Stendhal

BIOGRAPHIE • Henri Beyle Il prend en horreur la religion et la monarchie, tandis que la philosophie du 18ème siècle l’attire. Il étudie les mathématiques et le dessin, prépare Polytechnique mais y renonce. Il amorce une carrière militaire (1800), rejoint l’armée d’Italie mais renonce (1802). A Paris, il veut écrire « des comédies comme Molière » mais ses essais dramatiques sont décevants. Il rédige son Journal (à partir de 1801) et se passionne pour les travaux des idéologues, qui poursuivent une analyse exacte des facultés de l’homme et montrent l’influence de la physiologie sur la vie mentale. En 1806, il reprend du service, cette fois dans l’intendance. Il exerce ses fonctions en Allemagne, en Autriche, devient conseiller d’Etat, intendant, participe aux campagnes de Russie et de Saxe, et enfin « tombe avec Napoléon » en avril 1814. Après la chute de l’empire, sans emploi, il s’installe à Milan où il entreprend des travaux de critique musicale et picturale, d’ailleurs sans originalité (Histoire de la peinture en Italie,…) Son talent personnel commence à se manifester dans le premier ouvrage qu’il signe du nom de Stendhal : Rome, Naples et Florence (1817). En 1821, il doit quitter Milan, se séparer de celle qu’il aime, Métilde Dembrowska, et regagner Paris. • Stendhal Méditation sur l’art de plaire, sur les effets de la passion. Sous l’influence des idéologues, ses réflexions prennent un tour presque scientifique dans un essai psychologique : De l’amour, 1822 L’un des premiers, il s’engage dans la bataille romantique avec Racine et Shakespeare (1823, augmenté en 1825). Il définit son idéal dramatique : tragédie nationale créant « l’illusion parfaite », comédie gaie jusqu’au « rire fou ». 1827, Armance : roman d’analyse qui n’a aucun succès. 1830, Le Rouge et la Noir : son premier chef d’œuvre. 1834, Lucien Leuwen : roman inachevé. De 1836 à 1839, congé qui lui permet de reprendre contact avec les salons parisiens, de voyager (Mémoires d’un Touriste, 1838), d’écrire La Chartreuse de Parme, 1839 et des récits dramatiques tels que l’Abbesse de Castro, réunis plus tard sous le titre de Chroniques italiennes. 1839, Lamiel : son dernier roman mais inachevé. De nombreux manuscrits inachevés qui ont été publiés après sa mort : Vie de Napoléon, Lucien Leuwen, Lamiel ; des récits autobiographiques : Journal, Vie de Henri Brulard, Souvenirs d’égotisme. • L’Homme Sensibilité romantique, sous une attitude volontiers désinvolte ou cynique. C’est ce qu’il appelle dans Henri Brulard le côté espagnol de son comportement. Mais il réprime sans cesse les élans de sa sensibilité et de son imagination. Il s’analyse froidement, selon la méthode des idéologues, sans complaisance, sans céder à la tentation d’enjoliver ses souvenirs. Son horreur pour l’hypocrisie devient une sorte de fascination : la dissimulation a d’abord été pour lui une nécessité, mais il en est venu à y voir une sorte de discipline personnelle, un jeu subtil, enfin une forme d’art : l’ironie. Cependant, parmi ses feintes, ses « grimaces », c’est la vérité profonde de son être qu’il poursuit constamment.
• Le Beylisme = conception de la vie et art de vivre très personnel. Beyle et ses héros les plus typiques unissent deux traits de caractère souvent jugés inconciliables : ce sont des épicuriens passionnés mais épicurisme inséparable d’un individualisme qui va jusqu’à l’égotisme, culte du moi non pas inquiet mais allègre, enthousiaste et conquérant. L’individualité s’affirme par l’énergie, la « virtù », qui achève de distinguer les héros stendhaliens du vulgaire. 1

Idéal certes romantique mais différent de celui de Chateaubriand ou Lamartine : Stendhal héritier du 18ème siècle, fortement marqué par l’esprit voltairien. Il ignore les sentiments religieux, se défie du lyrisme et de l’éloquence. Analyste rigoureux, il réagit par l’ironie aux tentations de la sensibilité, mais son ironie n’est plus celle de Voltaire, elle se nuance souvent de sympathie. LA CRÉATION LITTÉRAIRE Doublement présent dans ses romans :  Il ne s’efface jamais complètement devant ses personnages : il les juge, se moque d’eux gentiment, ou les écrase de son mépris lorsqu’ils lui sont antipathiques.  Ses héros lui ressemblent, le complètent ou le prolongent. Quant à ses héroïnes, ou bien elles lui ressemblent elles aussi (Mathilde de la Mole et la Sanseverina illustrent son « espagnolisme »), ou bien elles incarnent un type de femme bien différent, qu’il aimait et dont il aurait voulu être aimé (Madame de Rênal, Clélia Conti). Création littéraire permet à l’auteur de se livrer à des variations, imaginaires et passionnantes, sur son propre destin, à des expériences variées sur des aspects de son être demeurés à l’état de virtualités. Mais soucieux avant tout de vérité, il contrôle les réactions des êtres nés de ses souvenirs et de ses rêves selon des méthodes empruntées aux sciences exactes ; il choisit d’ordinaire, comme canevas de leurs aventures, des évènements réels ; enfin il les fait évoluer dans des milieux qu’il connaît bien et qu’il peint d’après nature. • La science de l’amour : il distingue 4 sortes d’amour (l’amour-passion ; l’amour-goût ; l’amour physique ; l’amour de vanité). La naissance de l’amour comporte 7 phases dont la plus importante est la cristallisation, véritable loi psychologique découverte par Stendhal (on pare l’objet aimé de mille perfections). Certes le romancier se garde bien de présenter les sentiments de ses héros comme de simples applications des lois qu’il a discernées mais il est significatif qu’il ait voulu comprendre l’amour et l’analyser abstraitement avant de le peindre. • Les faits réels : le sujet du Rouge est fourni par la Gazette des Tribunaux (histoire d’Antoine Berthet) ; le sujet de la Chartreuse est emprunté à une chronique italienne. • Les tableaux de mœurs : sous-titre du Rouge est Chronique de 1830 = tableau de la société française (noblesse de province, milieux ecclésiastiques, aristocratie parisienne, etc) et de mœurs politiques dans les dernières années de la Restauration ; Lucien Leuwen = triomphe de la bourgeoisie riche sous Louis-Philippe ; La Chartreuse = intrigues d’une petite cour italienne vers 1820. Peinture vivante et précise, presque toujours satirique. LE STYLE DE STENDHAL S’il n’est pas objectif dans ses jugements, il l’est par son style. L’idéal est la sécheresse du Code civil. « Marcher droit à l’objet » (Henri Brulard). Recherche d’un tour froid, d’un ton positif l’apparente aux réalistes et aux naturalistes qui se réclameront de lui. Mais son style n’est pas impersonnel ni monotone et sait aussi exprimer le lyrisme du pur bonheur. LA DESTINÉE DE L’ŒUVRE Seul Balzac a deviné un chef-d’œuvre dans la Chartreuse de Parme. Mais le mérite d’avoir « découvert » Stendhal revient à Taine, l’analyste de l’intelligence. Depuis la connaissance de Stendhal n’a cessé de progresser. Il séduit notre époque par les aspects mêmes qui déplaisaient à ses contemporains, par son égotisme, sa pudeur devant l’émotion et les bons sentiments, sa manière désinvolte et paradoxale. Son nom n’évoque pas seulement le génie du roman, mais une forme d’intelligence et de sensibilité, une attitude devant le réel et un art de vivre.

2

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful