits consiste en “l’inspection des poids et mesures et dans le respect de leur justesse. tâche entrant dans le cadre plus général de la lutte contre la fraude. Il écrit que le souverain nommait au poste de muhtasib celui qui lui paraissait avoir les qualités pour le remplir. paradoxalement. fol. Miss. cit. par opposition aux droits divins et aux droits mixtes.

Publié par Hassan al-Din as-Samarraï.période de richesse et d’essor du pays globalement favorable aux petits commerçants. historiquement. d’énumérer les différentes activités qui étaient soumises au contrôle du muhtasib. La hisba et le muhtasib en Islâm. le muhtasib a-t-il été amené à contrôler l’ensemble des professions et des métiers sous plusieurs rapports.. 1968. comme l’a noté E. vétérinaires. beaucoup plus notoire par ses dérives et ses contraintes en tout genre. ici. ce qui serait assurément fastidieux et pour le moins dépourvu d’intérêt. au deuxième siècle de l’hégire. 636. Bagdad. les termes de hisbah et muhtasib ont été employés. D’ailleurs. Nous renvoyons pour cela au traité d’Ibn Bassam qui en comporte une description assez précise et détaillée. Ainsi. p. pour la première fois dans ce sens. apothicaires. notaires”. qui a vu ces mêmes petits commerçants subir de sévères injustices sous la forme de taxes et d’impôts 2. tailleurs. 234 . bouchers. de la propreté et de l’hygiène. Le muhtasib avait pour tâche principale de contrôler les poids et mesures. op.2 En plus du contrôle du poids et des mesures.. Notre propos n’est pas. Le contrôleur était connu sous le nom de ‘amel as-souq et au Maghreb il était désigné par l’appellation de wali ou saheb as-souq. Al Marif. la seconde. de professions “qui pouvaient s’exercer dans une ville depuis celles des boulangers.1 Nous retiendrons simplement qu’il s’agissait. 2 TYAN E. cit. Éd. L’organisation et le contrôle des métiers De tout temps. il entrait dans la compétence du muhtasib de contrôler la moralité des 1 BASSAM (Ibn).. les marchés de la cité musulmane ont toujours été sous le contrôle de l’État. défenseurs en justice. jusqu’à celles des médecins. Tyan. mais sa fonction a vite été élargie à d’autres domaines de compétence au fur et à mesure du développement de la société et de l’économie musulmane.

Le muhtasib devait exercer une surveillance vigilante à leur égard et procéder à l’expulsion pure 3 Pour de plus amples informations.. [b)] ceux dont il surveille la probité et [c)] ceux dont il surveille le travail au point de vue de l’habileté ou de l’inhabileté”. a) Entraient dans la première catégorie médecins et pharmaciens dans la mesure où l’exercice de ces professions exigeait connaissance tout autant que délicatesse En effet. à raison des soins plus ou moins grands qu’ils apportent au travail qu’ils exécutent. comme on serait tenter de le penser. tisserands. Son intervention ne se limitait pas.3 En outre. au seul domaine alimentaire mais allait même jusqu’au contrôle de la médecine et de la pharmacie. médecins et pharmaciens n’étaient habilités à exercer leur art qu’après délivrance d’une licence par les autorités et devaient se soumettre à une sorte de contrôle de connaissance théorique et pratique de manière continue. teinturiers. Al-Mawardi distingue principalement “trois catégories de gens pratiquant un métier dont il devait se préoccuper : [a)] ceux qu’il surveille. qui pouvaient prendre la fuite avec les objets qui leur étaient confiés. dont certains étaient de grande valeur. Le muhtasib devait contrôler en outre la nature et la qualité des médicaments prescrits ou vendus. voir surtout Al-Aqabani qui reprend dans le détail les tâches du muhtasib dans la diversité de ses activités de contrôle. b) Parmi les métiers de la deuxième catégorie on peut citer les orfèvres.commerçants non seulement du point de vue de l’honnêteté vis-à-vis du client (qualité des produits et prix) mais aussi sur le plan de la politesse à son égard. la propreté et l’hygiène faisaient l’objet de la part du muhtasib d’une attention particulièrement soutenue dans la mesure où ces préoccupations relevaient d’une question de santé publique. etc. 235 .

Nous pouvons lire sous la plume d’Al-Mawardi que “quand. sa responsabilité portait également sur le contrôle des marchandises et leurs conditions de transport depuis leur chargement jusqu’à leur livraison au client. op. Il lui revenait d’exprimer ouvertement sa réprobation en cas de travail mauvais ou défectueux. il veillait aussi au respect des bonnes mœurs lorsque des femmes étaient présentes sur les bateaux.550 236 . il en est qui traitent spécialement avec les femmes. sans même qu’il ait été saisi par la plainte d’un client lésé. 3. De même. il les empêche de se mettre en route lorsque le vent est trop violent”. quand il a des doutes manifestes et qu’il 1 Al-MAWARDI. c) La troisième catégorie de métiers que le muhtasib avait mission de surveiller concerne le contrôle de la qualité du travail. cit. mais. Il pouvait réprimer (dans le cas où l’infraction commise est légalement déterminée et le montant de l’amende est fixé) sans toutefois avoir la latitude de fixer amendes et indemnités. prérogatives revenant de droit au juge. parmi les marchands. À ce propos. même si la plupart des jurisconsultes estimaient que cette dernière tâche devait revenir aux agents de la force publique. il les laisse continuer leur commerce . Ainsi. Le transport des marchandises Le domaine de compétence du muhtasib couvrait l’ensemble des opérations commerciales.et simple des commerçants faisant preuve de malhonnêteté manifeste. Quand il obtient des apaisements à cet égard. il [le muhtasib] s’assure de leurs mœurs et de la confiance qu’ils méritent. p. Al-Mawardi écrit qu’“il [le muhtasib] empêche les patrons de charger de manière exagérée leurs bateaux de crainte que l’embarcation ne vienne à couler.1 Par ailleurs.

63. cit.. La question de la hisbah et la définition de la place et du rôle du muhtasib s’est retrouvée au cœur de ces polémiques et a même été une des plus étudiées. cit.550 YACOUBI ‘‘ El buldan’’. offre un exemple vivant de l’effort des théologiens relatif au rapport de la hisbah et de l’économie ou.est sûr de leurs mœurs dissolues. 1982. 3ème cycle. 3. p. qui ont cherché à mettre à profit la souplesse inhérente à la chari'ah afin d’élaborer de nouvelles règles plus adaptées à cette évolution tout en maintenant intacts les principes généraux.. Les ulémas face à la nouvelle donne économique 1. à cet égard. La question économique a donné lieu à d’âpres débats et controverses entre jurisconsultes au sujet de l’interprétation de la loi coranique et le comportement du Prophète a été. Le Caire. 3 KHALDOUN (Ibn). 242-248. plus exactement. * TABARI. Il 1 2 AL-MAWARDI.1 IV.. op. en particulier celui de l’Ihtisab.. 146 237 . vol.. La hisba et les organisations économiques modernes. n°406779. L’œuvre d’Ibn Taymiyya (1263-1328). étude comparée. * BACHIR Fadya. Haut Institut Islamique. p.3 Les ulémas se sont naturellement penchés sur la question. de la morale économique. Thèse Doct. p. Controverses L’expansion rapide et parfois fulgurante de l’Islâm a donné lieu au développement et à l’extension de nombreuses cités. ibid. La hisbah en Islâm. Histoire. d’une grande aide puisqu’il offrait des exemples d’application concrète de ces principes généraux. op. il les empêche de traiter avec les femmes et leur impose un châtiment s’ils tentent de le faire”. L’introduction. p.2 en même temps qu’elle a posé des problématiques nouvelles qui ont rendu nécessaire une réadaptation de la fonction du muhtasib dans le cadre de l’évolution de la société diverse au point de vue ethnique et culturel.

v 85 238 . Le Coran chap. p. cit. la référence au Coran lui était suffisante pour avoir connaissance de l’interdiction des transgressions relatives aux poids et mesures ou encore la nécessaire équité entre vendeur et acheteur.1 il affirme la légitimité du commerce en Islâm et précise que ce dernier est favorable à la propriété privée. Se fondant sur le hadîth selon lequel “les 9/10 de la richesse proviennent du commerce et de l’agriculture”. 21-39. VII. En effet. la conception du travail en tant que marchandise ou encore les rapports complexes de l’offre et de la demande. lorsqu’ils reçoivent. exigent que les 1 1 Sakhawi. op.s’agit certes d’un écrit généraliste et théorique sur le thème de la hisbah qui n’exclut cependant pas une utilité pratique et immédiate et qui présente l’intérêt d’offrir une saisie des principes régissant l’économie en Islam. autant de notions que posera l’économie moderne et qu’Ibn Taymiyya a abordé en son temps bien que sous un angle fondamentalement religieux. tâche qui a été dévolue au muhtasib. V. l’Islâm a cherché à parer contre les risques de fraude et de mensonge auxquels le commerce donne souvent l’occasion en appelant au contrôle étroit de cette activité et des hommes qui s’y adonnent. 35 et chap. ce dernier se devait de posséder une bonne connaissance et de la chari'a et des règles générales de l’économie. Il postule la liberté d’entreprendre comme règle de base générale dans le cadre du respect du principe de la recommandation du bien et de l’interdiction du mal énoncé par le Coran et la sunnah.. n’ignorant rien de la faiblesse de l’âme humaine et de la force des tentations auxquelles elle est soumise. Ainsi : “Et complétez la mesure et le poids en toute justice”1 – “Malheur aux fraudeurs qui. De fait. Ibn Taymiyya a en effet relevé les règles générales gouvernant l’économie telles que la propriété privée. En effet. XVII..

à l’avènement de leur pouvoir. p. face à la hausse des prix qui avait motivé la révolte. de les baisser afin de désamorcer la crise. appelant à fixer les prix des “travaux” et des “marchandises” (c). demandait aux muhtasibs de lui communiquer quotidiennement les prix du blé et de la plupart des denrées alimentaires et en demandait toujours la justification. trichent !”. par exemple.gens leur fasse pleine mesure. De même. Ibn Taymiyya lui-même était de cet avis. (L’Imam Malik permet de fixer le prix des denrées en cas de disette. Les hanafites n’y étaient pas opposés mais uniquement en cas de nécessité absolue. balances ou poids déficitaires. Ainsi. et. là encore. 21.) (c) SAKHAWI. La littérature religieuse nous fournit aussi l’exemple du calife Ali qui avait appelé à l’équilibre nécessaire en droit entre le vendeur et l’acheteur. de hauts salaires. étaient favorables à l’intervention de l’État aussi bien pour les denrées alimentaires que pour les autres marchandises (b). lorsqu’eux-mêmes leur mesurent ou pèsent. * Mazahéri Ali. le Calife Al Muqtadir était intervenu suite à la révolte de Bagdad (920 H) et prit l’initiative. p. 1 AL MAWARDI. À ce sujet. 202 et 204. (a) D’autres époques de l’histoire arabo-musulmane témoignent de cas où l’État est intervenu directement dans les prix. (b) BEHRNAUER .2 Le muhtasib n’avait qu’à établir le cas de fraude pour l’interdire et punir son auteur. cit. op. op. LXXXIII. tout en rappelant que les prix ne doivent pas être nécessairement bas de peur que cela ne pousse les commerçants à la spéculation. p 245 239 . 1-3). À ce même sujet. V. cit. une grande crise du marché provoquée par la hausse du prix du blé et des fruits. mais doivent faire l’objet d’un accord entre le vendeur et l’acquéreur dans le cadre du respect de l’intérêt de l’un et de l’autre. pour parer à la corruption et les inciter à la rigueur.. op. op. le Calife Ali avait pu remarquer que les prix ne doivent pas être unilatéraux. cit. AlMawardi écrivait : “Une des principales raisons d’être de ses fonctions est d’empêcher le tort causé par l’emploi de mesures. 2 Le Coran ( chap. une nouvelle illustration de l’importance accordée au contrôle des poids et mesures par la chari'a et une confirmation qu’il constituait une des tâches principales du muhtasib. (a) Notons que très souvent les États musulmans sont intervenus dans la fixation des prix. cit. Les Fatimides n’eurent de salut qu’en renforçant le rôle des muhtasibs auxquels ils attribuèrent. pour leur part. Les chafi‘ites et les hanbalites étaient hostiles à l’intervention de l’État. c’est-à-dire en cas d’excès portant atteinte au pouvoir d’achat et à l’intérêt public. 184.. Le Calife Ali donnait ainsi l’exemple de l’intervention de l’État dans la fixation des prix mais de manière indirecte qui ne nuirait pas à la neutralité de l’état de paix et d’abondance et qui tenait aussi compte du risque de voir la spéculation se renforcer si les prix venaient à être fixés par la force plutôt que par la concertation. p. L’importation de ces produits en grande quantité du Maghreb n’a pas empêché la hausse des prix en raison de la spéculation. Ils avaient même appelé à l’exclusion du marché des vendeurs non respectueux des prix fixés par les “pouvoirs publics”. Un deuxième exemple est celui des Fatimides en Égypte qui connurent. Partant de ce point.. Les malikites.. on relève également la notion du “prix juste” qui faisait que l’État intervenait parfois pour compenser les éventuelles pertes des producteurs ou des vendeurs afin de maintenir la stabilité des prix. Nous avons. le Calife Al Mansour. à raison des menaces qu’Allah a formulé en le défendant 1”.

2 TYAN E. bien qu’ayant été élaborée de manière théorique.-C. dépendait dans la pratique des époques et des gouvernements. ce qui laisse voir que le muhtasib a pu exercer de fait le droit de tarification des prix. 1976.” Après avoir relevé ce point. * Sabah Achakhily. il n’existait pas véritablement de règle arrêtée. En fait..) mais la pratique ne s’est pas toujours conformée à cette règle. Bagdad.. Les coopérations. p.. cit. 3. pour certains articles de première nécessité un prix est habituellement pratiqué. Le vendeur pouvait librement fixer les prix.2. la tendance générale était favorable à la nonintervention de l’État car elle estimait que la tarification devait dépendre avant tout du marché et être déterminée par la loi de l’offre et de la demande. C’est au muhtasib qu’était laissé le soin d’intervenir au nom de l’intérêt public.” 240 . Ce fait a été relevé par Tyan qui en rendait compte dans ces termes : “Il n’est pas permis au muhtasib d’ordonner une tarification des marchandises et d’obliger les commerçants à vendre aux prix fixés (. op. cit. et l’acheteur avait la possibilité de les comparer et de les discuter1.. La question des prix Une autre question a fait l’objet de controverses entre théologiens. L’État ne se permettait d’intervenir qu’en cas d’abus et de hausse excessive 2 ou dans certains cas bien précis comme les disettes ou lors de crises. et plus précisément de la nécessité ou non de l’intervention de l’État.1180-1225 J. Dans l’ensemble. Ainsi notait-il l’existence d’un “diplôme du Calife abbasside Nasir (575-622 H .. Il s’agit de celle touchant à la réglementation des prix. 25. Traité de la hisba et le muhtasib en Islam. Cette question. le muhtasib intervient pour réprimer toute hausse. Si. Tyan avait pu constater qu’il y eut des exceptions à cette règle.) qui spécifie que le titulaire de la hisbah contrôle les mouvements de hausse et de baisse des prix et veille à ce qu’ils soient conformes aux circonstances courantes. La question du monopole et de la spéculation 1 ZIADA Nicola. 637. op. p.

Les malékites ont une attitude différente. Publié par la Maison des Livres scientifiques.Une autre question se rattache étroitement à la considération qui vient d’être développée : elle a trait au monopole et à la spéculation. Éd.” Rapporté par Muslim.1 Si donc cette question a été théoriquement tranchée. restreignait le monopole aux produits alimentaires et estimait que l’interdiction ne pouvait être étendue aux vêtements. p. De fait. Mohammed Fouad Abdel Baqi. 241 . Il s’agit d’une marchandise achetée en vue d’être vendue (ce qui exclut les producteurs) . Les commerçants n’ont jamais été en effet à court d’astuces. 1995. 2.” 2 TAYMIYYA (Ibn). jugeant que l’interdiction s’applique à toutes les marchandises et ce. vol. 3. par exemple. Il va sans dire que cette question relative au monopole a également fait l’objet de divergences entre théologiens. op.2 dans la pratique il n’en a pas toujours été ainsi. “Le Prophète a dit : “Celui qui apporte recevra sa subsistance de Dieu. indépendamment de leur nature et des circonstances qui motivent la spéculation et le monopole (a). Les hanbalistes ont interdit le monopole si les trois conditions suivantes étaient réunies : 1.. Celui qui accapare sera maudit et l’accapareur ne peut être qu’un pécheur. si bien que le respect de cette interdiction dépendait de la seule appréciation du muhtasib et de son degré de conscience de la gravité du problème. du monopole. Les monopoles d’État n’étaient pas permis. sauf s’il s’agissait de défendre l’intérêt public ou en cas de nécessité absolue. 36. Nous avons eu l’occasion de voir précédemment un hadîth qui pose le principe de l’interdiction. “Celui qui apporte recevra sa subsistance de Dieu. 45. pas plus que ceux provenant des corporations qui faisaient courir le risque d’une fixation unilatérale des prix au détriment du consommateur. Traité sur la hisba. p. mais quant à la qualification du monopole.3 1 Hadîth du Prophète de l’Islam in Sahih Muslim. l’intervention du muhtasib était liée la plupart du temps à la nature religieuse du pouvoir selon que celui-ci tolérait ou non le monopole. la chari'ah interdisant de manière explicite tout monopole. Au cas où la spéculation va à l’encontre de l’intérêt public et provoque des difficultés pour les clients. Al Ghazali. en termes religieux. Beyrouth. celui qui accapare sera maudit. XI. 3 Notion qui doit être définie concrètement. pour sa part. cit. et en particulier de la détermination de ses limites. Il s’agit d’une marchandise alimentaire (ce qui exclut les autres produits artisanaux ou industriels) . non pas du point de vue de son interdiction qui ressort nettement du Coran et de la sunnah.

Il y a là un exemple significatif de l’intervention de l’État dans l’économie. (d) TABARI Shams al-Din (al-). À comparer avec le cas de la philosophie occidentale inspirée de la philosophie grecque. op. Le monde d’ici-bas est aussi et toujours relié à celui de l’au-delà. 53. 9. Maison al Fiker Al Arabie.. Tyan écrit que “d’une façon générale. op. étaient à cet égard beaucoup plus radicaux car ils estimaient que le muhtasib pouvait même. * MAQRIZI Mohammed Taqi al-Din (al-). E. 31 et chap. celle de l’homme est toujours relative et dépend de l’intérêt public. Le Caire (1397 H . * SAKHAWI. 53 v. en cas de denrée périssable. Miss XIIIème siècle. Les hanbalites. Paris. Éd. La richesse appartient à Allah mais l’homme ne doit pas s’en priver. C’est là l’attribution principale du muhtasib. Ils se sont toujours efforcés de trouver des solutions pratiques afin de résoudre les problèmes que pouvait poser l’évolution de l’économie et de la société. (a) TAYMIYYA (Ibn). National. p. Ittiaz al-hunafa bi ahbar al a’imma al hulafa. on peut dire qu’il s’agit du contrôle de l’exercice du commerce et de l’industrie dans la ville. Cf. le monopole et la spéculation. (c) TAYMIYYA (Ibn). op. Ce qui constitue évidemment une démarche radicale et de nature à décourager les spéculateurs (d). (b) TAYMIYYA (Ibn). p. En Islâm.1948 J. 3 v. op. en s’appuyant sur les principes généraux définis par le Coran et par la sunnah en vue de maîtriser la gestion des richesses1 et de les organiser en termes d’équité et de justice sociale.. cit. quelles que soient les nuances des uns et des autres. t. 180 2 L’économie en Islâm est toujours liée à la société et à l’intérêt public. y compris dans le domaine économique.. 254 et aussi chap. 1 Voir la conception de la richesse en Islam. Les Chafi‘ites. Elle L’État fatimide a recouru au monopole du sucre en réaction à la spéculation des commerçants qui semblait mettre en péril le pouvoir d’achat. op. Coran. 47.Ainsi. la richesse absolue est à Dieu. cit. Nous avons eu l’occasion de voir que l’époque mamelouk témoigne d’abus de la part de l’État quant à l’usage qui a été fait de la hisbah. Édité par Mohammed Gamal al-Din as-Sayad. 94. la distribuer aux nécessiteux. cit. C’est aussi le point de vue de Ibn Taymiyya qui permit au muhtasib en tant que représentant de l’État de confisquer la marchandise au cas où le vendeur refusait de pratiquer les prix habituellement affichés. L’Islam et les situations économiques. au nom de l’intérêt public. chap. Coran chap. Les chafi‘ites pensent que le muhtasib ne pouvait avoir dans ce cas que le seul pouvoir de verbaliser le fait de monopole et de le communiquer au juge de la ville à qui il revenait de décider de la nature de la punition (c). quant à eux. p. p.. 70 v.). Chronique . Cf. cit. 24-25 242 . 2 v. Les théologiens se sont accordé sur un principe général qui autorisait le muhtasib à intervenir en cas d’excès et d’abus et à vendre au prix habituellement pratiqué (b).-C.. p. théologiens et jurisconsultes s’accordaient majoritairement sur la nécessité de combattre. cit. * GHAZALI Mohammed. 167-169 (Histoire des Fatimides). 54. 314. 29-40. p.2 Soulignant l’importance du muhtasib dans les marchés et constatant qu’il s’agissait même de sa fonction principale. p.

est presque toujours expressément indiquée dans la définition que l’on donne de la hisbah dans les ouvrages et les textes de caractère pratique”. p..”4 Nous avons pu établir que le contrôle des poids et mesures constituait l’attribution essentielle. 3 Ibid. 635. du muhtasib.. op. 4 Ibid. Ibid. cit. 243 . 635.3 E. E. Inspirés du Coran et de la Sunnah. La politique des prix 1 2 TYAN E. V. Tyan ajoute que “cette fonction [consistant dans le contrôle des marchands et des clients] est tellement générale et essentielle dans certains pays – comme l’Espagne – qu’elle porte le nom de Souk (marché). p. 635-636. Le muhtasib et la politique monétaire des mamelouks 1. Des diplômes d’investiture L’examen de la littérature musulmane ayant trait à cette question permet de relever l’existence de diplômes précisant la compétence du muhtasib. il est prescrit aux muhtasibs de contrôler “la conduite des hommes sur les marchés”.1 4. Ainsi. les diplômes d’investiture mentionnent explicitement cette compétence si importante que le muhtasib est parfois dit “le préposé aux poids et mesures”. Tyan cite un “diplôme d’un ministre de la deuxième moitié de IVème siècle de l’hégire dans lequel le calife recommande de prescrire aux muhtasibs du royaume de contrôler l’exercice du commerce et des autres professions”.. centrale.2 Dans un autre diplôme datant du début du Vème siècle de l’hégire. p..

32 et ss. p. Certains jurisconsultes admettent cependant que cela doit rentrer dans ses tâches en temps de crise et de cherté de la vie. Cette politique était tributaire de plusieurs facteurs. Cette instabilité s’est naturellement reflétée dans la politique des prix pratiquée à cette époque.. de l’avis quasi unanime de nombreux historiens et chroniqueurs. Le Caire. ce qui confirme une fois de plus le caractère foncièrement 1 SALAH Mohammed Amine.. à l’initiative de l’État. Ce tableau laisse entrevoir à quel point la situation économique était dégradée et. p. op. à travers elle. Ain Shames. n°4583. À l’instabilité politique liée aux luttes de clans pour le pouvoir et à la corruption ambiante qui empêchait le muhtasib d’exercer normalement un contrôle et de lutter efficacement contre la fraude. cit. Univ. et pour les contemporains Said ASHOUR et surtout U.2 Notons au passage qu’as-Subqi emploie le terme d’Imâm pour désigner le muhtasib. 2 Voir à ce propos SUBQI (al-). Les organisations gouvernementales des commerces d’Égypte à l’époque des Mamelouk. et qui se conjuguait au remplacement. p. Abdelaziz.92 et MAQRIZI (al-).1 dans un contexte d’instabilité et de désordres profonds. Al-Maqrizi cite un troisième facteur non moins déterminant qui consistait en la falsification de la monnaie – pratique qui était assez répandue parmi les classes aisées et qui touchait les émirs eux-mêmes –. 1964. Khittat. cit. 244 . Mu‘id an-ni‘am.. Al Nasr Mohammed Ibn Qalawan. Dans ce contexte. l’auteur du Mu‘id an-ni‘am écrit qu’“il lui est interdit de fixer les prix. de la monnaie existante par de nouvelles monnaies de moindre valeur. cit.L’une des caractéristiques principales de l’économie a consisté. la question des prix. op. quelle pouvait bien être l’attitude du muhtasib dans le domaine des prix ? As-Subqi. op. dans l’intervention de plus en plus prononcée et marquante de l’État. 20-34 et Ibrahim TARKHAN. Les systèmes du féodalisme . Les prix fixés par l’Imam doivent être alors respectés”. D’autres prétendent encore qu’il lui revient de fixer les prix des produits importés et plus particulièrement en hiver. Thèse Doct.

éd. cit.1 Nous ne reviendrons pas sur ce qui a été dit au sujet du commerce en général. Si. Coran (VII. Par contre. nous mentionnerons la position d’Ibn Taymiyya relative à la question des prix qui a établi que cette dernière n’obéissait pas entièrement au seul mécanisme du rapport de l’offre et de la demande. 3 Cf. il a pu mettre en évidence qu’il fallait tenir compte d’une dimension humaine. En effet. 85).2 De tous ces débats se rattachant à la question des prix et au rôle particulier du muhtasib dans ce domaine. Shahawy..). 21 et sq. et justifie par là la nécessité d’un contrôle étroit des commerçants afin de maintenir un équilibre juste et équitable entre vendeurs et acheteurs.. nous avons vu qu’Ibn Taymiyya s’était longuement penché sur la question économique dans son ouvrage traitant de la hisbah en Islâm. un prix est habituellement pratiqué. Tyan retient qu’“il n’est pas permis au muhtasib d’ordonner une tarification des marchandises et d’obliger les marchands à vendre aux prix fixés (. Nous avons pu voir que la question des poids et mesures est une question fondamentale. E. mais la pratique ne s’est pas toujours conformée à cette règle. Parmi ces théologiens. de sa légitimité et de son rôle dans la société.religieux de la hisbah. Ce bref extrait d’as-Subqi illustre les débats et les controverses entre jurisconsultes et théologiens auxquels la fonction de muhtasib donnait lieu concernant la question de savoir si oui ou non il pouvait intervenir dans le domaine des prix. p. 537.. : “Donnez pleine mesure et le poids. le muhtasib intervient pour réprimer toute hausse”. 245 ..3 1 2 TAYMIYYA (Ibn). p. TYAN E. à savoir le comportement des commerçants eux-mêmes qui recouraient à des agissements de fraude et de spéculation. Ibid. et ne lésez pas les gens dans leurs biens”. op. La hisba est une fonction du gouvernement islamique. pour certains produits de première nécessité.

la situation a commencé à se dégrader nettement à partir du moment où certains émirs ont été nommés au poste de muhtasib. p. le sultan Jasmjaq fit destituer. contrôles qu’ils étaient eux-mêmes censés pratiqués en qualité de muhtasibs. à la demande de la population. en l’occurrence sa référence à un diplôme remontant à l’époque du calife Yasser (1180-1225) spécifiant que le titulaire de la hisbah était chargé de contrôler les mouvements de hausse et de baisse des prix et devait veiller à ce que les prix pratiqués ne soient en aucun cas excessifs mais toujours conformes aux conditions économiques générales. 369. le muhtasib devint une cible privilégiée à qui des comptes étaient demandés en cas de hausse des prix et qui finit par cristalliser mécontentement. 246 . 1 12 2 Voir à ce propos WIET. Ceux-ci trouvèrent de la sorte un moyen “légal” de préserver leurs propres intérêts puisqu’ils échappaient ainsi à tout contrôle des prix. as-Suluk. à fixer les prix. Ainsi. p.. Tyan présente un exemple illustrant l’intervention de l’État dans le domaine de la tarification.2 En 1440. Cependant. IV. MAQRIZI (al-). il était investi de la mission de surveiller leurs cours et d’empêcher les hausses abusives. Précis de l’histoire d’Égypte. E. le muhtasib qui se rendit coupable d’une position d’abus relativement au commerce du blé. en règle générale. cit. tout particulièrement lorsqu’il s’agissait de produits de première nécessité ou dans les situations de disette et de crise.Dans le même temps. op..1 Réduit à l’impuissance et incapable de réprimer les abus commis par les émirs en personne. Ce fut le cas en 1425 lorsque le muhtasib du Caire fut obligé de se réfugier dans la citadelle du sultan1 et sollicita sa protection. il ressort que si le muhtasib n’était pas autorisé. op. cit. vol. critiques et attaques de la population et des commerçants réunis. 260-262.

que quelques jours. prétendait à tout ce qui lui était auparavant hors d’atteinte quant à ses fonctions à la base dignes et nobles.. op. cit. vol.De fait. (L’histoire mamelouk fournit aussi d’autres exemples de révoltes contre le muhtasib.. Ce qui ne manque pas de souligner la vulnérabilité de son poste et les risques qui lui sont relatifs. si bien que certains muhtasibs ne restèrent à leur poste que quelques semaines voire.”. en 922 H. Ainsi. en 1486. Voir aussi AINI. D’autres subirent les rigueurs des sultans en se faisant destituer. Le muhtasib prit alors l’initiative d’arrêter quelques 247 . op.. pour sa part. des mamelouk menacèrent de provoquer des troubles graves et d’assassiner le muhtasib Ibn Moussa en raison de la hausse des prix. p. quand le poste ne restait pas vacant en attendant de trouver un candidat. pour certains. les Jolbans se révoltèrent et tentèrent d’incendier la résidence du muhtasib (a) De même. “L’histoire de l’Égypte”.1 1 MAQRIZI (al-). la tâche de muhtasib devint de plus en plus difficile au point que nombre d’entre eux présentèrent leur démission comme ce fut le cas d’AlAyni qui sollicita le sultan de le nommer à un autre poste et de le libérer ainsi de la charge de la hisbah. 65. Ces faits permettent de mesurer à quel point la situation socio-économique et politique a pu se dégrader et comment le statut du muhtasib en a été affecté. dans un commentaire consacré à la hisbah et à ses conséquences économiques en Égypte mamelouk. 2. Al-Maqrizi voit. dans la corruption l’origine et la raison essentielle de ce déclin en écrivant que “tout ignorant. cit. souligné la valeur historique et l’importance très précieuse des écrits d’Al-Maqrizi qui nous renseignent sur l’évolution de la hisbah et sur les causes de la crise qu’elle a subie tout au long du règne mamelouk. 80-86. injuste et corrompu. Ighatta.. connaissant une instabilité et une précarité sans précédent (du point de vue financier et sur le plan des conditions morales d’exercice de la profession). La hisbah : les raisons d’un déclin Les effets de la corruption L’historien Ahmed as-Sayyed Daraj a. 414. Aqd Al Juman. III.

les gens n’en ont plus besoin. Miss 2445 (723 H). p. Au début de l’Islam. 46. saches (.) qu’elle va de mal en pis . 1 2 IZZ (Al Tartusi).. quant à lui.) . National. un cheikh égyptien écrivait à ce propos : “Quant à la fonction de la hisbah. 37. elle devint sujette aux convoitises et à la corruption. depuis que les sultans ne l’exercent plus et qu’elle est devenue accessible à tout le monde. S. les fit promener dans les rues du Caire et imposa ensuite des prix modérés pour les produits de première nécessité (b)) (a) IYAS (Ibn).. commerçants. que l’on fait aujourd’hui prétexte pour abuser des biens de la population. avance trois raisons pour expliquer cette détérioration dont il situe. la situation de la hisbah paraissait encore plus grave qu’ailleurs. 1 DOUIRRY Abdel Aziz. mais. cit. op.. L’auteur cite Al Mawardi. ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le voir. et touchait toutes les couches de la société égyptienne depuis les gouvernants jusqu’aux commerçants sans oublier les muhtasibs bien évidemment. Tuhfat atturk fi yajiku an yu‘mal fi al-molk (“Cadeau pour turcs dans lequel on expose ce qui doit se faire dans l’administration d’un royaume”). le début dans la première moitié du IX ème siècle de l’hégire : a) l’intervention des grands émirs et des hommes d’État dans un domaine qui n’est cependant pas le leur . Les gens finirent par la déconsidérer”. p...1. A. Ainsi. Dawaf. op. vol. cit. (b) Ibid.1 En Égypte.Darraj fait remarquer que la situation de la hisbah s’était particulièrement détériorée bien avant l’époque d’Al-Maqrizi et note qu’AlMawardi en parlait déjà en ces termes : “La hisbah est l’une des fonctions religieuses principales.. Les statuts gouvernementaux. ibid.. les Imâms [les quatre califes] l’exerçaient personnellement pour son utilité et pour ses conséquences divines. Bada’i az-zouhour (“Merveilles éclatantes”). historiquement parlant. 112. 245. (.La corruption était très répandue. I. Paris. p. Cependant. événement de l’an 891 H...” A. p.. 248 .

Ibn Hajar et Al-Ayni). Il signale qu’Ibn Hajar était en concurrence avec Al-Ayni qui voulait être bien en cour avec les sultans et les gouverneurs. op.b) la corruption qui fit que le poste de muhtasib n’était plus attribué en fonction du mérite et de la compétence religieuse mais revenait au plus offrant . Les exemples assurément ne manquent pas qui tous soulignent la dégradation de la hisbah. 117-119. S. 249 .”.-C. “Les historiens en Égypte au Xe siècle J. au temps des mamelouk. les émirs en personne. notamment. C’est dans ce cadre.2 Toujours est-il qu’en dehors de ces trois historiens (Al-Maqrizi. c) le passage à grande échelle de la hisbah de la main des hommes de plume (les mu‘ammamin) aux mains des hommes d’épée (ahl as-sayf) et.S. cit. dont le 1 2 Voir aussi à ce propos : ZIADA Nicola. de l’importance qui lui a toujours été accordée en Islâm. qu’Al-Maqrizi a fini par abandonner toute activité publique. p 19-21.. un muhtasib.1 et note que le titulaire de la hisbah alternait entre ces deux personnages au gré de l’humeur des gouvernants dont ils se disputaient et souhaitaient s’attacher les faveurs.. A. Voir aussi pour de plus amples détails : DOUIRRY A. ibid. p. écrit Dawaf. Dawaf n’a pas épargné ses critiques à l’égard d’AlMaqrizi ni même d’Ibn Hajar qu’il accuse tous deux d’avoir été mus par une concurrence et une rivalité aveugles dans la quête des postes les plus importants. a) L’ingérence de l’État Pour autant. les écrits s’accordent dans leur ensemble pour affirmer que la hisbah n’était pas digne. En 805 de l’Hégire.

p. par le wali du Caire. On nous rapporte qu’il était “dépourvu de toute vertu. cit. t. op.. 93. et ce jusqu’à l’arrivée au pouvoir du sultan Qaytbay qui “en 872 de l’hégire la supprima [la mushahara]. extrait du livre intitulé. 2 IYAS (Ibn). en public. car il était sujet aux enchères et offert au plus offrant”. contraints de s’y livrer pour le conserver. “La lune qui se lève”. p. Renseignement pour l’homme. SAKHÂWI. p. 7. p. avait exercé le métier de la hisbah à plus de vingt reprises au moyen de la corruption. 250 . 238. Il arrivait que le poste changeât de main trois à quatre fois par mois.3 b) La mushahara L’historien Ibn Hajar écrit qu’en l’an 809 de l’hégire “la hisbah devint l’enjeu de tous les ignorants. Cette double surenchère n’a pas manqué d’avoir des 3 “Brillantes étoiles”. 274.. 1 HAJAR (Ibn). t. Le Caire. 120.. et DARRAJ. Bada’i az-zouhour (“Fleurs magnifiques cueillies parmi les événements des sociétés).2 Les muhtasibs ne pratiquaient pas la mushahara uniquement pour accéder à ce poste mais ils étaient également. 675.comportement avait été si révoltant fut corrigé. pour ainsi dire. Ibid. une somme importante (la mushahara). éd. Cette pratique s’était interrompue pour un temps avant de repartir de plus belle”.1 L’historien Ibn Iyas confirme ces propos en précisant que pour accéder au poste de muhtasib le prétendant était tenu de verser. t. p. Boulaq. 2. elle s’élevait alors à 1000 dinars. 6 .. en était fier et avait été puni en public par le sultan Moayyed cheikh qui lui interdit explicitement de prétendre à cette fonction”. chaque mois.

Pour de plus amples informations : WIET. Voici ce que l’historien Ibn Iyas a pu écrire à ce sujet : “Il n’y avait alors à Alexandrie aucun grand commerçant. musulman ou étranger. nombre de petits commerçants n’ayant le choix qu’entre augmenter leurs prix de manière vertigineuse afin de pouvoir faire face aux lourdes taxes qui leur étaient imposées par les muhtasibs et leurs auxiliaires ou bien. 4. “les biographies de Manhal Assafi.2 1 IYAS (Ibn). p. Sans parler du problème de la falsification de la monnaie qui puise son origine dans le même phénomène.1 c) Émirs et hommes d’épée au poste de muhtasib La situation se compliqua singulièrement lorsque l’on vit émirs et hommes d’épée accéder au poste de muhtasib. t. La ville était dans un état avancé de délabrement en raison de l’injustice du substitut et de l’extravagance des percepteurs [d’impôts] qui prenaient dix fois plus qu’il n’en faut aux commerçants. 423-424. op. “Merveilles éclatantes”. Cette pratique a été initiée à l’époque du sultan Moayyed cheikh et s’est poursuivie (à deux reprises) sous le règne du sultan Barsbay. op. Celle-ci s’affaiblissait de jour en jour avant d’être totalement ravagée”. Voir à ce propos MAHASIN Abou (al-). 595. n°616. fermer boutique. p.. 1932. Brillantes étoiles. 2 - 251 . Le Caire. cit. 6. ce qui dissuada les marchands européens et maghrébins de venir dans la ville.. cit. Le Caire n’est pas la seule ville à avoir vécu ce genre de situation puisque la ville d’Alexandrie a également connu une détérioration économique assez comparable voire même plus grave dans la mesure où sa vocation de ville portuaire a beaucoup pâti de la découverte d’une nouvelle route maritime et commerciale. vol.retombées négatives sur le commerce et sur l’activité économique en général. pour les autres.

as-Suluk. sultans et émirs – portant sur les céréales et les fruits. on ne désignait plus à cette fonction que les émirs. p. les historiens n’ont d’ailleurs pas manqué d’abonder dans ce sens en faisant remarquer qu’un émir-muhtasib ne pouvait que contribuer à préserver ses propres intérêts et ceux de son sultan. écrit A. On pourrait illustrer ce point de vue en citant nombre d’anecdotes qui relatent l’attitude partiale et complaisante d’émirs-muhtasibs qui refusèrent de prendre des mesures contre les auteurs de spéculations – la plupart du temps. Le Caire..Nous ne nous attarderons pas sur ce qu’une telle nomination peut avoir d’illégitime.-C. Miss 24045. as-Suluk. Ibid. Xve siècle / 927 H / 1530-1531 J. op. On assista donc à une alternance au poste de muhtasib entre hommes de plume et hommes d’épée au gré des circonstances politiques et des crises sociales. Ibn lotifallah Omary.. 2 “À partir de 825 H.1 Puis. op.2 Non contents de briguer la charge de la hisbah qu’ils concevaient avant tout comme une source de pouvoir et d’enrichissement. Librairie du Caire. comme celle de radher de waqf voire. cit.S.4Ces pratiques étaient souvent à l’origine de disettes auxquelles venaient s’ajouter des maladies comme la peste qui aggravaient toujours un peu plus le quotidien déjà misérable du peuple égyptien. 1 KHALIDY Baha‘al din M. p. 252 .. cit.. les émirs se mirent en tête de rivaliser avec les ahl al-qalam dans l’exercice de fonctions à caractère religieux qui étaient de tout temps l’apanage de ces derniers. Traité sur le fonctionnement de la chancellerie égyptienne et sur les connaissances qu’un écrivain rédacteur doit posséder. avant de devenir de plus en plus souvent à la charge des hommes d’épée”. p. op. à partir de l’an 865 de l’hégire. Il s’appliqua à ceux-ci ce qui auparavant s’appliquait aux mu’ammamin. 271. p. si ce n’était leur ignorance. 126 et MAQRIZI (al-).3 Ce qui advint effectivement. celui du qada ! 3 4 DARRAJ A. 1392. cit. 1 MAQRIZI(al-).S. “Barsbay”. 127. à savoir que seule la corruption par l’argent était garante de l’obtention du poste”. seuls les émirs pouvaient prétendre à ce poste.. Ce qui fit écrire à l’historien Al-Khalidy que “la wilaya de la hisbah était restreinte aux mu‘ammamin. cf. Darraj.

hostilité de la part des mamelouk vis-à-vis des mu’ammamin. cit.. 253 .. éd.1 Les ahl al-qalam ne furent pas les seuls à faire les frais de la violence des Mamelouks si bien qu’il s’ensuivit une situation de désordre et d’insécurité qui gagna l’ensemble de la société et se caractérisa par une augmentation de la criminalité et des délits dont les marchés devinrent le théâtre et la cible privilégiée. et en informait au lever du jour le sultan.... “Histoire d’Égypte”. les assassinats et tous actes de ce genre.5 ce qui attira l’attention des historiens et des voyageurs étrangers tels que Félix Faber qui résida au Caire en 1483 et put rendre compte de ce phénomène. 205. Mu ‘id an-ni ‘am wa mubid an-niqam (“Qui ramène les faveurs. et parfois violente.. op. 167. ILIV. les incendies. “Le voyage d’outre-mer”. au début. et p. Cette situation amena les autorités à confier au wali en personne la tâche de mettre en place une surveillance de ces lieux afin de rétablir la sécurité et de garantir le maintien de l’ordre. 278. op.3 Le témoignage de l’historien as-Subki confirme ce climat délétère : “L’un des défauts des émirs était qu’ils surestimaient les fortunes des ulémas et sous-estimaient les leurs pourtant de loin plus grandes.”). jamais la fortune du faqih le plus riche n’équivaudrait à celle du plus pauvre des mamelouks”. Paris. p. op. “l’introduction”. En fait. Ceux-ci se virent interdire de monter à cheval puis se firent déposséder de leurs iqta’. ne fut qu’une “simple” rivalité ne tarda pas à se transformer en une véritable. Schefer. C’est lui aussi qui exécute les 3 IYAS (Ibn). Hawwadith addouhour (“Choses à remarquer parmi les événements du siècle”). cit. 1 Voir notamment THENAUD. p. 1884.4 Un climat de violence et de terreur régna au Caire qui vit les mu’ammamin faire l’objet d’attaques et d’exactions de la part des mamelouk. p. Plusieurs d’entre eux reprochaient aux ulémas de monter à cheval ou de porter de beaux habits. Al-Qalqachandi écrit à ce propos :“Il [le wali] se tient informé de tout ce qui advenait dans la ville. cit.Ce qui. 4 SOUBKI (al-). p 214 5 Ibid.

on trouve également “hakem” ou encore “saheb al-madina”. Dans ces conditions. outre “wali attawaf”. Voir pour plus d’informations à ce propos : HASSAN Ali Ibrahim. le pouvoir mamelouk s’est retrouvé pris à son propre piège et a payé le prix de ses propres excès (corruption. C’est également à lui que revient l’autorité sur les portes du Caire et les rondes dans les quartiers commerciaux et financiers. op. le muhtasib. Les désignations de ce haut-fonctionnaire varient d’un pays musulman à l’autre. 227. spéculation etc. ce qui nous 2 3 Cité par HASSAN Ali Ibrahim. “saheb al-assas”. Ainsi. Histoire des mamelouks Bahriyya. faute d’avoir su ou voulu mettre en œuvre une politique juste et équitable. Aussi.2 L’étendue des fonctions du wali du Caire – également appelé saheb al-‘assas ou encore wali al-tawaf –. De l’ensemble des faits qui précèdent. faute de pouvoir les fixer.).jugements et les hudud. Le pouvoir mamelouk n’a pratiquement jamais été animé par une volonté de maîtrise des prix qui eût pu coïncider avec la conception religieuse de l’économie qui insiste sur la nécessité d’intervenir conformément au principe de la préservation de l’intérêt général et de l’interdiction du mal. cit. n’a pu s’acquitter de sa tâche comme il se devait. les fauteurs de troubles et les ivrognes.. Ibid. il ressort nettement que la politique des prix a rarement été à la hauteur des attentes du peuple. p. Il ne devait pas dormir hors de la ville sans l’autorisation du sultan de peur d’actes criminels tels les incendies ou autres”.3 nous fait apparaître ce personnage comme le chef de la police en même temps qu’elle nous renseigne sur l’état de la situation sociale à cette époque. Il poursuit les corrompus. ce pouvoir a été victime de sa propre nature. 298. qui était théoriquement chargé de veiller sur les prix. Par dessus tout. 254 . à savoir son caractère autoritaire et profondément bureaucratique. monopole. p.. Il existe du reste très peu d’informations et d’exemples faisant état de l’intervention du muhtasib dans ce domaine.

probablement en raison des aléas dus aux conditions politiques et économiques de plus en plus pesantes et. de la hisbah. Le contrôle de la monnaie devait en principe occuper une part importante de la fonction générale de contrôle du muhtasib et ce. Le contrôle de la monnaie L’analyse de la situation monétaire permet de relever de manière plus directe les défaillances du système mamelouk. vers la fin du règne mamelouk. 3. à la suite de la plupart des historiens et des chroniqueurs. Quant aux négociants. 255 . De peur de voir leurs fortunes faire l’objet de confiscations de la part du pouvoir. Les Mamelouks avaient en effet l’habitude d’amasser et de stocker des quantités considérables d’or et d’argent. sur le plan pratique. ils semblaient également se livrer à des pratiques diamétralement opposées aux intérêts du pays et du public. les grands commerçants recouraient au transfert clandestin de leurs avoirs en or et en argent. Elle permet d’expliquer ainsi la gravité des conséquences sur les marchés mais aussi de démontrer les limites. incertaines. à nous en tenir à des généralités. en raison du lien étroit entre la monnaie et l’ensemble des activités socio-économiques qu’elle détermine en grande partie. Là encore.condamne. les faits relativisent l’importance du muhtasib dans ce domaine car le problème semble effectivement dépasser les compétences ainsi que les moyens légaux et les techniques dont il disposait. Il n’est pas non plus exclu que ces transferts aient correspondu à des opérations spéculatives encouragées voire soutenues par le pouvoir qui lui-même s’y livrait selon des procédés autoritaires.

les Mamelouks ayant pris l’habitude de surévaluer ou de dévaluer les monnaies. Ibn Khaldoun signale toutefois que la fonction de contrôle a également varié en fonction des époques. 84. op. Ibn Khaldoun la définit dans ces termes : “La sikka consiste à inspecter les espèces qui ont cours dans le public et à les préserver d’une altération ou d’une diminution possible si l’on s’en sert en les comptant dans les transactions. 256 . on le voit d’après cela. des échanges commerciaux que dans les institutions. elle était comparable à la hisbah et Ibn Khaldoun ne se prive d’ailleurs pas de souligner cette comparaison : “La compétence pour tout cela appartient au titulaire de cette fonction qui. Cette charge revenait. à un titulaire qui n’était autre que le cadi. ensuite à faire mettre la marque du sultan sur ces monnaies pour en attester le titre et le bon aloi 1”. traduction de Georges Surdon et Léon Bercher . La fonction du contrôle de la monnaie dite sikka était en tout cas théoriquement importante aussi bien dans la conception islamique. cit. définit par le Coran et la Sunnah.. p. En cela. pratiquement à leur guise et en fonction de besoins artificiels. “L’introduction” : “L’édilité et la monnaie”. Tel était en théorie le contrôle de la monnaie et les principes généraux qui le régissaient dans la société musulmane d’Orient et du Maghreb. et à examiner tout ce qui se rattache à cela de quelque manière que ce soit.La monnaie n’a pas échappé au monopole. puis on pensa à l’attribuer à une personne de manière exclusive. dans un premier temps. est religieux et s’insère dans la hiérarchie des attributions 1 1 KHALDOUN (Ibn).

Ibn Khaldoun ne situe pas historiquement la fonction de la frappe et du contrôle de la monnaie de même que son passage des mains du cadi à celles d’une autorité autonome. est devenue une fonction indépendante. Ainsi que l’on peut le remarquer. 1 2 Ibid. qu’ils soient membres ou non de l’État. 85. Ces prescriptions ont été suivies par le gouvernement des premiers califes. dans un premier temps. le califat – pouvoir central fort – perdit de son autorité et que les principautés autonomes furent établies. religieuses et morales. c’est-à-dire qu’il s’agisse du sultan et des émirs ou des négociants musulmans ou étrangers. C’est toutefois à l’époque d’Ibn Khaldoun (se situant dans la période mamelouk) que la deuxième évolution a eu lieu : passage des mains du cadi à celles d’une autorité spécialisée. elle fit partie des attributions générales du cadi. mais elle en a été séparée et. D’abord. la constitution de ces principautés autonomes entraîna le retour pourtant jugé mauvais du comptage plutôt que du pesage. ce qui eut pour conséquence immédiate d’ouvrir toutes grandes les portes de la fraude et de la falsification. En tout état de cause. 257 . Il paraît intéressant de noter à ce stade que l’Islâm préconise une grande sévérité et une grande rigueur pour ce qui a trait aux finances publiques et privées. hisbah1”. à notre époque. C’est d’ailleurs en cela que la question relative à la monnaie nous intéresse puisque ce sont ces deux caractéristiques – à savoir. dans un second temps. comme il est arrivé pour l’édilité.comme ce fut le cas pour la hisbah. ce système rigoureux a connu le même sort que les autres institutions étatiques. p.. L’expression “attributions califales” plutôt que “sultaniques” nous renseigne sur le fait que cette évolution ne date pas des Mamelouks mais remonte plus loin dans l’histoire. Toutefois. son caractère de dépendance vis-à-vis de l’État et de variation selon les pays ou les régions – qui détermineront la marge même de liberté des spéculateurs.califales. Il ressort de son rapport qu’elle avait toujours constitué l’une des fonctions ou attributions califales2. il paraît évident que la frappe et le contrôle de la monnaie dépendaient étroitement de l’État. Mais. quand.

puisqu’elle rompait avec une pratique califale de première heure. des périodes de faste et de prospérité suivies. Prenant appui sur les grands commerçants qui leur fournissaient un soutien financier capital et qui de ce fait jouissaient d’un statut privilégié. Cependant. économique et politique. toutes. op. cette mesure n’explique pas à elle seule l’état de détérioration qui la suivit. en second lieu. WIET remarque que “la ville comprend quatorze mille rues qui. Dans ce contexte. cette mesure – sans doute techniquement plus pratique mais moralement moins équitable – reflète-t-elle aussi une marge de liberté de plus en plus grande vis-à-vis de la religion et des mœurs islamiques. il est à noter que le pouvoir du muhtasib 1 À ce propos. au maintien de l’ordre et aux règles d’hygiène et de propreté et percevant les taxes et les impôts. représentants de l’État. dans un premier temps. 1 Cette période fut celle de l’enrichissement personnel au moyen de la corruption et de l’injustice et beaucoup de muhtasibs. le muhtasib a pu s’acquitter de ses fonctions de manière relativement correcte et honorable. 58. ils réussirent à bâtir un pays riche et puissant au commerce extérieur particulièrement renforcé. Nous avons montré que les Mamelouks avaient connu diverses étapes dans leur histoire avec.. mais elle constitue sans doute une raison générale pour les détournements qui en ont résulté. De même. Les sultans et les émirs surent faire preuve d’habilité et tirer profit de la situation stratégique de l’Égypte en favorisant l’agriculture. WIET. peuvent être fermées”. les concurrences internes et la complexité croissante de la situation sociale. cit. par une désintégration et une instabilité quand sonna l’heure de la défaite. Paradoxalement.Certes. il écrit que “personne ne peut sortir la nuit hors de son quartier”. en veillant au respect des lois régissant les transactions commerciales. Les marchés du Caire. ont vite entraîné les Mamelouk vers d’autres choix et de nouveaux comportements. l’artisanat et le commerce. p. furent impliqués. 258 . De le rigueur du contrôle.

. p. t. on commença à assister à des pratiques frauduleuses touchant la monnaie. se transformèrent. Al Manhal assafi (la source pure et le complément du supplément). Dans ces conditions. – que de consacrer ces pratiques en se limitant à la gestion banale des détails de la vie quotidienne. La hisbah ne fut plus considérée que comme un moyen commode de s’enrichir au point qu’on vit se multiplier les candidatures au poste de muhtasib. Les marchés du Caire. 37. 4 MAHASSIN Abou (al-). op. 1 WIET. 53. Pour autant. Sobh al-a‘cha.3 Ces muhtasibs se faisaient aider dans leurs tâches par des assistants dont le nombre s’était également accru. qui se sentaient lésés par ces entreprises. le muhtasib n’avait pas d’autre choix – à supposer qu’il en eût le désir.2 et ce du fait qu’il n’existait que trois muhtasibs pour l’ensemble de l’Égypte : un au Caire . cit. le muhtasib n’a que très rarement été à la hauteur de la mission dont il était investi.s’était considérablement accru. Au lieu de jouer pleinement son rôle ainsi que l’exigeait de manière impérieuse l’état de corruption généralisé qui régnait alors dans la société. le muhtasib se laissait lui-même gagné par la corruption ambiante. p.. op. as-Suluk. op. p. certains commerçants. 1 Il arriva même.un en Haute-Égypte et un dernier à Alexandrie. cit. la ville du Caire ayant connu six muhtasibs en l’espace d’à peine neuf mois (en l’an 801-802). cit. sous le 2 3 Cf. Les gouvernants s’adonnaient à la spéculation monétaire en s’octroyant le monopole des devises étrangères et en procédant à des dévaluations qui leur étaient avantageuses .qui avait seul le droit d’assister au Conseil présidé par les cadis des quatre rites orthodoxes. De corrompu par les marchands et autres commerçants qui cherchaient à échapper aux diverses taxes. QALAQACHANDI . idem.4 Dès lors. MAQRIZI (al-).. 259 . il est lui-même devenu corrupteur vis-à-vis des émirs et des sultans afin de pouvoir accéder à ce poste ou dans l’espoir de s’y maintenir. en fauxmonnayeurs. au point d’être comparable à celui du “juge des juges”. 3. 395396. en réaction. “Badai az-zouhour” (“Merveilles éclatantes”)..

Je pénétrai dans un amas de décombres. de ce fait.. de roseaux et de palmiers à plusieurs étages. qu’on le chargeât de collecter de l’argent auprès des passants. soit à peine moins d’un demi-siècle après leur accession au pouvoir. cité par Wiet. la joie m’abandonna.règne du sultan Mohammed Al Nasser Qalaoun. Le pouvoir mamelouk a su il est vrai tirer profit du dynamisme des ports égyptiens d’une part et. contrairement aux routes commerciales anciennes reliant l’Orient à l’Occident. VI. Le commerce extérieur et la force politico-économique de l’État 1.” . le muhtasib passa à celui de relais du pouvoir pour finir par endosser l’uniforme d’une sorte de “mendiant institutionnel” au service de la caste militaire et du pouvoir en place. avec la “bénédiction” d’une fatwa datant de l’époque du sultan Qotz. du statut de protecteur de la société au nom de la religion. au milieu de constructions placées de travers dans des rues tortueuses faites de briques noirâtres. L’évolution du commerce extérieur Vers la fin du 13ème siècle.. Ces dernières étaient en effet devenues peu sûres et. de l’autre. décrivait dans ces termes les marchés du Caire : “Lorsque je fus parvenu au Caire. soit quelques années à peine après l’arrivée au pouvoir des Un voyageur européen du XIIème siècle. Je contemplais des murs délabrés et noirs. ce qui en dit long sur son degré d’implication et de “loyauté” à leur égard. un horizon poussiéreux. les Mamelouks réussirent à bâtir un État extrêmement fort sur le plan à la fois politique et économique. sous le prétexte fallacieux de contribuer à contenir la crise économique et de consolider le budget de l’État ! Ainsi. délaissées par les commerçants depuis la prise de Bagdad par les Mongols – en 1258. Cette force était notamment perceptible dans le domaine du commerce extérieur alors très florissant à cette époque. 260 . de la situation stratégique qu’offrait la Mer Rouge ainsi que de la sécurité .

les Mamelouks cherchèrent donc à leur garantir la sécurité des routes terrestres et maritimes et des instructions furent données aux walis pour leur réserver un bon accueil et leur témoigner du respect. au nombre desquels il convient de ranger le muhtasib. 261 . Les ‘awams (peuple/populace : ouvriers. 1948.2 L’un des résultats les plus frappants de cette évolution vers une économie d’échange fut le développement des villes comme celles du Caire. un succès certain.1 Conscients de l’importance des commerçants étrangers. le nombre de marginaux ne cessait d’augmenter et le demande était de loin plus importante que l’engagement des sultans et des classes aisées. 1 ZAKY Na‘im. À ce sujet. etc. parlent même d’environ trois mille commerçants européens dans la seule ville d’Alexandrie au début du XIVème siècle. Cette politique d’encouragement visà-vis des commerçants étrangers fut assortie de conditions fiscales avantageuses puisqu’ils n’étaient assujettis qu’à des taxes bien moindres que celles dont les commerçants autochtones devaient s’acquitter et connut. Thèse Doct.Mamelouks –. Les routes internationales du commerce entre l’Orient et l’occident au Moyen Àge. Les historiens arabes ou européens soulignaient le grand nombre des mendiants et de nécessiteux des grandes villes et plus particulièrement du Caire. et leur hégémonie imposée par la force et la violence au Moyen-Orient et en Asie Mineure. 17. petits artisans. mais il n’y avait pas que les sans-logis. mais il présente un intérêt certain pour nous dans le cadre de l’étude de la hisbah dans la mesure où cette évolution n’a pas manqué de poser des problèmes sociaux nouveaux dont le pouvoir devait tenir compte et auxquels il devait répondre à travers ses agents de contrôle et maintien de l’ordre. Le Caire. non seulement pour la prospérité du pays mais aussi pour son rayonnement à l’étranger. p. 2 KAMMERER . Certains historiens. Université du Caire. vendeurs. d’Alexandrie ou encore de Damiette. Le régime et le statut des étrangers en Égypte.) constituaient dans leur ensemble une classe très touchée par la misère et contrastait avec l’aise grandissante des mamelouks et de leurs privilèges. Ce phénomène est non seulement important du point de vue socio-économique. pour cette raison. nous avons précédemment signalé le problème des sans-logis dont le nombre ne cessait de s’accroître. de Lettres. notamment en temps de famine ou de disette mais ce n’était en rien résoudre le problème. 3ème cycle. tels Kammerer. Ils remarquaient également à ce propos que les mamelouks étaient par moment assez compréhensifs et venaient en aide des plus pauvres. En effet. Fac.

Ceci ne les avait toutefois pas empêché de se faire plus menaçants. de leurs biens. L’historien Saïd Ashour écrivait à leur sujet qu’“il était clair que les ‘Uribans d’Égypte étaient tentés. Profitant des menaces de Ghazan le gouverneur des Monghols de Perse. L’évolution des événements leur ayant démontré l’impossibilité de la mise en application de ce projet une fois l’État mamelouk consolidé. Sous prétexte de combattre les Tatars. cit. p. C’était surtout à l’arrivée au pouvoir de nouveaux sultans ou sous le règne de sultans faibles qu’ils se manifestaient souvent”. reviendront à la charge non plus cette fois comme force politique mais par le recours à la violence économique en refusant de payer les impôts ou en attaquant les commerçants ou les marchés et en les dépossédant. L’émir Chams ed-Dine leur envoya une armée qui les mata. le pouvoir mamelouk s’est retrouvé confronté à des problèmes de stabilité dus à l’insécurité croissante qui commençait à régner dans les grandes villes et au mouvement d’opposition et de contestation animé par les ‘Uribans en dépit des multiples tentatives de l’État pour les récupérer. déstructurés et réduits au silence. pour reprendre les termes de Saïd Ashur. repliés. Ainsi se sont-ils révoltés en 1290 en Haute-Égypte avec l’arrivée au pouvoir du sultan Al-Mansour qalaoun mais ils étaient encore une fois défaits et avec de lourdes pertes. 262 .En effet.. au début de l’État mamelouk. par l’établissement d’un Sultan arabe qu’ils devaient diriger. Les villes n’étaient pas non plus épargnées tout au long du XIVème siècle et du XVème siècles qui les consacrèrent comme vrai facteur d’instabilité politique en Égypte. L’essor de l’économie égyptienne n’a pas fait exception. ils se révoltèrent en 1300. chaque fois que l’occasion leur était donnée. 215-216. Ordre était également donné de poursuivre les Uribans et d’en venir à bout mais ce n’était encore que pour un temps car les Uribans. Le déséquilibre des forces de l’État et de ses opposants en faveur du premier nommé eut pour résultat que la stabilité n’a en fin de compte été menacée que 1 ASHÛR. qu’il s’agisse de marchandises ou de bétail. de recenser les morts. op. l’État organisa une expédition militaire très importante qu’il envoya en Haute-Égypte et infligea aux Uribans de très lourdes pertes en vies humaines au point qu’il était difficile.1 Cet aperçu de la vie économique et socio-politique des premiers temps des mamelouks met en lumière les forces et les faiblesses de l’État en Égypte réputé pour sa grande organisation et son souci d’efficacité économique. ils recoururent à la violence et participèrent activement aux événements politiques majeurs en fonction de leurs intérêts. tout développement économique s’accompagne immanquablement de difficultés sociales diverses et charrie son lot de laisséspour-compte. au temps du sultan Al Nasser Mohammed Ben Qalaoun. De fait.

Ce cadre favorisa le développement de l’industrie et du commerce et permit au commerce extérieur de conférer à l’Égypte une dimension internationale et à ses grandes villes. mais certaines d’entre elles étaient spécialisées”. y compris au temps des Croisades. Tous ces faits témoignent de la vivacité et du dynamisme du commerce en Égypte sous le règne mamelouk mais aussi de l’organisation sociale à cette époque. p. on trouvait des marchands ambulants qui vendaient des produits variés. à une organisation stricte notamment en matière d’ordre et de sécurité. op. nationales ou régionales dont les dates et la nature étaient indiquées dans des calendriers. en revanche. de stockage et de dépôt pour leurs marchandises avant leur distribution ou leur embarquement à l’exportation. L’on y vendait de tout.de manière intermittente. 2. ce qui garantissait et facilitait la perception des taxes et des impôts. Les qaysariyya ( wakala-khan ) ou entrepôt-caravansérails Il existait des lieux spécialement réservés aux commerçants et qui servaient de lieu d’habitation (en particulier pour les négociants étrangers). le chroniqueur signale l’existence de “grandes foires internationales. Ces souks ne semblaient pas répondre à une politique générale d’aménagement clairement définie mais obéissaient. La vie quotidienne des musulmans. C’est également là que se déroulaient les transactions commerciales. Ces constructions connurent une extension importante au point de constituer des quartiers entiers. Outre ces marchés. sur la foi de témoignages convergents. Il existait des marchés spécialisés tels que le marché aux fleurs par exemple. un caractère cosmopolite.. les marchés en plein air et les foires. cit. 204-205 263 .1 Outre les boutiques et les bazars. 1 MAZAHIRI Ali.

la fraude était la plupart du temps due. Il ne faut donc pas s’étonner si la dégradation des conditions socio-économiques a souvent conduit ce pouvoir. ils perdirent leur statut d’hôtes privilégiés de l’Égypte et finirent par quitter progressivement ce pays. pour sa part.Naturellement. 207-208. à la recherche de boucs émissaires. De fait. Les taxes qu’ils devaient acquitter ne cessaient d’augmenter au point de devenir prohibitives. La police était chargée d’inspecter les lieux afin de maintenir l’ordre. Ali Mazahiri écrivait qu’“un service de police veillait tout spécialement sur les magasins d’alimentation. s’ingéniait à déceler les fraudes et à les réprimer sans toujours pouvoir déjouer l’astuce des boutiquiers”. décision qui devait s’avérer fatale pour l’économie égyptienne et qui fit perdre au pays sa position stratégique. p. Le muhtasib. 2 Idem.. ces derniers devinrent une cible privilégiée : on leur interdisait de quitter leurs fondounqs (gardés par des militaires) pendant deux à trois heures le temps du déroulement de la prière du vendredi ou on leur imposait une forme de couvre-feu pendant la nuit. particulièrement du point de vue de la lutte contre la fraude. non pas à une volonté d’enrichissement parfois inhérente à cette profession. est l’indice d’une préoccupation majeure du pouvoir mamelouk en même temps que le signe de sa faiblesse. avait pour tâche de veiller à la propreté et à l’hygiène des boutiques et des marchandises entreposées et avait pour mission de traquer les fraudes. à s’en prendre aux commerçants et notamment aux négociants étrangers. En effet. mais une réponse des commerçants aux pressions fiscales arbitraires auxquelles l’État les soumettait. En période de crise et de révoltes.2 La surveillance étroite dont les commerçants faisaient l’objet. ces marchés n’échappaient pas à la surveillance et au contrôle. 264 . À ce propos.

Ibid. op. Ibid. pour sa part. du miel. À ce propos. p. selon SA‘AD. Il ne tarda pas à étendre son monopole à celui du blé. ses causes et ses contradictions Nous avons eu l’occasion de dire que les mamelouks..2 Il se réservait la production et fixait lui-même les prix.3.) au point que certaines personnes payaient cent dinars par mois au sultan”.452 SA‘AD.1 1 2 SA‘AD. p. à savoir le commerce des fruits.246-249 1 SA‘AD. ‘L’Etat mamelouk’. attitude qui allait déboucher. demeurait impuissant à s’opposer à ces pratiques. avaient mis en œuvre une politique de récupération des richesses du pays. La fonction de la hisbah se vendait et s’offrait aux enchères de la corruption (. etc.. p.453 et aussi DHAWMAT . L’essor du commerce. du savon. A. du bois. 1 Conscients que la survie financière de l’État dépendait presque exclusivement des taxes et impôts provenant du commerce extérieur. Certains chroniqueurs rapportent que le sultan Barsbay avait exigé des bouchers de n’acheter que des bêtes issus de ses propres troupeaux. Le muhtasib. Ibid. par une mainmise sur les principales activités commerciales. Celle-ci s’est opérée.. l’État disposait également d’une mainmise sur la principale activité commerciale. du fer. à partir des années 1430. cit. Sur le plan du commerce intérieur. une fois parvenus au pouvoir. dont notamment le commerce de transit qui a constitué la principale source de richesse. p. SA‘AD écrivait : “Le muhtasib – et c’est une fonction de plus en plus assurée par les émirs – s’est transformé en homme de monopoles. sur une situation de monopole au sens strict du terme.461 265 . ce qui le conduisit à créer un diwan (Diwan al-matjar) chargé spécialement de la gestion de ces activités. les Mamelouks décidèrent de se réserver le pouvoir de décision et de contrôler étroitement les commerçants.

Pour la convoitise du gouvernement mamelouk. vol. cit.. 4 TARKHAN. introduction. 2 Surtout. Il leur arrivait d’accorder des prêts aux sultans. c’est donc le trésor public égyptien qui fut directement atteint par la découverte de Vasco de Gama de la route des Indes. les karimiyya. IV et sq. et. Au début du règne mamelouk. t. Ces commerçants subirent des revers en devenant ensuite les victimes du pouvoir mamelouk. op. Les karimiyya contribuèrent ainsi à l’épanouissement de la vie sociale et à l’alimentation du trésor public. MAQRIZI (al-). op. de l’autre. Véritable “vache à lait” du pouvoir. Précis d’histoire d’Égypte.4 Ces faits témoignent d’une part du caractère dirigiste du pouvoir mamelouk et de l’avidité de ses dirigeants. p. p. as-Suluk. étude de géographie urbaine et d’histoire économique. mai 1955). 266 . op. cit. elle manquait cruellement de bases sociale et économique solide et semblait dépendre du seul bon vouloir des sultans. Le Caire. 50-53 (n°2.. l’économie égyptienne dépendait en grande partie de l’étranger d’où provenaient produits de consommation courante et équipements militaires. de ce fait. I. 3 Cf. le commerce aurait couru un risque mortel si ce n’étaient le besoin de finances et la dépendance de la fortune des sultans et autres émirs vis-à-vis de ce même commerce.3 principal pilier du commerce extérieur et qui. L’histoire politique permet d’expliquer en grande partie la démarche financière des Mamelouks.. des graves conséquences subies par l’économie égyptienne en raison du manque de contrôle et de la relative absence du muhtasib en cette étape de 2 WIET. 323 et ss. Espérance avait enlevé tout d’un coup au trésor public la source la plus importante de ses revenus. et SUBHI Labib. 444. p. l’État s’est appuyé sur le soutien des commerçants les plus notoires et les plus nombreux. 265. et CLERGET M. Le commerce d’Al Karimiyya et le commerce d’Égypte au Moyen Âge in “La revue historique Égyptienne”.. bénéficiaient des privilèges et de la bienveillance du pouvoir qui leur garantissait la sécurité des voies commerciales et des ports. p. cit..La politique commerciale mamelouk apparaît peu cohérente pour de multiples raisons .

174 et ss. op. au temps des Mamelouks. p.. L’apparence a toujours pris le pas. tel n’était. économique et politique au regard des injustices flagrantes qui frappèrent les grands négociants. sur le fond et ceci constitue l’un des plus grands inconvénients et défauts des chroniqueurs et autres rapporteurs historiques anciens qui se sont laissés abuser par cette apparence trompeuse. p. le muhtasib aurait sans doute pu parer contre les injustices. aurait-il exercé son devoir de contrôle avec rigueur et sans concession ainsi que la chari‘ah l’appelle à le faire. La nation Égyptienne.. cit. 2 Cf. notamment DAUMAT A. En effet. par exemple. * Voir aussi MAQRIZI (al-). IYAS (Ibn). et DARRAJ. s’empressait-on d’affirmer. on ne peut qu’arriver à la conclusion que la hisbah n’a jamais été appliquée par les gouvernants que comme prétexte.2 À y regarder de plus près... 512. as-Suluk. op. en définitive. 367. faisant d’elle un outil de légitimation du pouvoir et de récupération religieuse ainsi que de pression administrative. t.1 Car. 29 et ss. cit. cit.. la plupart des écrits historiques insistent sur le fait que la hisbah a revêtu une importance de premier ordre dans le domaine économique. p. Éd. op. op. cit... 267 . cit. op. celui de la communauté à celui de ses dirigeants qui. sa désignation par l’appellation de hakem assouqi (gouverneur du marché)”. cit. les détournements de fonds et la soumission de l’intérêt général à l’intérêt particulier.. p. I et WIET. Marzouq : Al Nasser Ibn Qalaoun. On peut y lire. ASHOUR Said. La société égyptienne. que le paraître.détérioration sociale. l’intimidation ou la corruption. Bada’i az-zouhour (“Brillantes étoiles”). 810-811. op. que “c’est dans le domaine économique et plus particulièrement dans le secteur du commerce que les compétences du muhtasib s’exerçaient pleinement d’où. censés la protéger.R. Elle a été assujettie à leur appétit de pouvoir et à leur principale préoccupation qui n’était autre que celle 1 Voir à ce propos. Or. p. ont été les premiers à piétiner ses droits les plus élémentaires et à le priver de ses ressources par la force des armes. Thèse Barsbay.

celle de la grande spéculation et de l’abus. présentent la hisbah comme le remède à tous les maux de la société et accordent une importance quasiment inégalable au muhtasib souvent conçu et présenté comme une autorité au-dessus de tout soupçon. ce qui est le contraire même de la conception islamique de la justice. une certaine morale.d’amasser des fortunes. le sultan. à préserver. La composition du diwan faisait de celui-ci une institution spécialisée. il n’est pas moins vrai que les mamelouks ne lui laissèrent que cette marge en l’excluant de leur propre sphère. ne pouvait qu’être juge et partie. une sorte de haut tribunal présidé par le sultan. s’il est vrai que le muhtasib a plus ou moins contribué à moraliser la vie publique ou. à quelques rares exceptions près telles qu’Al-Maqrizi ou Al-Ayni. À ce propos d’ailleurs. le muhtasib ne pouvait que faillir au devoir le plus important qui est celui du contrôle des actes de l’autorité politique. social et religieux dans la société égyptienne. C’est ainsi que le muhtasib était réduit à n’être qu’un simple agent de l’ordre public préposé aux 268 . Il n’est sans doute pas contestable que le muhtasib a joué un rôle économique. dans les limites qui étaient les siennes. tout au moins. De fait. C’est ce point précis qui nous semble avoir échappé aux historiens et autres chroniqueurs “orthodoxes” qui. entouré de ses proches et de ses affiliés. Ainsi. Cantonné qu’il était dans des tâches plus ou moins secondaires. Là en effet réside tout le fond du problème. on ne manquera de noter que la séparation de la hisbah d’avec le diwan al-madalim peut aussi s’expliquer par ce désir d’exclure le muhtasib de la cour des “grands” et d’en faire un instrument à leur service plutôt que leur superviseur. mais nous devons nous poser la question de savoir quelles était la nature exacte de ce rôle.

Cf. p. op. p. 143-150 et BASSAM (Ibn). Traité sur la hisba. 35. op.“petits délits” et à jouer à la police des mœurs ainsi que le présentent certains écrits historiques. 4. 13. cit. 621. Nous sommes obligés de reconnaître que la description qu’ils font de la hisbah et du rôle de muhtasib en tant que ‘‘moyen de contrôle’’ indépendant du pouvoir correspond à la conception islamique – et théorique – telle qu’elle se dégage du Coran et de la Sunna mais qu’elle était tout autre sur le terrain. 31. ne serait-ce qu’à l’époque baharide.. La responsabilité de la classe religieuse À présent. la simple comparaison entre la pratique de la hisbah au début de l’Islâm et l’usage qui en a été fait au temps des Mamelouks. objets de multiples controverses. p. op. Cette question dépasse certes le cadre de notre étude. Ibid. Tuhfa. 59-61. Et HAJ (Ibn). cit.3 La hisbah a donc été détournée de sa vocation avant toute religieuse et morale pour remplir une fonction d’administration publique. ‘UQBANI. Al Nasser Mohammed Ibn Qalaoun. p. il est une autre considération à envisager qui touche à la question de la servilité de l’intelligentsia religieuse et de sa loyauté inconditionnelle. p. idée qui se retrouve aujourd’hui dans les appels pour une relecture du patrimoine culturel et la redéfinition du rôle des ulémas. op. 42-45. cependant elle revêt une certaine importance pour saisir les limites de la hisbah telle qu’elle fut pratiquée par le pouvoir mamelouk. p. cit. Ibid. SA‘AD à leur encontre. permet de nous rendre compte de l’ampleur de ce détournement. Les marchés du Caire. vol. cit. 3 Telle fut l’une des principales critiques d’A... 2 TYAN. La hisba et le muhtasib en Islam. les historiens traditionnels1 et contemporains2 des Mamelouks présentent la hisbah comme moyen efficace de moralisation publique et lui reconnaissent toute une série de fonctions dont ils dressent une liste exhaustive. * MARZOUQ Abdel Aziz. 269 . D’ailleurs. Ainsi. À 1 TAYMIYYA (Ibn). p. Traduit et publié par Henri Laoust. J. * WIET..

à notre sens.cet égard. à servir d’instrument de contrôle des ‘awam (peuple par opposition à l’élite. la bureaucratie théocratique. De la sorte. alkhassa). avec la floraison de traités de théologie ou de fiqh et la multiplication des controverses d’ordre moral et religieux. Mais. dans le cadre d’une récupération religieuse. dont faisait partie le muhtasib luimême. Par ailleurs. Vidée de son contenu et de sa véritable raison d’être par des pratiques liées au monopole commercial ou touchant à la question des prix. bien qu’elle n’ait pas été directement associée au pouvoir politique. aussi bien en théorie que dans les faits. Al-Maqrizi semble faire une timide exception à cet égard puisque c’est en termes généraux qu’il s’élève contre la corruption de l’État et de ses représentants. la hisbah a donc été réduite. il ne nous paraît pas nécessaire de chercher plus loin les raisons de l’essor “intellectuel” qu’a connu la période mamelouk. Nous sommes fondés à inclure l’intelligentsia religieuse comme composante de la bureaucratie régnante et ce. n’est naturellement pas étrangère à cette aliénation. on ne s’étonnera donc pas de chercher en vain dans les écrits d’historiens contemporains la moindre protestation ou une quelconque critique pour dénoncer la défaillance du muhtasib. 270 . Tout ceci répondait à un besoin politique qui était lui-même le reflet de motivations et d’intérêts économiques. parce qu’elle a rempli son rôle de support idéologique d’un pouvoir qu’elle a largement servi en cautionnant le détournement de la hisbah.

CHAPITRE VIII Le Muhtasib et le politique 271 .

Et Behrnauer. oriental. 11 : « C’est ainsi qu’ Abu Dhar Al-Ghifari dénonça l’initiative de Mu’awyah qui distribuait les terres de conquête à des personnes connues et nanties alors que d’autres musulmans vivant dans le besoin en était privées. Abû bakr. elles ne proviennent ni de ton travail. quant à la conduite de vos affaires. c’est à dire de ceux que Dieu dit à leur propos: « …certes que les gaspilleurs sont les frères des diables ». La chronique des premiers califes nous édifie sur cette crainte d’une déviation ou du non-respect du droit des autres.1946. ni celui de ton père. cit. pp 168. Il l’interpella ainsi « Ces aides ne t’appartiennent pas. c’est à dire les émirs mamelouk. ni d’ailleurs de celui de ta mère ! » Le calife.Paris. en moi. Maison du livre arabe. Omar. Comme nous l’avons vu et indiqué dans la première partie de notre travail. ces biens ne sont ni les miens ni ceux de mes parents. 272 . ‘Tableau de l’histoire arabe. faisant son auto critique. il clamait. Tunisie 1284. du haut de sa chair. 1 ATTOUNOUSI Kher ed-din ( Asseyed) ‘Aqwam al-masalik’. allez-y distribuez leur leurs aides ». les gouvernants et.As. disait : « J’ai été désigné alors que je ne suis pas le meilleur d’entre vous ». Miss.169. De même dans Aqad Mohammed Abbas ‘ Mu’awyah sur la sellette’ Ed. 1966. op. une fois calmé de sa colère dit : « Abu Muslim a raison. il est rapporté que : « Abu Muslim al khoulani a dénoncé le calife Mu’awyah lorsqu’il avait ordonné l’arrêt de la distribution des aides publiques aux musulmans. corrigez-moi par le sabre1 ». aussi Ziada nicolas. d’une part. Ed.170 et171 cf. Dar al-ma‘arif. Abu Dhar l’apostropha en ces termes : Si tu as construit ce palais en puisant dans le Trésor public des musulmans c’est que tu es un traître et si tu l’a construit en puisant dans tes propres deniers c’est que tu es un gaspilleur.AF III 169.p.1-L’Ihtisab politique L’histoire de l’ihtisab trouve son fondement et sa mise en pratique dans l’Islâm matinal. les chefs militaires et principalement le sultan. les gouvernés et les caractéristiques de force et de faiblesse de cet exercice. p. C’est ainsi que le premier calife. une déviation quelconque. Quant à son successeur. De même lorsqu’il s’est fait construire le palais ‘ kasr al khadra’. et ne tenant pas compte des protestations de certains musulmans contre ce gaspillage. Beyrouth. « Si vous observez. et donc vis-à-vis des dirigeants du pays. d’autre part. Nous allons évoquer cet aspect des choses en étudiant les défaillances apparues au sein de l’appareil de l’Etat ainsi que les formes de l’Ihtisab en ce qui concerne. le Caire.J. 196.118. tout citoyen est concerné par l’Ihtisab.

même aux yeux de leurs auteurs. Hawadit Al Duhur. ‘ASHUR. op. 354 (p.h) . d’ailleurs. il n’en demeurait pas moins vrai que ces pratiques étaient faites en l’absence de tout contrôle. 361. voir aussi : -Abu Al Mahasin. et ce. ‘Al Suluk…. Dans tous les cas. et cela. Si cela ne relevait pas de la compétence du muhtasib. vol. ce qui lui valut. Seul le pouvoir et la volonté de le conserver coûte que coûte. sur des considérations légales ou prononcées par des tribunaux légaux. Ce fut le cas notamment sous le règne éphémère de ‘‘ Sajarat ad-durr ’’ considérée par ‘‘ Al Maqrizi ’’ comme étant « la première femme sultane d’Egypte. Les défaillances au sein de l’appareil du pouvoir Les transgressions des dirigeants par rapport aux règles et préceptes de la Chari’ah sont multiples et variés. I. victime d’une liquidation physique2. elle aussi. Il suffit d’évoquer pour en avoir une idée les différentes et nombreuses liquidations physiques entre rivaux et prétendants au trône. tout au long du règne mamelouk. pratiquait parfois en personne. p. l’Egypte et la Syrie. 1 2 Al MAQRIZI. sous les Turcs mamelouk1 » et qui inaugura son règne par des assassinats. assisté par ses bourreaux. concernant l’assassinat du sultan Hassan (762 h/1361 J. ces meurtres n’étaient pas fondés.) par son serviteur Yalbuga Al Hasiki 273 . Certains sultans avaient ainsi coutume de faire subir à leurs adversaires des traitements inhumains avant de les faire exécuter par le biais de procédés pour le moins insolites. sans parler des tortures qui avaient lieu dans les prisons ou que le sultan.C. l’Histoire d’Egypte. Ce fut le cas notamment sous le sultan Al Nasir Faraj (1399-1412) qui fit noyer un groupe de Mamelouks fidèles à son père et liquida d’autres de sa propre main.A.cit. p. alors qu’il était ivre (à tel point qu’il est dit qu’il en avait égorgé deux milliers)3. premier et sixième chapitre 3 Ibn ‘AYYAS.113. p. animaient les donneurs d’ordre. d’être.

1 2 3 ‘ASHUR.ce qui témoignait du caractère autoritaire et tyrannique du pouvoir à cette époque 1.98-100. ce qui provoquait la colère du peuple comme celle des autres Mamelouks. vol. 346. Il s’agissait donc d’une erreur gravissime commise par le sultan Katabgha (1294-1296) et ceci sans tenir compte des autres exactions3. Les rivalités et les affrontements s’intensifièrent entre les différents groupes de Mamelouks aggravant ainsi la situation de désordre et d’instabilité dans le pays2. Cette situation –abandon des règles de la chari’ah et aggravation des tensions entre Mamelouks. voir : . Dawmat. voir aussi la première partie de notre étude. DAWMAT. 49.cit. 25 : « Cet isolement leur a permis de conserver leurs mœurs et leurs coutumes et caractères sans subir pour autant l’influence de la culture locale. Hutat. la décadence et la décomposition (de ses structures fondamentales). juifs ou chrétiens mais des paysans qui avaient des pratiques tout à fait contraires à la chari’ah. à cause de la négligence de cette éducation. les mamelouk circassiens virent leur état sombrer dans le désordre. 525. pp. les Mamelouks du VII ème siècle ressemblaient étrangement à ceux du X ème siècle de l’hégire. 313. Aussi. etc.347. pp. pp. égorgement. II. Al Suluk. 536. ) connurent une aggravation sensible sous les Mamelouks circassiens dont le règne se caractérisa par le renforcement de l’esprit de clan.46.. p.37 4 ‘ASHUR. op. En effet.II. vol . l’état mamelouk.300. un siècle plus tard ces nouveaux Mamelouks accédèrent au pouvoir ( à partir de 1382 ) et adoptèrent les règles et les traditions du droit mongol pour régler leurs différends4.s’expliquaient. 24 : Sur l’isolement des Mamelouks par rapport au reste de la société. op. l’état mamelouk. Par contre.36. Les pratiques de liquidation. l’auteur ajoute : « Certains Mamelouks comprenaient difficilement l’arabe car ils communiquaient entre eux en turc. Cette politique fut grave de conséquences. cit. 274 . p. pp.cit. p. la société…. entre autres. en dépit de leurs origines différentes ».348 Al Maqrizi. d’exécution et de tortures pratiquées sous les Mamelouks ‘‘Bahriyah’’ ( mutilations.III. Ces derniers étaient généralement des mongols attachés à leurs traditions et n’étaient ni musulmans.Al Maqrizi. vol. pp . Le choix des Mamelouks et l’éducation rigoureuse à laquelle ils étaient astreints étaient à l’origine du succès et de la réussite de l’Etat mamelouk (maritime). op.. par la tradition nouvelle instaurée par les Mamelouks circassiens de ramener des esclaves dans la force de l’âge.

Al Mansur Muhammad (1361-1363). il ne se soucia guère du trône et déclara : « Tous les rois ont eu leur règne marqué par la force et la fureur. op. p. chanteuses et danseuses à tel point que lorsqu’il a été déposé. Après sa mort. Les envahisseurs prenaient généralement possession des vaincus. qui accéda au trône à l’âge de 24 ans. Il se retira ensuite dans les demeures réservées au harem et passa son temps à boire et à se divertir. L’exemple le plus éloquent nous est fourni à ce propos par le cas du sultan. Tarih Misr (Histoire d’Egypte).. Par ailleurs. Son règne dura à peine deux ans et quelques mois et son comportement fut jalonné de perversité. De plus il faut rappeler que cette tradition d’achat de Mamelouks et de constitution de harem est contraire aux principes de la chari’ah. d’impudeur et d’immoralité. 275 . l’orchestre qui était à son service continua de sillonner les rues du Caire et était connu sous le nom de « chanteuses d’Al Mansur »1.213. « Il était ivre tout le temps et ne se délassait jamais des orgies animées par ses esclaves. pour ce faire. vol. la tradition de perversité et de décomposition morale dans laquelle les sultans s’étaient inscrits ainsi que l’ensemble de la classe dirigeante. la famine. Quant aux procédés employés par les marchands d’esclaves.I. moi j’ai l’ai eu marqué par le vin et les belles ». v. etc. trafic. la disette et la misère pouvaient amener parfois des familles à se dessaisir de leurs enfants et les vendre pour apaiser leurs souffrances… les invasions d’un pays par un autre jouaient là aussi comme déclic pour l’extension du trafic d’esclaves. surtout de leurs femmes et filles et en faisaient des esclaves. ils étaient pour le moins non conformes à l’esprit de l’Islâm. permettant ainsi aux marchands d’esclaves de s’activer dans la perspective de fortunes 1 IBN IYYAS. rapt. il exprime. cit.Quant au phénomène du harem. plus que quoi que ce soit d’autres.

VII. son arbitraire et son racket fiscal exercé démesurément envers le malheureux peuple d’Egypte. Il faut rappeler qu’Abu Al Mahasin est à l’origine un mamelouk. vol. du vol. Quant à Abu Al Mahasin. l’ère des sultans mamelouk et son patrimoine scientifique et littéraire cf (l’introduction) 2 Al MAQRIZI. si ce n’est voler la marchandise. opprimer le faible et se montrer avides même en ce qui concerne le pain.. Nous n’entendons pas réitérer ici les pratiques de gaspillage et d’enrichissement ostentatoire. émirs et personnalités influentes… en contrepartie de leur marchandise de bonne qualité 1». p. vol. op cit. de la délinquance. Ce fut effectivement le cas des Mamelouks au sujet desquels Al Maqrizi disait : « ils étaient plus adultères qu’un singe. « qu’ils n’avaient rien d’autre à faire. op. du désordre et de l’instabilité dans le pays ». la décomposition morale de la société etc. cit. il disait des Mamelouks de son temps. la nature militaire et féodale du régime mamelouk.l’Ihtisab au sein du pouvoir 1 SALIM (Muhammad Rizq). plus voleurs qu’un rat et plus méchants qu’un loup ». On était en présence d’une situation sociale dominée par des gens qui « étaient devenus les symboles du pillage.III. voir aussi : -Abu Al Mahasin. ce qui donne davantage de crédit à ses propos2 . ni les formes de perversité et d’impudeur manifestée par les classes dirigeantes à l’occasion de festivités. p. le monopole de certaines activités de négoce. le pillage étatique ou étatisé des artisans et corps de métier. Leur jihâd –guerre sainteétait de contrarier le chef et leur conquête se faisait pour la paille et le froment ».assurées auprès des rois.348. ‘’Al Nujum Al Zahira’’. sultans. Hutat.329 276 . 1.

et se montra. par lui-même. En général. ( Il ne faut pas oublier en effet que les sultans étaient très souvent animés de considérations contradictoires ). ainsi que ses hommes. cessa son dévergondage. Un sultan comme Al Mansur Lajin (1296-1298). immoral et dévergondé. et au lieu des orgies de jadis. Al dhahir Baybars. le fils du sultan Qalaoun. il accorda sa bienveillance aux hommes du savoir et rétablit la justice 1. par exemple. " Al Nasir Muhammad Ibn Qalawoun". mais aussi parce qu’il les avait combattus avec la force de la foi musulmane et le respect des principes fondamentaux de la chari’ah. il essaya de redresser la situation. par exemple.122-123 277 . il interdisait le port du Calfata ( une sorte de châle pour la tête ) ainsi que le port de patins de soie qui étaient très chers. En effet. op. estimant que cet excès était injustifiable.cit. Il donna l’exemple. lui. Mais une fois sultan. et se mit à réprimer sévèrement ceux qui pouvaient en être les auteurs.1 Tout d’abord. certains attribuaient la fascination qu’exerçait le sultan. non seulement du fait qu'il était un grand chef guerrier qui avait su stopper les croisés. l’étalement des richesses et l’injustice. Al 1 MARZUQ. ( L’une de ses décisions a été d’interdire cette frénésie qu’avaient les sultans mamelouk pour les costumes et modes vestimentaires et pour lesquels ils dépensaient des sommes folles. on doit reconnaître qu’il y eut des sultans qui tentèrent de redresser eux-mêmes la situation soit par sentiment de piété. soit pour des considérations pragmatiques ( préserver leur pouvoir et maintenir son prestige aux yeux de la population ). Quant à lui.un personnage pervers. était avant son accession au trône -(après avoir assassiné Khalil. pour pouvoir succéder au sultan Al Adil Katabgha (1294-1296). très austère au niveau de l’habillement ). on a pu remarquer que la volonté de réforme butait sur les abus de pouvoir. pp.

mais les autorités firent preuve lors de son application d’un zèle quelque peu excessif dépassant les limites fixées par la chari’ah. lorsque les choses risquèrent de frôler les limites du tolérable. Ce fut là une bonne initiative. les exactions et les pillages commis par la soldatesque lors des inspections. a insisté sur le respect de la morale dans le cadre du ‘‘Amru bil Ma’ruf Wa Al Nahyu ‘Ani Al Munkar’’ comme nous l’avons déjà vu. à son égard. on ne saurait les qualifier de réformes. Les gens subirent toutes les exactions possibles. à ce propos. qui interdit la consommation du vin et l’espionite des gens chez eux. Les documents historiques disponibles nous renseignent. Si l’on reconsidère ce genre de mesures. On se mit alors à perquisitionner dans les foyers et inspecter les gens à l’improviste pour les surprendre en flagrant délit d’ivresse ou de trafic d’alcool. en fut le meilleur exemple. et surtout les pratiques et les exactions qui en ont découlé. pp. alors. Il décida. Son règne se caractérisa par la cherté des prix. d’interdire la vente de vins et de boissons enivrantes et demanda à l’un de ses émirs d’assurer la mise en œuvre et le respect rigoureux de cette décision sans faire de distinction entre les gens (qu’ils soient émirs ou gens du menu peuple). Devant la haine manifestée par le peuple.cit. surtout que la chari’ah. il tenta de redresser la situation. comme le dit Al Maqrizi.Mudhaffar Baybars. que le peuple égyptien a exprimé d’une manière indirecte sa haine et son 1 MARZUQ. A tel point que. les émirs intercédèrent eux-mêmes auprès du sultan pour qu’il mette fin à cette campagne1 . au nom de ces mêmes réformes.188-189 278 . tellement les droits essentiels du citoyen furent foulés au pied. la disette et l’aggravation des épidémies. connu sous le surnom de Jasinkiz (1308-1310). op. ce qui suscita des pratiques erronées comme la délation.

Cependant. la hisba dans l’islam. le trafic et la consommation des boissons alcoolisées et en ordonnant au chef des portefaix de lui présenter ceux qui ont porté ou acheté des raisins et de lui fournir leurs adresses. Il lutta contre la perversité et l’impudeur même au sein de sa famille. qui mourut après avoir été menacé d’exécution par son père qui voulait le séparer d’une danseuse dont il était tombé follement amoureux2. et son attachement aux valeurs fondamentales de la religion. le punit et le bannit du territoire national. il les poursuivit. Il était en effet animé d’un esprit de justice et d’équité à tel point qu’il ne faisait pas de distinction entre émirs et gens ordinaires. 189 le peuple égyptien a toujours été connu pour son humour notamment dans le domaine politique.mépris pour ce sultan. et encore au sujet d’autre fils. un émir en état d’ivresse. Certains walis (gouverneurs) et responsables s’inspiraient de la démarche de leurs souverains et exercèrent eux-mêmes l’Ihtisab.C. p. le wali du Caire (724 h / 1324) qui combattit l’avidité des commerçants en interdisant la fabrication. sur le plan 1 Ibid. 254-255 Al Sakhawi. détenu à Kark après sa destitution. des qualités qui le rapprochaient davantage du peuple qui ne cessait de réclamer son retour au pouvoir à chaque fois qu’il était destitué par le palais. 2 3 Ibid. confisqua leurs tonneaux et en fit répandre le contenu dans les rues3. pp. à travers une chanson par laquelle il exprimait son admiration et son amour pour le sultan Al Nasir Muhammad 1. Anwak. p. Il sanctionna aussi le magasinier de la demeure dudit émir. avant de s’installer définitivement au pouvoir de 1310 à 1341. son intelligence. Celui-ci était réputé par son affection. L’anecdote politique était ainsi l’un des moyens de défoulement par rapport aux souffrances endurées et à la tyrannie des sultans. sa gentillesse. C’est ainsi qu’il arrêta en 717 h /1315 J. 234.114 279 . Ce fut le cas notamment de l’émir Sayf Al Din Aradar. avant de remonter de nouveau sur le trône (1310-1341). notamment envers son fils. l’émir Ahmad.

et Charaf Al Din avaient abusé de leur position auprès du sultan pour faire du tort aux gens et se servir librement dans le trésor de l'état. Des structures économiques et sociales étaient en effet mises en place pour répondre et satisfaire les intérêts 1 Cela nous rappelle la mesure adoptée par le sultan Al Achraf Sabar (1363-1377) qui avait supprimé la taxe des maghani (des chanteuses) que les musiciens et musiciennes payaient annuellement. mais il s’agissait bel et bien d’une tendance à la réforme. 280 .I. et punit les corrompus. Mais. Dans tous les cas. l’attitude du sultan al Nasir Mohammed ne fut guère différente de celle des autres sultans. Tarih Misr. Il faut remarquer que ledit sultan avait adopté cette mesure en fin de règne (778 h / 1377. comme les cadis Karim Al Din. p.C. on peut dire qu'il y eût des sultans qui tentèrent de redresser la situation politique et administrative du pays en insistant sur les principes d’intégrité. cit.JC) ce qui restreint sa portée réformatrice dans le sens étudié ici. Ce fut également le cas lorsqu’il apprit que l’émir chahr – Istadar du sultan. il s'agissait de structures administratives et sociales en pleine décomposition que le volontarisme et l’activisme d’un sultan n’étaient guère à même d’y remédier. celles de la chari’ah islamique. il ordonna la suppression de la taxe de prostitution1 et l’allégement de l’ensemble des charges et impôts. en raison de l’abandon des valeurs qui avaient uni les gouvernants aux gouvernés. vol. il le punit en ordonnant qu’on lui crève les yeux. Ce fut enfin le cas quand il apprit que les hauts fonctionnaires de l’état. Comme il était soucieux d’alléger le poids de la fiscalité.213.h/1336 J. Ce fut le cas notamment lorsqu’il apprit qu’un fonctionnaire falsifiait les décrets "sultaniques" pour soutirer de l’argent à des particuliers.n’avait pas autorisé le versement des aumônes prévues pour le waqf (établissement de main morte) du Maristan (hôpital) de Qalaoun (737. voir Ibn Iyyas.). Il réprima aussi les exactions des émirs. op. il procéda à leur arrestation et leur exécution. même les plus favoris d’entre eux. d'équité de justice et d'honnêteté. Il ordonna alors leur versement immédiat en proclamant l’aumône pour l’ensemble du Maristan.politique et économique.

alors qu’ils étaient censés préserver l’ordre public. de la grève des commerçants (pour protester contre la hausse des prix ou la falsification de la 281 . s’étalant dans le temps. on peut dire que le peuple égyptien n’était pas à l’écart des évènements politiques. en raison de leur conversion à l’Islâm. 2 – Le peuple et l’ihtisâb En ce qui concerne le peuple. les révoltes populaires s'aggravèrent sensiblement surtout pour combattre l’aggravation de la corruption administrative et politique qui. Et ce à partir du moment où les choses ont commencé à ne plus être ce qu’elles étaient comme de par le passé. Les révoltes populaires prenaient des formes diverses. et ouvrant une nouvelle ère d’affrontements politique et de ruine économique. commencèrent à les rejeter. les mamelouk. et tout particulièrement à partir du règne des Mamelouks circassiens ( 1382-1517 ). tout cela changea l’attitude des autochtones vis-à-vis de l’élément étranger. sociaux et économiques de cette époque. au début. quarante ans après la disparition du sultan Al Nasir Muhammad Ibn Qalaoun. dans la ruine. A partir donc de cette période. L’examen des révoltes populaires qui ont éclaté sous les mamelouk nous ont montré que le peuple égyptien bien qu’il ait adopté. C’est à dire lorsque les soldats se montrèrent arrogants et grossiers du fait de leur manque d’éducation. des secteurs entiers de la société. Et c’est ainsi que l’état des Mamelouks maritimes est allé peu à peu vers sa fin et disparaissait une fois pour toutes avec le triomphe du sultan Barquq. entraînant avec elles. conduisit à la détérioration de la société elle-même.étroits de certaines catégories sociales. si on considère la réalité des choses.

pp. cité. C’est ainsi lorsque l’émir Rukn al din Baybars accéda au pouvoir..monnaie etc. en passant par le saccage des demeures d’émirs et muhtasibs. op. Duqayn est l’émir Satar qui n’avait pas de barbe..). le bien s’en est allé…et les nations ne l’ont ni remercié ni gratifié » Lorsque le sultan Al Nasir revint au pouvoir. en destituant le sultan Al Nasir Muhammad Ibn Qalaoun. Une autre forme de révolte fut celle exprimée par les hommes de lettres à travers la composition de poèmes satiriques à l’encontre des émirs et des sultans. à la rencontre du cortège du sultan pendant son passage ou sur le chemin de retour à la citadelle. son règne se caractérisa par l’aggravation de l’inflation et des pénuries.194 à 195. par le triomphe a été consolé son retour est comme l’épée engoncée et comme la fleur retrouvant sa rosée 1 MARZUQ.188. » Ou encore : « Dites à Baybars que le destin lui a attribué… des habits courts à la longueur lorsqu’il a accédé au pouvoir. il s’agit du sultan Al-Nasir qui boitait de la jambe droite. 282 . Rukayn est le surnom donné à Baybars. on exprima la joie que suscita cet heureux événement par le poème suivant : « le règne est revenu à son détenteur comme il le paraît Et Muhammad. On exprima alors la haine vouée à ce despote par la récitation des poèmes satiriques1 comme : « Notre sultan est Rukayn Et notre représentant est Duqayn D’où est-ce qu’on acheminera l’eau Le boiteux nous la ramènera etc. Quant au boiteux.

ils le lapidèrent et le dépossédèrent de tout ce qu’il portait. pp. humilié et battu jusqu'à la mort2. 260 – 262. 327 283 . On peut enfin indiquer la révolte de la population contre le sultan Qaytabay (1476) et leur protestation contre la nouvelle monnaie qu’il venait 1 2 Cf TARHAN. celui-ci fut arrêté par eux. luttes qui avaient conduit à l’intronisation du sultan Barquq annonçant l’ouverture de l’ère circassienne en 1382. p. On peut aussi indiquer l’histoire du Cadi (le juge) Abû Al Hayr Ibn Al Nahhas. préposé au trésor public. et revendiquèrent la libération de ce dernier. p. ils le guettèrent à la sortie de la citadelle et lorsqu’ils le virent. La population égyptienne manifesta aussi. En effet. cité. cité. op. lorsque les gens apprirent qu’il les avait dénoncés auprès du sultan Jakmuq (1449). op. C’est ainsi qu’ils prirent part aux luttes qui opposèrent les Mamelouks turcs aux Mamelouks circassiens. 286 LANE-POOLE. en dépit du temps tous les gens t’ont fait leur roi en conjurant le destin pour que tu restes. dans les rues en 1397. ‘’ tarih misr’’. En effet. Un an plus tard. lorsque ledit délégué leur envoya un émissaire. voir aussi Ibn ‘ayyas. notamment à partir du XIVème siècle. elle fêta massivement sa libération1. le menu peuple prit fréquemment part aux conflits qui éclataient entre émirs au sujet du pouvoir. op. on peut indiquer par exemple la révolte des pêcheurs d’Alexandrie contre le délégué d’Alexandrie sous le règne du sultan Al cheikh Mu’ayyad.le droit revient à ses tenants de la main de celui qui l’a confisqué. cité. lorsque les soldats dudit sultan arrêtèrent ‘Ala Al Din At Taklawi. Quant aux révoltes menées pour défendre ses intérêts et protester contre ses conditions de misère. toi » Cela montre que toutes les catégories sociales du peuple égyptien n’étaient pas à l’écart de la vie politique du pays.

quant à leur rôle de réformateurs. dans le chapitre précédent.Les Ulémas et l’ihtisâb Quant aux Ulémas. en tant que cadis jurisconsultes. est une condition fondamentale 3. les ulémas se montraient de moins en moins enclins à accomplir leur devoir d’Ihtisab envers les souverains. ‘’ Evènements de l’an 661 de l’Hégire ( 1263 de J. dans la ville d’Alexandrie en 1263. muhtasibs et autres faqihs. Malheureusement. Maktaba al ‘imiyyah. . op.C ) 3 Al BADRI ( shaykh Abdulaziz ) ‘’ L’Islâm entre les ulémas et les gouvernants’’. cité. La charge de l’exercice de l’Ihtisab politique leur incombait en grande partie (notamment à l’égard des gouvernants). p. à savoir qu’il y avait des gouvernants qui reconnaissaient le droit à la nation à exercer l’Ihtisab à leur encontre et inversement. L’histoire montre qu’ils se sont correctement acquittés de cette mission au début de l’ère mamelouk.d’instaurer. par rapport au pouvoir. lors de son passage. p. 263 Al-MAQRIZI. l’indépendance des Ulémas. al-suluk. op. peu à peu. I . cela ne fait que confirmer la thèse affirmée par nous. ce qui le contraignit à modifier son trajet pour ne pas croiser les manifestants1 3. Le meilleur exemple nous a d’ailleurs été fourni par le cas du cheikh Muhammad Ibn Mansur Al Qubari quand le sultan Baybars voulut le rencontrer. Un autre exemple de l’autonomie des ulémas eût lieu en 1266 lorsqu’un Uléma protesta contre le même sultan Baybars en lui disant : « Ce blé que Dieu nous a donné pour calmer notre faim est aujourd’hui pressuré et on en fait de la 1 2 TARHAN. évoqué leur rôle dans le renforcement du pouvoir mamelouk. p. 254 284 . nous avons. Cet uléma ne permit pas au dit sultan de monter le voir et « ne lui adressa la parole que d’en haut2 ». vol. 499. cité. et à mesure que l’on s’éloignait du respect des valeurs fondamentales de la chari’ah. En effet. déjà. En effet. Médine 1966.

il dit à l’un de ses intimes : « Je ne crains personne à l’exception de Chams Al Din Al Hariri. vol. 31 285 . il fut accueilli avec tous les égards et lorsque le sultan voulut le faire asseoir à côté de lui sur son divan de soie. in ‘Ashur. ‘’ Al a ‘lâm bi tarikh al Islâm’’. p. on lui connaît ses positions courageuses et audacieuses en faveur du droit et de la justice. cit. op. ‘’ Histoire de la nation égyptienne’’ op. Dites-lui de mettre quelqu’un d’autre à ma place ». connaissant l’interdiction pour les hommes d’utiliser de la soie ainsi que le caractère illicite de la richesse ostentatoire. C’est ainsi qu’il rejeta la demande de l’émir Maukawtar. le cadi al Qudat de la doctrine hanafite 2 ».bière ». 88 3 Ibn Qadi subhah. 1 2 WIET Gaston. II. II. Na’ib al Sultanat sous le sultan Al Mansûr Lajin (1296-1298). Cette manière d’agir et de se comporter envers les gouvernants est une forme d’exercice de l’Ihtisab politique. Lorsque le sultan l’apprit. Un autre uléma. vol. Ce dernier ne répondit à la demande du sultan qu’après insistance.3 Quant à l’Uléma et cadi al qudat. du moins en apparence. 201 Ibn BATTUTAH. ledit cadi sortit de sa poche un vieux torchon pour s’asseoir dessus. de proclamer une fatwa contraire aux principes de la chari’ah. ‘’Rihlah’’ op. vol. Sa demande fut satisfaite. Ibn Daqiq al ‘Id. ( Les grandes figures dans l’histoire de l’Islâm ). Ibn Daqiq donna sa démission en disant à l’intention de ses collègues magistrats : « Je vous prends à témoins que ma démission est faîte pour la cause de Dieu. p. il ne manqua pas d’exprimer son indignation.64. envers l’attitude dudit émir et demanda au cadi al qudat de venir. p. Enfin. et lorsque ledit émir insista à son égard. p. ce qui amena Baybars à interdire la fabrication de la bière et à abolir la taxe qui grevait cette activité 1. alla voir le sultan As-Salih Ismail (fils d’An Nasir Muhammad) (1344) et lui demanda d’annuler certaines charges et de remédier aux injustices dont souffrait énormément le peuple. cité. le cheikh Ahmed Al Darsi. IV. Quant au sultan Al Nasir Muhammad.

et en dépit de la cruauté des Mamelouks circassiens. Ce fut le cas notamment en l’an 1387 lorsque le cheikh Al Islâm et les quatre cadis rejetèrent l’offre du sultan Barquq (fondateur du pouvoir mamelouk circassien). là aussi. Aussi il ne concevait pas le fait de prendre le parti des favoris du sultan aux dépens des pauvres. les Mamelouks avaient tout le temps besoin d’argent eu égard à leur train de vie extravagant et ostentatoire. alors secrétaire personnel du 1 Al MAQRIZI. En effet. le recueil des fonds était l’une des principales préoccupations du pouvoir mamelouk car malgré le pillage continu des richesses du pays. Constatant que ce qui avait été ainsi recueilli n’était pas suffisant. de sa politique et de ses mesures arbitraires et non conformes aux principes de la chari’ah. le même cadi refusa. le cadi recommanda de percevoir un dinar par personne. en déformant les principes fondamentaux de la chari’ah. III. Par ailleurs. L’Ihtisab politique prit également d’autres formes comme le renversement d’un souverain ou la contestation de son autorité.Sous le sultan Al Nasir Ibn Qalaoun. Et lorsque les autorités effectuèrent des pressions énormes à son égard. pp. 493 – 495. de cautionner une fatwa autorisant le gouvernement à recueillir des fonds auprès du peuple sous prétexte d’assurer et de soutenir l’effort de guerre contre les Mongols en Syrie. 2eme édition. cit. l’Egypte et la Syrie étaient sous domination mamelouk. vol. et ajouta : « Maintenant je sais que chaque émir a beaucoup d’argent. En effet. n'avait été ratifiée qu’après que tous les émirs avaient fait don de leurs biens en or et en argent ainsi que des bijoux de leurs épouses et juré qu’ils n’avaient plus rien à offrir. 286 . ‘’Al-suluk’’. op. il y a ceux d’entre eux qui dotent leurs filles de perles…Et ceux qui ornent leurs épouses de toute sorte de bijoux ». les documents historiques nous apprennent des cas d’objection et d’opposition à la volonté des gouvernants de la part d’ulémas intègres et honnêtes. Exemple du cadi Abu Bakr Ibn Mudhir 1 en 1386. il indiqua que la fatwa proclamée par l’uléma Abdul-Satâr sous le sultan Qataz (1259-1260). Il s’agissait là des cadis de Damas.

certaines formes de perversité étaient restées. Amin Al Din Al Uqsurai Al Hanafi. Les premiers imitateurs des milieux de la cour. le cheikh Al Islâm de l’époque. cit. ce qui était assez significatif et paradoxal à la fois. et 1 TARHAN. et ce sous des conditions draconiennes et c’est cela la religion de Dieu le tout puissant1 ». confinées dans les palais royaux et demeures d’émirs. Mais d’autres pratiques vicieuses. perverses et immorales purent s’étendre à certaines couches sociales. Lorsque ce dernier demanda. pp. Après avoir mis en relief les défaillances qui avaient pris forme au sein du pouvoir et les tentatives d’exercice de l’Ihtisab politique. car ceux-ci étaient les responsables. En effet. des militaires et des bijoux de leurs femmes…si cela n’est pas suffisant…on peut alors envisager la nécessité de demander un effort au reste des musulmans. et si le trésor public est déficitaire il faut regarder du côté des émirs. par excellence. Puis venaient les ulémas.sultan Qaytabay (1468-1496). en raison de leur inadmissibilité ou en raison de leur inaccessibilité. il est nécessaire de souligner les aspects de la généralisation des pratiques licencieuses et malhonnêtes au sein de l’appareil de l’Etat. notamment les notables et les ulémas qui se mirent eux aussi à les pratiquer avec un certain brin de snobisme et d’exhibitionnisme. 258 . étaient les grands négociants. op. de l’exercice de l’Ihtisab à l’égard des gouvernants et de l’Ihtisab en général. l’adoption d’une fatwa autorisant l’imposition de sacrifices financiers consentis par le peuple. lors d’un conseil réunissant cadis et ulémas.259 287 . s’éleva contre cette proposition en disant : « Le sultan n’a le droit de prendre l’argent des gens qu’en conformité avec la chari’ah.

‘’ Etude sur l’Egypte musulmane à la fin du IX° siècle’’. ‘Ashur ajoute à ce propos que « cette situation était la conséquence du mode de vie fastueux et luxueux que menaient les cadis. En effet l’Ihtisab politique qui s’était affaibli sous les Omeyyades comme sous les abbassides avait vu son exercice largement entamé sous les Mamelouks sur le plan organique et structurel. économique. p. notamment après que les considérations mondaines avaient largement pris le pas sur les considérations religieuses et spirituelles ». cit. parce que l’on est en présence d’une fonction établie sur la base de l’islâm en tant que 1 2 Hassen ZAKI.leur adoption des pratiques perverses était un signe de sa diffusion à l’échelle de la société. 1933. morale et spirituelle. 311 et 312 288 . op. Et ce. Il s’agit en effet de ce phénomène baptisé sous les Mamelouks« calvaire des cadis2 ». exercer ses droits d’Ihtisab politique et revendiquer le redressement et l’assainissement de la situation. il suffit d’indiquer ici le cas du cadi al-qudat Nur aldin al Intabi ( sous le sultan Barquq ) connu par son penchant pour le divertissement et la distraction à tel point qu’il assistait en personne aux cercles de danse et s’enivrait à l’excès1. politique. encouragés et nommés par le pouvoir politique soucieux de consacrer cet état des choses et de renforcer davantage le caractère corrompu des hauts responsables et d’aggraver par la même l’ignorance des masses dans son ensemble pour qu’elle ne puisse plus se montrer critique à l’égard des gouvernants. Quant à la tendance des ulémas à imiter les modes de vie de la cour. p. Précisons que notre souci n’est pas de justifier ou de condamner des situations données mais de comprendre et d’analyser les facteurs complexes et les développements enchevêtrés qui ont affecté la structure sociale et réuni les conditions de sa décomposition intellectuelle. 385. Cette situation était tout à fait normale eu égard à l’accession d’incompétents et de prétentieux à ce genre de postes. 226 Hassen IBRAHIM.

service des marchés et des bains etc. Ce fut effectivement le cas de l’Egypte sous les Mamelouks où le pouvoir politique s’est affirmé en tant que pouvoir hostile aux intérêts matériels et moraux de la société. B– Statut juridique. cit. p. Sous les Fatimides. la hisba relevait de la compétence du cadi « puisqu’il semble qu’il n’y avait pas un préposé à la hisba pour la répression des fraudes. Sous les Tulunides par exemples. La fonction du muhtasib est passée. par plusieurs phases et évolutions concernant son importance au regard du régime politique en place. les documents et les témoignages historiques attestent de la promotion de la fonction de muhtasib et du renforcement de ses attributions2. quant à elle.. et ce en raison notamment du développement économique et de 1 2 Hassen ZAKI. position sociale et-politique du muhtasib Nous avons vu dans la première partie de notre thèse les règles fondamentales du statut juridique. de situer sa position au sein du régime que nous venons d’étudier ainsi qu’au regard du peuple dont nous avons montré les possibilités réelles d’exercice de l’ihtisab politique envers les gouvernants. répressives et coercitives condamnables. 226 Hassen IBRAHIM. p. Pour nous. ici. la désintégration et la décadence sont le sort de toute société. social et économique du muhtasib. 385 289 . notamment à travers ses pratiques politiques. quels que soient ses fondements spirituels et idéologiques. affectée par les phénomènes que nous venons de voir. 1».religion et législation (chari’ah). op. La hisba a pris des formes diverses variables selon la nature et l’évolution des actes illicites. op. qui l’ont sensiblement affaibli jusqu’à ce que les découvertes géographiques et la puissance ottomane naissante viennent lui porter le coup de grâce et l’achever définitivement(1517). Nous allons essayer. cit.

De son action essentiellement « apostolique » du début. combattre les philosophes. ce qui témoigne de la perte d’importance de cette fonction dont le titulaire n’était désormais qu’une simple marionnette. Sous les Ayyubites. op. la fonction du muhtasib se complique davantage. les institutions religieuses et le rôle de la hisbah. ces derniers ont réussi à détourner. p. à leur faveur. En effet. Surtout que cette dernière jouissait de moins d’autonomie. Il devait désormais « instruire les procés religieux et de doctrine. par rapport au pouvoir politique.48 2 ibid. 1947. ‘’ Le mouvement intellectuel à l’époque ayyubite et au début de l’ère mamelouk’’. ce qui n’est pas étrange si l’on considère « qu’il y a une grande différence entre la condition des gens dans le cadre d’un Etat comme celui des Fatimides soucieux de leur discours politique et idéologique et celle de l’époque mamelouk2 ». à l’instar des autres organes du pouvoir. l’émir avait le pouvoir de le nommer comme de le démettre de ses fonctions3. d’arbitraire et de racket (comme dans la seconde phase du pouvoir mamelouk). cit. et les Dahriya (courant de pensée) et surveiller le déroulement de la prière1 ». les Râfida ( chiites ). il nous est rapporté que le 1 Abdullatif HAMZAH. que le reste des ulémas. Le domaine de la hisba se réduisit ainsi. D’autre part la sévérité des sultans vis-à-vis des muhtasibs pouvait être interprétée dans le sens de la sagesse ou de l’application stricte des règles fondamentales de la chari’ah (comme au début du règne mamelouk) comme elle pouvait aussi être comprise dans le sens d’exaction. concernant ses rapports avec le peuple et son influence réelle en son sein. De plus. ‘’’Iqd al-jumân’’. p. ‘’ Evènements de l’an 809 de l’Hégire’’ 290 . 47 3 Al ‘AYNI. Le muhtasib était en effet nommé par décret du calife tandis que sous les Mamelouks. les Mu‘tazila ( libres penseurs ).l’apparition des corporations professionnelles. comme une peau de chagrin. on assiste à une orientation politique et doctrinaire efficiente.

I . AL QALQASHANDI. p. si le travail du cadi se caractérise par sa lenteur et l’instruction approfondie des procès. op. ‘’ Subh al-a’shâ’’. sans citer ce dernier. 36. de la voirie. op. En effet. La hisba revêtit ainsi (ce que nous avons déjà affirmé dans la première partie de notre travail) le caractère d’un contrôle exercé sur les basses couches de la société5 moins que sur l’ensemble des couches sociales (ce qu’est le fondement du 1 2 Ibid.sultan pouvait exercer un droit de punition à l’encontre du muhtasib1 pour ses manquements et sa négligence. il indique que la ‘’ fonction était aux mains du préfet de la ville’’. 78 4 ‘ASHUR. cf. Après la séparation des fonctions de hisba et de Qada ( les documents historiques indiquent que son rang venait après celui du cadi al Qudat. cit. ce qui n’eût jamais lieu. p. l’auteur indique de nombreuses activités semblables à celles exercées par le muhtasib. Sadr din et il semble qu’il fut le premier à cumuler les deux fonctions. C’est ainsi que le wali du Caire exerçait par exemple certaines attributions du muhtasib (sauvegarde de la morale publique. et des transactions commerciales 2. V. p. op. des marchés.4). des délinquants etc. des militaires. le travail du muhtasib a toujours eu le caractère d’une justice expéditive concernant les questions de sauvegarde de la pudeur publique. Darraj l’a clairement relevé dans la ville d’Alexandrie sous le règne de Barsbay. pp. Par contre. cit. pp. 2 et 81 5 TYAN. répression des ivrognes. cit. ‘’ Histoire de l’organisation…’’ op. p.. des muftis… du préposé au trésor public et ce dans le cadre du grand conseil dit Dar Al Adl (la maison de la justice) qui était une sorte de conseil d’état et dont les procès étaient instruits directement par le sultan 3 ainsi que les procédures en recours engagés par des gens du peuple contre des gouvernants ) la situation refléta à nos yeux une certaine aggravation de la dépendance de la hisba à l’égard du pouvoir. Le sultan Al ashraf Barsbay ( 1422-1438 ) avait attribué la fonction de hisbah au cadi al qudat de la doctrine hanafite. cit. aussi Ibn ‘Ayyas. ‘’Tarih Misr’’.359 3 ‘ASHUR. 356-357 . lorsque la fonction de hisba était exercée exclusivement par des Ulémas. La hisba était très liée au Qada (la magistrature) à tel point que les deux fonctions étaient parfois attribuées à la même personne. Vol. 621 291 . de par le passé. IV.

SURDON et Léon BERCHER. sous les Mamelouks’’. Aussi. Quant au traitement que percevait le muhtasib mamlouk. passés plus tard à 50 dinars. 463-464 6 Abu Al-MAHASIN. à savoir la qualité d’homme de savoir de son titulaire. ‘’ Al nujûm’’ op. C’est ainsi qu’Ibn Khaldoun indiqua que la hisba avait pris la forme de « surveillance des corporations d’artisans et de marchands devenues foyer de résistance en opposition avec le pouvoir central2 ». l’émir Maumankate et non pas un uléma. p. même s’il paraît important n’était pas en commune mesure avec la tache énorme exercée par le muhtasib. V. A ce propos. 210 5 Al MAQRIZI. op. 482 292 . d’où l’attribution précipitée du titre de faqih (jurisconsulte)4 . Abu Al Mahasin6. VI. 588 Cf. Introduction de G. Behrnauer dit : « à partir de cette date les porteurs de turban -les ulémas. 122 4 Al QALQASHANDI. ‘’Subh al a‘asha’’. I . p. lorsqu’il exerça la charge de la hisba ( 801 h ). 4. Ce fut le premier turc à occuper cette fonction alors que le sultan savait très bien que cela était impudent et risquait de provoquer la colère et l’opposition des Ulémas. Ce traitement. XI. lui-même. vol. ‘’ Artisans et commerçants au Caire au XVIII° siècle’’ p. cit. et il semble que ce fut le traitement touché par ‘Al Maqrizi. celui-là avait naturellement des fins politiques et administratives1. quant à lui. qu’en 824 h /1421. ‘’ Ibn Khaldoun a passé une partie de sa vie au Caire. ‘’Journal Asiatique’’ p. Al Maqrizi 5 nous informe qu’il était de l’ordre de 30 dinars. op. ‘’Hutat’’. cit.n’eurent plus l’exclusivité de la charge3 ». 3 BEHRNAUER. pp. Le caractère coercitif de cette fonction s’aggrava davantage encore lorsque le sultan Al Mu’ayyad Sayh (816/1413) nomma à ce poste un militaire. nous apprend. Quant au contrôle des corporations. touchait un traitement mensuel de 80 dinars.principe « d’Al Amru Bil Ma’ruf Wa ‘Al Nahyu ‘Ani ‘Al Munkar ». le muhtasib. La hisba avait désormais perdu l’une des conditions sine qua none de ses critères. notamment lors des périodes de pénurie et d’inflation gravissimes. p. Sadr al din Al ‘Ajami. ordonner le bien et défendre le mal ). Vol. cit. 1 2 RAYMOND André.

En effet.625 5 Al QALQASHANDI. op. ce dernier occupait une place importante dans la préoccupation sociale des gens sous les Mamelouks. I. p. les cadis Al ‘Askar et le Mufti (la plus grande autorité religieuse du pays . IV. 752 4 TYAN. cit. était le muhtasib de Fustat dont l’autorité s’étendait à toute la partie du pays. 237 6 ‘ASHUR. C’est ainsi que le muhtasib affublé de son habit d’apparat. vol. vol. ‘’ Al muqaddimah’’. cit. cit. indiquèrent qu’on pouvait facilement situer le rang social des gens et leurs fonctions administratives rien que par les habits qu’ils arboraient1. op. son autorité ne s’étendait pas au-delà de cette ville et de son port maritime 6. il enlève l’habit de soldat et porte celui d’uléma3 ». prenait part avec les quatre cadis. cit. p. Rappelons qu’il y avait aussi. Le muhtasib portait généralement le même habit que le reste des ulémas2 mais cela n’était possible qu’une fois sa nomination faîte. 369 293 .49 Ibn KHALDOUN . vol. Le second. cit.190 3 Abu Al MAHASIN. Abu Al Mahasin rapporte à ce propos. op. cit. p. à toutes les festivités nationales et religieuses. Il avait pouvoir de nommer et de démettre les sous-muhtasibs du côté maritime du pays 5. Les voyageurs de passage en Egypte à cette époque. avait le privilège de s’installer à Dar Al ‘Adl les jours des cortèges avec les quatre cadis. ‘’Subh…’’ op. p. le muhtasib du Caire. Eu égard à son rang.certains muhtasibs peu intègres eurent recours à la corruption et aux pots-devin pour boucler en quelques sortes leur fin de mois eu égard à leur train de vie fastueux et somptueux à la fois. p. trois principaux postes de hisba. Il arrivait 1 2 MAYER. p. notamment pour ce qui est de l’aspect vestimentaire. Quant au muhtasib d’Alexandrie enfin. à cette époque. deux siégeant dans la capitale et un à Alexandrie4 . que « lorsqu’un émir avait été nommé muhtasib. op. op. VI. Le plus digne d’entre eux était le muhtasib du Caire.

‘’ al sulûk…’’ op. il y a de nombreux cas de cadis et d’enseignants parvenus à leurs postes à coup de pots de vin. Ils s’infiltraient parmi la foule pour voler des chapeaux. 430. pp. vol. 1 2 DARRAJ. Leurs divertissements prirent une allure carnavalesque si bien qu’on parlait de « démons du Mahmal ». Une fois installés. Leurs pillages devenaient d’autant plus grave que leur solde était. ce qui nous amène à penser qu’il y avait une complicité ou plutôt une certaine volonté de laisser-faire de la part du pouvoir. cit. cit. L’aggravation et la généralisation de la corruption ont fait que la vénalité des charges s’était instaurée comme une tradition à part entière pour qui voulait accéder à un poste administratif quelconque. ce fut l’occasion pour certains d’accroître leurs richesses. pp. 76 et 77 3 Al MAQRIZI.que lors des célébrations. très irrégulièrement payée. comme celle du Mahmal ou pendant leurs révoltes. Dans les documents de l’époque mamelouk. pendant les jours de fête. cit. DARRAJ. Quant à l’avantage de la fonction de hisbah. 425 et 426 294 . frapper des nuques ou brûler. accentuaient la crise morale1 ». « La débauche de la soldatesque débridée. cela se savait. devint par une étrange contradiction. ils continuaient à corrompre les responsables d’Etat en leur permettant de prendre les Awqaf (établissements de main morte) en location à des loyers dérisoires et ce pour assurer leur maintien en poste 3. un des principaux obstacles au commerce qu’elle avait mission de protéger. Ils allaient parfois même jusqu’à enlever femmes et enfants. III. En effet. pp. La corruption et l’affermage de l’office en sont responsables2 ». les soldats mamelouk se laissaient aller à fomenter des troubles. « cette charge peu à peu déchue. notamment à partir de cette période d’étude. et malgré cette présence. op. op.

La vénalité des charges a renforcé la rivalité parmi les prétendants. IV. vol.2 ». Le chroniqueur Ibn Hajar commenta cette situation en disant : « il fallait payer une somme déterminée pour accéder à un poste quelconque. on peut dire qu’Al Maqrizi avait vu juste lorsqu’il considéra que la corruption était la source de tous les maux qui avaient affecté la fonction de 1 2 Al MAQRIZI. cit. ‘’ Al-sulûk…’’ op. cit. à la direction des mosquées. à tel point que quatre muhtasib se succédèrent en moins d’un mois. 43 3 Ibn HAJAR. et lorsqu’on désirait accéder au même poste. en Egypte. op. Ainsi tout ignorant et tout corrompu pouvait désormais prétendre à cette noble fonction1..Cette situation s’aggrava davantage sous les circassiens avec l’affirmation de la vénalité des charges comme règle officielle au sein de l’administration publique. Cela affectait durement la condition des commerçants car le nouveau muhtasib se livrait généralement à leur égard aux pires des rackets pour récupérer sa mise de départ et s’enrichir démesurément en moins de temps possible. op. Al Maqrizi ajoute en insistant sur les postes à caractère religieux : « les fonctions étaient désormais devenues comme des biens que leur propriétaire pouvait céder s’il le voulait ou en faire hériter ses successeurs. ‘’ Anbâ al jumar’’. 729 4 Al MAQRIZI. un souk pour les voleurs. ‘’ ‘Ighata ‘’. cit. ‘’ As-sulûk…’’ op. Cela s’étendit aux fonctions nobles. avant d’être destitué à son tour ou pour continuer de corrompre la suite du sultan afin de se maintenir en place4. La gravité de cette situation est confirmée par les récits de certains voyageurs ( Behrnauer ) qui indiquèrent qu’il y avait. vol. il suffisait de doubler la mise pour provoquer la destitution de celui qui était en place et le remplacer et ainsi de suite3… ». Aussi. p. cit. dit souk ‘‘Allusus’’ (le souk aux voleurs). p. p. ce qui montre que même la rapine était devenue un métier reconnu dont le praticien devait s’acquitter d’une somme (revenant à qui de droit) pour pouvoir l’exercer. à l’administration des écoles etc. 822 295 . 43 Al MAQRIZI. p.

mais sur le dos d’un autre puisque ce grand cadi devait dédommager Bulgini qu’il remplaça5 ». op. Vol. p. à savoir la non-ingérence des milieux du pouvoir dans l’exercice de ses fonctions. C’est ainsi que lorsque le Sultan Barquq (798 H / 1395 J. Pour lui. Il fallut attendre le règne du sultan Barsbay (1422-1438) et l’aggravation de la peste pour qu’elle soit abolie. cit. La vénalité des charges encouragée par les gouvernants ne faisait qu’aggraver la condition misérable de la population. ‘’Barsbay…’’ op. 262. Il semble d’ailleurs que la vénalité des charges s’appliquait également à des fonctions beaucoup plus importantes que celles de la hisba. p. tout était prétexte à amende et il vivait surtout des mensualités versées par les commerçants3 ». l’auteur cite Al Maqrizi 5 Ibid. 4 DARRAJ. C’est ainsi que Saraf Al Din Ad damamini versa au sultan Barquq (1396) la somme de quatre cent mille dirhams d’argent pour accéder au poste de Nazir 1 2 Al MAQRIZIi. 111 Ibid. Finalement ledit sultan accepta ses conditions2.la hisba1. aussi ‘’ l’Egypte musulmane de la conquête arabe à la conquête ottomane’’ op. pauvreté. cit. p. ‘’ Al mawâ‘idh wal-‘tibâr ‘’. Malheureusement. « C’est ainsi qu’il rétablit Ibn Hajar dans ses fonctions.333 3 WIET G. C’est ainsi que les institutions de la vie musulmane furent minées. Il n’en demeurait pas moins qu’il y eût des hommes intègres qui cherchèrent à redresser la situation. l’ère circassienne fut globalement « le régime du bon plaisir… la plupart des fonctionnaires achetaient leurs charges au Sultan et se rattrapaient sur les administrés. Toutes les remarques des historiens se terminent par le même leitmotiv : ruine. p. jusqu’à son dernier soupir. I. cf. p.431 296 . désolation4…. un cadi refusa de remplir la charge de hisba si le sultan n’acceptait pas ses conditions pour ce faire. cit . ‘’ précis de l’histoire de l’Egypte’’. 84.) voulut manifester sa volonté de réforme. Il fut juste. cit. mais irréductible. op. le sultan s’en tirait à bon compte.C. Le muhtasib a fini par être le principal obstacle à l’essor économique. quand ses intérêts étaient en jeu.

on était tenu de verser cinq cent dirhams par poste occupé2 ». aux pauvres et aux petits commerçants. 361 3 ‘ASHUR. il faut souligner que non seulement ce système s’appliquait uniquement aux vendeurs. II. Les sanctions. Lorsque Mintas s’apprêta à renverser Barquq. P. à dos d’âne ou de bœuf avec une cloche accrochée à son cou. aussi Darraj. aussi Ibn Taghri bardi. Quant au système pénal appliqué par le muhtasib. 2eme éd. mais qu’en plus ce système se caractérisait par sa nature démesurément arbitraire qui n’avait plus rien à voir avec les préceptes de la chari’ah en la matière3. 827 Ibid. cf. pp. p. le paiement de la somme de cinq cent dirhams. consistaient à promener le coupable dans les rues de la ville. pp. Cet exemple fourni dans les documents historiques nous donne une idée approximative du travail du muhtasib qui sillonnait les rues et les souks de la ville. attaché les mains et les 1 2 Al MAQRIZI. cit .‘Al Dawla et se procura ensuite tout le domaine de la hisba (wilayat al hisba) pour la somme de cinquante mille dirhams d’argent1 ». ‘’Al sulûk’’. III. aussi As-Sakhawi ‘’ At-tibr al masbûk’’ op. pp. p . Puis l’aigrefin fut dénudé (à l’exception de ses parties impudiques). à la recherche de contrevenants pour les punir. 81 4 Al MAQRIZI. vol. accompagné de ses assistants et bourreaux. Vol. op. 350 297 . cit . ( Comme nous l’avons vu dans la première partie du présent travail ). cit. C’est ainsi que « le muhtasib punissait un jour un boulanger qui fraudait le poids réglementaire du pain en lui perforant son nez et en y accrochant un pain. comme le Tashir ou le Tajris. puis il était battu en public en guise de punition pour la faute commise4 ». cit. cit. vol III. p. il décida d’imposer à chaque titulaire d’une fonction déterminée. 675 et 677 cf. ‘’ Al sulûk…’’op. 393 et 394 cf. op. 98 et 100. op. et ne touchait jamais le sultan et les castes liées à lui. généralement en les battant ou en les fouettant (souvent d’une manière démesurée et excessive). et si on cumulait l’exercice de plusieurs fonctions à la fois.

C.pieds par derrière. à ce propos. I 3 DAWMAT ‘’ ad-dawlat…’’op. vol. cit. surtout depuis que tout le monde pouvait y postuler à ce poste. En 808 H un marchand de sucre y accéda ( en payant des pots de vin2 ) et en 1467 J. Et. et donné ainsi en spectacle aux passants pendant trois heures1 ». p. ce qui provoqua la destitution immédiate des concernés (1380). que des marionnettes montraient le muhtasib 1 2 MARZUQ. cit. Le peuple n’hésitait pas non plus à dessiner des images caricaturales pour exprimer sa haine et son mépris du muhtasib. 26 Al MAQRIZI. « La populace se fanatisa alors contre Baraka et le pourchassa ainsi que ses partisans3 ». cit. Ibn Al Haj nous apprend. Désormais le muhtasib était devenu un fonctionnaire détesté. ‘’An-nasir muhammed Qalawoun…’’op.il lui demanda s’il était satisfait des muhtasibs du Caire. concernant la fixation des prix de certaines marchandises par exemple. La réponse était évidemment négative. bien sûr. c’était le muhtasib qui était généralement chargé d’assurer l’exécution de telles décisions. sous le règne du sultan Azzahir Yilbay. p. ‘’ Al sulûk…’’ op. n’avaient d’autre objet que de préserver les intérêts du sultan et de lui permettre de réaliser des profits énormes et de s’enrichir démesurément au détriment du peuple. Et il semble bien que les Mamelouks (émirs et soldats confondus) étaient à l’origine de cette situation en raison notamment de leur pouvoir à déclencher révoltes et mutineries et intercéder auprès du sultan à la faveur ou au détriment d’un tel muhtasib ou de tel autre. Beaucoup de décisions impopulaires évoquées. Les sultans le savaient très bien car ce sont eux qui furent la source de toutes les circonstances qui ont conduit cette fonction à sa ruine. ce fut au tour d’un cuisinier illettré d’exercer les fonctions de muhtasib. Lorsque le sultan Barquq (1382-1399) voulut gagner le soutien du menu peuple et le pousser à pourchasser ses adversaires –Baraka et ses partisans. 291 298 .

et non pas le muhtasib. inadmissible au regard de la chari’ah et au regard de tous les principes d’humanisme. pp. la caricature lui imposait le paiement d’une somme déterminée puis. 52 et 53 MARZUQ. vol. 158 et 159 3 Ibn TAGHRI BARDI. lui. cit.comme étant l’émir de Newroz ( nouvel an ). Pour illustrer nos dires. en fournissait un reçu. op. et on le promenait à moitié nu sur un âne avec un cahier dans la main comme s’il faisait les comptes. On l’arrêtait devant chaque demeure et quel que soit le rang de son occupant. qui fit part au sultan. Dawlat Hodja. Si l’on ajoute à cette cruauté. les Croisés et les ‘uribans en 1302. Les documents historiques indiquent. son image était déformée. Pour conclure ce chapitre on peut affirmer que le glas de cette fonction religieuse a sonné lorsqu’elle fut attribuée à des wali et à des émirs (qui ne font pas partie de la communauté des ulémas). puis on le promenait à travers les rues. Ayant perdu tout caractère religieux et toute prépondérance. cit. p. des actes illicites commis en son absence2.III. on lui mettait un grand chapeau de paille sur la tête. le fait que ce muhtasib ( Dawlat hodja ) n’était pas 1 2 Ibn al HAJ. vol. pp. Il fut effectivement l’homme de la situation et s’illustra par sa fermeté. que le muhtasib était généralement : « un homme d’un très mauvais caractère… lors du carnaval de Newroz ( Nouvel an ). lors de son retour triomphal contre les Mongols. ce fut le cadi. au poste de muhtasib (841h-1437/1438) pendant l’année de la peste.1 ». ‘’ Al manhal’’ op. II. mais plus tard il brilla surtout par sa cruauté envers les vendeurs et les petits marchands3 . les souks et les maisons de la ville. Par exemple. Le taxé devait payer sur-le-champ sinon on l’humiliait en lui versant de l’eau et du sable sur la tête. Ibn Daqiq. le muhtasib ne fut désormais plus qu’un simple haut fonctionnaire municipal. op. cit. en effet. 79 299 . le sultan Barsbay n’hésita pas à nommer le wali du caire.

VI. Mahmal. n°1019 cité par Darraj. Barsbay…. on est en droit de se demander à quoi correspond donc cette hisba vidée de son sens religieux ? Conclusion 4 Nujum. 2 et 760. op. cit.musulman et ne craignait pas Dieu4. Vol. p. 81 300 . pp.

assujetti à cette nécessité. Étant tout à la fois dogme. à ce dernier titre. à savoir le Coran et la sunnah (Tradition prophétique). par ailleurs très importante comme tout le monde sait et ainsi qu’il sied à toute religion vraie.“Ordonner le bien et interdire le mal” (al amrou bi l-ma‘rouf wa annahyou ‘ani l-mounkar) constitue un principe fondamental – l’Ihtisâb – qui s’ensource dans les deux références majeures et essentielles de la religion musulmane – l’Islâm –. ne saurait se réduire exclusivement à sa dimension purement cultuelle. l’Islâm entend. partant. l’étude de la hisbah et l’application pratique de l’Ihtisâb revêt un double intérêt. “régir” la vie sociale du croyant non seulement en encadrant son comportement individuel mais en même temps en codifiant les relations qui unissent les croyants entre eux et. Il s’agit d’une part de cerner avec davantage de 301 . culte mais aussi morale. À cet égard. en effet. à titre de réciprocité. L’Islâm. de la société musulmane tout entière. En vertu de ce principe. tout musulman est fondé et même fortement encouragé à exercer un droit de regard vis-à-vis du comportement de ses coreligionnaires en même temps qu’il est lui-même.

par une évolution qui peut être qualifiée de négative. ainsi qu’à quelques exceptions près à des périodes plus tardives (comme sous le califat Omeyyades de Omar b. dans un second temps. En effet. cette analyse représente une entrée privilégiée pour l’étude de la société arabo-musulmane dans son ensemble. Cette démarche s’est révélée particulièrement utile dans la mesure où elle nous a permis de faire le tour de la question et de confronter les points de vue des jurisconsultes mais aussi des historiens et autres chroniqueurs anciens et contemporains à ce sujet. elle se présente comme une composante 302 . S’il est un fait incontestable que l’Ihtisâb et son corollaire. plus connu en Occident sous le nom de Saladin). dans un premier temps. la hisbah se situe au cœur du droit musulman. tant du point de vue de sa conception que sur le plan de l’usage qui en a été fait. de son fonctionnement et de son évolution. La méthode que nous avons choisie a donc consisté. Abdel Aziz. aussi bien d’un point de vue théorique que sur le plan pratique.précision la traduction de cette exhortation coranique et prophétique que constitue l’Ihtisâb dans le vécu quotidien de la cité musulmane. sous les Fatimides et au cours du califat de Salah ad-Din. à tout le moins. les quatre Califes “bien guidés” –. Fonction marquée par le caractère religieux. la hisbah. à ses aspects pratiques. ont connu une mise en pratique efficace et désintéressée aux tous premiers temps de l’Islâm naissant – à l’époque du Prophète et de ses successeurs immédiats. à présenter la hisbah d’un point de vue théorique avant d’en venir. la période mamelouk semble marquer de ce point de vue une sorte de rupture ou paraît avoir été caractérisée. Par ailleurs.

Elle apparaît comme une organisation administrative étendue à tous les aspects de la vie quotidienne de la cité musulmane. cette fonction. ces deux aspects étant par ailleurs indissociables en Islâm. Ce qui vient d’être dit souligne donc avec force la portée sociale de la hisbah. Outre la responsabilité incombant à chaque membre de la communauté et qui relève de l’Ihtisâb. religieux. la hisbah remplit une fonction sociale de premier ordre dans la perspective du maintien et de la 303 . social. la prière et la zakât (aumône canonique) relèvent certes du culte. prend tout son sens. En premier lieu. on peut affirmer que la hisbah se situe au carrefour des institutions précitées. la police ou encore le diwan al-madalim (Cour des abus) par rapport auxquelles elle doit être correctement située afin d’éviter toute confusion. économique et bien sûr politique. coraniques et prophétiques. À bien considérer la question. l’étude de la hisbah permet en outre d’aborder celle des autres institutions de ce dispositif telles que le qadâ. le muhtasib. Ainsi. De fait. ce qui en souligne l’importance. De par le lien étroit existant entre les pratiques religieuses et les pratiques sociales et économiques. et de les rappeler à l’ordre en cas de négligence ou de non-observance de leur part. mais leur pratique incite le croyant à la vertu et favorise par la même la sociabilité.importante du dispositif juridique et légal musulman. loin d’être une atteinte à la liberté de croyance ou du moins à la vie privée du croyant. C’est ici que la hisbah joue pleinement son rôle de lien organique entre le religieux et le social. celui qui était en charge de la hisbah. avait tout naturellement le devoir d’inciter les croyants au respect des prescriptions religieuses. la hisbah relevant avant toute autre considération de la religion.

À cet égard. Le muhtasib en effet n’est pas le cadi et ne peut se substituer à lui. à réprimer tout acte illicite et contraire à la chari‘ah susceptible de porter atteinte à la bonne marche de la société. nous avons indiqué que le muhtasib était également en charge de l’ordre public. Il nous faut redire ici ce qui a été précisé auparavant à savoir que la hisbah ne doit en aucune façon être confondue avec l’institution judiciaire (qadâ). le muhtasib est chargé de veiller à la sauvegarde des bonnes mœurs. En plus de son rôle de gardien de la moralité et en connexion directe avec celui-ci. En revanche. mais parce qu’il était tout naturellement conduit à prévenir et.. nous avons eu l’occasion de voir le muhtasib à l’œuvre.préservation de l’équilibre de la société. Ce fait souligne dès à présent les limites du pouvoir du muhtasib et le fait apparaître comme un simple exécutant de la loi.. qui faisant la chasse aux tenues vestimentaires féminines indécentes ou outrancières et autres pratiques dissolues. non pas qu’il fût investi de pouvoirs de police – fait qui a souvent été cause de confusion et d’ambiguïté entre la hisbah et l’institution policière (churtah) ainsi que nous l’avons fait remarquer par ailleurs –. le muhtasib n’était cependant pas que cela. Gardien de la moralité et agent de maintien de l’ordre public. qui traquant la consommation publique d’alcool. le cas échéant. Il n’était pas habilité à mener des enquêtes ni à prononcer des jugements. d’où l’appellation de “police des mœurs” dont la hisbah a été souvent qualifiée. Nous nous sommes longuement arrêtés sur le fait que les Mamelouks en ont fait une sorte d’agent municipal 304 . Pour ce faire. il lui était loisible de faire des remontrances verbales et était fondé à appliquer des peines déjà arrêtées après la constatation d’une infraction manifeste et reconnue par son auteur.

nous avons suffisamment insisté sur la nécessité dans laquelle il se trouvait de posséder une bonne connaissance de la loi religieuse au nom de laquelle il était censé agir. qui contrôlant les marchands aussi bien que leurs marchandises sur les marchés (terrains d’action privilégiés). de l’avis quasi unanime des historiens et chroniqueurs. sinon à la lettre. Il s’agit toujours en effet de veiller à la conformité des agissements des membres de la communauté. Nous avons eu l’occasion de passer en revue de manière assez détaillée ces activités nombreuses et variées qui allaient du contrôle de l’hygiène et de la propreté des lieux publics.qui avait en charge l’ensemble des activités de la cité. C’est ainsi que nous avons été amenés à suivre le muhtasib dans ses pérégrinations à travers les rues du Caire. comme le “préposé aux poids et mesures”. En outre. nous avons montré que le muhtasib se faisait aider dans sa tâche par des assistants (‘arîf) et qu’il disposait de manuels didactiques rédigés à son intention par les jurisconsultes. Cette dernière activité permet de conférer à l’ensemble des attributions à caractère municipal un cachet “religieux” et de rattacher cet aspect de la hisbah à l’ihtisâb qui ne doit jamais être perdu de vue. qui veillant au bon déroulement des offices de prière dans les mosquées et des enseignements dans les écoles coraniques. incontestablement. hôpitaux et autres marchés à celui de l’enseignement et de l’exercice des professions médicales et apothicaires en passant par la surveillance du déroulement des constructions. c’est dans le domaine du contrôle des poids et mesures que le muhtasib a pleinement joué son rôle à telle enseigne qu’il était considéré. qui réglementant la circulation.. Mais.. Pour ce faire. du moins à l’esprit de la loi religieuse (chari‘ah). etc. et on sait l’attachement que l’Islâm 305 .

faut-il conclure. à franchement parler. et par voie de conséquence pour élever leur civilisation. une seule science qu’ils n’ont 306 . du point de vue qui est le nôtre. a pu écrire avec un esprit flatteur que “les Arabes n’ont jamais failli à une quelconque exigence organisationnelle de leur vie et de leur époque. nous ne pouvons pas reprendre à notre compte certains écrits qui. à l’évolution du droit musulman à travers l’institution de la hisbah. à la lumière de la lecture du tableau qui vient d’être brossé. ils ont associé la chari‘ah et la réflexion dans les entreprises de valorisation de leur civilisation pour faciliter leur vie et la rendre plus aisée. Pour autant.” L’auteur renchérit en poursuivant ainsi : “Les Arabes n’ont pas laissé une seule chose qu’ils n’ont étudié.porte au respect des poids et mesures à cet égard sans qu’il soit besoin de nous y attarder plus longtemps. décrivent dans des termes souvent exagérés les cités musulmanes comme des cités plus ou moins parfaites. l’Islâm. de par leur nature à dominante “idéologique”. Ce qui est pour le moins contraire à la vérité et à une certaine objectivité pourtant nécessaire à une certaine appréhension de l’histoire arabo-musulmane et. Or telle n’est pas la réalité qui se dégage de la comparaison des écrits historiques et des témoignages objectifs. Inspirés de leur religion. Nous ne partageons donc pas l’avis d’un Mohammed Kurd Ali qui.. et œuvrant par leur raison. Il nous semble que notre étude a clairement montré que tous ces éléments confirment l’étendue du rôle du muhtasib et l’importance de sa tâche dans la cité musulmane. dans son ouvrage intitulé “Al hisbah wa l-badaliyyah”. que “tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes” ? Car.. faisant du muhtasib l’homme-clé de l’organisation sociale et économique de cette dernière.

Elle n’en présente pas moins l’intérêt d’attirer notre attention sur le devoir de restituer les choses dans leur cadre historique et de se rapporter aux faits. nous tenons à affirmer à ce stade de notre conclusion qu’il n’y a pas eu de place dans notre étude de l’évolution de la hisbah pour des considérations de cet ordre. Sur le plan de l’organisation urbaine nous avons relevé que les villes égyptiennes. C’est pourquoi. Nous nous contenterons de mentionner pour mémoire les nombreux abus auxquels les Mamelouks se sont livrés notamment en matière de monopole et de spéculation commerciale et financière qui se sont traduits par des pressions fiscales insupportables 307 . Ainsi avaient-ils excellé dans les sciences “industrielles” (à entendre au sens d’artisanales). Le muhtasib avait donc à faire face à de multiples tâches d’ordre municipal dont la complexité et la lourdeur ont contribué incontestablement à détourner la hisbah de sa vocation première.” Cette lecture de l’histoire arabo-musulmane ne nous paraît pas devoir correspondre de manière particulièrement utile à la réalité des faits.maîtrisée au point de se distinguer des autres. Il suffira pour s’en convaincre de voir dans quelles conditions le muhtasib a exercé et s’est acquitté de ses différentes missions. faute de quoi toute affirmation relèverait de la propagande idéologique. consciente de cette exigence et de ce risque. luttes qui n’ont pas manqué d’avoir des répercussions extrêmement fâcheuses sur la vie économique du pays. Ce fait s’est trouvé accentué et même aggravé en raison des luttes de clans entre Mamelouks pour la conquête du pouvoir. et notamment la principale d’entre elles – le Caire – ne souffraient pas que du seul défaut du manque de planification auquel l’explosion démographique et l’exode rural – déjà en marche à cette époque – venaient ajouter d’autres facteurs de complication.

le devoir d’appeler au respect de la loi religieuse tout autre musulman. Partant de ce constat. en tant que nommé et rémunéré par ses soins. à la collecte des taxes et des impôts auprès des commerçants et était régulièrement appelé à jouer les “pompiers” en période de crise et de disette pour contenir toute contestation. Nous sommes ici en plein drame quasi cornélien : le muhtasib était partagé entre d’une part le respect de sa charge dont la religion. Il n’est cependant que trop évident que le muhtasib. De par son statut de représentant de l’État. le muhtasib était chargé de procéder. fût-il cadi ou même sultan. sa “nécessaire” obéissance au pouvoir qui le concevait comme un outil et un instrument de répression et de domination sociale et qui n’hésitait pas à en faire un bouc émissaire en période de crise en lui faisant porter le chapeau en son lieu et place. parfois à son corps défendant. de l’autre. plus encore. de leur plein gré. ne pouvait songer à contrôler l’action de l’État et à se dresser contre lui en cas d’abus de sa part. En effet.envers les commerçants. “joué le jeu” en acceptant de succomber à la corruption initiée et mise en place par les Mamelouks et en contribuant à faire perdurer le système en s’adonnant à leur tour à celle-ci. 308 . Par ailleurs et pour être complet. indépendamment de son statut social. au nom de laquelle il est censé agir. a fait de lui dès l’origine le dépositaire et. nous n’avons pas manqué non plus de souligner les limites de la hisbah dès lors qu’elle a été conçue et érigée en fonction administrative. tout musulman a le droit et. Cette question ressortit en fait directement à la notion d’Ihtisâb politique qui est à l’origine de la hisbah et pour tout dire sa raison d’être. ce que nous ne pouvons que regretter. nous n’avons pas manqué de relever dans notre étude que certains muhtasibs ont. dès lors qu’il en était fonctionnaire.

le wali au respect des règles de l’Islâm. Tyan – qu’en dépit de ses défaillances et de ses manquements. ce qui était beaucoup pour l’époque. la hisbah n’en a pas moins conservé une certaine dimension moralisatrice à défaut de religieuse à part entière qui lui a tout de même permis de fonctionner comme un élément structurant de la société et justifiant tout de même une certaine utilité sociale. 309 . plus rarement. Et ce. Il n’en demeure pas moins vrai – et en cela nous rejoignons la position d’un auteur comme E. d’autant plus qu’il n’était pas aidé dans sa tâche par les théologiens dont la plupart se laissèrent gagner par la corruption ambiante et généralisée qui sévissait alors et qui servaient de caution religieuse à un pouvoir tyrannique en jouant le rôle de relais en direction de la masse.Comment aurait-il d’ailleurs pu en être autrement. le muhtasib se risquait-il à rappeler le cadi et. Nous pensons avoir suffisamment insisté sur l’incompatibilité ou du moins les contradictions entre une hisbah réduite à n’être qu’une fonction administrative au service d’une bureaucratie militaire avide de pouvoir et d’enrichissement et une hisbah respectueuse du principe foncièrement religieux dont elle procède et duquel elle tire toute sa légitimité et sa raison d’être. C’est donc ici que se situe la véritable limite du pouvoir du muhtasib et de la hisbah en général. La hisbah finira du reste de perdre le peu de crédit qui lui restait à partir du moment où elle devint l’objet d’enchères et où les ulémas en furent déposséder par les Mamelouks en personne qui se mirent à l’exercer. quand le contrôle de la justice et des cadis se limitait à leur tenue vestimentaire ou encore à certains aspects secondaires de leur profession comme le lieu où se déroulaient les audiences ? Au surplus et dans le meilleur des cas.

Le religieux rejoint le social dans un rapport organique à travers la hisba comme moyen de contrôle des individus et de l'Etat même s'il est vrai que le contrôle de ce dernier a été fort peu exercé. Le muhtasib était en quelque sorte le gardien de la moralité publique. Et peu de pouvoirs en ont tenu compte. et sociales. donc des lois religieuses. lui. Ainsi la prière ou la zakat. Cette dimension de la hisbah n'a pas toujours été mise en relief par les théologiens. permet. en parfaite concordance avec l'esprit fondamentalement anti-tyrannique de l'Islâm comme religion et comme système d'organisation sociale. la hisba garantit l'équilibre social dans la mesure où le Muhtasib avait l’autorité de ramener les croyants à l’observance des préceptes coraniques et à la tradition prophétique. Conjuguée à la ‘‘choura’’ ou concertation la hisbah apparaît comme le garant d'une pratique démocratique du pouvoir.Comme nous l’avons vu l'analyse juridique de la hisbah recouvre plusieurs domaines. mais aussi en réprimant les actes 310 . un contrôle de l'Etat à tous les niveaux. elle conduit à la mise en lumière d'une organisation administrative étendue à tous les aspects de la vie quotidienne sans toutefois se couper du culte. par exemple. Cette contrainte se justifie dans l'esprit des législateurs et des jurisconsultes par le rapport étroit entre les pratiques religieuses. relèvent du culte mais incitent à la vertu et favorisent la sociabilité dont elles constituent naturellement l'un des aspects les plus importants tant elles relèvent tout autant du sacral que du profane. exception faite des premiers Califes qui s'y appliquèrent. théoriquement. Relevant de la Chari‘ah. A partir du principe fondamental ‘‘d’ordonner le bien et de défendre le mal". L'Ihitisab politique. non seulement en rappelant à chaque membre de la communauté ses devoirs à l'égard de Dieu et des hommes.

et surtout ceux qui 311 . des hôpitaux.. il devait contrôler la vie sociale dans toute sa diversité. le Muhtasib était en quelque sorte un homme. tout autre musulman. Ce qui n'était pas toutefois pour amoindrir son importance dans une société qui. le Muhtasib n'avait pas la formation du cadi. Peu de muhtasibs. il devait toutefois être assez avisé des lois de l'Islâm pour pouvoir exercer sans abus sa profession. C'est à dire au respect de la Chari‘ah. Sa fonction était ainsi très proche de celle de la police. Investi d'une tâche complexe. tout musulman a le droit et le devoir de rappeler à l'ordre de Dieu. d'où d'ailleurs l'appellation dans certains textes de "la police de marché" ou "police des mœurs". Serviteur de la religion et du pouvoir. était sujette à bien de maux et d’hypocrisie surtout lorsque l'ordre social et moral était appelé à régner au nom de Dieu et pour le Bien.illicites. comme toutes les autres. de l'école. Ainsi. Aidé par les textes des théologiens et les réglementations du pouvoir. Elle appelle aussi le musulman à contrôler le pouvoir et à le défier en cas d'abus. la fonction sociale du Muhtasib était de répondre dans son ensemble aux règles de conformité. Nous avons vu qu’au nom du principe de I'Ihtisab. Néanmoins la réalité était autre. Il avait pour tâche de faire appliquer la loi et d'œuvrer pour le bien de la société et contre le mal qui pouvait y sévir. Il paraissait beaucoup plus proche dans sa fonction de l'exécutant que du législateur. qu'il s'agissait des femmes. des dhimmis.. etc. indépendamment de son statut social. Il disposait pour cette fin d'assistants qui l'aidaient à accomplir sa mission. L'époque des compagnons témoigne du respect de cette règle. des marchés. Appelé par la nature de ses attributions à une fine connaissance de la Chari‘ah. de terrain.

ne nécessitant pas d'enquête et de jugement. finissant 312 . Toutefois le muhtasib était théoriquement chargé de contrôler les cadis et la marche de la justice. de par son statut social et sa position hiérarchique. Mais cette responsabilité s'est souvent limitée à des aspects pratiques tels les vêtements. Garant de l'équilibre social et de la moralité publique. il n'est en réalité. la conduite générale des assesseurs et certains aspects de l'exercice de leur métier. notamment financières (Al-kharaj = impôts) à l'égard du pouvoir dont ils sont les protégés. Sans se substituer au cadi. C'est d'ailleurs plus dans ce sens que sa fonction évoluera. Son pouvoir ne se restreignait pas aux seuls musulmans mais il avait également pour charge de veiller au respect des Dhimmis (non-musulmans) et au devoir de les contraindre à l'accomplissement de leurs obligations sociales. Nul aspect ne semblait échapper à ses compétences. que l'agent de l'Etat. aux règles de l'Islâm et de le conseiller à les respecter. A cet égard. et plus rarement le wali ou gouverneur. règles et comportement de tout un chacun. et de musulmans en général pouvaient contrôler l'action de L'Etat.étaient fonctionnaires. Il lui est donc difficile naturellement. Le fait que son pouvoir s'applique aussi bien aux musulmans qu'aux non-musulmans lui donne cette image d’un arbitre dont le rôle était de veiller aux principes. il traitait des problèmes quotidiens. Tous ces éléments confirment l'étendue du rôle du Muhtasib et l'importance de sa tâche dans la cité musulmane. les muhtasibs avaient en effet que le seul pouvoir de rappeler le cadi. Car si le muhtasib avait théoriquement la charge de contrôler la conduite des gouverneurs. de contrecarrer la volonté de l'Etat qu'il représente. relativement mineurs. il jouait aussi un rôle déterminant dans la vie quotidienne des habitants et dans leurs rapports.

Affirmer l'importance de ce livre historique. sur le fait que la Hisbah a continué à jouer. des pouvoirs islamiques. Il est dit qu’il est l'une des sources les plus sûres et qu'il n'a pas d'égal dans sa manière de décrire la vie quotidienne de son temps. Les théologiens fondamentalistes d’Orient. la parole de Ach-chirazi est à prendre en considération et a valeur de témoignage. de la vertu et de la décence mais appliqués à des domaines précis de la vie socio-économique de la cité. au moyen âge. comme nous l'apprend Ach-chirazi. c'est aussi pour nous une manière d'insister. aussi bien aux débuts de l'Islâm que du temps des califes et. plus tard.par être une fonction municipale. traitaient la hisbah sous un aspect le plus large possible et donc plus théorique. s'intéressaient moins au principe lui-même qu'à ses manifestations concrètes. intéressés par l'histoire musulmane. Beaucoup historiens. s’inspireront largement de cet ouvrage d’ailleurs. son rôle social même si les conditions réelles de sa bonne application devenaient de plus en plus difficile face au pouvoir Mamelouk qui n'essayait tout compte fait que d'en tirer profit. Les muhtasibs exerçaient toujours un contrôle sur les cadis et agissaient au nom de la religion et de la morale contrairement à ce qu’affirmaient certains. Sous cet angle. en purs juristes. le muhtasib deviendra une sorte d'agent municipal. Le livre d'Ach-chirazi "nihayat arrutba fi-talab al hisbah" constitue une vraie source d'information quant à la situation et à l'histoire de la société musulmane dans son ensemble et au Proche-Orient. pour leur part. En ce sens. alors que d'autres. 313 . en particulier. D'un gardien de la moralité publique. ils dressaient des traités et composaient des codes de l'honnêteté. Cette tendance se confirmera davantage avec les Mamelouks d'Egypte. et notamment au Maghreb.

à la Chari‘ah. là où la société occidentale s’acheminait depuis bien longtemps vers la "spécialisation". son étendue. au niveau de ses institutions et la séparation des pouvoirs. Ce fait est concrétisé dans la Hisbah mais avec une autre dimension que nous pouvons aisément qualifier de politico-administratif du fait de son instrumentalisation au service de l'Etat musulman. que le volet concret. Son aspect fondamentalement religieux explique à la fois son omniprésence. les théoriciens musulmans n'ont jamais pu ni voulu séparer la religion de L'Etat. 314 . à l'époque mamelouk. Tyan a confirmé aussi sa vitalité et sa réalité sociale en tant qu’institution à caractère religieux très prononcé. Les historiens tout comme les théologiens ont toujours affirmé que l'Islâm est à la fois la religion de la base et l'outil de son élite (politique et intellectuelle) mais conçues dans leur homogénéité. comme nous l'avons signalé. Dans ce sens. La comparaison de la société musulmane avec la société occidentale peut être de ce point de vue aussi éclairante. tant elle nous permet de voir. ses limites et.De cela aussi découle notre souci de relativiser nos appréciations quant au conditionnement de la Hisbah et de déduire ainsi que si la pratique de la Hisbah n'était pas généralement conforme. L'existence de cette institution administrative organisée s'explique toujours par l'obligation religieuse d'al-Ihtisab dont elle n'est. Les rapports de la hisbah et de la judicature ( qadâ) n'échapperont pas non plus quant à leur utilisation à des fins politiques qu’en feront certains Etats tyranniques tardifs. dans un cas comme dans l'autre. E. il n'en demeurait pas moins vrai que celle-ci en dépit des entorses et des manquements était toujours vivace. son importance dans l'organisation de la société.

315 . politique et culturel. social. voire jusqu'à nos jours. des domaines religieux. L'idée fort répandue que l'islâm est le projet de tous. La société musulmane a toujours vécu dans cette osmose. ce flou qui maintient dans la dépendance de l'État toutes les institutions.la société musulmane a toujours maintenu. théorique et pratique. soutenant ainsi la responsabilité commune n'est pas nouvelle et est toujours de rigueur. y compris celles qui sont foncièrement religieuses. Ordonner le bien et défendre le mal est un principe de base qui n'a pas échappé à cette récupération politique. Celle-ci variait naturellement en fonction du degré de religiosité ou de "laïcité" du pouvoir. voire cultivé. Cela se répercutait bien naturellement sur la vie quotidienne et dans les rapports sociaux mais se manifestait encore de manière plus évidente dans les rapports administratifs et politiques. La question ne se posait même pas au temps des Mamelouks et même plus tard avec les Ottomans. la notion même de laïcité n'a pas ici vraiment lieu d'être. Toutefois. Qu'il n'y ait pas eu séparation des pouvoirs dans la société musulmane n'est pas choquant ! Ce qui l'est c'est surtout cette prétention presque générale qu'il y a séparation alors même qu'il n’y a finalement que dépendance. dans certaines contrées musulmanes. Elle ne pose vraiment problème qu'une fois saisie la volonté écrasante des États musulmans de faire bon usage de cette association que les textes ne contredisent pas mais dont les pratiques politiques et sociales illustrent les insuffisances pour ne pas dire le détournement.

contrôlent les cadis non seulement parce que la religion l'exige mais aussi et surtout parce que les États. et interdit le blâmable" Coran : 53 V 104. Elle ne se réalise pas loin de la vie réelle. une communauté qui appelle au bien. y trouvent un outil efficace pour contrôler la Justice. la hisbah n'a cessé. Si une partie des musulmans l'assument. des pouvoirs islamiques plutôt temporels. D'un gardien de la moralité publique. de constituer un élément important dans la vie de la société. le muhtasib deviendra une sorte d'agent municipal . les autres en sont dispensées : "Que soit parmi vous. Le retour sur l'histoire du qada' ou judicature est de ce point de vue éclairant. comme tout autre phénomène. ordonne le convenable. la foi est une civilisation. C'est d'ailleurs plus dans ce sens que sa fonction évoluera pour finir par être une fonction municipale. En Islâm. a connu des évolutions importantes. ses liaisons avec la hisbah. aussi bien aux débuts de l'Islâm que du temps des califes et. plus tard. la hisbah est une obligation d'ordre subsidiaire. tendance qui se confirmera davantage avec les Mamelouks d'Égypte. sous leurs apparences religieuses.Il devient alors peu étonnant que les muhtasibs. Elle est une législation. et indépendamment des usages qui en étaient faits. 316 . Il permet d'en saisir la dimension religieuse et de déterminer. dans ce rapport. plus soumis à l'Etat. Ainsi. On peut ainsi affirmer qu'à travers la conception de la Chari‘ah. organisant la vie quotidienne dans la cité musulmane et intégrant tous les cas possibles dans un cadre éthique et moral. C’est ainsi que sur le plan du culte. C'est un phénomène de civilisation qui. la hisbah conduit à toutes les dimensions qui régissent la vie des musulmans sur tous les plans. Cela est différent des lois positives qui n’émettent que des décrets.

Sur le plan démocratique et dans le cadre de l'exercice du droit d'Ihtisab. 42 V 38. C'est ce que nous confirme le premier discours prononcé par le premier calife Abû bakr :‘‘certes vous m’avez nommé votre dirigeant. Si je suis dans le droit chemin aidez-moi.) et cela sous forme de conseils. mais je ne suis pas le meilleur d'entre vous. de recommandations ou d’exhortations : "Par la sagesse et la bonne exhortation appelle (les gens) au sentier de ton seigneur et discute avec eux de la meilleure façon" Coran chap. Lors de la prononciation de son discours d'investiture. me corrige !" clama t-il. comme l’a souligné le hadith : "Celui qui voit un tort qu'il le redresse". 317 .. mais si je m'en détourne corrigez-moi’’ et aussi le calife Omar qui pratiquait l'Ihtisab sur lui-même. il demanda aux Musulmans d'être les garants de la bonne direction de son gouvernement " Que celui qui observe une déviation dans ma façon de gouverner. l’ihtisab tire son fondement de « ceux qui se recommandent mutuellement la vérité".Sur le plan politique. de consultations. le gouverneur ne jouit d'aucune immunité diplomatique. on a un droit à l'exercice d'Ihtisab envers les gouvernants et leurs autorités (Wali. En Islâm. de se défendre contre les abus des gouvernants. 16 V 125.. chap.. de contester leur politique et de ne pas leur obéir et "Se consultent entre eux à propos de leurs affaires" Coran : chap. Sur le plan moral où la société est responsable de la sauvegarde de la moralité publique et où l'observation des bonnes mœurs reste fondamentale pour la bonne marche de celle-ci. il doit rendre compte et être soumis à l'Ihtisab comme tout citoyen ordinaire. Cadi etc. les individus ont le droit de défendre leurs droits. Et Aussi: "Et consulte-les à propos des affaires' S 3 V 159. 103 V 3 Et sur le plan social. Coran.

la hisbah est une prévention et une protection de la santé publique. Sur le plan sanitaire par le respect des règles d'hygiène. aux handicapés. la stérilisation des outils utilisés dans le domaine de la santé. nuisance. 83 V 1-3. Enfin sur le plan civilisationnel où la morale doit être à la base de toute transaction. aux souffrants. de fraude et d'escroquerie qui ont. (leur) causent perte" chap.la hisbah est un élan de solidarité. "Et complétez la mesure et le poids en toute justice" Coran : 56 V 152. comme dans le hadith "vous êtes tous pasteurs. la hisbah comme fonction confirme que l'Islâm est plus qu'un culte. aussi bien vis-à-vis des musulmans que des non-musulmans. Il s’agit aussi de lutter contre les monopoles. Sur le plan civil en préservant le système urbain et ne pas indisposer le voisinage par la forme inesthétique des constructions ou la manque d'hygiène et respecter les règles de la voirie ( propreté.Sur le plan social où l’on est tenu d'accorder sa bienveillance aux malades. Sur le plan économique où on doit empêcher toutes malversations et sévir contre toutes pratiques de vol. c'est l'Ihtisab volontaire du "Mottatuwi‘ ". qu'il s'agisse de transactions entre simples particuliers ou au niveau des sphères politiques. C'est un système 318 . La hisbah est un acte de justice Sur le plan civique où chaque individu est censé connaître ses droits et ses devoirs pour assurer le redressement du mal. circulation. administratives ou populaires et cela. Et Aussi : "Malheur aux fraudeurs qui. lorsqu'ils font mesurer pour eux-mêmes exigent la pleine mesure. lieu dans les souks. généralement. et qui lorsque eux-mêmes mesurent ou pèsent pour les autres. combattre l'inflation et assurer la stabilité des prix. aux pauvres et à tous les nécessiteux. de la production etc. etc.) la hisbah est un civisme. et tout pasteur est responsable de son troupeau" .

319 .d'organisation de la société où la morale et la vertu ne relèvent pas seulement du rapport de l'Homme à Dieu mais également de l'homme à ses semblables. Son évolution est inaliénable à celle de la civilisation arabo-musulmane. L'évolution de l'une a souvent dépendu de celle de l'autre. l'étude de la hisbah constitue une entrée de choix pour l'étude de la société arabo-musulmane. En ce sens.

nous avons été particulièrement aidés par les écrits de l’historien et chroniqueur Ibn Iyyas (m.Annexe 1-Notice bibliographique Les manuscrits arabes Pour les besoins de notre étude. économique et sociale du pays et notamment des crises socio-économiques et politiques qui l’ont à maintes reprises secoué au temps des Mamelouks et qui ne pouvaient que refléter la marge d’action du muhtasib. des lettres. nous nous sommes référés à un grand nombre de manuscrits arabes (des traités composés par des érudits de l’histoire. avec les autres institutions religieuses et administratives. Sans rentrer dans les détails. Plus ses préoccupations et ses tâches 320 .). Ses œuvres. 930 de l’hégire / 1523 J. que sur le plan pratique. nous citons ici les plus importants et qui nous ont été d’un grand secours aussi bien sur le plan théorique et général. celui du muhtasib dans l’exercice de ses fonctions. Parmi ceux-ci. traitent longuement de l’histoire religieuse.-C. comme l’ont fait la plupart des auteurs anciens. D’autres ouvrages à caractère plutôt théorique nous ont servi à situer la hisbah dans son cadre juridique et la comparer. Nous avons suffisamment montré dans ce qui précède ce qu’il en a été. Bada’i az-zouhour (Les merveilles des fleurs) et Tarikh Misr (Histoire de l’Égypte). de théologie et de droit musulman). c’est à dire de la chari‘ah.

aumône canonique. économiques (honnêteté dans les transactions commerciales. etc.étaient élargies. et. jeûne et pèlerinage). des impôts et autres maks. les petits commerçants n’ont eu en effet que cette issue de transformer le muhtasib. en boucs émissaires car il était bien difficile pour le commun des égyptiens de faire autrement tant l’opposition organisée était bannie par les Mamelouks et brutalement écrasée. La fonction de muhtasib fut si réduite que ce dernier finit par devenir un simple collecteur de taxes et d’impôts. dont la plupart étaient d’ailleurs corrompus. danse et musique. Théoriquement. les poids et mesures) et sociales (rapports entre les hommes et les femmes. en tant de crise. apparaissait comme la personnification du mal et la traduction de la tyrannie. lorsqu’il s’agissait de contrôle des instances étatiques et des agissements des hommes d’État. en 321 . la définition du muhtasib qui nous est donnée reprend l’essentiel de l’acception des Anciens et présente le muhtasib comme l’Imâm de la communauté musulmane qui “ordonne le bien et interdit le mal”. moins il était en mesure de mener à bien sa mission de contrôle des marchés et de censure des mœurs et ce pour des raisons politiques. à plus forte raison.). tenues vestimentaires. dettes. son domaine restait vague et. interdiction de consommer des boissons alcooliques. Ibn Iyyas fait également état de la position d’intermédiaires joués par les muhtasibs qui eurent à subir. Ceux-ci payaient le prix de leur connivence et paraissaient affaiblis aussi bien d’un point de vue moral que sur le plan institutionnel. parfois injustement. Face à la lourdeur des taxes. qui doit faire observer la loi musulmane (chari‘ah) dans toutes ses prescriptions religieuses (prière. la colère du peuple égyptien qui voyait en eux de simples représentants d’un État tyrannique. Il ne restait donc que ce faible représentant de l’État qui.

moi et toi.. celui de censeur des mœurs. peut-on lire cet extrait qui contredit cette thèse : “L’Imâm Abou-l-qasim es-Saymari a rapporté que le calife Al-Mostadhir bi Amrilah confia la hisbah à un disciple d’ach-Chafi‘ qui. Le cadi. Cette situation paraît néanmoins exceptionnelle. Dans les livres anciens et modernes on trouve une certaine confusion oscillant entre ces deux interprétations. lit-on dans le Maalim Al-qorba. La fonction restait donc confuse et l’on avait bien du mal à distinguer les fonctions du cadi (juge) et du muhtasib. Laquelle des deux fonctions. était administrativement dominante ? Là aussi les lectures restaient vagues. le traité d’Ibn Abdoun ( édité par Lévi Provencal ) tranche nettement pour la prédominance du cadi. ses délégués pour ce devoir ». C’est d’ailleurs le point de vue de la plupart des historiens et jurisconsultes arabes ou nonarabes. toutes deux importantes. le muhtasib est le magistrat qui décide des affaires dont le cadi lui abandonne la juridiction parce qu’il les estime d’un rang inférieur. grosso mode.tout cas. mais il y eut des exceptions à cette règle générale. De même pour l’Andalousie du Xième siècle. Et il nous a fait.. lui dit-il (. se retira”. Ainsi. assimilant le muhtasib au sahib as-souq (police des marchés) et un sens plus large qui est. « Salut sur toi. Ainsi. Et le chafi‘ite fit reproche au cadi de heurter les convenances et la loi en tenant audience dans la mosquée. entrant dans la mosquée d’Al-Mansour. peu élaboré. le mot hisbah paraît aller dans deux sens : un sens étroit où il désigne la surveillance de l’industrie et du commerce. Pour Al-Mawardi. 322 . y trouva le grand cadi (qâdi l-qudhat) qui y rendait la justice aux gens. Il est donc défini comme le juge du souk (marché).) Allah a installé sur la terre le calife Al-Mostadhir et lui a confié le « amr bi l-ma‘rouf wa l-nahi ‘ani l-munkar ».

Lévi et le livre du cheikh Omar b. D’autres écrivains. De même. Les premiers traitent le plus souvent de la hisbah sous son aspect général. de distinguer de manière systématique des livres pratiques et des livres théoriques ou purement 323 . s’intéressent davantage aux faits concrets et beaucoup aux principes qui la fondent. 1111) dans son ouvrage « Ihya ‘ulum ud-Din ». bien que gardant pour l’essentiel l’interprétation générale. 1328) dans sa risala sur la hisbah. bref une sorte de code de vertu et de morale individuelle et publique pour les actes et les gestes qu’un musulman doit s’interdire et dont il est appelé à interdire par les moyens légaux. à notre avis. de Ibn Taymiyya (m.Il y a également lieu de distinguer les écrits des jurisconsultes (juristes et théologiens) et ceux ouvertement historiques. Ainsi. de l’imâm Ghazali ( M. ‘Iwat ach-chami al-hanafi composé de soixante-quatre chapitres et qui présente un recueil de questions relatives à la hisbah . Le « mukhtar » d’Al-Jawbari traite de faits sociaux mais sans que l’auteur se préoccupe systématiquement de la hisbah et de son fonctionnement. un recueil de faits très caractéristiques des divers aspects de la vie musulmane et qui semble dater du XIVème siècle. des documents dressent aussi des listes concernant les actes lictes ou illictes. Mohammed b. C’est notamment le cas du « Madkhal » d’Ibn Al Haj dont Edmond Doutié fut le premier en France à en découvrir l’importance historique. Ainsi en est-il d’Al-Mawardi dans le chapitre consacré au muhtasib dans « al-ahkam as-sultaniyya ». Ce fait est naturellement dû à la nature de leurs écrits. d’Ibn Khaldoun dans « AlMuqaddima » (l’Introduction) ou encore Al-Maqrizi qui ont exercé cette fonction. on cite le « nijab al-Ihtisab fi l-fatawa » mentionné par R. Il serait toutefois inexact.

il nous paraît toujours quelque peu forcé de vouloir établir une ligne immuable entre ce qui relève du théorique et ce qui a trait au plan pratique. à savoir entre les faits concrets et l’interprétation religieuse et morale qui les accompagne le plus souvent. on cite aussi un autre ouvrage. Naturellement. Le « Maalim al qurba fi ahkam al hisbah » est l’ouvrage de Mohammad b. 324 . servant d’ailleurs très souvent de manuels pour le muhtasib dans l’exercice de ses fonctions. Le « Nihayat ar-rutba fi talab al-hisbah »serait l’œuvre d’Ach-Charazi. Si une telle distinction existe. On insistera cependant pour l’Orient arabe sur la prépondérance des deux ouvrages « Nihayat ar-rutba » et « Maalim alqurba ». les traités rappellent aussi les principes de base et présentent les justifications théologiques en se référant nécessairement aux deux principales sources de le chari‘ah – le Coran et la sunna –. secrétaire de Saladin et mort en 1193. fait aujourd’hui établi. Ahmad dit Ibn Al-Ukhuwa. Cheikho a publié des extraits. mais ils s’attachent surtout – ce qui est bien normal pour des manuels – à la réglementation de l’industrie (l’artisanat) et du commerce dans leurs aspects quotidiens et dans leurs manifestations les plus concrètes. interdépendance entre les deux dimensions du problème. Parfois. Cependant. Reste que les traités de la hisbah paraissent dans tous les cas plus pratiques.juridiques et théologiques dans la mesure où il y a. par la force des choses. Certains auteurs pensent qu’en raison de leur similitude ces deux ouvrages peuvent être ramenés à un ancêtre commun dont on ne définit cependant pas toujours les contours. il existe un deuxième « Nihayat ar-rulba » attribué à Ibn Bassam et qui se compose de cent quatorze chapitres et dont le P.

d’un ouvrage-type. les variantes des ouvrages en quarante chapitres que l’on a citées expliquent la différence qui les sépare de la « Nihaya »t en soixante-dix chapitres et de l’Ibn Bassam en cent quatorze chapitres. de 1329). Massignon. Saïd Al-‘Uqbani. Ahmad b. et un recueil de la jurisprudence de l’édile Curule et de ses successeurs. ‘Uqbani s’y montre en théoricien classique de la hisbah 325 . Le doute subsiste cependant quant à l’origine de manuscrits semblables et parfois assimilés mais l’on admet que l’origine doit être commune pour tous les ouvrages. l’historien Ali Chennoufi présente un traité inédit de hisbah intitulé : Tuhfat al-nazi wa gunyat al-dawr fi hifz at cha‘air wa tagiyir al manakir de Muhammad b. Certains chercheurs affirment que “tous les manuels orientaux de hisbah que l’on vient d’énumérer ont une origine commune . comme l’a suggéré L. à travers le temps et l’espace. Il est vraisemblable que les muhtasibs se sont transmis de main en main un manuel qui était. La Tuhfa est présentée par Chennoufi dans ces termes : “La Tuhfa est divisée en huit chapitres d’intérêt inégal. à l’origine.également de soixante-dix chapitres. Ainsi. Lévi. L’auteur vécut au XVème siècle à Tlemcen (Algérie) et était originaire du village andalou de ‘Uqba. Tous ces manuels sont des mises au point. dit « rutba fi sawahib al hisbah » et dont l’auteur est situé au XIVème siècle (mort datée. d’après R. Les cinq premiers chapitres sont purement théoriques. en provenance du Maghreb ou du Machreq. à la fois un livre de raison des corporations d’artisans et de marchands.” Les chercheurs et historiens arabes et orientalistes contemporains multiplient aujourd’hui les références et citent ou présentent des livres non moins importants sur la hisbah.

‘Uqbani utilise aussi l’ouvrage Mudawwana de l’Imâm Sahnoun. finalement. à la fois obligation collective et individuelle et charge bien déterminée. le spectacle de la vie quotidienne à cette époque dans les villes nord-africaines. les Nawazils d’Ibn Al-Haj. le Madhal d’Ibn Haj et les autres Nawazils d’Al-Burzuli.-C. en une vision d’ensemble. et mort à Marrakech en 620 H / 1223 J. De fait. Omar. la Tuhfa offre une multitude de renseignements 326 . Les trois derniers chapitres sont au contraire fort utiles pour l’histoire de la vie sociale au Maghreb et dans l’occident musulman médiéval .” Plus important encore. et plus particulièrement Utbiyya et son œuvre Nawazil. Dans le livre d’Al-‘Uqbani dont nous avons pu consulter de larges extraits. le grand-père d’Averroès. A. des citations des grands imâms malékites. ‘Uqbani utilise Tanbih al-hukman d’Ibn al-Munacif (né à Mehdia (Tunisie) en 563 H / 1169 J. Naturellement. la hisbah se présente comme la concrétisation sociale d’un devoir religieux individuel très important. dans le monde musulman. à travers les discussions d’ordre juridique et les opinions qui y sont exposées dans leur diversité. l’ouvrage rend aussi compte de son évolution. ils projettent sur elle une lumière très vive et permettent de faire revivre à nos yeux. de tous les ouvrages orientaux à caractère religieux. ainsi que le Jami ‘ al-ahkam d’Al-Mazari (célèbre juriste et Imâm tunisien) et reproduit une large partie des ahkam as-souq de Yahya b. Chennoufi relève les sources d’Al-‘Uqbani dont il énumère notamment le grand savant Ibn Ruchd. en fonction de la vie sociale mais il garde néanmoins un caractère théologique très prononcé à l’instar. Accessoirement. De même.).-C. avec.envisagée comme doctrine générale de la censure des mœurs. de temps à autre.

religieuse et culturelle du Maghreb et..) consulté au sujet du sahib as-souq qui voulait fixer 327 . aux mœurs des musulmans et à leur existence privée. les nombreux écrits récents sont de loin plus analytiques dans la mesure où tils tentent de comprendre. de la société arabo-musulmane dans son ensemble.” Ce constat se confirme encore dans d’autres passages tels : “Certains tableaux esquissés par la Tuhfa ainsi que quelques menus détails recréent l’ambiance de l’époque et permettent de reconstituer dans une certaine mesure la vie commerciale de la cité au moyen âge. apparemment. On y trouve exposés. présentent des lectures qui se veulent plus rationnelles. à travers les renseignements fournis par les documents.aussi bien pour ce qui concerne le seul domaine de la hisbah que l’histoire sociale. A. Tyan ou encore Ahmad Sâdaq Sa ‘ad.” De façon plus générale. ainsi qu’aux dhimmis. une longue discussion théorique sur la licité de leur imposition occupe de nombreuses pages de la Tuhfa de ‘Uqbani. A. soulevait des problèmes complexes. Par comparaison avec les livres et les ouvrages anciens. par extension possible. les écrits contemporains. les points de vue des grands Imâms. On y fait naturellement référence aux débats et controverses qui opposaient les savants (théologiens) tels par exemple la question des prix qui. Chennoufi nous fournit des renseignements qu’il reprend lui-même de la Tuhfa : “Malik (. comme c’est d’ailleurs le cas chez E. Dans son analyse du contenu de la Tuhfa. l’organisation et de la société dans toutes ses activités et de la hisbah comme mode de contrôle de la vie publique et individuelle des deux points de vue moral et matériel. Ainsi. Chennoufi remarque à juste titre que “les renseignements s’étendent à l’activité urbaine et commerciale.. tout en tenant à analyser les sources classiques. à la vie culturelle.

au cours de 328 . du pétrissage. est destiné à affirmer à quel point ces documents anciens relatifs à la hisbah peuvent nous être aujourd’hui utiles non seulement pour comprendre le fonctionnement de la hisbah comme fonction administrative et son rôle dans les marchés mais aussi pour l’étude du fonctionnement même de la société : qu’ils s’agisse du commerce ou des rapports sociaux dans leur globalité. que ces livres. d’en pétrir la farine. donnait ordre d’infliger un châtiment corporel à quiconque dépassait les prix fixés par les “pouvoirs publics”. Chennoufi nous apprend que “les habitants d’Alméria étaient connus pour l’emploi abondant qu’ils faisaient. qu’il s’agisse de traités maghrébins ou orientaux. politique des pays musulmans. Quant à Sahnoun.les prix dans les marchés en disant aux marchands : “Ou bien vous vendez pour tant (et il fixait un prix) ou bien vous quittez les lieux”. il donna ordre à Ibn Futays de moudre deux ‘qafizs’ de blé. et. Ainsi en est-il. si nous le citons. fait qui relève des pratiques quotidiennes qui donne parfois lieu à des controverses. de la cuisson et d’ajouter à l’ensemble le bénéfice du boulanger. de manière moins directe.” Cet exemple. du serment. ce qui permet d’avancer. Al-Layth. d’en faire du pain. répondit par la négative. les auteurs d’ouvrages anciens recourent à des comparaisons dans leur traitement des problèmes sociaux du point de vue du fiqh. A. de la panification. sont en fait valables pour tous les pays musulmans. Les renseignements qu’ils fournissent constituent ainsi des indicateurs quant à l’évolution socio-économique. de calculer ensuite le prix de la mouture. Ce sont ces mêmes comparaisons entre les divers us et coutumes des pays arabes et musulmans qui donnent justement à leurs écrits et à leurs affirmations un certain trait de généralité. d’apprécier la quantité obtenue. justement. Parfois. pour reprendre un autre exemple de ‘Uqbani. par contre.

on retrouve en fait pratiquement les mêmes remarques d’auteurs contemporains. usent du serment par Allah dans leurs rapports quotidiens) et prétendaient que ce serment ne prenait effet que lorsque celui qui le faisait posait en même temps sa main sur la tête de la femme conformément. aussi bien pour l’histoire de la hisbah que pour l’histoire sociale des pays de l’occident musulman au moyen âge. Sans 329 . y compris dans leur volet pratique. et confirment en même temps le caractère commun de ces traités. la Tuhfa ne manque donc pas de valeur documentaire. quant à cette distinction devenue fondamentale entre les ouvrages théoriques et les ouvrages pratiques. accusant d’ignorance les muftis qui la soutiennent et affirme que lui-même avait pu constater exactement la même coutume au Caire où un cadi qui. Ainsi peut-on lire dans l’encyclopédie de l’islâm que “la dualité de sens de la hisbah est cause de la diversité des sources qui nous renseignent sur elle. “Traité mi-théorique. écrit A. C’est dire que les comparaisons donnent un caractère général aux fatawa et affirmations des auteurs tout autant que ceci témoigne naturellement de la similitude des mœurs et des coutumes. à l’opinion de Chafi‘i.leurs conversations.” ‘Uqbani réfute avec virulence et indignation cette assertion. elles-mêmes synonymes d’une continuité géographique et culturelle. Chennoufi. du serment par le talaq ou répudiation (à la manière dont les habitants de notre ville. mi-pratique. jurait à tout moment par le talaq. d’où son importance dans la vie sociale. La Tuhfa de ‘Uqbani est pleine d’exemples qui offrent l’avantage de donner à la hisbah un aspect très concret. lui aussi. assuraient-ils. remarque ‘Uqbani.” Dans la plupart des critiques faites des documents et des sources anciennes et modernes relatives à la hisbah. soutenait la même opinion.

. (. de l’Imâm Al Ghazali – Ihya ‘ulum ud-Din –. précédemment cité. tout ce qui a été écrit sur la moralité publique et contre les bida ‘a.” Naturellement. notamment pour son intérêt juridique et les comparaisons qu’il établit. les caractères religieux et juridiques de sa fonction . dictionnaires bibliographiques.-C. affirment les auteurs de l’encyclopédie. L’autre ouvrage est celui. les ouvrages présentant un caractère général de la hisbah sont de loin plus nombreux mais.).. “il ne s’en trouve aucun antérieur au XIème siècle. s’appliquant principalement aux métiers. 330 . tel le Madhal d’Ibn Al-Haj. Certains ouvrages étudiaient de façon générale le contenu de la vertu de la hisbah. etc. et tout ce qui a été écrit sur le commerce ou le droit commercial nous renseigne en un sens sur la hisbah. dans les termes de la chari‘ah et non sans une certaine rigueur scientifique. qui est d’allure beaucoup plus moraliste.parler des allusions à des muhtasibs que peuvent renfermer des chroniques.” Ils citent les deux principaux ouvrages d’Al-Mawardi – al ahkam assultaniyya – que nous avons également et très longuement consultés. dont les frontières n’ont cependant rien d’étanche. les obligations qui en résultent pour le muhtasib. sont de véritables vade-mecum du contrôle administratif des professions.) On peut très grossièrement les répartir en deux catégories. AlMawardi lui-même se réfère souvent pour le contredire à un ouvrage antérieur du muhtasib chafi ‘ite de bagdad Al-Ishtari (IVème de l’hégire -IXème siècle J. entre les diverses institutions juridiques dont notamment la qâda et la hisbah. les autres se proposent surtout d’éclairer le muhtasib sur les détails concrets et les techniques de surveillance qu’il doit exercer et.. celle-ci.

car ce serait alors porter un jugement moral injustifié et injustifiable. variait en fonction des Etats. finirent par leur 331 . à avoir soulevé la question à nos yeux très importante du rôle des Ulémas et de leur contribution historique dans la corruption de l’État.Pour la Maghreb. Les travaux des orientalistes Tout d’abord. on cite surtout le livre que nous avons également consulté d’Ibn Hazm (al-fisal fi l-milal) et. mais en tous cas auprès des masses qui. au vu de leurs interminables concessions et de leur servitude plus ou moins grande. Cette rupture peut être résumée par le décalage croissant par rapport aux textes religieux originels et par une politisation croissante du savoir religieux qui a justement fini par discréditer ces mêmes Ulémas non pas par rapport à Dieu. pour les Mamelouks. l’ouvrage de Charles Diels et Georges Marçais ‘‘Histoire générale’’ nous paraît par la minutie des détails mais surtout par l’analyse des événements et du fonctionnement des états successifs de la région fournir en effet une référence particulièrement éclairante sur l’histoire de l’Egypte et celle du monde arabo-musulman en général. de fait. D’autre part. à travers toute l’histoire du monde musulman et notamment après le siècle dit d’or (632-732) une évolution qui allait confirmer une rupture profonde entre les gouverneurs et les gouvernés et une position des Ulémas qui. avec Al-Maqrizi. le hanbalite Ibn Taymiyya (al-risalah fi l-hisbah). d’Ibn Jam‘a et surtout l’ouvrage d’as-Subqi (mu‘id an-ni‘am) qui présente un tableau très détaillé du fonctionnement de la hisbah et nous semble avoir été l’un des rares. Nous avons en effet tenu à en suivre l’analyse dans ses détails et avons pu relever. nous avons consulté les ouvrages d’an-Nuwayri (Nihaya).

d’autres orientalistes. le P. N’empêche que la hisbah demeure. que relativement peu connue. reconnaissent aujourd’hui les orientalistes.retirer l’estime qui a toujours fait leur particularité autrefois garantie par le savoir et de plus en plus récupéré par le pouvoir. p. l’importance des manuels de hisba pour l’histoire de la société musulmane’’. écrivent certains auteurs. présentait encore une énumération incomplète et surtout désordonnée. l’ancêtre de la sociologie moderne. T. 332 . Behrnauer. On ne comprenait pas encore. De nouveaux traités (Sagati. travail qui est aujourd’hui largement dépassé mais qui demeure toujours utile. Reuben Levy. Colin et Lévi Provençal. En 1907. apportaient encore plus de précisions quant aux renseignements bibliographiques fournis par leurs prédécesseurs. Et puis n’oublions pas de signaler le travail d’un pionnier. par comparaison à la richesse des documents arabes et de leur multiplicité. XV. de manière éclatante. 963) la liste des ouvrages sur la hisba et l’argumentait par la publication notamment des fragments d’Ibn Bassam et par une bibliographie beaucoup plus élargie. Cela ne devait cependant aucunement impliquer qu’il n’y eut pas d’Ulémas qui s’opposèrent aux régimes successifs. “On a compris que cinquante ans plus tard. XVI et XVII) sur “Les institutions de police chez les arabes”. Georges S. par exemple) ont été mis à jour. dans l’introduction de l’ouvrage de la hisbah qu’il publia en 1938.Louis Cheikho reprend dans la revue « Al Machriq » (T. publié dans le journal Asiatique en 1860 et 1861 ( 5 ème série. quelle en était la nouveauté et l’on ne saisissait pas pleinement l’importance. le savant Ibn Khaldoun. Mais ils étaient une minorité qui demeura brillante et qu’illustra. Une année plus tard. X.

souvent fonction des limites bibliographiques par les auteurs plus ou moins entretenues à la fois pour des considérations linguistiques – peu d’ouvrages ont été traduits – et par la nature du sujet qui jusque-là ne prenait pas encore l’élan et l’importance qu’il prendra plus tard à la fois pour l’étude de l’ensemble de l’histoire sociale et économique arabo-musulmane que pour l’étude de l’évolution du droit musulman. notamment parce qu’on ignorait aussi ses origines historiques. La fonction restait donc confuse et l’on avait bien du mal à distinguer les fonctions du cadi (juge) et 333 . son domaine restait vague et. en tout cas. qui doit faire observer la loi musulmane (chari‘ah) dans toutes ses prescriptions religieuses (prière. résultant dans une présentation qui reprend l’essentiel de l’acception des Anciens et présentant le muhtasib comme l’Imâm de la communauté musulmane qui “ordonne le bien et interdit le mal”. 1038) ou de son prédécesseur Ishtari (m.La notion même de hisbah demeurait confuse et les interprétations qui en étaient faites restaient pour l’essentiel fragmentaires. aumône canonique. jeûne et pèlerinage). Et si sur le plan théorique. etc. économiques (honnêteté dans les transactions commerciales. 939). La notion restait donc vague. consommation de boissons alcooliques. et qui découlait d’une doctrine générale de censure des mœurs musulmanes. tenues vestimentaires. danse et musique. ne la considérant qu’à l’époque classique d’Al-Mawardi (m. peu élaboré. les poids et mesures) et sociales (rapports entre les hommes et les femmes.). dettes. La fonction était alors plutôt conçue comme une charge insérée dans l’administration. pour reprendre les termes d’Ibn Khaldoun. L’interprétation de la hisbah se précisait toutefois au fur et à mesure que se multipliaient les livres et ouvrages qui lui ont été consacrés. la définition se précisait.

Des auteurs modernes. Il fait ainsi état d’une grande richesse et d’une abondance sans précédent que connut le pays . dans son ouvrage. « Le commerce du levant au moyen âge » nous semble présenter une incontournable référence. toutes deux importantes. Ainsi. Heyd constitue en effet une des plus importantes études dans ce domaine. Gaudefroy Demombynes occupe une place de choix. Heyd ne traite pas que des transactions entre Etats mais aussi du fonctionnement interne : Ce qui nous donne une idée assez précise des marchés locaux en Egypte au temps des Mamelouks ainsi que des marchandises provenant de tous les pays. L'étude de W. il évoque les routes commerciales et les différentes voies de communication entre les diverses contrées que réunissaient les opérations d’échange commercial et culturel. était administrativement dominante ? Là aussi les lectures restaient vagues. L’auteur met surtout l’accent sur les échanges commerciaux entre l’Orient et l’Occident au moyen âge mais aussi entre l’Egypte et les pays africains et asiatiques. Laquelle des deux fonctions. les diverses approches. ce qui 334 . comme signalé au début de cette notice. Ce dernier consacre dans le cadre des institutions musulmanes un chapitre à la question de la hisba. Heyd. De même. à sa dimension administrative et à son évolution dans le temps ainsi que du point de vue théorique en exposant. l’historien W.du muhtasib. qui ont aussi beaucoup écrit sur les institutions religieuses et leur évolution. notamment sur l'évolution des activités commerciales et artisanales et les problèmes que posaient les échanges en Egypte et au Moyen Orient en générale sur les plans intérieur et extérieur.

Les premiers. A l’instar de Diels et G. les commerçants européens. Marçais. Bien au contraire. Reste que les souks du Caire ont connu. Les souverains mamelouk 335 . notamment Italiens et Chypriotes n’en continuèrent pas moins d’entretenir des bonnes relations commerciales avec l’Egypte dont l’économie bénéficiait largement de ces échanges aussi bien en raison de la grande dynamique de ces échanges que par la politique financière des Mamelouks . prépondérance naturellement due à la puissance de l’Etat mamelouk mais aussi à la stabilité politique dans la première phase.souligne du coup l’importance que revêtit l’Egypte à cette époque . nous apprend Heyd. un essor qui s’est amplement traduit dans le mode de vie des Mamelouks et à travers eux de l’ensemble des égyptiens même si tous les Egyptiens ne disposaient naturellement pas des même ressources. à en profiter. Cette période. naturellement. se caractérise aussi par l’extension du commerce d’esclaves et la traite des blancs. celle des circassiens. Heyd nous apprend en effet qu’en dehors des interdictions papales de l’échange avec l’Egypte et en dépit de ces recommandations de caractère religieux. il semble même que les croisades ont aussi aidé à établir un échange entre les pays d’Europe et l’Egypte plus inscrit dans la durée même si la découverte de nouvelles routes commerciales par les Portugais a amplement réduit l’importance de l’Egypte comme point de transit entre les Indes et l’Europe mais il y a bien d’autres facteurs qui ont accéléré ce déclin. tout au long de la première période mamelouk et durant la première phase de la seconde période. Heyd admet aussi que les croisades n’ont pas constitué un frein à l’échange économique.

et à plus forte raison du reste de la Umma islamique. L’auteur aborde aussi la politique de monopole qui a été largement suivie par les Mamelouks qui ce faisant cumulaient les richesses mais en privaient terriblement les anciens commerçants. 336 . qu’il s’agisse de l’Egypte ou de la Syrie. Cette pratique expressément bannie par la Chari‘ah a fini par être leur ligne de conduite au point qu’ils finirent par rendre la vie difficile non seulement aux négociants étrangers mais aux égyptiens eux-mêmes puisqu’ils ont fini par pratiquer le commerce sous toutes ses formes. allait nuire grandement à l’économie égyptienne et devait témoigner pour la plupart des historiens de la dégradation de la vie politique ainsi que du désir des gouverneurs mamelouk de cumuler indéfiniment les richesses et de continuer ainsi à constituer une couche à part qui se maintint en parfaite séparation avec le peuple qu’ils gouvernaient par les armes. Cette politique du monopole commercial. à tous points de vue comparable à celle du monopole politique. Sans trop s’arrêter sur les pratiques mamelouk pour ce qui est des impôts et des taxes et encore moins sur le rôle très réduit du muhtasib.étaient particulièrement prisés pour ce genre de commerce pour les raisons mentionnées dans le corps de notre étude. Heyd nous fournit en effet bien des renseignements quant à la nature de l’économie mamelouk et de l’aliénation de plus en plus grande de l’Etat beaucoup plus motivé par l’enrichissement rapide que par l’équité sociale encore que les Mamelouks ne nous semblent avoir jamais été mus par l’intérêt de la communauté. militaire et administratif.

de revenir sur son histoire et de manière plus ou moins directe sur les questions ayant trait à la religion et au droit musulman. en tous cas dans les écrits que nous avons consulté pour pouvoir justifier leur distinction ou la moindre hiérarchisation. c’est en fait le fonctionnement de la hisba à l’époque des Mamelouks et le rôle qu’elle a joué comme institution à caractère religieux mais à emploi administratif dans une période déterminée de l’histoire de l’Egypte. acquiert aujourd’hui encore une grande importance dans un monde musulman qui ne cesse de se remettre en question et qui paraît en effet de plus en plus contraint. 337 . par les origines mêmes de son développement et de ses propres conflits. Les écrits divergent naturellement quant à leurs points de vue mais nous ferons ici peu de cas des écrits de caractère théologique général car ce qui nous intéresse. la hisba comme pratique a en effet largement contribué à rapprocher ces écrits non pas d’un point de vue idéologique mais par les zones d’intérêt qui leurs sont respectives et qui finalement se ramènent à la gestion et au contrôle des rapports socio-économiques. du rôle du Muhtasib et de l’intervention du politique dans le juridique et le social.Les ouvrages arabes contemporains La question de la hisba. Toutefois la frontière paraît trop mince entre ces diverses branches scientifiques . en théorie comme en pratique. Ces divers écrits peuvent être classés en livres d’histoire et d’économie politique et de sociologie. Par l’étendue de son domaine et de son caractère.

enfin. la fraude et la falsification de la monnaie. Pour Maqrizi. plus loin thèses). A la suite de Maqrizi. Il revient notamment sur les causes déjà énumérées par Maqrizi et développées par Darraj. sous le titre de : Al-hisba wa’atharu-ha’ala-l-hayat al-Iqtisaddiyya fi-mesr almamloukiyya (« la hisba et son impact sur la vie économique en Egypte mamelouk » L’auteur se réfère d’emblée à l’ouvrage de Maqrizi que nous avons d’ailleurs longuement consulté pour la richesse de ses renseignements et pour l’autorité de son auteur en matière de juridiction et d’histoire mais aussi pour avoir également exercé à maintes reprises la fonction de la hisba. à la suite de Maqrizi et à partir de ses affirmations mais en élargissant les références à d’autres auteurs de 338 . Cf. l’auteur établit dans un premier temps l’état de crise générale que traversait l’Egypte sous le règne des Mamelouks.L’une des plus importantes études de la hisba au temps des mamelouk a été faite par Ahmed Sayyed Darraj. Il écrit surtout que : « le rôle destructeur de la fonction de la hisba dans la vie économique du pays se manifeste davantage quand on connaît l’étendue de son autorité » L’auteur annonce ainsi. cette crise tient essentiellement à trois raisons : la corruption. la cherté des terres cultivables. auteur d’une thèse publiée sur l’Egypte sous le règne de Barsbay (1422-1438. Darraj commente ces causes et revient longuement sur la corruption des pouvoirs publics et essaie d’en étudier les conséquences sur la vie des égyptiens et sur le fonctionnement de l’Etat et de la société. objets de spéculations et de concentrations sultaniques et féodales en général et.

la corruption de ceux-ci et les enchères dont la fonction elle-même faisait l’objet. c’est-à-dire. A partir des grandes références historiques. L’auteur multiplie les exemples pour arriver au constat qui manifeste en effet sa totale détérioration . Il distingue à son tour trois raisons qu’il qualifie de « directes » .l’époque en question. au demeurant. Cette conception. Darraj essaie de suivre cette évolution. de la détérioration morale et politique. l’auteur vient aux causes de la détérioration de la fonction de la hisba. aussi radicale et exagérée qu’elle puisse paraître. Après un long exposé des crises économiques et des catastrophes naturelles subies par l’Egypte. Cependant. pour Darraj. raison plus profonde et d’impact plus important le passage de la fonction de la hisba des mains des ‘‘enturbannés’’ à celles des hommes de l’épée . cette déviation de la fonction de la hisba ne date pas du temps d’Al-Makrizi puisque Mawardi en parlait déjà dans des termes qui confirment son détournement. l’intervention des émirs. Le parcours des gouvernements mamelouk et des divers Sultans marque en effet une évolution négative qui allait enfoncer la hisba dans la partialité et la corruption de plus en plus généralisée. n’est pas tout à fait en contradiction avec la réalité des faits étayés par nous. que la hisba avait totalement failli à son devoir. reflet. et. arabes et européennes dont notamment les écrits de Wiet et de Demombynes. se transformant ainsi d’un outil de contrôle et de moralisation de la vie publique et privée en un outil de corruption et de déstabilisation. 339 . des militaires.

il est évident que la société mamelouk était une société de classes en lutte mais il manque à Darraj. la lecture historique de Darraj fourmille en effet de données historiques et d’exemples mais la notion de lutte de classe paraît en effet mal construite dans son analyse même. de ce seul point de vue. la rigueur scientifique qu’impose des concepts aussi consacrés que la notion de lutte de classes et qu’exige les analyses économiques en général. telle la hisbah et le contrôleur des waqfs (nadher al-waqf). les mamelouk prirent l’habitude de concurrencer les Ulémas et les religieux en s’attribuant les fonctions et institutions religieuses. En effet. 340 . Ainsi. ils les auraient également concurrencé dans le qadâ. ne correspond pas tout à fait à l’analyse qui a été faite tout au long de l’article puisque l’auteur consacre aussi une grande partie aux catastrophes naturelles considérées également comme une autre cause de la crise. Epris par le désir de cumuler les richesses. si elle revêt une valeur historique. Cette affirmation. Auraient-ils maîtrisé la Char‘iah. notamment celles qui leur donnait la possibilité de s’enrichir.Son article nous renseigne sur les causes profondes de la détérioration de la hisba comme indice de la décomposition de l’Etat et d’un écart grandissant entre la Chari‘ah et les applications qui en ont été faites par un Etat dont le seul souci a été d’accumuler les richesses ce qui conduit l’auteur à cette conclusion : « la hisba a fini par n’être que l’une des manifestations de la lutte des classes que l’Egypte mamelouk connut. à moins que cette qualification de la situation économique et sociale ne relève d’une simple formule. ».

non sans certains excès. L’auteur procède par l’examen de la situation des Mamelouks et analyse profondément la structure de leur Etat. le définissant comme une bureaucratie militaire en totale rupture avec la société aux structures féodales et au mode de production oriental. Ahmed Sâdaq Sa‘ad tente. Marxiste de conviction. il traite leur Etat et leurs institutions en dehors des simples considérations religieuses et métaphysiques. traduction altérée de « superstructure ». 341 . d’où les conséquences politiques au niveau de ce qu’il appelle le « muchtarak al-a’ala. Sous le titre : « L’appareil de l’Etat. Consacrant une grande section à l’analyse des facteurs qui ont déterminé l’ascension des Mamelouks au pouvoir. axe de la classe gouvernante. Son analyse de la situation sociale détermine sa conception de la hisbah qu’il traite en ayant toujours présents à l’esprit les antagonismes sociaux. de situer le problème de la hisbah dans son cadre historique. La lecture très argumentée de Sa‘ad se veut rigoureusement scientifique mais sa terminologie trahit aussi une dimension politique que ne cache pas ses formulations.De ce point de vue. l’ouvrage analytique de Ahmed Sâdaq Sa‘ad. est d’une éclatante lucidité quant à la nature socio-économique de la société égyptienne sous le règne des Mamelouks. que l’aspect purement économique en insistant sur le caractère monopoliste du pouvoir . pour marquer la rupture de l’Etat et des masses. le compare avec la situation en Egypte et vient à la conclusion que l’accaparement par l’Etat mamelouk des terres agricoles et des moyens de production confirment la réunion en Egypte de plusieurs aspects de ce mode dont il ne retient cependant. l’auteur revient sur le mode de production asiatique.

342 . la Char‘iah pour les égyptiens et les lois plutôt séculaires –associées au yasaq (cf. de la bureaucratie militaire dont les agissements. Ahmed Sâdaq Sa‘ad considère en effet que l’Egypte opposait par son mode de production comme par l’évolution de son économie et de ses Etats. L’inégalité au plein sens du terme puisqu’elle traverse l’ensemble de la société et de ses institutions non seulement traduit cette rupture mais elle en constitue le pilier nécessaire pour la continuité même de l’Etat et la pérennisation de la dépendance du pays. aux dépens de l’agriculture et de l’industrie. Dans ce cadre. la conception générale du pouvoir et son exercice sont de fait déterminés par la rupture entre les gouverneurs et les gouvernés. en déstructurant l’agriculture au profit du commerce qui a selon lui joué un double rôle comme source de développement et de richesses financières aux profits principalement restreints puisque limités aux classes gouvernantes et aux grands commerçants et le défigurant puisque le commerce se faisait. Ainsi les rapports de classes se traduisent en droit public par une séparation de fait entre l’Etat riche et le peuple appauvri. de par sa nature transitoire.Sur la lutte des classes. Les Mamelouks ont cependant dénaturé cet antagonisme. dont la hisbah. la grande majorité de la paysannerie et les militaires. les institutions étatiques. et d’autre part comme moyen de renforcement de l’aristocratie financière et. plus loin)pour ceux qui les gouvernent. reflètent les rapports sociaux mais en même temps perdent leur utilité publique en installant de fait et par la loi deux systèmes légaux . plus généralement. soutient-il.

Sans rentrer dans les détails de son analyse.S. Ahmed Sâdaq Sa‘ad écrit sans détour. Les références sont aussi multiples puisque A. nous pensons en effet que l’étude d’Ahmed Sâdaq Sa‘ad est surtout riche par ses données économiques et sociales et qu’elle nous paraît surtout réussir à définir les rapports entre les gouverneurs et les gouvernés à la lumière desquels s’éclairent le rôle et les emplois des institutions politiques. Sa‘ad construit son analyse par l’alliance des données fournies par les anciens manuscrits arabes et par celles des lectures socio-politiques modernes. dans un langage idéologiquement marqué que « l’on peut considérer le gouvernement Ayyoubide-mamelouk (association qu’il justifie par la continuité historique du mode de production et de la nature des deux Etats) est un gouvernement (au sens de pouvoir) réactionnaire même s’il est aussi possible de le qualifier de « national » cette réaction vient du fait qu’il entraîna l’Egypte dans la dépendance économique et sociale. en parfaite contradiction avec la Char‘iah –ce qui intéresse moins A. Ibn Iyas. y compris dans les périodes où le lien pouvait être caractérisé de positivement paternaliste ». judiciaires et religieuses. Abdel-Fattah ‘Ashur et pour les sources en langue autres 343 . en pratique. Réactionnaire aussi parce que basé sur la force des armes et perpétuellement en contradiction totale et brutale avec le peuple égyptien . à la stagnation et donc au recul. Il n’est plus étonnant dans ce cadre que la hisbah paraisse.Des rapports des Mamelouks et des égyptiens. Maqrizi et Subki sont beaucoup cités mais également des auteurs contemporains dont notamment Sabhi Whida.S. Mohammed Jamal Addin Souro. S. Sa‘ad – et avec l’intérêt public.

S. et E. mais aussi. V. R.S. Sa‘d Abd el Fatâh Ashur dans « l’Egypte et la Syrie à l’époque mamelouk ». . Labib. Wiet. point qu’il partage avec l’ensemble des auteurs contemporains et que nous avons longuement développé lors de notre exposé de l’ouvrage d’E. A l’instar de A. W. ne relèvent pas que du sacré..que l’arabe. G.Heyd. A.Raymond. Tyan. présente également une étude très détaillée de l’histoire de l’Egypte à l’époque des Mamelouks. Cet ouvrage nous a été particulièrement utile pour l’étude de l’évolution des échanges commerciaux et pour la nature de l’Etat mamelouk. pour nous en tenir aux principales sources souvent citées par les auteurs arabes.Sâdaq Sa‘ad nous semble offrir surtout l’avantage de sortir la hisbah du carcan dans laquelle la tradition orthodoxe la referma longtemps et de nous aviser ainsi sur la nécessité d’une relecture de l’histoire du droit musulman non pas à travers la seule théorie mais aussi dans la pratique . La dimension économique du problème de la hisbah devait en effet éclairer ses limites qui. de fait. Sa‘ad mais dans un langage beaucoup plus nuancé. Kelle.Sa‘ad et son insistance sur l’étude des mécanismes qui ont régi le fonctionnement de la hisbah et de l’ensemble des institutions étatiques en Egypte nous sortent en effet – et c’est là à notre sens l’intérêt de son étude – de l’analyse classique de la hisbah conçue dans sa généralité et indépendamment de son utilité d’un point de vue de classes antagoniques.Ashtor. Ashur revient aussi sur la structure de la société égyptienne et sur les 344 . Le caractère économique du livre de A. Lopez et W. W. Sans partager l’ensemble de son analyse. Popper.S.

par le travail. Il est remarquable que cette couche (fi’a) a toujours bénéficié. les jurisconsultes. il pose d’emblée. dans son analyse de la situation socio-politique. A son tour. L’intérêt de l’étude. l’auteur en vient à l’analyse de la situation sociale et économique en tenant toujours à marquer le décalage y compris dans ses aspects les plus concrets. les Ulémas. Ashur insiste sur le caractère militaire de l’Etat mamelouk. En parallèle avec la classe (tabaqa) des mamelouk. tout au long du 345 . S. nous paraissent surtout résider dans la place importante qu’il consacre dans son étude aux enturbannés. en dehors des renseignements économiques. l’alliance –mais dans la différence . Dans le cadre de cette organisation d’antagonisme de classes.rapports de classe en signalant dans le chapitre consacré à la situation intérieure que « la société égyptienne était au temps des Mamelouks une société composée de plusieurs classes différentes par leurs spécificités.gouverneurs du pays. notamment pour ce qui relève du commerce. à ses besoins. leurs caractères mais aussi par le rapport que l’Etat entretenait avec elles et sa manière de les concevoir ainsi que par ses droits et ses devoirs. les hommes de lettres et les écrivains. Ce fait établi.de ces deux couches.Cette classe comprenait ceux qui détenaient les fonctions diwaniennes. notamment quand ces mêmes gouverneurs sont étrangers au pays et à ses mœurs ce qui fait que nul lien d’entente ou d’accord ne les relie aux intérêts de la collectivité qu’ils gouvernent et aucune considération n’est faite quant à la nécessité de répondre.il y avait aussi les mu‘ammamin ou ahl al ‘imamah (enturbannés ou gens du turban). Ainsi. entre les Mamelouks et leur ra’iyya (populace). le décalage entre les gouverneurs (hukkam) et les gouvernés (mahkumin) paraît très important.

A partir de manuscrits anciens tels les écrits de Maqrizi. l’auteur fait état dans un premier temps de la richesse des principales villes. de Sakhawi. Damiette et Rachid mais ne manque pas d’en souligner aussi le manque d’organisation et l’anarchie. Ibn Hajar et Ibn Iyyas – œuvres anciennes que nous 346 . Nous y avons repris dans le corps de notre analyse de la situation sociale et économique de l’Egypte mamelouk les thèses de S. Ashur en les discutant mais en signalant d'emblée que son approche paraît en effet assez élaborée – dans la simplicité de son langage – pour permettre une conception assez claire de la composition de la société et des lois qui en déterminent les rapports. la hisbah ou le qadâ. Dans une section consacrée à la vie urbaine. de privilèges bien précis même s’il arrivait aussi que certains de ses membres faisaient parfois les frais d’humiliations. L’auteur a consacré une très grande partie au commerce et à l’artisanat et nous a fourni des descriptions détaillées et étayées des marchés du Caire et de l'ensemble de la vie municipale qui nous ont aiguillé aussi dans notre analyse du rôle du muhtasib fonctionnaire. L’évolution de la situation économique que Ashur étudie dans un rapport très étroit entre les facteurs intérieurs et les facteurs extérieurs souligne aussi un mouvement progressif vers la décomposition de l’Etat et de la société et par voie de conséquences des institutions mamelouk . Ashur de manière directe mais bien des références en confirment l’importance dans la vie quotidienne des égyptiens et les limites dans le contrôle des grandes instances. Alexandrie.règne des Mamelouks. le Caire. que ce soit les divers diwans. Ce dernier n’est pas étudié par S.

grand voyageur et géographe arabe qui connut l’Egypte et en présenta des descriptions éclairantes . de la dissuasion par des mesures financières (taxes et interdictions) que justifiait pour les Mamelouks le désir d’accaparer pour eux-mêmes les ressources financières les plus importantes alors axées sur le commerce extérieur et intérieur. particulièrement dans la dernière phase qui correspond au pouvoir circassien. La corruption s’est alors répandue à une très grande échelle. très sévèrement jugé par Ashur aussi bien sur le plan intérieur que sur le plan extérieur. A ce niveau. et dans le cas des négociants étrangers. Ashur nous introduit en effet dans les cités et nous en fournit de menus détails quant à leur organisation sociale et leur anarchie architecturale. Ashur reprend à l’instar des auteurs contemporains les témoignages de Maqrizi et d’Al-Ayni et fait également état de rivalités et 347 . pour les enturbannés à un repli synonyme de défaite et d’assujettissement. Cette étape correspond aussi de manière nette à la détérioration de la morale publique et. de la répression. L’histoire des divers Sultans semble parfois trop chargée de détails et a un caractère chronologique mais l’ouvrage n’est pas dépourvu d’une grande part d’analyse quant au fonctionnement général de l’Etat. notamment dans ses relations avec les pays européens et à travers la pratique désormais consacrée du monopole. surtout pour ce qui a trait à la grande dynamique commerciale et aux incessantes activités des petits commerçants et des ambulants qui encombraient le Caire par leurs mouvements et leur bruit. notamment le fameux Ibn Battûta.avons longuement consultées – S. de ses rapports avec la population égyptienne et de ses abus. Les voyageurs arabes et européens sont également beaucoup cités.

la simplicité de son langage et la clarté de ses points de vue mais aussi pour son caractère global . sociale. accélérée par la découverte de nouvelles voies commerciales et approfondie par les pratiques gouvernementales franchement abusives semble ainsi inciter. il est vrai. politique et religieuse y sont traités. La dégradation de la situation socio-économique. C’est d’ailleurs le cas de Maqrizi qui se retira de la scène publique et sans épouser le soufisme alors de mise se consacra à l’écriture. au sein de la caste dirigeante et de leurs alliés. Le rôle attribué aux enturbannés nous paraît constituer une partie importante et nécessaire de l’approche générale du problème de la hisbah 348 . Les conflits d’intérêt et les conséquences de ces antagonismes ont généralisé l’instabilité politique. à une course folle vers le cumul de richesses. Pour la richesse de ses renseignements. Ashur nous semble en effet d’une grande valeur historique issue non pas de la contemporanéité de l’auteur avec l’époque mais de cette lecture approfondie des mécanismes qui enfoncèrent l’Egypte dans la crise et le déclin. à commencer par les Ulémas les moins acquis au pouvoir politique et qui. les Ulémas. économique et sociale. le livre de S. du manque d’organisation des révoltés et du désespoir général qui semble avoir gagné l’ensemble de la population égyptienne . La multiplication des révoltes populaires étaient incapables d’aboutir en raison de la nature despotique du pouvoir mamelouk. en ce sens que tous les aspects de la vie économique. n’étaient pas nombreux et faisaient surtout figure de retraités de la scène publique.de concurrences non seulement entre les princes mais aussi entre les Ulémas.

a beaucoup influé sur notre conception du muhtasib au temps des Mamelouks et guidé notre appréciation sur sa contribution et son rôle que nous qualifions de moraliste sans grands effets sur le fonctionnement du pouvoir mais non sans une certaine importance dans la gestion. « les systèmes de l’Etat mamelouk et de la fiscalité en Egypte » revêtent aussi une importance capitale dans notre étude de la hisbah. ses us et ses coutumes et le rôle qu’y jouait le muhtasib. Là où Ibn al Haj lui reconnaît une importance pour contrecarrer la décomposition morale et pour servir de censeur des mœurs S. nous partageons pleinement ce point de vue qui. Ashur lui reconnaît surtout une part de responsabilité dans la détérioration mais en soulignant qu’il ne pouvait finalement être que ce que l’Etat voulait en faire de lui. Pour plus d’intérêt. En cela surtout. plus général d’Abdel-mun’im Majid. aux compétences de plus en plus élargies et au poids de moins en moins important. nous avons également procédé à la comparaison du livre de S. de fait. Ashur se distingue des écrits classiques et modernes et nous a donc été particulièrement utile. L’ouvrage. « L’histoire de la civilisation islamique » (Tarikh Al-Hadhara al-islamiyya) et « Nuzum Dawlat al-mamâlik Wa Rusumuhum fi-masr ». de la vie quotidienne en milieu urbain.au temps des Mamelouks. S. A ce niveau. 349 . celui d’Ibn Haj qui a également décrit les caractéristiques fondamentales de la société égyptienne. Ashur « Al Mujtami‘ al-masrii fi’asr all-mamâlik » avec un manuscrit ancien que l’auteur a longuement cité. alors plutôt secondaire.

L’auteur traite de la hisbah du point de vue de la doctrine dans son premier livre. A la différence des écrits qui ont particulièrement mis l’accent sur l’aspect économique de la question . D’allure plutôt morale. 350 . en axant surtout sur la dégradation morale et la détérioration des mœurs que l’Egypte connut depuis l’époque fatimide. l’auteur articule son travail autour des récits des voyageurs de passage ou ayant séjourné en Egypte et qui. A. Majid traite de la société et n’échappe pas à la généralité quant au rôle du muhtasib et à son appréciation du rôle religieux et éthique que la Char‘iah lui assigne mais que son efficacité réelle – ce que Majid ne démontre pas – relativise grandement. A. Plus porté sur les aspects immédiats de la vie quotidienne. le livre de Majid nous a surtout servi d’illustration des méfaits des Mamelouks et de l’état d’indifférence générale qui semble caractériser leur règne au stade de sa décomposition avancée. le plus souvent. us et coutumes. se limitent à la description des activités et des phénomènes qu’ils ont observés sans le souci d’en fournir une quelconque analyse. Majid met l’accent sur le rôle déstructurant et anti-char‘ia des Sultans mamelouk et fait dans ce contexte état des abus des émirs et des Sultans et les répercussions que leurs agissements ne manquaient pas d’avoir sur le commun des égyptiens. et traditions égyptiennes au temps des Mamelouks. A l’instar de la plupart des auteurs contemporains. Muhammed Zaki Hassan dans son livre « les voyageurs musulmans au moyen âge » traite surtout des aspects sociaux.

pour le Maghreb l’incontournable Ibn Khaldoun et Saqti. Ainsi se trouvent donc résumées les attitudes des jurisconsultes les plus marquants en droit musulman tel Chirazi. c’est de revenir sur l’histoire des cités musulmanes du temps des ayyoubides et des Mamelouks et d’en retracer l’évolution. 351 . Il multiplie les références historiques d’Orient et d’Occident pour comparer les définitions et établir une définition générale à partir de laquelle le rôle du muhtasib dans les marchés et la société est déterminé. Al Jawbari. mais toujours. L’ouvrage plus ou moins spécialisé de Nicolas Ziada. . que son but à travers la hisbah. l’explosion démographique et un sens de plus en plus aigu de l’immédiat que les théologiens attribuent au manque de piété et à l’écart de plus en plus prononcé vis à vis des textes et sources de la Chari‘a. Al-hisbah wa-llmuhtasib fi-l-islâm consacre à la seule question de la hisbah un long chapitre. à savoir l’expansion des villes. par rapport à l’Etat qui lui en attribue la charge. Ibn Bassam. Ibn Al-Ukhuwwa et Ibn Abdel Hadi pour la partie orientale du monde musulman et. un peu à la manière de Behrnauer et de Raymond. L’auteur annonce dans son introduction.Ces témoignages concordent néanmoins pour établir un fait. Dans la première partie théorique Nicolas Ziada revient sur l’évolution que connut la notion même de hisbah. Ziada part en effet de la situation des marchés à travers l’ensemble de l’Egypte en marquant pour ainsi dire le territoire de prédilection du muhtasib comme représentant de l’Etat.

Ce point fait naturellement l’objet de controverses et bien des historiens musulmans ne partagent pas cette conviction en soulignant notamment la particularité morale et religieuse de la hisba. selon lui. les sources bibliographiques de Ziada ne se limitent pas à ces seuls auteurs puisqu’il expose aussi les points de vue d’Ibn Jam‘a. Ziada fait donc dans une première approche le tour de la question à travers les écrits les plus consacrés et les plus cités puisqu’il s’agit des manuscrits et des traités qui sont les plus notoires. L’un des apports de sa contribution est d’avoir su distinguer l’Ihtisâb comme principe général de la hisbah comme pratique administrative. Ibn Abderraouf et Jarsifi (Omar Ibn Abbas). Ibn Abdoun Al-Ichbili. Ziada y voit en fait une continuité et établit un rapprochement avec des systèmes de contrôle très anciens. à contrôler les marchés comme le muhtasib musulman dont notamment –tâche importante – le contrôle des poids et mesures et la qualité des produits exposés à la vente. ce qui est de 352 . la remontant jusqu’à l’histoire grecque.Toutefois. N. Suite à l’exposé des diverses définitions. Ibn Taymiyya. Il la compare aussi à la fonction de l’Agoranome qui consistait. Ainsi le quatrième chapitre a été consacré à une discussion théorique de la hisbah. Ghazali et Mawardi. et ce avant de se consacrer à l’étude de la hisbah et du muhtasib proprement dits. des marchés villageois et ruraux qui ont aussi leur spécificité . Ziada étudia les marchés islamiques et fait état de leur dynamisme et leur caractère social. en distinguant toutefois les marchés urbains. très important.

Addawla-l-mamloukiyya. économique et militaire. les diverses formes de spéculation et 353 .nature à la différencier des autres institutions « humaines ». D’autres études nous ont été également utiles. attarikh assiyasi wa-l-iqtisadi wa-l-‘askari : « L’Etat mamelouk . L’auteur accorde aussi une place de choix aux rivalités mamelouk et à leurs répercussions sur la vie économique et sociale. Antoine Khalil Dhawmat s’est intéressé également à l’époque mamelouk mais de manière qui a dépassé le seul cadre descriptif. » tente en effet de relever les principales caractéristiques de ce mode de gouvernement. La contribution de Ziada est néanmoins particulièrement intéressante pour l’analyse théorique qu’il fait de la hisbah et notamment pour ce parcours qu’il fait de son évolution à travers l’histoire. du fonctionnement de l’Etat auquel il reconnaît en priorité le caractère très militariste et ses institutions dont la hisbah. à l’instar de tous ceux qui ont traité de la hisbah d’un point de vue pratique. ainsi le livre de Marzuq sur le sultan Qalaoun nous donne effet une idée sur l’organisation de la vie sociale en Egypte et les détails de la vie quotidienne . un accent assez prononcé sur l’organisation des marchés et les attributions du muhtasib dans ce domaine. au sens de temporelles. histoire politique. avec toutefois. Ali Mazaheri traite pour sa part dans la vie quotidienne des musulmans du moyen âge de ces mêmes aspects mais sans pour autant axer son étude sur le rôle du muhtasib. ce qui en éclaire nécessairement le fonctionnement. Plusieurs phénomènes. Son étude. dont notamment la politique des prix.

on l’imagine bien. c’est-à-dire du commerce puisque telle était l’activité principale. Le passage de la pensée chiite. résulte tout autant de l’essor économique des premières étapes que du désir mamelouk de donner une nouvelle tendance à la pensée religieuse qui sera de nature à soutenir leur idéologie militaire et leur action politique. Hamza Abdellatif étudie pour sa part dans « Al-haraka-l-fikriyya fimasr fi-l-‘asrayn al-ayyoubi wa-l-mamlouki. ne correspondent ni au fond ni en forme à ceux du pays qu’ils ont gouverné. notamment en matière théologique et juridique. Il établit que les Mamelouks avaient de fait donné un coup de fouet et aux institutions et à la vie culturelle dans son ensemble . même si elle ne se distingue en rien des autres études historiques quant à la nature et le fonctionnement de l’Etat mamelouk. s’expliquent par des facteurs politiques immédiats. résulta en un essor économique sans précédent en Egypte. à consacrer cette image que nous avons des Mamelouk : des guerriers vigoureux et des gouverneurs peu soucieux sauf de leurs intérêts personnels qui. à l’évidence. L’auteur a néanmoins reconnu aux premiers mamelouks et le courage de leurs dirigeants et leur habileté politique qui. celle des Fatimides à une pensée sunnite marquée semble en effet s’inscrire dans une politique plus large de 354 . principalement les concurrences entre les émirs et le décalage croissant entre les gouverneurs et les gouvernés. L’étude générale de Dhawmat réussit toutefois. les divers mouvements et courants de pensée. dans un premier temps.l’instabilité de l’économie . « Le mouvement des idées dans les deux époques ayyoubide et mamelouk ». situation qui.

355 . il reconnaît dans l’islâm le modèle que les sociétés musulmanes sont tenues de suivre. des récits des chroniqueurs et des voyageurs. « La théorie de l’Islâm et ses directives en matière de politique et de juridiction (droit). Abdel hamid Addouri. A côté des livres d’histoire et de théologie. auteur très cité dans les écrits de droit musulman traite dans son livre Annoudhoum al-islamiyya de la même question mais en insistant sur le caractère politique des institutions et sur la nécessité de tenir dans l’étude des sociétés musulmanes du facteur à ses yeux fondamental de la religion comme composante principale de la vie privée et publique. "Addawla-l-qanouniyya wannidham assiyasi-l-islami". étudie le rapport de la religion et de l’Etat dans la société arabo musulmane en général et tente d’expliquer la marge de liberté que les Etats prennent avec la Chari‘ah mais aussi les principes islamiques de l’organisation de l’Etat et de la société. Fervent défenseur de la pensée islamique. Al-Mawdudi est également très cité et nous a été particulièrement utile dans sa manière d’aborder le rapport de l’Etat à l’Islâm dans son ouvrage Nadhariyyat al-islâm wa-nadjihi fi-siyasa wa-l-qanoun.domestication intellectuelle dont les écrits des jurisconsultes et historiens de l’époque font l’écho. nous avons également consulté de nombreux ouvrages contemporains de droit musulman. L’ouvrage de Munir Hamid Bayyati. » L’auteur réfléchit en effet sur les lois islamiques qu’il étudie du point de vue du droit et de la société.

en général. qui. notamment le Ta’zir qui signifie en gros le blâme .Abdelaziz Moussa Ameur nous a surtout intéressé par son livre de caractère plus théologique Alta’zir fi-chari‘ah al-islamiyya. Nous avons vu dans le corps de notre étude la question importante de la punition mais signalons d’emblée que le droit musulman. le psychologique dans le cas des lettrés supposés naturellement plus sensibles aux mots. hiérarchise les punitions et ne traite pas au même titre ceux. pour ainsi dire. savent et ceux qui ne savent pas. 356 . Le Ta’zir n’est pas restreint aux seuls lettrés mais il est généralement très conseillé dans leur cas. rien de nouveau mais son analyse nous paraît très approfondie comme il est aussi riche en exemples historiques et en citations religieuses. à savoir l’égalité sociale devant la loi dont l’Islâm fait un principe de base. celle-ci doit surtout passer par le moral. Là où la répression doit passer par le physique dans le cas des illettrés. L’auteur revient sur un thème très consacré dans les écrits théologiques et juridiques . issu de la Chari‘ah. Attakafil al-ijtima’i fi-l-Islam de Mohamed Lahra. en fait. Nous avons également consulté parmi bien d’autres ouvrages. Cet aspect est particulièrement intéressant pour l’étude du rôle du muhtaseb et les moyens de répression dont il dispose. Le livre ne contient. dans leur manière de traiter avec les intellectuels (les lettrés en général) contrevenants. méthode que l’Islâm conseille au muhtasib et aux religieux.

Abdelkader Ouda traite du droit pénal en Islâm et le compare avec le droit temporel. L’auteur expose les points de vue des anciens jurisconsultes et leur conception du droit mais aussi de l’ensemble de la société et des lois qui la régissent. traite de la position de la femme et du droit qui lui est relatif. ce qui n’est pas sans relativiser son importance même si nous y trouvons exposées les différences entre le droit de Dieu et celui des hommes. le contrôle et le ta’zir. membre à part entière de la société.Ahmed Fouad Bahini traite pour sa part d’un autre aspect de la punition en Islâm : les hudud. Ces dernières sont surtout réservées aux délits relativement graves. l’Islâm accorde à la femme. La Chari‘ah en spécifie la nature. A partir de 357 . L’ouvrage n’échappe cependant pas à la nature théologique de son propos . à ce niveau. A travers des exemples et des témoignages. Les points de vue des jurisconsultes sont. en fait relèvent plutôt de la justice et non pas la compétence du muhtasib spécialisé dans l’admonition. des droits que bien des législations temporelles ne parviennent pas à lui accorder. l’objectif et les moyens et le muhtasib doit en tenir compte dans la mesure où sa fonction s’arrête à ces limites . Enfin le livre très intéressant de Mustapha Sibia Al-mar’a fi-l-fiqh wal-qanoun. Contrairement à une idée très répandue. divergeant mais c’est à travers ces mêmes conceptions que se dégage la situation sociale et juridique de la femme. les hudud. l’auteur tente en effet d’établir la force de la Chari‘ah tout autant que sa technicité en matière de droit. Dans son livre Attachri ‘ al-Jina’i-l-islami muqaranan bilqanoun el wadh’i il se consacre à l’étude de ces deux types de droit et notamment sur leurs différences.

L’ouvrage intègre la comparaison de deux types de conceptions de la femme et de ses droits . révèlent les détournements que seul le retour aux textes originels semble. Le livre offre d’autre part l’avantage de situer les débats des jurisconsultes dans leurs contextes historiques respectifs . ce qui assigne à son ouvrage une valeur scientifique que n’ont pas les livres théologiques. à travers le cas de la femme. conceptions qui. les principes conducteurs du droit. L’ouvrage particulièrement documenté de Milliot nous a été particulièrement riche en informations. Milliot expose les divers points de vue des jurisconsultes et l’évolution du droit musulman mais aussi les différences entre les diverses interprétations. pouvoir éviter et en expliquer les motivations. Son analyse du droit musulman est naturellement très technique mais l’auteur tente en effet d’étudier très profondément le système juridique de l’Islâm et la conception générale de la société ainsi que l’organisation même du fiqh.là. Al-qanoun. 358 . la justice du droit musulman. l’auteur tente de spécifier ces droits et d’expliciter. Riche aussi en comparaison avec le droit temporel. par opposition au fiqh. selon l’auteur. s’apparente à la pensée juridique moderne. si elles ne sont pas toujours contradictoires. reflet tout autant du souci social et moral de l’Islâm que des efforts et du statut des Ulémas à qui il revient d’analyser la Chari‘ah et d’en dégager par l’Ijtihâd. Milliot voit dans certains aspects du droit musulman une continuité historique avec les civilisations très anciennes.

jurisconsultes » est très étudié mais aussi celui du cadi «juge » et du muhtasib qui constituent selon l’auteur.Le rôle des fuqaha « Ulémas. la personnification de la Chari‘ah. qui étaient soutenues en Egypte. Abderrazzaq Ahmad a soutenu une thèse d’Etat sur « la femme au temps des Mamelouks en Egypte » où il est revenu. donc en langue française et celles. Les thèses et les travaux de recherche. L’époque de Barsbay est l’une des plus intéressantes car elle marque l’extension du phénomène du monopole de la seule gestion politique au commerce. De nombreux travaux ont de fait porté sur la période mamelouk. Tels sont donc les principaux ouvrages que nous avons longuement consultés dans notre souci de parvenir à une définition précise de la hisbah et de l’ihtisâb et de voir et analyser son fonctionnement dans la société égyptienne au temps des mamelouk. donc en langue arabe. de loin plus nombreuses. L’abus dans tous les sens du terme devenait monnaie courante et l’Egypte entama le début du XVème siècle avec des conflits de plus en plus prononcés et une mainmise mamelouk de moins en moins scrupuleuse. Ahmed Darraj a étudié dans sa thèse. L’auteur a traité du système fiscal et du monopole. la période de Barsbay notamment dans son aspect économique et politique . « l’Egypte sous le règne de Barsbay ». Nous avons consulté de nombreuses thèses consacrées de manière directe ou indirecte au fonctionnement du système mamelouk dont nous citons ici celles qui nous ont le plus intéressé en distinguant celles qui étaient soutenues en France. de manière très 359 .

Dans « Aswaq al-qahira mondhou-l-asr al-fatimi hatta nihayat ‘asr al mamalik ». ». il démontra ce faisant le caractère très militaire et particulièrement autoritaire du pouvoir mamelouk et les effets de la prépondérance de l’armée dans la vie politique. très opposés . c’est-à-dire les égyptiennes. nous avons été intéressés surtout par la thèse de Mohamed Sghaïer Abdellatif. comme son nom l’indique. et les pays du sud de l’Europe. plus glorieux.documentée et très détaillée sur la situation sociale. traite des conditions générales des échanges commerciaux entre l’Egypte à la fin des ayyoubides et le début. La thèse du Cheikh Amine Mohamed Awadhallah est de caractère plus économique. les femmes ‘‘sultanes’’ – femmes du Sultan. des émirs et des grands officiers exclusivement mamelouk et les femmes du peuple. « Les marchés du Caire depuis les Fatimides jusqu’à la fin de l’époque mamelouk » traite des marchés. ce 360 . de leur dynamisme. « Les rapports commerciaux entre l’Egypte et l’Europe du sud à l’époque Ayyoubide et sous l’Etat mamelouk bahride » qui. Ibrahim Hassan Saïd a étudié dans « Al-Jaïch fi-‘asr Salatin almamalik ». leur évolution et des phénomènes sociaux qui l’entourent . le rôle et la position de l’armée. bien entendu. « L’armée à l’époque des Sultans mamelouk ». économique et juridique de la femme. Les officiers mamelouk jouissaient en fait de plusieurs privilèges et leur pouvoir était très étendu. du règne mamelouk. Il y distingue principalement deux catégories de femmes aux statuts. Pour les thèses égyptiennes. « Al-‘alaqat attijariyya bayna masr wa-urubba al-janoubiyya fi’asr al-ayyoubiyyin wa dawlat al-mamalik-albahriyya.

Admettre son caractère bureaucratique. En cela aussi réside son salut. En conclusion nous pouvons dire que le pouvoir mamelouk n’a pas initié la dépendance nationale et n’a pas été le premier à gouverner par la force des armes.qui éclaire certains commerçants et. il constitue une continuité au Proche et au Moyen Orient. d’un rôle et d’un statut assez confus celui du muhtasib. 361 . plus intéressant. d’autant plus qu’il n’est pas dans notre idée de traiter plus de la politique que de l’économie et de la société à partir d’une position. c’est aussi reconnaître qu’en plusieurs points. il ne diffère donc pas de ceux qui ont gouverné les contrées musulmanes. En cela. la politique des prix qui nous traduit de manière très intéressante la politique économique et fiscale du pouvoir mamelouk.

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« Ici se postait le muhtasib 1»
« Les quatre anciennes portes du Caire, à l’entrée de la ville, témoignent aujourd’hui encore de la splendeur d’autrefois.
1

Traduction de l’article paru dans le quotidien ‘‘ Al-Ahram’’ du 11/6/1984 en page 6.

380

Parmi elles, la porte dite « Bawwaba Matawalli », anciennement appelée « Bab Zuaïla »éponyme d’une tribu d’Afrique du nord et qui devint par la suite la porte Matawalli, c’est à dire ‘‘ celui à qui a été dévolu la hisbah’’, autrement dit ‘‘ la porte du muhtasib’’. Elle se situe à côté de la plus ancienne porte du Caire qui vit la cérémonie du triomphe d’Al Nasser Mohammed ibn Qalaoun et son armée victorieuse. C’est là, aussi, que fut suspendu le cadavre du sultan Touman Bay, assassiné en 1517 par les Ottomans. Cette porte Matawalli a toujours été associée au mois du ramadan, à ses nuits de veille et à son animation nocturne. Par sa position centrale dans tout le sens du terme, le soir, elle se transformait en un grand bazar où toutes sortes de marchandises, d’aliments et de pâtisserie etaient exposées. Comme point névralgique, le muhtasib l’avait choisie en tant que siège pour exercer son autorité, veillant à l’ordre et à la moralité. Sa justice était expéditive et sans appel. Assis près de la porte, il surveillait les allants et les venants et notamment les bouchers et les porteurs d’eau. Gardien de la religion, il ‘‘jugeait’’ aussi ceux qui transgressaient le jeûne. Gardien de la morale publique et des bonnes mœurs, le muhtasib était d’abord le signe d’une présence ».

Recommandations d’un muhtasib1 «Qu’il ait un regard sur tout, du plus petit au plus grand, sur tout ce
qui se mesure et se pèse, sur ce qui incite au bien et permet d’éviter le mal,
1

ALI IBRAHIM Hassen, ‘‘ Histoire des Mamelouks bahriyyah’’, Miss. 364, Paris, National, p.306, d’après une citation extraite de l’ouvrage de ‘UMARI, ‘‘ Les indications’’, p.124-125

381

sur ce qui est commercialisable et ce qui ne l’est pas, sur ce qui permet de rapprocher du Paradis et éloigner de l’Enfer. Qu’il ne cesse de rappeler à l’ordre et qu’il ne se laisse pas envahir par le découragement. Il doit être vigilant pour tout ce qui se fait et ce qui se dit. Il doit veiller au bon poids et à la bonne mesure en ayant toujours à portée de mains ses étalons. Qu’il lutte sans concessions contre la fraude, car bien des maux y sont associés a ce fléau. Qu’il ait de fidèles assistants qui le suppléent et l’informent correctement afin d’éviter l’injustice. Qu’il contrôle la monnaie celle qui se frappe et celle qui a cours. Son inspection doit aussi s’étendre aux divers produits et médicaments mis en vente, qu’il interdise toute potion suspecte et que ne soit mis sur le marché que les produits figurant sur les ordonnances des médecins attitrés. Qu’il dénonce les charlatans, faux guérisseurs et consorts et qu’il les sanctionne sévèrement. Les fraudeurs doivent être flagellés publiquement et exposés de manière à dissuader ceux qui seront tentés d escroquer les gens. Les auteurs d’innovations blâmables devront aussi faire l’objet de poursuites et de sanctions ».

TABLEAU I Le premier Etat mamelouk

382

Liste des sultans Bahrides

Mo‘iz Aybak Turkmani 1257 – 1258 de J.C Al Mansour Ali ibn Aybak Al Mudhafar saïf eddin Qutz Ad daher R.D. Baybars Saïd A.M. Mohammed Baybars ‘Adel saïf eddin Salamat Baybars ( Il régna quelques mois seulement ) Mansour S.D. Qalaoun Achraf S. D. Khalil Al Malek Awhad Biadra An naceur Mohammed Qalaoun ‘Adel Z.D. Katabgha Mansour H.D. Lajine Modhaffar R.D. Baybars Jackenkil

1250 - 1256 de J.C 1258 – 1259 de J.C 1259 – 1277 de J.C 1277 –1279 de J.C 1279 – 1279 de J.C 1279 – 1290 de J.C 1290 – 1293 de J.C ( 1 jour ) 1293 – 1294 de J.C 1294 – 1296 de J.C 1296 – 1298 de J.C 1308 – 1309 de J.C

An naceur Mohammed Qalaoun ( de nouveau ) 1298 – 1308 de J.C An naceur Mohammed Qalaoun ( troisième fils ) 1309 – 1340 de J.C Mansour J.D. ibn An naceur Mohammed qalaoun 1340 – 1341 de J.C Achraf ‘Aladdin Naceur Mohammed (Quelques mois seulement ) 1341 – 1341 de J.C

383

TABLEAU II

Le deuxième Etat mamelouk
La période circassienne Sultan Barqouq J.C Salah Amir Haj Sultan Barqouq ( à nouveau ) J.C Mansour Abdelaziz Barqouq ( Il a régné quelques mois ) Sultan Farag (Khalifa Mosta‘in Quelques mois seulement ) Mo’ayyed Cheikh Dhahiri Modhaffar Ahmed ibn Cheikh Dhahiri ( Il régna quelques mois ) At taher Abu Saïd Qatar Sultan Achraf Barsbay Youssef Barsbay
1

1382 –1388 de 1388 – 1389 de J 1389 – 1398 de J.C 1398 –1405 de 1405 – 1405 de J.C 1405 – 1412 de J.C 1412 –1412 de J.C 1412 – 1421 de J.C 1421 – 1421 de J.C 1421 – 1421 de J.C 1422 – 1437 de J.C 1437 – 1438 de J.C

Naceur Farag Barqouq

(quelques mois )

Salah N.D. ibn Mohammed At Taher (quelques mois ) 1421 –1421 de J.C*1*

L’année 1421 a connu la succession de quatre sultans ; Ce qui témoigne de l’instabilité politique, des guerres de clans et de rivalités au sein d’une même famille mamelouk. Cette période est suivie de celle de Barsbay qui ramena la stabilité pendant une période de plus de quinze annnées.

384

Sultan Jouqmouq Othman ibn Jouqmouq Achraf S.D. Inel Mou’ayyed Ahmed ibn Inel Sultan Khakadjan Addhar Nusr Balbay Sultan Tamarbagha Addaher Khayrbak Abu Nasr Qaytabay An naceur Mohammed Qaytabay Sultan Qounsoua An naceur Mohammed Qaytabay Addaher Abu Saïd Qoundoua Achraf Yashbak Sultan Toumanbay I Sultan Al Ghouri Sultan Toumanbay II ( quelques mois ) ( un mois ) ( quelques mois ) ( quelques mois ) ( quelques mois ) (Quelques mois )

1438 –1453 de J.C 1453 – 1453 de J.C 1453 –1460 de J.C 1460 – 1460 de J.C 1460 – 1467 de J.C 1467 – 1467 de J.C 1467 – 1467 de JC une seule nuit 1467 –1496 de J.C *1 1496 – 1497 de J.C 1497 – 1497 de J.C 1497 – 1498 de J.C 1498 – 1499 de J.C 1499 – 1500 de J.C 1501 J.C 1501 – 1516 de J.C 1516 –1517 de J.C

Tableau III

1

A l’instar de l’année 1421, l’année 1467 a également connu la succession de cinq sultans. A cette période succéda le long règne de Qaytabay assurant une certaine stabilité.

385

Noms de quelques Muhtasibs ayant exercés sous les Mamelouks ( Leur nombre indique l’instabilité de l’emploi ) 1 – Madj eddin ibn Aïssa ibn Al-khachab 2 - Ibn al Atrouchi 1 3 - Ibn Khaldoun 4 - Djamal eddin Al ‘Ajmi 5 - Najm eddin ibn ‘Arabi 6 - Ibn al Burji 2 7 - Charaf eddin Damânini 8 - Ibn al Burji 9 - Cha ‘ban ibn Mohammed al Ahmari 10 - Al Maqrizi 11 - Al ‘Ayni 12 - Al ‘abtadi 13 - Al ‘Ayni 14 - Djamal eddin ibn Omar 15 – Al Maqrizi 16 – Shams eddin Achâdilï 17 – Al ‘Aynatabi 18 – Al amîr al muhtasib Mantali Jukha 19 – Badr eddin ibn al Ajmi 20 – Achamchâni 21 – Al ‘aytabi 22 – Al ‘Ayni
1 2

de 678 à 699H /1300 J.C 749 H /1349 J.C 786 H/ 1384 J.C 789 H/ 1387 J.C 789 H/ 1387 J.C 794 H / 1391 J.C 799 H/ 1396 J.C 799 H/ 1397 J.C 800 H/ 1397 J.C 801 H/ 1398 J.C 801 H/ 1398 J.C 802 H/ 1399 J.C 802 H/ 1399 J.C 802 H/ 1399 J.C 810 H/ 1407 J.C 815 H/ 1412 J.C 819 H/ 1416 J.C 816 à 820 H/ 1417 J.C 824 H/ 1421 J.C 830 H/ 1426 J.C 835 H/ 1431 J.C 855 H/ 1451 J.C

Il fut lapidé par la foule à cause de ses extorsions. Il fut révoqué par Barqouq à cause de la révolte occasionnée par sa politique des prix et de la vie chère. Il fut destitué de sa charge.

386

C B.C 921 H/ 1515 J.23 – Abul Mahâsin 24 – Al Badri badr eddin ibn Mazhad 25 – Kisyâi 26 – Azayni Barakât 879 H/ 1474 J.C 891 H/ 1486 J. Système de translittération des caractères arabes 387 .C 892 H/ 1486 J.

( même devant les lettres solaires ) Voyelles brèves _ u aw _ a ay  i iyy  î   â Voyelles longues Diphtongues  û 388 .et l. =a =k  =b =l  =t =m  = th =n  =j =h  =h =w  = kh =y  =d  =d  =r  =z  =s  = ch  =s  =dh  =t  = dh  =‘  = gh  =f  =q        Articles al.

Planche II 389 .

… 26 I ..… .. ..49 / Fondements et attribution de la charge 54 CHAPITRE III Hisbah et Muhtasib………………………………………………….…1 CHAPITRE I Lechamp religieux…………………………………… ……….19 Le sacré 23/ Le vécu 24 CHAPITRE II Le champ islamique………………………………………./ le concept de hisbah../ La hisbah 45.65/ Etendue et limites du muhtasib.La notion de « Ummah » ou entité transéthnique 27 II – La chari’ah et ses fondements……………………..57 Evolution de la nature de la hisbah..32 Généralités 32/ la systématique juridique en islâm 34/ L’esprit du droit islamique et notion d’ihtisab 38/ L’ihtisab et la hisbah 41 L’évolution du concept d’ihtisâb 43.TABLE DES MATIERES Introduction……………………………………………… ….82 390 73 .69 CHAPITRE IV Aperçu sur la hisbah en Egypte jusqu’à l’ère mamelouk…… CHAPITRE V Les Mamelouks et la hisbah……………………………………..61/ La hisbah : une fonction administrative..68/ Le Muhtasib : « une fonction à hauts risques.

….90 B-Les Mamelouks circassiens ou jarkas……….……133 391 .129 III Comparaison de la hisbah avec d’autres institutions judiciaires 1 – La hisbah et le Diwan al-madalim ( Cour des abus )……132 Les points communs……………………………..Comparaison de bahride………………… la période jarkas d’avec la 103 108 ….101 / Au niveau des Mamelouks Sultaniyya 101 4).... 112 a) la fonction de la hisbah et son évolution……………. 83 2) – L’avènement au pouvoir des Mamelouks A-Les Mamelouks bahriyyas ou maritimes…….112 b) Les limites d’application de la hisbah…………… c) Le muhtasib et le contrôle de l’appareil judiciaire… d) Les dysfonctionnement de la justice………....….…124 Sanction morale et sanction matérielle…………….Les caractéristiques de l’Etat mamelouk………………82 1) – Les origines des Mamelouks…………………. .126 131 Les fouqaha et les peines discrétionnaires…………….. 108 II – Les structures administratives de l’Etat………… 1 – Une administration militaire hiérarchisée…… Les diwans 109/ De la corruption110 2 L’institution hisbah………………………………….………133 les différences…………………………………….I... 114 116 119 Le pouvoir de sanction du muhtasib………………………….………124 Al-Ta’zir ( peine discrétionnaire )……………… 4 5 – L’efficacité des arrêtés et des ordonnances…………….90 Les dissensions internes 92 / L’origine des Mamelouks jarkas 93 Les Mamelouks jarkas sortent de leurs remparts 95 3) Les caractéristiques du pouvoir mamelouk A) Le caractère bureaucratique……………………98 B) Les conflits internes………………………… 99 Au niveau du pouvoir.

140 Ambiguité et confusion entre les deux institutions ….……186 3 – Les enturbannés ou « gens de plume »……………… 4 – Les dhimmis……………………………………… .……171 2 – Les écoles coraniques……………………………….136 les points communs……………………….173 3 – Les souks (marchés)………………………………..152 I Les attributions sociales………………………………...…159 2 – Les évolutions urbaines : exemple de la ville du Caire……....137 3 – La hisbah et la police……………………………….……......161 3 – Les hôpitaux.……..……180 Les Mamelouks 181 L’élite intellectuelle183 Les commerçants 184 Le petit peuple184 1 – Les Mamelouks sultaniyya……………………….....……………136 Les différences……………………………………….……167 4 – Le contrôle des « asbilah » et des bains…………………169 III La vie culturelle……………………………………………….les écoles 3. la santé et l’hygiène public…………….………159 1 – Généralités…………………………………………….176 IV Les couches sociales……………………………………...140 4-Le muhtasib titulaire et le volontaire « mutatawwi‘ »… 143 IV Les institutions cultuelles et les structures idéologiques 1. 392 145 145 147 147 187 191 ...2 – Le muhtasib et le cadi………………………………….….……185 2 – Les petits Mamelouks……………………………..153 II Le développement social……………………………….les ulémas CHAPITRE VI Le muhtasib et la vie sociale……………………………………..……..170 1 – La mosquée…………………………………………..Les mosquées 2.….

5 – Les ‘uribans (bédouins)……………………………… 194 6 – Les commerçants……………………………………… 196 Les Ahl Yasâr ( les nantis ) 196/ Les petits commerçants et les artisans 200 7 – « Les harafichs » ou démunis……………………… 8 – Les femmes…………………………………………… Les femmes sultanes 204/ Les femmes « ordinaires »206 / Les femmes actives 208/ Les femmes du peuple 209 V Le muhtasib en période de famine 212 201 203 CHAPITRE VII Le muhtasib et la vie économique………………………………215 I – Diversité et évolution du rôle économique du muhtasib 216 1 .220 Le muhtasib.Attributions multiples……………………………….216 2 – Evolution de la fonction du muhtasib……………….238 1 – Controverses………………………………………… 238 393 226 228 .... 233 2 – L’organisation et le contrôle des métiers…………….233 1 – Le contrôle des poids et mesures…………………….226 1 – L’industrie…………………………………………… 2 – Le commerce : De l’essor à l’agonie Une source de confort et de luxe 228/ Le monopole 229 / La Monnaie 230 3 – La bureaucratie………………………………………. homme clé du système économique 220/ Problèmes nouveaux et adaptations nécessaires 221/ La politique fiscale 223 II Caractères de l’économie mamelouk………………………….. 232 III Le muhtasib sur le terrain économique ……………………. 235 3 – Le transport des marchandises……………………… 237 IV Les ulémas face à la nouvelle donne économique…………..

255 VI-Le commerce extérieur……………………………………….l’ihtisab au sein du pouvoir 2.263 3 – L’essor du commerce………………………………….. 265 La responsabilité de la classe religieuse 269 CHAPITRE VIII Le muhtasib et le politique………………………………………271 I L’histisab politique A.Statut juridique et position socio-politique du muhtasib 289 Conclusion……………………………… ………………………. .260 1 – L’évolution du commerce extérieur…………………… 260 2 – Les « Qaysariyya »……………………………………..2 – La question des prix……………………………… 4 – Des diplômes d’investiture…………………… 238 244 3 La question du monopole et de la spéculation………… 242 V-Le muhtasib et la politique monétaire………………………..364 394 .les ‘ulémas et l’ihtisab 272 273 276 281 283 B.244 1 – La politique des prix………………………………….Les défaillances au sein de l’appareil du pouvoir 1.320 Les manuscrits arabes 320/ les travaux des orientalistes 331/ les ouvrages arabes contemporains 337/ Thèses et travaux de recherche 359/ Annexe II…………………………………………………………. 244 2 – La hisbah et les raisons d’un déclin…………………..300 Annexes Annexe I……………………………………………………………320 Notice bibliographique…………………………………………………….. 248 Les effets de la corruption 248/ l’ingérence de l’Etat 250/ la mushahada 251/ Emirs et hommes d’épée au poste de muhtasib 252 3 – Le contrôle de la monnaie…………………………….le peuple et l’ihtisab 3.

Tableaux 364/ planches 373 395 .

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