Journée d’études doctorales et Atelier de jeunes chercheurs « Histoire sociale du haut Moyen Âge occidental » (Göttingen, 7-8 juillet 2004

) Coordination : Philippe DEPREUX (MHFA), en collaboration avec Steffen PATZOLD (Université de Hambourg) Rencontre bénéficiant du soutien de l’Université franco-allemande (Sarrebruck) *

« ’Christianisation’ et transformations sociales aux marges de l’Occident chrétien – ‘Christianisierung’ und Sozialwandel am Rande des christlichen Abendlandes » (7 juillet 2004) Cette journée d’études visait à la discussion de travaux universitaires récents sur les contacts entre l’Occident chrétien et ses marges, envisagés ici sous l’angle de l’impact du christianisme sur les sociétés dites « païennes », en tentant de dissocier ce qui, d’une part, relève de l’action missionnaire à proprement parler et du discours apologétique (dont les modalités et enjeux conditionnent bien souvent l’analyse des auteurs médiévaux) ou ce qui ressortit de l’adaptation, après l’intégration politique à la koinè de l’Occident chrétien, à ses traditions et institutions (telles les traditions et institutions carolingiennes ou héritées de l’Empire carolingien pour ce qui concerne le « premier » Moyen Âge), de ce qui, d’autre part, relève de l’influence sociale, culturelle et cultuelle de l’Occident chrétien sur ses marges, pour concentrer l’analyse sur cette question et cerner en quoi les contacts avec l’Occident chrétien (en tant que dépositaire de l’héritage romain et judéo-chrétien) et le pouvoir d’attraction ou de répulsion de la doctrine chrétienne avant ou indépendamment de la conquête politique, mais aussi les modèles sociaux présentés par les missionnaires, les marchands et autres aventuriers chrétiens pouvaient avoir un impact sur les formes d’organisation sociale des peuples qu’ils visitaient (alors même que l’hagiographe, par exemple, se doit presque automatiquement de souligner l’hostilité des populations évangélisées pour rendre plus manifeste la force de conviction de son héros). On sait que le rapprochement d’intérêts des élites indigènes par rapport aux élites du monde franc constitua un moment crucial. C’est ce qu’illustre notamment le soutien que saint Liévin reçut à l’assemblée de Marklo, avant même (certes, en l’occurrence : peut-être sous la menace de) la conquête carolingienne de la Saxe ; on peut aussi mentionner la crainte que certains paysans saxons éprouvaient d’être forcés par le « satrape » local d’adopter la foi chrétienne, ainsi que Bède le Vénérable le relate à propos du martyre des frères Ewald. Ce ralliement de certaines élites était-il l’occasion d’une évolution des rapports sociaux ou la traduisait-il ? En la matière, les sources sollicitées ne sauraient porter exclusivement sur la documentation écrite ; l’apport de l’archéologie est fondamental, mais tout aussi délicat : les débats portant sur l’analyse des données funéraires l’attestent. Par ailleurs, tel moule servant à fondre des marteaux de Thor en même temps que des croix appelle éloquemment l’historien à la prudence, dès lors qu’il s’agit d’apprécier le degré d’acculturation des populations évangélisées ou simplement au contact avec la foi chrétienne. Les clercs carolingiens étaient conscients de cette limite, comme semble le prouver Notker le Bègue, un moine de Saint-Gall qui, vers la fin du IXe siècle, raconte comment, sous le règne de Louis le Pieux, un Normand s’était plaint de ce que, au sortir du baptême reçu pour la énième fois, il lui fut donné un vêtement blanc de moins bonne qualité que ceux qu’il recevait habituellement après un tel bain. Pour mener à bien l’enquête proposée aux participants de cette rencontre, les sources sont rares et d’un maniement difficile. Il eût été souhaitable de pouvoir se fonder sur les témoignages relatifs à la manière dont les contacts avec l’Occident chrétien furent perçus de la part des populations encore
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La notification du soutien de l’UFA ayant eu lieu après l’envoi du Bulletin d’information de la MHFA (n° 40, 2004), il n’a pas pu en être fait mention dans le compte rendu de cette rencontre.

2003. À cet égard. Ainsi. dans la Chrétienté latine. mais on peut éventuellement tout autant y déceler l’aveu d’une instruction bâclée. dont on observe les manifestations tant d’un point de vue économique et politique que « culturel ». dans les paroisses en cours d’établissement. Mais une autre question se greffe sur cette interrogation : à quoi le baptême oblige-t-il. alors qu’on touche un point particulièrement sensible de l’histoire religieuse. il s’établit un rapport de forces entre ces diverses sphères. La confrontation des populations vivant aux marges de la Chrétienté (aux limites toujours mouvantes) avec cette dernière se prête-t-elle. on voulait donc cerner quels furent les ressorts des transformations sociales et de l’acculturation des populations au contact de l’Occident chrétien. Dès lors qu’il n’est pas certain que les missionnaires veillèrent à s’adapter à leurs auditeurs. Charles Mériaux (Reims) présenta le dossier hagiographique relatif à saint Amand pour s’interroger sur la place de ce dernier au sein de l’épiscopat mérovingien et les vues que pouvait éventuellement avoir sur lui la papauté pour affirmer sa primauté. Par ailleurs. où l’histoire sociale et l’histoire religieuse se rejoignent. indépendamment ou en amont (selon les cas) de l’intégration politique. percevait-on ou se représentaiton l’impact. le facteur temps est essentiel : nombre de missionnaires n’eurent pas le temps de former véritablement leurs catéchumènes. qui avaient été préalablement envoyés à tous les participants. à l’observation de ce choix radical que suppose la « distinction mosaïque » mise en évidence à propos de l’Égypte d’Akhénaton et qui implique une impossibilité de communiquer entre polythéistes et monothéistes (Jan Assmann. aux yeux du missionnaire et aux yeux du catéchumène (dans les meilleurs des cas) ou du pauvre bougre contraint et forcé de se soumettre (que ce soit par le glaive ou. puisqu’il convient de distinguer ce qui relève des vérités de la foi (qui par définition sont considérées comme intemporelles) et ce qui relève des pratiques religieuses. Lors de cette rencontre. Il s’agit en effet de savoir ce qu’être chrétien veut dire au VIe ou au XIIe siècle. qui de facto sont susceptibles de connaître des infléchissements. la dénonciation et la condamnation des pratiques superstitieuses étant relativement génériques. les confrontations culturelles. L’histoire du baptême raté du Frison Ratbod en apporte l’illustration : on y lit généralement l’expression de l’impossibilité dans laquelle ce prince se trouvait de rompre avec ses ancêtres. la « conversion en profondeur » s’avérant « un processus sans fin ». dans son étude sur « Christianisation et transformations sociales : le dossier hagiographique de saint Amand d’Elnone († après 674/675) ». furent regroupées en quatre sessions portant sur la construction de modèles. La difficulté est d’autant plus grande que les témoignages écrits proviennent d’auteurs d’origine chrétienne ou issus de milieux « ralliés » à la cause chrétienne : on rejoint ici le problème délicat de l’appréhension des sociétés proto-historiques et du prisme que constitue « l’entrée dans l’Histoire » : dans quelle mesure s’avère-t-il possible de « pondérer » une affirmation. non pas pour le relativiser par principe. Plusieurs communications consistaient en une présentation de dossiers documentaires ou en un commentaire de texte. chez ceux que l’on considérait généralement – toujours ? – comme des candidats à l’évangélisation. d’en distinguer le probable du possible. quels comportements cela induit. notamment. de ces contacts entre monde « chrétien » et monde « païen » ? On sait l’opinion d’Alcuin concernant la persuasion des catéchumènes saxons : le glaive ne convertit qu’en apparence et l’acquittement de la dîme sauve les apparences .) ? Dans cette perspective. l’enjeu politique que revêt la christianisation et les bouleversements sociaux qui s’ensuivent. Die Mosaische Unterscheidung oder der Preis des Monotheismus. le « réel » de l’imaginaire ? Cette dernière interrogation en appelle une autre : comment.extérieures à ce monde et à l’impact qu’ils eurent sur elles. il convient de s’interroger sur le sens même du mot « christianisation ». München / Wien : Carl Hanser. si les auteurs médiévaux s’étaient montrés sensibles à ce genre de questions. les communications. montrant ainsi combien l’histoire de la « mission » s’avère un miroir de la . Nonobstant ce bémol. la même que celle à laquelle. qui consistaient en une présentation synthétique de textes parfois très longs et argumentés. on peut se demander s’il y eut vraiment une adaptation du discours à la spécificité des populations que l’on voulait convertir. celui qui a cure d’âmes ne cesse (ou ne devrait cesser) d’exhorter. il est difficile de reconstituer un cheminement spirituel et moral particulier et de mettre en évidence un processus d’acculturation propre à tel peuple ou à tel groupe. par la pression sociale) ? L’adoption du nom de chrétien ne suffit pas aux yeux du missionnaire : le baptême suppose une conversion des mœurs. moins violemment. Or il n’est pas possible d’opposer un Occident parfaitement « chrétien » à un monde extérieur « païen ».

et à la radicalisation du discours qu’illustre. puis les Polonais) et des diverses implications du multilinguisme pratiqué par Adalbert. Il s’agit d’un thème central dans les travaux de David Fraesdorff (Hambourg). La critique documentaire fut poursuivie par Thomas Lienhard (Tours). daté traditionnellement de 743. . à l’étude des indices de syncrétisme religieux dans les récits relatifs à l’évangélisation des Lutices aux temps ottoniens. puis archevêques de Salzbourg. si précieuse pour l’historien. dans les années vingt du XIIe siècle. développant l’idée selon laquelle l’assimilation du « Nord » (Aquilo) aux territoires païens au nord et à l’est de l’Elbe et la désignation sous ce terme générique. devait prouver l’ancienneté d’une tradition missionnaire en réalité plus récente. dont Adalbert offre un bel exemple puisqu’il s’avère le premier évêque indigène. qui présenta les « Kulturelle Differenzen zwischen dem Abendland und Nordosteuropa im Spiegel historiographischer Quellen (800-1200) » qu’il avait analysées dans sa thèse de doctorat. s’inscrivit dans la perspective d’une histoire des représentations pour mettre en évidence les traits sous lesquels le païen est traditionnellement dépeint dans les récits hagiographiques et correspond ainsi à un modèle « bestial » et « démoniaque » dont seuls les auteurs directement confrontés à l’expérience missionnaire peuvent en partie s’affranchir . Jahrhundert ». puisqu’en la matière. Jahrhundert ».société qui en prend l’initiative et de son contexte institutionnel. und 9. en illustrant les possibilités qu’offre l’analyse des sources relatives à ce saint évêque et missionnaire sous l’angle de l’acculturation (avec l’idée de rapport de forces inégal que cela suppose. où il se livra à une relecture décapante du récit du baptême des Slaves de Carinthie .-12. Geneviève Bührer-Thierry (Marne-la-Vallée / Auxerre) posa la question suivante : « Saint Adalbert de Prague : une figure de l’acculturation ? ». Cette étude documentaire fut complétée par la question posée plus tard par Stefan Esders (Bochum) : « Wurden im Merowingerreich Zwangstaufen von Heiden durchgeführt ? » Cette analyse de l’extrait de la Vie de saint Amand relatant l’autorisation donnée au saint évêque par le roi Dagobert Ier de convertir les païens par la force visait à prouver la sincérité de cette information en la replaçant dans le contexte plus large de la conversion forcée des Juifs. c’est-à-dire la relation créative et dynamique qu’entretiennent une culture donnée et le message évangélique. Steffen Patzold (Hambourg). un exemple particulièrement probant est offert par la réécriture de la Vie de saint Liévin par Hucbald de Saint-Amand. le rappel des antécédents de l’Antiquité tardive permettant de mieux comprendre l’idéologie qui sous-tendait cet acte de pouvoir. d’un texte à l’autre. La question qui consiste à se demander si les auteurs du haut Moyen Âge étaient (tous) en mesure de décrire les sociétés étrangères. l’Empire ottonien – s’imposent à un autre : les Tchèques rétifs. qui fit une communication intitulée : « Conversion ou christianisation ? Terre et baptême dans les relations entre Slaves et Bavarois à l’époque carolingienne ». qui figure dans la Conversio Bagoariorum et Carantanorum. un texte rédigé à Salzbourg vers 870 pour défendre les prérogatives de ce siège en matière de mission en terre slave (et la délimitation du territoire diocésain et des compétences juridictionnelles des évêques. s’avère d’autant plus essentielle que ces moines contribuèrent grandement à l’établissement de critères dont héritèrent les âges suivants. mais d’une bonne partie de l’Europe orientale. des contacts entre le saint et les Saxons assemblés à Marklo dans le récit originel est tronquée par une dénonciation traditionnelle du paganisme. il consacra son intervention. dans sa communication intitulée : « Wahrnehmen und Wissen : Christen und ‘Heiden’ an den Grenzen des Frankenreichs im 8. intitulée : « ’Christianisierung’ und Sozialwandel am germanisch-slawischen Rande im 10. en l’occurrence. Cette relecture des témoignages concernant l’introduction du christianisme chez les Tchèques et les Polonais souligna ainsi la diversité des interprétations auxquelles on peut se livrer quant à la persistance ou à la transformation de certaines pratiques. au début du Xe siècle : la description. auxquelles il n’avaient généralement pas été confrontés. non seulement de la Scandinavie. qui s’ensuivaient) . les références culturelles d’un groupe – en l’occurrence. mais aussi sous celui de l’« inculturation ». Quant à Stanisław Rosik (Wrocław). encadraient l’écriture de l’histoire chez les auteurs carolingiens » et qui. tirent leur origine de l’historiographie produite dans la Germanie septentrionale des IXeXIIe siècles. l’action de l’évêque Otton de Bamberg en Poméranie. une critique serrée de ce document tend à montrer que le baptême des Carinthiens « doit être rangé dans la catégorie des thèmes littéraires qui.

combinant – par exemple – onomastique et archéologie. des concessions. Du recours à l’archéologie. la réception du christianisme – tel le ralliement des Frisons à la foi des Francs – pouvait receler une dimension éminemment politique. des adaptations étaient nécessaires (comme le rappela Philippe Depreux en introduction : les usages des Francs eux-mêmes n’étaient d’ailleurs peut-être pas en tout si éloignés de ceux de leurs voisins. entre autres choses. tant par rapport au Saint-Siège que par rapport au pouvoir ottoman à partir de 1463. du temps de Charlemagne). économique. ainsi que l’illustre. On put ainsi voir combien les Mendiants jouèrent un rôle fondamental de relais. Ces décisions politiques n’étaient pas sans incidence sociale : en étudiant la « Naissance du christianisme hongrois ». présentant ainsi les travaux réalisés au sein de son équipe de recherches. infléchit (de manière exceptionnelle dans le cadre de cette rencontre) la question des rapports entre les sociétés. le recours au serment par les armes tant de leur part que de celle des Danois. pour passer des contacts « culturels » à la colonisation à proprement parler. Comme on peut s’en rendre compte. rappela le rôle de citadelle (en tant qu’ancienne place militaire et que bastion du christianisme pour l’élite politique frisonne) que joua Utrecht. Dès lors que diverses sociétés voulaient entretenir des relations – ou ne pouvaient faire autrement –. par exemple. en Bosnie – où pesait toujours le soupçon de l’hérésie bogomile – . Enfin. à certains égards véritablement « politique ». les témoignages d’une certaine catégorie d’individus (pour l’époque et dans le cas qui nous intéressaient ici : des clercs) sur eux-mêmes. à propos de « L’évolution des entreprises missionnaires et de leur perception d’après les sources hagiographiques relatives à Utrecht ». notamment en ce qui concerne la chronologie (les évolutions n’étant peut-être pas aussi radicales que certains modèles peuvent le laisser penser). Les questions auxquelles renvoient les contributions de cette rencontre sont essentiellement celles de l’assimilation politique (avec le risque d’interpréter comme transformation sociale ce qui relève en fait de la mise en place de structures) et les questions relatives à l’histoire des représentations. encore faut-il essayer d’en distinguer les raisons. mais devraient être modulée de manière assez sensible. Il souligna à ce propos l’importance d’une démarche interdisciplinaire. Deux communications dépassaient le cadre du « premier » Moyen Âge. Se fondant sur des sources plus tardives. ainsi que le souligna Béatrix Dumont (Paris / Orléans) qui. une « surchristianisation » qui provoqua la révolte païenne de 1046. Gergely Kiss (Pécs) mit en évidence la véritable surenchère dans le zèle déployé pour christianiser la société hongroise sous le règne de saint Étienne (1001-1038). Le contexte nous échappe trop souvent. car les sources écrites sont. l’intervention de Matthias Hardt (Leipzig) sur : « Eroberung. Si l’on s’accorde à souligner la réceptivité des élites païennes au modèle chrétien (politique. dont la christianisation fut un préalable à la production de documents écrits. mais on ne saurait attendre trop : les sources sont et demeurent fragmentaires. Les formes de la colonisation et la morphologie qui caractérise villages et terroirs fondés ou remodelés à la faveur de cette « poussée vers l’Est » sont assez bien connues. en étudiant l’attitude de Clotaire II à l’égard de « La conversion des Warasques du Jura au VIIe siècle : mission ou christianisation ? ». on peut certes espérer quelque enrichissement de la problématique et de nos connaissances. religieux). Christianisierung und Veränderung der Kulturlandschaft in der Germania Slavica ». c’est en bonne partie à la société dont venaient les missionnaires que l’étude des témoignages du haut Moyen Âge sur les sociétés en marge de la Chrétienté nous renvoient. Il convient . C’est ainsi qu’Antal Molnár (Budapest) proposa une étude sur un phénomène inverse à celui étudié lors de cette rencontre – mais complémentaire pour la compréhension de certains phénomènes d’adaptation –. à savoir l’impact des bouleversements politiques sur les comportements au sein d’une société chrétienne : « Entre culture occidentale et culture orientale : les Franciscains de Bosnie aux XIIIe-XVIe siècles ». Les aspects économiques furent délibérément relégués à un second plan. de par la nature essentiellement textuelle de cette approche concernant des communautés somme toute proto-historiques.Bruno Dumézil (Paris). pour mettre l’accent sur les phénomènes religieux : il en ressort qu’on peut s’interroger sur le caractère radical avec lequel la « distinction mosaïque » s’imposa aux sociétés du haut Moyen Âge. Die Herzöge aus der Dynastie der Przemysliden und der Piasten als ‘wahrhaft’ christliche Herrscher »). Andrzej Pleszczynski (Lublin) évoqua la manière dont le positionnement politique des princes voisins de l’Empire ottonien put trouver son expression dans leurs actes de dévotion (« Der Eifer der Neubekehrten. L’histoire de la mission serait-elle un miroir de l’Occident ? Peut-être. Inversement. montra clairement combien des mobiles d’ordre politique ou géopolitique pouvaient présider à une entreprise « missionnaire ».

dès lors. ce qui déclencha leur conversion et les progrès de la foi chrétienne dans la région (il ne devait donc apparemment s’ensuivre aucun bouleversement au sein de la société slave. Il s’ensuit qu’il est particulièrement difficile d’apprécier à quel degré on peut démêler la confrontation religieuse du contact économique et des conditions géopolitiques. le lendemain. Quel est. comment la conception du travail put revêtir une dimension à la fois positive et négative. Magali Coumert (Paris). « Les tendances récentes de la recherche franco-allemande en histoire sociale du haut Moyen Âge occidental – Neuere Tendenzen der deutsch-französischen Forschung in Sozialgeschichte des Frühmittelalters » (8 juillet 2004) Dans le prolongement de la journée d’études présentée ci-dessus eut lieu. Gesine Jordan (Sarrebruck). Jens Potschka (Göttingen). Régine Le Jan (Paris). sont en passe d’achever un travail de recherches portant sur l’histoire sociale du haut Moyen Âge occidental et à contribuer ainsi à la diffusion de l’information sur les tendances récentes de la recherche dans ces deux pays. en faisant poser devant eux du pain.de rappeler que. François Menant (Paris). Nicholas Brousseau (Paris / Göttingen). Jürgen Strothmann (Paderborn). Cette étude. Brigitte Kasten (Sarrebruck). envoyé par Arn de Salzbourg en Sclavinia. Nicolas Bourgeois (Paris). Tout d’abord Fabian Rijkers (Düsseldorf/ Marbourg) présenta sa thèse. Michel Lauwers et Dominique Iogna-Prat : « Odon de Cluny († 942) : réformes et ecclésiologie monastiques ». Márta Kondor (Pécs). par opposition aux actes de la pratique qui n’apparaissent qu’une fois l’intégration accomplie. l’impact du sacré ? En quoi l’adoption de la foi peut-elle être à l’origine de bouleversements profonds ? Bref. En analysant l’action . la documentation sur laquelle nous nous fondons pour aborder cette question est essentiellement constituée par des sources qu’on pourrait qualifier de manière générique de « textes de propagande ». Chaque exposé fut suivi d’un commentaire effectué par un jeune chercheur venant d’un autre pays. à l’occasion d’une anecdote concernant le prêtre Ingo ? Ce chorévêque. de la viande et des pots noirs de saleté contenant du vin. puisque la nouvelle foi fut annoncée à son ensemble et que tous sont réputés s’y être ralliés). Leszek Zygner (Göttingen). Isabelle Rosé (Nice) présenta ensuite la thèse qu’elle réalise sous la direction de MM. Ingo répondit qu’ils n’étaient pas dignes de communier avec ceux qui avaient été baptisés. aux confins de la théologie et de l’histoire. Philippe Cordez (Paris). Aux maîtres qui s’étonnaient de la manière dont ils étaient traités. Le commentaire fut assuré par Bruno Dumézil (Paris). Pierre Bauduin (Caen). Jörg Jarnut (Paderborn). Sébastien Rossignol (Göttingen). un atelier de doctorants destiné à favoriser les échanges entre de jeunes historiens qui. Michael McCormick (Harvard). Hedwig Röckelein (Göttingen). Hans-Werner Goetz (Hamburg). il ordonna d’offrir à boire aux esclaves dans des gobelets dorés ». Laurence Leleu (Paris). Yves-Mary Verhoeve (Paris). Au contraire. Sylvie Joye (Paris/Lille). Julien Demade (Göttingen). le christianisme est-il aussi « subversif » – pour inverser l’expression osée par Jacques Ellul (La subversion du Christianisme. pour le haut Moyen Âge. dirigée par Mme Verena Postel : « Bewertungen und Vorstellungen von Arbeit in der frühmittelalterlichen lateinischen Auslegung der Schöpfungsgeschichte : eine Projektbeschreibung ». Paris : Seuil. Isabelle Rosé (Nice). Matthias Staub (Göttingen). mais également au-delà. Fabian Rijkers (Marbourg). dont le commentaire fut assuré par Jens Schneider (Paderborn). 1984) que l’auteur de la Conversion des Bavarois et des Carinthiens pourrait nous le faire croire. Ont participé à cette rencontre : Matthieu Bauduin (Lille). en France et en Allemagne. afin qu’ils prissent ainsi leur nourriture. Cette menace pour l’ordre social que recèle le discours prêté au clerc de Salzbourg pouvait-elle vraiment être prise au sérieux ? La question reste posée. vise à mieux comprendre. « agit … de façon admirable : … il convoqua à sa table les esclaves croyants et fit asseoir leurs maîtres infidèles devant la porte comme des chiens. pour mieux mettre en évidence les diverses traditions historiographiques dont les uns et les autres sont les héritiers et l’originalité de chaque projet. en se fondant sur les traités exégétiques du récit de la Création rédigés durant l’Antiquité tardive (où l’œuvre de saint Augustin constitue une référence essentielle) et le haut Moyen Âge (jusqu’à la fin du VIIIe siècle).

dont Sébastien Rossignol (Göttingen) fit le commentaire.) » .et l’œuvre de cet abbé de Cluny ainsi que la manière dont elles sont présentées dans le corpus documentaire le concernant. d’autre part. entre. en s’associant à la communauté monastique. des commentaires permirent des discussions nourries et de fructueux échanges. Nicholas Brousseau (Paris / Göttingen). Jh. ». il s’avère possible de distinguer comment la propre réflexion ecclésiologique d’Odon et les contingences politiques conditionnèrent sa conception des rapports entre les divers pouvoirs. Matthias Hardt (Leipzig). (Paris/ Lille) présenta un chapitre de la thèse qu’elle prépare sous la direction de Mme Régine Le Jan : « Le mariage par rapt au haut Moyen Âge : l’exemple des lois barbares ». La distinction entre les divers ordres de la société est une question souvent traitée d’un point de vue théorique. Katrinette Bodarwé (Göttingen). et de la nécessité d’un consensus au sein de l’élite politique et. d’une part. und 9. d’autre part. Gesine Jordan (Sarrebruck) présenta sa thèse. Ont participé à cette rencontre : Pierre Bauduin (Caen).) ». d’une part. Jörg Jarnut : « Konflikt und Anpassung. Geneviève Bührer-Thierry (Marne-laVallée / Auxerre). L’étude de la migration des Vandales depuis les confins nord-orientaux de l’Empire romain. sur plusieurs milliers de kilomètres en l’espace d’une seule génération. des relations entre le roi et les réseaux familiaux qui le soutiennent. Un autre exemple classique – ayant quant à lui donné lieu à une production littéraire – est offert par les Lombards. dont le commentaire fut assuré par David Fraesdorff (Hambourg). « germaniques » et romaines. Bien que l’intérêt des textes normatifs soit indéniable. Essai sur l’ethnogenèse d’un peuple et la construction d’un royaume barbare (VIe–VIIIe s. et. Gergely Kiss : « Rom und die Peripherie des westlichen Christentums von der Zeit Gregors VII. il convient de relativiser leur importance en les considérant comme un miroir parmi d’autres des pratiques sociales. Béatrix Dumont (Paris). des présentations orales. mais les actes de la pratique permettent également d’appréhender cette question. dont le cas des Vandales illustre l’importance du déplacement. Dans le cas des territoires septentrionaux. Le commentaire de cet exposé mettant en évidence le rôle des alliances matrimoniales et proposant une réflexion sur les éléments constitutifs de l’identité lombarde et la perception de la frontière fut commenté par Claudia Giefers (Paderborn). Sylvie Joye. dans un contexte très différent. comme l’illustrent les donations faites par des laïcs à Saint-Gall et à Redon pour assurer leur subsistance et leur salut. susceptible d’influencer l’historien quant aux critères qu’il définit et aux traditions qu’il reconnaît dans le processus conduisant à la formation d’un peuple et à la création d’une identité propre. à l’origine des institutions médiévales. Jürgen Strothmann (Paderborn) présenta ensuite son projet d’habilitation. en Europe. Laien und Kleriker in den Klöstern St. commenté par Thomas Lienhard (Tours) : « Karolingische Staatlichkeit : Der Staat der Korporationen und ihrer Verbände ». dirigée par Mme Brigitte Kasten. Il relance ainsi le débat sur les diverses manières dont on peut envisager l’histoire du pouvoir public. Julien Demade (Göttingen). Jörg Jarnut . jusqu’à l’établissement de leur royaume en Afrique permet de reconsidérer la question de l’ethnogénèse des peuples « germaniques » de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge en se fondant sur un cas précoce (datant du début du Ve siècle) et. Guido Berndt (Paderborn) présenta la thèse qu’il prépare sous la direction de M. Studien zu Migration und Ethnogenese der Vandalen ». étudié par Yves Mary Verhoeve (Lille/ Paris). La rencontre s’acheva par la présentation de la thèse que Márta Kondor (Pécs) prépare sous la direction de M. surtout. Gallen und Redon (8. en évoquant : « Ein Platz am heiligen Ort. dans le cadre de la thèse qu’il prépare sous la direction de Mme Régine Le Jan : « Les Lombards et les autre. cet exposé fut commenté par Laurence Leleu (Paris). Hans-Werner Goetz (Hambourg). exempt de toute production historiographique propre. L’étude de la correspondance des papes Grégoire VII et Alexandre III permet de mettre en évidence une évolution quantitative et qualitative de l’intérêt que la papauté portait aux périphéries de l’Occident chrétien aux XIe et XIIe siècles. bis Alexanders III. la politique papale prit appui sur les souverains et s’efforça de compenser par des relations « diplomatiques » l’inexistence de traditions qui marquent les relations avec les territoires du pourtour méditerranéen. La qualité. une analyse qui ressortit de l’histoire du droit et des institutions et souligne l’héritage des traditions juridiques romaines. dont ils ne permettent pas de démêler la nature des diverses influences. Philippe Cordez (Paris). une approche mettant en exergue l’importance du corps social. Caspar Ehlers (Göttingen). dont Magali Coumert (Paris) fit le commentaire. Nicolas Bourgeois (Paris). qui pour la plupart synthétisaient la version écrite mise auparavant à la disposition des participants.

Andrzej Pleszczynski (Lublin). Rapport établi par Philippe DEPREUX . Brigitte Kasten (Sarrebrück). Gergely Kiss (Pécs). Hedwig Röckelein (Göttingen). Charles Mériaux (Reims). Régine Le Jan (Paris). Steffen Patzold (Hambourg). Michael McCormick (Harvard). François Menant (Paris).(Paderborn). Thomas Scharff (Brunswick). Stanisław Rosik (Wrocław).

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