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Introduction à l’écologie industrielle _UVED2008

Cadre conceptuel

Par contraste avec le schéma précédent illustrant l'approche « end of pipe », ce schéma fait ressortir la vision de l'écologie industrielle, qui considère le système industriel non pas comme séparé de la Biosphère, mais comme en faisant intégralement partie. Plus précisément, l'écologie industrielle considère par analogie le système industriel comme un « écosystème » d'un type particulier. L'idée essentielle ici est de concevoir le système économique comme un sous-système de la Biosphère, dont il reste fondamentalement dépendant. Alors que l'approche « end of pipe » se concentre sur le traitement d'une partie des « Output » (les déchets), l'écologie industrielle s'intéresse à la totalité des flux (et stocks) de matière et d'énergie transitant dans le système économique, y compris les translocations. Les translocations sont des flux de ressources qui ne sont pas comptabilisés dans les comptabilités des entreprises ou des collectivités publiques, car ils ne font pas l'objet de transactions commerciales : par exemple l'eau d'irrigation, les résidus stériles d'exploitation minière, les mouvements de terre et de roches liés à la construction d'infrastructures routières, etc. Bien que n'ayant pas d'existence économique, les flux de translocations peuvent avoir des impacts environnementaux importants.

Une idée ancienne
L'idée de l'écologie industrielle est assez ancienne, on en trouve des traces dans la littérature scientifique au moins à partir des années 60. Toutefois, jusqu'au début des années 90, il ne s'est agi que de mentions isolées et sporadiques. Le domaine de l'écologie industrielle proprement dit a émergé suite à la publication d'un article dans le numéro spécial du mensuel Scientific American (Pour la Science, en français) consacré au développement durable.

Ce numéro spécial contenait un article écrit par deux responsables de la recherche environnementale chez General Motors, Robert Frosch et Nicholas Gallopoulos. Dans cet article, les auteurs insistent sur la nécessité d'élaborer un nouveau modèle d'activité économique, ce qui les amène à introduire formellement le concept d'écosystème industriel

Le concept d'écologie industrielle
Citation

" Le modèle simpliste actuel d'activité industrielle doit être remplacé par un modèle plus intégré: un écosystème industriel. " R. Frosch et N. Gallopoulos, General Motors Laboratories, Pour la Science, novembre 1989 Dans leur article de 1989, Robert Frosch et Nicholas Gallopoulos rappellent que le modèle actuel d'activité économique n'est pas viable à long terme. En effet, sous sa forme actuelle, le système industriel fonctionne essentiellement avec des flux de ressources linéaires, qui s'ignorent mutuellement, selon le modèle: « extraction des ressources - utilisation dans le système économique (usage souvent éphémère) - rejet dans l'environnement (déchets) ». L'écologie industrielle, à l'image des écosystèmes naturels, propose une vision très différente : celle d'un système permettant un usage des ressources quasiment cyclique, en partie grâce au recyclage, mais aussi, et surtout, grâce aux interactions complexes entre les différents agents économiques (cascades de valorisation de ressources entre différentes entreprises, etc.). C'est donc un changement radical dans la manière de considérer l'activité économique, du moins dans la perspective du système industriel tel qu'il se développe depuis deux siècles. A ce stade, il importe de bien clarifier les deux termes de l'expression « écologie industrielle » :
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« Ecologie » renvoie ici à l'écologie scientifique, d'une manière générale: la science qui étudie le fonctionnement des systèmes vivants sur Terre. Quant à l'adjectif « industriel » il désigne ici l'ensemble des activités économiques dans le cadre du système industriel. Par conséquent, l'agriculture, le tourisme, les soins médicaux, les secteurs bancaire et financier, les télécommunications, etc., font partie intégrante de l'écologie industrielle. L'expression « industrial ecology » vient de l'anglais américain, où le terme « industrial » a un sens beaucoup plus large qu'en français (l'acception moderne d'«industriel», en français, désignant le secteur manufacturier, le «secteur secondaire»). Dans sa définition la plus générale, l'écologie industrielle consiste donc à reconceptualiser l'ensemble des activités économiques dans le cadre de la société industrielle, à la lumière de l'écologie scientifique. Outre son aspect théorique, l'écologie industrielle a un but opérationnel: faire évoluer le système industriel, non viable à terme sous sa forme actuelle, en s'inspirant du fonctionnement de la Biosphère - et en tenant pleinement compte des limites qu'elle nous impose.

La Biosphère comme source d'inspiration
Si l'on cherche un nouveau modèle conceptuel pour repenser l'économie et orienter l'évolution du système industriel, le modèle le plus approprié dont on puisse s'inspirer est sans doute la Biosphère elle-même, puisqu'il s'agit du seul système vivant complexe que nous connaissons (sous réserve de découverte de systèmes vivants sur d'autres planètes), et qui a fait ses preuves depuis fort longtemps... Toutefois, une remarque de nature épistémologique s'impose. En effet, il convient de rappeler qu'il n'existe pas, dans la nature, d'écosystème ! La notion d'écosystème est une représentation, un concept théorique, patiemment élaboré depuis la fin du 19e siècle, le terme même d'écosystème étant véritablement consacré dans la littérature scientifique à partir de 1932.

Il importe donc de garder à l'esprit que le concept d'écosystème industriel est une analogie, à ne pas prendre au pied de la lettre.

L'éventail des écosystèmes
Dans la perspective de l'écologie industrielle, il ne s'agit pas d'opposer de manière tranchée les écosystèmes naturels d'un côté, et les écosystèmes industriels de l'autre. Il convient plutôt d'envisager un continuum, allant des écosystèmes plus ou moins « naturels » (relativement peu perturbés par l'Homme) jusqu'aux écosystèmes anthropisés (l'agriculture industrielle), voire entièrement artificiels (l'exemple extrême étant une station spatiale).

Les spécificités de l'écologie industrielle
Cercle avec différents noms et terminologies, le cercle représentant le DD Ce schéma représente ce que l'on pourrait appeler le « Grand bazar » du développement durable. Depuis une quinzaine d'années, en effet, les formules et les concepts faisant référence au développement durable se sont multipliés: « éco-efficacité », « émissions zéro », « production propre », « analyse du cycle de vie », etc. Cette multiplicité d'appellations découle du fait que chaque milieu professionnel s'est approprié, à sa manière, la notion très générale de développement durable:« éco-efficacité » pour les grandes entreprises regroupées au sein du Conseil mondial des entreprises pour le développement durable (WBCSD, World Business for Sustainable Development), « Production plus propre » (Cleaner Production) initié par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), etc. Dans ce contexte, la question se pose : comment caractériser et situer l'écologie industrielle ? D'une manière générale, trois éléments permettent de caractériser l'écologie industrielle par rapport aux autres approches de l'environnement et du développement durable: 1. L'écologie industrielle propose un cadre conceptuel à la fois rigoureux (par le biais de l'écologie scientifique) et très large (l'évolution de la vie sur Terre !). 2. Dès son origine, l'écologie industrielle s'est conçue comme une stratégie opérationnelle, cherchant à coupler un cadre conceptuel à une volonté de mettre pratiquement en oeuvre le développement durable à grande échelle. 3. L'écologie industrielle est par essence une stratégie collective et coopérative: son échelle d'intervention est le système (urbain, régional, global). Ceci implique notamment que les différents agents économiques (entreprises, collectivités publiques, consommateurs individuels) coopèrent entre eux pour assurer un usage optimal des ressources.

Le paradigme biomimétique de l'écologie industrielle
Comme le fait observer une philosophe des sciences, Bernadette Bensaude-Vincent (*), la démarche intellectuelle de l'écologie industrielle se développe sur quatre plans : 1. Une démarche d'artificialisation de la nature, dans la mesure où elle considère la « nature » (y compris le système industriel) sous l'angle des concepts sophistiqués de l'écologie scientifique; 2. Parallèlement, et de manière corollaire, cette démarche consiste à « naturaliser » l'économie, en arrimant l'ensemble des activités économiques (sans exception) aux ressources provenant de la Biosphère; 3. Cette « naturalisation » de l'économie s'accompagne d'une nouvelle méthode de comptabilité: le métabolisme industriel, qui établit le bilan complet de l'ensemble des flux et stocks physiques (matière et énergie) consommé par le système industriel, permettant ainsi de comprendre de manière pertinente le fonctionnement (la « physiologie ») du système industriel; 4. L'objectif visé, dans la perspective évolutive de l'écologie industrielle, n'est pas un état idéal, final, statique, qui s'appellerait « développement durable », mais un équilibre dynamique, visant une co-évolution viable du système industriel avec la Biosphère.

Pour en savoir plus
Source : http://www.e-sige.ensmp.fr http://www.e-sige.ensmp.fr/uved/ecologieIndustrielle/

Pour en savoir plus, on peut consulter les deux principaux sites de référence sur l'écologie industrielle :

Le site du Journal of Industrial Ecology. Cette revue scientifique de haut niveau, hébergée par l'Université de Yale (USA) et publié par les presses du MIT, paraît trois fois par an (y compris un numéro double) depuis 1997. http://mitpress.mit.edu/JIE Plus récemment, en 2001, la Société internationale d'écologie industrielle a vu le jour (ISIE). Cette société académique regroupe la quasi totalité des chercheurs actifs ou intéressés par l'écologie industrielle. http://www.is4ie.org/