nouvelles, mais encore celle de respirer l'air de l'honneteté et du cou­

rage moral de la justice impartiale. Vous acquerrez peut.etre en plus
l'expérience qui sera la réponse a la question posée a la fm de la lettre
précédente, a savoir : Quelle ·est la huitieme force qui met en équiJibre
les sept forces du corps astral? Car c'est cette huitieme force qui
opere dans la pesée et le jugement au moyeri de la Balance de la Jus­
tice dans le for intérieur de notre conscience. Elle est la « huitieme
planete » ou le facteur inconnu dont tant de choses dépendent dans
l'interprétation d'un horoscope astrologique traditionnel avec les sept
planetes et dans l'interprétation de la formule caractériologique tradi­
tionnelJe de la composition et des proportions de l'organisme psy­
chique ou « caractere ». Car peu importe qu'il s'agisse d'un horo­
scope astrologique ou d'une formule caractériologique, il y a toujours
un X dont dépend templo; des données astrologiques ou caractério­
logiques. C'est le facteur du libre arbitre qui est sous-jacent a la regle
de l'astrologie traditionnelle : « Astra inclinant, non necessitant »(les
astres inclinent, mais ne contraignent pas). La me me regle est valable
pour «l'astrologie IlÚcrocosmique » ou la caractériologie. La aussi le
libre arbitre est le facteur indéterminable qui ne permet pas de prédire
avec certitude le parti qu'un hornme avec un caractere bien déterminé
prendra dans telJes ou telles circonstances. Car ce n 'est pas le caractere
qui est la source du jugement et du choix conscient, mais bien cette
force en nous qui pese et qui juge au moyen de la Balance de la Jus­
tice. La liberté est un fait qu'on expérimente quand onjuge, non par
son tempérament (corps « éthérique ») ou par son caractere (corps
« astral ») mais bien par la Balance de Justice - ou par notre con-science
propre . Le mot conséience contient l'idée de la balance, car iJ impli­
que le « savoir ensemble », c'est-a-dire le savoir des données des deux
plateaux suspendus aux extrémités du fléau de la balance . La cons­
cience (conscience, Gewissen, sovest') n'est ni le produit, ni la fonc­
tion du caractere. Elle est au-dessus de luí. Et c'est la - et seulement
la - que cornmence et se situe le domaine de la liberté: On n 'est
point libre quand on juge ou qu'on agit selon son caractere ou son
tempérament; on l'est quand on juge et que l'on agit selon la Balance
de la Justice ou la con-science. Mais la justice, la pratique de la Ba­
lance, n'est que le point de départ d'un long cheminement et dévelop­
pement de la conscience et done de la croissance de la liberté.
L'Arcane suivant, l'Ermite, nous invite a l'effort méditatif dédié
au chemin de la conscience.
244
IX
L'HERMITE
«L'HERMITE»
(Isis .) .. Prere l'oreille, mon Ji/s Horus, car:ru
enrends ici la docrrine secrere, que mon aleul
Kaméphis apprir d'Hermes. le mémorialisre
qui relate rous les faits , puis moi de Kamé­
phis, lIotre ancétre iJ tous, quand il m'honora
du don du Noir Parfai!. .. »
(OlfOT' Kal n ...
(E xtrait du Line Sacré Trismé­
gistt! intitulé « Filie du Monde» chez Sto­
bacus, 1,49.44)
.. Car le Trismégiste qui a Jlni par découvrir, je
ne sais comment, la vériré presqlle rout
elltierl!. a souvell/ décrit la puissance et la
majesré du Verbe, comme /'i/Iustre la citati<m
ci-dessus, ou iI (Hermes) proclame /'exisrence
d 'U/ll! Parole ineffable er sainte, done /'énoncé
dépasse la mesure des forces humaines. » (quo
farerur esse ineffahilem que/ldam sallcrumque
sermonem. cui/ls ellarrario modum Itumillis
exceder) La¡;tanlius, Div. 9. 3
Mais la porre ,.st érroire er le chemin esr
resserré qui menell/ iJ la vie. el iI Y en a peu
quiles rrouvenr. (Mall. VII,14)
Cher Ami II/COI/IIU,
L'Hennite ! Je me réjouis d'etre arrivé, dans la série de ces lettres­
méditations, acette figure vénérable et mystérieuse de I'itinérant soli­
taire, vetu d'une robe rouge sous le manteau bleu, tenant dans sa main
247
droite une lanteme, a1temativement jaune et rouge, et s'appuyant
sur un baton. Car c'est I'Hermite vénérable et rnystérieux qui fut le
maitre des reyeS les plus intimes et les plus chéris de ma jeunesse,
cornme d'ailleurs il est, dans tout pays, le maltre des reyeS de la jeu­
nesse désireuse de chercher la porte étroite et le chemin resserré
du Divin. Nommez-moi un pays, ou une époque , Ol! la jeunesse
véritablement « jeune », c'est-a-dire vivant pour l'ldéal, n'a pas eu
son imagination hantée par la figure d 'un Pere sage et bon , d'un Pere
spirituel, de l'Hennite enfm , qui est passé par la porte étroite et qui mar­
che sur le chemin resserré ? un Pere auquel on pourrait se fier sans réserve
et qu 'on pourrait vénérer et aimer sans bornes? Quel jeune hornme
russe, par exemplc, n'aurait pas entrepris un voyage de n' importe
quelle longueur et de n'importe quelle durée pour rencontrer un
Staretz, c'est-a-dire un Pere sage et bon, un Pere spirituel , l'Hennite
enfin ? Quel jeune homme juif de Pologne, Lithuanie, Russie Blanche,
Ukraine et Roumanie n'en ferait pas autant pour rencontrer un Tsadik
hasside,.. c'est-a-dire un Pere sage et bon, un Pere spirituel, l'Hennite
enfin ? Quel jeune hornme en Inde se refuserait afaire tout ce qui est
en son pouvoir pour trouver et rencontrer, en chela, un Gourou, c'est-a­
dire un Pere sage et bon, un Pere spirituel, l'Hennite enfm ? En fut-il
autrement avec la jeunesse qui entourait Origene , Clément d'Alexan­
drie , Saint Benoit, Saint Dominique, Saint d'Assise , Saint
Ignace de Loyola ? En fut-il autrement aussi de la jeunesse paJenne
d'Athenes autour de Socrate et de Platon?
1I en fut de mcme en Perse ancienne autour de Zarathoustra,
d'Ostanes et des autres représentants de la dynastie spirituelle des
Mages, fondée par le grand Zarathoustra. 1I en fut de mcme en Israel
avec ses écoles de prophetes , ses Nazaréens et ses Esséniens. 1I en fut
de meme en Egypte ancienne enfin , Ol! la figure du fondateur de la
dynastie des Peres sages et bons, celle d'Hermes Trismégiste , était
devenue, non seulement en Egypte mais pour le monde gréco-romain
tout entier le prototype du Pére sage et bon, de l'Hermite !
Eliphas LÉVI a bien sentí le sens historique universel de l'Hermite.
C'est pourquoi il écrivit cette admirable formule :
(( J. 'initié est celui qui possMe la lampe de Trismégiste,
le mallteau d 'Apollonius et le báton des patriarches »
(Dogme , chap o 9).
En effet I'Hermite, qui hante l'irnaginatíon de la « jeune »jeunesse,
I'Hermite de la légende et l'Hennite de l'histoire était, est et sera tou­
jours l'hornrne solitaire avec la lampe , le manteau et le baton . Car il
248
possede le don de faire jaillir la lumiere dans les ténebres - c'est sa
« lampe »; iI a la faculté de s'isoler du courant des humeurs, préjugés
et désirs collectifs de la race , de la nation , de la classe et de la famille
_ la faculté de réduire au silence la cacophonie du collectivisme voci­
férant autour de lui afin d'écouter et d'entendre l'harmonie hiérar­
chique des spheres -- c'est son « manteau »; il possede en mcme temps
un sens du réalisme tellement développé que ce n'est pas sur deux
pieds qu'i! pénetre dans le domaine de la réalité, mais sur trois. II
n 'avance qu 'apres avoir touché le sol par l'expérience irnrnédiate
et premiere du contact sans intennédiaire - c'est son « baton ».
1I crée la lumiere , il crée le silence et il crée la certitude - confor­
mément au critere de la triple concordance de ce qui est clair, de ce
qui est en harmonie avec l'ensemble des vérités révélées et de ce qui
est l'objet de l'expérience immédiate de la Table d 'Emeraude :
\f Verum, sine mendacio, certum et verissimum »
<f: Verum sine mendacio » - c'est la darté (la lampe);
« Certum » - c' est la concordance de ce qui est clair et
de l'ensemble des autres vérités (la « lampe » et le
« manteau »)
« Verissimum » - c'est la concordance de ce qui est
clair, de I'ensemble des autres vérités et de I'expé­
rience authentique et irnmédiate (la « lampe », le
« manteau » et le « baton »).
L'Hennite représente donc non seulement le Pere sage et bon qui
est un reflet du Pere aux Cieux, rnais encore la méthode et l'essence
de I'Hermétisme. Car rHermétisme se fonde sur la concordance de
trois méthodes de connaissance : la connaissance a priori de l' inteHi­
gence (la « lampe »); l'harmonie du tout par I'analogie (le « man­
teau ») et l'expérience authentique immédiate (le « baton »).
L'Hermétisme est done une triple synthese de trois antinomies :
l . La synthese de I'antinomie « idéalisme-réalisme »
2. La synthese de }'antinomie «réalisme -nominalisme »
3. La synthese de l 'antinomie « foi -science empirique »
En tant qu'il est la synthese - personnelle , dans le for intérieur de
la conscience - des trois antinomies ci-dessus en les couronnant
chaque fois du troisieme terme, son nombre est neuf et c'est le neu­
vieme Arcane du Tarot qui nous enseigne les trois syntheses des
trois antinomies.
Voyons maintenant comment I' Hermétisme est la synthese des
trois antitheses ou antinomies ci-dessus.
249
/. /. {¡nI ;,wmie « idéalisme-réalisme »
L'antithese se réduit adeux fonnules opposées :
« La conscience ou l'idée est antérieure ti toutechose.l>
c'est la fonnule de I'idéalisme, - et ­
« La chose (res) est antérieure ti tvute conscience ou
idée .l>
c'est la formule de base du réalisme.
L'idéaliste (par exemple HEGEL) considere toutes les chosescomme
autant de fonnes de la pensée, tandis que le réaliste (par exemple
SPENCER) affinne que les objets de la connaissance ont une exis­
tence indépendante de la pensée ou consciencc du sujet de la con­
naissance.
Le réaliste dit qu'on dégage des objets de la connaissance - par
voie d'abstraction - des nolions, des lois et des idées. L'idéaliste
dit par contre qu'on projette sur les objcts - par voie de concréti­
sation - des notions, des lois et des idées du sujet de la connais­
sance.
Le réaliste défend la théorie de la vérité dite « de correspon­
dance » : « la vérité est la correspondance entre !'objet et l'intelleet ».
L'idéaliste s'appuie sur la théorie de la vérité dite « de eohé­
renee » : « la vérité est la eohérence - ou absence de contradictions ­
dans le maniement des idées, notions et objets (les objets n'étant que
des notions) par I'intellect .
Est Vrai, selon le réaliste, ce qui eorrespond dans I'intelleet avec
I'objet. Est Vrai, selon l'idéaliste, ce qui constitue un systeme cohé­
relll daos I'intelleet.
Le monde entier reflété exactement dans I'intellect -- voila I'idéal
de la connaissance du réalisme .
Le monde entier reflétant exactement les postulats et les catégo­
ries de I'intellect comme systeme cohérent unique - voila l'idéal
de I'idéalisme. ("est le monde qui porte la parole et c'est l'intellect
humain qui l'écoute, dit le réalisme. C'est l'intellect qui porte la parole
et c'est le monde qui en est la rétlexion, dit I'idéalisme.
« Nihil in IntelleclU quod nun prius fiJerit ill sellsu» . est la for­
mule millénaire du réalisme. « Nihil in sensu quod /lun prius fuerit
ill illlellectu» - est la contre-fonnule de I'idéalisme.
Qui a raison ? Le réalisme avec son idole de la « Chose » (res),
antérieure a la pensée et son dualisme mazdéen des Ténebres (la
Chose) et de la Lumiere (la Pensée) qui procede ou est née d'elles ?
Ou I'idéalisme avec son idole de I'intellect humain qu'il place sur
250
le trone de Dieu et son monisme pan-intellectuel OU il n'y a de place
ni pour le « Noir Parfait » de la Sagesse surhumaine que mentionne
le Livre Sacré d'Hennes Trismégiste intitulé Koré Kosmou, ni pour les
ténebres du Mal et de la Laideur et de I'llIusion que nous expérimen­
tons tous les jours ?
Ne nous prosternons ni devant le monde ni devant I'intellect, mais
prosternons-nous en adoration de la Source cornmune et du monde
et de I'intellect - de Dieu. Dieu dont le Verbe est a la fois la « véri­
table lumiere qui éclaire tout homme venant au monde» (Jean 1,9)
et le créateur du monde _. « toutes choses ont été faites par lui, et rien
de ce qui a été fait, n'a été fait sans lui » (Jean 1,3).
La Chose, le monde - c'est le Verbe qui en est la source. L' intel­
lect, la lumiere de la pensée - c'est encore le Verbe qui en est la
source. C'est pourquoi I'Hennétisme, aussi bien pa'ien du passé que
chrétien du présent, n'est ni réaliste ni idéaliste. U est logiste, n'étant
fondé ni sur la Chose, ni sur I'lntellect humain, mais bien sur le Logos,
le Verbe de Dieu dont la manifestation objective est le monde proto­
type du monde phénoménal et dont la manifestation subjective est
la lumiere ou le prototype de I'intelligence humaine. « Et la lumiere
luit dans les ténebres, et les ténebres ne I'ont point reGue j) (Jean 1, 5).
Cela veut dire qu'i! y a des ténebres, dans le monde et dans la cons­
cience, qui n'ont pas été pénétrées par la lumiere et que par consé­
quent le Mal, la Laideur et I'lIIusion existent bien dans le monde et
dans la conscience .
Mais les ténebres du monde non pénétrées par le Verbe ne sont pas
la source de la conscience et I'intellect humain non illuminé par le
Verbe n'est pas le principe du monde. Dans le monde phénoménal
il y a des « ilIusions » objectives, c'est-a-dire « des choses non réelles »,
qui n'ont pas été faites par le Verbe mais qui ont surgi pour une
existence éphémere des bas-fonds des ténebres. Dans le domaine de la
eonscience subjective iI y a des illusions, c'est-a-dire des \lotions,
idées et idéaux non réels qui n'ont pas été engendrés par la lumiere
du Verbe, mais qui ont surgi pour une existence éphémere des tré­
fonds des ténebres du sousconscient.
Or, la correspondance entre un objet iIIusoire et sa notíon dans
I'intellect ne serait pas la vérité, mais une double iIIusion. Le réalisme
devrait le savoir 10rsqu'i1 avance sa théorie de la vérité dite de « corres­
pondance ». Et la cohérence a I'intérieur d'un systeme intellectuel
hasé sur des iIIusions \le serait pas un critere de vérité, mais I'indica­
tion d'une obsession d'autant plus profonde que la cohérence est
plus complete. L'idéalisme devrait le savoir lorsqu'i! avance sa théorie
251
de la vérité dite « de cohérence ».
Les objets ne sont réels, dans le sens du réalisme, que lorsqu'ils
sont réels dans le Verbe. Et les constructions intellectuelles ne sont
vraies, dans le sens de I'idéalisme, que 10rsqu'eUes sont vraies dan s le
Verbe. L'intellect humain, cornme tel, n'est pas producteur de la
vérité a la fa(fon d 'une araignée produisant sa toile. Tout fait du
monde extérieur ou intérieur en tant que fait, ne fonde pas une vérité,
puisqu'il peut aussi bien enseigner une illusion ou l'histoire d'une
illusion dans la nature (par exemple les monstres antédiluviens), ou
dans le monde humain (par exemple main tes idoles du passé ou du
présent).
Or le « monde» de notre expérience est la manifestation phéno­
ménale et du monde créé du Verbe et du monde évolutif du Serpent.
L' « intellect » de notre expérience, est, lui aussi,la manifestation et
de la l u m ü ~ r e du Verbe et de la ruse (pour prendre le terme biblique
qui indique comment les ténebres imitent la lumiere sans la recevoir)
du Serpent. C'est pourquoi, avant de professer le réalisme, iI faut
encore distinguer entre le Monde et le monde . De meme, avant d'em­
brasser I'idéalisme, iI faut distinguer entre l'lntelligence cosmique et
l'inteUect humain.
Mais, cette distinction faite, on peut embrasser ala fois, sans hési­
tation, le réalisme et I'idéalisme - ce qui sera l'idéal-réalisme ou le
logisme de I'Hermétisme ancien et contemporain .
La méthode de correspondance deviendra alors le baton dans la
main de l'Hernúte et la méthode de cohérence sera le manteau qui le
couvre. Cela grace ala lumiere de la lampe de l'Hernúte qui est l'instru­
ment saint 0\1 la lumiere du Verbe s'unit a l'huile de l'effort intellec­
tue! humain.
2. L 'antinomie «réalisme-nominalisme »
Dans cette antinomie, le terme « réalisme » n'a rien de cornmun
avec le « réalisme » de l'antinomie « réalisme-idéalisme ». - Réalisme
désigne ici I'école de la pensée occidentale qui attribue la réalité ob­
jective aux notions générales qu'on appelle aujourd'hui «abstraites»,
mais que la philosophie médiévale nornmait « Universalia » (Univer­
saux). Le courant, de la pensée occidentale quí nie la réalité objective
des Universaux et quí n'admet la réalité que des Propres est celui du
« nominalisme ».
Dans ce « réalisme », iI s 'agit de la réalité objective des Universaux
(des genres et des especes) et non de la correspondance entre les
notions de I'intellect avec la réalité des objets comme critere de vérité.
252
11 est donc ici question d 'un probleme tout afait différent de celui du
« réalisme » opposé al' « idéalisme ». Les « réalistes », en ce qui con­
cerne le probleme de la réalité des Universaux, sont en effet des
« idéalistes » extremes, en ce qui concerne le probleme de la primauté
de l'intellect ou de celle du fait.
Dans l'histoire des idées, le probleme sous-jacent a l'antinomie
« réalisme-nominalisme » a été posé, pour la premiere foís, d'une ma­
niere explicite par PORPHYRE (232-33 - 304 de rEre chrétienne) dans
son «Isagoge» ou Introduetion de Porphyre le Phénicien, disciple de
Plotin de Lyeopolis. Le probleme est posé des le début avec toute la
netteté désirable. Le voici :
( Tout d 'abord, en ce qui eoneerne les genres et les
espeees (e 'est-a-dire les Un iversaux) , la queslion de
savoir si ce sont des réalités subsistantes en elles­
mémes, ou seulement de simples eoneeptions de
['esprit, et, en admettant que ce soient des réalités subs­
tantielles, s 'ils sont eorporels ou ineorporels, si enfin
ils sont séparés ou s 'ils ne subsistent que dans les eh oses
sensibles et d 'apres elles, j 'éviterai d 'en parler : e 'est la
un probleme tres profond, el qui exige une reeherehe
toute dlfférente et plus étendue » (Isagoge, 1,9-14).
Or, de BOEcE a la Renaissance - et meme anos jours - ce pro­
bh:me a été I'objet de « la recherche toute différente et plus étendue »
que Porphyre souhaitait. Car les docteurs médiévaux, ayant bien vu
que le probleme des Universaux est au centre meme de la philosophie,
le traitaient en probleme central, ce, qui donna lieu ala division du
monde des philosophes en « réalistes » (les genres et les especes exis­
tent en eux-memes, au-dessus et en dehors des individus) et en « nomi­
nalistes » (les genres et les especes n'existent pas en dehors des indivi­
dus; i1s ne sont que des « noms »', ,des mots utiles ades fins de classi­
fication) . Une trolsieme école - celle des «conceptualistes » ou, selon
le cas, des « réalistes modérés » ou des « nominalistes modérés » (les
idées générales existent bien, mais elles n'existent quedans l'esprit
de celui qui les con(foit) - prit naissance pendant la controverse et
joua le róle non pas tant de synthese que d'intermédiaire.
La controverse fut passionnée pendant un millénaire et donna lieu
a des décisions de conciles, le concile de Soissons par exemple qui
condamna le nominalisme en I'an 1092.
La these des « réalistes » remonte a Platon, a sa doctrine des
« idées », Celle des « nominalistes » se rattache a ANTlSTHENE
« Je vois un cheval,je ne vois pas la caballéité.»
253
Le véritable probleme est de savoir si la caballéité est antérieure
aux chevaux individuels (universale ante rem), si elle est immanente
aux chevaux individuels (universale in re) ou si elle est postérieure
aux chevaux individuels et n 'en est dégagée que par la voie de I'abs­
traction (universale post rem) . Selon PLATON, la cahalléité existe
comme idée avallf les chevaux; selon ARISTOTE, la caballéité n'existe
que dalls les chevaux comme leur principe de forme ; selon les concep­
tualistes (par exemple KANT), la caballéitié est un concept formé par
I'esprit, par une sorte de récapitulation des tnüts communs a tous les
chevaux, abstraction faite des particularités (universale post rem).
Savoir si la caballéité est antérieure aux chevaux réels, si elle en
est le principe formateur ou bien si elle n'est qu'une notion de I'esprit
dégagée de I'expérience des sens, n'est pas, a vrai dire , un probleme
passionnant . 11 en va différemment 10rsqu'i1 est question de I'humanité
ou du monde . Le probleme devient alors celui de la création en tant
qu'elle differe de la Genese_ Dans la création, I'idée ou le « plan )) du
monde est antérieur a I'acte de sa réalisation, tandis que dans la genese
ou I'évolution, il n'y a pas d'idée ou de plan antérieur au. faít , mais
bien une force immanente aux substances et aux étres individuels qui
les pousse a chercher, par des essais et des erreurs, le chemin du progres o
En ce qui concerne I'humanité, le probleme devient celui de l'homme
prototype ou Adam céleste, c'est-a-dire de la création de I'homme
ou de sa genese au cours de I'évolution.
Examinons maintenant de pres les theses fondamentales du réa­
Iisme et du nominalisme _
~ Le général est antérieur au particulier j> -- est la formule de base
du réaliime.
~ Le particulier est antérieur au général j> - est la contre-formule
du nominalisme .
Ces deux theses contraires impliquent que, pour le réalisme, le
général est plus réel et de plus haute valeur objective que la particu­
lier et , pour le nominalisme , que le particulier est plus réel ·et de plus
haute valeur que le général. En d'autres termes, I 'humanité est plus
réelle et constitue une valeur plus haute que I'homme individue\. Par
contre, pour le nominalisme , c'est I'homme individuel qui est plus
réel el comporte une valeur plus haute que I'humanité .
Pour le réalisme iI n'y aurait pas d' homme s'il n'y avait pas d'huma­
nité . Pour le nominalisme, au contraire , il n'y aurait pas d'humanité
s'il n' y avait pas d'homme.
Les hommes composent I'humanité , dit le nominalisme _
L'humanité engendre de son sein invisible, mais réel , les hommes
IIIJ íviduels, dit le réaliste .
Qui a raison ? Le réalisme avec son idole de la collectivité anté­
d\.l ure a l'individualité, a l'ame individuelle , qui , par la bouche de
( ·An'HE, énon<¡a la justification de la condamnation a la mort de Jésus­
("hrist en d isan t :
« JI est de l'otre intérét qu 'un seul humme meure puur
le peuple, et que la I/atiun entiére l/e périsse pas »
(Jean 11,50 et Jean 18, 14).
Le réalisme qui par les tribunaux de l'lnquisition anéantissait les indi ­
vidus nocifs en les sacrifiant aux intéréts de I'humanité ou de I'f:glise?
Le réalisme enfín , qui , posant la race ou la classe au-dessus des indi­
vidus, extermina des millions de Juifs et de Bohémiens par les mains
nazies et d'autres millions de « koulaks » ou paysans aisés et nom­
hreux autres individus par les mains des boIcheviks?
Le nominalisme alors ?
Mais le nom inalisme est aveugle aux idées et principes qui ne sont
pour lui que des mots. La Vérilé , la Beauté et le Bien n'existent pas
pour lui comme réalités objectives et ne sont que des questions de
gout. ¡\ ucune science et aucune philosophie dignes de ce nom ne
pourraient exister si le nominalisme était le seul terrain intellectuel
ou elles devraient vivre . On ne ehercherail plus l"universel mais
ee qui est propre achaque individu o On ne ferait que recueillir des
faits partieuliers et , loin de mettre en valeur leurs traits communs pour
en dégager des lois et des principes, on aboutirait a une sorte de
musée des faits particuliers. Ce musée attendrait en vain qu'advienne
la pensée scicnlifique el. philosophique pour etre ulile a I'humanité
d' une maniere générale : le nominalisme ne serait pas a méme de la
produire, car iI est a I'opposé de la science.
Au lieu de s'ouvrir a la science et a la philosophie, il donnerait
Iieu a une multitude de sectes de gout subjectif. Chacun penserait et
croirait a sa fa,<on . On ne se tiendrait qu'a ce qui plairait.
Cest précisément ce pourquoi I't.glise a condamné le nominalisme
comme doctrine et ce pourquoi la science I'a banni comme méthode .
II aurait atomisé I't.gliseen une foule de petites religions selon le goüt
personnel de chaque individu et il aurait réduit la science a une sor te
de collectionni-sme stérile et a un nombre infini d 'opinions privées.
Nous ne pouvons done pas nous passer du réalisme si nous alta­
chons du prix a I'existence de la vérité objective (science) et de la
vérité transsuhjective (religion). 11 faut donc admettre la vérité objec­
tive et transsubjective si on aspire al'union de l'humanité dansla vérité
255 254
ulÚverselle objective de la science et la vérité trans-subjective de la
religion.
Mais pouvons-nous nous passer du nominalisme ?
Non plus. Car le nomina/isme, c'est la vision d'un monde constitué
d'etres individuels, ulÚques et C'est la vision du
monde comme grande cornmunauté des entités, au Iieu d'un monde
des lois, des principes et des idées. C'est la vision d 'un monde ou le Pche,
le Fils et le Saint-Esprit, personnes vraies et vivan tes, unies par les liens
éternels de Paternité, de Filialité et de Fraternité, regnent, entourés
des Séraphins, des Chérubins, des Tremes, des Dominations, des
Vertus, des Puissances, des Archanges, des Anges, des Hommes et des
etres de la nature, visibles et invisibles. Cornment pourrait-on dire,
en toute sincérité de creur, la príere au Pere qui est aux cieux : ­
« Que Ton nom soit sanctifié », sans croire que c'est le nom unique
et saint de l'etre vivant, unique et saint, et non pas la désignation de
I'idée supreme, de la « cause premiere » ou du « principe absolu » ?
Peut-on aimer un monde invisible des « causes premieres » imperson­
nelles, un monde peuplé de lois et de príncipes ?!
Si la connaissance intellectuelle générale du monde comme tel
(Science) et comme reuvre de Dieu (philosophie) n 'est pas possible
sans le réalisme idéaliste, la connaissance intuitive individuelle par
l'amour des etres particuliers (Mystique, Gnose et Magie) ne l'est pas
non plus sans le nominaJisme réaliste.
Or on ne peut ni embrasser sans réserve le réalisme idéaliste ou
le nominalisme réaliste. ni se passer de l'un ou de I'autre. Car aussi
bien l'intellect (qui postule le réaJisme idéaliste), que I'amour (qui
postule le nominalisme réaliste), sont des facultés structurelles de la
nature humaine. La nature humaine meme est réaJiste, autant que
pensée, et elle est nominaliste, autant que communion sociale et
amour.
« Le probleme des Universaux » a été résolu, dans l'histoire spiri­
tu elle de l'humanité, par le fait de l'Incarnation Ol! l'Universel fonda­
mentaJ du monde - le Logos - fut Jésus.christ qui est le Particuner
fondamental du monde. La l'Universel des Universaux, le principe
meme de I'intelligibilité, le Logos, devint le Particulier des Particuliers,
le prototype meme de la personnalité, Jésus.christ.
selon Saint Jean met en relief d'une maniere explicite
et claire lefait de l'union du Principe de la connaissance universelle
avec de I'amour individuel de creur a creur. n décrit l'reuvre
de l' Alchirnie Divine oÍ! l'Eau S'UlÚt au Feu et ou l'Eau devint Eau vive
et les langues de Feu devinrent les langues de la Pentec6te compréhen­
256
sihles a chacun individuellement. La substance du Bapteme - l'eau
vivifiée et le feu quí ne dévore pas le particulier mais le fait participer
a l'éternité - est issue de l'reuvre de l'lncarnation et de la
Rédemption. Le Bapteme, c'est aussi - dan s le domaine de l'hístoire
oe I'esprit - l'union du réalisme et du nominaJisme, de la téte et du
Gleur dans l'etre humain, et cette union n'est que le reflet du fait
de l'Incarnation OU « le Verbe s'est fait chair ».
Or I'Hermétisme chrétien est l'ami aussi bien du réalisme idéaJiste,
en tant que celui-<:i aspire au Logos, que du nominaJisme réaliste,
en tant que ce dernier aspire a l'expérience mystique de la cornmu­
nion des etres par l'amour. Lui meme ne peut etre que la connais­
sance de l'universel qui se révele dans le particulier. Pourl'Hermétisme,
il n'y a pas de « príncipes», de « lois » et d' « idées » qui existent
en dehors des etres individuels, non comme traits structurels de leur
nature, mais comme entités séparées et indépendantes d'elle. Pour
I'Hermétisme, il n'y a ni de « loi de gravitation » ni de « loi de réin­
carnation » : il n'y a que l'attraction et la répulsion des etres (les
atomes sont des etres, eux aussi), en ce qui concerne la gravitation,
et que l'attraction des etres a la vie terrestre avec ses joies et ses
douleurs, en ce qui concerne la réincarnation . Mais, d'autre part,
s'i! n'y a pas dans le monde des entités qui seraient les lois de
gravitation et de réincarnation, il y a bien le désir universel des etres
- petits et grands - de s'associer, de formeJ ensemble des molécules,
des organismes, des fam ill es, des cornmunautés, des nátions ... C'est
un désir ou besoin structurel universel qui se manifeste cornme «loi ».
Les « lois » sont immanentes aux etres, cornme la logique est irnma­
nente a la pensée, fait partie de la nature meme de la pensée. Et le
progres véritable, l'évolution véritable, est le passage des etres de la
vie sous une loi, a la vie sous une autre loi, c'est-a-dire leur change­
ment structurel. C'est ainsi que la loi «reil pour reil, dent pour dent »
est lentement et graduellement remplacée par la loi du pardon. C'est
ainsi encore que la loi «( le faible sert le fort, le peuple sert le roi, le
disciple sert le maitre » cédera un jour la place a cette autre loi
dont le Maitre a donné l'exemple par le Lavement des pieds. Selon
cette loi supérieure, c'est le fort qui sert le faíble, le roi qui sert le
peuple, le maitre qui sert le disciple - tout cornme il en est aux cieux
oÍ! les Anges servent les hommes, les servent les Anges et
les hommes, les Principau tés servent les Archanges, les Anges et les hom­
mes, et ainsi de suite. Et Dieu? Lui sert tous les étres sans exception.
Ainsi la « loi de la Iutte pour /'existence que Darwin a observée
dans le tiomaine biologique cédera un jour la place a la loi de la
257
coopération pour l'existellce qui existe déja dans la coopération des
plantes en fleurs et des abeilles, dans la eoopération des cellules diffé­
rentes dans un organisme, dans la coopération enfin dans I'organisme
social humain .
La fin de la « loi » de la lutte pour I'existenee et le triomphe futur
de la loi de coopération pour la vie ont été annoneés par le prophete
ISAlE :
~ Le loup habitera avec l'agneau,
Et la panthere se couchera avec le chevreau;
Le veau, le lionceau et le bétail qu on engraisse, seront
ensemble,
Et un petit enfant les conduira. » (11 , 6-7)
Cela sera, paree que la nouvelle « loi » - e'est-a-dire un changement
profond dan s la strueture psyehique et physique des etres - rempla­
eera I'aneienne « loi », d'abord dans la eonscience, puis dans les désirs
et les affectations, enfm aans la structure organique des étres. '
Les « lois » se suceedent et changent. Elles ne sont pas des entités
métaphysiques immuables. 11 en va de méme des « príncipes » et
des « idées» :
Ir Le sabbat a été fait pour l'homme, et non l'homme
pour le sabbat, de sorte que le Fils de l'Homme est
maitre méme du sabbat. » (Mare, 2, 27-28)
Voila le rapport entre les étres, d'une part, et les lois, les principes et"
les idées, d'autre part.
Les lois, les principes et les idées, ne sont-i1s done pas réels?
lIs le sont bien, mais leur réalité n'est pas celle de l'existence séparée
des etres, celle des entités métaphysiques peuplant un monde ou plan
- un monde de lois, de principes et d 'idées - qui leur soit propre. Le
monde spirituel n'est pas un monde de lois, de principes et d'idées; il
est le monde des etres spirituels -des ames hUmaines, des Anges, des
Archanges, des Principautés, des puissances, des Vertus, des Domina­
tions, des Tremes, des Chérubins, des Séraphins et de la Sainte Trinité
de l'Esprit Saint, du Fils et du Pche.
Quelle est alors la réalité des lois, des principes et des idées ?
Elle est daos leur parenté structurelle spirituelle, psychique et cor­
porelle. Tous les etres manifestent une parenté universelle et portent
témoignage de leur origine commune et de leur acrhétype commun.
Or cet archétype cornmun - que la Kabbale appelle «Adam Kad­
mon» - est la 10i, le principe et l'idée de tous les etres. «L'irnage et
la ressemblance de Dieu» ( G e n ~ s e , 1, 26) en Adam est la loi en vertu
258
!k latlUelle « iI domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du
.'1("1. sur le bétail, sur toute la terre et sur tous les reptiles qui rampent
mi la terre » (Ibid.)
Adam est la loi, le principe et I'idée de tous les étres de la nature
pun;c qu'i1 est leur synthese prototypique .
Or le réalisme a raison lorsqu'i1 affirme la réalité des Universaux,
I'ar i1s sont les traits structurels de l'Archétype de tous les etres parti­
t'lIliers. Le nominalisme, lui aussi, a raison lorsqu'i1 enseigne qu'i1 n'y
.1 !I'autres réalités dans le monde que des étres individuels et que les
I Inivcrsaux ,ne se trouvent pas parmi ces étres-Ia.
L'Hermétisme regarde le Logos qui est devenu Homme comme
l'Universel Arehétypique devenu I'Etre particulier parfait. Pour
I'IIermétisme chrétien, la controverse entre le réalisme et le nomina­
lisme n'existe paso
3. L 'antinomie ~ foi - science empirique »
~ le vous le dis en vérité, si vous aviez de la foi comme
un grain de sénevé, vous diriez o cette montagne :
. transporte-toi d 'ici lo-bas, et elle se transporterait; rien
ne vous serait impossible », dit le Maitre(Matth. 17,20)
« Et la Science prit un grain d 'hydrogene et fit sortir
l'énergie emprisonnée dan s ce grain-lo et réduisit la
montagne en poussiere » - réplique le vingtieme
siecIe .
Voila ou nous en sommes quant a I'antinomie de la foi et de la
science empirique .
Notre foi ne transporte pas les' montagnes. mais I'énergie que la .
science nous a appris a manier peut bien les réduire en poussiere.
Est-ce parce que nous n'avons pas le grain de sénevé de la foi ?
Est·ce parce que nous avons concentré tous nos efforts sur la tache
de I'approfondissement du secret contenu dans un graín d'hydro­
gene au Iieu de nous efforcer d'acquérir la foi comme un grain de
sénevé?
Pour pouvoir répondre a ees questions iI nous faudra d'abord nous
rendre eompte de ce qu'est la foi et de ee qu'est la science empirique .
La foi.
La foi qui peut -Iorsqu'elle est comme un graín de sénevé - trans­
porter des montagnes, est-elle identique avec la foi-croyance, avec le sen­
timent de certitude aI'égard d 'une doctrine? - Est-elle aussi identique
259
avec la foi<onfiance, avec l'absence du doute quant ala sI1reté de l'au­
torité d'un témoin ou d'un témoignage ? Est-elle enfm identique avec
la foi-espérance, avec l'optimisme al'encontre du pessimisme ?
Bref, nous suffit-il de n'avoir point de doute pour que {( ríen ne
nous soit impossible» ?
Maints fous manifestent une absence complete de doute al'égard
de leurs illusions ou de leurs idées fIXes. lls devraient done pouvoir
faire des miracles, si la foi n'était autre chose que l'intensité de la
croyance, de la confiance et de l'espérance, dues al'absence de doute.
Or l'intensité seule de la croyance, de la confiance et de l'espérance
n'est pas la foi que l'Evangile a en vue. nest évidenunent question non
de l'intensité seule de la certitud e mais bien de l'intensité de la certi­
tude de la vérité. S'il n'en était pas ainsi, les fous seraient des thauma­
turges et la folie serait 1 'idéal.
La force qui peut transporter une montagne doit etre égale aceHe
qui I'a entassée. La foi quí peut transporter des montagnes ne peut
done etre ni une opinion intellectuelle ni un sentiment personnel de
n 'importe quelle intensité. Elle doit étre la résultante de l'union de l'etre
pensant, sentant et désirant humain avec l'l!tre cosmique - avec Dieu .
La foi transportant des montagnes est done I'union complete
- ne fut·ce que pour un instant - de l'homme et de Dieu.
C'est pourquoi I'illusíon ne peut point engendrer la foi et c'est
aussi pourquoi les miracles dus a la foi sont des témoignages de la
vérité - et non seulement de la sincérité - de la croyance, de la con­
fiance et de l'espérance de celui par qui ils sont opérés. Les miracles
sont des fruits de l'union de I'homme entier ou concentré avec la Vérité,
la Beauté et le Bien cosmique - avec Dieu. lis sont des opérations de la
magie divine - humaine quí est et sera tQujours basée sur la constella­
tion spirituelle « Dieu-Homme » : en d'autres termes, cette magie
opere toujours « au nom de Jésus-Christ »,conformément ala formule:
<f' Mvn Pere agit jusqu 'ti présent, et moi aussi j 'agis. »
(ó rrari¡p ¡;.ov €Wc; apn €vyarfTCU, Ka:yw €P'Yaro¡;.cu. -
Pater meus usque modo operatur, et ego operor. (lean, 5,17).
Or la foi a laquelle « rien n 'est impossible » est l'état de l'ame ou
« Dieu agit, et I'ame aussi agit ». C'est I'état de l'ame concentrée sur
la vérité a laquelle Dieu ajoute l'in tensité de la certitude et la puis­
sance qui rendent les miracles possibles. Elle est la magie due aI'uníon
de deux mages : Dieu et l'hornme.
Elle n 'est done ni la certitude logique, ni la certitude de l'au torité,
ni I'acceptation du témoignage digne de foi - elle est I'union de l'ame
avec Dieu atteinte par l'effort de la pensée, par la confiance en ce qui
est digne de confiance, par l'acceptation du témoignage digne de foi,
260
, ,
pnr la priere, la méditation, la contemplation, par l'effort moral
platique et par beaucoup d 'autres voies et efforts qui aident aouvrir
,' time au Souffie divino
La foi est le Souffle divin dans l'ame, tout cornme l'espérance est
la Lumiere divine et l'arnour est le Feu divin dans I'ame.
La science empirique
La chaleur, la vapeur, le magnétisme, l'électricité, I'énergie nuclé­
aírc - tant de forces puissantes asservies par I'hornme gnice au travail
prodigieux de la science empirique ! C'est grace aelle que nous pou­
vous converser avec nos amis a travers l'océan, voir ce qui se passe
¡\ une distance de milliers de kilometres, etre en une heure au chevet
d'un malade dans un autre pays, appeler au secours, lorsque nous
~ o m m e s en détresse sur mer, dans les montagnes ou dans le désert.
("est toujours grace a elle que nous pouvons entendre la voix d'une
personne qui est morte il ya des dizaines d'années, que nous pouvons
lIIarcher apres avoir perdu une jambe, que nous pouvons voir loin
en étant myopes, que nous pouvons entendre en étant presque sourds.
A quoi tient le succes fabuleux de la science? Quel est le príncipe
de base qui I'explique?
C'est le doute. Car c'est grace au doute de I'expérience des
sens que la science a pu établir que ce n 'est pas le soleil qui se
meut au cíel mais bien la terre qui se meut autour de luí. C'est
parce qu'on a douté de la fatalité que ron a cherché et trouvé des
traitements pour guérir les maladies autrefois incurables. C'est paree
qu'on a douté des traditions du passé que la science empirique a dé­
couvert l'évolution biologique, les hormones, les enzymes, les vita­
mines, la structure de l'atome, I' inconscient.
Car le doute est a la racine meme de toute question et la question
est la base de toute quete, de toute recherche. Le doute est done le
pe re de la méthode scientifique. C'est lui qui est le «prirnus motor»,
le principe qui a mis en mouvement une fois cette prodigieuse
machine consistant en laboratoires, observatoires, bibliotheques,
musées, collections, universités, académies et associations savantes.
Le doute a donné le mouvement. Mais la fécondité de ce mouve­
ment doit-elle étre attribuée au doute seul ? Le doute seul suffit-il
pour faire des découvertes? Ne faut-il pascroire au moins ala possibilité
de telles découvertes avant de s'engager sur le chemin qui y conduit?
11 le faut évidemment. La science empirique a le doute pour pe re
et la foi pour mere . Elle doit sa fécondité a la foi, tout cornme .elle
doit sa force motrice au doute .
261
De meme que le « doute scientifique » est sous-jacent a la science
empirique conune méthode, de meme une « foi scientifique »
est sous-jacente a la meme science comme príncipe de fécondité_
Newton doutait de la théorie traditionneJle de la « pesanteur », mais
il croyait a l'unité du monde, donc a l'analogie cosmique. Aussi
parvint-il a la loi cosmique de la gravitation en partant du fait d'une
pomme tombée de l'arbre. Le doute mit sa pensée en mouvement;
la foi la rendit féconde.
Quels sont les dogmes de la foi scientifique ? Voici le credo scien­
tifique : ­
« Je crois en une seule substance, la mere de toutes les puissances
qui engendre les corps et la conscience de toutes choses, visibles et
invisibles.
le crois en un seul Seigneur, l'Esprit Humain, le fils unique de la
substance du monde, né de la substance du monde apres tous les
sitkles de l'évolution, le reflet en raccourci du grand monde, luroiere
épiphénoménaJe de l'obscurité primordiale, vrai rellet du vrai monde,
au sonunet d'une évolution qui procede par essai et erreur, non pas
engendré ou créé, consubstantiel a la substance-mere, et par qui le
monde entier peut étre rellété. C' est lui qui, pour nous, les hommes,
et pour notre utilité, est monté des ténebres de la substance-mere.
11 a pris chair de la matiere par l'action de l'évolution, et il s'est
fait Cerveau Humain.
Bien qu'il soit détruit avec chaque génération qui passe, il se forme
de nouveau dans chaque génération suivante, suivant I'Hérédité. 11 est
appelé a monter a la connaissance compréhensive du monde entier
et a siéger a la droite de la substance-mere qui le servir a dans sa
mission de juge et de législateur, et son regne n 'aura pas de fin.
Je crois en l'Evolution, qui dirige tout , qui donne la vie a l'inorga­
nique et la conscience a l'organique, qui procede de la substance­
mere et l'esprit pensant. Avec la substance-mere et l'esprit
humain elle meme autorité et meme importance. Elle a parlé
par le progres universe!.
le crois en la Science une, diligente, universelle et civilisatrice . le
reconnais une seule discipline pour l'élimination des erreurs et
j'attends les fruits futurs des efforts collectifs du passé et la vie de la
civilisation a venir - Ainsi soit-il. »
Voila les douze articles de la foi scientifique qui ont fondé l'effort
scientifique pendant des siecles et causé le martyre de nombreux
honunes au nom de la science.
Comparez ce credo au credo traditionnel chrétien, article par
262
>lIl lcll\ d il cn rcssortira toute la portée de l'antinomie « foi - science
I'lIIpÍ! ÍI.¡ue ».
La synthese
I,a !Klbstance unique a la base de la multiplicité des phénoménes;
/','sprit humain capable de réduire cette multiplicité al'unité; l'évo­
1/lIion alaquelle l'esprit humain doit son existence et la collaboration
laquelle elle promet a I'esprit humain son développement futur
IlI squ'a ce qu'i1 devienne la maitre de l'évolution; l'effort collectif
1'1 organisé, selon la méthode du doute et de la vérification empi­
rí4ue continué de siecle en siecle - voila les quatre dogmes princi­
paux de la foi scientifique.
La substance, l'esprit humain, l'évolution et la méthode scienti­
Ilque constituent les quatre « lettres »du Tetragrammaton, du «nom
Incffable », de la science.
Eliphas LEVI accorde beaucoup d'importance au role que joue dans
les évocations..de la magie noire. l'emploi du nom HVHJ (lu Havajot) qui
est I'inversion du Tetragrammaton sacré JHVH . Et conune le Tetragram­
lIIaton est la loi de la causalité (succession du principe actif, du prin­
d pa passif, du principe neutre et leur manifestation; ou encore la
cause efficiente, la cause matérielle, la cause finale et le phénomene)
partant de la raison, il conclut que l'inversion du Tetragrammaton
cst la formule magique du chaos et de la déraison.
Pourtant c'est précisément le Tetragrammaton inverse qui est
l' Arcane de la science empirique. Car c'est le principe passif de la
substance ou de la matiere que la science empirique considere conune
le premier, comme le « principe » par excellence, tandis que le prin­
cipe neutre (I'esprit humain) le suit , et le principe actif (la méthode)
termine la série .
En effet si le Jod est le principe actif (la cause efficiente), le
premier Hé est le principe passif (la cause matérielle), le Vav est
Ole principe neutre (la cause finale) et le deuxieme Hé est le phénomene
entier qui en résulte dans le nom JOO - Hé - Vav - Hé (illi,.,), le nom
inverse alors Hé - Vav - Hé - Jod (7illil) serait la série : « principe
passif - principe neutre - príncipe passif - principe actif »ou «matiere,
raison, évolution, méthode scientifique ».
La séríe HVHI veut dire que rien ne précede la matiere, que rien ne
la meut; elle se meut d'elle meme; que l'esprit est l'enfant de la ma­
tiere; que l'évolution est la matiere qui engendre l'esprit; et qu'enfin,
l'esprit, une fois né, est l'activité de la matiere en évolution qui prend
conscience d'elle-méme et prend l'évolution entre ses mains.
263
Or le Tetragrammaton inverse est sans doute la formule-synthese
de la science empirique.
Est-elIe ceHe du chao s et de la déraison ?
Non. Elle est le reflet de miroir de la formule esprit - matiere ­
évolu tion - individualité ou du « nom sacré » JHVH. Elle n 'est pas la
formule de la déraison, comme elle n 'est pas ceBe de l'in telligence,
elle est la fonnule de la ruse, c'est-a-dire de l'intelligence reflétée.
Elle n'est pas la formule logique, la formule du Logos, mais bien
ceBe du Serpent de la Genese « qui fut le plus rusé de tous les
vivants » visant a l'expansion horizontale de leur conscience «( des
champs »). Le but final de la logique du Serpent ou de la ruse est de
devenir «comme Dieu », non pas de devenir Dieu. «Devenir comme »,
voila l'essence de la ruse et voila aussi le sens de la foi scientifique,
du credo scientifique qui n'est que la paraphrase et le développement
de la pJomesse du Serpent : « vos yeux s'ouvriront , et vous serez
comme des dieux, connaissant le bien et le mal » (Gen. 3, 5) .
Ouvrir les 'yeux, etre comme des dieux , connaissant le bien et le
mal, voila le grand arcane de la science empirique. C'est pourquoi
elle est dédiée a la cause' de l'éclaircissement «(ouvrir les
yeux» pour l'horizontalité), c'est . pourquoi elle aspire a la
puissance absolue de l'homrne «(comme des dieux ») et c'est pour­
quoi , enfm, elle est intrinsequement amorale ou moralement neutre
«(le bien et le mal » ).
Nous trompe-t-elle? Non. Elle ouvre en effet nos yeux et , grace a elle ,
nous avons une vision plus large dans l'horizontale : elle nous donne
en effet le pouvoir sur la nature et nous en rend souverains;eBe nous
est en effet utile , peu importe que ce soit pour le bien ou pour le mal.
La science empirique ne nous trompe point , le Serpent n' a pas
menti , sur le plan ou sa promesse et sa voix étaient audibles.
Sur le plan de l'expansion horizontale (les « champs » de la Ge­
nese) le Serpent tient bien sa promesse . Mais aquel prix sur le plan
vertical?
Quel est le prix de l'éclaircissement scientifique, de ce fait qu'il
« ouvre les yeux »dans l'horizontale, c'est-a-dire sur l'aspect quantita­
tif du monde? Le prix en est l'obscurcissement de son aspect qualita­
tit Plus on a les « yeux ouverts » pour la quantité, plus on devient
aveugle pour la qualité. Pourtant tout ce qu'on entend par le « monde
spirituel » n'est que qualité et toute expérience du monde spirituel
est due a ce que les « yeux sont ouverts » pour la qualité , pour
l'aspect \ertical du monde. Méme le nombre n'a d'autre sens dans
le monde spirituel que celui de qualité . « Un » signifie la I'unité ,
264
« deux » - la dualité , « trois » -la trinité, et «quatre » -la dualité
des dualités. Le monde W!rtical, le monde spirituel , est celui des
luleurs, et , comme la valeur des valeurs est l'etre individuel, il est
le monde des etres individuels, des entités . Les Anges, les Archanges,
les Principautés, les Vertus, les Puissances, les Dominations, les
I"rones, les Chérubins et les Séraphins sont autant de valeurs individu­
1I1isées ou d'entités. Et la valeur supreme est I'Entité supréme - Dieo_
La science réduit la qualité a la quantité. C'est ce qu' elle appelle
« connaissance ». Ainsi les couleurs prismatiques, le rouge, l'orange,
k jaune, le vert , le bleu, l'indigo et le violet perdent pour la science
leurs qualités de rouge, d'orangé, etc. et deviennent des quantités
des chiffres exprimant les différentes fréquences ou longueurs
d'ondes de la vibration qu'on appelle « ». La
die aussi , est réduite a la quantité . Elle n'est qu'une formule ex­
primant les facteurs quantitatifs d'une vibration dépourvue de toute
qualité.
Faut-il done toumer le dos a la science empirique paree qu'elle
accomplit la promesse du Serpent en nous ouvrant les yeux pour le
monde quantitatif puisque le prix 11 payer est d'étre aveugle pour le
monde qualitatif?
Que faire fa ce au choix entre la science et la religion ?
Mais faut-jJ choisir ? Ne suffirait-il pas de donner a ces deux aspira­
tions non ce qu' elles s' arrogent, mais ce qui leur est propre ?
En effet , s' il n'y a pas de science empirique religieuse ni de religion
scientifique, il y a des savants religieux et des religieux savants. Pour
etre honnetement , c'est-a-dire saos compromis de conscience, savant
religieux ou religieux savant, jJ faut ajouter a l'aspiration nettement
horizontale l'aspiration nettement verticale, c'est-a-dire vivre sous le
signe de la croix :
Religion
+ science
Cela veut dire qu'on sépare nettement les aspects quantitatifs des
aspects qualitatifs du monde et qu'on se rend compte de la différence
précise entre la fonction d'un mécanisme et l'action d'un sacrement.
Car le monde entier a son cóté mécanique et son cóté sacramental.
Dans le livre de la Genese, MOlse décrit le monde-sacrement; l'astro­
nomie moderne est en train de décrire le monde-machine. L'un
nous parle du « Quoi » et l'autre du « Comment » du monde . Le
« comment » c'est le mécanisme; le « quoi »c'est l'essence. Le méca­
nisme est saisissable par la quantité; I 'essence se révele par la qualité .
265
Et le credo scientifique? Comment l'accorder avec le credo chré­
tien ? Car il n'est pas seulement l'expression de la croyance a la quan­
tité, mais aussi - et surtout - de la croyance ades valeurs contraires
acelles du credo chrétien.
Je n'ai pas d'autre réponse que celle<i :
Crucifiez le Serpent. Mettez le Serpent - ou le credo scientifique ­
a la croix de la Religion et de la Science - il s'ensuivra une métamor­
phose du Serpent . Le credo scientifique deviendra alors ce qu'il est
en réalité : le reflet de miroir du Verbe créateur. Il ne sera plus vérité;
il sera méthode. Il ne dira plus - « au commencement est la subs­
tance ou matiere », mais il dira : {( pour connaitre le mécanisme du
monde tel qu'il est fail, il me faut choisir la méthode 01'1 on fait
abstraction de l'origine de la ma tiere et de ce qui, du dehors, l'a mise
en mouvement ». Et il ne dira plus : « le cerveau produit la con­
science », mais il dira : - « pour connaitre le fonctionnement
du cerveau , il me faut le considérer comme si la conscience était
causée par lui ».
La premiere métamorphose de la foi scientifique sera donc la
transformation de ses dogmes métaphysiques en postulats métho­
diques. Son reniement de Dieu, de la création et de l'esprit antéphé­
noménal devient la méthode de « 1 'ignorance savante » ((( docta
ignbrantia ») qui n'est rien d'autre que la concentration sur le
domaine qui lui est propre.
Cette métamorphose sera t6t ou tard suivie d'une autre, a savoir
celle du changement de la volonté meme qui se manifeste dans la
foi scientifique. La volonté-de-puissance visant a la croissance illi­
mitée de la maitrise de l'homme sur la nature, pour le bien ou pour
le mal, perdra graduellement son indifférence morale et sera de plus
en plus inclinée au bien - elle se transformera en volonté-de-service.
Et c' est ainsi que la foi scientifique subira une transmutation alchi­
mique et que la science empirique cessera d'etre amorale ou morale­
ment indifférente. Elle prendra parti pour ce qui est constructif,
pour ce qui sert lasanté, la vie et le bien-etre de l' humanité .
Apres quoi elle sera ouverte a toutes les innovations méthodiques
que comporteront les taches particulieres et finira , un jour, par
s' adonner aux forces vitales constructives du monde avec le meme
zele et la meme intensité qu'elle s'attache aujourd'hui aux forces qui
proviennent de la destruction (chaleur due ala combustion, électricité
due a la décomposition ou la friction, énergie nucléaire due a la
destruction des atomes ...). Cela a son tour comportera le chan­
gement de la méthode scientifique en ce sens que l'ignorance
266
voulue du monde spirituel sera abandonnée parce que périrnée ...
Mais tout cela ne pourra avoir lieu qu 'apres qu'un certain nombre
de savants auront (( placé sur une perche le serpent d'airain » c'est­
a-dire auront ajouté, dan s leur for intérieur la verticale de la Reli­
gion a I'horizontale de la Science empirique. Cela neutralisera
le poison de la foi scientifique et la transformera en servan te de
la vie.
Tel est le conseil divin donné aMOlse dans le désert entre la mon­
tagne de Hor et le pays d'f:dom .
« Moi'se jit un serpent d'airain, et le plaf¡a sur une
perche; et quiconque avait été mordu par un serpent, et
regardait le serpent d 'airain , conservait la vie ;¡> (Nom­
bres, 21, 5-9).
Nous avons besoin, nous aussi, aujourd 'hui dans le désert ou nous
sommes, du Serpent d 'airain placé sur une perche pour le regarder et
sauver ainsi notre vie spirituelle .
Or la synthese de la science et de la religion n'est pas une théorie
quelconque, mais bien l'acte intérieur de la conscience qui consiste a
iljouter la verticale spirituelle a l'horizontale scientifique ou, en
u'autres termes -l'acte d 'ériger le Serpent d'airain.
II faut dire que cela n'est pas seulement un conseil biblique ou le
désir pieux d' un homme solitaire affligé par les ravages que la foi
l¡¡,; ientifique, appuyée par les succes de la science empirique, ont
porté ala vie spirituelle de l'humanité, mais c'est déja un fait accom­
pl i. Le grand savant contemporain Pierre TElLHARD DE CHARDIN
(qul est en meme temps le Pere Pierre Teilhard de Chardin) a, en dou­
hle connaissance de cause, érigé tres haut le Serpent d 'airain pour notre
h:mps. Son livre : Le phénomene humain (f:ditions du Seuil) , ainsi
que l'ensemble de ses reuvres, est la synthese réalisée de l'antinomie
i< foi - science empirique », en ce sens qu'un vrai savant qui fut
1111 vrai croyant a réussi a unir l'horizontale de la science (et quelle
horizontale !) a la verticale de la religion (et quelle verticale !).
11 faut encore ajouter qu'il n'est pas seul et qu'il y a bien des gens
1(111 conservent la vie en regardant le Serpent d'airain.
Quant a nous hermétistes, nous voila en face d'une reuvre qui
IlIrait dü etre accomplie par nous, mais qui ne le fut pas parce
'lile nous n'avons pas voulu embrasser de tout notre creur ni la
: lIlISl.: de la science et sa discipline, ni celle de la religion avec sa
Nous insistions sur une science a nous et une foi a nous.
( " (' S! pourquoi personne d'entre nous n'était a meme d'ériger le
267
Serpent d'airain pour notre temps. Car pour pouvoir le faire, il aurait
fallu étre a la fois vrai savant selon les regles de l'Académie et vrai
croyant selon les criteres de l'fglise.
Qui de nous n'avait, dans sa jeunesse au moins, applaudi a la
maxime hautement énoncée par PAPUS : «Ni Voltaire, ni Loyola! »?
Ce qui veut dire : ni doute ni foi.
Le résultat en est que nous doutons un peu et croyons un peu.
Nous n'avons pas assez d'esprit critique la OU i1 serait a propos et nous
en avons pourtant assez pour rendre notre foi boiteuse la OU iI s'agit
d'une acceptation sans réserve des valeurs spirituelles offertes anotre
appréciation. « Ni Voltaire, ni Loyola » veut dire en pratique « un
peu de VoJtaite et un peu de Loyola », car on ne peut se passer tout
afait ni du doute ni de la foi.
En voila un - j'ai toujours en vue le Pere Teilhard DE CHARDIN
- qui avait le courage de dite « Et Voltaite et Loyola » et d'étre savant
véritable en méme temps que Jésuite. II avait accepté héroiquement
la croix du doute voltairien et de la foi ignatienne. Le résultat en est
la vision pleine de lumiere de la marche évolutive du monde sous
I'impulsion du Serpent vers le but final assigné par la Providence.
N'ayons donc pas peur, nous aussi, de devenir cornme « l'Ermite »
du Tarot qui s'est revétu de I'habit de la foi et que le doute arnene a
sonder le sol avec le baton ! La lampe qu'i1 tient, sa lumiere, est celle
qui jaillit de I 'opposition de la foi et du doute !
Le don du Noir Parfait
Les Arcanes du Tarot, j'y insiste, sont des exercices spirituels.
Et le neuvieme Arcane, «I'Ennite », est I'un de ces exercices.
C'est pourquoi les méditations précédentes sur les trois antino­
mies ne visaient pas tant a une solution valable pour tout le monde
qu'a I'effort spirituel orienté vers la solution de ces antinomies. Vous
pouvez les résoudre d'une maniere plus profonde et plus satisfai­
sante. La solution que je viens de proposer n'est qu'une ilIustration
concrete (qui je le sais est loin d'étre la meilleure) de l'effort indi­
viduel a I'reuvre dans I'exercice spirituel spécial qui consiste a vous
placer en face d'une these et d'une antithese, et de rendre les deux
aussi cIaires que possible - je ditais : de lumiere cristaIlisée - de
sorte que toute la lumiere inteIlectuelle qui est a votre disposition
soit épuisée pour les deux theses opposées. Vous arrivez alors a un
état de I'esprit ou tout ce que vous savez et concevez cIairement
est mis dans la these et dans son antithese de sorte qu'elles soient
comme deux rayons de lumiere, tandis que votre esprit lui-méme
268
; 8t plongé dans I'obscurité. Vous ne savez et ne voyez plus rien que
111 lumiere de ces theses contraires; en dehors d'elles ne subsiste que
¡'obscurité.
L'heure est alors venue d'entreprendre la chose essentielle de
¡'cxercice, a savoit ['effort de puiser la clarté de l'obscurité,
¡'cffort visant a connaitre ce qui vous parait étre non seulement
IIlconnu mais inconnaissable.
En effet toute « antinomie » sérieuse signifie psychologiquement :
« la lumiere que je possede s'est polarisée sur deux pales; entre ces
dcux pales lumineux, il n'y a que ténebres ». Or c'est de ces ténebres
qu'jJ faut puiser la solution de l'antinomie, la synthese. II faut créer
la lumiere de l'obscurité. On pourrait dite qu'il s'agit la d'un acte
unalogue au «Fiat lux »du premier jour de la Création.
L'expérience nous enseigne qu'i! y a deux especes de ténebres
II nns le domaine de la conscience . L'une est ceIle de I'ignorance, de
In passivité et de la paresse qui est I'obscurité « infra-Iumiere ».
I.'autre est par contre I'obscurité de la connaissance supérieure, de
¡';tctivité intense et de l'effort encore a faire - elle est « ultra­
lumiere ». C'est de cette derniere dont il est question dans les cas
l/U il s'agit de résoudre une antinomie, de trouver la synthese.
La Iittérature hermétiste moderne (du XIX
eme
et du XX
eme
siecIes)
tait état de la « neutralisation des binaires » c'est-a-dite de la méthode
par laquelle on trouve le troisieme terme ou le tenne neutre pour les
deux termes «( binaire }» correspondant au principe actif et passif.
Ainsi vous trouverez dans le Traité élémentaire de Science Occulte de
('APUS (septieme édition, page 121) les exemples suivants de cette
« neutralisation » :
Pere (+) - Mere (-) - Enfant (n)
Lumiere (+) - Ombre ( -) - Pénombre (n)
Soleil ( +) - LtDle ( -) - Mercure (n)
La méthode de la « (\eutralisation des binaires » (le terme était en
\ I ~ a g e en Russie; je ne suis pas sUr qu'il le soit en France) est généra­
Icment considérée par les auteurs hermétistes et occultistes cornme
méthode traditionneIle de I'Hermétisme.
Or un binaire peut étre « neutralisé » de trois manieres diffé­
rentes: 1) en haut (synthese); 2) dans l'horizontale (compromis);
) en bas (mélange). La neutralisation en haut a lieu lorsqu'on trouve
le tenne neutre sur un plan supérieur au plan du binaire lui-méme :
n
+.6_
269
La neutralisation dans I'horizontale s'accomplit en trouvant le
terme médian entre les deux termes du binaire sur le plan du binaire
lui-meme : La neutralisation en bas est effectuée lorsqu 'on
réduit le binaire a un troisieme terme sur un plan inférieur a celui du
binaire par la voie du mélange :
+v­
n
Pour illustrer les trois modes de « neutralisation » des binaires,
prenons comme exemple +Ie « corps des couleurs » (Farbenkorper)
du savant allemand OSTWALD.
« Le corps des couleurs d'Oswald est formé de deux cónes :
Póle Nord
[quateur
Póle Sud
Ce corps a donc un « póle nord », un « póle sud » et un « équa·
teur ».
Le « póle nord » est le point blanc qui est la synthese de toutes les
couleurs. C'est la lumü!re blanche qui se différencie de plus en plus au
fur et a mesure qu 'elle descend vers La les couleurs
atteignent le maximum de leur différenciation et de leur intensité
individuelle. Ainsi, par exemple. le rouge n'est qti'en potentialité
au point du « póle nord », puis iI devient rosatre lorsqu'il descend
d'un degré vers le bas, puis rose, puis rougeatre pour devenir rouge
vif lorsqu'il arrive a l'équateur. L'équateur est donc constitué de
sept couleurs au maximum de leur intensité.
Les memes couleurs, en continuant leur descente de l'équateur
vers le « Póle sud », perdent graduellement leur lumiere chromatique
et s'obscurcissent. Lorsqu'elles atteignent le « Póle sud » elles perdent
leurs distinctions et deviennent toutes également noires. Le « Póle
sud » est donc le point noir da « corps des couleurs », comme le
« Póle nord » en est le point blane .
Le « point blanc » est la synthese de toutes les couleurs; c'est
leur « neutralisation en haut ». dans la lumiere. « L'équateur » est
la région de la distinction maximum des couleurs. ("est la que l'on
peut établir la transition d'une couleur a l'autre . Cest la région ou
la « neutralisation dans I'horizontale » peut etre effectuée. « Le
point noir » enfin est celui de la confusion de toutes les couleurs, le
point ou elles se perdent dans I'obscurité. C'est la région de la « neu­
tralisation en bas ».
Ce «corps de couleurs »inventé par OSTWALD, au profit de l'indus­
270
IdI' Icxtile, permet d'indiquer précisément la latitude et la longitude
dj' Illute nuance et de tout degré d'intensité de chaque couleur. Mais,
d ;\ l'insu de son auteur, il peut, dans les méditations hermétiques,
I 1l1l$lituer une base importante pour une chaine d'analogies.
Nous pouvons donc, . par analogie, concevoir le « point blanc »
0\1 le « Póle nord » du corps des couleurs cornme celui de la sagesse,
,( I'équateur » cornme celuide la famille des sciences particulieres du
...Ivoir humain, et le « point noir » ou le « Póle sud » cornme celui
de I'ignorance . Or la Sagesse est la synthese en haut de toutes les
·.dcnces particulieres du savoir humain. Elle les contient en meme
Icmps, indifférenciées, comme la lurniere blanche contient les
NOpt couleurs prisma tiques. La «neutrallsation » ou la syntMse, par
uxemple du binaire «jaune-bleu », peut etre effectuée par l'ascencion
vers le «point blanc » de la sagesse.
L'autre méthode pour trouver le troisieme terme du binaire
« jaune-bleu » consisterait a situer sur l'équateur des couleurs pris­
lilatiques le point sur I'échelle de la transition du jaune au bleu qui
('st exactement au milieu de la distance qui sépare le « point le plus
¡aune » du «point le plus bleu » • Ce sera le point vert.
11 Y a enfin une troisieme méthode de la «neutralisation » - dans
la direction vers le bas de « I'équateur ». C'est la direction verde
« point noir » Ol! les couleurs particulieres disparaissent dans I'obscu­
rité. La « neutralisation » du binaire « jaune-bleu » aurait donc été
effectuée, selon cette méthode, lorsqu'on aurait trouvé un point sur
I'échelle du Cone renversé du « corps des couleurs » Ol! le jaune et le
bleu cessent d'etre discernables en se fondant dan s un brun foncé.
Si nous prenons maintenant, au Iieu du binaire « jaune-bleu »,
celui de «mathématique - science descriptible » ou «mathématisme­
phénoménalisme » pour y appliquer les trois méthodes de neutralisa­
tion, nous obtiendrons une formule de synthese transcendante, une
autre d'accommodement ou d'équilibre, et une troisieme d'indiffé­
rence. Les voici :
1) Synthese transcendante : « Dieu géométrise; les
nombres sont créateurs des phénomenes » (formule
de Platon et des pythagoriciens).
2) Equilibre: «Le monde entier est ordre, c'est-a·dire
que les phénomenes accusent des limites dues a
I'équilibre que nous appelons mesure, nombre et
poids » (formule des Péripatéciens, d'Aristote, etc.) .
3) Indlfférenee : « Notre esprit réduit les phénomenes
271
aux nombres en vue de se rendre plus facHe la tache
de leur maniement (fonnules des sceptiques).
: ' s voyons donc que la platonisme était orienté vers le « point
blanc » de la sagesse, l'aristotélisme se mouvait dans la région « équa­
toriale » des distinction précises, et le scepticisme tendait au « point
noir» du nihilisme.
Quant a l'hennétisme, son «Hennite » tient la lampe qui repré­
sente le « point lumineux » de la synthese transcendante; iI est enve­
loppé dans le manteau, tombant en plis, du déploiement des qualités
particulieres qui a lieu dans la région de « l'équateur »; il s'appuie sur
le baton du tatonnement, dans le domaine de I'obscurité, dans la
région du cóne renversé culminant sur le « point noir ». 11 est donc
un platonicien péripatétique (en route autour de I'équateur), se ser­
vant du scepticisme «( baton ») 10rsqu'H marche. C'est pourquoi
I'interprétation traditionnelle du neuvieme Arcane est la Prudence.
La prudence, c'est la conscience constante d'etre entre deux
obscurités : l'obscurité du point blanc de la synthese absolue en haut
qui éblouit et demande une préparation lente et graduelle de I'esprit
pour pouvoir supporter sa lumiere sans etre aveuglé, et I'obscurité
du point noír, du sousconscient d'en baso La prudence est en meme
temps la concentration mobile procédant de « couleur » particuliere
a « couleur » particuliere dans la région « équatoriale », entre les deux
póles opposés. Elle s'enveloppe du manteau de leur « synopse » non
comme science toujours présente a I'esprit, mais comme I'arriere-fond
de chaque connaissance particuliere, comme la certitud e de la foi a
l'unité qui I'enveloppe sans doute et dont elle est vétue mais qui est
ouverte en avant pour donner de I'espace a I'emploi de la lampe et
du baton - a la visian orientée et au toucher concentré.
La prudence n'a pas toujours présente a l'esprit, la vision du point
« blanc » de la synthése ni la vision de la « synopse », de « I'arc-en­
cíel » des couleurs. La synthese unitaire I'enveloppe, Cornme I'lncon­
scient enveloppe le conscient, et n'est présente que comme force
d'orientation, penchant directeur et impulsion fonciere par rapport
au Conscient. Jamais la prudence n'élabore un « systeme absolu »
de synthese de tout savoir. Elle ne s'occupe que des problemes parti­
culiers sur le [ond de leur synthese présente dans une couche de con­
science plus profonde. La synthese générale, comprenant tout, se [ait
dans une autre couche de la conscience que celle ou le « moi » fait
le travail intellectuel. C'est ainsi que I'Hennite prudent pourrait vous
offrir des dizaines de réponses a des dizaines de questions, en le fai­
272
1111 et sans soucí apparent de leur concordance, et
\/1111 ', tllJficz I'impression que chaque réponse particuliere est absolu­
1111' ,,1 « ad hoc » et qu'elle n'est point due a un systeme intellectuel
1"1·" mu{u. Vous vous demanderez peut-etre s'i1 ne s'agit pas la de
., intellectuelle », tant chaque réponse particuliere vous parai­
11.1 spontanée et ingénue, en meme temps qu'a pro pos et con­
• 1..¡lIlte.
Tdle serait la premiere impression. Toutefois, apres avoir mure­
IIIt"nt réfléchi, vous trouveriez que toutes ces réponses spontanées et
,. (Id hoc » révelent derriere elles un « tout », un organisme de syn­
I qu 'elles se marient prodigieusement bien et ne constituent, au
(ol/d, qu'un seul « verbe » articulé.
Alors vous comprendrez le róle que joue le « manteau » envelop­
1' ,llIt l'Ennite lorsqu'il emploie sa lampe pour voir clair dans des pro­
hli:mes particuliers et son baton pour sonder le terrain. Le « man­
Illau » est la présence dans une couche de conscience plus profonde
dI' la vérité toute entiere et c'est eIie qui enveloppe et inspire tout
/r tl vail intellectuel fait par le moi conscient avec sa lampe et avec son
háton a propos des problemes particuliers. C'est elle qui lui donne la
direction et le style et veille a ce que toute solution de tout pro­
!)Ieme particulier soit en hannonie avec elle. Elle y vit et y est présente
enmme la certitude de la loi absolue, cornme la certitude de l'em­
fJreinte de la vérité d'en haut.
Or I'initié n'est pas celui qui sait tout. U. est un hornme qui porte
dans une couche plus profonde de sa conscience la vérité, non pas
cornme un systeme intellectueI, mais comme une couche de son étre,
comme un « manteau » qui I'enveloppe. Cette vérité-empreinte se
manifeste comme certitude inébranlable, c'est-a-dire comme [oi
dans le sens de la voix de la vérité présente.
La vérité synthétique est présente dans une couche de la conscience
plus profonde que celle de la conscience du moL Elle se trouve dans
I'obscurité. C'est de cette obscurité-Ia que jaillissent les rayons de la
lumiere des connaissances particulü!res, des résultats des efforts
visant a 1, « neutralisation des binaires » ou a la « solution des anti­
nomies ». Ces efforts-Ia sont des excursions dans la région de la
couche de la conscience . plus profonde, des contacts établis avec
I'obscurité intérieure qui est grosse des révélations de la vérité.
Le savoir et le pouvoir puisé dans cette région noire et silencieuse
de la certitude lumineuse peut etre désigné cornme « don du Noir
Parfait » - le « T€A€WV J).€AaV » mentionné dans le Livre Sacré
d'Hennes Trismégiste Kore Kosmou.
273
Le « don du Noir Parfait » se manifeste au terme d'efforts de
l'esprit tels que la « neutralisation des binaires » ou la « solution
des antinomies ». 11 est, peut-on dire, I'essence meme de I'Hermétisme
et constitue a la fois la méthode qui lui est propre et la faculté de con­
naissance a laquelle iI doit son existence.
Or l'Hennite est l'image spirituelle de celui qui suit la méthode et
exerce la faculté du « don du Noir Parfait ». Comme cette méthode
comporte une véritable impartialité, c'est-a-dire la recherche de la
synthese des antinomies et du troisieme terme des binaires, I'hermé­
tiste doit etre nécessairement solitaire, c'est-a-dire ermite. La soli­
tude, c' est la méthode meme de l'Hermétisme. Car iI faut etre profon­
dément seul pour pouvoir exercer le « don du Noir Parfait » en face
des contraires, des binaires, des antinomies, des partis enfin qui divi­
sent et déchirent le monde de la vérité. Celui qui cherche la synthese,
c'est-a-dire la paix véritable, ne prend jamais parti pour ou contre les
choses opposées. Et puisque c'est justement le fait de prendre parti qui
divise les hommes en groupes opposés, il est seul par nécessité.1I ne peut
embrasser sans réserve aucune cause humaine ni etre opposé aaucune
autre, étant loyal a la cause de la vérité qui est la synthese et la paoc
Aussi est-il condamné, qu'i1 le veuille ou non, a la solitude profonde.
11 est ermite dans sa vie intérieure, quelle que soit sa vie extérieure.
Jamais ne lui sera donnée la joie de plonger dans la collectivité natio­
nale, sociale ou politique . 11 n'aura jamais la félicité de partager le
poids de la responsabilité avec la multitude, iI ne pourra etre convive
aux festins - et orgies - qu'impliquent des formules comme « nous
autres, Fran'íais », « nous autres, AlIemands », « nous autres, Juifs »,
« nous au tres, royalistes », « nous autres, communistes ». L'ivresse
du plongeon dans une collectivité ne lui est pas donnée . II doit etre
sobre, c'est-a-dire seul. Car la poursuite de la vérité synthétique, qui
est la paix, implique la prudence et la prudence est la solitude.
C'est pourquoi l'évangile place ceux qui procurent la paix sur la
meme liste que les pauvres en esprit, les affligés, ceux qui ont faim
et soif de justice et ceux qui sont persécutés pour la Justice, en leur
assignant un autre bonheur que celui dont ils ont été privés.
« Heureux ceux qui procurent la paix, car i1s seront appelés fils
de Dieu » - est-il dit dans le Sermon sur la Montagne (Matthieu, 5,9)
de ceux qui se refusent a prendre parti en face des vérités partielIes
et partiales qui divisent le monde, étant dédiés él la cause de la Vérité
total e qui unit le monde et lui apporte la paix.
Or «I'Hennite » itinérant, avec son manteau, sa lampe et son baton,
est un colporteur de la paix. II fait son chemin d'opinion en opinion,
274
dc. ~ r o y a n e e en eroyance, d'expérience en expérience - et trace, par
It- \"hcmin qu'i1 a parcouru, la voie de la paix entre opinions, croyances
c.1 cxpériences, étant muni toujours de son manteau, de sa lampe et
.Ir· son baton. lile fait seul, paree qu'i1 marche (et personne ne peut
lIIaleher pour luí) et paree que son reuvre est la paix (qui est prudence
clone solitude).
I'ourtant, il ne faut pas avoir pitié de lui . Car il a ses joies et eJles .
..elllt intenses. Lorsque, par exemple, il rencontre en chemin un autre
"Imite itinérant, queIle joie , quel bonheur dans cette rencontre de
clCIIX solitaires . Cette joie n'a rien de commun avec celle de l'ivresse
de se sentir libre de toute responsabilité, sentiment que comporte le
plongeon dans la collectivité. C'est au contraire la joie de la responsa­
hillté qui rencontre la meme responsabilité, et tous deux partagent et
soulagent la responsabilité d'Un Troisieme, de celui qui dit de sa vie
terrestre:
( Les renards ont des taniéres, el les oiseaux du cíelont
des nids; mais le Fils de l'Homme n'a pas OU reposer
50 téte »
de celui qui est le Maitre que suivent et servent tous les soJitaires
itinérants dumonde. 11 est « présent » dans la joie de ceux qui se
rencontrent en Son Nom.
Joies encore du silence profond gros des révélations, du ciel étoilé
dont la présence solenneJle parle en langage d'éternité, des cons­
tellations des astres et des pensées et de la respiration de l'air
plein de spiritualité !- Non, il ne faut pas avoir pitié de l'Herrnite.
Bien qu'jJ n'ait pas, tout comme son Maitre, Ol! reposer sa tete , iI
est déja heureux du bonheur que le Maitre a promis a ceux qui
procurent la paix. 11 a le bonheur de participer a I'reuvre du Fils
de Dieu en prenant part a la solitude de la vie terrestre du Fils de
I'Homme .
Ceux qui procurent la paix, les ermites, ne la procurent point a
!Out prix el. ne procurent pas toute paix sans distinction . Car on
peut atteindre la paix de plusieurs fac¡ons et il faut encore distinguer
entre paix et paix.
Le « corps des couleurs » d'Ostwald peut ene ore nous servir de
base analogique pour les problemes des différentes especes de Paix
et des différentes manieres de la réaJiser.
La paix est l'unité dans la diversité. 11 n'y a pas de paix ou i1 n'y
a pas de diversité et il n'y en a pas ou il n'y a que diversité .
Or I'unité ou la diversité disparait n'est pas la paix. Cest pourquoi
275
le « point blanc » du « corps des couleurs » ou toutes les couleurs
se noient dans la lumü:re est bien ce qui rend la paix possible mais
ne l'est pas cornme tel, en lui-meme. De me me le «point noir » de ce
corps ou toutes les couleurs disparaissent dan s l'obscurité n'est pas le
point de la paix, mais bien le point de la mort de la diversité et des con­
flits qu'elle peut entralner. C'est donc « l'équateur des couleurs vives»
qui est la région propre a la paix. Les couleurs vives de l'arce-en.del
paraissant dans la nue sont la manifestation visible de I'idée de la paix
parce que l'arc-en-<:iel nous fait voir l'unité de la diversité des couleurs.
C'est la famille des couleurs toute entiere qui se présente a nous
cornme sept sceurs qui se tiennent par la main.
Aussi I'arc-en-<:iel est-il le signe de la paix (ou allíance) entre le ciel
et la terre dans la Genese de MOlse :
(' Et Dieu dit : e'est id le signe de l'allúmee que j'éta­
blis entre moi et vous. et tous les etre vivants qui sont
avee vous pour les générations a toujours : j 'ai plaeé
mon are dans 111 nue. et il servirade signed'aOúmeeentre
moi et 111 te"e ;¡ (Gen., 9. 12).
Or quatre especes de paix, comprises cOrnme élimination des con­
flits ou des oppositions, sont possibles : la paix transcendante ou « nir­
vanique », la paix irnmanente ou « catholique », la paix de la prédo­
minance ou « hégémonique », et la paix de la mort OU « nihiliste ».
La paix trancendante ou «nirvanique » correspond au point blanc du
corps des couleurs. La paix irnmanente ou «catholique » serait la maní­
festation vive simultanée de toutes les couleurs de l'arc-en-<:iel et corres­
pondrait al' «équateur »du « corps des couleurs». La paix de la prédo­
minance ou « hégémonique »correspondrait a la faculté qu'aurait eue
une couleur particuliere d 'éclipser les autres couleurs et de les engloutir
dans la région de l' « équateur des couleurs » de sorte qu 'i! n'y resterait
plus qu'une seule couleur.
La paix de la mort ou « nihiliste » correspondrait au « point noir »
du « corps des couleurs » et signifierait le nivellement ábsolu de toute
diversité.
De ces quatre especes de « paix », seule la paix que nous avons di te
« irnmanente» ou « catholique » (universelle) est la paix réelle et véri­
table. C'est la paix de lafraternité et du complément mutuel.
Cornme c'est cette paix que « I'Hennite » a pour idéal, i1 n'est pas
présenté sur la Lame dans la posture « padmasana » de la méditation
bouddhique ou yoguiste visant a la paix transcendante du Nirvana, i1
n'est pas présenté non plus assis sur le tróne de la puissance et faisant
276
1, ¡t.. ·.l c dc commandement, ni enfin gisant endormi ou mort sur le
,,1, IlIltis iI y est présenté en marche. II marche, íI fait le tour de
¡ » des couleurs vives du « corps des couleurs » et son che­
, " j ll ,INI \:clui de la paix comprise dans le.sens de I'unité diversité.
11 que I'Hermite, c'est-a-dire l'hermétiste sérieux, n'est point
p II ll utraliste » bien qu'i! applique son esprit a la « neutralisation » des
Itl lI !lIreS ou des polarités, a la solution des antinomies ou des oppo-
IllO ns et a la paix de l'arc-en-<:iel ou a l'unité dans la diversité. Il sait
,111 1.' « non» aux tendances visant a la fausse paix - celle de I'indiffé­
' I' II \:(' transcendance, de l'assujettissement et du nihllisme - tout
I , tlllllle il sait dire « oui » a tout ce qui vise a la paix véritable de
¡'lIl1ité dans la diversité.
11 sait dire « oui » et « non», ces deux mots magiques par lesquels
la volonté est forte et sans lesquels elle s'endort. « Oui et non»
L 'est la vie meme de la volonté, sa loi supreme et unique. La volonté
111" connait pas de troisieme terme entre, en dehors, au-{iessus ou au­
'¡cssous de « oui et non». «Amen» et «anathema » sont, non seule­
IIICnt les formules solennelles liturgiques résumant l'affirmation et la né­
ation ultimes, mais encore celles de la volonté qui vit et qui veille. La
vulonté comme telle n'est jamais impartiale, neutre et indifférente. Car
ce n'est que dans le « oui » et le « non» que la volonté vit et veille .
Nous voici arrivés a une antinomie de plus -l'antinomiepratique­
« sagesse-volonté » ou « synthese universelle - action particuliere »
ou encore « savoir-vouloir ».
11 faut savoir, c'est-a-dire voir l'unité dans la diversité, et i! faut
vouloir, c'est-a-dire trancher l'unité contemplée avec l'épée aigue, a
ueux tranchants , du « oui » et du « non », de la volonté. Devenir
contemplatif revient a l'inactivité. Devenir actif revient, en derniere
analyse, a l'ignorance.
On peut bien choisir le genre de vie contemplatif mais aquel
prix ? Quel est le prix a payer que comporte la contemplation corome
chemin principal et préoccupation centrale de la vie ?
Un bateau porte des passagers et l'équipage composé du capitaine,
des officiers et des matelots. II en est de meme avec le bateau de la
société humaine qui voyage de siecIe en siecIe. Lui aussi porte équi­
page et passagers : L'équipage veille ace que le bateau suive sa route
et que les passagers soient sains et saufs. Choisir le genre de vie con­
templatif implique la décision de devenir passager du bateau de la
société humaine et de laisser la responsabilité de la route, du bien.etre
pour soi-meme et les autres passagers, a I'équipage - au capitaine, aux
277
officiers et aux matelots. On devient passager du bateau de l'hlstoire
humaine, lorsqu'on choisit le genre de vie contemplatif. Vomlle prix
moral de ce choix.
11 faut cependant se garder de conc1ure trop facilement et superfi­
ciellement que tous les religieux des ordres dits contemplatifs et les er­
mites sont des passagers. Car parmi ces « contemplatifs » se trouvent
souvent, non seulement des matelots et des officiers de l'équipage, mais
encore des capitaines. C'est parce que leur reuvre et leur but sont
essentiellement pratiques, bien que spirituels, qu'il en est ainsi. La
priere, le service divin, l'étude et la vie disciplinée et austere consti­
tuent un éffort tres actif et efficace pour tracer la route et fixer le but
du bateau de l'histoire humaine spirituelle. A vrai dire, ce sont ces
« contemplatifs » qui portent consciemment et volontairement le
gros de la responsabilité en ce qui regarde la route spirituelle du
bateau et le bien-etre spirituel de son équipage et de ses ijassagers .
Pour ces ordres , « contemplatif » signifie effort spirituel et responsa­
bilité spirituelle, tandis que « contemplatif », dans le sens ou I'on
choisit le pole du voir aux dépens du pole du vouloir de l'ctre humain,
revient a dire que l'on préfere la jouissance du voir a l'effort dli
vouloir et de l'action (spirituelle ou extérieure) qu'il comporte. On
peut certes rencontrer bien des gens qui jouissent de la vie contem­
plative. Ce sont rarement des religieux réguliers des ordres dits con­
templatifs mais souvent des amateurs lai"cs. On les rencontre parrni
les adeptes du yoga, de la Kabbale, du soufisme et de la métaphysique.
On peut, d'autre part, se décider pour le pole du voulolf de l'ctre
humain et ne vouloir s'occuper que de ce qui a trait a l'action et a
un but pratique. On peut bien choisir le genre de vie actif, mais a
quel prix ?
Le prix en est une inévitable étroitesse d'esprit. A quoi bon
m'occuper des Esquirnaux avec lesquels je n 'ai rien a faire si je ne
conl)ais meme pas les gens de ma rue et mes collegues, dira celui qui
a choisi l'action au dépens du savoir . S'il est croyant, il se demandera :
a quoi bon toutes les préoccupations vaines de l'esprit, les philoso­
phies, les sciences et les doctrines sociales et poli tiques, si les saints
préceptes de l'f:vangile (ou de la Bible, du Qoran, de la Dharnmapada
etc.) suffisent pour mon salut et celui de l'humanité ?!
L'action exige la concentration et celle-ci entraine inévitablement
la lirnitation de l'esprit ades tranches de vie et la perte de vue de son
ensemble.
Or la prudence enseignée par l'Arcane « L'Ermite » peut encore
donner la solution de l'antinomie pratique « savoir-vouloir ».
278
I ," ':.nnite n'est ni plongé dans la méditation ou dans l'étude, ni en
II.UII de travailler ou d 'agir . Il chemine. Cela veut dire qu'il manifeste
1111 lroi.üeme état au dela de la contemplation et de l'action. Il re­
Iuódoll te par rapport au binaire « savoir-vouloir » ou « contemplation­
11' 11011 » ou en fin « tcte-membres », le terme de synthese, asavoir
I "Iui du creur. Car c'est dans le Cmur que la contemplation et l'action
,,, ,"1 unies, que le savoir devient vouloir et que le vouloir devient savoir.
l e creur n'a pas besoin d'oublier l'ensemble contemplé pour agir
I't iI n'a pas besoin de supprimer toute action pour contempler. C'est
hll qui est sirnultanément et inlassablement actif et contemplatif.
11 marche. 11 marche jour et 'nuit, et nous entendons les pas de sa
marche incessante. C'est pourquoi si nous voulions représenter un
homme qui vit la loi du creur qui a son centre dans le creur et qui est
I' cxpression visible du creur, le « pere bon et sage » ou « I'Hennite »,
IIOUS le présenterions marchant, sans Mte, sans rehiche.
L'Hermite de la neuvieme Lame est l'honune du creur, l'honune soli­
1aire en marche. Il est l'honune qui a réalisé en soi l'antinornie «savoir­
vouloir» ou « contemplation-action ». Car le creur en est la solution.
Le creur dont nous parions n'est pas I'émotivité et la faculté
d'ctre passionné qu 'on entend généralement par « creur ». C'est le
:entre des sept centres de l'organisation vitale et anirnique humaine.
:;'est le « lotus aux douze pétales » ou Anahata de l'anthropologie
ésotérique de I'Inde. Ce centre est le plus humain de tous les centres
ou « fleurs de lotus ». Car si le lotus aux huit pétales ou centre coro­
IIal est celui de la révélation de la sagesse, le lotus aux deux pétales
est celui de l'initiative intellectuelle, le lotus aux seize pétales (centre
laryngien) est celui de la parole créatrice, le lotus aux dix pétales celui
de la science, le lotus aux si?, ~ t ! l l e s celui de I'ha!Jn0ni.l!J!t. deja santé
et le lotus aux quatre pétales est celui de la force créatrice, le lo tus
aux douze pétales (centre cardiaque) est celui de l'amour. C'est
pourquoi il est le plus humain des centres et le critere ultime non de
ce que l'homme posséde, de ce qu'il peut et de ce qu'il sait , mais bien
de ce qu'il esto
Car l'homme n'est au fond que ce qu'est son creur. C'est la que
l'humanité de l'Cire humain réside et se révele. Le creur est le soleil
du rnicrocosme .
Aussi l'Hermétisme chrétien est-¡¡ - conune le christianisme en
général - « héliocentrique »; il attribue au creur la place centrale
dans toute sa pratique. Le grand reuvre de l'alchimie spirituelle ou
de « I'Hermétisme éthlque » est la transmutation des substances
«( métaux ») des autres lotus en la substance du creur «( l'or »).
279
« L'Hennétisme éthique » (tenne employé en Russie pour l'a1chimlc
spirituelle) vise a la transfonnation du systeme des lotus en un
teme de sept cQ!Urs, c'est-a-dire a la transfonnation de l'etre hu
main tout entier en cceur. Cela veut dire en pratique /'humanisatiof/
de l'etre humain entier et la transfonnation du systeme des lotu!!
en un systeme fonctionnant par l'amour et pour I'amour. Ainsi la
sagesse révélée par le lotus aux huit pétales cessera d'etre abstraitl'
et transcendante : elle deviendra pleine de chaleur, cornme le feu
de la Pentecóte. L'initiative intellectuelle du lotus aux deux pétales
deviendra le « bon regard » SUr le monde. La parole créatrice du lotus
aux seize pétales deviendra magique : elle aura la faculté d'illurniner,
de consoler et de guérir.
Le cceur lui-meme, ou le lotus aux douze pétales, qui est le seul des
centres a ne pas etre attaché al'organisme et a pouvoir en sortir et
vivre - par l'extériorisation de ses « pétales » qui peuvent rayonner
en dehors - avec et dans les autres deviendra un voyageur, un visi­
teur et un compagnon anonyme de ceux qui sont en prison, de
ceux qui sont en exil et de ceux qui portent de lourdes respon­
sabilités, Il sera l'Ennite itinérant parcourant les chemins de la
sphere terrestre aussi bien que ceux du monde spirituel qui vont
du purgatoire jusqu'aux pieds méme du Pere . Car aucune distance
n'est insunnontable pour l'amour et aucune porte ne peut l'em­
pecher d'entrer, selon la promesse qui dit : « et les portes de l'en­
fer ne prévaudront point contre lui ». Et le cceur est I'organe
merveilleux appelé a servir I'amour dans ces ceuvres. C'est la stroc­
ture a la fois humaine et divine du cceur, sa structure 9'amour, qui
peut, par la voie d'analogie, mettre a la portée de notre compré­
hension le sens de la parole du Maltre : « Et vOici, je suis avec vous
tous les jours, jusqu 'fl la fin du monde».
La science du lotus aux dix pétales deviendra alors conscience,
c'est-a-dire servante de Dieu et du prochain.
Le lotus aux six pétales, le centre de la santé, deviendra celui de
la sainteté, c'est-fl-dire de l'hannonie entre l'esprit, I'ame et le corps.
La force créatrice du lotus aux quatre pétales servira a10rs de so urce
d'énergie et d'élan inépuisable pour le long chemin de l'ermite itinérant
qui est l'homme du cceur,c'est.a-dire l'homme qui a regagné son humanité.
Le disciple du Yoga et du Tantra hindous médite ou récite intérieu­
rement des « mantras-semences » (bija mantra) afin d'éveiller et
d'avancer le développement de ces centres ou chakras .
Il fait vibrer intérieurement la syllabe OM pour le centre situé entre
les sourcils (le lotus aux deux pétales), la syllabe HAM pour le centre
280
• 111111'111 (le lotus aux seize pétales), la syllabe Y AM pour le centre
111111'11 11' Oc lotus aux douze pétales), la RAM pour le centre
ollltl llo ni Oc lotus aux dix pétales), la syllabe V AM pour le centre pel­
h 11 j!t. I"tus aux six pétales) et la syllabe LAM pour le centre de base
,1, '.11 ,, _aux quatre pétales), En ce qui concerne le centre coronal (le
1.. ,.., huit pétales) il n'y a pas de bija mantra pour lui, ce centre
HII I IIOIJI le moyen mais bien le but du développement yoguiste,
11 , \ 1 ir ¡;cntre de la libération.
V II II ' I maintenant les « mantras » ou fonnules chrétiennes qui se
"1111" " I,'nt aces centres :
• .1" suis la resurrection et la vie:J -le lotus aux huit pétales;
• ./,' suis la lumiere du monde :J - le lotus aux deux pétales;
.1" suis le bon pasteur :J - le lotus aux seize pétales;
./r' suis le pain de vie :J - le lotus aux douze pétales;
,. k ,Iuis la porte aux brebis :J -le lotus aux dix pétales;
suis la voie,la vérité et la vie:J -le lotus aux six pétales;
le suis le vrai cep :J -le lotus aux quatre pétales,
Voila la différence et le choix entre deux méthodes, 11 s'agit, cher
1\ 1111Inconnu, du choix entre la méthode qui fait vibrerles sons particu­
l ir l s des syllabes OriJ, Ham, Yam, Ram, Vam et Lam, et la méthode qui
' 1 \' 11 vue la communion spirituelle avec les sept rayons du le sois »
0' 11 les sept aspects du MOl parfait qui est lésus CURIST, La premiere
oll éthode vise a I'éveil des centres tels qu 'ils sont; la deuxieme vise a
111 christianisation de tous les centres, c'est-a-dire aleur transforma­
,Ion confonnément a leurs prototypes divins-humains. Il s'agit la
de la réalisation de la parole de l'apótre PAUL : « Si quelqu'un est
('11 Christ, iI est une nouvelle créature » (2 Corinthiens, 5, 17).
L'ceuvre de la christianisation de l'organisation humaine, c'est-a­
dire de la transfonnation de I'hornme en hornme du COlOr, s'accomplit
dans la vie intérieure de l'hornme, les fleurs de lotus n'étant que le
champ ou se manifestent les effets de I'ceuvre purement intérieure. Or
le domaine ou cette transformation est irnmédiatement opérée est
composé de trois paires de contraires «( antinomies » pratiques) et
de trois « neutralisations » de ces « binaires », neuf facteurs en tout.
Les voici.
Lorsque nous parlons de l'antinomie pratique « savoir-vouloir »
et de sa solution, le « COlUf », ce n'est qu'une vue générale de la tache
de l'intégraÜon de l'homme. En pratique c'est plus précisément
« le vouloir et le cceur du savoir », « le savoir et le vouloir du cceur »
et « le savoir et le cceur du vouloir », car il y a sentirnent et volonté
281
dans le domaine de la pensée , pensée et volonté dans le domaine du
sentiment, et pensée et sentiment dans le domaine de la volonté. Il
y a done trois triangles du « savoir-creur-vouIoir » dans la pratique
de l'reuvre intérieure de I'intégration de I'hornme.
Or I'enseignement nettement pratique du neuvieme Areane est
qu'il faut subordonner aussi bien le mouvement déeouIant spon­
tanément de la pensée que l'initiative intelleetuelle ordonnante
au « ereur de la pensée », e au sentiment profond qui surgit
au fond de la pensée , que l'on nomme parfois « intuition intellee­
tuelle » et qui est le « sentiment de la vérité ». II faut aussi subor­
donner « l'imagination spontanée et I'imagination active et orientée »
a la direetion du ereur , e 'est-a-dire au sentiment profond de ehaleur
rnorale que l'on nornrne parfois « intuition morale » et qui est le
« sentiment de la beauté ». II faut enfin subordonner les impulsions
spontanées et les desseins ordonnés de la volonté au sentiment pro­
fond qui les aeeompagne que l'on nornme parfois « intuition pra­
tique » et qui est le «sentiment du Bien» .
L' Ermite de la Lame est l'hermétiste ehrétien qui repré­
sente « l'reuvre intérieure du neuf », I'reuvre de la réalisation de la
suprérnatie du Creur dans l'etre humain ou, en termes familiers et
traditionnels, « l'reuvre du salut » ear le « salut de l'ame », e'est la
restauration du regne du ereuc.
282
x
LA ROUE DE FORTUNE