Claude Rochet Professeur des universités Claude.rochet@univ-cezanne.fr http://www.claude-rochet.

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VOUS SOUHAITEZ VOUS LANCER DANS UN PROJET DE THESE ? Voilà ce qu’il vous faut savoir !

Cette note a pour objet de préciser aux étudiants et chercheurs qui souhaitent se lancer dans un projet de thèse sous ma direction - ou celle d’un professeur plus approprié à leur sujet vers lequel je pourrai les orienter - quelques règles incontournables pour réussir un tel projet.

Qu’est-ce qu’une thèse ?
Ce n’est pas un livre. Un livre raconte une histoire. Une thèse part d’un état de la connaissance pour ajouter de la connaissance nouvelle selon un processus scientifique rigoureux qui sera soumis au jugement la communauté scientifique. Vous devez donc être disposé – et capable – de vous plier à ces exigences scientifiques. En gestion, le volume cible de la thèse et de 250 à 300 pages, en trois parties : la revue de la littérature ; la méthodologie et le terrain ; les enseignements et la critique des résultats. En conclusion, on dessine les nouvelles avenues de recherche résultantes.

La discipline :
Je m’inscris dans le champ des « sciences de gestion » qui se situent au carrefour de plusieurs disciplines : l’économie, le droit, la sociologie, la philosophie politique, l’histoire… Ce qui distingue les sciences de gestion : toute recherche doit être ancrée sur un (ou des) terrain(s), c’est-à-dire, un champ d’expérimentation qui vous permettra de tester vos hypothèses de recherches. Une telle démarche exclut donc les recherches purement théoriques ou en restant à un niveau macro comme on peut le pratiquer en économie. Mes champs personnels de recherche sont : • La gestion de la technologie et l’innovation • L’économie institutionnelle • L’économie du développement • Le management public et le pilotage stratégique des politiques publiques. Les sujets qui m’intéressent sont ceux qui traitent de problématiques complexes, innovantes, qui recoupent généralement ces divers champs.

Pourquoi faire une thèse ?
La thèse est le point de passage obligé pour entrer dans le monde de la recherche, que vous le fassiez par goût ou que vous vouliez en faire votre métier en entrant dans l’enseignement supérieur. Il faut que vous réfléchissiez à votre projet professionnel et à votre motivation : la thèse va vous occuper pendant trois ans (et moi aussi !) : il est exclu que vous n’alliez pas au bout et tout professeur (et toute école doctorale) écartera les démarches velléitaires. Un professeur ne peut encadrer qu’un nombre limité d’étudiants et un doctorant qui ne termine pas sa thèse prend la place d’un autre ! La thèse dure trois ans, sur trois années scolaires. Exceptionnellement, une quatrième année peut être accordée si le travail du thésard et sa situation personnelle le justifient. Il n’y a pas d’âge pour faire une thèse : vous pouvez aussi bien la faire dans la continuité naturelle de vos études (peu importe la discipline originelle) que faire une thèse de maturité si vous êtes un professionnel qui souhaitez transformer votre expérience et votre pratique empirique en démarche scientifique.

Les conditions d’admission
La première est bien sûr l’accord entre le professeur et vous : tant sur la nature du sujet que sur une empathie réciproque. Songez que le professeur associe son nom et sa réputation académique à votre projet et sera très attentif à sa réussite. En ce qui me concerne, mes doctorants ont les caractéristiques suivantes : • D’abord être enthousiastes, sympathiques et gros travailleurs. • Etre capables d’avoir une approche pluridisciplinaire de leur sujet, de lire beaucoup, de sortir des sentiers battus et de se lancer dans des aventures nouvelles • Peu importe votre âge, votre nationalité, votre lieu d’habitation : j’ai des thésards dans toute la France et à l’étranger. Nous correspondons par moyens virtuels et il est possible d’organiser des missions sur place. Pour être admis : • Une fois que le sujet est mûr, il est présenté avec une recommandation du directeur de thèse, au conseil scientifique de l’école doctorale. Ce n’est qu’après l’avis favorable du conseil scientifique que vous pourrez vous inscrire administrativement à l’université. • L’école doctorale de l’université Paul Cézanne d’Aix-en-Provence (commune à l’Institut de Management Public et à l’Institut d’Administration des Entreprises) exige que le postulant ait, soit un Master recherche en gestion, soit ait déjà un parcours de recherche concrétisé par des publications scientifiques qui attestent d’une démarche de recherche, soit encore que le mémoire de Master professionnel corresponde aux critères d’un Master recherche (une démarche de recherche, une méthodologie, un terrain). Dans la négative, il vous sera demandé de suivre en auditeur libre les modules méthodologiques du Master recherche qui se déroulent à Aix entre septembre et décembre. Vos obligations : • Etre inscrit(e) à l’école doctorale de l’université Paul Cézanne, qui est commune à l’Institut d’Administration des Entreprises et à l’Institut de Management Public : le CERGAM

Participer régulièrement aux ateliers doctoraux où chaque doctorant présente l’avancée de ses travaux. Si vous ne résidez pas à Aix-en-Provence, il faut prévoir ces déplacements et vous devrez, au moins une fois par an, venir présenter votre travail qui sera soumis à la critique collégiale des chercheurs.

La constitution du dossier
• • • • • Votre CV La liste complète de vos diplômes Vos publications (le cas échéant) Le résumé de votre mémoire de Master Votre projet de thèse (5 à 10 pages) qui comprend o Votre projet o Une revue de la littérature sur le sujet qui va montrer en quoi vous allez produire de la connaissance nouvelle sur le sujet o Votre méthodologie de recherche o Les enseignements escomptés.

La vie au cours des trois ans de thèse
1) Tout d’abord, sachez que nous ne prenons pas d’étudiants qui ne bénéficient pas d’un financement : - Pour les professionnels salariés, la question est réglée, mais le problème est inversé : il faut que leur terrain professionnel corresponde à leur terrain de recherche et qu’ils puissent bénéficier de facilités de leur employeur, ne serait-ce que pour venir aux ateliers doctoraux. Une convention peut être passé entre l’Institut et l’employeur précisant les obligations réciproques, l’objectif et le résultat attendu. Il faut également prévoir la possibilité d’assister à des colloques internationaux qui comprennent des ateliers doctoraux. Dans notre discipline, il y a quelques incontournables : l’AIMS début juin (de qualité moyenne), l’EGPA (bilingue français – anglais) en septembre et les entretiens euro-méditerranéens de gestion publique en octobre. En fonction de votre sujet, vous pourrez trouver des colloques spécialisés. - Pour ceux qui ne sont pas salariés, plusieurs solutions sont possibles : o Les bourses, qui sont octroyées par divers organismes, dont les conseils régionaux. Elles sont généralement versées à l’université, qui vous versera un salaire. Vous pourrez être amené à donner des cours en sus et être rémunéré, le cas échéant, à la vacation. o Les allocations de recherche versées par le ministère : elles supposent également que vous donniez des cours, ce qui vous forme à l’enseignement supérieur, et votre période de thèse vous sera comptée dans votre ancienneté si vous devenez maître de conférence par la suite. o Les contrats CIFRE sont des contrats tripartites entre l’ANRT (Association nationale de la recherche et de la technologie), l’employeur et le laboratoire : l’étudiant est sous contrat de travail avec une entreprise (publique ou privée) pour trois ans, qui reçoit une subvention représentant 1/3 du coût salarial. Il bénéficie d’au moins un jour par semaine hors de l’entreprise pour se consacrer à sa thèse. La thèse peut être co-habilitée avec une université étrangère, ce qui permettra une double diplomation.

2) Vous aurez des contacts réguliers avec votre directeur de thèse qui cadrera votre travail. C’est à vous de gérer ces contacts, même si votre directeur s’inquiétera d’un trop long silence. Vous devrez publier à partir de la 2° année, au moins présenter une communication (au-delà des ateliers doctoraux) dans un colloque scientifique international. Si le niveau de votre travail le permet, il pourra s’agir d’une co-publication avec votre directeur de thèse et, au-delà, avec d’autres chercheurs. Ces publications sont importantes si vous voulez entrer dans l’enseignement supérieur, car le conseil national de universités (CNU) ne donne pas d’habilitation à exercer à un docteur qui n’a pas publié.

Le positionnement épistémologique de la thèse
Il va être défini par l’importance de votre terrain. Généralement les étudiants partent d’une hypothèse théorique pour aller à la recherche d’un terrain. Pour le professionnel, le positionnement est inverse : il veut conceptualiser une expérience de terrain. 1) Le jeune étudiant va faire porter son effort sur sa méthodologie de recherche et n’aura pas de problème pour garder une distance critique par rapport à son terrain. 2) Le professionnel peut avoir tendance à négliger la méthodologie, alors que le risque auquel il s’expose est de faire le récit d’un projet et non un travail de recherche sur une réalité dont il est l’acteur. Il faut au contraire apporter un grand soin à la gestion de cette position paradoxale : c’est l’objet de l’épistémologie de la recherche. L’épistémologie est « la science de la science », elle définit votre position, c’est-à-dire les justifications que vous allez donner pour dire que votre proposition, découlant de votre recherche, est vraie ou fausse. Il y a trois grandes positions épistémologiques : - Le positivisme, ou l’induction : on déduit de l’observation répétée des lois générales. C’est l’approche du « cygne blanc » : si j’observe que 99 cygnes sont blancs, j’en infère que le centième est blanc. - L’approche hypothético-déductive, ou la déduction : on part d’une théorie, d’une hypothèse, et l’on va la soumettre à un processus de vérification par les faits. Tout le problème réside dans le biais qui va vous amener à ne sélectionner que les faits qui vous intéressent et à écarter les autres : il va falloir justifier de manière précise vos choix, le jury vous attend au tournant (et moi, surtout)! - L’abduction, ou le constructivisme : là où l’induction infère le semblable à partir du semblable, l’abduction infère le différent. C’est l’approche « cygne noir » : on a cru que tous les cygnes étaient blancs jusqu’à ce que l’on découvre des cygnes noirs en Australie. Il est évident que pour mon champ de recherche – l’innovation sous tous ses angles – mon approche est abductive : je m’intéresse aux cygnes noirs. Mais toutes ces positions sont recevables sur le plan académique si elles sont justifiées et assumées. Il est donc TRES important, même si cela vous semble au départ quelque peu abscons, que vous vous plongiez dans un bon bouquin d’épistémologie de la recherche. * Bon, voilà le minimum de ce qu’il vous faut savoir : si vous n’êtes pas dégouté(e) il vous reste à m’envoyer un premier projet que je me ferai un plaisir de déchiqueter à belles dents.

Le mieux est de convenir d’un RV physique sur Aix ou sur Paris (où j’habite) ou par Skype ou ma salle de classe virtuelle. Votre première épreuve sera, en tout état de cause, de présenter votre projet à l’atelier doctoral des dialogues euroméditerranéens (dits MED, organisés par l’EGPA / GEAP) en septembre (en 2012 : à Amman, Jordanie). *