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Les inegalites de patrimoine

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SOUS EMBARGO JUSQU’AU 20 JUIN 2012 À 00H00

Édition 2012

L’économie française
9 14 19 20 30 37 40

Vue d’ensemble
L’économie mondiale ralentit en 2011 Encadré 1. La crise de la dette souveraine en zone euro En 2011, la croissance française résiste aux chocs Encadrés 1. Au-delà du PIB, le revenu national disponible 2. Du pouvoir d’achat du revenu disponible au pouvoir d’achat du revenu « arbitrable » par unité de consommation 3. Les principales mesures fiscales et sociales et leur impact sur l’é
SOUS EMBARGO JUSQU’AU 20 JUIN 2012 À 00H00

Édition 2012

L’économie française
9 14 19 20 30 37 40

Vue d’ensemble
L’économie mondiale ralentit en 2011 Encadré 1. La crise de la dette souveraine en zone euro En 2011, la croissance française résiste aux chocs Encadrés 1. Au-delà du PIB, le revenu national disponible 2. Du pouvoir d’achat du revenu disponible au pouvoir d’achat du revenu « arbitrable » par unité de consommation 3. Les principales mesures fiscales et sociales et leur impact sur l’é

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SOUS EMBARGO JUSQU’AU 20 JUIN 2012 À 00H00

Édition 2012

L’économie française
9 14 19 20 30 37 40

Vue d’ensemble
L’économie mondiale ralentit en 2011 Encadré 1. La crise de la dette souveraine en zone euro En 2011, la croissance française résiste aux chocs Encadrés 1. Au-delà du PIB, le revenu national disponible 2. Du pouvoir d’achat du revenu disponible au pouvoir d’achat du revenu « arbitrable » par unité de consommation 3. Les principales mesures fiscales et sociales et leur impact sur l’évolution des prélèvements obligatoires en 2011 4. Principales révisions intervenues sur les comptes de la Nation en 2009 et 2010

Dossiers
Disparités de montant de pension et redistribution dans le système de retraite français Les disparités entre ménages dans les comptes nationaux : de l'épargne au patrimoine Définir et quantifier l'économie verte 45 63 87

Fiches thématiques
1. Emploi 2. Chômage 3. Revenu et épargne des ménages 4. Consommation des ménages 5. Niveaux de prix et niveaux de vie dans l’Union européenne 6. Branches d’activité 7. Investissement 8. Compétitivité et parts de marché 9. Relations avec le Reste du monde 10. Compte financier de la balance des paiements 106 108 110 112 114 116 118 120 122 124

11. Sociétés non financières 12. Prélèvements obligatoires 13. Besoin de financement des administrations publiques 14. Dette des administrations publiques 15. Dépenses des administrations publiques par finalité 16. Intermédiaires financiers 17. Sociétés d’assurance 18. Émissions de titres des agents résidents 19. Endettement des agents non financiers 20. Indicateurs de développement durable

126 128 130 132 134 136 138 140 142 144

Annexes
Tableaux de référence de la comptabilité nationale Chronologie Lexique 149 151 157

SOUS EMBARGO JUSQU’AU 20 JUIN 2012 À 00H00

L’économie mondiale ralentit en 2011
Dorian Roucher*

Après un rebond marqué en 2010, l’activité a ralenti en 2011 dans les économies avancées : la croissance du Produit intérieur brut (PIB) atteint + 1,6 % après + 3,2 % en 2010 (figure 1). Dès le début d’année, la forte hausse du prix des matières premières, les conséquences du séisme japonais et le ralentissement de l’activité dans les économies émergentes ont freiné la dynamique de reprise. À partir de l’été 2011, les économies européennes ont pâti de la diffusion de la crise des dettes souveraines survenue en 2010 et de son aggravation pendant l’été 2011, qui s’est traduite par un regain d’incertitude et un durcissement des conditions financières dans certains pays. L’activité s’est ainsi contractée en Europe en fin d’année. Le PIB des économies avancées a retrouvé courant 2011 son niveau d’avant-crise mais de fortes hétérogénéités demeurent.

1. Taux de croissance du produit intérieur brut
en % 2007 Économies avancées Zone euro Allemagne Espagne France Italie Pays-Bas Belgique États-Unis Japon Royaume-Uni Suisse Canada Australie Corée du Sud Pays émergents Turquie Brésil Fédération de Russie Chine Inde
Sources : Insee ; FMI.

2008 0,0 0,3 0,8 0,9 – 0,2 – 1,2 1,8 0,9 – 0,3 – 1,1 – 1,1 2,1 0,7 2,5 2,3 0,7 5,2 5,5 9,6 6,2

2009 – 3,6 – 4,2 – 5,1 – 3,7 – 3,0 – 5,5 – 3,5 – 2,7 – 3,5 – 5,5 – 4,4 – 1,9 – 2,8 1,4 0,3 – 4,8 – 0,3 – 8,0 9,2 5,7

2010 3,2 1,8 3,6 – 0,1 1,6 1,8 1,6 2,2 3,0 4,5 2,1 2,7 3,2 2,5 6,3 9,2 7,5 4,3 10,4 10,3

2011 1,6 1,5 3,1 0,7 1,7 0,5 1,3 2,0 1,7 – 0,7 0,7 1,9 2,5 2,0 3,6 8,5 2,7 4,3 9,2 7,3

2,7 3,0 3,4 3,5 2,3 1,5 3,9 2,8 1,9 2,2 3,5 3,6 2,2 4,7 5,1 4,7 6,1 9,8 14,2 10,1

* Dorian Roucher, Insee.

Vue d’ensemble - L’économie mondiale ralentit en 2011

9

Une évolution du climat des affaires qui traduit les chocs successifs dans les économies avancées
Début 2011, le climat des affaires reste bien orienté, notamment dans la zone euro et aux États-Unis (figure 2). À partir d’avril, il se dégrade fortement sous l’effet du choc pétrolier et du séisme japonais. Passés ces événements, le climat des affaires se redresse à partir de l’été au Japon et aux États-Unis. En revanche, il continue de se dégrader dans la zone euro, sous l’effet du choc d’incertitude lié aux dettes souveraines survenu à l’été. La dynamique de reprise engagée en 2010 a ainsi été contrariée par une succession de chocs : le choc pétrolier en début d’année qui a conduit à un net ralentissement des économies émergentes, le séisme japonais qui a perturbé le commerce mondial au printemps et le choc d’incertitude dans la zone euro à partir de l’été. En moyenne annuelle, la croissance du PIB a été quasiment identique aux États-Unis (+ 1,7 %) et dans la zone euro (+ 1,5 %), mais cette proximité masque des évolutions divergentes en fin d’année. Le ralentissement est particulièrement sensible dans la zone euro où l’activité se contracte au quatrième trimestre. À l’inverse, au deuxième semestre 2011, les États-Unis connaissent une embellie conjoncturelle, la croissance s’établissant au-dessus de 2 % en rythme annuel.

2. Opinions des directeurs d’achats dans l’industrie manufacturière des économies avancées
65 60 55 50 45 40 35 30 25 janv. 2008 niveaux en points
Zone euro Japon États-Unis

janv. 2009

janv. 2010

janv. 2011

déc. 2011

Source : Markit, enquêtes auprès des directeurs d’achats dans l’industrie manufacturière.

Le renchérissement des prix des matières premières provoque un regain d’inflation
Le début de l’année 2011 a été marqué par un rebond des cours des matières premières. Le prix du baril de brent est passé de 90 dollars en décembre 2010 à plus de 120 dollars en avril 2011 (figure 3) et les matières premières agricoles et industrielles hors énergie se sont également renchéries. Ceci a provoqué un regain d’inflation dans les économies avancées : en moyenne annuelle, celle-ci s’est établie à 2,6 % en 2011, après 1,5 % en 2010 (figure 4). 10 L’économie française, édition 2012

Malgré le niveau toujours élevé du chômage qui pèse sur le pouvoir de négociation des salariés, l’inflation sous-jacente s’est également redressée, passant de 0,9 % en 2010 à 1,4 % en 2011. Fin 2011, le marché du pétrole reste très tendu, le baril s’échangeant toujours autour de 110 dollars.

3. Évolution du prix du pétrole et des matières premières
en dollars par baril 140 base 100 en 2000 280 260 120 240 100 220 200 180 60 160 40 janv 2006 janv. 2007 janv. 2008 janv. 2009 janv. 2010 janv. 2011 140

80

Pétrole (Brent de la Mer du Nord)
Sources : Insee ; Financial Times.

Indice du prix des matières premières importées hors énergie par la France

4. Évolution des prix dans les économies avancées
glissements annuels en % 5
Indice d’ensemble Indice sous-jacent

4

3

2 1

0

–1 –2 janv. 2006 janv. 2007 janv. 2008 janv. 2009 janv. 2010 janv. 2011 déc. 2011

Sources : Instituts statistiques nationaux ; FMI ; calculs Insee.

Vue d’ensemble - L’économie mondiale en 2011

11

Les économies émergentes ralentissent
La situation conjoncturelle des grands pays émergents est très différente de celles des pays avancés : ils ont retrouvé leur niveau d’activité d’avant-crise dès 2010 et l’ont même dépassé, et leurs appareils productifs présentent même des signes de surchauffe. Dans ces conditions, le renchérissement des prix des matières premières – notamment agricoles – provoque début 2011 une forte poussée inflationniste. Les banques centrales des principaux pays émergents resserrent alors leur politique monétaire et les gouvernements réduisent leur déficit, ce qui contribue au ralentissement de ces économies, particulièrement sensible au troisième trimestre (figure 5) ; néanmoins, sur l’ensemble de l’année, leur dynamisme a tiré les exportations des économies avancées : comme en 2010, l’extérieur a contribué positivement à la croissance des pays de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). 5. Opinions des directeurs d’achats dans l’industrie manufacturière des économies émergentes
niveaux en points 65

60
Inde

55

50
Russie

Chine

Brésil

45

40

35

30 janv. 2008 janv. 2009 janv. 2010 janv. 2011 déc. 2011
Source : Markit, enquêtes auprès des directeurs d’achats dans l’industrie manufacturière.

Le séisme japonais du 11 mars perturbe le commerce mondial
Le séisme du 11 mars puis la catastrophe nucléaire ont eu des conséquences économiques lourdes pour le Japon. La production industrielle s’est contractée de 16 % en un mois, perturbant l’ensemble des échanges mondiaux, notamment en Asie. Malgré une reprise rapide, la production reste en repli sur l’année 2011 au Japon et le PIB se contracte de 0,7 %. Au-delà du Japon, les chaînes d’approvisionnement ont été perturbées, privées de composants indispensables : ainsi, le commerce mondial s’est replié au deuxième trimestre 2011 (figure 6). Après un rebond au troisième trimestre, le commerce mondial a calé au quatrième, pénalisé par les inondations en Thaïlande et la contraction de l’activité en Europe. Sur l’ensemble de l’année, la hausse des échanges mondiaux se limite à + 5,8 %, rythme inférieur au rythme moyen d’avant-crise.

12

L’économie française, édition 2012

6. Évolution des importations par zone
8 croissance trimestrielle des importations par zone en %

4

0

–4

–8 Monde – 12 janv. 2005 Économies avancées Économies émergentes janv. 2006 janv. 2007 janv. 2008 janv. 2009 janv. 2010 janv. 2011

Source : Centraal Planbureau.

La zone euro entre crise des dettes souveraines et consolidation budgétaire
L’année 2010 avait été marquée par un premier approfondissement de la crise des dettes souveraines au sein de la zone euro (encadré) avec une hausse des taux souverains italiens et espagnols à partir du mois de mai. Pour faire face aux pressions sur leurs conditions de financement, la plupart des gouvernements européens mettent en œuvre, début 2011, des mesures de consolidation budgétaire, qui freinent, notamment, le pouvoir d’achat des ménages ainsi que leur consommation. Ainsi, des hausses d’impôt sont mises en œuvre en Espagne, au Portugal ou en Grèce : dans ces pays, les dépenses publiques reculent et contribuent négativement à l’activité. Au début de l’année 2011, même si les taux d’intérêt sur la dette souveraine des États les plus fragiles (Portugal, Grèce, Irlande, etc.) restent élevés, la mise en place du Mécanisme européen de stabilité financière et les mesures de consolidation budgétaire mises en œuvre semblent éviter la contagion aux États plus importants : la Banque centrale européenne relève ses taux directeurs en début d’année face au surcroît d’inflation. Cependant, l’inquiétude concernant la situation des dettes souveraines de la zone euro s’accroît brusquement à l’été 2011, suscitant des tensions sur les marchés financiers. Les taux d’intérêt des dettes souveraines, espagnoles et italiennes essentiellement, augmentent fortement : en novembre, l’écart entre les taux italien et allemand culmine à 450 points de base. En même temps, les tensions augmentent fortement sur le marché interbancaire, reflétant l’exposition des banques aux dettes souveraines de la zone euro. Face à l’aggravation de la crise, la réponse des autorités européennes est double. D’une part, les États cherchent à renforcer la soutenabilité de leurs finances publiques et des plans additionnels de réduction des déficits sont mis en place en Italie, en Espagne et en France. D’autre part, la Banque Centrale Européenne réactive pendant l’été son programme d’achat de titres de dette publique avant d’abaisser les taux directeurs à l’automne. Fin décembre, elle inaugure un programme inédit de prêt à 3 ans aux établissements bancaires, qui permet d’apaiser les tensions.

Vue d’ensemble - L’économie mondiale ralentit en 2011

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Encadré

La crise de la dette souveraine en zone euro Martin Amar*
En 2011, plusieurs États périphériques de la zone euro, dont les faiblesses structurelles sont révélées par les conséquences de la crise financière, voient leurs conditions de financement se détériorer, compliquant leur accès au marché et mettant en péril la soutenabilité de leurs finances publiques. Les premières mesures mises en œuvre au niveau européen (création du Fonds européen de stabilité financière (FESF) et programmes d’assistance financière à la Grèce en mai 2010 et à l’Irlande en novembre 2010) ont, dans un premier temps, stabilisé la situation jusqu’au premier trimestre 2011. En revanche, à partir du printemps 2011, les inquiétudes croissantes sur le Portugal et les difficultés de la Grèce à respecter les engagements pris en contrepartie du programme d’aide, ainsi que les difficultés de nombreux États pour réduire rapidement leurs déficits publics, ravivent les tensions. La mise en place du programme d’assistance en faveur du Portugal en mai 2011 ne suffit pas à calmer les marchés, surtout inquiets d’une possible restructuration de la dette grecque. Malgré l’effort de consolidation budgétaire important (5 points de PIB entre 2009 et 2010) déjà consenti dans un contexte macroéconomique difficile (récession de 7 points de PIB entre 2008 et 2010) et les débuts prometteurs du programme au deuxième semestre 2010, la Grèce ne parvient pas à respecter strictement l’ensemble des conditions exigées : les retards accumulés, ajoutés à une dégradation constante de ses perspectives économiques, conduisent progressivement à considérer qu’un retour de la Grèce sur les marchés, prévu pour mars 2012, ne serait pas possible et donc contraignent ses partenaires de la zone euro et le Fonds monétaire international (FMI) à prévoir un nouveau programme d’assistance financière pour laisser le temps à la Grèce de réussir son ajustement. Ce nouveau programme est décidé le 21 juillet 2011 par les chefs d’État et de gouvernement de la zone euro, incluant notamment une implication du secteur privé (Private sector involvement - PSI) et de nouveaux financements publics. À la suite de l’accord sur la Grèce, les marchés réagissent initialement de manière positive ; ils connaissent une courte accalmie, avant de s’interroger sur la capacité de cet accord à assurer la soutenabilité de la dette grecque. En parallèle, trois évènements contribuent également à ce regain de tensions : la dégradation de la conjoncture mondiale survenue pendant l’été après un bon début d’année ; l’annonce du PSI grec qui a conduit les investisseurs à s’inquiéter qu’un traitement semblable soit désormais possible pour d’autres pays de la zone euro, et la dégradation de la notation souveraine des États-Unis par Standard & Poor’s (S&P) qui a remis en cause la confiance des marchés à l’égard des titres de dette souveraine, jusqu’alors considérés comme les actifs sans risque de référence. Dans ce contexte, les marchés de dettes souveraines subissent un regain de tension marqué par une contagion à l’Espagne et à l’Italie, que seule une intervention de la Banque centrale européenne (BCE) permet d’endiguer. Les tensions se stabilisent jusqu’à l’automne, où la mise en œuvre de l’accord du 21 juillet sur la Grèce est validée au sommet des chefs d’État et de gouvernement de la zone euro du 26 octobre,

1. Taux souverains à 10 ans
8 7 6 5 4 3 2 1 0 mai 2009
Source : Reuters.

en %
Allemagne France Belgique Italie Espagne

nov. 2009

mai 2010

nov. 2010

mai 2011

nov. 2011

* Martin Amar, Direction générale du Trésor.

14

L'économie française, édition 2012

Encadré (suite) prenant en compte les retards dans l’application du programme grec initial. Ces négociations et les inquiétudes des investisseurs concernant la solvabilité des dettes publiques en zone euro amènent les tensions à leur paroxysme, notamment pour l’Italie et l’Espagne dont les taux atteignent des niveaux sans précédent depuis la formation de la zone euro (jusqu’à 7,62 % pour les taux italiens à 10 ans). Au cours de cet épisode, certains pays triple AAA, dont la France, sont, bien que dans des proportions moindres, pour la première fois victimes de la défiance des investisseurs. Cet épisode de tensions prolongées conduit les principales agences à dégrader les notations des titres souverains de plusieurs pays de la zone euro, dont la France qui se voit retirer sa note AAA par S&P le 13 janvier. La zone euro met en œuvre des mesures anti-contagion dont les résultats sont visibles depuis fin 2011 ; elle parvient à stabiliser la situation de la Grèce début 2012 Les autorités européennes agissent de concert pour endiguer la crise, conjuguant des actions de la BCE, un renforcement des pare-feux par les États membres et la mise en œuvre par les États membres de réformes ambitieuses pour améliorer la soutenabilité de leurs finances publiques et renforcer la compétitivité de leurs économies. Le 4 août 2011, la BCE annonce dans un premier temps, suite à la dégradation par S&P de la notation des États-Unis, la réactivation de son Programme d’achat de titres (Securities Market Programme, SMP) et son extension aux obligations espagnoles et italiennes dont les achats ont été particulièrement importants au cours des deux premiers mois (88 milliards d’euros). Fin mars 2011, l’encours de titres détenus dans le cadre du SMP s’élève à 213,5 milliards d’euros. La BCE réactive ensuite fin octobre 2011 ses opérations de refinancement à un an, puis, annonce le 8 décembre deux opérations de refinancement à trois ans (en décembre 2011 et février 2012), couplées à l’assouplissement des conditions d’éligibilité du collatéral. Ces deux opérations de refinancement à trois ans font l’objet d’une forte demande de la part des banques (489 milliards d’euros puis 529 milliards d’euros respectivement en décembre et février, conduisant au total à une augmentation « nette » de liquidité d’environ 500 milliards d’euros). Si les institutions participantes utilisent surtout ce financement attractif (moyenne du taux principal de refinancement – fixé aujourd’hui à 1 % – sur la période, option d’« opt out » au bout d’un an) pour couvrir leurs tombées de dette à venir, cela ne les empêche pas à plus court terme de placer les liquidités obtenues en titres souverains. Cette évolution contribue à la forte baisse des taux souverains à partir de fin 2011 et plus globalement, à l’apaisement des tensions financières en zone euro. Dans ces conditions, le SMP est de son côté de moins en moins utilisé début 2012, ne totalisant par exemple que 200 milliards d’euros d’achats entre fin janvier et fin mars. L’année 2011 est aussi marquée par le renforcement des pare-feux, c’est-à-dire de l’ensemble des dispositifs mis en place pour prévenir et contenir les crises : ceux-ci visent, au-delà de l’assistance financière aux pays en difficulté, à prévenir la contagion des tensions entre souverains de la zone euro. Le FESF continue avec succès à financer les programmes irlandais et portugais sur lesquels il est engagé et, en 2012, sera mobilisé pour le nouveau programme d’assistance financière grec. En parallèle, ses capacités de financement sont renforcées, ses outils d’interventions flexibilisés. Le Mécanisme européen de stabilité (MES) sera instauré par le traité MES, ratifié en France le 7 mars 2012. Le MES, organisation internationale permanente, reposera sur une structure plus autonome que celle

2. Déficits publics
32 24 16 8 0 en % du PIB
déficit 2010 déficit 2011 (prévu) déficit 2011 (réalisé)

Autriche

Belgique Allemagne

Grèce

Espagne

France

Irlande

Italie

Pays-Bas

Portugal

RoyaumeUni

Source : Commission européenne.

Vue d’ensemble - L’économie mondiale ralentit en 2011

15

Encadré (suite) du FESF. Doté en capital (80 milliards d’euros en 2014, dont 16,3 milliards d’euros apportés par la France), et offrant une plus grande souplesse dans la prise de décision, il doit entrer en vigueur mi-2012. Il est prévu qu’il dispose d’une capacité propre d’engagement de 500 milliards d’euros, ce qui portera alors la capacité consolidée des pare-feux de la zone euro (FESF et MES) à 700 milliards d’euros. Enfin, dans une démarche plus globale, les États de la zone euro ont proposé le 9 décembre 2011 de contribuer à hauteur de 150 milliards d’euros à une augmentation des capacités du FMI. Dans le même temps, les États membres poursuivent leurs efforts de consolidation budgétaire, en particulier, l’Italie et l’Espagne. En Italie, le gouvernement de M. Monti, dès son arrivée au pouvoir en décembre, adopte un plan de consolidation budgétaire, deux plans de libéralisation et des réformes structurelles, et entame la réforme du marché du travail. L’Espagne lance des réformes importantes (restructuration du secteur bancaire, réforme du marché du travail, renforcement du cadre budgétaire) et présente, le 30 mars 2012, un programme de consolidation massif destiné à assurer le respect des engagements pris au niveau européen. Dans ce contexte, la situation s’améliore de manière très significative sur les marchés de dettes souveraines. Début 2012, l’Espagne et l’Italie peuvent refinancer dans de bonnes conditions et pour des montants importants leurs titres arrivant à échéance. De même, sur le marché secondaire, le rendement à 10 ans des titres souverains italiens et espagnols recule nettement : il évolue autour de 5 %. La déclinaison concrète de l’accord sur la Grèce est entérinée le 20 février 2012, les ministres des Finances de la zone euro ayant adopté toute une série de mesures qui renforceront la soutenabilité de la dette grecque. Cette dernière devrait ainsi revenir à 116,5 % du PIB d’ici 2020, notamment grâce à l’implication volontaire du secteur privé (qui a consenti une décote nominale de 53,5 %, soit une réduction de la dette publique grecque de plus de 100 milliards d’euros). L’échange volontaire de dette du 12 mars 2012 recueille une participation volontaire massive, portée à plus de 95 % suite à la décision des autorités grecques d’activer les clauses d’action collective pour les titres sous droit grec. Le secteur public accepte également de consentir des efforts supplémentaires (baisse rétroactive des taux d’intérêt prévus dans les accords de prêts bilatéraux, rétrocession des profits de la BCE et des Banques centrales nationales sur les titres grecs), qui participeront au rétablissement des finances publiques grecques. Un deuxième programme est également acté, comprenant un financement de 109,1 milliards d’euros pour le FESF (auxquels s’ajoutent 35,5 milliards d’euros de financement de l’opération de PSI) et de 28 milliards d’euros pour le FMI y compris le reste à débourser du 1er programme, assorti d’un contrôle renforcé et d’objectifs ambitieux sur lesquels les principaux partis politiques se sont engagés. Au-delà des mesures de court terme, les États européens mettent en œuvre des mesures ambitieuses destinées à renforcer la gouvernance de la zone euro La crise européenne de la dette a mis en lumière les carences de la zone euro en matière de gouvernance économique : certains pays touchés par la crise sont en effet parmi ceux qui présentaient avant le déclenchement de celle-ci des performances économiques parmi les plus satisfaisantes de la zone euro (Irlande, Espagne) au regard des critères utilisés jusqu’alors dans le cadre du pacte de stabilité et de croissance. Ce constat a conduit la zone euro à une réforme de sa gouvernance économique et budgétaire. Après l’entrée en vigueur en décembre 2011 du « six-pack » (cinq règlements et une directive renforçant les volets préventif et correctif du Pacte de stabilité et de croissance, introduisant une procédure de surveillance des déséquilibres macroéconomiques et édictant des principes communs pour les cadres budgétaires des États membres), les chefs d’État et de Gouvernement des 27 États membres de l’Union Européenne signent le 1er mars 2012 le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance économique de l’Union économique et monétaire (TSCG). Ce traité renforcera la discipline budgétaire ex ante (en introduisant une règle d’équilibre structurel dans les droits nationaux des États membres) et ex post (en renforçant l’automaticité des sanctions). Parallèlement, les discussions sur le « two-pack » (deux projets de règlements portant sur la surveillance budgétaire ex ante des États membres et la surveillance renforcée pour les pays faisant face à des difficultés financières) se poursuivent avec pour objectif un accord en première lecture entre Conseil ECOFIN (Économie et finances) et Parlement européen à la fin du premier semestre 2012, après que le Conseil ECOFIN a adopté son orientation générale sur ces textes le 21 février 2012.

16

L'économie française, édition 2012

Ce choc financier se transmet à l’économie réelle au cours du second semestre 2011. Les mesures prises par les gouvernements des États les plus fragiles s’ajoutent à celles déjà décidées en 2010, ce qui contribue à déprimer la demande intérieure. Le net resserrement des conditions d’octroi de crédit consécutif aux tensions sur le marché interbancaire provoque par ailleurs une contraction de l’investissement (figure 7). Le choc financier reste cependant localisé dans l’Union monétaire : les tensions sur les marchés interbancaires et les conditions de crédit restent stables au Royaume-Uni et aux États-Unis. La transmission du choc à l’économie mondiale reste limitée aux seuls canaux commerciaux. 7. Évolution des conditions d’octroi de crédit
100 80
États-Unis

soldes d’opinions des banques sur leurs conditions d’octroi de crédits aux entreprises en %

60 40 20 0 – 20 – 40 er 1 trim. 2004
ASSOUPLISSEMENT RESSERREMENT France Zone euro

1er trim. 2005

1er trim. 2006

1er trim. 2007

1er trim. 2008

1er trim. 2009

1er trim. 2010

1er trim. 2011

Lecture : les conditions d’octroi de crédits aux entreprises par les banques se resserrent en moyenne pour des valeurs positives. A contrario, il y a assouplissement lorsque la courbe passe sous l’axe des abscisses. Sources : Federal Reserve Board ; Banque centrale européenne ; Banque de France.

Aux États-Unis, au Japon et au Royaume-Uni, les politiques monétaires restent accommodantes
Hors zone euro, les principales banques centrales ont des marges de manœuvre réduites, leurs taux directeurs se situant proches des planchers. Elles mobilisent durant toute l’année des instruments « non conventionnels ». La banque centrale des États-Unis (Federal Reserve) cesse d’acquérir des titres de dettes publiques en avril, mais poursuit sa politique d’assouplissement monétaire avec l’opération « twist ». La Banque d’Angleterre maintient tout au long de l’année ses achats de dette publique. Fin 2011, elle détient l’équivalent de 18 % du PIB britannique sous forme de bons du Trésor.

Des politiques budgétaires globalement restrictives sauf au Japon
Accommodante en 2009 et 2010, l’orientation des politiques budgétaires prend un tour plus restrictif en 2011. Au-delà des effets mécaniques liés à l’activité, des hausses d’impôt sont mises en œuvre en 2011 au Royaume-Uni, en Espagne et en Italie, notamment. Parallèlement, les dépenses publiques contribuent de manière négative à l’activité aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans l’ensemble des pays d’Europe du sud. Le Congrès américain choisit toutefois de prolonger la plupart des mesures de soutien au revenu des ménages afin de ne pas entraver la reprise. Le Japon, frappé par le séisme du 11 mars, décide quant à lui de financer, à crédit, trois plans de reconstruction votés en 2011.

Vue d’ensemble - L’économie mondiale ralentit en 2011

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De fortes hétérogénéités demeurent…
Fin 2011, les économies avancées dans leur ensemble ont retrouvé et dépassé leur niveau d’activité d’avant-crise. Au-delà de cette évolution d’ensemble, de fortes hétérogénéités demeurent (figure 8). Aux États-Unis et en Allemagne, l’activité a retrouvé et dépassé son niveau d’avant-crise au cours de l’année 2011. En France, le PIB s’est rapproché de ce niveau sans toutefois l’atteindre. À l’inverse, en Espagne, au Royaume-Uni, en Italie et au Portugal, le PIB est toujours 4 à 6 points en dessous de son niveau d’avant-crise. Les pays du sud de l’Europe sont, par ailleurs, de nouveau entrés en récession à la fin de l’année 2011, l’activité se contractant pour la quatrième année consécutive en Grèce. Au Japon, la dynamique de reprise a été fortement entravée par le séisme. Même si l’activité a rebondi en fin d’année, le PIB reste 3 points en deçà de son niveau d’avant-crise. 8. Évolution du PIB dans les économies avancées
102 PIB en volume, base 100 au 1 trimestre 2008
er

100

98

96

94

92

90 fév. 2008 juin 2008 oct. 2008 fév. 2009 juin 2009 oct. 2009 fév. 2010 juin 2010 oct. 2010 fév. 2011 juin 2011 oct. 2011 Allemagne États-Unis Japon Royaume-Uni Espagne France Italie

Source : Instituts statistiques nationaux.

… reflétant des dynamiques intérieures divergentes
Aux États-Unis et en Allemagne mais aussi en Finlande, en Autriche, au Canada, en Suède, en Belgique, en Suisse et, dans une moindre mesure, en France et aux Pays-Bas, la demande intérieure tire l’activité. Dans ces pays, l’investissement productif est très dynamique (+ 6,8 % aux États-Unis, + 6,6 % en Allemagne, + 7,0 % au Canada et + 6,2 % en Suède), et la consommation des ménages reste solide. À l’inverse, au Royaume-Uni, en Espagne, en Italie et au Portugal, la demande intérieure se contracte, à nouveau, un an après la récession historique de 2009. Dans ces pays, la consommation des ménages pâtit de la faiblesse des revenus et du taux élevé de chômage ainsi que des mesures de consolidation budgétaire. Par ailleurs, l’investissement productif y est en net repli, pénalisé par la faiblesse des perspectives et le durcissement des conditions d’octroi de crédit. Seules les exportations soutiennent quelque peu l’activité de ces économies. n

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L'économie française, édition 2012

En 2011, la croissance française résiste aux chocs
Denis Boisnault, Clovis Kerdrain, Geoffrey Lefebvre*

En 2011, l’activité a progressé de 1,7 % en France, au même rythme qu’en 2010, après le recul historique de 2009 (– 3,1 %). Au quatrième trimestre 2011, le PIB reste - légèrement inférieur à son niveau du premier trimestre 2008, avant la récession. Dans la branche des services, l’activité dépasse en 2011 son niveau de 2007, mais la production industrielle reste, en revanche, en deçà de son plus haut niveau historique de 2007. L’activité en 2011 est soutenue par la demande intérieure finale hors stocks, qui a contribué à hauteur de + 0,9 point à la croissance du PIB (figure 1), principalement grâce à l’investissement, notamment celui des entreprises non financières qui reste soutenu (+ 5,1 % après + 6,3 % en 2010). À l’inverse, la consommation des ménages cale (+ 0,3 % après + 1,4 % en 2010), sous l’effet du ralentissement du pouvoir d’achat (+ 0,5 % après + 0,9 %) et d’une légère hausse du taux d’épargne. L’année 2011 est également marquée par un fort mouvement de reconstitution des stocks, attendu après un déstockage très marqué pendant la récession. Sur l’année, la contribution comptable des variations de stocks à la croissance est de 0,8 point. Les échanges augmentent nettement en 2011, mais à un rythme moindre qu’en 2010. Ils retrouvent fin 2011 leur niveau d’avant la crise. Les exportations progressent de 5,3 %, après 9,6 % en 2010 : le ralentissement des exportations traduit celui du commerce mondial. Les importations augmentent également de façon marquée (+ 4,9 %), soutenues en particulier par la demande des entreprises. Au total, la contribution comptable du commerce extérieur à la croissance du PIB est nulle sur l’année. La demande finale des administrations publiques est stable en 2011. L’investissement des administrations publiques continue de reculer, surtout du fait de la baisse de l’investissement de l’État, mais il est moins en recul qu’en 2010. Les dépenses de consommation individualisable des administrations continuent de progresser. Les dépenses collectives enregistrent une nette baisse, liée à la fois à des éléments ponctuels et aux efforts de réduction des dépenses publiques. Le déficit des administrations publiques au sens de Maastricht, de 5,2 % du PIB, après 7,1 % du PIB en 2010, se réduit nettement. La dette publique au sens de Maastricht s’établit à 86,0 % du PIB fin 2011. En 2011, le redressement de l’activité s’est donc poursuivi, mais l’économie française a pâti de plusieurs chocs : hausse du prix des matières premières, conséquences du séisme au Japon, effets des consolidations budgétaires en Europe ou approfondissement des tensions sur les dettes souveraines européennes. D’ailleurs, sous l’effet de ces chocs, le profil trimestriel de l’activité est très marqué : après une forte croissance au premier trimestre (+ 0,9 %), l’activité a été peu dynamique le reste de l’année (+ 0,0 % au deuxième trimestre, + 0,3 % au troisième trimestre et + 0,1 % au quatrième trimestre). De même, l’emploi marchand baisse en fin d’année alors qu’il augmentait encore fortement avant l’été.

* Denis Boisnault, Clovis Kerdrain et Geoffrey Lefebvre, Insee.

Vue d’ensemble - En 2011, la croissance française résiste aux chocs

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1. Contribution des principaux agrégats à la croissance du PIB
variation annuelle en %, contributions en points 3 2 1 0 –1 –2
Consommation des ménages Solde du commerce extérieur Variations de stocks PIB

–3 –4

Demande publique (y c. ISBLSM) Investissement privé

2004

2005

2006

2007

2008

2009

2010

2011

Source : Insee, Comptes nationaux.

Encadré 1

Au-delà du PIB, le revenu national disponible Ronan Mahieu*
Le produit intérieur brut (PIB) est une mesure de l’activité productive sur le territoire d’un pays ; c’est à ce titre qu’il est privilégié dans le suivi de la conjoncture économique. Mais une partie de cette activité sert à rémunérer des capitaux étrangers, ainsi que le travail transfrontalier effectué en France par des non-résidents. À l’inverse, une partie des ressources des résidents en France provient de revenus de placements à l’étranger, ainsi que de salaires reçus par des résidents qui travaillent à l’étranger. C’est la raison pour laquelle la commission « Stiglitz » sur la mesure des performances économiques et du progrès social a recommandé de mettre l’accent sur le revenu national (RNB) plutôt que sur le produit intérieur. Cette démarche peut s’étendre jusqu’au
* Ronan Mahieu, Insee.

revenu national disponible (RNDB), qui prend également en compte d’autres flux de revenus avec l’extérieur (impôts versés à l’Union européenne, prestations sociales versées à des non-résidents, ou reçues par les résidents en provenance de l’étranger). En 2011, le RNB progresse légèrement moins vite que le PIB en valeur : + 3,0 % contre + 3,1 %. En effet, l’accroissement de la TVA communautaire l’emporte en effet sur l’amélioration du solde des salaires (reçus moins versés au reste du monde) et de celui des revenus de la propriété. Le solde des autres flux de revenus avec l’extérieur étant stable, la progression du RNDB (+ 3,1 %) est très proche de celle du RNB.

La reprise s’affermit, à un rythme différent selon les secteurs d’activité
Après une profonde récession en 2009 et une reprise en 2010, la hausse de l’activité en France s’est poursuivie à un rythme modéré en 2011 (+ 1,7 %). En outre, les évolutions sectorielles sont différenciées. La production manufacturière ralentit en 2011 après avoir nettement rebondi en 2010 (figure 2). Au contraire, le rythme de progression de la production de services marchands augmente légèrement. L’activité dans la construction, qui avait continué de baisser en 2010, se redresse en 2011.

20

L’économie française, édition 2012

2. Contribution des principales branches à la valeur ajoutée totale
2,0 1,5 1,0 0,5 0,0 – 0,5 – 1,0 – 1,5
Agriculture, sylviculture et pêche

contributions à la variation en points

– 2,0 – 2,5

Industrie Construction

Services principalement marchands Services principalement non marchands

2006

2007

2008

2009

2010

2011

Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

La production manufacturière ralentit en 2011 ; elle reste nettement inférieure à son niveau d’avant-crise La production manufacturière, qui a particulièrement souffert de la crise (– 11,3 % en 2009), ralentit en 2011 (+ 3,2 %), après un net rebond de 2010 (+ 4,7 %) : elle reste encore nettement en deçà de son niveau d’avant-crise (figure 3). Son ralentissement a également été patent en cours d’année : après une forte augmentation au premier trimestre 2011 (+ 3,1 %), elle a cessé de progresser, affectée par la fin de la prime à la casse dans le secteur automobile et par la dégradation globale du climat conjoncturel, à partir du printemps 2011. En effet, la demande en produits manufacturés a perdu en dynamisme en 2011, notamment parce que la consommation des ménages en produits manufacturés a ralenti. Il en va de même pour les investissements des entreprises et les exportations. En revanche, les stocks se sont regarnis en 2011, après avoir fortement baissé en 2009 et 2010. Au sein des branches manufacturières, la production de l’industrie des matériels de transports est dynamique (+ 5,6 %). D’une part, la production automobile progresse de 5,4 %, bien qu’elle ait souffert en cours d’année de la fin de la prime à la casse et de la rupture de certaines chaînes d’approvisionnement suite au séisme japonais. D’autre part, la production d’autres matériels de transports est restée dynamique (+ 5,9 %). 3. Évolution de la production manufacturière par branche
110 indice base 100 au premier trimestre 2007

100

90

80

70

Branches manufacturières Cokéfaction et raffinage Matériels de transports

Industrie agro-alimentaire Biens d’équipement Autres branches manufacturières

60 er 1 trim. 2007

1er trim. 2008

1er trim. 2009

1er trim. 2010

1er trim. 2011

Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

Vue d’ensemble - En 2011, la croissance française résiste aux chocs

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L’industrie agro-alimentaire, moins touchée par la crise, retrouve en 2011 quasiment son niveau de 2007. À l’inverse, la production du secteur de la cokéfaction et du raffinage se stabilise en 2011 et reste aussi inférieure à son niveau de 2007 de plus de 20 %. Enfin, la production de biens d’équipement et celle d’autres produits industriels restent également nettement en deçà de leur niveau d’avant-crise, bien qu’elles aient augmenté en 2011. La production d’énergie, eau, déchets, peu affectée par la récession en 2009, recule en 2011 (– 3,9 % après + 5,5 % en 2010), notamment parce les températures ont été plus clémentes en 2011 qu’en 2010, en particulier au printemps et au début de l’hiver. Au total, la production industrielle progresse de 2,0 % en 2011 après + 4,8 % en 2010. La reprise se confirme dans les services Du fait de leur poids très important dans la valeur ajoutée, les services marchands sont comptablement le premier contributeur à la croissance du PIB (figure 2). L’activité des services marchands progresse nettement en 2011, à un rythme proche de celui de 2010 (+ 2,4 % après + 2,3 %). Contrairement à l’industrie manufacturière, la production de services marchands dépasse en 2011 son niveau d’avant-crise. L’activité dans les services est très liée à la dynamique d’ensemble de l’économie : ainsi, la croissance de la production manufacturière a fortement soutenu la demande de services. 1 L’investissement des entreprises non financières en services reste également dynamique. En 2011, le raffermissement de la reprise est vigoureux dans les activités de transport (+ 3,2 % après + 4,3 % en 2010 et – 8,3 % en 2009) et de services aux entreprises (+ 4,0 % après + 3,1 % en 2010 et – 7,2 % en 2009). A contrario, la production de services financiers progresse peu (+ 0,3 % après – 0,8 % en 2010, infra). Par ailleurs, la production de services non marchands marque le pas : elle progresse de 0,2 % en 2011, après avoir soutenu l’activité en 2009 (+ 1,9 %) et en 2010 (+ 1,7 %). En effet, 2 les consommations intermédiaires de l’État enregistrent une nette baisse, par contrecoup après d’importantes livraisons de matériel militaire en 2010. L’activité se stabilise dans la construction En 2011, le secteur de la construction sort de récession : l’activité croît de 1,4 % alors qu’elle avait continué à reculer en 2010 (– 5,2 %), contrairement à l’industrie et aux services. L’activité se redresse dans le bâtiment comme dans le génie civil : elle est soutenue par un rebond de l’investissement des ménages en construction (+ 2,7 %), qui s’inscrivait en fort recul depuis 2008. De même, l’investissement des entreprises en construction se redresse. En sens inverse, l’investissement public continue de reculer (– 1,4 % après – 8,6 % en 2010).

Entreprises : investissement dynamique, reconstitution des stocks et marges en baisse
La demande des entreprises soutient nettement l’activité en 2011 : l’investissement productif continue de se redresser et les entrepreneurs reconstituent leurs stocks.
1. L’investissement des entreprises non financières en services (hors construction) est principalement composée des services d’information-communication (poste JZ de la nomenclature) et des services liés aux activités scientifiques et techniques, aux services administratifs et de soutien (poste MN de la nomenclature). 2. La production des branches non marchandes est mesurée par ses coûts, de sorte que son excédent net d’exploitation soit nul. Ainsi, une baisse des consommations intermédiaires pèse sur la production mesurée.

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L’économie française, édition 2012

La reprise vigoureuse de l’investissement des entreprises se poursuit En général, les variations de l’investissement sont plus marquées que celles de l’activité, c’est le phénomène dit « d’accélérateur ». De fait, l’investissement des entreprises non financières se redresse très nettement depuis la fin de la récession (+ 5,1 % en 2011 après + 6,3 % en 2010 et – 13,7 % en 2009). Il reste toutefois inférieur en 2011 à son niveau d’avant-crise, même si le taux d’investissement atteint 18,7 % en 2011, un niveau proche de son pic de 2008. L’amélioration des perspectives de production jusqu’à l’été 2011 a incité les entreprises à augmenter leurs capacités productives, d’autant plus que le taux d’utilisation des capacités dans l’industrie s’est redressé en 2011. En outre, les conditions d’octroi de crédit sont restées en légère amélioration jusqu’à l’été 2011 (figure 5), et les taux d’intérêt dont elles s’acquittent sur leurs emprunts sont demeurés faibles en termes réels. L’investissement des entreprises non financières en produits manufacturés a ainsi vivement progressé en 2011, de 7,7 %, après + 14,8 % en 2010 et – 20,8 % en 2009, grâce à la hausse de l’investissement en biens d’équipement (+ 9,1 %) et en automobiles (+ 16,1 %). De même, l’investissement des entreprises non financières en services marchands progresse fortement en 2011 (+ 5,7 % après + 9,4 % en 2010). Enfin, l’investissement des entreprises en construction se redresse (+ 1,6 % après – 5,3 % en 2010), notamment dans le génie civil (+ 4,0 % après – 1,0 %) mais aussi dans le bâtiment (+ 0,9 % après – 6,3 %). Le dynamisme d’ensemble de l’investissement des entreprises en 2011 masque un ralentissement marqué en cours d’année. En effet, à partir de l’été, les perspectives de production se sont dégradées, et les conditions d’octroi de crédit se sont resserrées avec l’aggravation de la crise dans la zone euro. Ainsi, l’investissement en biens d’équipement 3 a fortement ralenti au cours de l’année et celui en « autres produits industriels » baisse depuis le deuxième trimestre (figure 4). En fin d’année 2011, l’investissement en biens manufacturés est surtout soutenu par l’anticipation de la disparition de certains dispositifs 4 fiscaux pour les achats automobiles en 2012.

4. Contributions des catégories de produits manufacturés à l’évolution de l’investissement des entreprises non financières en produits manufacturés
évolutions en % et contributions en points 6
Matériels de transports Autre produits industriels Ensemble des produits manufacturés

5 4 3 2 1 0 –1 –2 2010T1 2010T2 2010T3 2010T4

Biens d’équipement

2011T1

2011T2

2011T3

2011T4

Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

3. Poste C5 de la nomenclature. 4. Durcissement du bonus-malus au 1er janvier 2012 et hausse de la taxe sur les véhicules de société les plus polluants.

Vue d’ensemble - En 2011, la croissance française résiste aux chocs

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5. Conditions d’octroi de crédits aux entreprises
100 80 60 40 20 0 – 20 Assouplissement – 40
T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4 T1 T2 T3 T4

en soldes d’opinions
Critères d’octroi de crédits aux entreprises

Resserrement

2002

2003

2004

2005

2006

2007

2008

2009

2010

2011

Lecture : les conditions d’octroi de crédits aux entreprises par les banques se resserrent en moyenne pour des valeurs positives. A contrario, il y a assouplissement lorsque la courbe passe sous l’axe des abscisses. Source : Banque de France.

Le taux de marge des sociétés non financières baisse en 2011 La situation financière des sociétés non financières (SNF) se dégrade en 2011. La valeur ajoutée des SNF progresse de 2,8 % en valeur, après + 2,4 % en 2010, mais l’excédent brut 5 d’exploitation recule de 2,2 %, après + 6,0 % en 2010. Le taux de marge des SNF baisse ainsi à 28,6 %, après 30,1 % en 2010 et 29,1 % en 2009. C’est son plus bas niveau depuis le milieu des années 1980. La productivité progresse en 2011 légèrement plus vite que les salaires réels, ce qui soutient les marges des entreprises. En revanche, le taux moyen des cotisations sociales augmente, en raison notamment de l’annualisation du calcul des allégements de cotisations sociales. Enfin, si le prix de la production croît à peu près au même rythme que le prix de la consommation des ménages, le prix des consommations intermédiaires croît sensiblement plus vite, notamment à cause de la hausse du prix de l’énergie. De ce fait, le prix de la valeur ajoutée est peu dynamique, ce qui pèse sur les marges des SNF. 6. Taux de marge, taux d’autofinancement et taux d’endettement des sociétés non financières
en % 35 30
Taux d'endettement (échelle de droite) Taux de marge (échelle de gauche)

en % 155 135 115 95 75
Taux d’autofinancement (échelle de droite)

25 20 15 10 5 0 1980

55 35 15 1983 1986 1989 1992 1995 1998 2001 2004 2007 2010

Sources : Insee ; Banque de France.

5. L’excédent brut d’exploitation est égal à la valeur ajoutée, diminuée de la rémunération des salariés (y compris cotisations sociales), des autres impôts sur la production et augmentée des subventions d’exploitation.

24

L’économie française, édition 2012

Par ailleurs, le solde des revenus de la propriété des SNF se dégrade et, surtout, l’impôt sur les sociétés acquitté en 2011 s’inscrit en forte hausse. Au total, l’épargne des SNF baisse donc de 11,5 % en 2011 et le besoin de financement des SNF passe de 1,8 % de leur valeur ajoutée en 2010 à 6,5 % en 2011. Corrélativement, le taux d’endettement des SNF augmente et atteint 132,0 %, un niveau élevé au regard des années précédentes (figure 6). Les entreprises ont reconstitué leurs stocks début 2011 Au cours de la récession, les entreprises ont considérablement réduit leurs stocks. Ainsi, la contribution comptable des variations de stocks à la croissance du PIB a été de – 1,2 point en 2009. Le contrecoup de ce mouvement n’a pas été observé en 2010 (contribution de + 0,1 point), mais il se produit en 2011 : les entreprises ont nettement augmenté leurs stocks (contribution de + 0,8 point). L’activité des sociétés financières poursuit son ralentissement en 2011 En 2011, la valeur ajoutée des sociétés financières décélère pour la deuxième année consécutive : elle augmente de + 0,2 %, après + 9,2 % en 2010 et + 17,0 % en 2009. 6 La valeur ajoutée des banques se replie de 1,2 % en 2011, après deux années de forte croissance (+ 31,0 % en 2009, + 12,0 % en 2010). Dans le même temps, le Produit Net Bancaire (PNB) enregistre une légère hausse (+ 1,0 %, après – 7,2 % en 2010). Ces deux mesures de l’activité bancaire par la comptabilité nationale et la comptabilité privée ne recouvrent pas les mêmes éléments. Le PNB intègre notamment les gains et pertes de valeurs des actifs financiers qui, en comptabilité nationale, n’entrent pas dans le calcul de la production de services, mais apparaissent comme des effets de réévaluation du patrimoine financier. Le repli de la valeur ajoutée des banques est à relier à la baisse de la production (– 1,4 % après + 4,8 % en 2010). Celle-ci résulte en comptabilité nationale de deux facteurs : les commissions reçues au titre des services interbancaires et des services facturés à la clientèle, ainsi que les services d’intermédiation financière indirectement mesurés (Sifim, correspondant aux marges sur les dépôts et les crédits). Le recul de la production s’explique par la baisse des Sifim (– 4,5 % après + 19,8 % en 2010). Le léger durcissement de la politique de la Banque Centrale Européenne au cours de l’année 2011 entraîne un redressement des taux interbancaires après deux années de baisse (l’Eonia gagne 44 points de base après – 314 en 2009 et – 28 en 2010). Cette hausse des taux conduit à une diminution des marges d’intermédiation réalisées par les banques. La baisse de la production est néanmoins atténuée par les services facturés, qui repartent à la hausse (+ 0,7 % après – 3,7 % en 2010). La valeur ajoutée des sociétés d’assurance accélère en 2011 (+ 4,5 % après + 0,7 %) en raison principalement de la baisse des consommations intermédiaires (– 1,0 % après + 6,0 % en 2010) et notamment des imports de réassurance. Dans le même temps, la production des sociétés d’assurance ralentit en 2011 (+ 0,7 % après + 4,4 % en 2010). Après avoir connu une forte progression en 2010, l’activité des assureurs dommage retrouve un niveau de croissance plus modéré (+ 3,1 % après +11,2 %) ; celle des assureurs vie se replie (– 2,9 % après + 0,1 % en 2010), sous l’effet d’une concurrence accrue de placements plus liquides, tels que le livret A, et d’une hausse des demandes de rachats de contrats.

6. Établissements de crédits et entreprises d’investissement agréés.

Vue d’ensemble - En 2011, la croissance française résiste aux chocs

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Forte progression de l’emploi en 2011
Après avoir fortement reculé en 2009 et presque stagné en 2010, l’emploi progresse fortement en 2011, principalement en début d’année. L’emploi s’inscrit en nette hausse en 2011, même s’il recule au deuxième semestre de l’année L’évolution du nombre d’emplois depuis la sortie de récession présente un profil marqué : le redressement est apparu comme relativement précoce au regard des pertes de productivité accumulées pendant la crise, puis s’est retourné après l’été 2011. En 2011, en moyenne annuelle, 123 000 emplois ont été créés, contre – 20 000 en 2010 et – 365 000 en 2009 (figure 7). En particulier, l’emploi salarié des secteurs marchands non agricoles (SMNA), qui représente plus de 60 % de l’emploi total et qui explique la majeure partie de ses variations, augmente nettement en 2011 (+ 154 000 en moyenne annuelle), comblant une partie de sa baisse cumulée en 2009 (– 350 000) et 2010 (– 34 000). Le profil infra-annuel de l’emploi est très marqué : après des créations d’emplois nombreuses au premier semestre (+ 121 000), l’emploi marchand a reculé au second 8 semestre 2011 (– 54 000) . L’emploi salarié dans les services marchands a fortement augmenté en 2011, avec 185 000 créations nettes, après + 107 000 en 2010 et – 217 000 en 2009. Cette forte volatilité est en grande partie le fait de l’emploi intérimaire, qui s’est fortement replié au cours de la récession et s’est vivement redressé ensuite. Sa hausse s’est ensuite interrompue au second semestre 2011, contribuant largement à la rechute de l’emploi en fin d’année. Au total, 9 l’emploi intérimaire a augmenté de 97 000 postes en 2010 puis a baissé de 22 000 postes en 2011, avec une baisse marquée au second semestre. L’emploi tertiaire hors intérim, plus inerte, a mis plus de temps à se stabiliser après la crise. Il a fortement progressé en début d’année 2011 et s’est stabilisé au deuxième semestre. À rebours des services marchands, l’emploi a légèrement reculé dans les branches non marchandes, sous l’effet de l’application de la règle de non-remplacement d’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux pour l’État. 7. Évolution de l’emploi salarié
2,0 1,5 1,0 0,5 0,0 – 0,5
Industrie
7

évolutions en % et contributions en points

– 1,0

Construction Services principalement marchands

Services principalement non marchands Emploi salarié total

– 1,5

2001

2002

2003

2004

2005

2006

2007

2008

2009

2010

2011

Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

7. L’emploi calculé au sens de la comptabilité nationale diffère de l’emploi publié habituellement par l’Insee principalement par la période qu’il recouvre : il est calculé en moyenne trimestrielle (ou annuelle), alors que l’emploi publié habituellement est un emploi en fin de période (fin de trimestre ou fin d’année). 8. Les chiffres par semestre sont des données d’emploi en fin de période. 9. Les chiffres sur l’intérim sont des données d’emploi en fin de période.

26

L’économie française, édition 2012

En 2011, l’emploi salarié industriel recule (– 19 000), mais cette baisse est la plus faible enregistrée depuis 2001. L’emploi industriel a même légèrement progressé en début d’année 2011 avant de repartir à la baisse après l’été. L’emploi marchand avait surpris par sa relative bonne tenue pendant la crise, au regard de la dégradation de l’activité, et par son dynamisme, dès le début de l’année 2010, au moment de la reprise. Cette évolution plus forte qu’attendu au regard de celle de l’activité a duré jusqu’à mi-2011, puis s’est inversée : l’emploi s’est davantage tassé au second semestre que ne le laissait attendre l’évolution de l’activité (figure 8). Les entreprises ont pu privilégier fin 2011 les gains de productivité pour soutenir leurs marges, qui ont atteint un niveau relativement bas. 8. Évolution de la productivité, de la valeur ajoutée et de l’emploi dans les branches marchandes non agricoles
indice base 100 au premier trimestre 2007 101 100 99 98 – 0,5 97 – 1,0 96
Croissance de la VA (échelle de droite)

évolutions en %

1,5 1,0 0,5 0,0

– 1,5 – 2,0 – 2,5 T4

95 94 T1 T2 T3 2007 T4 T1 T2 T3 2008 T4 T1 T2 T3 2009

Croissance de l'emploi (échelle de droite) Productivité des branches en niveau (échelle de gauche)

T4

T1

T2 T3 2010

T4

T1

T2 T3 2011

Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

Le chômage a lentement reflué jusqu’à l’été 2011, puis a augmenté en fin d’année Après avoir fortement augmenté entre mi-2008 et fin 2009, le taux de chômage au sens du 10 BIT a amorcé un lent recul jusqu’au deuxième trimestre 2011. Après le pic de 10,0 % atteint au quatrième trimestre 2009, il a reflué jusqu’à 9,5 % au deuxième trimestre 2011, grâce à la croissance de l’emploi. Avec le retournement du marché du travail depuis la mi-2011, le taux de chômage a recommencé à augmenter. Cette trajectoire du chômage est proche de l’évolution moyenne dans la zone euro (figure 9). Cependant, la moyenne sur la zone euro masque de fortes disparités entre pays, notamment entre l’Espagne où le chômage a continué de progresser à un rythme soutenu pour atteindre des niveaux très élevés, et l’Allemagne où il est resté contenu pendant la récession puis a reculé nettement depuis.

10. Chiffres couvrant la France y compris DOM.

Vue d’ensemble - En 2011, la croissance française résiste aux chocs

27

9. Taux de chômage dans quelques pays de l’Union européenne et aux États-Unis
en % 25
France Zone euro (12 pays) Allemagne États-Unis Espagne

20

15

10

5

0 janv-00

janv-01

janv-02

janv-03

janv-04

janv-05

janv-06

janv-07

janv-08

janv-09

janv-10

janv-11

Source : Eurostat.

Le salaire par tête progresse au même rythme qu’en 2010, mais ralentit nettement en termes réels En 2011, le salaire moyen par tête (SMPT) des branches marchandes non agricoles (SMNA) progresse de 2,4 %, au même rythme qu’en 2010. Les salaires nominaux progressent dans le sillage de l’inflation. En particulier, le salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic) a bénéficié en 2011 d’une revalorisation er automatique plus importante qu’en 2010, de + 1,6 % au 1 janvier 2011 puis de + 2,1 % au er 1 décembre 2011. Par ailleurs, la durée effective du travail des salariés se stabilise après avoir baissé en 2009 et en 2010. Dans les administrations publiques, le SMPT continue de ralentir (+ 1,8 % après + 2,0 % en 2010), en lien avec les efforts pour contenir les dépenses publiques. Ainsi, le point d’indice er de la fonction publique a été gelé en 2011 (après + 0,5 % au 1 juillet 2010). Au total sur l’ensemble de l’économie, le SMPT progresse de + 2,4 %, au même rythme qu’en 2010. Cette évolution en euros courants, proche de celle de l’an passé, masque cependant un net ralentissement des salaires réels, car l’inflation a augmenté en 2011. Ainsi, la progression du SMPT en termes réels n’est que de + 0,3 % en 2011, après + 1,3 % en 2010. La situation toujours dégradée du marché du travail a pesé sur les salaires réels en limitant le pouvoir de négociation des salariés.

Le pouvoir d’achat et la consommation des ménages ralentissent
En 2011, le pouvoir d’achat des ménages ralentit. La consommation des ménages s’en ressent et ralentit encore plus fortement.

En valeur, le revenu disponible des ménages accélère... En 2011, le revenu disponible brut (RDB) des ménages accélère (+ 2,6 % après + 2,0 % en 2010). Les impôts progressent en 2011 plus vite qu’en 2010, mais les différentes sources de revenu sont également plus dynamiques que l’an passé. 28 L’économie française, édition 2012

En premier lieu, les revenus d’activité accélèrent : la masse salariale brute reçue par les ménages progresse plus rapidement qu’en 2010 (+ 2,9 % après + 2,3 % en 2010), du fait de salaires aussi dynamiques qu’en 2010 et du redressement de l’emploi. L’excédent brut d’exploitation des entrepreneurs individuels est également plus dynamique en 2011 qu’en 2010. Soutenus notamment par la hausse des taux d’intérêt à court terme, les revenus du patrimoine se sont nettement redressés en 2011 (+ 3,5 %), après avoir légèrement baissé en 2010 (– 0,6 %). Enfin, les prestations sociales reçues en espèces progressent au même rythme qu’en 2010 (+ 3,2 %). Les prestations de sécurité sociale ont quelque peu ralenti parce que les allocations chômage ont reculé en 2011, grâce à l’amélioration du marché du travail au premier semestre. Les prestations d’assistance sociale se redressent en 2011, après une année 2010 marquée par la non-reconduction des mesures prises dans le cadre du plan de relance en 2009. De leur côté, les impôts sont plus dynamiques en 2011 qu’en 2010 (+ 6,6 % après + 2,8 %). En particulier, la croissance des recettes de l’impôt sur le revenu a été vive, en raison de l’augmentation des revenus en 2010 et des hausses d’impôts votées pour 2011. La taxation des revenus financiers a également augmenté, avec la taxation au fil de l’eau des revenus de l’assurance-vie. En revanche, les autres impôts courants ont ralenti en 2011, en lien notamment avec la baisse de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). ...mais l’inflation augmente En moyenne annuelle, l’indice des prix à la consommation augmente de 2,1 % en 2011, après + 1,5 % en 2010 (figure 10). Cette accélération des prix à la consommation résulte pour une large partie de la forte augmentation du prix des matières premières énergétiques et alimentaires à partir de l’été 2010. Ainsi, les prix à la consommation de l’énergie, déjà en forte hausse en 2010 (+ 10,0 %) progressent encore plus vivement en 2011 (+ 12,3 %), sous l’effet de la hausse des prix mondiaux fin 2010 et début 2011 : le prix du baril de Brent a progressé de 59,5 euros en octobre 2010 à 85,6 euros en avril 2011, avant de se tasser légèrement ensuite. De même, la diffusion des hausses de prix des matières premières alimentaires survenues à partir de l’été 2010 a soutenu, tout au long de l’année, les prix à la consommation de produits alimentaires, qui progressent globalement de 1,9 % en 2011, après + 0,8 % en 2010. L’inflation sous-jacente, en revanche, reste stable à + 1,1 % : le faible niveau des taux d’utilisation des capacités de production et le niveau toujours élevé du chômage modèrent les 10. Indice des prix à la consommation et inflation sous-jacente
glissement annuel en % 4
Indice d'ensemble

3
Inflation sous-jacente

2 1 0 –1 –2

Contribution de l’alimentation Contribution de l’énergie

T1

T2

T3 2007

T4

T1

T2

T3 2008

T4

T1

T2 T3 2009

T4

T1

T2 T3 2010

T4

T1

T2

T3 2011

T4

Source : Insee.

Vue d’ensemble - En 2011, la croissance française résiste aux chocs

29

pressions inflationnistes. Les prix des produits manufacturés sont stables en 2011 (+ 0,1 %) et, dans les services, les prix progressent de + 1,7 % en moyenne annuelle, légèrement plus vite qu’en 2010 (+ 1,4 %). ...au total, le pouvoir d’achat freine... Au total, malgré la bonne tenue des revenus, le pouvoir d’achat ralentit en 2011 du fait de l’accélération des prix : il progresse de + 0,5 % après + 0,9 % en 2010 (figure 11). Par unité de consommation, c’est-à-dire une fois ramené à un niveau individuel moyen, le pouvoir d’achat baisse de 0,1 %, après + 0,3 % en 2010. 11. Contributions à l’évolution du pouvoir d’achat du revenu disponible des ménages
variation annuelle en %, contributions en points 4 3 2 1 0 –1 –2
Revenu nets d’activité Impôts courants Prix Pouvoir d’achat du revenu disponible brut

11

–3 –4

Revenus du patrimoine Prestations sociales reçues en espèces

2005

2006

2007

2008

2009

2010

2011

Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

Encadré 2

Du pouvoir d’achat du revenu disponible au pouvoir d’achat du revenu « arbitrable » par unité de consommation Sébastien Durier, Fabien Guidetti*
Le terme de pouvoir d’achat est largement utilisé, mais peut recouvrir des acceptions très différentes : le cadre global et cohérent de la comptabilité nationale a le mérite d’en fournir une définition précise, sur des bases harmonisées au plan international. Il retient le pouvoir d’achat du revenu disponible brut de l’ensemble des ménages (ou revenu réel disponible). Le revenu disponible brut s’entend comme la part du revenu qui reste à la disposition des ménages pour la consommation et l’épargne, une fois déduits les prélèvements sociaux et fiscaux1. L’évolution du pouvoir d’achat du revenu disponible brut rapporte l’évolution du revenu disponible brut à celle du prix de la dépense de consommation des ménages.
* Sébastien Durier, Fabien Guidetti, Insee. 1. Le revenu disponible brut comprend les revenus d’activités (salaires et traitements bruts des ménages, augmentés des bénéfices des entrepreneurs individuels), les revenus du patrimoine hors plus-values latentes ou réalisées (dividendes, intérêts et loyers), les transferts (notamment les indemnités d’assurance nettes des primes) et les prestations sociales (pensions de retraite, indemnités de chômage, allocations familiales, minima sociaux, etc.). Le revenu disponible brut est diminué des impôts et cotisations sociales versés. Les quatre principaux impôts directs pris en compte sont : l’impôt sur le revenu, la taxe d’habitation, la contribution sociale généralisée (CSG) et la contribution à la réduction de la dette sociale (CRDS). En revanche, les droits de succession ne figurent pas dans ce décompte. 11. Le prix des produits manufacturés au sens de l’Indice des prix à la consommation commenté ici n’inclut pas les produits agro-alimentaires et les produits issus de la cokéfaction et du raffinage, contrairement au prix du poste « produits manufacturés » au sens des Comptes nationaux, qui les inclut. Leurs dynamiques diffèrent donc sensiblement.

30

L’économie française, édition 2012

Encadré 2 (suite) Toutefois, cette mesure macroéconomique peut différer de la perception que peuvent avoir les ménages de l’évolution de leur niveau de vie. Ceux-ci peuvent notamment appréhender leur pouvoir d’achat sur un champ plus étroit, en considérant qu’ils ont en réalité peu de prise face à certaines de leurs dépenses de consommation, qui de toute façon doivent être payées : ils se focalisent alors sur les marges de manœuvre disponibles pour effectuer librement des choix de consommation et d’épargne. Pour mieux appréhender cette perception du pouvoir d’achat, on peut examiner l’évolution du revenu réel « arbitrable », c’est-à-dire celle du revenu disponible une fois déduit un ensemble de dépenses de consommation dites « pré-engagées ». Un poids croissant des dépenses « pré-engagées » dans le budget des ménages Les dépenses « pré-engagées » sont celles réalisées dans le cadre d’un contrat difficilement renégociable à court terme. Cette approche complémentaire, présentée en particulier dans l’édition 2007 de L’économie française2 sous l’appellation de dépenses « contraintes », a été reprise, affinée et préconisée par la commission « Mesure du pouvoir d’achat des ménages », dans son rapport, remis le 6 février 2008 au ministre de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi. Ces dépenses sont définies comme suit : - les dépenses liées au logement (y compris les loyers imputés3), ainsi que celles relatives à l’eau, au gaz, à l’électricité et aux autres combustibles utilisés dans les habitations ; - les services de télécommunications ; - les frais de cantines ; - les services de télévision (redevance télévisuelle, abonnements à des chaînes payantes) ; - les assurances (hors assurance-vie) ; - les services financiers (y compris les services d’intermédiation financière indirectement mesurés4). La part des dépenses « pré-engagées » représente une fraction croissante du budget des ménages : elle est passée de 12,6 % de leur revenu disponible en 1959, à 27,4 % en 2011, soit une hausse de 15 points sur une cinquantaine d’années (figure 1). Les dépenses liées au logement expliquent les trois quarts de cette hausse : leur part grimpe de 9,1 % en 1959, à 21,2 % en 2011. La part des assurances et des services financiers (y compris Sifim) dans le revenu des ménages est plus réduite. Elle a d’abord augmenté, passant de 2,3 % en 1959 à 6,6 % en 1989, avant de revenir à 2,8 % en 2011 en raison de la montée de la concurrence entre établissements bancaires et de la baisse des taux d’intérêt, qui s’est accompagnée d’un resserrement des marges bancaires sur les dépôts et crédits. Pour leur part, les dépenses de télévision et de télécommunications sont passées de 0,4 % en 1959 à 1,7 % en 1998, puis ont nettement progressé au cours de la première moitié des années 2000, pour s’établir à 2,4 % en 2011.

1. Part des dépenses de consommation « pré-engagées » dans le revenu disponible brut
30 en %
Dépenses de consommation pré-engagées 27,4

Dépenses liées au logement (y compris loyers imputés)

21,2

20

12,6

10
9,1 2,3 0,4 Assurances (hors assurance-vie) + services financiers 2,8 2,4

Télévision et télécommunications

0 1959 1962 1965 1968 1971 1974 1977 1980 1983 1986 1989 1992 1995 1998 2001 2004 2007 2010
Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

2. « La mesure du pouvoir d’achat et sa perception par les ménages », in L’économie française, Insee Références, édition 2007. 3. La comptabilité nationale considère que les ménages propriétaires occupant leur logement se versent un loyer, dit « imputé », évalué en référence aux prix pratiqués sur le marché. Ce loyer vient rehausser à la fois le niveau de leur revenu disponible et celui de leurs dépenses de consommation. 4. Les Sifim correspondent à la marge réalisée par les banques sur les rémunérations des dépôts et des crédits.

Vue d’ensemble - En 2011, la croissance française résiste aux chocs

31

Encadré 2 (suite) L’alourdissement des dépenses « pré- engagées », notamment à partir de 2003, a pu entretenir chez les ménages le sentiment d’un certain appauvrissement, confortant la perception d’un décalage avec la mesure effective du pouvoir d’achat. Toutefois, il faut garder à l’esprit que, sur le long terme, cette montée en puissance a accompagné la diminution du poids des biens de première nécessité (alimentaire et habillement) dans leur budget, compte tenu de l’élévation générale du niveau de vie. Pouvoir d’achat du revenu disponible et du revenu « arbitrable » par unité de consommation se stabilisent en 2011 De la même manière qu’on calcule un pouvoir d’achat des ménages à partir de leur revenu disponible, on peut définir un pouvoir d’achat du revenu « arbitrable ». Ce dernier rapporte l’évolution du revenu disponible après paiement des dépenses « pré-engagées » à celle du prix de la dépense de consommation non « pré-engagée ». Revenu disponible et revenu « arbitrable » sont des grandeurs macro-économiques. Pour les rapprocher d’une notion plus individuelle du pouvoir d’achat, il faut rapporter leur progression à la croissance démographique : compte tenu de la croissance de la population, la croissance du pouvoir d’achat par tête est amortie. La croissance du pouvoir d’achat par ménage l’est plus encore, parce que la progression du nombre de ménages est plus rapide que celle de la population (en raison du vieillissement de la population et de la tendance à la décohabitation). En définitive, la meilleure mesure de la progression moyenne du pouvoir d’achat d’un point de vue individuel consiste à calculer la croissance du pouvoir d’achat par unité de consommation, pour tenir compte de l’évolution non seulement du nombre mais aussi de la composition des ménages5. Sur longue période, les évolutions conjoncturelles du pouvoir d’achat du revenu disponible et du pouvoir d’achat du revenu « arbitrable » par unité de consommation sont très proches. Néanmoins, depuis 1974, les gains de pouvoir d’achat « arbitrable » par unité de consommation sont légèrement inférieurs en raison du poids croissant des dépenses « pré-engagées » dans le budget des ménages : ils progressent de + 1,0 % l’an en moyenne, contre + 1,2 % pour les gains de revenu réel disponible (figure 2). Ce n’est pourtant pas le cas en 2011 : le pouvoir d’achat par unité de consommation du revenu disponible baisse très légèrement (– 0,1 %) tandis que celui du revenu « arbitrable » progresse (+ 0,3 %). En effet, en 2011, les dépenses de consommation « pré-engagées » sont moins dynamiques que le revenu disponible brut des ménages (+ 1,6 % contre + 2,6 %), notamment du fait d’un ralentissement des loyers.

2. Pouvoir d’achat du revenu disponible et du revenu « arbitrable » par unité de consommation
12 en %
Pouvoir d’achat du revenu disponible brut Pouvoir d'achat du revenu « arbitrable » par unité de consommation

8

Pouvoir d’achat du revenu disponible brut par unité de consommation

4

0

–4 1960

1964

1968

1972

1976

1980

1984

1988

1992

1996

2000

2004

2008

Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

5. Les besoins d’un ménage ne s’accroissent pas en stricte proportion de sa taille. La taille de chaque ménage en nombre d’unités de consommation est calculée de la façon suivante : le premier adulte compte pour 1 unité de consommation (UC), chaque personne supplémentaire de 14 ans ou plus compte pour 0,5 UC et chaque enfant de moins de 14 ans compte pour 0,3 UC. L’évolution du pouvoir d’achat par unité de consommation permet ainsi de prendre en considération l’évolution de la structure des ménages.

32

L’économie française, édition 2012

...et la consommation des ménages cale Les dépenses de consommation des ménages marquent le pas en 2011 : elles progressent seulement de 0,3 %, après + 1,4 % en 2010. D’une part, le ralentissement du pouvoir d’achat freine les dépenses de consommation, d’autre part, les ménages ont légèrement augmenté leur taux d’épargne en cours d’année 2011, alors qu’ils l’avaient réduit en 2010 (figure 12); ce dernier passe ainsi de 15,9 % en 2010 à 16,1 % en 2011 ; son niveau élevé peut s’interpréter comme un comportement de précaution : face à la situation dégradée du marché du travail et aux incertitudes macroéconomiques globales, les ménages consacrent une part importante de leur revenu à l’épargne. Tous les postes de consommation n’ont pas été affectés de façon identique par ce ralentissement de la consommation des ménages. Ainsi, les dépenses d’énergie ont fortement baissé en 2011 (– 5,9 % après + 1,7 % en 12 2010 ), notamment parce que les températures ont été plus élevées en moyenne en 2011 qu’en 2010, d’environ 1,8°C. La consommation des autres catégories de biens ralentit légèrement : la consommation de biens d’équipement reste dynamique (+ 6,8 % après + 7,2 %), tirée par les achats de produits informatiques, électroniques et optiques. Celle d’automobiles stagne (+ 0,2 % après – 1,5 % en 2010) ; au cours de l’année, elle enregistre de fortes variations d’un trimestre à l’autre : elle est fortement pénalisée par la fin du dispositif de prime à la casse en début d’année, mais soutenue par des achats anticipés en fin d’année avant la modification du dispositif de bonus-malus écologique. La consom13 mation alimentaire continue d’augmenter à un rythme modéré (+ 1,0 % après + 0,9 % en 2010). A contrario, la consommation de textiles-cuir-habillement et chaussures recule (– 1,4 %). Au total, la consommation de biens manufacturés croît modérément, de 1,0 % après + 1,2 % en 2010. La consommation de services marchands ralentit (+ 0,7 % après + 1,1 % en 2010). En particulier, la consommation de services d’information-communication baisse, de même que 14 celle de services financiers. La consommation d’autres services aux ménages , qui contient notamment les activités récréatives et artistiques, marque le pas. Au contraire, les dépenses en hébergement-restauration et en services immobiliers augmentent modérément, tandis que celles en services de transports augmentent nettement. 12. Évolution du taux d’épargne, de la consommation et du pouvoir d’achat des ménages
8 7 6 5 4 3 2 1 0 –1 –2 1981
Source : Insee.

variations annuelles en %

en % Taux d’épargne (échelle de droite)

20 18 16 14 12 10 8 6 4 2 0

Consommation des ménages (échelle de gauche) Pouvoir d’achat (échelle de gauche)

1986

1991

1996

2001

2006

2011

12. Postes DE (Énergie, eau, déchets) et C2 (cokéfaction et raffinage) de la nomenclature. 13. Postes AZ (Produits agricoles) et C1 (Produits agro-alimentaires) de la nomenclature. 14. Poste RU de la nomenclature.

Vue d’ensemble - En 2011, la croissance française résiste aux chocs

33

À rebours des dépenses de consommation, l’investissement des ménages, qui représente environ la moitié de leur épargne, augmente de 3,1 %, après trois années de baisse (– 0,4 % en 2010 et – 12,2 % en 2009). Ces dépenses sont constituées majoritairement par les achats de logements neufs. En raison des délais de construction, l’investissement est retardé par rapport aux mises en chantier de logements. Ces dernières avaient commencé à se redresser dès la fin de l’année 2010, et se situent fin 2011 à un niveau proche de ceux observés avant la crise.

Forte croissance des échanges extérieurs
Le commerce mondial progresse rapidement, même s’il ralentit en 2011 après le rebond de 2010 Après une chute historique fin 2008 et début 2009, le commerce mondial a fortement rebondi en 2010. En 2011, les échanges mondiaux de biens progressent de 5,6 % en moyenne annuelle, en ralentissement par rapport à 2010 (+ 14,9 %, figure 13). Ils ont été globalement soutenus par la bonne tenue de l’activité aux États-Unis et par le dynamisme des pays émergents, même si ceux-ci ont ralenti en cours d’année. Les conséquences du séisme au Japon ont toutefois temporairement désorganisé les chaînes d’approvisionnement mondiales en milieu d’année et freiné en conséquence les échanges commerciaux. Enfin, la demande des pays européens frappés par la crise a été peu porteuse. Si, en moyenne annuelle, la demande de l’Allemagne, notre premier partenaire commercial, est dynamique, de même que celle de la Belgique, en revanche, les demandes espagnole, italienne et britannique marquent le pas. Les exportations progressent en ligne avec le commerce mondial Les exportations progressent de + 5,3 %, après + 9,6 % en 2011, en ligne avec le commerce mondial. Les exportations de services sont particulièrement dynamiques (+ 9,0 % après + 6,3 % en 2010). Pour la plupart des biens, les exportations augmentent. En premier lieu, les exportations de biens manufacturés, qui représentent presque les trois quarts des ventes totales, progressent de 4,2 % après 11,4 % en 2010. En particulier, les exportations de biens d’équipement, de produits agro-alimentaires et « d’autres produits industriels » sont dynamiques. Les hausses des exportations de textile-cuir, de produits chimiques et métallurgiques contribuent fortement à la hausse des exportations d’« autres produits industriels ». Les exportations de matériels de transports stagnent (+ 0,6 %), la hausse des ventes automobiles étant contrebalancée par la baisse des ventes d’autres matériels de transport. Les importations restent dynamiques En 2011, les importations augmentent de 4,9 %, après 8,9 % en 2010 : elles sont tirées par la demande intérieure finale hors stocks (+ 0,9 % après + 1,5 %), par la reconstitution des stocks et par le dynamisme des exportations, via le contenu en importations des exportations. Les importations de toutes les catégories de biens manufacturés sont dynamiques. Les achats énergétiques progressent également, de même que ceux de services. Au total, les volumes d’exportations et d’importations progressent sur des rythmes proches en 2011, si bien que la contribution comptable du solde des échanges extérieurs à la croissance du PIB est nulle en 2011, comme en 2010.

34

L’économie française, édition 2012

13. Évolution des exportations françaises et du commerce mondial de biens
en % 15
Commerce mondial de biens

10 5 0 –5 – 10 – 15 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011
Sources : Insee ; Centraal Planbureau.
Exportations françaises de biens

Le déficit extérieur se creuse à cause de la dégradation des termes de l’échange Si, en volume, les exportations croissent légèrement plus vite que les importations, en valeur, ce sont les importations qui progressent plus vite. En effet, les prix d’importation ont progressé à un rythme plus soutenu (+ 5,4 %) que les prix à l’exportation (+ 3,2 %), à cause du renchérissement de l’énergie importée ; ainsi, le prix des importations d’énergie, eau, déchets, qui contient le pétrole et le gaz brut a augmenté de 28,8 % en 2011, après + 20,0 % en 2010. De même, le prix des produits de la cokéfaction et du raffinage a fortement augmenté. 15 Au total, le déficit commercial se creuse (figure 14), atteignant 56 milliards d’euros en 2011, soit 2,8 % du PIB, après 42 milliards d’euros en 2010, soit 2,2 % du PIB. Le déficit des 16 échanges d’énergie, eau, déchets se creuse de 11 milliards d’euros supplémentaires en 2011 : il explique une grande part de cette dégradation du déficit commercial. 14. Évolution du solde du commerce extérieur
30 28 26 24 22 20 18 16 14 12 10 1949 1957 1965 1973 1981 1989 1997 2005 en % du PIB
Solde du commerce extérieur (échelle de droite) Capacité / besoin de financement de la Nation (échelle de droite) Importations en valeur (échelle de gauche) Exportations en valeur (échelle de gauche)

en % du PIB

15 13 11 9 7 5 3 1 –1 –3

–5 2011

Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

De ce fait, le déficit courant augmente. Le besoin de financement de la Nation s’élève désormais à 2,6 % du PIB, contre 1,9 % du PIB en 2010.
15. mesuré FAB-FAB. 16. mesuré CAF-FAB.

Vue d’ensemble - En 2011, la croissance française résiste aux chocs

35

Les finances publiques poursuivent leur amélioration
Le déficit public au sens de Maastricht atteint 5,2 % du PIB En 2011, le déficit public au sens de Maastricht s’élève à 5,2 % du PIB, après 7,1 % en 2010 (figure 15) : sa réduction est imputable pour deux tiers aux administrations publiques centrales et pour un tiers aux administrations de sécurité sociale. Les recettes publiques augmentent presque deux fois plus vite qu’en 2010 (+ 5,9 % après + 3,3 % en 2010), sous l’effet à la fois de la reprise économique et de nouvelles mesures fiscales et sociales. Quant aux dépenses publiques, leur augmentation est un peu plus faible qu’en 2010 (+ 2,1 % après + 2,3 % en 2010). 15. Capacité / besoin de financement des administrations publiques
en % du PIB 60 en % du PIB 8 6 50 4 2 40 0 –2 30
Capacité / besoin de financement (échelle de droite) Recettes (échelle de gauche) Dépenses (échelle de gauche)

–4 –6 –8 2011

20 1970

1973

1976

1979

1982

1985

1988

1991

1994

1997

2000

2003

2006

2009

Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

Le taux de prélèvements obligatoires augmente de 1,4 point En 2011, le taux de prélèvements obligatoires s’établit à 43,9 % du PIB, en hausse de 1,4 point par rapport à 2010. Cette remontée est due pour l’essentiel à la mise en œuvre de nouvelles mesures fiscales et sociales ou à l’arrêt d’anciennes mesures (+ 1,1 point). En l’absence de nouvelles mesures fiscales et sociales, les prélèvements obligatoires auraient crû de 3,6 %, soit un rythme légèrement supérieur à l’évolution du PIB en valeur. La non-reconduction des allègements fiscaux accordés dans le cadre du plan de relance et le passage en régime permanent de la réforme de la taxe professionnelle représentent environ 6 milliards d’euros de recettes supplémentaires. De même, les mesures votées dans les lois de finances pour 2011 contribuent à accroître des recettes : il s’agit principalement de la TVA sur les abonnements triple play (+ 1,1 milliard d’euros de recettes), de l’annualisation des allègements généraux de cotisations sociales (+ 1,8 milliard d’euros), de la taxation au fil de l’eau des contrats d’assurance-vie (+ 1,6 milliard d’euros) et de la taxation de la réserve de capitalisation des sociétés d’assurance (exit tax, + 1,7 milliard d’euros).

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L’économie française, édition 2012

Encadré 3

Les principales mesures fiscales et sociales et leur impact sur l’évolution des prélèvements obligatoires en 2011 Fabien Conguet, Claire Jolly, Benoît Labrière*

En 2011, les mesures fiscales et sociales contribuent à accroître le niveau des prélèvements obligatoires de l’ensemble des administrations publiques de 21,7 milliards d’euros. Cette forte hausse est principalement imputable aux mesures inscrites dans les lois de finances successives pour 2011 (+ 13,8 milliards d’euros), au contrecoup de la réforme de la taxe professionnelle (+ 3,0 milliards d’euros) et du plan de relance (+ 3,0 milliards d’euros). Ménages : le niveau des prélèvements obligatoires s’accroît de 5,2 milliards d’euros En 2011, plusieurs mesures alourdissent la charge fiscale portant sur les ménages : la taxation au fil de l’eau des contrats d’assurance-vie (+ 1,6 milliard d’euros), la suppression du taux réduit de TVA sur les offres composites « triple-play » (+ 1,1 milliard d’euros), la suppression du crédit d’impôt sur les dividendes (+ 0,6 milliard d’euros), la hausse des taux d’imposition des impôts directs locaux payés par les ménages (+ 0,5 milliard d’euros), la réforme du crédit d’impôt développement durable (CIDD) (+ 0,5 milliard d’euros), ou encore la contribution supplémentaire de 1 % sur les hauts revenus et les revenus du capital (+ 0,4 milliard d’euros). En outre, l’alignement progressif du taux de cotisation retraite des fonctionnaires sur celui des salariés du privé rapporte 0,3 milliard d’euros. En revanche, certaines mesures sont venues alléger la charge fiscale pesant sur les ménages : le crédit d’impôt sur les intérêts d’emprunt (– 0,4 milliard d’euros) mis en œuvre par la loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat (TEPA) continue ainsi de profiter aux ménages. De même, les ménages bénéficient de la réforme du crédit d’impôt première accession à la propriété (PTZ, – 0,2 milliard d’euros). Entreprises : les prélèvements obligatoires connaissent une augmentation de 16,5 milliards d’euros dont 6,0 imputables au contrecoup de la réforme de la taxe professionnelle et du plan de relance L’année 2011 est marquée pour les entreprises par les contrecoups de la réforme de la taxe professionnelle (+ 3,0 milliards d’euros) et du plan de relance (+ 3,0 milliards d’euros), ainsi que par la mise en place de nouvelles taxes et de mesures adaptant, limitant ou supprimant des dispositifs existants (+ 10,4 milliards d’euros). Les mesures nouvelles ayant l’impact budgétaire le plus significatif sont l’annualisation des allégements généraux de charges sociales (+ 1,8 milliard d’euros), la taxation de la réserve de capitalisation des sociétés d’assurance (+ 1,7 milliard d’euros), la hausse des tarifs de la contribution au service
en milliards d’euros 21,7 21,7 5,2 1,1 1,1 0,5 2,4 16,5 3 3 2 8,4

Mesures relatives aux impôts et cotisations sociales Dont ménages Mesures sur l’impôt sur le revenu Mesures sur la TVA Hausse de la fiscalité locale Autres (taxation au fil de l’eau des contrats d’assurance-vie, prélèvements sociaux…) Dont entreprises Réforme de la taxe professionnelle Plan de relance Mesures des lois de finances pour 2011 portant sur l’impôt sur les sociétés Autres
Source : Direction générale du Trésor.

* Fabien Conguet, Claire Jolly, Benoît Labrière, Direction générale du Trésor.

Vue d’ensemble - En 2011, la croissance française résiste aux chocs

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public de l’électricité (CSPE, + 1,4 milliard d’euros) et l’application de la taxe sur les contrats d’assurance aux contrats solidaires et responsables (+ 1,1 milliard d’euros). Par ailleurs, plusieurs mesures votées en 2011 concernent spécifiquement l’impôt sur les sociétés, notamment la limitation de la possibilité pour les entreprises bénéficiaires de reporter leurs déficits (+ 0,9 milliard d’euros) et la suppression du bénéfice mondial consolidé (BMC, + 0,6 milliard d’euros). En outre, la création en 2011 de la taxe systémique sur les banques engendre une rentrée fiscale de 0,5 milliard d’euros. Enfin, la hausse des taux des impôts directs locaux joue à hauteur de + 0,2 milliard d’euros sur les prélèvements obligatoires des entreprises. À l'inverse, le remboursement immédiat des créances de crédit d'impôt recherche aux PME (0,6 milliard d'euros) a contribué à abaisser la fiscalité pesant sur les entreprises.

Les déficits des administrations publiques centrales et locales continuent de se réduire En 2011, le besoin de financement des administrations publiques centrales, État et organismes divers d’administration centrale (Odac), s’élève à 90,2 milliards d’euros, après 112,7 milliards d’euro sen 2010. Les recettes diminuent de 1,2 %, mais les dépenses accusent une baisse plus prononcée, de 5,7 %. Ces évolutions sont liées en grande partie à la réforme de la taxe professionnelle : les nouvelles recettes affectées transitoirement à l’État en 2010 sont désormais perçues par les administrations publiques locales ; en contrepartie, l’État diminue ses transferts aux collectivités locales. Du côté des recettes, les impôts, en diminution de 0,7 %, sont les plus affectés par ce transfert. La baisse reste toutefois modérée, atténuée par la forte progression de l’impôt sur les sociétés (+ 8,7 milliards d’euros, soit + 26,1 %) et de l’impôt sur le revenu (+ 3,6 milliards d’euros, soit + 7,7 %). Côté dépenses, les consommations intermédiaires sont en forte baisse (– 10,8 %) du fait des faibles livraisons de matériel militaire ; hors cet effet, elles seraient quasiment stables (– 0,5 %). Les rémunérations de salariés augmentent peu (1,2 %), sous l’effet du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux pour l’État et du gel du point de la fonction publique. Les intérêts versés s’accroissent de 9,3 %, en raison de l’augmentation de la dette et de la hausse de l’inflation. Cette dernière joue en effet sur la rémunération des obligations publiques indexées. L’investissement est en baisse (– 8,5 % après – 9,8 % en 2010). En 2011, le besoin de financement des administrations publiques locales se réduit légèrement (– 0,9 milliard d’euros après – 1,4 milliard d’euros en 2010). Cette amélioration résulte des recettes toujours un peu plus dynamiques (+ 2,5 % après + 1,8 % en 2010) que les dépenses malgré le rebond de ces dernières (+ 2,3 % après – 0,3 % en 2010). La nette croissance des droits de mutation à titre onéreux (+ 1,4 milliard d’euros), du fait du maintien du dynamisme du marché immobilier, explique l’essentiel de la hausse des recettes des collectivités locales. Les taux des impôts directs locaux (taxe d’habitation, taxes foncières et cotisation foncière des entreprises) ont par contre progressé à un rythme modéré. Côté dépenses, l’investissement repart à la hausse (+ 2,3 % après – 6,7 % en 2010), mais les dépenses de fonctionnement ralentissent : la masse salariale augmente moins vite (+ 2,4 % après + 2,9 % en 2010), en raison principalement du gel du point de la fonction publique et de la fin des transferts de personnel. Les comptes sociaux s’améliorent, mais restent déficitaires Le besoin de financement des administrations de sécurité sociale se réduit significativement en 2011, s’établissant à 12,5 milliards d’euros après 23,3 milliards d’euros en 2010. En effet, les recettes croissent de 5,5 %, après + 2,0 % en 2010. Cette accélération est en partie due aux cotisations sociales qui progressent de 4,2 % après + 2,1 % en 2010. Les dépenses ralentissent un peu (+ 3,2 % après + 3,6 % en 2010) : ceci tient notamment au repli des 38 L’économie française, édition 2012

prestations d’assurance chômage (– 0,3 % après une hausse de 7,6 % en 2010), lié à la situation du marché du travail. Par ailleurs, l’objectif de dépenses d’assurance maladie, construit sur la base d’une évolution des dépenses de 2,9 %, est respecté en 2011 pour la deuxième année consécutive. La dette publique augmente de 3,7 points à 86,0 % du PIB Fin 2011, la dette publique au sens de Maastricht s’élève à 1 717,3 milliards d’euros après 1 595,2 milliards d’euros un an plus tôt : elle représente 86,0 % du PIB, après 82,3 % fin 2010 (figure 16). La part de l’État dans la dette publique s’établit à 1 335,2 milliards d’euros, en hausse de 90,2 milliards d’euros. Son augmentation dépasse légèrement son besoin de financement (87,5 milliards d’euros) : le surplus résulte d’une augmentation de sa trésorerie (+ 5,9 milliards d’euros par rapport à fin 2010) ainsi que de prêts accordés aux pays de la zone euro (+ 10,1 milliards d’euros). À l’inverse, l’État perçoit le remboursement d’une partie des prêts accordés au secteur automobile (4,0 milliards d’euros). De plus, deux éléments jouent sur la contribution à la dette de l’État via la consolidation : d’une part, les dépôts des autres administrations publiques au Trésor, qui constituent un passif de l’État, augmentent de 5,7 milliards d’euros ; d’autre part, les organismes de sécurité sociale ont acquis pour 5,1 milliards d’euros de titres de créance à long terme émis par l’État. La contribution à la dette des administrations de sécurité sociale augmente de 30,4 milliards d’euros pour s’établir à 205,4 milliards d’euros fin 2011. L’augmentation de la dette est nettement supérieure au déficit (qui est de 12,5 milliards d’euros) : la trésorerie des administrations de sécurité sociale, en particulier celle de la Cades, augmente de 11,7 milliards d’euros et les détentions d’obligations progressent de 5,6 milliards d’euros. 16. Dette publique au sens du traité de Maastricht
90 80 70 60 50 40 30 20 10 0 1978 1983 1988 1993 1998 2003 2008 2011
Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

en % du PIB

En 2011, la dette publique nette atteint 1 572,9 milliards d’euros, soit 78,8 % du PIB, en augmentation de 99,1 milliards d’euros par rapport à fin 2010 : cette moindre hausse de la dette nette par rapport à la dette brute (23,0 milliards d’euros d’écart) traduit pour l’essentiel l’accroissement de la trésorerie des administrations publiques. n

Vue d’ensemble - En 2011, la croissance française résiste aux chocs

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Encadré 4

Principales révisions intervenues sur les comptes de la Nation en 2009 et 2010 Ronan Mahieu*
À l’occasion de la publication du compte provisoire 2011, les comptes annuels définitif 2009 et semi-définitif 2010 apportent des révisions aux comptes semi-définitif 2009 et provisoire 2010 publiés en mai 2011. Principales révisions sur le compte 2009 Équilibre ressources-emplois L’ampleur de la récession de 2009 apparaît plus marquée dans le compte définitif que lors de la campagne précédente : la croissance du produit intérieur brut (PIB) en volume s’établit désormais à – 3,1 %, soit une révision de – 0,4 point. L’évolution du PIB en valeur est également revue à la baisse mais plus modérément (– 0,2 point, à – 2,5 %). Le commerce extérieur pèse comptablement davantage sur la croissance en volume du PIB dans le compte définitif, sa contribution passant de – 0,2 % à – 0,5 % principalement en raison d’une modification du partage entre volume et prix des importations. La contribution de la formation brute de capital fixe (FBCF) à la croissance est également revue à la baisse, à – 2,3 % au lieu de – 1,9 %, du fait d’une chute de l’investissement des ménages comme des entreprises non financières plus prononcée encore que dans le compte semi-définitif. En revanche, la contribution de la consommation finale à la croissance s’établit maintenant à + 0,7 % au lieu de + 0,6 %. La contribution des stocks est inchangée à – 1,2 %. Compte des sociétés non financières (SNF) L’évolution de la valeur ajoutée (VA) des SNF (– 4,1 % au lieu de – 4,2 %) aussi bien que celle des rémunérations de leurs salariés (– 1,2 % au lieu de – 1,5 %) sont revues en hausse. La révision étant plus marquée pour les rémunérations, le taux de marge des SNF est revu en baisse de 0,1 point à 29,1 %. Le solde des revenus de la propriété étant revu favorablement, l’épargne brute des SNF est révisée à la hausse (– 5,5 % au lieu de – 7,8 %) malgré la dégradation du taux de marge. La FBCF étant par ailleurs revue en baisse, le taux d’autofinancement affiche maintenant une hausse de 6,4 points en 2009 à 75,7 % (contre 72,9 % lors de la campagne précédente).
* Ronan Mahieu, Insee.

Compte des ménages Le revenu disponible brut (RDB) des ménages est revu en légère baisse à + 0,5 % au lieu de + 0,6 % : la révision est principalement imputable à celle, défavorable, du solde des revenus de la propriété. L’évolution du pouvoir d’achat du RDB est également revue en baisse de 0,1 point à + 1,2 %. La dépense de consommation finale des ménages en valeur restant inchangée par rapport à la campagne précédente, le taux d’épargne est revu en baisse de 0,1 point en 2009 à 16,4 %, mais il demeure en forte progression par rapport à 2008 (+ 0,9 point). L’investissement des ménages étant revu en forte baisse, le taux d’épargne financière s’établit maintenant à 7,4 % (révision de + 0,1 point). Principales révisions sur le compte 2010 Équilibre ressources-emplois Le PIB en volume croît de 1,7 % dans le compte semi-définitif 2010 contre + 1,5 % dans le compte provisoire. La révision à la hausse de la progression du PIB en valeur est un peu plus marquée (+ 0,4 point, à + 2,7 %). Côté demande, la révision de la croissance en volume porte essentiellement sur la FBCF des entreprises non financières (ENF) : son évolution s’établit maintenant à + 6,3 % au lieu de + 2,4 % lors de la campagne précédente. La révision à la hausse de la FBCF des ENF porte sur la plupart des produits dans lesquels elles investissent : construction, biens d’équipement, information et communication, services aux entreprises. La FBCF des ménages et celle des administrations publiques sont également révisées à la hausse, mais de façon plus modérée. Au total, la contribution de la FBCF à la croissance du PIB s’établit à + 0,2 % en 2010 contre – 0,2 % précédemment. La contribution de la dépense de consommation des ménages à la croissance du PIB en volume est en revanche inchangée à + 0,8 %, tandis que celle de la dépense de consommation des administrations publiques s’établit maintenant à + 0,4 % au lieu de + 0,3 %. La contribution du commerce extérieur n’est que très légèrement révisée à la baisse (– 0,1 point) ; elle est maintenant neutre (+ 0,0 %). Dans ce contexte, la révision en forte hausse

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L’économie française, édition 2012

Encadré 4 (suite) de la contribution de la demande trouve sa contrepartie dans une révision en nette baisse de la contribution des stocks : l’année 2010 n’est donc plus caractérisée par un important stockage dans le compte semi-définitif (contribution des stocks estimée maintenant à + 0,1 % au lieu de + 0,6 % lors du compte provisoire). Compte des sociétés non financières (SNF) La croissance de la VA des SNF s’établit maintenant à + 2,4 % en 2010 au lieu de + 2,1 % dans le compte provisoire. Toutefois, la révision à la hausse de la VA est presque compensée par celle des rémunérations et des impôts nets des subventions. L’évolution du taux de marge n’est donc pas revue : il remonte de + 1,0 point par rapport à 2009 pour s’établir à 30,1 % en 2010. Le solde des revenus de la propriété étant révisé en forte hausse, l’épargne brute des SNF affiche maintenant une croissance de + 16,6 % en 2010 (contre + 11,3 % précédemment). La FBCF en valeur étant également revue en forte hausse (+ 7,7 % au lieu de + 3,1 %), la hausse du taux d’autofinancement des SNF n’est que légèrement accentuée par rapport à la campagne précédente : + 6,3 points au lieu de + 5,8 points. Compte des ménages Le RDB des ménages progresse de + 2,0 % en 2010, comme dans le compte provisoire. En effet, la révision à la hausse des revenus d’activité est compensée par un mouvement inverse sur les revenus de la propriété. L’indice de prix de la dépense de consommation finale des ménages étant revu en baisse de 0,1 point, l’évolution du pouvoir d’achat du RDB est revue en hausse de 0,1 point à + 0,9 %.

La dépense de consommation des ménages en valeur étant quasiment inchangée à + 2,5 %, la baisse du taux d’épargne des ménages reste de 0,5 point : le taux d’épargne des ménages s’établit en 2010 à 15,9 %. La FBCF des ménages en valeur étant en revanche revue en légère hausse, la baisse du taux d’épargne financière est un peu accentuée (– 0,5 point contre – 0,4 point précédemment) : il s’établit en 2010 à 6,9 %. Des révisions liées aux délais de disponibilité des sources d’information statistique Pour un compte semi-définitif, les révisions par rapport au compte provisoire proviennent principalement des révisions des sources d’information sur les comptes des administrations publiques et des sociétés financières, de la disponibilité d’informations fines relatives à la consommation des ménages et de la disponibilité des données des statistiques annuelles d’entreprises dans leur version semi-définitive. Ces statistiques annuelles d’entreprises font la synthèse d’informations statistiques et administratives sur les entreprises non financières (déclarations fiscales, enquêtes annuelles de production et enquêtes sectorielles annuelles) qui ne sont pas disponibles au moment de la confection du compte provisoire. Pour un compte définitif, la principale source de révision par rapport au compte semi-définitif provient de la disponibilité des données de statistiques annuelles d’entreprises dans leur version définitive. En particulier, la valeur ajoutée des entreprises non financières est basée sur ces données d’entreprises. Pour plus de précisions, voir la note sur internet : http://www.i nsee.fr/fr/i ndi cateurs/cnat_ a n n u /bas e _ 2 0 0 5 /pu bl i c a ti o n s / r e v i s i o n _ comptes_nationaux_2009_2010_2011.pdf

Tableaux des principales révisions Tableau A : fiche de PIB en volume, données brutes (évolutions en %)
Anciennes séries 2009 Produit intérieur brut Importations Dépenses de consommation des ménages Dépenses de consommation des administrations publiques Formation brute de capital fixe (FBCF) totale dont ménages dont entreprises non financières (ENF) dont administrations publiques (APU) Exportations Stocks (contribution au PIB) – 2,7 – 10,8 0,1 2,3 – 9,0 – 9,3 – 12,2 2,4 – 12,4 – 1,2 2010 1,5 8,8 1,3 1,2 – 1,2 – 1,5 2,4 – 9,6 9,7 0,6 Nouvelles séries 2009 – 3,1 – 9,6 0,1 2,5 – 10,6 – 12,2 – 13,7 2,4 – 12,1 -1,2 2010 1,7 8,9 1,4 1,8 1,2 – 0,4 6,3 – 8,1 9,6 0,1

Vue d’ensemble - En 2011, la croissance française résiste aux chocs

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Encadré 4 (suite)

Tableau B : fiche de PIB en valeur, données brutes (évolutions en %)
Anciennes séries 2009 Produit intérieur brut Importations Dépenses de consommation des ménages Dépenses de consommation des administrations publiques Formation brute de capital fixe (FBCF) totale dont ménages dont entreprises non financières (ENF) dont administrations publiques (APU) Exportations Stocks (contribution au PIB) – 2,3 – 15,4 – 0,6 3,8 – 9,4 – 10,1 – 12,4 2,4 – 15,4 – 1,3 2010 2,3 13,1 2,6 2,8 0,1 0,8 3,0 – 7,8 11,6 0,7 Nouvelles séries 2009 – 2,5 – 15,4 – 0,6 3,8 – 10,8 – 13,2 – 13,5 2,6 – 15,4 – 1,2 2010 2,7 13,1 2,5 3,1 2,5 1,3 7,2 – 6,1 12,4 0,3

Tableau C : fiche de PIB en prix, données brutes (évolutions en %)
Anciennes séries 2009 Produit intérieur brut Importations Dépenses de consommation des ménages Dépenses de consommation des administrations publiques Formation brute de capital fixe (FBCF) totale dont ménages dont entreprises non financières (ENF) dont administrations publiques (APU) Exportations Stocks (contribution au PIB) 0,5 – 5,1 – 0,6 1,5 – 0,4 – 0,8 – 0,2 0,1 – 3,4 – 0,1 2010 0,8 4,0 1,2 1,5 1,2 2,3 0,6 1,9 1,7 0,1 Nouvelles séries 2009 0,7 – 6,4 – 0,7 1,3 – 0,2 – 1,2 0,2 0,2 – 3,8 0,0 2010 1,0 3,9 1,1 1,3 1,3 1,7 0,9 2,2 2,5 0,2

Tableau D : éléments du compte des sociétés non financières (évolutions et taux en %)
Anciennes séries 2009 Valeur ajoutée (VA) Rémunération des salariés Excédent brut d’exploitation (EBE) Epargne brute FBCF Taux de marge (EBE/VA) Taux d’investissement (FBCF/VA) Taux d’autofinancement (épargne/FBCF) – 4,2 – 1,5 – 11,0 – 7,8 – 12,3 29,2 18,5 72,9 2010 2,1 2,1 5,3 11,3 3,1 30,2 18,7 78,7 Nouvelles séries 2009 – 4,1 – 1,2 – 11,4 – 5,5 – 13,5 29,1 18,3 75,7 2010 2,4 2,2 6,0 16,6 7,7 30,1 19,2 82,0

Tableau E : éléments du compte des ménages (évolutions et taux en %)
Anciennes séries 2009 Revenu disponible brut (RDB) Dépense de consommation Pouvoir d’achat du RDB Taux d’épargne (épargne/RDB) Taux d’épargne financière (capacité de financement/RDB)
Anciennes séries: comptes nationaux annuels publiés le 13 mai 2011 Nouvelles séries: comptes nationaux annuels publiés le 15 mai 2012 Source: Insee, Comptes nationaux, base 2005

Nouvelles séries 2009 0,5 – 0,6 1,2 16,4 7,4 2010 2,0 2,5 0,9 15,9 6,9

2010 2,0 2,6 0,8 16,0 6,9

0,6 – 0,6 1,3 16,5 7,3

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L’économie française, édition 2012

Dossier

SOUS EMBARGO JUSQU’AU 20 JUIN 2012 À 00H00

Disparités de montant de pension et redistribution dans le système de retraite français
Patrick Aubert, Marion Bachelet* Le système de retraite français ne se réduit pas à un système d’épargne, qui se contenterait d’appliquer une proportionnalité stricte entre le montant cumulé des cotisations et les prestations de retraite. Il joue partiellement un rôle redistributif, et inclut un certain nombre de dispositifs correcteurs, qui contribuent à réduire les inégalités de revenus entre retraités. Ces dispositifs sont nombreux et obéissent à des finalités variées : correction des « accidents de carrière » (chômage, maladie, etc.) ou droits familiaux. Leur résultante globale sur les entre montants de pension n’est donc pas aisée à mesurer, et la redistribution réalisée les retraités les plus aisés et les plus défavorisés ne peut être appréciée que dans une démarche empirique. C’est ce qui est fait dans ce dossier, en mobilisant le modèle de microsimulation Destinie. On cherche, ici, à détailler les mécanismes de cette redistribution. On s’attache pour cela à estimer, par des simulations, la contribution des divers dispositifs correcteurs, explicites ou implicites, prévus par le système de retraite. L’analyse révèle que le système de retraite joue un rôle redistributif important : parce qu’il corrige les aléas de carrière, le système de retraite entraîne une dispersion des retraites sensiblement moindre que celle des salaires. Ainsi, alors que le rapport entre les salaires perçus sur l’ensemble de leur carrière par les 10 % les mieux payés et les 10 % les moins bien payés atteint 5,8, il n’est plus que de 4,1 entre les 10 % des retraites de droit direct les plus élevées et les 10 % les plus faibles. Les principaux mécanismes qui contribuent à cette réduction des inégalités de carrière sont la validation de trimestres dits « assimilés » (période de chômage, de préretraite, etc.), la validation de trimestres au titre de l’assurance vieillesse des parents au foyer et les minima de pension. En revanche, les mécanismes implicites, tels que la prise en compte dans le calcul de la retraite des seules « meilleures années » ou la différence de traitement des salaires au-dessus et en dessous du plafond de la Sécurité sociale, jouent plutôt – pris dans leur ensemble – un rôle d’amplification des inégalités de carrière. La première partie de ce dossier précise l’analyse de la redistribution qui sera réalisée ici, en détaillant notamment la méthodologie et le choix des indicateurs retenus. La deuxième partie présente ensuite les résultats pour diverses générations. Enfin, la dernière partie s’intéresse aux mécanismes de redistribution, et décompose la contribution propre des divers 1 dispositifs explicites et implicites inclus dans la réglementation .

Système de retraite et redistribution : une analyse empirique par microsimulation
Le système de retraite français est généralement perçu comme redistributif et, parmi ses finalités, il est fait explicitement référence à un objectif de « solidarité ». Il ne s’agit pas pour autant de réaliser une redistribution verticale – au sens d’un transfert des retraités à revenus élevés vers les retraités à plus bas revenus – ou du moins pas d’une manière directe,
* Patrick Aubert et Marion Bachelet, Insee. 1. Une version plus complète de cette étude est publiée en document de travail de l’Insee [Aubert et Bachelet, 2012]. Elle détaille notamment les aspects conceptuels et précise la méthodologie, en présentant le modèle Destinie, utilisé pour l’analyse empirique. Le document de travail fournit également quelques résultats complémentaires de ceux présentés ici.

Dossier - Disparités de montant de pension et redistribution...

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c’est-à-dire pas par des dispositifs directement liés au niveau de revenu. Dans une logique d’assurance sociale, certains dispositifs correcteurs prévus par le système de retraite français sont en effet plutôt conçus de manière à compenser divers « accidents » de carrière, tels que périodes de chômage, temps partiel subi, diminution temporaire des revenus d’activité, inter2 ruption de carrière pour élever ses enfants, maladie, invalidité, etc . Parallèlement, d’autres dispositifs visent à opérer une redistribution « horizontale », entre affiliés sans enfants et 3 affiliés avec enfants . Qu’ils procèdent de la première logique ou de la seconde, les dispositifs peuvent passer par des majorations du montant de pension, mais aussi par la prise en compte de certaines périodes de non-emploi involontaire dans la durée d’assurance comptant pour la retraite, ou bien, de manière un peu plus complexe, par des non-linéarités des formules de calcul des montants de pension. Même si ce n’est pas de manière directe, ces dispositifs peuvent toutefois jouer un rôle de redistribution verticale, dans la mesure où les principaux accidents de carrière, tels que le chômage, touchent davantage les moins favorisés. Il est donc pertinent de s’intéresser, dans une optique d’analyse des inégalités, à la redistribution verticale opérée par le système de retraite français. Comme on l’a vu, ce questionnement n’est pas uniquement conceptuel et ne se réduit pas à l’analyse de propriétés « en soi » du système : la problématique est au contraire en grande partie empirique, puisque la redistribution verticale effectivement réalisée dépend des caractéristiques des carrières individuelles tout autant que des modalités et des paramètres de la réglementation. Le besoin d’une approche empirique est d’autant plus fort que tous les mécanismes ne jouent pas forcément dans un sens de redistribution verticale, si bien que l’impact cumulé peut être ambigu : si les accidents de carrière sont a priori plus fréquents parmi les bas revenus, et donc que leur correction sera plutôt redistributive, certaines règles favorisent aussi les personnes à carrière complète par rapport aux personnes à carrières courtes, parmi lesquelles les plus défavorisés sont très nettement surreprésentés [Aubert et Duc, 2011]. Seule la prise en compte complète de la diversité des caractéristiques des carrières permet donc de quantifier l’impact agrégé. C’est pour cette raison que la problématique de la redistribution verticale sera ici étudiée dans une optique empirique, au moyen du modèle Destinie 2 de l’Insee [Blanchet et al., 2011]. Il s’agit d’un modèle de microsimulation, c’est-à-dire qu’il simule les trajectoires d’un nombre important d’individus, représentatifs de la structure de la population française. En particulier, Destinie 2 simule les trajectoires de revenus d’activité et de retraite de ces individus, ce qui permet donc d’estimer les distributions afférentes correspondantes, nécessaires pour mesurer l’ampleur des redistributions opérées par le système de retraite. Le recours à la microsimulation permet d’étudier les propriétés du système de retraite non seulement pour les générations déjà parties à la retraite, mais aussi pour celles qui partiront au cours des 40 prochaines années ; il permet par ailleurs de décomposer les diverses contributions à la redistribution, propres à chaque dispositif. Au-delà de ces atouts indéniables, le modèle présente des limites, qui tiennent notamment à certaines hypothèses et à certaines simplifications qu’il est nécessaire de faire pour simuler ces trajectoires. Dans les résultats présentés dans ce dossier, il sera donc plus pertinent de s’intéresser et d’interpréter les ordres de 4 grandeur, plutôt que les résultats chiffrés proprement dits .
2. Cette qualification des dispositifs correcteurs des accidents de carrière comme des mécanismes « d’assurance » correspond à la vision d’une assurance contractée « derrière le voile d’ignorance » rawlsien, c’est-à-dire d’un point de vue formel situé avant que les individus connaissent la position qu’ils occuperont dans la société et le déroulé de leur carrière [Blanchet, 1996]. 3. Notons que dans certains cas (interruption de carrière pour élever ses enfants) la frontière entre les deux logiques de correction des accidents de carrière et de redistribution horizontale vers les affiliés ayant eu des enfants peut être jugée très ténue. 4. Certaines modifications ont été apportées au modèle Destinie à l’occasion de cette étude, notamment une nouvelle estimation des salaires et revenus d’activité [Aubert et Bachelet, 2012]. Le champ de l’analyse est par ailleurs restreint aux seuls retraités ayant travaillé uniquement comme salariés au cours de leur carrière.

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Une analyse des montants de pension Il faut rappeler dès à présent, d’une part, que la problématique de la redistribution verticale opérée par le système de retraite contient une forte composante normative (comment définir précisément la « redistribution » dans un cadre dynamique ?) et, d’autre part, qu’elle couvre des dimensions très variées, qui ne peuvent toutes être explorées dans le cadre d’une seule étude : en particulier, la thématique de la retraite est par construction de nature dynamique. Une analyse exhaustive des prestations nécessiterait donc de prendre en compte les deux dimensions longitudinales et transversales, soit en s’intéressant séparément à plusieurs indicateurs (montant des pensions à une date donnée et durée passée à la retraite, par exemple), soit au moyen d’indicateurs synthétisant ces deux dimensions (cumul des 5 prestations sur le cycle de vie, délai de récupération, taux de rendement interne …). Dans ce dossier, on privilégie la dimension transversale, en s’intéressant uniquement au niveau des pensions en coupe. Bien sûr, cela ne préjuge pas de l’importance des questions dynamiques, notamment celle des disparités de durée passée à la retraite – elles-mêmes liées aux disparités d’âge de départ à la retraite et d’âge au décès – qui font l’objet d’autres travaux 6 actuellement en cours à l’Insee . Les montants de pension seront calculés, pour chaque individu, sous l’hypothèse d’un départ au taux plein (sans surcote), considérant que cela correspond au niveau de pension 7 « normatif » du système de retraite . Implicitement, cela signifie que nous considérerons toute déviation entre l’âge du taux plein et l’âge réel de liquidation comme un choix personnel, dont les conséquences en termes de montant de pension ne relèvent pas de mécanismes redistributifs ou anti-redistributifs du système de retraite. Cette hypothèse peut bien sûr paraître forte : le système de retraite réalise une redistribution non seulement en jouant sur le montant de pension à âge de liquidation donné, mais également en rendant les conséquences d’une anticipation ou d’un report du départ à la retraite plus ou moins pénalisant d’une personne à l’autre. Toutefois, jusqu’à récemment au moins, une grande partie des départs à la retraite ont eu lieu à l’âge du taux plein [Aubert, 2012]. L’impact du choix de l’âge de liquidation sur le diagnostic est donc vraisemblablement de second ordre. Par ailleurs, l’analyse porte ici sur les seuls droits directs de retraite, et n’inclut pas les droits dérivés (pensions de réversion) ni les minima sociaux (minimum vieillesse). Les indicateurs de redistribution Nous nous plaçons dans la lignée des travaux du secrétariat général du COR (2009), qui a déjà consacré une réflexion théorique aux notions de contributivité et de redistribution, ainsi qu’aux indicateurs qui peuvent être retenus pour quantifier ces deux dernières : taux de récupération, taux de rendement interne, taux d’annuité, etc. À cet égard, le choix que nous avons fait de nous intéresser aux niveaux des pensions en coupe, hors toute considération sur leur durée de perception, contraint fortement le choix de nos indicateurs. Deux approches complémentaires seront développées : – dans un premier temps, on comparera les distributions, pour une même génération, de plusieurs indicateurs de salaire ou revenu d’activité, d’une part, et de montant de pension, d’autre part. Avec cette approche, le système de retraite sera d’autant plus redistributif que,

5. C’est par exemple l’indicateur retenu par Walraet et Vincent (2003), pour une analyse portant sur la législation des retraites antérieure à 2003. Glenat et Gleizes (2004) analysent par ailleurs les taux de rendement interne, délai de récupération et taux de récupération, pour une étude centrée sur le régime général. 6. Le conseil d’orientation des retraites (COR) a par ailleurs réalisé de nombreux travaux sur les aspects redistributifs du système de retraite notamment, pour les plus récents, lors de sa séance du 13 mai 2009 (SG COR, 2009) et dans le cadre de son septième rapport (COR, 2010). 7. Cf. Aubert et Bachelet (2012) pour une discussion détaillée.

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pour une génération donnée, la dispersion des pensions sera faible relativement à celle des revenus d’activité (au sens des indicateurs classiques de dispersion, tels qu’écarts interquartiles ou interdéciles, etc.). – dans un second temps, on calculera au niveau individuel un indicateur quantifiant l’écart à une situation d’absence de redistribution, et on étudiera la dispersion de cet indicateur selon le revenu ou le niveau de vie des retraités. Le signe de cet indicateur d’écart permettra de savoir si les personnes bénéficient de la redistribution, ou au contraire y contribuent. Si l’écart est positif pour les personnes à faible revenu et négatif pour les personnes à hauts revenus, le système sera jugé redistributif. Cet indicateur sera défini comme la différence entre le taux d’annuité pour un individu et le taux moyen pour la génération à laquelle appartient cet individu. Le « taux d’annuité » est lui-même défini ici comme le rapport de la pension (brute) au moment de la liquidation des droits sur la somme des salaires et revenus d’activité (bruts) perçus au cours de la carrière, chacune de ces variables étant normalisée par le salaire moyen par tête au cours de l’année correspondante. æ æ ö ö ö æ Pj Pi ç ç ÷ ÷ ÷ ç ç SMPT ÷ ÷ ÷ ç å ç SMPT è è liq ( j ) ø liq ( i ) ø j Î gen ( i ) ÷ DTAi = -ç æ S i ,t ö ç æ æ S j ,u öö÷ ç ÷ ç åç ÷÷÷ åç SMPT ÷ ç å ç ç SMPT ÷÷ ø t ø è j Î gen ( i )è u è t è u ø ø

(a)

où Pi désigne la pension annuelle brute tous régimes de l’individu i, perçue au cours de 8 l’année de liquidation de tous les droits à la retraite liq(i), Si,t son revenu salarial ou d’activité brut perçu au cours de l’année t, SMPTt le salaire brut moyen par tête de cette année t, et gen(i) la génération à laquelle appartient l’individu i. Le calcul d’un taux d’annuité – pour lequel il n’existe pas de définition unique – nécessite la définition d’un taux d’actualisation, problème délicat. Le choix, dans la formule ci-dessus, de normaliser toutes les grandeurs monétaires (pensions et salaires) par le salaire moyen par tête de l’année courante revient à retenir l’évolution de ce salaire comme taux d’actualisation. En d’autres termes, on fait l’hypothèse que cette évolution, qui en première approximation correspond aux gains de productivité apparente du travail, constitue le rendement implicite du système de retraite. Par ailleurs, « l’absence de redistribution », définie ici par la situation où tous les individus se verraient appliquer le taux d’annuité moyen, est relative, puisque ce taux moyen est calculé au sein de la génération étudiée ; ce dernier peut donc différer du taux moyen pour d’autres générations. En d’autres termes, il peut exister une redistribution entre les générations (redistribution « inter »), mais celle-ci est répartie dans les mêmes proportions au sein de la génération étudiée (absence de redistribution « intra »). L’hypothèse se distingue donc de ce qu’aurait été une absence de redistribution dans l’absolu, pour laquelle le taux d’annuité appliqué à tous les individus serait calculé, non pas à partir du taux moyen observé, mais en estimant le taux qui 9 égalise masse des contributions et masse des prestations pour la génération .

8. Pour les polyaffiliés public-privé dont l’âge d’ouverture des droits dans le régime du public intervient plus tôt que dans ceux du privé, Destinie permet de modéliser une liquidation des droits en deux temps. L’année de liquidation considérée ici est l’année où la totalité des droits à retraite sont liquidés ; elle peut être plus tardive que l’année de première liquidation d’un droit (ou « primoliquidation »). 9. Cette remarque vaut aussi pour la restriction de champ, réalisée dans ce dossier, aux personnes qui n’ont été que salariées au cours de leur carrière. En toute rigueur, l’absence de redistribution « intra » doit s’interpréter comme au sein de la génération et de la catégorie des seuls anciens salariés.

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L’indicateur d’écart à la situation d’absence de redistribution intragénérationnelle étant constitué, il reste à définir un critère de segmentation de la population, qui permette de déterminer qui sont les retraités « à bas revenus » et « à hauts revenus ». Là encore, il n’existe pas d’indicateur unique : une même personne peut percevoir des salaires faibles en début de carrière et élevés en fin de carrière, ou bien percevoir des salaires toujours élevés mais avec des interruptions d’emploi fréquentes, c’est-à-dire sur une période relativement courte. En l’absence d’un tel indicateur unique, on retiendra trois manières de segmenter la population et on testera la robustesse des résultats à l’utilisation de l’un ou l’autre des indicateurs : – ventilation selon les déciles de cumul des revenus salariaux au cours de la carrière : cet indicateur a l’avantage de synthétiser les deux dimensions de salaire moyen et de durée d’emploi ; – ventilation selon les déciles de revenu salarial moyen au cours de la carrière : cet indicateur permet, par comparaison au précédent, de neutraliser les différences de durée de carrière entre individus ; – ventilation selon les déciles de salaire annuel médian entre 40 et 55 ans : cet indicateur correspond à un « salaire de milieu de carrière », et présente l’avantage d’être robuste à l’existence d’éventuels salaires atypiques en début ou fin de carrière [Aubert et Duc, 2011].

Les disparités de pension par génération : contributivité et redistribution
Comparaison des distributions de pensions et de salaires La dispersion des salaires cumulés sur l’ensemble de la carrière est plus importante que celle des salaires moyens et des salaires médians de milieu de carrière (figure 1). Cet écart est dû au fait que, à la différence de ces deux derniers indicateurs, l’indicateur de salaires cumulés prend en compte la durée d’emploi des individus. Les dispersions des salaires moyens et des salaires médians, mesurées par l’écart entre le e 9 décile (seuil au-dessus duquel se situent les 10 % de retraités ayant les salaires les plus er élevés) et le 1 décile (seuil en dessous duquel se situent les 10 % des retraités ayant les 1. Déciles des salaires et des pensions

6
Salaire cumulé Salaire moyen

5

Salaire médian entre 40 et 55 ans Pension à la liquidation

4

3

Champ : retraités n’ayant pas de pension d’indépendant et ayant travaillé au moins un an, nés entre 1955 et 1964 et résidant en France métropolitaine. Lecture : le neuvième décile de la distribution des salaires cumulés sur toute la carrière des individus est égal à 5,8 fois le premier décile. Source : Insee, modèle Destinie 2.

2

1 D1 D2/D1 D3/D1 D4/D1 D5/D1 D6/D1 D7/D1 D8/D1 D9/D1

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salaires les plus faibles), sont relativement proches : 3,27 pour le salaire moyen et 3,85 pour le 10 salaire médian (figure 2) . La prise en compte de la durée de carrière des individus accroît fortement les disparités : l’écart interdécile est de 5,85 pour les salaires cumulés. 2. Dispersion des salaires et des pensions
Salaire cumulé Ratio D9/D1 Ratio D5/D1 Ratio D9/D5 5,85 3,12 1,88 Salaire moyen 3,27 1,84 1,77 Salaire médian entre 40 et 55 ans 3,85 2,06 1,86 Pension à la liquidation 4,10 2,18 1,89

Champ : retraités n’ayant pas de pension d’indépendant et ayant travaillé au moins un an, nés entre 1955 et 1964 et résidant en France métropolitaine. Source : Insee, modèle Destinie 2.

Le système de retraite paraît plutôt redistributif, au sens où il contribue à réduire les disparités par rapport aux revenus d’activité : la dispersion des pensions à la liquidation est ainsi e er plus faible que celle des salaires cumulés, avec un écart de 4,10 entre le 9 et le 1 décile. Les pensions de retraite restent toutefois plus dispersées que les salaires moyens ou que les salaires de milieu de carrière. Cela vient naturellement du fait que le montant de pension dérive à la fois du niveau de salaire et de la durée de carrière des individus : même si divers dispositifs de redistribution contribuent à atténuer les disparités entre personnes dans chacune des deux dimensions, leur produit reste plus dispersé que ne le sont les seuls salaires. e L’écart de dispersion entre pensions et salaires cumulés est plus marqué entre le 5 et le er e e 1 décile qu’entre le 9 et le 5 décile, avec un ratio de 3,12 pour les salaires cumulés et 2,18 pour les pensions dans le premier cas, contre 1,88 et 1,89 respectivement dans le second. La redistribution semble donc jouer davantage sur le bas de la distribution des pensions. Elle est plus importante pour les individus appartenant aux déciles de revenu les plus faibles, qui ont souvent une carrière plus courte. La dispersion des salaires cumulés est quasiment deux fois plus élevée chez les femmes (6,73) que chez les hommes (3,38) (figure 3). Là encore, l’effet est amplifié par les écarts de durée de carrière, les femmes ayant plus souvent des carrières courtes et des interruptions d’activité. La différence hommes-femmes est moins marquée pour les dispersions des salaires moyens et des salaires médians entre 40 et 55 ans. 3. Dispersion des salaires et des pensions par sexe
Ratio D9/D1 Hommes Femmes Ensemble Salaire cumulé 3,38 6,73 5,85 Salaire moyen 2,90 3,09 3,27 Salaire médian entre 40 et 55 ans 3,30 3,85 3,85 Pension à la liquidation 2,95 4,32 4,10

Champ : retraités n’ayant pas de pension d’indépendant et ayant travaillé au moins un an, nés entre 1955 et 1964 et résidant en France métropolitaine. Source : Insee, modèle Destinie 2.

Le caractère redistributif du système de retraite joue davantage parmi les femmes : l’écart interdécile est nettement plus faible pour les pensions (4,32) que pour les salaires cumulés (6,73) alors que ces deux valeurs sont plus proches pour les hommes (respectivement 2,95 et 3,38).
10. Cette valeur est naturellement très inférieure au rapport interdécile des revenus salariaux pour une année donnée (rapport entre le premier et le neuvième décile de 14,3 en 2009 d’après les DADS). Le fait de s’intéresser à un revenu salarial moyen sur toute la carrière gomme, en effet, les disparités selon l’âge et la variabilité des situations annuelles sur le marché du travail.

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La dispersion des salaires cumulés et des pensions à la liquidation diminue fortement au fil des générations : entre les générations 1925-1934 et 1965-1974, l’écart est divisé par 2,5 pour les salaires cumulés et par 3 pour les pensions à la liquidation (figure 4). En ce qui concerne les salaires cumulés, l’évolution est vraisemblablement due à la hausse de l’activité féminine au fil des générations, et la diminution concomitante du nombre de femmes à très courte carrière. 4. Dispersion des salaires et des pensions par générations groupées
Ratio D9/D1 1925-1934 1935-1944 1945-1954 1955-1964 1965-1974 Salaire cumulé 12,83 9,53 7,18 5,85 4,90 Salaire moyen 3,65 3,20 3,16 3,27 3,48 Salaire médian entre 40 et 55 ans 3,41 3,19 3,25 3,85 4,06 Pension à la liquidation 11,87 6,86 4,55 4,10 3,90

Champ : retraités n’ayant pas de pension d’indépendant et ayant travaillé au moins un an, résidant en France métropolitaine. Source : Insee, modèle Destinie 2.

La dispersion des pensions est toujours inférieure à celle des salaires cumulés pour toutes les générations. Le rapport entre les deux diminue jusqu’à la génération 1945-1954, puis augmente progressivement pour les générations suivantes. Cette tendance est le résultat à la fois des évolutions de carrière (diminution des carrières courtes, hausse de l’activité des femmes) et des changements de réglementation du système de retraite. Les très fortes disparités observées pour les générations les plus anciennes proviennent en partie de ce que de nombreux dispositifs de redistribution, notamment ceux qui profitent aux mères, n’ont été mis en place que dans le milieu des années 1970 (cf. infra). La pleine montée en charge de leurs effets n’est donc atteinte qu’à partir des générations nées après 1950. D’autres facteurs ont pu s’ajouter à cela : par exemple, pour les salariés du privé, le taux de cotisation sur la partie du salaire au-dessus du plafond de la Sécurité sociale était plus élevé à l’Agirc qu’à l’Arrco jusqu’à la fin des années 1990. Cela accroît les écarts de niveau de pension entre cadres et non-cadres d’autant plus que la partie de carrière effectuée avant ces années est importante, c’est-à-dire d’autant plus que les générations sont anciennes. À l’inverse, le rapprochement tendanciel entre la dispersion des pensions et celle des salaires cumulés à partir des générations 1945-1954 s’expliquerait par l’effet des réformes des retraites les plus récentes, visant à rendre le système plus contributif. Qui bénéficie de la redistribution ? L’indicateur d’écart à une absence de redistribution, défini par la différence entre le taux d’annuité de chaque individu et le taux moyen pour l’ensemble de la génération, est positif et er 11 élevé pour le 1 décile (figure 5). Les écarts sont beaucoup plus faibles pour les déciles suivants : la redistribution bénéficie surtout aux personnes à très faibles revenus et très faible e durée de carrière. L’écart par décile de salaire cumulé est négatif à partir du 5 décile, et e diminue encore progressivement jusqu’au 10 décile de la distribution des salaires cumulés. La redistribution bénéficie par ailleurs davantage aux femmes qu’aux hommes, conséquence, une fois encore, de leurs carrières plus courtes et de leurs salaires plus bas. À cela s’ajoutent les dispositifs bénéficiant aux mères, tels que la majoration de durée d’assurance (cf. infra).
11. Pour le calcul du taux d’annuité moyen au sein de chaque décile, les individus sont pondérés par leur salaire cumulé de carrière. Cela revient à calculer le rapport entre la pension moyenne et le salaire cumulé moyen dans chaque décile.

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Les écarts entre taux d’annuité au sein d’une catégorie et taux d’annuité moyen de la génération ne sont pas nécessairement similaires selon que l’on ventile la population par niveau de salaire cumulé sur toute la carrière (indicateur qui résume à la fois le niveau de salaire et la durée de carrière) ou par niveau de salaire moyen ou médian (figure 5). Les personnes à carrière courte sont plus fréquemment à bas salaire, ce qui induit une certaine proximité entre les deux segmentations, mais la coïncidence n’est pas totale. Si l’on fait abstraction de la durée de carrière – en considérant une ventilation selon le salaire moyen –, les personnes à plus bas salaires restent les principales bénéficiaires de la redistribution, en ce qui concerne leur montant de pension. Toutefois, l’écart entre le premier décile et les suivants est nettement plus faible que ce qu’on observe en segmentant selon le salaire cumulé de carrière. La ventilation selon des déciles de salaire de milieu de carrière conduit à un 5. Écart à une situation d’absence de redistribution par décile de salaire et par sexe
3,0 2,5 2,0 1,5 1,0 0,5 0,0 – 0,5
D1 D2 D3 D4 D5 D6 D7 D8 D9 D10 D1 D2 D3 D4 D5 D6 D7 D8 D9 D10 D1 D2 D3 D4 D5 D6 D7 D8 D9 D10

en points de %
Par décile de salaire cumulé Par décile de salaire moyen Par décile de salaire médian entre 40 et 55 ans

Ensemble

Hommes

Femmes

Champ : retraités n’ayant pas de pension d’indépendant et ayant travaillé au moins un an, nés entre 1955 et 1964 et résidant en France métropolitaine. Lecture : pour les personnes qui se situent dans le premier décile de salaire cumulé sur toute la carrière (« D1 »), le taux d’annuité moyen est de 2 points de pourcentage plus élevé que le taux moyen dans l’ensemble de la population. Le taux d’annuité est défini par la formule (a). Source : Insee, modèle Destinie 2.

6. Part des individus bénéficiaires de la redistribution au sein de chaque décile de salaire
100 en % des individus du décile

80

60

40

20
Par décile de salaire cumulé Par décile de salaire moyen Par décile de salaire médian entre 40 et 55 ans

0
D1 D2 D3 D4 D5 D6 D7 D8 D9 D10 D1 D2 D3 D4 D5 D6 D7 D8 D9 D10 D1 D2 D3 D4 D5 D6 D7 D8 D9 D10

Ensemble

Hommes

Femmes

Champ : retraités n’ayant pas de pension d’indépendant et ayant travaillé au moins un an, nés entre 1955 et 1964 et résidant en France métropolitaine. Lecture : parmi les personnes qui se situent dans le premier décile de salaire cumulé sur toute la carrière (« D1 »), 90 % ont un taux d’annuité plus élevé que le taux moyen dans l’ensemble de leur génération. Source : Insee, modèle Destinie 2.

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résultat similaire. Cela confirme que le système de retraite ne corrige pas uniquement les disparités de durée de carrière : il contribue aussi à compenser les écarts de niveau de salaire moyen ou médian, en assurant un taux d’annuité d’autant plus élevé que ce salaire est bas. La part des personnes dont l’indicateur d’écart à une situation d’absence de redistribution est positif, c’est-à-dire dont le taux d’annuité est plus élevé que le taux moyen dans la généraer tion, atteint 90 % pour le 1 décile de salaire cumulé (figure 6). Cette part décroît jusqu’au e 7 décile puis se stabilise, et diminue de nouveau pour le dernier décile de la distribution. Entre le cinquième et le dernier décile de la distribution des salaires, la proportion des personnes bénéficiant de la redistribution se situe entre 20 % et 40 % : la redistribution peut donc bénéficier à des personnes à hauts revenus. On retrouve là la conséquence du fait, évoqué en introduction, que le système de retraite français n’est pas conçu pour réaliser de manière directe une redistribution des personnes à hauts revenus vers les personnes à bas revenus. La redistribution verticale est opérée de manière indirecte, notamment par le biais des dispositifs correcteurs des accidents de carrière, et par la corrélation entre la fréquence de ces accidents et les salaires. Or le lien entre accidents de carrière et bas salaire n’est pas systématique : une personne à haut salaire peut en profiter (par exemple un cadre ayant connu le chômage, ou une femme à haut salaire ayant eu de nombreux enfants), tandis que d’autres personnes à bas salaires n’en profiteraient pas. Si on regarde une décomposition par régime, pour les pensionnés de la fonction publique er comme pour ceux du régime général, la quasi-totalité des individus du 1 décile bénéficie de la redistribution (figure 7); en revanche, des différences apparaissent pour les autres déciles. Pour le régime général, la part des bénéficiaires de la redistribution reste élevée pour les e 6 premiers déciles, au-dessus de 75 %, puis diminue fortement jusqu’au 10 décile, où elle devient quasi nulle. La distribution de l’indicateur d’écart à l’absence de redistribution est proche de celle de l’ensemble des individus pour les personnes ayant une pension de la fonction publique. Entre le quatrième et le dernier décile de la distribution des salaires, la proportion des personnes bénéficiant de la redistribution se situe entre 30 et 40 %. Les fonctionnaires étant moins 7. Part des individus bénéficiaires de la redistribution au sein de chaque décile de salaire cumulé par régime
100 en % des personnes du décile

80

60

40

20

0 D1 D2 D3 D4 D5 D6 D7 D8 D9 D10 Ensemble Ensemble Fonction publique D1 D2 D3 D4 D5 D6 D7 D8 D9 D10 Hommes Régime général D1 D2 D3 D4 D5 D6 D7 D8 D9 D10 Femmes ARRCO+AGIRC

Champ : retraités n’ayant pas de pension d’indépendant et ayant travaillé au moins un an, nés entre 1955 et 1964 et résidant en France métropolitaine. Lecture : parmi les personnes qui se situent dans le premier décile de salaire cumulé sur toute la carrière (« D1 »), 90 % ont un taux d’annuité plus élevé que le taux moyen dans l’ensemble de leur génération. Source : Insee, modèle Destinie 2.

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susceptibles de connaître des accidents de carrières (ils peuvent passer par des périodes de préretraite, mais ne sont pas concernés par le chômage pendant la partie de leur carrière où ils sont affiliés aux régimes de la fonction publique), on peut attribuer cette proportion relativement élevée de bénéficiaires de la redistribution dans les derniers déciles à l’effet amplificateur de certains avantages familiaux, comme la bonification pour 3 enfants : la bonification de pension de 10 % est proportionnelle à la pension de base, elle bénéficie donc davantage aux personnes avec une retraite élevée et qui ont eu un salaire élevé au cours de leur carrière. Enfin, 25 % des personnes ayant une pension des régimes complémentaires Arrco ou Agirc er bénéficient de la redistribution dans le 1 décile. Cette part se stabilise autour de 10 % e jusqu’au 7 décile, puis augmente fortement jusqu’à atteindre 90 % pour le dernier décile : cette part importante de bénéficiaires dans les derniers déciles est due aux cadres affiliés à l’Agirc, qui bénéficient de taux de cotisations longtemps plus élevés qu’à l’Arrco, et, pour 12 certains, de la garantie minimale de points (GMP) offerte par le régime des cadres (cf. infra) .

Les mécanismes de redistribution : dispositifs explicites et implicites
Le système de retraite français semble donc avoir un impact plutôt redistributif, au sens où il réduit les disparités entre individus par rapport aux revenus de carrière, en permettant aux personnes à plus bas salaires de bénéficier d’un taux d’annuité plus élevé. Les mécanismes par lesquels ce résultat est atteint sont cependant complexes. Nous décomposons, dans cette partie, la redistribution totale opérée par le système de retraite selon les divers mécanismes en jeu. Un rappel des divers dispositifs Les dispositifs associés aux mécanismes de redistribution sont nombreux : ils résultent des objectifs recherchés par le législateur et de la manière dont ceux-ci ont été formalisés au fur et à mesure des réformes des retraites successives. Cette mise en place progressive au cours de l’histoire a conduit à ce que la mise en cohérence des divers dispositifs n’a pas systématiquement été recherchée, et que plusieurs dispositifs distincts peuvent concourir, en parallèle, au même objectif. On distingue généralement les dispositifs dits « explicites », qui jouent directement dans le calcul des montants de retraite par le biais de majorations ou bonifications des éléments constitutifs de la pension, et les dispositifs dits « implicites », liés aux formules de calcul elles-mêmes. Parmi les dispositifs explicites, on peut, de plus, distinguer ceux qui majorent directement le montant de la pension et ceux qui majorent l’un de ses éléments constitutifs, tels que la durée de carrière ou le salaire de référence. Ces dispositifs sont synthétisés dans la figure 8. Les principaux sont les suivants : – parmi les dispositifs explicites jouant directement sur le montant de pension, les minima de pension (minimum contributif dans le régime général et dans les régimes alignés – tels que le RSI – et minimum garanti dans la fonction publique) permettent de majorer le montant de la pension servie si celle-ci, calculée en fonction des caractéristiques de carrière, est inférieure à un certain seuil défini par la législation. Les minima de pension ne concernent que les régimes de base. Leur seuil est de plus calculé au prorata de la durée validée : la majoration différentielle liée au minimum contributif ou au minimum garanti peut donc être très faible si la durée

12. Il ne s’agit cependant là, bien sûr, que de l’écart à l’absence de redistribution au sein des seuls régimes complémentaires. L’analyse séparée pour les régimes de base et les régimes complémentaires ne fait pas apparaître les redistributions entre catégories qui s’opèrent du fait de l’articulation entre les deux étages du système de retraite (le poids des régimes complémentaires dans la pension totale augmentant au fur et à mesure qu’on s’élève dans la distribution des revenus), et qui sont de nature à contrebalancer les redistributions, internes à l’Agirc et à l’Arrco, entre cadres et non-cadres.

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8. Résumé des principaux dispositifs explicites et implicites de redistribution dans le système de retraite français
Dispositifs explicites – Validation de durée au titre des périodes assimilées (chômage, préretraite, service militaire, maladie, maternité, invalidité…) ; – validation de durée au titre de l’assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF – périodes d’éducation des enfants) ; – majoration de durées d’assurance (MDA) pour enfants ; – bonifications de durée liées à certaines professions dans la fonction publique (militaires, policiers…). – Minima de pension dans les régimes de base (minimum contributif au régime général et RSI, minimum garanti dans la fonction publique) ; – bonification de montant de pension pour les parents de 3 enfants et plus ; – points gratuits attribués dans les régimes complémentaires au titre de cer taines périodes de non-emploi involontaire (chômage, préretraite, service national, etc.) ; – prise en compte d’un salaire fictif (sur la base du SMIC) porté au compte pour les périodes d’AVPF. – Règle des 25 meilleures années pour le calcul du salaire de référence au régime général/calcul du salaire de référence comme le traitement indiciaire des 6 derniers mois à la fonction publique ; – pour les personnes polyaffiliées : calcul séparé des montants de pension par les divers régimes d’affiliation ; – différences de traitement entre les parties du salaire ou du revenu d’activité en dessous et au-dessus du plafond de la Sécurité sociale. Dispositifs implicites – Coefficient de proratisation borné à 1 dans les régimes de base ; – règle des « 200 heures SMIC » pour le calcul de la durée validée dans l’année au régime général et dans le régime d’indépendant.

Jouant sur la durée validée

Jouant sur le montant de la pension ou sur le salaire/revenu d’activité de référence

Note : en italique, les dispositifs qui ne sont pas modélisés dans Destinie.

de carrière est très courte. Par ailleurs, des points gratuits sont attribués par les régimes complémentaires (Agirc et Arrco) au titre de certaines périodes de non-emploi involontaire (chômage, préretraite, etc.). Compte tenu de la formule de calcul des pensions dans ces régimes (encadré), l’octroi de ces points gratuits peut être assimilé à une majoration de pension. Enfin, une majoration de montant de pension est octroyée à certains parents selon le nombre d’enfants. Elle s’élève généralement à 10 % pour les parents de trois enfants ou plus (notamment au régime général), mais ses modalités peuvent être légèrement différentes dans certains régimes (fonction publique, Arrco et Agirc notamment) ; – d’autres dispositifs explicites permettent d’augmenter la durée validée retenue par les régimes de retraite, et donc indirectement le montant de pension, via le coefficient de proratisation (encadré). C’est ainsi le cas des majorations de durée d’assurance (MDA) octroyées aux femmes au titre de leurs enfants, ou des bonifications de durée attribuées au titre de certaines périodes d’emploi (généralement sur des critères de pénibilité) pour certaines professions dans la fonction publique (militaires, policiers, etc.). Par ailleurs, certaines périodes de non-emploi sont comptabilisées comme de la durée validée : périodes assimilées (période de chômage indemnisé et – dans certaines limites – non indemnisé, de préretraite, de formation, de service militaire, de maladie ou d’invalidité…) et périodes d’assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF), octroyées sous certaines conditions de nombre et d’âge des enfants, ainsi que de ressources ; – d’autres dispositifs réalisent enfin une redistribution de manière implicite. Ils fonctionnent comme des « filtres » qui atténuent, voire annulent les conséquences négatives des accidents de carrière. Par exemple, le salaire de référence pour la retraite dans les régimes de base ne prend généralement pas en compte la totalité de la carrière, mais seulement les « meilleures » Dossier - Disparités de montant de pension et redistribution... 55

Encadré

Mode de calcul des montants de pension de retraite
Dans la plupart des régimes de base, le montant de la pension servie se calcule de la façon suivante (avant application des minima de pension et des bonifications de pension pour trois enfants ou plus) : Pbase = t*CP*Sal Le premier terme t est le taux de liquidation, qui traduit les conséquences d’une liquidation à un âge différent de l’âge du taux plein : décote (ou minoration de pension) en cas de départ avant cet âge, surcote (ou majoration) sous certaines conditions en cas de départ après cet âge. Dans l’approche de ce dossier, où on ne considère que des départs au taux plein, on s’intéressera principalement aux deux autres termes : le coefficient de proratisation CP et le salaire de référence Sal. Le coefficient de proratisation traduit le lien entre le montant de pension et la durée de carrière Di retenue par les régimes de retraite pour un individu i : é D i (Pae ,Pane ,S a ,TPa ... "a ;NbEnf ) ù CPi = Minê 1; ú D réf û ë Il s’exprime comme un rapport à une durée de référence Dréf, et est borné à 1. La durée de référence est définie par la réglementation (par exemple, 41 ans pour la génération qui a 60 ans en 2012). Le coefficient de proratisation peut dépendre sinon de nombreuses variables observées à chaque âge a, selon une formule complexe qui ne peut pas être développée simplement ici : durée des périodes e d’emploi Pa , mais aussi revenus salariaux annuels Sa (au régime général, du fait de l’application de la ne règle dite « des 200 heures SMIC »), durée de certaines périodes de non-emploi Pa (périodes assimilées et assurance vieillesse des parents au foyer - AVPF), quotité de temps partiel TPa (à la fonction publique), nombre d’enfants NbEnf pour les femmes, etc. Le salaire de référence (Sali = Sali (Sa, Pane , "a) est une fonction des salaires et revenus salariaux bruts perçus au cours de la carrière. Cette fonction applique un « filtre » consistant à ne retenir que certains salaires Sa. Comme pour le coefficient de proratisation, la formule est en fait complexe et peut faire intervenir également d’autres éléments que des salaires : au régime général, elle prend par exemple en compte des périodes de non-emploi comme celles d’AVPF, sous la forme d’un salaire fictif porté au compte. Dans les régimes complémentaires en points, tels que l’Agirc et l’Arrco, la formule de calcul est différente. La pension fait, comme dans les régimes de base, intervenir un taux de liquidation t’, mais elle s’exprime sinon comme le produit d’un nombre de point acquis par l’individu et de la « valeur du point » au moment de la liquidation : Pcompl = t’*NP*ValP Le nombre de points s’exprime lui-même comme la somme des points « cotisés » NPi c , fonction des salaires à chaque date (ainsi que de paramètres de législation, tels que le taux de cotisation et le salaire de référence), et des points « gratuits » NPi g , octroyés au titre de certaines périodes de non-emploi (chômage, etc.) NPi = NPi c (S a , "a ) + NPi g (Pane ,S a , "a )
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années (25 meilleures années au régime général ). Ce calcul permet de neutraliser l’impact négatif de pertes d’emploi ou de temps partiel, dès lors que ces années restent peu nombreuses dans la carrière, puisque les revenus salariaux correspondant sont exclus [Aubert et Duc, 2011]. Ces dispositifs peuvent, dans certains cas, induire des redistributions dont il est difficile, à première vue, de déterminer vers qui elles se font. C’est le cas de celles liées au traitement séparé des parties du revenu salarial annuel, en dessous et au-dessus du plafond de la sécurité sociale, pour les salariés du privé, ou bien du calcul séparé dans chaque régime de retraite pour les individus polyaffiliés (c’est-à-dire affiliés à plusieurs régimes de base différents au cours de la carrière). Enfin, le plafonnement du coefficient de proratisation à 100 %
13. Dans la fonction publique, le calcul est fait sur la base du traitement indiciaire (hors primes) des six derniers mois de carrière. Pour un taux de liquidation donné (75 % à taux plein) cela aboutit à un montant plus élevé que sur la base d’un calcul sur l’ensemble de la carrière, mais il faut y voir plus un choix cohérent avec la grande stabilité des profils de carrière dans la fonction publique qu’une volonté de corriger des accidents de carrière.

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réalise une redistribution des retraités à carrière très longue vers les autres, puisqu’il conduit à ne pas comptabiliser, dans le montant de la pension versée par les régimes de base, les années de carrière au-delà d’une certaine durée. Le questionnement conceptuel par rapport à l’effet des règles est différent selon qu’il s’applique aux dispositifs explicites ou aux mécanismes implicites. Les premiers ont généralement été mis en place avec un objectif affiché de redistribution : il est dès lors légitime de se demander s’ils atteignent effectivement cet objectif (la réponse pouvant, éventuellement, justifier une modification de ces dispositifs). En revanche, les seconds ne procèdent pas d’une intention de redistribution : ils correspondent pour la plupart à des choix de structure du 14 système de retraite . La question n’est donc pas, dans leur cas, de savoir si les règles devraient être modifiées en référence à un objectif de redistribution. Cependant, il est nécessaire de prendre en compte ces règles dans une analyse globale de la redistribution, puisqu’elles sont de nature à modifier, voire contrebalancer, l’effet des dispositifs explicites. Par le passé, plusieurs études ont déjà analysé la redistribution verticale effectivement 15 réalisée par certains dispositifs . La résultante peut être ambiguë. Les périodes assimilées et l’AVPF dans les régimes de base, ainsi que les points gratuits dans les régimes complémentaires de salariés, ont un impact plutôt redistributif : ils bénéficient davantage aux personnes à plus bas revenus, pour lesquelles ils représentent une proportion nettement plus élevée de la durée validée totale ou des points acquis totaux [Aubert et Croguennec, 2011]. Parmi les dispositifs implicites, la règle des « 25 meilleures années » au régime général a un impact ambigu : son effet est nettement redistributif parmi les personnes à carrières complètes (même s’il fait souvent double emploi avec celui du minimum contributif), mais il joue très peu parmi les personnes à carrières incomplètes, qui sont nombreuses parmi les bas revenus. Au total, compte tenu de la répartition des durées de carrière, la règle bénéficie donc surtout aux personnes qui se situent dans le milieu de la distribution des salaires [Aubert et Duc, 2011]. Les droits familiaux – MDA, AVPF et bonification pour trois enfants ou plus – auraient, pris ensemble, un impact redistributif parmi les femmes et anti-redistributif parmi les hommes [Burricand, 2008]. Ce résultat est obtenu par une simulation des montants de pension avec et sans neutralisation des droits familiaux : la prise en compte de ces droits augmente les déciles de montant de pension davantage dans le bas de la distribution que dans le haut pour les femmes, alors que le résultat inverse prévaut pour les hommes. Enfin, les non-linéarités liées à l’articulation entre les divers régimes de retraite de base, pour les individus polyaffiliés, ont un impact complexe, qui peut être très positif pour certaines personnes et très négatif pour d’autres, si bien que leur résultante globale en termes de redistribution verticale est difficile à apprécier. Pour les polyaffiliés du régime général et des régimes alignés nés en 1950, ces non-linéarités avantageraient principalement les personnes à revenus intermédiaires [Duc, 2011]. Contribution des divers mécanismes Pour quantifier la contribution des divers mécanismes à la redistribution verticale entre retraités, on simule les montants de pension en « neutralisant », l’un après l’autre, ces mécanismes dans les formules de calcul : neutralisation des minima de pension, puis de la bonification de pension pour trois enfants ou plus, de l’opération consistant à porter au
14. Choix, lors de la création du régime général en 1945, de maintenir les régimes spéciaux déjà existant, ce qui a conduit à l’existence en parallèle de plusieurs régimes de base ; choix, pour le régime général, de ne considérer les salaires que dans la limite d’un certain plafond, conduisant à terme à la mise en place d’un système à deux étages (base et complémentaire) ; choix de systèmes « à prestations définies », conduisant à la règle des 25 meilleures années (initialement règle « des 10 dernières années », puis transformée au fil des réformes) ; etc. 15. On ne cite ici que les analyses portant sur la distribution des montants de pension ou d’autres indicateurs en coupe (taux de remplacement, taux d’annuité). D’autres études approchent la problématique en analysant des indicateurs prenant en compte la durée de retraite, comme le taux de rendement interne (cf. notamment Walraet et Vincent, 2003).

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compte un salaire fictif en cas d’AVPF, des points gratuits dans les régimes complémentaires, de la MDA, des trimestres validés au titre de l’AVPF, et enfin des périodes assimilées. Une fois tous ces dispositifs explicites neutralisés, on annule ensuite, dans les simulations, l’ensemble des mécanismes implicites (affiliation des cadres à l’Agirc, affiliation des fonctionnaires aux régimes spéciaux de la fonction publique, règle des 25 meilleures années, et borne à 100 % 16 des coefficients de proratisation dans les régimes de base ), de manière à estimer un taux d’annuité moyen, qui sera appliqué à tous les retraités pour calculer leur montant de pension « hors tout dispositif ». Dans l’ordre inverse (en partant de la simulation où tous les dispositifs sont neutralisés), ces résultats permettent d’estimer en quoi chaque mécanisme modifie les niveaux de pension et leur dispersion. Du fait des nombreuses non-linéarités dans les règles, cette estimation dépend bien sûr de l’ordre dans lequel les dispositifs sont neutralisés. La décomposition est donc en partie arbitraire. La neutralisation des mécanismes se fait à carrière et âge de liquidation inchangés : on cherche donc à capter uniquement l’effet « mécanique » lié aux formules de calcul des pensions, hors de tout effet de comportement (modification des âges de liquidation) que pourrait avoir un changement réel de la réglementation des régimes de retraite. L’estimation des montants de pension est par ailleurs, dans tous les scénarios, simulée sans décote ni surcote. La figure 9 résume l’incidence de chaque dispositif ou mécanisme sur les disparités de pension. Lorsqu’aucun dispositif ne joue, la pension est, par construction, proportionnelle au cumul des salaires au cours de la carrière. Le rapport entre le neuvième et le premier décile de pension est alors celui observé pour les salaires cumulés, c’est-à-dire 5,85.

9. Dispersion des montants de pension simulés en prenant en compte successivement les dispositifs explicites et implicites de redistribution
Écarts entre déciles D9/D1 (1) Aucun dispositif : pensions proportionnelles au cumul des salaires (2) + mécanismes implicites Dispositifs explicites (durée) Dispositifs explicites (montant) (3) + validation de trimestres au titre des périodes assimilées (chômage, préretraite) (4) + validation de trimestres au titre de l’AVPF (5) + majoration de durée d’assurance (MDA) (6) + points gratuits (chômage, préretraite et GMP) dans les régimes complémentaires (7) + SMIC porté au compte en cas d’AVPF (8) + bonification de pension pour 3 enfants et plus (9) + minima de pension (minimum contributif et minimum garanti) 5,85 6,66 5,65 5,21 4,90 4,88 4,75 4,71 4,10 D5/D1 3,12 3,41 3,00 2,78 2,63 2,60 2,53 2,50 2,18 D9/D5 1,88 1,95 1,88 1,88 1,86 1,88 1,88 1,89 1,89

Champ : retraités n’ayant pas de pension d’indépendant et ayant travaillé au moins un an, nés entre 1955 et 1964 et résidant en France métropolitaine. Lecture : par rapport à une situation où les minima de pension ne seraient pas pris en compte, l’application de ces derniers conduit à réduire le rapport interdécile (D9/D1) de 4,71 à 4,10. Note : les numéros indiqués pour les différents scénarios de simulation correspondent à l’ordre de prise en compte des divers dispositifs dans les simulations successives. Le scénario (1) correspond à une situation où les pensions seraient directement propor tionnelles au cumul des salaires sur la carrière. Source : Insee, modèle Destinie 2.

16. La neutralisation de la règle des 25 meilleures années (ou des 10 meilleures années pour les générations les plus anciennes) se fait en incluant tous les salaires dans le calcul du salaire annuel moyen au régime général. Par ailleurs, tous les affiliés sont considérés comme des salariés non-cadres du secteur privé (à carrière et salaires sinon inchangés), ce qui permet de « neutraliser » les conséquences de l’existence de l’Agirc et de celle des régimes de la fonction publique. On rappelle par ailleurs que, dans sa version actuelle, Destinie 2 ne modélise pas le régime Ircantec (les salariés concernés sont considérés comme affiliés à l’Arrco).

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Les mécanismes implicites et les dispositifs explicites ont des conséquences opposées sur 17 les disparités de niveau de pension . Les premiers ont un impact global allant dans le sens d’une plus grande dispersion des montants (figure 10). Ce résultat provient surtout de la règle 18 des 25 meilleures années [Aubert et Duc, 2011] ; celle-ci modifie peu le bas de la distribution des pensions, dans la mesure où les faibles pensions correspondent souvent à des carrières courtes, pour lesquelles il n’existe aucune différence entre les « 25 meilleures années » et la totalité de la carrière. En revanche, elle avantage les retraités à carrière longue, ce qui se traduit par un impact de plus en plus fort lorsqu’on s’élève dans la distribution des pensions. Les différences d’impact de la règle selon le décile sont en particulier marquées plus nettement parmi les femmes, dont les disparités de durée de carrière sont plus élevées que celles des hommes. Cet effet joue surtout dans la première moitié de la distribution des pensions : il se réduit a priori dans le haut de cette distribution, où le salaire de référence est déterminé par le plafond de la Sécurité sociale. Toutefois, parmi les pensions élevées, la prise en compte de l’affiliation des cadres à l’Agirc et de celle des fonctionnaires aux régimes spéciaux de la fonction publique renforce l’élargissement de la distribution des pensions. En ce qui concerne l’Agirc, ce résultat provient des taux de cotisation plus élevés qu’à l’Arrco, sur la partie du

10. Modification des déciles de montant de pension liée à chaque mécanisme
135 130 125 120 115 110 105 100 95 en % (base 100 % = scénario sans le dispositif concerné) (2) + mécanismes implicites (4) + validation de trimestres d'AVPF (6) + points gratuits (8) + bonification pour 3 enfants et plus (3) + périodes assimilées (5) + majoration de durée d'assurance (7) + SMIC porté au compte pour l'AVPF (9) + minima de pension

D1 D2 D3 D4 D5 D6 D7 D8 D9 Ensemble

D1 D2 D3 D4 D5 D6 D7 D8 D9 Hommes

D1 D2 D3 D4 D5 D6 D7 D8 D9 Femmes

Champ : retraités n’ayant pas de pension d’indépendant et ayant travaillé au moins un an, nés entre 1955 et 1964 et résidant en France métropolitaine. Lecture : par rapport à une situation où le montant de pension de retraite serait calculé sans prendre en compte les périodes assimilées, la comptabilisation de ces périodes dans la durée validée augmente de 20 % le niveau du premier décile de pension (hommes et femmes confondus) et de 2 % celui du neuvième décile. Note : les numéros indiqués pour les différents scénarios de simulation correspondent à l’ordre de prise en compte des divers dispositifs dans les simulations successives (cf. figure 9). Les limites des déciles sont calculées à chaque fois sur le champ analysé (par exemple, les déciles pour les courbes correspondant aux femmes sont calculés au sein de la distribution des pensions des seules femmes). Source : Insee, modèle Destinie 2.

17. On ne présente et ne commente, dans ce qui suit, que les résultats en termes de distribution des pensions. L’analyse des taux d’annuités par décile de salaire cumulé ou de salaire moyen sur la carrière conduit à des résultats rigoureusement identiques. 18. Ici, les effets détaillés correspondent à une analyse de la règle des 25 meilleures années par rapport à une situation de référence où la totalité des salaires seraient pris en compte. Cette approche se distingue de la logique « chronologique », qui consisterait à analyser la règle par comparaison avec celle – antérieure historiquement – des 10 meilleures années (Bridenne et Brossard, 2008 ; Lermechin et Burricand, 2011). Le premier angle d’étude est plus conceptuel, et pertinent dans une optique de comparaison avec une situation implicite totalement contributive ; le second correspond plutôt à une démarche d’évaluation de l’impact des réformes et d’analyse des évolutions temporelles.

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salaire au-dessus du plafond, avant les années 1990 . Pour les fonctionnaires, c’est le principe d’un régime intégré, assurant un taux de remplacement du dernier traitement (hors primes) de 75 % qui pourrait s’avérer plus profitable que le système des salariés du privé, articulant régime de base et régime complémentaire en points. À l’inverse, les dispositifs explicites prévus par les systèmes de retraite contribuent, pour la plupart, à diminuer les disparités de montants de pension (figure 10). C’est notamment le cas des minima de pension (contributif et garanti), ainsi que des périodes assimilées (chômage, préretraite, etc.), qui conduisent chacun à diminuer d’environ 15 à 20 % l’écart entre le premier 20 et le neuvième décile de la distribution des pensions . Les mécanismes de ces diminutions diffèrent cependant : la prise en compte des périodes assimilées dans la durée validée ouvrant droit à retraite augmente tous les déciles de pension jusqu’au plus élevé, même si c’est dans une proportion de plus en plus réduite au fur et à mesure qu’on s’élève vers le haut de la distribution ; à l’inverse, les minima de pension jouent exclusivement sur le bas de la distribution (premier décile pour les hommes et quatre premiers déciles pour les femmes). La validation de trimestres au titre de l’assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF) joue un rôle similaire à celui des minima : elle conduit surtout à augmenter les déciles du bas de la distribution des pensions, avec un impact qui devient négligeable au-delà du quatrième décile. Les principales bénéficiaires de l’AVPF sont en effet des femmes, qui ont connu des interruptions longues pour élever leurs enfants, et ont une durée de carrière réduite. Leurs revenus salariaux sont, de plus, souvent assez faibles : le fait de porter au compte un salaire fictif (sur la base du SMIC) pour les périodes d’AVPF augmente donc légèrement le niveau des déciles du bas de la distribution des pensions. De même, la MDA augmente davantage les déciles du bas de la distribution. Ses bénéficiaires sont en effet exclusivement des femmes, dont le montant de pension est en moyenne plus faible que celui des hommes. Par ailleurs, la « majoration » se fait par l’ajout d’un nombre de trimestres donné pour chaque enfant. En proportion de la pension « hors MDA », elle implique donc une variation d’autant plus forte que la durée de carrière est faible. Un autre facteur intervient : les trimestres de MDA peuvent être ou non « utiles » pour le calcul du montant de pension. Du fait de la borne à 100 % du coefficient de proratisation, ces trimestres sont en effet sans incidence sur le montant de pension – et donc « inutiles » – lorsque les personnes disposent déjà, compte tenu de leur seule durée d’emploi, d’une durée validée suffisante. Ces personnes à carrière complète étant plus nombreuses dans le milieu et le haut de la distribution des pensions, l’impact moyen des MDA sur les montants de pension y est moindre. Le même raisonnement peut également expliquer une partie de l’effet redistributif constaté pour les périodes assimilées et les périodes d’AVPF. Ces résultats illustrent l’importance des disparités de durée de carrière parmi les déterminants des disparités de retraite : l’impact cumulé des MDA, de l’AVPF et des périodes assimilées se traduit par une réduction de plus d’un tiers de l’écart interdécile de niveau de pension des femmes, et d’un peu plus de 10 % pour celui des hommes. Les points gratuits dans les régimes complémentaires, ainsi que la bonification de pension pour 3 enfants ou plus ne semblent guère modifier les disparités de pension. Ces deux dispositifs augmentent tous les déciles dans une proportion comparable. Dans le deuxième cas, cela signifie que le nombre d’enfants varie assez peu selon la durée de carrière ou le salaire. On notera toutefois que l’on ne considère ici que le niveau de la pension, et pas le revenu disponible du ménage auquel appartiennent les personnes : on ignore donc l’impact de la
19. Ces pensions plus élevées ont donc eu pour contrepartie des salaires nets plus faibles, à salaire brut donné. 20. La modélisation des revenus salariaux dans le modèle Destinie pourrait sous-estimer le poids des bas salaires [Aubert et Bachelet, 2012], ce qui se traduit – pour les générations déjà parties à la retraite et pour lesquelles des comparaisons avec les données observées sont donc possibles – par une légère sous-estimation de la proportion des retraités concernés par les minima de pension. L’impact estimé de ces minima sur les disparités de pension pourrait donc, lui aussi, être sous-estimé.

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non-imposabilité de ces bonifications. Raisonner sur les niveaux de vie (ce qui n’est pas l’objet de cette étude) plutôt que sur les niveaux des pensions pourrait nuancer substantiellement la conclusion quant au peu d’effet des bonifications sur les disparités. Le rôle et l’impact des divers dispositifs sur les disparités de pension évoluent, bien sûr, au cours du temps, conséquence à la fois des changements de réglementation et des évolutions des profils de carrière (figure 11). En particulier, l’impact des périodes assimilées et de l’AVPF diminue au fil des générations : avec l’accroissement de l’activité féminine, les carrières très courtes sont de moins en moins fréquentes, et le poids de ces périodes dans le total des durées validées décroît. Par ailleurs, le rôle des minima de pension s’amenuise à partir des générations nées dans les années 1950, du fait de l’indexation sur les prix des seuils de ces minima (ce qui induit une augmentation plus faible que celle des pensions moyennes, et donc une diminution de la proportion de personnes concernées), ainsi que de la règle d’écrêtement des minima selon une condition de pensions tous régimes, entrée en vigueur en 2012. n

11. Impact des dispositifs explicites et implicites sur l’écart interdécile, par génération
en % Générations 1935-1944 1945-1954 1955-1964 1965-1974 (1) Aucun dispositif : pensions proportionnelles au cumul des salaires (2) + mécanismes implicites (3) + validation de trimestres au titre des périodes assimilées (4) + validation de trimestres au titre de l’AVPF (5) + majoration de durée d’assurance (MDA) (6) + points gratuits dans les régimes complémentaires (7) + SMIC porté au compte en cas d’AVPF (8) + bonification de pension pour 3 enfants et plus (9) + minima de pension (minimum contributif et minimum garanti) Référence Référence Référence Référence 18,6 20,6 21,8 19,1 – 16,5 – 15,9 – 15,2 – 14,3 – 8,6 – 9,1 – 7,8 – 5,2 – 2,4 – 5,6 – 5,9 – 3,7 1,4 1,3 – 0,4 1,2 – 0,1 – 1,5 – 2,7 – 2,2 – 2,5 – 1,9 – 0,8 – 0,2 – 16,6 – 23,6 – 12,9 – 9,3

Dispositifs explicites (durée) Dispositifs explicites (montant)

Champ : retraités n’ayant pas de pension d’indépendant et ayant travaillé au moins un an, résidant en France métropolitaine. Lecture : par rapport à une situation où les minima de pension ne seraient pas pris en compte, l’application de ces derniers conduit à réduire le rapport interdécile (D9/D1) de 16,6 % parmi les retraités nés entre 1935 et 1944, de 23,6 % parmi ceux nés entre 1945 et 1954, et de 12,9 % parmi ceux nés entre 1955 et 1964. Note : les numéros indiqués pour les différents scénarios de simulation correspondent à l’ordre de prise en compte des divers dispositifs dans les simulations successives. Le scénario (1) correspond à une situation où les pensions seraient directement propor tionnelles au cumul des salaires sur la carrière. Source : Insee, modèle Destinie 2.

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Pour en savoir plus
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Dossier

SOUS EMBARGO JUSQU’AU 20 JUIN 2012 À 00H00

Les disparités entre ménages dans les comptes nationaux : de l’épargne au patrimoine
Sébastien Durier, Lucile Richet-Mastain et Mélanie Vanderschelden*

Le compte des ménages, publié par les comptes nationaux, présente de façon exhaustive les revenus, la consommation ou encore le patrimoine des ménages, mais il ne renseigne pas sur les disparités qui existent entre eux. Suite à de premiers travaux sur les inégalités de revenus et de consommation dans les comptes nationaux publiés il y a trois ans, ce dossier présente de nouveaux résultats, centrés cette fois sur le patrimoine, issus du rapprochement entre le compte de patrimoine des comptes nationaux et les données d’enquête recueillies sur ce thème auprès d’un échantillon de ménages en 2003. L’âge est un des déterminants les plus discriminants en termes de patrimoine des ménages. Les ménages dont la personne de référence est âgée de 60 ans ou plus possèdent un patrimoine moyen dix fois plus important que celui des ménages âgés de moins de 30 ans : le niveau d’épargne actuel, conséquence de l’accumulation de l’épargne passée, explique en grande partie cet écart. Les indépendants actifs ou retraités possèdent 30 % du patrimoine des ménages, soit une part deux fois plus élevée que leur poids dans la population. Ceci traduit la nécessité pour eux de se constituer un patrimoine professionnel et révèle sans doute aussi des stratégies patrimoniales spécifiques, liées en partie à l’anticipation de pensions plus faibles que les salariés au moment du passage à la retraite. Les ménages du dernier quintile de niveau de vie concentrent 40 % du revenu disponible brut, 75 % de l’épargne dégagée sur une année et 50 % du patrimoine. Ceci montre qu’à un instant donné, la dispersion du patrimoine ne reflète que partiellement les inégalités de revenus et d’épargne. En particulier, des jeunes ménages aisés peuvent être en cours de constitution de patrimoine et, à l’inverse, des ménages plus âgés peuvent avoir accumulé un patrimoine important sans pour autant disposer de revenus aussi élevés que ne l’est leur fortune. En outre, le niveau du patrimoine résulte en partie d’héritages et de donations. Parce qu’il satisfait l’aspiration à devenir propriétaire, le logement est l’actif majeur du patrimoine pour nombre de ménages et il constitue l’un des principaux motifs d’endettement. Il peut aussi générer des revenus locatifs mais ce type d’usage concerne pour l’essentiel des ménages aisés.

Le cadre de la comptabilité nationale permet de retracer année après année les flux économiques : la production sur un territoire donné, le revenu qu’elle génère, la façon dont ce revenu se distribue entre grands agents économiques (entreprises, ménages, administrations publiques) et l’usage qu’ils en font. Il décrit également le patrimoine accumulé et la façon dont ce patrimoine évolue, en particulier sous l’influence des flux d’épargne, c’est-à-dire de la part du revenu qui n’est pas consommée sur la période courante. Ainsi, et en se centrant sur la
* Sébastien Durier, Lucile Richet-Mastain et Mélanie Vanderschelden, Insee.

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situation des seuls ménages ordinaires de France métropolitaine, au 31 décembre 2003, leur patrimoine net s’élève au total à 6 112 milliards d’euros, soit 6 700 milliards d’euros d’actifs (4 193 milliards d’euros d’actifs non financiers – logements, biens professionnels… – et 2 507 milliards d’euros d’actifs financiers : livrets d’épargne, produits d’assurance-vie…) desquels on retranche 588 milliards d’euros de passifs (crédits logement, crédits à la consommation…). Cette même année, les ménages ont épargné 161 milliards d’euros, soit 17 % des 980 milliards d’euros de leur revenu disponible. Cette approche est purement macroéconomique. Si on cherche à l’utiliser pour décrire une réalité individuelle, elle ne permet, par définition, que de décrire la situation d’un « ménage moyen », ou plus exactement – car un ménage moyen n’existe pas – la situation des ménages en moyenne. Ainsi, les ménages étant 25,2 millions, le patrimoine d’un ménage s’élève à 242 000 euros en moyenne fin 2003. De même que la notion de revenu par ménage, la notion de patrimoine par ménage pose quelques problèmes d’interprétation, dans la mesure où elle ne tient pas compte de la taille du ménage : dans une perspective où l’épargne est constituée pour satisfaire la consommation future des personnes du ménage, il serait nécessaire, comme le préconise l’Insee en matière de revenu, de raisonner par unité de consommation et non par ménage. Une telle approche semble toutefois nettement moins pertinente que dans le cas du revenu : en effet, il faudrait pouvoir raisonner avec des unités de consommation non pas, du moment, mais sur l’ensemble des périodes futures où ce patrimoine sera consommé, ce qui est totalement impossible. Dans la suite de ce dossier, on continuera donc de raisonner sur l’unité « ménages », malgré ses limites. De nombreuses voix se sont élevées ces dernières années pour demander que l’analyse macroéconomique prenne désormais également en compte la disparité des situations 2 individuelles . Pour cela, il faut être capable d’articuler les évaluations des comptes nationaux avec les informations microéconomiques disponibles par ailleurs, qui émanent de la sphère des statistiques sociales. Par exemple, les enquêtes Patrimoine offrent des informations détaillées sur le patrimoine, recueillies par sondage auprès d’un échantillon de ménages dont on connaît les caractéristiques sociodémographiques. Un premier exercice de rapprochement de données macroéconomiques et microéconomiques a été réalisé sur le champ des revenus et de la consommation des ménages et a été publié en 2009 (Pour en savoir plus). À la suite de ces travaux, le compte de patrimoine a, à son tour, été décomposé en combinant les deux sources d’informations sur le patrimoine. Après rapprochement en termes de champ et de concept utilisés (encadré 1), il devient possible de ventiler les agrégats macroéconomiques du compte de patrimoine par grandes catégories de ménages, suivant plusieurs typologies (âge et catégorie socioprofessionnelle de la personne de référence, niveau de vie, composition familiale du ménage, taille d’unité urbaine à laquelle appartient la résidence du ménage). 3 Les résultats présentés dans ce dossier portent sur l’année 2003, afin de compléter les travaux de décomposition du compte de revenus et de consommation des ménages, qui concernaient cette même année de référence. Ces derniers avaient en particulier permis de mettre en évidence une forte variabilité du taux d’épargne selon le type de ménage considéré. Or l’épargne est, avec les transferts en capital et les réévaluations, à l’origine des variations du patrimoine.

1

1. Les termes en italique sont expliqués dans l’encadré 1. 2. Ce manque est depuis quelques années régulièrement mentionné : rapport Quinet (2008), Moati-Rochefort (2008), Stiglitz (2009), Eurostat « Emphasize the household perspective in national accounts through social statistics » (2011). 3. Les résultats détaillés sont disponibles sur internet : www.insee.fr.

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Encadré 1

Une enquête auprès des ménages pour décomposer le compte de patrimoine
Sources En comptabilité nationale, le compte de patrimoine des ménages présente l’état de leurs avoirs détenus (actifs financiers et non financiers) et des dettes qu’ils ont contractées (passifs) au 31 décembre de chaque année. Le solde entre le patrimoine brut (ensemble des actifs) et les passifs est le patrimoine net ou la valeur nette, qui mesure la richesse des ménages. La richesse d’un ménage peut augmenter de plusieurs manières : le ménage peut épargner une partie de ses revenus courants ; il peut également bénéficier du transfert d’un bien ou d’un actif de la part d’un autre agent économique, transfert dont le caractère est exceptionnel, c’est-à-dire sans incidence sur le revenu ou les dépenses de consommation courante. Les donations et héritages, y compris d’actifs non financiers, font partie de ces opérations qualifiées de transferts en capital par opposition aux transferts courants. Un ménage peut également voir augmenter sa richesse en raison de la revalorisation des actifs qu’il possède. En effet, le patrimoine d’un ménage est évalué aux prix du marché, qui peuvent fluctuer fortement d’une année sur l’autre. Tous ces effets liés au prix des actifs sont retracés dans les comptes de réévaluations. Enfin, d’autres évènements peuvent modifier le patrimoine d’un ménage comme des découvertes (de gisements, d’objets précieux) ou encore des destructions (dues à des catastrophes naturelles par exemple) ; la comptabilité nationale les enregistre dans ce cas en « autre changement de volume ». Le compte des ménages en comptabilité nationale n’est pas obtenu par agrégation des comptabilités individuelles (la plupart du temps inexistantes) mais directement à un niveau macroéconomique. Il permet ce faisant d’appréhender la situation d’un ménage « moyen », ou plus exactement la situation des ménages en moyenne. Pour répartir les masses d’actifs et de passifs entre différentes catégories de ménages, on mobilise une enquête de l’Insee réalisée auprès des ménages : il s’agit de l’enquête Patrimoine, menée fin 2003 / début 2004. Elle permet d’observer la distribution des patrimoines des ménages et les taux de détention des actifs patrimoniaux, mais aussi d’analyser les facteurs explicatifs des comportements patrimoniaux : environ 15 000 ménages ont été interrogés, parmi lesquels 9 700 ont répondu. Seule la partie du compte donnant la valeur du patrimoine en fin d’année a été décomposée parce que les enquêtes disponibles ne permettent pas de retracer par type d’actifs et passifs (acquis ou cédés) les opérations et les flux de l’année courante, ni a fortiori de distinguer les effets prix des effets volume, c’est-à-dire de savoir quelles catégories de ménages ont bénéficié de la hausse de la valeur des actifs et/ou ont accru leur patrimoine durant l’année via un effort d’épargne ou un héritage par exemple. Champ couvert Comme pour la plupart des enquêtes auprès des ménages, seuls les ménages ordinaires sont interrogés. Les personnes vivant en collectivités (internats, foyers de travailleurs, maisons de retraite, prisons, etc.) sont donc exclues du champ couvert. De plus, l’enquête Patrimoine porte sur les seuls ménages résidant en France métropolitaine. À l’inverse, la comptabilité nationale couvre l’ensemble de la population résidente, y compris celle des départements d’outre-mer (Dom). En cohérence avec les travaux menés auparavant sur les comptes de flux des ménages (revenu et consommation), un traitement spécifique a donc été réalisé sur les collectivités et les ménages des Dom : à partir de différentes sources, les masses de patrimoine des collectivités et des Dom ont été estimées puis ôtées des masses globales du compte de patrimoine.

Patrimoine net des ménages par type de population au 31 décembre 2003
en milliards d’euros France Actifs non financiers Actifs financiers Passifs Patrimoine net 4 282,4 2 571,5 598,7 6 255,2 dont départements d’outre-mer 71,1 15,3 10,0 76,4 dont personnes vivant en collectivité 18,6 49,3 1,2 66,7 Champ de l’étude 4 192,7 2 506,9 587,6 6 112,1

Champ : ensemble des ménages de France, hors autres comptes à payer et à recevoir. Source : Insee, Comptes nationaux 2003, base 2005 et calculs des auteurs.

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Encadré 1 (suite) Les parts du patrimoine détenu par les ménages des Dom ont été estimées à 1,7 % de la masse totale des actifs non financiers, 0,6 % des actifs financiers et 1,3 % des passifs ; les mêmes estimations concernant les personnes vivant en collectivités sont respectivement de 0,5 %, 1,9 % et 1,0 %. Le compte de patrimoine concerne les ménages et les entreprises individuelles. L’enquête Patrimoine interroge les ménages sur leurs biens professionnels (actifs non financiers tels que les terres ou autres) dès lors que l’un des membres du ménage est « indépendant à titre principal1 » ou « indépendant à titre secondaire2 » ou qu’ils ne les exploitent pas dans le cadre de leur activité professionnelle (soit qu’ils les louent, soit qu’ils ne les utilisent pas). Les biens professionnels décrits dans l’enquête peuvent donc appartenir à des entreprises individuelles mais aussi à des sociétés. Afin d’assurer la cohérence avec le cadre de la comptabilité nationale, les biens professionnels détenus par les sociétés ont donc été traités à part dans l’enquête. La valeur des parts de SARL, EARL et EURL détenues par leurs dirigeants, considérées comme des biens professionnels dans l’enquête, a été ajoutée aux montants correspondants aux valeurs mobilières « Actions non cotées et autres participations » collectés dans l’enquête. Catégories de ménages retenues pour la décomposition L’objectif est de décomposer le patrimoine tel qu’il est présenté dans les comptes nationaux par catégories de ménages, en retenant différents critères socio-économiques : le niveau de vie et la composition du ménage, l’âge et la catégorie socioprofessionnelle de la personne de référence du ménage et la taille d’unité urbaine du lieu de résidence du ménage. Les mêmes catégories que celles utilisées pour la décomposition des comptes de flux (revenu et consommation) ont été retenues. La composition du ménage, l’âge et la catégorie socioprofessionnelle sont des variables de l’enquête Patrimoine ; toutefois, un regroupement de modalités a été opéré pour les retraités et autres inactifs afin d’avoir des effectifs de ménages suffisants. La taille d’unité urbaine a été introduite alors qu’elle n’était pas utilisée à l’origine dans l’exercice de la décomposition des comptes de flux. En comptabilité nationale, le revenu disponible brut (RDB) comprend les revenus d’activités (salaires et traitements bruts des ménages, bénéfices des entrepreneurs individuels), les revenus du patrimoine hors plus-values latentes ou réalisées (dividendes, intérêts et loyers), les transferts (notamment les indemnités d’assurance nettes des primes) et les prestations sociales (pensions de retraite, indemnités de chômage, allocations familiales, minima sociaux, etc.). À l’opposé, les impôts (principalement impôts sur le revenu, taxe d’habitation, CSG et CRDS) et cotisations sociales viennent diminuer le RDB. Comme les comptes sont établis pour l’ensemble des ménages, les transferts financiers (pensions alimentaires, aides financières) et les échanges de biens et services (automobiles, vêtements, électroménager) entre ménages résidents n’ont pas d’impact sur les agrégats d’ensemble ; ils ne font donc pas l’objet d’évaluations spécifiques. Cependant, dans le cadre de la décomposition des comptes de flux, une méthode a été mise en œuvre afin d’estimer les transferts privés en espèces ainsi que les achats et ventes d’automobiles entre ménages. Le revenu disponible et l’épargne analysés dans cet article tiennent compte de ces transferts privés entre ménages. Le niveau de vie est le rapport du revenu disponible brut du ménage sur le nombre d’unités de consommation. Il n’existe dans aucune enquête auprès des ménages de variable correspondant exactement au revenu disponible tel qu’il est défini en comptabilité nationale. Dans le domaine du logement, les comptes couvrent l’ensemble des logements possédés par les ménages ; dans les enquêtes, seules les informations relatives aux résidences principales sont collectées (taxe d’habitation, taxe foncière et emprunts). De plus, certaines composantes du revenu disponible ne sont pas bien couvertes dans les enquêtes du fait de l’interrogation auprès d’un échantillon de la population. C’est en particulier le cas des revenus du patrimoine, qui sont très concentrés parmi les ménages et sont donc difficilement observables. Il faut ainsi recaler ce type de revenus sur les masses de la comptabilité nationale. Enfin, les revenus du travail au noir et de la fraude sont a priori absents des données

1. C’est-à-dire actif ayant comme statut d’activité « salarié chef de son entreprise ou de son conjoint », « aide un membre de sa famille », « à son compte ». 2. C’est-à-dire actif ayant comme activité secondaire « agriculteur », « commerçant », « artisan ou petit industriel » ou « profession libérale ».

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Encadré 1 (suite) collectées dans les enquêtes ; les comptables nationaux procèdent à des redressements pour les inclure dans le revenu disponible. Les comptables nationaux calculent enfin certains flux de revenus qui ne sont pas directement appréhendés par les ménages. Le cas le plus important concerne les propriétaires occupant leur logement, qui produisent ainsi un service de logement autoconsommé ; à ce titre, on relève à la fois leur revenu et leur consommation d’un loyer « imputé ». Cette méthode a un impact sur la répartition des propriétaires occupants selon l’échelle des niveaux de vie : par exemple, la part des propriétaires est de 14 % dans le premier quintile alors que dans l’enquête Revenus Fiscaux, où les loyers ne sont pas imputés, elle est de 29 %. Pour pouvoir classer les ménages interrogés à l’enquête selon l’échelle des niveaux de vie, un revenu disponible « au sens de la comptabilité nationale » a été calculé à partir des données de l’enquête Statistiques sur les Ressources et les Conditions de Vie des ménages (SRCV). Ce choix s’explique par le fait que le concept de revenu disponible dans cette enquête est le plus proche de celui de la comptabilité nationale dans le sens où les ressources comme l’autoconsommation et les avantages en nature sont collectées (pour tous les détails méthodologiques, voir document de travail G2009/11). Les revenus mal couverts, tels que les revenus financiers, ont fait l’objet d’estimations économétriques et ont été recalés sur les données macroéconomiques. Non seulement des loyers ont été imputés aux propriétaires occupants, mais d’autres composantes manquantes telles que les intérêts sur les crédits à la consommation, la fraude et travail au noir ont également été imputées. Une fois attribué à chaque individu de l’enquête SRCV un revenu disponible au sens de la comptabilité nationale, on estime une équation économétrique reliant ce revenu disponible à d’autres variables de l’enquête. Les variables explicatives du modèle sont les suivantes : revenu déclaré par les ménages dans l’enquête, catégorie sociale, statut d’occupation du logement et composition familiale. Puis, on impute grâce à ce modèle économétrique un revenu disponible dans l’enquête Patrimoine, que l’on rapporte au nombre d’unités de consommation de chaque ménage. In fine, les ménages de l’enquête Patrimoine sont ainsi classés selon leur niveau de vie au sens de la comptabilité nationale. Méthode de décomposition La méthode de décomposition retenue est proche de celle utilisée dans la décomposition des comptes de flux par catégories de ménages. La première étape consiste à associer à chaque composante du compte de patrimoine une information disponible dans l’enquête. On commence donc par comparer pour chaque composante les définitions et les masses associées entre les deux sources afin d’obtenir un taux de couverture par opération et de repérer les composantes non couvertes par l’enquête. Les résultats de la comparaison font apparaître des montants donnés par l’enquête nettement inférieurs, notamment pour les actifs financiers dont le taux de couverture est d’un tiers. Ce taux atteint 70 % pour les actifs non financiers (73 % pour les actifs immobiliers). Plusieurs phénomènes peuvent expliquer de tels écarts. En premier lieu, la distribution du patrimoine étant fortement concentrée, il est difficile de mesurer avec précision les plus hauts patrimoines à l’aide d’une enquête par sondage. Par ailleurs, les questions d’argent et d’évaluation du patrimoine sont délicates à traiter. Les répondants doivent être capables d’évaluer la valeur de marché de biens acquis parfois depuis plusieurs années (biens immobiliers, assurance-vie), qui peut avoir fortement varié depuis leur acquisition. Ils doivent aussi être capables d’évaluer des biens dont la valeur peut connaître des fluctuations importantes même sur des périodes courtes (actions cotées, actifs financiers). Le répondant peut alors préférer donner une valeur « plancher » ou prudente de ses actifs. Ces sous-évaluations existaient dans les précédentes éditions de l’enquête Patrimoine. On les rencontre également dans les enquêtes menées à l’étranger sur le même thème. De ce point de vue, le protocole de l’enquête Patrimoine menée en 2009 a permis de progresser (mode de collecte, surreprésentation des plus hauts patrimoines dans l’échantillon). Lors de l’établissement des correspondances poste à poste entre comptabilité nationale et enquête, trois cas se présentent. Parfois, il n’existe pas d’équivalent dans l’enquête : c’est le cas, par exemple, des billets et pièces qu’on a choisi par convention de ventiler comme les dépôts transférables. Dans d’autres cas, le compte est plus détaillé que l’enquête auprès des ménages. Par exemple, les bons du Trésor, bons d’épargne et de caisse représentent un seul actif dans l’enquête mais font référence à deux composantes différentes dans les

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Encadré 1 (suite) comptes : ils ont été ventilés à l’aide d’une clé de partage issue des données des comptes nationaux. Pour les prêts à court et long terme, faute d’information, ces deux composantes ont été regroupées dans les comptes pour être rapprochées d’une composante disponible dans l’enquête. À l’inverse, lorsque cela a été possible, les composantes du compte (notamment les actifs financiers) ont été détaillées de façon à isoler dans les agrégats les montants correspondant à chaque actif décrit dans l’enquête : ainsi, au sein des placements à vue, les différents types de livrets ont été distingués ; des informations de la Banque de France ont été mobilisées. Un traitement spécifique a été réalisé pour les actions non cotées et autres participations, dont le taux de couverture était très faible dans l’enquête. On a estimé la valeur des parts de SARL, EARL, et EURL détenues par un ménage répondant à l’enquête lorsque le dirigeant est membre du ménage, en mobilisant la valeur du patrimoine professionnel net (les actifs professionnels moins les passifs professionnels). La valeur de ces actifs donnée par l’enquête, ainsi corrigée, a pu être rapprochée du montant du compte. Pour être plus proche de la notion de patrimoine dans l’enquête, le concept de biens professionnels a été introduit, bien qu’il n’existe pas en comptabilité nationale. Celui-ci regroupe les actifs non financiers suivants : le bâti détenu par les entreprises individuelles, les actifs professionnels agricoles (actifs et terrains cultivés) et les autres actifs professionnels (machines et équipements y compris logiciels, actifs incorporels non produits, stocks). On y ajoute les actions non cotées et autres participations. Les actifs non financiers – non professionnels – comprennent le bâti détenu par les ménages, les bois et forêts et les autres terrains et plans d’eau ainsi que les objets de valeur. Les actifs financiers correspondent à l’ensemble des actifs financiers décrits dans l’enquête hors actions non cotées et parts de SARL, EARL et EURL. Pour les actifs financiers dont la distribution est encore plus concentrée que celle des actifs immobiliers, on a tenu compte de l’information disponible dans l’enquête Patrimoine 2009 qui offre un plan de sondage amélioré par rapport à celui de l’enquête 2003. Les encours des actifs financiers des ménages selon leur quintile de niveau de vie ont été calculés dans l’enquête Patrimoine 2009 de deux façons : en tenant compte des améliorations de couverture liées au nouveau protocole de l’enquête, mais aussi à méthodologie constante par rapport à l’enquête de 2003. Ceci a permis de mesurer des écarts de montants liés à la moins bonne représentation des hauts patrimoines en 2003, et de redresser en conséquence, pour chaque type d’actifs financiers et chaque catégorie de ménage (selon le niveau de vie), les montants de l’enquête Patrimoine 2003. Une fois ces correspondances établies et ces deux recalages particuliers réalisés (actions non cotées et actifs financiers), on calcule dans l’enquête des montants moyens pour chaque catégorie de ménages et pour chacune des composantes. On utilise pour cela les cinq variables de catégorie disponibles dans l’enquête Patrimoine (dont le quintile de niveau de vie imputé selon la méthode décrite précédemment). On calcule ensuite les masses financières associées, en multipliant les montants moyens par les effectifs de chaque catégorie de ménages. Les données d’effectifs de ménages sont issues de l’enquête Emploi, du compte satellite du logement et de l’enquête Revenus Fiscaux (ERF) pour 2003. Enfin les masses obtenues sont recalées, via un coefficient multiplicateur, sur les masses totales de la comptabilité nationale (restreintes au champ des ménages ordinaires de la France métropolitaine). On dispose ainsi, pour chaque composante du patrimoine, d’une décomposition de la valeur du compte par catégorie de ménages. On en déduit le patrimoine brut des ménages en sommant les composantes des actifs financiers et des actifs non financiers. Le patrimoine net total des ménages est calculé en ôtant du patrimoine brut les passifs des ménages. Cette méthode permet de tirer le meilleur parti de l’information disponible. Elle demeure toutefois tributaire de la qualité de cette information première. En particulier, le calage sur des données macroéconomiques revient à corriger une sous-évaluation des actifs déclarés par chaque ménage, mais on ne cherche pas à corriger une éventuelle non-déclaration : un ménage ayant omis de déclarer détenir un actif n’en détient toujours pas après calage. De même, ce calage sur données de la comptabilité nationale n’améliore en rien la précision des données microéconomiques quant aux très hauts patrimoines et à leur hétérogénéité. Enfin, cette méthode est également tributaire de la qualité des estimations fournies par la comptabilité nationale elle-même. Pour disposer de la méthode complète de décomposition du compte de patrimoine par catégories de ménages, on pourra se référer au document de travail publié sur le site de l’Insee.

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Un patrimoine moyen dix fois plus important pour les ménages âgés de 60 ans ou plus que pour les moins de 30 ans
Le patrimoine moyen par ménage, net d’endettement, atteint 242 000 euros fin 2003. Cette moyenne cache de fortes disparités selon l’âge de la personne de référence du ménage. Ainsi, les ménages âgés de moins de 40 ans ne possèdent que 13 % du patrimoine total alors qu’ils représentent 30 % des ménages (figure 1). 1. Patrimoine moyen des ménages selon l’âge de la personne de référence du ménage
montants moyens par ménage en euros Moins 30 de 30 ans 39 ans 40 49 ans 50 59 ans 60 69 ans 70 ans ou plus Ensemble des ménages

Actifs non financiers 30 080 110 680 178 930 215 890 200 130 149 100 153 980 dont logement 27 740 106 630 170 740 205 940 189 010 140 860 146 470 Actifs professionnels 3 060 25 070 37 320 43 900 17 960 10 330 24 700 dont bâti détenu par les entreprises individuelles 160 1 450 6 660 8 740 4 110 3 860 4 500 dont actions non cotées et autres participations 1 240 19 940 20 490 20 380 5 940 1 800 12 690 Actifs financiers 21 900 44 280 75 400 101 810 146 300 118 290 86 570 dont placements à vue (Livrets…) 5 200 8 490 14 280 17 200 13 540 17 140 13 260 dont épargne contractuelle (PEL…) 4 580 8 290 9 620 15 380 12 000 9 370 10 160 dont actions cotées et titres émis par les OPCVM 1 880 5 480 11 230 16 680 35 890 18 870 14 880 dont réserves techniques d’assurance (assurance-vie) 5 120 14 100 27 530 35 740 67 260 50 830 33 970 Passifs 18 120 39 080 39 320 27 250 8 180 1 960 23 260 Sur les seuls ménages endettés 56 802 86 130 84 882 75 791 38 371 28 623 73 790 Proportion de ménages endettés (en %) 33,8 46,6 46,0 38,0 21,3 6,9 32,2 Patrimoine net (actifs-passifs) 36 920 140 950 252 330 334 350 356 210 275 770 241 980 Nombre de ménages 2 677 360 4 698 009 4 874 815 4 672 751 3 233 038 5 102 138 25 258 111
Champ : ménages ordinaires de France métropolitaine au 31 décembre 2003. Source : Insee, Comptes nationaux 2003, base 2005 - enquête Patrimoine 2003 et calculs des auteurs.

Le patrimoine net moyen des ménages dont la personne de référence a moins de 30 ans est de 37 000 euros, soit dix fois moins que le patrimoine net moyen des 60-69 ans, qui atteint 356 000 euros. La croissance du patrimoine avcec l’âge cesse cependant au-delà : les ménages de 70 ans ou plus possèdent un patrimoine un peu inférieur (276 000 euros) à celui des sexagénaires, soit parce qu’ils ont moins accumulé au cours de leur vie active que les générations plus récentes, soit parce qu’ils se sont mis à puiser dans leur patrimoine pour faire face à la baisse de revenus occasionnée par le passage à la retraite ou pour réaliser des donations à des proches. Ces résultats reflètent l’accumulation patrimoniale des ménages au cours de leur existence : ils apparaissent, à première vue, conformes à la théorie économique du cycle de vie formulée par Modigliani pour caractériser le comportement d’épargne des ménages. Ainsi, les ménages actifs cherchent à accumuler un patrimoine qu’ils consommeront après leur départ en retraite, pour compenser une baisse de revenus. Cet effort d’épargne croît également avec l’âge, car il est plus aisé à consentir à mesure que le niveau de vie s’élève avec la progression dans la carrière professionnelle. D’autres phénomènes peuvent également expliquer les disparités de patrimoine par tranche d’âge, comme l’âge auquel les ménages reçoivent d’éventuels héritages ou donations. L’analyse de la composition du patrimoine par âge montre que c’est à partir de 50 ans que les ménages détiennent un patrimoine financier supérieur à la moyenne (figure 2). Ainsi, le patrimoine financier est détenu à 71 % par les ménages âgés de 50 ans ou plus tandis que 66 % du patrimoine non financier et professionnel appartient aux ménages de 40 à 69 ans. C’est logiquement entre 30 et 59 ans, c’est-à-dire pendant la vie active, que la part des actifs professionnels dans l’ensemble des actifs est la plus élevée. C’est également pour cette Dossier - Les disparités entre ménages dans les comptes nationaux... 69

tranche d’âge que le poids des actifs non financiers et particulièrement celui du logement (encadré 2) est le plus important. Cette constitution d’un patrimoine immobilier s’accompagne d’un endettement élevé (infra). Si les ménages âgés de moins de 30 ans et de 60 ans ou plus se distinguent par une part plus grande des actifs financiers dans leur patrimoine, les montants en jeu sont très différents, de même que le poids pris par les différents types de produits financiers (figure 3). 2. Écarts aux stocks moyens d’actifs et de passifs selon l’âge de la personne de référence du ménage
en % 80 60 40 20 0 – 20 – 40 – 60 – 80 Patrimoine net – 100 Moins de 30 ans 30 - 39 ans 40 - 49 ans 50 - 59 ans 60 - 69 ans 70 ans ou plus Actifs non financiers et professionnels Actifs financiers Passifs

Champ : ménages ordinaires de France métropolitaine au 31 décembre 2003. Lecture : les passifs des ménages âgés de 30 à 39 ans sont supérieurs de 68 % aux passifs de l’ensemble des ménages. Source : Insee, Comptes nationaux 2003, base 2005 - enquête Patrimoine 2003 et calculs des auteurs.

3. Composition des actifs financiers selon l’âge de la personne de référence du ménage
en % Moins 30 de 30 ans 39 ans Billets, pièces et dépôts transférables 20,8 Placements à vue 23,7 dont livrets soumis à l’impôt 2,5 dont livrets A ou bleus 7,3 dont livrets jeunes 2,2 dont livrets d’épargne populaire 4,9 dont livrets de développement durable (CODEVI) 2,8 dont comptes d’épargne-logement 4,1 Épargne contractuelle 20,9 dont PEL 20,0 dont PEP bancaire 0,8 dont livrets épargne entreprise 0,1 Autres dépôts (placements à échéance, etc.) 1,6 Titres hors actions (obligations et bons du Trésor) 0,4 Crédits 0,6 Actions cotées et titres émis par les OPCVM 8,6 Assurance-vie, assurance-décès et épargne retraite 10,9 Réserves-primes et réserves-sinistres 12,5 Actifs financiers 100,0 Montants moyens (en euros) 21 900 15,5 19,2 2,9 5,4 0,2 3,7 2,9 4,0 18,7 16,5 2,1 0,1 0,8 0,5 1,2 12,4 23,9 7,9 100,0 44 280 40 49 ans 12,5 18,9 7,1 5,2 0,7 2,1 1,8 2,2 12,8 11,2 1,5 0,0 1,7 1,2 1,5 14,9 31,7 4,8 100,0 75 400 50 59 ans 11,8 16,9 5,0 6,1 0,3 1,7 1,9 1,9 15,1 11,7 2,5 0,9 2,5 0,9 1,4 16,4 31,9 3,2 100,0 101 810 60 69 ans 7,9 9,3 1,2 4,2 0,0 1,7 1,4 0,7 8,2 6,5 1,6 0,0 1,0 2,0 1,1 24,5 44,0 2,0 100,0 146 300 70 ans Ensemble ou plus des ménages 10,6 14,5 2,7 6,4 0,0 2,9 1,9 0,5 7,9 5,6 2,3 0,0 2,0 6,0 0,1 15,9 41,0 2,0 100,0 118 290 11,3 15,3 3,6 5,6 0,3 2,4 1,9 1,6 11,7 9,5 2,0 0,2 1,7 2,5 1,0 17,2 35,7 3,6 100,0 86 570

Champ : ménages ordinaires de France métropolitaine au 31 décembre 2003. Source : Insee, Comptes nationaux 2003, base 2005 - enquête Patrimoine 2003 et calculs des auteurs.

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L’économie française, édition 2012

Encadré 2

Le logement : un poids important tant dans le revenu et la consommation que dans le patrimoine
Le logement est un actif particulier à plus d’un titre. Tout d’abord, il satisfait l’aspiration des ménages à devenir propriétaires et il est de fait la composante essentielle du patrimoine des ménages. Il représente, fin 2003, 55 % des actifs possédés et il est à l’origine de 60 % des dettes contractées (figure). Le logement est également le premier poste de consommation des ménages (20 %) et il contribue pour 13 % à leur revenu disponible au titre de la production de service de logement (encadré 1) des ménages propriétaires, que ces derniers louent leur bien à un tiers ou qu’ils en soient les occupants (dans ce dernier cas, le logement rehausse aussi leur revenu, puisqu’il leur permet de consommer un service de logement)1. En outre, même si une part du patrimoine immobilier est transmise via les héritages, son acquisition nécessite bien souvent de s’endetter, donc de dégager ensuite pendant de nombreuses années une forte capacité d’épargne pour rembourser.

1. Par conséquent, la part des propriétaires occupants selon les niveaux de vie est différente de celle observée dans l’enquête Revenus Fiscaux réalisée auprès des ménages (encadré 1).

Revenus, consommation et patrimoine en logement des ménages en 2003
en milliards d’euros Revenus primaires issus du logement Q1 Q2 Q3 Q4 Q5 Moins de 30 ans 30 - 39 ans 40 - 49 ans 50 - 59 ans 60 - 69 ans 70 ans ou plus Agriculteurs Chefs d’entreprises et professions libérales Cadres Professions intermédiaires Employés Ouvriers Retraités agriculteurs et autres indépendants Retraités cadres et professions intermédiaires Retraités employés, ouvriers, autres inactifs Personne seule Famille monoparentale Couple sans enfant Couple avec un enfant Couple avec 2 enfants Couple avec 3 enfants ou plus Ensemble des ménages 5 11 20 31 58 4 20 26 28 20 26 2 12 19 19 9 13 12 18 19 24 6 45 19 21 9 124 dont loyers réels1 0,0 0,6 1,2 3,3 20,3 0,3 1,4 3,7 6,7 6,2 6,9 0,8 4,4 3,1 2,0 1,0 0,8 6,0 4,6 2,5 5,6 0,9 12,7 3,0 2,3 0,7 25 Intérêts versés Part des Part des Consom- dont Patrimoine Prêts au titre de ménages ménages mation loyers en immola résidence propriétaires accédants en loyers fictifs logements biliers principale (en %) (en %) 0,9 2,0 3,4 4,4 4,0 1,1 6,1 4,9 2,2 0,5 0,1 0,1 1,6 3,6 3,8 1,5 3,2 0,1 0,3 0,5 1,1 0,6 2,7 3,2 4,9 2,2 14,7 11 20 29 38 49 11 30 32 30 19 26 2 11 25 26 14 20 8 17 25 33 8 46 23 25 11 147 6 12 21 31 43 4 21 26 25 16 22 2 9 19 19 9 14 7 15 19 21 5 37 18 22 10 114 212 399 590 864 1 635 74 501 832 962 611 719 87 383 640 536 215 385 308 543 603 616 149 1 400 580 633 322 3 700 20 37 65 98 138 21 138 118 63 13 5 3 31 117 77 33 72 5 8 11 29 17 72 70 108 62 358 13,6 26,9 35,7 40,4 53,9 1,8 5,6 21,1 46,6 62,1 59,7 56,4 31,0 24,2 22,1 14,4 15,6 68,9 68,1 47,1 30,8 22,7 53,0 31,7 17,1 16,0 34,1 7,7 16,3 24,3 31,0 28,9 11,9 40,5 39,8 20,9 7,4 1,7 27,9 33,7 41,6 37,1 21,5 31,0 3,9 7,6 3,1 8,4 14,5 13,1 32,4 52,4 47,5 21,6

1. Correspond aux loyers perçus moins les consommations intermédiaires et la taxe foncière considérée comme un impôt sur la production. Champ : ménages ordinaires hors entreprises individuelles, de France métropolitaine au 31 décembre 2003. Source : Insee, Comptes nationaux 2003, base 2005 - enquête Patrimoine 2003 et calculs des auteurs.

Dossier - Les disparités entre ménages dans les comptes nationaux...

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Encadré 2 (suite) Globalement, les crédits immobiliers non encore remboursés représentent 10 % de la valeur totale des logements. Cette proportion varie peu selon le quintile de niveau de vie, mais ce n’est pas le cas dans d’autres dimensions. Ainsi, les ménages dont la personne de référence a moins de 40 ans ont encore 28 % de leurs biens immobiliers à payer ; les ménages dont la personne de référence est ouvrière ou encore les couples avec trois enfants ou plus 19 %. À l’inverse, le ratio des prêts immobiliers sur les actifs immobiliers est faible pour les agriculteurs et les autres indépendants (respectivement 4 % et 8 %). Le logement peut également générer des revenus sous forme de loyers perçus auprès d’un locataire. Ce type de revenus concerne pour l’essentiel les ménages aisés : 80 % des loyers sont perçus par les ménages appartenant au cinquième quintile. Les ménages recevant des revenus locatifs sont pour moitié des ménages dont la personne de référence a plus de 60 ans, et également pour moitié des personnes vivant seules ou sans enfant dans le ménage.

Les plus jeunes privilégient les placements à vue (livrets notamment) et l’épargne contractuelle (Plans d’Épargne Logement (PEL) et Plans d’Épargne Populaire (PEP) essentiellement) davantage susceptibles d’être mobilisés rapidement pour financer l’acquisition d’un logement, par exemple. À l’inverse, les ménages âgés de 60 ans ou plus élargissent la gamme de leur portefeuille et accordent une part importante à l’assurance-vie, aux obligations et bons du Trésor, aux actions et aux titres d’Organismes de Placements Collectifs en Valeurs Mobilières (OPCVM). Les ménages âgés de 30 à 49 ans sont les plus endettés : le montant moyen de leurs passifs (lesquels financent l’acquisition de biens de consommation ou d’actifs non financiers ou professionnels) est de 39 000 euros. Les montants moyens des encours de prêts les plus faibles concernent les ménages dont la personne de référence est âgée de 70 ans ou plus (2 000 euros), de 60 à 69 ans (8 200 euros) et également de moins de 30 ans (18 100 euros). Ces montants moyens sont calculés sur l’ensemble des ménages par tranche d’âge, qu’ils soient endettés ou pas. Ce profil « en cloche » d’endettement moyen par âge demeure lorsqu’on se restreint aux seuls ménages endettés, mais il est accentué par le fait que la part des ménages endettés est elle-même plus faible parmi les ménages les plus jeunes et les plus 4 âgés. La nature des passifs diffère également selon l’âge : ainsi, la part des prêts immobiliers dans l’ensemble des passifs est de 75 % pour les 30-39 ans et de 61 % pour les 40-49 ans contre moins de 50 % pour les autres tranches d’âge ; à l’inverse, les prêts à la consommation représentent plus d’un tiers de l’endettement des ménages de moins de 30 ans mais aussi de ceux de 60 ans ou plus. Les prêts professionnels, sont, comme la détention de biens professionnels, surreprésentés parmi les ménages âgés de 40 à 59 ans. Si on rapporte l’ensemble des passifs des ménages à leurs actifs, ce ratio ne cesse de décroître avec l’âge : de 0,33 en moyenne pour les ménages de moins de 30 ans, il est de 0,22 pour les 30 à 39 ans pour devenir négligeable à 0,01 chez les ménages de 70 ans ou plus.

Les indépendants actifs ou retraités possèdent 30 % du patrimoine net des ménages
La répartition du patrimoine selon la catégorie socioprofessionnelle est, elle aussi, inégale. Ainsi, le patrimoine net moyen des chefs d’entreprises (592 000 euros) et celui des agriculteurs (713 000 euros) sont nettement supérieurs à celui des cadres (372 000 euros),
4. Dans la suite du dossier, le terme « prêts » désigne les encours de prêts.

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L’économie française, édition 2012

lui-même nettement plus élevé que le patrimoine net moyen des professions intermédiaires (194 000 euros) (figure 4). Les employés, comme les ouvriers disposent d’un patrimoine net moyen bien plus faible (environ 100 000 euros). Le patrimoine net moyen des agriculteurs est donc presque trois fois plus important que celui de l’ensemble des ménages, alors que celui des employés et des ouvriers l’est plus de deux fois moins. Le rapport entre le patrimoine net moyen des agriculteurs et celui des employés ou ouvriers est ainsi de 7,1.

4. Patrimoine moyen des ménages selon la catégorie socioprofessionnelle de la personne de référence du ménage
Personne de référence du ménage active
Chefs d’entreprises Agriculteurs et professions libérales Actifs non financiers Actifs professionnels Actifs financiers Passifs Sur les seuls ménages endettés Proportion de ménages endettés (en %) Patrimoine net (actifs-passifs) Nombre de ménages 243 690 413 940 139 900 84 490 280 466 34,9 713 030 404 130 300 610 189 240 164 450 62 530 161 624 34,7 591 770 1 363 938 Cadres 268 700 11 260 149 050 57 270 116 705 52,3 371 730 2 475 295 montants moyens par ménage en euros Professions Employés intermédiaires 155 630 9 180 61 080 31 980 70 540 48,0 193 920 3 561 394 80 690 4 180 36 040 19 800 53 751 35,9 101 110 Ouvriers 90 720 4 080 30 760 25 380 51 959 44,1 100 180

2 778 392 4 394 911

Personne de référence du ménage inactive
Retraités agriculteurs et autres indépendants Actifs non financiers Actifs professionnels Actifs financiers Passifs Sur les seuls ménages endettés Proportion de ménages endettés (en %) Patrimoine net (actifs-passifs) Nombre de ménages 217 480 46 890 211 200 4 330 40 247 10,5 471 250 1 566 003 Retraités cadres et professions intermédiaires 252 500 8 450 189 880 7 150 34 833 19,9 443 670 2 247 972

montants moyens par ménage en euros Retraités employés, ouvriers et autres inactifs 97 500 2 450 50 460 3 570 33 758 12,4 146 840 6 466 076 Ensemble des ménages 153 980 24 700 86 570 23 260 73 790 32,2 241 980 25 258 111

Champ : ménages ordinaires de France métropolitaine au 31 décembre 2003. Source : Insee, Comptes nationaux 2003, base 2005 - enquête Patrimoine 2003 et calculs des auteurs.

Les agriculteurs, chefs d’entreprises et professions libérales détiennent par ailleurs 30 % de l’ensemble du patrimoine, qu’ils soient encore actifs ou à la retraite, alors qu’ils ne représentent que 13 % de l’ensemble des ménages. Il faut toutefois souligner que les droits à la retraite des salariés ne sont ici pas pris en compte dans le patrimoine des salariés. Cette promesse d’un flux stable de revenus à venir pourrait être valorisée comme un élément patrimonial des salariés. Ceci peut expliquer pourquoi leur patrimoine est inférieur à celui des indépendants qui, eux, incluent très probablement dans leur stratégie patrimoniale, en particulier professionnelle, la perte de revenus liée au passage à la retraite (généralement plus marquée que pour les salariés compte tenu de la logique différente de leurs régimes de retraite).

Dossier - Les disparités entre ménages dans les comptes nationaux...

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La catégorie socioprofessionnelle d’appartenance de la personne de référence du ménage n’influe pas seulement sur le niveau, mais aussi sur la composition du patrimoine détenu (figure 5). La part des actifs professionnels dans le total des actifs est ainsi de 51 % pour les agriculteurs et de 29 % pour les chefs d’entreprises et professions libérales, contre seulement 2 à 5 % pour chacune des autres catégories de ménages dont la personne de référence est active. Les actifs des retraités agriculteurs et autres indépendants sont encore composés pour un dixième d’actifs professionnels. Au total, les actifs professionnels sont détenus à 80 % par les indépendants, qu’ils soient actifs ou retraités. 5. Composition des actifs professionnels selon la catégorie socioprofessionnelle de la personne de référence du ménage
Personne de référence du ménage active
Chefs d’entreprises Professions et professions Cadres interlibérales médiaires 12,6 21,5 5,2 13,7 2,6 1,0 0,2 0,1 0,7 64,9 100,0 189 240 15,4 6,2 2,2 2,9 1,2 14,3 4,9 0,2 9,2 64,1 100,0 11 260 15,0 16,5 4,5 11,0 1,0 11,2 6,3 0,3 4,6 57,3 100,0 9 180 en % Employés Ouvriers 21,6 5,5 1,5 1,3 2,8 10,4 0,0 1,7 8,6 62,4 100,0 4 180 38,6 23,8 15,7 6,9 1,1 15,9 2,3 2,9 10,7 21,8 100,0 4 080

Agriculteurs Bâti détenu par les entrepreneurs individuels1 Autres actifs professionnels hors actifs agricoles dont : machines et équipements, y.c logiciels actifs incorporels non produits stocks Autres actifs professionnels agricoles dont : vignes et vergers cheptel terrains cultivés Actions non cotées et autres participations Ensemble des actifs professionnels Montants moyens (en euros) 16,6 14,8 11,0 0,1 3,7 23,9 4,3 9,3 10,3 44,7 100,0 413 940

Personne de référence du ménage inactive
Retraités agriculteurs et autres indépendants Bâti détenu par les entrepreneurs individuels1 Autres actifs professionnels hors actifs agricoles dont : machines et équipements, y.c logiciels actifs incorporels non produits stocks Autres actifs professionnels agricoles dont : vignes et vergers cheptel terrains cultivés Actions non cotées et autres participations Ensemble des actifs professionnels Montants moyens (en euros) 36,3 7,1 2,7 2,4 2,0 32,3 5,3 1,3 25,8 24,2 100,0 46 890 Retraités cadres et professions intermédiaires 20,6 5,9 1,4 3,4 1,1 32,8 7,9 0,0 24,9 40,7 100,0 8 450 Retraités employés, ouvriers et autres inactifs 25,8 8,1 1,8 6,2 0,1 35,3 3,0 0,4 32,0 30,7 100,0 2 450

en % Ensemble des ménages 18,2 16,0 6,3 7,2 2,5 14,4 2,8 2,8 8,8 51,4 100,0 24 700

1. Bâtiments principalement non résidentiels. Champ : ménages ordinaires de France métropolitaine au 31 décembre 2003. Source : Insee, Comptes nationaux 2003, base 2005 - enquête Patrimoine 2003 et calculs des auteurs.

Les actifs professionnels des ménages sont constitués pour la moitié d’actions non cotées et autres participations. Le reste est assez également réparti entre le bâti détenu par les entrepreneurs individuels, les actifs professionnels agricoles et les autres actifs professionnels. Les actions non cotées et autres participations représentent 45 % des actifs professionnels des agriculteurs, et les actifs agricoles 24 %, tandis que le patrimoine des autres indépendants est

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L’économie française, édition 2012

composé presque aux deux tiers de parts de sociétés. Les parts de sociétés représentent encore le quart du patrimoine professionnel des retraités indépendants (agriculteurs, chefs d’entreprises et professions libérales), mais celui-ci est composé principalement de terrains cultivés et de bâti. En moyenne, les actifs non financiers non professionnels sont composés à 95 % de logements, les bois et forêts et autres terrains et plans d’eau représentant seulement 3 % du total (un peu plus toutefois chez les indépendants, notamment les agriculteurs actifs ou retraités) et les objets de valeur 2 %. Au sein des ménages non indépendants, où la détention d’actifs professionnels est marginale, les cadres détiennent plus d’actifs financiers que les professions intermédiaires, les employés et les ouvriers. Les actifs financiers pèsent au contraire assez peu dans le patrimoine des agriculteurs, notamment du fait de la part importante de leurs actifs professionnels. La composition du portefeuille d’actifs financiers varie également selon la catégorie socioprofessionnelle du chef de ménage (figure 6). Par exemple, les chefs d’entreprises et professions libérales, les cadres, et les retraités cadres et professions intermédiaires se distinguent par une proportion assez forte, dans leurs actifs financiers, d’actions cotées et de titres d’OPCVM. Les employés et les ouvriers, qu’ils soient actifs ou retraités, placent la grande majorité de leurs actifs financiers sous forme de livrets (livrets A ou bleus, livrets d’épargne populaire).

6. Structure du patrimoine financier selon la catégorie socioprofessionnelle de la personne de référence du ménage
en % Ensemble des ménages Retraités employés, ouvriers et autres inactifs Retraités cadres et professions intermédiaires Retraités agriculteurs et autres indépendants Ouvriers Employés Professions intermédiaires Cadres Chefs d’entreprises et professions libérales Agriculteurs

0
Placements à vue (livrets,…)

10

20

30

40
Autres produits

50

60

70

80

90

100

Épargne contractuelle (PEL,…)

Actions cotées et titres émis par les OPCVM

Assurance-vie, assurance-décès et épargne retraite

Champ : ménages ordinaires de France métropolitaine. Source : Insee, comptes nationaux 2003 en base 2005 - enquête Patrimoine 2003 et calculs des auteurs.

L’acquisition de biens professionnels s’accompagne d’un endettement important
Les agriculteurs ont le montant moyen d’endettement le plus élevé (84 500 euros). Viennent ensuite les autres indépendants (62 500 euros) et les cadres (57 300 euros). Les ménages les moins endettés sont les retraités et autres inactifs avec en moyenne un montant de prêts inférieur à 7 200 euros : ceux-ci ont un montant moyen de crédit immobilier dix fois inférieur à l’ensemble des actifs, environ trois fois inférieur pour les crédits à la consommation et un montant négligeable de prêts professionnels. Cependant, si on considère la proportion de ménages endettés, ce ne sont pas les agriculteurs les plus concernés mais les cadres et les professions intermédiaires (avec plus de 48 % d’entre eux concernés).

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75

Les prêts professionnels représentent 87 % de l’endettement pour les agriculteurs, et 57 % pour les chefs d’entreprise et les professions libérales contre 17 % pour l’ensemble des ménages. Cela s’explique par leur statut de travailleurs indépendants qui nécessite un investissement professionnel. Ainsi, le poids des prêts immobiliers dans l’endettement des ménages d’agriculteurs est inférieur à 10 % tandis qu’il est le plus élevé pour les cadres (83 %). Plus de deux tiers des passifs sont également dédiés aux prêts immobiliers pour les ménages de professions intermédiaires, d’ouvriers et de retraités agriculteurs et indépendants. C’est au sein des ménages d’employés et d’ouvriers à la retraite et autres inactifs que le poids des prêts à la consommation est le plus fort puisqu’ils représentent plus de 50 % de leur endettement, contre 20 % pour l’ensemble des ménages. En moyenne, les montants des passifs représentent 9 % du patrimoine brut. Le poids des passifs est plus important pour les ménages dont la personne de référence est active (avec une valeur maximale de 20 % pour les ouvriers) ; il est plus faible pour les ménages retraités ou inactifs. Par type de passifs, l’endettement pèse davantage pour les ménages dont un des membres possède une entreprise individuelle. Ce sont en effet les biens professionnels qui génèrent le plus fort endettement. Si on les rapporte aux montants des actifs professionnels, les prêts professionnels représentent 16 % du montant total tandis que, si on les rapporte aux montants des biens immobiliers, les prêts immobiliers des ménages représentent 10 % du montant total.

La moitié du patrimoine est détenue par les 20 % des ménages les plus aisés
Le niveau de patrimoine varie fortement selon l’échelle des niveaux de vie des ménages (figure 7). Ainsi, le patrimoine net moyen des 20 % des ménages les moins aisés (c’est-à-dire appartenant au premier quintile de niveau de vie) s’élève à 74 000 euros environ, soit à peine le tiers du patrimoine net moyen de l’ensemble des ménages. Les ménages du deuxième quintile disposent d’un patrimoine net moyen équivalent à la moitié de celui de l’ensemble des ménages, ceux des troisième et quatrième quintiles sont respectivement aux trois quarts ou légèrement au-dessus du patrimoine moyen (quintiles notés Q1, Q2, Q3, Q4 et Q5 dans les figures). En revanche, le patrimoine des ménages du dernier quintile de niveau de vie est 2,5 fois supérieur au patrimoine moyen de l’ensemble des ménages. Les 20 % des ménages les plus aisés possèdent ainsi 49 % de l’ensemble du patrimoine net, soit 8 fois plus que les ménages du premier quintile. La concentration du patrimoine est davantage marquée pour les actifs financiers que pour les actifs non financiers. Les ménages du dernier quintile détiennent 55 % du patrimoine financier contre seulement 44 % du patrimoine non financier. Par ailleurs, leur endettement ne représente que 34 % des passifs totaux. 7. Patrimoine moyen des ménages selon l’échelle des niveaux de vie
montants moyens par ménage en euros Q1 Actifs non financiers Actifs professionnels Actifs financiers Passifs Sur les seuls ménages endettés Proportion de ménages endettés (en %) Patrimoine net (actifs-passifs) Nombre de ménages 44 900 14 140 25 920 10 970 54 396 20,6 74 000 5 051 622 Q2 83 200 9 660 42 500 17 170 58 063 30,2 118 200 5 051 622 Q3 123 410 14 220 54 530 21 180 64 257 33,7 170 970 5 051 622 Q4 178 180 20 670 78 620 27 340 72 186 38,7 250 120 5 051 622 Q5 340 230 64 790 231 260 39 660 107 008 37,8 596 630 5 051 622 Ensemble des ménages 153 980 24 700 86 570 23 260 73 790 32,2 241 980 25 258 111

Champ : ménages ordinaires de France métropolitaine au 31 décembre 2003. Source : Insee, Comptes nationaux 2003, base 2005 - enquête Patrimoine 2003 et calculs des auteurs.

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L’économie française, édition 2012

Corrélativement, le ratio entre le patrimoine des ménages du dernier quintile et celui des ménages du premier quintile est de 8,9 pour les actifs financiers contre 6,9 pour les actifs non financiers. Les passifs sont nettement moins concentrés avec un ratio de 3,6 entre les ménages du dernier quintile et du premier quintile. La part des actifs professionnels dans l’ensemble des actifs est plus importante pour les ménages du premier et du dernier quintiles de niveau de vie que pour les ménages des quintiles intermédiaires (figure 8) : ils représentent 17 % des actifs détenus pour les ménages du premier quintile et 10 % pour ceux du dernier quintile contre environ 7 % pour les ménages des autres quintiles. Ceci reflète le fait que les indépendants, actifs et retraités, sont proportionnellement plus présents à la fois en haut et en bas de l’échelle des niveaux de vie.

8. Structure du patrimoine des ménages selon l’échelle des niveaux de vie

100

en % du patrimoine brut

30,5

31,4

28,4

28,3 36,3

80
7,1 7,4 7,4

32,6

60

16,6

9,3 10,2

40
61,5 52,8 64,2 64,2 53,5 58,1

20

0
– 12,9 – 12,7 – 11,0 – 9,9

– 6,2

– 8,8

– 20
Champ : ménages ordinaires de France métropolitaine au 31 décembre 2003. Source : Insee, Comptes nationaux 2003, base 2005 - enquête Patrimoine 2003 et calculs des auteurs.

Q1

Q2

Q3

Q4

Q5

Actifs non financiers Actifs financiers

Actifs professionnels Passifs

Ensemble des ménages

La composition des actifs professionnels varie beaucoup d’un quintile à l’autre : les biens professionnels des ménages des deux premiers quintiles sont composés d’au moins un quart de bâti, un quart d’actifs professionnels non agricoles et un quart d’actifs professionnels agricoles. A contrario, les actifs professionnels des ménages des quintiles supérieurs (3 à 5) sont essentiellement composés de parts de sociétés. Pour les ménages les plus aisés, le poids des actifs financiers est également plus important : 36,3 % contre 32,6 % pour l’ensemble des ménages. Ceux-ci sont composés pour près d’un quart d’actions cotées ou de titres émis par les OPCVM, dont la part dans l’ensemble des actifs financiers est également croissante avec le niveau de vie. Le patrimoine financier des ménages des quintiles inférieurs prend davantage la forme d’épargne liquide et peu risquée, tels que livrets d’épargne populaire, livrets A ou bleus et livrets jeunes. Le poids des autres dépôts dans le total de leurs actifs financiers est également plus important. La part de l’assurance-vie dans l’ensemble des actifs financiers, qui est de 36 % en moyenne, varie très peu d’un quintile à l’autre. L’assurance-vie constitue en 2003 le premier placement financier des ménages, favorisé par les mesures d’incitations fiscales relatives à ce produit.

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Les passifs représentent seulement 6 % du patrimoine brut des ménages du dernier quintile de niveau de vie
Le montant moyen des passifs est de 23 300 euros par ménage ; ce montant est de 11 000 euros pour le premier quintile de niveau de vie et de 39 700 euros pour le dernier quintile. Cette progression de l’endettement moyen avec le niveau de vie est accentuée par le fait que la proportion de ménages endettés croît elle-même avec le niveau de vie. L’endettement ne représente que 6 % du montant des actifs détenus par les ménages du dernier quintile contre 13 % pour les ménages du premier quintile. Les prêts immobiliers représentent en moyenne 61 % de l’ensemble des prêts (figure 9), les prêts à la consommation 19 % et les prêts professionnels destinés aux entreprises individuelles 17 %. 9. Composition des passifs des ménages selon l’échelle des niveaux de vie
100 en %
2,3 4,4 4,8 11,2 2,6 5,9 2,1 16,6 20,2 23,2 12,6 19,5 3,1 16,6

80

35,8

27,9

60
25,3 26,0

40
71,3 60,8 68,7 60,9

20

36,0

42,4

Champ : ménages ordinaires de France métropolitaine au 31 décembre 2003. Source : Insee, Comptes nationaux 2003, base 2005 - enquête Patrimoine 2003 et calculs des auteurs.

0 Q1 Q2 Q3 Q4 Q5 Prêts immobiliers Prêts professionnels Prêts à la consommation Autres prêts Ensemble des ménages

Toutefois, le poids des prêts pour un achat immobilier dans l’ensemble des prêts est en moyenne deux fois plus important pour les ménages du dernier quintile de niveau de vie (69 %) que pour les ménages du premier quintile de niveau de vie (36 %) ; à l’inverse, le poids des prêts à la consommation est deux fois plus important pour les ménages appartenant au premier quintile de niveau de vie (26 %) que pour ceux appartenant au dernier (13 %). Les prêts professionnels pèsent davantage dans les passifs des ménages aux plus faibles niveaux de vie : 36 % pour le premier quintile et 28 % pour le deuxième quintile. Néanmoins, les montants de ces prêts sont les plus importants pour les ménages du dernier quintile.

Les ménages avec enfant(s) ont un niveau d’endettement plus important
La composition familiale du ménage distingue moins les ménages en termes d’actifs détenus, mais elle met en évidence des situations d’endettement très différentes. Le rapport entre le patrimoine net moyen des couples sans enfant (le plus élevé, à 349 500 euros) et celui des familles monoparentales (le moins élevé, à 118 000 euros) 78 L’économie française, édition 2012

est de 3 (figure 10). Au sein des couples avec enfant(s), qui détiennent en moyenne moins de patrimoine que les couples sans enfant, on note peu de différences selon le nombre d’enfants. Les personnes seules détiennent plus de patrimoine que les familles monoparentales, mais 2,4 fois moins que les couples sans enfant. 10. Patrimoine moyen des ménages selon la composition familiale du ménage
montants moyens par ménage en euros Personne seule Actifs non financiers 81 190 Actifs professionnels 8 050 Actifs financiers 64 180 Passifs 7 220 Sur les seuls ménages endettés 44 659 Proportion de ménages endettés (%) 17,3 Patrimoine net (actifs-passifs) 146 210 Nombre de ménages 7 981 563 Famille monoparentale 82 340 9 200 42 790 16 280 51 387 30,3 118 050 1 869 100 Couple sans enfant 201 420 32 760 133 480 18 160 63 246 28,9 349 500 7 350 110 Couple avec un enfant 185 270 38 170 81 000 33 110 75 948 44,1 271 320 3 283 554 Ensemble Couple Couple avec avec 3 enfants des 2 enfants ou plus ménages 207 540 35 710 70 400 54 770 101 949 54,2 258 890 3 207 780 212 580 153 980 39 370 24 700 77 500 86 570 52 160 23 260 100 094 73 790 50,6 32,2 277 290 241 980 1 566 003 25 258 111

Champ : ménages ordinaires de France métropolitaine au 31 décembre 2003. Source : Insee, Comptes nationaux 2003, base 2005 - enquête Patrimoine 2003 et calculs des auteurs.

Ces derniers se distinguent surtout par le montant de leur patrimoine financier, nettement plus important que celui de toutes les autres catégories de ménages : il est en moyenne de 133 500 euros contre 86 600 euros. Les couples sans enfant sont le plus souvent composés de personnes jeunes ou de personnes âgées de 60 ans ou plus ; or, ces dernières détiennent un patrimoine très élevé. En revanche, le niveau du patrimoine non financier des couples sans enfant est proche de celui des couples avec enfant(s). Si on analyse la composition du patrimoine financier, les couples avec enfant(s) disposent de plus d’épargne liquide telle que les placements à vue mais aussi l’épargne contractuelle ; les personnes seules détiennent davantage d’actions et de titres émis par les OPCVM. Quelle que soit la composition du ménage, l’assurance-vie représente plus de 30 % du portefeuille financier. Les couples avec enfant(s) sont plus fortement endettés que l’ensemble des ménages, surtout s’ils ont plus d’un enfant (figure 11). Ceci provient probablement d’un effet d’âge : 11. Montants moyens selon la composition familiale du ménage rapportés aux montants moyens de tous les ménages
2,5 2,0 1,5 1,0 0,5
Patrimoine net Actifs non financiers Actifs financiers Passifs

0,0

Personne seule

Famille monoparentale

Couple sans enfant

Couple avec un enfant

Couple avec deux enfants

Couple avec trois enfants ou plus

Champ : ménages ordinaires de France métropolitaine au 31 décembre 2003. Lecture : les passifs des couples avec un enfant sont 1,42 fois plus élevés que ceux de l’ensemble des ménages. Source : Insee, Comptes nationaux 2003, base 2005 - enquête Patrimoine 2003 et calculs des auteurs.

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les couples avec enfants, plutôt jeunes, sont souvent en cours d’acquisition de leur logement, alors que les couples sans enfant sont souvent plus âgés, ceux dont les enfants sont devenus grands et ont quitté le domicile, ont fini de rembourser leur prêt logement. Les personnes seules sont également moins endettées que l’ensemble des ménages. Il s’agit là encore en partie d’un effet âge, les personnes seules étant en général plus âgées que les autres ménages. Le montant de passifs est également assez faible pour les familles monoparentales, qui peuvent rencontrer davantage de difficultés à s’endetter pour l’achat d’un logement par exemple. Elles sont toutefois 30 % à être endettées et leurs passifs représentent 12 % de leurs actifs. Ces ménages ont donc à la fois un patrimoine brut plus faible que les autres et font face à un niveau relatif d’endettement important. La composition des passifs est différente selon le type de ménage : la part des prêts souscrits pour un achat immobilier est supérieure à la moyenne pour les couples avec au moins un enfant, tandis que la part des prêts à la consommation est supérieure à la moyenne pour les personnes seules, les familles monoparentales et les couples sans enfant. L’interprétation du comportement patrimonial selon la composition familiale reste limitée par le fait qu’on ne connaît pas le nombre total d’enfants, y compris ceux qui ne vivent plus dans le ménage. En particulier, on ne peut donc pas étudier ici l’impact du nombre d’héritiers potentiels sur le montant et la composition du patrimoine des ménages.

Davantage d’actifs non financiers et professionnels pour les ménages résidant en commune rurale
La taille d’unité urbaine du lieu de résidence des ménages est une variable assez peu discriminante (figure 12). Le patrimoine financier moyen des ménages résidant dans une unité urbaine est supérieur de 16 % à celui des ménages résidant dans une commune rurale. La composition du patrimoine financier de ces deux catégories de ménages est relativement proche. Les ménages vivant dans des communes rurales détiennent 34 % de patrimoine non financier et professionnel de plus que les autres. Leur composition diffère également : la part des actifs agricoles dans le patrimoine professionnel est, naturellement, trois fois plus importante en commune rurale qu’en unité urbaine. À l’inverse, les ménages urbains détiennent plus d’actions non cotées et autres participations. 12. Montants moyens du patrimoine des ménages urbains et ruraux
en euros
77 070 89 470 17 430 172 910 86 570 24 700

300 000 250 000 200 000 150 000 100 000 50 000 0 – 50 000

48 490

148 200

153 980

– 28 030

– 21 810

– 23 260

Champ : ménages ordinaires de France métropolitaine au 31 décembre 2003. Source : Insee, Comptes nationaux 2003, base 2005 - enquête Patrimoine 2003 et calculs des auteurs.

Commune rurale
Actifs non financiers Actifs financiers

Unité urbaine

Ensemble des ménages

Actifs professionnels Passifs

80

L’économie française, édition 2012

Les prêts immobiliers pèsent à peine davantage dans les passifs des ménages résidant en unité urbaine (62 %) que dans ceux détenus par les ménages résidant en commune rurale (58 %). L’écart est plus marqué pour les prêts à la consommation, dont le poids est plus important dans l’endettement des ménages urbains que dans celui des ménages ruraux (respectivement 21 % et 15 %). Les prêts professionnels pèsent au contraire davantage dans l’endettement des ménages ruraux (25 % contre 13 % pour les ménages urbains).

Le patrimoine des ménages représente entre 5 et 8 années de leur revenu disponible net
Disposer à la fois du compte de revenu, de son utilisation, et du compte de patrimoine permet de mettre en regard, par catégories de ménages, les actifs et les passifs détenus avec le flux de revenu perçu durant l’année ainsi que l’épargne qui lui est associée, c’est-à-dire la part du revenu qui n’est pas consommée. Épargne et patrimoine doivent en effet être distingués : le patrimoine est un stock acquis à une date donnée, tandis que l’épargne désigne un flux, dont l’accumulation au cours des ans contribue à la constitution du patrimoine. Pour l’ensemble des ménages, le patrimoine représente 6,5 années de revenu disponible 5 net (figure 13). Ce ratio est croissant avec le niveau de vie : il passe de 5,0 années pour les ménages du premier quintile à 8,1 pour ceux du dernier quintile. C’est le niveau moyen d’actifs détenus qui augmente dans de plus fortes proportions que le niveau de vie. En effet, le ratio entre le montant des passifs et celui du revenu disponible brut (RDB) varie, lui assez peu, même s’il est décroissant selon le niveau de vie (de 0,70 pour les ménages du premier quintile à 0,52 pour ceux du dernier quintile).

13. Quelques ratios selon l’échelle des niveaux de vie
Q1 Patrimoine net / Revenu disponible net1 Passifs / RDB Passifs / épargne 5,0 0,70 32,0 Q2 4,8 0,67 11,2 Q3 5,3 0,63 9,4 Q4 6,1 0,64 8,0 Q5 8,1 0,52 1,6 Ensemble des ménages 6,5 0,60 3,6

1. Le revenu disponible net correspond au RDB diminué de la consommation de capital fixe (CCF). Champ : ménages ordinaires de France métropolitaine au 31 décembre 2003. Source : Insee, Comptes nationaux 2003, base 2005 - enquête Patrimoine 2003 et calculs des auteurs.

On peut également rapporter le montant des passifs à celui de l’épargne des ménages : ce ratio est très différent d’une catégorie de ménages à l’autre. Pour l’ensemble des ménages, il vaut 3,6 ce qui signifie qu’en 2003, le montant des passifs correspond à 3,6 années d’épargne. Ce ratio varie très fortement selon l’échelle de niveau de vie qui classe les ménages : il est de 6 32 pour les ménages appartenant au premier quintile qui épargnent peu contre seulement 1,6 pour les ménages du dernier quintile. Cette extrême dispersion traduit au premier chef la très

5. Le patrimoine évalué par la comptabilité nationale est « net » de la consommation de capital fixe (CCF), c’est-à-dire l’usure normale et l’obsolescence prévisible que subissent les actifs non financiers produits. Pour comparer patrimoine et revenu, il est donc préférable d’utiliser un revenu disponible net de CCF. 6. Il s’agit de l’épargne après transferts privés entre ménages (encadré 1).

Dossier - Les disparités entre ménages dans les comptes nationaux...

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grande hétérogénéité des taux d’épargne : les 20 % des ménages les plus modestes épargnent très peu en moyenne, alors que le taux d’épargne des 20 % les plus aisés est beaucoup plus élevé que pour le restant de la population. Le poids considérable de l’endettement des ménages les plus modestes relativement à l’épargne qu’ils parviennent à dégager ne signifie pas pour autant qu’il n’est pas soutenable pour beaucoup d’entre eux. En effet, le niveau de vie d’un ménage peut varier au cours des années. Beaucoup de jeunes ménages endettés le sont sur des durées longues et peuvent progresser au fil du temps sur l’échelle des niveaux de vie.

La dispersion du patrimoine ne reflète que partiellement les inégalités de revenus et d’épargne
Les inégalités entre les ménages selon l’échelle de niveau de vie apparaissent plus marquées pour ce qui concerne la détention de patrimoine que pour le revenu disponible brut (RDB). Le rapport entre le patrimoine net moyen des ménages du premier quintile et celui des ménages du cinquième quintile est de 8,1 contre 5,0 pour le RDB. Le patrimoine des ménages est donc plus concentré : les ménages du cinquième quintile détiennent 48,5 % du patrimoine net total de l’ensemble des ménages pour 39,4 % du revenu disponible brut (figure 14).

14. Répartition des composantes selon l’échelle des niveaux de vie

en % 100

80
53,2

34,1 43,8 48,5

39,4

60
23,5 22,0 22,5

76,4

40

20,9 18,9 18,2 17,3 15,8 12,8 14,8 9,2 11,1 6,9 9,4 10,0 6,2 8,1 1,1 14,3

20

10,7
13,3 7,0 4,8

0
Champ : ménages ordinaires de France métropolitaine au 31 décembre 2003. Source : Insee, Comptes nationaux 2003, base 2005 - enquête Patrimoine 2003 et calculs des auteurs.

5,9

Actifs financiers

Actifs non financiers Q1 Q2

Passifs

Patrimoine net Q3 Q4

RDB

Épargne

Q5

Si on classe les ménages selon l’échelle des patrimoines, la concentration du patrimoine est encore plus forte : les 20 % des ménages les plus fortunés détiennent 71 % du patrimoine total. S’il y a bien un lien entre niveau de revenu et niveau de patrimoine, le classement des ménages selon leur niveau de vie ne se confond pas avec le classement selon le patrimoine. Au sein d’une tranche de niveau de vie, le niveau de patrimoine des ménages reste donc fortement hétérogène.

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L’économie française, édition 2012

Toutefois, la concentration de patrimoine selon le niveau de vie n’atteint pas celle de l’épargne dont les trois quarts du montant total sont le fait des ménages du dernier quintile. Épargne et patrimoine ne sont donc pas parfaitement corrélés, ne serait-ce que parce que l’accumulation patrimoniale est un processus long : certains ménages percevant des revenus élevés et dégageant de ce fait une épargne importante, peuvent n’être que peu avancés dans le cycle de constitution d’un patrimoine. D’autres facteurs que les comportements d’épargne jouent en outre sur les montants de 7 patrimoine, en particulier les héritages et donations . Ils pourraient expliquer au moins en partie le fait que les ménages du premier quintile ont en moyenne un patrimoine substantiel (74 000 euros), alors même que leur épargne est proche de zéro même après prise en compte des transferts privés. Les ménages du premier quintile sont certes moins nombreux à avoir bénéficié d’un héritage (ils ne représentent que 12 % des ménages ayant déclaré avoir hérité) et le constat est d’ailleurs similaire pour les donations. Toutefois, les ménages qui déclarent avoir reçu un héritage ou une donation sont plus nombreux à déclarer que les héritages et donations représentent une part importante (au moins le quart) du patrimoine actuel dans le premier quintile (40 %) que dans les autres quintiles (entre 29 % et 34 %). L’analyse en fonction de l’âge du chef de ménage (figure 15) montre au contraire un lien plus fort entre l’épargne et le patrimoine. L’épargne croît d’abord assez régulièrement de 30 à 59 ans avant de chuter avec la baisse des revenus consécutive au passage à la retraite. Le profil de patrimoine retrace les évolutions du profil de l’épargne avec quelques années de retard : le montant de patrimoine est maximal entre 60 et 69 ans et décroît ensuite. Si ce constat s’accorde avec la théorie du cycle de vie, le profil par âge du patrimoine reflète aussi pour partie l’impact des héritages et donations. Ainsi, la part des ménages dont la personne de référence a moins de 40 ans parmi ceux ayant reçu un héritage, est de 12 % alors qu’ils représentent 29 % des ménages. Celle dont la personne de référence a plus de 60 ans est de 52 % alors qu’ils représentent 34 % des ménages. 15. Écarts aux montants moyens selon l’âge de la personne de référence du ménage
en % 200 180 160 140 120 100 80 60 40 20
Épargne Actifs Patrimoine net Revenu disponible brut

0 Moins de 30 ans 30 - 39 ans 40 - 49 ans 50 - 59 ans 60 - 69 ans 70 ans ou plus
Champ : ménages ordinaires de France métropolitaine au 31 décembre 2003. Note : L'épargne des ménages âgés de moins de 30 ans étant négative, elle a été mise à valeur manquante dans cette figure. Source : Insee, Comptes nationaux 2003, base 2005 - enquête Patrimoine 2003 et calculs des auteurs.

7. Les données concernant les donations et héritages proviennent de l’enquête Patrimoine 2003.

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Pour analyser rigoureusement les comportements d’épargne selon l’âge, il faudrait tenir compte des effets de génération. En effet, on observe ici les montants pour une année donnée, mais il n’est pas dit que les personnes âgées de 70 ans ou plus lorsqu’elles avaient 50 ans de moins se trouvaient dans une situation comparable à celles âgées aujourd’hui de moins de 30 ans. Les personnes âgées en 2003 de 70 ans ou plus étaient actives pendant la période économique faste des Trente Glorieuses ; il est possible qu’elles aient pu épargner plus fortement et se constituer un patrimoine important. C’est peut-être moins le cas des générations qui leur ont succédé, en particulier celles dont le début dans la vie active a coïncidé avec les crises économiques consécutives aux chocs pétroliers (à partir de 1973), et la montée du chômage. Le niveau des taux d’intérêt réel a également beaucoup varié sur la période, créant un contexte plus ou moins favorable selon les années à la constitution d’un patrimoine immobilier via l’endettement. La distribution de l’épargne par catégorie socioprofessionnelle conforte, en partie, les résultats relatifs à l’âge : les ménages retraités, plus âgés, épargnent moins que la moyenne (figure 16). Là encore, la répartition du patrimoine ne semble que partiellement corrélée à celle de l’épargne : si les chefs d’entreprises et indépendants épargnent massivement tout en détenant plus de patrimoine que les autres ménages, les agriculteurs en revanche ne dégagent qu’une épargne proche de la moyenne alors qu’ils sont détenteurs de patrimoines importants. Les catégories de retraités affichent en règle générale une épargne inférieure à la moyenne alors que leur patrimoine est en moyenne substantiel lorsqu’il s’agit d’anciens indépendants, cadres ou professions intermédiaires : c’est probablement l’épargne dégagée pendant la vie active, quand leurs revenus étaient plus élevés, qui est à l’origine de leur patrimoine. L’épargne est traditionnellement plus importante chez les travailleurs indépendants, ce qui peut s’expliquer à la fois par le caractère plus aléatoire de leurs revenus et par des systèmes de retraite procurant de plus faibles taux de remplacement qu’aux salariés. Le paradoxe relevé au sujet des agriculteurs – patrimoine trois fois supérieur à la moyenne, mais épargne proche de la moyenne – semble en partie imputable aux héritages et donations : 5 % des ménages qui déclarent avoir bénéficié d’une donation sont des agriculteurs alors qu’ils représentent 1,4 % des ménages, et 47 % des agriculteurs ayant bénéficié d’un héritage ou d’une donation indiquent que les héritages et donations sont à l’origine au 16. Écarts aux montants moyens selon la catégorie socioprofessionnelle de la personne de référence du ménage
600 500 400 300 200 100 0 en %
Épargne Actifs Patrimoine net Revenu disponible brut

Agriculteurs

Chefs d'entreprises et professions libérales

Cadres

Professions intermédiaires

Employés

Ouvriers

Retraités Retraités cadres Retraités agriculteurs et professions employés, intermédiaires ouvriers et et autres autres inactifs indépendants

Champ : ménages ordinaires de France métropolitaine au 31 décembre 2003. Source : Insee, Comptes nationaux 2003, base 2005 - enquête Patrimoine 2003 et calculs des auteurs.

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moins du quart de leur patrimoine actuel. À l’inverse, le patrimoine assez faible des catégories employés ou ouvriers, même une fois la retraite arrivée, semble résulter à la fois de leur faible capacité d’épargne durant leur vie active, et d’une moindre fréquence des héritages : ils sont à peine plus représentés parmi les ménages ayant reçu un héritage que dans l’ensemble de la population. Pour les autres ménages dont la personne de référence est retraitée, les bénéficiaires d’héritages sont quasiment deux fois plus représentés. Les résultats provenant de la décomposition du compte de patrimoine par catégorie de ménages, qui sont présentés dans ce dossier, ont été rendus possibles grâce à l’existence de données riches sur le patrimoine d’un point de vue macroéconomique et microéconomique. Du côté des comptes nationaux français, le compte de patrimoine est disponible de façon complète et annuelle depuis 1978, ce qui est relativement rare au niveau international. Du côté des enquêtes auprès des ménages, il existe des enquêtes ponctuelles très détaillées sur le patrimoine réalisées auprès d’un grand nombre de ménages et disponibles depuis les années 1970. Rapprocher ces données macroéconomiques et microéconomiques est donc une démarche inédite qui a vocation à être reproduite régulièrement à l’Insee et à être menée par d’autres instituts statistiques à l’étranger. n

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Pour en savoir plus
Accardo J., Bellamy V., Fesseau M., Consales G., Le Laidier S. et Raynaud E., « Les inégalités entre ménages dans les comptes nationaux - Une décomposition du compte des ménages », Insee Références L’économie française, édition 2009. Bellamy V., Consales G., Fesseau M., Le Laidier S. et Raynaud E., « Une décomposition du compte des ménages de la comptabilité nationale par catégorie de ménage en 2003 », Document de travail G2009/11, Insee, novembre 2009. Bellamy V., Fesseau M. et Raynaud E., « Les inégalités entre ménages dans les comptes nationaux », Insee Première n° 1265, novembre 2009. Boissinot J. et Friez A., « Épargne et patrimoine des ménages : données macroéconomiques et données d’enquêtes », Insee Références L’économie française, édition 2006. Chaput H., Luu Kim K., Salembier L. et Solard J., « Les inégalités de patrimoine s’accroissent entre 2004 et 2010 », Insee Première n° 1380, novembre 2011. Cordier M., Houdré C. et Rougerie C., « Les inégalités de patrimoine des ménages entre 1992 et 2004 », Insee Références Les revenus et le patrimoine des ménages, édition 2006. Durier S., Richet-Mastain L. et Vanderschelden M., « Une décomposition du compte de patrimoine de la comptabilité nationale par catégorie de ménages en 2003 », Document de travail, Insee, à paraître. Girardot P., « Le patrimoine des ménages retraités », Insee Références Les revenus et le patrimoine des ménages, édition2009. Lenglart F., « Ventiler revenu et consommation par catégorie de ménages : genèse et mise en œuvre d’un projet statistique innovant », Courrier des statistiques n° 131, Insee, septembre 2011. Modigliani F. et Brumberg R., « Utilisy analysis and the consumption function: an interpretation of cross-section data », in Post-Keynesian Economics, K. Kurihara, ed., New Brunswick, Rutgers University Press, 1954.

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Dossier

SOUS EMBARGO JUSQU’AU 20 JUIN 2012 À 00H00

Définir et quantifier l’économie verte
Pierre Greffet, Amélie Mauroux, Pierre Ralle, Céline Randriambololona*

Pour définir et quantifier une activité « verte » deux approches sont envisageables. La première repose sur une analyse des impacts : une activité est considérée comme verte quand elle est moins polluante et moins consommatrice de ressources. La seconde s’appuie sur sa finalité : une activité est dite verte si elle vise la protection de l’environnement. Dans le débat public de nombreux termes sont utilisés pour qualifier les relations entre économie et environnement. Certains, comme croissance verte, ne reposent pas sur des concepts économiques clairement établis. Le développement durable, notion plus ancrée sur un modèle économique, intègre les dimensions économiques, environnementales et sociales en tenant compte des arbitrages entre générations. D’autres termes, comme éco-activités ou économie verte, sont utilisés pour définir un périmètre statistique qui permet de quantifier la part du « vert » dans l’économie. Selon les indicateurs d’efficacité environnementale, la France est plus économe en ressources depuis 20 ans, en partie du fait de la baisse de l’intensité énergétique dans l’industrie et du développement du secteur tertiaire, mais aussi d’un transfert de certaines activités consommatrices en ressources vers l’extérieur du territoire via les importations. Enfin, les éco-activités représentent environ 450 000 emplois. En ajoutant les activités de production de biens et services « adaptés », on obtient un total d’environ 960 000 emplois liés à l’économie verte.

Environnement et croissance : une longue histoire
Il est nécessaire de préciser au préalable la notion d’environnement en économie : la théorie considère que l’environnement est un ensemble de ressources naturelles, un « capital environnemental » qui, comme d’autres formes de capital (humain, matériel, technologique), constitue un facteur contribuant à la production de richesses, à la croissance économique, et au bien-être des agents économiques. Il possède des caractéristiques économiques particulières. Ainsi, certaines ressources naturelles telles que le charbon ou le pétrole sont disponibles 1 en quantités finies et ne sont pas renouvelables ; d’autres ressources sont des biens publics et peuvent être affectées par des « effets externes » : par exemple, la qualité de l’air et de l’eau dépend de l’activité économique, de la pollution engendrée par l’activité humaine et des modalités de stockage des déchets, sans que ces impacts soient parfaitement pris en compte par les acteurs économiques. On peut faire remonter les premières interrogations sur les liens entre croissance et environnement au moins aux travaux de Malthus à la fin du XVIIIe siècle. L’économiste britannique considère une dimension essentielle du problème : la rareté des ressources naturelles (encadré 1) qui conduit le revenu par tête à décroître avec la taille de la population. Par ailleurs, en supposant que le dynamisme démographique augmente quand le revenu s’accroît, l’équation découlant de ce modèle prédit un revenu par tête constant et une populae e tion stable. Cependant, la très forte croissance économique des XIX et XX siècles a conduit à
* Pierre Greffet et Céline Randriambololona SOeS, Amélie Mauroux et Pierre Ralle, Insee. 1. En économie, un bien public est un bien ou un service dont l’utilisation est non rivale (la consommation du bien par un agent n’a aucun effet sur la quantité disponible de ce bien pour les autres individus) et non exclusive (une fois que le bien est produit, tout le monde peut en bénéficier : la qualité de l’air est un exemple de bien public).

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remettre en cause cette représentation et à s’intéresser plutôt aux rôles du travail, de l’accumulation du capital matériel et du progrès technique ; la question des ressources naturelles étant considérée comme secondaire, du moins dans les économies développées où la part du secteur agricole était devenue très faible.

Encadré 1

Une problématique vieille de plus de deux siècles
Dans son Essai sur les principes de population (1798), Malthus s’interroge sur les conditions de la croissance économique et démographique dans un monde où les ressources naturelles sont limitées. Il considère une économie où deux facteurs de production existent : le travail et la terre. La technologie utilisée est à rendements constants et la productivité marginale de la terre est décroissante. De ce fait, le revenu par tête décroît avec la taille de la population. En supposant, par ailleurs, que la croissance de la population dépend positivement du revenu par tête (le dynamisme démographique augmentant quand le revenu s’accroît), on obtient un équilibre stationnaire stable : le revenu par tête est constant et la population est stable. Elle ne peut croître que s’il existe un progrès technique exogène qui améliore mécaniquement la productivité globale des deux facteurs (travail et terre). Formellement, dans ce modèle, deux facteurs de production existent : le travail N et la terre T. Q est la production. La fonction de production est une Cobb Douglas à rendements constants. A est un paramètre indiquant le niveau de technologie de l’économie, α est l’élasticité de la production à la terre : Q = AT α N 1−α avec 0 p α p 1 Sans perte de généralité, on peut poser que T=1. On observe que le revenu par tête décroit avec la taille de la population : dq dA dN = −α q A N Par ailleurs, on suppose que la croissance de la population dépend positivement du revenu par tête : dN = n( q) N et donc q doit vérifier la relation dynamique : dq dA = − αn( q) q A Moyennant une hypothèse simple sur la fonction n, on obtient un équilibre stationnaire stable. Donc le revenu par tête est constant et la population est stable. Elle ne peut croître que si le niveau de technologie A augmente de manière exogène, ce qui améliore mécaniquement la productivité globale des deux facteurs (travail et terre) : dN * dA = /α N* A On peut élargir ce modèle en introduisant un secteur industriel, dans lequel « la terre » n’est pas nécessaire. Si la population de l’économie est de petite taille alors beaucoup de terre est disponible pour chaque travailleur et le secteur industriel ne sera pas utilisé. Par contre, si la population est importante, il peut devenir profitable d’utiliser la technologie industrielle afin de contrecarrer les effets de la rareté de la terre. Une fois que les individus ont obtenu l’indépendance vis-à-vis de la terre, ils ne sont plus soumis aux rendements décroissants, et « il n’y a plus rien qui étouffe la croissance du revenu par tête » [Aghion et Howitt, L’économie de la croissance, p. 201].

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Les préoccupations sur les ressources naturelles vont réapparaître dans les années 1970, à l’occasion des chocs pétroliers qui font prendre conscience du caractère épuisable d’une ressource jusque-là bon marché, du risque de pénurie énergétique, mais aussi de la rente que peuvent en retirer les pays qui détiennent cette ressource. C’est d’abord en considérant la question de l’épuisement des ressources naturelles que les liens entre environnement et croissance sont donc envisagés. En 1972, dans la lignée des travaux de Malthus, une association privée internationale, le Club de Rome, publie un rapport alarmiste intitulé « Limits to growth » (les limites à la croissance, traduit en français par « Halte à la croissance »). Ses experts concluaient que la poursuite de la croissance économique (des pays du Nord) entraînerait à moyen terme (au e cours du XXI siècle) une chute brutale de la population du fait de la pollution, de l’appauvrissement des sols cultivables et de l’épuisement des ressources fossiles. Le développement économique y est présenté comme générateur d’une pénurie de matières premières et d’une hausse de la pollution, incompatibles avec la protection de la planète à long terme. La même année, la conférence de Stockholm sur l’environnement, organisée par les Nations Unies, s’interroge sur les interactions entre écologie et économie et sur les conditions d’un modèle de développement compatible avec la protection de l’environnement et l’équité sociale : il s’agit du premier Sommet de la Terre, où apparaît le terme d’éco-développement qui préfigure celui de développement durable. Cette nouvelle préoccupation est renforcée au cours des années qui suivent, du fait des atteintes portées à l’environnement (trou de la couche d’ozone, pluies acides, réduction de la biodiversité, réchauffement climatique), de diverses pollutions industrielles (marées noires suite au naufrage de l’Amoco Cadiz et de l’Exxon Valdez, catastrophe de Seveso suite à l’explosion d’un réacteur chimique, catastrophe de Bhopal suite à l’explosion d’une usine de pesticides, accidents nucléaires à Three Mile Island et Tchernobyl) et du doublement des émissions mondiales de CO2 entre 1960 et 1980. D’un point de vue économique, ce n’est donc pas simplement la rareté des ressources qui est en cause, ce sont aussi les effets externes de l’activité humaine (les « externalités ») sur la qualité de l’environnement et donc sur le bien-être des personnes (vivantes ou faisant partie des générations futures). L’étude économique met, à cette époque, davantage l’accent sur les dégradations environnementales dues aux modes de production et de consommation ; elle s’interroge sur la façon de rendre compatibles croissance et environnement. En 1987, la Commission mondiale sur l’environnement et le développement chargée par l’ONU de s’interroger sur la possibilité de trouver des voies de rattrapage des pays du Sud et de protection de l’environnement rend son rapport final, « Our Common Future », plus connu sous le nom de rapport Brundtland, du nom de son instigatrice, alors Premier ministre de Norvège. Ce rapport propose une définition du développement durable qui fait encore référence : « un type de développement qui permet de satisfaire les besoins du présent sans compromettre la possibilité pour les générations futures de satisfaire les leurs ». Cette expression est officialisée par le second sommet de la terre à Rio en 1992. Le réchauffement climatique a par ailleurs modifié l’appréhension de la question de la protection de l’environnement dans les débats publics dans la mesure où les émissions de gaz à effet de serre dans une région affectent l’ensemble de la planète. Du point de vue économique, on peut considérer que le climat est un bien public global, ce qui dilue les responsabilités de chacun des émetteurs. En 1988, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) est créé. Chargé du suivi scientifique des processus de réchauffement climatique, il publie régulièrement des rapports présentant le bilan des connaissances scientifiques sur les changements climatiques et leurs possibles répercussions sur l’environnement, l’économie et la société. Le sommet de la Terre à Rio en 1992 constitue la première réponse internationale à la question du changement climatique. Il aboutit, entre autres, à la Convention cadre des

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Nations Unies sur les Changements Climatiques. Ce traité non contraignant encourage les 189 pays signataires à stabiliser leurs émissions de gaz à effet de serre. Le principe des quotas d’émissions de gaz à effet de serre est adopté en 1995, puis, deux ans plus tard, précisé avec le protocole de Kyoto. Ratifié par 38 pays (pays de l’OCDE et pays de l’ancien bloc de l’Est), ce dernier les contraint à réduire de 5,2 % le montant global de leurs émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et la période 2008-2012. En France, depuis le sommet de Rio, de nombreuses réflexions et actions ont eu lieu, tant dans le domaine de la mesure (rapport de la commission Stiglitz-Sen-Fitoussi dans lequel la soutenabilité est une question centrale), que dans celui des politiques (Grenelle de l’environnement, encadré 2).

Encadré 2

Le Grenelle de l’environnement
Depuis 2007, le Grenelle de l’environnement définit des politiques d’investissement de long terme favorisant une croissance soucieuse des questions d’environnement. Il est le résultat d’un débat entre acteurs sociaux (syndicats, entreprises, ONG, élus et administration). Après une période de consultations et de négociations, les objectifs ont été fixés par la loi de programmation (août 2009). La loi dite « Grenelle 2 » (juillet 2010) en décline les objectifs chantier par chantier et secteur par secteur. Elle comprend plusieurs domaines d’action prioritaires : l’amélioration énergétique des bâtiments, les transports, la réduction des consommations d’énergie et du contenu en carbone de la production, la préservation de la biodiversité, la maîtrise des risques, la préservation de la santé et le traitement des déchets et, enfin, la mise en œuvre d’une nouvelle gouvernance écologique. Des objectifs précis à horizon 2020 ont été fixés dans chacun de ces domaines (réduction de 20 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020, augmentation de 25 % du fret ferroviaire d’ici à 2012, recyclage de 35 % des déchets ménagers en 2012, 45 % en 2015, etc.).

La crise financière et économique a largement occulté les questions environnementales en mettant au premier plan le besoin de restaurer les conditions de la croissance et la soutenabilité des finances publiques. Les politiques de soutien aux secteurs environnementaux sont néanmoins apparues à court terme comme un instrument de sortie de crise, par un « Green new deal » soutenant des filières industrielles « vertes » jugées innovantes. Selon Robins et al. (2009), 15 % des sommes affectées aux plans de relance adoptés début 2009 ont été consacrées à des investissements verts, tels que la promotion de l’efficacité énergétique, la gestion de l’eau, le traitement des déchets et techniques de dépollution, le développement d’énergies sobres en carbone.

À la recherche d’une définition d’une économie « verte »
Ce rappel historique illustre les préoccupations environnementales croissantes et le besoin de mieux mesurer les relations entre économie et environnement. Pour définir le caractère plus ou moins « vert » d’une activité, deux approches sont envisageables : l’une par les impacts, l’autre par la finalité. L’approche par les impacts En fonction de son impact sur l’environnement une activité est qualifiée de « verte » en référence à une activité équivalente qui exerce une pression plus grande sur l’environnement (plus polluante ou plus consommatrice de ressources naturelles). C’est donc une notion

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relative, compte tenu d’un état donné des connaissances technologiques, des prix de production des différentes activités et des normes de consommation. Les produits dits « verts » sont le plus souvent des substituts dont l’usage et la mise au rebut sont moins polluants que les produits conventionnels à une date donnée. Analyser les interactions entre économie et environnement suppose cependant de préciser ce que l’on entend par « environnement ». Ce dernier peut être défini comme les actifs qui ne sont pas produits par les activités humaines, tels que l’air, l’eau, les forêts, la biodiversité, les roches, la faune, la flore, etc. L’activité économique vient affecter ces différents composants, soit en rejetant des polluants dans l’air, l’eau et les sols, soit en produisant des déchets, du bruit, de l’atteinte à la biodiversité, soit en prélevant des ressources rares ou en danger. Selon les critères environnementaux retenus, certaines activités peuvent être considérées ou non comme « vertes ». Par exemple, l’utilisation d’ampoules à basse consommation permet de réduire la consommation d’électricité liée à l’éclairage, mais la production de telles ampoules utilise des composés chimiques toxiques et polluants et mobilise des ressources rares. De même, l’industrie nucléaire permet de produire de l’énergie en émettant au total moins de CO2 que les centrales utilisant du gaz naturel ou du charbon. Mais elle utilise de l’uranium, ressource naturelle rare et non renouvelable, la gestion des déchets dangereux qu’elle produit est complexe et engage les générations futures, et les risques industriels potentiels sont importants. Il existe aussi de fortes externalités temporelles et géographiques. Si l’horizon retenu pour évaluer l’impact environnemental est court alors que la pollution est persistante, alors l’effet global sera sous-évalué. Par exemple, les chlorofluorocarbures (CFC), responsables pour une bonne part de la destruction de la couche d’ozone, se dégradent très progressivement et peuvent séjourner dans l’atmosphère plusieurs centaines d’années. En outre, ne considérer que les impacts locaux d’une activité peut conduire à négliger des impacts globaux : la pollution d’un fleuve ne s’arrête pas aux frontières du pays dont elle provient. Or, deux pays victimes de la même manière d’une pollution peuvent ne pas la considérer de manière similaire ; la préférence pour la préservation de l’environnement est une notion relative qui varie en fonction de la dotation en ressources naturelles du pays et de son niveau de développement. Ainsi, dans un pays développé, la gestion de l’eau consistera essentiellement en l’assainissement alors que pour un pays en voie de développement, il s’agira de l’adduction, du forage ou de l’accès à l’eau potable tout simplement. L’approche par la finalité économique Selon la seconde approche, une activité sera dite « verte » si elle consiste à produire des biens ou services dont la finalité est la protection de l’environnement. Néanmoins, une activité dont la finalité est environnementale peut avoir un effet induit négatif sur l’environnement. Réciproquement, une activité dont la finalité première n’est pas la protection de l’environnement peut exercer une pression très faible sur l’environnement du point de vue du prélèvement de matières, de la production de déchets, ou des rejets dans l’eau ou l’air (figure 1). À titre d’illustration, les activités de recherche et développement en efficacité énergétique sont doublement « vertes » à l’aune de ces critères : leur finalité est la protection de l’environnement et elles exercent une pression relativement faible sur l’environnement. 1. Deux critères pour appréhender les activités « vertes »
Activité dont la finalité est la protection de l’environnement Pression faible sur l’environnement Pression forte sur l’environnement ex : R&D en efficacité énergétique ex : chimie des nouveaux engrais Activité dont la finalité n’est pas la protection de l’environnement ex : enseignement, secteur tertiaire ex : industries lourdes, minières, production d’électricité

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La croissance verte Cette notion repose sur une prise en compte des impacts sur l’environnement et se définit en opposition à la croissance « brune/grise », qui désigne implicitement le régime actuel de croissance. Contrairement au terme de « croissance », elle ne repose néanmoins pas sur un concept économique clairement établi. Dans son acception la plus stricte, une croissance verte désigne une croissance moins carbonée, c’est-à-dire un régime de croissance moins intensif en énergies fossiles et émettant des niveaux de gaz à effet de serre conformes aux recommandations du GIEC pour contenir le réchauffement climatique. Dans une définition plus souple, la croissance verte désigne un modèle de croissance permettant l’augmentation du produit national mais plus sobre en matières premières, produisant moins de déchets et de rejets dans l’environnement. L’enjeu est de parvenir à intégrer les contraintes environnementales sans pour autant que les surcoûts occasionnés empêchent ou réduisent la croissance économique. L’OCDE retient qu’« une politique de croissance verte consiste à favoriser la croissance économique et le développement tout en veillant à ce que les actifs naturels continuent de fournir les ressources et les services environnementaux sur lesquels repose notre bien-être. Pour ce faire, elle doit catalyser l’investissement et l’innovation qui étaieront une croissance durable et créeront de nouvelles opportunités économiques. (« Vers une croissance verte» , mai 2011). La « croissance verte » qui s’appuie sur l’environnement et l’économie est un volet d’une notion plus générale, le développement durable. Développement durable Le terme de développement durable est apparu pour la première fois dans les années 1980, avant d’être popularisé par le rapport Brundtland et la conférence de Rio en 1992. C’est une traduction de l’anglais « sustainable development » que certains jugent impropre parce que le terme « sustainable » (soutenable) renvoie à l’idée de quelque chose qui se « maintient », à la capacité d’un phénomène à s’auto-entretenir, à résister aux chocs et aléas qui le menacent. Le développement durable est un concept macroéconomique qui tient compte d’aspects sociaux, tels que l’éducation, la santé et le bien-être. Il prend en considération les aspects de long terme du développement mais les critères de soutenabilité font débat, selon l’objectif de développement retenu et selon que l’on considère qu’il peut exister des substituts à tout capital naturel ou non (encadré 3). Dans le rapport Brundtland, le développement durable est défini comme « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». La conférence de Rio précise qu’il s’appuie sur la conciliation de trois piliers : économique, écologique et social. Le concept de développement durable vise deux objectifs : la compatibilité entre la satisfaction des besoins actuels et celle des besoins des générations futures ; la conciliation entre le développement économique, la protection de l’environnement et l’équité sociale. Le premier aspect exprime un souci de justice intergénérationnelle par rapport à l’utilisation de ressources naturelles limitées : il s’agit de tenir compte des impacts non plus à un ou deux ans mais à l’horizon de plusieurs générations. Cela suppose de décider de l’importance à accorder à chaque génération dans la fonction de bien-être collective. Le second aspect identifie trois volets concurrents qu’il s’agit d’intégrer dans toute démarche de développement durable : l’économique, l’environnemental et le social. La notion de capital est élargie car pour être soutenable, le développement doit contribuer à la reproduction et à l’élargissement du stock de trois types de capital : le capital économique (conventionnel), le capital naturel (les ressources naturelles dont hérite une génération),

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Encadré 3

La soutenabilité
Les notions de développement durable et de soutenabilité visent à identifier comment une économie peut satisfaire les besoins de l’ensemble des générations dans un cadre où il existe une ressource naturelle qui ne peut se renouveler que partiellement. Un seuil minimal de consommation doit être atteint pour chaque génération. Dans une première approche, si on considère que les ressources naturelles sont finies et qu’il faut tenir compte du bien-être de l’ensemble des générations d’êtres humains, la population parmi laquelle il faut partager ces ressources est potentiellement infinie... et il n’est pas simple de partager des ressources finies entre une infinité d’usagers. En deuxième approche, il faut toutefois tenir compte du fait que les ressources naturelles peuvent, partiellement au moins, se renouveler. Ensuite, dans un cadre de croissance économique, on observe une accumulation du capital produit par l’homme et les ressources naturelles peuvent trouver un substitut. Bontems et Rotillon (2007) considèrent qu’il existe plusieurs conceptions du développement durable. Aux deux extrêmes, on trouve la conception d’« écologie profonde » (qui accorde à la nature une valeur indépendante des besoins humains et qui ne peut conduire qu’à un état stationnaire de l’économie) et la conception « écocentriste » (qui considère qu’il sera toujours possible de substituer du capital produit aux actifs naturels et donc qu’il n’y a pas de réelle contrainte environnementale). Entre ces deux positions extrêmes, le débat se déroule entre ceux qui considèrent les ressources naturelles et les services environnementaux comme fortement substituables au capital produit et ceux pour qui un certain nombre d’actifs naturels lui sont complémentaires. L’approche de la soutenabilité dite faible considère que les différentes formes de capital sont substituables et qu’il sera toujours possible de remplacer du capital naturel (services environnementaux, ressources naturelles) par du capital produit par l’homme. Dans cette perspective, les contraintes auxquelles fait face l’économie sont celles liées à l’épuisement des ressources naturelles, au développement des substituts et aux transferts générationnels. Dans le cadre d’un modèle d’équilibre général, on obtient une règle de « compensation » [Hartwick, 1977] qui garantit l’équité entre les générations. Elle stipule que des revenus égaux à la différence entre le prix et le coût marginal des ressources doivent être prélevés au fur et à mesure de l’épuisement des ressources et doivent être utilisés pour produire du capital qui se substituera aux ressources épuisées. Le modèle de Stiglitz (1974) présente l’équilibre obtenu dans le cadre d’une fonction de production à rendements constants Cobb-Douglas à trois facteurs (travail, capital, environnement). À l’opposé, l’approche d’une soutenabilité dite forte part du principe que le capital naturel est un facteur de production indispensable et irremplaçable et que les capitaux créés par l’homme lui sont complémentaires et non substituables. Par conséquent, un critère de soutenabilité forte impose de maintenir à travers le temps un stock minimal de certains capitaux naturels parce que les générations futures ne sauront pas s’en passer. Ce critère conduit à une approche moins dispendieuse en ressources naturelles que celui de soutenabilité faible.

le capital social (la capacité intégrative d’une société, qui suppose en particulier une certaine égalité face à l’accès aux richesses). Le développement durable prône donc un développement économiquement efficace, socialement équitable et écologiquement soutenable. Une autre notion, la Responsabilité Sociale et Environnementale (RSE), est la déclinaison microéconomique du concept plutôt macroéconomique de développement durable. La RSE est un concept dont le point de départ est une vision élargie de l’entreprise et de ses responsabilités, non seulement auprès de ses actionnaires et de ses clients, mais aussi de l’ensemble des parties prenantes (salariés, fournisseurs, société au sens large). À la performance économique se rajouterait une volonté de prendre en compte les impacts environnementaux et sociaux de l’activité de l’entreprise et de les intégrer à ses stratégies commerciales. Le concept s’est élargi aux organisations publiques : on parle en ce cas de Responsabilité Sociétale des Organisations (RSO).

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La RSE induit la prise en compte de deux problèmes : comment l’entreprise définit-elle sa responsabilité et comment la met-elle en œuvre ? Le terme responsabilité peut en effet faire référence à deux visions distinctes : la RSE comme une obligation contraignante, ce qui implique une sanction en cas de non respect, ou bien la RSE comme un engagement volontaire envers les parties prenantes [Capron et Quairel-Lanoizelée, 2007]. Dans la pratique, même si des labels et normes (par exemple la norme ISO 26000 pour la RSO) les encadrent, les démarches RSE sont laissées le plus souvent à l’appréciation des entreprises. Économie verte, éco-activités, emplois verts Un dernier ensemble de termes du débat regroupe des notions qui sont le plus souvent utilisées afin de quantifier la part du « vert » dans l’activité économique. On retient ici les termes suivants : économie verte, éco-activités, emplois verts. Le secteur « vert » couvre l’ensemble des éco-activités : il est défini en fonction de la finalité de l’activité et non de son impact sur l’environnement. La définition statistique retenue par Eurostat et par l’OCDE permet un suivi statistique coordonné et homogène entre pays : les éco-activités désignent l’ensemble des activités qui produisent des biens ou services ayant pour finalité la protection de l’environnement ou la gestion des ressources naturelles. Dans ce cadre, les emplois verts, ou environnementaux, sont les emplois générés par les éco-activités. Ces dernières sont principalement des activités préventives ou curatives appliquées à la préservation de l’environnement au sens classique du terme (eau, air, sol, déchets y compris la récupération, le bruit...). Il s’agit donc pour la plupart d’activités traditionnelles répondant à des besoins essentiels qui préexistaient à la définition du périmètre « éco-activités » et aux préoccupations récentes liées à l’épuisement des ressources naturelles et à la protection de l’environnement. Quant à lui, le terme d’économie verte évoque des modes de production respectueux de l’environnement, qui utiliseraient moins ou mieux les ressources naturelles et exerceraient moins d’impacts négatifs sur l’environnement. Néanmoins, dans la pratique, cette définition n’est pas arrêtée définitivement. L’Organisation internationale du travail (OIT) a proposé une définition théorique qui inclut dans l’économie verte, à la fois les emplois dont la finalité est la protection de l’environnement, mais aussi ceux qui exercent une pression faible sur l’environnement, et ceux qui exercent une pression forte mais qui fournissent des secteurs verts ; entrent par exemple dans le périmètre de l’économie verte la production d’aciers utilisés pour la construction d’éoliennes. Ainsi selon l’OIT, un emploi est vert « quand il contribue à réduire la consommation d’énergie et l’utilisation des matières premières, à diminuer les émissions de gaz à effet de serre, à limiter les déchets et la pollution et à protéger les écosystèmes ». Dans ce cadre, le concept d’économie verte est étendu à celui d’une économie décarbonée, moins émettrice de CO 2 et économe en matières premières. Cette approche se concentre sur les impacts de l’activité économique sur l’environnement selon deux dimensions : la pollution et la gestion des ressources naturelles limitées. Elle se rapproche en cela de la notion de croissance verte. Le périmètre statistique retenu par la France pour l’économie verte recouvre le « noyau dur » des éco-activités et y adjoint les activités produisant des biens et services dits favorables à la protection de l’environnement qui, même s’ils n’ont pas pour finalité la protection de l’environnement, sont plus respectueux que les autres produits rendant le même service. Parallèlement à cette démarche sectorielle, une approche plus transversale est utilisée en cherchant à cerner les métiers (encadré 4).

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Encadré 4

Les métiers verts
Au-delà de la mesure de l’emploi, une conception moins sectorielle et plus transversale considère les métiers. Ainsi, l’observatoire des métiers et emplois de l’économie verte1 qualifie de vert un métier dont la finalité et les compétences mises en œuvre contribuent à mesurer, prévenir, maîtriser, corriger les impacts négatifs et les dommages sur l’environnement. De même, un métier est dit « verdissant » si sa finalité n’est pas environnementale, mais qu’il intègre de nouvelles briques de compétences pour prendre en compte de façon significative la dimension environnementale dans sa pratique professionnelle. Parmi les professions verdissantes, on trouve en premier lieu les architectes, les couvreurs, les électriciens, les cadres du transport, les ingénieurs, cadres et techniciens de l’agriculture, de la pêche, et des eaux et forêts, les paysagistes. En 2008, 136 000 personnes exercent un métier dit « vert ». C’est un nombre très faible par rapport aux plus de 3,5 millions ayant un métier potentiellement « verdissant ». En effet, les classements opérés conduisent à intégrer des métiers sans spécificité environnementale (secrétaire, comptable...) dans les emplois des éco-activités et à repérer des métiers « verts » et « verdissants » en dehors des éco-activités : – 38 % des métiers verts sont exercés dans des entreprises dont l’activité principale est sans lien avec les éco-activités ; – 66 % des métiers verdissants sont exercés dans des entreprises dont l’activité principale est sans lien avec les éco-activités [Ast, Margontier 2012].
1. Créé en 2010, l’observatoire a été mis en place pour remédier au manque de données précises pour identifier et suivre les métiers liés à l’économie verte, leur évolution, ainsi que les besoins en formation et recrutement. http://www.developpement-durable.gouv.fr/L-observatoire-national-des,18551.html

Quantifier les liens entre économie et vert
Un premier ensemble d’indicateurs mesure l’efficacité environnementale de la production et de la consommation, c’est-à-dire les impacts de l’économie sur l’environnement en termes de consommation de ressources naturelles et de production de déchets. Cette approche est retenue en particulier par l’OCDE pour quantifier les progrès vers une croissance verte. Un second ensemble d’indicateurs mesure l’activité économique dont la finalité est la protection de l’environnement et la gestion des ressources naturelles. Cette approche, plus sectorielle, est retenue au niveau européen par Eurostat pour définir le périmètre des éco-activités et en France par le SOeS pour définir celui de l’économie verte. L’efficacité environnementale On propose tout d’abord quelques indicateurs, retenus par la France dans le tableau de 2 bord du développement durable et par l’OCDE. De manière générale, ils indiquent un découplage rapide et important entre croissance économique et utilisation de ressources naturelles d’une part et rejet de polluants d’autre part depuis 20 ans en France. 3 L’intensité matières est définie comme le rapport entre la consommation intérieure 4 apparente de matières et le PIB. En 2008, elle s’établissait à 0,6 kg de matière utilisée par euro de PIB. Entre 1990 et 2008, elle a diminué de 26 %, soit un gain annuel moyen de productivité
2. www.insee.fr, rubrique « Publications et services ». 3. L’intensité matières est l’inverse de la productivité matières, un des indicateurs phares du tableau de bord du développement durable. La productivité matières est égale au PIB divisé par la consommation intérieure apparente de matières. 4. La consommation intérieure apparente de matières agrège, en tonnes, les combustibles fossiles, les produits minéraux et agricoles, extraits du territoire national ou importés sous forme de matières premières ou de produits finis, moins les exportations. Elle mesure la quantité totale de matières physiquement utilisées par l’économie nationale.

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matière de 1,7 % (figure 2). En raison de l’augmentation de la production, la quantité totale de matières utilisée par l’économie française est néanmoins en hausse. En 2008, elle atteignait 893 millions de tonnes, la consommation par habitant étant proche de son niveau de 1990, autour de 14 tonnes par habitant.

2. Consommation de matières premières et rejets de l’économie française depuis 1990
indice base 100 en 1990 105 100 95 90 85
Intensité matières Intensité carbone Intensité pétrole

80 75 70 65 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010

Champ : France. Note : l’intensité matières est définie comme le rapport entre la consommation intérieure apparente de matières et le PIB, l’intensité pétrole comme le rapport entre la consommation totale de pétrole et le PIB, et l’intensité carbone comme le rappor t entre les émissions de CO2 et le PIB. Sources : Insee, Comptes nationaux, base 2005 ; SOeS.

Ces gains de productivité matières sont en grande partie expliqués par la baisse de l’intensité pétrole de la production française, de 1,5 % par an en moyenne entre 1990 et 2008. La quantité de pétrole nécessaire à la production d’un euro de PIB dépend fortement de la structure de l’économie et de la répartition sectorielle de la production. Ainsi, la baisse de l’intensité pétrole en France est en partie imputable à la hausse du secteur tertiaire, moins consommateur d’énergie et donc de produits pétroliers, dans le PIB. La tendance de l’économie française à être de plus en plus efficace en termes d’utilisation de ressources naturelles et d’énergies non renouvelables mérite néanmoins d’être nuancée. Tout d’abord, ces indicateurs ne permettent pas de mesurer la soutenabilité de l’économie. Ensuite, le degré d’ouverture de l’économie augmente, et les produits importés utilisent des ressources à l’étranger, qui ne sont pas pris en compte dans ces calculs, ce qui conduit probablement à surestimer les gains d’efficacité. On estime ainsi que 40 % des émissions induites par la demande finale intérieure française auraient ainsi lieu à l’étranger, une fois prises en compte les émissions liées aux importations [Lenglart, Lesieur et Pasquier, 2010]. Les gains d’efficacité énergétique liés à la consommation de pétrole s’accompagnent d’une baisse de l’intensité carbone de l’économie française : depuis 1990, l’intensité CO2 de la production française a diminué de 30 %. La production augmentant, on a constaté un niveau relativement stable des émissions (figure 3). Mais si, en Europe, les émissions de CO2 ont un profil d’évolution proche de celui de la France, la situation mondiale est moins favorable. En effet, entre 1960 et 1980 les émissions de CO2 ont pratiquement doublé au niveau mondial. Depuis leur croissance ne s’est pas infléchie. Le premier facteur explicatif est la

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3. Émissions de CO2 depuis 1960
indice base 100 en 1960

300
Monde États-Unis Union Européenne à 27 France

250

200

150

100 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005

Source : CAIT, World Resources Institute.

croissance économique mondiale qui tire les émissions de CO2. En ce qui concerne l’Europe et les États-Unis, on observe une relative stabilisation des émissions entre le milieu des années 1970 et le milieu des années 1980, période qui fait suite à deux chocs pétroliers. Depuis la fin des années 1980 jusqu’au début des années 2000, les États-Unis, où les émissions augmentent, et l’Europe, où elles baissent, divergent. Dans les années 2000, elles sont stables dans les deux zones, à un niveau relatif (par rapport à 1960) plus élevé aux États-Unis. Les éco-activités Les éco-activités regroupent les activités qui produisent des biens et services ayant pour finalité la protection de l’environnement ou la gestion des ressources naturelles : c’est la définition retenue par Eurostat dans son manuel des éco-activités [EGSS handbook - 2009] pour le suivi de long terme des emplois « verts ». Un de ses avantages est de permettre les comparaisons internationales. La protection de l’environnement vise à prévenir ou diminuer les émissions de polluants ainsi que les autres dégradations causées à l’environnement. Sept grands domaines correspondant chacun à un ensemble d’activités remplissant, par leur finalité, une fonction de 5 protection de l’environnement sont couverts : – la protection de l’air ambiant et du climat (lutte contre la pollution atmosphérique et lutte contre les émissions de gaz à effet de serre) ; – la gestion des eaux usées, la gestion des déchets dont le nettoyage des rues, hors fabrication des matières premières secondaires et la gestion des déchets radioactifs ; – la protection et l’assainissement du sol, des eaux souterraines et des eaux de surface ; – la lutte contre le bruit et les vibrations ; – la protection de la biodiversité et des paysages et la lutte contre les radiations dont la gestion des déchets radioactifs ; – deux types d’activités transversales sont également couvertes : la recherche et développement pour la protection de l’environnement, l’administration et la gestion de l’environnement, la formation et les activités indivisibles.
5. Les domaines de la protection de l’environnement sont détaillés dans la nomenclature CEPA (2000) d’Eurostat (encadré 5).

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La gestion des ressources naturelles vise à diminuer les prélèvements sur les ressources naturelles (hors activité de prospection et d’exploration des ressources naturelles). Les activités de gestion des ressources naturelles portent sur cinq domaines auxquels s’ajoutent deux 6 activités transversales : – gestion des ressources en eau ; – gestion des forêts non cultivées ; – gestion de la faune et de la flore sauvage ; – gestion des ressources énergétiques (production d’énergies renouvelables, économie et gestion de la chaleur et de l’énergie, réduction des prélèvements de ressources énergétiques fossiles pour une utilisation autre que la production d’énergie, principalement pour la production de matière plastique) ; – gestion des ressources minérales ; – la recherche et développement pour la gestion des ressources naturelles ; – les autres activités liées aux ressources naturelles. Alors qu’Eurostat préconise de ventiler les activités transversales de gestion et d’administration (excepté la recherche et développement) dans les domaines environnementaux auxquelles elles se rattachent, la France a décidé de les regrouper dans une troisième catégorie dans son suivi des éco-activités : les « activités transversales » comprenant la recherche et développement environnementaux, l’ingénierie environnementale et les services généraux publics de l’environnement. Certains secteurs qui pourraient naturellement être inclus dans ces activités ne figurent pas explicitement dans ce périmètre : les activités relatives à la prévention ou à la protection contre les risques naturels et technologiques, la gestion de l’espace urbain. Les éco-activités ont employé environ 452 600 personnes (en équivalent-temps plein, EQTP) en 2010 dont les deux tiers dans les éco-activités marchandes des entreprises (figure 4). La majorité des emplois des éco-activités est concentrée dans les activités de protection de l’environnement qui concernent près de 267 700 personnes. Les deux secteurs principaux sont la gestion des eaux usées et celle des déchets (près de 100 000 emplois chacun). 4. Production et l’emploi dans les éco-activités par domaine en 2010
Production (en millions d’euros) Protection de l’environnement Déchets radioactifs Pollution de l’air Nature, paysage, biodiversité Bruit Réhabilitation des sols et des eaux Eaux usées Déchets Gestion des ressources Gestion des ressources en eau Maîtrise de l’énergie Récupération Énergies renouvelables Activités transversales Ingénierie R&D Services généraux publics Total éco-activités
Champ : France. Notes : données provisoires, totaux effectués avant arrondis. Source : SOeS, 2012.

Emploi (en équivalent-temps plein) 267 700 2 900 7 400 12 300 16 400 35 700 95 500 97 500 125 100 6 500 23 000 33 100 62 500 59 800 13 100 17 800 28 900 452 600

37 200 700 1 300 1 100 1 800 3 800 14 400 14 100 24 300 1 000 3 000 7 900 12 400 8 300 2 700 2 800 2 900 69 900

6. Les domaines de la gestion des ressources naturelles sont détaillés dans la nomenclature CReMA (2008) d’Eurostat (encadré 5).

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La gestion des ressources naturelles représente un quart des emplois (plus de 125 000), dont la moitié dans la production des énergies renouvelables. À court terme, l’évolution de l’emploi dans ce secteur est soutenue. Entre 2009 et 2010, les effectifs des éco-activités ont augmenté de 4,5 % alors que dans l’ensemble de l’économie, ils étaient quasiment stables (+ 0,1 %). La croissance des effectifs des éco-activités est particulièrement portée par le domaine des énergies renouvelables : + 19,0 % entre 2009 et 2010. Dans ce domaine, le secteur photovoltaïque occupe le plus d’emplois, avec 14 000 équivalentstemps pleins, devant la biomasse (13 300) et l’hydraulique (10 300). Malgré la diminution des tarifs d’achat et un crédit d’impôt développement durable moins avantageux, le secteur photovoltaïque reste très dynamique avec un doublement de son activité entre 2009 et 2010, conséquence en partie de la diminution des marges et des coûts. Quant au domaine de la récupération, après une nette baisse en 2009, sa production retrouve son niveau de 2008 avec une augmentation de 46 % entre 2009 et 2010. Ces fluctuations sont étroitement liées à celles du prix des matières premières secondaires : forte augmentation en 2010 après une importante baisse en 2009. À plus long terme aussi le secteur des éco-activités est très dynamique (figure 5). Les activités de protection de l’environnement et de gestion des ressources naturelles sont suivies statistiquement depuis 1997. Avant 2004 et l’uniformisation européenne du périmètre par Eurostat, les catégories utilisées (eaux et eaux usées ; déchets et récupération ; cadre de vie, nature, paysage et biodiversité ; autres domaines), bien que portant parfois le même nom, avaient un champ plus étendu que maintenant. C’est le cas par exemple du domaine des eaux et eaux usées. Les biens comptabilisés n’étant plus les mêmes, avant 2004 environ 25 000 emplois supplémentaires par an étaient comptabilisés dans l’éco-activité « eaux et eaux usées ». Seul le domaine des déchets et de la récupération peut être convenablement suivi entre 1997 et 2010. Par conséquent, du fait de ce changement de champ, la comparaison des emplois environnementaux avant et après 2004 est très délicate. Le commentaire qui suit se concentre donc sur la période postérieure à 2004. Entre 2004 et 2010, le nombre d’emplois environnementaux (en équivalent-temps plein) a augmenté d’un peu plus de 20 % à un rythme annuel moyen de 3,4 % très supérieur à celui de l’ensemble des branches de l’économie (0,5 %). 5. Évolution de l’emploi dans les éco-activités et dans l’économie, en nombre d’emplois en EQTP
indice base 100 en 1997 155 145 135 125
Emploi environnemental

115
Emploi intérieur total

105 95 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009
Champ : France. Note : Les éco-activités dans leur périmètre actuel ne sont suivies que depuis 2004, date de l’uniformisation européenne du périmètre par Eurostat. Certains domaines historiques étaient néanmoins suivis depuis 1997 mais sur des champs plus étendus qu’actuellement. Sources : Insee, Comptes nationaux, base 2005 ; SOeS.

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Après une croissance très forte entre 2004 et 2006, la hausse des emplois environnementaux a ralenti entre 2006 et 2007, principalement dans le domaine des déchets. L’emploi dans les usines d’incinération des ordures ménagères a en effet baissé de moitié entre 2006 et 2007 (1 500 emplois en 2007). Le développement du tri sélectif, notamment suite à une directive européenne fixant en 2006 un objectif pour le taux de réutilisation et de recyclage de 80 % en 2006 puis 85 % en 2007, s’est accompagné d’une baisse du volume des ordures ménagères et donc d’une diminution d’activité pour les usines d’incinération. En 2008, tiré par la très forte hausse des énergies renouvelables (+ 25,5 % entre 2007 et 2008) l’emploi environnemental a crû significativement (+ 3,8 %). En effet, l’année 2008 a été marquée par une forte accélération des installations de systèmes photovoltaïques, favorisée par l’adoption en juillet 2006 de tarifs d’achat très favorables. Le domaine des eaux usées est aussi, dans une moindre mesure, très dynamique cette année-là (+ 3,2 % soit + 3 000 emplois par rapport à 2007), suite au plan d’action visant à la remise aux normes des stations d’épuration en 2007. Le ralentissement constaté en 2009, consécutif à la crise économique, fut néanmoins de moindre ampleur dans le secteur des éco-activités que dans l’ensemble de l’économie. Dès 2010, l’emploi dans les éco-activités repart à la hausse (+ 4,2 %) alors que celui dans le reste de l’économie se stabilise seulement. L’augmentation rapide de l’emploi en moyenne période indique clairement que le secteur « vert » répond à des besoins croissants. Elle est probablement pour une part imputable aux politiques menées au cours de la période, l’exemple des systèmes photovoltaïques montrant aussi l’importance des incitations fiscales. L’économie verte Les activités de l’économie verte se définissent à partir de la production des biens et services verts. Plus précisément, elles se composent, en plus des éco-activités, d’activités périphériques produisant des biens et services favorables à la protection de l’environnement ou à la gestion des ressources naturelles (encadré 6). Ces activités sont rattachées aux domaines suivants : production et distribution d’eau, gestion des espaces verts, transports du Grenelle (construction d’infrastructures ferroviaires, fabrication de matériels ferroviaires roulants...), autres activités (travaux d’isolation, d’étanchéité, fabrication des biens adaptés : chaudières à condensation, lampes fluo-compactes...). Ce périmètre de référence, retenu par la France, s’appuie sur celui des éco-activités défini par Eurostat et tient compte également des travaux réalisés dans le cadre du Grenelle de l’environnement et des secteurs de l’économie verte de l’OCDE (« green industry »). Il s’agit du périmètre retenu par l’Observatoire national des emplois et métiers liés à l’économie verte. En conséquence, cette notion étant récente, les activités périphériques ne sont suivies que depuis 2008. En 2009, les activités de l’économie verte représentaient 959 500 emplois (figure 6), soit 4 % de l’emploi intérieur total. Les emplois dans les éco-activités comptent pour un peu moins de la moitié de cet ensemble, l’autre moitié étant en lien avec la production de biens et services adaptés à la protection de l’environnement ou à la gestion des ressources naturelles (526 400), principalement dans les « autres activités de gestion des ressources » (travaux d’isolation, d’étanchéité, fabrication de certains produits industriels tels les chaudières à condensation...). Plus de la moitié de ces emplois se retrouve dans les activités de travaux et de construction (176 300 en 2009) : travaux de couverture, isolation des ouvertures, travaux de charpente, travaux de démolition, d’étanchéification, etc. Le deuxième plus gros domaine en termes d’emploi regroupe les activités relatives aux transports du Grenelle (128 000 emplois en 2009). Ces dernières activités sont également le deuxième plus gros contributeur à la croissance de l’emploi de l’économie verte (+ 8,7 % entre 2008 et 2009). Le plan de relance pour soutenir le ferroviaire ainsi que le plan espoir banlieue pour les tramways et les métros a pu contribuer à créer de l’emploi dans ce domaine en 2009.

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Au total, malgré la crise, en 2009, les activités de l’économie verte ont enregistré une croissance de 1,6 % de l’emploi par rapport à 2008 alors qu’il baissait dans le reste de l’économie (– 1,2 %). n 6. Emploi dans les activités de l’économie verte en 2009 (en EQTP)
Production et distribution d’eau 32 100 emplois Gestion des espaces verts 43 000 emplois Autres activités – construction (isolation des ouvertures, étanchéification,…) – fabrication de produits industriels (chaudières à condensation, lampes fluocompactes,...) 323 100 emplois 113 100 emplois Éco-activités : Protection de l’environnement : Pollution de l’air, gestion des déchets, assainissements, réhabilitation des sols et eaux, nature, paysage et biodiversité. Gestion des ressources : Gestion durable de la ressource en eau, récupération, maîtrise de l’énergie, énergies renouvelables. Activités transversales : Services généraux publics, recherche et développement, ingénierie Activités périphériques 57 800 emplois Transports (Grenelle) 262 200 emplois – construction d’infrastructures ferroviaires; – fabrication de matériels ferroviaires roulants; – ... 128 200 emplois

Source : SOeS

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Encadré 5

Annexe méthodologique
Évaluation statistique des emplois environnementaux Pour identifier les éco-activités, deux approches sont possibles : par les activités économiques dans la nomenclature d’activités française (NAF) ou par les produits correspondants dans la classification des produits française (CPF). En règle générale, à un poste ou un groupe de postes de la nomenclature de produits (CPF) correspond un poste de la nomenclature d’activités française. Les éco-activités sont alors définies comme toutes celles qui concourent à la production de ces éco-produits. Les produits étant plus détaillés dans les nomenclatures, ils sont plus faciles à repérer que les activités. La méthode utilisée pour évaluer les emplois comporte deux étapes. Dans un premier temps, on identifie les produits qui définissent le périmètre des éco-activités à l’aide de la classification des produits française (CPF). La nomenclature d’activités française (NAF) permet d’identifier les activités associées à ces produits. Dans un second temps, pour chaque produit identifié, une estimation de l’emploi est réalisée à partir du ratio de productivité (chiffre d’affaires par emploi) observé au niveau de la branche d’activité correspondante. Dans le cas de l’environnement, ces nomenclatures ont deux inconvénients. Elles ne sont pas toujours détaillées à un niveau suffisamment désagrégé et elles n’intègrent pas forcément des activités ou produits nouveaux. Cependant elles progressent et permettent de mieux identifier les produits entrant dans le suivi statistique. L’évolution des enquêtes doit conduire à préciser les produits et à suivre l’évolution de l’activité, notamment dans les domaines des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Mais les avancées dans l’identification des produits environnementaux avec les enquêtes restent limitées. À l’instar de certains pays européens tels que l’Allemagne ou le Portugal, la France pourrait envisager également de programmer une enquête thématique spécialement dédiée aux éco-produits. En attendant, il est fait recours à des repérages et à des méthodes d’estimation adaptées. Cadre statistique européen Le système européen de rassemblement de l’information économique sur l’environnement (SERIEE) (1994, 2002 Eurostat) est le cadre de référence du système européen des comptes de dépense de protection de l’environnement. Les activités sont classées par « domaine ». Un domaine correspond à un ensemble d’activités remplissant, par leur finalité, une fonction de protection de l’environnement. La protection de l’environnement fait l’objet d’une description normalisée, la Classification des activités de protection de l’environnement (CEPA 2000). Cette classification sert au recueil des données et de cadre aux comptes de dépense de protection de l’environnement. La gestion des ressources naturelles fait aussi l’objet d’une classification internationale, la Classification de gestion des ressources naturelles (CReMA). Les activités sont réparties par catégories de ressources naturelles. Elle est néanmoins plus récente et toujours en cours de formalisation. Le manuel d’Eurostat pour le suivi des éco-activités [handbook on EGSS -2009] En plus de l’approche classique par les éco-activités retenue par l’OCDE et Eurostat en 1999, le manuel d’Eurostat recommande une approche plus complète par les « éco-produits », c’est-à-dire les biens et services environnementaux. Il est proposé de distinguer deux grandes catégories d’éco-produits : - les éco-produits par fonction dont l’usage répond directement et exclusivement à une finalité de protection de l’environnement ; - les autres éco-produits dont l’utilisation répond à une autre finalité mais qui ont été modifiés dans un but environnemental : biens « adaptés » (au sens du SERIEE, au stade de la consommation et de la mise au rebut).

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Encadré 6

Les produits adaptés
Selon le manuel d’Eurostat sur les éco-activités [EGSS handbook - 2009], les produits adaptés sont définis comme des produits n’ayant pas une finalité de protection de l’environnement ou de gestion des ressources naturelles mais qui ont été modifiés pour que l’impact sur l’environnement de leur utilisation et de leur mise au rebut soit plus faible que celui de la consommation et de la mise au rebut des produits équivalents, c’est-à-dire répondant à la même finalité et offrant la même utilité à leurs utilisateurs. La France s’éloigne des recommandations du manuel d’Eurostat et considère que les produits ayant utilisé au stade de leur production moins de ressources naturelles ne sont pas des produits adaptés. La généralisation de ces produits aux dépens des produits classiques peut poser un problème de suivi statistique sur le long terme. Les biens adaptés se définissant à partir de biens de référence, lorsque ce bien de référence disparaît du marché, le caractère « adapté » du bien disparaît et celui-ci peut devenir le nouveau bien de référence. La notion de bien adapté est donc une notion relative. Ci-dessous quelques exemples par domaine. Protection de l’air : fuel désulfuré, véhicules électriques, véhicules particuliers de classe A&B, réfrigérateurs sans fréons (CFC : chlorofluorocarbones ou chlorofluorocarbures), biocarburants. Gestion des eaux usées : filtres à charbon actif, savons et détergents biodégradables. Gestion des déchets : sacs plastiques biodégradables et emballages, voitures, équipements électriques et électroniques facilement recyclables. Protection et assainissement du sol, des eaux souterraines et des eaux de surface : produits de l’agriculture biologique. Minimisation des bruits et vibrations : asphalte silencieux, fenêtres à isolation acoustique. Gestion de l’eau : lave-vaisselles et machines à laver consommant moins d’eau que le produit de référence, mécanismes 2 boutons pour WC, économiseurs de robinet (mousseur), pomme de douche économique, toilettes sèches... Gestion des ressources énergétiques : VMC double flux, lampes fluorescentes compactes, chaudières à condensation, double/triple vitrage, appareils électroménagers plus économes, énergies renouvelables (EnR), bâtiments à faible consommation d’énergie ou à énergie positive.

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Pour en savoir plus
Aghion P., Howitt P., L’économie de la croissance, Economica, 2010. Artus P., « La raréfaction des ressources est imminente » dans « Querelles écologiques et choix politiques », Odile Jacob, 2011. Ast D., Margontier S., « Les professions de l’économie verte : typologie et caractéristiques », Dares Analyses n° 018, mars 2012. Bontems P., Rotillon G., L’économie de l’environnement, La découverte, Repères, 2003. Bovar O, Demotes-Mainard M., Dormoy C., Gasnier L., Marcus V., Panier I., Tregouët B., « Les indicateurs du développement durable », Insee Références L’économie française, édition 2008. Dobson A., « Environment sustainabilities: An analysis and a typology », Environmental Politics, 5, 401-428, 1996. Eurostat. « The environmental goods and services sector», Data collection handbook, 2009. Eurostat. « SERIEE. Environmental protection expenditure accounts-compilation guide », 2002. Harribey J.-M., Le développement durable est-il soutenable ?, Séminaire de l’OFCE, 2002. Hartwick J.M., « Intergenerational equity and the investing of rents from exhaustible resources », American Economic Review, vol. 67, n° 5, 1977. Lenglart F., Lesieur C., Pasquier J.-L., « Les émissions de CO2 du circuit économique en France », Insee Références L’économie française, édition 2010. Observatoire des métiers liés à la croissance verte, « Activités, emplois et métiers liés à la croissance verte : périmètre et résultats », Études & documents n° 43, 2011. OCDE, Monitoring progress towards green growth. OCDE indicators. Draft report, 2011. Pierce D., Barbier E. B., « Blueprint for a Sustainable Economy », Earthscan Publications, London, 2000. Robins N., Clover R., Singh C., « A climate for recovery. The colour of stimulus goes green », HSBC Global Research, 2009. Rotillon G., L’économie des ressources naturelles, La découverte, Repères, 2005. Stiglitz J., « Growth with exhaustible natural resources: efficient and optimal growth paths », Review of Economic Studies, Edinburgh, Longman Group Limited, vol. 41, 1974. Stiglitz J., Sen A. et Fitoussi J.-P., Rapport de la Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social, Éditions Odile Jacob, 2009. SOeS, « Les éco-activités au niveau européen, une méthodologie partagée, des singularités dans la collecte des données », Études & documents n° 30, 2010. SOeS, « Les éco-activités et l’emploi environnemental en 2010 : premiers résultats », Chiffres et statistiques n° 301, mars 2012. Vivien F.-D., « Les modèles économiques de soutenabilité et le changement climatique », les Économistes peuvent-ils sauver la planète ? Regards croisés sur l’économie, La découverte, 2009.

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L’économie française, édition 2012

SOUS EMBARGO JUSQU’AU 20 JUIN 2012 À 00H00

Avertissement
Le territoire économique couvert par la base 2005 des comptes nationaux comprend le territoire métropolitain et les départements d'outre-mer (Guadeloupe, Guyane, Martinique, Réunion).

Signes conventionnels utilisés
... /// e p r n.s. € M Md Réf. Résultat non disponible Absence de résultat due à la nature des choses Estimation Résultat provisoire Résultat révisé par rapport à l'édition précédente Résultat non significatif Euro Million Milliard Référence

1

Emploi
soit – 0,6 % après – 1,8 % en 2010), mais surtout dans les branches industrielles, où les pertes d’emploi se limitent à 19 000 EQTP (– 0,6 %) contre 107 000 en 2010 (– 3,3 %). Ce mouvement est sensible dans toutes les branches industrielles. Font exception les activités de cokéfaction et raffinage, dont le poids dans l’économie est marginal, et les autres branches industrielles (industries textile, du bois, de la pharmacie, de la métallurgie), qui représentent plus de la moitié de l’emploi industriel. Celles-ci pèsent encore significativement sur la progression de l’emploi total : – 16 000 EQTP perdus en 2011 (– 1,0 %), après – 73 000 l’année précédente (– 4,4 %). Le repli de l’emploi agricole a été légèrement moins prononcé en 2011 (– 17 000 EQTP, soit – 2,0 % après – 2,3 % en 2010). L’emploi des entreprises privées, qui représente 72 % de l’emploi intérieur total (18,2 millions d’EQTP), a rebondi en 2011, mettant fin à deux années de recul marqué. Il a progressé de 155 000 EQTP (+ 0,9 %, après – 0,6 % en 2010). En 2011, les ménages et les institutions sans but lucratif aux services des ménages (ISBLSM), qui incluent notamment les associations, employaient 7 % de l’ensemble des effectifs (1,7 million d’EQTP) : l’emploi y a ralenti en 2011 à + 0,2 %, soit une hausse de 4 000 emplois EQTP, alors qu’il avait progressé plus nettement l’année précédente (+ 1,3 %). Les administrations regroupent de leur côté 21 % de l’emploi total (5,5 millions d’EQTP employés en 2011 par l’État, les collectivités locales, les hôpitaux, etc.). En 2011, avec la baisse du nombre de contrats aidés non marchands, l’emploi dans les administrations a reculé (– 38 000 EQTP, soit – 0,7 %). Il a ainsi poursuivi son repli tendanciel, qui se solde sur quatre ans par la suppression de 119 000 EQTP au total. n

E

n 2011, 26,9 millions de personnes ont occupé un emploi dans l’économie française, à temps plein ou à temps partiel. En équivalent-temps plein (EQTP), l’emploi intérieur est évalué à 25,3 millions en moyenne annuelle. En moyenne sur l’année 2011, l’emploi dans l’ensemble de l’économie a progressé de 125 000 personnes physiques, mettant fin à deux années de net recul (– 355 000 emplois lors de la crise de 2009, puis – 16 000 en 2010). L’évolution du temps partiel n’a pas affecté ce rebond : l’emploi en EQTP a augmenté dans des proportions similaires (+ 121 000 emplois, soit + 0,5 % après – 0,3 % en 2010). Cette hausse résulte de celle de l’emploi salarié (117 000 emplois EQTP, après – 66 000 en 2010), mais ce dernier n’a pas encore retrouvé son niveau de 2007, avant la crise. L’emploi non salarié est resté atone : il a progressé de 5 000 EQTP en 2011 (+ 0,2 %), après avoir stagné l’année précédente. Les activités tertiaires ont alimenté la hausse de l’emploi. Celui des branches des services principalement marchands a accéléré en 2011, progressant de + 1,5 %, après + 0,5 % en 2010. En moyenne sur l’année, 185 000 EQTP ont ainsi été créés, dont plus de la moitié dans les services aux entreprises (+ 105 000, après + 30 000 en 2010). L’emploi tertiaire a aussi bénéficié de la bonne tenue de l’emploi de l’hébergementrestauration (+ 20 000 EQTP), du commerce (+ 19 000), de l’information-communication (+ 16 000) et des services aux ménages (+ 12 000). Seul l’emploi des services principalement non marchands s’est replié en 2011 (– 17 000 EQTP, après + 34 000 en 2010), reflet de la baisse graduelle de l’emploi public. Le repli de l’emploi s’est nettement atténué en 2011 dans la construction (– 11 000 EQTP, Définitions

Emploi en comptabilité nationale : tous les types d’emploi (salariés, non salariés) sont comptabilisés et chaque personne compte pour un emploi dit « en personne physique », quel que soit son temps de travail et même s’il est très réduit. La notion d’emploi intérieur correspond à l’emploi généré par l’économie sur le territoire, en métropole et dans les départements d’outre-mer. Les estimations intègrent les non-résidents travaillant sur le territoire économique (frontaliers ou saisonniers venant en France), mais excluent les résidents travaillant à l’étranger. Pour tenir compte de façon plus précise de la force de travail mobilisée par l’économie française, il faut recourir à la notion d’« équivalents-temps plein », qui prend notamment en compte le temps partiel : deux personnes travaillant à mi-temps sont par exemple comptabilisées pour un seul équivalent-temps plein. Le nombre d’emplois en équivalents-temps plein est ainsi inférieur à l’emploi comptabilisé en personnes physiques. À l’inverse, la multi-activité et les corrections pour travail au noir ou fraude tendent à relever les effectifs en équivalents-temps plein.

106

L’économie française, édition 2012

Emploi
1. Emploi intérieur total par branche d’activité en équivalents-temps plein
Évolution en moyenne annuelle (en %) 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 Effectifs en 2011 en milliers

1

en % du total

AZ DE C1 C2 C3 C4 C5 FZ GZ HZ IZ JZ KZ LZ MN OQ

Agriculture Énergie, eau, déchets Industrie agroalimentaire Cokéfaction et raffinage Biens d’équipement Matériels de transport Autres branches industrielles Construction Commerce Transport Hébergement-restauration Information-communication Services financiers Services immobiliers Services aux entreprises Services principalement non-marchands RU Services aux ménages Total DE à C5 Industrie C1 à C5 Industrie manufacturière GZ à MN et RU Tertiaire principalement marchand OQ Tertiaire principalement non-marchand DE à MN et RU Branches marchandes non-agricoles

– 1,7 0,3 – 0,3 – 3,3 – 3,9 0,3 – 2,5 3,9 0,0 – 1,7 3,8 – 1,2 0,7 5,3 2,9 0,9 1,3 0,7 – 1,9 – 2,0 1,1 0,9 0,7

– 2,0 – 0,2 0,9 – 0,6 – 1,7 – 2,2 – 2,4 4,6 – 0,5 1,3 1,8 2,9 0,6 2,0 2,3 1,4 4,8 1,1 – 1,5 – 1,6 1,6 1,4 1,2

– 2,1 1,0 – 0,6 – 0,9 – 0,4 – 2,1 – 1,5 4,3 1,2 0,7 2,4 2,5 2,0 2,1 3,2 1,2 1,3 1,3 – 1,0 – 1,2 1,9 1,2 1,6

– 2,3 – 2,2 – 0,6 – 1,0 – 0,5 – 2,6 – 1,6 2,7 0,6 1,0 0,8 2,5 0,4 1,1 0,7 0,0 1,5 0,3 – 1,4 – 1,3 0,9 0,0 0,7

– 2,9 5,4 – 2,0 – 8,4 – 9,9 – 6,1 – 4,7 0,0 – 0,4 – 2,6 – 0,1 – 1,5 1,9 – 7,3 – 4,8 – 0,1 0,1 – 1,5 – 4,2 – 5,1 – 1,8 – 0,1 – 2,1

– 2,3 1,1 – 0,6 – 2,1 – 5,1 – 5,1 – 4,4 – 1,8 – 0,3 – 1,4 2,4 0,0 1,2 – 1,1 0,9 0,5 1,8 – 0,3 – 3,3 – 3,8 0,5 0,5 – 0,5

– 2,0 1,9 – 0,5 – 4,2 – 1,6 0,0 – 1,0 – 0,6 0,6 0,1 1,9 2,2 0,9 1,0 3,3 – 0,2 0,8 0,5 – 0,6 – 0,9 1,5 – 0,2 0,9

848,8 298,5 581,9 7,1 366,1 251,1 1 579,9 1 840,9 3 465,7 1 288,6 1 050,1 756,7 815,7 245,9 3 293,5 7 184,8 1 467,5 25 342,9 3 084,7 2 786,2 12 383,7 7 184,8 17 309,3

3,3 1,2 2,3 0,0 1,4 1,0 6,2 7,3 13,7 5,1 4,1 3,0 3,2 1,0 13,0 28,4 5,8 100,0 12,2 11,0 48,9 28,4 68,3

Champ : France. Lecture : en 2011, l’emploi des branches des services immobiliers (LZ) augmente de 1,0 %, pour s’établir à 246 000 équivalents-temps plein, ce qui représente 1,0 % de l’emploi total. Source: Insee, Comptes nationaux, base 2005.

2. Évolution annuelle des créations d’emplois par type de secteur institutionnel
en milliers d’équivalents-temps plein 700

500

300

100

– 100

– 300
Entreprises Administrations Autres Total

– 500 1990 91 92 93 94 95 96 97 98 99 2000 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 2011
Champ : effectifs, salariés ou non, en équivalents-temps plein en France. Lecture : en 2011, l’emploi intérieur de l’ensemble de l’économie française augmente de 121 000 équivalents-temps plein, celui des entreprises progresse de 155 000 équivalents-temps plein. Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

Fiches thématiques

107

2

Chômage
La remontée du chômage dans la deuxième partie de l’année 2011 touche toutes les tranches d’âge. Pour les actifs entre 25 et 49 ans, le taux de chômage augmente de 0,4 point en un semestre, et s’établit à 8,6 % de la population active fin 2011, légèrement au-dessus de son sommet précédent de fin 2009. Le taux de chômage des personnes de 50 ans ou plus a lui aussi augmenté, de 0,2 point au second semestre 2011. Il s’établit à 6,5 % fin 2011, à un niveau comparable à celui de fin 2009. Le taux de chômage des jeunes augmente sur la même période de 0,7 point. Contrairement aux autres tranches d’âge, ce niveau est très légèrement inférieur à celui de fin 2009. Le niveau du taux de chômage des jeunes, beaucoup plus élevé que celui de leurs aînés, traduit pour partie le fait qu’il est calculé sur une population entrant tout juste sur le marché du travail. Un grand nombre de jeunes de 15 à 24 ans, qui poursuit des études, n’est donc pas comptabilisé dans la population active. Ainsi, la part des chômeurs dans la population totale des 15-24 ans est bien inférieure et s’établit à 8,4 % au quatrième trimestre 2011 (8,6 % un an auparavant), alors que la part des chômeurs dans la population des 25-49 ans est de 7,7 %. Comme pour le taux de chômage, les jeunes sont les seuls pour lesquels la part de chômeurs dans la population a baissé depuis le sommet du quatrième trimestre 2009 (– 0,9 point, alors que pour les autres tranches d’âge, elle a augmenté de 0,1 point). n

A

près une baisse en début d’année 2011, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) augmente de 0,3 point au second semestre. Au quatrième trimestre, il s’établit en France à 9,8 % (9,4 % pour la France métropolitaine). En France métropolitaine cependant, le taux de chômage est en légère baisse (0,1 point) en moyenne annuelle, à 9,3 % de la population active. Au quatrième trimestre 2011, en France métropolitaine, 2,7 millions de personnes sont au chômage au sens du BIT. Plus généralement, 3,4 millions de personnes ne travaillent pas mais souhaitent travailler, qu’elles soient ou non disponibles dans les deux semaines pour travailler et qu’elles recherchent ou non un emploi. En moyenne sur l’année 2011, le taux de chômage des femmes demeure supérieur de 0,9 point à celui des hommes en France métropolitaine (9,7 % contre 8,8 %). L’écart s’est toutefois réduit au cours de l’année : le taux de chômage des femmes a en effet légèrement baissé entre la fin 2010 et la fin 2011, ce qui ne s’était pas vu depuis le début de la crise de 2008. A contrario, celui des hommes est reparti à la hausse au second semestre lorsque la situation économique a commencé à se dégrader : les hommes sont traditionnellement affectés plus vite que les femmes par un retournement du marché du travail ; les suppressions d’emplois touchent d’abord l’intérim, où les hommes, et plus particulièrement les jeunes hommes, sont surreprésentés.

Définitions
Chômeur au sens du Bureau international du travail (BIT) : personne en âge de travailler (c’est-à-dire ayant 15 ans ou plus) qui : - n’a pas travaillé, ne serait-ce qu ’une heure, au cours de la semaine de référence ; - est disponible pour travailler dans les deux semaines ; - et a entrepris des démarches actives de recherche d’emploi dans le mois précédent ou a trouvé un emploi qui commence dans les trois mois. Enquête Emploi en continu : enquête auprès des ménages, qui porte sur toutes les personnes de 15 ans ou plus vivant en France métropolitaine. Chaque trimestre, 57 000 ménages répondent (parmi les 67 000 logements enquêtés, à l’exception des communautés : foyers, cités universitaires, hôpitaux, prisons), soit environ 108 000 personnes de 15 ans ou plus. Cet échantillon est partiellement renouvelé chaque trimestre. La collecte a lieu en continu sur toutes les semaines de chaque trimestre. L’enquête en continu est prolongée par une enquête postale auprès des non-répondants, à laquelle répondent 1 500 ménages et dont les résultats sont disponibles plus tardivement. Le taux de chômage est estimé avec une précision de + / – 0,3 point. L’enquête Emploi est la seule source permettant de mesurer le chômage selon la définition préconisée par le BIT.

108

L’économie française, édition 2012

Chômage
1. Taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT)
en % 12 11 10
France

2

9 8
France métropolitaine

7 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011
Champ : population des ménages, personnes de 15 ans ou plus. Note : les résultats de l’enquête auprès des non-répondants au quatrième trimestre 2011 n’ayant pas encore été intégrés, ces résultats sont provisoires. Source : Insee, enquêtes Emploi 1996 à 2011.

2. Chômage selon la définition du Bureau international du travail (BIT)
en moyenne annuelle
1990 1993 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 20111 p

Nombre de personnes au chômage (en milliers) Hommes Femmes Taux de chômage2 (en %) Ensemble de 15 à 24 ans de 25 à 49 ans 50 ans ou plus Hommes de 15 à 24 ans de 25 à 49 ans 50 ans ou plus Femmes de 15 à 24 ans de 25 à 49 ans 50 ans ou plus

1 976 863 1 113 7,9 15,4 6,9 5,8 6,2 13,0 5,1 4,8 10,2 18,2 9,2 7,0

2 526 1 201 1 325 10,0 20,5 9,0 6,7 8,7 18,4 7,5 6,2 11,7 23,0 10,7 7,3

2 411 1 154 1 257 8,9 20,0 8,0 6,1 8,0 19,3 6,9 5,6 9,9 21,0 9,3 6,6

2 432 1 164 1 268 8,9 20,6 8,1 5,8 8,0 19,5 7,0 5,5 9,8 21,9 9,3 6,2

2 433 1 175 1 258 8,8 21,6 7,8 5,9 8,1 20,4 6,9 5,7 9,7 23,2 8,9 6,1

2 223 1 092 1 131 8,0 19,1 7,2 5,3 7,5 18,3 6,5 5,2 8,6 20,1 8,0 5,5

2 068 1 016 1 052 7,4 18,6 6,5 5,0 6,9 18,5 5,7 4,9 7,9 18,6 7,4 5,0

2 581 1 321 1 260 9,1 23,2 8,0 6,1 8,9 24,0 7,5 5,9 9,4 22,3 8,6 6,2

2 653 1 338 1 315 9,4 22,9 8,4 6,3 9,0 22,2 7,9 6,1 9,7 23,7 8,9 6,6

2 628 1 307 1 321 9,3 22,1 8,4 6,4 8,8 21,2 7,8 6,2 9,7 23,2 9,0 6,6

1. Les résultats de l’enquête auprès des non-répondants au quatrième trimestre 2011 n’ayant pas encore été intégrés, ces résultats sont provisoires. 2. Le taux de chômage est le rapport du nombre de chômeurs sur la population active, elle-même composée des personnes qui ont un emploi ou sont au chômage. L’âge est celui atteint au moment de l’enquête. Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes de 15 ans ou plus. Lecture : en moyenne en 2011, 2 628 000 personnes étaient au chômage au sens du BIT en France métropolitaine, soit 9,3 % de la population active. Source : Insee, enquêtes Emploi 1990 à 2011.

Fiches thématiques

109

3

Revenu et épargne des ménages
En 2011, les impôts sur le revenu et le patrimoine payés par les ménages progressent de 6,6 % après une hausse de 2,8 % l’année précédente. Cette accélération est imputable au relèvement de certains impôts (hausse du prélèvement social sur les revenus du patrimoine et les produits de placement notamment) et au dynamisme des revenus d’activité qui génère un surplus d’impôt sur le revenu, de contribution sociale généralisée (CSG) et de contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS). Les prestations sociales reçues par les ménages restent dynamiques (+ 3,2 % en 2011 comme en 2010). Les indemnités chômage reculent (– 0,3 % après + 7,6 % en 2010) en lien avec l’amélioration du marché du travail ; inversement, les prestations vieillesse accélèrent légèrement (+ 4,0 % après + 3,8 % en 2010) : l’impact de la revalorisation des pensions, nettement plus élevée en 2011, l’emporte sur le recul de l’âge de la retraite consécutif à la réforme de 2010 ; cette dernière commence à produire ses effets à partir de juillet 2011. Par ailleurs, les prestations familiales et de logement évoluent de façon plus soutenue (+ 1,9 % après + 0,8 %), en raison de la revalorisation de 1,5 % de la base mensuelle de calcul des allocations. Alors que le revenu disponible brut augmente de 2,6 %, la dépense de consommation finale des ménages ne progresse que de 2,3 % en valeur ; leur taux d’épargne remonte ainsi de 0,2 point à 16,1 % en 2011, après avoir baissé de 0,5 point en 2010. Le revenu disponible brut des ménages ne rend pas compte de l’ensemble des ressources dont ils disposent. En effet, au-delà de leurs dépenses de consommation, les ménages consomment également des biens et services dont le coût est pris en charge par la collectivité : éducation, santé, allocations logement… En 2011, le revenu disponible ajusté des ménages, qui englobe ces dépenses, progresse au même rythme que le revenu disponible brut (+ 2,6 %). n

E

n 2011, le revenu disponible brut des ménages accélère à + 2,6 % en valeur (après + 2,0 % l’année précédente). Simultanément, la hausse du prix de la dépense de consommation finale atteint + 2,1 % (contre + 1,1 % en 2010), notamment en raison de la hausse des prix de l’énergie. Le pouvoir d’achat du revenu disponible ralentit donc (croissance de + 0,5 %, après + 0,9 % en 2010) : cette évolution est mesurée sur l’ensemble des ménages. Compte tenu de la croissance de la population, le pouvoir d’achat au niveau individuel (pouvoir d’achat par unité de consommation) est en légère baisse en 2011 (– 0,1 %), alors qu’il augmentait de 0,3 % en 2010. En 2011, l’accélération du revenu disponible brut de + 0,6 point en valeur est due au redressement des revenus du patrimoine (contribution de + 0,9 point) et à la croissance des revenus d’activité (+ 0,3 point). Inversement, les impôts sur le revenu et le patrimoine en atténuent la hausse (effet de – 0,5 point). Les prestations sociales, restant sur la même dynamique qu’en 2010, ne contribuent pas à l’accélération du revenu disponible. La rémunération des placements des ménages en produits liquides (comptes courants et livrets) se redresse en 2011, soutenue par la remontée des taux d’intérêt (+ 60 points de base sur le taux du livret A notamment). Les dividendes reçus par les ménages se redressent également, après s’être repliés en 2010 du fait de la baisse des résultats des entreprises durant la récession. À l’inverse, les revenus de la propriété attribués aux assurés reculent (– 2,4 %) : les contrats d’assurance-vie perdent de leur attractivité face aux autres produits de placement, dont les taux de rendement augmentent. La masse salariale nette reçue par les ménages accélère également à + 2,9 %, après + 2,4 % en 2010 : elle est soutenue par la reprise de l’emploi, dans un contexte de stabilité du salaire moyen net par tête. Le revenu mixte des entrepreneurs individuels augmente de 2,4 %, soit un rythme plus soutenu qu’en 2010 (+ 1,9 %). Définitions

Revenu disponible ajusté des ménages : il est égal au revenu disponible augmenté des transferts sociaux en nature, contreparties des consommations individualisables incluses dans les dépenses des administrations publiques et des institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLSM). Transferts sociaux en nature : forme de revenus qui trouvent leur contrepartie en consommation finale, sans qu’il y ait pour autant une dépense de la part du ménage bénéficiaire. Il s’agit par exemple des remboursements de médicaments, des dépenses d’éducation prises en charge par les administrations publiques.

110

L’économie française, édition 2012

Revenu et épargne des ménages
1. Contributions à l’évolution du pouvoir d’achat des ménages
évolution en %, contribution en points 4
Pouvoir d’achat du RDB

3

3

Déflateur de la consommation

2

1

0

–1 2006 2007 Revenus nets d’activité
Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

2008 Revenus du patrimoine

2009 2010 Prestations en espèces

2011 Impôts courants

2. Revenu disponible brut des ménages
En milliards d’euros 2011 2005 2006 Évolutions annuelles en % 2007 2008 2009 2010 2011

Rémunération des salariés Salaires et traitements bruts Cotisations employeurs Revenu mixte brut Excédent brut d’exploitation Revenus nets de la propriété Consommation finale de Sifim Revenus primaires Impôts courants sur le revenu et le patrimoine Cotisations dont cotisations salariales Prestations sociales en espèce Transferts divers nets reçus Revenu disponible brut Prestations sociales en nature Revenu disponible ajusté Dépense de consommation finale Épargne brute Formation brute de capital fixe Impôts en capital Autres opérations Capacité de financement
Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

1 077,6 790,3 287,3 121,1 158,2 127,7 9,6 1 484,6 175,1 424,0 108,5 428,7 9,4 1 323,5 361,8 1 685,4 1 471,9 213,4 120,0 8,7 5,0 89,8

3,6 3,6 3,4 1,1 5,1 0,8 – 8,3 3,3 5,7 3,9 4,7 4,0 26,9 3,1 4,1 3,3 4,3 – 3,7 8,8 4,6 n.s. – 16,4

4,3 4,5 3,8 3,9 6,3 5,9 23,6 4,6 3,1 4,8 6,4 4,1 – 0,7 4,6 3,8 4,4 4,2 6,3 11,4 – 7,3 n.s. 3,2

4,0 4,1 3,8 3,9 7,1 6,1 38,8 4,5 1,3 3,6 3,3 3,9 14,3 5,1 4,0 4,9 4,3 8,9 9,3 6,8 n.s. 8,3

3,2 3,2 3,1 1,1 5,0 3,5 17,8 3,2 5,0 2,9 1,5 3,4 32,7 3,3 3,4 3,3 3,3 3,9 2,8 – 11,4 n.s. 2,6

0,3 0,1 0,8 – 6,6 – 4,7 – 2,7 – 36,0 – 1,1 – 4,5 1,1 0,9 5,5 – 19,7 0,5 3,7 1,1 0,5 6,0 – 13,4 – 5,5 n.s. 49,7

2,3 2,3 2,1 2,0 – 0,5 – 0,9 – 29,3 1,7 2,8 2,1 1,9 3,2 13,6 2,0 3,4 2,3 2,8 – 1,0 0,9 3,7 n.s. – 4,3

3,4 2,9 4,7 2,3 3,5 3,7 6,9 3,3 6,6 4,1 3,3 3,2 – 1,6 2,6 2,6 2,6 2,4 4,0 6,8 12,0 n.s. 0,1

3. Principaux ratios
en %
2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011

Rémunération nette / RDB - avant impôts Excédent brut d'exploitation / RDB - avant impôts Revenu mixte / RDB - avant impôts Revenus de la proprité nets / RDB - avant impôts Prestations sociales en espèce / RDB - avant impôts Impôts sur le revenu / RDB avant impôts Taux d'épargne (épargne brute / RDB) Taux d'épargne ajustée (épargne brute / RDBA)
Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

45,7 10,7 9,0 8,7 27,0 12,1 14,7 11,6

45,6 10,9 9,0 8,8 27,0 12,0 14,9 11,8

45,4 11,1 8,9 9,0 26,8 11,6 15,4 12,2

45,4 11,3 8,7 8,9 26,7 11,7 15,5 12,3

45,4 10,8 8,1 8,7 28,2 11,2 16,4 12,9

45,6 10,5 8,1 8,5 28,6 11,3 15,9 12,5

45,5 10,6 8,1 8,5 28,6 11,7 16,1 12,7

Fiches thématiques

111

4

Consommation des ménages
de 217 millions de spectateurs, la fréquentation des salles de cinéma atteint un niveau record depuis 1966. Ce bon résultat tient notamment au succès exceptionnel du film français « Intouchables ». Les loyers augmentent de 2,2 % en 2011 en valeur, après + 2,6 % en 2010 : il s’agit de la plus faible progression depuis 1959. Les prix des loyers augmentent de 1,0 % après + 1,5 % en 2010. En 2011, les dépenses des ménages en produits énergétiques diminuent de 6,6 % en volume après une hausse de 2,0 % en 2010 : les besoins de chauffage ont été modérés en raison d’un printemps et d’un automne exceptionnellement doux. Ainsi, la consommation d’électricité diminue de 9,4 % en volume. Le prix des dépenses en produits énergétiques augmente de 12,1 %, principalement du fait du fioul domestique (+ 23,1 %) et des carburants (+ 16,6 % pour le gasoil, + 11,0 % pour le super sans plomb). La croissance de la consommation de produits alimentaires (hors boissons alcoolisées et tabac) se maintient en volume (+ 1,0 % après + 1,1 %), malgré une accélération des prix (+ 1,8 % après + 1,1 %). Les achats de viande diminuent (– 0,4 % en volume) du fait de prix en hausse (+ 2,6 %). Il en est de même pour les poissons et les fruits de mer (– 2,3 % en volume et + 3,5 % en prix). La consommation de fruits continue de diminuer (– 1,4 % après – 0,6 % en 2010) malgré une hausse des prix plus modérée que l’année précédente (+ 1,4 % au lieu de + 5,1 %). La consommation de légumes se redresse (+ 1,2 % en volume après – 0,9 % en 2010) sous l’effet de prix en forte baisse (– 4,7 %). La consommation de tabac baisse de 0,6 % en volume après une année de stabilité (+ 0,1 %). La hausse des prix soutenue pour la seconde année consécutive (+ 5,7 %, après + 5,6 % en 2010) a sans doute freiné la consommation. La désaffection des ménages pour l’assurance-vie se poursuit en 2011 : les dépenses liées à ce type de contrats diminuent de 5,1 % en volume. Les épargnants se sont orientés vers de l’épargne plus liquide, notamment le livret A. L’assurance automobile progresse de 10,9 % en volume et les dépenses liées à l’assurance santé repartent à la hausse : + 0,9 % en volume, après – 1,3 % en 2010. Au total, la consommation des ménages en assurances se replie de 0,9 % en volume. n

E

n 2011, la dépense de consommation des ménages augmente de 0,3 % en volume, après + 1,4 % en 2010. Ce ralentissement intervient dans le contexte d’une accélération des prix (+ 2,1 % après + 1,1 % en 2010) due notamment à la forte hausse des prix de l’énergie. En valeur, l’évolution de la dépense de consommation des ménages est presque aussi soutenue qu’en 2010 : + 2,3 % après + 2,5 %. Les achats d’automobiles neuves et d’occasion sont stables en 2011 (+ 0,0 % en volume) : le net redressement des achats de voitures d’occasion (+ 3,9 % en volume après – 2,4 %), est compensé par une baisse des achats de voitures neuves (– 1,4 % après une baisse plus marquée de 3,0 % en 2010). L’essoufflement du marché des automobiles neuves peut s’expliquer par la fin du dispositif de la prime à la casse. La part des petites voitures économes (cinq chevaux fiscaux et moins) dans les immatriculations diminue à 52 %, après avoir atteint 57 % les deux années précédentes. Les marques françaises se replient (– 6,3 % après – 2,3 %) alors que les marques étrangères tirent leur épingle du jeu (+ 2,9 %). Les marques françaises ne représentent plus que 52,1 % des immatriculations en 2011 contre 54,5 % en 2010. En 2011, en valeur, la dépense de consommation en biens et services de l’économie de l’information diminue de 2,4 % après une stabilité en 2010. En volume, elle décélère (+ 1,8 % après + 3,2 % en 2010). Si les achats de téléviseurs décélèrent pour la seconde année consécutive (+ 6,1 %, après + 18,5 % en 2010 et + 33,3 % en 2009), le secteur reste porté par les achats d’ordinateurs et de périphériques (+ 16,4 % en volume après + 7,8 % en 2010) et par un marché des téléphones mobiles toujours aussi dynamique (+ 30,4 % en volume après + 22,8 % en 2010) du fait de l’essor des smartphones. La consommation en services de télécommunications baisse en volume (– 1,1 % après + 1,5 % en 2010) suite à la hausse de la TVA sur les offres « triple play ». Les dépenses liées à la musique et à la vidéo à domicile sont en baisse. Les achats de supports vidéo diminuent de 5,9 % en volume, après une hausse de 4,3 % en 2010, la progression du Blu-ray ne compensant pas la baisse des achats de DVD. Les achats de CD audio poursuivent leur repli (– 10,9 % en volume après – 12,5 %). Les téléchargements légaux de musique progressent de 27,5 % en volume. Avec près

112

L’économie française, édition 2012

Consommation des ménages
1. Consommation des ménages par fonction

4

en évolutions en volume aux prix de l’année précédente
2008 2009 2010 2011 Coefficients budgétaires1 (en %)

Alimentation et boissons non alcoolisées Boissons alcoolisées et tabac Articles d’habillement et chaussures Logement, chauffage, éclairage Équipement du logement Santé Transport Communications Loisirs et culture Éducation Hôtels, cafés et restaurants Autres biens et services Correction territoriale Dépense de consommation des ménages Dépense de consommation des ISBLSM2 Dépense de consommation individualisable des APU dont : logement santé éducation Consommation effective des ménages

– 0,3 – 2,5 – 1,7 1,4 – 0,6 5,2 – 2,0 4,1 2,3 2,4 – 1,8 – 0,9 – 14,3 0,3 – 0,3 1,5 7,7 2,4 – 0,5 0,5

0,2 0,8 – 3,4 0,4 – 3,0 3,0 – 1,0 0,5 0,8 – 5,5 – 3,4 2,9 – 22,1 0,1 4,4 2,2 2,7 3,4 – 0,2 0,7

1,1 – 0,2 0,8 1,4 2,4 2,1 – 0,3 1,9 2,8 – 0,9 1,5 1,2 – 25,3 1,4 3,8 1,7 1,1 2,8 0,3 1,5

1,0 0,0 – 1,2 – 1,0 1,1 3,9 0,7 0,3 2,4 – 1,4 1,0 0,6 41,3 0,3 1,9 1,5 3,0 1,7 0,5 0,6

10,2 2,4 3,2 19,1 4,4 2,9 10,9 2,0 6,4 0,6 5,4 8,4 – 0,6 75,4 2,8 21,8 1,0 9,6 6,5 100,0

1. Part de la consommation en valeur relative à un produit ou groupe de produits par ticulier dans la consommation effective totale. 2. Les institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLSM) regroupent l’ensemble des unités privées dotées de la personnalité juridique qui produisent des biens et services non marchands au profit des ménages. Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

2. Consommation effective des ménages par catégorie de produits classés selon leur durabilité
en évolutions en volume aux prix de l’année précédente
2008 2009 2010 2011 Coefficients budgétaires1 (en %)

Biens durables importants2 Biens semi-durables3 Biens non durables Services Ensemble

– 0,8 – 0,6 0,2 0,9 0,5

4,6 – 4,0 0,1 0,9 0,7

2,0 1,2 1,5 1,6 1,5

2,8 – 0,6 – 0,3 0,8 0,6

6,9 5,6 25,2 62,3 100,0

1. Part de la consommation en valeur relative à un produit ou groupe de produits par ticulier dans la consommation totale. 2. Véhicules, meubles, équipement ménager ou de loisir. 3. Textile, habillement, autres biens semi-durables. Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

Fiches thématiques

113

5

Niveaux de prix et niveaux de vie dans l’Union européenne
du PIB rémunère le travail des non-résidents ou le capital détenu par des non-résidents. Bien que nettement corrélé aux deux classements précédents, le rang suivant les indices de volume de consommation par habitant renvoie un message un peu différent, notamment parce que la part dévolue à la consommation effective des ménages dans le PIB varie d’un pays à l’autre (de 44 % au Luxembourg à 81 % en Grèce). Les écarts s’en trouvent de nouveau diminués mais demeurent importants : en 2010, le niveau de consommation par habitant était 3,6 fois plus élevé au Luxembourg qu’en Bulgarie. La France se situait au 8e rang, avec une consommation effective par habitant de 13 % supérieure à la moyenne européenne. Pour la seule consommation alimentaire, la France se situait au 4e rang des pays de l’Union européenne, avec un niveau supérieur de 17 % à la moyenne, derrière la Grèce, le Luxembourg et l’Italie. En 2010, les indices de prix associés au PIB variaient de 45 en Bulgarie à 137 au Danemark, par rapport à un indice moyen européen de 100. La France se situait à un niveau supérieur à la moyenne européenne (113). Sur le seul champ de la consommation effective des ménages, les rapports de niveau de prix étaient semblables : de 45 en Bulgarie à 147 au Danemark, et 111 en France. Parmi les voisins de la France, le Luxembourg et la Belgique ont un indice de niveau de prix supérieur à la France, au contraire de l’Italie, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Espagne. L’écart de prix entre la France et la moyenne européenne dépasse 20 % pour les biens et services liés au logement, ainsi que pour les biens et services de communication. Les prix en France sont supérieurs à ceux de l’Allemagne pour l’ensemble des fonctions de consommation, mis à part pour l’alimentation, le transport et l’hôtellerie-restauration. n

L

es comparaisons internationales de niveau de vie par habitant portent habituellement sur le Produit Intérieur Brut (PIB) ou sur la consommation effective des ménages. Cette dernière inclut les dépenses de consommation des ménages mais aussi les dépenses dont les ménages bénéficient à titre individuel tout en étant prises en charge par la collectivité (administrations publiques et institutions sans but lucratif au service des ménages). Le PIB, qui correspond à la valeur ajoutée sur le territoire national, diffère quelque peu du revenu qui revient aux entités économiques résidentes (car des revenus primaires, du travail et du capital, sont également reçus de l’extérieur par des agents résidents et, à l’inverse, versés par des agents résidents à des non-résidents). Pour comparer les niveaux de vie, il est donc utile également d’effectuer des comparaisons de revenu national brut (RNB). Pour rendre comparables les niveaux de PIB, de RNB ou de consommation par habitant, il faut tenir compte des différences de niveaux de prix observés entre pays pour un même bien. Pour ce faire, les valeurs sont déflatées par des prix exprimés « en standards de pouvoir d’achat » (SPA), une unité monétaire fictive commune à tous les pays. En 2010, le PIB par habitant exprimé en standard de pouvoir d’achat (SPA) était 6,2 fois plus élevé pour le Luxembourg que pour la Bulgarie. La France se classait au 11e rang des pays de l’Union européenne, avec un PIB supérieur de 8 % à la moyenne des 27 pays. Elle se positionnait entre le Royaume-Uni et l’Italie (respectivement 12 % et 1 % de plus que la moyenne européenne). Les indices de volume de RNB par habitant modifient légèrement ce classement. Ils atténuent notamment l’avantage du Luxembourg et de l’Irlande, pays où une part importante

Définitions
Parités de pouvoir d’achat (PPA) : taux qui permettent de convertir toutes les monnaies dans une monnaie commune, le standard de pouvoir d’achat (SPA), qui a le même pouvoir d’achat dans chaque pays. L’agrégat de référence est le PIB, mais les indices de volume par habitant peuvent être évalués pour tous les agrégats. Les indices de prix et de volume sont calculés par rapport à une base 100 qui représente la moyenne de l’Union européenne à 27.

114

L’économie française, édition 2012

Niveaux de prix et niveaux de vie dans l’Union européenne
1. Comparaison des principaux agrégats au sein de l’Union européenne en 2010

5

indice 100 pour l’UE à 27
Indices de volume par habitant en standard de pouvoir d'achat PIB RNB Consommation individuelle effective Alimentation et boissons non-alcoolisées PIB Indices de prix Consommation individuelle effective Alimentation et boissons non-alcoolisées

Luxembourg Pays-Bas Irlande Danemark Autriche Suède Belgique Allemagne Finlande Royaume-Uni France Italie Espagne Chypre Grèce Slovénie Malte Portugal République tchèque Slovaquie Hongrie Estonie Pologne Lituanie Lettonie Roumanie Bulgarie
Source : Eurostat, calculs Insee.

271 133 128 127 126 123 119 118 115 112 108 101 100 99 90 85 83 80 80 74 65 64 63 57 51 46 44

194 133 107 131 126 126 122 121 118 113 110 101 99 97 88 84 77 78 75 73 62 61 61 57 52 46 43

150 116 102 114 116 114 110 117 111 121 113 102 95 103 101 80 83 84 71 71 60 57 66 61 50 45 42

130 109 78 93 95 106 112 93 109 81 117 120 115 100 136 91 97 112 74 84 61 78 89 109 63 81 48

120 109 112 137 111 123 112 105 119 100 113 105 93 89 92 83 73 83 73 68 61 68 61 60 64 51 45

132 109 124 147 110 126 116 104 123 102 111 105 96 91 92 84 74 86 70 66 59 68 57 59 65 51 45

116 96 120 136 114 115 115 110 113 102 109 106 94 107 103 95 93 91 77 81 81 81 70 72 83 67 65

2. Indices de prix par fonction de consommation pour les pays voisins de la France en 2010
indice 100 pour l’UE à 27
Luxembourg Belgique France Italie Allemagne Royaume-Uni Espagne

Consommation individuelle effective Alimentation et boissons non-alcoolisées Boissons alcoolisées et tabac Vêtements et chaussures Logement, eau, électricité, gaz Ameublement, équipement ménager et entretien Santé Transport Communication Loisirs et culture Éducation Hôtels, cafés et restaurants Autres biens et services
Source : Eurostat.

132 116 88 106 171 113 130 95 89 108 288 108 118

116 115 100 114 118 108 131 102 121 102 139 113 115

111 109 109 105 123 108 112 105 121 106 117 103 112

105 106 104 104 104 105 119 94 103 106 103 107 106

104 110 99 103 108 99 105 106 83 104 99 104 103

102 102 142 89 97 98 99 102 93 100 134 104 98

96 94 80 92 104 102 90 94 149 99 102 94 89

Fiches thématiques

115

6

Branches d’activité
l’année précédente) explique presque la totalité de ce tassement de l’activité industrielle. L’activité est restée par contre assez bien orientée dans les biens d’équipements (fabrication de produits informatiques, d’équipements électriques ou de machines) dont la VA progresse de + 6,4 % en 2011 après + 6,8 % en 2010, et dans les autres branches industrielles (industries textile, du bois, de la pharmacie ou encore de la métallurgie) dont la valeur ajoutée accélère très légèrement à + 2,6 % après + 2,3 % en 2010. En 2011, l’économie a renoué avec des créations d’emplois (+ 0,5 % pour les effectifs en équivalents temps plein (EQTP), après – 0,3 % en 2010) : la reprise de l’activité économique se confirmant, les gains de productivité apparente du travail retrouvent leur régime de croisière des années précédant la crise à + 1,3 % en 2011, après + 1,8 % en 2010. Dans les branches principalement marchandes non agricoles, le ralentissement de la productivité est plus marqué (+ 1,0 % en 2011, après + 2,3 % l’année précédente). Il tient d’abord à la situation des branches industrielles, où l’activité a connu un ralentissement en cours d’année alors que les pertes d’emploi s’atténuaient. Les gains de productivité industriels sont ainsi revenus en dessous de leur rythme tendanciel, à + 1,1 % en 2011 après + 6,9 % en 2010. Dans les services principalement marchands, les gains de productivité sont également plus faibles et retrouvent un rythme moyen (+ 0,9 %, après + 1,7 % en 2010). Alors que l’activité croît à un rythme proche de celui de 2010, les créations d’emploi s’amplifient dans ces branches (+ 1,5 % pour l’emploi en EQTP après + 0,5 % l’année précédente). À l’inverse, la productivité apparente du travail dans la construction a progressé pour la première fois depuis 2007, pour atteindre + 0,6 %, après – 3,1 % en 2010. Cette amélioration des gains de productivité s’explique par le fait que l’emploi dans la construction a continué de s’ajuster à la baisse (– 0,6 %), conséquence de trois années consécutives de recul de l’activité, de 2008 à 2010. n

A

près une croissance en valeur de + 2,4 % en 2010, la reprise de l’activité s’est accentuée en 2011 avec une progression de + 2,7 % de la valeur ajoutée (VA) de l’ensemble des branches de l’économie. La VA s’établit ainsi à 1 789 milliards d’euros. Corrigée de la hausse des prix, la VA a progressé de + 1,8 % en volume, après + 1,5 % en 2010. Après trois années consécutives de contraction, l’activité dans la construction s’est stabilisée en 2011 : c’est particulièrement vrai des activités de construction de bâtiments et de promotion immobilière, pour lesquelles la VA a connu une quasi stabilité (+ 0,1 %) après une baisse de – 5,2 % en 2010. Globalement, la valeur ajoutée de la construction demeure inférieure de 12 % en volume à son maximum de 2007. L’activité s’est également redressée dans l’agriculture (+ 3,9 % en volume après – 5,7 % en 2010), soutenue par une consommation des ménages assez dynamique. La valeur ajoutée des services principalement marchands augmente de 2,4 % en 2011 après + 2,2 % en 2010. Les services financiers connaissent un rebond marqué (+ 3,4 % après – 0,9 % en 2010) : en particulier, la consommation des ménages, en services d’intermédiation financière indirectement mesurés (Sifim), a été soutenue par une hausse des dépôts bancaires et les exportations en Sifim par une hausse des crédits des sociétés étrangères accordés en France. La valeur ajoutée rebondit également dans l’hébergement et la restauration (+ 1,1 % après – 0,1 % en 2010). En revanche, les autres branches des services marchands affichent en 2011 une progression de leur valeur ajoutée très proche de celle estimée pour 2010. La valeur ajoutée des services non marchands progresse un peu plus en 2011 (+ 1,2 %) qu’en 2010 (+ 0,9 %), grâce aux branches des administrations publiques et de l’enseignement. En revanche, l’industrie ralentit nettement en 2011 : après un net rebond en 2010 (+ 3,3 %), la VA dans l’industrie progresse de seulement + 0,5 % en volume en 2011. Le recul de la VA dans la branche fabrication de matériels de transport (– 15,6 % en 2011, après + 19,4 %

116

L'économie française, édition 2012

Branches d’activité
1. Variations en volume de la valeur ajoutée selon la branche d’activité
Variations en volume en moyenne annuelle (en %) 2006 2007 2008 2009 2010 2011 Niveaux 2011 en valeur

6

(en milliards (en % d’euros) du total)

AZ DE C1 C2 C3 C4 C5 FZ GZ HZ IZ JZ KZ LZ MN OQ RU AZ à RU DE à C5 C1 à C5 GZ à MN et RU OQ DE à MN et RU

Agriculture Énergie, eau, déchets Industrie agroalimentaire Cokéfaction et raffinage Biens d’équipement Matériels de transport Autres branches industrielles Construction Commerce Transport Hébergement restauration Information communication Services financiers Services immobiliers Services aux entreprises Services non marchands Services aux ménages Total Industrie Industrie manufacturière Tertiaire principalement marchand Tertiaire principalement non marchand Branches marchandes non agricoles

– 0,1 0,9 – 0,6 26,2 8,2 – 8,7 0,9 2,2 1,2 3,0 1,6 8,8 4,5 2,5 4,1 1,6 2,7 2,5 1,1 1,2 3,3 1,6 2,8

– 0,8 0,6 1,5 0,7 3,0 1,0 2,5 4,6 3,2 3,4 3,0 5,0 4,7 0,8 3,7 1,0 1,6 2,4 2,0 2,3 2,9 1,0 2,9

4,2 – 5,2 – 8,2 – 44,0 – 1,1 – 6,3 – 2,4 – 1,7 2,7 – 0,4 0,1 3,1 – 2,8 – 0,1 1,5 0,9 2,8 0,1 – 4,3 – 4,2 1,0 0,9 – 0,2

6,4 – 8,3 0,9 – 32,0 – 18,4 – 22,7 – 4,2 – 6,0 – 5,7 – 6,1 – 2,1 – 4,3 5,0 0,9 – 7,9 1,1 – 0,3 – 3,0 – 7,5 – 7,4 – 3,4 1,1 – 4,3

– 5,7 1,2 – 1,6 27,7 6,8 19,4 2,3 – 4,8 3,3 3,8 – 0,1 3,1 – 0,9 1,3 3,4 0,9 0,7 1,5 3,3 3,8 2,2 0,9 1,8

3,9 – 0,6 – 0,8 – 0,3 6,4 – 15,6 2,6 0,0 3,2 3,3 1,1 2,5 3,4 1,1 3,5 1,2 0,0 1,8 0,5 0,8 2,4 1,2 1,9

32,8 43,8 30,1 3,5 25,5 13,8 107,9 110,1 203,0 84,9 44,1 86,1 83,3 236,7 218,8 404,3 60,2 1 789,0 224,6 180,7 1017,2 404,3 1 351,9

1,8 2,5 1,7 0,2 1,4 0,8 6,0 6,2 11,3 4,7 2,5 4,8 4,7 13,2 12,2 22,6 3,4 100,0 12,6 10,1 56,9 22,6 75,6

Champ : France. Lecture : en 2011, la valeur ajoutée en volume dans la branche agricole progresse de + 3,9 % par rapport à 2010. Elle s’établit à 32,8 milliards d’euros en valeur, ce qui représente 1,8 % de la valeur ajoutée de l’ensemble de l’économie cette année-là. Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

2. Gains de productivité apparente de l’emploi par branche
évolutions annuelles de la valeur ajoutée par équivalent temps plein, salarié ou non, en % 8
Construction

6 4 2 0
Services principalement marchands

Industrie

–2 –4 –6 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010

Champ : France. Lecture : la productivité apparente est calculée comme le rapport de la valeur ajoutée en volume à l’emploi en équivalents temps plein, salariés ou non. En 2011, la productivité des branches industrielles progresse de + 1,1 % par rappor t à 2010. Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

Fiches thématiques

117

7

Investissement
prix du neuf accélèrent tandis que ceux de l’ancien évoluent à un rythme légèrement inférieur à celui de 2010. Après avoir reculé en 2010 (– 6,1 %), l’investissement des administrations publiques se redresse en 2011 (+ 1,6 %). Ce retournement est lié au rebond enregistré dans les collectivités locales (+ 2,3 % après – 6,7 %), après l’effort important consenti en 2010 pour ramener les budgets locaux à un niveau proche de l’équilibre. L’investissement des administrations de sécurité sociale est en nette accélération (+ 13,6 % après + 4,8 %), sous l’effet de la montée en charge du plan Hôpital 2012. L’accélération de l’investissement en volume s’explique essentiellement par le redressement de la construction de bâtiments et de la promotion immobilière (+ 1,6 % après – 6,7 %). Inversement, l’investissement dans les produits manufacturés ralentit (+ 7,3 % après + 11,9 %). C’est le cas notamment dans les matériels de transport (+ 10,8 % après + 13,7 %), où l’évolution dans l’automobile s’infléchit. De son côté, l’investissement dans les services décélère (+ 4,5 % après + 10,8 %). n

E

n 2011, l’investissement de l’ensemble de l’économie confirme son redressement (+ 3,5 % en volume après + 1,2 % en 2010). En valeur, il progresse de 6,5 %, après + 2,5 % l’année précédente. L’investissement des entreprises non financières reste dynamique (+ 7,5 % en valeur, après + 7,2 %) : il bénéficie de la bonne orientation de la demande intérieure et étrangère durant le premier semestre ; les conditions d’accès aux financements sont également favorables jusqu’à l’été. Durant le second semestre, la crise des dettes souveraines dans la zone euro pèse sur les projets d’investissement ; néanmoins, le taux d’utilisation des capacités de production reste à un niveau plus élevé que celui enregistré en 2010. L’investissement des ménages (hors entreprises individuelles - EI) est en nette reprise (+ 7,1 % après + 1,3 % en valeur) : il est essentiellement porté par la bonne orientation de la construction. L’année 2011 est marquée par un retour à la croissance de l’investissement en logements neufs, dans un contexte de léger ralentissement des acquisitions dans l’ancien. Dans le même temps, les

118

L'économie française, édition 2012

Investissement
1. Contribution des secteurs institutionnels à l’évolution du volume d’investissement
évolution en %, contribution en points 8
Total des secteurs résidents

7

4

0

–4
Entreprises non financières Ménages hors entrepreneurs individuels Administrations publiques

–8

– 12 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011

Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

2. Investissement des secteurs institutionnels en valeur
en %
Secteurs 2011 (en milliards d’euros) 2006 2007 Évolution en valeur 2008 2009 2010 2011

Entreprises non financières Entreprises financières Administrations publiques Ménages (hors entrepreneurs individuels) ISBLSM Ensemble des secteurs
Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

213,4 13,6 61,4 108,9 4,0 401,2

7,3 21,8 2,4 12,8 2,3 8,4

11,7 – 4,2 6,8 9,4 3,6 9,5

5,3 11,5 2,0 3,1 3,6 4,4

– 13,5 – 12,2 2,6 – 13,2 5,1 – 10,8

7,2 – 12,1 – 6,1 1,3 4,1 2,5

7,5 10,2 1,6 7,1 3,2 6,5

3. Évolution de l’investissement en volume par produit
en %
2011 Produits (en milliards d’euros) 2006 2007 Évolution en volume 2008 2009 2010 2011

Agriculture, sylviculture et pêche Industrie manufacturière, industries extractives et autres Fabric. équipmnts élec., électroniq., informatiq. - fab. machines Fabrication de matériels de transport Fabrication d’autres produits industriels Ind. extractives, énergie, eau, gestion déchets et dépollution Construction Génie civil Construction de bâtiments et promotion immobilière Services principalement marchands Information et communication Activités immobilières Act. spécial., scient. & techn. & act. de svices admin. & soutien Autres activités de services Ensemble
Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

1,2 99,4 43,8 29,3 26,0 0,3 210,7 31,4 179,3 89,8 40,2 7,0 39,9 2,7 401,2

– 1,0 1,1 0,6 2,2 0,6 7,1 4,5 4,2 4,6 6,1 5,7 8,7 5,9 7,4 4,0

2,4 8,2 8,0 7,4 9,9 0,8 5,2 3,2 5,5 7,1 6,1 0,9 10,5 0,6 6,3

2,6 2,9 2,6 6,7 – 1,6 – 1,3 – 1,3 – 4,0 – 0,8 1,3 9,1 – 12,7 – 2,7 1,1 0,3

– 9,4 – 18,4 – 20,3 – 27,1 – 2,6 8,7 – 6,2 – 6,3 – 6,1 – 12,8 – 8,3 – 33,0 – 13,1 – 11,5 – 10,6

1,8 11,9 11,4 13,7 11,1 0,0 – 6,4 – 4,5 – 6,7 10,8 8,0 20,1 13,8 – 4,4 1,2

– 13,0 7,3 7,8 10,8 3,0 4,9 1,4 0,3 1,6 4,5 3,6 0,3 6,7 – 1,6 3,5

Fiches thématiques

119

8

Compétitivité et parts de marché
de la compétitivité-prix a pour contrepartie une moindre progression des marges par rapport aux principaux partenaires commerciaux de la France, en premier lieu l’Allemagne, où la consolidation des marges permet d’investir davantage dans les facteurs hors-prix de la compétitivité. En valeur, la part de la France dans les exportations mondiales de biens et services, calculée relativement aux partenaires de l’OCDE, s’élève à 6,0 % en 2011, après 6,2 % en 2010. L’évolution de la part de marché mondiale en valeur d’un pays reflète non seulement les fluctuations des volumes échangés, mais aussi les effets prix (variation relative des prix des marchandises échangées). Ce dernier effet est prépondérant à court terme en cas de fluctuation des différentes monnaies et d’évolution des prix mondiaux des marchandises. Avant que les effets compétitivité n’influent sur les volumes, la part de marché des pays dont la monnaie se déprécie diminue donc mécaniquement, de même que celle des pays qui exportent plutôt des biens dont le prix relatif baisse. Aussi, l’analyse de l’évolution des parts de marché en valeur doit s’accompagner de celle de l’évolution de la part de marché en volume. En volume, la part de marché relative de la France s’est continûment érodée de 2001 à 2011, en raison notamment de la détérioration de la compétitivité-prix liée à l’appréciation de l’euro. Le rythme de l’érosion s’amenuise cependant : alors que la part de marché française avait diminué de 13,5 % entre 2003 et 2007, la baisse n’est plus que de 4,4 % entre 2008 et 2011, probablement en lien avec la bonne tenue de la compétitivitéprix observée depuis la crise. Elle reste inférieure au niveau moyen observé durant les années 90 (7,9 %) : les années 2000 ont notamment vu le développement dans les échanges mondiaux des grands pays émergents, en particulier de la Chine, ce qui a pesé sur les performances à l’export de la plupart des pays de l’OCDE, à l’exception de l’Allemagne. n

L

a compétitivité-prix de la France s’est légèrement améliorée en 2011, grâce à un effort de marge des exportateurs. La part de marché en volume de la France par rapport aux pays de l’OCDE a néanmoins reculé, de 6,4 % en 2010 à 6,2 % en 2011. Le taux de change effectif réel de la France vis-à-vis de ses 42 principaux partenaires commerciaux se déprécie en 2011, de 0,8 % en moyenne annuelle, après avoir fortement reculé en 2010 (– 4,9 % par rapport à 2009). Cette baisse en termes réels reflète une moindre progression relative des prix à la consommation en France, alors que le taux de change effectif nominal est presque inchangé (+ 0,1 %). La devise européenne s’est en effet nettement appréciée en 2011 face au dollar (+ 4,9 % en moyenne annuelle), et dans une moindre mesure face à la livre (+ 1,1 %) et au yuan (+ 0,1 %) ; ces mouvements ont été globalement compensés, notamment par la forte dépréciation de l’euro vis-à-vis du franc suisse (– 10,7 %), de la couronne suédoise (– 5,4 %) et du yen (– 4,6 %). Malgré ce contexte de change réel favorable, la compétitivité-coût de la France, mesurée par rapport à ses partenaires de l’OCDE, recule en 2011 (– 0,9 % en moyenne annuelle), après deux années consécutives de hausse. Dans une perspective de long terme, la compétitivité-coût s’établit désormais à un niveau de 14 % inférieur à son niveau de 2000. À l’inverse, la compétitivité-prix de la France s’améliore quelque peu, avec une hausse de 0,4 %, après une progression en 2010 plus significative de 4,8 %. Cette amélioration de la compétitivité-prix provient d’un effort de marge relativement plus important de la part des entreprises exportatrices françaises. La compétitivité-prix de la France en 2011 est inférieure de 3 % à son niveau de 2000. La tendance observée depuis le début des années 2000 d’un relatif découplage de la compétitivité-prix par rapport à la compétitivitécoût s’est donc poursuivie en 2011. Le maintien

120

L’économie française, édition 2012

Compétitivité et parts de marché
1. Compétitivité, taux de change effectif réel et part de marché de la France
compétitivité et change effectif base 100 en 2000
105

8

part de marché en %

9

100

8

95

7

90

6

85
Compétitivité-prix Compétitivité-coût Taux de change effectif réel (éch.inversée) Part de marché relative en volume

5

80 1991

4
1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011

Données en moyennes annuelles. Lecture : taux de change effectif réel (échelle inversée) : une hausse correspond à une dépréciation ; compétitivité : une hausse correspond à une amélioration. Source : direction générale du Trésor.

La compétitivité-prix à l’exportation est égale au rapport d’un prix de référence étranger à un prix à l’exportation français. Le prix de référence étranger est une moyenne pondérée des prix de 24 partenaires commerciaux de la France dans l’OCDE. La pondération et les prix de ces 24 partenaires sont établis en fonction de l’intensité de la concurrence exercée par les exportateurs étrangers sur les marchés tiers pour une année de référence (1999). Selon la même méthode, on calcule également un indicateur de compétitivité-coût, qui compare les coûts salariaux unitaires de la France à ceux de ses 24 partenaires. Les 24 partenaires considérés sont l’ensemble des pays de l’OCDE à l’exclusion de l’Europe Centrale (Pologne, Hongrie, Slovaquie, République tchèque, Slovénie et Estonie), de l’Islande, du Chili, et d’Israël. L’indicateur de compétitivité-prix se rapporte aux biens et services, celui des coûts à l’ensemble de l’économie. Le taux de change effectif nominal (respectivement réel) de la France est calculé en agrégeant

les parités nominales (respectivement déflatées par les prix à la consommation) des monnaies de 42 pays, partenaires commerciaux de la France, au moyen d’une pondération de même type que celle qui est utilisée pour le calcul de la compétitivité-prix. La compétitivité-prix française s’améliore lorsque les prix français progressent moins vite que les prix étrangers exprimés en une monnaie commune, que ce soit en raison d’une moindre inflation, d’une dépréciation nominale, ou d’une combinaison des deux facteurs. Une situation où la compétitivité-coût se détériore et où la compétitivité-prix reste stable peut traduire un effort de compression des marges plus important de la part des exportateurs français. La part de marché relative de la France rapporte les exportations françaises de biens et services vers le monde à celles du groupe de 24 pays OCDE. Elle est calculée en volume en base 1995 en déflatant la valeur des biens et services exportés par un indice de prix d’exportation.

Fiches thématiques

121

9

Relations avec le Reste du monde
d’euros (– 13,2 milliards d’euros). Après une nette dégradation en 2010 (+ 4,4 milliards d’euros), le déficit sur les biens d’équipements augmente de nouveau en 2011, mais plus faiblement (+ 0,9 milliard d’euros, portant le déficit à 21,2 milliards d’euros). Le déficit des « autres produits industriels » continue également de se détériorer en 2011 (+ 6,2 milliards d’euros) et atteint un total de 26,6 milliards d’euros. Trois postes restent excédentaires en 2011 : la hausse des prix des matières premières agricoles conduit à une amélioration de l’excédent des produits de l’agriculture, de la sylviculture et de la pêche (4,6 milliards d’euros en 2011 après 2,3 milliards d’euros en 2010) ; le solde des produits agroalimentaires s’améliore également à nouveau avec un excédent de 6,5 milliards d’euros en 2011 après 5,4 milliards d’euros en 2010 ; et enfin, le solde des matériels de transport est toujours largement excédentaire (+ 12,3 milliards d’euros), mais baisse de 4,5 milliards d’euros par rapport à 2010. Le solde des échanges de services hors tourisme était redevenu légèrement excédentaire en 2010 (+ 0,5 milliard d’euros) ; en 2011 il progresse fortement pour s’établir à 5,4 milliards d’euros. Hormis les services de transports dont le solde se détériore, toutes les composantes des échanges de services contribuent à cette amélioration. Après avoir reculé chaque année depuis 2007, le solde des échanges touristiques augmente en 2011 de + 2,7 milliards d’euros à + 8,8 milliards d’euros. Après une nette amélioration en 2010 (de + 1,5 milliard d’euros à + 5,0 milliards d’euros), le solde des opérations de répartition se stabilise en 2011, à + 5,1 milliards d’euros. Notamment, la progression de 7,8 milliards d’euros du solde des autres revenus de la propriété compense une grande partie de la détérioration de celui des dividendes (– 9,2 milliards d’euros). Le besoin de financement de la Nation augmente de façon marquée, passant de 37,1 milliards d’euros à 51,0 milliards d’euros en 2011, soit 2,6 points de PIB. n

A

près un vif rebond en 2010, les échanges extérieurs de biens et services restent dynamiques en 2011. Les exportations françaises progressent en volume de 5,3 % (après + 9,7 %) et les importations de 5,0 % (après + 8,9 %). Les évolutions sont en ligne avec celles du commerce mondial, qui a crû de + 4,7 % en volume en 2011 après + 12,5 % en 2010, selon l’OCDE. Au total en 2011, exportations et importations en volume dépassent leur niveau de 2007, avant la crise de 2008-2009. Les exportations ont augmenté à chaque trimestre depuis le troisième trimestre 2009. À l’inverse sur la même période, les importations ont reculé à deux reprises, aux deuxième et quatrième trimestres 2011. En valeur, la croissance en 2011 est plus forte (+ 8,7 % pour les exportations et + 10,6 % pour les importations), du fait de l’augmentation des prix. Le prix des exportations de biens et services progresse de 3,2 %, tiré, en particulier, par la hausse du prix des biens industriels et agricoles. Du côté des importations, les prix progressent de 5,4 %, principalement du fait du dynamisme des prix du pétrole brut et raffiné. Après une baisse modérée en 2010, le taux de couverture des biens en valeur diminue plus nettement avec une baisse de 3,2 points à 85,7 % en 2011. Le déficit extérieur des biens et services en valeur continue d’augmenter en 2011 pour s’établir à 56,1 milliards d’euros (soit 2,8 points de PIB, niveau le plus haut enregistré depuis 1949, date de début des séries longues de comptabilité nationale). Cette détérioration est due au déficit commercial, qui augmente de 21,5 milliards d’euros pour atteindre 70,3 milliards d’euros (mesuré FAB-FAB). Comme en 2010, la hausse du déficit commercial reflète en grande partie l’alourdissement de la facture énergétique : le solde déficitaire des produits des industries extractives (pétrole brut, gaz) se creuse de 11,1 milliards d’euros (à – 49,1 milliards d’euros) tandis que celui des produits raffinés se dégrade de 3,8 milliards

Définitions
Volumes : ils sont mesurés aux prix de l’année précédente chaînés. Taux de couverture : rapport entre les exportations et les importations F AB. FAB - franco à bord : désigne une marchandise dont la valeur à l’importation est évaluée au passage à la frontière à l’exclusion des coûts de transport et d’assurance entre les frontières des pays partenaires. Lorsque ces coûts sont inclus, les importations sont valorisées CAF (coûts, assurance, fret). Les exportations sont toujours mesurées FAB. La correction CAF-FAB pour les importations n’est disponible que globalement.

122

L’économie française, édition 2012

Relations avec le Reste du monde
1. Décomposition par secteur des échanges extérieurs de biens

9

CAF-FAB en millions d’euros courants
2007 2008 2009 2010 2011

Produits de l’agriculture, de la sylviculture et de la pêche Exportations Importations Solde CAF-FAB Produits des industries extractives, énergie, eau, gestion des déchets Exportations Importations Solde CAF-FAB Produits des Industries agro-alimentaires Exportations Importations Solde CAF-FAB Coke et pétrole raffiné Exportations Importations Solde CAF-FAB Biens d’équipement Exportations Importations Solde CAF-FAB Matériels de transport Exportations Importations Solde CAF-FAB Autres produits industriels Exportations Importations Solde CAF-FAB Total Exportations Importations CAF Importations FAB Solde CAF-FAB Solde FAB-FAB Taux de couverture1 (en %)
1. Rapport des exportations aux importations FAB. Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

11 913 9 857 2 056 9 313 48 665 – 39 352 34 701 28 108 6 593 12 458 17 232 – 4 774 84 776 100 488 – 15 712 85 819 69 559 16 260 162 454 180 314 – 17 860 401 434 454 223 440 690 – 52 789 – 39 256 91,1

13 899 10 482 3 417 10 995 63 957 – 52 962 36 225 31 095 5 130 16 861 21 691 – 4 830 84 032 100 111 – 16 079 83 750 68 997 14 753 165 819 182 543 – 16 724 411 581 478 876 464 358 – 67 295 – 52 777 88,6

11 543 9 898 1 645 6 426 40 112 – 33 686 33 010 29 625 3 385 10 193 15 531 – 5 338 67 732 83 591 – 15 859 70 327 59 725 10 602 142 481 157 127 – 14 646 341 712 395 609 383 036 – 53 897 – 41 324 89,2

13 386 11 097 2 289 8 807 46 776 – 37 969 36 553 31 163 5 390 12 189 21 508 – 9 319 76 618 96 866 – 20 248 81 526 64 731 16 795 160 696 181 118 – 20 422 389 775 453 259 438 509 – 63 484 – 48 734 88,9

16 208 11 577 4 631 11 829 60 942 – 49 113 41 488 35 003 6 485 15 198 28 365 – 13 167 82 215 103 370 – 21 155 82 592 70 252 12 340 172 267 198 895 – 26 628 421 797 508 404 492 079 – 86 607 – 70 282 85,7

2. Compte des relations avec le Reste du monde
en millions d’euros courants
2007 2008 2009 2010 2011

Échanges de biens FAB (1) – 39 256 Échanges de services hors tourisme (2) – 1 660 dont : négoce international 2 793 transports – 3 833 services d’information et communication – 772 assurance – 748 services financiers, y compris Sifim 1 661 services aux entreprises – 1 316 services aux ménages et services de santé 555 Tourisme (3) 11 703 Opérations de répartition (4) 4 144 dont : rémunération des salariés 8 223 impôts sur la production et les importations – 4 903 subventions 9 266 intérêts – 3 116 dividendes 6 618 autres revenus de la propriété 16 824 impôts courants sur le revenu et le patrimoine 2 457 cotisations et prestations sociales – 7 527 coopération internationale courante – 6 060 autres transferts courants – 18 303 transferts en capital 665 Acquisitions moins cessions d’actifs non financiers non produits (5) 930 Capacité de financement de la Nation (1+2+3+4+5) – 24 139
Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

– 52 777 1 755 6 577 – 4 249 – 1 237 – 726 1 388 – 735 737 10 333 4 472 8 990 – 5 084 9 232 – 797 8 031 13 681 3 581 – 8 069 – 6 660 – 18 821 388 – 162 – 36 379

– 41 324 – 1 132 4 615 – 3 685 – 1 482 – 793 1 248 – 1 452 417 8 000 1 530 9 139 – 3 790 9 023 365 10 229 9 849 3 400 – 8 367 – 7 132 – 21 497 311 – 21 – 32 947

– 48 734 530 5 762 – 4 160 – 1 337 – 1 291 2 786 – 1 643 413 6 056 5 015 9 451 – 4 353 8 930 – 4 371 13 587 13 723 3 703 – 8 760 – 7 633 – 19 976 714 –1 – 37 134

– 70 282 5 419 8 640 – 5 539 – 1 195 – 316 3 854 – 707 682 8 759 5 099 10 097 – 4 955 8 977 – 2 409 4 404 21 517 4 264 – 8 921 – 7 497 – 20 534 156 –7 – 51 012

Fiches thématiques

123

10

Compte financier de la balance des paiements

LEVÉE DE L’EMBARGO LE MERCREDI 27 JUIN 2012

124

L’économie française, édition 2012

Compte financier de la balance des paiements

10

LEVÉE DE L’EMBARGO LE MERCREDI 27 JUIN 2012

Fiches thématiques

125

11

Sociétés non financières
L’épargne des sociétés non financières recule (– 11,5 % après une hausse de + 16,6 % en 2010). Au repli de l’excédent brut d’exploitation s’ajoute la dégradation du solde des revenus financiers (intérêts, dividendes et bénéfices réinvestis) : la détérioration des dividendes nets (reçus moins versés) et dans une moindre mesure celle des intérêts nets l’emportent sur l’amélioration des bénéfices réinvestis perçus par les sociétés non financières qui ont des filiales à l’étranger. Enfin, l’impôt sur les sociétés progresse fortement (+ 6,4 milliards d’euros) du fait de la non-reconduction des allègements fiscaux accordés dans le cadre du plan de relance et d’autres nouvelles mesures telles que la suppression du bénéfice mondial et la limitation de la possibilité, pour les entreprises dégageant des bénéfices, de reporter leurs déficits passés. Parallèlement, l’investissement des sociétés non financières reste dynamique (+ 7,7 % en 2011 après + 7,9 % en 2010). Compte tenu de la diminution de l’épargne, le taux d’autofinancement marque un net recul (– 14,6 points, après + 6,1 en 2010) : il s’établit ainsi à 67,2 %, soit son niveau le plus bas durant ces vingt-cinq dernières années. Dans le même temps, les stocks se reconstituent fortement (+ 10,6 milliards d’euros), après un déstockage massif au cœur de la crise de 2009. Au total, le besoin de financement des sociétés non financières augmente de 48,1 milliards d’euros en 2011, notamment sous l’effet du restockage et de la croissance soutenue des investissements. n

E

n 2011, l’activité des sociétés non financières accélère : leur production augmente de 5,2 % en valeur, après + 4,3 % l’année précédente. De la même manière, la croissance de la valeur ajoutée est plus soutenue qu’en 2010 (+ 2,8 %, après + 2,4 %). La rémunération des salariés accélère nettement (+ 4,4 %, après + 2,2 % en 2010) et augmente davantage que la valeur ajoutée. En effet, la masse salariale croît de 3,8 % en valeur (après + 2,2 % en 2010) : corrigée de l’évolution des prix (+ 2,1 %), cette hausse s’explique par le redressement de l’emploi en 2011 (+ 1,0 % après – 0,4 % en 2010) et par la progression du salaire moyen par tête réel (+ 0,7 % après + 1,6 % en 2010). La rémunération des salariés est également soutenue par l’accélération des cotisations sociales (+ 6,2 % après + 2,2 % en 2010) du fait de l’annualisation des allègements généraux des charges sur les bas salaires et de la hausse du taux de cotisation sur les accidents du travail. En outre, les impôts nets des subventions sur la production pèsent sur les charges d’exploitation des sociétés non financières. Ainsi, les impôts sur la production accélèrent, en particulier du fait de la hausse du forfait social. À l’inverse, les subventions sur la production reculent (– 9,2 %), en raison notamment de la non-reconduction des aides à l’emploi mises en œuvre dans le cadre du plan de relance. Au total, l’excédent brut d’exploitation se contracte (– 2,2 %) après avoir augmenté de 6,0 % en 2010. Le taux de marge diminue ainsi de 1,5 point : à 28,6 %, il est à son plus bas niveau depuis 1985.

126

L’économie française, édition 2012

Sociétés non financières
1. Taux d’autofinancement des sociétés non financières
en % 110 100
Taux d’investissement (échelle de droite)

11
en % 30

90 80

25

20 70 60 50
Taux d’épargne (échelle de droite) Taux d’autofinancement (échelle de gauche)

15

40 30 20 1949

10

5 1954 1959 1964 1969 1974 1979 1984 1989 1994 1999 2004 2009

Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

2. Principaux éléments du compte des sociétés non financières
En milliards d’euros 2011 Évolution par rapport à l’année précédente (en %) 2009 2010 2011

Production Consommations intermédiaires Valeur ajoutée Rémunération des salariés Impôts sur la production Subventions Excédent brut d’exploitation Revenus de la propriété versés Revenus de la propriété reçus Impôts courants sur le revenu Épargne brute Formation brute de capital fixe Variation de stocks Capacité (+) ou besoin (–) de financement
Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

2 541,7 1 537,6 1 004,1 680,5 53,2 – 16,9 287,3 318,2 222,8 33,0 136,0 202,3 10,6 – 65,2

– 7,6 – 9,9 – 4,1 – 1,2 5,7 2,3 – 11,4 – 10,6 – 15,9 – 61,8 – 5,5 – 13,5 /// ///

4,3 5,6 2,4 2,2 – 12,3 7,5 6,0 – 7,5 – 4,3 51,2 16,6 7,9 /// ///

5,2 6,9 2,8 4,4 7,9 – 9,2 – 2,2 5,6 5,7 24,3 – 11,5 7,7 /// ///

3. Principaux ratios des sociétés non financières
en %
2008 2009 2010 2011

Taux de valeur ajoutée Partage de la valeur ajoutée (VA) Rémunération des salariés / VA Taux de marge Poids de la VA (en %) des intérêts versés des dividendes versés (nets) des impôts courants sur le revenu de l’épargne brute Taux d’investissement Taux d’autofinancement
Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

39,7 64,9 31,5 11,7 8,3 4,6 14,0 20,2 69,3

41,2 66,9 29,1 9,1 8,4 1,8 13,8 18,3 75,7

40,4 66,8 30,1 7,0 7,5 2,7 15,7 19,2 81,8

39,5 67,8 28,6 6,9 9,0 3,3 13,5 20,1 67,2

Fiches thématiques

127

12

Prélèvements obligatoires
nouvelles, dont le contrecoup des mesures du plan de relance (+ 3,0 milliards d’euros), la limitation de la possibilité pour les entreprises bénéficiaires de reporter leurs déficits (+ 0,9 milliard d’euros) et la suppression du bénéfice mondial consolidé (+ 0,6 milliard d’euros). La TVA nette perçue par l’État a progressé de 3,5 %, portée en grande partie par son dynamisme spontané. La progression de 8,5 % des recettes de l’impôt sur le revenu résulte à la fois de sa croissance spontanée (+ 5,6 %) et des mesures nouvelles pour un montant de 1,4 milliard d’euros, en particulier la suppression du crédit d’impôt sur les dividendes (+ 0,6 milliard d’euros). En 2011, le taux de prélèvements des administrations publiques locales augmente de 1,4 point, pour atteindre 5,9 points de PIB. Cette progression est essentiellement due aux mesures fiscales (+ 1,3 point), en particulier à l’affectation à partir de 2011 des nouvelles taxes créées dans le cadre de la réforme de la taxe professionnelle (contribution de 1,2 point). Par ailleurs, les hausses des taux votés par les collectivités locales, plus modérées qu’en 2010, leur ont rapporté 0,7 milliard d’euros, la sur-modulation régionale de la TIPP adoptée dans le cadre du Grenelle de l’Environnement, 0,4 milliard d’euros. Les administrations publiques locales bénéficient également de transferts supplémentaires de l’État (+ 0,5 milliard d’euros de TIPP). Hormis ces mesures, les prélèvements obligatoires des administrations publiques locales ont crû spontanément de 4,2 %, portés notamment par le dynamisme des droits de mutation à titre onéreux, soutenus par un marché de l’immobilier dynamique. Le taux de prélèvements des administrations de Sécurité sociale augmente de 0,7 point, pour atteindre 23,9 points de PIB. Cette hausse s’explique principalement par l’impact positif des mesures nouvelles (contribution de 0,4 point). Par ailleurs, les administrations de Sécurité sociale bénéficient de transferts supplémentaires de recettes fiscales de l’État (contribution de 0,2 point) : 1,3 milliard d’euros de TVA et 1,8 milliard d’euros de droits tabacs (qui avaient été provisoirement affectés à l’État en 2010). Enfin, la croissance spontanée des prélèvements des administrations de Sécurité sociale (+ 3,4 %) est légèrement supérieure à la croissance du PIB (+ 3,1%). n L’économie française, édition 2012

E

n 2011, le taux de prélèvements obligatoires des administrations publiques augmente de 1,4 point par rapport à 2010, pour atteindre 43,9 %. Ce niveau est le plus élevé depuis 2007, mais reste inférieur au taux de 2006 (44,1 %). La hausse de 2011 provient en grande partie des mesures fiscales et sociales (+ 1,1 point), qui représentent 22,7 milliards d’euros de prélèvements nouveaux. En effet, les contrecoups de la réforme de la taxe professionnelle et du plan de relance expliquent au total environ six milliards d’euros de recettes nouvelles, et plusieurs mesures nouvelles ont un rendement supérieur à un milliard d’euros : l’annualisation des allègements généraux de charges sociales (+ 1,8 milliard d’euros), la taxation de la réserve de capitalisation des sociétés d’assurance (+ 1,7 milliard d’euros), la taxation au fil de l’eau des contrats d’assurance-vie (+ 1,6 milliard d’euros), la suppression du taux réduit de TVA « triple-play » (+ 1,1 milliard d’euros) et l’application de la taxe spéciale sur les contrats d’assurance aux contrats solidaires et responsables (+ 1,1 milliard d’euros). Néanmoins, en l’absence de telles mesures, les prélèvements obligatoires auraient crû de 3,7 %, soit un rythme supérieur à l’évolution du PIB en valeur (+ 3,1 %). L’évolution globale du taux de prélèvements obligatoires recouvre des évolutions très divergentes suivant les sous-secteurs des administrations publiques. En 2011, le taux de prélèvements de l’État diminue de 0,8 point et atteint 13,0 points de PIB. Cette diminution provient essentiellement de l’affectation aux collectivités locales des nouvelles taxes créées dans le cadre de la réforme de la taxe professionnelle alors que ces taxes avaient été perçues par l’État de façon transitoire en 2010 (– 1,1 point) et aux mesures de transfert aux administrations de sécurité sociale ainsi qu’aux administrations publiques locales (– 0,2 point). En revanche, les autres mesures fiscales (+ 0,4 point) influencent à la hausse les prélèvements obligatoires de l’État. En l’absence de mesures nouvelles, les prélèvements obligatoires de l’État auraient crû à un rythme plus dynamique (+ 4,0 %) que le PIB. Hors mesures nouvelles, les recettes d’impôt sur les sociétés augmentent de 1,5 % (+ 0,5 milliard d’euros). S’y ajoute un montant de 5,7 milliards d’euros de mesures 128

Prélèvements obligatoires
1. Prélèvements obligatoires des administrations publiques

12

en milliards d’euros et en % du PIB
2008 2009 2010 2011

Impôts et cotisations sociales effectives après transferts1 (en milliards d’euros) Administrations publiques centrales 276,7 dont État 266,5 Administrations publiques locales 112,8 Administrations de sécurité sociale 441,1 dont cotisations sociales 303,7 Institutions de l’Union européenne 5,1 Total prélèvements obligatoires 835,7

232,4 219,5 116,5 442,0 306,2 3,8 794,7

281,1 266,1 88,7 449,7 312,5 4,4 823,9

275,6 259,2 118,7 477,1 325,8 5,0 876,3

Impôts et cotisations sociales effectives après transferts1 (en % du produit intérieur brut) Administrations publiques centrales 14,3 12,3 dont État 13,8 11,6 Administrations publiques locales 5,8 6,2 Administrations de sécurité sociale 22,8 23,4 dont cotisations sociales 15,7 16,2 Institutions de l’Union européenne 0,3 0,2 Total prélèvements obligatoires 43,2 42,1

14,5 13,7 4,6 23,2 16,1 0,2 42,5

13,8 13,0 5,9 23,9 16,3 0,2 43,9

1. Les transferts comportent, d’une part, les transferts de recettes fiscales (une part des transferts de l’État aux collectivités locales), d’autre part, les impôts et cotisations dus non recouvrables. Les impôts et cotisations sont comptés pour leur montant dus. L’écart avec le montant effectivement payé est compté en transfert de capital. Les prélèvements obligatoires sont calculés nets des impôts et cotisations non recouvrables. Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

2. Comparaison internationale de 2000 à 2010
en % du PIB
2000 Taux de PO1 Impôts Cotisations sociales Taux de PO1 2009 Impôts Cotisations sociales 2010 Taux de PO1

Allemagne France Royaume-Uni Suède États-Unis Japon

37,5 44,4 36,3 51,4 29,5 27,0

22,8 28,4 30,2 37,9 22,6 17,5

14,6 16,0 6,2 13,6 6,9 9,5

37,3 42,4 34,3 46,7 24,1 26,9

22,9 25,7 27,6 35,3 17,6 15,9

14,5 16,7 6,8 11,4 6,6 11,0

36,3 42,9 35,0 45,8 24,8 …

1. PO : prélèvements obligatoires. Note : le périmètre des prélèvements obligatoires retenu par l’OCDE diffère légèrement de celui retenu par la France. Ainsi, contrairement à la France, l’OCDE comptabilise en prélèvements obligatoires la taxe d’enlèvement des ordures ménagères ainsi que les transferts en capital de recettes non collectées. Les chiffres présentés sont donc différents de ceux du tableau 1. Source : OCDE, statistiques des recettes publiques des pays membres de l’OCDE 1965-2010 (édition 2011).

Fiches thématiques

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13

Besoin de financement des administrations publiques
marché immobilier, explique l’essentiel de la hausse des recettes. Les taux des impôts directs locaux, taxe d’habitation et taxe foncière, progressent à un rythme modéré compte tenu du cycle électoral (des élections cantonales se sont tenues en 2011) et les concours versés par l’État, prélèvements sur recettes, hors fonds de compensation pour la TVA (FCTVA), sont gelés en valeur. Par ailleurs, une fraction de la taxe spéciale sur les conventions d’assurance (TSCA), et une fraction des droits de mutation à titre onéreux sont transférées de l’État aux collectivités locales. Concernant les dépenses, l’investissement local amorce une reprise après deux années de repli (+ 2,3 % en 2011, après – 6,7 % en 2010). L’augmentation des dépenses résulte également d’une décélération de la masse salariale (+ 2,4 %, après + 2,9 %), conjonction de la fin des transferts de personnel et du gel du point fonction publique. Les dépenses de prestations sociales décélèrent (+ 3,5 % en 2011 après + 6,8 % en 2010). Le solde des administrations de sécurité sociale s’améliore nettement en 2011 mais reste déficitaire avec un besoin de financement de 12,5 Md€ après 23,3 Md€ en 2010. Les dépenses des administrations de sécurité sociale n’enregistrent qu’un léger ralentissement (+ 3,2 % en 2011, après + 3,6 % en 2010), imputable aux prestations sociales, notamment au recul de 0,3 % des indemnisations de chômage en 2011 (après une hausse de + 7,6 % en 2010). L’objectif national des dépenses d’assurance maladie (Ondam), construit en 2011 sur la base d’une évolution des dépenses de + 2,9 % (après + 3,0 % pour 2010), a été respecté. Les recettes des administrations de sécurité sociale accélèrent en revanche sensiblement (+ 5,5 %, après + 2,0 %). Cette progression est due, d’une part, aux cotisations sociales qui croissent de 4,2 % après 2,1 % en 2010, à la faveur du dynamisme de la masse salariale et, d’autre part, à l’annualisation du calcul des allègements généraux sur les bas salaires. Les recettes fiscales progressent de + 10,3 % du fait des mesures nouvelles liées à la reprise de la dette sociale par la Cades. L’affectation aux administrations de sécurité sociale de la TVA sur les produits de santé, la hausse du prix du tabac de 6 % depuis octobre 2011 et la majoration de 1,4 point du prélèvement social sur les revenus du capital contribuent également à la progression des recettes. n L’économie française, édition 2012

E

n 2011, le déficit public au sens du Traité de Maastricht s’établit à 103,1 milliards d’euros (Md€) : il passe de 7,1 % du PIB en 2010 à 5,2 % en 2011. Sa diminution reflète essentiellement celle du déficit des administrations centrales (environ – 22 Md€) et des administrations de sécurité sociale (environ – 11 Md€). En 2011, le besoin de financement des administrations publiques centrales se réduit (– 90,2 Md€, après – 112,7 Md€ en 2010). Leurs dépenses notamment diminuent à hauteur de 5,7 %. Cette baisse provient essentiellement de l’État, l’année étant notamment marquée par l’extinction du plan de relance et par la première année d’application de la norme de gel en valeur des dépenses hors charges d’intérêts et pensions. Les consommations intermédiaires diminuent de près de 10,8 %, contrecoup d’importantes livraisons de matériels militaires en 2010. L’investissement poursuit sa forte baisse (– 8,5 %) avec la fin du plan de relance. Les rémunérations augmentent de 1,2 %, en décélération par rapport aux années passées, ce qui provient du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux pour l’État et du gel du point fonction publique. Les intérêts versés croissent de 9,3 % du fait de l’augmentation de la dette, de la hausse des taux d’intérêt et de l’impact de l’accélération des prix sur les charges d’intérêts des obligations indexées sur l’inflation. Enfin, les prestations sociales augmentent (+ 3,1 %) en raison de la progression des dépenses de retraites et de l’AAH. De leur côté, les recettes, et en particulier les impôts et cotisations sociales, baissent de 1,2 % sous l’effet du transfert de recettes fiscales liées à la réforme de la taxe professionnelle (qui a pour corollaire côté dépenses une diminution des transferts aux collectivités locales) et de la baisse des impôts sur la production et les importations, en partie compensée par l’augmentation des impôts courants sur le revenu et le patrimoine, ainsi que celle des impôts sur les sociétés. En 2011, le déficit des administrations publiques locales se réduit à – 0,9 Md€ après – 1,4 Md€ en 2010. Cette amélioration du besoin de financement résulte de la progression des recettes (+ 2,5 % en 2011, après + 1,8 % en 2010) qui restent plus dynamiques que les dépenses, malgré le rebond de ces dernières (+ 2,3 % après – 0,3 %) : la nette augmentation des droits de mutation à titre onéreux (+ 1,4 Md€), du fait du dynamisme du 130

Besoin de financement des administrations publiques
1. Chiffres clés des administrations publiques
2008 2009 2010

13
2011

Solde public notifié (en % du Solde public notifié (en milliards d’euros) Capacité (+) ou besoin (–) de financement (en milliards d’euros) État Organismes divers d’aministration centrale Administrations publiques locales Administrations de sécurité sociale Recettes publiques (en % du PIB) Dépenses publiques (en % du PIB) Dépenses publiques2 (évolution en volume en %) Prélèvements obligatoires (en % du PIB)
1. Au sens du traité de Maastricht. 2. Le déflateur utilisé est l’indice des prix à la consommation hors tabac. Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

PIB)1

– 3,3 – 64,3 – 64,6 – 63,6 – 5,1 – 9,4 13,5 49,9 53,3 0,9 43,2

– 7,5 – 142,2 – 142,6 – 117,1 – 4,6 – 5,9 – 15,0 49,2 56,8 3,9 42,1

– 7,1 – 137,0 – 137,4 – 121,8 9,1 – 1,4 – 23,3 49,5 56,6 0,9 42,5

– 5,2 – 103,1 – 103,6 – 87,5 – 2,7 – 0,9 – 12,5 50,7 55,9 0,0 43,8

2. Dépenses et recettes des administrations publiques
en milliards d’euros
2008 2009 2010 2011 Évolution 2010/2011 (en %)

Dépenses de fonctionnement1 dont : consommations iIntermédiaires1 rémunérations Intérêts1 Prestations sociales en espèces et en nature Autres transferts et subventions Acquisition nette d’actifs non financiers dont investissement Total des dépenses Ventes et autres recettes de production Revenus de la propriété Impôts dont : impôts sur les produits et la production impôts courants sur le revenu et le patrimoine Cotisations sociales effectives Autres recettes2 Total des recettes Besoin de financement

353,8 97,6 247,0 56,3 454,6 99,7 65,6 62,7 1 030,0 65,6 18,0 515,4 288,6 223,6 315,1 51,3 965,4 – 64,6

366,1 102,7 254,2 47,8 480,0 108,8 67,8 64,4 1 070,6 68,2 15,6 473,7 285,0 186,9 317,2 53,4 928,0 – 142,6

377,2 108,3 259,4 50,7 495,6 109,7 62,4 60,4 1 095,6 71,0 15,0 496,2 288,4 204,7 323,4 52,7 958,3 – 137,4

380,1 106,7 263,7 55,5 511,2 108,8 63,0 61,4 1 118,5 72,9 15,9 534,7 305,1 225,2 336,7 54,6 1 014,8 – 103,6

0,7 – 1,5 1,6 9,5 3,1 – 0,8 0,9 1,6 2,1 2,6 6,5 7,8 5,8 10,0 4,1 3,6 5,9 ///

1. Hors correction au titre des services d’intermédiation financière indirectement mesurés (Sifim) sur les intérêts versés. 2. Y compris cotisations sociales imputées. Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

Fiches thématiques

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14

Dette des administrations publiques
La contribution des administrations publiques locales à la dette, constituée principalement de crédits à long terme, atteint 166,3 milliards d’euros à la fin 2011 en hausse de 5,2 milliards d’euros par rapport à 2010, soit une progression similaire à celle constatée en 2010 (+ 5,9 milliards d’euros). Cette hausse est plus importante que le besoin de financement (0,9 milliard d’euros), du fait principalement d’un accroissement de 3,5 milliards de leurs dépôts au Trésor. La contribution des administrations de sécurité sociale à la dette publique augmente de + 30,4 milliards d’euros pour s’établir à 205,4 milliards d’euros fin 2011. L’augmentation de la dette est nettement supérieure au déficit qui est de 12,5 milliards d’euros : la trésorerie des administrations de sécurité sociale augmente de 11,7 milliards d’euros et les détentions d’obligations progressent de 5,6 milliards d’euros. Au total, la dette de l’ensemble des administrations publiques a progressé de 122,1 milliards d’euros alors que la progression de la dette publique nette est moins importante : elle a augmenté de 99,1 milliards d’euros par rapport à la fin 2010 pour atteindre 1 572,9 milliards d’euros, soit 78,8 % du PIB. Cette moindre hausse de 23,0 milliards d’euros de la dette nette s’explique pour l’essentiel par une augmentation de la trésorerie des administrations publiques (+ 15,8 milliards d’euros y compris effets de consolidation) et plus particulièrement de la Sécurité Sociale (+ 11,7 milliards d’euros). Les prêts de l’État aux pays de la zone euro, les remboursements des prêts automobiles ainsi que les remboursements de la BPCE à la SPPE sont sans effet sur la dette nette car ils affectent à due concurrence le passif et l’actif des administrations publiques. Dans l’ensemble de l’Union européenne à 27, la dette des administrations publiques atteint 82,5 % du PIB de l’Union, en augmentation de 2,5 points par rapport à fin 2010. n

L

a dette au sens de Maastricht s’élève à 1 717,3 milliards d’euros fin 2011 contre 1 595,2 milliards d’euros un an plus tôt. Elle représente 86,0 % du PIB, contre 82,3 % fin 2010. La contribution de l’État à la dette publique s’établit à 1 335,2 milliards d’euros, en hausse de 90,2 milliards d’euros, soit une variation au-dessus de son besoin de financement (87,5 milliards d’euros). Le surplus de dette résulte d’une augmentation de sa trésorerie (+ 4,9 milliards d’euros par rapport à la fin 2010) ainsi que des prêts accordés aux pays de la zone euro (+ 10,1 milliards d’euros). À l’inverse, l’État perçoit le remboursement d’une partie des prêts accordés au secteur automobile (4,0 milliards d’euros). De plus, deux éléments jouent sur la contribution à la dette de l’État via la consolidation. D’une part, les dépôts des autres administrations publiques au Trésor, qui constituent un passif de l’État, augmentent de 5,7 milliards d’euros ; d’autre part, les organismes de sécurité sociale ont acquis pour 5,1 milliards de titres de créance à long terme émis par l’État. L’accroissement de la dette passe par son endettement obligataire : les obligations assimilables du Trésor (OAT) et les bons du Trésor à intérêt annuel (BTAN) ont progressé de 87,5 milliards d’euros et constituent 84 % de la dette de l’État fin 2011. En revanche, l’encours de titres de créance à court terme diminue de 8,1 milliards d’euros et représente désormais 13 % de sa dette, contre 15 % fin 2010. La contribution à la dette des organismes divers d’administration centrale s’établit à 10,4 milliards d’euros à la fin 2011, en diminution de 3,7 milliards d’euros par rapport à la fin 2010 : la société de prise de participation de l’État (SPPE) s’est désendettée de 4,2 milliards d’euros, grâce à des remboursements de ses prises de participations dans la Banque Populaire Caisse d’Épargne (BPCE). Définitions

Dette publique au sens de Maastricht : elle est cohérente avec les comptes nationaux financiers, mais elle diffère du total du passif des administrations publiques car : elle exclut certains instruments de dette essentiellement les crédits commerciaux et autres délais de paiement ; elle est consolidée : les dettes dont le créancier appartient au champ des administrations publiques sont exclues ; enfin, elle est évaluée en valeur nominale, c’est-à-dire à la valeur de remboursement effective et non à la valeur de marché comme cela se fait dans les comptes nationaux. Dépôts des administrations publiques au Trésor : l’endettement d’un organisme public auprès d’un autre organisme public n’est pas comptabilisé dans sa contribution à la dette au sens de Maastricht ; c’est ici le cas de la dette de l’État vis-à-vis des autres administrations publiques au titre de leurs dépôts. Dette publique nette : elle est égale à la dette publique notifiée diminuée des dépôts, crédits et titres de créances négociables (évalués à leur valeur nominale) détenus par les administrations publiques sur les autres secteurs.

132

L’économie française, édition 2012

Dette des administrations publiques
1. Dette publique au sens du traité de Maastricht
Au 31 décembre 2009 Mds€ % du PIB Au 31 décembre 2010 Mds€ % du PIB

14

Au 31 décembre 2011 Mds€ % du PIB

État Organismes divers d’administration centrale Administrations locales Administrations de sécurité sociale Total administrations publiques
Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

1 168,4 18,7 155,2 151,2 1 493,4

62,0 1,0 8,2 8,0 79,2

1 245,0 14,1 161,1 175,0 1 595,2

64,3 0,7 8,3 9,0 82,3

1 335,2 10,4 166,3 205,4 1 717,3

66,9 0,5 8,3 10,3
86,0

2. Dette publique nette
Au 31 décembre 2009 Mds€ % du PIB Au 31 décembre 2010 Mds€ % du PIB Au 31 décembre 2011 Mds€ % du PIB

État Organismes divers d’administration centrale Administrations locales Administrations de sécurité sociale Total administrations publiques
Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

1 096,8 5,9 146,2 109,5 1 358,5

58,2 0,3 7,8 5,8 72,0

1 193,9 – 0,2 151,8 128,3 1 473,8

61,6 0,0 7,8 6,6 76,1

1 271,2 – 1,7 156,6 146,8 1 572,9

63,7 – 0,1 7,8 7,4 78,8

3. Dette publique au sens du traité de Maastricht au sein des pays de l’Union européenne
en % du PIB
2008 2009 2010 2011

Union européenne à 27 Zone euro à 17 Allemagne Autriche Belgique Danemark Espagne Finlande France Grèce Irlande Italie Luxembourg Pays-Bas Portugal Royaume-Uni Slovaquie Suède

62,5 70,1 66,7 63,8 89,3 33,4 40,2 33,9 68,2 113,0 44,2 105,7 13,7 58,5 71,6 54,8 27,9 38,8

74,8 79,9 74,4 69,5 95,8 40,6 53,9 43,5 79,2 129,4 65,1 116,0 14,8 60,8 83,1 69,6 35,6 42,6

80,0 85,3 83,0 71,9 96,0 42,9 61,2 48,4 82,3 145,0 92,5 118,6 19,1 62,9 93,3 79,6 41,1 39,4

82,5 87,2 81,2 72,2 98,0 46,5 68,5 48,6 86,0 165,3 108,2 120,1 18,2 65,2 107,8 85,7 43,3 38,4

Source : Eurostat, données notifiées à la commission européenne le 30 Mars 2012 (sauf pour la France).

Fiches thématiques

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15

Dépenses des administrations publiques par finalité
dépenses des administrations de sécurité sociale, celles des administrations publiques locales sont également en forte augmentation, notamment sous l’effet de la deuxième phase de décentralisation, qui a notamment conduit à confier aux collectivités locales de nouvelles responsabilités en matière de versement des prestations sociales (allocation personnalisée d’autonomie en 2002, RMI en 2004). En 2009 et 2010, les dépenses des Organismes divers d’administration centrale ont fortement augmenté (+ 23,7 %), principalement du fait du transfert de compétences aux universités. Le taux de dépenses publiques est plus élevé en France que dans les autres pays de l’Union européenne (56,6 % contre 50,7 % pour les 25 pays déjà membres de l’UE en 2005. La France se classe au troisième rang en termes de taux de dépenses, après l’Irlande et le Danemark. En revanche, la structure des dépenses (en termes de répartition par fonction) est similaire dans la plupart des pays européens : on retrouve la prédominance des dépenses sociales (en moyenne 39,5 % des dépenses des différents États membres de l’UE), ainsi que, dans une moindre mesure, des dépenses de santé, des services publics généraux et d’éducation. Dans l’ensemble de l’UE, ces quatre postes représentent 77,9 % des dépenses en 2010. n

E

n 2010, les dépenses publiques s’élèvent à 1 095,6 milliards d’euros, soit 56,6 % du PIB. La protection sociale est le poste de dépense le plus important : il représente 42,7 % des dépenses. Ces dépenses sont principalement constituées des prestations sociales liées aux différents risques, versées en majorité par les administrations de sécurité sociale (retraite, chômage, indemnités journalières maladie et maternité, famille), mais aussi par les collectivités locales et l’État (exclusion, handicap, dépendance). Les autres postes importants de dépenses concernent les dépenses de santé (14,1 %), les services publics généraux (12,1 %) et l’enseignement (10,6 %). Ces dépenses sont relativement dynamiques sur moyenne période. Depuis 2000, elles ont augmenté sensiblement plus rapidement que le PIB (+ 3,9 % contre + 3,0 % en moyenne par an). Au sein des grandes fonctions de dépense, les évolutions sont toutefois assez différentes : les dépenses de santé et de protection sociale sont dynamiques sur la période (respectivement 4,3 % et 4,7 %) et, à l’inverse, les dépenses des services publics généraux ou des affaires économiques croissent modérément (1,8 % et 2,6 %). Ces caractéristiques se reflètent dans l’évolution des dépenses par catégorie d’administration publique. Depuis 2000, outre les

Définitions
Dépenses des administrations publiques : ventilées suivant une nomenclature internationale définie dans le chapitre XVIII du système de comptes nationaux (SCN) de 1993 et révisée en 1999 : la COFOG (Classification of the Fonctions of Government). Cette nomenclature répartit les dépenses des administrations publiques en dix catégories selon leur finalité. La ventilation sur 2011 ne sera publiée qu’à la fin de 2012, ce qui explique que les données commentées ici portent sur 2010. Le champ des administrations publiques et le montant des dépenses sont ceux de la comptabilité nationale. Conventionnellement, les dépenses d’intérêts de la dette, lorsque la finalité de ces dépenses d’intérêts ne peut être distinguée de manière précise, sont comptabilisées dans la fonction « services publics généraux ». Ainsi, les intérêts de la dette payés par l’État, la Cades et l’Acoss sont comptabilisés en « services publics généraux » alors que ceux des autres administrations de sécurité sociale sont répartis entre santé et protection sociale. L’affectation des dépenses de transfert (transferts courants ou en capital) est faite suivant la dépense qu’elle finance lorsqu’elle est connue. Dans le cas contraire, elle figure conventionnellement en « services publics généraux ». Le partage, délicat, entre dépenses de santé et de protection sociale peut nuire à la comparabilité des résultats internationaux. Sont comptabilisés, dans les chiffres français : - en santé, les dépenses concernant la prise en charge de soins de santé (remboursement de consultations médicales et de produits pharmaceutiques) ; - en protection sociale, les transferts en espèces aux ménages destinés à compenser les pertes de revenus dues à la maladie et aux accidents du travail (indemnités journalières).

134

L'économie française, édition 2012

Dépenses des administrations publiques par finalité
1. Structures des dépenses en France en 2010
en % Services publics généraux
12,1 3,7 3,0

15

Défense Ordre et sécurité publics Affaires économiques
1,8 3,3

Protection sociale

42,7

6,1

Protection de l’environnement Logement et équipements collectifs

14,1 10,6 2,6

Santé Loisirs, culture et culte

Enseignement
Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

2. Dépenses publiques par finalité
indice base 100 en 2000 180

3. Dépenses par catégorie d’administration publique
indice base 100 en 2000 180
Organismes divers d’administration centrale

160

Protection sociale

160

Administrations publiques locales

140
Santé Éducation

140
120
Défense

Administrations de sécurité sociale

État

100
Affaires économiques

Services publics généraux

120
Ensemble des administrations publiques

80 2000

100
2002 2004 2006 2008 2010

2000

2002

2004

2006

2008

2010

Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

4. Comparaison européenne des structures de dépenses
en %
UE 25 2005 2010 France 2005 2010 Allemagne 2005 2010 Royaume-Uni 2005 2010 Italie 2005 2010 Espagne 2005 2010

Services publics généraux Défense Ordre et sécurité publics Affaires économiques Protection de l'environnement Logement et équipements collectifs Santé Loisirs, culture et culte Enseignement Protection sociale Ensemble Total des dépenses (en % du PIB)
Source : Eurostat.

13,9 3,2 3,8 8,3 1,7 2,1 14,5 2,3 11,1 39,0 100 46,9

12,8 3,2 3,7 9,3 1,8 2,0 14,8 2,4 10,8 39,4 100 50,7

14,0 3,4 3,0 6,3 1,9 3,5 14,6 2,4 10,8 40,3 100 53,6

12,2 3,7 3,0 6,0 1,8 3,4 14,1 2,7 10,6 42,8 100 56,6

12,8 2,1 3,4 7,7 1,3 2,1 14,3 1,7 8,7 45,4 100 46,9

12,7 2,3 3,3 10,0 1,5 1,5 15,0 1,7 9,0 43,0 100 47,9

10,0 5,7 5,9 6,6 1,4 2,5 15,6 2,5 14,1 35,8 100 44,1

10,5 5,4 5,2 6,2 2,0 2,6 16,3 2,2 13,9 35,6 100 50,3

18,4 2,7 4,2 7,9 1,9 1,5 14,4 1,9 9,8 37,6 100 47,9

16,5 2,8 3,8 7,5 1,6 1,4 15,1 1,6 8,9 40,5 100 50,4

12,2 2,9 4,7 12,5 2,3 2,3 14,8 3,6 11,2 33,6 100 38,4

11,4 2,4 4,6 11,4 2,0 2,6 14,3 3,5 10,7 37,1 100 45,6

Fiches thématiques

135

16

Intermédiaires financiers
avec la remontée des taux interbancaires (le taux de référence pour le calcul des marges d’intermédiation bancaires ressort à 2,4 % en 2011 contre 2,0 % en 2010). Le solde des intérêts reçus et versés diminue cependant de 8,5 % (– 0,6 milliard d’euros). Au total, le solde des revenus de la propriété s’améliore de près de 3 milliards d’euros grâce à la progression des dividendes reçus nets des dividendes versés (+ 2,0 milliards d’euros) et des bénéfices réinvestis d’investissements directs à l’étranger (+ 1,5 milliard d’euros). La formation brute de capital fixe se redresse et atteint 11 milliards d’euros. Au final, la remontée des budgets d’investissements, ajoutée à la hausse des impôts courants de plus de 17 %, conduit à une légère contraction de la capacité de financement (22,0 milliards en 2011, après 23,2 milliards en 2010, soit – 5,6 %). La valeur ajoutée au sens de la comptabilité nationale des établissements de crédit (secteur S122AE de la comptabilité nationale, couvrant les établissements de crédit et assimilés) ne correspond pas directement au produit net bancaire calculé dans le cadre de la comptabilité privée. En effet, le produit net bancaire n’est pas grevé de certaines charges correspondant à une fraction des consommations intermédiaires tandis qu’il intègre d’autres éléments : les revenus de la propriété ainsi que les plus ou moins-values liées à la détention d’actifs financiers, qui ne sont pas enregistrées en comptabilité nationale comme de la production ou du revenu mais sont inscrits dans les comptes de réévaluation. En 2011, les variations respectives de produit net bancaire (+ 1,0 %) et de la valeur ajoutée (– 1,2 %) des établissements de crédits sont relativement peu marquées. n

L

es Intermédiaires financiers hors sociétés d’assurance (IF) regroupent, pour l’essentiel, la Banque de France, les établissements de crédit et les organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM). La comptabilité nationale distingue deux composantes de la production des IF : d’une part la production facturée, c’est-à-dire essentiellement les commissions, d’autre part les services d’intermédiation financière indirectement mesurés (Sifim), correspondant aux marges d’intérêt perçues à l’occasion des opérations de crédit et de dépôt réalisées par les banques avec leur clientèle. En 2011, la valeur ajoutée des établissements de crédit baisse de 1,2 %, après deux années de forte augmentation (+ 31 % en 2009 et + 13 % en 2010). Leur production facturée s’accroît modérément (+ 0,7 %), en revanche la production de Sifim diminue (– 4,5 %, après + 48 % en 2009 et + 20 % en 2010) du fait de la contraction de la marge de taux d’intérêt. La rémunération moyenne des dépôts de la clientèle progresse, à 1,6 % en 2011 après 1,4 % en 2010, alors que le taux moyen facturé sur les crédits à la clientèle est inchangé à 3,8 %. Par ailleurs, les consommations intermédiaires reculent (– 1,5 %). À l’instar des consommations intermédiaires, les frais de personnel demeurent contenus en 2011 (+ 0,2 % après + 1,1 % en 2010). La baisse de l’excédent d’exploitation est un peu plus marquée que celle de la valeur ajoutée en raison de la hausse des impôts sur la production. En conséquence, le taux de marge des établissements de crédit se replie quelque peu (38,4 % en 2011, après 40,0 % en 2010). Les flux bruts d’intérêts, ajustés des Sifim, augmentent de 16,8 % pour les intérêts reçus et de 18,0 % pour les intérêts versés, en lien

Pour en savoir plus
• « L’activité bancaire mesurée par les banques et la comptabilité nationale », Insee Première n° 1285,

février 2010.

136

L’économie française, édition 2012

Intermédiaires financiers
1. Compte non financier des intermédiaires financiers

16

en milliards d’euros
2008 2009 2010 2011 Évolution 2011 / 2010 (en %)

Production Services d’intermédiation financière indirectement mesurés (Sifim) Production facturée Production pour compte propre Consommation intermédiaire Valeur ajoutée brute Salaires et cotisations sociales (y compris imputées) Impôts liés à la production – subventions d’exploitation Excédent brut d’exploitation Intérêts reçus Dividendes reçus Bénéfices réinvestis d’investissements directs à l’étranger (nets) Intérêts versés Dividendes versés Solde des revenus primaires Impôts courants Formation brute de capital fixe Capacité de financement Ratios (en %) Taux de valeur ajoutée Part des Sifim dans la production Part des services facturés dans la production Taux de marge Taux d’investissement

a a1 a2 a3 b c=a–b

101,9 28,1 72,3 1,4 59,8 42,1

115,1 41,7 72,2 1,3 59,9 55,2

120,6 49,9 69,5 1,2 58,3 62,3

119,0 47,7 70,0 1,3 57,5 61,5

– 1,4 – 4,5 0,7 8,3 – 1,5 – 1,2

d1 d2 e = c – d1– d2 f g h i j m n q s

31,4 4,0 6,8 338,9 34,9 2,4 312,6 33,9 36,5 2,6 12,8 22,1

33,0 4,2 18,0 211,9 30,8 2,0 194,2 26,5 42,1 3,4 10,6 27,9

33,4 4,0 24,9 153,7 29,4 4,5 146,6 27,3 38,6 6,1 9,7 23,3

33,5 4,5 23,6 179,6 30,8 6,0 173,1 26,8 40,2 7,1 11,0 22,0

0,2 11,6 – 5,2 16,8 4,6 33,0 18,0 – 2,2 3,9 17,4 13,8 – 5,6

c/a a1 / a a2 / a e/c q/c

41,3 27,6 71,0 16,1 30,3

48,0 36,2 62,7 32,7 19,2

51,6 41,4 57,6 40,0 15,5

51,7 40,1 58,8 38,4 17,8

… … … … …

Sources : Insee et Banque de France, Comptes nationaux, base 2005 (S12A).

2. De la valeur ajoutée au produit net bancaire des établissements de crédit
en milliards d’euros
2008 2009 2010 2011

Valeur ajoutée Consommations intermédiaires n’entrant pas dans la formation du PNB Intérêts nets et dividendes liés à la détention de titres et au refinancement interbancaire Intérêts nets (ajustés du Sifim) Dividendes nets Éléments du compte de résultat comptabilisés dans les comptes de réévaluation Contribution nette des plus et moins values sur titres Contribution nette des instruments financiers dérivés Dotations aux provisions sur titres Gains nets sur opérations de change et d’arbitrage Produit net bancaire
Sources : Insee et Banque de France, Comptes nationaux, base 2005 (S122AE).

39,8 20,4 23,7 1,3 22,4 – 12,8 – 38,8 42,2 – 10,7 – 5,6 71,1

50,9 19,8 22,5 3,6 18,9 10,3 26,3 – 27,0 7,2 3,7 103,4

58,4 20,1 13,2 – 3,4 16,6 4,2 20,1 – 15,5 – 1,0 0,7 96,0

57,7 19,8 20,2 – 0,9 21,1 – 0,7 – 6,7 10,9 – 4,8 – 0,2 97,0

Fiches thématiques

137

17

Sociétés d’assurance
augmente de 3 %, sous les effets conjugués d’une baisse des prestations (– 2,2 %) et d’une hausse des cotisations (+ 3,0 %). Les consommations intermédiaires (pour l’essentiel des commissions de courtage et de réassurance) se replient de 1,0 % du fait de la baisse des importations de réassurance. Au total, la valeur ajoutée dégagée par le secteur des assurances progresse de 4,5 %. Les salaires et les cotisations sociales versées par les sociétés d’assurance ralentissent (+ 1,6 % après + 2,4 % en 2010). Dans ce contexte, l’excédent brut d’exploitation est en nette hausse de (+ 15,3 % après – 4,4 %). En lien avec la décollecte de l’assurancevie observée sur les derniers mois de l’année 2011, les revenus de la propriété attribués aux assurés sont en baisse de 2,3 %. Ce recul contribue fortement à la hausse du solde des revenus primaires (+ 43,1 %). L’impôt sur les sociétés versé par les sociétés d’assurance est en hausse de 24,4 % ; par ailleurs, elles ont versé 1,7 milliard d’euros au titre de l’exit tax, enregistré en transfert en capital. Finalement, le secteur de l’assurance dégage une capacité de financement de 2,0 milliards d’euros après trois années consécutives pendant lesquelles le secteur a enregistré un besoin de financement. n

E

n 2011, la production de services d’assurance progresse de 0,7 % en valeur, après une hausse de 4,4 % en 2010. Cette décélération est liée à celle de l’assurance-vie, qui est en recul, alors qu’inversement, l’assurance dommage et l’assurance sociale privée (mutuelles et institutions de prévoyance) progressent. La production en services d’assurance-vie, qui constituent la principale composante du patrimoine financier des ménages, baisse de 2,9 %. Les cotisations reçues par les sociétés d’assurance-vie baissent fortement (– 31,7 %, soit 6,5 milliards d’euros), tandis que les prestations versées sont en hausse de 4,5 %. En effet, les assurés ont demandé des rachats partiels de leurs contrats et se sont reportés sur des placements plus liquides, tels le livret A ou les comptes à terme. La production en services d’assurance dommage ne progresse que de 0,7 %. En effet, après correction des versements exceptionnels liés aux tempêtes « Klaus » puis « Xynthia » en 2010, les indemnités versées affichent une hausse de 2,6 %, tandis que les cotisations gagnent 3 % grâce à la hausse du nombre de biens assurés (voitures, habitations…) et par une augmentation des tarifs. La production de l’assurance sociale privée (mutuelles et institutions de prévoyance)

Définitions
Secteur des sociétés d’assurance : regroupe toutes les sociétés, hors organismes de sécurité sociale, dont les activités recouvrent la protection contre divers risques (décès, invalidité, santé, dommages corporels, dommages aux biens, etc.), la constitution d’une épargne (assurance-vie) ainsi que la réassurance. Il inclut par ailleurs les opérations réalisées par la Coface pour le compte de l ’État français. Les sociétés d’assurance régies par le code de l’assurance reçoivent des primes et versent des indemnités, tandis que les autres entités reçoivent des cotisations et versent des prestations. En comptabilité nationale, le service produit par les sociétés d’assurance est mesuré comme la différence entre les primes ou cotisations, augmentées des revenus du placement des réserves, et les indemnités ou prestations dues. Dans le cas de l’assurance-vie, cette définition intègre les décalages temporels entre le versement des cotisations par les épargnants et le bénéfice qu’ils en tirent (à la clôture du contrat) en tenant compte des provisions financières que la société d’assurance doit réglementairement constituer. Exit tax : l’article 23 de la loi de finances pour 2011 instaure une « exit tax » exceptionnelle au taux de 10 % (dans la limite de 5 % des fonds propres) sur le montant de la réserve de capitalisation.

138

L’économie française, édition 2012

Sociétés d’assurance
1. Principaux éléments du compte des sociétés d’assurance
En milliards d’euros 2007 2008 2009 2010 2011 2007 Évolution sur un an (en %) 2008 2009 2010

17

2011

Production a Consommations intermédiaires b Valeur ajoutée (VA) c=a–b Rémunérations des salariés (dont cotisations sociales) d1 Impôts liés à la production – subventions d’exploitation d2 Excédent brut d’exploitation (EBE) e = c – d1 – d2 Revenus de la propriété reçus f Revenus de la propriété versés g Solde des revenus primaires m= e+f–g Formation Brute de Capital Fixe (FBCF) i Capacité (+) ou besoin (–) de financement
Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

50,0 31,7 18,3 11,4 0,9 6,0 56,1 55,2 6,9 1,7 0,1

50,7 33,8 16,9 11,5 1,0 4,5 57,8 57,5 4,8 1,9 – 2,7

49,9 33,9 16,0 11,9 1,0 3,1 56,5 53,7 5,8 2,2 – 1,8

52,0 36,0 16,1 12,2 1,0 2,9 59,7 56,1 6,5 1,5 – 0,3

52,4 35,6 16,8 12,4

1,3 7,8 – 8,4 2,9

1,4 6,6 – 7,7 0,3

– 1,7 0,3 – 5,6 3,8

4,4 6,1 0,7 2,4

0,7 – 1,0 4,5 1,6 8,7 15,3 1,1 – 3,1 43,1 – 4,7 ///

1,1 7,6 9,7 5,0 – 4,0 3,4 – 25,6 – 25,4 – 31,9 – 4,4 60,4 8,8 3,0 – 2,3 5,8 54,4 4,8 4,1 – 6,5 4,4 9,3 – 0,3 – 30,3 20,1 13,1 1,5 – 6,8 11,3 19,0 – 30,7 /// /// /// 2,0 ///

2. Principaux ratios des sociétés d’assurance
2007 2008 2009 2010

en %
2011

Part dans la production totale des sociétés d’assurance de l’assurance dommage de l’assurance vie de l’assurance sociale privée (mutuelles, Institutions de Prévoyance) de l’assurance Coface avec garantie de l’État des autres activités (réassurance, activités annexes) Taux de valeur ajoutée Part de la rémunération des salariés dans la VA Taux de marge (EBE/VA) Taux d’investissement (FBCF/VA)
Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

c/a d1/c e/c i/c

52,2 31,5 8,1 4,6 3,6 36,7 62,3 32,8 9,1

52,8 28,7 8,2 6,5 3,9 33,4 67,6 26,5 11,0

47,3 37,3 9,6 2,9 2,8 32,0 74,3 19,1 13,8

48,8 37,2 9,2 1,9 2,9 30,9 75,6 18,2 9,5

50,2 35,9 9,5 1,9 2,5 32,1 73,5 20,0 8,7

Fiches thématiques

139

18

Émissions de titres des agents résidents
Les administrations publiques augmentent leurs émissions nettes de titres de créance (111 milliards d’euros après 94 milliards d’euros en 2010). La progression sur le compartiment de long terme (118 milliard d’euros après 106 milliards d’euros en 2010) est principalement le fait des administrations de sécurité sociale, dont le volume d’émissions nettes progresse de près de 24 milliards d’euros, pour s’établir à 27 milliards d’euros. Parallèlement, les émissions de long terme de l’État se sont réduites de 12 milliards d’euros par rapport à 2010, et s’établissent en 2011 à 91 milliards d’euros. Sur le segment de court terme, les administrations publiques procèdent de nouveau à des remboursements nets, mais d’une moindre ampleur qu’en 2010 (– 6 milliards d’euros après – 12 milliards d’euros). Les remboursements de l’État se poursuivent (– 9 milliards d’euros), de même que ceux de la Société de prise de participation de l’État (SPPE, – 4 milliards d’euros). Parallèlement, les émissions nettes des organismes de sécurité sociale restent positives ; néanmoins, elles se tassent quelque peu (7 milliards d’euros, après 20 milliards d’euros). Les émissions de titres de créance des sociétés non financières s’établissent à des niveaux proches de ceux enregistrés en 2010 (29 milliards d’euros, après 26 milliards d’euros), en hausse de 11,7 %. Les grandes entreprises maintiennent leurs émissions de titres de créance à moyen et long terme (obligations principalement) à un niveau assez élevé (25 milliards d’euros), bien qu’en léger repli par rapport à 2010. Dans le même temps, les émissions des titres de créance à court terme (billets de trésorerie) redeviennent positives (3 milliards d’euros) après deux années de remboursements nets. n

L

es émissions nettes de titres de créance et d’actions cotées des résidents français atteignent en 2011 un total de 247 milliards d’euros, en hausse de 34 % par rapport à 2010. Cette progression est due essentiellement aux titres de créance (234 milliards d’euros, + 33 %). Les émissions nettes de titres de créance à long terme s’établissent à 195 milliards d’euros, en légère hausse de 12 milliards d’euros par rapport à 2010, mais à un niveau inférieur au pic enregistré en 2009 (238 milliards d’euros). De leur côté, les émissions d’actions cotées restent peu soutenues, à 14 milliards d’euros après 10 milliards d’euros en 2010. Les émissions nettes de titres de créance des institutions financières poursuivent la reprise entamée en 2010, et s’établissent à 94 milliards d’euros, mais ne retrouvent pas encore leur niveau d’avant 2009. Au sein des institutions financières, les établissements de crédit renforcent leurs émissions de titres de dette à long terme (56 milliards d’euros, après 51 milliards d’euros en 2010), principalement sous forme d’obligations sécurisées ; ce rebond est à nuancer compte tenu des remboursements des emprunts de la Société de financement de l’économie française (SFEF), qui servent en réalité au financement des établissements de crédit. Les banques procèdent également à de fortes émissions sur le compartiment de court terme (certificats de dépôts) pour 37 milliards d’euros, après de faibles émissions de 4 milliards d’euros en 2010 et des remboursements nets en 2009. Les institutions financières non monétaires enregistrent globalement des émissions nettes étales en 2011 : les remboursements de la SFEF pour 17 milliards d’euros sont compensés par des émissions de fonds communs de titrisation (FCT) de même montant.

Définitions
Titres de créance : ils désignent les bons du Trésor (BTF et BTAN), les titres de créances négociables émis sur le marché français (billets de trésorerie, certificats de dépôt, bons à moyen terme négociables), le commercial paper émis à l’étranger et les Euro medium term notes (EMTN) et les obligations, dont les obligations assimilables du Trésor (OAT). Au sein des titres de créance, les titres à court terme sont les titres d’échéance initiale inférieure à un an et les titres à long terme ceux dont l’échéance à l’émission est supérieure à un an. Pour ces dernières, les émissions des groupes bancaires acquises par ces mêmes groupes sont exclues des statistiques présentées dans la présente fiche.

140

L’économie française, édition 2012

Émissions de titres des agents résidents
1. Émissions de titres
En milliards d’euros 2007 2008 2009 2010 2011

18

Évolution 2011/2010 (en %)

Émissions nettes de titres de créance et d’actions cotées par les résidents Titres de créance (valeur nominale) par les Sociétés non financières dont : court terme long terme par les Institutions financières1 dont : court terme long terme par les Administrations publiques dont : court terme long terme dont obligations assimilables du Trésor (OAT) Actions cotées - émissions contre apport en espèces dont : par les Sociétés non financières par les Institutions financières1
1. Institutions financières monétaires et autres intermédiaires financiers. Source : Banque de France.

278,7 243,1 – 2,5 – 6,2 3,7 202,4 114,3 88,1 43,2 16,3 26,9 27,6 35,6 32,7 2,9

265,1 244,3 24,4 9,5 14,8 124,3 24,0 100,3 95,6 73,5 22,1 35,2 20,8 4,3 16,5

223,9 182,3 47,9 – 13,3 61,2 – 24,5 – 120,6 96,2 158,8 78,1 80,8 40,0 41,6 20,0 21,6

184,9 175,2 25,6 – 1,9 27,5 56,0 5,3 50,7 93,7 – 11,9 105,6 94,2 9,7 7,6 2,1

247,5 233,7 28,6 3,5 25,1 93,8 41,4 52,4 111,3 – 6,4 117,6 70,0 13,8 10,4 3,5

33,9 33,3 11,7 284,5 – 8,9 67,6 687,1 3,4 18,8 46,5 11,4 – 25,7 43,2 36,9 66,1

2. Émissions nettes de titres de créance et d’actions
Émissions nettes de titres de créance des résidents français en milliards d'euros 250 200 150 100 10 50 0 – 50 2000 5 0 –5
Sociétés non financières Institutions financières Administrations publiques Sociétés d'assurance

Émissions nettes d’actions cotées des résidents français en milliards d'euros 35 30 25 20 15
Sociétés non financières Institutions financières Sociétés d'assurance

2002

2004

2006

2008

2010

– 10 2000

2002

2004

2006

2008

2010

Source : Banque de France.

Fiches thématiques

141

19

Endettement des agents non financiers
Après une contraction en 2009 (– 1,4 %) et une croissance très modéré en 2010 (+ 0,8 %), la progression de l’encours des prêts aux sociétés non financières (SNF) est dynamique en 2011 (+ 3 %), tirée par la reconstitution des stocks amorcée en début d’année ainsi que par la reprise de la FBCF, mais légèrement diminué, pour la seule catégorie des grandes entreprises, par les émissions de titres. À l’inverse, les autres entreprises voient leurs crédits bancaires augmenter plus fortement que la moyenne. L’encours de crédits aux SNF (897,5 milliards d’euros à fin 2011) représente plus de deux fois celui des émissions de titres de créance (405,4 milliards d’euro). Ces dernières, principalement constituées de titres à long terme émis par de grandes entreprises, augmentent fortement (+ 8,6 %, après + 9,4 % en 2010). De leur côté, les administrations publiques (APU) procèdent à des remboursements nets d’une partie leurs crédits bancaires en 2011 (– 4,1 %, après + 8,6 % en 2010) et intensifient leurs émissions de titres de créance (+ 9,2 %, après + 6,7 % en 2010) dans un contexte de taux historiquement bas. Au total, la croissance de l’encours de titres de créance émis par les ANF résidents s’accélère (+ 9,1 % en 2011, après + 7,3 % en 2010) et finance principalement les administrations publiques dont les émissions représentent 78,4 % de l’ensemble de l’endettement de marché des ANF résidents. n

À

la fin 2011, l’endettement des agents non financiers (ANF) résidents atteint 4 121,4 milliards d’euros. Sa progression s’accentue quelque peu (+ 5,9 %, après + 5,5 % en 2010), l’accélération de l’endettement des administrations publiques (APU, + 7,7 %, après + 6,8 % en 2010) et des sociétés non financières (SNF, + 4,7 %, après + 3,3 % en 2010) l’emportant sur le fléchissement de la croissance de la dette des ménages et des institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLSM, + 4,8 %, après + 6,2 % en 2010). Appréciés en proportion du PIB, les ratios d’endettement continuent d’augmenter en 2011 pour les ménages et ISBLSM (55,1 %, après 54,3 %), les sociétés non financières (65,9 %, après 65,5 %) et, de façon plus marquée, pour les administrations publiques dont le ratio de dette au sens de Maastricht atteint 86,0 % fin 2011, contre 82,3 % à fin 2010. S’agissant des instruments utilisés par les ANF pour s’endetter, on observe un renforcement des financements de marché sous forme d’émissions de titres de créance. Le taux de croissance annuel des crédits consentis à l’ensemble des ANF est de + 3,1 % en 2011après + 4,2 % en 2010. La croissance reste cependant vive tout d’abord pour les crédits aux ménages et aux ISBLSM (+ 4,8%, après + 6,2% en 2010), du fait du dynamisme des prêts à l’habitat. Définitions

Les agents non financiers résidents sont répartis en trois secteurs: les ménages et les institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLSM), les sociétés non financières ; les administrations publiques (APU), ces dernières regroupant l’État, les organismes divers d’administration centrale, les collectivités locales et les organismes de Sécurité Sociale. On présente ici un agrégat large de l’endettement des agents non financiers résidents, englobant l’ensemble des engagements contractés sous forme d’emprunts auprès des institutions financières (institutions financières monétaires et autres intermédiaires financiers), résidentes et non résidentes, et sous forme de titres de créance émis sur les marchés de capitaux, en France comme à l’étranger. Les encours de titres de créance sont comptabilisés à leur valeur nominale. Pour les APU, c’est l’encours de la dette notifiée par la France à la Commission européenne (dite dette « Maastricht ») qui est présenté. La dette « Maastricht » est consolidée : les dettes entre sous secteurs des APU en sont exclues. La présentation retenue ici ne comprend ni les prêts entre agents non financiers résidents, ni les crédits commerciaux et les prêts entre affiliés. Les financements par émissions d’actions n’apparaissent pas non plus dans cette présentation, car ils ne constituent pas une dette mais un droit de propriété. Le taux de croissance annuel en pourcentage de l’année N rapporte le flux de l’année N à l’encours observé à la fin de l’année N-1. Le suivi des ratios d’endettement permet d’apprécier l’adéquation des financements obtenus sous forme d’emprunts par les agents économiques aux évolutions de l’économie réelle. La répartition par instruments des financements obtenus (crédits, titres de créance) fournit, quant à elle, des indications sur les substitutions réalisées entre les différentes formes d’endettement.

142

L’économie française, édition 2012

Endettement des agents non financiers
1. Endettement des agents non financiers
Encours bruts en fin de période (valeur nominale, en milliards d’euros) 2010 2011 Taux de croissance annuel (en %) 2010 2011

19

Endettement des agents non financiers Ménages et ISBLSM1 Sociétés non financières Administrations publiques2 Crédits auprès des Institutions financières3 Ménages et assimilés Sociétés non financières Administrations publiques Dépôts au passif du Trésor4 Financements de marché Sociétés non financières Titres de créance à court terme Titres de créance à long terme Administrations publiques Titres de créance à court terme Titres de créance à long terme

3 890,6 1 050,7 1 244,7 1 595,2 2 147,0 1 050,7 871,3 225,0 23,2 1 720,4 373,4 16,8 356,6 1 347,0 212,1 1 134,9

4 121,2 1 101,0 1 302,9 1 717,3 2 214,3 1 101,0 897,5 215,8 30,1 1 876,7 405,4 20,3 385,1 1 471,3 226,0 1 245,3

5,5 6,2 3,3 6,8 4,2 6,2 0,8 8,6 – 2,1 7,3 9,4 – 10,2 10,5 6,7 – 9,0 10,2

5,9 4,8 4,7 7,7 3,1 4,8 3,0 – 4,1 29,7 9,1 8,6 21,0 8,0 9,2 6,6 9,7

1. Institutions sans but lucratif au service des ménages. 2. Dette publique au sens de Maastricht. 3. Institutions financières monétaires et les autres intermédiaires financiers (organismes de titrisation…). 4. Dépôts auprès du Trésor pour toutes les contreparties autres que les administrations publiques. Sources : Banque de France ; Insee, Comptes nationaux, base 2005.

2. Ratios de dette des agents non financiers
en % du PIB 90
Dette des administrations publiques au sens de Maastricht

80 70 60 50 40 30 20 10 0 2002
Dette des ménages et ISBLSM Dette des sociétés non financières, valeur nominale

2003

2004

2005

2006

2007

2008

2009

2010

2011

Sources : Banque de France ; Insee, Comptes nationaux, base 2005.

Fiches thématiques

143

20

Indicateurs de développement durable
importations qui s’ajoutent aux émissions produites depuis le territoire français. Ainsi, l’empreinte carbone de la demande finale de chaque français, c’est-à-dire les émissions en CO2 liées à la production de biens et services nécessaires à la satisfaction de cette demande, s’élève en 2007 à 8,9 tonnes par an si l’on tient compte de l’ensemble des biens et services absorbés par cette demande, qu’ils soient produits en France ou importés, alors que seulement 6,4 tonnes sont émises en moyenne sur le territoire français. De plus, la pression reste très forte sur la biodiversité, même si le phénomène est complexe à mesurer. En 2010, les surfaces artificialisées occupent 8,9 % du territoire national. Leur progression s’accélère ces dernières années : elles gagnent en superficie l’équivalent d’un département tous les sept ans en moyenne. Elle est défavorable à de nombreuses espèces, en particulier aux oiseaux spécialistes des milieux agricoles, alors que les oiseaux généralistes s’adaptent mieux, voire progressent. En termes de bien-être et de cohésion sociale, ces indicateurs font ressortir un diagnostic contrasté : l’espérance de vie en bonne santé s’est améliorée et la France connaît un taux de pauvreté monétaire inférieur à la moyenne européenne ; en revanche, le taux d’emploi des seniors reste faible et la part des jeunes de 16 à 25 ans hors emploi et hors formation élevée (13 %), symptôme des difficultés importantes sur le marché de l’emploi. Des progrès restent encore à accomplir dans les domaines de la société de la connaissance. La part des dépenses de recherche dans le PIB est significativement inférieure à l’objectif des 3 % fixés par la stratégie de l’Europe à l’horizon 2020 et la part des jeunes de 18 à 24 ans sortant sans diplôme de l’enseignement supérieur reste supérieure aux 10 % visés par l’Union européenne en 2020 (12,6 % en 2010). De même, la réalisation des objectifs de développement durable au niveau mondial, dits objectifs « du millénaire », nécessitera un effort : seulement 0,50 % du revenu national brut est consacré à l’aide publique au développement alors que l’objectif était fixé à 0,56 % en 2010 et 0,7 % en 2015. n

L

a France a adopté en juillet 2010 une nouvelle stratégie nationale de développement durable pour la période 2010-2013. Cette stratégie est organisée en neuf défis stratégiques, cohérents avec les engagements européens et internationaux. Fruit d’une concertation avec des représentants des cinq collèges du Grenelle de l’environnement (État, collectivités territoriales, entreprises, partenaires sociaux et ONG environnementales), quinze indicateurs phares et quatre indicateurs de contexte économique et social ont été choisis pour illustrer les neuf défis. Ils constituent le cœur du tableau de bord retenu pour suivre la mise en œuvre de la stratégie. Alors que depuis 2000 la croissance économique par habitant a été plus modérée pour la France que pour l’ensemble de l’Union européenne, une partie des pressions sur les ressources naturelles apparaît relativement maîtrisée, notamment en matière d’émissions de gaz à effet de serre et de productivité des matières. Ainsi, les émissions de gaz à effet de serre qui ont un impact déterminant sur le réchauffement climatique sont inférieures en 2009 de 8,1 % au niveau de 1990, référence du protocole de Kyoto. Cette tendance à la baisse est amplifiée par le contexte récessif de 2009. Le découplage depuis 2000 de la consommation d’énergie totale dans les transports avec la croissance économique, joint à l’augmentation de la production d’énergie renouvelable (12,9 % de la consommation finale d’énergie en 2010) contribue à la maîtrise de ces émissions. L’efficacité matérielle de l’économie s’accroît : le volume de PIB (en euros) produit avec l’utilisation d’un kilogramme de matières a augmenté de 39 % entre 1995 et 2009. Cependant, les engagements à plus long terme sont très exigeants : la France s’est engagée, au sommet de Copenhague, à diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050 et la France reste très en dessous de l’objectif de 23 % fixé par la loi Grenelle 1 pour la part des énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie d’ici 2020. Par ailleurs, la croissance économique s’accompagne d’une dépendance plus forte aux importations et de « flux cachés » liés aux

144

L’économie française, édition 2012

Indicateurs de développement durable
1. Indicateurs de développement durable
1995 2000 sauf 1 2005 2008 2009

20
2010

Défi 1 - Consommation et production durable
1.1 Productivité matières (en euros/kg)2

France UE 27 Défi 2 - Société de la connaissance France UE27 France UE27 Défi 3 - Gouvernance

1,43 ... 15,4 ... 2,28 1,80 ... 99,4 93,6 8,0 ... ... ...

1,64 e 1,22 13,3 e 17,6 2,16 e 1,86 ... 100,7 91,0 8,6 8,8 ... ...

1,83 e 1,27 12,2 15,8 2,11 e 1,82 16,0 101,1 92,1 9,1 9,1 9,7 ... 93,2 116 70 ... 62,3 64,6 13,2 e 16,0 38,5 42,3

1,83 e 1,31 p 11,5 14,9 2,12 e 1,92 16,7 95,8 88,9 ... ... 11,3 10,5 89,8 118 66 8,7 62,7 64,6 12,9 16,3 38,2 45,6 10,5 11,3 0,39 0,40 – 0,6 – 0,1 – 1,2 – 0,3 7,4 7,1 4,8 6,67 3,40 2,01 1,60

1,99 e 1,41 p 12,2 14,4 p 2,26 e 2,01 18,2 91,9 82,6 ... ... 12,4 11,7 90,7 113 59 8,8 62,7 63,3 13,5 16,4 38,8 46,0 13,3 12,8 0,47 0,42 – 3,7 – 4,6 – 4,0 – 4,8 9,1 9,0 5,6 6,73 3,40 2,00 1,59

... ... p 12,6 14,1 p 2,26 e 2,00 ... ... ... ... ... 12,9 ... 90,2 125 65 8,9 61,9 63,5 ... ... 39,7 46,3 13,0 13,3 0,50 0,43 1,1 1,8 1,3 1,5 9,4 9,7 5,9 ... ... 2,03 ...

2.1 Sorties précoces du système scolaire (en %)3

2.2 Dépense intérieure de recherche et développement (poids en % dans le PIB)

3.1 Participation des femmes aux instances de gouvernance (en % des femmes cadres dirigeants dans le privé)

France Défi 4 - Changement climatique et énergies France UE27 France UE27 France UE27 Défi 5 - Transports et mobilité durables

4.1 Émission de gaz à effet de serre (en tonnes équivalent CO2, indice base 100 en 1990) 4.2 Empreinte carbone de la demande finale nationale (en tonnes par personne)4 4.3 Énergies renouvelables (part en % dans la consommation finale d’énergie)

5.1 Consommation totale d’énergie dans les transports en Tep rapportée au PIB (indice base 100 en 1990)

France 102,3 97,9 Défi 6 - Conservation et gestion durable de la biodiversité et des ressources naturelles
6.1 Indice d’abondance des populations d’oiseaux communs (indice base 100 en 1989)

Oiseaux généralistes, France métropolitaine Oiseaux habitats agricoles, France métropolitaine
6.2 Artificialisation des sols (en % du territoire national)

92 75 ... 60,0 62,4 ... ... 29,6 36,0

88 71 ... 60,1 63,2
13,06

France Défi 7 - Santé publique, prévention et gestion des risques
7.1 Espérance de vie en bonne santé (en années)

Homme, France métropolitaine Femme, France métropolitaine Défi 8 - Démographie, immigration, inclusion sociale
8.1 Pauvreté monétaire (en %)5

France UE27
8.2 Taux d’emploi des seniors (travailleurs âgés de 55 à 64 ans) (en %)

... 29,9 36,9

France métropolitaine UE27

8.3 Part des jeunes de 16 à 25 ans hors emploi et hors formation (en %)

Homme, France métropolitaine 9,8 8,9 10,5 Femme, France métropolitaine 14,6 11,9 12,5 Défi 9 - Défis internationaux en matière de développement durable et de pauvreté dans le monde
9.1 Aide publique au développement (en % du revenu national brut)

France UE27 Contexte économique et social France UE27

0,55 0,37 ... ...

0,30 0,32

0,47 0,41 1,1 1,5 1,0 1,1 8,9 9,0 5,2 6,53 3,35 1,94 1,51

0.11 PIB par habitant (taux de croissance annuel moyen en volume en %)1 2,31 2,71 0.12 Revenu national net par habitant (taux de croissance annuel moyen en volume en %)1 2,71 France ... 2,51 UE27 ... 0.21 Taux de chômage (en %)

France métropolitaine UE27
0.21 Taux de sous-emploi (en %)

10,1 ... 6,2
7

8,6 ... 5,8 6,27 3,50 1,89 ...

France métropolitaine
0.3 Distribution des revenus

Rapport des niveaux de vie moyens des déciles extrêmes Rapport interdécile des niveaux de vie (D9/D1)7
0.4 Taux de fécondité (en enfants par femme)

... ... ... ...

France UE27

1. Taux de croissance moyen annuel entre 1995 et 2000. – 2. Calculé comme le rapport entre le PIB en volume (base 2000) et la consommation intérieure de matières premières. 3. Part des 18-24 ans ne suivant ni études ni formation et sans diplôme du supérieur. – 4. L’empreinte carbone correspond aux émissions de CO2 associées à l’ensemble des biens et services destinés à satisfaire la demande finale nationale. – 5. Part des personnes dont le niveau de vie est inférieur à 60 % du revenu médian. – 6. Rupture de série. – 7. France métropolitaine. Sources : tableau de bord de la stratégie nationale de développement durable ; Eurostat (extraction du 24 avril 2012).

Fiches thématiques

145

SOUS EMBARGO JUSQU’AU 20 JUIN 2012 À 00H00

Tableaux de référence de la comptabilité nationale
1. Le PIB et les opérations sur biens et services
Évolution en volume aux prix de l’année précédente (en %) 2009 2010 2011 Prix évolution (en %) 1,3 5,4 2,2 1,8 2,1 1,1 2,0 2,9 2,3 3,8 3,6 3,2 2011 En Contribution milliards à la croissance d’euros du PIB 1 996,6 594,3 2 590,9 1 471,9 1 110,1 320,7 168,7 401,2 213,4 108,9 61,4 10,9 538,2 1,7 – 1,4 3,1 0,4 0,1 0,2 – 0,2 0,7 0,5 0,2 – 0,1 0,8 1,3

Produit intérieur brut (PIB) Importations Total des emplois finals Consommation effective des ménages dont : dépense de consommation : des ménages individualisable des administrations Consommation collective des administrations publiques Formation brute de capital fixe dont : entreprises non financières ménages administrations publiques Variations de stocks (contribution à la croissance) Exportations
Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

– 3,1 – 9,6 – 4,6 0,7 0,1 2,2 3,1 – 10,6 – 13,7 – 12,2 2,4 – 1,2 – 12,1

1,7 8,9 3,1 1,5 1,4 1,7 2,0 1,2 6,3 – 0,4 – 8,1 0,1 9,6

1,7 4,9 2,4 0,6 0,3 1,5 – 2,2 3,5 5,1 3,1 – 1,9 0,8 5,3

2. Valeur ajoutée brute par branche
Évolution en volume aux prix de l’année précédente chaînés (en %) 2009 Agriculture, sylviculture et pêche Industrie manufacturière, industries extractives et autres Industries extractives, énergie, eau, gestion des déchets et dépollution Fabrication de denrées alimentaires, de boissons et de produits à base de tabac Cokéfaction et raffinage Fabrication d’équipements électriques, électroniques, informatiques ; fabrication de machines Fabrication de matériels de transport Fabrication d'autres produits industriels Construction Services principalement marchands Commerce de gros et de détail, transports, hébergement et restauration dont : commerce ; réparation d’automobiles et de motocycles transports et entreposage hébergement et restauration Information et communication Activités financières et d’assurance Activités immobilières Activités scientifiques et techniques ; services administratifs et de soutien Autres services Services principalement non marchands 1 Ensemble 6,4 – 7,5 – 8,3 0,9 – 32,0 – 18,4 – 22,7 – 4,2 – 6,0 – 3,4 – 5,3 – 5,7 – 6,1 – 2,1 – 4,3 5,0 0,9 – 7,9 – 0,3 1,1 – 3,0 2010 – 5,7 3,3 1,2 – 1,6 27,7 6,8 19,4 2,3 – 4,8 2,2 3,0 3,3 3,8 – 0,1 3,1 – 0,9 1,3 3,4 0,7 0,9 1,5 2011 3,9 0,5 – 0,6 – 0,8 – 0,3 6,4 – 15,6 2,6 0,0 2,4 3,0 3,2 3,3 1,1 2,5 3,4 1,1 3,5 0,0 1,2 1,8 En milliards d’euros courants 2011 32,8 224,6 43,8 30,1 3,5 25,5 13,8 107,9 110,1 1 017,2 332,0 203,0 84,9 44,1 86,1 83,3 236,7 218,8 60,2 404,3 1 789,0

1. Les services principalement non marchands regroupent l’administration publique, l’enseignement, la santé humaine et l’action sociale. Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

Annexe - Tableaux de référence de la comptabilité nationale

149

3. Quelques élements du tableau économique d’ensemble
à prix courants Évolution annuelle (en %) 2009 Produit intérieur brut dont : valeur ajoutée au prix de base impôts sur les produits nets des subventions sur les produits1 Revenu national brut Revenu disponible brut de l’ensemble de l’économie Valeur ajoutée brute par secteurs Valeur ajoutée des entreprises Sociétés non financières Entreprises individuelles Sociétés financières Valeur ajoutée des administrations publiques Éléments du partage de la valeur ajoutée Rémunération des salariés des entreprises Excédent brut d’exploitation et revenu mixte des entreprises Rémunération des salariés des administrations Sociétés non financières Excédent brut d’exploitation Revenus de la propriété nets versés Épargne brute Formation brute de capital fixe Variation des stocks (en milliards d’euros) Capacité (+) ou besoin (–) de financement (en milliards d’euros) Taux de marge2 (en points) Taux d'autofinancement3 (en points) Sociétés financières Excédent brut d’exploitation Formation brute de capital fixe Capacité (+) ou besoin (–) de financement (en milliards d’euros) Ménages (y compris entreprises individuelles) Excédent brut d’exploitation4 Revenu mixte Salaires nets reçus Prestations sociales hors transferts sociaux en nature5 Revenus de la propriété nets reçus Impôts courants Revenu disponible brut Dépense de consommation finale Revenu disponible brut ajusté Consommation effective des ménages Épargne brute Formation brute de capital fixe Capacité (+) ou besoin (–) de financement (en milliards d’euros) Taux d’épargne6 (en points) Taux d’épargne financière7 (en points) Relations avec le reste du monde Exportations de biens (FAB) Importations de biens (FAB) Exportations de services - importations de services (en milliards d’euros) Solde des opérations de répartition en provenance du reste du monde (en milliards d’euros) Capacité (+) ou besoin (–) de financement de la Nation (en milliards d’euros) – 2,5 2,0 – 6,8 – 2,4 – 2,6 – 3,1 – 4,1 – 6,2 17,5 2,7 – 0,9 – 7,6 2,9 – 11,4 2,9 – 5,5 – 13,5 – 21,8 42,2 – 2,4 6,4 69,4 – 12,2 8,4 – 4,7 – 6,6 – 0,1 5,5 – 2,7 – 4,5 0,5 – 0,6 1,1 0,5 6,0 – 13,4 31,1 0,9 2,4 – 16,7 – 17,3 – 5,3 – 2,8 3,4 2010 2,7 2,4 6,1 2,8 2,9 2,7 2,4 1,4 9,2 2,0 2,2 6,0 2,1 6,0 – 14,2 16,6 7,9 6,9 – 1,3 1,0 6,2 25,7 – 12,2 – 3,6 – 0,5 2,0 2,4 3,2 – 0,9 2,8 2,0 2,5 2,3 2,8 – 1,0 0,9 – 4,0 – 0,5 – 0,5 13,4 14,1 0,2 3,5 – 4,2 2011 3,1 2,7 6,0 3,0 3,1 2,6 2,8 2,5 0,2 2,7 4,0 – 1,0 1,6 – 2,2 5,4 – 11,5 7,7 14,8 – 48,1 – 1,5 – 14,6 – 2,2 10,3 1,1 3,5 2,3 2,9 3,2 3,7 6,6 2,6 2,3 2,6 2,4 4,0 6,8 0,0 0,2 – 0,2 8,3 12,3 7,5 0,1 – 13,9 2011 (en milliards d’euros) 1 996,6 1 789,0 207,6 2 034,2 2 001,5 1 228,4 1 004,1 136,1 88,1 327,9 753,7 433,1 263,7 287,3 95,4 136,0 202,3 10,6 – 65,2 28,6 67,2 29,8 13,5 28,7 158,2 121,1 681,7 428,7 127,7 175,1 1 323,5 1 110,1 1 685,4 1 471,9 213,4 120,0 89,8 16,1 6,8 419,8 490,6 14,6 5,1 – 51,0

1. Les impôts sur les produits regroupent la TVA, les impôts sur les importations et d’autres impôts sur les produits (TIPP taxes sur les tabacs, sur les alcools…). , 2. Excédent brut d’exploitation / valeur ajoutée brute. 3. Épargne brute / formation brute de capital fixe. 4. Excédent principalement tiré de la location de logements, y compris les loyers imputés que les propriétaires se versent à eux–mêmes. 5. Les prestations sociales autres que les transferts sociaux en nature sont principalement des prestations en espèces (retraites, indemnités journalières, allocations familiales, indemnités chômage, RSA). 6. Épargne brute / revenu disponible brut. 7. Capacité de financement / revenu disponible br ut. Source : Insee, Comptes nationaux, base 2005.

150

L’économie française, édition 2012

Chronologie 2011
Janvier
France
01 Le Smic est revalorisé : il passe de 8,86 à 9,00 euros bruts de l’heure. Les médicaments remboursés à 35 % ne le seront plus qu’à 30 %. C’est la fin de la prime à la casse automobile, qui avait dopé notamment la vente des petites voitures des constructeurs français. 06 Le rapport sur le renforcement de la gouvernance économique au sein de l’Union européenne est remis au président de la République : il préconise de consolider le noyau franco-allemand et de créer un organe chargé de gérer en commun la dette des États de la zone euro. 15 Xavier Bertrand lance une réforme du système de contrôle et de remboursement des produits de santé suite au rapport de l’Inspection générale des Affaires sociales sur le Médiator. 27 La loi relative à la représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des conseils d’administration et de surveillance et à l’égalité professionnelle est promulguée (Journal officiel du 28 janvier).

Février
France
01 Le taux du livret A passe de 1,75 % à 2 %. 17 Le rapport annuel de la Cour des comptes est remis au président de la République. Le rapport critique notamment la gestion du Port de Marseille, du Centre national de la fonction publique territoriale ainsi que la campagne de vaccination contre la grippe H1N1. La Cour appelle aussi le gouvernement à annoncer de plus amples réformes pour respecter les engagements de réduction du déficit public. 21 Lors de la réunion du Conseil national de politique nucléaire, le président de la République présente les principales orientations de la filière : le partenariat entre Areva et EDF est réactivé, la coopération entre les différents acteurs pour la certification d’un réacteur de troisième génération s’intensifie, un partenariat nucléaire global est négocié entre la France et la Chine.

Union européenne hors France
04 Au Sommet de Bruxelles des vingt-sept chefs d’État et de gouvernement européens, le pacte pour l’euro qui instaure une coordination renforcée des politiques économiques pour la compétitivité et la convergence a été approuvé.

Union européenne hors France
01 L’Estonie rejoint la zone euro. 25 La première émission obligataire du Fonds européen de stabilité financière (FESF) est un succès : la demande est près de dix fois plus importante que prévu avec près de 45 milliards d’euros d’ordres.

Monde hors Union européenne
03 L’indice mensuel des prix alimentaires, établi par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) sur la base d’un échantillon de 55 produits, a augmenté de 3,4 % en janvier : l’indice atteint son plus haut niveau depuis sa création en 1990. 14 Selon les estimations de la Banque mondiale, la Chine devient la deuxième puissance économique mondiale, devançant le Japon : le produit intérieur brut (PIB) du Japon, en termes nominaux, s’est élevé en 2010 à 5 474,2 milliards de dollars, contre 5 878,6 milliards de dollars pour celui de la Chine.

Monde hors Union européenne
04 Après la Tunisie, siège d’un mouvement de révoltes, que le président Ben Ali quitte pour l’Arabie saoudite le 14, l’Algérie connaît des émeutes : le gouvernement répond par des mesures destinées à juguler la flambée des prix des denrées alimentaires de base. 04 La Banque mondiale émet pour la première fois des obligations libellées en yuans sur la place de Hong-Kong.

Annexe - Chronologie

151

14 La nouvelle présidente du Brésil, Dilma Rousseff décide de faire 30 milliards de dollars d’économies budgétaires au cours de l’année. 19 Les ministres des finances des principales puissances économiques du monde s’accordent sur une batterie d’indicateurs évaluant les déséquilibres macroéconomiques. 23 Avec la crise arabe, le prix du pétrole atteint 111 dollars le baril à Londres. 24 Le Pentagone choisit les avions ravitailleurs de Boeing pour le renouvellement de sa flotte ; un manque à gagner pour Airbus qui perd par la même occasion 35 milliards de dollars et l’occasion de s’implanter aux États-Unis.

nucléaire de Fukushima subit des dégâts considérables. L’approvisionnement en électricité de l’archipel et la production de nombreux secteurs s’en trouvent durablement perturbés. 14 L’Assemblée nationale chinoise adopte le plan qui doit guider « le rééquilibrage » de l’économie au cours des cinq prochaines années avec un objectif moyen de croissance annuelle de 7 %.

Avril
France
19 Le gouvernement confirme pour la deuxième année consécutive le gel de l’augmentation collective indiciaire pour l’ensemble des 5,2 millions de salariés des trois fonctions publiques.

Mars
France
16 Publication du rapport du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale sur la précarité dans la fonction publique territoriale. L’étude rappelle que, des trois fonctions publiques, c’est la fonction publique territoriale qui emploie le plus fort taux de non titulaires et qui offre les plus faibles rémunérations et les plus faibles retraites. 31 L’île de Mayotte, par la loi du e 7 décembre 2010, devient le 101 dépare tement français et le 5 d’outre-mer.

Union européenne hors France
07 La BCE décide de relever son taux directeur d’un quart de point et de le passer à 1,25 %. 15 Le Premier ministre grec, Georges Papandréou, présente son second plan d’austérité demandé par ses créanciers, déclenchant une nouvelle grève générale.

Monde hors Union européenne
09 Les électeurs islandais refusent en majorité de rembourser la Grande-Bretagne et les Pays-Bas pour la faillite de la banque islandaise Icesave. 12 Au troisième trimestre, la balance commerciale chinoise est déficitaire de 1,02 milliard de dollars en raison d’une hausse des prix des matières premières : il s’agit du premier déficit depuis 2004. 14 À Sanya en Chine, troisième sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) qui signent un accord de coopération financière. 15 Au G20, les pays concernés se mettent d’accord sur le suivi d’indicateurs permettant d’apprécier leurs grands déséquilibres économiques. Il s’agit, notamment, de faire analyser par le Fonds monétaire international (FMI) la dette et les déficits publics, le taux d’épargne et l’endettement privés ainsi que les déséquilibres de la balance commerciale et les flux d’investissement.

Union européenne hors France
12 Les dix-sept pays de la zone euro décident de renforcer le Fonds européen de stabilité financière (FESF) en portant ses ressources à 440 milliards d’euros et d’assouplir le plan de sauvetage de la Grèce en réduisant de 5,2 % en moyenne à 4,2 % le taux d’intérêt des prêts européens à la Grèce et en allongeant, de trois à sept ans et demi, les délais de remboursement.

Monde hors Union européenne
09 Le Qatar devient le pays au produit intérieur brut par habitant le plus élevé du monde grâce à une croissance économique de 20 % en 2011, selon des estimations publiées par le FMI. 11 Un tsunami déferle sur la côte Pacifique du Japon suite à un séisme. La centrale

152

L’économie française, édition 2012

Mai
France
11 Présentation en Conseil des ministres d’un projet de loi de Finances rectificative pour 2011, qui supprime le bouclier fiscal et allège l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). 27 Le Conseil d’administration de Dexia approuve un plan massif de cession d’actifs.

entreprises de plus de 50 salariés ayant versé des dividendes en hausse par rapport à la moyenne des deux dernières années. 29 François Baroin succède à Christine Lagarde au ministère de l’Économie et des Finances et Valérie Pécresse est nommée au ministère du Budget, suite à la nomination annoncée de Christine Lagarde à la tête du Fonds monétaire international (FMI).

Union européenne hors France
03 Le FMI et l’Union européenne annoncent un plan d’aide d’un montant de 78 milliards d’euros pour le Portugal. 04 La Commission européenne admet le principe du rétablissement temporaire des contrôles aux frontières nationales au sein de l’espace Schengen. 15 Un mouvement social - « Les indignés » fait irruption pendant la campagne électorale en Espagne. 17 Le Conseil européen décide d’octroyer une assistance financière au Portugal à moyen terme sur la période de trois ans 2011-2014 ; le Portugal s’engage en contrepartie à réduire le déficit budgétaire à un niveau inférieur à 3 % d’ici 2013. 26 Le G8 à Deauville décide d’un partenariat pour soutenir l’élan démocratique dans les pays arabes en établissant un plan de prêts financiers sur trois ans de 12 milliards de dollars aux économies tunisiennes et égyptiennes.

Union européenne hors France
06 Cécilia Malmström, commissaire aux affaires intérieures, annonce un plan de lutte contre la corruption, lequel coûterait chaque année 1 % du produit intérieur des vingt-sept pays de l’Union européenne.

Monde hors Union européenne
01 Le Trésor des États-Unis confirme qu’il ne pourra plus emprunter après le 2 août et demande au Congrès de voter un relèvement du plafond de la dette publique afin d’éviter un défaut de paiement de l’État fédéral. 21 Ban Ki-Moon est réélu Secrétaire général des Nations unies. 28 Christine Lagarde, ministre française de l’Économie de 2007 à 2011, est nommée directrice générale du FMI et prend ses fonctions le 5 juillet.

Juillet
France
01 Les nouvelles règles de la retraite entrent en vigueur : l’âge légal de départ est relevé (loi du 9 novembre 2010) pour les perer sonnes nées à partir du 1 juillet 1951. 06 Le Parlement français adopte le projet de loi de finances rectificative pour 2011 qui allège l’ISF et supprime le bouclier fiscal. 13 L’Assemblée nationale donne son aval à la « règle d’or » qui inscrira l’équilibre des finances publiques dans la Constitution. Cette dernière devra être votée à la majorité des trois cinquièmes par les deux chambres réunies en Congrès. 13 Publication du rapport de la Cour des comptes sur la gestion de la dette publique. Le rapport recommande notamment d’améliorer l’information

Monde hors Union européenne
01 Oussama Ben Laden est tué par un commando. 24 Sommet de l’e-G8 à Paris : internet est présenté comme la troisième mondialisation de l’Histoire, après les grandes découvertes et la révolution industrielle e du XIX siècle. 24 L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) lance pour les 34 pays qui la composent un nouvel indicateur : « l’indice de bien-être ».

Juin
France
21 L’Assemblée nationale adopte « la prime dividende », - obligatoire dans les

Annexe - Chronologie

153

sur les risques de dette, de favoriser la diversification de l’offre des prêts, de renforcer les moyens de contrôle interne et externe, d’accentuer les bonnes pratiques dans le recours à l’emprunt ou encore d’aider les collectivités locales en difficulté. 13 Promulgation de la loi sur les gaz de schiste. La loi vise à interdire l’exploration et l’exploitation des mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux par fracturation hydraulique et à abroger les permis exclusifs de recherches comportant des projets ayant recours à cette technique.

30 Selon l’Insee, la France comptait 8,2 millions de pauvres en 2009.

Union européenne hors France
09 La Banque centrale européenne (BCE) lance une opération de refinancement et met de nouvelles liquidités à la disposition des banques fragilisées.

Monde hors Union européenne
02 Aux États-Unis, adoption par le Congrès de l’accord pour relever le plafond de la dette publique. 05 L’agence de notation Standard and Poor’s abaisse la note AAA de la dette américaine à AA+ : c’est une première depuis 70 ans. 08 Communiqué des ministres des Finances et des Gouverneurs des Banques Centrales du G7 affirmant « l’engagement à prendre des mesures nécessaires pour soutenir la stabilité financière et la croissance ». 24 Moody’s abaisse d’un cran la note à long terme de la plupart des établissements bancaires du Japon.

Union européenne hors France
01 Entrée en vigueur de l’accord de libre-échange, signé en octobre 2010 entre la Corée du Sud et l’Union européenne, qui doit supprimer au cours des années à venir les droits de douane sur 11 200 produits coréens et 9 800 produits européens. 21 À l’issue du sommet extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement, un deuxième plan d’aide à la Grèce, d’un montant global de près de 160 milliards d’euros, est adopté. Ce plan prévoit 109 milliards d’euros de prêts à la Grèce financés par l’Europe et le FMI, d’ici 2014. Le secteur privé (banques, assurances, fonds d’investissement) doit contribuer de manière volontaire à hauteur de 50 milliards d’euros. 27 L’agence de notation Standard and Poor’s abaisse la note de crédit à long terme des obligations espagnoles.

Septembre
France
01 Lancement du fonds public d’indemnisation des victimes du Médiator, un antidiabétique du laboratoire Servier, accusé d’avoir provoqué des centaines de morts. 19 Promulgation de la loi de finances rectificative pour 2011 (Journal officiel du 20 septembre). La loi met en œuvre certaines des mesures fiscales du plan de réduction des déficits présenté par le Premier ministre le 24 août et étend la garantie de l’État français aux nouvelles modalités d’intervention du Fonds européen de stabilité financière (FESF). 28 Présentation en Conseil des ministres du projet de loi de finances pour 2012.

Août
France
01 La rémunération du livret A est fixée à 2,25 % au lieu de 2 % en février. 24 Révision à la baisse des prévisions de croissance : le Premier ministre François Fillon annonce 12 milliards d’euros d’efforts budgétaires sur 2011-2012 : un en 2011 et onze en 2012. 26 Un rapport de l’inspection générale des Finances estime que plus de la moitié des 500 niches fiscales n’atteignent pas leurs objectifs.

Union européenne hors France
07 Le Sénat espagnol approuve définitivement une réforme introduisant dans la Constitution une « règle d’or » de stabilité budgétaire. Cette réforme instaure une limite au déficit budgétaire, sauf en cas de catastrophe naturelle, de récession ou de situation d’urgence. Dans ces cas,

154

L’économie française, édition 2012

la limite peut être dépassée, mais uniquement avec l’accord de la chambre basse du Parlement. Une loi organique, qui doit être adoptée d’ici au 30 juin 2012, introduit une limite chiffrée à 0,4 % du PIB à partir de 2020. 08 L’Italie adopte également une « règle d’or » sur la maîtrise des déficits publics, qui sera introduite dans la Constitution.

31 La population mondiale franchit officiellement le cap des 7 milliards d’humains.

Novembre
France
02 Promulgation de la troisième loi de finances rectificative pour 2011 (Journal officiel du 3 novembre). Ce texte autorise l’État à accorder sa garantie à la banque Dexia dans le cadre du plan de restructuration établi avec la Belgique et le Luxembourg. 07 Rapport de la Cour des comptes sur la loi relative aux lois de finances (LOLF) faisant un bilan de ce nouveau cadre budgétaire : une réforme en apparence technique avec des avancées en termes de modernisation de la gestion budgétaire, mais tempérée par la révision générale des politiques publiques (RGPP) depuis 2007 ; celle-ci a recentré l’État sur ses missions prioritaires et a engagé de profondes restructurations (fusions de directions comme la fusion de la direction générale des Impôts et de la direction générale de la Comptabilité publique par exemple). 07 Le gouvernement Fillon annonce un nouveau plan de redressement des comptes publics de 7 milliards d’euros. 17 La cour d’appel d’Aix-en-Provence annule le plan social engagé par la direction de l’usine Fralib à Gémenos (Bouches-du-Rhône) qui prévoit la fermeture du site où travaillent 182 personnes. Les magistrats ont estimé que les propositions de reclassement n’étaient pas suffisantes.

Monde hors Union européenne
11 Les pays du G8 promettent d’apporter aux pays du « printemps arabe » 58,8 milliards d’euros. 19 L’agence de notation Standard and Poor’s abaisse d’un cran la notation de la dette italienne.

Octobre
France
09 Accord entre les gouvernements français, belge et luxembourgeois sur la répartition des risques liés au démantèlement de la banque Dexia, dans le cadre d’un plan de restructuration.

Union européenne hors France
13 ArcelorMittal décide de fermer définitivement les deux hauts-fourneaux et l’aciérie de son site de Liège, en Belgique. 26 Les États membres de la zone euro concluent un accord destiné à « rétablir la confiance » et à répondre aux tensions sur les marchés financiers. Les mesures annoncées concernent notamment la restructuration de la dette grecque, le renforcement du Fonds européen de stabilité financière (FESF), la recapitalisation des banques qui acceptent de renoncer à 50 % de la dette, et la discipline budgétaire. Les États de la zone euro s’engagent à adopter la « règle d’or » de l’équilibre budgétaire avant la fin 2012.

Union européenne hors France
10 En Grèce, formation d’un gouvernement de coalition avec comme Premier ministre Lucas Papadémos.

Monde hors Union européenne
10 Le prix Nobel d’économie a été décerné aux américains Thomas J. Sargent et Christopher A. Sims pour leurs travaux en macro-économie. 15 Manifestation à l’échelle planétaire des « Indignés » contre la réponse des États à la crise : « tous unis pour un changement global ».

Monde hors Union européenne
03 À Cannes, les pays du G20 réaffirment leur détermination de mener à bien la réforme du secteur financier dans des délais courts, en renforçant notamment les règles qui s’appliquent aux banques les plus importantes. D’autres décisions sont prises, s’agissant en particulier de la régulation des

Annexe - Chronologie

155

marchés dérivés de matières premières ou encore de la nécessité de poursuivre l’encadrement des activités financières dans leur ensemble. Un accord est trouvé pour renforcer les capacités, les ressources et la gouvernance du Conseil de stabilité financière, préfigurant ainsi une organisation mondiale de la finance. S’agissant des juridictions non coopératives, les pays du G20 rappellent leur engagement à promouvoir la conformité aux standards internationaux d’échange d’information fiscale et financière. Par ailleurs, pour la première fois, le G20 étudie en profondeur la question des financements innovants, y compris d’une éventuelle taxe sur les transactions financières. 08 Gasprom met en service le gazoduc Nord Stream reliant les gisements russes à l’Allemagne à travers la mer Baltique.

Décembre
France
01 Le Smic est revalorisé : il passe de 9,0 euros à 9,19 euros bruts de l’heure. 05 Lancement du portail data.gouv.fr. Ce site internet regroupe et rend gratuitement accessible l’ensemble des données publiques, informations rassemblées, créées, conservées ou éditées par l’État, les collectivités territoriales, les personnes publiques ou privées chargées d’une mission de service public. De très nombreuses données de l’Insee, également disponibles sur le site insee.fr, sont notamment accessibles via ce portail. 08 Promulgation de la loi relative aux certificats d’obtention végétale (Journal officiel du 10 décembre). Le texte impose le paiement d’une redevance par l’agriculteur utilisant une partie de sa récolte pour la semer à nouveau lorsque cette récolte provient de semences protégées par un certificat d’obtention végétale (COV), sorte de droit de propriété intellectuelle détenu par « les obtenteurs » d’un type particulier de semence. 12 Areva annonce un milliard d’euros d’économies à l’horizon 2015, 1,2

milliard de cessions d’actifs et 2,4 milliards de provisions, après une perte historique en 2011. 21 Présentation en Conseil des ministres, par le ministre du Travail, d’une ordonnance relative à l’évolution de la sécurité sociale à Mayotte dans le cadre de la départementalisation. Ce texte engage la démarche de convergence progressive et adaptée sur 25 ans des prestations et des cotisations correspondant aux différentes branches de la sécurité sociale à Mayotte avec le droit commun de la métropole e t des départements d’outre-mer. 28 Promulgation de la loi de finances 2012 (Journal officiel du 29 décembre). La loi prévoit de ramener le déficit public à 4,5 % du PIB en 2012 contre environ 5,7 % en 2011 : le déficit devrait ainsi atteindre 78,7 milliards d’euros fin 2012. Elle comporte plusieurs mesures fiscales nouvelles, comme la création d’une contribution exceptionnelle sur les très hauts revenus, une taxe sur les boissons sucrées et les boissons avec édulcorants, ainsi qu’une taxe sur les micro-logements dont les surfaces sont inférieures ou égales à 13 mètres carrés.

Union européenne hors France
08 La Banque centrale européenne (BCE) baisse son taux directeur d’un quart de point. 08- Adoption lors du Conseil européen 09 des propositions de la France et de l’Allemagne concernant la zone euro : renforcement de la discipline budgétaire des États avec, par exemple, la systématisation de la « règle d’or » et amélioration de l’efficacité des fonds de sauvetage européens. 16 Moody’s abaisse la note attribuée à la dette de la Belgique de deux crans. 21 La BCE offre aux banques de l’Union monétaire des prêts de trois ans au taux de 1 %.

Monde hors Union européenne
26 Le Brésil passe en 2011 devant le e Royaume-Uni et devient la 6 puissance économique mondiale.

156

L’économie française, édition 2012

Lexique

Agents non financiers résidents (ANF) : répartis en trois catégories, à savoir les ménages et les institutions sans but l u c r a t i f a u s e r v i c e de s m é n a g e s (ISBLSM) ; les sociétés non financières (SNF) ; les administrations publiques (APU) qui regroupent l’État, les organismes divers d’administration centrale, les collectivités locales et les organismes de sécurité sociale. Chômeur au sens du Bureau international du travail (BIT) : personne en âge de travailler (c’est-à-dire ayant 15 ans ou plus) qui : - n’a pas travaillé, ne serait-ce qu’une heure, au cours de la semaine de référence ; - est disponible pour travailler dans les deux semaines ; - et a entrepris des démarches actives de recherche d’emploi dans le mois précédent ou a t rouvé un emploi qui commence dans les trois mois. Compétitivité-prix à l’exportation : égale au rapport d’un prix de référence étranger à un prix à l’exportation français. Le prix de référence étranger est une moyenne pondérée des prix de 24 partenaires commerciaux de la France dans l’OCDE. La pondération et les prix de ces 24 partenaires sont établis en fonction de l’intensité de la concurrence exercée par les exportateurs étrangers sur les marchés tiers pour une année de référence (1999). Selon la même méthode, on calcule également un indicateur de compétitivité- coût, qui compare les coûts salariaux unitaires de la France à ceux de ses 24 partenaires. Les 24 partenaires considérés sont l’ensemble des pays de l’OCDE à l’exclusion de l’Europe centrale (Pologne, Hongrie, Slovaquie, République tchèque, Slovénie et Estonie), de l’Islande, du Chili, et d’Israël. L’indicateur de compétitivitéprix se rapporte aux biens et services, celui des coûts à l’ensemble de l’économie.

Déciles et rapports interdéciles : si on ordonne une distribution de salaires, de revenus, de chiffre d’affaires…, les déciles sont les valeurs qui partagent cette distribution en dix parties égales. Ainsi, pour une distribution de salaires : - le premier décile (noté généralement D1) est le salaire au-dessous duquel se situent les 10 % des salariés disposant des salaires les plus faibles ; - le neuvième décile (noté généralement D9) est le salaire au-dessus duquel se situent les 10 % des salariés disposant des salaires les plus élevés. Le premier décile est, de manière équivalente, le salaire au-dessus duquel se situent 90 % des salariés disposant des salaires les plus élevés ; le neuvième décile est le salaire au-dessous duquel se situent 90 % des salariés disposant des salaires les plus faibles. Les déciles d’une distribution permettent de calculer des rapports interdéciles : - le rapport D9/D1 met en évidence l’écart entre le haut et le bas de la distribution ; c’est une des mesures de l’inégalité de cette distribution ; - le rapport D9/D5 compare le haut de la distribution à la valeur médiane ; - le rapport D5/D1 compare la médiane au bas de la distribution. Dépenses des administrations publiques : ventilées suivant une nomenclature internationale définie dans le chapitre XVIII du système de comptes nationaux (SCN) de 1993 et révisée en 1999 : la COFOG (Cl assi fi cati on of the Foncti ons of Government). Cette nomenclature répartit les dépenses des administrations publiques en dix catégories selon leur finalité. La ventilation sur 2011 ne sera publiée qu’à la fin de 2012, ce qui explique que les données commentées ici portent sur 2010. Le champ des administrations publiques et le montant des dépenses sont ceux de la comptabilité nationale. Conventionnellement, les dépenses d’intérêts de la dette,

Annexe - Lexique

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lorsque la finalité de ces dépenses d’intérêts ne peut être distinguée de manière précise, sont comptabilisées dans la fonction « services publics généraux ». Ainsi, les intérêts de la dette payés par l’État, la Cades et l’Acoss sont comptabilisés en « services publics généraux » alors que ceux des autres administrations de sécurité sociale sont répartis entre santé et protection sociale. L’affectation des dépenses de transfert (transferts courants ou en capital) est faite suivant la dépense qu’elle finance lorsqu’elle est connue. Dans le cas contraire, elle figure conventionnellement en « services publics généraux ». Le partage, délicat, entre dépenses de santé et de protection sociale peut nuire à la comparabilité des résultats internationaux. Sont comptabilisés, dans les chiffres français : - en santé, les dépenses concernant la prise en charge de soins de santé (remboursement de consultations médicales et de produits pharmaceutiques) ; - en protection sociale, les transferts en espèces aux ménages destinés à compenser les pertes de revenus dues à la maladie et aux accidents du travail (indemnités journalières). Dépôts des administrations publiques au Trésor : l’endettement d’un organisme public auprès d’un autre organisme public n’est pas comptabilisé dans sa contribution à la dette au sens de Maastricht ; c’est ici le cas de la dette de l’État vis-à-vis des autres administrations publiques au titre de leurs dépôts. Dette publique au sens de Maastricht : elle est cohérente avec les comptes nationaux financiers, mais elle diffère du total du passif des administrations publiques car : elle exclut certains instruments de dette essentiellement les crédits commerciaux et autres délais de paiement ; elle est consolidée : les dettes dont le créancier appartient au champ des administrations publiques sont exclues ; enfin, elle est évaluée en valeur nominale, c’est-à-dire à l a valeur de remboursement effective et non à la valeur de marché comme cela se fait dans les comptes nationaux.

Dette publique nette : elle est égale à la dette publique notifiée diminuée des dépôts, crédits et titres de créances négociables (évalués à leur valeur nominale) détenus par les administrations publiques des autres secteurs. Emploi en comptabilité nationale : en comptabilité nationale, tous les types d’emploi (salariés, non salariés) sont comptabilisés et chaque personne compte pour un emploi dit « en personne physique », quel que soit son temps de travail et même s’il est très réduit. La notion d’emploi intérieur correspond à l’emploi généré par l’économie sur le territoire, en métropole et dans les départements d’outre-mer. Les estimations int è g r e n t l e s n o n - r é s i d e n t s travaillant sur le territoire économique (frontaliers ou saisonniers venant en France), mais excluent les résidents travaillant à l’étranger. Pour tenir compte de façon plus précise de la force de travail mobilisée par l’économie française, il faut recourir à la notion d’« équivalent-temps plein », qui prend notamment en compte le temps partiel : deux personnes travaillant à mi-temps sont par exemple comptabilisées pour un seul équivalent d’emplois en équivalent-temps plein. Le nombre est ainsi inférieur à l’emploi comptabilisé en personnes physiques. À l’inverse, la multi-activité et les corrections pour travail non-déclaré tendent à relever les effectifs en équivalent-temps plein. Endettement des agents non financiers résidents : on présente ici un agrégat large de l’endettement des agents non financiers résidents, englobant l’ensemble des engagements contractés sous forme d’emprunts auprès des institutions financières (institutions financières monétaires et autres intermédiaires financiers), résidentes et non résidentes, et sous forme de titres de créance émis sur les marchés de capitaux, en France comme à l’étranger. Les encours de titres de créance sont comptabilisés à leur valeur nominale. L’encours de la dette notifiée par la France à la Commission européenne (dite dette « Maastricht ») est repris dans

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cette présentation. L’encours de dette publique au sens de Maastricht est consolidé ; sont exclues de la valeur de la dette totale les dettes entre sous-secteurs des APU. L’encours de dette des ménages et ISBLSM, qui ne peuvent émettre des titres de créance, est uniquement constitué de crédits auprès des institutions financières. Cette présentation ne reprend ni les prêts entre agents non financiers résidents, ni les crédits commerciaux et les prêts entre affiliés. Ainsi, ne sont pas repris les prêts entre les sociétés non financières. Les financements par émissions d’actions ne sont pas non plus pris en compte dans cette présentation, car il ne s’agit pas d’endettement, mais généralement d’un renforcement des fonds propres. Enquête Emploi en continu : enquête auprès des ménages, qui porte sur toutes les personnes de 15 ans ou plus vivant en France métropolitaine. Chaque trimestre, 57 000 ménages répondent (parmi les 67 000 logements enquêtés, à l’exception des communautés : foyers, cités universitaires, hôpitaux, prisons), soit environ 108 000 personnes de 15 ans ou plus. Cet échantillon est partiellement renouvelé chaque trimestre. La collecte a lieu en continu sur toutes les semaines de chaque trimestre. L’enquête en continu est prolongée par une enquête postale auprès des non-répondants, à laquelle répondent 1 500 ménages et dont les résultats sont disponibles plus tardivement. Le taux de chômage est estimé avec une précision de + / – 0,3 point. L’enquête Emploi est la seule source permettant de mesurer le chômage selon la définition préconisée par le BIT. Équivalent-temps plein : voir Emploi en comptabilité nationale : l’article 23 de la loi de finances pour 2011 instaure une « exit tax » exceptionnelle au taux de 10 % (dans la limite de 5 % des fonds propres) sur le montant de la réserve de capitalisation. FAB - franco à bord : désigne une marchandise dont la valeur à l’importation est évaluée au passage à la frontière à l’exclusion des coûts de transport et d’assurance entre les frontières des pays partenaires. Lorsque ces coûts sont inclus, les

importations sont valorisées CAF (coûts, assurance, fret). Les exportations sont toujours mesurées FAB. La correction CAF-FAB pour les importations n’est disponible que globalement. Parités de pouvoir d’achat (PPA) : taux qui permettent de convertir toutes les monnaies dans une monnaie commune, le standard de pouvoir d’achat (SPA), qui a le même pouvoir d’achat dans chaque pays. L’agrégat de référence est le PIB, mais les indices de volume par habitant peuvent être évalués pour tous les agrégats. Les indices de prix et de volume sont calculés par rapport à une base 100 qui représente la moyenne de l’Union européenne à 27. Part de marché relative de la France : elle rapporte les exportations françaises de biens et services vers le monde à celles du groupe de 24 pays OCDE. Elle est calculée en volume en déflatant la valeur des biens et services exportés par un indice de prix d’exportation. Personne physique : voir Emploi en comptabilité nationale Ratios d’endettement : leur suivi permet d’apprécier l’adéquation des financements obtenus sous forme d’emprunts par les agents économiques aux évolutions de l’économie réelle. La répartition par instrument des financements obtenus (crédits, titres de créance) fournit, quant à elle, des indications sur les substitutions réalisées entre les différentes formes d’endettement. Revenu disponible ajusté des ménages : il est égal au revenu disponible augmenté des transferts sociaux en nature, contreparties des consommations individualisables incluses dans les dépenses des administrations publiques et des institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLSM). Secteur des sociétés d’assurance : regroupe toutes les sociétés, hors organismes de sécurité sociale, dont les activités recouvrent la protection contre divers risques (décès, invalidité, santé, dommages corporels, dommages aux biens, etc.), la constitution d’une

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épargne (assurance-vie) ainsi que la réassurance. Il inclut par ailleurs les opérations réalisées par la Coface pour le compte de l’État français. Les sociétés d’assurance régies par le code de l’assurance reçoivent des primes et versent des indemnités, tandis que les autres entités reçoivent des cotisations et versent des prestations. En comptabilité nationale, le service produit par les sociétés d’assurance est mesuré comme la différence entre les primes ou cotisations, augmentées des revenus du placement des réserves, et les indemnités ou prestations dues. Dans le cas de l’assurancevie, cette définition intègre les décalages temporels entre le versement des cotisations par les épargnants et le bénéfice qu’ils en tirent (à la clôture du contrat) en tenant compte des provisions financières que la société d’assurance doit réglementairement constituer. Taux de change effectif nominal (respectivement réel) de la France : calculé en agrégeant les parités nominales (respectivement déflatées par les prix à la consommation) des monnaies de 42 pays, partenaires commerciaux de la France, au moyen d’une pondération de même type que celle qui est utilisée pour le calcul de la compétitivité-prix. La compétitivité-prix française s’améliore lorsque les prix français progressent moins vite que les prix étrangers exprimés en une monnaie commune, que ce soit en raison d’une moindre inflation, d’une dépréciation nominale, ou d’une combinaison des deux facteurs. Une situation où la compétitivité-coût se détériore et où la compétitivité-prix reste stable peut traduire un effort de

compression des marges plus important de la part des exportateurs français. Taux de couverture : rapport entre les exportations et les importations FAB. Taux de croissance annuel : en pourcentage de l’année n, il rapporte le flux de l’année n à l’encours observé à la fin de l’année n-1. Titres de créance : ils désignent les bons du Trésor (BTF et BTAN), les titres de créances négociables émis sur le marché français (billets de trésorerie, certificats de dépôt, bons à moyen terme négociables), le commercial paper émis à l’étranger, les Euro medium term notes (EMTN) et les obligations, dont les obligations assimilables du Trésor (OAT). Au sein des titres de créance, les titres à court terme sont les titres d’échéance initiale inférieure à un an et les titres à long terme ceux dont l’échéance à l’émission est supérieure à un an. Pour ces dernières, les émissions des groupes bancaires acquises par ces mêmes groupes sont exclues des statistiques présentées dans la présente fiche. Transferts sociaux en nature : forme de revenus qui trouvent leur contrepartie en consommation finale, sans qu’il y ait pour autant une dépense de la part du ménage bénéficiaire. Il s’agit par exemple des remboursements de médicaments, des dépenses d’éducation prises en charge par les administrations publiques. Volumes (des échanges extérieurs) : mesurés aux prix de l’année précédente chaînés.

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