Édition établie par Alain Bergala Maquette : Renée Koch

La Maman et la putain Scénario de Jean Eustache

En couverture :

Françoise Lebrun, Jean-Pierre Léaud et Bernadette Lafont
© Cahiers du cinéma 1986 ISBN 2-86642-044-6 Diffusion Seuil 19, nie Jacob, Paris 5«

Cahiers du Cinéma

pour avoir été partiellement coupées au tournage ou au montage. etc.). soit qu'elles n'aient pas été tournées.AVERTISSEMENT Le texte que nous publions ici est le scénario écrit par Jean Eustache avant le tournage du film. 2. émission de radio. pour ce film. indications d'alternatives) que prennent M . ou de textes impossibles à prévoir car liés à l'actualité immédiate du jour du tournage (programmes de cinéma. de nombreuses séquences sont plus courtes dans le film que dans le scénario original. Ces différences sont de trois ordres. nous avons modifié le numéro des séquences pour conserver une numérotation continue malgré la disparition de certaines d'entre elles. Une différence quantitative importante. le plus grand respect du texte qu'il avait écrit. soit que Jean Eustache les ait supprimées au montage. Par ailleurs. Un certain nombre de séquences qui avaient été écrites ont disparu dans le film terminé. 1. On sait par divers témoignages qu'il exigea de ses acteurs. En conséquence. parenthèses. Nous avons fait le choix de supprimer dans cette édition du scénario original toutes les séquences et tous les fragments de séquences qui ne figurent pas dans le film terminé. le texte attesté dans le film terminé présente quelques différences avec le scénario original. Néanmoins. Nous avons respecté les différentes formes (points de suspension. Le scénario original laisse quelquefois ouverts pour le futur moment du tournage un certain nombre de choix.

dans le scénario original ces choix ou ces éventualités laissés en suspens. non programmés dans le scénario original. etc. mais qui nous ont semblé significatifs.. ainsi que le texte de certains rajouts de tournage. très souvent. Le texte effectivement prononcé par les acteurs dans le film diffère légèrement. L'éditeur. nous avons reproduit en note le texte des passages laissés « en blanc » par Jean Eustache dans le scénario original : chansons. émission de radio. 3. . Il s'agit le plus souvent de minimes différences de détails dues sans doute à d'ultimes modifications au moment du tournage. C'est le texte du scénario original et non celui attesté dans le mot à mot du film que nous reproduisons ici. A chaque fois que cela nous a paru important. du texte écrit dans le scénario.

Paul Laine. Françoise Lebrun : VERONIKA. Le garçon se réveille brusquement. Une femme lui ouvre. Un couple dort. Oui. Il se lève doucement pour ne pas réveiller la femme qui dort près de lui. Non. Format copie standard : 35 mm. Alors fais attention. Interprétation : Jean-Pierre Léaud : ALEXANDRE.M. Oui. fait une toilette rapide. le clignotant gauche ne marche pas. Immédiatement il tend la main vers une montre et regarde l'heure comme si en dormant il n'avait pas cessé de penser à son réveil. merci. A un étage inférieur il frappe à la porte d'un autre appartement. Il prend la voiture et parcourt des rues assez peu encombrées. Tu sais où sont les papiers. Format du tournage : 16 mm. Son : Jean-Pierre Ruh. Rémy Duchemin. Tu n'en as vraiment pas besoin. Ça va. Producteur : Pierre Cottrell. V. Il parle très bas. Voilà les clés. Image : Pierre Lhomme. bien sûr. Scripte : Irène Lhomme.GÉNÉRIQUE La Maman et la putain Scénario et réalisation : Jean Eustache. en chuchotant. Dehors il fait soleil. il . Bernadette Lafont : MARIE. ainsi que : Jacques Renard : l'ami d'ALEXANDRE. comme au mois d'août ou le dimanche matin. d'un bond. Durée : 3 heures 40. Production : Elite Films. s'habille et sort. Simar Films. Il ne descend pas. Productions. Les Films du Losange. VOISINE. Un lit. devant un lycée. ALEXANDRE. T U peux me prêter ta voiture ? VOISINE. Tu sais. je m'arrange pour ne pas tourner à gauche. Moi j'ai un système. ALEXANDRE. Des piles de disques plus ou moins désordonnées. Denise de Casabianca. Cinéquanon. Il passe dans la salle de bains. Jean-Noël Picq : l'amateur d'Offenbach. On y reconnaît l'album de Charles Trenet voisinant avec Don Giovanni. Montage : Jean Eustache. Isabelle Weingarten : GILBERTE. Il range la voiture dans une rue de Paris. Assistants-réalisateur : Luc Béraud. ALEXANDRE. D'accord . Jean Douchet : l'homme du Flore. un electrophone. SEQUENCE 0 Une chambre. Près du lit. Noir et blanc. On voit le jour à travers les rideaux de la fenêtre.

attend, il observe. Dans la rue passent des jeunes gens, des étudiants. Au loin apparaît une fille. C'est elle qu'il attendait car il descend de voiture et va à sa rencontre. La fille l'aperçoit. Elle parait crispée mais sourit. Elle s'écarte des gens qui marchaient avec elle et vient vers lui.

Bonjour, que fais-tu là ? ALEXANDRE. Je suis venu assister au cours d'une vieille amie. GiLBERTE. Ça me gêne, ça m'ennuie. C'est la première semaine de mes cours. J e ne suis pas très sûre de moi.
GILBERTE.

// lui tend un paquet ; cela ressemble à un livre (si on lit le titre, ce sera : « Les Malheurs de Sophie »). Elle refuse de la tête. Il insiste.
GILBERTE. Non. ALEXANDRE.

Je t'en prie accepte. Il y a un petit mot.

Elle prend le paquet, lit le mot : « A celle qui chaque nuit vient

me réveiller par un rêve. » GiLBERTE. Moi aussi je fais des cauchemars. J e vois Marie grande comme ça.
Elle fait un geste.

J e te parle de rêve et déjà tu me parles de cauchemar. J e voulais te dire : je suis venu te chercher. GILBERTE. Non. J e ne peux pas. ALEXANDRE. Tu ne m'as pas entendu. J e suis venu te chercher. Je veux t'épouser. GILBERTE. Non. Non. J e n'en suis pas encore là. J e ne suis pas prête. ALEXANDRE. Tu n'es pas prête ? Ça veut dire que tu le seras bientôt. GILBERTE. Je ne sais pas.
ALEXANDRE.

Je ne t'ai pas beaucoup ennuyée ces derniers mois. J e ne t'ai pas couru après. J e n'ai pas cherché à t'empoisonner la vie. GILBERTE. Je sais. ALEXANDRE. Tu as eu le temps de te remettre, de réfléchir. Quel temps perdu. C'était peut-être le temps qu'il fallait pour s'en sortir, pour y voir clair. Maintenant je sais. Chaque matin, chaque jour que nous ne passons pas ensemble est un jour que nous perdons. C'est un massacre. C'est un crime. GILBERTE. Non je ne peux pas. J e ne sais pas. Tu t'en es peutêtre sorti mais pas moi. J'ai encore trop de problèmes. ALEXANDRE. On les résoudra ensemble. Il faut que tu te décides, que tu t'engages. Qu'est-ce que tu attends ? Que les choses se fassent toutes seules. Elles se font puisque je suis venu. Je ne te demanderai rien. GILBERTE. T U n'a rien à me demander. Excuse-moi il faut que j ' y aille. ALEXANDRE. J e viens avec toi. GILBERTE. Non. Je te le demande. ALEXANDRE. Mais écoute. Tu m'as invité cent fois à assister à tes cours. GILBERTE. T U n'es jamais venu. ALEXANDRE. J e viens aujourd'hui.
ALEXANDRE. GILBERTE. Non.

Elle fuit, entre précipitamment dans l'école. Il la suit. Plus tard. Ils sont assis sur un banc au Jardin du Luxembourg ou ailleurs.
ALEXANDRE.

ALEXANDRE. Ah ça suffit. // se détend.

J e ne t'ai pas beaucoup ennuyée ces derniers mois. Je ne t'ai pas couru après. Je n'ai pas cherché à t'empoisonner la vie. GILBERTE. Je sais.
ALEXANDRE.

C'est curieux. Tout était clair ce matin. Les rues étaient calmes. J'étais bien. J e venais te dire : je viens te chercher. Tu aurais dû dire : je t'attendais. Comme dans la chanson de ... je ne sais qui. Tu sais, je te sens en moi si profondément, si proche, que je ne comprends pas que tu ne sentes rien. Mais je ne te crois pas. Tu prétends que tu ne sens rien, ce n'est pas vrai, ce n'est pas possible. Tu mens. Tu joues la comédie.
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ALEXANDRE.

Non. Ne pars pas. Je peux bien te dire que je veux vivre avec toi. Que je veux te voir t'endormir, te réveiller. Est-ce si désagréable à entendre ? Je veux vivre avec toi.

/ / s'approche, essaie de l'embrasser dans le cou. Elle se contracte. Il caresse ses cheveux.

ta peau. Tu as oublié. J'aime ton cou. Dans les années que nous avons passées ensemble, j'avais progressivement oublié ton visage, l'impression que tu m'avais faite la première fois. Il a suffi que tu partes pour que je te retrouve en moi, intacte, comme au premier jour. GlLBERTE. Il fallait que je parte. ALEXANDRE. T U ne finis jamais tes phrases ; il fallait que tu partes mais pour qu'on se retrouve. GlLBERTE. Allons prendre un café. J e voudrais manger quelque chose. J'ai encore trois heures à faire.
ALEXANDRE. J e n'ai pas d'argent. GILBERTE. Je t'invite. Ils se lèvent. S'éloignent. Dans un café près du Jardin du Luxembourg. Ils sont assis face à /ace.

ALEXANDRE. J'aime

sais, j'avais pensé que tu viendrais avec moi aujourd'hui. J'avais l'intention de demander à des amis, ceux que tu aimes bien, d'être nos témoins, j'étais tellement persuadé... GILBERTE. T U es vraiment naïf. ALEXANDRE. Je me suis trompé. Encore une fois. Mais est-ce que cela veut dire que tu ne reviendras jamais ? Dans trois mois, dans... je ne sais pas. Tu ne me dis pas que tu ne reviendras pas. Tu dis que tu ne sais pas. Tant que tu ne sauras pas, j'attendrai. Dis quelque chose. GlLBERTE. J'ai envie de te dire de ne pas y compter. ALEXANDRE. Ne t'en tire pas comme ça. Réponds-moi. J e préférerais que tu dises nettement : je né reviendrai pas. Note que je préférerais que tu dises : je reviendrai. C'est comme si tu me laissais de côté en attendant de savoir si ça va marcher
ALEXANDRE. T U

ou non avec ton type. Je te pose la question autrement : tu m'aimes encore ou tu ne m'aimes plus ? GlLBERTE. Enfin, c'est ridicule. Dans quel roman te crois-tu ? Tu sais bien que ce n'est pas si simple. ALEXANDRE. T U m'aimes. Je le sais. C'est pourquoi je te demande de prendre une décision... Je t'attends depuis des mois, je suis prêt à t'attendre encore, le temps qu'il faudra. Mais toi, pendant ce temps, tu vis avec un autre type. Si tu étais seule, tu réfléchirais, on pourrait sortir ensemble de temps en temps, tu apprendrais de nouveau à me connaître, tu pourrais juger. Et le temps passant, tu saurais un jour si tu veux vivre avec moi ou avec un autre de tes amoureux. Ce serait bien pour toi. Tu serais une fille qui aurait deux amoureux. GILBERTE. Deux ? Des dizaines. ALEXANDRE. Encore mieux. Au lieu de quoi, tu hésites, tu ne me dis pas non et chaque jour tu le passes avec un autre type. Je ne sais jamais ce que tu fais, si tu fais la cuisine. Tu lui fais la même cuisine qu'à moi. Si tu bois un verre de vin, si tu passes la main sur ses cheveux. Ecoute, puisque tu ne veux pas te décider, je préfère que nous brusquions les choses. Si tu ne viens pas avec moi, marie-toi avec lui. Mariez-vous. Tu t'imagines ce que cela me coûte. Mais si vous êtes de bonne foi, si tu l'aimes, s'il t'aime comme tu le prétends, mariez-vous, je saurais alors que je n'ai plus rien à attendre. Je m'y habituerai. Que vas-tu faire, lui en parler ? D'ailleurs, peut-être en avez-vous déjà parlé. GILBERTE. Oui, nous en avons parlé. ALEXANDRE. Et alors. Il veut t'épouser, qu'est-ce qu'il veut faire ? GILBERTE. Il veut m'épouser. ALEXANDRE. Alors allez-y, qu'attendez-vous, faites, faites. Si vous hésitez, c'est que votre truc n'est pas très solide, et moi, j'attends. Si vous vous mariez, je comprendrai très bien, encore que cela ne prouvera rien, il n'est pas exclu que dans quelques années...

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Écoute. Parle-lui de ça. Dis-lui que je t'ai vue. Que je veux t'épouser. Décidez ensemble ce que vous avez à faire. J e reviendrai te voir. J e sais où te trouver. Tu me donneras la réponse.
Ils marchent. Il la raccompagne à son travail.

Ça m'a fait plaisir de te voir tu sais. J e t'aime bien. J e voudrais vraiment que tu t'en sortes. ALEXANDRE. Oui... Sans toi.
GILBERTE.

Elle approuve de la tête.

ALEXANDRE. Et avec une autre femme. Ça te soulagerait. On dit toujours ça quand on n'aime plus. (Et une autre femme qui ne serait pas Marie, ce serait encore mieux.) C'est curieux. Je n'ai pas cessé de souffrir. J e ne me suis pas accroché à toi mais à ma souffrance. J'ai essayé de la retenir pour te garder près de moi. Pour nous garder. Le jour où je m'en sortirai, comme tu dis, où je ne souffrirai plus, c'est que je serai un autre. Et je n'ai pas envie de devenir un autre parce que ce jour là nous ne pourrons pas nous retrouver. Tu sais, je ne suis pas dupe. Il y a le temps qui passe... Je ne pourrai pas lutter très longtemps contre lui. Aujourd'hui je suis venu te chercher. Si tu ne sais pas ce que tu veux il sera peut-être trop tard quand tu le sauras... Oh, et puis j'en ai assez. Je suis fatigué. Tu te souviens de ce film où Michel Simon disait : « Regardez la femme infidèle, regardez l'ami félon » avec cette grandiloquence un peu ridicule et risible que donne la plus grande douleur ou la mort. Et puis merde. J'en ai assez. Salut.
// s'en va. Elle aussi. Des gens passent.

SÉQUENCE I

Plus tard dans la journée. Alexandre et un ami sont assis à la terrasse d'un bistrot indéfinissable. Ils ont les journaux du jour.

ALEXANDRE. J e viens lire ici l'après-midi... J'ai l'intention de faire ça très régulièrement... Comme un travail. J e ne peux pas lire chez moi. Bernanos disait : « J e ne peux pas me passer longtemps du visage et de la voix humaine, j'écris dans les cafés ». Moi j'en fais un peu moins. J e viens y lire. Il disait aussi qu'il le ferait davantage si les puissantes républiques ne taxaient impitoyablement les alcools. Il faut que je me tire. J'ai un rendez-vous. Qu'est-ce que tu fais plus tard ? L'AMI. J e rentre chez moi. Passe après ton rendez-vous. Sinon ce soir...
Alexandre se lève, passe devant les cafés. Il regarde s'il aperçoit un visage connu, un ami. A une table, une fille seule le regarde passer avec insistance. Il la remarque, s'arrête. Il regarde si une table est libre auprès d'elle. Il n'en voit pas. Il n'y a qu'une chaise vide à côté d'elle. Sur la table un verre presque vide et un paquet de gauloises. Elle continue de le regarder. Il fait quelques pas, regarde la vitrine d'une boutique, il se

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ALEXANDRE. SÉQUENCE 2 Un immeuble moderne.. L'ami que l'on a déjà vu dans la séquence précédente vient lui ouvrir. les ouvrières..ne suis pas sûr.. Regarde. Je crois qu'elle a un gros cul mais je . on ne peut pas savoir. Les bonnes. Il prend la même direction. Tu veux boire quelque chose ? ALEXANDRE. des bouteilles. L'AMI. Et si j ' e n crois ta description. Va boire au goulot. Quelle question.. tout est pareil. Elle était aux « Deux Magots ». ses vêtements. J'en bois une demi-bouteille comme un rien. Alexandre la suit. l'absence de soutien-gorge. Elle a les yeux bleus. Qu'est-ce que tu fais. tu as vu ma sculpture. je l'ai suivie. je l'ai faite ce matin. Ce n'est ni une boutique. Il la voit traverser le boulevard. Leurs regards se croisent. 17 . C'est celui de son travail. Elle sourit.E.. marche à côté d'elle. Elle avait une robe marocaine et pas de soutien-gorge. Qu'elle n'y pense plus.8 à 3 heures. Tu vois ce que je dis. La fille marche. cette espèce d'égalité. J e veux lui faire la surprise (. des livres.). ALEXANDRE. Comme j'étais pressé. Elle fumait des gauloises. On finira par ne plus rien y voir. A terre des journaux.d. Il frappe à une porte en scandant ALGÉ-RIE FRAN-ÇAI-SE. Elle me plaît assez. Ne serait-ce qu'au niveau d'un regard. J e ne peux m'intéresser qu'à quelqu'un que j'intéresse déjà. Il regarde ailleurs. . Du cognac. Évidemment. De savoir ce qu'elle fait. L'AMI. J ' a i déjà fait ça une fois ». les bourgeoises. Jean Eustache a rajouté au tournage la phrase suivante : « Apparaître comme le père Noël. Elle m ' a dit de l'appeler de 8 à 3 heures. des tangos argentins. J'ai envie d'attendre quelques jours avant de lui téléphoner. Elle me l'a donné. des verres.. J e peux ? L ' A M I . Quand il revient. ni un bureau. Entre. Ce beau regard des myopes. Il ne brûle pas du tout.) . A L E X A N D R E .retourne à nouveau vers la fille. sinon je ne l'aurais pas remarquée. Fondu. Il est très bien. du whisky. quand je t'ai quitté. Elle m'a regardé. Qu'elle oublie. 16 En effet ! J'ai dragué une fille tout à l'heure. S'éloigne un peu. Elle l'a suivi des yeux. les « Deux Magots ». Elle m'a regardé avec un regard insistant. J e ne sais pas ce qu'elle peut faire. avec le nivellement. J'ai envie de me renseigner avant de l'appeler. en allusion ironique au film Le Pire Noël a Us yeux bleus qu'il avait tourné en 1966 avec le même Jean-Pierre Léaud (N. Alexandre boit.. du gin que tu peux prendre avec du London Orange Dry. C'est BRE 23-27. la libéralisation. de la musique de cirque et des vieilles chansons. Il y a du Ricard. je ne lui ai demandé que son téléphone. des disques d'opéra. Mais je crois que j'ai trouvé le roi des alcools. L ' A M I . De la même façon que je ne peux pas aimer une femme qui ne m'aime pas. L'appartement malgré sa nudité est en désordre. J'aimerais bien que ce soit une bonne. Elle s'est levée. la place de la fille est libre.. Alexandre prend la bouteille. Alexandre sort d'un ascenseur. il y a un poste. Elle est blonde. il la rejoint. (1) Ici.

. En fait. Ils sortent. ALEXANDRE L'AMI. Rien. à faire semblant. allume une cigarette. Elle est jolie. Dites-moi. Vous êtes sorti de bonne heure. Ça a marché. se remuent. Ils mangent par terre ou sur le lit.. A moins que je ne change d'avis. MARIE : Qu'est-ce que vous faites ? (off). Est-ce que vous me la présenterez ? ALEXANDRE. à se remuer. Si. (Il peut allumer la Télévision. Elle apporte quelques hors-d'œuvres et du vin. Ça a duré 20 secondes. J'ai fais des courses. J'ai eu envie de voir les rues. Ça. Parce qu'en plus de ce que j ' a i dit. Elle porte des provisions dans un sac. Marie repart dans la cuisine. De garder une histoire pour moi.. Et le lendemain ils recommencent. MARIE. MARIE MARIE. ALEXANDRE (off). J'avais décidé de ne pas vous le dire. avec leur ignoble bonne humeur. de générosité. Qu'est-ce que vous avez fait ? ALEXANDRE. Il s'assoit sur le lit. Oui. Rien. VOUS allez l'appeler. à s'engueuler.. Oui. ALEXANDRE. MARIE. Non. c'est l'avantage de Paris. Vous êtes là ? Elle vient et l'embrassé. J e ne dormais pas. On entend un bruit de serrure. les gens. Il met un disque ou allume la Télévision. J'ai dragué une fille cet après-midi. et mettre un disque). J e fais la vaisselle que vous ne faites pas.. Marie entre. VOUS n'avez pas fait de rencontres ? ALEXANDRE. On mangera plus tard.. couper le son.. Qu'est-ce qui vous a pris ce matin. Oui si elle en vaut la peine.ta L'ami enfile une veste. SEQUENCE 3 Alexandre entre dans l'appartement d'où il est sorti au début du film. J e lui ai juste demandé son numéro de téléphone. Je viens avec toi. Il fait jour et les fenêtres sont ouvertes. comme ces méridionaux. Vous voulez manger maintenant ? 18 / / la rejoint.. Personne n'y croit plus. Puis va porter le sac dans la cuisine. Ils n'essaient pas de donner le change. VOUS n'avez même pas pris un verre ? ALEXANDRE.. ils sont tristes. MARIE. 19 . Il se sert un verre. Faire un flip. ALEXANDRE.. C'est fou l'activité qu'il y a le matin dans les rues. MARIE. je ne peux rien vous cacher. C'est curieux. MARIE. Les gens travaillent. Je vais prendre un café. ils font semblant. leur espèce de chaleur humaine. font des tas de choses. va à la cuisine chercher des glaçons. prend un journal. car la nuit il n'y a plus personne. ALEXANDRE.. A travers la baie vitrée on voit un vieux quartier de Paris en démolition. MARIE. : Oui quelque chose en attendant..

C'est dégoûtant. Bonjour. Oui. Film essentiellement politique qui. Voulez-vous qu'on boive un verre un de ces jours.. MARIE. tout en dénonçant les servitudes de la condition ouvrière. VÉRONIKA. ça m'est égal. aux « Deux Magots ». qui nous fait puissamment ressentir les obsessions et les contradictions du personnage principal. Bonjour. s'efforce de définir une nouvelle conception des rapports humains. Je me souviens très bien. C'est plus franc. Alors à 4 heures. Fermeture fondu. c'est-à-dire une œuvre élaborée. Le sentiment d'être utile. ALEXANDRE.. composée. dites-moi. 155 s'il vous plaît. Jeudi ! mais c'est très loin ça. Vous viendrez je déteste qu'on me pose un lapin. On trouve une espèce de satisfaction à faire la vaisselle. // s'assoit sur le lit. Un moment de silence. MARIE. ALEXANDRE. VéRONIKA. Allô.E.d. J e regarde. Je vous aime vous savez. J e ne sais pas. son âpreté au gain. Au moins Bellemare et Guy Lux portent leur connerie sur leur figure. Oui. Non. parce que.. puis cette impression qu'il éprouve que son cerveau s'évade. ALEXANDRE. VOUS VOUS souvenez de moi ? VÉRONIKA. Aller au cinéma ? Il y a des choses à voir ? SÉQUENCE 4 Il repart. c'est Alexandre. Allô. ni exercice de rhétorique.. jeudi. 21 20 I . Il compose un numéro de téléphone.. MARIE. d'Elio Petri. Eh bien. VOUS voulez voir La Classe ouvrière va au paradis ? (il lit :) « La Classe ouvrière va au paradis. Monte le son de la télévision. VéRONIKA.~"M J'ai déjà fait la vaisselle. à 4 heures. Alexandre est seul. Que voulez-vous faire plus tard. une fois. de démence. VéRONIKA.). Revient dans la chambre. ALEXANDRE. préfère encore regarder la télé. rythmée. Cette satisfaction a quelque chose d'un peu obscène.. ALEXANDRE. Il commente certaines publicités (voir lejournal du jour). qu'il perd sa conscience d'homme. Il fait jour. vous allez bien ? VÉRONIKA. Véronika s'il vous plaît. Oui. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Puis il jette le journal. J e Le même appartement. ni reportage.. Ni tract.. Je vais bien et vous ? ALEXANDRE. la confusion de ses idées. Non ? Être content parce qu'on a fait la vaisselle. Marie l'embrasse. ses poussées de fureur. ce film est un vrai film. Il lit une critique du film en ridiculisant l'article^'. ALEXANDRE. » (N. Je suis très occupée. Il consulte la page des programmes. si vous voulez. (1) Dialogue attesté dans le film : ALEXANDRE. quand vous voulez. oui. vieux con. Vous n'avez rien à me dire ? ALEXANDRE.

tu regardes. tu la vois ? ALEXANDRE. Himmler prononce son speech sur Henry l'oiseleur en 1936.d. ALEXANDRE. maintenant regarde le plafond. Et je te vois. Pourquoi ? ALEXANDRE.. T U passes. il y a des jeux formidables. Tu connais ça. Ah oui oui. Maintenant elles se pâment devant les voitures de sport. Il y a une chaise de paralytique sur laquelle l'ami circule. les jeunes patrons. les professions libérales ont remplacé les soldats.. Et que veux-tu que je fasse ? ALEXANDRE. ALEXANDRE. Qu'est ce que c'est ? L'AMI. Je l'ai volée l'autre nuit. Après tu regarderas le plafond. Je la vois demain. T U connais le jeu de la grenouille au plafond ? Regarde dans cette revue. dans les villes et dans les campagnes se pâmaient devant les soldats. « Dans le ghetto de Varsovie. A propos. Maintenant les jeunes cadres. Rien bien sûr... Et comme toutes les imitatrices. Alors décide si je dois L'AMI. Mais peut-être que tu pourrais passer. A jeudi. Éventuellement parler entre nous. Le prestige de l'uniforme. pour remplacer Marlène Dietrich après son départ. J'ai attendu assez longtemps pour l'appeler et je me demande si je n'ai pas fait une erreur. C'est la chanteuse que les Allemands ont essayé de lancer. T U rabbins. Au revoir. hé hé la grenouille. C'est à 4 heures aux « Deux Magots ». J'ai téléphoné à la fille de l'autre jour. Il faut que tu regardes la grenouille une minute. mine de rien. Oui d'accord. Je passe. ALEXANDRE. à qui ? ALEXANDRE. 22 23 . Je ne sais pas si on a gagné au change.).. L'AMI. T U l'a volée.S. L'AMI. que fais-tu demain à 4 heures ? L'AMI. Oui. L'AMI. elle est mieux que l'original. je la vois la grenouille (il jubile). La grenouille ? // lit les légendes de certaines photos w. Oui c'est ça. ALEXANDRE. (N. J e te le dirai. Attends. Tu ne voudrais pas venir avec moi. Mais il faut que ce soit bien préparé.. Comme ça on pourrait faire front. Tu crois que c'est la meilleure tactique ? ALEXANDRE. J e viendrai.E.D. J e veux bien faire ce que tu veux. ALEXANDRE. Je regrette de ne pas avoir connu le temps où les filles. Personne en particulier. (1) Dialogue attesté dans le film : ALEXANDRE. Ils écoutent un disque de Zarah Leander. Ne rien faire à la légère. personne.ALEXANDRE. Une chaise de paralytique. Fondu. SÉQUENCE 5 Alexandre est chez son ami. ah ah. as toujours ton livre sur les S. Ils boivent comme dans la séquence 2. L'AMI.. L'AMI. ALEXANDRE. Elle a fait semblant d'être très occupée. je compte. Non. » L'AMI. Elle ne traîne rien derrière elle. J e ne sais pas. des hommes du S. Non. narguent des L ' A M I . comme si tu cherchais quelqu'un que tu connais. Regarde le plafond. Tu vas la voir apparaître. à la dernière page. regarde. // raccroche. Elle m'a donné rendez-vous demain. J e ne crois pas. A un paralytique sans doute..

N'attends pas de moi autre chose. Oui. ou ne rien dire. Que peux-tu faire ? ALEXANDRE. ALEXANDRE. ALEXANDRE. C'est pour quand ? GILBERTE.. ALEXANDRE. Vous vous occupez des démarches. GILBERTE. Tu m'invites ou pas. Et si je faisais opposition à votre mariage. Pour rien. GILBERTE. J e me souviens d'une chanson comme ça dans mon enfance. alors. // rit. De temps en temps il lève les yeux vers une horloge. Je vais me marier. A toi de décider. parler. Il essaie de lire mais lève constamment les yeux vers les passants. Oui. Il n'est pas question d'improviser.m'asseoir. J e ne savais pas que cela allait m'arriver. GILBERTE. Il suffisait de le dire. On ne sait pas encore. SEQUENCE 6 L'horloge de l'église Saint-Germain-des-Près ou du drugstore marque 15 h 50 lorsque Alexandre s'installe à la terrasse du café. rester debout. Si tu veux que je parle. ALEXANDRE. Parlons sérieusement : si je comprends bien il faudra que je t'attende plus que prévu. Alexandre lui fait signe. Oui. GILBERTE. Eh bien. Fondu. ALEXANDRE. En pleine cérémonie. Si. Tu m'invites ? GILBERTE. Si. tu me dis ce que j ' a i à dire. (incorrigible) ALEXANDRE. 24 De toute façon je plaisante. Non. Il sera d'accord.. ce qui t'arrange. n'as aucune raison. T U GILBERTE. Elle hésite un peu. c'est parfait. J e sais bien.. C'est en cours. Et tu m'aimes. J e suis là. Combien : cinq ans ? sept ans ? Quelle est la durée moyenne d'un couple ? GILBERTE. C'est pour tout de suite. J e récite. Oui. si je lui demande. Ce n'est pas valable. viens prendre un verre.. ALEXANDRE. 25 . J'allais à la librairie. Tu es vraiment. J e ne suis pas d'accord avec ce mariage ». Mais tu n'as pas quelque chose à me dire ? GILBERTE. Ça ferait de l'effet. des papiers ? GILBERTE. ALEXANDRE. A la fin du mois. J e ne voudrais pas t'embêter. Une fille qui assiste au mariage de l'homme qu'elle aime. Avant de s'asseoir il s'assure par un tour du café que Véronika n'est pas déjà arrivée. Il place ses livres et journaux sur une chaise voisine. Pourquoi ? ALEXANDRE. ALEXANDRE. Tu ne crois pas ? GILBERTE. Si tu veux. ALEXANDRE. Où vous mariez-vous ? Chez tes parents ? GILBERTE. T U passais par hasard ou tu venais exprès ? GILBERTE.. Je dis ce que tu veux. Je t'aime. Non. Il commande quelque chose au garçon. ALEXANDRE.. Mais à ce moment-là tu comprendrais peut-être que c'est moi que tu dois épouser. GILBERTE. Traversant la rue apparaît Gilberte. J e passais par hasard. le plus tôt sera le mieux. J e ne sais pas. Le mois prochain. Venir à la mairie. Dire : « J e ne suis pas d'accord. ALEXANDRE.

A ta place je contre-attaquerais. ALEXANDRE. Elle détourne la tête. Vous ferez 27 GILBERTE. Ne le niez pas. . Là tu recommences à mentir. Une profession.. Evidemment tu es plus tranquille comme ça. Tu as recommencé à vivre sans que l'angoisse t'étreigne. Peux-tu me dire que tu l'aimes plus que moi ? GILBERTE. GILBERTE. prestigieuse. On disait qu'on l'avait échappé belle.. Elle ne se laisse pas prendre. GILBERTE. T U sais bien que pour moi ça n'a pas d'importance. vous vous jetez en avant. comme la France après mai 68. Tu ne peux pas le dire. Comme la France après l'Occupation. Toi tu as toujours été très douée pour te convaincre de choses qui n'existaient pas. A mon avis vous faites semblant d'être un couple. J e préférerais que tu dises que tu l'épouses parce qu'il a de l'argent.) ALEXANDRE. GILBERTE. (C'est la vie. Tes parents apprenaient la langue française aux enfants.que des gens de sa classe.. Tu te souviens. c'est tout. ALEXANDRE.. et (bientôt). L'argent n'a jamais sali personne. Arrête de penser de cette façon. Tu n'as rien à te reprocher. Mais c'est bien ainsi... par exemple. Tout effacer. ALEXANDRE. Je me tiens sur mes gardes. GILBERTE. Tu crois que tu te relèves alors que tu t'accoutumes tout doucement à la médiocrité. 26 . Elle fait non de la tête. un jour financier. ALEXANDRE. un travailleur algérien. ALEXANDRE. T U vois bien. Tu te relèves comme la France après 68. Maintenant je me méfie.. Elle le regarde. Non. T U sais bien qu'on ne rencontre. il me serait facile de t'attaquer sur les choses sexuelles. Tu es tranquille. Oh. Ne me dis pas ça à moi. c'est comme ça. ALEXANDRE. Alors. Tu veux que je te rappelle certaines choses. Pourquoi ne dis-tu pas : « Enfin j'ai découvert l'amour ! Enfin je sais maintenant ce que c'est que l'amour ! » GILBERTE.. Un héritage culturel.. ou même un ouvrier français. J e pense à moi. Est-ce que la vie consiste à porter éternellement le poids d'une erreur qu'on a commise ? Peut-être que je n'ai pas assez payé. Tu n'es pas tombée sur un ouvrier portugais.. GILBERTE. Enfin maintenant tu as redressé le coup. Il n'a pas d'argent. J e crois que je n'aimerai jamais personne comme toi. J e l'aime différemment. essaie de l'embrasser. ALEXANDRE. Et tu deviens la femme d'un cadre (d'un technocrate). Qu'on avait eu la chance d'avoir une enfance et qu'on n'était pas sûr que nos enfants en auraient une dans ce nouveau monde où les vieillards ont 17 ans. Après les crises il faut vite tout oublier. Mon amour. ALEXANDRE. Quoi ? Regarde-moi. J e sais. Regarde-moi./ / la coupe. mais enfin pourquoi m'enlèves-tu tout espoir alors que tu ne sais même pas ce que tu veux vraiment ? Tu ne sais même pas si tu l'aimes vraiment. D'autant plus que tu sais de quel côté te garder. ALEXANDRE. J e comprends très bien. Je ne veux pas te chicaner. Et pour ne pas vous l'avouer. N'en ayez pas honte. Vous vous jouez la comédie d'un couple. Ils se regardent.. GILBERTE. comment nous sommes-nous connus ? Quelque chose a déraillé. Je pourrais le dire.. T U vas vivre avec un homme que tu n'aimes pas parce qu'il est trop difficile de vivre avec l'homme que tu aimes. ALEXANDRE. Faisaient des leçons de morale. je t'en prie.. Tu n'as rien à payer. On peut tout dire.. Il s'approche d'elle. Je t'ai menti quelquefois mais je ne me suis jamais menti. Mais ça n'a aucun rapport. Avec moi aussi tu pourrais te tenir sur tes gardes. Tu as fait attention quand même avant de tomber amoureuse. T U vois. Le parti auquel appartient ton Jules en sait quelque chose. Mais enfin je ne comprends pas.

je disais que quand Fauqueux sortirait de prison. Ah oui. Des gens aussi beaux qu'un film de Nicholas Ray. et déjà un homme est en prison pour elle. GILBERTE. 19 ans. Une petite fille grandit. On ne te voit plus. moi je trouve ça très bien. Elle n'est pas venue. Quelle heure est-il ? 10 heures.. ALEXANDRE. Elle tend sa joue à Alexandre. Et si elle est belle.. ALEXANDRE. De toute façon il n'y pas de hasard. Absolument. Qu'elle ait tes yeux. Vous pouvez demander à Chaban d'être le parrain de votre premier enfant. Les gens sont furieux-. L'affaire Fauqueux. tes cheveux. Tu te souviens de cette affaire. T U attends encore. J e me suis demandé si ce n'était pas un coup monté.. reconstituera l'affaire. L'AMI. A moins de se transformer elle-même en bourreau.... A ce soir. ALEXANDRE.. ailleurs. GILBERTE. J'ai changé de quartier. Vous bâtissez sur du pourri. L'ami s'asseoit. Non. même si ses parents lui cachent. je parie très gros qu'elle l'attendra à la sortie de prison. GILBERTE. Très nouvelle société. (à Alexandre) Je vais partir maintenant. Et je disais qu'elle aura appris. Il y a une chose qui me plaît. Elle se penche sur lui. Il se réveille. Ils se lèvent. Mais méfiez-vous. Mais Gilberte est passée. L'AMI. Un voleur et une criminelle. J e te parle de ça parce qu'une idée me venait à l'esprit. T U vas la rappeler. Comme convenu l'ami d'Alexandre passe devant le café et Us aperçoit. Le matin. Ce type recherché qui allait chaque nuit rejoindre sa femme au nez et à la barbe de la police. Au téléphone elle m'a dit qu'elle n'aimait pas les lapins. ALEXANDRE. Les familles perdent toujours. MARIE. c'est moi qui triche.. au lycée. SEQUENCE 7 Tu veux t'asseoir ? L'appartement de Marie. à propos de laquelle j'avais écrit un article. mais comme son rôle l'exige il vient vers eux. Elle ouvre les rideaux. Ils partent. Il supporte mal la lumière. qu'elle te ressemble. Elle fera son enquête. ALEXANDRE. Marie est habillée. Oui. 28 Vous partez. 29 . qu'un homme est en prison pour elle.. Il essaie de l'embrasser sur les lèvres. J e crois qu'elle est très bien. On voit beaucoup de jeunes filles avec des hommes qui pourraient être leur père. l'embrasse. T U ALEXANDRE. triches. Faites vite une fille. Gilberte s'en va. T U Elle serre la main de l'ami. Alexandre l'arrête d'un geste avant qu'il parle. Et dans 17 ou 18 ans on verra..T un couple très moderne. Tu te souviens. Alexandre dort. la petite fille qu'il avait enlevée aura 18. et Dieu veuille qu'elle le soit. C'est ça. vas bien ? L'AMI. J e ne vois pas ce qu'elle peut faire d'autre. Il est un peu surpris de reconnaître Gilberte.

Au même endroit voulez-vous. ALEXANDRE. ALEXANDRE... Il s'assoit. LA FILLE. je ne sais pas. Alexandre tend une boite d'allumettes. La fille lui demande du feu.. ALEXANDRE.. Alexandre entre au café où il a rendez-vous. Je ne vous en veux pas du tout. Excusez-moi. ALEXANDRE. / / raccroche puis recompose le même numéro. ALEXANDRE. Je dirais même que je suis très content. Elle secoue la tète. Le disque n 'est pas encore fini lorsque le téléphone sonne. Il compose un numéro de téléphone.. A 5 heures alors. Au revoir. C'est de la part d'Alexandre. Il ne voit pas Véronika. Nouveau regard entre Alexandre et la fille. Allô. . Il déguise un peu sa voix. Il jetU un regard circulaire sur la salle.Elle lui a apporté une tasse de café. VÉRONIKA (off).. Alexandre lit France-Soir. Met un disque de Damia : un souvenir. Bon. Leurs regards se croisent. Oui. Il décroche. VéRONIKA (off). A ce soir. Puis il prend un livre (?). Elle vient. // raccroche. Il est un peu en avance. Non pas du tout. Vous êtes furieux. ne l'ouvre pas. Moi je peux ce que je veux. 155 s'il vous plaît. A 5 heures. Vous êtes sûre ? ALEXANDRE. Je voudrais parler à Alexandre. regarde par la fenêtre l'hôtel d'en face. Il lève les yeux sur elle. Non. / / raccroche. Allô ! Oui. LA FILLE. J e vous prie de m'excuser. Allume une cigarette. Il la boit. Mais voulez-vous que nous remettions ça. Ce n'est pas moi. 30 31 P . Au contraire. si j'ose dire ? Avec cette petite différence que j'espère que vous viendrez. L'Hôpital xxx rue de xxx. Je vous assure que ça n'a aucune importance. Ce n'est pas avec vous que j'ai rendez-vous. C'est Véronika Osterwald à l'appareil. je suis en train de vous écrire et j'ai égaré votre adresse. SEQUENCE 8 Allô ! VéRONIKA (off). ALEXANDRE. Voulez-vous me la rappeler. Ça pourrait être vous. Marie s'en va. ALEXANDRE. Oui. Ce soir si vous pouvez. Ça n'a vraiment pas été possible. pourrais-je parler à Véronika. VÉRONIKA (off). c'est moi. Et bien. VéRONIKA (off). J'ai été retenue par une urgence. Heu. j ' y suis jusqu'à midi. Entendu. D'un geste Alexandre l'appelle. ALEXANDRE. je suis désolée pour hier mais je n'ai pu me libérer. Quand puis-je rappeler ? Pouvez-vous prendre un message ? Qu'elle rappelle Alexandre à FON 95-72. Parce que j'ai rendez-vous avec quelqu'un que je ne connais pas. La fille se lève pour partir. A deux tables de lui sur la même banquette il y a une jeune fille blonde qui correspond vaguement à la description de Véronika. ALEXANDRE.. VéRONIKA (off).. ALEXANDRE. Vous vous moquez de moi. je vous remercie. Bon je vous remercie.

J e pensais : si elle arrive 32 maintenant je vais lui parler de limonade. Si. Ça m'ennuie. VOUS . C'est un mot que j'avais presque oublié. Alexandre hésite un peu. ALEXANDRE. VéRONIKA. Par exemple on n'entend plus jamais le mot « limonade ». En ne venant pas hier... Oh non. Tout à coup je ne l'ai plus vu. choisir. Pour voir la tête que vous auriez fait. ALEXANDRE. trouvent des sujets de conversation. Excusez-moi.. VéRONIKA. Qu'est-ce que c'est ? ALEXANDRE. VÉRONIKA.. A la place qu'il vient de quitter il y a Véronika. Pas du tout. VÉRONIKA. ALEXANDRE. // s'assoit en face d'elle. Je ne sais pas. Je ne me trompe pas. VéRONIKA. Si ce que je dis vous ennuie. qu'on peut poser sur une autre. des raisons qui n'ont rien à voir avec elles. Vous avez installé quelque chose entre nous. Ou bien parler beaucoup parce que cela revient au même. ALEXANDRE. ALEXANDRE. J e crois qu'il faut se taire. du M. Elles ont un slogan : « Nous n'avons plus besoin d'hommes sous nos édredons ». Il a déclaré ça 33 . vous m'avez permis aujourd'hui de parler de votre absence. En arrivant j'avais regardé un peu partout. De la pluie. Sur le Boulevard il suit la fille. La fille sort.. Une chose comme ça. j'aime bien lui porter son petit déjeuner. VéRONIKA. Alors qu'hier je n'avais rien à vous dire. Parce qu'on peut parler d'autre chose. Elle sourit. Vous l'avez fait resurgir du passé.. J e dirais même que ça m'a arrangé. Que vous étiez partie avec lui. comme d'autres mots que l'on n'entend plus. VÉRONIKA. Elle le voit. ALEXANDRE. J'ai un ami qui pense que les femmes sont faites justement pour lui porter son petit déjeuner. Mais ça n'a aucune importance. Alors elles se révoltent. Alors vous m'avez attendue longtemps. Vous ne m'en voulez pas pour hier. Laisse l'argent de sa consommation et sort à son tour. posées sur elles comme une robe de chambre. ALEXANDRE. Je ne me serais pas trompée. savez. Vous ne connaissez pas ? C'est le Mouvement de Libération de la Femme. Comment peut-on faire ? Vous savez en général les gens. J e pensais à ça en vous attendant. vous m'arrêtez. Quel plus grand hommage peut-on rendre à un homme qu'on admire que de lui prendre sa femme. Ce sont des femmes qui en ont assez de porter le petit déjeuner au lit de leur mari.. Personne ne dit : «J'ai bu une excellente limonade à midi ». ALEXANDRE.. j'avais un peu peur de ne pas vous reconnaître. Je crois qu'elles sont très tristes. J'ai pensé que vous vous étiez peut-être trompée. J e vous ai dit : ça n'a aucune importance. J'ai attendu très longtemps. Oui. un manteau. Oui. Quand j'aime quelqu'un. se regarder en silence. ou parce qu'un homme que j'admire est amoureux d'elle. Vous ne croyez pas ? VÉRONIKA. Dehors il y avait un type qui me ressemblait. ALEXANDRE. Il s'approche.. Non. Il repart. Vous savez que je suis désolée. celui-ci ou celui-là. Elle s'arrête cherchant à nouveau du feu. Et puis je n'ai jamais compris les gens qui sans se connaître. Mais chercher les mots qu'il faut dire. les femmes me plaisent surtout pour des raisons extérieures. Il entre à nouveau aux « Deux Magots ».. Pourquoi. parce qu'elle a joué dans un film de Bresson. Et même quand je ne vous attendais plus car je restais là. Au contraire.F. Une femme me plaît par exemple. du beau temps.L. Mais c'est triste. Il y a longtemps qu'on ne m'avait pas posé de lapin. Vous n'avez pas trop attendu j'espère.LA FILLE.

Depuis elle ne peut se passer de lui. Il faut que je passe chez moi me préparer. Mardi à 1 heure.devant moi à une militante forcenée du M. VOIX D'HOMME (off). s'occuper de ses enfants. je fais des gardes. Alio. Vous n'aimez pas ? ALEXANDRE. Est-ce que Marie est là ? ALEXANDRE. J'ai cru qu'il allait se passer une scène meurtrière. Fondu. Oui. Non pas beaucoup. VÉRONIKA. ALEXANDRE.. J e suis infirmière anesthésiste à l'hôpital (Laennec). Il la fascine totalement. ALEXANDRE. Vous êtes seule ? VéRONIKA. Non. Je me laisse facilement accoster comme vous avez pu le voir. Ils se lèvent pour sortir. Non. Voulez-vous laisser un message ALEXANDRE. J'avais un studio mais c'était trop cher. Allô. Le téléphone sonne. Elle n'est pas là. Il écoute « La Belle Hélène ». Il n'y a pas de contact. C'est très mal payé. VOIX. J'ai une chambre d'infirmière sous les combles. de ses petits enfants. Non. Savez-vous si elle est à la boutique ? Alexandre s'assombrit progressivement depuis le début de la conversation. Je ne sais pas. Alors téléphonez-moi avant. Téléphonez-moi. J e ne sais pas. Vous ne quittez jamais l'hôpital alors. J e veux bien manger avec vous. Je sors. Alexandre est habillé. Mais c'est très loin ça. Elle n'y est pas aujourd'hui.. Je fais une garde ce soir en banlieue. Voix.F. Pour boire. de sa famille. Oui. VÉRONIKA. être avec des gens. ne pas être seule. Voix.. Je vais partir. Que vais-je faire d'ici là ? 34 L'appartement de Marie. C'est un nom allemand mais je suis polonaise. J'adore danser. quand je revois les gens. J'obéis. comment vous appelez-vous ? J e n'ai pas très bien compris votre nom au téléphone. VéRONIKA. Voulez-vous qu'on mange ensemble un soir où vous serez libre. La nuit. il ne se passe rien. FON 95 72 ? ALEXANDRE.. Et quand j'ai un peu d'argent. ALEXANDRE. je le dépense. ALEXANDRE. C'est du travail noir. Elle est à Paris. Téléphonez-moi mardi à 1 heure. Pour danser. J ' y habite. IPlan ALEXANDRE. Il décroche. Au revoir. où vous ne ferez pas de garde ? Ou alors je vous paie une garde pour vous emmener manger. VéRONIKA. 35 . Je n'y suis pas beaucoup. ALEXANDRE. Oui. SEQUENCE 9 VÉRONIKA. Je m'appelle Véronika Osterwald. Le matin. Vous n'allez pas dans les boîtes ? ALEXANDRE. souvent.L. ALEXANDRE. Il achève sa toilette (eau : La Bourboule). Et en fin de compte il a séduit cette fille en lui parlant de sa grand-mère qui a passé sa vie à faire le ménage. je vais dans les boîtes. A propos. Pourquoi allez-vous dans les boîtes ? VéRONIKA. Mais elle est à Paris ? ALEXANDRE. Quand voulez-vous ? VéRONIKA. Mais après. Et puis j'aime bien ma chambre.

MARIE. Vous allez bien. je vous remercie. Allô.. Tu es revenu. Le téléphone sonne.. Matin.. J'ai une bonne nouvelle pour SEQUENCE 9 A MARIE (off). Alexandre se réveille également mais ne bouge pas.. Fermeture fondu. Marie. ALEXANDRE... mais son prénom a suffi.. 11 heures.... J e vous embrasse. // raccroche.. Oui on m'a dit. Ça va bien non ? MARIE. ALEXANDRE.. Qu'est-ce que c'est ? ALEXANDRE. J e pense qu'elle sera ici demain matin. ALEXANDRE. Vous allez mieux... Vous n'avez rien compris.. J e lui ferai la commission.. que je sache.. Fermeture Fondu.. MARIE... L'Appartement de Marie. si vous voulez que je fasse ma valise. Non quand tu veux.. Il n'en est pas question. La voix troublée de Marie lui fait comprendre qu'elle parle avec Philippe.Voix. Où tu veux... MARIE. Philippe. ALEXANDRE.. C'est Marie qui se réveille la première et qui décroche.. J e ne sais pas.. vous. ALEXANDRE. Aujourd'hui tout va bien. Pénombre... Desbon ? ALEXANDRE. ALEXANDRE. Elle raccroche.. Oui moi aussi. Non mais. Pouvez-vous lui dire que Philippe Desbon a appelé. MARIE. Bon. Oui moi aussi. Ça va. Il n'y a rien... A tout à l'heure. Voix.. Philippe vient de vous appeler.. MARIE.. Qu'est-ce que ça veut dire ? ALEXANDRE. dites-le moi vite. Et ne vous en faites pas pour moi. Faites ce que vous voulez. I plan. A 2 heures à la Coupole. 10. Non dis-moi. AU revoir.. Simplement cela veut dire que je suis très content pour vous. / / raccroche. J e n'ai pas à intervenir dans vos affaires... Alexandre compose un numéro au téléphone. J e n'ai pas très bien compris son nom.. fait semblant de dormir. Oui. 36 37 É . Ils dorment.

Ou boire un verre. Vous n'avez pas décroché. J e me souviens que cette nuit-là. ALEXANDRE. ou quelqu'un qu'on aime bien.. Je n'ai pas de nouveau Jules. combien de nuits vous ai-je attendu ? ALEXANDRE. VOUS arrivez à trouver du fric pour emmener une fille au restaurant. MARIE. Oui sans doute. MARIE. MARIE. (18 heures. J e ne pense pas du tout à baiser. ALEXANDRE. Mais vous refusez de comprendre que moi aussi je puisse m'intéresser à quelqu'un.. Vous sortez avec l'infirmière. J e comprends très bien que vous ayez envie de séduire. Enfin c'est ce que vous m'avez dit. Tout ce que je peux dire là-dedans. MARIE. J e n'ai pas envie de baiser avec lui. De toute façon tout ça ne change rien. Il y a de la musique. et même si j ' y pensais il faut être deux pour ça. 38 39 . tout ce qu'on a toujours fui. VOUS étiez avec Gilberte. J'aimerais voir Philippe de temps en temps. MARIE. L'important n'est pas dé séduire une femme mais de la connaître. C'est une envie qui peut venir très vite. ou se branche dans la tête comme vous dites.. ALEXANDRE. Mais quand elle baise. J e ne sais pas.. mais pour moi vous n'y arrivez plus. ALEXANDRE.. J e vis avec vous.. MARIE.. Puis-je savoir quelles sont vos intentions. MARIE. et maintenant je ne suis plus avec elle. Tout d'abord ils ne parlent pas. VOUS allez manger avec elle. Que comptez-vous faire. Je n'ai pas baisé avec lui. elle vous met sur le même plan que lui. Oui. ni moi. Personne n'y a cru. ALEXANDRE.. VOUS J e sais. Réfléchissez.SEQUENCE 9 B L'appartement de Marie. C'est tout. Votre prochain Jules alors.) MARIE. Il n'y a pas eu d'histoire. VOUS dites vraiment des conneries de temps en temps. Mais maintenant vous n'allez pas passer votre temps à vous regarder dans le blanc des yeux je suppose. MARIE. Fin d'après-midi.. ALEXANDRE. Et moi.. ALEXANDRE.. Moi je ne suis pas branché dans la tête. MARIE.... MARIE. Ils sont tous les deux. Bon. ALEXANDRE. J e suis avec vous. Quand la femme qu'on aime baise avec un ami. Mais rien n'est changé. Je vous aime. Et vous irez baiser avec lui de temps en temps.. le banal. comme si on était pareil. (Deep Purple ou « Combat de Tancrède et de Clonnde »).. Faites-vous inviter par votre nouveau Jules. (avec l'infirmière. VOUS ne le connaissez pas. ALEXANDRE.) Jour. ALEXANDRE. J e vis avec vous.. c'est un peu dur.. Et vous pensez que ça ne changera rien.. Vous vous faites une idée de lui complètement fausse. ALEXANDRE. je vous ai téléphoné plusieurs fois. Moi je suis occupé ce soir. J e fais plutôt dans le terre à terre. J e n'ai pas cherché à comprendre. l'ordinaire. Puis. sur quelqu'un qui est tout ce qu'on déteste. dans les hauteurs.. MARIE. ni lui. et vous savez bien que je ne parle pas de cul. Vous ferez ce que vous avez à faire.. Vous étiez là. n'avez rien compris à ce qui s'est passé entre Philippe et moi.. les hautes sphères. J e reste avec vous. mais on arrive à comprendre. MARIE. ALEXANDRE.

Non. VÉRONIKA. Il s'assoit à côté d'elle. Non. Vous êtes toujours libre. Qu'est-ce qui n'allait pas ? Cette fois vous êtes en avance. ALEXANDRE. 41 . Ça va. Pour rien. VÉRONIKA. // sort. J e suis toujours déçue. Vous n'avez pas de femme. Alors deux Ricards. ALEXANDRE. Et vous. Ou de mauvaise humeur. Et c'est fini. Si c'est le cas on peut se voir un autre jour.. Mais vous. D'accord. Ou une autre fois si nous en avons l'occasion. ALEXANDRE. / / l'embrasse. ALEXANDRE (Jusqu'ici cette partie de la scène pourrait être filmée de loin sans que l'on entende les voix) — 2 versions possibles : Loin et près. Un mari ? VÉRONIKA. VéRONIKA. Je pense que je ne rentrerai pas trop tard. sauf le dernier de Marie. Vous serez là. (Le jeu est très calme et uniforme. VÉRONIKA. pourquoi ? Vous sortez d'une grande aventure ? Vous êtes fatiguée ? Vous viviez avec un homme ? VÉRONIKA. Mais pourquoi cette question ? VéRONIKA. VOUS verrez bien. d'amie. ALEXANDRE.. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Ils sont servis.MARIE... Oh si. (à Véronika). vous n'avez pas vécu avec une femme ? ALEXANDRE. Oui. MARIE. Et ça ne marchait pas non plus ? Ça dépendait des jours.. ALEXANDRE. J'espère que cela va durer. C'est très bien. Et c'est bien ? VÉRONIKA. Elle lui crie.. Ricard. Qu'avez-vous pris ? 40 VÉRONIKA. Alexandre arrive. ALEXANDRE. Aucun mot plus haut que l'autre. Durer. On pourrait parler de ça plus tard. La caméra reste un peu sur elle. J e le trompais. J'attends beaucoup trop des gens. (au garçon). Pour ça je vous fais confiance. ALEXANDRE (à Véronika qui a un verre vide devant elle). Vous en voulez un autre ? VÉRONIKA. ALEXANDRE. Elle regarde devant elle. Pour l'instant je n'ai personne. ALEXANDRE.) SÉQUENCE 10 Le café « LE SAINT CLAUDE » Véronika est assise sur la terrasse. Vous êtes gentille. Et puis ça n'a plus marché du tout. C'est fini. ALEXANDRE. Vous paraissez fatiguée. Aucune violence dans cette scène. Un Ricard. rien que de la douceur et de la tristesse. vous avez des liaisons. ALEXANDRE. Le garçon de café arrive aussitôt. de maîtresse. Oui j'ai vécu avec un homme. Je suis très exigeante. Amusez-vous bien. MARIE.

J e crois que je confondais le jour et la nuit.. J'étais tombé amoureux des gens de la nuit. Et je rentrais. la campagne. Les films de Murnau c'est toujours le passage de la ville à la campagne. Je ne sais pas. du béton. de volière. Il y a tout ça ici. Ils entrent au Restaurant : « Le Train Bleu ». un peu d'argent. ALEXANDRE. VÉRONIKA. Et puis je n'ai plus eu d'argent. c'est comme Paris. Le matin. du jour à la nuit. Elle me réveillait en revenant.. Mais j'ai envie de quitter cet endroit. ALEXANDRE. Il laisse de l'argent pour les consommations. Pourquoi ? ALEXANDRE. Paris est très beau la nuit. Ce bruit de basse-cour. C'est la lumière un peu grise d'un ciel d'été à 8 heures du soir. Vous n'avez pas l'air bien dans votre peau. On voit la gare. Rien que de la pierre. On leur apporte la carte. L'hiver je ne voyais plus le jour. je déteste cette attitude des gens qui veulent en avoir toujours plus. ALEXANDRE. VÉRONIKA. J'avais de l'argent. avec les gens qui venaient de se lever. 42 43 . VéRONIKA (off). SÉQUENCE 10 A Devant la gare de Lyon. elle n'a plus rien compris à ma vie. Ce n'est pas très brillant. (off) A droite les trains. quand j'ai de l'argent je ne fais plus rien. Vous voulez rester ici ? VÉRONIKA. Ils se lèvent. Je suis leur meilleur client. Les trains. J e passais mon temps à boire. Vous n'avez pas faim ? VÉRONIKA. des voitures. Non. Vous êtes mal à l'aise. Petit à petit. Ils pénètrent dans la salle du restaurant. J e ne sais pas. Ils sont toujours vus de l'extérieur de la porte tourniquet. En général il n'y a que des gens de passage. J e n'aime pas cette lumière. (off) A gauche. J'avais coupé le monde en deux. Voilà. un maître d'hôtel les conduit à une table. à fumer. Alors elle est partie. J'aime bien cet endroit. la ville. Moi non plus. Les rues. de se laver. mais j'aimais les femmes belles comme la nuit. Ça ressemble à un film de Murnau. ni moi à la sienne . avec leurs gueules d'abrutis pour aller travailler. Quand je suis de mauvaise humeur je viens ici. à faire l'amour. ALEXANDRE. Vous savez comme les gens sont beaux la nuit. (off) D'ici il semble qu'il n'y ait pas un gramme de terre. débarrassé de sa graisse que sont les voitures. je prenais un dernier verre au comptoir des cafés. Ils s'assoient. elle était belle comme le jour. On voit la ville. Elle se levait pour aller travailler. à jouer. Ils partent.VÉRONIKA. Ça m'est égal.

Est-ce que j ' a i la tête de quelqu'un qui s'ennuie ? ALEXANDRE. le j o u r a baissé. Non.. Il est pas mal.. VÉRONIKA. Non. on sent le chaud. Dessus il y a : CHEVEUX FRONT SOURCILS YEUX NEZ BOUCHE BARBE MENTON VISAGE TEINT ALEXANDRE. Qu'ils prennent la place d'autres gens ne me gêne pas. Racontez-moi quand vous avez fini votre travail : que faites-vous. Quand on entend ce genre de propos. Ils ont tous un point commun. Mais vous êtes fou d'être venu ici. Vous me reconnaissez ? C'est mon seul brevet d'existence. côté rue. Elle est détendue. Elle rit. / / sort une feuille de papier de sa poche et lui montre. ALEXANDRE. Vous avez trouvé un système pour entendre les nouvelles en prenant votre douche. Pas dans la foi. VÉRONIKA. n'importe quoi... pas le goût. Vous voyez. au contraire. le nul.... J e ne suis pas bien dans m a peau.ALEXANDRE. Elle s'arrête de manger. J e regarde la télévision d ' u n air morne. . O u i . dans votre chambre ? VÉRONIKA. Ç a va. Ruminer c'est bien. j e suis très organisée. Dans l'ennui.. . Qu'est-ce que c'est ? Il est plutôt bien.. Et j e vous trouve très bien. Ils font même des choses bien. mais les femmes sont tellement menteuses. J e suis assez d'accord avec ça.. il fait nuit. l'enthousiasme.. j ' a i l'impression de vous ennuyer à mourir. Par exemple maintenant... ALEXANDRE. on sent le dur.. regardez bien la tête des gens. J ' a i entendu une crapule dire ça récemment à la télévision. et dont la qualité essentielle est dans l'ennui. VÉRONIKA. Et vous. VÉRONIKA. Quel programme ! C'est bon ce que vous mangez.. u n e idée. j e volais des livres. Vous savez quand on mange froid.Je suis assez pour l'ennui. si vous n'avez pas d'argent. enrichir le monde. Cela leur permet de prétendre gagner leur vie. pas le goût. qui êtes-vous. ALEXANDRE. 44 CHEVEUX FRONT SOURCILS YEUX NEZ BOUCHE BARBE MENTON VISAGE TEINT ALEXANDRE. Excusez moi. C'est mieux maintenant. Q u a n d c'est dur. d'être ici.. R u m i n e r u n mot.. leur création. Ne pas avoir d'argent n'est pas une raison suffisante pour mal manger. Mais ils croient. U n peu nerveux peut-être. Dehors. V é R O N I K A . Mais de temps en temps j e suis content. avec vous. Ils ruminent.. J e prends m a douche pendant le journal télévisé. Comment vivez-vous ? ALEXANDRE. Donc il faut manger tiède et mou. Q u a n d on mange chaud. Mais. du cinéma par exemple.. Parlez-moi de vous. D'ailleurs j ' a i fait mon auto-portrait. C o m m e cette secte d'hérétiques dont parle Borges j e crois. U n côté bovin. en plus.. pas le goût. Quand j ' é t a is enfant. Quoique j ' a i m e bien les ruminants.. Vous m'avez regardée ? // la regarde. ALEXANDRE (off). M ê m e si j ' a i emprunté l'argent pour y venir. ALEXANDRE.. apporter quelque chose. elle rit. on sent le froid. 45 . il faut toujours encourager les injustices. Il y a des gens qui disent : « L'important c'est d'être toujours en accord avec soi-même ». Assise sur mon grand lit. J e prétendais que la pauvreté n'est pas une raison suffisante pour ne pas « se cultiver » Il y a des gens qui ont la chance d'avoir assez d'argent pour vivre sans rien faire et qui font quelque chose. Et ce vin..

je bois toujours le whisky avec du Coca... je ne faisais pas attention. Elle lui prend le bras. Ils sont dans la rue. Ils ne parlent que de leur patron. Mon cou et mes épaules sont très doux. J e déplais beaucoup à certaines personnes.. Et je n'aime pas les minettes aux cuisses maigres. Elle est au fond du couloir. ALEXANDRE..connaissez pas les chambres d'infirmières... Et dans l'ascenceur.. les boîtes.. Il faut déplaire beaucoup à certains.. La vie est merveilleuse. j'ai baisé avec ces cons. Alors je ne me suis pas dégonflée. insensibles. je n'ai pas de problèmes. VÉRONIKA. j ' a i été enlever mon tampax et j'ai baisé avec lui et je suis redescendue en salle de garde avec ma trousse sous le bras. J'imaginais..... . J e passe souvent la nuit dans les bars. ALEXANDRE. Vous ne. Après il a voulu recommencer. Et moi. Une heure.. une nuit. une heure. Quand je sors.VÉRONIKA. J e bois.. SÉQUENCE 10 B Ils sont assis dans un bar (genre Rosebud). une fois ça suffit ». je ne suis pas allé à l'hôpital depuis mon enfance. accompagnez-moi à la salle des . de leur voiture de sport. je m'aperçois que nous n'allons pas du tout à la salle des il avait envie de me baiser et il n'avait rien trouvé de mieux. J'ai de très jolis seins. Si je rencontre un type. C'est normal. Vous ne pouvez pas savoir comme les internes sont cons. Ne faites pas cette tête.. La douche n'est pas dans ma chambre. Quand j'étais en salle de garde. 46 47 ... que des filles qu'ils ont baisées. ça n'a pas d'importance. ALEXANDRE. ? un interne me dit : « Véronika. Et combien durent ces aventures... plus longtemps ? VÉRONIKA. pour plaire à d'autres tellement. des filles qu'ils vont baiser. Pour moi les choses n'ont pas d'importance. Le garçon apporte leurs verres. j'étais en salle de . Il fait nuit. Ils partent. j'avais le souvenir que les infirmières étaient dures. Ils boivent. Une fois. j ' a i baisé avec un maximum de médecins.. je peux baiser avec n'importe qui.. VÉRONIKA.. maintenant de leur moto.. se foutant complètement de la souffrance. Vous aimez ? Il ne répond pas. VÉRONIKA. Vous ne voyez pas ? Regardez ce ciel horrible. une nuit.. J e lui ai dit : « Non. quand j'étais jeune bleue. J e prends ma trousse sous le bras et j ' y vais. La vie est belle. je vais avec lui.. ».

oui. Un poumon ? Vous savez c'est très joli un poumon. Vous n'avez pas quelque chose à vous faire opérer. C'est exactement comme ça. 1940-1972. Mais vous avez raison. ALEXANDRE. Un poumon non. ALEXANDRE. Ils sortent. VéRONIKA. VÉRONIKA. ALEXANDRE. C'est drôle. Ils repartent. m'acheter des robes. Je peux vous téléphoner un de ces jours. avec une plaque : Ma main. Oui. Il lui tend la main. Et chez lui. ALEXANDRE. ALEXANDRE. J e n'ai pas envie de rentrer. Comment êtes-vous avec vos malades ? Vous avez une blouse blanche ? VÉRONIKA. C'est facile. SEQUENCE 10 C Ils arrivent devant l'hôpital où elle habite. Ils s'arrêtent contre le mur. 48 49 . Très sérieusement. J e vous revois bientôt ? Ce ne sera pas facile. être belle. Et les gens viendraient visiter. Pour boire. Non. leur dureté. et un voile aussi. Pour boire. Non. Comme une religieuse. Partons. ALEXANDRE. J'ai envie de marcher. J'en ai assez d'être ici. au milieu de la pièce. Vous ne voulez pas un autre verre. J'ai envie d'aller au bord de l'eau. Ils sont revenus près de l'hôpital. Je fais beaucoup de gardes ces temps-ci. ALEXANDRE. J e marcherais bien toute la nuit avec vous.de la misère du monde et cela me plaisait beaucoup. VÉRONIKA. dans une pièce. Mais j'ai un ami qui avait une idée formidable : il voulait se faire couper la main droite. C'est très bien. VÉRONIKA. VéRONIKA. Bonsoir. Ils se lèvent. sans rien d'autre. Si vous voulez. Oui. Ils sont arrêtés. leur façon de ne pas compatir au malheur des autres. Au bord de l'eau. Vous voulez dire au bord de la Seine. VÉRONIKA. C'est tout rose. Aller voir un chirurgien. Ils ne parlent pas. mettre sa vraie main dans un bain de formol. Les quais de la Seine. Et se faire mettre une main en porcelaine à la place. ALEXANDRE. J'aimerais beaucoup vous voir dans cette tenue. comme une exposition. ALEXANDRE. Mais pensez-vous qu'un chirurgien accepterait ? VÉRONIKA. je ne crois pas. VÉRONIKA. VÉRONIKA. VÉRONIKA. Dire : « Quel est votre prix . J'ai besoin d'argent. Bonsoir. Partons. voilà ». ALEXANDRE.

Il la suit des yeux. m'acheter des robes. c'est fini. Oui. Alexandre entre. Téléphonez-moi quand vous voulez. arrêtez ce cirque. Oui. J e déteste ce parfum. devant tout le monde. Allez vous laver. D'abord c'est vous qui me l'avez dit. J e me fous du ridicule. Vous êtes allé bouffer. MARIE. Ils sont tendus. Contre le mur. MARIE. 2 mois. VÉRONIKA. Marie est couchée. MARIE. Je suis souvent amoureuse. MARIE. 50 // est allé se laver. J e vous aurais dit : « Je vous aime. J'ai traîné dans les rues toute la soirée. Une lampe est allumée. » Et j'imaginais que vous auriez tout laissé tomber et que nous serions partis ensemble. C'était bien. Et puis vous sentez le parfum « Bandit »... MARIE. Elle disparaît sous le porche sans se retourner. MARIE. Ils se regardent. 3 mois et je ne l'aime plus. je suis amoureuse. N'importe où. VÉRONIKA. ALEXANDRE. Vous êtes imprégné. ALEXANDRE. Après. Je vous l'aurais dit devant cette fille. VOUS SEQUENCE 11 L'appartement de Marie. MARIE. Ne me touchez pas. 51 . Je m'attache très vite aux gens. Elle part vers la porte de l'hôpital. Si vous voulez chercher des querelles indignes de nous. Si je vous avais vu je vous aurais dit : «Je vous aime ». Oui. Oui. MARIE. // s'approche d'elle. allez-y. Il se couche près d'elle. parce que voyez-vous mon cher. Elle ne dort pas. VÉRONIKA. mais ça va comme ça. Oui. Ils s'embrassent violemment. J e méprise les gens qui souffrent en silence. Se serrent l'un contre l'autre. J'espérais vous rencontrer. Comme des adolescents. AU chinois du Panthéon. Se penche.. ALEXANDRE. Elle rit. distants mais on a l'impression qu'ils vont faire l'amour. êtes ridicule. ALEXANDRE. être belle. ALEXANDRE. Vous aussi. ALEXANDRE. Nuit. Alors ça c'est bien passé. Quand on est bien avec quelqu'un. Ils s'embrassent. MARIE. aussi vite. ALEXANDRE.. J'aime quelqu'un 1 mois. vous allez nous foutre en l'air.ALEXANDRE. Oui. Je vois que vous vous êtes bien amusé. Les gens n'ont pas d'importance. Oui. on est bien. Vous avez gardé mon numéro. // essaie de l'embrasser. Vous êtes allé au chinois. J'aimerais que vous le disiez autrement : Pour boire. Je me fous de la dignité. Puis je les oublie.

VOUS êtes très gentil avec elle. écouter la radio ? Attendre que le téléphone sonne ? Appeler l'horloge parlante pour entendre une voix humaine ? Je suis un jeune homme pauvre. MARIE. Pas du tout. Continuez.. avec plaisir. MARIE. cela pose trop de problèmes. veut me voir. Elle vous a demandé. MARIE. Écoute de la musique. ALEXANDRE. Quoi faire ? Rester là. (à Alexandre) C'est elle. Je vous l'ai dit. ALEXANDRE. médiocre. ALEXANDRE... Il y a longtemps que vous ne m'avez pas parlé aussi gentiment. Rien. ALEXANDRE. Vous lui aviez donné le numéro ? ALEXANDRE. Tremper son sexe dans une eau ou dans une autre. Et vous savez que je ne pense pas du tout aux choses sexuelles. Ah oui. Quelle importance. Elle ne se retourne pas. ALEXANDRE. Que voulez-vous ? Que je n'y aille pas ? Ou que je lui dise : il ne faut plus nous voir.. . Qu'est-ce qu'elle a dit ? Rien. Et bien ça me fait plaisir et je n'y renoncerai pas quoi qu'il arrive. Oui mais ça fait si mal. ALEXANDRE. Je n'aime pas du tout le ton de sa voix. Vous êtes jalouse. Elle bouge en mime temps que la musique. Oui. Mais (vous ne la connaissez pas). Oui. Comment savoir. Je sais bien. Qu'est-ce que vous allez faire avec elle ? ALEXANDRE. Moi ? Alexandre arrive chez Marie. Peut-être que je vous parle et que vous ne m'entendez pas. je vous le passe. Garde l'écouteur. Vous trouvez ? MARIE. J e vous aime parce que vous me faites rire. J e ne sais pas.. Alors comment savez-vous que c'est elle ? MARIE. C'est ce qui va arriver pourtant. SÉQUENCE 12 MARIE. A tout à l'heure. Elle est sur le lit. Et bien riez. Le téléphone sonne. Oui. MARIE. Une jeune fille pauvre. J'aime bien quand vous êtes jalouse. Elle rappellera. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Elle est de dos. C'est bien. Sa voix lui va très bien. Véronika a téléphoné deux fois. Entendu. MARIE. Marie décroche. MARIE. Vous pouvez rire. Je vous aime parce que vous êtes la seule femme qui me fassiez rire. ALEXANDRE. Je n'ai pas remarqué. regarder la télé. Mais continuez. MARIE. ALEXANDRE. Quand voulez-vous ? A neuf heures au Flore. Ça marche bien pour vous. Oui.. Oui. Tout. Elle lui passe l'appareil./ / raccroche. Qui voulez-vous que ce soit ? Une fille qui refuse de dire son nom. ALEXANDRE. Continuez. Elle n'a pas voulu dire son nom. médiocre. pleurer. 52 53 . Vous avez bien dormi ? Oui. MARIE. il est là.

PlCQ. Ce ne sera pas la première fois. tu sais. (Histoire sur Biaggi qui se termine par je suis en vert et contre tout)<'>. j'aimerais bien pouvoir le dire. Il fumait même des Gauloises vertes.. Non. Je ne sais pas quoi faire. Si vous trouvez que je m'impose. Tu as une nouvelle veste. Alors je lui dit : « Ça va ?» Et il me dit : « Comment. C'est ALEXANDRE (1) Dialogue atteslé dans le film : Ah.. chemise verte. A table. En fin de compte je lui ai dit : « Tu sais ce que j ' a i 54 (à Véronika). trop ample celle-là. VÉRONIKA. Non ce n'est pas ça. Véronika n 'est pas encore là. Et elle est partie. et d'abord je suis pressée ».. Etre gros. pas où aller. tu ne veux pas venir l'écouter chez moi ? » Elle m'a dit : « Non. On s'est arrêtés pour parler. Ce n'est pas très sérieux. Mais ce n'est pas si simple. J'espérais qu'elle me demanderait ce qu'il y avait dans la pochette. Véronika est rentrée et sans voir Alexandre. Il est un peu en avance. Alors pour porter celle-là. Oui. J e suis entré dans une boutique et je me suis fait terroriser par un vendeur.. 8 ou 9 heures du soir. il faut que je maigrisse. mais tu vois je suis en noir. J e lui aurais dit : « C'est " L a Belle Hélène" tu ne veux pas venir l'écouter avec moi ? » Elle ne me demandait rien. et il était tout en vert. Vous allez bien ? ALEXANDRE.. J'ai passé une journée atroce. Il faisait au moins deux mètres. Salut. (N. je ne sais pas si ça va tellement. A moins que vous appréciez la perspective de passer la soirée au fond d'un bistrot. quand je rencontre une fille que je n'avais pas vue depuis deux ans.. s'est installée à une table.. que je grossisse. Que voulais-tu que je fasse ? Il m'a imposé ce qu'il a voulu..acheté là ? » Elle m'a dit : « Non et ça m'est égal ». chaussures vertes. Gros et chauve. Du coup je suis allé en acheter une autre. VÉRONIKA. Elle ne remarquait même pas la pochette. » Ben j ' a i trouvé ça pas mal. bien sûr que non. un garçon qu 'il connaît lui fait signe. Bonsoir.E. PlCQ. Je lui ai dit : « Et bien je vais te le dire quand même. sans rien dire.. Oui.). ALEXANDRE. 55 .d. Quand on est bien avec les gens. (inaudible). ALEXANDRE. parler. Être gros c'est bien. j ' a i rencontré. Alexandre entre. Vous n'aviez peut être pas envie de me voir.. J'avais envie de vous voir. Veste verte. Quelle drôle de question . pantalon vert. si je vous ennuie. alors : en noir et contre tout. à bientôt. Alexandre va le saluer et s'assoit en face de lui. Alors je suis rentré et j'ai écouté le disque tout seul. ALEXANDRE. On peut rester dans un café. je ne crois pas. J'ai passé une journée atroce. envoyez-moi promener.. Et pour porter l'autre. Excuse-moi. j'avais acheté le disque de « La Belle Hélène » d'Offenbach. ALEXANDRE. VÉRONIKA. "ça v a " ? Tu ne vois pas comment je suis ? J e suis en vert et contre tout. Et tout est déjà assez difficile comme ça. J e voyais très bien que ça ne m'allait pas. tu vois. Alexandre s'excuse auprès de son ami et va la rejoindre. un vrai gros ne me déplairait pas. Je n'ai pas d'argent et je crois que je ne sais pas vivre sans argent. SÉQUENCE 13 Un café. Bonsoir. fou de rage. J e suis furieux. ALEXANDRE. je rentrais chez moi.. devant un café. ou se taire.. C'est " L a Belle Hélène" d'Offenbach. J'ai envie d'être avec vous mais pas d'y être mal. Mais ça n'a pas d'importance.

Marie lui fait une petite moue. De la musique. je vais téléphoner. J e peux peut-être aider votre amie. Marie retourne dans la cuisine. ALEXANDRE. Non je ne crois pas. Il n'y a ni chaises. On frappe.. Un peu plus tard. chez la femme chez qui j'habite (et que vous connaissez peutêtre car je pense que la robe que vous portez vient de sa boutique). VéRONIKA.autre chose. Entrent Alexandre et Véronika. Bon. on peut même regarder sagement la télévision. Voulez-vous venir ? VéRONIKA. Véronika entre dans l'appartement. Mais je ne vois rien de mieux. (« Don Giovanni ». ALEXANDRE.. Alors j'ai pensé à une chose. VÉRONIKA. J e vais y aller. Il désigne I'electrophone et les disques. C'est bien non ? Et puis si quelque chose vous ennuie vous êtes libre de partir. sort des glaçons du réfrigérateur. Alexandre va à la cuisine. recouvert de coussins. elle vient de la cuisine. vous ferez comme vous voudrez. Il répond d'un geste vague. ni fauteuils). Ce que vous voulez. Wagner. // disparaît. Il y a du vin. Il lui désigne les verres. Il ne fait pas de presentation. ALEXANDRE. Fermeture Fondu. Je vous sers un verre. Marie apparaît. A mon avis on a oublié deux choses dans la déclaration des droits de l'homme : le droit de se contredire et le droit de s'en aller. Voulez-vous venir avec moi. Oui. // met un disque. SÉQUENCE 14 Chez Marie. Elle ouvre la porte. ALEXANDRE. Elle fait aussi de la très bonne cuisine. Alexandre lui désigne le lit mais elle s'y est déjà installée. Vous en voulez aussi ? Il apporte verres. On ne voit plus que I'electrophone. Et la télévision. ou « La Belle Hélène » ?) Il met le son assez fort. 56 57 « . Oui. On reste sur Véronika qui fume et boit. VéRONIKA et MARIE. bouteilles. Bonjour. du whisky et même du coca. glaçons dans la pièce et sert les verres. La porte. ALEXANDRE. (Le lit est à même le sol. Que voulez-vous entendre ? VÉRONIKA.

Je ne vois personne. J e voudrais vous raccompagner et si vous avez envie de me téléphoner un de ces jours. Alors emmenez-moi au bord de l'eau. ça me ferait très plaisir. Ce n'est pas si sûr. ALEXANDRE. Et je ne sais pas. des flics. Je ne sais pas. J e fais des conneries de temps en temps. VÉRONIKA. Vous ne voulez pas venir avec moi dans une boîte. Je ne ris jamais. Non. N'importe où. ça m'ennuie. 59 . VÉRONIKA. Vous ne voulez pas venir avec moi. nous sommes surveillés. Qui sont ces gens ? ALEXANDRE. J e suis furieuse. / / soupire. ALEXANDRE. ALEXANDRE. ALEXANDRE. ALEXANDRE. O ù VéRONIKA. VÉRONIKA. Non. il y a des gens qui passent et repassent. VÉRONIKA. Vous n'avez pas vu. J e vais vous paraître très conventionnel mais ça me dérange beaucoup. Ici ? Oui mais je n'ai pas envie. Elle regarde. Vous ne voulez pas me baiser. Si vous voulez. VÉRONIKA. Moi j'en ALEXANDRE. Moi je ne sais pas. Et je n'ai pas de fric. Pourquoi pas. VÉRONIKA. ALEXANDRE. Surveillés ? ALEXANDRE. / / démarre. j'ai l'impression que vous ne devez pas être mal au lit. VÉRONIKA. Ils descendent. Depuis que je vous ai rencontré je me suis fait des petits rêves erotiques avec vous. ALEXANDRE. Qu'est ce qu'ils ont mes seins. J'aime beaucoup vos yeux. ai. VéRONIKA Et ça vous dérange ? ALEXANDRE. Et votre bouche. Des voyeurs. Non. voulez-vous aller ? VÉRONIKA. Vous avez envie de moi. alors décidez vous-même. ALEXANDRE. VéRONIKA. Marchent un peu. Ça dépend des jours et des opinions. Mais vous m'auriez baisée tout à l'heure. ALEXANDRE. VÉRONIKA. VéRONIKA. SEQUENCE 14 A Dans la voiture. ALEXANDRE. Si. ALEXANDRE. VéRONIKA. A l'arrêt. ALEXANDRE. VÉRONIKA. Ah non. tout cela à la fois peut-être. Ils s'assoient sur un banc. Et votre sourire. VÉRONIKA. Ils s'embrassent. VOUS avez un très beau sourire. Vous trouvez que mes idées sont mauvaises. Ils attendent qu'on fasse l'amour. VÉRONIKA.Je sais. ALEXANDRE. La voiture est arrêtée près des quais de la Seine. Ils ne vous plaisent pas. Elle l'embrasse. des homosexuels. mais je vous y conduis si vous voulez.

Vous pourrez profiter de l'appartement. A propos. Son visage n'est pas mal non plus. VOUS allez retrouver vos vieux gouins à Londres ? MARIE. Vous serez tranquilles. Au fond des ombres bougent. MARIE. J e trouve ça ignoble. vous êtes allés baiser ailleurs. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Baisez-la pendant que je serai à Londres. Et moi j'aime bien sa voix. Elle est couchée. Son gros cul.. Très bien. La lumière est allumée. Alors tout se confond. ALEXANDRE.. baisez-la. ou bleue avec des rayures blanches. Et puis cette façon de dire : « Léger mes amis ». Ils se lèvent.. Faites ce que vous voulez. 61 . L'appartement de Marit. Il attend que Marie décroche. Dans la pénombre le téléphone sonne. Non. MARIE. J e voudrais un costume comme ça.. Si vous pouvez m'avancer l'argent. Alexandre se tourne dans le lit. J'ai bien vu. se réveillant avec difficulté. Je crois qu'il n'y a pas de secret en flanelle. MARIE. C'est la seule chose. Il tend le bras vers elle. Ce genre de costume qui fait croire à la plupart des gens qui n'y connaissent rien. J'en voudrais une marron. Alors. Vous me permettez de l'emmener ici ? MARIE. Mick Jagger et René Biaggi. c'est pas mal. MARIE. Moi je suis restée là. elle ne me plaît pas du tout. pourriez-vous regarder des flanelles à Londres. Trois heures pour la raccompagner. SÉQUENCE 15 Alors si elle vous plaît autant que ça. Comment trouvez-vous ses seins ? MARIE. VOUS dites ça parce que ça n'a pas marché avec vous. Désolé de vous décevoir. Fermeture Fondu. Vous l'avez bien vu. Elle avait envie de vous. ALEXANDRE. MARIE. J e n'aime pas sa voix. pour la boutique. J e vais faire des courses. ALEXANDRE. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Enfin il décroche. Le téléphone continue de sonner. Ils attribuent à la personne la distinction qui appartient au costume. VOUS croyez ? SÉQUENCE 16 Mais enfin. ALEXANDRE. Sa peau. Je vous raccompagne.Elle met sa tête sur son épaule. ALEXANDRE.. J e vous rembourserai dès que possible. Vous savez. que ceux qui les portent ont une élégance naturelle. mais elle n 'est pas là. C'est purement une question de prix. Alexandre entre..

Il regarde son bandage. J'ai cassé un verre. ALEXANDRE. D'accord. Marie. T U 62 . ALEXANDRE. fort. Je voulais vous dire que j'aimerais bien vous voir. Maintenant que vous m'avez réveillé. VÉRONIKA. ALEXANDRE. il ne restera pas très longtemps. Flore. Et qu'est-ce que je dis ? Je ne peux pas inventer. // s'assoit. Vous venez à notre table. non ? Oubliez ce que j'ai dit. Tu attends quelqu'un. VÉRONIKA. d'un autre côté. VÉRONIKA. alors. Non. quand voulez-vous ? VÉRONIKA. Non. Je ne me souviens pas. Vous dites ce que vous voulez. Alexandre entre et jette un regard circulaire sur les consommateurs. D'accord. J e vous rappelle plus tard. méchant. N'ayez pas peur ou alors venez à 7 heures 15 je serai seule. vous ne dites rien. je crois que vous me trottez dans la tête. Vous ne m'en voulez pas pour hier ? J ' a i dit un maximum de conneries. J'ai quelques petites courses à faire dans la journée mais je peux être à 7 heures au. Tant mieux. Trouve un mot de Marie pris du lit. On ne sait pas tris bien s'ils sont ensemble ou pas. A une autre table. Alors si vous êtes avec un homme. Est-ce que je peux vous voir ? ALEXANDRE. qu'est-ce que tu as fait ? JESSA. Oui. Je pense à vous. A la table voisine. ALEXANDRE. ALEXANDRE. » SÉQUENCE 17 VÉRONIKA. / / raccroche. Et si vous ne voulez pas parler. es très bien habillée aujourd'hui. un homme au teint basané. Arrosez les plantes dans la cuisine. je viendrai de toute façon. Le café en question. Non. Vous ne vous souvenez pas. Ne faites pas le con. Vous savez. VÉRONIKA. VÉRONIKA. Oui. où ? quand ? VÉRONIKA. il y a une fille seule. Oui. VÉRONIKA. Je peux m'asseoir.ALEXANDRE. // se live. allez-y. Je viendrai. Il y aura peut-être un homme avec moi. ALEXANDRE. vers 19 heures. ALEXANDRE. J e suis désolée. Il aperçoit Véronika qui ne le voit pas. J'espère que j'irai pas trop loin. dites-moi ce que je dois dire. ALEXANDRE. « J e serai de retour dans 2 ou 3 jours. Il y a un verre de Ricard devant elle. ne sortez pas en poussant des cris de douleur. Elle a un pansement qui recouvre une partie d'une de ses mains et son poignet. ALEXANDRE. Vous êtes sûre qu'il n'est pas grand.. venez à notre table. Alexandre ! Je vous réveille ? ALEXANDRE. Love. Alexandre hésite.. Oui. ALEXANDRE. Il se dirige vers elle. JESSA. qu'est-ce que je fais ? VÉRONIKA. Vous avez dit des conneries ? VÉRONIKA.

Mais moi non plus. comme ça. Ton curé. 65 Elle le répète en anglais. J'avais peur de sortir. En vous donnant à un seul homme. // rit. Martine. les cheveux longs. ton curé. il est arrivé à une telle perfection dans la ressemblance. Oui. J'y suis allée avec un type. Il est mort. Oui. Tu sais. JESSA. il allait très vite. je n'arrive pas à ne pas prendre le suicide au sérieux.. Ces filles de tous les jours. Comment faut-il dire ? Alors parle-moi de suicide tant que tu veux mais si j'en ris c'est que j'en ai très peur.. ALEXANDRE. Il m'avait fait du tort. Tu es toujours avec lui ? JESSA. Françoise vit avec un Américain. D'un recommencement. Un pansement c'est une parure de plus. ce type que je détestais. Regarde. JESSA. J'ai remarqué que les gens qui m'avaient fait du tort. plus rien. Ils ont disparu. ça ne leur portait jamais chance. Quand on a fait le film sur « William Wilson » c'est avec eux qu'on aurait dû le faire. Et maintenant. . Dis-moi. je suis toujours là. J e sais. Il n'y a plus personne. les Black Panthers. Et je n'aime que la musique populaire. je ne savais pas quoi dire. je n'ai jamais su.. Il y a eu la Révolution culturelle. J'étais aux États-Unis. pas sa caricature. Ecoute. c'est parce que je suis cul-de-jatte que vous ne voulez pas venir avec moi ». Que sont devenus tous ces gens que l'on voyait il y a quelques années ? Je ne bouge pas. Il est resté là-bas. Une fois j'ai été draguée par un cul-de-jatte. ALEXANDRE. Je suis persuadé. En disparaissant vous avez emporté un petit peu de ma vie. Elle a sans doute l'impression d'une renaissance. JESSA. Mais avec une insistance maintenue sur plusieurs années. Et depuis deux. Mozart. Qu'est-ce que tu deviens ? Il y a longtemps qu'on ne te voit plus. Et puis il s'était marié avec une fille qui était sortie avec moi. qu'il est devenu plus vrai que le vrai. JESSA. Michèle s'est suicidée. je n'ai jamais su. J e lui ai dit : « Non. rien dans la mode. j'étais à New York. 64 . Le sosie de Belmondo. Moi. l'Underground. Maintenant c'est Belmondo qui est la caricature de son sosie. Et moi. les Stones. Il me suivait. et je ne parle pas des choses sexuelles.ffr Ça te va très bien. ou pas moins. ALEXANDRE. Alexandre regarde vers Véronika qui parle avec son voisin. je crois beaucoup à ce genre de choses. A propos. à lui voler son âme.. pas plus que la mort.. Tu connaissais Ferrand. mai 68. pas un film. j ' a i raté mon suicide. les Rolling Stones. ALEXANDRE. Mais je suis de retour depuis six mois déjà. c'est parce que je suis fiancée ». JESSA. Non. rien. son ombre. dans la fleur de l'âge. ALEXANDRE. Toi. ALEXANDRE. Françoise. ALEXANDRE. Il m'a dit : « Oui. que ce qui est arrivé dans le monde ces dernières années est totalement dirigé contre moi. vous volez tous les autres. Même le jour. les Palestiniens. c'est une ville terrible. Michèle. C'était un vrai ou un faux. Je reste. elle laisse tout tomber. Au début l'effort qu'il faisait pour ressembler au vrai était assez ridicule. Oui. Chaque fois qu'une fille vit avec type. La musique pop est devenue religieuse. Tu te souviens de ce type qu'on voyait souvent à Montparnasse. non. ALEXANDRE. ALEXANDRE.. Tu ne peux pas savoir. Edith Piaf. Quand on le veut vraiment on arrive à prendre la personnalité de quelqu'un. trois ans. qu'on appelait « le faux Belmondo ». c'est l'autre qui est le faux. j'ai quand même une bonne nouvelle. JESSA. Il avait l'air très méchant. Qu'est-ce que tu as été faire là-bas ? JESSA.

Allons chez vous. ALEXANDRE.De temps en temps. Ah ça m'emmerde. 7/ se lève. Que je lui dise avec une petite voix douce : « Je ne sais pas ce qui est arrivé. Comment vat-elle ? Arrêtez. Avec votre vieille maîtresse. ALEXANDRE. Vous ne vous êtes pas trompé. J'ai envie de le tromper. On ne sait jamais sur qui on tombe. Ils sortent du café. Vous ne vous rendez pas compte. ALEXANDRE. écouter de la musique chez moi ? VÉRONIKA. Non. si tu as envie de le tromper. Ça y est. D'un geste elle l'invite à s'asseoir. ALEXANDRE. J'ai eu l'impression que vous échangiez des papiers. Ils se lèvent. J e suis là-bas avec une amie. Elle est à Londres. C'était le monsieur dont vous m'avez parlé au téléphone. Vous n'aviez qu'à l'enlever. Les deux filles se sourient. je pense. ALEXANDRE. Ah merde. téléphonemoi. comme des numéros de téléphone. J'en ai marre. VÉRONIKA. Alors si tu y penses sérieusement. Non. J e vous ai dit que je ne voulais pas. VéRONIKA. Venez quand vous voulez. j'ai perdu mon tampax ». ALEXANDRE. téléphone-moi. ALEXANDRE. J e ne sais pas ce que je fais. VÉRONIKA. J'avais rendez-vous avec elle. Dis-moi. Véronika arrive. il serait ridicule que tu le trompes avec n'importe qui. Oh. Reste debout devant la table de Véronika jusqu'à ce qu'elle lève les yeux. comment trouves-tu cette fille là-bas ? JESSA. ALEXANDRE. On ne peut pas passer une nuit tranquille. aller au bord de l'eau. Il peut me sortir par les narines. 77 regagne l'autre table. Alexandre embrasse l'autre fille. ALEXANDRE. Mon type est jaloux. ALEXANDRE. 67 . sans baiser. Elle parle avec son voisin et échange des petits papiers sur lesquels ils écrivent quelque chose. j ' y vais. Pas mal. ALEXANDRE. Véronika est dans le lit. Écoute. Ils s'embrassent. Elle ne m'a pas vu. C'est de votre faute. Il va encore falloir que j'aille voir un gynécologue. vous allez enfoncer mon tampax. ALEXANDRE. VÉRONIKA. Ses vêtements sont jetés par terre. Alexandre se déshabille à son tour et rentre dans le lit. A bientôt. il regarde dans la direction de Véronika qui ne l'a pas encore vu. J'ai envie d'écouter ce vieux disque de Marlène Dietrich. Que voulez-vous faire ? Rester ici. Faites-moi un toucher. Chez vous. Bien. Ils sont l'un contre l'autre. Essayez de m'enlever ce tampax. Et maintenant qu'est-ce que tu fais ? Qu'est-ce que tu vas faire ? On se revoit quand ? dans cinq ans ? JESSA. VOUS étiez seule alors. Mais je n'aime pas qu'on me regarde sans que je le sache. VéRONIKA. moi ça me ferait plaisir. Oui. S'installe à leur table. je ne peux pas rester comme ça. VÉRONIKA. SÉQUENCE 18 Chez Marie. // éclate d'un rire qu'il ne peut maîtriser. Écoutez. Je reviens.

à quelle heure êtes-vous partie ? VéRONIKA. Alexandre dort toujours. ALEXANDRE. Ah ! J e sens quelque chose. Comment avez-vous dit : « un toucher » ? / / n 'a pas cessé de rire. Je vais lui raconter. ALEXANDRE. ALEXANDRE. J e crois me souvenir que vous préférez vous réveiller seul. VÉRONIKA. ALEXANDRE. je n'ai pas l'habitude de faire l'amour comme ça. ALEXANDRE. VÉRONIKA. Me dire au revoir. Dommage. Fouillez et si vous sentez quelque chose. Vous auriez pu me réveiller. VÉRONIKA. Ils sont à nouveau l'un contre l'autre dans le lit. Fermeture Fondu.Il éclate de rire à nouveau. Dans la pénombre Alexandre se réveille en sursaut. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Il faut que tout se sache. J'aime bien les deux. ALEXANDRE. Tirez. Une fois une fille m'a dit : « Oh. SÉQUENCE 19 Elle lui arrache des mains. C'est trop drôle. VÉRONIKA. non. dites-moi. Le téléphone sonne. ALEXANDRE. Alors dites-moi. 68 Allô ! VÉRONIKA. VéRONIKA. // se décide. vous préférez tendrement ou violemment. ALEXANDRE. c'est Véronika. Mais. Mais vous êtes con. Il tend la main dans la direction de Véronika et s'aperçoit qu'elle n'est pas dans le lit. ça ne fait pas mal. il faut être plus doux ». Vous ne savez donc rien faire ? ALEXANDRE. tirez. je vous assure. VÉRONIKA. Ça m'est égal. Non. Ils s'embrassent. j'aimerais bien vous faire des piqûres. Arrêtez de rire. 69 . ALEXANDRE. // raccroche. VÉRONIKA. Vous n'allez pas raconter ça. J'appelle un ami. Vous préférez faire l'amour doucement ou brutalement. Plus tard. Mais je ne sais pas. Fermeture Fondu. (Tout ceci se passe sous les draps). Vous avez de très belles veines. ALEXANDRE. Il se recouche. Je vais vous faire mal. Véronika ! // regarde par terre. Il se réveille et décroche. Si. On entend un bruit de chasse d'eau. ElU constate qu 'il a les veines saillantes. se lève. Le jour s'est levé. Ce n'est pas marrant. Je crois que c'est ça. Il n'y a rien. il compose un numéro de téléphone. Quand elle revient. VÉRONIKA. Il se tourne. VÉRONIKA. Véronika ! Il n'y a personne. Alexandre. Il se dresse. A 6 heures. ALEXANDRE. Il n'est pas là. J e ne peux pas garder ça pour moi tout seul. là où elle a jeté ses vêtements. Bonjour.

Quand la séquence commence on a l'impression qu'ils ont déjà fait l'amour. VÉRONIKA. titubante. SÉQUENCE 20 Ils sont couchés. J'aime bien les films fantastiques. J'étais allée dans une sorte de super-marché qu'il y a dans le dix-septième. ». J e vous ai dit que je ne savais pas vivre avec quelqu'un. Non. rue des Acacias. chez Marie. Vous savez le vieil amant avec qui je vivais. Moi j'aime bien les films terre à terre. Ses cheveux tombent sur ses épaules. Il y a de la musique. Je ne sais pas Les Visiteurs du soir peut-être. ça va être le pied quand il va ouvrir le réfrigérateur ». Les vieux films de vampires. Ça ne fait rien. A ce soir. bien. ALEXANDRE. Tous les hélégiaques sont des crapules. Moi qui me disais. VÉRONIKA. J'habitais dans une chambre dans le dix-septième. VÉRONIKA. Elle est assise dans le lit. D'accord. J'avais pris rien que des yaourts. J e me suis fait virer parce que j'avais fait un maximum de bringue. Mais je ne sais pas s'il y a quelque chose à voir. Il aimait les yaourts. je m'étais préparée pour aller travailler.. On peut se retrouver à 6 heures au Flore. On réfléchira. ALEXANDRE. Ce qui était bien avec lui. J'aimerais bien voir un Fernandel. Qu'entendez-vous par bon film ? VÉRONIKA. VÉRONIKA. Elle maintient les draps à la hauteur de ses seins. ALEXANDRE. ALEXANDRE. il va être vachement content et tout. ce cœur qui bat. Pourtant je fais ce que je peux.. Voulez-vous que l'on se voie après. Quoi.. Je me disais : « Oh ! là. Oui. Je me souviens j'étais revenue chez moi. c'est qu'on passait notre temps à baiser.. J e travaille jusqu'à 5 heures. j'accepterai de voir un bon film. O ù habitiez-vous ? VÉRONIKA... Fermeture Fondu. « C'est pas normal ». ALEXANDRE. c'est pas normal tous ces yaourts.J'ai encore trop parlé. Une fois il avait la grippe. ALEXANDRE. Je vous embrasse. VÉRONIKA. parce qu'il y avait 70 71 . là. j'avais deux gros paquets énormes. Fernandel ? Pour vous faire plaisir. Il aimait les yaourts et j'en avais acheté au moins une trentaine. On pourrait aller au cinéma peut-être. et il m'a dit « Mais Véronika. // raccroche. qui bat. ALEXANDRE. Ils sont complètement ridicules.

sans opinion préconçue la vérité en toutes choses. Il a déjà commencé. mes amis. » Elle rit. (1) Dialogue attesté dans le film : » Tout simplement comme une rose Que l'on cueille un jour sans raison Vous avez pris mon cœur morose En passant devant ma maison. votre revue mensuelle intitulée La pure venté vous aidera à mieux comprendre la façon de mieux connaître et de mieux suivre la voie qui vous mènera au but désiré et qui vous permettra d'avoir tout ce dont vous avez besoin dans votre vie — votre vie est unique en son genre — car elle vous révélera sans ambages. .un type dans le service qui me plaisait. vous connaissez celle-là ? Elle chante une vieille chanson(1'. Alors. ALEXANDRE. J e me souviens. .. enfin je ne sais plus : « Regarde. Mon cœur est une fleur d'automne Sans savoir pourquoi ni comment Vous l'avez pris je vous le donne Tout simplement. VÉRONIKA. VÉRONIKA. d'un air con. / / allume la radio. des milliers de gens deviennent de plus en plus paresseux. Son débit est parfaitement égal. Elle rit. Alexandre lui fait signe de se taire et d'écouter. C'est pour cette raison du reste qu'elle a pour titre La pure vérité. Il n'est qu'une voix. mental et physique. mais le pire c'est l'état mental de chaque individu. mes amis. Et ce qui m ' a fait rigoler. Il met un disque de vieilles chansons françaises. prenez la peine de contempler ceux qui composent une foule. Notre siècle.d. Silence. Pendant quatre ans. Ils écoutent attentivement(1). Vous me gênez. Depuis des années. J e l'écoute souvent le matin. . d'autres encore qui sont extrêmement maigres. ils manquent d'exercice. je t'aime ». Après j'étais en retard et j ' a i téléphoné à ma surveillante. 73 . sans parti-pris. chauve.. je dirais de l'individu moyen. écrivez-nous sans tarder à l'adresse suivante : Le monde à venir. l'humanité dégénère graduellement bien que ses connaissances scientifiques augmentent de jour en jour. botte postale 150. A titre d'exemple.E. Quand je ne dors pas. Si nous allions prendre le petit déjeuner au Mahieu. Je lui ai dit que la veille j'avais fait une garde et que j'avais oublié de me réveiller. est un siècle de paresse et la plupart des gens ont une occupation sédentaire et ne s'exercent pas suffisamment. France.). Quand elle veut parler. Et il aimait se perdre dans ce vieux jardin touffu et (merdique). je dirais même qu'ils ne marchent pas assez. Observez les tailles et les formes différentes. mes amis. Elle rit. j e connais des vieilles chansons. ALEXANDRE. / / récite les dernières phrases qu'il connaît par cœur puis : .. vieux. Ce vieil amant. C'était très marrant. . Il en est qui sont horriblement gras. Et moi je lui disais : « J e t'aime. Europe 1.d. . En cette ère où les machines fonctionnent sous la simple pression d'un bouton. En somme. J e crois qu'il est l'heure du prédicateur du petit matin. Il était au lit et il me dit. et en fait ça me faisait très plaisir naturellement. 72 Elle s'arrête. et alors j ' a i baisé avec lui. il termine de la même façon.E. il n'était qu'une voix. dis-moi que tu m'aimes ».)... (N. Je ne sais pas s'il est grand. Si vous voulez recevoir gratuitement les publications annoncées. A ce propos. » (N. ALEXANDRE. Il cherche de poste en poste et trouve enfin le Prédicateur. Moi aussi. Il trouvait un plaisir sans cesse renouvelé. Il ne s'écarte pas d'un pouce de sa ligne. . c'est un bistrot du boulevard Saint-Michel (1) ... gros. Comme l'homme du 18 juin. on voit que vous avez bien dormi. Paris 8".. c'est quand je suis arrivée dans le service. elle m ' a dit : « C'est vrai Véronika.. d'autres qui sont affligés d'un gros ventre peut-être. c'est Dipar Apanian qui vous parle et vous dit : au revoir et à bientôt. vous avez bonne mine. Et je lui dis : « Oui ». Le Prédicateur termine. . depuis longtemps. il avait dit un truc terrible : « Ton corps est un jardin ». juste avant de partir. Il me disait : « Véronika dis-moi que tu m'aimes. je bande ». Il aimait les yaourts et il voulait que je lui dise : « Je t'aime ». Elle écoute..

Ils sont plein de sang.. J'ai peur. Rien à voir avec le jargon. c'est la définition de ce mot qu'ils donnent. Fermeture Fondu. autour d'une table avec des gens. je n'aurais rien vu de tout ça. Les films ça sert à ça. c'est sa femme. Il y avait aussi un gardien de square qu'on prenait pour un flic. J'ai peur. Des gens qui parlent comme des livres. Il lui disait : « Moi je cherche une chambre Monsieur. » Il racontait aussi une autre histoire. Un type qui cherchait une chambre s'en prenait à un autre qui parlait de l'existence de Dieu. —• Ah bon pourquoi ? — Parce qu'on peut la toucher dans l'ordre. En prononçant un mot. C'est le seizième arrondissement. VÉRONIKA. Lui. Ils sont sales. non. Véronika aide Alexandre à faire le lit. J'ai peur de ne plus rien y voir. J'y arrive peut-être un peu. Ils sont habillés. une brèche s'était ouverte dans la réalité. dire : / / répète intégralement la phrase mais cettefois sans imiter l'Arabe. à apprendre à vivre... VÉRONIKA. . C'était très beau. Tout un café pleurait.qui ouvre à 5 heures 25. Comme des dictionnaires. Ne parler qu'avec les mots des autres. Si je n'y étais pas allé régulièrement tous les matins. le langage grillagé du Monde ou du Nouvel Observateur. non. à apprendre à faire un lit. Tandis que là. J'ai vu faire comme ça dans un film. » Il demandait aussi : « Savez-vous quel est le meilleur tiercé ? — Eh bien. Il y avait un groupe de sourds-muets qui faisaient un bruit d'enfer.. Il demandait : « Quel est l'arrondissement le plus sale de Paris ? » Alors les gens cherchaient : « Le premier ?. J e ne voudrais pas mourir. Une grenade lacrymogène était tombée. J e me souviens d'un Arabe qui disait en détachant chaque syllabe : « Il parait que les femmes noires font l'amour de façon extraordinaire. C'est un administrateur des colonies qui me l'a dit ». parce que sa tenue ressemble de très près à celle des policiers. posait des devinettes. le quatrième ?. il paraît qu'il y fait une chaleur de fournaise. sous mes yeux. j ' y ai vu une chose très belle. Quelle drôle de façon de faire un lit. Mais je voudrais y arriver complètement. Vous devriez changer les draps. mais je l'ai oubliée. n'y allons pas. ce n'est pas le premier arrondissement . 75 . ce n'est pas le quatrième arrondissement. A cette heure-là il y a des gens formidables. c'est ce que je voudrais. Il est trop tard. Quand l'homme introduit son organe sexuel dans le vagin de la femme. c'est bien plus important que l'existence de Dieu ». Un autre groupe qui semblait comploter et que j'appelais les serbo-croates et qui se sont finalement révélés être des serbocroates. J'aimerais arriver à parler comme ça. » Alors les gens : « Ah bon pourquoi ? — Parce que c'est là qu'on enlève la mère Dassault. Jour. dans le désordre et sans combinaison. 74 SÉQUENCE 20 A Le matin. Il y avait beaucoup de monde et tout le monde pleurait. Dans une conversation. Au milieu de l'après-midi. ALEXANDRE. Ce doit être ça la liberté. Un jour de mai 68.

Ils restent un moment en silence. Marie n'est pas là. ALEXANDRE. Vous pouvez passer par là par hasard. Alors on ne se verra plus ? ALEXANDRE. Non. VÉRONIKA. Ah ça. Non. Je ne les changerai pas. C'est gentil mais je ne pouvais pas deviner. Entre à l'hôpital. Vous avez vu le nombre de bouteilles. // démarre.. 77 • . MARIE. j'espérais vous voir. J e vais lire au Flore l'après-midi.. Vous ne saviez pas ? ALEXANDRE. MARIE. Cela pourrait donner des soupçons. ces tasses de petit déjeuner. MARIE. Vous pouvez aussi me téléphoner. ALEXANDRE. Mais virer les gens au milieu de la nuit. Alexandre entre dans l'appartement. Il va vers elle et l'embrasse. je verrai. VÉRONIKA. Mais il y a son sac de voyage. SÉQUENCE 21 SÉQUENCE 22 Nuit. On peut se tirer de chez quelqu'un. J e vois que vous ne vous êtes pas ennuyé. etc. Et pendant ce temps. Bon. VÉRONIKA. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Elle descend de la voiture. VÉRONIKA. ALEXANDRE. VÉRONIKA. Marie arrive. Il stoppe devant l'hôpital. Vous me raccompagnez ? ALEXANDRE. Fermeture Fondu. Alexandre arrête la voiture devant la maison rue de Vaugirard. Il voit que la lumière est allumée. Je ne pouvais quand même pas la mettre à la porte. c'est facile.. moi je pensais à vous. Qu'allez-vous lui dire ? ALEXANDRE. demain. MARIE.. Rentrez bien. Je crois que Marie est revenue.. J e vois qu'elle a dormi ici. J e ne savais pas au juste. VÉRONIKA.. Elle va s'apercevoir que je suis venue.. Aujourd'hui. Bouteilles vides.. Tout l'appartement est imprégné de son parfum. Il fait un peu de rangement.. tasses de thé. Vous avez fait la fête. Il démarre. 76 Pourquoi ne m'avez vous pas téléphoné ? J e voulais vous en faire la surprise. A quelle heure êtes vous rentrée ? A i l heures. ALEXANDRE.. Oui. J e suis allée à la Coupole. J e ne sais pas. J e crois qu'elle le sait déjà.ALEXANDRE.

MARIE. Vous me faites vraiment de la peine et vous vous en foutez. . c'était un peu léger. SÉQUENCE 23 Ils s'embrassent. Le Café habituel (le Flore). MARIE. Alexandre parcourt rapidement la légende et l'article. Vous ne voulez pas m'aider. Comme il vous plaira. Elle est un peu raide. ils ne la retrouveront pas. Je pense même que c'est pas chic de sa part.. Elle fait toujours des choses étonnantes. Tiens ! ALEXANDRE. Je connais. je ne crois pas. Cette photo n'est pas très ressemblante. ALEXANDRE. Sourires.. Et bien changez-les.. Là. ALEXANDRE. Mieux que ça. MARIE. Si la police n'a que ça. ALEXANDRE. ils sont dans la cuisine. Tu crois qu'elle a bien fait de le tuer ? L'AMI. Il la prend dans ses bras. / / change Us draps.ALEXANDRE.. Vous n'allez pas me croire mais moi aussi. Ceci se passe entre la chambre et la cuisine. Dans le drame je suis pas mal non plus. ALEXANDRE. . Fermeture Fondu. Non. Vous n'êtes jamais très sérieuse. L'AMI. Alexandre arrive. MARIE. Il lit France-Soir. L'après-midi. / / l'embrasse.. Près de lui une valise ou un sac de voyage.. En baisant une autre fille. Le titre indique qu 'elle est recherchée pour meurtre. Votre côté enfant qui fait du charme. ALEXANDRE. Seule. Vous souffrez ou vous faites semblant. Oh ! Même les coussins ont son odeur. Sur la première page il y a une grande photo dejessa. ALEXANDRE. s'installe à sa table. nos ébats. ALEXANDRE. Débrouillez-vous tout seul. Vous avez renversé un cendrier pendant vos ébats. Ils s'embrassent et vont faire l'amour. A l'extérieur. Voyez. MARIE. Son ami lui montre France- Soir. L'ami d'Alexandre est assis.. MARIE. Une fois elle avait mal au pied. La dernière fois que je l'ai vue elle avait un énorme pansement sur la main.. / / la rejoint dans l'autre lit. ALEXANDRE. Non c'est pas bien. ALEXANDRE. tout est simple. Je crois qu'il faut changer les draps. Elle sautait sur 79 . Je vais dormir dans l'autre chambre. Elle n'aurait peut-être pas dû.

Et en fin de compte plus on paraît faux comme ça. T U ALEXANDRE.son seul pied valide. Pas d'assassins en puissance. vas toujours à Ostende comme dans la chanson de Léo Ferré. Il se penche vers elle et lui parle bas. Tu t'en vas ? L'AMI. il était juché sur un tonneau. L'AMI. D'un regard il désigne un angle du café. ALEXANDRE. Regardez sa table. Mais vous l'avez vue l'autre jour ici. Entre-temps Alexandre a tendu le journal à Véronika. avec votre prix Nobel.. J e vais te la présenter. J e me demande comment elle fait. ALEXANDRE. Il voit Véronika qui est entrée par une autre porte. VÉRONIKA. Vous vous trompez. Elle faisait toujours un numéro extraordinaire qu'elle jouait faux d'ailleurs. Alexandre voit le sac de voyage. Mais qu'est-ce qu'il en commande. Tu as vu. Quand même. Oui. les assassins sont toujours un peu abstraits dans les journaux. Dans trois quarts d'heure. Après. Ça fait un drôle d'effet de voir quelqu'un qu'on connaît rechercher pour une chose aussi extraordinaire qu'un meurtre. C'est une amie. Regardez. Oui. Le faux c'est l'au-delà. Oui je l'ai échappé belle. Mais ce n'est pas tout à fait vrai. Bonjour. Et vous savez. (à l'ami). Tu t'en es tiré à bon compte. Je crois que les rues sont peuplées d'assassins. s'appuyant au mur. » L'AMI. On voit un angle du café. Mais quand ils entrent dans votre vie ce n'est plus du tout pareil. J'ai déjà connu une fille qui a tué un type. J'ai changé d'avis. Non. A quelle heure ? L'AMI. L'AMI. Je crois qu'il ne faut absolument pas prendre au sérieux tout ce qu'il dit. L'AMI. Elle a fait un très joli coup. oui. ALEXANDRE. Oui. Parce qu'elle n'était pas amoureuse de moi. Et elle lui a tiré une balle dans le cœur. Ils s'assoient. Il commande par demibouteille pour donner le change. Et il n'y a pas de hasard. Ils vont à la table de Véronika. ALEXANDRE. Il y a Sartre dans un coin. maoïsme. J'ai envie d'aller à Hambourg comme dans la chanson d'Edith Piaf. Alexandre regarde à l'intérieur du café. L'AMI. elle était avec moi. Il est maoïste parce que l'Orient est Rouge. Elle a toujours quelque chose de nouveau. L'AMI. Des gens. Comme le vin. Il y a quelque temps il est allé parler aux ouvriers de Billancourt. ALEXANDRE. Tu pourras m'accompagner aux Invalides ou à Orly ? Oui. Elle était infirmière. Il n'y a qu'une demi-bouteille devant lui. L'ami se lève et prend son sac. Tu viens. Ils ont fait l'amour. Rétrospectivement j'ai eu peur. Il fait toujours suivre son tonneau.. comme vous. ALEXANDRE. Il est très malin. et plus on va loin. La France plus particulièrement. parce que quelque temps avant. les femmes que je connais n'hésitent pas à faire le coup de feu quand il le faut. Elle se retourne. ALEXANDRE. Mais elle s'est suicidée après. ALEXANDRE L'autre jour j'avais envie de lui dire : « Vous n'avez pas honte de boire comme ça. Ils sont allés à l'hôtel. Véronika est là.. L'AMI. d'assassins réels.. Tu es en voiture ? ALEXANDRE. Un avantage. 81 80 . A mon avis toutes ses prises de position. d'un air de conspirateur. Intérieur café. Bonjour. ALEXANDRE. Vous verrez. l'ivrogne est là. Les faits divers . ne sont que des propos d'ivrogne. Elle a attendu qu'il s'endorme. Il picole un maximum. Cause du Peuple. J'étais avec elle. Il sort toujours en titubant. elle s'en est tirée une dans la bouche. ALEXANDRE.

Aucun remords.. Elle/ait un signe qffirmatif. Véronika est à une table. Mais enfin ! C'est pour rencontrer l'homme de ma vie. Pourquoi pas chez toi ? ALEXANDRE. les rues sont réellement peuplées d'assassins. 83 . Un autre jour. Toujours un verre de Ricard devant elle. au contraire. Excuse-moi.• Tout ça n'est pas gratuit. je t'accompagne. Arrêtez. L'AMI.. Au revoir. Et ils se sentent très bien. Chez vous. C'est encore un coup monté contre moi. Et si on considère que l'avortement est un crime. Peutêtre attendez-vous quelqu'un. C'est l'heure. VÉRONIKA. L'AMI. qui va se cacher... A bientôt. Je peux prendre un taxi si tu veux rester. un soulagement. J'ai rendez-vous avec une amie. Non. Quelle horreur. J e peux m'asseoir. Non. Elle vous plaira peut-être. Et vous pouvez rester avec nous. Il y a les femmes qui se sont tirées avec des types. Je ne sais pas. L'intérieur. vous voyez.. Par petits groupes. Elk dessinait sur le journal. J e suis très grossier. Mais pourquoi pensez-vous que je viens ici tous les jours ? ALEXANDRE. VÉRONIKA. ALEXANDRE. Ces affaires de police. Ils iraient partout. // l'embrasse sur la joue. une centaine d'assassins. de justice. Quoique aujourd'hui j'ai un rendez-vous.. Fermeture Fondu.. j'espère. Il a toujours une hésitation avant de s'asseoir. Us viendraient ici. ils seraient tout à fait stupéfaits. (à Véronika) SÉQUENCE 24 Le même café. Comment pourrais-je y voir autre chose. à quoi ça sert ? Quand il y a un nouveau Président on parle d'amnistie. Vous ne vous en êtes pas encore rendu compte. de prisons... ALEXANDRE. vous risquez de ne pas le voir à cause de moi. Pourquoi chez moi.. Et leurs complices. Je m'impose toujours à votre table. il y a celles qui se sont suicidées. Si quelqu'un essayait de leur reprocher quelque chose. Vous vous rendez compte. Ils s'installeraient. Je prends une lourde responsabilité. ALEXANDRE. J'ai la chance de ne pas avoir de chez moi. comme des rats.. Ils descendraient le boulevard Raspail. Ils assument. Mais c'est pas vrai. VÉRONIKA. Et tous les criminels sortiraient.. Mais elle est toujours en retard. Non. VÉRONIKA. J e vous laisse alors.. Si l'homme de votre vie passait par là. Déferleraient dans les rues. ou qu'on va mettre en prison. VÉRONIKA.. Véronika reste. Ils sortent. Peut-être avez-vous envie de rester seule. Il va vers elle. ALEXANDRE. ou un par un. Chez toi. je connais des dizaines. ALEXANDRE. Et maintenant celle-là. Alexandre entre. La seule amnistie possible serait qu'on ouvre en même temps les portes de toutes les prisons de France.

. Comment est-elle ? ALEXANDRE.. Mais en revanche je suis persuadé de la débilité (de ce) qui m'entoure.. Oui je crois. Après. VÉRONIKA. Le café est presque vide. VÉRONIKA.. bronzé. C'est ce que je pensais. J e vous ai parlé de cette femme avec laquelle j ' a i passé quelques années. ALEXANDRE. Vous accostez souvent les filles comme vous m'avez accosté ? ALEXANDRE. je pars ». 84 85 . frisoté. ALEXANDRE. Comment voulez-vous qu'une fille sur qui les types . J'aurais bien aimé qu'elle parte comme ça.. Dans un mauvais film on appellerait ce que vous venez de dire : un mot d'auteur.. je voulais tuer le temps en attendant Jean.. VÉRONIKA. Si ce n'est pas indiscret. quand je vous ai rencontré. VÉRONIKA... J'ai été très surprise de vous retrouver marchant à côté de moi. Attention à ce que vous dites. Vous savez que vous dites des choses très belles.. Un brun.. et j'ai tué Jean. ALEXANDRE. C'est drôle. Vous avez raison.. En laissant un mot : « Adieu. J e n'ai pas le temps. Et je me suis aperçue que vous ne l'étiez pas.. Comment aurais-je pu vous retrouver. Et je n'aime pas me mêler des conversations des autres. Je ne sais pas si vous les préparez à l'avance ou si elles vous viennent comme ça. Je suis un homme très occupé vous savez.. ALEXANDRE. Si je réfléchis je vais dire un maximum de conneries dans un minimum de temps. ALEXANDRE.. Silence. Je me méfie. j'étais libre. Vous pouvez peut-être rencontrer un type qui vous plaît... Vous vous souvenez de ce que vous m'avez dit : je n'ai pas le temps de boire un verre avec vous . Et elle a beaucoup d'amants. vous pouvez éventuellement coucher avec lui. qui est parti. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Quand je vous ai rencontrée. Et le reste de la journée.. Pour en revenir à l'homme de votre vie. Je la trouve jolie. Et je vous ai trouvé moins beau que je ne pensais. Oui. Vous me permettez de vous raconter quelque chose. Non. qu'avez-vous pensé ? VÉRONIKA. J e n'accoste jamais. ALEXANDRE. VÉRONIKA. Vous voulez que je continue... Excusez-moi. J'aurais bien aimé. je venais de la voir.. Elle n'est pas partie comme ça. Je me souviens très bien. ALEXANDRE. mais je ne crois pas que vous puissiez tomber amoureuse. J'irai lire dans un coin. avez-vous un numéro de téléphone. Mon vieil amour merdique. Mais avec vous je n'avais pas le choix. je viens ici pour lire et comme vous êtes là. Elle commande à nouveau un Ricard. VÉRONIKA... Et je l'avais quittée avec l'intention de tomber amoureux de la première fille que je verrais. Ça vous ennuyait que je ne cherche pas à coucher avec vous. VÉRONIKA. Vous croyez. Ce n'était pas un reproche. Pas du tout. ALEXANDRE. Je me disais : il est peut-être malade. VÉRONIKA. J'avais parlé avec elle. Si vous voulez mon avis vous ne le rencontrerez pas ces jours-ci. VÉRONIKA..ALEXANDRE. Cela vous ennuie.. J e vous ai menti. sautent au bout de cinq minutes ne soit pas troublée quand quelqu'un est gentil et qu'il ne cherche pas à la baiser. VÉRONIKA... Je vous ai dit.. impuissant. Vous êtes très sûr de vous.. Je ne croyais pas que vous m'appelleriez. J'ai fait exprès de ne pas venir au rendez-vous. je n'ai plus du tout le temps.. Vous buvez beaucoup.. Je vous laisserai quand elle arrivera. VÉRONIKA. quand je vous ai regardé « Aux Deux-Magots ». ALEXANDRE. Les femmes qui ont eu beaucoup d'amants ne sont jamais si jolies que ça. Votre vieil amour merdique. VÉRONIKA.. ALEXANDRE. Et vous avez été cette première fille. je ne comprenais pas pourquoi vous ne vouliez pas coucher avec moi. je crois que c'est votre genre. VÉRONIKA. Vous savez.

. Alors il se lève. le temps qui passe. Une véritable révélation. Ensuite vous venez. J'ai eu l'impression qu'on faisait de moi un personnage de mauvais film. Les avorteurs sont les nouveaux Robin des Bois. ce que je ne faisais plus depuis longtemps . derrière lequel il disparaissait complètement. J'en avais pris mon parti... Elle est restée 15 jours avec des pansements sur le visage. la sonde remplace le sabre. Un an. A l'instant où l'homme s'aperçoit qu'il aime une femme. Ou si on a peur. Il y avait des bouteilles de whisky qui s'entassaient dans le couloir. je vous vois. J'aurais préféré qu'elle meure. qu'elle se suicide. font très bien ce travail d'unir ou de séparer les gens. elle. Et j'ai appris plus tard qu'elle avait avorté et qu'elle vivait avec le type qui l'avait avortée ou qui l'avait aidée. Et vous ne savez pas. mais Us délivrent les femmes de cette chose ignoble qu'elles ont dans le ventre. je pars ». je 87 .. je revenais au milieu de la nuit.. J e laisse le temps le faire.. je lui ai cassé quelque chose.. Je l'ai cherchée partout. Elle s'est fait réparer. c'est ignoble. Décidément.. J'ai mis quelques jours à comprendre. il divorçait. je ne sais pas. s'affirmer peut-être. J'ai fini par savoir. quand on quitte quelqu'un qu'on a aimé. Je n'ai jamais quitté personne. je n'aime pas les héros. J'ai téléphoné à toutes ses amies. Ils ont changé d'arme. C'était un sentiment inconnu et très fort. mais je faisais des cauchemars. La dernière fois que j ' a i fait l'amour avec elle. j'ai ressenti très profondément quelque chose. Ce n'est pas le nom qui convient à cette poussière. Elle avait disparu.. Je ne crois pas que la vie puisse ressembler à ces mondes mystérieux où on ne peut jamais revenir quand les portes s'en sont refermées. C'est une façon pour elles de. Quand quelqu'un nous quitte et qu'on souffre. Et à ce moment-là elle m'a dit qu'elle était enceinte. J'ai compris que je pouvais vivre avec elle. ALEXANDRE. Je pense que la vie. elle est passée et on a bu un verre. que je ne peux pas digérer. c'est pareil. Mais disparaître. travailler. Moi je ne fais rien. Je suis devenu très heureux tout à coup. Il n'y avait personne. Une fois. Elle se cachait. Alors que j'aurais pu passer dix minutes après. Et tout à coup. . s'aperçoit. Elle s'est mise à pleurer.. au dossier très haut. Ils ne défendent plus la veuve ou l'orphelin . je ne sais pas ce qui s'est passé. j'ai frappé très fort.. J e n'ai jamais compris les gens qui décidaient de quitter les autres. O u i . Il entend la porte s'ouvrir derrière lui et il reconnaît la voix d'un acteur qui dit : « Chérie.VÉRONIKA. elle ressemblait à Frankenstein. des derniers mois que j ' a i passés avec Gilberte je ne me souviens que de certains signes. Vous ne venez pas.. qu'elle ne l'aime plus. Vous comprenez.. Non. Nous naviguions dans les mêmes quartiers. Un peu plus tard. Vous connaissez cette histoire de Sacha Guitry avec sa première femme ? VÉRONIKA. elle vient. De mélodrame habilement agencé. J e me suis précipité chez elle. ALEXANDRE. ou de l'autre côté de la rue.. Elle ne voulait plus me voir. avoir cet enfant. Il y avait du sang sur les murs parce qu'on se foutait sur la gueule. Il y a l'orgueil. Les femmes qui sont avec des types bien les trompent toujours avec des minus. Je ne voulais pas qu'elle les jette. . l'amour-propre. J'essayais de partir. Avant.. apparaît et dit : « Non je ne suis pas seule. Et toujours les femmes se donnent à leur libérateur. cette honte qui reste dans ma gorge. j'étais dans l'autobus. J'ai eu très peur. Vous ne croyez pas que je vais faire le travail d'un autre. il faut dire ce que j'ai dit tout à l'heure : « Adieu. on ne sait jamais très bien pourquoi. C'est pourquoi on me quitte tout le temps. Et tout recommençait. Je ne crois pas au hasard.. Elle disait qu'elle ne m'aimait plus.. Et pourquoi ne nous serions-nous pas rencontrés plus tôt ? Un mois. avoir le goût de travailler.. . C'est après cette rupture que je vous ai vue. les nouveaux Chevaliers du Moyen Age. La nausée est une sensation noble. tu es seule ? ». Il était chez lui avec sa femme. se cacher comme un criminel. Le bistouri remplace l'épée.. Ça 86 m'a rendu furieux. J e la quitte. que je ne peux pas cracher non plus. Il n'y a pas que l'amour. J e suis sorti.. la femme qui l'a aimé jusqu'ici. quand vous n'êtes pas venue à notre rendez-vous. mais je ne savais pas que tu m'aimais assez pour m'appeler Chérie ». Après.. Assis dans un grand fauteuil. j'allais chez Marie. laisser un mot..

sachant qu'un jour je ne souffrirais plus. dans la rue. ou de souffrir le moins longtemps possible. Derrière vous. En passant devant Véronika. AUxandre se lève et sort. ne servent à rien.. Voyant Véronika. De temps en temps. Il Ut prend dans ses bras.. Elle ne vous a pas vu. l'embrasse. Oui.m'efforçais de ne pas souffrir. VéRONIKA.tend latenu Elle main à Alexandre et embrasse Véronika. Au revoir. semblant les reconnaître. la réussite. Tout à coup dans la vitrine d'une boutique il aperçoit U reflet de Véronika qui marche derrière lui. VÉRONIKA. Véronika lève la tête. il salue d'un petit signe. l'amie se lève et vient à leur table. N'arrivant à fixer son attention sur sa lecture. le monde sera sauvé par les enfants. sauf un mot de temps en temps. Il marche dans la rue. les soldats et les fous. Alexandre comprend que le type invite Us filùs chez lui à une soirée. // va s'asseoir dans un coin du café. Restez un moment. Essaie de lire. VÉRONIKA. je vais là-bas. Il ouvre son livre. Non. SEQUENCE 24 B SÉQUENCE 24 A AUxandre sort du café. Non. une party. comme ça. VÉRONIKA. Elle s'assoit à côté d'elle. et les quelques mots qu'il entend. Vous savez. Deux hommes passent dans le café. Véronika essaie de U retenir. oui. Effectivement son amie est là depuis un moment. Il s'assoit à la table des filles. Il déplaît à Alexandre. Alexandre. Ils marchent enUicés jusqu'à la voiture qu'AUxandre emprunte de temps en temps à sa voisine. Il s'immobilise. ALEXANDRE. Il a le genre photographe de mode ou assistant de cinéma. Véronika se retourne. la révolution. Alexandre n 'entend pas. L'homme parle. Il se retourne au moment où elU arrive. il lève les yeux sur les deux filles qui parlent. Mais quand la terre tremble sous nos pieds. vous partez ? ALEXANDRE. L'un d'eux s'arrête devant la table des filles. quand l'amour. Vous pouvez rester. J e suis fatigué. Ib montent dans la voiture. Alexandre se lève. Quand AUxandre croise U regard de Véronika ils échangent des sourires. ALEXANDRE. J e crois que votre amie est arrivée depuis un moment. D'après les mimiques 88 89 . Un peu crispé du côté d'AUxandre. Il faut que je vous aime beaucoup pour vous suivre. L'homme essaie de se souvenir du nom de Véronika.

. Mais alors. Je ne fais rien mais je vous l'ai dit : j ' a i une vie bien remplie. VOUS avez le droit d'emmener des types dans votre chambre ? 90 Non. on ne pourait pas se retrouver plus tard. ALEXANDRE. Mais pas aujourd'hui. Pourquoi. Et bien. VÉRONIKA. J'adore les métèques.. VÉRONIKA. C'est un privilège que je suis heureux d'avoir mais. qu'est-ce que vous faites avec moi ? VéRONIKA. Et rien n'est résolu. 91 .. Oui. VÉRONIKA. A l'heure que vous voulez.. J e vous ai suivi parce que j'avais envie de rester avec vous. Vous étiez avec des gens. Où irons-nous ? Moi je n'aime pas les hôtels. VÉRONIKA. Je ne couche qu'avec des femmes qui ont un appartement. Oui. C'est autre chose. VOUS savez. Ça n'avait pas d'importance. Pourquoi êtes-vous parti ? J e vous ai demandé de rester. Et c'est amusant d'entendre des conneries... Si vous êtes occupé maintenant. J e vous aime et j'ai envie de rebaiser avec vous. ALEXANDRE.. Mais pourquoi les femmes n'auraient-elles pas le droit de dire qu'elles ont envie de baiser avec un type. puisque je n'en ai pas. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Vous êtes gentille mais je ne peux pas... Vous avez des choses importantes à faire Alexandre ? J e croyais que vous ne faisiez rien. ALEXANDRE. Pourquoi croyez-vous que j ' a i demandé un grand lit quand je me suis installée ? Mais je ne veux pas que l'homme que j'aime voie l'endroit sordide dans lequel je vis. VéRONIKA. VéRONIKA.. Ne soyez pas désolée.. Peut-être.. Mais toutes les filles le font. Vous savez. Vous respectez les règlements ? VÉRONIKA. Celles qui ne le disent pas sont des connes.. ALEXANDRE. Je peux essayer d'être à minuit au (Flore). J'adore baiser avec les métèques. Vous faites dans le genre métèque. J'ai amené un maximum de types chez moi. Il se croit irrésistible. Et moi je baise avec un maximum de juifs et d'arabes. VÉRONIKA.. Pourquoi ne pas le dire ? Les nanas ne le disent pas. Je serai à minuit au (Flore). Ça je ne sais pas. Ce n'est pas très bien. Ils avaient l'air de vous amuser.. VéRONIKA. Non. ALEXANDRE. VÉRONIKA. Silence.. C'est très bien les hôtels. Il m'amuse beaucoup.. Des conneries sans doute. ALEXANDRE. non ? VéRONIKA. VÉRONIKA. ALEXANDRE. Toujours. VÉRONIKA. On pourrait aller chez vous.. ALEXANDRE. Et ça me fait plaisir aussi. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Il est très con. Oui. Mais ce n'est pas sûr. plus que moi. ALEXANDRE. d'habitude je m'arrange pour que les femmes que je connais aient un appartement. Et j ' a i assez envie d'aller chez vous...SEQUENCE 24 C VÉRONIKA. Vous ne viendrez pas dans ma chambre. J e suis désolée mais ça me fait plaisir. J'ai envie de rebaiser avec vous. ALEXANDRE.

J e vous l'ai dit. Vous m'avez vachement humiliée. Oui. J'avais envie d'être avec vous. J e suis affreuse. Qu'avez-vous fait depuis cet après-midi ? VéRONIKA. Vous n'avez rien d'autre ? VéRONIKA. Vous aviez quelques heures à passer. Je m'en doutais. Elle sent l'hôpital. ALEXANDRE. Elle va ouvrir la fenêtre. Il y en a que je dérange beaucoup. ALEXANDRE. Pourquoi le faire alors ? VÉRONIKA. mais vous avez une façon d'être affreuse qui vous va très bien. Je ne sais pas. ALEXANDRE.. VéRONIKA. J'aime bien votre chambre. ALEXANDRE. . Quelle horreur. VÉRONIKA. Elle se regarde dans la glace. VéRONIKA.. ALEXANDRE. VéRONIKA. VÉRONIKA. J e peux vous faire un café. ALEXANDRE. etc. ALEXANDRE. J'ai téléphoné à un ancien amant. Je n'aime plus baiser avec lui. J'avais envie d'être baisée. Vous trouvez ? ALEXANDRE. Véronika conduit Alexandre dans sa chambre. Ça m'excite plutôt. Vous auriez pu rester chez vous tranquillement. Vous êtes jaloux. VÉRONIKA. Ils s'assoient sur le lit. Ah oui. Je vous dépose quelque part ? Oui. Un interne qui faisait une permanence à l'hôpital Necker.. c'est très bien organisé. ALEXANDRE. Mais je ne suis pas contente. Oui. Regarder la télévision. Ils parcourent des couloirs et des escaliers d'hôpital. un poste de télévision. J e le faisais toujours bander.. J e peux très bien relancer mes vieux amants quand j ' e n ai envie. / / démarre. un réfrigérateur. VÉRONIKA. 93 . SÉQUENCE 25 au téléphone. Chez moi. Non. Ah oui. J'avais envie d'une queue. Vous voulez boire quelque chose ? ALEXANDRE.^ ALEXANDRE. J'ai insisté. Il y a un lavabo. Vous m'avez énervée. VÉRONIKA. Ma chambre sent l'hôpital. ALEXANDRE. Il en avait envie alors. Qu'est-ce que vous avez fait avec votre vieil amant ? Je n'aime pas raconter. Il a toujours très envie de moi. Votre maquillage est défait. faites moi un café. Il y a un canapé dans son bureau. Alors vous ne voulez pas me raconter.. Vous avez viré un malade. un Nescafe. Et puis ça a été si vite fait. Si de l'eau. En fait je crois que j'ai fait ça uniquement contre vous. Regarder la télévision. VOUS avez trouvé un lit. surtout quand je tombe sur leur femme 92 VÉRONIKA. ALEXANDRE. // l'attire près de lui. Il l'embrasse. Comment vous avez fait ? VéRONIKA. Ou me faire baiser comme vous préférez. Dès qu'il me voyait. Oui. J e suis allée baiser. VÉRONIKA. Non. Ils entrent dans la chambre de Véronika qui ressemble à une chambre de bonne. Venez près de moi. Mais ça vous ennuie. ALEXANDRE.... ALEXANDRE.

Non. Je vais me lever. Véronika réveille Alexandre. En touchant ses seins. Quand je ne suis pas complètement ivre.. J e fais toujours ça. Dégrafe son corsage. VéRONIKA. je suis superpudique. froid. Il m'a dit : déshabille-toi. Fais-moi ce que j'aime. // l'embrasse. Fondu. Restez. / / touche plusieurs parties de son corps. jamais. Et les malades ? Les malades. Alexandre. Non. VÉRONIKA. ALEXANDRE. Mais non. Je vous le fais si vous devinez. il faut que je descende en salle d'op. ALEXANDRE. Approchez. Vous fermerez la porte. Vous vous êtes servie de quoi ?. ALEXANDRE. On a le temps de faire l'amour ? VéRONIKA. C'est ma tactique. ALEXANDRE. ALEXANDRE. ALEXANDRE. VéRONIKA. Jour. C'est trop fatigant. Vous vous êtes déshabillée très vite l'autre jour. Mais non. 95 94 . chaud. VéRONIKA.. ALEXANDRE. Vous pouvez rester dormir si vous voulez. alors je m'en vais. Je n'aime pas raconter. Attendez. Qu'est-ce que c'est ? VéRONIKA. Il passe une main sous sa blouse et constate qu 'elle est nue en dessous. VéRONIKA. Vêtue de sa tenue d'infirmière. Les médecins ne vous font pas ça toute la journée. il fait : Ouf ! ALEXANDRE. Non. Aidez-moi. Quelle heure est-il ? VéRONIKA. Bon. Vous êtes belle. Vous pouvez la garder. 7 heures moins le quart. Faites-le moi alors.VÉRONIKA. Plus maintenant. Le matin. Elle éteint la lumière. J'éteins la lumière. Vous permettez. Avant oui. Pendant que vous ne regardiez pas. ALEXANDRE. VÉRONIKA. ALEXANDRE. SÉQUENCE 25 A Dites-moi. ALEXANDRE. Voilà une clé. ALEXANDRE. VéRONIKA. Arrêtez. Elle se lève. Je vais travailler. Qui allez-vous tuer aujourd'hui ? VéRONIKA.

Ils se détendent. commencent à sourire. Son visage exprime la douleur. Elle reste silencieuse. Il se déshabille et se couche près d'elle. Ils se regardent sans parler. la prend dans ses bras. La boutique de Marie. je crois qu'il vous ira très bien. Un foulard. Alexandre entre. l'embrasse. Elle l'entraîne dans l'arrière-boutique. se rapproche du mur. La cliente s'en va. J e trouve que ça va bien. MARIE. Elle s'écarte. Il est 7 heures du matin. J'avais un cadeau pour vous. A plusieurs reprises leurs regards se croisent. Lui aussi. Marie porte des lunettes noires. Marie est seule. Il feuillette des journaux féminins. Alexandre sort de l'hôpital. Fondu.Elle l'embrasse et sort. laissant un creux entre eux. pouvez venir par ici. VOUS Alexandre entre chez Marie. s'approche d'elle. SEQUENCE 26 SEQUENCE 25 Le jour. MARIE. Ses yeux sont ouverts. // enfile le foulard qu'elle lui tend. Alexandre la voit se déshabiller. Elle est couchée mais ne dort pas. Une cliente entre. Alexandre s'assoit sur un étalage. passe dans l'arrière-boutique pour essayer une robe. 97 . Qu'est-ce que vous en pensez ? / / sourit. MARIE.

MARIE.. Mais c'est évident. nulle part. Elle tend l'appareil à Alexandre.. je ne peux pas sortir... l'homme de la rue. pour employer un mot d'une saison et de deux cents personnes. leur voiture. Alexandre et Marie dorment (?) l'un contre l'autre.. des voitures. Elle est un peu paumée... le Parthenon. Une boîte. Marie insiste. Même s'ils sont mal payés. téléphone au milieu de la nuit. J'ai pensé qu'il n'y en avait plus pour longtemps. se bourre la gueule. il va peut-être arriver des choses intéressantes.. Pourquoi ne partent-ils pas... je me suis endormi sur l'autoroute. des femmes. Ou au moins. quelque chose comme le vestige d'une civilisation ancienne. Et les jeunes ne comprendront pas.. complètement fissurée.. Une fois. oui. qui bougeaient. lézardée. non ? MARIE. Ce sont vos affaires. comme si on pouvait voir le même endroit il y a 1 000 ans. Même s'ils font un travail merdique. J'ai entendu une formule récemment. ALEXANDRE... Elle est dans une boîte. L'appartement de Marie. que c'était des images.. Alexandre prend l'appareil. qu'il en serait bientôt fini de tout ça. Parce que je commençais à en avoir marre que ces gens se sentent si bien. de goudron. Non je suis fatigué. un sac au bord d'un bâton sur l'épaule. les usines. Ils allaient. Oui. je dormais.. Oui. tout était pareil.. MARIE. C'est Véronika. Alexandre refuse de prendre l'appareil. j'aime assez que cette fille se conduise comme ça.. pas un mirage.. 99 . Alexandre se réveille ou est réveillé. Avant me demandais-je : pourquoi continuent-ils à travailler. inutile... C'était fini.. des HLM. Ces lignes qui défilent. Marie décroche. l'ancêtre.. entre Marseille et Lyon. Peut-être quelqu'un de très vieux... Le téléphone sonne. j'ai vu. qui parlaient. les pyramides. Pour aller. J e vous appellerai demain.. J'ai envie de m'enfermer. l'autoroute. à pieds. Délabrée. Débrouillez-vous... comme à la fin des films de Chariot. ALEXANDRE.. des hommes.. Cette piste de bitume.. MARIE. pour ailleurs.. Bonsoir.. Marie allume une cigarette. Faut toujours donner raison aux autres... essayant de garder les yeux ouverts... Quel est ce bruit. J e me suis endormi quelques instants. Et sur cette piste. Moi je n'ai pas l'impression d'être « l'homme de la rue ». Et je me suis réveillé parce que ma voiture a heurté le truc du côté gauche qui sépare les deux sens. .ALEXANDRE. Si les gens qui travaillent. avec leur famille. Je me suis accroché au volant.... SÉQUENCE 27 La nuit.. Qu'est-ce qu'elle voulait ? Que j'aille la retrouver. marchant.. ... ce n'était pas une idée. des vagabonds. Ça n'a pas d'importance. c'est : « l'homme de la rue ».. Oui. Alors. commencent à « flipper » eux aussi... dans 1 000 ans. envahie par les herbes. MARIE. Mais pas pour aller quelque part. se souviendra encore et racontera aux jeunes qu'il y avait des cinémas. / / raccroche. qu'ils faisaient semblant. Vous êtes aveugle ou quoi.. Et j'ai vu. des cinémas. attendez. leurs vacances. Elle est ivre. Pourquoi ne font-ils pas leur baluchon.. Je pensais que les gens qui travaillaient étaient plus équilibrés que les autres.

Vous n'aviez qu'à lui parler. C'est : « les classes les plus défavorisées ». et dans le dos. il y a : — la bourgeoisie du textile. En quel homme ? « L'homme de la rue ». foutez-les dehors. J'y ai souvent pensé.. Les duels c'était bien. MARIE. à la cendre. MARIE. tu sais bien. Quelle heure est-il ? MARIE. La seule dignité est la lâcheté. on ne peut pas le réveiller. ALEXANDRE.. ALEXANDRE.. Voyez. Et savoir s'en servir. e t c ..C'est fou ce que vous croyez encore en l'homme... ALEXANDRE. Marie décroche. Les voyous assassinaient au couteau et dans le dos. frapper à l'improviste. Quand je fais l'amour avec vous.. Vous ne m'aviez jamais dit ça. ALEXANDRE.. J'aime bien les gens qui désobéissent. vos amours commencent à m'emmerder. Alors. des cascades ruisselantes. On frappe à la porte. — les mères célibataires. Non Véronika. MARIE. on a envie d'être seuls un peu. Je suis assez d'accord avec ça. Mon vieux. Être ferme. On leur dit : partez.. Ils restent. SEQUENCE 28 Le téléphone sonne.. Allô ! Il dort.. ALEXANDRE... Pourquoi. à la terre.... MARIE. MARIE. En échange d'un soi-disant travail. MARIE. Il fallait refuser. Un nom pour chaque chose. — l'homme de la rue.. Pour jouer la règle du jeu il faudrait avoir les mêmes armes. MARIE. On se battait entre gens de même monde. On peut tout demander à ceux qui acceptent de l'argent. Non.. On leur dit : ne viens pas. Ils viennent. . ALEXANDRE. Quoi.. Je n'aime pas la dignité.. Marie se lève pour ouvrir. — les classes les plus défavorisées. On les met à la porte. ils reviennent. Gomme les ivrognes qu'on refoule des bistrots. Si elle a amené quelqu'un. je ne pense qu'à la mort. De toute façon elle est tellement ivre. Elle n'est pas seule. vous voyez des rivières. même de baisser leur pantalon. Tu viens. Non je ne peux pas le réveiller. Ils s'embrassent. Vous faites l'amour avec la mort. Elle entend du bruit.. ALEXANDRE. 101 100 . des gens acceptent de l'argent d'autres gens. Elle raccroche. et puis tu vois. Il y a une autre formule qui m'amuse. Elle va venir. 4 heures..

VéRONIKA. VéRONIKA. VéRONIKA. Ma Chérie. MARIE. J e vous aime comme une vieille folle. Tu es très belle.. MARIE. Véronika se penche sur Alexandre. J e n'ai pas envie d'Alexandre. la pure Véronika. VéRONIKA. J e téléphonerai. VÉRONIKA.. Marie rit. Ecoute. Véronika les regarde. Avec mon vieux corps de femme de trente ans. Vous savez ce qui me ferait plaisir... Vous vous aimez. Marie se recouche. Ne faites pas attention à ce que je dis. Véronika se penche sur Alexandre et l'embrasse. Marie attire Alexandre sur elle. VÉRONIKA. de sa vieille queue.. 102 103 .. Véronika les regarde. ah Putain. Tu as vu. Sa bouche rejoint les bouches des filles. Ils s'embrassent sur le corps de Marie. elle revient... Marie règle le taxi. ALEXANDRE. Quand il fait un geste pour l'enlacer elle se retire.... il a la queue en forme de bec de théière. Alexandre les regarde longtemps et s'approche d'elles. Alexandre et Marie continuent à s'embrasser. MARIE. C'est Véronika qui se retire. Véronika entre. Marie dort près de lui. J'en ai rien à foutre. MARIE. .. Avec tes gros seins de femme de trente ans.. Véronika est réveillée. J'ai bu un maximum ce soir. Ma chérie je crois que tu as assez bu. Et pourtant je n'aime pas les femmes. je suis complètement pourrie. Pure. c'est la chose la plus belle qui puisse exister. Tu as vu tes jambes. Elle ne peut pas payer son taxi. si tu veux baiser avec Alexandre. Fais pas chier. C'est que vous baisiez tous les deux. Jour. ALEXANDRE. Tu es très belle Marie.. Elle tombe à genoux sur le lit. Non je voudrais que vous baisiez tous les deux. moi. Le type lui pelotait les fesses.. Elle l'embrasse sur la bouche. Je ne veux pas baiser.Marie se couvre d'un châle et ouvre. J e peux venir dans votre pieu ? Véronika enlève sa robe. J e vous dérange peut-être. MARIE. la tendre. Des gens qui baisent parce qu'ils s'aiment. Vous étiez peut être en train de baiser.. Mais qu'est-ce que vous croyez. Passant son bras sur le corps de Marie. VéRONIKA. Elle se penche sur Marie. VéRONIKA. Dans mes poches. Elle se tourne vers Marie. Vieil Alexandre merdique. Ils s'embrassent tous les trois. tu es la douce. Il doit y avoir de la monnaie. Vieille Marie pourrie. (Elle chuchote). Quelle heure est-il ? Vous n'allez pas travailler ? VÉRONIKA. Il ne demande que ça. Et toi. Alexandre caresse Véronika. Véronika a un rictus et répète le mot de Marie. Alexandre se réveille. VÉRONIKA. Il n'y a rien à boire ici. SÉQUENCE 28 A Elle se redresse.

On s'est chargé des boissons. Qu'est-ce que vous faites ? Un lapin à la moutarde. nous y sommes arrivés directement. Alexandre débouche une bouteille de vin. déjà en train de préparer le repas. elle est d'accord. Alexandre parait très déçu. MARIE. ALEXANDRE. VÉRONIKA. Ils y arrivent. SÉQUENCE 29 Dans la cuisine. Ecoutez. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Il porte un verre à Marie.. j'en ai parlé à Marie. ALEXANDRE.. Ils entrent. Elle est avec son amant dont on ne voit pas le visage. Alexandre regarde la personne qui le pousse. . C'est Gilberte. nous allons nous régaler. ALEXANDRE. Non. Vous le goûterez. des amis à elle. VOUS J'ai une chose à vous dire : il y a un invité supplémentaire. vous venez.Il prend aussi une bouteille d'eau de vie de Poire Williams. Dans un panier il y a des légumes et plusieurs bouteilles d'eau minérale. Oh ! non. Et celui-là. Des amis à vous. Dans un super-marché (genre Inno). Véronika sort. Ils passent entre les rayons en poussant un panier roulant. A la cuisine. Ils ne diront rien si je suis là. j ' a i promis de m'occuper des boissons. // déballe. Ils montent les paquets. MARIE. ALEXANDRE. Il n'y a rien à grignoter en attendant. 105 104 . Alexandre embrasse Marianne comme une vieille amie. Marie a invité des amis. Alors on prendra un whisky ordinaire pour boire avec du Coca. Alexandre et Véronikafont des courses. Qui ? MARIE. Choisit un vieux whisky. ALEXANDRE. On ne voit que des cheveux qui sont moyennement longs. (à Véronika) Vous allez voir. Voyez. L'escalier de l'appartement. MARIE.. C'est Philippe. Avec celui-là c'est criminel. Des gens poussant leur panier passent près d'eux. 1 VÉRONIKA. J e ne me trompe jamais sur la direction à prendre quand je cherche l'alcool. Non. 7/ regarde les étalages. Machinalement. ALEXANDRE. aimez ce whisky ? VÉRONIKA. Formidable. Je reviens. ALEXANDRE. Ils cherchent le rayon des boissons. Non. VÉRONIKA. j'espère que vous n'allez pas vous conduire comme un con. mais ils sont très bien. Il la serre dans ses bras. J e ne supporte le whisky qu'avec du Coca. Vous verrez. il y a Marie et Marianne.

Non. 106 .Alexandre passe de la déception à la colère. ALEXANDRE. Si vous voulez que je m'en aille.. un paquet à la main. C'est vous. Excusez-moi. pomper les gens. // est calme. Vous êtes ignoble. Si ça doit arranger les choses. Dans la rue. Qu'est-ce que vous voulez ? Laissez-moi tranquille. ce n'est pas sale ? MARIE. Bon. ALEXANDRE. Bon appétit. Vous voyez je ne crois pas que ça s'arrange. Oui ça. MARIE. je ne marche pas. cela aurait été très fort. ALEXANDRE. ALEXANDRE. VéRONIKA. Trop fort pour vous. Mais pourquoi ne m'avez-vous rien dit ? MARIE. Il rencontre Véronika qui revient. Écoutez Alexandre. Vous ne dites que des choses sales. Je ne supporte pas ça. Il prend les deux bouteilles de whisky qu'il fourre dans ses poches. Si vous partez. C'est eux qui l'ont invité. ALEXANDRE. Ce soir tout allait bien. C'est dommage quand même. Alexandre. les traits déformés par la douleur et la colère. Je vous expliquerai. 107 Marie sort de la maison en proie à une crise de nerfs. ALEXANDRE. J'ai pris des bouteilles. Mais enfin Alexandre. Vous salissez tout ce que vous touchez.. // lui laisse un paquet de cigarettes. Allez baiser avec le monde entier. ALEXANDRE. MARIE. J e ne le savais pas. Ah non. C'est lamentable. Je vous aime. Elle rentre chez elle toujours suivie de Marianne. Marianne est assise. Elles passent devant la voiture. Non. détendu. Vous ne faites jamais rien pour personne. et bien je m'en vais. Prendre. Vous me dégoûtez. Elle fait très bien le lapin à la moutarde. Dans l'appartement Marie est assise sur le lit. Non. Bravo. Vous me dégoûtez. c'est tout ce que vous savez faire. Il ne la met pas en marche. MARIE. effectivement beaucoup trop fort pour moi. VÉRONIKA.. Qu'est-ce qui s'est passé ? ALEXANDRE. Ce que vous avez essayé de faire. Elle l'insulte. MARIE. Non. VÉRONIKA. Il descend de la voiture. Vous êtes un sale. ALEXANDRE. Je pensais que pour une fois vous seriez capable de faire quelque chose pour moi. N'importe où. Elle crache au visage d'Alexandre à travers la vitre. Passez une bonne soirée.. Attendez. Un drame.. VÉRONIKA. Marie revient. J'en ai marre. ALEXANDRE. Mais vous êtes incapable de donner. pas du tout. ALEXANDRE. Taisez-vous.. Il sort. ALEXANDRE. Il y a un petit changement de programme. Je vais revenir. je ne le savais pas. MARIE. Partez. écoutez. ALEXANDRE. qu'avez-vous essayé de faire ? Qu'avez-vous voulu prouver ? Vous saviez très bien ce qui allait se passer. je suis furieux. Vous avez des cigarettes. MARIE. Il n'en est pas question. ALEXANDRE. Elle est suivie par Marianne qui essaie de la calmer. Elle a invité un type que je ne veux pas voir. Pourtant. Alexandre entre et marche de long en large. Il faut toujours tout faire pour vous. je partirai avec vous. Allons dans la voiture. Non... Je n'ai pas envie de me saouler. A cause de moi. Il presse sa main dans la sienne. Oh. C'est un ami de Charles. Ils l'ont rencontré. Ils vont dans la voiture. On va pouvoir se saouler la gueule. Rien du tout.

pour maigrir. Vous qui opérez des cancers. les gens baisaient. Ils devraient faire une bonne séance comme ça de temps en temps. qui prennent des tas de trucs pour se couper l'appétit.. Non. vous vous sentez tranquille. MARIANNE. mais vous ne savez pas que l'irresponsabilité aggrave les crimes. vous savez j'aime beaucoup Marie. Alors. Marianne prend son manteau. Elle s'en va.. On va quand même ouvrir ces bouteilles. peut-être. nous allons monter mais si quelque chose ne va pas. sans problèmes. Elle n'est pourtant 108 ne veux pas maquiller Alexandre. Véronika s'assoit. si vous vous sentez mal. VÉRONIKA. Maquillée. (AIME. ALEXANDRE.. Qu'est-ce qu'il se passe ? MARIE. vous vous sentez le courage.ALEXANDRE. VOUS n'aviez qu'à refuser. VÉRONIKA. Ne bouge pas. Et ça a été le premier amour. Depuis le premier amour. VÉRONIKA. ALEXANDRE. Vous n'avez jamais cherché un remède pour arrêter cette souffrance. C'est le grand jeu. ALEXANDRE. Vous ne l'avez même pas invité par provocation. J'adore ça. MARIE. Et un jour. parce que vos amis invitent quelqu'un. Véronika s'approche de Marie. Vous savez. Il ne savait pas ce qu'il faisait. coiffée par Véronika. Tout le monde avec tout le monde. J e t'appellerai.) Alexandre met quelques instants à comprendre.. Véronika commence à maquiller et à coiffer Marie. une opération. MARIE. Laisse-moi parler. ce ne sont pas ces querelles qui y changeront quelque chose. Tu permets que je te maquille. peut-être à la terrasse. Alexandre s'adresse à Véronika. Alexandre rejoint Véronika dans la voiture. je t'expliquerai. Foutez-moi la paix. Vous me faites doucement rigoler tous les deux avec vos histoires. Il faut prendre de la vitamine « M ».. Ça devait être bien. s'accouplaient.. ALEXANDRE. ALEXANDRE.. quelqu'un a décidé de garder une femme pour lui. vous n'y êtes pour rien. embrasse Marie. Plus tard. Elles s'embrassent sur la bouche. n'y touchez pas ».. J e suppose que vous n'avez plus faim.. pour lui tout seul. ALEXANDRE. VéRONIKA. Vous ne voyez pas combien vous êtes ridicules tous les deux. Elle est plus détendue.. pas nouvelle. Moi non plus. L'estomac noué. MARIE. VÉRONIKA. Marie a changé de visage. C'est leur « disque ». Alexandre reste sur le lit. Véronika recommence le maquillage. Il a dit : « Elle est à moi. Ils reviennent dans l'appartement. Les femmes ne parlent pas. Vous ne savez pas. J e t'en prie Véronika.. T U ALEXANDRE. allô. C'est très bien. pas maintenant. J e vous sers. partez.. avant. Pour le lapin. je viens vous rejoindre tout de suite. Impossible de manger. Alexandre met un disque auquel Marie est sensible. compose un numéro. Merci d'avoir attendu. Marianne prend le téléphone. Alors. Très détendue.. qui guérissez les douleurs les plus invraisemblables. MARIE. souffrir comme ça. 109 . // remplit trois verres. Non. Celui qu 'ils écoutaient quand ils se sont connus. Allô est-ce que monsieur Charles Lemoine est là s'il vous plaît. il n'y a pas un remède ? des piqûres. Il y a des gens qui font des tas de choses. Vous avez laissé faire les autres. au commencement des temps. MARIANNE..

Excédée. Ils recommencent à faire l'amour. Marie revient chancelante. vous allez exciter un maximum de mecs. mais vous avez des rapports merdiques. Allez ! Ouste ! Je liquide. Laissez-la. . Maintenant je dors. Elle jette contre les murs tout ce qui lui tombe sous la main. Elle enfonce sa main sous les draps et cherche à nouveau son sexe. Baisez-moi. Il faudrait qu'il se fasse un peu enculer. Alexandre. Elle embrasse ses épaules. Plus tard. s'écarte de lui brutalement. Veronika gémit. Commence à lui faire l'amour. Vous devriez essayer. // se tourne. VÉRONIKA. Attrape Marie par les cheveux et enfonce violemment ses doigts dans sa bouche. Ça lui ferait pas de mal. agressivement. Elle hurle. Partez. Et de temps en temps vous êtes gentil. MARIE. Mettez-vous au milieu. Je vous assure. Partez. C'est Veronika qui revient à l'attaque. Marie crie. les regarde. Il la repousse. VÉRONIKA. VÉRONIKA. Combien il en faut pour dormir. Ne bouge plus. ALEXANDRE.VÉRONIKA. Alexandre bondit. Veronika vient sur son épaule. Alexandre la laisse et revient dans le lit. VÉRONIKA. VÉRONIKA. Elle essaie d'embrasser Veronika qui la repousse. Il se retourne d'un bond et revient sur elle. VÉRONIKA. Marie se lève. Marie met une main sur sa poitrine. Vous ne vous rendez pas compte que vous êtes le plus heureux des hommes. Il écarte les bras. Laissez-moi tranquille. ça vous ira très bien. Alexandre vient sur elle. MARIE. Si vous sortez comme ça. MARIE. 110 . Non. ALEXANDRE. Je me mets au milieu mais laissez-moi dormir. baisez-moi. Elle avale toute la botte. Mais non. Alexandre et Veronika sont dans le bar. ALEXANDRE. Un ou deux. Ça va pas non. Non. Il s'est mis contre le mur. Il prend Veronika dans ses bras.. baisez-moi. Je n'aime pas être au milieu. MARIE. Face à face. Baisez-moi. Furieusement. je peux aller dans l'autre chambre. Tais-toi. J'en ai assez. Mais foutez le camp. C'est votre problème et vous le savez. Vous êtes dans un pieu avec deux nanas qui vous aimentALEXANDRE. Calme-toi. Toute la boîte. Elle se cabre. Il l'accroupit de force sur les W. Allez baiser à l'hôpital. Vous avez des rapports drôlement merdiques avec les femmes. Faites ce que vous voulez. Elle fait ce qu'elle veut. vous semblez aimer les gens. Elle vomit encore.. Elle revient. Allez baiser n'importe où. Elle va à la salle de bains. MARIE. il faut faire quelque chose. Alexandre. Alexandre est couché. Entre les deux filles. Laissez-moi tranquille. Marie commence à vomir. Foutez le camp tous les deux. VÉRONIKA. Les deux filles viennent dans le lit. MARIE. VÉRONIKA. Votre 111 Sur les couvertures Veronika cherche à poser sa main sur le sexe d'Alexandre. Si je vous gêne. Rien. Veronika écarte la main de Marie. Voyant le danger écarté. Marie les regarde. Tout va bien. ALEXANDRE. VERONIKA. j'en ai marre. Elle dit à l'oreille d'Alexandre. MARIE. Ça lui ferait du bien. Arrêtez de déconner. VÉRONIKA. Qu'est-ce qu'il faut faire ? Qu'est-ce qu'il faut faire ? VÉRONIKA. Il bondit du lit. ALEXANDRE.C. Foutez le camp. Elle prend une boite de cachets que Veronika a apportée. Les deux filles maquillent légèrement Alexandre qui ne réagit pas. Il se met au milieu. ça va.

Souriez. Vous aimez une femme et vous en baisez une autre. c'est tout. Elle m'embrasse. je ne sais pas ce que vous lui avez fait.Gilberte. Et puis vous deviez bien la baiser. J'ai pensé à vous dans les chiottes. Vous êtes arrivé dans ma vie à un moment. Elle l'écarté. VéRONIKA. Vous aimez Marie. Même quand ça se termine. Vous êtes con ? Et c'est comme ça. VéRONIKA. Et avec Marie vous faites un couple merdique. 112 113 . Vous êtes bien tous les deux avec vos élans merdiques. quoi que je dise.. Vous l'avez rendue folle. ou alors folle. Vous avez peut-être raison.. Elle remonte. Il y a une chose qui me ferait plaisir. Et l'amour c'est pas ça. Vous me voyez dire ça : « Alexandre comme vous êtes beau. c'était très simple. VéRONIKA. ALEXANDRE. Il disait : « Savez-vous qu'elle est la différence entre la mixomatose et la blennorragie ? » Vous le savez ? Non. vous vous lavez avec elle. Et bien. c'est pas merdique. Ça vous ressemble non ? ALEXANDRE. Elle/ait une grimace grinçante. Comme je vous déteste. vous chiez avec elle. Voilà. ALEXANDRE. vous dormez avec elle. « Ma rage d'aimer donne sur la mort comme une fenêtre sur la cour » et quelqu'un a écrit dessous « Saute Narcisse ». J e ne suis pas très doué. Vous êtes content. J e ne pense qu'à vous. Vous ne m'aimez pas. Peut-être que je n'ai pas la vocation de la vie. » Elle ricane. Tout ça à 5 heures 25. Vous savez je n'aime pas dire du mal des gens. mais elle devait vous aimer. ce n'est pas pour elle.. Comment peuton dire : « Vous êtes le seul homme que j'aie jamais aimé ».. Mais vous n'êtes pas bien. Voulez-vous la faire ? VÉRONIKA. vous avez dû la rendre très malheureuse. Il y a un graffiti. et la blennorragie est une maladie de la pine. Qu'est-ce que c'est ? ALEXANDRE. Ça vous a fait penser à moi. Elle se lève. Oui. Et on s'est quittés comme ça. VéRONIKA. Pour qu'elle soit avec cet espèce de mec merdique. Non. Surtout si vous l'avez dépucelée. Très. Descend aux toilettes. elle prend ma main. Parce qu'elle aurait dû rester avec vous. Vous pouvez être très gentil. ALEXANDRE. Oh là. Moi les histoires de cul me font chier un maximum. Je me souviens maintenant de cette histoire que racontait le type du Mahieu et que j'avais oubliée. elle m'appelle « Ma chérie ». mais Marie n'est pas simple. Parce que je vous aime beaucoup. Ces histoires de 5 heures et demie du matin. la mixomatose est une maladie du lapin. VéRONIKA. Et oui. Si je viens chez vous. ALEXANDRE. Quand je vivais avec l'homme aux yaourts. parce que vous n'êtes pas mal au pieu. Mais je vous aime. Elle ricane. Quelle chose ridicule. c'est pour vous. Mais vous non plus vous n'êtes pas simple. très beau. c'est simple. et vous m'avez fait beaucoup de bien.. Comme vous êtes con. Je voudrais un autre whisky. là. VÉRONIKA. 77 tend une main vers elle.. Et pourtant je vous aime. Vous vivez avec elle.

. Contrairement à ce que pense Alexandre. Je ne sais rien du tout. Un taxi s'arrête. il a insulté ma vieille grand-mère.. Une piqûre de quoi ? MARIE. Il a horreur des piqûres. Elle va venir. 115 114 . J e sais de moins en moins de choses. Et Véronika a apporté une bouteille de whisky pour nous. qui se sent pas gênée du tout. la blonde slave s'éclipse. Je vais vous faire une piqûre de vitamine C intraveineuse. vieux polack. Vous verrez. VéRONIKA. Alexandre ? ALEXANDRE.. il traverse le boulevard et entre chez un fleuriste. Vous voulez que je vous fasse une piqûre.. Mais moi. . Il entre au bureau de tabac. Le métier d'infirmière c'est un métier assez horrible par moment.. Elle ne voit pas Alexandre. Véronika. Elle rit. MARIE. Vraiment. Il la voit. Vous savez Alexandre. SÉQUENCE 30 Véronika se sert un verre de Ricard. vous vous sentirez très bien. Il revient dans l'appartement avec deux ou trois roses. C'est pas du tout son genre de s'éclipser. Ce ne sera pas de ma faute. MARIE. il lui en a fait voir. qui se fout au lit avec le malade. VÉRONIKA. Ce sera de la vôtre. avec une vieille odeur de pourriture et de maladie qui se trimbale. C'est toujours l'hiver.. Je lui ai dit que vous étiez malade. Elle boit. Marie est très agressive et douloureusement ironique. VÉRONIKA.. Vous allez avoir un petit hématome parce que vous ne vous êtes pas fait une petite pression. Et jusqu'à sa mort.. Près de la cheminée. quand j'étais de garde. MARIE. Véronika prépare sa seringue et fait la piqûre à Alexandre. Dans la rue.. Il sort. qui est resté tubar.. Dans vos belles veines. C'est vraiment pour te faire plaisir. La garde de nuit qui vient. qui se fout à poil. qui peuvent claquer. Où allez-vous ? ALEXANDRE. Véronika est à l'intérieur. J'aimerais bien tu vois. Et sur ce. A partir de quarante-cinq. le premier macchabée que j'ai vu. VéRONIKA.. Véronika a téléphoné. Il y a Marie et Alexandre. MARIE. il s'est mis à égrener son chapelet. Vous êtes malade... cinquante ans.. c'était mon grand-père. Mais il était complètement dingue.. Les deux femmes sont sur le lit. Chez Marie.. il était très mauvais. gargouillaient. malade des poumons. qui fait ses piqûres.. Il ne fait pas semblant d'être surpris par la présence de Véronika. Le soir. Bonjour Alexandre. Que savez-vous de ce que je pense ? MARIE. VéRONIKA. On n'est pas du tout insensible aux gens qui souffrent. discrète. J'ai acheté une bouteille de Ricard pour Véronika. Assises. Elle boit.. Alexandre met les roses dans un vase. s'éclipse. ALEXANDRE.. Elle portera des médicaments.. J e vais acheter des cigarettes. Après.VéRONIKA. c'était avec des vieux cancéreux qui avaient des trous dans le cou.. Il a peur des piqûres.. qui crachotaient.

le voyait bouger aussi. Vous faites semblant de dormir.. Silence. Véronika et Marie parlent. Vous avez rencontré une vieille Gilberte pute. c'est super-suffisant. Moi. c'est un super-cadeau. MARIE. Je me suis fait dépuceler.. Mais non. Avec vous c'était le superpied.. Il ne faut pas me faire de cadeau. Mais je ne suis pas blonde avec les yeux bleus. VéRONIKA. Elle remplit son verre. Alexandre cristallise un maximum sur les blondes aux yeux bleus. Et j'étais là. qui venaient bouffer un maximum à la maison. Il y avait un maximum de prêtres qui se faisaient engraisser. Je t'ai dit. gardé par une supernénette qui vous filera des gouttes dans le nez ou autre part. en salle de garde. Un maximum de cinéma. 117 . C'est une histoire entre nous. J'ai envie de te faire un cadeau. VÉRONIKA et MARIE. Si c'est une histoire entre vous. . tout le quartier a défilé. Vous voulez qu'on fasse du cinéma.. MARIE. Quand il m'a rencontrée. J e peux savoir de quoi il s'agit. tu vois. VÉRONIKA. MARIE. Alexandre. parce que je suis très aimable. ALEXANDRE. je suis conne. je t'aime beaucoup. Tu m'as raconté. MARIE. J ' e n veux pas.. Tu n'es pas blonde avec les yeux bleus mais tu n'es pas une noire. Véronika pose une main sur les cuisses de Marie. Véronika les écarte d'un geste violent. cristallisé parce qu'il a pensé que j'étais une nouvelle Gilberte. MARIE. Tiens un ange est passé. Il grimace devant la glace pour accentuer sa fatigue. Il faudrait peut-être le reprendre sous les bras. Moi j'ai jamais fait un mariage social. VÉRONIKA. à vingt ans. sur un fauteuil roulant. c'était par hasard. Il sait très bien que tu n'es pas une négresse. vous êtes le seul homme que j'aie jamais aimé. Et ma grand-mère la vieille polonaise superstitieuse le voyait bouger. Et l'épicière du coin. Quand vous serez vieux. Elle boit.. Tu as eu de la chance de faire un mariage social. Se lave les mains. Et quand il est mort. Il est toujours en retard celui-là.. Comme c'est amusant et comme je m'amuse. Mais j'ai peur que ce soit un peu grand. Elle ne finit pas sa phrase. Une nouvelle Gilberte qui se promenait le cul à nu. Non. Tu sais. les grenouilles de bénitier. Quelle chance. Vous savez. Tu as déjà vu Véronika reprendre quelque chose sous les bras. sa douleur. Vous avez de la chance Alexandre d'avoir deux nanas qui vous aiment et qui ont une histoire entre elles. ALEXANDRE. VÉRONIKA. moi on ne m'a jamais épousée. MARIE. VÉRONIKA.. le cul ballottant un maximum. qui faisait un maximum de crédit à ma grand-mère. Si vous saviez comme je me sens bien en ce moment. tous les deux ensemble. J e lui ai dit : «Je veux que tu me baises. Une vieille Gilberte impudique.. Vous avez rencontré une vieille Gilberte non pucelïe. etc. VÉRONIKA. Alexandre trouve que j'ai le corps d'une négresse. Non. J'avais jamais flirté. vous ne pouvez pas savoir. Et je le voyais pas bouger. Il revient. J'ai fait un mariage social. mais vous pouvez continuer à parler. avec mes quinze berges. Vous pouvez pas mettre un vieux disque ? ALEXANDRE. Elle est au bord des larmes. Arrête de déconner. MARIE. Boit. Marie tend ses bras vers Véronika. On disait : « C'est un Saint qui est mort ».. Alexandre se lève. Elle éclate de rire. il a 116 Les deux femmes répondent en même temps. MARIE. Non. socialement. qui se droguait à l'éther. Va à la salle de bains. VéRONIKA. Mais je comprends quand même beaucoup.C'était devenu le mystique du quartier. VÉRONIKA. par un vieil externe. je veux que tu me dépucelles ». Tu sais. De toute façon. VÉRONIKA. Viens là Véronika. j'avais quinze ans.

MARIE. qu'en tripotant les seins d'une femme ou son sexe.. Regarde-le comme il a un super-complexe avec son sexe. Devinez qui se prend au sérieux. Mais qu'est-ce que vous croyez ? Enfin en ce qui me concerne. Alexandre. parce qu'elle n'est pas bien grande votre tête. ferme les yeux. Non. Votre sexe Alexandre n'a pour moi aucune importance. Et tu le comprends certainement. 119 . elle se sert un autre Pernod. tu peux toujours causer mais je t'aurai.. J e me sens aimée par vous deux.. . Elle parle.. qui se fait baiser n'importe comment.. et on me baise et je prends mon pied. Et que je suis tellement heureuse avec vous deux. .. qui raconte de grands trucs grandiloquants et absolument ridicules. pour une sombre histoire de cul. Il n'y a pas de putes sur terre. Mais qu'est-ce que vous croyez. Regardez. VÉRONIKA. J e vous en prie Alexandre. d'un air sournois. et prétentieux. Elle regarde Alexandre. Comprenez-le au moins une fois pour toutes que j'en ai rien à foutre. Écoute. Pour moi il n'y a pas de putes... Votre sexe.. Vous avez eu une super-chance d'avoir deux nanas qui vous aiment et qui s'aiment bien. Et je me fais baiser par n'importe qui. comprends-le. tu peux te faire baiser par n'importe qui... Elle chante.. Et l'autre qui me regarde avec les yeux en couilles de mites.. Mais. tu n'es pas une pute. parce que ce que je dis je le pense réellement.. Marie. c'est pas ça. putain. c'est tout. Permets-moi. Et marquez ça dans votre petite tête. je te permets.. je ne joue pas la comédie. je commence à être saoule et je bégaie et c'est absolument horrible. les histoires de cul n'ont absolument aucune importance..souvenez-vous de ça. Que je vous aime. Permets-moi. De vous deux ou de nous trois. Et je pourrais rester tout le temps avec vous tellement je suis heureuse. je t'en prie Marie. La dernière fois ce n'était pas comme ça. par le patron de son mari. Elle rit. . ou par je ne sais quel acteur merdique. Il n'y a pas de putains. VÉRONIKA. Alexandre s'allonge. Y a que des cons... Qu'est-ce que tu crois. en pensant : oui ma petite.. Comprenez tous les deux une fois pour toutes que pour moi 118 . Qu'est-ce que vous croyez. Et je vous aime. pas de caresses vaguasses. Elle se sert un Pernod et le boit. Elle parle. Violemment Véronika éclat/ en larmes.. j'en ai rien à foutre. c'est qu'il y a quelqu'un qui se prend au sérieux et quelqu'un qui ne se prend pas au sérieux. hein. Elle écarte ses mains. Est-ce que c'est une pute ? Il n'y a pas de putes. Ce n'est pas triste.. permets-moi au moins une fois. Votre petite tête qui comprend tout. Et je le dis devant Marie. MARIE. Elle se tourne vers Marie. Pour moi il n'y a pas de putes. VÉRONIKA. Alexandre caresse les seins de Véronika.. De nous deux.. VéRONIKA. qu'est-ce que ça veut dire putain. Votre sexe Alexandre qui me fait tant jouir. Pour moi une fille qui se fait baiser par n'importe qui. Ce qui n'arrive pas toujours... Et que vous vous baisiez. Mais je suis bien d'accord. Ce qui est très amusant entre nous. La femme qui est mariée et qui est heureuse et qui rêve de se faire baiser par je ne sais qui. ... n'est pas une pute.. MARIE. .. . y a que des sexes.. MARIE. Tu peux sucer n'importe qui. c'est super-gai. D'Alexandre et de moi. ou par son crémier ou par son plombier. Et sur ce.

quelle chose sordide et horrible. Et beaucoup d'hommes m'ont désirée comme ça. T . mais ça me ferait chier un maximum hein ! Là. j'ai un tampax dans le cul. Mais tu sais.. Il n'y a que toi pour me baiser comme ça. Tu baises d'un côté chéri. Si vous saviez comme je peux vous aimer tous les deux. Si les gens pouvaient piger une seule fois pour toutes que baiser c'est de la merde. Tant d'hommes m'ont baisée.. Et je ne suis pas saoule. Quelle chose horrible et sordide. On me baisait comme une pute. Quelle chose amusante. Comme vous pouvez être heureux ensemble. Quelle chose récente. J e ne dramatise pas. Mais putain. Et je suis peut-être une malade chronique. Elle pleure. ma vie sexuelle passée. Ah ! comme je t'aime.. Et l'amour n'est valable que quand on a envie de faire un enfant ensemble.. Vous en avez rien à foutre. On m'a désirée parce que j'avais un gros cul qui peut être 120 121 . Qu'il n'y a qu'une chose très belle : c'est baiser parce qu'on s'aime tellement qu'on voudrait avoir un enfant qui nous ressemble et qu'autrement c'est quelque chose de sordide.. dans le vide. Et pourtant le baisage j'en ai rien à foutre. il faudrait faire un maximum. Il faudrait m'exciter un maximum.. à vingt ans. vous allez être bien. Silence. J e me suis fait dépuceler récemment. Tu me baises bien.. Comme les gens peuvent se leurrer. Marie. J e ne suis pas saoule. On est superheureux ensemble. Absolument pas.. Et on m'a souvent baisée dans le vide. Rien à foutre. Me faire encloquer. Si on a envie de faire un enfant. je baise de l'autre. vingt ans.. Ma bouche n'est pas mal non plus. éventuellement désirable. Ma tristesse n'est pas un reproche vous savez. Et comme ça peut être indépendant d'une histoire de cul. Et je me suis fait baiser. c'est très peu. Pourquoi est-ce que vous accordez autant d'importance aux histoires de cul ? Le sexe. J'ai de très jolis seins qui sont très désirables. Il n'y a que moi pour être baisée comme ça par toi. je crois qu'un jour un homme viendra et m'aimera et me fera un enfant. Il ne faut baiser que quand on s'aime vraiment.. Tu vois Marie. Fondu. on sent qu'on s'aime. tu sais. Dix-neuf. qui est si courte.. On se retrouve. J e pleure sur toute ma vie passée. Comme Us peuvent croire. c'est une poussière. il n'y a qu'un moi. tu sais. le baisage chronique.. Elle ricane. parce qu'il m'aimera. c'est n'importe quoi. c'est une merde. je te parle parce que je t'aime beaucoup. Il n'y a que toi pour me baiser comme ça. j'ai pris un maximum d'amants. si je pleure. les super-couples libres... Un couple qui n'a pas envie de faire un enfant n'est pas un couple. Quand mes yeux sont maquillés ils sont pas mal non plus.. Il n'y a qu'un toi... Comme on est bien. Mais c'est pas un reproche que je fais. Et après. au contraire. C'est une vieille tristesse qui traîne depuis cinq ans. Ils m'ont désirée.. Et qu'est-ce que tu crois. tu sais... pour me le faire enlever et pour me faire baiser. Cinq ans de vie sexuelle.. Regardez tous les deux. tu crois que je m'apesantis sur mon sort merdique.

MARIE. Qu'est-ce que c'est gai. Qu'est-ce que tu mets. Elle met un disque. Elle met un disque d'Edith Piaf. Echangez des propos désagréables et tirez votre coup. Bonsoir. J'ai l'habitude. VéRONIKA. Véronika va vers Alexandre.. Vous n'avez pas envie de manger. (« Les amants de Paris ») « Les amants de Paris couchent sur ma chanson A Paris les amants s'aiment à leur façon Les refrains que j'leur dis sont plus beaux qu'les beaux jours Ça fait des tas d'printemps et l'printemps c'est l'amour Mon couplet s'est perdu sur les bords d'un jardin On m'l'a jamais rendu et pourtant je sais bien Qu'les amants de Paris m'ont volé mes chansons A Paris les amants ont de drôl's de façons Les amants de Paris se font à Robinson Quand on marque les points à coups d'accordéon Les amants de Paris vont changer de saison Entraînant par la main mon p'tit brin de chanson Y'a plein d'or plein d'iilas et des yeux pour les voir D'habitud' c'est comm'ça que commenc'nt les histoir's 123 MARIE. MARIE. Elle revient vers le lit. tu fais tes bagages. Véronika est la plus ivre. C'est ça allez-y. Alexandre est à son « bureau » il écrit. Vous n'avez pas faim. Tapez vous sur la gueule. « Don Juan » ? Marie est sur le lit. Prend son sac. Tu n'as pas faim ? Tu n'as pas envie de manger ? Marie ne répond pas. Pas de griefs très graves. Alexandre écrit. Alexandre ? 122 (1) Texte de la chanson attesté dans le film. Silence. Ils boivent. Elle reste sur le litw. Allez ! Tirez votre coup. Ras le bol comme disait l'autre. Le disque s'arrête. VÉRONIKA. Il y a de la musique (?) Ils ont bu. . MARIE. Pas d'ivresse merdique. C'est gai. C'est beaucoup plus grave (elle rit). Alors ras le bol. VéRONIKA. Non. Ça y est.. . VÉRONIKA./ / ne répond pas. Vous ne voulez pas me raccompagner Alexandre ? Alexandre se lève. Mais qu'est-ce que vous écrivez ? Votre vie. Prend sa veste. DERNIÈRE SÉQUENCE Ils sont tous Us trois chez Marie.

ALEXANDRE. elle se raidit. en courant. Il va vers la voiture. Ne me touchez pas. Elle rit encore. Alexandre s'accroupit sur le lit et la secoue par les épaules. Elle lefrappeavec son sac. Qu'est-ce qui vous prend ? VéRONIKA. Encore votre vieille ivresse. Dans sa chambre. Vous savez je marche très droit quand je suis saoule. il repart vers l'hôpital. Sa crise continue. Elle hurle. ALEXANDRE. Vous n'êtes même pas capable d'assumer l'ivresse des gens que vous aimez. Je vous raccompagne. Les amants de Paris se font à Robinson A Paris les amants ont de drôl's de façons J'ai la chaîne d'amour au bout de mes deux mains Y'a des millions d'amants et je n'ai qu'un refrain On y voit tout autour les gars du monde entier Qui donn'raient bien l'printemps pour venir s'aligner Pour eux c'est pas beaucoup car des beaux mois de mai J'en ai collé partout dans leur calendrier Les amants de Paris ont usé mes chansons A Paris les amants s'aiment à leur façon Donnez-moi des chansons pour qu'on s'aime à Paris »• (Paroles et musique Léo Ferré et Eddy Mamay) 124 Elle crie. Elle ricane. Elle le regarde. 125 . Partez. Il arrête la voiture. VÉRONIKA. Elle répond. Au bout du couloir un homme en blouse blanche vient voir ce qui se passe. Elle crie. Il la lâche. Il se met à courir pour la rejoindre. Il arrive dans la rue. Elle la jette. Si vous voulez.. ALEXANDRE. Est-ce que vous m'aimez ? Elle n'arrête pas de rire. Elle rit hystériquement. VÉRONIKA. Elle rit de plus en plus. Arrêtez. Lui du sien.Alexandre raccompagne Véronika en voiture. VéRONIKA. Elle a un bras sur son visage. J e vous amène jusqu'à votre chambre. Il traverse la cour de l'hôpital. Que venez-vous faire ici ? Elle parle comme Madame Bovary. Lâchez-moi. . Elle éclate de rire et tombe à la renverse sur le lit. Il reste derrière. Voulez-vous m'épouser ? // la secoue toujours. Alexandre entre... Ma clé. ALEXANDRE. elle lui arrache la clé. Véronika enlève sa robe lorsque la porte s'ouvre brutalement. VÉRONIKA. Il s'arrête. VéRONIKA. On ne sait plus si elle rit ou pleure. // s'approche. Elle marche très vite et avant même de disparaître sous le porche Alexandre s'aperçoit que quelque chose lui échappe. Elle marche très droit et très vite. Elle descend de son côté. Alexandre le voit et s'en va. ALEXANDRE. Oui. Rendez-moi ma clé. Encore. Puis. VÉRONIKA. Marchez pour voir. Ah ça suffit. Qu'est-ce que vous faites là ? Laissez-moi. ALEXANDRE. VÉRONIKA. VÉRONIKA. Ah oui. Vous me dégoûtez. ALEXANDRE. Il ne bouge plus. Lui prend le bras. Il veut la retenir. VÉRONIKA. Vous êtes minable. Vous me dégoûtez. Je suis peut-être enceinte de vous. Elle rit encore un peu et s'arrête. Oui. ALEXANDRE. Elle répond.. Il la rattrape dans la cour de l'hôpital. J e vous aime.

Son visage se crispe de temps en temps. Il grimace un peu. // se tourne.VÉRONIKA. J'ai envie de dégueuler. Il trouve une cuvette sous le lavabo. Passez-moi une cuvette. Passez-moi une cuvette. Elle n 'en finit pas de vomir. / / se tourne dans tous les sens. rendez-vous utile. On ne voit qu'Alexandre assis par terre. Tournez-vous. Je n'aime pas qu'on me regarde quand je dégueule. 126 . VÉRONIKA. J e suis malade. si vous voulez m'épouser. S'assoit par terre. Il l'entend qui commence à vomir. Ne me regardez pas. Je vais dégueuler. Elle vomit longtemps. il lui donne.

Imprimeur.A.Achevé d'imprimer le 24 octobre 1990 sur les presses de Corlet. S. Photocomposition : Nord Compo Précédent dépôt : mai 1987 Dépôt légal : octobre 1990 .

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