Puisqu'on trouve dans la Table d' f:meraude les formules résumant

« les trois parties de la Philosophie du monde total » «( tres partes
Philosophiae totius mundi ») et qu'elles résument , en meme temps, les
mondes de J'expérience magique, de la révélation gnostique et de I' ex­
périence mystique , - nous avons donné a ce sens le nom de « sens
philosophico-hermétique », c' est-a-<lire sens de la synthese des trois
mondes ou plans supérieurs dans un quatrieme monde ou plan . C'est
le sens d'une synthese « hermétique », c'est-a-<lire opérant dans la
verticale des plans superposés. Car I'Hermétisme est essentiellement la
philosophie , basée sur la Magie , la Gnose et la Mystique , qui aspire
a la synthese de divers plans du Macrocosme et du Microcosme .
Quand on résume les faits d'un seul plan - par exemple ceux de la
biologie - on emploie le « sens scientifique » et non le « sens phi­
losophico-hennétique ». Le sens scientifique - qui est généralement
connu et reconnu - résume les faits de I'expérience sur un seul plan,
dans /'horizontale. L'Hermétisme n 'est pas une science et ne le sera
jamais. 11 peut bien se servir des sciences et de leurs résultats, mais
il ne peut devenir une science.
La philosophie non-hermétique contemporaine résume les sciences
particulieres dans le but d'accomplir la fonct ion de la « science des
sciences » - et elle a cela de commun avec I'Hermétisme. Mais en cela
meme , elle differe de I' Hermétisme , qui aspire a résumer I' expérience
dans tous les plans et qui varie selon le plan 011 cette expérience a lieu .
Voila pourquoi nous avons choisi le terme « philosophico-hermé­
tique » pour désigner le quatrieme sens ou « sens de la synthese ».
11 va sans dire que la caractérisation des quatre sens - dont la
collaboration est nécessaire pour qu 'une Tradition vive et ne dégénere
pas - est esquissée ici d'une maniere tres incomplcte. Mais les deux
Arcanes suivants : - « I'Impératrice » et « I'Empereur » sont de
nature a donner plus de profondeur et plus de contenu concret a ce
que nous venons d'exposer du «sens magique » et surtout du «sens
philosophico-hennétique ». Car le troisieme Arcane du TAROT
« l'lmpératrice » est l'Arcane de la Magie et le quatrieme Arcane
«I'Empereur » est celui de la PhiJosophie Hennétique.
74
III
L ' I MPÉRATRICE
L' 1 M P E R A TRI e E
Ecce ancilla Domini mihi fiat secun­
dum verbum tuum.
( 1ler Ami Inconnu ,
l e troisieme Arcane « L' lmpératrice » est celui de la Magie sacrée.
(Ir, iI Y a trois especes de magie :
- la magie Ol! le mage est I'instrument de la puissance divine
1' 1 ¡; 'est la Magie sacrée;
- la magie Ol! le mage lui-mcme est la source de l'opération
" IIIF\ lque - et c'est la magie personnelle
- la magie, enfin, Ol! le mage est l'instrument des [orces élé­
ill" lI laires ou autres [orces de l'inconscicnt - et c'est la sorcellerie .
I '(' nseignement du troisieme Arcane - vu la contexturc de la lame
, 1 '1.1 place entre le deuxieme et le quatrieme Arcane - se rapporte a
I, MII/( ie Sacrée ou divine .
I'llute magie, y compris la sorcellerie, est la mise en pratique de la do­
IlIllInl ion du subtil surl'épais, -de la force sur la matiere ; de laconscien­
" j ~ l I r la force ;et du supraconscient ou divin surla conscience. e'est cet­
1" II.,tll iere domination que symbolise «1'Impératrice». Sa couronne,
111 ',cQptre et son bouclier (écu) sont les troisinstrumentsde l'exercice
.h l' C pouvoir. La tete couronnée, c'est le pouvoir du divin sur la cons­
• 1I'll ec ; le bras droit (selon celui qui regarde la lame) qui tient le sceptre
77
terminé par le globe d 'or surmonté de la croix représente le pouvoir de la
conscience sur la force; et le bras gauche qui tient l'écu supportant un
aigle, signifie le pouvoirde l'énergie sur la masse ou du volatil sur le lourd.
La couronne c'est l'autorisation divine de la magie. Seule la magie cou­
ronnée d'en haut n'est pas usurpatrice. La couronne est ce qui la rend
légitime.
Le sceptre est le pouvoir magique. e'est grace au sceptre que
la magie n'est pas impuissante.
Le bouclier (écu) supportant I'aigle, c'est le but du pouvoir magi­
que; c'est son blason et sa devise, qui se lit : - « Délivrance pour la
montée ».
Et la cathcdre stable sur laquelle « I'lmpératrice » est assise, sym·
bolise la place indiscutable et inaliénable qui appartient a la magie
dan s la vie spirituelle, psychique et naturelle, grace a I'autorisation
divine ou a la couronne, a la réalité de son pouvoir ou au sceptre, et
aee qu'elle a pour objet ou al'écu. ("est le rMe de la magie dans le
monde.
Considérons llIaintenant de fa<;on plus approfondie la eouronne, le
sceptre ,I'écu ou bouclier et la cathedre de l 'Impératrice, successivement
compris comme légitimité divine , pouvoir, objet et role de la magie .
La coumlllle de « I'lmpératrice » diffcre d 'abord de la tiare de
« la Papesse » dc I'Arcane 2, en ce qu 'elle comporte dClIx étages au
lieu de trois. La dignité ou fonction qu'elle signifie ou confcre porte
done sur deux plans. La Gnose a une tiare parce qu 'cllc a la tache de
porter la révélation a travers les trois plansjusqu'au « Iivre » ou tradi­
tion. La Magie est couronnée, puisque sa tache est la sublimation de la
nature, ce qu'indique I'écu ou bouclier avec I'aigle en vol que « !'Impé­
ratrice » tient en lieu et place du livre de « la Papesse ».
Joséphin P(:LADAN a fort justement défini la magie comme
« I'art de la sublimation de I'homme »; (Comment on devient
mage, 1892). C'est bien le blason - ou but - de la magie, si on
entend par « sublimation de I'homme » cene de la nature -hu­
maine. Péladan avait une compréhension tres profonde du bla·
son de la magie : de I'écu avec I'aigle en vol. Toutes ses ceuvres en
témoignent. Elles représentent dans leur ensemble une magnifique
envoJée; elles visent, toutes ensemble et chacune prise a part, I'idéal
de la sublimation de la nature humaine. ("est parce que Pfl.ADAN
portait le blason de la magie, I'aigle volant, qu '¡¡ en est ainsi. N 'est
ce pas avoir le blasoll de la magie devant les yeux, que d'invitcr
I'homme « a jcter les aiglcs de son désir dans la nue » ·paree que le
bonheur « exhaussé jusqu '3 un idéaL échappe aux négations des
hommes et des choses: et c'est la le seul triomphe de ce monde»
78
(Traité des Antinomies, Paris, 1901, livres 11 et 11I). - C'est le meme
blason - l'écu avec l'aigle - que PAPUS avait en vue, en réalité,
lorsqu'il définit ainsi la magie :
f La magie est l'application de la volonté humaine
dynamisée iI l'évolution rapide des [orces vivan tes de
la nature » (Traité méthodique de Magie pratique,
p. 10) - Mais iI faut faire précéder cette définition
par cette autre : ~ ... La magie est la science de l'amour»
(op. cit., 2)
Car c'est précisément « I'évolu tion rapide des forces vivan tes de la
nature » que représente l'aigle de l'écu de « I'Impératrice »; « La
science de I'AMOUR est le sceptre de « I'lmpératrice », qui représente
le moyen, par lequella magie attein t le bu t.
Or, si !'écu signifie le « quoi ? » et le sceptre le « comment ? »
de la magie, la couronne en représente le « de quel droit? ».
Bien que la magie ait disparu des codes criminels de nos jours, la
question de sa légitimité reste posée aux plans moral, théologique
l" meme médical. On se demande aujourd'hui, tout comme dans
la passé, s'i1 serait moralement légitime d'aspirer - sans parler
de I'exercer - a un pouvoir exceptionnel nous conférant la domina­
rlon sur notre prochain; on se demande si une tene aspiration ne serait
pas due, en demiere analyse, a !'orgueil, et si elle est compatible
.Ivl' e le role que tout croyant chrétien sincere réserve ala grace divine
·.oH irnmédiate, soit agissant par l'intennédiaire des saints anges et
, j ( ' ~ saints de Dieu ? On se demande, enfin, si une telle aspiration
11(: serait pas malsaine et contraire a la nature humaine, la religion et
11I rl'létaphysique, étant donné les limites jusqu'ou elle peut impuné­
IIIent aller vers l'Invisible.
ous ces dou tes et objections sont bien fondés. 11 nc s'agit done pas
d(, les réfuter, mais de savoir s'i1 existe une magie qui échappe aces
"uutes et a ces objections,en d'autres tennes s'il existe une magie
Ir,rritime au point de vue moral, religieux et médical.
Nous prendrons comme point de départ ces paroles dV Nouveau
¡'(I,I' tament :
~ Pie"e qui passait partout, descendit également chez
les Saints demeuront a J.ydda. 1I y trouva un homme
nommé Enée. qui gisait sur son grabat depuis huit ans,
et qui étai! paralytique. Piare lui di! : - f Enée, Jésus­
Christ te guérit, li!ve-toi. et [ais toi-meme ton lit ! »
Et immédiatement il se leva ». (Actes IX, 32-34) .
79
Voila un acte spirituel de guérison dont la légitimité est hors de
doute : au point de vue moral, c'est un acte de charité pure; au point
.1. · VIII' c'est au nom de Jésus-Christ et non de Pierre lui­
UI I' IIII' '1'"' II1 opérée; au point de vue médica!, c'est une
111' ",.. IIIH! 1' 11
1
111 1\1. (' dt' la physique ou psychique qu'elle
tl r llll ll . 1 ... , ¡, . ('t' '1111 l' lahlil la légitimité indiscutable de
101 1'11'1111"1"1111'111, le hut dc I'acte de Pierre :
11'11111,' h I'ulllllohíhsé la lIIohililé; dcuxiemement, c'est le moyen
par lequel la guérison fut accomplie : la parole basée sur l'essence
de Jésus-Christ; troisiemement, c'est la source de l'acte : « Jésus­
Christ te guérit ! »,
Ce sont la les trois éléments de la Magie sacrée qui la rendent
légitime et dans lesquels iI est facile de reconnaitre les trois insignes
de « I'Impératrice » - la couronne, le sceptre et le blason, Car rendre
a I'immobilisé la mobilité, c'est I'action Iibératrice représentée par
I'aigle sur I'écu; réaliser la guérison par la parole seule, e 'est mettre
en jeu le sceptre surmonté par la croix; I'accomplir au nom de Jésus­
Christ, c'est avoir la tete couronnée du divin,
Mais, pourrait-on nous objecter, la guérison d'fnéc n'a rien a voir
avec la magie. C'est un miracle, c'est-a-dire I'action de Oieu dans la­
quelle I'homme n'est pour rien.
L'apotre Pierre n'y serait done pour rien ? Si cela était vrai, pour­
quoi s'est-il rendu aupres d'fnéc ? Pourquoi J'action divine de guérison
ne fut-elle pas accomplie directement, sans I'intermédiaire de Pierre ?
Non, Pierre y est pour quelque chose . Sa présence et sa voix étaient
nécessaires afin que la guérison püt avoir lieu, Pourquoi ?
Ce probleme mérite une profonde méditation, car iI inclut le mys­
tere central de la religion chrétienne, celui de /'incarnation.
En effet, pourquoi le Logos, le Fils du Pere, devait-II s'incarner,
devenir Dieu-Homme, pour accomplir I'ceuvre supréme de la Magie
Divine - 1'00uvre de la Rédemption,
Pour s'humilier ? Mais, étant Dieu, 11 était I'humilité meme. Pour
participer au destin humain : naissance, vie et mort humaines ? Mais
Dieu qui est amour participait, participe et participera toujours au
destin humain - 11 frissonne avec tous ceux qui ont froid, 11 souffre
avec tous ccux qui souffrent et 11 agonise avec tous ceux qui meurent.
- Savez-vous que dan s les monasteres du Proche-Orient , a I'époque ou
les cceurs battaient encore dans I'harmonie de la Présence Divine, on en­
seignait comme remede miraculeux a toute aftliction et toute souf­
france aprononcer ces paroles : -- Gloire ata longanimité, Seigneur! » ?
Non , I'ceuvre de la Rédemption, étant ceHe de I'amour, exigeait
80
I'lIlIion parfaite dans I'amour de deux volontés, distinctes et libres ­
la volonté divine et la volonté humaine . Le mystere du Oieu-Homme
." ;1 la c1ef de la Magie divine; ayant été la condition fondamentale
dt' l'tcuvre de la Rédemption, elle est I'opération de la Magie divine
")lIIparable seulement a ceHe de la création du monde ,
I\lors les miracles exigent deux volontés unies ! lis ne sont pas
dl's lIlanifestations du pouvoir tout-puissanl ordonnant, mais sont dus
,1 unc puissance nouvelle qui naif chaque fois qu'il y a unité de la
vtllonté divine et de la volonté humaine . Pierre était done bien pour
'111 t'lque chose dans la guérison d'fnée a Lydda , La volonté divine
,Ivail besoin de sa volanté pour donner naissance a la puissance qui
III lever de son lit fnée paralysé. Une telle action simultanée et
'tlllrordante de la volonté divine et de la volonté humaine est exacte­
II Wllt ce que nous entendons par « magie sacrée » ou « magie divine ».
l;aut-i1 parler de « magie » 10rsqu'i1 s'agit d'un miracle ? Oui, car
ti y a un mage et la participation de sa volonté est essentielle pour
\.1 lóalisation du miracle. Pierre s'est rendu aupres d'fnée et c'est lui
')'11 a prononcé les paroles qui ont réalisé la guérisan. La participation
01,' I'icrre est indiscutable, or, iI y eut un mage humain. Par conséquent
I'nllploi du mot « magie » est bien justifié, si, toutefois on entend par
" lIIagie » le pouvoir de I'invisible et du spirituel sur le visible et le
riel.
Mais ce n'est pas a une « magie personnelle », mais bien a la
.. llIagie divine », qu'est due la guérison d'fnée . Car Pierre ne pouvait
11l'1I, si S3 volonté n'élait pas uniea la volonté divine. 11 en était plei­
1II'II\ent conscient et c'est pourquoi il dit a fnée : « Jésus-Chrisl te
/-tllcril ». Ce qui veut dire : « Jésus-Christ a bien voulu le guérir. Jésus­
( 'hrist m'a envoyé chez toi, pour que je fasse ce qu'I1 m'a dit.Quant
moi, je suis doublement heureux de pouvoir a la fois et servir mon
MaiLre el te guérir, mon cher frere fnée. »
Vaila le sens de la couronne adeux étages que porte I'lmpératrice.
C'est pouvoir étre « doublement heureux » de servir a la fois ce
qui est en haut et ce qui est en bas , Car la couronne, tout comme la
liare, représente le pouvoir du servíce. C'est le service rendu a ce qui
,'st en haut et le service rendu a ce qui est en bas qui constituent la
légitimité de la Magie sacrée ,
Dans la Magie sacrée le mage j?ue le role du derníer chainon de la
chaine magique qui descend d'en-haut; c'est-a-dire qu'il sert de
puint de cuntact et de point de concentration terrestres pour ropé­
ralion con(fue , vaulue et mise en action en-hau!. En effet lorsqu'on
est ce dernier chainon, on porte la courOllfle de la légitimité magique.
81
Et, répétons-Ie, toute magie qui n 'est pas ainsi couronnée est illégitime.
L'exercice légitime de la Magie sacrée est-il donc réservé au seul
Sacerdoce?
A cela je réponds par une autre question : I'amour de Dieu et du
prochain est-iJ réservé au seul Sacerdoce ? La Magie sacrée est la puis­
sance de I'amour née de l'union dans l'amour de la volonté divine et
de la volonté humaine; or, Monsieur PHILIPPE de LYON n'était ni
pretre, ni meme médecin, mais il guérissait les malades par le pouvoir spi­
rituel qu 'iI disait n 'etre pas le sien mais celui de « l' Ami» d 'en hau 1. »
Le Sacerdoce compte de nombreux thaumaturges - St GRÉGOIRE,
St NICOLAS et St PATRICE (patrick) ce qui suffit a nous convain­
cre que la Magie sacrée est bien a sa place dans le Sacerdoce.
Comment pourrait-il en etrc autrement étant donné que I'adminis­
tration des Sacrements - de ces opérations de la Magie sacrée univer­
selle - constitue la charge principale du clergé et que les opérations
individuelles « décidées en-haut » sont confiées en priorité a ceux qui
vivent dans I'ambiance des Sacrements universels? N'est-il pas naturel
que celui qui participe chaque jour au mystere de la Transsubstantia­
tion soit appellé, en premier Iieu, a la Magie Sacrée ?
La vie et I'reuvre du saint curé d'ARS montrent la hauteur et la
splendeur de la Magie sacrée individuelle - outre les sacrements
universels - qui peuvent se manifester dans la vie et dans I'ceuvre d'un
simple curé de campagne !
Mais d'un autre coté la vie et I'ceuvre de M. PHlLIPPE de LYON
nous montrent la hauteur et la splendéur de la Magie sacrée indivi­
ducHe - sans les sacrements universels - qui pcuvent se manifester
dans la vie et dan s I'ceuvre d'un lalc, qui est né et a grandi a la cam­
pagne !
L'amour agit partout ou iJ existe . II est la vocation de chacun;
iJ n'est la prérogative de personne.
De ce qui précede il apparait clairement que la gnose due a I'expé­
rience mystique doit précéder la magie sacrée. C'est le sens de la cou­
ronne que porte « I'lmpératrice ». La magie sacrée est I'enfant de la
mystique et de la gnose.
S'iJ n'en était pas ainsi, la magie serait la mise en pratique de la
théorie occulte. Elle ne s'applique qu'a la magie personnelle ou usur­
patrice. La Magie sacrée ou divine est la mise en pratique de la révéla­
tion '!lystique. Le MaUre a révélé a Pierre ce qu'j) avait a faire - inté­
rieurement et extérieurement - pour guérir Enée aLydda. Et c'est la
I'ordre des choses dans la Magie sacrée : d'abord le contact réel avec le
divin (mystique), puis la prise de conscience de ce contact (gnose),
82
et enfin la mise en reuvre, ou I'exécution de ce que la révélation mys­
tique a fait connaitre comme étant la tache a accomplir et la méthode
asuivre.
La magic personne\1e ou usurpatrice suit par contre un ordre con­
traire. C'est le magicien lui-meme qui étudie la théorie occulte et
de quand et comment la mettre en pratique. S'i1 le fait en suivant le
conseil donné par un maitreen magie, quclqu'un de plus expérimenté
en magie que lui, le principe en reste le meme : c'est toujours la per­
sonnalHé humaine qui décide le « quoi » et le « comment ». Ainsi
l' I\PUS dit dans son Traité méthodique de magie pratique.
Ce qui différellcie la magie de la science occulte en
général, e 'est que la premiere ('st une sciencc pratique
tandis que la secunde est surtuut théurique. Mais vou­
loir [aire de la magie sans connaitre I 'uccultisme, e 'est
vouloir conduire une lucumotive sans ,etre passé par
une écule théurique spéciale. On prévoit le résultat ».
(p.4) et puis : ... La magie étant une science pratique
demal/de des cumliJissances théoriques préliminaires,
comme toutes les sciences pratiques (p. 5). Et enfin :
... « I-a magie, considérée cumme une science d 'appli­
caliu n , hume presque ulliquemelll SUII actiun au déve­
luppemellt des rappurts qui existe/u cntre /'homme et
la IliJture. 1- 'étude des relatiulls qui existent entre
l'l!umme et le plan supérieur, le plal/ d¡¡'¡u, dans toutes
ses modalités, se rapportc hicll plus á la théurgie qu 'á
la magie ». (p.
Vli!la une définition tout-a-fait caractéristique et qui correspond par­
ace que nous avons désigné comme «magie personnelIe »ou
1I1,¡traire ». La magie de cette espéce n'inclut pas ce qui est supé­
111 111 ti I'homme : le plan divino L'homme y est le seul maltre, - il en
I ,i '¡dllcurs de meme pour toutes les sciences d'application. .
« f..'ll regle générale, le principe directeur dans toute
opération est la Vvlollté humaine; le moyen d actiol/,
¡'outil empluyé, est le fluide astral ou tliJturel, et le hut
¡) atleil/dre est la réalisativll (sur le plan physique géné­
/'IIlemel/t) de /'opérativl/ elltreprise » (P I\PUS, /.a
Sáel/ce des Mages, p. (9), mais ... qualll á la magie
i'áémullielle et au I/aturalisme, I/OUS ne pOUVOIIS que
k,l' CUlldamller autant puur leur inutilité que pour les
¡/rJl/¡;crs furmidahles qu 'ils cumportent et /'état dame
83
qu 'ils supposent ... On entend, en effet ici, sous cette
derniere dénomination (magie cérémonielle) l'opéra­
tion ou la Volonté et I'intelligence humaines sont
seu les en exercice sans le concours d ivin . .l> (PAPUS,
Traité élémentaire, de science occuLJe, p. 430, 431,
7e édition) .
« Les dangers formidables» de la magie personnelle ou arbitraire ont
été décrits par tous ceux qui en ont eu I'expérience directe ou indirec­
te. Henri Cornelius AGRWPA (De Occu/ta Philosophia, I1I, 1551),
Eliphas LEVI (Dogme et Rituel de la Haute Magie) et PAPUS en ont dit
assez pour prouver que la magie personnelle ou arbitrairc est des plus
dangereuses.
Pour la Magie sacrée ou divine, le seul risque est qu'elle soit inopé­
rante, par suite d'une erreur; ceci est affligeant mais ne comporte
nul danger.
Avant d'en terminer avec les dangers de la fausse magie, je voudrais
ajouter ceux qu'énumere Jean HERBERT dans sa préface a La Puissan­
ce du serpent par Arthur AVALON (Lyon, Derain, 1959), ou iI met en
garde le lecteur contre la tentation d'essayer la pratique de la méthode
tantrique et d 'éveiller la « puissance du serpent » ou « kundalini »
pour la faire monter vers la tete, au centre Sahasrára :
... « Celui qui s y aventure sans erre guidé par un
maUre authentique - ce qui est presque certainement
impossible en Occident - se trouvera dans une situa­
tion fort analogue iJ un enfant qu 'on laisserait jouer
avec toutes les drogues garnissant une pharmacie ou se
promener avec une torche dans un magasin d'artificier.
Troubles cardiaques incurables, destruction lente de
la moe/le épiniere, désordres sexuels et folie attendent
ceux qui s y risquent. »
Voila le bouquet de « fleurs du mal» qui est offert au débutant sans
gourou, ou avec un gourou non authentique!
Revenons a la Magie sacrée. Ayant précisé la signification de sa
« couronne » ou sa légitimité divine, il nous faut maintenant considé­
rer son « sceptre » ou sa puissance.
Le sceptre de « l'Impératrice » est formé de trois parties :une croix,
un globe et une baguette terminée par une petite boule ou un gland.
La baguette est plus étroite en bas, a I'endroit ou « I'Impératrice » la
tient, qu'en haut, ou elle supporte le globe surmonté de la croix.
84
Le globe est divisé en deux par une ceinture ou « zone équatoriale ».
Ainsi, peut.on dire qu'i1 est formé de deux coupes, I'une renversée,
supportant la croix et tournée vers le bas,
I'autre supportée par la baguette et ouverte vers le haut.
Or, la réunion d'une coupe surmontée d'une croix et d'une autre
supportée par une baguette, (le sceptre de I'lmpératrice), est
l'expression symbolique de la méthode de la réa/isation de la
potentialité représentée par la couronne. C'est I'union de deux
volontés potentielles dans la couronne, devenues actuelles dans le
sceptre. La coupe surmontée de la croix et tournée vers le bas est
la volonté divine, tandis que la coupe supportée par la baguette et
tournée vers le haut est la volonté humaine. Leur union active est le
sceptre ou la puissance de la Magie sacrée. Cette puissance résulte de
I'influx de la croix qui coule de la coupe supérieure dan s la coupe
vide inférieure et de la descend par la baguette pour se concentrer
a son extrémité cornme un gland ou une goutte. En d'autres termes :
le Saint Sang d'en haut se concentre et devient une « goutte » de sang
humain par la parole et I'action humaines.
Vous direz peut-étre : mais c'est du Saint GRAAL, c'est de l'Eucha­
rist ie myst ique, que vous parlez !
Oui, c'est exactement du Saint-Graal ou de I'Eucharistie mystique
qu'il s'agit. Car c'est la, et la seulement, que réside la puissance de la
Magie sacrée. ('ette puissance est en derniere analyse celle de la double
sincérité - divine et humaine - réunie dan s la parole ou action humai­
nes. C'est parce qu'aucune parole, aucune action n'est vraiment
sincere, quand elle n'est que cérébrale et qu'elle n'est pas une
saignée vitale. Plus iI y a de sincérité dans la parole ou dans
I'action humaine, plus il y a de I'essence vitale du sango Lors­
qu'i1 arrive - et les Anges s'agenouillent en adoration quand cela
arrive - que le désir humain soit en accord avec le désir divin, le Saint
85
Sang s'unit alors a l'essence vitale du sang humain et le Mystere du
Díeu-Homme se répete et de meme se réitere la puissance miracu­
leuse du Dieu-Homme. Cest la la puissance de la Magie sacree - ou
son sceptre.
Cher Ami Inconnu, ne eroyez pas que j'aie combiné intellectuelle­
ment ces choses, apres avoir lu des Iivres sur le Saint Graal et des
traités de théologie mystique sur le Sacrement de l'Eucharistie. Non,
je n 'aurais jamais écrit sur le mystere du Sang comme sur la source de
la Magie sacrée -:- meme si je « savais » ces choses - si je n 'avais
visité a maintes reprises la Chapelle du Saint Sang a Bruges. La j'ai
eu l'expérience bouleversante de la réalíté du Saint Sang du Dieu­
Homme . Cest cette expérience, de l'effet rajeunissant !'ame - que
dis-je ? - Non seulement rajeunissant I'ame, mais encore la relevant
dan s le sens de la guérison d'f:née opérée par Saint Pierre : « leve-toi,
et fais ton lit toi-meme ! » - c'est cette expérience, dis-je, qui m'a
révélé le Mystcre du Saint Sang et la source de la puissance de la
Magie sacrée. Ne vous offusquez pas du caractere personnel de ce que
je viens d'éerire. Je suis un auteur anonyme et je le reste pour pouvoir
étre plus franc et plus sincere qu'i1 n'est permis d'ordinaire a un au­
teur.
Le but de la Magie saerée, comme nous !'avons dit, est représenté
par I 'écu que « I'lmpératrice » tient a la place du Iivre que tient
« la Papesse ». La Gnose sacrée a pour but I'expression communi­
cable ( ou « Iivre ») de la révélation. mystique, tandis que le but de
la Magie sacrée est l'ac:tíon libératríce ou la restauration de la liberté
pour les étres qui I'ont partiellement ou totalement perdue. L'aigle
en vol figuré sur l'écu signifie cette devise de la Magie sacrée, qui
pourrait étre ainsi formulée : « Rendre la liberté a quiconque est
esdave ». Et elle comprend toutes les reuvres mentionnées par Luc
(VII, 21,22) :
« lésus guérit plusieurs persunnes de maladies, d 'in/ir­
mítés et de malíns espríts, et íl rendit la vue ii plusíeurs
aveugles. Puís il répondít : Allez rapporter ii lean ce
que vous avez vu et elltendu : les aveugles recuuvrent
lo vue, les boiteux marchen!, les lépreux sont purí/iés,
les sourds entendelit, les morts ressuscítent, la bonne
1l0U I'elle est annoncée aux ,Jau vres. »
Voila le but de la Magie saerée; elle n'a pas d'autres buts que de ren­
dre la liberté de voir, d'entendre, de mareher, de vivre, de poursuivre
I'idéal et d'étre véritablement soi-meme - c'est-a-dire de rendre la vue
86
aux aveugles, l'oui'e aux sourds, la marche normale aux boiteux, la vie
aux morts, la bonne nouvelle ou I'idéal aux pauvres et le libre arbitre
a ceux qui sont possédés par les esprits malins. Elle n'attente jamais
a la liberté, dont la restauration est le but unique. L'objet de
la Magie sacree est plus que la guérison pure et simple; c'est la
restauration de la liberté, y compris la libération de I'emprise du
doute, de la peur, de la haine, de I'apathie et du désespoir. Les « es­
prits malins » qui privent I'homme de sa liberté ne sont point les
étres des hiérarchies di tes « du mal » ou « hiérarchies déchues ».
Ni Satan, ni Bélial, ni Lucifer, ni Méphistophéles n'ont jamais privé
qui que ce soit de sa liberté . La tentation est leur arme unique et elle
présuppose la liberté de celui qui est tenté. Mais la possessíun par un
« esprit malin » n'a rien a voir avec la tentation. Cest toujours la me­
me chose que pou r le monstre de Frankenstein. On engendre un élé­
mental et on devient ensuite I'esclave de sa propre création. Les « dé­
mons » ou « esprits malins » du Nouveau Testament s'appellent
aujourd'hui dans la psychothérapie « névroses d'obsession », « né­
vroses de peur», « idées fixes » etc. lis ont été découverts par les
psychiatres contemporains et sont reconnus comme réels - c'est-a­
dire comme « organismes psychiques parasitaires » indépendants de
la volonté consciente humaine et tendant a l'asservir. Mais le Diable
n'y est pour rien - au moins en tant que participation directe. 11
observe la loí - qui protege la liberté humaine et est la Convention
inviolable entre les hiérarchies du « coté droit » et celles du « coté
gauche » - et ne la viole jamais, comme il ressort par exemple de
I'histoire de JOB. Que I'on ne craigne pas le Diable, mais que I'on
eraigne les penchants pervers en soi-meme ! Car ces penchants per­
vers humains peuven t nous priver de notre liberté et nous asservir.
Bien pis encore - ils peuven t se servir de notre imagination et de
nos facultés d'invention et nous porter a des créations qui peuvent
devenir le fléau de l'humanité. Les bom bes atomiques et ahydrogene
en sont des exemples flagrants.
L'homme avec la perversité possible de son imagination fausse
est bien plus dangereux que le Diable et ses légions. Car l'homme
n'est pas lié par la Convention conclue entre le Ciel et l'Enfer; iI peut
outrepasser les limites de la Loi et engendrer arbítraíremen! des force s
mauvaises dont la nature et l'action sont hors du cadre de la Loi. Tels
étaient les Molochs et autres « dieux » de Canaan, Phénicie, Carthage,
ancien Mexique et d'autres pays qui exigeaient des sacrifices humains.
JI faut se garder d'accuser a tort les etres des hiérarchies du mal d'
avoir joué le role des Molochs, ceux-ci n'étant que des créatures de
87
l'imagination et de la volonté perverses des eolleetivités humaines. lis
sont des égrégores de la perversité eollective, tout cornme il existe des
« démons » ou « esprits malins » engendrés par des individus. - Mais
nous avons assez parlé des démons, le probleme des « esprits malins »
sera trai té de fa<;on plus détaillée et plus approfondie dans la 1Se
Lettre eonsaerée al'Areane XV.
La cathMre, sur laquelle « l'Impératriee » est assise, représente,
comme nous l'avons dit, le róle de la Magie saerée dans le monde.
C'est sa plaee dans le monde et dans l'histoire du monde. C'est sa
base enfin. En d'autres termes, e'est ee qui l'attend, la désire et est
toujours pret ala reeevoir. De quoi s'agit-il en fait ?
Vu la fonetion libératriee de la Magie saerée, il s'agit de tout ee qui
est privé de la liberté et assujetti ala néeessité. C'est ee dont St Paul
dit :
t: En effet, la création attend, avec Ul/ ardent désir, que
les enfants de Dieu soient manifestés.
Car la créatiofl a été assujeUil' ala vanité, non pas vv­
IOlltairemellt, mais par celui qui l'y a assujettie.
Maú elle espere qu 'elle sera al/ssi délivrée de la ser­
I'itude de la corruptiol1 pour étre dans la liberté glo­
rieuse des enfants de Dieu.
Car 1l0US savolIs que jusqu 'a ce ¡our toute la créatiol/
SOl/pire, et qu 'elle est cumme en travail;
l't nOIl seulement elle, mais 110US aussi qui avons les
prémices de l'Esprit, qui soupirons en nous-mémes en
attelldant la rédemptioll de I/otre cor{Js. )) (Romains,
VIII, 19-23).
C'est done le regne minéral, végétal, animal et humain de la nature ­
en un mot la nature entiere - qui eonstitue le domaine de la Magie
saerée . Sa raison d'etre provient de la chute et du domaine entier de
la ehute comprenant la nature déchue, I'homme déehu et les hiérar­
ehies déehues. Ce sont les etres qui lui appartiennent qui esperent
« avee un ardent désir » etre « délivrés de la servitude de la eorrup­
tion pour etre réintégrés dan s la liberté glorieuse des enfants de
Oieu ».
Comment la Magie saerée agit-elle aectte fin ? Comment délivre­
t-elle, par exemple les hommes ?
La eathcdre de « l'Impératriee » a un dossier. 1\ resscmble fort a
deux ailes, de sorte que certains interprétateurs du Tarot ont vu
« l'lmpératriee » eomme étant ailée. O'autres, eependant. n'y ont vu
88
qu 'un dossier. Vu la eontexture de la lame, le sens du blason portant
l'aigle, du sceptre surmonté par la eroix et la eouronne adeux étages,
ne faudrait-il pas y voir un dossier en forme de deux pétrifiées
irnmobilisées, mais qui furent autrefois des ailes véritables et qui le
sont encore poten tielleme nt ?
Si cette interprétation était aceeptée, non seulement elle réconcilie­
rait les deux points de vue opposés en apparence maís elle cadrerait
aussi avec tout ce que la lame enseigne sur le domaine, le but, la puis­
sanee et la légitimité de la Magie saerée : rendre le mouvement aux
ailes pétrifiées; ne pas en accord avee la mission libératriee de
la Magie sacrée et avee les paroles de Saínt Paul ?
Quoi qu'il en soit, cette interprétation comporte la réponse ala
question qui porte sur la maniere eonerete dont se manifeste l'action
libératrice de la Magie saerée. Elle est en tout point eontraire
a l'action de eontrainte de la magie fausse ou personnelle. Elle
oppose a l'aetion de l'hypnose eelle du réveil de la volonté libre;
a la suggestion, la délivranee des idées flXes et des complexes
psychopathologiques; a l'évocation du néeromant, la montée vers
le défunt effeetuée par la force de l'amour; aux moyens de eon­
trainte employés par la magie eérémonielle al'égard des étres élémen­
taires (gnomes, ondines, sylphes et salamandres), le gain de leur
eonfianee et de leur amitié par des actes eorrespondants; aux proeé­
dures de la Kabbale pratique ayant pour but l'asservissement des
« esprits malins » (dans le sens des hiérarchies déehues) leur Trans­
formation en serviteurs de leur plein gré par la résistance aux ten­
tations spéeiales de ehaeun d'eux . Car eux aussi attendent « que les
enfants de Oieu soient manifestés » et eeHe manifestation pour eux
signifie en premier Iieu l'inaeeessibilité a leurs tentations. Résistez
au diable, et le diable sera votre ami. Un diable n'est pas athée; il ne
doute pas de Dieu. La foi qui lui manque, e'est la foi en I'homme. Et
I'aetc de la Magie saerée aI'égard d'un tel diable est eelui du rétablis­
sement de sa foi en I'homme. Le but des épreuves de JOB n'était pas
de dissiper les doutes de Oieu, mais bien eeux du Ces doutes
une fois dissipés, qui était done eelui qui ceuvrait pour rendre 11 Job
tout ee qu'i) avait perdu, sinon le meme etre qui l'en avait aupara­
vant privé? L'ennemi de Job devient son serviteur de bon gré - et
« serviteur de bon gré » veut dire ami. La Magie saerée, enfin, oppose
:1 la transfusion fluidique du magnétisme la pratique de prendre pour
soi les maladies et les infirmités d'autrui, selon le préeepte de Saint
Paul:
89
<f Portez les fardeaux les uns des autres, el I'OUS accom­
plirez ainsi la loi du Christ ». (Galates VI, 2) .
Cest ainsi que les saints pratiquaient la Magie sacrée. lIs ne projetaient
pas leurs forces, leur vitalité ou leurs fluides en autrui, mais prenaient
bien au contraire, de lui ce qui était malsain. Sainte LlDVINF, par
exemple, qui ne quitta jamais son lit et sa chambre, pendant de
longues années, se ressentit fortement de méfaits de l'a\cool. Dans
le meme temps un alcoolique guérissait dans la ville de Schiedam.
En dressant cette liste des contraires, je n 'ai pas eu l'intention de
juger, moins encore de condamner, l'hypnose, la suggestion, toute
évocation, la magie cérémonielIe ayant trait a la nature, la Cabbale
pratique aspirant 11 la mainmise sur les « esprits malins » et le magné­
tisme . Mon seul bu t était de dégager ce qui différencie la Magie
sacrée de ces pratiques. ElIes aussi peuvenl servir le bien . Mais la Magie
sacrée ne peut autre chose que servir le bien .
y a-t-il des <f grimoires .» de la Magie sacrée ? Oui, si I'on comprend
par « grimoires » un arsenal d'armes ou d'outils dont on se sert. Cet
arsenal est constitué par des formules, des gestes et des figures repro­
duites par les gestes . Mais on ne doit pas les choisir arbitrairement. Le
choix en doit etre réservé soit 11 la science profonde confirmée par la
révé/ation soit a la révé/ation directe confirmée ultérieurement par
la science due a l'expérience.
Quant a I'arsenal des formules, iI est accessible presqu'en entier a
tout le monde . Car le formulaire principal de la Magie sacrée est
I'f:criture Sainte, la Bible comprenant le Nouveau et I'Ancien Testa­
ment. L'f:vangile selon Sain t lean y occupe une place prééminente, car
il est constitué presque entierement par des fonnules magiqlles . Puis
viennent les trois au tres f:vangiles et !··'\lh\Caivp,¡;. On trulIve aussi
des formules magiques dans les f:pitres et dans les Actes. Dans I'An­
cien Testament, on les trouve surtout dan s les Psaumes, le Livre de
la Génese (Bereschith), Ezéchiel et les autres prophetes . 1I y a aussi
des formules magiques dans le Rituel Iiturgique de l'f:glise et dans la
tradition écrite ou orale remontant aux saints et aux grands mysti­
queso Le texte de la Table d'Emeraude appartient également a I'arse­
nal des formules de la Magie sacrée.
En ce qui concerne la partie « muette », c'est-a-dire les gestes et
les figures reproduites par les gestes, de la Magie sacrée, leur choix doit
etre de meme soit confirmé par la révéla tion soit indiqué par elle .
Ce sont, en regle générale. des gestes du Rituel employés par l'Eglise
traditionnelIe (Romaine ou Crecque-Orthodoxe) et des gestes repro­
duisant un nombre limité de figures géométriques . Ainsi faut-il parfois
90
s' agenouilIer, parfois etre debout, parfois se prosterner; il faut parfois
faire le geste de la bénédiction, parfois celui de la protection ou bien
celui de la Iibération, etc.
Ces fomlUles et ces gestes ne sont pas secrets, mais il ne fau t pas
les trahir. « Trahir » ne signifie pas les divulguer, les faire connaitre a
d'autres; on ne trahit pas une formule magique en la faisant connaitre
a quelqu' un qui pouvait encore I'ignorer, mais on la trahit lorsqu'on
I'arrache a son propre domaine sacré et a la contexture sacrée de
I'opération magique dont elle fait partie et lorsqu'on la fait descendre
¡. un plan inférieur, c'est-a-dire,lorsqu'on en abuse. 1\ en va ainsi des
lormules par lesquellcs la consécration s'opere a la Messe. TOllt le
lIIonde les connait, mais elIes ne sont opérantes que lorsqu'elles sont
pllllloncées dans la contexture sacrée de la Messe par une personne
'1
l1i
est seule légitimée a le faire . Ce n'est pas le secret qui les
1I'1Id opérants; c'est la contexture, et le niveau de l'opération,
que la légitimatiof1 de I'opérant ou du célébran t. On ne trahit
d'I\\(' pas les fomlUles de la consécration en les imprimant dans les
Mais on les trahirait, si un lale s'en servait dans une « messe »
,lIlnlrairement improvisée ou inventée . Le mystere est protégé d'une
1111)(' maniere que le secreto Sa protection , c'est sa lumiere, tandis
'1'11' la protection du secret est I'bbscurité . Quant a l'arcane, qui est
1, dq-\ré rnoyen entre le mystere et le secret, c'est le demi-jour qui le
1"\l II\\C. Car il se révele et se cache a la fois par le moyen du sym­
Io II II .II\C. Le symbolisme est le demi-jour des arcanes, Ainsi les Arcanes
d,l 1.II'ot sont des formules rendues visibles et accessibles a tout le
111 "111 k . lis amusaient dans le passé des milliers de personnes; des
" "I .lll1es de personnes s'en servaient pour dire la bonne aventure;
."l. 1'I"es-unes en éprouverent I'effet révélateur. Court de GEBFUN en
tOlr .' Iorlné; Eliphas Ll-vl en fut saisi; PAPUS en fut inspiré; d'autres
), ,.. Iivlrent et subirent I'étrange et presqu'irrésistible attrait du Tarot
11 '. I'él udiaient, le méditaient, le commentaient et I'irlterprétaient
\1111 inspirés et iIluminés par « quelque chose )1 dans le
111 (.1 'IlIi se révele et se cache a la fois dans le demi-jour de ses sym­
11,,11'\ 1';1 nous ? OÍ! en sommes-nous avec le Tarot ? Nous le saurons
11. _. ' II'IH;C certaine apres la XXIIe Le tt re , consacrée aux Arcanes
du Tarot.
*
* *
I .1 0111\1\1 re sur laquelle « I'Impératrice » est assise représente le I
91
second Hf: du « tetragrammaton » de la Magie sacrée, c'est-a-dire
son ensemble manifesté; sa couronne correspondant au IOD , le
sceptre au premier Hf: et I'écu au V A V du tetragrammaton . C'est
pourquoi nous avons défini la cathedre comme « le role de la Magie
sacrée dan s le monde et dans I'histoire. » On pourrait également
dire que c'esl le phénomene de la Magie sacrée entiere comme iI
s'est manifesté, se manifeste et se manifestera dans I'histoire de
I'humanité. C'est son corps historique qui révele son ame et son esprit.
Par « corps » j'entends ce qui rend possible I'action directe dans le
monde des faits . Ainsi « I'arsenal » ou dépot des formules et gestes
magiques dont on se sert dans 1 'exercice pratique de la Magie sacrée
fait partie de son « corps ». Le Rituel de ses opérations universelles
destinées a servir I'humanité entiere qui transcendent I'espace et le
temps, c'est-a-dire les sept sacrements de l'Eglise universelle font, en
tant que rituel, également partie de son « corps ». Puis les personnes
qui ont la mission ou le don de perpétuer la tradition de la Magie
sacrée en font de meme partie . Ce corps est comme un arbre qui
a un certain nombre de branches qui portent beaucoup de feuilles
et dont les racines sont au ciel et dOflt le faite est tourné en bas o11 n'a
qu'un tronc et qu'une seve qui alimente et vivifie toutes ses branches
avec leurs feuilles innombrables.
Est-<:e « I'Arbre des Sephiroth » de la Cabbale ? Ou bien l'Arbre de
la Connaissance du Bien et du Mal? Ou encore l' Arbre de Vie ?
Le fruit de I'Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal a eu un
triple effet : I'effort, la souffrance et la mort. L'effort ou le travail
prit la place de I'union mystique avec Dieu , laquelle union sans effort
est I'enseignement du premier Arcane du Tarot « le Bateleur ». La
souffrance rempla(fa la révélation directe reflétée ou la Gnose (révé­
lation directe qui est I'enseignement du deuxieme Arcane du Tarot,
« la Papesse ») . Et la mort entra dans le domaine de la Vie ou de la
Magie sacrée créatrice qui est I'enseignement du troisiéme Arcane du
Tarot, « l' lmpératrice ». Or, la Magie sacrée est la Vie telle qu'elle fut
avant la chute . La Gnose du 2e Arcane est la Conscience telle qu 'elle
fut avant la chute. Et la Spontanéité mystique du ler Arcane est le
rapport entre I'homme et Dieu tel qu'il fut avant la chute . Cette spon­
tanéité primordiale donnait I'impulsion et la direction a I'évolution
ou au développement de I'ctre humain . Ce n 'est pas la lu tte pour
I'existence, décrite par Charles DARWIN il y a un siécle, qui a été
I'impulsion fonciere directrice vers I'idéal ou but de I'évolution avant
la chute, mais bien cet état d'etre que nous désignons aujourd'hui
par le terme d' « union mystique ». Le principe de la lu tte ou de I'effort
92
11" t ll t IlllS en jeu qu'apres la chute. De meme la souffrance ne jouait pas
IVII III la dlUte le role d'éveiller la conscience ; ce role était alors réservé
,\ 111 révéla tion directe reflétée ou a la Gnose . La mort non plus
111' 1IIII ait ras alors le role de la Iibération de la conscience par la
des formes qui l'enferment, role qu'elle joue depuis la
I lml l ' Au Iieu de la destruction des formes avait Iieu leur transfonna­
/1,,1/ ("011 tilluelle . Ceci fu t opéré par 1'action perpétuelle de la Vie
,l lc' cluan\ la métamorphose des formes conformément aux change­
dI: la conscience qui s'en servait. Cette action perpétueIle Iibé­
1,Il11re mllstmctive de la Vie était - et elle est encore - la fonction
.1,' la Magie sacrée ou divine . Et c'est cette fonction transformatrice,
a la fonction destructrice de la mort, que la Genese de
MlIl\l ' par le symbole de « l'Arbre de Vie ».
(h , la chute avait changé le destin de l'humanité en ce sens que
1'111111111 Mystique fut remplacée par la lutte ou I'effort, la Gnose par la
1111 111 am;e et la Magie sacrée par la mort. C'est pourquoi la formule
111I11111\;allt la Bonne Nouvelle que leseffets de la chute peuvent étre sur­
II hll l16s et que le chemin de I'évolu tion humaine peu t redevenir celui de
1'11 11 )1\11 mystique au lieu de la lutte, que la révélation reflétée immé­
.\ I¡ II "IIIl'lIt ou la Gnose peut remplacer I'enseignement de la vérité par
1.1 ',Illlffrance . et que la Magie sacrée ou la vie transformatrice peut
1' 1' 11 .111' la place de la mort destructive - c'est pourquoi , dis-je, cette
1" llIllI k a la teneur que voici :
.le suiS la vvie, la vérité, et la vie. (Jean, XIV, 6)
I ,' 1 h' formule est en meme temps le résumé des trois premiers Arcanes
.\11 I llrot, c'est-a-dire de I'arcane de la vraie voie, ou de la Spontanéité
Il lv"llque, de I'arcane de la vérité révélée ou de la Gnose, et de I'arcane
.\, la vil' transformatrice ou de la Magie sacrée.
La Magie sacrée est done I'Arbre de Vie, inaccessible ala témérité
IIhitraire . mais se manifestant dan s l'histoire humaine entiére par I'in­
1I' IIl1édiaire de ceux qui savent dire « Ecce ancilla Domini, mihi fiat
verbum tuum ,» ou bien : « Ecce servus Domíni, faciam
,'¡; umdum verbum tuum .» Elle se manifeste par le miracle de l'his­
l .. ire humaine que la vie surbiologique humaine continue de siecle en
de millénaire en millénaire et que sa source ne tarit pas; que le
1"\1 sacré sur les autels des creurs et les autels de pierre ne s'éteint pas
.1" siecle en siecle, de millénaire en millénaire, .que la Bonté, la Vérité
,'\ la Beauté ne perdent pas leur attrait de siécle en siécle; qu'il n'y ait
quand meme et Foi, et Espérance et Charité dans le monde; qu'il y ait
93
des saints, des sages, des génies, des bienfaiteurs, des guérisseurs que
la pensée pure, la poésie, la musique, la priere ne soient pas englouties
par le néant; qu'il y ait ce miracle universel de l'hlstoire humaine et
que le miraculeux existe. Oui, le miraculeux existe, car la pie n'est
qu'une série de mirades, si nous entendons par « miracle » non pas
I'absence de cause (c'est-a-<lire qu'il ne serait causé par personne et
par rien - ce qui serait plu t6t le concept de « pur hasard ») mais bien
I'effet visible d'une cause invisible ou reffet sur le plan inférieur dü a
une cause située sur un plan supérieur. L'incompréhensibilité n'est
point la qualité distinctive du miracle; bien au contraire, le miracle
est souvent essentiellement plus compréhensible qu'un phénomene
dit « naturel» et «expliqué ».11 est,parexemple,plus,compréhensible
que Thérese N FUMANN, en Baviere, ait vécu pendan t des dizaines d'an­
nées sans autre nourriture que I'hostie - étant donné que la matiere
n'est que I'énergie condensée et que l'énergie n 'est que conscience
« condensée » - yue le faít bien « expliqué» d'une seule cellule qui,
en se multipliant par division, produit les cellules tout-a-fait diffé­
rentes du cerveau, des muscles, des os, des cheveux etc. qui se grou­
pent de telle maniere qu'il en résulte un organisme entier humain ou
animal. Lorsqu 'on me dit que tout cela s'explique par I'hérédité, que
les « genes » renfermés dans la premiere cellule sont tels qu'il doit en
résulter un tel organisme, je m'incline, mais je n'y vois que du feu .
L' Arbre de Vie est la source des miracles de la génération, de la
transformation, du rajeunissement, de la guérison et de la Iibération.
Sa participation consciente ad perpctranda miracula rei unius, comme
le dit la rabie d'f:meraude,est le Grand-<Euvre de la Magie sacrée.
On peut comprendre I'idéal dU Grand-<Euvre lorsqu'on le compare
a I'idéal de la science exacte modeme. Or I'idéal de la science est
le pouvoir - le pouvoir technique pratique et le pouvoir technique
intellectuel. L'aspect intellectuel de I'idéal scientifique est de réduire
la multiplicité des phénomenC'S a un nombre limité de lois et de les
réduire ensuite a une seule formule simple. 11 s'agit en fin de compte
de mécaniser I'intellect de telle maniere qu'il calcule le monde au Iieu
de le comprendre. Alors on aura atteint le pouvoir technique intellec­
tueJ.
L'aspect pratique de I'idéal scientifique se révele dans le progres de
la science moderne depuis le XVIlie siecle jusqu'a nos jours. Ses étapes
essentielles sont les découvertes successives mises au service de
l'honune : la vapeur, I'électricité et I'énergie atomique. Mais toutes
différentes qu 'elles paraissent étre, ces découvertes ne sont basées que
sur un seul principe, a savoir le principe de la destruction de la matiere,
94
111 11 11I'IlIdk 1 ' ( ~ l l e ..gie est Iibérée pour étre capturée de nouveau par
1 " " "11111' afíll d'dre mise a son service. Ce sont les petites explo-
Iplri 11'J!,lIlées de I'esscnce qui produisent I'énergie qui fait marcher
11111' .11110. Jo:[ c'cst la destruction de I'atome, qui produit I'énergie
11111111'1111'. QII'il s'agisse du charbon, de I'essence ou de I'atome d'hy­
,1. 1I1f'hll', qu'importe, iI s'agit toujours de produire de I'énergie en
d ,. llIlIsal11 de la matiere. L'aspect pratiquc de I'idéal scientifique
I , 1 la tlomination sur la nature au moyen de la mise en jeu du prin­
, ' l it' tic destruc:tion OU de mort.
lrllllginez-vous, Cher Ami lnconnu, des efforts et des découvertes
lliup, la dircction opposée, dans la direction de la construction ou de
", 1',.. Imagina-vous, non pas I'explosion, mais bien l'épanouissemellt
1I'II IIe « bombe atomique » canstructive. 11 n'est pas trop difficile de
l' IIII:lp,illcr, car chaque petit gland est une telle « bombe constructive »
1' 1 It- chéne n 'est que le résultat visible de « I'explosion » lente - ou
I
f
l1j1/1 lllluissement - de cette « bombe ». Imaginez-Ie, et vous aurez
I'h léal du !l' Gralld Oellvre» ou I'idée de I'Arbre de Vie. L'image meme
111' tI l' i\rbre » comporte la négation de I'élément technique et méca­
111'1'1(" l! est la synthese vivante de la lumiere céleste et des éléments
.". ia tcrre, 11 est la synthese du cíel et de la terre, iI synthétise cons­
hlllllllcnt ce qui descend d'en haut et ce qui monte d'en bas.
Or, I'idéal de I'Hermétisme est contraire acelui de la science. Au
111' 11 J'aspirer au pouvoir sur les forces de la nature au moyen de la
oI, ',lrlJction de la matiere, I'Hermétisme aspire ala participation cons­
, "' lile des forces constructives du monde sur la base d'une alliance et
d'IIIIC communion cordiale avec elles. La science veut ('ontrailldre la
',li llure a obéir a la volonté de I'hornme tel qu'i1 est; I'Hermétisme
ou la philosophie de la Magie sacrée - veut au contraire puri­
11('1, illuminer et changer la volonté et la nature humaine afin de
Irs rendre conformes a la nature naturante et de les rendre capables
dc' rccevoir sa re velatia n accordée de bonne grace.
Le Grand-Oeuvre, ccmme idéal, est donc J'état de \'étre humain qui
,.", en paix, alliance, harmonie et coJlaboration avec la Vie. C'est la
(c le fruit de l'Arbre de Vie ».
Mais la Bible ne dit-elle pas que I'approche de l'Arbre de Vie est
défendue et que Dieu
« mit a I'úriellt du jardil1 d 'Edenle chérubill qui agite
IIl1e épée j70mbuyal1te. pour garder le chemin de I'Ar­
bre de Vie » ~
Oui, elle est défendue, mais la défense n'est pas absolue et générale;
95
elle est spécifiée. Lisons ce que la Bible en dit (Genese, 3, 22) :
Et Eloim dit ;' Voici, l'homme est devenu comme
l'un de nous, pour la cOflllaissance du bien et du mal ...
Empechons-le maintenant d'avancer sa main , de
prendre de l'Arbre de Vie, d'en manger et de vivre
étemellement ».
Il de la défense d'avancer la main et de prendre de I'Arbre de
la Vie , et c'est cela, rien que cela, qu'empéche I'épée flamboyante du
Gardien d'Eden .
« Avancer la main et prendre » - c'est le motif, la méthode et
I'idéal scientifiques. C' est la volonté-de-pouvoir sous-jacente a l'atti­
tude scientifique qui est empéchée par I'épée flamboyante du Gardien
d'Eden ; défense de répéter I'acte commis a I'égard de l'More de la
Connaissance du Bien et du Mal. Mais le motif, la méthode et I'idéal
hermétique sont contraires a ceux de la science. La volonté-de-servir
est sous-jacente a I'attitude fonciere hermétique. Au lieu d'avancer
la main pour prendre , I'homme ouvre son intellect , son c<eur et sa
volonté pour recevoir ce qui lui sera accordé de bonne grace. L'ins­
piration, I'illumination et I'intuition qu'il cherche ne sont pas autant
de conquétes accomplies par sa volonté ; elles sont plu tót des dons
d'en haut , précédés des efforts de la volonté humaine en vue d'en
devenir digne .
L'épée flamboyante du Gardien d'Eden est une arme de la Magie
divine. Cela veut dire qu 'elle est essentiellement un « oui » et non
pas un « non ». Elle est essentiellement constructive et non pas des­
tructive. En d'autres tennes, elle invite , encourage et dirige tous
ceux qui sont dignes, ainsi que tout ce qui est digne en chacun, des
bénéfices de I'Arbre de Vie et elle interdit , décourage et éloigne tous
ceux qui en sont indignes, ainsi que tout ce qui est indigne en chacun .
L'épée flamboyante est la bénédiction faite a ceux qui cherchent
l'Arbre de l'Amour Etemel qui est l' Arbre de Vie , et elle est en méme
temps, par le fait méme qu'elle bénit, la force flamboyante d'interdic­
tion aI'égard de ceux qui cherchent l' Arbre de Vie pou r s'emparer de ses
fruits . L'épee du Saint Gardien d'Eden agit toujours dans la vie spi­
rituelle de I'humanité. Elle appelle les chercheurs et elle repousse
les voleurs. ,C'est grace a elle que I'Hermétisme, la tradition millé­
naire de la poursuite ininterrompue de I' idéal du Grand-Oeuvre,
existe - malgré toutes les chirneres, toutes les formes de charlatanerie
inconsciente et consciente qui accompagnent cette poursuite .
L'épée du Saint Gardien d' Eden opere, sans faire acception
96
de personnes, la révélation magique de I'Arbre de Vie. Elle est
le verbe magique flamboyant éveillant dans les ames humaines
le désir ardent du Grand.ffiuvre, de la Vie Miraculeuse. Elle « n'étcint
pas le lumignon qui flambe encore et elle n 'acheve point de briser le
roseau froissé » , paree que sa mission est divine et qu'i! est propre au
divin non seulement d'épargner toute goutelette de sincérité et toute
étincelle de I' amour, mais encore de les faire croitre et s'étendre , Car
malgré toute la corruption que manifeste l'expérience de I'histoire,
il n'y a rien de corrompu en totalité. L'enseignement de I'Eglise tradi ­
tionnelle selon lequel la nature est blessée, non détruite «( natura vul­
nerata, non deleta ») est absolument vrai. L'Arbre de Vie est l'unité ou
synthese de la conscience, de la force et de la matiere. Trois est son
nombre. Car il reflete I' unité de la Sainte Trinité .
11 est en meme temps I 'unité de la Mystique, de la Gnose et de la
Magie , C'est pourquoi il ne faut pas les séparer. « L' lmpératrice »
(" omme symbole de la Magie sacrée, contient en soi la Gnose et la
Mystique ou - « la Papesse » et « le Bateleur ». Ces arcanes ne sont
JlUS compréhensibles lorsque I'on Ics prend séparément. En général,
tllllS les Arcanes du Tarot ne sont compréhensibles que pris dans leur
r ll :.emble.
Maís il arrive bien que la conscience humaine sépare I'inséparable
"11 oubliant l'unité. On prend une branche de I'Arbre dc Vie et on la
, II lt ívc comme si elle existait sans le tronc o La branche peut avoir une
IHIl r.Ué vie, mais elle dégénere. C'est ainsi qu 'en oubliant la Gnose
d 1.1 Mystique on avait pris séparément la qui, étant unc bran­
,hr 'lÓparée de son tronc, cessa d'étre la Magie sacrée et devint la ma­
" ill hitraire ou personnelle. Celle<i se mécanisa aun certain degré et
!Ir ¡¡l lIt ce que l'on comprend par « magie cérémonielle » qui a eu son
"lIIpi ,1<' floraison depuis la Renaissance jusqu 'au XVlle siecle . Ellc
l' "l it p:lr cxcellence, la magie des humanistes, elle n 'était plus la Magie
oI ly III' ·. lIlais la magie humaine, Elle ne servait plus Dieu, mais l'horn­
11 \1 ' Son idéal devint le pouvoir humain sur la nature invisible et
'" Ic- . Plus tard on oublia aussi la natufe invisible. On se coneen­
1", la nature visible seule en vue de I'assujettir a la volonté hu­
'1 ', 11 111' C'cst ainsi que prit naissance la science technologique et
Elle est la continuation de la magie cérémonielle des
Jépourvue de son élément occulte, tout comme la pre­
HII"II' la continuation de la Magie sacree, mais dépourvuc de son
et mystique.
'11J(' k VlcllS de dire est parfaitement en accord avec ce qu'en
1" 111· l' I\ I'IIS (el Eliphas Ltvl). Or Papus dit :
97
«( I,a Magie cérénlOf/ielle est uf/e opération par Iaqllelle
l'homtlle chercfte a contrail/dre par le ¡e// meme des
11m'es f/aturelles, les pllissances illl'isibles de dilws
ordres aagir se/o 1/ ce qu 'il requiert d 'elles. A cet eJTet,
il les saisit, il les surprend pour ail/si dire, e/l pro¡etal/t,
par /'(1],'t des correspondances que suppose ['UI/ité
de la Créatio/l, des J(m'es dOl/t I//i-meme 11 'est pas le
maUre, mais auxq//elles il peut o//vrir des voies extra­
ordinaires ... lit Magie cérémonielle est d'ordre absolu­
mellf ¡¡Jelltilfue ti I/otre sciel/ce i/ldustrielle. Notre
p/lissallCl' est presque mille auprés de celle de la vapeur,
de /'eJectricité. de la dynamite; /l/ais , ('1/ leur oppoS(Jl/t
par des combínaisons appropriées, des forces I/atu'
relles al/ssi puissalltes qu 'elles. I/OUS les COI/(,l'lItroI/S,
I/OUS les e'tlllI/lI¡:asíl/of/s. IIOUS {es cO/ltraigl/(l/Is ti tral/s­
porta 0/1 abrisa de's masses qui IIOUS al/I/uleraiel/t ... ,l>
(Traite! é{énU'/ltaire de Sciellce (}(:cl/lte, p . 425. 426)
Que dire de plus? On peut, peut-étre. ajouter une autre phrase de
PAl'lIS. définissant le rapport entre le « magiste scicntifique » ou
occu It iste et le sorcier. Le voici :
« 1,(' sorder est ti {'oc('l/ltiste Ce' qu(' J (Jul'rier est ti
l'illgélliel/r ». (La Sciellce des Magcs, p . 68)
Le sorcier n'est donc (ju'un occlIltiste.amateur.
Tout COI1lI11C la science technologiquc contcmporaine est la conti­
nllation dircctl' de la l11agie cérémonielle . I'art profane contemporain
n'est que la continuation de la Gllose et de la Magie, qui avaient perdu
de vue la mystique et qui avaient été séparées d'elle . Car I'art cherche a
révé{er et iI s'attache ale faire d'une maniere magique.
Les mysteres anciens n'étaient que I'art sacré ayant dans I'arriere­
plan conscient la Mystique et la Gnose. Mais une fois cet arriere·
plan oublié. ou trop éloigné dans I'histoire, iI reste une gnose.
(ou un « révélationnisme») privée du fond de la discipline et de
I"expérience mystiquc . Ainsi naquit « I'art créatif », et les Mysteres
devinrent théatre. les mantras révélateurs devinrent des vers, et
les hymncs devinrent des chansons et les mouvemcnts pantomimiques
révélateurs devinrent des danses. tandis que les mythes cosmiques
cédcrent leur place aux belles lettres.
L'art. étant séparé de I"organisme vivant de 1'lInité du Tctragram­
lIIatoll. s'éloigne nécessairellll'nt 3l1ssi bien dl' la t;nose que de la Magic
sacrée dont il est issu et auxquelles iI doit sa substance et la seve de sa
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vie. La révélation pure de la Gnose devient de plus en plus le jeu de
I'imagination et le pouvoir magique dégénere de plus en plus en esthé­
tique. C'est ce que Richard W AGNER avait compris et ce aquoi il avait
voulu remédier. L'reuvre de WAGNER poursuivait le but de la réinté­
gration de I'art - en effectuant la réunion de celui-ci avec la Gnose et
la Mystique afin qu 'iI redevienne Magie sacrée,
Joséphin P(LADAN s'attachait a faire la meme chose en France .
11 eut meme un succes éblouissant mais passager - pour des raisons
qu'il comprit ultérieurement. Le silence est le c1imat indispensable
atoute révélation; le bruit la rend absolument impossible.
La vie religieuse, comme chacun sait, connait aussi la décadence
lorsqu'elle cesse d'etre enracinée dans la Mystique, illuminée par
la Gnose et mue par la Magie sacrée . Elle refroidit sans le feu de la
Mystique, s'obscurcit sans la lumiere de la Gnose et devient impuis­
sante sans le pouvoirde la Magie sacrée. 11 ne lui reste alors qu'un
légalisme théologique supporté par un légalisme moral - voila
I'origine de la religion des scribes et des pharisiens au temps du Nou­
veau Testamenl. Ceci est le crépuscule qui précede sa nuit -sa
mor!.
La foi est I'expérience du souffle divin; I'espérance est
de la !umiere divine et l'Amour est l'expérience du feu divin o 11 n'y a
pas de vie religieuse authentique et sincere sans foi, espérance et
amour; mais il n'y a pas de foi, d'espérance et d'amour sans expé­
rience mystique, ou, ce qui est la méme chose , sans grace . Aucun
argument inteBectuel ne peut éveiJIer la foi ; iI peut, tout au pll!s,
éliminer les obstacles, les malentendus et les préjugés , et aider
ainsi a !'établissement de l'état du silence intérieur nécessaire a
!'cxpérience du souffle divin . Mais la foi elle-meme est le souffle
divin dont I'origine ne se trouve ni dans le raisonnement logique ,
lIi dans I'impression esthétique, ni dans !'acte moral humain.
Le Verbe flamboyant divin luit dans le monde des silences de
\' úme et le meut. Ce mouvement est la foi vive, done réeBe et au then­
lique, et cette lumiere est l'espérance ou iIIumination, tandis que
lout dérive du feu divin qui est I'amour ou union avec. Dieu . Les
II\lis « voies » (ou stades mystiques) traditionnelles - de la purifica­
'¡Uf/ , de l'illuminatíon et de {'uníon - sont ceBes de I'expérience du
i,llufne divin 011 de la foi , de la lumierc divine ou de I'espérance et
ellI fcu divin ou de I'amour. Ces trois expériences foncÍ<!res de la
,,1
v
élation du divin constitucnt le triangle de la Vie. car 11ul esprit,
null e ame et l1ul corps mcme nc pourraient s'ils étaient entie­
lI'men! privés de tout amour, de toutc espérance et de toute foi.
99
lIs seraient alors dépourvus de tout élan vital. Car I'élan vital, défmi
par Henri B ERGSON cornme l 'impulsion générale de I'évolu tion,
est-i1 autre chose qu'un amour, qu'une espérance et qu'une foi reuvrant
au fond de la vie entiere ? C'est par ce qu'au commencement était le
Verbe et que toutes choses lui doivent leur existence (Jean, 1) et paree
que le Verbe primordial vibre encore en tout ce qui vit, que le monde
vit encore et qu'i1 y a un élan vital qui n'est autre chose que I'amour,
I'espérance et la foi, inspirés Jadis par le Verbe Créateur.
Dans ce sens BROWNING a eu raison de dire que « la nature est
surnaturelIe » Car son origine sumaturelIe se manifeste encore dans
son élan vital. Vouloir vivre! Mon Dieu, quelIe profession de foi,
quelIe manifestation d 'espérance et quelIe ardeur d'amour !
L'amour, I'espérance et la foi sont en meme temps I'essence de
la Mystique, de la Gnose et de la Magie sacrée. La FOI est la source
dll pouvoir magique et tous les mirades dont parle l'Evangile lui sont
attribués. La révélation - toutes les révélations - de la Gnose n'ont
qu'un but : donner, préserver et accroitre I'ESPfRANCE. Le livre
que la « Papesse » tient sur ses genoux est écrit afin que I'espérance
demeure . Car toute révélation qui ne donne pas d'espérance est
inutile et superflue. La Mystique est un feu sans réflexion, c'est
I'union avec le divin dans I'AMOUR. Elle est la source premiere
de tou te vie, y eompris la vie religieuse. artistiq ue et intelIectuelIe .
Sans elle, tOllt devient technique pure et simple. La religion devient
un corps de technk¡ues dont les scribes et les pharisiens sont les
ingénieurs. Elle devient légaliste.
L'art devient un corps de techniques, soit traditionnelIes, soit
novatrices - un champ d'imitation ou d'expériences.
La seience enfin devient un corps des techniques du pouvoir sur
la nature.
Mais l'Arcane de la Magie sacrée, « l'lmpératriee », nous appelle
a prendre un autre chemin . 1I nous appeUe au chemin de la régéné­
ration, et non de la dégénérescence. 11 nous invite a déméeaniser
tout ce qui est devenu uniquement technique. intelleetuel, esthé­
tique et moral. 11 faut se démécaniser pour devenir mage. Car
la Magie sacrée est toute entiere Vic - la vie telle qu 'elle se révele
dans le Mystere du Sango Que nos problemes deviennent au tant
de eris du sang, que nos paroles soient portées par le sang et que nos ae­
tions soient conformes adonner du sang ! Voila eornment on devient
mage. On le devient en devenant essentiel- essentiel eornme l'est le sango
Eliphas L¡ :VI mit comme sOlls-titre au chapitre consacré au troi­
100
sieme Areane du Tarot de son Dogme de la Haute Magie : «Plenitudo
Vocis ». Son choix est plus qu'heureux, il est génial ! En effet « plé­
nitude de la voix » - pourrait-on mieux déerire l'essence meme de la
Magie sacrée !? Oui, c'est la plénitude de la voix dont il s'agit dans
la Magie sacrée; c'est la voix pleine de sang, e'est le sang qui devient
voix. C'est I'etre dan s lequeJ il n'y a rien de méeanique et qui est
cntierement vivant.
Le troisieme arcane du Tarot, étant l'Arcane de la Magie saerée, est,
par ce fait meme, de la génération. Car la génération n'est
qu'un aspeet de la Magie saerée. Si la Magie sacrée est l'union de deux
volontés - humaine et divine - dont le miracle est le résultat, la géné­
ration elle aussi, présuppose la trinité du générateur, du générant et du
généré. Or, le généré est le miracle résuItant de I'union d'un principe
générateur et d'un principe générant. Qu'il s'agisse d'une nouvelle
t1ée, d'une reuvre d'art, de la naissance d'un enfant, qu'importe, c'est
loujours la meme loi de la génération qui opere, c'est toujours le me­
lile Arcane de la fécondité qui est en jeu, et e'est toujours le meme
IIl ystere de I'lncarnation du Verbe qui en est le prototype divino
Nous avons dit plus haut : la Magie sacrée est la Vie telle qu'elle
IlIt avant la chute . Comme la vie est toujours génératrice, l'Areane
.I r la Magie sacrée est en meme temps celui de la génération avant
In chute, de la génération verticale, du plan supérieur au plan infé­
au Iieu de la génération horizontale qui s'aecomplit sur un seul
1'1:111 .
La formule de ce mystert est bien connue :
Et Incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgíneo
I:.!le eontient la trinité du Générateur d'en haut, de la Générante
/' 11 tl US et du Généré, - ou : l'Esprit Saínt, la Sainte Vierge et le Dieu­
l "HIIJIlC. Elle est en me me temps la formule de la Magie saerée en géné­
1,,1 parec qu'eJle exprime le mystere de l'union de la volonté divine etde
111 vnlonté humaine dans I'élément du sango Le sang - dans son triple
1111 mystique, gnostique et magique - est le « seeptre » ou la puis­
1I 1¡)\l de la Magie saerée.
1\ t:c point, Cher Ami Ineonnu , je me retire et je vous laisse seul
IV" I' votre Ange. lJ ne eonvient pas que ma voix humaine s'arroge le
d ll ll l lit; prononcer les ehoses qui sont la eontinuation plus appro­
" .nd!c· de ce qui vient d'etre esquissé ci-dessus.
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