catholique, de la neuvaine, dont la forme la plus usuelle est l'acte

de priere consistant en un Pater et trois Áve, répétés pendant neuf
jours. On [ait une neuvaine, en faisant appel a l'amour paternel du
Pere (pater noster) et a l'amour rnatemel de la Mere (les trois Ave
Maria) simultanément pendant neuf jours, a l'intention d'une per­
sonne ou d'une cause . Que\le profondeur est sous-jacente a cette
pratique si simple! En vérité, pour I'Hermétiste en tout cas, la direc­
tion de la sagesse surhumaine de I'Esprit-Saint y est manifeste !
11 en va de méme du rosaire ou l'appel aux deux aspects de I'amour
patemel divin dans la priere adressée au Pere et a la Mere se fait au
cours d'une méditation des mysteres de la Joie, de la Souffrance et
de la Gloire. Le Rosaire est - pour l'Hermétiste en tout cas - un
chef-d'reuvre de simplicité renfermant et révélant des choses d'une
profondeur inépuisable, un chef d'reuvre de l'Esprit-Saint !
Cher Ami inconnu, l 'Arcane Le Soleil », qui nous intéresse ici,
est I'arcane des enfants baignés dans la lumiere du soleil. Il ne s'agit
pas de trouver des choses occultes, mais bien de voir les choses ordi­
naires et simples dans le jour du Soleil et avec un regard d 'enfant.
Le XIX
e
Arcane du Tarot, l 'arcan e de l'intuition, est celui de la
Nafveté révélatrice dans I'acte de la connaissance, nalveté qui rend
l'esprit capable d'une intensité d'un regard non troublé par le doute
et par les scrupules qu'il engendre et de la vision des choses telles
qu 'elles son t sous le jour éternellement nouveau du Soleil. Cet ar­
cane enseigne l 'art de subir l 'impression pure et simple qui révele par
elle-meme - san s hypotheses et superstructures intellectuelles - ce
que les choses sont. Rendre l'impression numineuse, tel est I'objectif
de l'Arcane « Le Soleil », l'Arcane de l'intuition.
Vous comprendrez done, cher Ami Inconnu, qu'en parlant de
I'amour paternel, de ses deux aspects, de la pratique de la neuvaine
et du rosaire etc., nous ne nous étions point éloignés du theme du
Xlxe Arcane du Tarot, bien au contraire , puisque nous avons péné­
tré dans son COlur meme . Car nous nous de passer de la
compréhension de ce qu'est I'intuition a son exercice, de la médi­
tation sur l'Arcane de I'intuition, al'emploi de cet Arcane.
654
xx
LE JUGEMENT
« Le Jugement »
eL 'état cérébral continue le souvenir;
il lui donne prise sur le présent par la
matériolité qu 11 lui confere; mais le
souvenir pur est une manifestation
spirituelle. A vec la mémoire, nous
sommes bien véritablement dans le
domaine de l'esprit.)I (Henri BERG·
SON, Matiere et Mémoire, p. 271).
e Comme le Pere ressuscite les morts
et donne la vie, ainsi le Fils donne la
vie a qui il veut. Le pere ne juge
personne, mais iI a remis tout jugement
au Fils... )I (llvangile seton Saint Jean
V,21·23).
Cher Ami lnconnu,
La Lame que nous avons devant nous a pour nom traditionnel
« Le Jugement »; elle représente la résurreetion des morts au son
de la trompette de l'Ange de la Résurreetion . Il s'agit done d'un
exereice spirituel ou l'emploi intensif de l'intuition - de l'Areane XIX
«Le Soleil» - est aporter au maximum, le theme de la résurrection
étant de l'ordre des « choses demieres» mais tout de mt'!me acces­
sibles ala cognition intuitive.
657
Or les « choses - ou l'horizon spirituel de l'humanité ­
ne sont pas les mémes pour l'humanité entiere. Pour les uns tout
finit avec la mort de I'individu et avec la dissipation complete - le
maximum de I'entropie - de la chaleur de I'univers; pour d'autres
il y a un «au dela », une existence de I'individu apres la mort et une
existence de I'univers irnmatériel apres la fm du monde; pour d'autres
encore il y a non seulement la vie spiritueUe apres la mort, mais
encore, pour I'individu un retour a la vie terrestre, la réincarnation,
de méme qu'il y a réincarnation cosmique, a1ternation des états de
manvantara et de pralaya; d'autres encore voient - pour I'individu ­
quelque chose qui se situe au dela des réincarnations, a savoir I'état
de la paix supreme de I'union avec l'Etre éternel et universel, I'état de
nirvana ; enfin, pour une partie de l'humanité l'horizon existentiel
s'étend non seulement par dela l'existence post mortem et la réincar­
nation, mais méme par del a la paix de I'union avec Dieu. C'est a10rs la
résurrection qui constitue l'horizon de l'esprit .
C'est dans le courant judéo-chrétien et iranien - c'est-a-dire
aujourd'hui dans le Judai'sme, le Christianisme et l'Islam - que
I'idée et I'idéal de la résurrection prirent racine. L'avenement de
I'idée et de l'idéal de la résurrection est « cornme I'éclair qui part
de I'orient et se montre jusqu'en occident » (Matthieu XXIV, 27) ;
le prophete inspiré de l'orient, le grand Zarathoustra en Iran, et les
prophetes inspirés de I'occident, Isale, Ezéclúel, Daniel en Israel, les
annoncerent presque simultanément.
l Alors le Saoshyant restaurera le monde, qui désor­
mais ne vieillira ni ne mourra plus, ne connaftra ni
déc1in ni dépérissement, mais vivra et se développera,
doté du pouvoir de réaliser 50 volonté, lorsque les
morts se releveront, lorsque viendront kl vie et l'immor­
talité, et que le monde sera restauré conformément
ti kl volonté (de Dieu).
TeBe est I'idée du Ristakhez, c'est-a-dire de la Résurrection, dans le
Zamyad Yasht (RP. MASANI, Le Zoroastrisme, p. 113, Payot , París,
1939), tandis que Isai'e dit :
l Réveillez-vous et tres50illez de ¡oie, hIlbitants de kl
[poussiere !
Cm ta rosée est une rosée viviFUlnte,
Et la terre redonnera le ¡OUT aux ombres. ;; (XXVI, 19).
QU'est-ce donc que I'idée et I'idéal de la résurrection ?
658
Une parabole peut nous etre utHe pour le comprendre.
Quelques personnes se trouvent aupres du lit d 'un rnalade et
donnent leurs opinions sur son état.
L 'un d'eux dit : 11 n'est pas rnalade. C'est sa nature qui se manifeste
de cette fafíX)n. Son état n'est que naturel.
L'autre dit : Sa rnaladie est temporaire . Elle sera suivie naturelle­
ment du rétablissement de la santé . Les cycles de rnaladie et de santé
se suivent I'un apres I'autre. C'est la loi du destino
Le troisieme dit : La rnaladie est incurable. U souffre en vain .
Mieux vaut mettre fin a sa souffrance et lui donner, par pitié, la
mort.
A10rs le dernier prend la parole : Sa maladie est morteIle. Il ne se
rétablira point sans aide extérieure . II faudra lui renouveler le sang,
car son sang est infecté . Je vais le faire saigner et puis je lui ferai une
transfusion . Je donnerai mon sang pour la transfusion.
Et la fin de l 'histoire est qu 'apres le dit traitement, le rnalade est
guéri et se leve .
Voila les quatre attitudes principales envers le monde. L'attitude
pai'enne consiste a accepter le monde tel qu'H est. Le « palen »,
c'est-a-dire celui qui croit que le monde est . parfait et pour qui le
monde est le dieu Cosmos, nie le fait que le monde est malade. U n'y
a pas eu de chute de la nature_ La Nature , c'est la santé et la perfec­
hon meme.
L'attitude du « naturisme spirituel», c'est-a-dire ceBe des esprits
dont I'horizon s'est élargi par dela I'état présent du monde et qui
reconnaissent I'évolution cyclique - qui ressemble aux « saisons»
de la grande Année cosrnique - du monde, est qu'j) croit que la
dégénération et la régénération sont cycliques, que les « chutes »
et les « réincarnations» du monde a1ternent cornme le font les sai­
sons de 1 'année . Pour le « naturisme spirituel », le monde présent
est bien « malade », c'est-a-dire dégénéré, mais il se rétablira, c'est-a­
dire se régénérera nécessairement et naturellement selon la loi de
cyclicité. 11 ne reste donc qu'a attendre .
L'attitude de « l 'humanisme spirituel » , c'est-a-dire celle des esprits
qui s'élevent au-dessus de la cyclicité pure et simple du « naturisme
spirituel » et qui protestent, au nom de l'étre individuel, contre la
chaine internunable de la cyclicité - soit des « saisons » du monde,
soit des réincamations individuelles - y voyant l'asservissement et
la souffrance interminables de l'étre humain, est ceBe de la néga­
tion radicale de la nature présente, passée et future, spiritueBe et
matérieBe, cyclique et unique. La vie est souffrance; il serait donc
659
cruel et inhurnain de la prolonger. Le salut humain tel que le dicte la
pitié consiste a couper défmitivement tous les Iiens de I'esprit humaín
avec le monde et sa cyclicité.
La cosmohitrie du paganisme naif est le point de vue du prenúer
personnage de notre parabole, de celui qui dit : iI n'est pas malade.
Le «naturisme spirituel» du paganisme éclairé est le point de vue
du deuxieme personnage, de celui qui dit que la maladie n 'est qu 'un
épisode cyclique. La négation du monde de « I'humanisme spirituel »
est exprimée par le troisieme personnage qui dit : la maladie étant
incurable, núeux vaut que le souffrant meure.
Or ces trois attitudes envers le monde - historiquement manifes­
tées dans I'Hellénisme palen, dans le Brahmanisme hindou et dans le
Bouddhisme - se distinguent de la quatrieme, de celle de
l'intervention active en vue de I'accomplissement de I'reuvre de la
purification et de la régénération du monde, en ce qu'illeur manque
I'impulsion et la foí thérapeutiques, tandis que I'attitude, qui se
manifeste historiquement dans les religions prophétiques (iranienne,
judalque et islanúque) et dans la religion du salut (le christianisme)
ou la rénovation du monde est la force motrice et le but final, est
essentiellement thérapeutique. C'es le quatrieme personnage de notre
parabole - celui qui agit et guérit le mala de par la transfusion de
son sang - qui représente I'attitude chrétíenne, qui comprend et
réalise celles des religions prophétiques. L'idéal chrétien est la réno­
vation du monde, «le nouveau ciel et la nouvelle terre » (Apocalypse
XXI), la Résurrection Universelle.
L'idée et I'idéal de la Résurrection vont plus loin que la négation
de la nature, comme c'est le cas de « l'humanisme spirituel» ou
Bouddhisme. lis signifient sa transformation complete, l 'reuvre
alchinúque d'envergure cosnúque de la transmutation de la nature
aussi bien matérielle que spirituelle du « del» et de la «terre ». Il
n'y a pas d'idée et d'idéal plus hardis, plus contraires a toute expé­
rience empirique, plus choquants pour le sens commun que ceux de la
Résurrection. En effet, I'idée et I'idéal de la Résurrection présup­
posent une force d'ame qui la rende capable non seulement de s'af­
franchir de I'influence hypnotisante de la totalité des faits empiriques
- de se détacher du monde, de se décider a devenir
esprit moteur au Iieu d 'esprit mü, de participer activement au pro­
cessus de I'évolution du monde - mais encore de s'élever jusqu'a la
participation de la conscience a I'reuvre de Magie Divine, a I'opéra­
tion magique d'envergure cosnúque dont le but est la Résurrection.
L'idée ,I'idéal et I'reuvre de la Résurrection comporten tia «cinquieme
660
ascese ». U Y a «l'ascese naturelle », celle qui consiste a modérer les
désirs en vue de la $Onté; il y a «I'ascese de détachement », celle
de I'esprit conscient de soi-meme et de son immortalité en face
des choses passageres et de moindre valeur, en vue de la liberté;
iI y a «I'ascese d'attachement», celle de I'amour de Dieu ou I'a­
mant se dévét de tout ce qui intervient entre lui et l'Aimé, en vue
de l'uníon; il Y a « l 'ascese de traversée », celle de la participation
active a I'évolution, ' du travail et de I'effort humaín
tendus vers la perfection; il Y a enfm «l 'ascese de la Magie Divine »,
celle du Grand CEuvre de la Résu"ection, qui comprend et couronne
toutes les autres «asceses », puisque I'reuvre de la Magie Divine
présuppose l'union avec la volonté divine, la réalisation et le dépas­
sement de I'évolution, la liberté complete de I'esprit et l'action théra­
peutique comprenant la nature entiere,
L'idée, 1 'idéal et I'reuvre de la Résurrection font doncappel a ce qu'il
y a de plus créatif, de plus généreux et de plus courageux dans I'ame
humaine. Car ils invitent l'ame a devenir I'instrument conscient et actif
de l'accomplissement - ni plus ni moins que - d 'un míracle d 'envergure
I.'Osnúque. Voila quelle foi, quelle espérance, quel arnour impliquent
I'idée, I'idéal et I'reuvre de la Résurrection ! En face de I'idée de la Résur­
Icction, peut-on ne pas se souvenir des mots de Saint Paul ?
«Ou est le $Oge ? ou est le scribe ? ou est le disputeur
de ce monde? Car puisque le monde, avec $O $Ogesse,
na point connu Dieu dans la $Ogesse de Dieu, i/ a plu
aDieu de $Ouver les croyants par la folie de la prédi­
caUon. » (1 COrinthiens, lI, 20-22).
l a folie de la prédication. L'idée , I'idéal et I'reuvre de la Résur­
II·!,. ion doivent-ils encore étre qualifiés de folie de la prédication
111 11111 rd 'hui, dix-neuf siecles plus tard ? Apres dix-neuf
lI' dcs d 'effort et d 'évolution de la pensée humaine religieuse, phiso­
il!,luljuc, scientifique et -last not least- hermétique ? Apres Saínt
\\II;II I'i TlN, Saínt Albert le GRAND, Saínt Thomas d'AQUIN,Saint
'l/ IN i\ V":NTURE, les grands mystiques, les maltres alchimistes, lapléla­
d,. .trN phUosophes idéalistes, I'évolutionnisme scientifique, apres la
de profondeur et la psychologie d, profondeur, apres
i Ir 111 1 ;SON , Teilhard de CHARDIN etJUNG ?
" 11 d':III'rcs termes, la pensée humaine, douée de bonne volonté
1,, ·111 unlf siecles de recherche, n'est-elle pas núeux équipée
1" ,111 11 .. 11 dllllS ¡'idée, I'idéal et I'reuvre de la Résurrection plus que la
11'11· D. ' 1: , !11t'jdication » ?
661
Une méditation honnete et profonde sur l'idée, I'idéal et I'reuvre
de la Résurrection - c'est-a-dire sur le XX
e
Arcane du Tarot - est le
seul moyen de répondre a cette question.
Rendons-nous compte, d 'abord, de la contexture de la Lan'le de
l'Arcane. Aussi bien le Tarot de Marseille (1761) que le Tarot de
FAUTRIEZ (1753-1793) et celui de Court de GtBELlN représentent
un homme et une femme qui contemplent la résurrection d 'un troi­
sieme personnage, d 'un adolescent. La Lame représente une espece
de « parallélograrnme des forces ressuscitantes» : l'Ange ala Trom­
pette en hau t, l 'amour paternel du pere (a droite) et de la mere (a
gauche), et, en bas, le surgissement du res suscité d'un tombeau
ouvert. L 'homme et la femme sont hors du tombeau; c'est leur enfant
_ un adolescent - qui est ressuscité. Nous avons done devant nous le
parallélogramme que voici :
Ange
$'0'
Enfanl
Cette figure géorretrique, dégagée de I'imagede la Lame du XX
e
Arcane, met en relief la composition des fOrce s réalisant la Résurrec­
tion : le son de la trompette de l'Ange, l'amour paternel et maternel,
et I'effort de redressement de I'asolescent ressuscité. C'es la meme
composition des forces opérantes que nous retrouvons dans la résur­
rection de Lazare aBéthanie (Jean, XIII) ou Jésus jouait ala fois le
role de l'Ange, du Pere et de la Mere.
Jésus pleure. Sur quoi les Juifs dirent : Voyez comme
ill'aimait ... Jésus, frémissant de nouveau en lui-méme,
se rendit au sépulcre. C'était une grotte, et une piure
était placée devant_ Jésus dit : ótez la pie"e... l/s
oterent done la pie"e. Jésus cria d'une voix forte :
Lazare, sors ! Et le mort sortit, les pieds et les mains
/iés de bandes, et le visage enveloppé d 'un linge. Jésus
leur dit : Déliez-le, et laissez-le al/ero
Or Jésus pleurant manifeste l'amour tendre de la Mere; Jésus frémis­
sant de nouveau en lui-meme, se rendant au sépulcre et disant : otez la
pierre, manifeste l'amour actif du Pere; et Jésus criant d'une voixfortc:
Lazare,sors ! sonne de la trompette en rempla<;antl'Ange de la Résurrcc­
tion. La voix forte criant : Lazare, sors ! c'est le son de la trompettc
de la Résurrection qui transforme en appel magique l'amour de 1;1
Mere et I'amour du Pere.
662
La magie de la Résurrection, theme du XX
e
Arcane du Tarot, est
done ceIle du son de la Voix de I'amour de la Mere et de l'amour du
Pere réunis. De meme que le pere et la mere terrestres donnent la vie
al'enfant lors de son incarnation alors que l'Ange de la Vie sonne de
la trompette pour appeler son ame aI'incarnation - et la «trompette »
formée de ses ailes en tuyau, est alors tournée vers le haut -, de meme
le Pere et la Mere célestes redonnant la vie aI'enfant lors de sa résur­
rection alors que l'Ange de la Résurrection sonne de la trompette pour
appeler son áme et son corps a la résurrection - et la «trompette »
formée de ses ailes en tuyau, est alors tournée vers le bas -.
Tel est le sens général de l'Arcane. II s'agit maintenant de compren­
dre les « détails », c'est-a-dire de le comprendre concretement. Reste
acomprendre le L'omment de la résurrection.
Or l'oubli, le sommeil et la mort son t opposés au souvenir, au
réveil et a la naissance dans la vie humaine terrestre; I'oubli, le som­
meil et la mort sont membres d'une méme famille. On dit que le
sommeil est le frere cadet de la mort; iI serait juste, au meme titre, de
dire que I'oubli est le frere cadet du sommeil. L'oubli, le sommeil et
la mort sont trois degrés d 'une seule chose, c'est-a-dire du processus
de l'élimination d'un étre conscient et vivant. n est a noter que
I'histoire de la résurrection de Lazare que nous venons de citer fait,
elle aussi, état de la chaine oubli-sommeil-mort. 11 y est dit :
or Jésus aimait Marthe, et sa saur, et Lazare. Lors
donc qu 'il eut appris que Lazare était malade, i/ resta
deux jours encore dans le lieu ou il était ... (apres)
il leur dit : Lazare, notre ami, dort; mais je vais le
révei/ler ... Alors Jésus leur dit ouvertement : Lazare
est mort... Sur quoí Thomas, appelé Didyme, dit aux
autres disciples : Al/ons aussi afin de mourir avec
luí. »
Thomas le dit, ayant compris que le Maltre avait pennis a
I'"uhli (en restant deux jours encore dans le lieu apres avoir
tPl'rlA que Lazare était malade), au sornmeil (<< Lazare dort»)
I ti In mort d 'accomplir leur reuvre ; car si telle était la volonté
dli MlIi tre qui aimait tant Lazare, iI vaudrait mieux pour les disciples
" .. 'Un U1c·urent aussi avec Lazare. Thomas ne se trompait pas, le
n 111' nvait bien en ce cas donné plein pouvoir a l'oubli, au som­
111· 11 1, 1 " la mort. D'ou la concIusion : allons aussi, afm de mourir

I • 1/l lll cl érons maintenant de plus pres les deux chafnes analogiques
663
opposées : celle de I'oubli, du sornmeíl et de la mort d'une part, et
celle du souvenir, du réveil et de la naissance d 'autre part, afin d 'acqué­
rir I 'outillage conceptuel qui nous permette d 'aborder le mystére de
la Résurreetion.
Nous savons que notre conscience personnelle, la eonscienee que
nous avons ehaque jour, a I'état de veille, pendant seize heures,n'est
qu'une faible partie de la totalité de notre eonscience. Elle n'est
qu'une tranche de l'ensemble, qu'un point focal de l'action, c'estca
dire du jugement, de la parole et du fait .
En effet a ehaque moment donné, le eontenu de notre eonscience
a I 'état de veille est limité a ce qui a trait a ce que nous sornmes en
train de juger, de dire ou de faire ou bien que nous allons juger, dire
ou faire. Le reste, e'est·a-dire tout ce qui ne eonceme pas l'action
intérieure ou extérieure, n'est pas présent dans notre eonscience
et se trouve «ailleurs». Car I'aetion eomporte la concentration de
la eonscienee, e'est-a-dire la séleetion de la totalité des images et
des eoncepts de notre eonscience qui nous intéressent en vue de
l'aetion. Ainsi tout ce que vous savez .de I'astronomie, de la chimie,
de l'histoire et de la jurisprudence est absent et se trouve relégué
dans les ténebres de l'oubli temporaire lorsque, par exemple vous
diseutez de votre jardin avee le jardinier. Pour agir, il faut oublier.
En revanche, l'aetion exige qu'on puise aux meme ténebres de
l'oubli temporaire toutes les images de la mémoire et tous les coneepts
du savoir qui pourront étre utiles. Pour agir, il faut se rappeler.
Oublier, e'est done renvoyer les ehoses qui ne nous intéressent
pas dan s les ténebres de la mémoire latente; et se rappeler les choses,
e'est les appeler de nouveau ala conscience de soi active, paree qu'elles
nous intéressent, c'est les faire surgir des memes ténebres de la mémoire
latente. Il va done de soi que ee ne sont pas les images et les concepts qui
naissen t et périssent lorsque nous nous les rappelons ou lorsque nous les
oublions, mais qu'ils se présentent a notre esprit ou s'enéloignent.
Etre doué «d 'une bonne coneentration » revient done a la faculté de
chasser vite ou completement toutes les images et tous les concepts
qui sont inutiles pour I'action. C'est la maitrise de I'art d'oublier.
Etre doué d'une «bonne mémoire» par contre, désigne la mai·
trise du mécanisme du rappel, qui rend présents les images et les
eoncepts dont on a besoin. C'est la maitrise de I'art de se rappeler.
Il y a donc un va-et·vient continuel entre la conscience ordinaire
de l'état de veille (ou conscience cérébrale) et le domaine de la mé·
moire. Chaque «va» correspond a I'action de s'endormir et a celle
de mourir. Chaque «vient » correspond au réveil et ala résurrectiofl.
664
Toute représentation qui s'en va du champ de la conscience
cérébrale éprouve un sort analogue a celui qu'énonce le dire:
«Lazare SOIS !»
La mémoire nous foumit donc la clef d'analogie qui permet a
l'intelligence de ne pas rester simplement interdite en face du pro­
bléme de la résurrection. Elle le rend intelligible.
En effet, l'analogie entre « la voix forte » qui rappela Lazare a la
vie et I'effort intérieur qui évoque un souvenir révele, mutatis mu­
tandis, I'essence de la magie de «la voix forte » de Jésus et du «son
de trompette» de l'Ange de la Résurrection. Voici de quoi il s'agit.
L'expérience nous enseigne que nous oublions aisément et nous
nous rappelons difficilement les moses auxquelles nous n'attachons
pas de prix, que nous n'aimons paso On oublie ce qu'on n'aime pas
et on n'oublie jamais ce qu'on aime. C'est l'amour qui nous donne
le pouvoir de nous rappeler, au moment voulu, les choses que notre
ca:ur préserve « chaudes ». L'indifférence par contre, fait tout oublier.
Il en est de meme du «réveil et de la résurrection des morts ».
L 'indifférence cosmique (que nous appelons «la matiere ») n'y est
pour rien, mais l'amour cosmique (que nous appelons «Esprit»)
aecomplira l'acte magique de la résurrection, c'est-a-dire la réinté­
gration de l'unité inséparable de l'esprit, de l'ame et du corps, non
pas par voie de naissance (de réincarnation), mais par la voie de l'acte
rnagique de la Mémoire Divine.
Que peut-on dire de la Mémoire Divine ?
L'ensemble, aussi bien de la pensée d'Henri BERGSON que de
I't) xpérience c1inique de la neuro-pathologie modeme, établit comme
¡"ait certain que rien ne s'oublie en réalité pour la totalité de la vie
I'sychique humaine et que les choses dites «oubliées» se trouvent
t1 I1 I1S la partie inconsciente (c'est-a-dire extracérébrale) de la vie
w¡ychique. n est une mémoire complete dans les profondeurs de
I'Jllconscient ou rien ne s'oublie.
I.'ctre humain, le microcosme n'oublie rien; le macrocosme, le
IIlonde n'oublie rien non plus. Ce que la littérature occultiste ap­
IJll lle «la chronique d'Akasha» est a l'histoire qui est en train de se
cornme la mémoire du moi conscient en train d'agir est a la
totale de l'inconscient psychique. La « chronique d'Akasha»
1 I'analogie macrocosmique de li mémoire totale inconsciente
1" 11 plutót extra-consciente) microcosmique. Et de meme que la
' 1"l ltIoiro totale psychique n'est pas inactive et qu'elle affecte sou­
YI III la santé psychique, de meme la «chronique d'Akasha» joue
665
----
--
-
souvent un role décisif dans le déroulement de l1listoire universelle.
Ces deux termes analogiques - « rremoire totale psychique » de
l'individu et « rremoire cosrnique» ou « chronique d'Akasha» ­
sont trop 11 faut encore distinguer et spécifier - ce que ne
font guere ni la psychologie des profondeurs ni la littérature occultiste.
L 'une et l'autre en effet traitant la «Mémoire totale psychique » et
la « chronique d'Akasha» en bloc, cornme s'il s'agissait d'unités
uruformes et homogenes sans différence et contrastes intérieurs.
Pourtant des différences et des contrastes existent meme en
de chacun de leur domaine. Dans la « rremoire totale psychique », il
faut distinguer entre le tableau pur et simple du passé entier, la
structure ou « tableau logique» du passé et, enftn, le chemin par·
couru ou « tableau moral» du passé. Ces trois « tableaux» de la
mémoire psychique correspondent aux trois especes de la rremoire
telle que nous la connaissons dans notre vie consciente : la mémoire
automatique, la rremoire logique et la rremoire morale. La « rre·
mémoire automatique » est la faculté psycho-physique de reproduire,
quasi automatiquement, gráce au fonctionnement de mécanismes
d'association, dans l'imagination, tous les faits du passé cornme une
matiere prerniere a la disposítíon du moi conscient afin que celui-ci
en fasse usage et en dégage les éléments dont il a besoin. Le tableau
du passé presenté par la « rremoire autornatíque» ou purement
associatíve, est indifférent en ce qui concerne la logique et la morale :
ce n'est qu'un complexe des faits du passé déroulé devant l'reil inté­
rieur cornme un film cinématographíque sonore et en couleurs. Et
c'est au spectateur, c'est-a-díre au moi conscient, d'en dégager les
faits saíllants et pertinents.
La « rremoire autornatíque» est l'atout de l'enfance et de la
jeunesse. C'est grace a elle que les enfants et les jeunes gens sont a
meme d'apprendre la quantité énorme des choses dont ils ont besoin
ou pourront avoir besoin dans ce monde, avec la facilité et la vitesse
prodígíeuses propres a leur áge. Pourtant, il n'en sera plus ainsi chez
la personne qui a atteint l'áge mOr . La « mémoi.re automatique»
s'affaiblit a mesure que l'áge avance. La personne d'age mOr trou­
vera qu'elle ne peut plus se fier autant a sa mémoire automatique
qu'il y a dix ou quinze ans, qu'il lui faut désormais un certain effort
pour en combler les lacunes de plus en plus fréquentes. C'est alors
l'effort logique qui vient au secours du fonctionnement quasí auto­
matique du mécanisme associatif défaillant. C'est l'enchainemcnt
logíque des causes et des effets qui remplace alors peu a peu le jeu
automatique des associations. On est porté a remplacer de plus eH
666
plus le tableau quasi photographique du passé dans la mémoire par le
tableau des faits pertinents reliés entre eux par un rapport logique.
La « mémoire logique », ou la force évocatrice du passé est l'intel­
lígence et non plus l'automatisme irrationnel du jeu des associations,
tisse un tableau du passé selon les lignes des enchainements que l'intel­
ligence trouve pertinents. On ne se rappelle pas les choses simple­
ment parce qu'elles ont eu lieu, mais parce qu'elles ont joué un role
dont les effets se prolongent dans le présent.
Puis, la «mémoire logique» qui a remplacé la mémoire auto­
matique cede· a sOI.l tour la suprématie a la «mémoire morale» .
La « mémoire morale» présente au tableau du passé dont la
contexture signale les faits et leur enchainement non en tant qu'ils
ont eu lieu, ni en tant qu'ils ont joué un role logiquement pertinent,
mais surtout en tant qu'ils révelent un sens et une valeur moraux.
Dans la vieillesse, la « mémoire morale» remplace de plus en plus
la « mémoire logique» et la force de la mémoire dépend alors de
l'intensíté de la vie morale et spirituelle. Et cornme il n'y a rien dans le
monde de si insignifiant qu'il soit au-dessous des valeurs morales et
spirituelles et rien de si haut qu 'i! soit au-dessus d 'elles, la « mémoi­
re morale » dans la vieillesse d 'une personne au creur éveillé peut, en
principe, remplir sans défaillance, toutes les fonctions de la « mé­
moire automatique » et de la « mémoire logique » .
Or la triple mémoire macrocosmique, la triple «Chronique de
l'Akasha» correspond a la triple mémoire rnicrocosmique : a la
« mémoire automatique », a la « mémoire logique » et ala «rr.5moire
lIlorale ».11 Y a en effet trois «chroniques de l'Akasha », bien que la
httérature occuItíste ne fasse cas que d 'une seule, dont on a coutume
dl' parler cornme d 'une sorte de mm cinématographique du passé du
IIl\mde, déroulant devant l'reil du voyant les choses et les événements
,,·IN qu'ils furent, dans tous leurs détails, avec une exactitude quasi
I'ho tographique.
('ctte chronique, qui d 'ailleurs existe bien, a une caractéristique
IlItI\Jllere : plus elle remonte dans le passé, plus elle manifeste ces
""!lX tendances contraires, a savoir une remontée vers les spheres
11I I6 IÍcures et, sirnultannment, une descente vers les spheres infé­
t h lll éS. On pourrait dire qu'elle se divise en deux parties dont l'une
, ,1 11 il(c vers le hau t et l'au tre vers le bas :
Passé - - - - _::::::: 30 Image d'Akasha
667
Il Y a un double processus d30s la « chronique de l'Akasha» ; elle
se spiritualise et se concrétise a la fois au fur et a mesure qu'elle
s'éloigne du présent d30s le passé. On pourrait comparer ce proces­
sus a ce qui arrive en automne avec les arbres ; les feuilles se séparent
de I'arbre, elles tombent sur le sol, et l'arbre lui-meme, réduit al'es­
sentieI de sa -e dessine en Iignes plus austeres et plus précíses
sur le fond du cíel.
Il s'agit en effet d'un processus comparable acelui de I'abstraction.
De meme que dans le processus de I'abstraction tout ce qui n'est pas
essentiel est écarté, de meme dans la « Chronique de I'Akasha» une
sélection de l'essentiel s'opere ; du meme coup se dégage une nouvelle
«Chronique de l'Akasha)/ spirituaüsée, t30dis que les « déchets » qui
subsistent, teIles les feuilles mortes, constituent encore une autre
«Chronique de l'Akasha», la chronique inférieure. CeIle-ci descend
de sphere en sphere et aboutit ala sphere souterraine.
La «Chronique de I'Akasha» qui se présente d'abord comme une et
indivise, se diffracte donc en deux «chroniques» distinctes situées dans
des spheres différentes. L'une est essentiellement de caractere qualitatif;
I'autre est de caractere quantitatif. Cela veut dire que la « chronique
supérieure» ne retient que les faits-symboles, les faits-types représenta­
tifs d'une série entiere, abstraction faite de leur nombre, alors que la
« chronique inférieure» est précisément constituée par ces séries de
faits, rejetés comme inutiles par la « chronique supérieure ».
Ainsi donc, de meme que la « mémoire logique» se dégage de la
« mémoire automatique» et la remplace a I'age mür dans la vie
individuelIe, de meme la « chronique supérieure» se dégage de la
« chronique de l'Akasha», remplace ce qui devient la « chronique
inférieure » et qui descend daos la sphere souterraine.
La « chronique supérieure » est la mémoire intelligente de l'histoire
du monde. C'est le « Livre de Vérité » que I'on peut non seulement
Jire, c 'est-a-dire voir, mais encore « avaler », c'est-a-dire assimiler,
de sorte qu 'jJ devienne toujours présent en nous, Livre qui « est amer
aux entrailles de celui qui I'a avalé, mais qui est doux comme du
núel d30s sa bouche» (Apocalypse X, 10). L'autre Jivre, le « Livrc
des Archives» ou le « Livre des Faits» n'est pas lié a I'initiation;
il ne peut pas etre « avalé»; on n'y peut puiser de renseignements
que par des procédés tels que la psychométrie, la c1airvoyance
diumnique ou encore par I'intermédiaire des etres qui ont accCs
ala région souterraine OU il se trouve .
Il est encore un autre « Livre », le «Livre de Vie », dont p:1I k
l'Apocalypse (XX, 12), OU iI est dit ;
668
{: Des livres tuTeNt ouven9. Et un autre livre fut ouvert,
celui qui est le livre de vie. Et les morts furent jugés
selon leurs auvres, d'apres ce qui était écrit dans ces
livres. ;;
Le « Livre de Vie» est la troisieme «Chronique de l'Akasha »
qui correspond a la « mémoire morale» de la vie individuelle
humaine . Elle ne contient que C6 qui est de valeur éternelle, ce
qui est digne de vivre éternellement, ce qui est digne de la Résur­
rection.
La troisieme « Chronique de l'Akasha» ou le « Livre de Vie» ne
contient le passé qu'en t30t qu'il a une portée pour I 'avenir, et I'avenir
qu'en t30t qu'il a une portée pour I'éternité.
Mais ne croyez pas, Cher Ami Inconnu, que la troisieme «Chro­
nique de I'Akasha» ou le « Livre de Vie» n 'est constitué que de
«grandes choses», qu'on n' y trouve pas des choses de la vie dite
«quotidienne» ou «ordinaire ». II n 'y a rien au monde qui soit
assez insignifi30t pour etre au-dessous de la valeur moral e (c'est-f¡­
dire éternelle) et il n'y a rien de teIlement haut qu'il soit au-dessus.
('ctte «chronique» contient en effet mainte chose jugée « petite »,
mrus qui est grande dans le contexte de la vie morale . On y trouve par
I,xcmple les textes complets des m30uscrits con fié s aux quatre vents
,>,1 peut-etre tombés entre les mains de quelqu'un qu'ils aideront a
Kl llTl dir. On y entend aussi la priere portée par le souffle dernier du
IlIourant, connu ' comme athée et agnostique, la priere que personne
cntendue, et a laquelle personne ne s'est attendu . On y yerra
Ir, layonnement des petites pieces mises par de « pauvres veuves»
"""N les « troncs des temples», ainsi que maintes autres choses,
¡il J(t'CS petites par le monde.
1 ,1) « Livre de Vie» est donc la mémoire morale du monde. Il
' IJ ,'onlicnt pas les péchés pardonnés et expiés. Tout pardon et
-"I h' Qxpiation comportent un ch30gement dans le « Livre de Vie »
111 111 « troisieme Chronique de l'Akasha». C'est pourquoi il est
I /fl lf¡l/llmen! modifié, écrit et de jour en jour. Car, de
Iu
f
mr I¡IIC d30s la mémoire morale individuelle on biffe les comptes
IIvec ceux a qui on a pardonné et on les oublie conscíem­
111' i l! , ,!tI meme les péchés pardonnés et expiés sont-ils effacés du
Vie ». La mémoire divine oublie les péchés pardonnés et
la troisieme «Chronique de l'Akasha», ou le « Livre
, '1"
1
cst I'essence du Karma. Le Karrna est devenu, depuis
669
l'Incarnation du Christ, l'affaire du Seigneur du Karma, qui est Jésus­
Christ. Car non seulement Jésus-Christ precha la Nouvelle Loi qui doit
remplacer l'Ancienne Loi «ceil pour ceil et dent pour dent », mais en­
core illa réalisa aI'échelle cosmique en élevant le «Livre de Vie » au­
dessus des «livres de comptes» de la stricte justice. Le Karma n'est
donc plus seulement la loi des causes et des effets qui opere d'incar­
nation en incarnation, il est surtout le moyen de salut, c'est-a-dire
le moyen d'effectuer des inscriptions nouvelles dans le «Livre de
Vie» et d'en effacer d'autres. Le sens cosmique du sacrement de
Baptéme est I'acte du passage de I'áme du Karma ancien, c'est-a-dire
de la «loi des reglements de comptes», au Karma nouveau, a la
loi du pardon du «Livre de Vie». Et c'est cette vérité que l'on
confesse en récitant les mots du Credo : Confiteor unum baptisma in
remissionem peccatorum (le reconnais un seul baptéme pour la
rémission des péchés). Car la rémission des péchés signifie leur effa­
cement dans la «troisieme Chronique de l'Akasha », dans le « Livre
de Vie».
Les trois «Chroniques de l'Akasha » se trouvent dans des spheres
différentes :
Chronique morale
Chronique logique
Chronique des faits
C'est surtout dans la premiere chronique, celle des faits, que les
entités des hiérarchies de gauche, c'est-a-dire celles de la stricte
justice, puisent les preuves de leurs accusations. Elle constitue les
archives des procureurs cosmiques.
La deuxieme chronique, la chronique logique est, pour ajnsi
dire, l'ensemble des comptes rendus du débat millénaire entre le
procureurs et les avocats cosmiques, c'est-a-dire entre les hiérarchies
de gauche et celles de droite, ou entre le Bien et le Mal. La deuxiemc
«Chronique de l'Akasha» indique, pour chaque moment donné,
l'équilibre qu'il ya dans le monde entre le Bien et le Mal.
La troisieme «Chronique de l'Akasha» est la source de la force
sereine des hiérarchies de droite; elle contient les raisons qui viennent
a I'appui de leur foi en la justice de la cause de I'évolution du monoe
et de l'humanité ainsi qu'en I'ultime salut universel. La troisieme chw
nique concerne la Résurrection, la réintégration des étres, tandis qllt'
la deuxieme est l'histoire de l'équilibre, c'est-a-dire du Karma dll
monde, I'équilibre entre le Bien et le Mal. La premiere chroni<¡II('
670
- celle des faits purs et simples - fournit les points d 'apptll all"
arguments des hiérarchies de gauche, qui ne croient pas en l'humanité
et I 'accusent sur tous les points ou des reproches peuvent lui étre faits.
LEIBNIz a énoncé la formule classique de l'optimisme philoso­
phique le plus radical: «Ce monde est le meilleurde tous les mondes
concevables ». Cet optimisme radical d 'un homme qui fut, en ce qui
concerne sa vie personnelle, plus malheureux que beaucoup d'autres,
resterait incompréhensible, si son expérience nocturne de la «troisieme
Chronique de I'Akasha» n'était pas prise en considération. II faut
notamment signaler le fait que certaines individualités (peu importe
leur nombre) sont parfois admises a la lecture du «Livre de Vie »,
c'est-a-dire que leur est montrée, par la grace du Gardien de ce Livre,
en état de sommeil, la « troisieme Chronique de l'Akasha». Elles
doivent oublier cette expérience dans leur conscience diurne, puisque
celle-ci ne pourrait pas supporter un tel surcroft de connaissance, mais
ce qui leur reste, c'est son résumé psychique, gage de la force de la
foi optimiste, telle que LEIBNIZ, par exemple I'a eue. Sa foi opti­
miste était le résidu, dans la conscience diurne, de la connaissance
nocturne oubliée.
II peut de méme arriver qu'un esprit vive I'expérience nocturne de
la lecture de la «deuxieme Chronique de I'Akasha ». Il en resulte
la conviction inébranlable, formulée, par exemple par Fr. SCHlLLER
« L 'histoire du monde, c'est le jugement du monde» (Die Weltge­
;hichte ist das Weltgericht), autrement dit, l'histoire du monde est
l' n jugement perpétuel ou Karma.
Non seulement, il Y a diverses «Chroniques de l'Akasha », mais
II core on peut les expérimenter ou les «lire» de diverses monieres.
I)n peut « voir » la Chronique, on peut 1'« entendre », on peut «étre
1,!,ls » en elle ou «etre plongé» en elle. Cela veut dire que des
1' II IIlcs de la « Chronique de l'Akasha» peuvent étre objets de vision,
,,1/ útre entendues ·comme une ceuvre drarnatique ou musicale, ou
• JI' IIIC devenir partie intégrante ou structurelle de I'esprit et de l'ame
.1, 1'
11
xpérimentateur. Celui-ci s'identifie a elle tandis qu'elle vit et
" 1"'/1' en lui . Telle est la signification du passage de l'Apocalypse de
11111 J CUll ou il est dit (Apoc. X, JO) qu'unlivrefutavalé «quiest amer
J, > l) ulrailIes de celui qui I'a avalé, mais qui est doux comme du miel
l il ll _11 houche ». Car iJ est caractéristique que I'expérience intuitive
1I
.Illllxieme «Chronique de l'Akasha» comporte un état de
)(1 psychique dO a la gravité de son contenu, mais que cette
111. 1 SÜ transforme en joie aussitót que I'expérience intuitive est
"lIlllprise par I'intelligence, c'est-a-dire lorsqu'elle devient
671
« parole articulée» . Elle devient alors «douce comme du miel dans
la bouche» .
Quelle que soit la maniere dont s'opere la « lecture de la Chronique
de l'Akasha », il s'agit toujours de parties ou d'extraits, car nulesprit
humain - fOt-il désincamé - ne pourrait supporter le tout. Il faut
étre de la taille spirituelle de l'Archange Michael pour pouvoir suppor­
ter la « deuxieme Chronique de l'Akasha » , tou te en tiere et de la taille
du Chérubin Gardien de la Porte du Paradis pour supporter l'ensemble
de la «troisieme Chronique de l'Akasha ».
Ainsi donc les expériences de la « Chronique de l' Akasha », éprou­
vée par des occultistes, des ésotéristes, des mystiques et des hermé­
tistes, sont toujours partielles. En regle générale, leur étendue sup­
portable est plus grande dans l'expérience intuitive; elle diminue pour
1 'expérience inspirative, et elle est encore plus límitée pour l'expé­
rience visionnaire. Fabre d'OUVET, par exemple, a fondé son ceuvre,
Histoire philosophique du genre humain, sur un certain nombre
de visions ou de scenes de la «deuxieme Chronique de l'Akasha ». Ce
sont des extraits, quelques pages d'un gros livre, et c'est sa spéculation
intellectuelle qui établít le líen entre les scenes isolées de ses visions
et comble les lacunes entre ce qu'il a vu et ce qu'il n'a pas vu. Aussi
a-t-il, a juste titre, intitulé son ceuvre Histoire philosophique du genre
humain car l'essentiel de son ouvrage est da a sa philosophie, c'est-a­
dire a l'interprétation et a la spéculation intellectuelles. Ce serait
une grave erreur que de considérer le livre de Fabre d'OUVET comme
unp- révé/ation ou un ex posé pur et simple de ce qu'il a lu dans la
{( Chronique de l'Akasha» . On y trouve non seulement des pas­
sages ou les préférences del'auteur jouent un róle, mais aussi des
préjugés (contre le christianisme, par exemple); cela, d'ailleurs, ne
remet pas en cause son mérite d'avoir été « l'ange de la tradition »
au commencement du dix-neuvieme siecle et d'avoir éveillé - sauvé
peut-étre - quélques aspects importants de la Tradition hermétique.
Car c'est lui qui, le premier, a élevé l'Histoire au niveau de l'Hermé­
tisme, auquel jusqu'ici, échappait trop évidemment la vision de
l'histoire du monde. Avant Fabre d'OUVET, l'aspect mystique ­
le grand ceuvre alclúmique, l'ceuvre intérieure du nouvel homme et
celui de la Magie Sacrée - jouait le róle principal dans I'Hermétisme.
Gntce a lui se déclencha un courant de l'histoire ésotérique dont
les représentants seront Saint-YvES d'Alveydre, BLAVATZKY et
Rudolf STEINER, pour ne citer que les plus connus. Mais, bien
que depuis le temps de Fabre d'OUVET, l'historisme ésotérique ait
connu un développement inoul et que des amvres grandioses aient vu
672
le jour - par exemple sur La Chronique de fAkasha et les -chapitres
de 1 'histoire cosmique de La Science Occulte du 1)1' Rudolf STEINER
(Aus der Akasha-Chronik; Geheimwissenschaft im Umri(J), ce que
nóus venons de dire de l'ceuvre de Fabre d'OUVET s'applique éga­
lement a ses successeurs. Quelle que soit l'étendue de leur expérience
et leurs efforts pour la faire valoir, l'expérience de la «Chronique
d'Akasha» reste fragmentaire. Chacun des auteurs de l'histoire
ésotérique comble les lacunes de son expérience en recourrant a
l'intelligence et al'érudition dont il dispose.
La situation de l'historisme ésotérique est telle aujourd'hui qu'on
ne peut pas jurer sur une ceuvre particuliere, il faut s'appuyer sur
le travail collectif poursuivi de génération en génération, c'est-a­
dire la tradition vivante , 011 chacun continue le travail de ces devan­
ciers, en confirme la vérité, en comble les lacunes et en corrige les
erreurs d'interprétation ou de visiono Personne ne devrait plus au­
jourd 'hui « recommencer tout a zéro » dans le domaine de 1 'histoire
ésotérique, fllt-i1 le plus profond des voyants et le plus grand des
penseurs. n s'agira dorénavant, non pas d'éclairs de génie isolés mais
d 'un effort con tinu collectif de la tradition, ce qui veu t dire I 'accrois­
sement lent, mais continu, de la lumiere dont l'aube fut l'ceuvre de
Fabre d'OUVET .
Cher Ami Inconnu, vous qui lísez ces lígnes écrites en 1965
apres quelque 50 ans d'effort et d'expérience dans le domaine de
I'Hermétisme, ne les regardez pas, je vous en prie,. comme un sim­
ple vceu en faveur du progres de l'historisme hermétique, mais com­
me un testament faisant de vous qui lísez ces lígnes le manda­
talre d'une telle tache, si, toutefois, vous y consentez. Faites alors
ce que vous jugerez bon, mais ne faites pas,je vous implore, une seule
dlOse : fander tme organisation, une association, une société ou un
ordre qui s'en chargerait. Car la Tradition vit, non pas grace aux
IIrganisations, mais malgré elles. Il faut se contenter de 1 'amitié
I'ure et simple pour préserver la vie d'une tradition; il ne faut
PU$ la confier aux soins des embaumeurs et momificateurs par
i)lU;ellence que sont les organisations, sauf celle fondée par Jésus­
( 'Í! ..¡st.
Revenons a la «Chronique de l'Akasha». Celle-ci peu t se révéler,
"JIIOle vous le voyez, dans l'ame humaine, soit resserrée jusqu'a
11, pointe de fleche comme dans les énoncés de LEIBNIZ et de
~ l t ' , jJ L.LJo:R : «Ce monde est le meilleur des mondes concevables»
I « l 'histoire du monde et le jugement du monde», soit encore en
,In. de tableaux ou de pieces dramatiques qui donnent líeu aux
673
ouvrages sur I'histoire ésotérique du et de l 'humanité. Quel
que soit son mode de révélation, raccourci extreme ou déploiement
quasi illimité, son effe! est toujours le meme: l'optinúsme cos­
mique (la foí de Pierre Teilhard de CHARDIN) et le sen s accru de la
responsabilité historique (la préoccupation de Carl Gustav lUNG).
En d 'autres termes, le gain reste le meme que vous ayez la vision des
longs extraits de la Chronique dans votre conscience diurne, ou que
vous n'ayez rien de plus que le résumé psychique, résidu de I'expé­
rience de la Chronique éprouvée dans la conscience nocturne pendant
le sornrneil. L'expérience de la « troisieme Chronique» (du «Livre
de Vie ») a toujours pour effet que la croyance en Dieu et dans le salut
universel ultime, y compris le Salut du Diable (la foi d 'ORIGENE !)
devient inébranlable; toute expérience de la « deuxieme Chronique »
(celle de Karma du monde) a toujours pour effet d'éveiller et d'inten­
sifier le sens de la responsabilité individuelle vis-a-vis du sort universel;
(c'est le sens sous-jacent a la croyance en « dix justes qui justifient
le monde» !)
L'expérience de la prenúere Chronique (le « fIlm qui reproduit
le passé dans tous ses détails »), est comparable a celle de I'espionnage
organisé; elle fournit péle-mele une quantité de renseignements,
utiles et inutiles, dont il faut dégager le sens et l 'enchainement logique,
par un travail qui est essentiellement le meme que celui du journaliste
entrainé, ou de l'historien, témoin oculaire d'événements récents.
Cette «Chronique» n'enseigne guere; elle renseigne. Elle fournit une
masse de faits sans aucune sélection et peut-étre sans rapport avec le
probleme qui vous intéresse. L'ame humaine, qui fait l'expérience
de la « prenúere Chronique », se trouve et se sent perdue devant un
nombre excessif de faits incompris et meme incompréhensibles.
Tel est I'essentiel de la «Chronique de l'Akasha». Et l'essentiel
de cet essentiel est sa magie, c'est-a-dire l'effet vivifiant et éveillant
qu'elle produit 10rsqu'eUe devient un résumé du résumé. Car, si
vaste que soit la «Chronique », elle peut etre concentrée en une
seule parole, un seul son magique. Et cette concentration magique
de la « Chronique de l'Akasha », de la Mémoire du Monde, est préci­
sément la Trompette de l 'Ange qui figure dans le « parralélograrnme
des force s ressuscitantes» que représente la lame du xx
e
Arcane
du Tarot.
La trompette de l'Ange, c'est la «Chronique de l'Akasha» tout
entiere concentrée dans une seule parole ou dans un seul son, éveil­
lant, vivifiant et ressuscitant. Le symbole de la trompette se rapporte
en général a la concentration magique des contenus mystiques et
674
gnostiques. 11 signifie toujours la transformation d 'un monde d 'expé­
rience mystique et de connaissance gnostique en action magique.
La « trompette », dans le symbolisme hermétique, est la Mystique
et la Gnose devenues Magie.
Le « parallélograrnrne des forces» opérant la Résurrection, tel
qu'H est représenté par le XX
e
Arcane Majeur du Tarot, est done
constitué des forces suivantes : I'amour paternel et maternel, le
son de la Trompette d'en haut, c'est-a-dire le résumé magique de
la « Chronique de l'Akasha », et l'effort de redressement du ressus­
cité. Apres nous etre occupés de trois forces du parallélograrnme de
l'Arcane - I'amour du Pe re , l'amour de la Mere et le « Son de la
Trompette» -, il nous faut approfondir méditativement la quatrieme
force, celle de la réaetion active a l'action des trois forces qui ont
fait I'objet de notre méditation.
Les problemes soulevés concernent le róle de l'effort humain
(probleme « des reuvres» et de la grace en théologie) et la porté e
de la résurrecton : est-elle complete, embrasse-t-elle l'esprit, I'ame
et le corps, ou bien est-elle seulement spirituelle, enfin, quelIe est
la nature du « corps ressuscité » ?
Il va de soi que l'hornrne ne peut pas se ressusciter lui-méme.
Le XX
e
Arcane du Tarot, cornrne toutes les doctrines religieuses
sur la Résurrection (zoroastrienne,judalque, chrétienne et islanúque),
s'accordent Sur ce point. L 'hornme ne se ressuscitera pas de lui-meme,
il sera ressuscité. Bon gré, mal gré ? De gré ou de force?
En d 'autres termes, la Résurrection est-elle quelque chose qui
arrive purement et simplement a l'homme, sans aucune participation
de sa part, ou bien est-elIe un acte compréhensif qui embrasse le
cercIe ep.tier de ce qui est en haut et de ce qui est en bas, y compris
la volonté humaine ?
Revenons encore une fois a la résurrection de Lazare a Béthanie.
La, Jésus, apres avoír « frénú en esprit», apres avoir pleuré et « frémi
dc nouveau» et apres avoir « rendu graces au Pe re de ce qu'iI l'a
e xaucé », « cria d 'une voix forte : Lazare, sors ! » Et le mort sortit,
dit l'f:vangile, les pieds et les mains liés de bandes, et le enve­
Itlppé d'un linge.
Lazare est-il sorti du sépulcre comme un sornnanbule obéissant a
I 'ordre de l 'hypnotiseur, c'est-a-dire sous eontrainte magique? Ou
¡"¡ r·il sorti paree que la voix qu'il avait entendue, avait éveillé en lui
lIíJt I'amour, toute l'espérance et toute la foi qui vibraient en elle
,, ' qu'iI éprouva l'ardent désir d'étre pres de celui qui I'appelait?
l.:Jiphas LEVI, dans le troisieme livre de son reuvre La elef des
675
grands mysteres, adhere a la demiere hypothese. 11 éerit :
Les Iivres sacrés nous indiquent le procédé qu 'il faut
alors (pour rappeler l'time du défimt dans son Corps)
mettre en usage. Le prophete E/ie et l'apótre &int
Paul les ont employés avec succes. 11 s'agit de magné­
tiser le défunt en posant les pieds sur ses pieds, les
mains sur ses mains, la bouche sur sa bouche, puis de
réunir toute sa volonté et d'appeler longuement a soi
l'time échappée avec toutes les bienvei/lances et toutes
les ClUences mentales dont on est azpable. Si I'opé­
rateur inspire a I'ame défunte beaucou p d 'affeetion
ou un grand respeet, si dans la pensée qu 'illui cornmu­
nique rnagnétiquement le thaurnaturge peut lui per­
suader que la vie lui est encore nécessaire et que des
jours heureux lui sont encore prornis ici-bas, elle
reviendra eertainement, et pour les hommes de science
vu/gaire la mor! apparente n 'aura étéqu 'une léthargie. »
(page 237)
D'apres I!liphas LEvI, e'est I'affeetion et le respeet que le Maitre
inspirait a I'ame de Lazare, ainsi que la persuasion que la vie lui était
encore nécessaire et que des expériences précieuses lui étaient encore
promises ici-bas, qui firent sortir Lazare du sépulcre. En effet, qui­
conque a quelque expérience authentique de la spirituaJité du monde
ne peut douter de ce qu'j) n'y a pas eu I'ombre d'une eontrainte
dans le miracIe de la résurreetion de par conséquent qu'i1
n'y aura pas I'ombre d'une eontrainte dans le rIÚIacIe universel de
la Résurreetion des Morts.
La réaetion du ressuscité au « son de la Trompette » et a I'amour
du Pere et de la Mere constitue done un faeteur essentiel dans la
Résurreetion. L 'aete de redressement de 1 'adolescent ressuscité,
représenté dans la Lame du vingtieme Arcane du Tarot, n'est done
pas le résultat quasi méeanique de I'opération effeetuée de I'extérieur,
rnais bien un « oui» libre et eonscient du cceur, de I'intelligence
et de la volonté. De meme que Lazare sortit du sépulcre mu par
I'amour, I'espérance et la foi, de méme I'adolescent de notre Arcane
- e'est-a-dire de I'exercice spirituel ayant conune sujet la Résurree­
tion - se redresse, mu, non par le son de la trompette de l'Ange
et par la force de 1 'appel de son pere et de sa mere, mais par sa propre
réaction a cet appel et a ce son, par son amour, son espérance et
sa foi répondant a I'appel.
676
L 'Arazne de la Résu"ection est donc celui de la moralité pure et
simple, tout le contraire de l'acte de la puissance pure et simple.
11 ne s'agit pas la d'un tour de force, qu'il soit divin, angélique ou
humain, rnais de la supériorité de I'ordre moral sur I'ordre naturel,
y eompris la mort. La Résurreetion n'est pas un aete de la toute­
puissance divine, mais I'effet de la reneontre et de I'union de I'amour,
de I'espéranee et de la foi divines, avee I'amour, I'espéranee et la foi
humains. La trompette d'en haut sonne tout I'amour, toute I'espé­
rance et toute la foi divins, I'esprit et I'ame humains, mais aussi
tous les atomes du corps humain, répondent en chreur « Oui »,
ce qui est I'expression libre, le eri du cceur de I'étre entier et de
ehaque atome partieulier, de I'amour, de I'espérance et de la foi
de l'hornme et de la nature qu'il représente. Car l'hornme repré­
sente la nature a I'égard de Dieu et íl représente Dieu a I'égard de la
nature. C'est pourquoi nous disons, en nous adressant au Pere qui
est aux deux : que ton regne vienne, que ta volonté soít faite sur
la terre eornme au ciel.
A quoi bon prier le Pere tout-puissant pour que son regne vienne
: 1 que sa volonté soit faite sur la terre cornme au ciel si nous n 'étions
pas le trait d 'union entre lui et la nature ? Si le Pere régnait encore
Nur la nature, si tout ce qui se passe sur la terre n'était que sa volonté ?
S'il n'avait pas cédé son regne sur la nature aux autres et si d'autres
volontés que la sienne ne se faisaient pas sur la terre ?
La terre, e'est-a-dire la nature ... est donnée par le Pere aux étres
humains libres eomme le champ Oll se déploie leur liberté. Et e'est
r(· l.te liberté seule qui peut - et en a le droit - adresser au Pere
In priere en son nom propre aussi bien qu'en celui de la nature tout
"Jltiere : que ton regne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre
, '"lIme au del.
('ette priere signifie : « ton regne, je le désire plus que le rnien,
! , 11 il est mon idéaJ; et ta volonté est le creur du cceur de rna volonté,
'IlI f languit apres ta volonté, qui est le chemin que ma volonté eher­
dl l'. la vérité a laquelle ma volonté aspire, et la vie dont vit ma
,,1 ..11 té. Cette priere n'est done pas seulement un aete de soumission
,l. ' In volonté humaine a la volonté divine, elle est surtout I'expres­
'''11 de la faim et de la soif de I'union avee la volonté divine; elle
", li cllt pas au fataJisme, mais bien a I'amour. Saint Augustin, a qui
'"'II!,I devons I'énoncé rernarquable, que «Dieu est plus moi que
",," 111 6 11\C », savait prier I'oraison dorninica1e.
( '; 11 ir Y a et priere. On apprend a prier l'oraison dominicale
¡l. 1I {¡ P"iJ, en devenant de plus en plus eonseient de ce dont iI est
677
vraiment question. C'est pourquoi l'oraison dominicaIe que l'on chante
au cours de la Messe de Catholique apres la Préparation, la lec­
ture de et de 1 I'oblation du sacriflce et la consécration,
au début de la participation au sacrifiee (Communion),est précédée des
mots suivants : Praeceptis saIutaribus moniti, et divina institutione
formati, audemus dicere : Pater noster. .. (€clairés par les comman­
dements de salut et formés par I'enseignement divin, nous osons
dire : Notre Pere ... ), ee qui veut dire que I'oraison dominicaIe exige
un éclaircissement et une formation préaIable. Car, pour prononeer
vraiment les prieres de I'oraison dominicale, iI faut avoir compris
que nofre v%nté n 'est vén'tablement libre qu 'en union avee eelle
de Dieu et que Dieu n 'agit sur terre que par nofre volonté libre, libre­
ment unie avee la sienne . Les miracles ne sont pas des preuves de la
toute-puissanee divine, rnais plut6t de la toute-puiSsance de I'allionce
de la volonté divine et de la volonté hurnaine. C'est pourquoi qui­
conque preche la toute-puissanee pure et simple de Dieu, seme
I'athéisme pour I'avenir. Car iI fait de Dieu le responsable des guerres,
des camps de coneentration et des épidémies physiques et psychiques
dont a souffert et souffrira enCOre l 'hu rnani té . Et t6t ou tard, on
arrivera a la conc1usion que Dieu n'existe pas, paree que sa toute­
puissanee ne se manifeste pas la Ol! elle devrait san s aucun doute
se manifester. .Le mouvement rnarxiste-communiste contemporain
n'a, a vrai dire, aucun autre argument pour la non-existenee de Dieu
que le défaut d'intervention directe de la toute-puissance divine. Son
argument reprend celui des rnagistrats et des soldats contre la divinité
du Christ, lorsqu 'i1s disaient en face du Crucifié :
n a sauvé les autres; qu 'i! se sauve Iui-meme, s'i!
est le Christ, 1'élu de Dieu;; - Les soldats aussi se
moquaient de lui; s'approehant et Iui présentant du
vinaigre, ils disaient "Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi
toi-meme ! .1>... t: L 'un des malfaiteurs erueifié ['in­
juriait, disant ,' .n 'es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi­
meme, et sauve-nous ! ;; Luc XXIII, 3540).
Mais I'autre maIfaiteur crucífié comprit que ce n 'est pas la toute·
puissance qui est en jeu, rnais bien l 'amour, et iI dit :
POUT nous, e 'est justiee, ror nous reeevons ce qu 'ont
mérité nos en'mes, mais eelui-ci n 'a rien fait de mal. Et
il dit ti Jésus " Souviens-toi de moi, quand tu viendras
danstonregne.;; (LucXXIII,4143) .
678
« Ton regne» dit-i!, c'est-a-dire le regne de I'amour et non pas
eelui de toute-puissanee pure et simple.
Il est donc tres dangereux de précher la toute-puissanee de Dieu
et puis de laisser ses auditeurs se débrouiller avec les conflits intérieurs
que I'expérienee ne tardera pas a faire surgir. La priere de I'oraison
dominicaIe « que ta volonté soit faite sur la terre comme au cíel » ,
si elle est bien comprise, nous garde de faire de la toute-puissanee
divine I'enjeu de la foi. Elle nous enseigne que la volonté divine
ne se fait pas sur la terre cornme au cíel et qu 'i! faut que la volonté
humaine la . prie - c'est-a-dire s'unisse a elle - pour qu'elle soit
faite.
11 en va de meme pour la Résurrection . Elle n'est pas I'acte unila­
téral de la toute-puissance divine, mais I'acte résultant de I'union de
deux volontés, a savoir de la volonté divine et de la volonté humaine.
Elle n'est donc pas un événement quasi mécaníque selon le schéma :
volonté active - instrument, rnais bien un événement moral, c'est-a­
dire reffet de l'union libre de deux volontés libres.
L'effet de I'uníon libre de deux volontés libres ... Quel effet ?
La résurrection est le systéme de la vie et de la mort, ou - si
"on utilise la terminologie acceptée par l'Hermétisme contemporain
la « neutralisation du binaire vie-mort ». Cela veut dire qu 'apres la
lIísurrection le ressuscíté peut agú cornme s'i! était vivant et, en méme
It \rnps, qu 'i! est Iibéré des liens terrestres comme s'i! était mort. Le Christ
apparaissait au milieu de ses disciples et disparaissait de
lIouveau; d'autre part, iI rnangeait avec eux (Jea n XX, 19,20; 26-29;
\.\'[ 9-13; Lue XXIV 28-32; 36-43). Il se rnatérialisait et se dématé­
rl.llisait a son gré. Il entrait par des portes fermées et il mangeait
" dli poisson róti et un rayon de miel» (Lue XXIV, 42, 43). n était
oI í lll (; libre cornme un esprit désincamé et pouvait agir - se montrer,
I lIl rI('C et rnanger - cornme une personne incarnée ...
Mais il y a une chose, un trait singulier, dont le récit évangélique
1.11, {-,t.at a rnaintes reprises : c'est que le Christ ressuscité était difficile
lI'connaitre, qu'il ne ressemblait guere au Maitre que les disciples
,1 It'ft fcrnmes connaissaient si bien. Ainsi Marie de Magdala le prit
1""11 le jardinier; les deux disciples d'Ernmaüs ne le reconnurent
",, ' 111 lIIoment 011 il rompit le pain; les disciples ne le reconnuren t
,'\1 apparition pres de la mer de Tibériade et ee ne fut qu'apres
1
10
' 11 11' lIc cut parlé que lean, seul d'abord, le reconnut et « dit a
1" . 11 " ("est le Seigneur ! Et Simon Pierre, des qu 'i! eut entendu que
11, 11 ", se jeta'dans la mer. » (Jean XXI, 7,8)
""tlIIIIIOi '! Paree que ressuscité était sans : il
679
n'avait pas l'aspect du Jésus de la veille au Calvaire, ni celui du temps
du baptéme dans les eaux du Jourdain . De méme qu'il apparut transfi­
guré sur la haute montagne ou il conversait avec MOlse et Elie, de
meme il fut transfiguré asa résurrection. Le réssuscité était non seule­
ment la synthese de la vie et de la mort, mais aussi la synthese de la
jeunesse et de la vieillesse. Aussi était-il difficile, a ceux qui l'avaient
connu a I 'age de trente et de trente-trois ans, de le reconnaitre : tan­
t6t illeur paraissait plus agé, tantot plus jeune.
Nous entrons au creur du probleme du Corps de la Résu"ection.
La science moderne est parvenue a la compréhension que la matiere
n'est que I'énergie condensée, ce qui d 'ailleurs était connu des al­
chimistes et des hermétistes, il y a des milliers d'années . rot ou tard
la science découvrira aussi que ce qu 'elle appelle aujourd 'hui «énergie »
n 'est que force psychique condensée , et cette découverte la conduira
enfm a la constatation que toute force psychique est la «condensa­
tion» de la conscience pure et simple, c'est-a-dire de I'esprit. On
saura donc, de science certaine, que nous marchons, non pas grace a
1 'existen ce des jambes, mais que les jambes existent grace a la volonté
de mouvement, que c'est la volonté de mouvement qui a les
jambes pour s'en servir cornme instrument. On saura de méme que le
cerveau n 'engendre pas la conscience, mais qu 'il en est I 'instrument
pour l'action.
Notre corps physique est donc un instrument composé de la
volonté d'agir et de percevoir. Sa genese est verticale :
esprit
force psychique
énergie
organes matérielles 1
Malheureusement, cette verticale est traversée par une horizontale
qui contrarie la liberté de l'esprit dans le par condensa­
tion des forces psychiques et de I'énergie, de I'instrument maté riel
conforme a sa tache et a sa mission . Si notre corps physique était
seulement le produit de notre esprit, il serait l'instrument parfait
de notre liberté spirituelle. Malheureusement, il n'en est pas ainsi.
Car la ligne verticale de la condensation est traversée par la ligne
horizontale de I'hérédité .
condensation
+hérédité
680
C'est ce qui constitue la croix de l'existence humaine sur terreo
L 'hérédité introduit entre l'esprit individuel libre et son instro­
ment d 'action (le corps) , un elément étranger, un facteur qui peut
considérablement Changer le processus vertical esprit-force-physique­
énergie-organes matériels. C'est une autre volonté qui se méle au
processus de de l'instrument d'action de l'esprit indi­
viduel, de sorte que le corps devienne l'instrument, non seulement
de I'esprit individuel, mais enCOre de la volonté collective des ancetres.
Quel que soit le mécanisme physique de l'hérédité, l'essence de la
transmission aux descendants des caracteres physiques ou psychiques
des ascendants est I'imitation volontaire ou involontaire d'un modele
tout fait au lieu de I'acte purement créateur, cornme qui dirait du rien,
c'est-a-dire au lieu de la création pure et simple sans aucun modele
extérieur. Imiter ou créer, tel est le choix et l'épreuve de toute ame
en train de s'incamer . Or il y a des ames fortes, c'est-a-dire créa­
trices, et des ames faíbles, c'est-a-dire irnitatrices. Plus une ame
est forte, plus elle est indépendante de l'ínfluence quasi hypnotique
du modele que lui présentent les générations précédentes de la famille
qu'elle a choisie pour son incarnation. C'est pourquoi une ame forte
incarnée accuse, dans sa personnalité psycho-physique, moíns de traits
calqués sur les parents, elle est, en général, moins représentative d'une
famille, d'un peuple et d'une Tace, que d'elle méme . Elle est plus
individualité que type . Par contre, I'ame faible devient un individu
qui semble n 'étre que la copie pure et simple de ses parents. Dans le pre­
mier cas, on dira certainement que, l'information dont on dispose sur
la lignée de I'indívidu étant suffisante, les «genes d 'un ancetre lointain
illconnu ont prévalu ». Mais quoiqu'on en dise, le fait. reste incontes­
table qu'il y a des cas OU I'hérédité est réduite au mínimum et qu'il
ya d'autres cas ou elle se manifeste cornme a peu pres toute puissante.
L 'héridité, en reuvre dans le domaine organique, manifeste une imi­
tation analogue a celle qui est en reuvre chez lesenfants dansle domaine
psychique, lorsqu 'ils apprennent a parler, a acquérir lés habitudes
utiles, a former les premieres qualités sociales. Si l'enfant apprend
parler en imitant ses parents, ce processus est simplement la suite de
la pratique antérieure et plus profonde consistant a imiter le systeme
II crveux, le systeme circulatoire et la structure des muscles et des os a
I'ópoque prénatale du de l'organisme dans I'utérus.
Tout hornrne incarné est donc le produit de deux forces
111 force d 'imitation, ou d'hérédité, et la force créatrice ou auto-réalisa­
,Icm de I'individualité éternelle . L 'hornme incarné est a la fois repré­
de ses ancetres et individualité ne représentant qu'elle-méme .
681
On peut aussi dire que l'homme in carné est le produit de « deux
hérédités », de « l'hérédité horizontal e » et de « l'hérédité verticaIe »,
celle-cj étant 1 'empréinte de 1 'individualité d 'en haut et celle-la étant
l'empreinte des ancétres d 'ici-bas. Cela voudrait dire qu'il est le produit
de deux irnitations, horizontale et verticale, c'est-a-dire qu'il a da,
afm de deverur ce qu'il est, imiter les ancétres du passé et soi-meme,
l'image d'en-haut. II s'agit donc, au bout du compte, de l'hérédité re­
montant a l'archétype (ou ancétre des ancetres) de l'hérédité terrestre ,
Adam, et de 1'« hérédité» s'élevant au Pere qui est aux cieux, Dieu.
C'est pourquoi il est si important de perrnettre a la lumiere du dogme
de la conception irnmaculée de nous convaincre de sa vérité,carl' enjeu
en est la ligne verticale de 1'« hérédité » Dieu-Homme. « Le Verbe
fait chair qui a habité parrni nOUS» (Jean J) présuppose la descente
d 'en haut , au lieu d 'etre le produit des générations précédentes. Et
c'est a cela que tient cette promesse : « a tous ceux qui l'ont re<tu,
a ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants
de Dieu, lesquels sont nés non du sang, ni de la volonté de la chair,
ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu». Est-il possible d'annon­
cer plus hautement et plus clairement le rétablissement de 1' « hérédité
verticale » Dieu-Homme ?
Or le corps de résurrection est celui de la liberté parfaite, c'est-a­
dire la manifestation parfaite de l'individualité elle-meme, sans entrave
de la part de l'hérédité _ Il n'est donc pas un instrument dont l'ame
se sert, tout comme l'ame elle-me me n'est pas l'instrument dont se
sert l'esprit. Car la notion meme d'« instrument» présuppose le
rapport quasi mécanique entre le ma'itre et son outil : la volonté du
maitre emploie l'outil, sans que celui-ci ait consenti, ni apporté aucune
contribution, ni pris aucune part consciente et volontaire a l'action .
Le rapport entre l'ame et le corps de résurrection est différent. Il faut
concevoir le rapport entre l'esprit, l'ame et le corps a la résurrection
comme réflexion de la Sainte-Trinité , c'est-a-dire comme le rétablis­
sement de l'image et de la ressemblance de Dieu. Ce qui veut dire
que le rapport entre l'esprit, l'ame et le corps correspondra, a la
résurrection, au rapport qui existe entre le Pere, le Fils et le Saint­
Esprit . L 'homme sera tri-un, comme Dieu est tri-un. Son individualité
étemelle sera l'unité sous-jacente a son esprit, a son ame et a son
corps. Le corps de résurrection sera donc l'une des trois « personnes »
de la trinité humaine, analogue a la Trinité divine. Il sera la « per­
sonne d'action » de l'individualité, tout comme l'esprit et l'ame en
seront la « personne de cceur » et la « personne de contemplation ».
Cela veut dire que le corps de résurrection sera le réalisateur magiquc
682
de 1 'individualité contemplant l'Eternité par son esprit et la rendant
lumiere-chaleur dans son ame.
Le corps de résurrection n'aura donc rien de mécanique, rien
d'automatique . 11 ne sera point un ensemble d'outíls préfabriqués
une fois pour toutes, a l'usage de la volonté. En d'autres termes, il
n'y aura pas d' « organes » tout faits et invariables. Non, le corps
de résurrection sera absolument plastique et créera pour chaque
action 1'« organe» qui lui convient. Il sera tantot une lumiere rayon­
nante - celle que Paul expérimenta sur le chemin de Damas - tantot
un courant de chaleur, tantot un souffle de fraicheur vivifiante,
tantot une forme humaine lumineuse, tantot une forme humaine en
chair. Car le corps de résurrection sera une volonté mogique qui
condense et dilate. 11 sera - nous le répétons - la synthese de la vie
et de la mort, c'est-a-dire capable d'agir ieí-bas comme un vivant
et jouissant en meme temps de la liberté a l'égard des liens terrestres
comme un mort .
Sera-t-il une création nouveUe? Un don soudain et gratuit de Dieu ?
Pour répondre a cette question, il faut approfondir l'idée que nous
avons du « corps ». En général, nous le concevons comme une quan­
tité de matiere empruntée a la nature et organisée de maniere a
servir d 'instrument d 'action et de scene de développement de la vie
psychique jusqu'a sa désintégration, c'est-a-dire la mort. « Il a été
fait de la poussiere, et retoume a la poussiere » (EcclésÍllste, lIJ, 20).
Si nous le terme bibJique « poussiere» par le terme
moderne « muItitude d 'atomes », la formule de j'Ecclésiaste exprime
bien, aujourd'hui encore, notre idée générale du corps , que nous
croyions ou non a l'immortalité de I'ame. Les matérialistes et les
spiritualistes sont d'accord pour accepter I'évidence empirique de la
désintégration complete du corps individuel.
TelIe n'est pas, toutefois, l'idée du corps de l'Hermétisme . Car,
sans nier le fait méme de la désintégration matérieUe du corps,l'Her­
rnétisme nie la conclusion tirée de ce fait que le corps individuel
subirait , a la mort, I'anéantissement complet. L 'Hermétisme avance
la these que le corps est essentieOement aussi immortel que l'ame
uf que l 'esprit, que I'immortalité est triple et que l'homme tout entier
I.: st essentieUement immortel. L'immortalité du corps, tene que
Iliermétisme l 'entend, differe, bien entendu, de l'inunortalité relative
IJUé' lui accordent la biologie (reproduction et hérédité) ainsi que la
d limie et la physique (conservation de la matiere et de l'énergie).
1'1111 r I 'hermétisme, il s 'agit de la survie des corps individuels et non de
1\1 survie de l'espece ou de la conservation de la matiere amorphe.
683
D'apres I'Hennétisme, l'essence du corps n'est pas la matiere qui
le compose ni l'énergie qui se produit en lui, mais bien la voJonté
fonciere sous-jacente a la matiere et a l'énergie. Et c'est cette volonté
qui est indestructible, parce qu 'elle existe avant la naissance du
corps et que sans elle la naissance - dans le sens de l'incamation cette
fois - ne serait pas possible. Il y a notarnment une différence essen­
tielle entre naissance-incamation et naissance-propagation-de-l'espece.
Celle la est adaptée a l'individua/ité qui s'incame, tandis que celle­
ci vise a la reproduction pure et simple des parents et des ancétres,
sans égard a l'individualité qui va s'incamer : elle est pour ainsi
dire une « carte blanche» invitant n 'importe quelle individualité
a s'incamer en s'adaptant aux conditions et aux facilités que l'héré­
dité lui offre. La naissance-incamation est donc régie par la loí de
la vertica/e, tandis que la naissance-propagation-de-l'espece tombe
sous la loi de /'horizonta/e . La preuúere est orientée vers l'individua­
lité en hau t; la seconde est orientée vers / 'espece, la race et la fauúlle,
c'est-a-dire le passé d'en baso Dans le preuúer cas, l'individualité
s'incame; dans le deuxieme cas elle tombe dans l'incarnation . Cela
veut dire que l'individualité, au cas ou son incamation serait régie
par la loi de la verticale, descend consciernment et de son plein gré
a la naissance dans un milieu ou elle est voulue et attendue, tandis
qu 'elle est entrainée par le courant de l'attraction terrestre générale
vers la naissance au cas ou son incamation dépendrait de la loi de
l'honzontale. La naissance-incamation présuppose l'accord conscient
de la volonté de l'individualité en haut et de la volonté la recevant
en baso C'est pourquoi toutes les naissances-incamation sont annon­
cées, c'est-a-dire précédées par la connaissance de l'individualité
qui va s'incamer, connaissance due a l'intuition directe, soit a l'intui­
tion se révélant en songe, soit, enfin, a la révélation au moyen d'une
vision expérimentée par les parents futurs en pleine conscience de veille.
Ainsi, · non seulement 1 'Incamation Divine fut annoncée a Marie
par l'archange Gabriel, mais aussi l'incamation de JeanBaptiste a
son pere Zacharie, l'incarnation d 'Isaac a Abraharn et Sara (Genese,
XV//, 16-19), l'incamation de Siddharta (Gautarna Bouddh·a) a sa
mere Maya et ason pere Suddhodana, roi de Kapilavastu, l'incarnation
de Krishna a sa mere Devaki, etc. Quelle que soit la différence des
modes de l'annonciation préalable pour ces naissances-incarnations
et quelle que soit la différence de leurs portées ainsi que du poids
des individualités dont la naissance-incarnation avait été annoncée
ou révélée dans chaque cas particulier, il s'agit d 'une chose cornmune,
a savoir de la loi régissant 1 'in cama tion de l'individualité ou la naissance
684
sous le signe de la verticale, laquelle loi exige que les deux extrémités
de la ligne verticale - en haut et en bas - soient en libre accord de
volonté. C'est pourquoi toute naissance-incarnation implique deux
événements : la révélation de la volonté d'en-haut ou annonciation
et l'acte de consentement de la volonté d'en-bas. Cesdeuxévénements
- tout différents qu'ils soient quant au mode, a la portée · et aux
circonstances psychologiques et extérieures de cas particuliers ­
correspondent aux formules de la salutation angélique (l'Ave) :
Angelus Domini nuntiavit Mariae L. et Ecce ancilla Domini,
mihi {lat secundum verbum tuum». Car ces deux formules servent
d 'en-tetes aux colonnes d 'analogies comprenant tous les cas parti­
culiers de la naissance-incarnation, c'est-a-dire de la naissance régie
par la loi de la verticale.
Il en résulte donc que le corps, accordé surtout sur l'individualité
et non sur la lignée, est l'ceuvre de la volonté de l'individualité qui
descend a 1 'in carnation, agissant de concert avec la volonté qui la
en-bas. Et c'est cette volonté unífiée qui constitue le noyau
indestructible et immortel du corps. Elle est la « pierre philosophale »
qui arrange la matiere et l'énergie prétées par la nature de telle maniere
qu'elle s'adapte a l'individualité, qu'elle en devienne l'empreinte. Un
corps tellement « individualisé » rend bien a la nature, au moment de
la mort, les substances et les énergies qu 'elle lui avait prétées, mais son
príncipe actif, son énergie-volonté formatrice, survit ala mort. Il est
le souvenir vivant, le souvenir-volonté formatrice, du corps né - et
en tant que né - sous la loi de la verticale. Si donc un poete (BEAU.
DELAIRE), en un moment d 'illurnination par l'arnour, dit :
Et pourtant vous serez semblable acette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous mon Ange et ma passion !
Oui! Telle vous serez, Ó la reine des grdces,
Apres les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous /'herbe et les f/oraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.
AJors, ó ma beauté ! Dites ti la vermíne
Qui vous mangera de baisers,
Que ¡'aí gardé la forme et I'essence divine
De mes amours décomposés ! »
11 sera pas seul a garder «la forme et l'essence divine » du corps
685
de la bien -aimée. 11 est encore Quelqu'u!1, Quelqu 'un qui est plus
grand que lui et dont I'amour est plus grand que le sien, qui les gardera
pour toute étemité. Car si l'amour de I'amant garde la «forme et
l'essence divine » du corps décomposé de la personne qu'il aimait, a
plus forte raison Dieu qui est amour gardera-t-il la forme et I'essence
divine de ce corps. Et e'est eette forme et cette essence qui ressusci­
teront a la Résurreetion.
Le eorps de résurreetion se prépare done au cours des ages. Comme
ehaque inéamation humaine particuliere s'effeetue d'apres la loi de
la eroix, e'est-a-dire qu 'elle est verticale et horizontale a la fois, et
qu 'en réalité ce n'est que la proportion entre la verticale de I'incama­
tion et I'horizontale de l'hérédité - c'est-a-dire la prépondérance de la
verticale sur I'horizontale et vice versa - qui fait qu'une incamation
partieulier ressortit soit a la loi de la vertieale soit acelle de l'hori­
zontale, le processus de la eroissance du corps de résurreetion est
graduel. Le eorps de résurreetion murit d'incamation en incamations,
bien qu'en prínCipe, il soit possible qu'une seu le incamation suffise.
En fait, il en est ainsi qu'il faut plusieurs incarnations pour porter le
corps de résurrection ala maturité.
Quel est le sort du noyau du corps indestructible, de la « forme et
de l'essence divine » du corps apres la mort ? Monte-t-il avee l'áme
et l'esprit au monde spirituel, laissant en bas la dépouille mortelle ?
La mort, la désincarnation, signifie la séparation de l'ame et de
l'esprit du corps physique, y compris son noyau indestructible ou
le « eorps de résurreetion ». Tandis que l'ame et l'esprit montent
aeeompagnés de la vitalité «( corps vital » ou «éthérique ») et des
forces psychiques «( corps astral » , les habitudes psychiques, désirs,
le caractere et les dispositions psyehiques) au monde spirítuel, le
corps de résurreetion descend dans le sens opposé, c'est-a-dire en bas,
vers le centre de la Terre . Comme il est volonté active pendant la vie,
sa descente est due ala détente progressive de la volonté. Celle-CÍ se
replie de plus en plus sur elle-meme, aiors qu'auparavant elle coneen­
trait son effort sur la tache de rendre et de maintenir le eorps physique
conforme a l'áme et a l'esprit de I'individualité incamée. Ce replie­
ment sur soi-meme du « corps de résurrection » apres la mort, est ce
qu'on entend par « repos » en parlant du repos des morts. « Memento
etiam, Domine, famulorum famularumque tuarum, qui nos preees­
serunt eum signo fidei et dormiunt in somno pacis» (Souvenez-vous
aussi, Seigneur, de vos serviteurs et de vos servantes qui sont partis
avant nous, marqués du sceau de la foi, et quidormentdusommeilde la
paix) est-il dit dans la prülre «Memento des défunts» de l 'ordinaire
686
(c'est-a-dire la partie inchangeable) de la Messe catholíque. Le «le pos »
inserit sur les tombes et le « sommeil de la paix» de la pOllr
les défunts ne s'appliquent, ni aux saints (qui sont actifs et operent
des guérisons et viennent en aide aux vivants apres leur mort), ni aux
ames au purgatoire (qui ne dorment pointdansleurétatde souffrance),
mais aux noyaux indestructibles des corps des défunts. De méme le
péehé de Saül qui fait évoquer par la magicienne a En-Dor le défunt
.prophc!te Samuel ne consiste pas a faire descendre l'ame irnmortelle
de Samuel sur la terre, mais a faire monter du lieu du repos le corps
indestructible du prophete_
La femme (la magicienne) dit : Qui veux-tu que je te
fasse monter : Et il (Saül) répondit : Fais-mOl- monter
Samuel... le roi (Saül) lui dit : .. _que vois-tu? La
femme dit a Saú"l : Je vois un dieu qui monte de la
terre ... Samuel dit a Saül : Pourquoi m'as-tu troublé
en me faisant monter ? :» (l. Samuel, 8-15).
De meme dans la relation que Saint Matthieu nous fait de la mort
de Jésus, il ne s'agit, ni des ames descendues d 'en haut, ni des fantómes
des défunts, maís des « corps de résurreetion» des saints qui mon­
terent ou sortirent des sépuicres ».
Jésus de nouveau un grand eri, et rendit
1'esprit. Et voiei, le voile du temple se déehira en deux
depuis le haut jusqu 'en bas, la terre trembla, les roehers
se fendirent, les sépulcre s s'ouvrirent, et plusieurs
corps des saints qui étaient morts ressusciterent.
Etant sortis des sépulcres. apres la résurreetion de
Jésus, ils entrerent dans la ville sainte, et apparurent
aun grand nombre de personnes. :» (Matthieu XXVIII,
50-53).
L'évangile est formel: ce sont les eorps (so mata) des saints (ton
hagion) qui sortirent des sépulcres ouverts et apparurent aun grand
nombre de personnes a Jérusalem, et non pas les ame&. des saínts
dcscendues du ciel et révélées aux habitants de la ville sainte. D'autre
part, ces corps des saints ne furent point des corps matériels; autre­
ment ils se seraíent rendus en procession a Jérusalem, au líeu d 'y
1llllllJraftre_ L'tvangile souligne le faít qu'il -s'agit du corps de saints
(Iun hagion) et non pas de n'importe quels défunts. Cela veut dire
'(111' ces eorps étaient des « eorps de résurrection» qui avaient déja
dlt'in! un degré bien avancé de maturité.
687
Quant a la résurrection de Lazare (le septieme miracle de l>hvan­
gile selon Saint Jean), elle est le cas unique du triple rniracle, a savoír
du rappel de I'ame du défunt a la vie terrestre, de la guérison du corps
qui était depuis quatre jours dans le sépulcre et qui «sentait déja »
(lean XI, 39), et, enfm, de I'évocation du «corps de résurrection»
de Lazare et de sa réunion avec le corps matériel guéri .
Les trois phrases que Jésus énonce sur Lazare : «Lazare est ma­
lade », «Lazare dort », «Lazare est mort» (Saint lean, Chapo XI)
se rapportent au triple rniracle de la guérison, du réveil et de la résur­
rection de Lazare. .
L'Assomption de la Sainte Vierge est I'événement unique ou la
séparation du corps n 'a point eu lieu, c'est-a-dire 011 la mort, telle
que nous la connaissons, n 'est point advenue. La, le « corps de résur­
rectíon» ne se sépare pas du corps matériel et de I'ame pour descendre
en bas «au Iieu du repos, du sornmeil et de la paix », iI reste uni a
I'áme et au corps matériel et monte, uni a I'ame, au monde spirituel.
Quant au corps matériel, il ne se décomposa pas, mais fut entierement
absorbé par le « corps de résurrection». 11 se dématérialisa, se spiri­
tualisa, au point ·de devenir un avec le «corps de résurrection », uni,
a son tour, inséparablement aI'ame de la Sainte Vierge. Le sépulcre
de la Sainte Vierge était en effet vide. Sur ce point, la tradition est
exacte. En vain chereherait-on la tombe terrestre de la Sainte Vierge,
on ne la trouverait nulle part, puisque cette tombe n'existe pas. Seul
existe le Iieu désigné pour y faire reposer le corps de la Vierge, mais
qui n'a jamais sem a cette fin.
Le mystere de l 'Assomption de la Sainte Vierge n 'est pas identique
aeelui de la Résurreetion. Celle-ci est le dernier acte du drame de la
Chute et de la Rédemption de 111.Umanité, tandis que l'Assomption
releve de l'histoire de I'esprit, de I'áme et de la nature non déchus.
11 ne s'agit pas de la réintégration d 'un etre déchu, mais du destin de
I'entité qui a paru dans le monde déehu sans avoir jamais été atteinte
par le péché originel et la chute qu'i1 comporte, iI s'agit de I'entité
vierge, au sens le plus profond de ce terme.
La Saín te Vierge est done la nature vierge, I'ame vierge et l'esprit
vierge depuis I'aube du monde, réunis et se manifestant dans une
personne humaine, Marie, fIlIe de Joachim et d'Anne. Sainte Marie
est done a la fois personne humaine et entité cosrnique : la Sagesse
(Chokmah, Sophia, Sapienta) de SALOMON, la Vierge de Luniiche
de la Pistis Sophla gnostique, la Vierge du Monde (Koré Kosmou)
des anciens hermétistes, la Shekinah des Kabbalistes. Le dialogue
entre I'archange Gabriel et Marie , a l' Annonciation, a donc, ala fois
688
une portée humaine et angélique et une portée cosrnique. C'est au
nom de la Sainte Trinité Divine que I'archange I1ncarnation
a venir, et c'est au nom de la triple sainte Nature Vierge - la Mere,
la Filie et la Sainte Ame - que Marie donna la réponse qui constitua
le toumant de l'histoire du monde : Ecce ancilla Domini, fiat mihi
secundum verbum tUUID - idou he doule kyriou genoito mOl kata
to rema sou - . C'est la Nature Naturante (Natura naturans) et la
Nature naturée (Natura naturata) non déchue qui donnerent leur
réponse en meme temps que Marie ces paroles. Dialogue
éternel entre la Volonté Créatrice et la Volonté Exéeutrice ou le Feu
Divin devient Lumiere, ou la Lurniere devient Mouvement et ou le
Mouvement devient Forme, projeté dans le temps et concentré dans
le dialogue entre 1 'archange et Marie.
L'Assomption de la Sainte Vierge ne fut donc ni une désincar­
nation dans le sens de la séparation de I'ame et du eorps, ni une
résurrection dans le sens de la réunion de I'ame au corps de résur­
rection, mais le tournant du courant de la vie comprenant I'esprit,
I'ame et le corps en haut, vers le monde spirituel : la montée au ciel
de l'entité intégrale de la Sainte Vierge.
11 résulte de tout ce qui précede que la Résurrection est la réunion
des esprits et des ames des défunts avec leurs corps irnmortels - leurs
«corps de résurrection» - qui seront éveiliés « par le son de la
trompette» d 'en haut et monteront ala rencontre des ames deseen­
dantes. Ils se réuniront avee elles pour ne jamais plus s'en séparer. Ainsi
cornmencera 1'« incarnation éternelle» ou I'époque de l'histoire cos­
mique appelée dans la Bible «la cité céleste de la Nouvelle Jérusalem».
La résurreétion universelle a, cependant, un autre aspect impor­
tant qui a donné au XX
e
Arcane Majeur du Tarot - «Le Jugement » ­
90n nom traditionnel. Quoique la Lame ne représente que la résur­
rcction, on la nornme «Le Jugement», le jugement dernier étant,
daos la Tradition, une partie essentielle de la résurrection universelle.
La tradition faít plus qu'associer la résurrection au jugement dernier,
lIe les regarde eornme identiques, cornme un seul événement vu de
Icux cótés. A quoi tient cette identification ?
La résurrection la victoire fmale. non seulement sur la mort,
,'ornme séparation de I'áme et du corps, mais encore sur le sommeil,
,'omme séparation de la conscience du monde et des souvenirs du passé.
Cela veut dire que la résurreetion signifie, non seulement le rétablis­
f."mcnt de I'unité intégrale de I'etre humain-esprit, ame et corps -,
lIIols aussi celui de la continuité ininterrompue de son activité et de la
, ulllinuité ininterrompue de sa conscience, la totalité de sa mémoire.
689
Or l'émergence de la mémoire complete du passé tout entier équivaut,
pour la conscience, au jugement dernier ou le passé tout entier est
revu ala luuúere de la conscience (consclence en anglais, Gewissen en
allemand, soviest' en russe). C'est la conscience elle-méme, l'ame elle­
méme, qui se jugera. Et elle trouvera alors qu'elle est coupable, qu'elle
tombe sous le coup de tous les chefs d'accusation de la loi divine vi­
vant dans la conscience completement éveillée. Il n'y aura alors pas
une seule ame qui puisse se justifier devant sa propre conscience
éveillée. Sa justification n'est pas de son ressort. Elle est du seul
ressort divino
Il Y aura donc d 'abord la réalisation de 1 'égalité complete de tous
les membres de la cornmunauté humaine, dans la conscience de leurs
torts et leurs fautes. Cette conscience sera commune aux grands
initiés et aux souverains pontifes, aux chefs des nations et aux simples
travailleurs, dans les divers domaines de l'effort humain d'autrefois.
Cette grande expérience a venir de l'égalité humaine, a la luuúere
de la conscience éveillée, est préfigurée dans la préparation a la Messe
(prieres au bas de 1 'autel); dans la priere cornmune le «Confiteor »
(Je confesse), lorsque le prétre aussi bien que chaque membre parti­
culier présent dit : « .. rai beaucoup péché, par pensées, par paroles et
par actions. C'est ma faute, c'est ma faute, c'est ma tres grande faute
(on se frappe trois fois la poitrine en ces paroles).» Ce
rite qui a pour but d'éveiller la conscience de tous et de chacun est,
en meme temps, celui de l'égalité humaine devant la loi divine qui
opere dans la conscience. Il préfigure 1 'égalité du jugement demier.
Le jugement demier sera donc essentiellement l'expérience faite
par 1 'humanité de la conscience éveillée et de la mémoire tout entiere
restaurée. Ce sera l'humanité elle-méme qui se jugera. C'est elle qui
jouera le róle de 1 'accusateur. Dieu n 'accusera personne. Lui ne fera
qu'acquitter, justifer et pardonner. C'est en réponse a «l'acte d'ac­
cusation» qui consiste en l'émergence de la mémoire de l'ensemble
du passé de l'humanité que Dieu «ouvrira le Livre de Vie», c'est-a-dire
qiJ;il morttrera ce que nous avons appelé la «troisieme Chronique de
1 'Akasha », le tableau de la Mémoire divine retenant du passé de
1 'humanité tout ce qui est digne d 'étemité. Ce sera le plaidoyer divin
au demier jugement, l'acte d'indulgence, d'absolution et de pardon.
Le jugement demier sera le Sacrement de Pénitence d 'envergure cos­
uúque comprenant la confession universelle et l'absolution universelle.
Seuls les impénitents s'exclueront de la gráce de l'absolution univer­
selle, bien qu'il soit difficile d'imaginer l'impénitence dans cette
situation. ORIGENE ne put le faire, aussi croyait-il que tout le
690
monde, y compris les hiérarchies du mal, avec Satan a leur téte, serait
sauvé . Avait-il raison ou tort? En guise de réponse, je poserai ces
deux questions :
1) Est-il au monde une personne, ou un groupe de personnes, qui
sache, de science certaine, qui sera impénitent dans l'avenir éloigné ?
2) Est-il au monde une personne, ou un groupe de personnes, qui
soit autorisé apréciser les liuútes de la uúséricorde et de l'amour de
Dieu? soit autorisé a énoncer et adécréter que l'amour de Dieu va
jusque-la et non pas plus loin ?
Ces deux questions s 'adressent a ceux qui se croient en état d 'affir­
mer qu 'ORIGENE a eu tort de croire au salut universel. Au cas ou ils
citeraient dans leur réponse 1 'tcriture - les Prophetes, 1 'Evangile et
l'Apocalypse - qui parle du sort des damnés, qu'ils prennent en consi­
dération le fait que, ni les Prophetes, ni l'tvangile, ni l'Apocalypse
n 'envisagent le sort des damnés cornme étant inévitable pour qui que
. ce soit. Ils disent que si les pécheurs hurnains et hiérarchiques sont
impénitents, si leur conscience ne s'éveille pas jusqu'a la fin des temps,
si les ames pécheresses se refusentjusqu'au bout aprofiter des innom­
brables occasions qui s'offriront a elles de se toumer vers le bien, alors
leur sort sera tel qu 'il est dépeint dans 1 'écriture cornme le sort des
damnés. En d 'autres termes : le sort des damnés est bien réel, mais il
n'y a personne qui soit exclu du salut. Ce n 'est pas la crainte de 1 'enfer,
mais bien 1 'amour de Dieu et du bien qui devrait motiver le choix des
ames .
Le jugement dernier sera la crise derniere . Le mot grec pour le
jugement est krisis, c'est-a-dire crise. Frédéric SCHILLER dit avec
raison que « I 'histoire du monde est le jugement du monde» c'est-a­
dire qu'elle est une crise continuelle dont les étapes sont constituées
par les «époques historiques » . Le jugement dernier sera donc le point
culminant de I 'histoire. 11 sera ala fois le but, le sens et le résumé de
l 'histoire, l 'histoire condensée, la crise dont il s 'agissait dans toutes les
crises particulieres de I 'histoire. C 'est pourquoi Jésus.christ, qui est le
ccntre de gravitation morale et spirituelle de l'histoire, y sera présent.
Le second Avenement sera la manifestation objective de l'enjeu de
I'histoire. Dans ce sens, Jésus.christ sera le «juge » au jugement der­
nh)r. 5a présence seule mettra en relief tout ce qui n'est pas cornme
lui, tou! ce qui pour la conscience éveillée est incompatible avec lui.
JI ne se bornera pas ala seule présence; il partici pera au jugemen t
et y prendra une part active, asavoir ceBe de Juge. Mais il
jllW'lTI de la maniere qui lui est propre : il n'accusera pas, il ne condam­
111' 111 e! il n'infligera pas de peines, mais il donnera des force s aux
691
ames subissant l'épreuve que comporte le réveil de la conscience et
de la mémoire complete. Le jugement du Christ est le réconfort de
ceux qui se jugent eux-memes et le comrnandement étemel adressé
a ceux qui jugent autrui : «Que celui qui est sans péché jette le
premier la pierrc contre le pécheur» (lean VIII, 7) . C'est ainsi que
Jésus-Christ jugeait dans sa vie, ainsi juge-t-il maintenant et ainsi
jugera-t-illors du jugement demier.
Notre méditation sur le xx
e
Arcane du Tarot, celui de la résur­
rection et du jugement dernier, s'acheve. Non pas que tout ce qui est
essentiel ait été dit, mais parce que l'essentiel de l'essentiel ait été
traité dans les limites du cadre d'un Arcane , limites que nous devons
nous imposer pour pouvoir mener a bien ces «Méditations sur les
Arcanes Majeurs du Tarot » .
La résurrection est l'opération magique, ala fois divine et humaine,
011 l'amour divin et l'amour humain triomphent de l'oubli, du som­
meil et de la mort. Car l'amour n'oublie jamais, veille toujours et est
plus fort que la mort.
A la résurrection, l'esprit et l'ame humaine descendent d'en haut
et se réunissent avec leur corps irnmortel qui monte aleur rencontre.
C'est l'amour du Pere qui fait descendre al'incamation étemelle
les ames et les esprits; et c'est l'amour de la Mere qui fait monter les
corps de résurrection qui reposaient au sein de la Mere.
L'hornme ressuscité sera l'image et la ressemblance de Dieu : il
sera tri-un cornme Dieu est tri-un .
Les trois principes de 1 'hornme - esprit, ame et corps - constitue­
ront la trinité humaine a 1 'instar de la Sainte Trinité ou il y aura trois
personnes et leur unité fonciere sera 1 'individuaüté humaine.
Mais la résurrection est en meme temps le jugement dernier. Cornme
dit Paul :
~ ...I'CEUvre de ehacun sera manifestée; ear le jour la
fera eonnaftre, paree qu 'elle se révélera dans le feu,
et le feu éprouvera, ce qu 'est I'CEUvre de ehacun. Si
I'CEUvre bdtie par quelqu un sur le fondement subsiste,
il reeevra so réeompense. Si son ouvrage est eonsom­
mé, il la perdra. Quant iz lui, il sera souvé, mais eomme
au traversdufeu.» (1 Corinthiens I1I, 13.15).
692
XXI
LE FOU

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