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DOSSIER DE PRESSE

Sommaire

Communiqué de presse

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Renseignements pratiques

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Iconographie

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Présentation

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Parcours de l’exposition

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Publication

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Louis Roederer, grand mécène de la photographie

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12 Louis Roederer, grand mécène de la photographie 13 Exposition du 21 mai au 24 août

Exposition du 21 mai au 24 août 2008 Site Richelieu

Acteurs en scène Regards de photographes COMMUNIQUE DE PRESSE Exposition De l’atelier photographique du XIX

Acteurs en scène

Regards de photographes

COMMUNIQUE DE PRESSE

Exposition

De l’atelier photographique du XIX e siècle à la scène contemporaine, le photographe de théâtre fixe le visage d’un « monstre sacré », l’incarnation d’un personnage, le génie d’un comédien. « C’est la première fois que la Bibliothèque met ainsi en valeur son importante collection de photographies de scène conservées au département des Arts du spectacle. Témoignages d’un art de l’éphémère, ces portraits offrent au public l’occasion de revivre l’émotion de la création théâtrale. » déclare Bruno Racine président de la BnF.

L’exposition retrace l’évolution de la sensibilité des photographes et des techniques de prise de vue qui ont changé la façon de révéler l’artiste. Des portraits posés des origines de la photographie à la captation du jeu « sur le vif », trois périodes se distinguent dans l’art de la photographie de théâtre. Au XIX e siècle, dans la tradition du portrait peint, les premières photographies en studio mettent en scène l’acteur dans la pose qui caractérise son rôle. La pratique de la photographie de scène dans les théâtres se généralise avec l’essor de la presse illustrée au début du XX e siècle et le développement de la publicité. Au cours des séances de prises de vue, les comédiens jouent la représentation devant l’objectif du photographe, qui va progressivement chercher à s’affranchir de la spontanéité factice de ces images. À partir des années 1950, la photographie de scène acquiert une nouvelle dimension documentaire et esthétique grâce au regard différent - notamment celui de Roger Pic - que vont porter sur elle les photographes qui vivent au contact des professionnels du théâtre. L’évolution progressive des techniques et des regards libère des contraintes de l’artifice. Il leur est désormais possible de capter pendant la représentation une image fidèle de la mise en scène, un instantané du jeu éphémère de l’acteur, d’immortaliser la magie du spectacle. Entre fidélité au spectacle et recherche esthétique, leurs regards d’artistes et de spectateurs privilégiés en font les acteurs d’une nouvelle représentation qui témoigne du théâtre dans sa diversité.

L’exposition présente les œuvres de quelque quarante photographes, passeurs de l’image scénique : Nadar, Reutlinger, Manuel Frères, Harcourt, Lipnitzki, George Henri, Agnès Varda, Mario Atzinger, Roger Pic, Fernand Michaud, Nicolas Treatt, Claude Bricage, Daniel Cande… Des grands acteurs mythiques de l’histoire du théâtre aux comédiens d’aujourd’hui, près de 250 pièces feront revivre l’émotion du spectacle.

Acteurs en scène Regards de photographes

Dates

21 mai - 24 août 2008 Pré-ouverture exceptionnelle le samedi 17 mai 2008 dans le cadre de la Nuit des Musées

Lieu

BnF - Site Richelieu Galerie de photographie 58 rue de Richelieu - Paris II e Métro : Bourse, Palais Royal, Pyramides Bus : 20, 21, 27, 85, 74, 39

Horaires

Du mardi au samedi 10h-19h Dimanche 12h-19h Fermé lundi et jours fériés Entrée : 7 euros, TR : 5 euros

Commissariat Joëlle Garcia, BnF, conservateur en chef au département des Arts du spectacle Noëlle Guibert, BnF, directeur du département des Arts du spectacle

Coordination

Pierrette Turlais, BnF, service des expositions

Scénographie

Anne Gratadour

Visites guidées

Renseignements et réservations au 01 53 79 49 49

Publication

Acteurs en scène Sous la direction de Noëlle Guibert et Joëlle Garcia 128 pages et 120 illustrations Éditions de la BnF Prix : 32 euros

Contacts presse

Claudine Hermabessière chef du service de presse 01 53 79 41 18 - claudine.hermabessiere@bnf.fr Isabelle Coilly chargée de communication presse 01 53 79 40 11 - isabelle.coilly@bnf.fr

ICONOGRAPHIE

Iconographie disponible dans le cadre de la promotion de l’exposition uniquement

dans le cadre de la promotion de l’exposition uniquement Photographie de Reutlinger Studio Sarah Bernhardt dans

Photographie de Reutlinger Studio Sarah Bernhardt dans La Princesse lointaine de Edmond Rostand, au Théâtre de la Renaissance, vers 1895 BnF, dpt des Arts du spectacle Cliché Michel Urtado

1895 BnF, dpt des Arts du spectacle Cliché Michel Urtado Photographie de George Henri Brigitte Bardot

Photographie de George Henri Brigitte Bardot et Grégoire Aslan dans L’Invitation au château de Jean Anouilh. Mise en scène d’André Barsacq au Théâtre de l’Atelier, 1953 BnF, dpt des Arts du spectacle © George Henri / BnF, Arts du spectacle Cliché Michel Urtado

George Henri / BnF, Arts du spectacle Cliché Michel Urtado Photographie de Roger Pic Fin de

Photographie de Roger Pic Fin de Partie de Samuel Beckett, mise en scène de Roger Blin, au Studio des Champs-Elysées, 1957 BnF, dpt des Arts du spectacle © Roger Pic / BnF, Arts du spectacle Cliché Michel Urtado

© Roger Pic / BnF, Arts du spectacle Cliché Michel Urtado Photographie de Aimé Dupont Coquelin

Photographie de Aimé Dupont Coquelin dans Hamlet de William Shakespeare, New York (sans date) BnF, dpt des Arts du spectacle Cliché Michel Urtado

date) BnF, dpt des Arts du spectacle Cliché Michel Urtado Photographie de Roger Pic Hélène Weigel

Photographie de Roger Pic Hélène Weigel dans Mère Courage de Bertolt Brecht, mise en scène de Enrich Engel et Bertolt Brecht, au Théâtre des Nations, 1957 BnF, dpt des Arts du spectacle © Roger Pic / BnF, Arts du spectacle Cliché Michel Urtado

© Roger Pic / BnF, Arts du spectacle Cliché Michel Urtado Photographie de Roger Pic Laurent

Photographie de Roger Pic Laurent Terzieff et Pascale de Boysson

dans L’Echange de Paul Claudel au Théâtre Hébertot, mise en scène de Guy Suarez,

1962

BnF, dpt des Arts du spectacle © Roger Pic / BnF, Arts du spectacle Cliché Michel Urtado

© Roger Pic / BnF, Arts du spectacle Cliché Michel Urtado Photographie de George Henri Répétition

Photographie de George Henri

Répétition de Fric-Frac de Edouard Bourdet, mise en scène de Simone Berriau, au Théâtre Antoine à Paris, 1950 Michel Simon, Marie Olivier, Simone Berriau et Marcel Achard BnF, dpt des Arts du spectacle

© George Henri / BnF, Arts du spectacle

Cliché Michel Urtado

George Henri / BnF, Arts du spectacle Cliché Michel Urtado Photographie de Roger Pic Alain Delon

Photographie de Roger Pic Alain Delon et Romy Schneider dans Dommage qu’elle soit une putain de John Ford. Mise en scène de Luchino Visconti au Théâtre de Paris, 1961 BnF, dpt des Arts du spectacle © Roger Pic / BnF, Arts du spectacle Cliché Michel Urtado

© Roger Pic / BnF, Arts du spectacle Cliché Michel Urtado Photographie de George Henri Marcel

Photographie de George Henri

Marcel Marceau au maquillage au Théâtre de l’Ambigu, 1956 BnF, dpt des Arts du spectacle

© George Henri / BnF, Arts du spectacle

Cliché BnF

Photographie de Fernand Michaud Saluts de En attendant Godot de Samuel Beckett, dans une mise

Photographie de Fernand Michaud Saluts de En attendant Godot de Samuel Beckett, dans une

mise en scène de Otomar Krejca, au Festival d’Avignon, 1978 BnF, dpt des Arts du spectacle

© Fernand Michaud / BnF, Arts du spectacle

Cliché Michel Urtado

Michaud / BnF, Arts du spectacle Cliché Michel Urtado Photographie de Michèle Laurent George Bigot et

Photographie de Michèle Laurent George Bigot et John Arnold dans Henri IV de William Shakespeare, mise en scène de Ariane Mnouchkine, Théâtre du Soleil, 1984 BnF, dpt des Arts du spectacle © Michèle Laurent

1984 BnF, dpt des Arts du spectacle © Michèle Laurent Photographie de Daniel Cande Jean-Louis Barrault

Photographie de Daniel Cande Jean-Louis Barrault dans Le Personnage combattant de Jean Vauthier, au Théâtre Récamier, mise en scène de Jean-Louis Barrault et Roger Blin, 1971 BnF, dpt des Arts du spectacle © Daniel Cande Cliché Michel Urtado

des Arts du spectacle © Daniel Cande Cliché Michel Urtado Photographie de Daniel Cande Jean-Claude Drouot

Photographie de Daniel Cande

Jean-Claude Drouot dans Fracasse de Serge Ganzl, mise en scène de Marcel Maréchal, au Théâtre de l’Odéon, 1973 BnF, dpt des Arts du spectacle

© Daniel Cande

Cliché BnF

BnF, dpt des Arts du spectacle © Daniel Cande Cliché BnF Photographie de Daniel Cande Anny

Photographie de Daniel Cande Anny Duperey dans La Guerre de Troie n’aura pas lieu de Jean Giraudoux, au Théâtre de la Ville, mise en scène de Jean Mercure, 1975 BnF, dpt des Arts du spectacle

© Daniel Cande Cliché BnF

BnF, dpt des Arts du spectacle © Daniel Cande Cliché BnF Photographie de Joël Verhoustraeten La

Photographie de Joël Verhoustraeten La Petite Reine, création de Générik Vapeur, Festival de Châlon dans la rue, 1992 BnF, dpt des Arts du spectacle © Joël Verhoustraeten

1992 BnF, dpt des Arts du spectacle © Joël Verhoustraeten Photographie de Daniel Cande Francis Perrin

Photographie de Daniel Cande Francis Perrin dans Le Médecin

volant de Molière, mise en scène de Francis Perrin, à la Comédie- Française, 1973 BnF, dpt des Arts du spectacle

© Daniel Cande

Cliché Michel Urtado

des Arts du spectacle © Daniel Cande Cliché Michel Urtado Photographie de Joël Verhoustraeten Le Caresseur

Photographie de Joël Verhoustraeten Le Caresseur public, création du Théâtre Rouge, Festival de Ramonville, 1999 BnF, dpt des Arts du spectacle

© Joël Verhoustraeten

Photographie de Catherine Faux La Cour des Grands, pièce de Jérôme Deschamps et Macha Makeieff,
Photographie de Catherine Faux
La Cour des Grands, pièce de
Jérôme Deschamps et Macha
Makeieff, au Théâtre de Chaillot,
2001
BnF, dpt des Arts du spectacle
Photographie de Catherine Faux
Philippe Torreton dans Richard III de
William Shakespeare, au Théâtre des
Amandiers, mise en scène de Philippe
Calvario, 2005
BnF, dpt des Arts du spectacle

© Catherine Faux

© Catherine Fau

dpt des Arts du spectacle © Catherine Faux © Catherine Fau Photographie de Catherine Faux Marie-Josée

Photographie de Catherine Faux Marie-Josée Croze dans Requiem pour une nonne de William Faulkner, adaptation d’Albert Camus, au Théâtre de l’Athénée, dans une mise en scène de Jacques Lassalle, 2005 BnF, dpt des Arts du spectacle © Catherine Fau

2005 BnF, dpt des Arts du spectacle © Catherine Fau Photographie de Michèle Laurent Philippe Caubère

Photographie de Michèle Laurent Philippe Caubère dans L’Homme qui danse de Philippe Caubère, Théâtre du Chêne noir à Avignon, 2006 BnF, dpt des Arts du spectacle © Michèle Laurent

Présentation

Dès ses origines, la photographie a entretenu de fructueuse relations avec le théâtre, tant du point de vue artistique que commercial. Plus qu’une simple reproduction, l’image est le choix averti du photographe qui capte un moment éphémère de la représentation du personnage, de l’interprétation de l’acteur. Passeur de l’image scénique, le photographe est acteur autant que spectateur. Ces photographies ont été appréciées dès l’origine par un public curieux de découvrir le portrait d’une célébrité, la promesse d’une représentation prochaine ou un témoignage de la performance de l’acteur, que ce soit dans les halls des théâtres ou les programmes, puis dans les journaux et les magazines. Mais la photographie a également pris une valeur documentaire pour les professionnels du théâtre, ce dont témoignent les collections du département des Arts du spectacle de la Bibliothèque nationale de France.

Pour la première fois, ce département présente un ensemble de photographies d’acteurs choisies parmi une importante collection rassemblée pour fixer l’éphémère de la création théâtrale. Le département des Arts du spectacle a très tôt constitué des collections de photographies en regard des fonds d’archives de théâtre, de metteurs en scène, de décorateurs ou de comédiens afin de conserver un témoignage visuel de la création. Toutes les expressions du spectacle (théâtre, music-hall, danse, mime, cirque, marionnettes, spectacle de rue, cinéma, dramatiques télédiffusées…) sont représentées à travers plus de 800 000 photographies de répétitions, représentations, décors, costumes, portraits

Cette exposition est née du souhait de faire découvrir ces ensembles exceptionnels mais insuffisamment connus et reconnus. En effet, la photographie de théâtre est souvent présentée comme illustration d’un propos sur le théâtre et non en tant que medium de la mémoire scénique.

Près de deux cent cinquante pièces sont exposées, parmi lesquelles quelque deux cents photographies qui retracent l’évolution de la sensibilité du photographe et des techniques de prises de vue des années 1850 à nos jours. De la planche contact au magazine, les usages de ces images sont présentés dans leurs multiples facettes. Des maquettes de décor, des costumes et accessoires de scène évoquent l’incarnation de quelques moments scéniques immortalisés par la photographie. Cette exposition offre au visiteur l’occasion de ressentir l’émotion du spectacle en retrouvant les grands acteurs mythiques d’autrefois comme les comédiens d’aujourd’hui.

Parcours de l’exposition

Après s’être beaucoup inspirée, à ses débuts, de la peinture, la photographie d’acteur

a connu une série d’évolutions esthétiques décisives dont l’exposition se veut le reflet

à travers un prologue et trois grandes parties.

Dans la tradition du portrait peint, les premières photographies en studio mettent en scène l’acteur dans la pose la plus significative pour caractériser son rôle ou son emploi ; cette pratique du portrait posé s’est poursuivie jusqu’à nos jours. L’essor de la presse illustrée dans les années 1920, le développement de la publicité et le star system ont généralisé l’habitude de la scène posée sur le plateau. Puis, à partir de 1950, la photographie acquiert une nouvelle dimension documentaire et esthétique grâce au regard que vont porter sur elle des photographes avertis qui vivent au contact du monde du spectacle. L’exposition montre comment l’évolution progressive des techniques et des regards - notamment sous l’influence du travail du photographe Roger Pic entre 1945 et 1975 - a libéré le photographe des contraintes de l’artifice, lui permettant de capter un instantané du jeu éphémère de l’acteur sur le vif. La dernière partie présente les œuvres d’une quinzaine de photographes qui illustrent la diversité des regards portés sur l’art de la scène, entre fidélité au spectacle et interprétation personnelle.

Le portrait, évocation de la scène

Dans les ateliers photographiques parisiens du XIX e siècle, de petites scènes sont reconstituées pour mettre en valeur l’acteur dans une atmosphère théâtrale. Il pose, entouré de quelques accessoires dans une attitude suggérant le ton du spectacle autant que son style personnel. La critique théâtrale, qui occupe une place importante dans

la presse, est très narrative et appelle la multiplication des images. La photographie de théâtre prend alors un essor décisif. Nadar, Reutlinger, Aimé Dupont et tant d’autres studios mettent en vitrine les portraits de comédiens célèbres, l’affichage d’images de

« vedettes » servant autant le studio photographique que la notoriété de l’artiste.

L’essor de la photographie en scène au XX e siècle ne remet pas en cause la pratique du portrait en studio, exposé dans les halls des théâtres, diffusé sous forme de cartes publicitaires, imprimé dans les programmes et la presse. L’importante production des studios Harcourt, qui impose une griffe mondaine fortement liée au milieu du spectacle, incarne le souhait de mettre en valeur, avant tout, la plastique du comédien. D’autres photographes font le choix d’une démarche artistique différente, tels Albert Rudomine dans les années 1920 ou Thérèse Le Prat, qui aborde la photographie de théâtre à partir de 1947. Une sélection de portraits saisis par George Henri dans les années 1950 ou plus récemment par Fernand Michaud dans les coulisses ou décors des théâtres donne un aperçu des jeux possibles entre la vérité des visages et les artifices du théâtre.

À travers cette sélection, la photographie de portrait révèle tout ce qu’elle doit aux

apports de la mise en scène et du spectacle.

Le temps de la pose

Dès la fin du XIX e siècle, les appareils deviennent aisément transportables, la lumière artificielle, maîtrisable. Les photographes se déplacent alors dans les théâtres. L’appétit d’actualité, la reproduction mécanisée de la photographie et l’essor de la presse illustrée généralisent cette pratique. La photographie posée permet d’obtenir des clichés bien contrastés pour la presse, flatteurs pour l’artiste. Au cours de séances de prise de vue, les comédiens miment des moments de la représentation devant l’objectif du photographe, qui cherche peu à peu à s’affranchir de cette spontanéité factice. Ces images deviennent alors pour comédiens et metteurs en scène un miroir ou une archive du travail scénique. Ces évolutions ouvrent la voie à la naissance d’un nouveau regard.

Des agences Successivement, les studios Nadar, Paul Boyer, Manuel, Boris Lipnitzki — l’un des principaux fournisseurs de photographies de scène pour la presse et l’édition — travaillent à fournir une forte demande pour illustrer les magazines. En 1945, l’agence Bernand, créée en 1935, se spécialise dans la couverture des spectacles et connaît une exceptionnelle longévité.

George Henri À travers son agence Images de reportages, le travail de George Henri est significatif de cette évolution du reportage théâtral. Présent lors des répétitions ou des séances photo, il saisit les comédiens, les grandes scènes, les couples de jeunes premiers, des clichés de troupe avec le metteur en scène ou l’auteur. Progressivement, il se libère des contraintes de la pose.

Agnès Varda Dès 1948, Agnès Varda suit le travail de Jean Vilar au Festival d’Avignon puis au Théâtre national populaire jusqu’en 1960. Spectatrice privilégiée des répétitions, au fait des intentions de mise en scène, elle privilégie les séances de pose, s’efforçant de « faire des images dans l’esprit de la pièce ». Elle prend aussi les comédiens en décor naturel, en premier lieu Gérard Philipe, car ce sont surtout des images des vedettes que demande la presse.

Un regard singulier sur le corps Dans la première moitié du XX e siècle, le recours à l’écriture corporelle pour élargir le champ des langages scéniques donne au corps de l’acteur une nouvelle importance. Les images du travail de mime offrent matière à réflexion pour le photographe comme pour le comédien. Étienne Bertrand Weill travaille pour les mimes Étienne Decroux, inventeur d’un art théâtral gymnique et épuré, Marcel Marceau ou Jean- Louis Barrault. Ces rencontres lui inspirent une réflexion sur le mouvement et la lumière qui s’inscrit dans les débuts de l’art cinétique. Roger Pic, ami de Marceau, affûte son regard sur les expressions et les gestes en photographiant dès ses débuts tous ses spectacles.

Sur le vif

Roger Pic À partir des années 1950, le perfectionnement des appareils et des films photographiques permet de repousser l’ombre de la scène et de saisir le mouvement au vol. Roger Pic, homme de théâtre, se tourne vers la photographie. Pendant les représentations, en présence du public, il capte des instants de la mise en scène ainsi que le jeu des comédiens avec les lumières du spectacle. L’acte photographique devient le reflet de l’acte scénique. Son travail méthodique sur les spectacles qu’il va voir et revoir, ses images de moments décisifs aident à recréer l’atmosphère de la représentation mais aussi à « découvrir l’intention profonde de la création » (Roland Barthes). Se voulant « l’enregistreur de ce qui se passe sur la scène », Roger Pic impose une nouvelle manière de photographier le théâtre, désormais au plus près des émotions captées sur le vif.

Jean-Marie Serreau Avant-guerre, Roger Pic, passionné par les planches, a travaillé en amateur avec Jean-Marie Serreau et les Compagnons de Route. Après 1945, il retrouve Jean-Marie Serreau, devenu directeur du Théâtre de Babylone, qui monte les pièces de Ionesco et de Beckett et favorise la première mise en scène d’En attendant Godot par Roger Blin en 1953. Passionné de théâtre de création, Pic suit toute la carrière de son ami metteur en scène.

Compagnie Renaud-Barrault Dès 1946, et jusqu’en 1970, Roger Pic est le photographe attitré de la prestigieuse Compagnie Renaud-Barrault, pour laquelle il prend des centaines de clichés pendant les répétitions et les spectacles, affirmant son style photographique et sa démarche documentariste au service du travail de Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault.

Théâtre des Nations Engagé comme photographe officiel du Théâtre des Nations, Pic est appelé pour couvrir ce festival international, permettre à chaque compagnie de disposer de photographies et pérenniser la mémoire de la manifestation. De 1955 à 1972, il immortalise près de 400 spectacles (théâtre, danse, cérémonies traditionnelles…) venus du monde entier, qui ont eu une influence décisive sur le travail des metteurs en scène de l’époque comme sur son propre regard.

George Wilson De 1963 à 1972, Pic collabore étroitement avec George Wilson, nommé directeur du Théâtre national populaire. Il recense méthodiquement les éléments de chaque spectacle pendant les répétitions puis au cours de son déroulement, à l’instar des Modellbücher de Brecht (cahiers de notes, de dessins et de photographies permettant de garder dans le moindre détail la mémoire d’un spectacle et de pouvoir le remonter ensuite).

Le témoin de vingt-cinq ans de théâtre Entre 1950 et 1975, Roger Pic met sa connaissance du spectacle et sa connivence avec les créateurs et les comédiens au service d’une photographie rigoureuse et sensible. Son travail constitue un témoignage unique sur les grands moments qui ont marqué l’histoire du théâtre en France. Ses images font renaître l’émotion du spectateur privilégié qu’il était : « Les comédiens ne sont pas là pour le photographe, ils sont là pour une salle, pour un public et c’était ma joie de faire passer cela par la photographie.»

Mario Atzinger et le Festival d’Avignon Mario Atzinger, fidèle compagnon du Festival d’Avignon pendant trente ans, vit un engagement parallèle à celui de Roger Pic à Paris. De 1947 à 1977, il témoigne des spectacles du festival, photographiant lui aussi très tôt les comédiens pendant les représentations, sous les lumières de la scène, privilégiant le mouvement et la spontanéité, utilisant tout de suite, contrairement à Roger Pic, la photographie en couleurs.

La diversité des regards

Le photographe de théâtre privilégie désormais la spontanéité d’un instant de jeu du comédien. Ces images rendent perceptible le travail d’appropriation du rôle par l’artiste. À partir de 1970, l’évolution des magazines impose progressivement la photographie en couleurs. Si elle nécessite une grande virtuosité technique, compte tenu des changements de dominante chromatique des lumières du spectacle, la couleur offre de nouveaux registres d’expression. Photographier le théâtre s’affirme comme le fruit d’une passion pour le spectacle, souvent né d’une rencontre, d’une amitié entre le photographe et un metteur en scène ou une troupe. En réaction à l’approche documentaire de Roger Pic, certains photographes revendiquent leur subjectivité artistique et une vision scénique personnelle, d’autres leur fidélité absolue à l’univers du metteur en scène.

Fernand Michaud Passionné de théâtre, acteur et metteur en scène amateur, Fernand Michaud s’installe en Avignon où il commence en 1969 pour son propre compte l’archivage photographique du Festival. Nommé photographe officiel par Bernard Faivre d’Arcier, il occupe cette fonction jusqu’en 1984, réalisant aussi bien des portraits que des séries autour de moments forts du Festival, dont il raconte également « l’avant et l’après ».

Martine Franck, Michèle Laurent et le Théâtre du Soleil Martine Franck s’engage dès la fondation du Théâtre du Soleil comme photographe. Par les centaines de photographies prises à chaque création, elle témoigne aussi bien de la vie quotidienne de la troupe que de l’évolution de la conception dramaturgique d’Ariane Mnouchkine. Michèle Laurent, photographe indépendante dans le monde du spectacle, a croisé cet univers sur le tournage du film Molière. Depuis lors, elle est fidèle aux productions du Théâtre du Soleil.

Daniel Cande Daniel Cande, reporter photographe, se spécialise dans le spectacle au milieu des années 1960, exerçant ses talents dans le domaine de la danse, du théâtre et de l’opéra jusqu’au début des années 2000. Photographe de la Compagnie Renaud- Barrault de 1970 à 1973, il suit aussi l’aventure des Tréteaux de France pendant plus de vingt ans, travaille pour la Comédie Française et couvre largement trente ans de représentations théâtrales parisiennes.

Claude Bricage Claude Bricage a souhaité garder la trace de ses émotions de spectateur - et les faire partager - en devenant photographe. Suivant le travail des metteurs en scène qu’il apprécie, il est engagé par différents théâtres, notamment par Antoine Vitez au Théâtre de Chaillot. Photographiant chaque spectacle en variant les angles de vue, il revendique la position d’un spectateur qui rend compte du spectacle à travers sa vision personnelle.

Nicolas Treatt Nicolas Treatt affiche une subjectivité détachée de toute connaissance théâtrale. Fasciné par le visage du comédien, il prend des portraits en situation de jeu depuis un point fixe grâce au téléobjectif. Au-delà du rôle, il veut saisir une part de la personnalité profonde de l’être humain. Progressivement, il prend en compte l’espace, la relation avec les autres acteurs, révélant parfois des aspects cachés de la représentation au metteur en scène.

Claude Gafner Ancien danseur devenu photographe au début des années 1980, Claude Gafner

fait le choix de ne photographier qu’en couleurs. Suivant notamment le travail d’Antoine Vitez à Chaillot, et bien d’autres, il travaille également pour des théâtres,

tels la Comédie Française, avec lesquels il réalise fréquemment des expositions. La

pureté et l’élégance des lignes de ces images illustrent le soin particulier apporté à la restitution du mouvement des corps.

Robert Doisneau et Georges Lafaye Dans les années 1950, Robert Doisneau rencontre Georges Lafaye, marionnettiste passionné d’art graphique et de marionnettes, qui monte une série de spectacles poétiques novateurs. Fasciné par la rigueur technique, la maîtrise de la lumière et du mouvement, l’invention visuelle et le ballet gracieux des marionnettes à tige, Doisneau a photographié plusieurs des créations de Lafaye.

Les agences Bernand et Enguerand L’agence Bernand, grande agence spécialisée, assure alors la couverture photographique de 1500 spectacles par an. Elle poursuit son activité jusqu’à la fin des années 1990. En 1981, Marc et Brigitte Enguerand créent une association

de photographes, où chacun suit l’itinéraire d’un metteur en scène ou la

programmation d’un théâtre selon ses affinités. Aujourd’hui, l’agence Enguerand

est la plus importante agence spécialisée dans le spectacle.

Joël Verhoustraeten Comédien, clown, jongleur, Joël Verhoustraeten s’est spécialisé dès 1981 dans la photographie de cirque et de spectacle de rue. Il travaille avec des compagnies et couvre de nombreuses manifestations, événements de rue, festivals. Avec ses photographies spectaculaires ou intimistes, il livre un regard poétique sur la rue où les comédiens, jouant avec l’espace, les lumières et le public, développent des formes théâtrales inédites et complexes.

Et aujourd’hui ?

Avec l’avènement des images numériques et la crise de la presse écrite, la photographie de scène connaît des mutations importantes. Des photographes passionnés de théâtres continuent à couvrir les spectacles, mais l’évolution des conditions économiques ne leur permet pas toujours de travailler exclusivement pour la scène.

Pourtant, la photographie de scène - un art qui se nourrit d’un autre art - , le théâtre vivant, attire toujours autant les amateurs de ces instants fugaces d’ombres et de lumières d’où jaillit l’émotion du spectacle. Une projection d’une trentaine de photographies de spectacles créées dans ces

dix dernières années présente le travail récent de Monica Biancardi, Jacqueline

Chambord, Brigitte et Marc Enguerand, Jean-Pierre Estournet, Catherine Faux, Michèle Laurent, Jean-Paul Lozouet et Joël Verhoustraeten. Des acteurs, Fanny Ardant, Philippe Avron, Jean-Pierre Bacri, Jeanne Balibar, Valeria Bruni-Tedeschi, Philippe Caubère, Charles Berling, Marie-Josée Croze, Jean-Pierre Darroussin, Marina Hands, Isabelle Huppert, Denis Podalydès, Philippe Torreton, et bien d’autres, se font les interprètes d’Alfredo Arias, Yves Beaunesne, Bruno Bayen, Bérangère Bonvoisin, Jérome Deschamps et Macha Makeïeff, Frédéric Fisbach, Jacques Lassalle, Georges Lavaudant, Jacques Martial, Jean- Louis Martinelli, Daniel Mesguich, Valère Novarina, Roger Planchon, Omar Porras,

Olivier Py, Hervé Van der Meulen…

Plus que jamais, la photographie de théâtre est nécessaire : si l’instantané capture l’éphémère, il ne le fige pas mais il libère l’imagination du spectateur.

Publication

Publication Acteurs en scène Regards de photographes Sous la direction de Noëlle Guibert et Joëlle Garcia

Acteurs en scène Regards de photographes

Sous la direction de Noëlle Guibert et Joëlle Garcia

22x24.5 cm 128 pages et120 illustrations Editions de la BnF Prix : 32 euros

De l’atelier photographique du XIX e siècle à la scène contemporaine, le photographe de théâtre fixe le visage d’un «monstre sacré», l’incarnation d’un personnage, le génie du comédien. Rachel, reine de tragédie, Sarah Bernhardt, Aiglon frissonnant, Mounet Sully, généreux Hernani, Louis Jouvet, éternel docteur Knock, Edwige Feuillère, altière Folle de Chaillot, le mime Marceau, silhouette connue du monde entier, Alain Delon et Romy Schneider, couple inédit au théâtre… quelques noms parmi des centaines qui reviennent en mémoire grâce à la photographie. Tout comme resteront les comédiens d’aujourd’hui, tels Philippe Torreton, Denis Podalydès, Isabelle Huppert, Charles Berling, Marina Hands…

Au fil des pages, le lecteur ressentira l’émotion du spectacle, née des rencontres entre comédiens et photographes passeurs de l’image scénique : Nadar, Reutlinger, Manuel Frères, Harcourt, Lipnitzki, Bernand, Enguerand, George Henri, Agnès Varda, Thérèse Le Prat, Mario Atzinger, Roger Pic, Fernand Michaud, Robert Doisneau, Claude Bricage, Nicolas Treatt, Claude Gafner, Daniel Cande, Jacqueline Chambord, Martine Franck, Michèle Laurent, Catherine Faux, Monica Biancardi, Jean-Paul Lozouet, Joël Verhoustraeten et Jean- Pierre Estournet.

Avec des textes de Chantal Meyer-Plantureux, Noëlle Guibert et Joëlle Garcia.

LOUIS ROEDERER GRAND MÉCÈNE DE LA PHOTOGRAPHIE À LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE Avec plus

LOUIS ROEDERER GRAND MÉCÈNE DE LA PHOTOGRAPHIE À LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE

Avec plus de cinq millions d’images (documentaires, historiques, esthétiques…), collectées et conservées depuis le XIX e siècle, le fonds photographique du département des Estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France constitue l’une des plus grandes collections mondiales de photographie.

Pour la Maison Louis Roederer, apporter son soutien à cet extraordinaire patrimoine était une chance inespérée de tisser des liens avec la BnF, avec laquelle elle partage un authentique enracinement dans le Siècle des Lumières. Elle représente également la possibilité de construire sur une longue durée une relation de mécénat que l’on peut aujourd’hui considérer comme un exemple de participation intelligente d’une entreprise privée à la valorisation d’un patrimoine culturel public. Ainsi, depuis 2003, Louis Roederer finance la Galerie de photographie, l’édition de ses catalogues et favorise l’itinérance internationale d’un certain nombre de ses expositions.

Enfin, il était important pour la grande Maison champenoise de compléter ces actions par une incitation à l’excellence de la recherche dans le domaine de la photographie : c’est, depuis 2006, la raison d’être de la Bourse Louis Roederer de la photographie créée avec la BNF pour distinguer et encourager de jeunes chercheurs.

Parmi les expositions soutenues par Louis Roederer depuis 2003 : Capa, Sebastiao Salgado, Roger Ballen, Les Frères Séeberger, La Photographie humaniste, Atget, une rétrospective, Carl De Keyzer, Trinity

À propos de Louis Roederer

Fondée en 1776 à Reims, Le Champagne Louis Roederer est une maison familiale et indépendante dirigée par Frédéric Rouzaud qui a succédé à son père, Jean- Claude, au mois de janvier 2006. Outre la production de champagne, dont le mondialement célèbre Cristal, Louis Roederer possède également Roederer Estate et Schaffenberger en Californie, la Maison Delas Frères dans la vallée du Rhône, le domaine Adriano Ramos-Pinto au Portugal, les Châteaux Haut-Beauséjour et Pez (Saint-Estèphe), le champagne Deutz, les domaines d’Ott en Provence et tout dernièrement, à Bordeaux, les Châteaux Pichon Longueville de Lalande (Grand cru classé de Pauillac) et Bernadotte.