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2 900 militaires, et quasiment la totalité des capacités de l'armée française sous la main. Djibouti, position stratégique et site idoine pour l'aguerrissement et la préparation à l'Afghanistan, voit son caractère incontournable concurrencé par la nouvelle base aux Emirats arabes unis. Revue des atouts de ce site magnifique, et des évolutions prévisibles.
Texte et photos (sauf mention) : Jean-Marc TANGUY

La réalité interarmes quotidienne de Djibouti, avec cette Gazelle canon survolant un groupe de combat de ta 1F DBLE. (Photo adjudant Guillaume Martet/FFDJ)

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Une armée française en réduction, un environnement impitoyable permettant de s'entraîner dans des conditions ultraréalistes: bienvenue à Djibouti, une portion d'Afrique équatoriale positionnée stratégiquement, là où mer Rouge et océan Indien viennent se mêler. C'est un peu pareil pour les militaires qui viennent ici en tournante (40 % de l'effectif) pour se confronter à une nature hostile. La proximité immédiate des champs de tir, plus largement, des zones d'entraînement, et le nouveau souffle interarmées permettent d'incroyablement rentabiliser le temps. «En entrant ici, tout est rentable. Chaque sortie, chaque cartouche tirée est valorisée», lance le lieutenant-colonel Valéry Putz, chef du bureau opérations instruction (BOI) de la 13e DBLE. «Le chef

DES FORCES FRANÇAISES A DJIBOUTI

Golfe de Tadjoura
CECAP

Base navale

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,^ Plage des Italiens (Beachings) Base aérienne 188 Arta O

FOB •••'

Village de combat

EMIA FFDJ et 5* RIAOM

et ses hommes préparent chaque sortie comme en opérations, et se retrouvent plongés dans des situations réalistes. On monte des exercices interarmes et interarmées très facilement. » Grâce à un dialogue assez poussé, les exercices combinés sont organisés en moins d'une semaine, là où l'équivalent prendrait jusqu'à une bonne année en France. Le réalisme est, par ailleurs, plus facile à obtenir: impossible de faire un show efforce en France, le standard de la base aérienne la plus proche exploserait dans l'heure suivante pour les nuisances occasionnées. Ici, c'est faisable, dans des conditions de sécurité des vols raisonnables. Avant d'entrer, dans le détail, dans le travail abattu par chaque composante, rappelons que les FFDJ participent à la défense du territoire djiboutien, au terme des accords de défense signés en 1977, à l'indépendance du territoire. L'armée de l'air est notamment en charge de la défense aérienne du pays, un cas sans comparaison ailleurs dans le monde. Des protocoles prévoient également l'assistance à l'armée djiboutienne, notamment en matière d'aéromobilité et d'évacuation sanitaire. Ces accords sont cependant en cours de renégociation, et des avancées sont attendues dans le courant de l'année. Le président français a annoncé, ces derniers mois, des réductions d'effectifs. Ce n'est plus une surprise. On se souvient qu'en 2008 les assurances avaient été données que la croissance de l'implantation militaire française aux Emirats arabes unis (IMFEAU) ne se ferait pas au détriment de la base de Djibouti. Seulement, les effectifs de l'IMFEAU ne devaient pas excéder les 400 personnels. Or, assez vite, la cible de

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cette dernière a quasiment doublé, alors que le risque géopolitique s'est déporté encore vers le Moyen-Orient. Djibouti conserve bien son caractère central pourtoutes les opérations liées à la lutte contre la piraterie, depuis 2007 (accompagnement des navires du PAM, trois reprises de navires détournés, escorte de navires de pêche...)- Toutefois, la nécessité de conserver un tel niveau de forces terrestres (1 400 soldats opérationnels en deux GTIA) n'est sans doute plus aussi évidente. A Djibouti, aucune décision n'est annoncée, mais il semble assez évident que le but recherché par l'EMA est de ne pas voir de pertes de capacités, particulièrement dans les appuis. On conservera donc de l'artillerie, du génie, évidemment de la cavalerie et un peu d'infanterie, mais sans doute moins qu'avant. Assez logiquement, donc, il ne survivra qu'un des deux GTIA actuels, le survivant conservant, pour le coup, tous les appuis que nous venons d'évoquer. Ce GTIA aurait le format d'un GTIA afghan, soit 800 militaires environ. Le détail est assez obscur, puisque plusieurs possibilités existent pour l'escadron blindé, avec l'hypothèse d'une double dotation, Sagaie et AMX10RC. Djibouti passant entièrement en base de défense (elle a appartenu au premier carré des bases expérimentales), toutes les compagnies seront opérationnelles, les soutiens administratifs passant au groupement de soutien de la BDD (base de défense). Ce passage à la BDD sera lui-même générateur d'économies de postes. Actuellement, et à seul titre d'exemple, Djibouti héberge onze sites différents d'alimentation... La question de la concentration géographique est difficile à régler. La base

C/-dessus. Un des douze Sagaie de l'escadron de reconnaissance de la 13° DBLE. Page précédente en haut. L'outil d'entraînement offert à ce légionnaire de la 13e DBLE est quasiment sans limites. (Photo adjudant Guillaume Martel/FFDJ)

Organisation de la 13e DBLE (2009)

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Djibouti dispose d'une équipe NEDEX interarmées, constituée de six démineurs. Les aviateurs y sont prédominants (quatre personnels), ils apportent par ailleurs la compétence cynophile (incarnée par des CPA). Un marin, issu des groupes de plongeurs-démineurs (GPD), apporte la sensibilité marine ; il est également chef de plongée et peut, à ce titre, travailler sur les coques des bateaux. Le dernier - un major - appartient à la Légion. L'équipe est spécifique à plus d'un titre, du fait de son caractère interarmées, mais aussi puisqu'elle accueille la première équipe NEDEX de l'armée de l'air, sortie de formation il y a déjà quatre ans. Les NEDEX ont double compétence à Djibouti : tous les postes comptent, outre-mer. Un des aviateurs est ainsi armurier; l'autre, chef de soute à munitions, etc. Seul l'un d'eux est NEDEX à temps plein. L'équipe assure une permanence 24 heures sur 24. Les missions couvrent aussi bien les visites de sécurité que la réponse aux alertes. C'est aussi lié à Djibouti et ses champs de tir, une permanence pour désamorcer, éventuellement, une munition non explosée. L'équipe utilise un robot TSR-200 de Cybernetix de 265 kg, modèle très répandu dans les équipes. Cet équipement est transporté en permanence, depuis deux ans, dans un véhicule réservé, un camion frigorifique reconditionné sur place par les NEDEX. Il sera, à moyen terme, remplacé par un Renault Master équipé, envoyé de France. Ce véhicule, plus petit, obligera l'équipe à repenser le conditionnement intérieur.

aérienne, le 5e RIAOM et la 13e DBLE sont déjà colocalisés, alors que la base navale est logiquement en bordure de mer. Trois autres sites sont actifs, dans un deuxième ensemble hétérogène, situé à une quarantaine de kilomètres de la capitale. Arta héberge le commando Marine éponyme, Arta-Plage, où réside le centre commando du même nom (CECAP), et Oueah, qui accueille l'escadron de reconnaissance de la 13e DBLE. Voilà pour les faits, le reste n'étant que spéculations. Voyons maintenant, dans le détail, les capacités offertes par les différentes unités basées sur place.

LalSilîBLE
La 13e DBLE est une unité emblématique de Légion, d'autant plus en cette année de commémoration des 70 ans des batailles de 1940. La 13e DBLE réussit, à l'époque, à s'imposer à Narvik (Norvège), avec les chasseurs alpins français, puis forme la base des premières Forces françaises libres, s'illustrant à Bir Hakeim. La 13e DBLE est installée au quartier Monclar, en périphérie du terrain d'aviation. Elle y aligne sa compagnie de commandement et de soutien (5/29/146) de permanents, sa compagnie d'infanterie à 138 (5/30/103), armée par les compagnies tournantes (la 2e Cie du 2e REP lors de notre séjour, renforcée par des paras colos), une compagnie de maintenance (6/44/48) assurant le NTI n°2 (niveau technique d'intervention n°2), y compris pour le 5e RIAOM et la base aérienne. Une soixantaine de civils
Ci-contre. Exemple de piégeage sur le parcours anti-IED développé par les équipes NEDEX.

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de recrutement local renforcent l'effectif militaire. Enfin, on compte aussi une compagnie génie Légion (6/28/107) tournante, appartenant au 1er REG. La 13e DBLE possède plusieurs autres emprises sur le territoire, notamment à Oueah, à 40 km de la capitale, où est installé depuis 1968 l'escadron de reconnaissance (5/22/96 et 25 civils). Commandé par un capitaine, TER aligne quatre pelotons comprenant chacun trois Sagaie et trois P4. Il dispose d'une zone de poser pour les hélicoptères, en contrebas du nid d'aigle où est posté TER, au cœur du village, dans le poste « lieutenant-colonel Brunet de Sarigné ». Avantage, comme le souligne le second de l'ER, toutes les zones de travail sont à disposition immédiate des pelotons, qu'il s'agisse d'un oued sur lequel nous avons roulé dans le cadre du scénario «rens», ou des zones d'Arta-Plage comprenant des pistes d'embuscades et de multiples champs de tir. Un dispositif que peuvent envier tous les escadrons de cavalerie de France et de Navarre. Une partie des cavaliers est issue du 1er REC, les autres sortent tout droit du 4e RE. Dans tous les cas, tous sont formés aux Sagaie diéselisées opérées par l'ER. Une bonne partie provient du parc des forces françaises opérant au Sénégal.

L'atout du génie Légion
Le chef de corps de la 13e DBLE dispose de l'atout d'une compagnie génie.
Page précédente en haut, ci-dessus^ et ci-contre. Trois séquences de l'ouverture d'itinéraire pratiquée par les pionniers du 1" REC, compagnie tournante génie de la 13e DBLE, lors de notre séjour en mars dernier.

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Le colonel Thierry Burkhard n'a pas fait chômer la sienne depuis son arrivée à l'été 2008, lançant la construction d'une FOB près d'Arta-Plage, d'une piste IED à la 13e DBLE même, et d'un village de combat derrière Arta, en cours d'achèvement. C'est la 3e compagnie du 1er REG (capitaine Hum), particulièrement sa section travaux, qui a entamé, en octobre 2008, la construction de la FOB, dont la première phase s'est terminée en décembre suivant. La montagne a été abrasée, et les sapeurs ont travaillé la rampe d'accès, tout en érigeant des merlons. Le chantier a été interrompu quatre mois pour s'intégrer dans les réalités locales, le préfet d'Arta ayant réclamé un passage par la FOB qui était, disait-il, sur le chemin d'une piste à chameaux utilisée par les nomades. Le projet a donc dû en tenir compte et est reparti de plus belle quatre mois plus tard, avec la même compagnie du 1er REG. La FOB a été aménagée avec abris, postes de combat, conteneurs, tour d'observation, barbelés et même deux embossements pour accueillir des VAB ou des postes pour mortiers de 120 mm. La rampe d'accès a été consolidée pour permettre l'accueil des canons TRF1 et l'aménagement d'une piste de contournement. Pas de FOB sans tour de guet, donc elle surplombe la proue de cette nef moyenâgeuse. Il ne manque guère que les U-Walls, ces ensembles massifs en béton qui permettent de constituer des chambres de protection antiroquettes. Les Américains pourraient presque être actionnaires de la FOB puisque ce sont eux qui ont fourni le matériel pour les bastion walls. Le résultat est tout bonnement saisissant de réalisme. Même si, constate le chef du BOI de la 13e DBLE, «les scénarios montrent qu'il faudrait encore renforcer les défenses ». L'intérêt est que, telle qu'elle est conçue, la FOB peut rester inoccupée entre deux entraînements. L'idée d'un gardiennage fait cependant son chemin, car cela permettrait d'y laisser plus de matériel. Le protocole mis en place avec le préfet d'Arta stipule que des nomades peuvent l'utiliser. Sur trois semaines au CECAP, une section passera deux semaines dans la FOB. Même s'il est difficile, voire impossible (le cas du 2e REP est un contre-exemple statistique) de faire coïncider le passage d'éléments des futurs GTIA afghans à Djibouti, il est évident que le potentiel global offert par les moyens disponibles doit pouvoir être nettement mieux valorisé, pour préparer à l'Afghanistan. Actuellement, c'est la 2e Cie du 1er REG qui travaille à l'achèvement du village de combat, qui comportera une dizaine de maisons en briques censées pouvoir acculturer les sections au travail en zone urbaine et complétera, incidemment, l'offre déjà dense du CECAP. C'est la 2e Cie du 2e REP qui a inauguré la FOB, avant de commencer sa mise en
Ci-contre. Tout le talent du 1" REG, dans cette FOB sortie du néant en quelques semaines de labeur, entre Bara et la mer. Ci-contre. Une des P4 de l'escadron de renseignement éclaire la tête d'un dispositif précurseur, avant le passage d'un convoi.

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a Djibouti
EFFECTIFS
AIR

GES (CPA 10) EC3.11 «Corse»

100 500 16
7 pilotes, 2 NOSA 3 équipages 2 équipages ET

P4 7 Mirage 2000C, 3 Mirage 2000D, 3 pods ciblage 2 Puma, un Fennec un Transall P4, VLRA, VPS, embarcations légères responsabilité Alindien 58 VAB (13e DBLE et 5e RIAOM compris) 11 Scania (Cie génie), 10GBC180, VLRA, 110 Ranger Rover (RECAMP) 13 P4,12 Sagaie soit 4 pelotons à 3 Sagaie et 3P4 hors-bord, VLRA? 12 AMX 10 RC, VLRA, VAB, Milan une vingtaine de pièces (TRF1, Mistral, Mo120 mm) 5 Puma (2 Pirate, 2 treuils, un radar) 2 Gazelle canon rôle 3,56 lits, 3 blocs chirurgicaux 12 véhicules, 2000m 3 de stockages pétroliers effectifs Air & Terre majoritairement

MARINE Base navale & Dague Commando Arta KTL2 TERRE 13e DBLE

200
ne ne 20 environ 1 400 environ 738

dont ER/Oueah dont CECAP 5e RIAOM DETALAT Services Hôpital Bouffard SEA

125 12 (1/4/7) 700 environ 7 équipages 300

L'équipage de ce VBG du 1" REC a formé la bulle autour clé son véhicule, pendant que deux sapeurs inspectent un dispositif simulant un IED.

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Ci-dessus. Un des Mirage 2000C RDI du 3.11 «Corse». Leur nombre pourrait être réduit en fonction de la renégociation des accords de défense. D'autant plus que ce type d'appareil va se faire de plus en plus rare dans l'armée de l'air et que trois de ces avions sont injectés au Tchad, en mai, pour remplacer les Mirage F1CR. (Photo adjudant Guillaume Martel/FFDJ)

Ci-contre.
Une patrouille de Mirage 2000D s'envole, fin mars, pour une mission d'entraînement.

condition avant projection (MCP) pour l'Afghanistan. Un plus appréciable, qui a été permis grâce à un « phasage » opéré à Calvi. En sus, un major affecté au BOI de la 13e DBLE a lancé le chantier ambitieux d'une piste IED, sise dans l'enceinte même de la 13e DBLE, sur l'emplacement d'un ancien hangar situé dans la zone logistique. Comme pour la FOB, les légionnaires ont fait du benchmarking lors d'une de leurs visites dans le Golfe, dans un camp américain au Koweït. Le chantier a nécessité deux mois et demi de travail de la compagnie génie. L'installation a été baptisée provisoirement «village CREE» (pour contre-rébellion), démontrant un domaine dépassant, de fait, la seule menace IED. Cela permettra aussi de «sensibilisera la fouille opérationnelle ». Signe du volontarisme légionnaire ou de sa légendaire débrouillardise, le régiment perçoit un des treize kits de simulation IED achetés en « urgence opération » (voir RAIDS n° 284). Deux ont été positionnés à l'école du génie d'Angers (ESAG), et un par régiment de génie. Le kit tient dans deux valises durcies et comprend un boîtier de commande, une bouteille à air comprimé remplaçant de façon appréciable toute forme de pyrotechnie (ce qui rend le kit inoffensif pour ses utilisateurs), une ceinture permettant de simuler les suicide bombers et des sparklets. Trois séquences sont réalisables sur autant de sections du parcours IED. La
Ci-contre.
Un Mirage 2000D au roulage, seulement équipé d'un réservoir de carburant, sur le point central. Afin d'épargner les rares nacelles de ciblage disponibles, les avions ne les emportent que lors de missions avec largage de munitions d'entraînement.

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première séquence permet de mettre en place des événements IED en milieu ouvert, sur une piste. On y trouve une buse, des barrières de sécurité, des rochers et des merlons-talus, autant d'endroits pouvant receler des pièges. La piste est en terre, ce qui permet également d'y glisser, sur des scénarios moins asymétriques, des mines conventionnelles. La deuxième séquence représente un village habité. Là encore, elle permet d'aguerrir le comportement lors d'une progression dans un ensemble urbain. La troisième zone figure des jardins cloisonnés, à l'instar de ce que l'on peuttrouver en Afghanistan. Des baraques légères doivent encore être érigées. C'est là déjà que l'on a construit un puits et une cache enterrée, capable d'héberger un homme ou des munitions. « On peut faire acquérir des réflexes, et ainsi limiter les effets des IED», constate le major V, à l'origine du projet. «Dans l'idée, c'est excellent, cela va crédibiliser les exercices et les rendre plus attractifs », applaudit, pour sa part, le patron (Air) des NEDEX, qui vient en repérage ce jour-là. Dans un espace très resserré et à l'abri des regards indiscrets, il est donc possible de mettre en place une variété quasi infinie
Ci-dessus. L'un des Mirage 2000D du 3.11 «Corse», lors du passage d'un C-135FR des forces aériennes stratégiques. (Photo adjudant Guillaume Martel/FFDJ) Ci-contre. Même s'il est peu connu pour cela, le Mirage 2000C RDI possède de solides capacités en matière de tir air-sol, y compris de munitions guidées laser, avec, évidemment, le concours d'un désignateur externe. Ses deux canons internes de 30 mm pouvant aussi créer de sérieux dégâts.

de scénarios, qui viennent compléter la piste IED du CECAP.

La mue du CECAP
Autre site célèbre, le Centre d'entraînement au combat d'Arta-Plage (CECAP). L'image d'Epinal du CECAP, c'est bien sûr cette suite d'obstacles nautiques et la «voie de l'inconscient», piste d'adresse nichée dans la montagne, qui ont fait dire à ceux qui revenaient avec leur brevet que Djibouti, c'était plus dur qu'ailleurs. Mais l'image d'Epinal est en partie désuète, avec révolution pédagogique et la mutation des décors désormais disponibles. Créé comme Centre d'entraînement commando en 1978, le CECAP a revu totalement son programme d'activités pour s'adapter au développement des combats asymétriques, en 2004, avec un ultime virage, en 2007, vers le combat de contre-guérilla.

C'est un capitaine, détaché du BOI de la 13e DBLE, qui commande le centre, avec des sous-officiers expérimentés, disposant d'un troisième niveau commando. En 2004, un certain Bruno Durieux (l'actuel chef de corps du 2e REI) va réorienter le CECAP bien connu. L'officier est alors chef du BOI de la 13e DBLE. Le volet commando perd du terrain, au profit du combat, dans toutes ses formes, en intégrant les RETEX d'Irak et d'Afghanistan. A l'époque, le ratio par stage est alors de 70 % d'activités commandos et 30 % de combat; il est aujourd'hui totalement inversé. Parmi les priorités figurent le secourisme de combat, l'instruction sur les IED... Le CECAP offre huit stages combat de trois semaines, permettant d'accueillir à chaque fois deux sections d'infanterie et une section de génie. En 2009, le CECAP a reçu 1 100 stagiaires en 36 semaines de stages.

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Ci-dessus. Un des deux Puma de l'ETOM. On le voit, cet appareil est issu des standards Resco, avec radôme nasal (sans ses équipements de guerre électroniques) et les ailettes permettant d'embarquer plus de carburant. Ci-contre. Le Fennec sert aussi bien aux missions de liaison qu'aux inspections rapides des champs de tir, pour éviter de toucher des nomades. En deuxième rideau, il peut assurer des missions de type MASA (mesures actives de sûreté aérienne) ou d'EVASAN.

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Le 5e RIAOM est recréé à Djibouti en 1969. Il aligne cinq compagnies, dont une CCI, une compagnie d'infanterie (traditionnellement 1rs compagnie « les cynos ») d'affectés, et deux unités en mission de courte durée : une compagnie de commandement et de logistique, un escadron blindé sur AMX 10 RC, une batterie mixte d'artillerie sol-air et sol-sol. Cette dernière dispose de mortiers de 120 mm et des redoutables canons TRF1 de 155 mm, ainsi que des missiles SATCP et canons de 20 mm. Elle doit récupérer dans quelques mois les missiles Aspic de l'armée de l'air. C'est le 93e RAM qui armait ces batteries quand nous avons séjourné sur le territoire. Le 5e RIAOM héberge aussi le Centre d'aguerrissement en zone désertique (CAIDD).

La hase aérienne 188
Le site est incontournable pour les chasseurs, et la plupart des partants à Kandahar viennent s'y entraîner deux mois. Cela fait partie, comme «Serpentex» (voir RAIDS de mars) de la mise en condition des aviateurs. L'avantage étant qu'à Djibouti les capitaines commandants d'escadrille et leurs homologues des GTIA Terre peuvent organiserfacilement, en quelques coups de téléphone, un exercice dont la planification, en France, prendrait plus d'un an et une montagne de correspondances. Une telle capacité est très précieuse, dans le cadre de la préparation opérationnelle, et contribue à la responsabilisation des équipes, puisque le fait d'être à Djibouti ne permet pas de s'affranchir des règlements, notamment en matière de sécurité des vols. 32

38e

Djibouti est une petite armée de l'air en réduction, avec trois «muds», des Mirage 2000D chargés des missions air-sol, sept intercepteurs Mirage 2000C RDI, chargés entre autres de la défense aérienne du territoire djiboutien, au terme des accords de défense de 1977. Le format humain des navigants est assez resserré (neuf pilotes et deux NOSA). Tout comme le format technique. Seulement trois pods (un Atlis diurne et deux PDLCT-S fonctionnant à l'infrarouge) sont disponibles, pour autant de Mirage 2000D, si bien qu'ils sont préservés pour les tirs réels et les missions valorisées. Les munitions tirées sont des LGTR, simulant les bombes guidées laser, les bombes d'exercices F3 (lisses) et F4 (freinées) Les deux modèles de pods permettent des missions de reconnaissance d'opportunité. RETEX de l'Afghanistan, les navigateurs officiers systèmes d'armes (NOSA) sont de grands utilisateurs de jumelles, et manient aussi le reflex. Une façon d'accumuler le « rens », qui est aussi à l'ordre du jour pour les monoplaces, qui embarquent désormais un appareil photo numérique compact. Les avions sont changés tous les quatre mois. Les mécaniciens, qui travaillent dans des conditions de température dantesques, bénéficient, depuis peu, d'une enceinte climatisée dans le hangartechnique principal. Cette enceinte peut accueillir jusqu'à trois appareils.
Page précédente en bas et ci-dessus. Le Puma (ici appartenant àl'ALAT) est l'épine dorsale de l'aérocombat français à Djibouti. La question de leur relève commence doucement à se poser. Ci-contre. L'unique Transall de l'ETOM, en navigation à basse altitude. (Photo adjudant Guillaume Martel/FFDJ)

En outre, la base héberge un escadron de transport outre-mer (ETOM) regroupant un avion de transport tactique Transall, deux Puma et un Fennec. L'ATT joue un rôle crucial puisqu'il peut se poser sur une quinzaine de terrains sommaires sur le territoire, notamment à Grand Bara. C'est aussi un moyen précieux utilisé pour les forces spéciales dans le cadre de leurs entraînements. Enfin, les compagnies paras qui tournent à la 13e DBLE l'utilisent régulièrement pour entretenir leurs qualifications. En moyenne, un para fera trois sauts pendant son «séjourtournant». La disponibilité du Transall est au-dessus de la moyenne, avec un petit 70 %. Mais, et c'est problématique, il faut faire sans 30 %

du temps. Sans compter que, sur les 70 %, le Transall assure aussi des missions de rayonnement en Afrique orientale, et dans les pays du Golfe, où il est aussi utilisé pour l'implantation militaire française aux Emirats arabes unis.

Les incontournables hélicoptères
Les étendues à couvrir rendent l'hélicoptère incontournable. Leur présence sécurisante permettant d'assurer tout à la fois la SAR pour les avions (sur terre comme sur mer) et des missions tactiques pour les militaires de la base et, éventuellement, les forces djiboutiennes.
(suite page 36)

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Ci-dessus et ci-dessous. Ce jour-là, les Sagaie et les P4 de l'escadron de reconnaissance de la 13e DBLE sont les yeux et les oreilles d'un convoi, répétition d'un scénario d'escorte de convoi en Afghanistan. Page suivante. Le navire de débarquement Dague débarque les VAB à proximité du CECAP. Elle devrait quitter Djibouti cet été. (Photo CCH Antier/FFDJ)

La marine aligne encore 200 personnels environ sur le territoire, même si ce portage est appelé à réduction. L'EDIC (engin de débarquement d'in- | fanterie et de chars) Dague doit en effet être retiré du service à l'été, et ne sera pas remplacé. Le deuxième plot Marine est installé à Arta, avec les commandos Marine. Enfin, un Atlantique 2 est basé en permanence dans la zone d'intérêt, oscillant entre Djibouti, les Seychelles et le Kenya, afin de contribuer à la lutte contre la piraterie. Ce moyen aérien est, par contre, placé dans la main d'Alindien, comme le commando Arta. Notons enfin que ce dispositif resserré sert aussi aux escales des navires de la marine - une soixantaine par an -, traditionnellement très utilisés dans la zone, que ce soit pour lutter, là encore, contre la piraterie (Atalante) que contre le terrorisme (Task Force 150).

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Les deux forces d'hélicoptères vivent chacune chez elle, séparées par quelques dizaines de mètres : l'armée de l'air avec deux Puma et un Fennec, l'ALAT avec cinq Puma et deux Gazelle Canon. Les Puma Air sont au standard SAR (500 kg plus lourd que le Puma standard) et sont avant tout présents pour assurer la SAR. Leurcapacité CVS (coupleur de vol stationnaire) les rend incontournables, puisqu'ils sont alors les seuls à pouvoir assurer un stationnaire automatique au-dessus de l'eau, essentiel pour les missions de nuit. Cependant, les aviateurs participent comme les «alatiens» à la programmation des missions, effectuée par l'état-major interarmes. Les « alatiens » sont historiquement là pour assurer des missions de transport d'infanterie. Cependant, rien ne les empêcherait de concocter avec les artilleurs un raidart (transport d'une équipe mortier dès lors particulièrement mobile), ou d'assurer des MEDEVAC. Le terrain de jeux est grandiose pour les hélicoptéristes qui peuvent effectuer à Djibouti tout le spectre de leurs missions, dans un cadre très diversifié. A noter que l'ALAT accentue actuellement sa capacité à apporter sur les navires, à la demande de l'EMIA des FFDJ. On se souviendra que cet aspect avait été noté suite à la reprise du Ponant, quand on avait fait venir de France un Super Frelon (au moins) ainsi que des équipages qualifiés sur Puma en CTM. a
Ci-dessus et ci-contre. Djibouti reste souvent, pour ces légionnaires, la zone idoine pour s'aguerrir à des théâtres difficiles, comme l'Afghanistan. Cependant, vu le rythme des tournantes, il semble difficile d'en faire profiter le plus grand nombre. Sauf, comme c'est le cas en 2010, en faisant débarquer des marsouins, par un BPC... (Photos 13P DBLE)

Comment une compagnie enrichie aux appuis interarmes (un SGTIA) peut bénéficier de nouveaux appuis « rens », mais surtout peut intégrer au plus tôt ce flot d'informations inédit pour elle. Empirisme et envie de défricher de nouveaux concepts d'emploi pour les légionnaires de la 13e DBLE et les ingénieurs de Thaïes, sous le cruel soleil djiboutien, en mars dernier. Et premiers enseignements, avant que les troupes en Afghanistan en profitent.
Texte : Jean-Marc TANGUY. Photos: Jean-Marc TANGUY et 13e DBLE
LAfghanistan bouleverse les modèles établis, particulièrement en matière de renseignement. Nouvelle illustration avec l'expérimentation technico-opérationnelle commandée en mars 2009 par le sous-chef «opérations» de l'état-majordes armées, via une expression de besoin, dans une forme pour le coup inédite. L'EMA mandate, en effet, la 13e DBLE pour évaluer la possibilité du renforcement d'un SGTIA en matière de renseignement Concrètement, l'EMA demande à la 13e DBLE «comment enrichir les capacités rens dans un cadre de contre-rébellion[CREB] pour améliorer la protection des forces». La 13e DBLE expérimente dès lors de nouveaux concepts d'emploi de capteurs «rens» jusqu'au plus bas niveau tactique (SGTIA, voire section) et doit déterminer leur juste niveau, d'emploi et d'analyse. De même, l'expérimentation doit éclairer sur la nécessité, éventuelle, de mettre en place une structure dédiée, que ce soit pour la mise en œuvre des capteurs et/ou leur exploitation. Ainsi les Américains ont mis en place des CLIC, cellules dédiées au renseignement, logées au niveau compagnie, ainsi que des Intelligence Support Teams (IST). Pour leur part, les Marines ont mis sur pied des Enhanced Company Opérations armées à 250 « Leathernecks » et intégrant une cellule «rens» et une cellule «opérations». Cette expérimentation doit bénéficier d'une forte réactivité, illustrée par le calendrier particulièrement court, mais aussi de la participation d'une équipe de huit ingénieurs de Thaïes, société qui a remporté le marché de gré à gré de la DGA, pour une valeur de 600 000 euros, assurances comprises. Voilà pour l'esprit. « Thaïes ne vient pas tester des matériels, mais se trouve avoir le type de matériels dont nous avions besoin», explique le Lcl Valéry Putz, chef du bureau opérations instruction (SOI) de la 13e DBLE. «De même, on ne fait pas des tests de matériels pour savoir si l'armée de terre doit les acheter, c'est le travail de la STAT. Pour ma part, je cherche à savoir si un SGTIA doit créer une cellule rens, s'il faut mettre sur pied une cellule de mise en œuvre des matériels», argumente le Lcl Putz. « Tous ces matériels ont été testés par la STAT, qui détient l'expertise technique, ajoute-t-il. Nous, nous offrons un cadre, on fait manœuvrer notre SGTIA et on observe. Tout compris, on aura déployé 450 hommes, 70 véhicules, dont 20 blindés. » Cette réflexion sur un renseignement à usage ultratactique est portée par ce que les Américains ont pu eux-mêmes développer suite à leur engagement en Irak et en Afghanistan avec la CLIC. Cette évolution est liée au besoin de servirau plus près l'utilisateur final - le fantassin - avec un renseignement fiable, sur la boucle la plus courte possible. Donc, de générer des alertes qui épargnent des vies et permettent de mieux juguler une contre-rébellion. Le renseignement est incontournable en la matière.

La «démocratisation»
A travers cette expérimentation, la 13e DBLE doit donc trouver le bon niveau de distribution de l'information et déterminer les voies pour la bonne exploitation du flot d'informations qui arrivent en temps réel, au profit du SGTIA. Mais partant de là, quel type de réseau faut-il employer pour diffuser le renseignement? Et désormais dotés de nouveaux appuis, les

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capitaines, puis les lieutenants vont-ils planifier différemment leurs opérations? C'est une évolution inédite, qu'il faut replacer dans un contexte de forte évolution, liée notamment aux menaces asymétriques rencontrées en Côte d'Ivoire à compterde 2002, mais aussi, et plus évidemment encore, en Afghanistan. Traditionnellement, dans l'armée de terre, le renseignement était essentiellement l'apanage de la brigade Rens. Puis, aiguillonnée par l'Afghanistan, cette dernière a mis sur pied son concept de bataillon de renseignement multicapteurs (BRM), déclinaison du concept ISTAR. Le BRM devant œuvrer au profit d'une brigade au moins. En Afghanistan, des capteurs du BRM (même s'il ne porte pas ce nom-là) œuvrent quotidiennement au profit du niveau GTIA, en Kapisa, en Surobi. C'est à la fois le fruit de l'embuscade d'Uzbeen, mais aussi le fait que les capteurs «rens» tactiques n'étaient pas entrés en service, à l'époque. Parallèlement, l'EMAT a mis sur pied les unités de renseignement brigade (URB) devant œuvrer, avec des matériels qui leur sont propres, au renseignement des brigades interarmes. Seulement, là aussi, l'Afghanistan a montré ce que l'URB, pour autant qu'elle soit déployée, pouvait apporter à un GTIA, voire un SGTIA. La déclinaison logique de cette nouvelle filière «rens» pourrait donc être une hypothétique section de renseignement ou de reconnaissance régimentaire (SRR) ou une cellule de renseignement régimentaire (CRR) produisant en multispectral. Cette cellule serait en charge de la conduite d'une «manœuvre des effets rens », ce qui peut sembler pompeux de prime abord, mais correspond pourtant à la réalité que nous avons pu observer. La difficulté restant toujours la même, quel que soit le niveau décisionnel: la fusion du renseignement d'origine multispectral, en temps réel. Le risque est possible que les membres du SGTIA se reposent totalement sur les capteurs,
Page précédente. Le drone Spy Arrows 'avère simple à mettre en œuvre pour un opérateur non formé, ce qui n'est pas le cas, tant s'en faut, pour tous les minidrones. Sa capacité à résister aux chocs est aussi appréciable: seuls points faibles, son endurance, encore limitée, et son capteur, seulement opérant de jour. Ci-contre et ci-dessus. Le Spy Arrow, en vol (photo ci-dessus), et l'ensemble nécessaire à son déploiement: une valise contenant deux aéronefs, une liaison de données sur trépied, et une station de contrôle. Un minimum vital très facile à transporter, et à déployer, y compris en zone montagneuse.

en en oubliant les capteurs les plus évidents qu'ils possèdent en eux, et les possibilités de les démultiplier (jumelles). Une chose est sûre, si globalement les légionnaires de la 13e DBLE se sont approprié leurs capteurs assez rapidement, le flot d'informations délivrées dépasse la seule capacité d'absorption d'un état-major tactique de SGTIA. La solution étant, peut-être, d'apporter au GTIA, et non plus au SGTIA, l'exploitation de ces capteurs, dont la mise en œuvre pourrait dès lors être dédiée au sein du GTIA à une unité particulière, rattachée directement à Pétat-major tactique. Le SGTIA restant premier destinataire des alertes. Tous les capteurs mis en lice présentent des caractéristiques communes. Tous sont déjà éprouvés et, pour certains, des «best-sellers». Tous contribuent, dans leur spectre, au renseignement. Toussontplusoumoins«sacrifiables», du fait, pour la plupart, des composants issus du commerce. Certains doivent aussi pouvoir être abandonnés (au sens capteur abandonné) ou perdus. C'est le cas pour le Spy Arrow. Ce minidrone a été conçu avec des composants off thé shelf, c'est-à-dire issus de la gamme commerciale civile. D'où un coût relativement bas qui le rend «sacrifiable». Tous doivent apporterau plus bas niveau tactique, tout en étant suffisamment simples pour pouvoir être manipulés par des opérateurs fraîchement formés, dont le métier n'est pas le maniement de capteurs, ni même le renseignement. Leur objet opérationnel est de produire avant tout des alertes qui permettront immédiatement au SGTIA de s'éviter de gros ennuis. La 13e DBLE s'est donc chargée de mettre au point quatre types de scénarios très différenciés pour visualiser comment le SGTIA, particulièrement son état-major tactique (capitaine), réagissait aux renseignements apportés par ces capteurs. Le premier scénario portait sur une reconnaissance de vallée (sur huit heures de temps), le deuxième, sur une escorte de convoi (huit heures), le troisième sur la défense d'une FOB (24 heures) et le quatrième sur une opération de bouclage de zone suivie de fouilles. Ces progrès possibles génèrent une foultitude de questions, qui elles-mêmes en déclenchent une , batterie d'autres. Exemple: le Spy Arrow peut-il être donné directement à une section ? Cela pourrait avoir du sens puisque sa portée, jusqu'à 2500 mè-

tres, est cohérente avec la portée des armements organiques d'une section, que ce soit la mitrailleuse 12,7 mm ou un missile Milan. «Seulement, ces deux kilomètres sont aussi en deçà de la zone d'action du capitaine», constate le patron du SOI de la 13e DBLE. Qui donne l'ordre de le lancer? Cela nécessite-t-il une «déconffiction» aérienne, et jusqu'à quel niveau? Car s'il faut interrompre totalement les opérations aériennes, cela lui fait perdre son caractère ultratactique... Voyons maintenant dans le détail quels sont ces capteurs, et ce qu'ils ont pu apporter au SGTIA de la 13e DBLE.

Spy APPOW
Avec son look trompeur de modèle réduit, le Spy Arrow est en fait très automatisé. La navigation est réalisée par recalage sur

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des waypoints et une partie des tâches est effectuée par un stylet pointé sur l'écran d'un PC portable type Panasonic. La première version du drone était issue d'un modèle réduit (gamme Microjet), qui s'est avéré trop compliqué à mettre en œuvre du fait de sa formule aérodynamique. C'est un industriel du domaine quia fabriqué le nouveau vecteur pour Thaïes. La mise en œuvre peut être faite par un seul homme, mais deux ou trois ont été engagés pour armer le plot minidrones. Propulsé à l'électrique, il est pratiquement inaudible une fois en vol, et sa faible taille le rend difficile à détecter. Le Spy Arrow vole une vingtaine de minutes entre 30 et 300 mètres d'altitude, jusqu'à 2,5 km de distance. Cette durée est évidemment fonction des efforts à produire pour contrer le vent. La cellule peut encaisser un grand nombre de dégâts. Et ils sont faciles à réparer avec des moyens spécialisés ou pas. Les légionnaires ont ainsi remis le drone en vol avec une aiguille trouvée dans leur paquetage. Le scotch toile est aussi parfois un outil incontournable ; sous nos yeux, une chute de l'antenne de liaison de données a été réparée en quelques minutes par l'ingénieur Thaïes. De même, nous avons vu un des deux drones résister à des chutes parfois vertigineuses. Cependant, un des drones a rendu l'âme après une trentaine de vols environ. La difficulté étant que les réparations de fortune peuvent obérer son aérodynamique et dégrader les conditions de vol. Le drone est alors à la merci de la vilaine rafale de vent qui le retournera imparablement. Au décollage, le Spy Arrow présente des limitations, liées précisément à la force du vent. Au-delà de 10 mètres par seconde, l'engin reste au sol, mais c'est également le cas pour des drones bien plus gros déployés par l'armée française en Afghanistan. De même, aujourd'hui, l'engin ne dispose que d'une caméra visible, qui lui interdit par conséquent les missions de nuit. Une version à capteur infrarouge (IR) est en développement. Autres sources de limitation, la station-sol et la console de visualisation des images ne font qu'un, à bord d'un portable durci de type Panasonic. Ce qui contribue à sa portabilité, mais complique aussi l'exploitation des images, quand il faut, en même temps, recaler la navigation. Une deuxième visualisation (voire un deuxième PC portable) ne serait donc pas de trop. Le système est cependant ultraportable, avec une valise de forme triangulaire portant deux drones partiellement démontés en trois pièces (nez, cellule, dérive) faciles à assembler. Le reste du système comprend le PC portable, la liaison de données et son tripode. La modicité de la masse du tout, qui ne doit pas excéder la vingtaine

de kilogrammes, le rend particulièrement «déployable» une fois l'équipe débarquée de son véhicule ( P4, VAB). Y compris lorsqu'il faut, comme dans nos scénarios, crapahuter vers les hauts pour rejoindre la zone de lancement. Une zone faiblement dégagée permet de récupérer le drone. En cas de perte en vol ou d'atterrissage dans une zone broussailleuse, un système électronique permet de localiser l'appareil au sol. La carte de navigation peut être issue des ressources cartographiques militaires. Pour l'expérimentation, c'était encore plus simple: Google Map a été mis à profit, sa précision à 30 cm étant largement suffisante.

L'aérien du TRC-6200, un ingénieux goniomètre qui permet, comme le BOR-A, de générer des alertes flashs, tout en localisant l'origine de la menace.

TRC-B200 (NT20B) Nomad
Ce système générique de goniométrie a été conçu par Thaïes pour de petites équipes mobiles (et a également déjà été présenté dans nos colonnes). En ce sens, il se situe en bas d'une échelle qui va, en France, jusqu'au Lynx et à la SAEC. Le TRC 6200 est basiquement un «gonio» qui permet de caractériser la fréquence d'un émetteur, et la direction d'où il émet. Les cinq antennes et le commutateur le rendent cependant particulièrement visible, puisque logés à 5-6 mètres de hauteur. Le TRC-6200 opère dans la bande des 20-1600 MHz (20-3 000 pour le Lynx), la limite haute étant celle des thuraya - utilisés, on le sait, aussi bien par les pirates somaliens que les insurgés afghans. Thaïes a testé la capacité à fonctionner sur des cellules photovoltaïques. «BOR-A et TRC sont associés pour la levée de doute», explique cet ingénieur de Thaïes. Mais il n'apporte rien sur un ennemi qui ne parle pas à la radio ou au téléphone. Ou qui a compris qu'on peut l'écouter.

Passage par Djibouti
Même si c'est la première fois qu'un mandat de ce type est donné à la 13e DBLE, Djibouti est plus régulièrement le point de passage obligé pour l'expérimentation temps chaud des principaux matériels. Le système SAMPT de l'armée de l'air y effectuera ainsi la sienne, en juin prochain, avec le déploiement d'un système sol-air complet. Dernièrement, c'est le Félin qui est venu à Djibouti, mis en œuvre par le régiment de marche du Tchad (RMT). Le DRAC, le Tigre (à plusieurs reprises), le Caesar sont aussi venus taquiner la chaleur, le sable et la poussière. Si cela passe à Djibouti, cela passera en général ailleurs... La totalité du package pèse 120 kg, en trois fardeaux principaux. Dans un environnement fait de reliefs, comme à Djibouti et en Afghanistan, le positionnement sur un point haut est une évidence ; et, dans le contexte actuel, il ne peut donc s'affranchir d'une infiltration par hélicoptère. Même s'il faut rappeler que Thaïes a développé, au fil des ans, des capteurs radars plus portables, comme le radar utilisé par les commandos de l'Air, ou le Squire, qui s'est imposé chez plusieurs pays anglo-saxons engagés en Afghanistan, particulièrement pour la défense de FOB. BOR-A en constitue une version particulièrement évoluée. Les légionnaires semblent avoir été impressionnés par la capacité de BOR-A à fonctionner en autonomie, sur de simples cellules photovoltaïques. De même, sa capacité à détecter les mobiles est apparue incontournable, pour autant que le radar soit correctement positionné.

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Ce radar de détection fonctionnant en bande X utilise l'effet Doppler. Il permet de détecter quasi imparablement un mobile jusqu'à 50 km de portée, et de le classif ier, grâce à son écho et sa vitesse. Un piéton peut être détecté à 10-15 km, un véhicule jusqu'à 35 km, et un bateau, 50 km. En ce sens, c'est un équipement qui représente un progrès considérable par rapport au RASITE (et, encore avant, OLIFANT) encore en service dans l'armée de terre, mais nettement moins compact. Les années de progrès techniques de l'électronicien français expliquent en partie cette explosion des performances. Notons seulement que RASITE équipe les URB, dont ils représentent le segment R ORAD (renseignement d'origine radar). 300 exemplaires du BOR-A ont été vendus, principalement dans des applications de surveillance de frontières. Ses principaux débouchés se situent au Moyen-Orient. Il peut classif ier un mobile en cinq catégories: piéton, véhicule léger, véhicule lourd, hélicoptères et navire. Ce sont des panneaux solaires de 2 mètres sur 1 mètre qui permettent d'en recharger les batteries (deux packs de six). Ces panneaux, dotés en cellules photovoltaïques, génèrent 62W.

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Le BOR-A, un radar très tactique adapté au combat de contre-rébellion (CREB). Une alimentation par panneaux photovoltaïques suffit...

Le seul problème est que BOR-A ne peut détecter qu'un mobile, et pas un personnel ou une grotte. Enfin, et comme tous les radars, il peut être perturbé par la guerre électronique adverse, même si la probabilité est faible en Afghanistan. De la même façon, il peut être abusé par des leurres, avec un adversaire aguerri à la contre-détection. Mais contre un « insurgé asymétrique simulé », il semble avoir convaincu. « Ce capteur ne loupe pas grandchose, et sa compacité est vraiment appréciable pour nous», applaudit le colonel Thierry Burkhard, chef de corps de la 123e DBLE.

de surveillance Sentinel
C'est un système de systèmes intégrant des barrières thermiques, des caméras optiques et IR, et des capteurs sismiques (déjà évoqué dans RAIDS sous le nom de Spectre dans l'article consacré à la protection des FOB). Sentinel est le nom commercial générique donné dans la gamme Thaïes aux systèmes de surveillance. C'est le système qui a peutêtre moins convaincu, car il ne s'applique pas à tous les types de scénarios et sa mise en œuvre peut exposer les personnels chargés d'implanter les capteurs. Pour que l'engin soit efficace en protection, certains composants doivent en effet être déployés à distance de la zone qu'il doit protéger. C'est particulièrement vrai pour les barrières thermiques et les capteurs sismiques. Cela oblige donc, dans un scénario de défense de FOB, à exposer les personnels qui seront chargés d'implanter ces capteurs (à moins qu'on développe un mortier lance-capteurs, ou un drone lâche-capteurs...). Les capteurs peuvent aussi être déplacés ou réorientés par l'ennemi qui aura détecté leur pose. Bref, Sentinel peut apporter des alertes précieuses, mais c'est sans doute, des quatre éléments évalués, le moins indispensable au SGTIA.

Le système

Premiers enseignements
II est évidemment encore trop tôt pour pouvoir tirer les conclusions de l'expérimentation, qui seront écrites à plusieurs mains, entre l'EMA, la 13e DBLE et la DGA. Notre avis propre étant qu'on ne pourra pas échapper à la mise en place d'équipes formées pour la mise en œuvre et l'exploitation. Le soldat du XXIe siècle est déjà surchargé de qualifications, brevets et autres, qu'il doit entretenir au cours de l'année, tout en restant un combattant rustique et aguerri. Mais la possibilité de s'entraîner, en France même, avec ces capteurs, ce qui n'est pas forcément le cas pour les autres de la filière «rens» (hors certains sites réservés), permettra de renforcer le caractère opérationnel de l'infanterie. D'ores et déjà, nous avons observé comment cette démocratisation du « rens » aura été accueillie avec uneforme non dissimulée d'enthousiasme par les légionnaires, connus pour leur capacité à accueillir l'innovation à bras ouverts. La simplicité de mise en œuvre des capteurs leur permettant par ailleurs de rester des combattants efficaces. Mieux informés sur leur environnement tactique, ils n'en seront que plus opérationnels encore. O
Ci-contre. Un des capteurs abandonnés de Sentinel. Leur taille compacte les rend faciles à camoufler, même si la question de leur alimentation est plus complexe à résoudre.

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