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"we must stop downsizing our workforce and start downsizing our impact on the planet - while still making a profit (if you like that sort of thing).1

DE LA PRODUCTIVITE DU TRAVAIL ET DE L'EMPLOI ENVIRONNEMENTAL END OF PIPE A LA PRODUCTIVITE DES RESSOURCES ET AUX EMPLOIS DE LA DURABILITE

DE L'ECOLOGIE INDUSTRIELLE
des liaisons-clés pour la mise en œuvre de la durabilité globale et des tâches locales du développement durable
une économie globale, décentralisée, coopérative, mise en œuvre localement sur des territoires d' éco-projets avec des énergies entrepreneuriales, une ingénierie sociale, des synergies informationnelles mises en partenariat et en réseau interactif ouvert avec des liaisons éco-industrielles locales mises en boucle sur la base d'une éthique de la réciprocité

Burnside Industrial Eco Park; Eco-Efficiency Centre
Halifax, Nouvelle Ecosse-Canada

Phillips Eco-Enterprise Center - Green Institute
Minneapolis-Minnesota- Etats -Unis

La symbiose industrielle de Kalundborg
Danemark

Pré-étude de faisabilité d'un éco-parc industriel
Grande-Synthe - Nord -Pas de Calais- France

L'association de lutte contre le gaspillage (ALGC)
Poligny-Jura-France

New Generation Software Systems Incorporated
New York, Etats Unis

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"nous devons arrêter de minimiser la masse de main d'œuvre et commencer plutôt à minimiser la masse de nos impacts sur la planète - en faisant encore un bénéfice (si vous aimez ce genre de choses )" (David R. Brower, Alliance for Sustainable Jobs)

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ECOLOGIE INDUSTRIELLE, ECONOMIE SOLIDAIRE ET DURABILITE

Le développement durable soulève la question quantitative et qualitative des flux et des stocks de matière et d’énergie prélevés ou dissipés et l'accompagne d’une double solidarité éthique, horizontale avec les plus démunis, et verticale entre générations, conditions mêmes de sa pertinence scientifique et de sa réalisation. L'écologie industrielle, qui décrit le système industriel comme une configuration de liaisons dynamiques de matière, d'information et d'énergie, ouvre un nouveau champ d'investigation. Celui-ci permet de mettre pleinement en évidence l'aspect crucial du contenu qualitatif du travail et de la nature de l'emploi local de la durabilité.

Le développement des liaisons éco-industrielles offre un septième lien directionnel à construire pour la mise en œuvre de la durabilité et la création d'emplois du développement durable. Celui-ci complète les six autres liaisons directionnelles dont la nécessité fondamentale et la place majeure dans la durabilité ont été analysés et étayées :
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l'économie solidaire et ses porteurs d'énergies civiles locales, la territorialisation des politiques publiques et les territoires de réseaux (numérique et analogique), le partenariat décisionnel de projets entre acteurs interactifs locaux, la promotion d'un intersecteur de services durables axés sur la mobilité personnelle (numérique et analogique), la transversalité des tâches conceptuelles et relationnelles et la polyvalence des fonctions organisationnelles, l'échange croisé et la transparence de l'information publique,

Le développement durable est l’organisation stratégique des éléments qui, de manière transversale, apportent des réponses qui se complètent les unes les autres sur chacun des quatre champs, économie, écologie, social et territorial, et s’avèrent, en dernière instance, compatibles avec la valorisation locale de l’environnement et la préservation planétaire de l’écosystème. Envisagée comme l’économie du long terme, le développement durable imposait à la recherche de porter attention à l’objet et au contenu systémique des activités et au caractère transversal et social du travail. L’emploi de la durabilité ne pouvait donc être considéré comme une entrée mais comme produit et moyen de la durabilité, elle-même fondée sur l'éthique de la réciprocité et sur le développement des liaisons éco-industrielles.

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L'écologie industrielle, avec l'économie solidaire, détient les clés de la durabilité. L'une et l'autre établissent, au regard du devoir de durabilité, leur pertinence scientifique, éthique et pratique, par le recours commun aux principes de la réciprocité, de la proximité ("virtuelle" ou "physique"), de l'autonomie locale, de la confiance, de la responsabilité sociale, de la circulation croisée de l'information et de l'interrelationalité, pour l'une, systémique et intégrée, et pour l'autre, globale et volontaire. L'écologie industrielle aboutit à une société de l'utilisation ("functional économy") et son articulation avec l'économie solidaire permet de lui donner une finalité éthique et sociale. L'approche volontaire et plus «conventionnelle» de l'économie solidaire n'est pas l'approche organisationnelle ou structurelle propre à l'écologie industrielle. Elle permet spécifiquement la mise en valeur et la mise en synergie volontaire des énergies civiles, locales ou/et en réseaux, sur des fins communes mais non marchandes. L'approche organisationnelle de l'écologie industrielle, doit s'accompagner de l'objectif individuel d'éco-efficience, comme moyen et outil pour conduire les entreprises à intégrer, de manière volontaire, des démarches ensemblières et collaboratives "over the fence" dans leur organisation et leur gestion et à créer les liaisons eco-industrielles permettant la dématérialisation systémique de l'activité économique considérée en l'ensemble de ses expressions et fonctions.

Une économie de l'organisation, une économie de partenariats locaux de projets et une économie éthique du lien peuvent permettre l'éco-efficience des entreprises, la viabilité environnementale globale et l'équité : une économie du développement de la durabilité. Elles peuvent conduire à rééquilibrer les deux pôles dominants de la rationalité économique, le plan et le marché, à réduire le volume et à maîtriser la composition des stocks et des flux de matière, d'énergie et de déchets ultimes, à faire glisser le centre de gravité économique de la production à la gestion, de l'exploitant à l'usager, de l'énergie fossile à l'énergie informationnelle et à valoriser les énergies civiles locales, le travail humain, le patrimoine environnemental local et la propulsion douce. En permettant une gestion optimale des ressources et en requérant la coopération, l'information et les synergies systémiques, l'écologie industrielle fait prévaloir l'ingénierie humaine et le capital immatériel sur la machinerie technologique et requalifie, en masse et en contenu, le travail, mais comme valeur, moyen et produit social de la durabilité. La mise en oeuvre d’un modèle global et intégré du système industriel, qui subordonne l’approche environnementale “end of pipe” à une perspective plus vaste et met au point des systèmes de production, dont les impacts sur l’environnement seraient d’un niveau acceptable et dont les performances économiques seraient meilleures, exige notamment la coopération "over the fence" entre entreprises, la mutualisation d'infrastructures, la dématérialisation et le décloisonnement de fonctions productives.

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Cloisonnée et sectorialisée, posant l’industrie comme hors nature, l’approche environnementale “end of pipe” est incrémentale, coûteuse, pernicieuse et inéquitable. Les emplois environnementaux qu'elle dégage ne sont pas des emplois du développement durable, même si certains d'entre eux peuvent être utiles comme emplois pour le développement durable2. Promouvoir une gestion économe des ressources conduit à accroître la dématérialisation des procédés de fabrication, des produits et des organisations, à valoriser les déchets comme des ressources, à boucler les cycles de matière et d'énergie et minimiser les émissions dissipatives et enfin à décarboniser l’énergie. L'utilisation intensive des ressources, la substitution de la productivité des ressources à celle du travail, autre point commun avec la démarche de l'économie solidaire3, débouche sur une économie de la richesse d'utilisation et fonde l'écologie de la durabilité. Un service n'étant pas stockable, l'écologie industrielle, tout comme l'économie solidaire, accroît donc, dans une société d'utilisation, le volume des emplois, la mobilité des fonctions et la qualification du travail dont elle développe le sens de la responsabilité sociale, de la relation interindividuelle et de l'initiative personnelle. L'écologie industrielle peut donc offrir, parallèlement à la recherche de la qualité environnementale totale des activités économiques, les conditions fondamentales d'une double équité, spatiale et temporelle, horizontale et verticale par ses effets sur le contenu, la place et le rôle du travail humain dans la production de la richesse d'utilisation, ainsi découplée de l'accroissement des flux de matières et d'énergies.

Des exemples significatifs traduisent les démarches, les méthodes, les applications et les résultats de l'écologie industrielle et montrent l’intérêt des expériences d’écologie industrielle. En France, comme le donne à voir la liste des cas rapportés, les cas d’expériences sont à l'état embryonnaire :

Les réalisations concrètes et transposables d'écologie industrielle urbaine et d'insertion sociale d'une association sans but lucratif, le "Green Institute", dans un secteur de la ville de Minneapolis, aux Etats Unis, affligé par la détresse sociale. La construction du "Phillips Eco-Entreprise Center" matérialise une longue bataille que l'association a conduite avec la population contre la mise en place d'une usine de stockage et de transfert de déchets en centre urbain. Les tentatives transposables et les avancées d'une association partenariale, indépendante et sans but lucratif, l' "Eco-Efficiency Centre" de créer un

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voir par exemple étude cas sur l'assainissement et la protection de l'eau voir études de cas sur la prévention des risques souterrains et sur le rôle de l'association Espaces en Val d'Oise

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écosystème industriel dans un vaste parc industriel déjà existant, "Burnside Industrial Park " à Halifax au Canada, Le modèle industriel symbiotique de Kalundborg au Danemark, élaboré progressivement et de manière inintentionnelle, entre connaissances amies autour d'un flux d'énergie et de chaleur, Une pré-étude d'écologie industrielle, dont l'exemple est à suivre, dans une zone industrielle établie dans les Deux Synthes, commandée par l'ancienne municipalité avec l'aide de Gaz de France, une première pour la France, L’association de lutte contre le gaspillage, qui emploie plus de 90 personnes dans le Jura, qui accomplit une œuvre sociale et écologique répondant aux besoins de la population locale, en développant la filière de la réutilisation au profit de l'insertion sociale. Une entreprise spécialisée dans le démontage, la réparation et la refabrication de matériels informatiques usagés, "New Generation Software Systems Incorporated", créée en 1995 aux Etats Unis par un français, ancien cadre du secteur public et ancien membre de l'association EPIC, qui a réussi en 5 ans à disposer de 12 % du marché dans cette filière sur la ville de New York..

Ces cas instructifs décrivent l’apport essentiel de l’écologie industrielle à la mise en pratique du développement durable. Ils montreront la singularité et la pluralité des formes des liaisons éco-industrielles mais aussi mettront en évidence les conditions de leur transposabilité, de leur mise en application et de leur développement. Ils permettront d’illustrer les articulations systémiques entre les activités, les formes locales d'organisation de l’écologie industrielle, la recomposition locale des tâches et des emplois, les fonctions sociales et les stratégies partenariales que requiert la mise en pratique du développement durable.

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Reconnaissances pour leurs informations et leurs éclairages à :

Elisabeth Cottard, maire adjointe chargée de l'action sociale à la mairie de Fécamp, France Yann Fradin, directeur de l'association Espaces et président adjoint de l'Institut d'écologie en milieu urbain (IDEMU) François Garnier, éleveur bio, GAEC Romé, Jura, France et président d'une association paysanne pour le
développement durable Pierre Grosset, directeur de l'association de lutte contre le gaspillage (ALCG) à Poligny, Jura France Claire Henry, ingénierie sociale du développement territorial, Foug, Jura, France Danielle Polliautre , présidente de l'association EDA et maire adjointe à la mairie de Lille Jean Claude Ray, Délégué général de l'Association Bulle Bleue. Paris. France Daniel Truy, ancien chargé de mission de la Mission pour un Développement Durable à la mairie de Grande Synthe, France Thierry Vignac, directeur de l'association d'insertion sociale Espace Emplois, Fécamp, France

ET Raymond Côte, professeur à "Dalhousie University’s School for Resource and Environmental Studies" et directeur de "Eco-Efficiency Centre" in Dartmouth, Nova Scotia., Canada Süren Erckman, directeur de l'ICAST, Institut pour la communication et l'analyse des sciences et des technologies.Genève, Suisse André Joyal, professeur à l'Université du Québec, Les Trois Rivières, Canada Ed. Cohen Rosenthal, directeur de "Work and Environment Initiative" Cornell University, Ithaca, New York. et co-directeur de "United States National Center for Eco-Industrial" Ernest Noncent, ancien membre d'EPIC, directeur de "New Generation Software Systems Incorporated New York, Etats Unis Annie Young fondatrice du "Green Institute" à Minneapolis", association à but non lucratif située dans le Minnesota aux Etats Unis

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SOMMAIRE
PRESENTATION ECOLOGIE INDUSTRIELLE, ECONOMIE SOLIDAIRE ET DURABILITE I. L' ECOLOGIE DE LA DURABILITE, UNE ECONOMIE DES LIAISONS INTERACTIVES

p. 394 - 401 p. 402 – 417

1. L'écologie industrielle, une économie qui intègre et relie en boucle interactive 2. Des acteurs transversaux et des activités multidimensionnelles de la durabilité 3. une économie de l'usage
document : le métabolisme industriel du jus d'orange p. 410

4. Une économie fondée sur l'ingénierie humaine, la productivité des ressources se substitue à celle du travail
document : une pratique générale ancienne et populaire p. 413

5. une économie de l'organisation partenariale de la réciprocité 6. une économie des voisinages d'activités et des proximités souples et interactives pour les territoires . . . des territoires d'eco-projets, d'informations croisées et d'énergies civiles entrepreneuriales mises en réseaux

II. LES LIAISONS ECO-INDUSTRIELLES, DES RESEAUX TROPHIQUES

p. 418 - 430

La symbiose de Kalundborg, portées, limites et transférabilités méthodologiques 1.Un rêve partageable, transposable, durable ?
2. Ingéniosité de la culture classique matérialisée techniquement en un SYSTEME ECONOMIQUE BOUCLE. Un classique remarquable de L'ENTENTE économique mais sur un mode PRO-TERRITORIAL. Une activité classique, la manufacture du fossile, mais à effet PRO-ENVIRONNEMENTAL 3. La proximité facilite la confiance et la circulation de l'information mais elle ne doit pas être réduite à la distance réglementaire ou physique, elle est une dynamique de projets mis en réseaux (numérique ou analogique) 4. Les liaisons éco-industrielles redessinent et croisent des territoires, des territoires de réseaux, des réseaux de territoires. L'organisation, la coopération et les synergies informationnelles sont décisives dans les démarches de l'écologie industrielle. 5. Le décloisonnement des acteurs est plus qu'un problème technique d'ingénieur. Il est d'abord celui d'un choix politique et éthique 6. Lorsque la politique environnementale "end of pipe" se substitue aux énergies entrepreneuriales locales ou à la participation de la population locale aux solutions environnementales, la promesse des gains économiques réalisables est plus importante que l'appel au sens de la responsabilité environnementale

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III. LES LIAISONS ECO-INDUSTRIELLES DE LA DURABILITE

p. 431- 443

L' éco-pôle d'éco-activités, "Phillips Eco-Enterprise Center"
Minneapolis, Minnesota, Etats Unis 1."The Green Institute" Minneapolis, Minnesota, Etats Unis La gestion économe des ressources L'ingénierie sociale de l'éco-restructuration de la base industrielle urbaine

2. Les éco-activités fécondatrices de l'éco-pôle
Le "Re-use Centrer", Le "Déconstruction Warehouse" , Le "Green Ed" 3. "Phillips Eco-Entreprise Center" p. 438 un éco-centre opérationnel et pratique de l'écologie industrielle et de l'éthique de la réciprocité 90 % de ressources locales et 79 % de matériaux usagés et refabriqués 4. Bilan autonomie financière et aide publique performances sociales et économiques économie de matières et coopérations économie d'énergie, innovations de pointe et éducation environnementale 5. Transposabilité, essaimage p. 442 les éco-liaisons industrielles urbaines : confiance, information, réseaux de réciprocité, éco-pôle partenarial IV. L'ECO-RESTRUCTURATION INDUSTRIELLE

p. 444 - 451

Stratégies éco-industrielles de l'"Eco-Efficiency Centre" appliquées à un parc existant le "Burnside Industrial Park" au Canada
document : résultats d'enquête aux DEUX-SYNTHES (France) et à PORTLANDS (Canada) p. 446

1. Les tâches pilotes du Centre. 2. Les stratégies de l' "Eco Efficiency Centre"
V LES LIAISONS ECO-INDUSTRIELLES DE RESEAUX

p. 452 - 460

Stratégies éco-industrielles d'une entreprise de la durabilité : récupérer, désassembler, refabriquer, vendre un service Entretien : Les enseignements d'un entrepreneur français, créateur, aux Etats unis,
d'une entreprise et d'emplois de la durabilité
p. 454

les affaires en réseaux, la durabilité et l'emploi font bon ménage
VI. CONCLUSIONS – PROPOSITIONS

p. 461-462

• Mettre en place un Centre National du Développement des Liaisons de l'Ecologie Industrielle, • Introduire explicitement dans

comme cela a été fait aux Etats Unis depuis plusieurs années. les compétences des nouvelles communautés territoriales, l'aménagement et le développement territorial des liaisons éco-industrielles.

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éco-pôles d'éco-activités, parcs- éco-industriels réseaux d'éco-activités, éco-efficiences grappes d'éco-technologies et d'éco-entreprises clés alliances stratégiques en recherche-éco-développement

L' ECONOMIE DES LIAISONS INTERACTIVES, UNE ECOLOGIE DE LA DURABILITE
créer du lien développer les synergies informationnelles valoriser les déchets comme des ressources mettre en boucles les cycles de matière et d'énergie minimiser les émissions dissipatives accroître la productivité des ressources plutôt que celle du travail dématérialiser les systèmes et les activités, échanger les services décarboniser l'énergie

DES TACHES TRANSVERSALES DES EMPLOIS DE LA DURABILITE
conception, design, entretien, maintenance, démontage, réparation, réutilisation expertise en métabolisme des substances biophysiques des structures dématérialisation des activités éco-restructuration éco-technologies diététique industrielle qualiticien gestion des risques énergies douces dont la propulsion humaine insertion sociale, solidarités urbaines architecture des espaces urbains ingénierie sociale du développement local ré-ingénierie des bases industrielles urbaines conception et management des parcs eco-industriels formation à l'environnement et aux risques technologiques organisation et coordination de la coopération inter-organisations gestion de l'exploitation des équipements électroniques professionnels

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I. L' ECOLOGIE DE LA DURABILITE, UNE ECONOMIE DES LIAISONS INTERACTIVES

1. L'écologie industrielle, une économie qui intègre et relie en boucle interactive

L’écologie industrielle s'intéresse à l'évolution à long terme du système industriel4 dans son ensemble et dans ses interrelations avec la biosphère. Elle ne doit pas se confondre avec les industries environnementales ni même avec les technologies vertes ou propres. L'environnement n'est qu'un aspect, parmi d'autres, de l'écologie industrielle. Elle décrit le système industriel comme une certaine configuration dynamique de flux et de stocks de matière, d’énergie et d’informations. Elle expose et analyse le métabolisme de ses composants biophysiques de leur extraction à leur retour dans les cycles de la biosphère et le considère comme un cas particulier d’écosystème.

Le fonctionnement des écosystèmes invite à rééquilibrer le mouvement linéaire et réversible des flux monétaires régulés par l'Etat ou/et par le marché en le ré-intégrant dans un modèle en boucle interactive fermée de flux de matière et d'énergie et fondé sur l'interrelationalité, systémique, intégrée et globale, sur l'autonomie locale, sur la circulation de l'information, sur la responsabilité sociale et sur la réciprocité5. Il peut ainsi inspirer des changements à une trajectoire sociale déterminée par l'augmentation croissante de la productivité du travail, mesurée par l'accroissement des prélèvements des ressources naturelles et de la production de déchets et traduite par la haute dépendance technologique des organisations et des individus.

L'écologie industrielle apparaîtrait alors comme une large structure holistique qui donne une direction à la transformation des systèmes industriels dans la mise en œuvre pratique du développement durable: prévention du risque environnemental, économie des ressources, ingénierie humaine, coopération et échange d'informations entre acteurs, décloisonnement et réactivité des organisations, coopération et coordination des compétences, polyvalence, convergence et transversalité des tâches, résilience des structures, organisation locale, interactions systémiques des flux, interdépendance et intégration territoriale des opérations, régulation globale des activités, autonomie personnelle, responsabilité sociale, haute valeur d'utilisation d'un bien, éco-efficience des choix individuels.

notion comprise dans son acception américaine : elle désigne la société industrielle dans son ensemble se retrouvent donc, ici, cinq principes fondamentaux de l'économie solidaire, autre direction problématique de notre recherche
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Mais l'écologie industrielle peut offrir, parallèlement à recherche de la qualité environnementale totale des activités économiques, les conditions fondamentales d'une double équité, spatiale et temporelle, horizontale et verticale par ses effets sur le contenu, la place et le rôle du travail humain dans la production des richesses découplée des flux de matières En privilégiant une gestion économe de ressources et de l'énergie, la réutilisation des matières et la mise en étanchéité des polluants, elle limite l'empreinte écologique, préserve et valorise l'inimitabilité des patrimoines et paysages environnementaux, substitue la production et l'échange des droits d'usages de biens à la production et à l'échange des produits, dématérialise systémiquement les objets, les infrastructures et les modes de vie, internalise les coûts d'imperfection des produits dont l'exploitant propriétaire du bien devient responsable "from cradle to cradle", relocalise les tâches dont elle modifie la nature en activités de services, privilégie l'énergie informationnelle et la propulsion douce ou humaine à l'énergie minérale et fait prévaloir l'ingénierie humaine et le capital immatériel sur la machinerie technologique. Un service n'étant pas stockable, l’écologie industrielle accroît donc, dans une société d'utilisation, le volume des emplois, la mobilité des fonctions et la qualification du travail dont elle développe le sens de la responsabilité sociale, de la relation interindividuelle locale et de l'initiative personnelle.

2. Des acteurs transversaux et des activités multidimensionnelles de la durabilité

Inspirée par l'intuition initiale de E.G. Hutchinson et exprimée en 1948 dans une étude sur les cycles bio-géochimiques qui présentait le système industriel comme un sous-système de la Biosphère, l’expression d'écologie industrielle, qui sert de simple analogie biologique, apparaît dans la littérature spécialisée des physiciens, chimistes et biologistes des années 6070 puis se répand au début des années 90 dans des milieux d’ingénieurs de l’industrie aux Etats Unis. En considérant le système industriel comme un cas particulier de la Biosphère, Robert Frosch de l’Université de Harvard et Nicolas Gallopoulos, responsables de la recherche sur les moteurs chez Général Motors, relancent en 1989 cette voie de recherche et renouvellent le débat sur les antinomies relationnelles de l'économie et de l'environnement, mais aussi de l'Etat et du Marché, du global et du local, du territoire et de l'entreprise, du planétaire et du régional, des contraintes organisationnelles et de l'intérêt individuel. L'analogie de Frosch est ensuite approfondie dans une thèse de doctorat par un avocat d'AT&T spécialisé en réglementation environnementale, Braden Allenby. Frosch, Allenby et quelques universitaires, notamment Robert Ayres de l'INSEAD et Robert Socolow de Princeton, consacrent leurs énergies à promouvoir l'écologie industrielle. Ils réussissent à s'assurer le soutien financier et logistique de plusieurs grandes entreprises, de la Fondation Heinz, de la prestigieuse National Academy of Engineering et de l'Environmental Protection Agency. Ils publient plusieurs ouvrages et lancent un journal académique, publié par les prestigieuses MIT Press dans le cadre du Département de foresterie et d'études environnementales de la non moins prestigieuse Université.

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Aujourd'hui de multiples chercheurs, consultants, managers, animateurs (mais très peu d'économistes de formation à la pointe) tentent d'approfondir ce nouveau champ pratique et épistémologique et de traduire de manière opérationnelle les idées, de promouvoir techniquement les projets ou de transférer des expériences : la symbiose industrielle de Kalundborg au Danemark, élaborée autour de l’utilisation d’un flux d’énergie commun et du partage des ressources d’eau et de vapeur; le management éco-industriel avec le "Eco-Efficiency Centre" dans le parc industriel de Burnside à Halifax, au Canada;

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- le réseau intégré d'activités et d'entreprises croisées d'éco-restructuration, de revitalisation urbaine et d'insertion sociale réunies dans un éco-centre avec le "Phillips Eco-Enterprise Center à Minneapolis, dans le Minnesota aux Etats Unis; les éco-parcs virtuels aux Etats Unis, à Baltimore, Maryland et, avec l’aide de la Bechtel Corporation, à Brownsville au Texas. Ils se servent de modélisations informatiques des flux régionaux de matières et d’énergies pour opérationnellement dessiner et susciter des éco-réseaux d'entreprises.

Les études, des réalisations ou les projets se multiplient essentiellement aux Etats Unis, au Canada, au Danemark, au Japon et en Thaïlande. Mais en France, tout est encore à l'état embryonnaire. Quelques réflexions au Ministère de l'Industrie mais encore très vagues au Ministère de l'Environnement. Il existe néanmoins une pré-étude, réalisée en 2000, sur la zone industrielle des DeuxSynthes en région du Nord-Pas De Calais, avec l'aide de Gaz de France et commandée par l'ancienne municipalité de la ville de Grande Synthe. Des entreprises, et non des moindres, appliquent certaines démarches de l'écologie industrielle: la prévention des émissions dissipatives fondée sur des modalités innovantes de l'utilisation des produits avec le concept de "Rent a molecule" pour les solvants chlorés du géant DOW à qui les clients n'achètent que la fonction d'une molécule et la retournent après usage pour être régénérée; la réutilisation des matériaux avec IBM et qui, à Endicott, dans l’Etat de New York, stimule les autres entreprises à se mettre en réseau, pour compléter les activités de son unité de récupération d’actifs et trouver de nouveaux usages pour les matériaux récupérés; les segments modulables de photocopieurs produits par un assemblage de pièces neuves et de pièces refabriquées avec XEROS 6 la dématérialisation de l'activité de vente avec DELL;

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voir Eco-efficiency gains from remanufacturing. A case study of photocopier remanufacturing at Fuji XeroxAustralia. W. Kerr, C. Ryan / Journal of Cleaner Production 9; 75–81; 2001

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la vente, en Suède, du droit d'usage à domicile sur longue durée de machines à laver le linge avec le "pay per wash" du leader mondial du blanc ELECTROLUX qui internalise les impacts environnementaux et dématérialise le produit; la location longue durée de voitures avec la très symbolique entreprise automobile FORD.

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On citera une gamme éclairante mais non exhaustive d'acteurs aux particularités remarquables et leurs activités non moins remarquables : L'ancien syndicaliste Ed. Cohen Rosenthal directeur de la "Cornell Work and Environment Initiative" de l'Université Cornell de Ithaca, New York et co-directeur de "United States National Center for Eco-Industrial". Il a pris l'initiative d'inventorier différents modèles d'ecoparcs, de promouvoir les déclinaisons opérationnelles du concept d'écologie industrielle et de dessiner des schémas techniques et architecturaux de parcs éco-industriels. Un autre de ses objectifs est de dégager les méthodes de la durabilité qui améliorent les conditions environnementales du travail, les performances environnementales du travailleur et les opportunités d'emploi. l'ALCG, association de lutte contre le gaspillage, créée, en 1979, dans le Jura à Poligny et son président Claude Chevassu. Cette association, qui a aussi une vocation sociale recycle, entre autres, avec un personnel de 93 personnes, dont une grande partie en insertion sociale, plus d'une dizaine de catégories de bouteilles et les revend aux vignerons négociants en vin ou grossistes. Elle considère qu’il est plus avantageux globalement de laver et de réutiliser un verre que de le piler pour en refabriquer un autre. Elle accomplit une dématérialisation systémique de l'activité et du mode d'utilisation de la ressource produite. Son marché a des effets sur la dynamique locale et pèse, localement et par l’aval, sur les domaines des transports, de la réinsertion sociale, de la formation, de l’emballage, de la conservation, de la viticulture, de l’alimentation, du recyclage. Une telle conception, l'utilisation intensive des ressources, fait décroître la vitesse et le volume des flux de matière et d'énergie, développe un marché local d’économie de ressources, privilégiant donc la productivité des ressources locales sur celle du travail. La mise en place de ce marché local s’est faite sur l’initiative d’une association issue de la volonté d’une population locale de créer, sans référence initiale au développement durable et à l'écologie industrielle, une œuvre de développement local et social. Elle s’est servie des dispositifs sociaux existants puis des réglementations environnementales pour susciter des partenariats entre acteurs locaux dont la population elle-même. Le journaliste scientifique et expert Süren Erkman, directeur de l'Institut pour la Communication et l'Analyse des Sciences et des Technologies (ICAST), qui a publié un remarquable livre scientifique de synthèse en français et qui a notamment conduit avec l'association Bulle Bleue la pré-étude de faisabilité sur la zone industrielle des Deux-Synthes ; Raymond Côte, de la "Faculty of Management Dalhousie University" à Halifax, au Canada, est un des pionniers canadiens d'écologie industrielle. Il dirige le "Burnside Eco-Efficiency Centre", association multipartenariale à but non lucratif qui, avec des partenaires privés et l'aide des gouvernements, municipal, provincial et fédéral, aide à établir des liens d'écologie

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industrielle entre les 1200 entreprises du plus grand parc industriel du Canada oriental, le "Burnside industrial Park" situé à Halifax.

Le "Green Institute in Minneapolis", association à but non lucratif située dans le Minnesota aux Etats Unis et sa fondatrice Annie Young. Son approche veut servir de catalyseur pour la ré-ingénierie de la base industrielle de la ville et certains de ses programmes, conçus avec l'aide du gouvernement fédéral, visent à aider les communautés qui connaissent un certain niveau de détresse économique. L'association a ouvert les portes en 1999 du "Phillips Eco-Entreprise Center" qu’elle a construit à Minneapolis, après un long combat populaire pour empêcher l'installation d'une grande station de stockage et de transferts des déchets. Ce centre est un nouveau service construit en utilisant les techniques innovatrices de conception et de construction intégralement liées à l'écologie industrielle. L'association verte a constamment sollicité la participation de la population ("design charettes") dont elle a introduit dans le projet les idées. Le Centre accueille 15 entreprises du domaine de la prévention environnementale qui échangent leurs informations et a suscité un total de 240 emplois. Il apparaît comme une combinaison active d'un éco-parc d'activités, d'un centre de revitalisation d'une zone urbaine, d'une éco-structuration du paysage urbain, d'un incubateur d'entreprise et d'un acteur d'insertion sociale. Ernest Noncent, créateur d'une entreprise, ancien responsable de l'association EPIC, ancien cadre du secteur public français. Installé à New York depuis 1995, il a développé une entreprise de fabrication et de vente de produits informatiques refabriqués et un centre de formation et d'insertion sociale. La fabrication repose sur le désassemblage, la refabrication, la recirculation et l’entretien des appareils usagés. La vente s'appuie sur de nouveaux circuits commerciaux, mis en place par la voie de l'Internet, sur les réseaux communautaires d'entreprises ou sur les entreprises naissantes. Les techniciens sont formés, avec l'aide du gouvernement fédéral, dans un centre d'insertion sociale associé à cette entreprise. Les Compagnons d'Emmaüs, le Secours Populaire, le bric à brac, les friperies, les marchands aux puces, les organisateurs des foires au troc de plus en plus fréquentées, qui considèrent la richesse d'usage et les biens usagés comme une mine artificielle. Ils témoignent de l'existence d'une écologie industrielle populaire spontanée, un maillon de sa longue chaîne: la réutilisation, la réparation, l'allongement de la durée du cycle de vie d'un produit, la réduction de la vitesse et du volume des flux de matière. Aux Etats Unis, le Conseil Présidentiel du Développement Durable (PCSD) a formé en 1994, une équipe spéciale active sur les éco-parcs industriels considérés comme un élément de mise en œuvre d'une économie durable. Le Ministère de l'Environnement et le Ministère de l'Energie explorent les possibilités de suivre ses recommandations. Plusieurs sites ont été désignés "sites de démonstration" et d'autres sont en projet.7

Quelques sites remarquables de développement éco-industriel réalisés, émergents ou projetés : The Cape Charles Sustainable Technologies Park à Northampton en Virginie; Fairfield Parc Baltimore dans le Maryland; Phillips Eco-Enterprise Center à Minneapolis dans le Minnessota; Londonderry Eco-Industrial Park dans le New Hampshire; Mesa del Sol Eco-Park à Albuquerque, Nouveau Mexique; "Brownsville Eco Industrial Park", au Texas; Red Hills Ecoplex à Chester, dans le Mississipi; Riverside Urban-AgricultureEco-Park à Burlington dans le Vermont.

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Le MITI, au Japon, les différents groupes de travail portant sur les technologies environnementales globales ou sur les technologies énergétiques avancées et l'Institut de recherches des technologies innovatrices pour la Terre (RITE) avec cette orientation : la substitution des ressources naturelles par la technologie.

3. une économie de l'usage
Le leitmotiv de ces pionniers8 est simple. Le système industriel pourrait se comporter comme un écosystème et devrait donc viser, le plus et le mieux possible, à mettre globalement en boucle les cycles de matière et d'énergie et à limiter les émissions dissipatives et les rejets : les déchets sont dès lors considérés comme des ressources et l'accumulation des émissions et des rejets comme une perte et une menace.

Le système économique ne peut assurer sa rationalité et ses performances par l'accroissement de ses prélèvements et de ses extractions de matières énergétiques à haute teneur de carbone. Et, pour assurer de surcroît sa durabilité, il doit contrôler et prévenir systémiquement les pollutions et les gaspillages de ressources et subordonner la conception d'un produit et les procédés de fabrication à la connaissance du métabolisme de chacun de ses composants sans ignorer les effets de synergie entre chacune des substances disséminées par l'activité économique. Il lui faut accorder valeur à la réutilisation d'une matière et à la diminution de la dépense énergétique liée aux activités de transformation et de transport de matière. Il lui faut réduire les distances d'approvisionnement et de désapprovisionnement des entreprises et des lieux desservis par elles, en dématérialisant les échanges, en valorisant localement les sous produits énergétiques des activités et en développant les énergies propres et renouvelables, dont la propulsion humaine. Il lui faut enfin standardiser modulairement les biens, leur donner un design et orienter le choix des produits, des activités et des structures dans les directions les plus adaptées à une gestion économe des ressources. Le recyclage actuel inscrit dans une approche " end of pipe" est relativement polluant, disséminateur de multiples substances dans l'environnement et fortement consommateur d'énergie. Il ne réduit ni la vitesse ni le volume de matière et d'énergie. Ce qui impose au système économique de maîtriser socialement les modes de fabrication, de circulation et de consommation des produits, de prévoir les formes et les modalités de réutilisation de leurs résidus et de la conservation de leurs propriétés lors des opérations de recyclage, de connaître les doses cumulées des résidus ultimes et de prédéterminer la production de polluants en fonction des conditions de leur mise en étanchéité.

réutiliser, réparer, récupérer, refabriquer, recycler des produits et des sous-produits sur une très grande échelle (Frosch et Gallopolous 1989; Allenby et Richards 1994; Graedel et Allenby 1995; Garner et Keoleian 1995; Ayres 1996; réduction de l'utilisation de matériaux vierges; réduction de la pollution; accroissement de l'efficacité énergétique; réduction du volume des résidus, tels sont quelques leitmotivs permanents

8

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Ce qui implique aussi la décentralisation des opérations d'entretien et de réparation et conduit au glissement du centre de gravité de la production vers la gestion locale de l'information et des services et au basculement de celui du producteur vers l'usager des biens, consommateur et producteur de déchets et donc de ressources.

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Le métabolisme industriel des composants d'un produit est l'outil technique de base de l'écologie industrielle. Il s'appuie sur le principe de la conservation de la masse et vise à traduire les caractéristiques qualitatives et quantitatives des flux et des stocks de matière et d'énergie.

LE METABOLISME INDUSTRIEL DU JUS D'ORANGE
On produit chaque année 55 millions de tonnes de jus d’orange dont la presque totalité est consommée en Europe, au Japon et aux Etats Unis. Plus de 80% du jus d’orange consommé en Europe proviennent du Brésil et voyage 12 000 Km en moyenne pour atterrir sur la table du consommateur. Selon une étude de l’Institut Wuppertal, en cumulant la vapeur d’eau nécessaire au procédé de concentration (à 8% de sa masse initiale), le transport et la congélation (-18°), chaque tonne de jus en provenance du Brésil nécessite près de 100 kilos de pétrole Et pour chaque verre de jus d’orange, il faut 22 verres d’eau rien que pour la vapeur puis pour la dilution auxquels il faudrait ajouter le volume d’eau nécessaire au raffinage du diesel (entre 0,5 et 20 litres d’eau par kg) employé pour la production de l’énergie et des matières (dont les pesticides et les emballages) liées à la fabrication du jus d’orange. Le jus d’orange américain, quant à lui, est encore plus vorace en consommation de matière et d’énergie : un litre de jus d’orange américain requiert 1000 litres d’eau d’irrigation et deux litres de pétrole (en Floride, l’usage de pompes d’irrigation et de systèmes de chauffage est généralisé, ce qui n’est pas le cas du Brésil qui, au surplus, se sert de la bagasse pour la moitié de l’énergie) Enfin, si tous les habitants de la terre consommaient en moyenne les 21 litres /an de jus d’orange qu’un allemand boit sur les 24m2 de terre nécessaire pour les produire, il faudrait 3 fois la superficie d’un pays comme la Suisse (130 000 Km2). Pour comparaison : En tenant compte des volumes indispensables à chaque étape de la production, de l'irrigation à la livraison, la fabrication de quatre pneus de voiture nécessite 9400 litres d'eau et celle d'un kilo de pain, 1000 litres.

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4. Une économie fondée sur l'ingénierie humaine, la productivité des ressources se substitue à celle du travail

Dans une société d'utilisation ("functional économy"), l'augmentation de la richesse réelle, la richesse d'utilisation et les gains de productivité peuvent être recouplés : les gains de productivité peuvent être mesurables par l'accroissement des flux de services rendus pour une même quantité de matière et d'énergie utilisée. L'usage du bien, l'allongement de la durée de vie, la modularité des produits et la réutilisation des composants deviennent les facteurs déterminants de la croissance économique, de l'écoefficence des organisations et de la qualité environnementale de l'offre. La productivité des ressources est alors privilégiée par rapport à celle du travail et parallèlement la nature du travail et le contenu des tâches doivent se modifier. Les activités de services deviennent prépondérantes, organisation, coordination, prévention contrôle, design, réutilisation des produits, recyclage des matériaux, réparation, maintenance, entretien. Et nombre d'emplois se relocalisent et se requalifient techniquement et socialement. L'entreprise ne vend plus un bien mais un service, elle n'internalise pas les coûts environnementaux elle prévient les impacts environnementaux à la source et réduit les coûts environnementaux individuels et sociaux. Le consommateur change de statut et de fonction, il devient l'usager d'un service et un producteur de valeur, ses déchets La demande ne porte plus sur l'achat de tous les biens d'équipement et des produits durables à courte durée de vie mais sur l'acquisition du droit d'usage d'un bien d'équipement et des biens de consommation durable, sur ses qualités, sa sûreté environnementale, sa fonctionnalité, sa capacité d'évolution et d'adaptabilité mais aussi son design.

L'utilisation intensive des ressources, la valeur d'utilisation, l'achat de services, la production de la qualité et la réduction des distances et des coûts relativisent les trajectoires sociales d'un système économique fondé sur la valeur d'échange, l'étalon monétaire, les flux monétaires, le productivisme, le consumérisme et la possession privée des biens physiques et leur restituent leur véritable statut, des sous-systèmes parmi d'autres.

L'homme qui fait les trottoirs la veille du ramassage des encombrants et récupère des biens usagés qu'il "retape" pour ses besoins ou revend "au noir" pourra être, de manière rétroactive, socialement honoré. Il se crée un revenu en nature ou en monnaie en dispensant la société et l'Etat de porter attention à ses fins de mois et il contribue modestement à protéger l'environnement. Resterait à mettre sa fonction au grand jour et de s'en inspirer industriellement. Cependant une telle généralisation demande au préalable d’effectuer les études du métabolisme des substances biophysiques des produits, de déterminer dans une plus grande perspective ce qui peut être fabriqué avec les déchets, de ne produire que les composants dont les déchets sont éco-revalorisables et eco-recyclables de manière étanche. L’inventaire des groupes symbiotiques d'activités permettrait d’encourager les entreprises à relier leurs flux de matière sur un même territoire ou à les intégrer en réseau et d’organiser

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le système industriel autour de la plus performante des stratégies de la dématérialisation et de la protection préventive de l'environnement, l'utilisation intensive des ressources, la valeur d'utilisation, la durabilité des biens et l'emploi local.

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La réutilisation des biens et l'utilisation de ses sous produits est une pratique générale ancienne et populaire
Un aspect fondamental dans la démarche de l’écologie industrielle est l’usage en cascade d'un produit ou d'une matière et la réutilisation des sous-produits. La symbiose économique - c'est-à-dire des échanges entre des organisations économiques dans lequel les sous-produits de l'une deviennent les entrées de valeur d'une autre - est une pratique ancienne : les déchets industriels étaient transformés en ressources. Un exemple portant naturellement sur des denrées périssables :

De l'économie des machines et des manufactures 1
Charles Babbage - 1835

Le tanneur qui a acheté des peaux non traitées en sépare les cornes et les vend aux fabricants de peignes et de lanternes. La corne est composée de deux parties, l'enveloppe extérieure dure et une substance interne conique moins rigide que de l'os. La première partie du processus consiste à séparer ces deux parties au moyen d'un coup contre un bloc de bois. La portion extérieure est ensuite coupée en trois parties à l'aide d'une scie 1. Après plusieurs traitements, la portion inférieure située à côté de la racine des cornes est transformée en peignes. 2. Le milieu de la corne, après avoir été aplati à la chaleur et aspergé d'huile pour le rendre transparent, est séparé en fines couches et devient un substitut pour la vitre de lanternes bon marché 3. Le bout de la corne est utilisé par les fabricants de coutellerie, par les fabricants de fouets, et par d'autres fabricants 4. L'intérieur de la corne est bouilli dans l'eau. Une large quantité de gras remonte alors à la surface et ce sous-produit est vendu aux fabricants de savon jaune. 5. Le liquide sert ensuite de colle particulière pour les fabricants de vêtements qui l'utilisent pour raidir leurs produits finis. 6. La substance insoluble est ensuite expédiée à une manufacture où elle est transformée en engrais. 7. Outre ces diverses utilisations de sous-produits, les éclats de cornes résultant de la fabrication de peignes sont vendus comme engrais. Certains résidus des produits servant à la fabrication de lanterne sont transformés en jouets et le reste vendu comme engrais.
1. Charles Babbage, On the Economy of Machinery and Manufactures (4th edition), London, Charles Knight, 1835 (réimprimé en 1986 by Augustus M. Kelley Publishers).

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5. une économie de l'organisation partenariale de la réciprocité

Dans la nouvelle logique, une entreprise pourrait fonder sa rentabilité non sur la croissance de ses composants vierges ou de ses ventes de produits neufs mais sur la réduction de ses coûts d'approvisionnement en matière et énergie, du coût de traitement de ses déchets et des coûts d'ajustement engendrés par la réglementation environnementale. C'est l'une des démarches essentielles de l'éco-efficience, un principe très argumentatif aux Etats Unis et au Canada et un des outils de l'écologie industrielle. Elle compte sur l'ingénierie humaine, les collaborations techniques ou commerciales, la circulation de l'information, les technologies vertes et la qualification des tâches. Elle vise à créer toute une gamme de partenariats "over the fence" entre les entreprises afin d’améliorer les performances environnementales et économiques individuelles et à l’échelle du système. La circulation et l'échange directes d'informations sont des facteurs cruciaux, entre les entreprises, entre clients et fournisseurs et entre usagers des services et les fabricants. L'organisation de la réciprocité9 et la coopération prennent le pas sur les régulations économique réductrices du seul couple Etat-Marché. L'économie induite par la mise en œuvre des principes de l'écologie industrielle, dont l'éco-efficience qui concerne l'entreprise individuelle, devient d'abord celle de l'ingénierie sociale, de la responsabilité sociale, de l'autonomie personnelle, de l'emploi qualifié, de la coordination et des synergies informationnelles, de la production et des échanges de services et de l'équité : une économie de liens, une économie de la durabilité.

La mise en oeuvre d’un modèle global et intégré d’écologie industrielle, qui subordonne l’approche “end of pipe” à une perspective plus vaste et met au point des méthodes de production dont l’impact sur l’environnement serait d’un niveau acceptable, stimulerait la coopération entre entreprises et le décloisonnement des fonctions dans l’entreprise. Elle conduirait à accroître la dématérialisation des procédés de fabrication, des produits et des organisations, à valoriser les déchets comme des ressources, à boucler les cycles de matière et minimiser les émissions dissipatives et à décarboniser l’énergie. Elle permettrait une gestion optimale des ressources, la requalification du travail et la dématérialisation des tâches. La mise en pratique du développement durable dans une société hyper-industrielle trouve donc dans l’écologie industrielle un outil stratégique essentiel à sa rigueur scientifique, une assise fonctionnelle à sa composante industrielle, une approche de l'optimisation à l'échelle territoriale et du système économique dans son ensemble et enfin un instrument opérationnel (eco-efficiency) pour le management des entreprises qui lui faisaient encore défaut. Mais elle remet en cause le cloisonnement des acteurs et la verticalité des organisations, les régulations environnementales strictement économiques ou réglementaires, les compartimentations de la gestion locale, la spécialisation des formations et des tâches, le gaspillage des territoires et la retention de l'information publique.
appelée "Win-Win" aux Etats Unis et donc encore imprégnée par une conception binaire de l'intérêt individuel ( "nous et les autres" remplace "moi et les autres")
9

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Elle invite à rompre avec une conception considérant l'environnement comme le dehors de l'industrie et mettre fin avec la dépense environnementale "end of pipe". Elle conduit à distinguer les emplois du développement durable et les emplois environnementaux pour le développement durable. Enfin elle implique de ne pas se satisfaire du rôle et de la place fonctionnelle de l'Environnement dans le dispositif gouvernemental et territorial. Le Ministère de l'Environnement devrait se dédoubler : un ministère de l'Environnement des Risques Technologiques et de la Santé et un Ministère des Transports, des Communautés Territoriales, de l'Environnement, de l'Industrie et de l'Energie. Resterait à ajouter le terme environnement au Ministère de l’éducation et de la recherche

L'approche "end of pipe" du traitement de la pollution, consistant à développer les industries environnementales, ne traite les impacts environnementaux de l'organisation industrielle que de manière cloisonnée10, reportant ou déplaçant ainsi les pollutions ou substituant un polluant à un autre sans pouvoir réduire leur nocivité et leur volume ou les mettre en étanchéité. L'écologie industrielle s'intéresse, elle, à l'organisation systémique d'ensemble de la production et des structures de propagation des polluants. L'étude du métabolisme des composants, de la conception des produits et de leur mode d'usage, est primordiale pour mettre en évidence l'interconnexion des différentes substances et permettre une gestion locale intégrée des flux et des stocks de ressources ( "Urban Mining"). Or si l'activité industrielle propage, diffuse et disperse, de manière directe ou indirecte, immédiate ou différée, des déchets dans la planète tout entière, elle prélève ou utilise préalablement des ressources locales, fabrique des segments de biens ou assemble les biens localement, rejette des déchets ou produit des impacts sur le patrimoine environnemental local.

6. une économie des voisinages d'activités et des proximités souples et interactives pour les territoires . . . des territoires d'eco-projets, d'informations croisées et d'énergies civiles entrepreneuriales mises en réseaux
La collaboration entre acteurs locaux et l'ingénierie sociale locale d'une part et, d'autre part, la régulation globale, à l'échelle locale et à l'échelle mondiale, sont incontournables. Mais si les modalités pratiques de la mise en œuvre de l'écologie industrielle doivent s'inscrire dans une perspective d'ensemble, celle ci passe aussi par l'organisation partenariale locale non seulement entre organisations mais aussi avec des énergies individuelles entrepreneuriales mises en réseaux. Et lorsqu'il s'agit d’améliorer les performances économiques et environnementales de tous les niveaux de structures alimentées par le système industriel, une telle perspective implique que les échanges de sous-produits et d’énergies ne sont pas les seuls possibles dans le développement de l'écologie industrielle.

10

voir étude de cas sur la protection de l'eau, sur la prévention des risques souterrains, sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre in "dépendance automobile et mobilité personnelle"

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L'éco-pôle d'éco-activités, la symbiose industrielle et le parc éco-industriel fournissent des modes d'organisation polairement localisés de liaisons éco-industrielles. Mais ces figures ne sont pas les seules. éco-pôle d'éco-activités : Le "Phillips-Eco-Enterprise Center" dans le Minnesota aux Etats Unis est potentiellement un cas d'éco-pôle. Il intègre de surcroît une dimension sociale et les énergies créatrices de la population locale. symbiose industrielle avec l'exemple modèle de Kalundborg au Danemark parc éco-industriel avec potentiellement le cas du "Burnside Industrial Park" au Canada. réseau d'éco-activités ( "virtuel "ou "physique") comme le réseau virtuel, à Brownsville au Texas (USA),utilisant un modèle d'ordinateur développé par Bechtel pour identifier les opportunités d'échanges de sous produits; comme avec IBM qui développe des réseaux d'entreprises pour échanger les matériaux récupérés. grappe d'éco-industries, d'éco-technologies, d'éco-activités ou d'éco-associations -clés comme partiellement le Joint Venture de la Silicon Valley ou encore les entreprises réunies dans le "Phillips-Eco-Enterprise Center" alliance stratégique en recherche-action-éco-développement thématique ou fonctionnelle entre associations, territoires ou firmes. On citera, symboliquement pour la France, les associations à but non lucratif, IDEMU, EPIC, ESPACES, sur les thèmes de l'écologie urbaine11 et de l'insertion sociale ou les diverses organisations inscrites dans le cadre des activités environnementales de l'économie solidaire complexe intégré ou flexible d'éco-activités avec le complexe industriel de technologies durables à Cape Charles en Virginie (USA) et l'ensemble des activités qu'il tente de relier association caractéristique d'activités (biocénoses) comme celle organisée autour de la canne à sucre à Cuba intersecteur de services-systèmes durables, notamment axé sur les mobilités personnelles douces12

Ces divers modes de coopérations et de liaisons participent au développement des démarches éco-industrielles à des degrés, à des échelles de proximité géographiques et à des niveaux systémiques multiples, dans des activités variées et avec des formes diverses d'organisation. Ils résultent de synergies variables, dont l'échange d'information, qui permettent à des organisations de réduire leurs impacts environnementaux et d'améliorer leurs performances économiques à l’échelle d'un système, d'une région, d'un secteur, d'un produit. Ils se traduisent par la réduction de la vitesse et du volume des flux de matières et d'émissions dissipatives et par la substitution d’échanges de services, dont les services informationnels, aux échanges de biens. Chacune des structures éco-industrielles de coopération "over the fence" ne confine pas ses liaisons sur un seul territoire géographique, ni ne les impose à tout un territoire ou à tout un
11 12

voir étude de cas sur l'économie solidaire et l'association Espaces voir étude de cas sur la mobilité personnelle

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secteur. Mais certaines d'entre elles sont d'autant plus territorialisées qu'elles émergent d'une dynamique d'éco-projets locaux intégrant la dimension sociale et réunissant les fonctions économiques ou qu'elles s'organisent autour d'une entreprise pivot, une centrale énergétique et thermique locale ou autour de l'exploitation d'un produit et de ses sous produits. La diversité des liaisons traduit autant de modalités pratiques pour accroître les performances environnementales et économiques individuelles et collectives, locales et globales, par l'organisation ou/et le marché, modalités qui dépendent, en leur degré et en leur domaine d'application, notamment de la réglementation environnementale, des opportunités des marchés, des stratégies des firmes, de la dynamique des acteurs locaux et de l'action économique publique et son échelle d'intervention. L'écologie industrielle ne restreint donc pas le système économique à l'activité industrielle et ses applications aux parcs éco-industriels. Les structures des liaisons éco-industrielles forment donc des réseaux trophiques entre activités et organisations décentralisées ou géographiquement éloignées. Leur efficacité systémique et leur mode de développement sont en proportion de la confiance réciproque entre les acteurs, de la qualité des synergies informationnelles et du degré d'intégration et de gestion décentralisée de leurs activités, opérations et fonctions écologiques, sociales et économiques. Les proximités (numériques ou analogiques), culturelle, économique, géographique, les voisinages entrecroisés de matières ou d'énergie ou de déchets ou d'informations, les territoires de projets et d'objectifs et les énergies humaines associées, sont donc une condition fondamentale du développement d'une économie de la réciprocité, une économie interactive, pluriactive et pluridirectionnelle du lien. Elles organisent les articulations opérationnelles de la durabilité que sont l'écologie industrielle et l'économie solidaire.

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II. LES LIAISONS ECO-INDUSTRIELLES, DES RESEAUX TROPHIQUES ENTRE ACTIVITES, OPERATIONS OU FONCTIONS DISTINCTES ET DECENTRALISEES

La symbiose industrielle de Kalundborg, portées, limites et transférabilités méthodologiques

Un parc éco-industriel, forme réduite d'un pôle d'éco-activités, pourrait, techniquement, être décrit comme une communauté d'entreprises de production de biens et de services centrée localement autour de la gestion mutuelle des flux locaux de matière, d'énergie, de déchets et d'informations en vue d'accroître simultanément la performance environnementale et économique, individuelle et collective, locale et globale. La symbiose de Kalundborg est une forme épurée d'un parc éco-industriel.

PERFORMANCES DE LA SYMBIOSE INDUSTRIELLE DE KALUNDBORG
(tonnes/an, fourchettes de données obtenues par croisement de plusieurs sources 1998)

Réduction de la consommation de ressources
Pétrole : 19 000 à 45 000 Charbon : 15 000 à 30 000 Eau : 1 200 000

Réduction des émissions de polluants
CO2 : de 175 000 à 200 000 SO2 : 10 200

Recyclage des déchets
Cendres volantes : 130 000 à 135 000 Soufre : 25 000 (dont 3500 t. de soufre pur) Gypse : 80 000 à 90 000 Nitrogène (sous forme de boues) : 800 000 Azote : 1440 Phosphore : 600

L'économie annuelle est estimée à environ 15 millions de dollars. Le retour sur investissements (" pay back") est inférieur à 5 ans

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La Ville utilise la vapeur d'eau de lade la centrale électrique et fournitl’électricité et le chauffage La Ville utilise la vapeur d'eau centrale électrique et fournit l’eau, l’eau, l’électricité et le à chauffage à000 habitants. habitants. environ 20 environ 18 000

Statoil
raffinerie de pétrole
raffinerie de pétrole

VILLE

LAC TISSO

Asnaesvaerket
centrale électrique au charbon.1500 mw

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1.Un rêve partageable, transposable, durable ?
Le rêve de faire tourner un complexe industriel avec les sous produits d'une matière première est une réalité dans une ville danoise. Au cours des 25 dernières années, quatre des plus grandes entreprises de Kalundborg, près de Copenhague, et cinq municipalités voisines ont donc rendu opérationnel un concept de croissance éco-industrielle à l'avantage réciproque des partenaires et sous le nom de symbiose industrielle. Ce modèle, dont l'origine est inintentionnelle, attire l'attention internationale par son ingéniosité et ses machineries de tuyaux linéaires. La symbiose industrielle de Kalundborg, au Danemark, est élaborée financièrement et commercialement autour de l’utilisation d’un flux d’énergie commun et de ses sous produits, du partage des ressources d’eau et de vapeur et d'une usine pivot, une centrale électrique et thermique alimentée au charbon. La gestion de tous les transits de matières et d'énergie fait l'objet d'une négociation bilatérale et privée, respecte les lois du marché et intègre la réglementation environnementale. Elle est un modèle de collaborations industrielles locales et d'échanges mis en boucles, à des fins commerciales et financières et à effet pro-environnemental et pro-territorial.

Mais faut-il le considérer comme un modèle reproductible ou transposable, comme l'ont initialement pensé nombre d'ingénieurs, notamment américains13, ou plutôt s'intéresser à ses enseignements, ses limites et à ses caractéristiques méthodologiques transférables ? Deux exemples de singularités, des plus banales et non des moindres : - les promoteurs du parc de cette ville (18 000 habitants) se connaissaient personnellement avant sa mise en place, il y a une trentaine d'années. Les cadres entretiennent des relations suivies hors du travail. La coopération est établie sur la confiance mutuelle. - les promoteurs n'avaient, en aucune manière, planifié ou programmé la symbiose industrielle que le développement du complexe d'activités à fabriquée

2. Ingéniosité de la culture classique matérialisée techniquement en un SYSTEME ECONOMIQUE BOUCLE. Un classique remarquable de L'ENTENTE ECONOMIQUE mais sur un mode PRO-TERRITORIAL. Une activité classique, la manufacture du fossile, mais à effet PRO-ENVIRONNEMENTAL
La symbiose se fait sur des process classiques et peu représentatifs des énergies du futur. Par ailleurs le charbon est extrait d'une mine située loin des lieux de l'usage du minerai. L'empreinte et l'impact écologiques de la mine ne peuvent être isolés de l'activité transformatrice située à Kalundborg.

13

. Plusieurs projets en cours aux Etats-Unis tentent de relier des activités autour notamment de l’utilisation d’un flux d’énergie commun (Red Hills Mississippi, Londonderry New Hampshire,)

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Une collaboration "écologique" ne peut pas se restreindre à l'échange des sous produits énergétiques ni se rendre tributaire de cet échange, certaines trajectoires technologiques permettent une plus grande autonomie énergétique des entreprises coopérantes et des relations moins rigides (l'usage mutualisé de l'énergie solaire avec des capteurs et des filtres faiblement polluants au "Phillips Eco-Enterprise Center" dans le Minnesota.) Plus généralement, la transposabilité d'un modèle technique lourd constitué de manière inintentionnelle et parvenant à maturité dans les années 90 que sous les impacts des règlements environnementaux et de la pollution des eaux du lac voisin, supposerait, mis à part l'éventuelle reproductibilité des conditions socioculturelles identiques et des fins communes, que la société industrielle se résumerait à l'industrie et de surcroît à l'industrie lourde et, qui plus est, à la filière charbonnière associée aux produits pétroliers. Si les applications de l'écologie industrielle sont plus qu'indispensables aux produits de l'industrie classique, elles ne peuvent ériger l'exemple de Kalundborg en étendard, mais simplement comme une source méthodologique, une illustration remarquable de l'ingénierie humaine, de démarches de l'écologie industrielle, de ses capacités à substituer la technologie aux ressources et d'associer les bénéfices économiques aux performances environnementales. L'écologie industrielle, également stratégie de développement économique, concerne un champ bien plus vaste d'associations de substances, de produits, de technologies, d'activités dématérialisatrices et de modes d'intensification des ressources. Elle ne saurait s'établir sans associer d'autres modèles énergétiques, dont les énergies informationnelles et la propulsion humaine. L'intérêt du modèle de Kalundborg réside donc plutôt dans les conditions, les modalités, les principes et les démarches qui permettent les collaborations partenariales et ses effets dans la prévention environnementale. Mais aussi dans ses limites. Ses acteurs économiques et ses infrastructures restent prisonniers de la culture de l'ingéniorat : la rigidité articulaire des installations et la monovalence des conduits d'acheminement. Ils constituent une entente économique exclusive : les petites et moyennes entreprises locales ne peuvent que difficilement participer à la combinaison technologique instituée qui présente une faible contestabilité. Ils restent tributaires d'une filière technologique : l'énergie fossile. Enfin la participation de la population à la conception de la symbiose s'établit essentiellement par l'emploi.

Les échanges entre les partenaires de Kalundborg permettent certes la performance économique de chacun d'entre eux et le respect des contraintes du marché. Or si des distances géographiques élevées sont onéreuses et engloutissent les gains économiques environnementaux dans le domaine des transports de l'énergie et de la transformation de ses résidus de combustion, elles ne le sont pas lorsque les fins sont communautaires ou environnementales. L'ensemble de la symbiose obéit moins à une volonté communautaire territoriale et à des fins environnementales qu'à une contrainte à l'égard de technologies de production de la centrale

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électrique et thermique et donc du combustible qui l'alimente et de la compétitivité monétaire de ses flux. Un grand nombre de liaisons infrastructurelles indispensables au fonctionnement de la centrale électrique organisent et scandent la symbiose. Ainsi, par exemple le gypse a récemment été fortement contaminé par du vanadium issu de la centrale électrique. Le vanadium, un métal provoquant des allergies, était présent dans un combustible choisi par la centrale en raison de son faible coût.

Kalundborg a la possibilité d'orienter les énergies gestionnaires sur de fausses pistes ou de limiter l'invention de nouvelles approches. La puissance prédictive de d'écologie industrielle, comme structure conceptuelle, n'est pas dans les architectures bouclées d'acheminement de flux en soi. Elle est dans sa capacité d'offrir une approche intégrée des effets de l'activité industrielle sur l'ensemble des écosystèmes, d'explorer, à l'aide de l'étude du métabolisme des composants biophysiques, les interconnexions potentielles entre activités et de créer des boucles interactives avec plus de valeur d'utilisation et avec le moins de gaspillage et d'émissions dissipatives. Les applications de l'écologie industrielle reposent sur la diffusion de l'énergie informationnelle à l'échelle des individus, des organisations et de la société pour orienter les trajectoires technologiques qui satisfont les besoins humains en minimisant les pollutions et en maximisant la valeur d'utilisation des ressources et par suite celle du travail et de l'intelligence créative des individus organisés. Une large variété de fins collaboratives et de démarches synergiques sont possibles, principalement écologiques, sociales et urbaines, et devraient être mises en boucles interactives. L'économie de marché, elle-même, a une culture de la coopération qu'il ne faut pas négliger. La fascination pour la machinerie technique ne doit pas occulter que celle-ci est imposée par la dimension de l'activité et la nature des entrants transformés. Les raisons d'être d'une telle machinerie sont, semblables, mais en moins élégantes, à celles des kilomètres d'autoroutes et de bretelles construits pour améliorer la fluidité de la circulation automobile. Elles comptent, dans les deux cas, sur la technique pour améliorer les performances environnementales du moteur et du combustible au lieu de s'interroger sur le bien fondé d'un choix qui enfonce toujours plus dans une ornière technologique, la congestion du système lui-même, système dans lequel l’imagination et des cascades d’investissement dans un cas servent l'énergie fossile et, dans l'autre cas, produisent la dépendance automobile14.

14

voir étude cas sur la dépendance automobile et la mobilité personnelle durable

423

3. La proximité facilite la confiance et la circulation de l'information mais elle ne doit pas être réduite à la distance réglementaire ou physique, elle est une dynamique de projets mis en réseaux (numérique ou analogique)

Des entreprises travaillant avec Kalundborg, fournissant des intrants ou recyclant des sousproduits, sont situées à des centaines, voire à plus d'un millier de kilomètres de la ville. Les cendres de la centrale thermique et le soufre de la raffinerie sont expédiés sur la péninsule du Jütland. Si la distance géographique est déterminante pour certaines formes d’énergie, comme la vapeur, elle l’est moins pour les matières premières. Le gypse de l’usine de placoplâtre provient de trois sources situées à des échelles de distance très différentes : de la centrale d’énergie "communautaire" du parc, d’une centrale d’énergie en Allemagne, d’une mine située en Espagne. Mais ce n'est pas tant le coût du lien qui est déterminant pour juger de l’importance de cette condition de proximité, que le rôle stratégique qu'un lien peut remplir dans le projet et dans la dynamique de la communauté de la ville dans son ensemble. Les choix des partenaires peuvent dessiner le paysage local, avoir des impacts sur la nature de l'emploi local, structurer la dépense des ménages locaux, déterminer le niveau des ressources locales. Par exemple, la chaleur fournie à 5.000 ménages reliés au réseau communal de chauffage urbain par le réseau apportant la vapeur de la centrale électrique Asnaesvaerket, revient bien plus cher à la population que ne le serait le chauffage au gaz. Le surcoût est supporté par la population de la ville. Le calcul d'ensemble est bien évidemment nécessaire, mais, il est clair que la population locale ne peut être écartée des processus de décision et des critères d'évaluation des choix.

L'idée de créer ex abrupto et rapidement des « écosystèmes industriels » localisés, repose sur l'exclusive confiance en la technologie, la démarche centralisée et verticale, l'abstraction du processus social et des contextes concrets de la création relationnelle et l'oubli des échanges en réseaux (analogiques ou numériques) suscités par les marchés ou, localement, dans l'économie populaire spontanée. L' "Eco-Efficiency Centre", dans sa tentative de développer les liaisons éco-industrielles dans le parc industriel de Burnside à Halifax, au Canada, le fait comprendre. Le "Green Institute" n'a pu réaliser un éco-pôle d'éco-entreprises, le "Phillips Eco-Enterprise Center" à Minneapolis que grâce à son ancrage social dans la ville L'Association de Lutte Contre le Gaspillage dans le Jura n’a pu créer une filière locale de récupération à domicile et de revente du verre entier aux vignerons de la région qu’en offrant à une population en difficulté la possibilité de participer à une œuvre locale, écologique et sociale.

Les échanges de sous-produits et leur recyclage ne sont pas des idées nouvelles. La réutilisation des sous-produits industriels a toujours été présente dans les activités populaires spontanées ou dans le marché. Dans le cadre de la logique du marché, de nombreuses industries (métaux, papier, bois, plastique,) utilisent des matières recyclées en grandes quantités. En outre, le recyclage des

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huiles, des cendres volantes pour la production de béton et de compost organique pour l'enrichissement des sols s'est développé dans de nombreux pays. Des entreprises telles que 3M, IBM, Xerox identifient et réutilisent les matières premières non utilisées, les produits obsolètes, les machines inutiles ou trop vieilles et les déchets de valeur. Par ailleurs, la récupération, la réparation et la recirculation des produits usagés dans le cadre de l'économie populaire spontanée se fait à une échelle localisée ou à l'intérieur de groupes communautaires dont les membres peuvent se trouver de chaque côté de la planète. La proximité d'intérêt ou les solidarités de lignages prêtent à la coopération. L'ingénieuse singularité de Kalundborg apparaît donc dans l' "industrialisation" de masse et dans une ingénierie très fine de la relation de proximité, des conduites populaires spontanées et des voisinages croisés de matière, d'énergie et d'informations, appliquées à la croissance de l'industrie classique. Elle s’est exercée sous la contrainte de la réglementation environnementale et à des fins commerciales tout en produisant des effets pro-environnemental et pro-territorial.

4. Les liaisons éco-industrielles redessinent et croisent des territoires, des territoires de réseaux, des réseaux de territoires. L'organisation, la coopération et les synergies informationnelles sont décisives dans les démarches de l'écologie industrielle.
A Kalundborg, les entreprises partenaires ont mis en place toute une structure de coordination et de traitement de l'information, pour prendre en charge les activités externes, la collecte de données et leur évaluation. La mise en place d’un réseau trophique entre activités située dans une aire centrale locale ou dans une aire intégrée à l’intérieur desquelles l'essentiel des échanges directs et indirects de matériaux et d’énergie peut être circonscrit, décomposé, croisé et optimisé est un résultat nodal de l'écologie industrielle. La réduction préventive des impacts de l’activité industrielle sur l’environnement à l’échelle locale doit être aussi conduite dans une approche globale intégrant l'ensemble des activités, des informations et des impacts de l'espace économique local. Certes, la symbiose industrielle de Kalunborg tente, dans le cadre d'un complexe d'activités spécifiques, de réunir l'information et d'intégrer d'autres activités : le chauffage de la ville, l'aquaculture. Mais le système économique ne se réduit pas à la seule dynamique du système industriel. Certes l'industrie irrigue le marché de ses produits mais la nature et le comportement de la demande des entreprises clientes externes à Kalundborg et celle des consommateurs sont un anneau actif de la mise en boucle des flux de matière. Mais le système industriel ne peut être un circuit fermé sur lui-même Les biens industriels sont disséminés chez les utilisateurs. Ces derniers détiennent une des clés de la mise en boucle globale des matières. Les centres urbains, dans lesquels ils sont concentrés, ont des densités énergétiques élevées et produisent des comportements de consommation fortement propagateurs de pollution et de déchets.

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Par ailleurs, une industrie appuyant son rayonnement sur le développement de réseaux liés à l'énergie fossile et à ses résidus ne peut orienter durablement les liaisons de l'espace économique. La meilleure manière de décaborniser l'énergie étant de l'économiser. Certes, l'écologie industrielle doit tenir compte de la polarisation existante des activités dans le cadre de zones ou de parcs industriels et doit admettre le rôle encore indispensable de l'énergie fossile et des organisations lourdes que la maîtrise de son métabolisme entraîne. Mais les liaisons éco-industrielles ne peuvent s'enfermer dans une aire limitée, ni être à part du territoire considéré comme un tout, ni être dissociées de l'ensemble des fonctions économiques. Elles forment toute une trame territoriale de réseaux et des réseaux de territoires. Certes le territoire est le premier des réseaux, car, sous certaines conditions de gouvernance locale, il permet aux énergies entrepreneuriales de se mettre en partenariat et aux populations d'être impliquées pour préserver un territoire de vie commun. Mais des matières, énergies, composants, produits finis, rebuts peuvent être réutilisés par des écosystèmes d'activités situés à différentes distances et suscités par des dynamiques déterritorialisées d'éco-projets. Tel est le cas de la filière de récupération des matériels informatiques, comme l'illustrera l'étude du cas de la société "NGSSI" située à New York.

Pour couvrir l’ensemble des échanges entre écosystèmes industriels, un système d’information territorial doit couvrir différentes échelles de territoire. Les échanges de matériaux chevauchent plusieurs secteurs d’activité. Pour boucler la boucle, l’écosystème doit récupérer les matériaux et énergies après leur vie utile, en dehors du système industriel. Les diverses fonctions économiques doivent être présentes dans l'information et dans les différentes formes de liaisons éco-industrielles. Cela ne concerne pas que les logistiques de production mais la récupération en cascade des matériaux et de l’énergie déjà incorporés Les applications pratiques de l'écologie industrielle peuvent diriger vers l'intégration des activités dans des éco-réseaux ou dans des associations d'éco-activités stratégiques. Cela peut concerner toute une série d'activités : l'organisation des transports, le partage des équipements de transformation, la polyvalence des tâches du personnel, la mutualisation des fonctions organisationnelles, les achats communs, le partage des services. Cela peut concerner la conception, la composition, le design et le cycle de vie des produits, les grappes technologiques clé ou la circulation de l'information.

Le problème organisationnel, et non le moindre, est celui de l'accessibilité à l'information sur les intrants et les extrants des entreprises. Cette difficulté est au cœur même du passage à un système économique qui encouragerait la recirculation des matières et de l'énergie. Des changements du cadre réglementaire, des incitations économiques et la mise en place de mécanismes permettant à tous les utilisateurs d'être informés sur les métabolismes des composants biophysiques devraient favoriser l’émergence d’écosystèmes industriels.

Ces liaisons coopératives impliquent que les échanges de sous-produits et d’énergies ne sont pas les seuls possibles dans le développement des pratiques de l'écologie industrielle. Les échanges peuvent former des réseaux eutrophiques moins lourds et moins concentrés que ceux de Kalundborg. Mais les caractéristiques des produits et services compatibles avec les

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trajectoires technologiques et sociales de la durabilité ne peuvent, à terme, se satisfaire de celles qu'entretiennent le fonctionnement de la symbiose de Kalundborg (pétrole, charbon). La complexité des écosystèmes ne s'accompagne pas nécessairement en tous leurs points d'une artillerie de conduits aussi linéaire et si peu polyvalente que les pipelines de la symbiose. Ces derniers ne conviennent que pour l'échange d'un déchet précis entre des partenaires fixes. Une rivière ne réunit pas en elle une seule fonction et, si son tracé suit la plus grande pente, elle échange avec l'ensemble des milieux qu'elle traverse ou qui la traverse et constitue un ensemble de singularités redondantes. Les liaisons éco-industrielles s'appliquent en tous les lieux stratégiques de la dématérialisation systémique et par suite imbriquent différentes échelles de territoire. Les échanges sont d'autant plus élevés et environnementalement efficients que les distances (culturelles, techniques, géographiques, économiques,) sont courtes (cette proximité peut tout aussi bien être numérique qu'analogique). Mais la qualité des échanges éco-industriels dans un parc industriel dépend aussi des dessertes externes sur l'ensemble de l'espace, multiple, multiforme et flexible en aval (utilisateurs successifs) et en amont (fournisseurs). Un parc doit notamment comporter des alternatives sources et consommatrices de rejets pour gagner la souplesse qui manque à la symbiose de Kalundborg. Si l'échelle du territoire tient un rôle majeur dans l'éco-restructuration des zones d'activités et des parcs industriels, elle n'est pas la seule.

5. Le décloisonnement des acteurs est plus qu'un problème technique d'ingénieur. Il est d'abord celui d'un choix politique et éthique
Une coopération, un management "over the fence", entre entreprises ne peut être isolée du cadre (analogique ou numérique15) propre à chacune des activités des partenaires, ni ne peut se réduire à ce cadre. Par exemple, si le personnel d'une entreprise réside localement, tous ses fournisseurs et ses clients ne se situent pas dans le même "cercle de famille". Les entreprises ne peuvent être techniquement indépendantes des évolutions des filières et des branches d'activités dont elles font partie et étrangères aux demandes spécifiques à laquelle chacune d'entre elles doit s'adapter. De plus, il ne faut pas occulter les risques d'une variation de la réglementation environnementale, souvent instituée de manière cloisonnée, qui pourrait toucher inégalement les entreprises, ni négliger la cessation d'activités d'un des partenaires qui affecterait l'ensemble du système mutuel d'échanges de déchets. La coopération technique, qui va au-delà de la collaboration commerciale, est parcourue par une multitude d'interférences liée aux relations externes et à l'évolution des besoins propres, pas nécessairement synchrones, de chacune des entreprises d'une même aire territoriale. La redondance mutuelle des entreprises est d'autant plus limitée que l'organisation de cette aire est rigide. Elle est soumise à des incertitudes et à des conditions techniques qui la rendent d'une très grande complexité de gestion et qui peuvent susciter les paresses technologiques. Certaines
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par exemple, l'éco parc-virtuel de Brownsville au Texas

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technologies ont une faible marge de tolérance aux changements de nature ou de composition des substances. Par ailleurs, l'organisation de la résilience des structures face aux évolutions des technologies16 ou aux variations du marché est onéreuse. Plus globalement, la mise en place et le fonctionnement de symbioses industrielles ou d'un écoparc industriel soulève la question des articulations croisées entre le marché, les branches, les secteurs, les réglementations, les entreprises, les réseaux d'entreprises, l'organisation du travail, les personnels, la population locale résidente, les autorités locales, les fournisseurs, les clients et, au delà, les demandes des usagers finals des biens et les stratégies de l'offre des entreprises. Cette question est plus qu'un problème technique d'ingénieur. Elle est d'abord économique et sociale.

La réutilisation des résidus contraint de rendre compatible un procédé rejetant un sous-produit donné avec un autre qui utilise cette matière comme matière première. Dans ce dernier procédé, la substance vierge est partiellement ou complètement remplacée par celle provenant du premier procédé. Mais ces articulations ne concernent pas le seul ré-acheminement des rejets qui permettrait de former de nouvelles sources de matière ou d’énergie. Elles engagent économiquement et socialement un territoire et un réseau de liens. Or le marché tout comme la réglementation environnementale lorsqu'elle cloisonne les approches des problèmes d'environnement global ne sont pas toujours les mieux placés pour orienter les articulations. Ainsi en est-il des produits informatiques dont le marché est organisé en vue de réduire les compatibilités entre les différentes générations de segments qui les composent. Ainsi le ramassage des bouteilles en verre et leur recyclage intégral sont-ils constamment secoués en raison des stratégies des producteurs de verre qui renouvellent constamment leurs formes et empêchent ainsi ce même recyclage ou le dirigent vers les techniques du pilage et de la reconstitution. La réglementation environnementale sur l'air, offre un cadre favorable à la poursuite de l'amélioration des performances environnementales des carburants mais conduit à aggraver la dépendance automobile et la pollution (effet "take back")17. Certaines réglementations interdisent les échanges de matériaux à risques et empêchent le développement des liaisons éco-industrielles. Or même si des dérogations sont possibles, les entreprises préfèrent les conduire comme résidus ultimes dans les décharges et créent un risque encore plus grand. La question des articulations pourrait être celle d'un ensemble territorial fédératif, celle d'une organisation planificatrice, celle d'un monopole technologique dans une filière clé ou celle des incitations publiques centrales mais elle est d'abord celle des articulations à l'intérieur d'un même territoire et entre les territoires, les marchés, les réseaux d'organisations ou d'individus qui échangent ensemble localement ou à distance. Des éco-parcs "virtuels" peuvent, par exemple, utiliser une modélisation informatique détaillée des flux régionaux de matières et d’énergies afin de permettre aux entreprises d'un parc industriel d'identifier des partenariats d'échange de déchets et d’en attirer de nouveaux. Ils offrent de grandes souplesses, laissent ouverts les combinaisons d'échanges de sous produits et suscitent des articulations innovantes dans le domaine des technologies vertes.
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nombre de procédés industriels sont conçus pour des matières vierges. voir l'étude de cas sur la mobilité personnelle et la dépendance automobile

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Les modes de développement de l'écologie industrielle ne se confinent pas aux seuls parcs territorialisés mais peuvent prendre la voie familière des réseaux éco-industriels, de la "joint venture", des alliances stratégiques en recherche-éco-développement, du soutien institutionnel, des mesures incitatives en faveur de grappes de technologies interdépendantes ou d'entreprises clé, de l'orientation ou de la directivité publiques.18 L’optique éco-industrielle doit tenir ensemble l’objectif de réduction de l’impact sur les écosystèmes et la performance économique des entreprises : elle se réalise par tous les bouts du global et du local et dessine transversalement de nouveaux territoires d'échanges qu'il s'agit d'articuler et de croiser. Les politiques publiques doivent pouvoir anticiper, consolider et accélérer leurs interconnexions et les populations pouvoir être saisies des choix. Par choix éthique de la durabilité. Par choix politique de la démocratie participative où se mêlent la responsabilité sociale et l'initiative individuelle. La politique de développement de l'écologie industrielle pourrait donc trouver des voies stratégiques intégrées mais variées et combinées.

6. Lorsque la politique environnementale "end of pipe" se substitue aux énergies entrepreneuriales locales et à la participation de la population locale aux solutions environnementales, la promesse des gains économiques réalisables est plus importante que l'appel au sens de la responsabilité environnementale

Rappel. La coopération à Kalundborg est établie sur la confiance mutuelle des promoteurs de la symbiose. Ces derniers se connaissaient personnellement avant sa mise en place et n'avaient en aucune manière planifiée ou programmée la symbiose industrielle fabriquée. Elle est le résultat d'un modèle d'ingénierie industrielle et de collaboration entre entreprises à des fins commerciales et financières. Un parc d'éco-activités peut-il être le produit d'un processus d'éco-restructuration d'un parc industriel existant sous l'effet d'impulsions externes (au marché ou aux entrepreneurs euxmêmes) ? Un bilan de masse des composants "importés" ou générés par chaque entreprise est indispensable pour repérer les liaisons caractéristiques et les potentialités d'un meilleur usage des ressources. Il devrait être accompagné d'une planification des activités et des possibilités territoriales de coopération et d'une stratégie attractive en direction des entreprises qui favoriseraient la mise en boucle de matière, d'énergie et de déchets. La forte inertie et la faible flexibilité technique qui caractérisent les trajectoires technologiques dans le domaine des infrastructures, les distorsions dans la concurrence que la diffusion d'informations peut susciter, les limites d'extension spatiale d'une aire géographique et la
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au Japon : "les nouvelles technologies énergétiques avancées" du Programme Plein Soleil programmes de l' Institut de recherches des technologies innovatrices pour la Terre

puis les

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complexité et le poids des structures décisionnelles publiques, notamment en France, posent de redoutables problèmes. Pourtant, en France, les nouvelles structures territoriales permettraient de trouver des conditions favorables. C'est sur cet espoir qu'une pré-étude de faisabilité s'était faite en 2000, en France à Grande Synthe. Son centre industriel comporte 30 entreprises dont 9 établissements classés sous "Directive Seveso", d'importants flux de matière circulent et 50 hectares d'espaces vierges sont disponibles dans l'agglomération de Dunkerque à laquelle appartient Grande Synthe. Les 50 hectares à développer font la liaison entre la zone actuelle du parc et l'usine sidérurgique de Sollac- Mardyc pour laquelle la plus grande partie des entreprises présentes offrent des services. Or la nouvelle municipalité élue depuis mars 2001 a abandonné le projet et l'a élégamment renvoyé à l'échelle supérieure, la communauté urbaine de Dunkerque.

Si ces conditions de gouvernance locale perdurent, les méthodes de l'écologie industrielle, notamment l'introduction de la coopération et de la circulation de l'information au sein de stratégies concurrentielles, ne pourraient se frayer territorialement un chemin que par la seule voie du marché et, autre relation familière du marché, des réseaux 19 ou par de lourds investissements de l'Etat central L'argumentation de l'éco-efficience, l'image des technologies vertes et l'échange des droits à polluer avec l'aide conjointe et éclairée des autorités publiques centrales ou/ et régionales (cas des Etats Unis et du Canada) sont de fortes incitations Mais l'écologie industrielle peut aussi être réduite, sous le poids des effets pervers de la réglementation environnementale, au seul cadre incrémental du recours aux technologies "end of pipe" de traitement de la pollution et de recyclage des déchets. En ce cas, il ne s'agirait que de régulation par l'Etat des impacts environnementaux de l'activité économique ( tendance de la France) A Kalundborg, le cadre réglementaire danois demande aux entreprises de soumettre au gouvernement régional des plans détaillant les efforts de réduction de la pollution. Mais la collaboration entretenue entre les instances gouvernementales et les entreprises réglementées autorise une relative latitude aux entreprises et permet le développement de solutions plus créatives dans la maîtrise des émissions dissipatives Cette réglementation ne dicte pas un type de traitement anti-pollution mais vise plutôt à l'obtention de certains résultats. Elle encourage la recherche de nouvelles technologies sans devoir s'intéresser à la question de savoir si une technologie est environnementalement préférable à toutes les autres.

Les méthodes, la démarche, les principes de l'écologie industrielle ne réussissent à imposer leur logique territoriale et à installer une trame de la durabilité globale que là où la population locale peut s'investir au côté d'énergies civiles, individuelles ou associatives (Phillips EcoEntreprise Center" à Minneapolis aux Etats Unis), là où la réputation, le savoir-faire partenarial
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avec, aux Etats Unis, l'usage du principe économique et individualiste du "WIN WIN", qui remplace la notion plus sociale et généreuse du principe de réciprocité

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et la conscience d'experts et de chercheurs de terrain persuadent les autorités locales, provinciales et fédérales de soutenir les expérimentations (Burnside Industrial Park à Halifax, au Canada) et là où les entrepreneurs ont des liens anciens d'amitié (la symbiose de Kalundborg).

L'écologie industrielle doit pouvoir faire participer les populations aux choix, aux possibilités et aux systèmes d'application de ses démarches et ne pas exclusivement orienter ses pratiques dans des grosses machineries qui les en écartent. Les cas du "Phillips Eco-Enterprise-Center" ou de l'ALGC et sa filiale "Juratri" dans le Jura en France le montrent bien. Seule la participation de la population, sa responsabilisation, permettraient d'éviter de reproduire le même modèle que celui qui est en cours dans la protection de l'eau (la construction de gigantesques équipements d'épuration20) et de chercher vainement à reproduire Kalundborg à l'identique. Les structures régulatrices linéaires, cloisonnées et verticales, la retention de l'information publique, une conception surannée de la différenciation entre bien privé et bien public en matière d'environnement, la segmentation des processus productifs, les modes de gestion à flux tendus21, les excès de centralité et les décisions descendantes ou sans adhésion des populations résidentes, les stratégies du produit neuf, bref les cultures gestionnaires sont des obstacles au développement des applications des principes de l'écologie industrielle. Cette dernière, lorsqu'elle est confinée à l'échange de sous produits et d'énergie comme à Kalunborg, est repoussée dans un champ d'action limité et situé à l'intersection de la gestion des ressources, du droit environnemental et de l'ingénierie industrielle. Les études de cas qui suivent montrent comment de tels obstacles peuvent parfois être surmontés.

20 21

voir étude de cas sur l'assainissement et la protection de l'eau voir étude cas sur la dépendance automobile et la mobilité personnelle. Ce mode de gestion se traduit par un coût social élevé : développement de la circulation des véhicules légers sur courtes distances et des camions longue distance en sous capacité. (occupation des sols, pollutions, congestions routières,)

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III. LES LIAISONS ECO-INDUSTRIELLES DE LA DURABILITE

L' ECO-POLE D'ECO - ACTIVITES, "THE PHILLIPS ECO - ENTERPRISE CENTER"
Minneapolis, Minnesota, Etats Unis

Le"Phillips-Eco-Entrerprise Center", dont une association locale à but non lucratif, le Green Institute", est la réalisatrice, réunit un ensemble d'entreprises "vertes" et d'éco-activités industrielles et commerciales complémentaires, sur un site initialement prévu par le Comté pour installer une station de stockage des déchets. Il matérialise le succès de ses conceptions, est l'aboutissement d'une lutte de la population résidente et marque sa filiation avec le territoire de la ville. Le décloisonnement des entreprises et des fonctions, les flux croisés d'information, l'interactivité des liens éco-industriels et les échanges entre entreprises et entre entreprises et population locale que le nouveau centre stimule, permettent non seulement à l’Institut vert de développer une chaîne partenariale d'activités locales durables et d'ouvrir des marchés nouveaux mais aussi de faire prospérer ses propres activités, notamment le transfert des technologies sociales "vertes", l'éco-construction, les méthodes urbaines de la durabilité, l'ingénierie sociale et environnementale de l'éco-restructuration de la base industrielle urbaine, les techniques d'économie d'énergie, les stratégies de la protection de l'environnement et l'éco-efficience. Avec les 15 entreprises réunies dans ce même centre, l'Institut vert travaille avec ses partenaires, dont le gouvernement fédéral, et d'autres sociétés locales industrielles pour incorporer des liens d'écologie industrielle dans des projets comparables, le centre agissant ainsi comme un catalyseur pour la revitalisation des zones urbaines. La conception, le mode de construction, les bâtiments, l'exploitation des 6000 m2 de terrain et d'éco-activités commerciales et industrielles font de ce centre un des plus économes et efficients au monde en matière de gestion des ressources et d'énergie et un exemple remarquable de liaisons intégrées et croisées d'écologie industrielle, de revitalisation urbaine et d'insertion sociale.

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1. "The Green Institute", un modèle d’entrepreneur du développement durable
La gestion économe des ressources
écologie industrielle, organisation intégrée, gestion décentralisée, éthique de la réciprocité ingénierie sociale et environnementale globale

L'ingénierie sociale de l'éco-restructuration de la base industrielle urbaine
entreprise durable, complémentarités partenariales, proximités, création d'activités durables et d'emplois locaux, participation de la population et synergies informationnelles

Une population urbaine "ethniquement" diverse, en détresse économique, sociale, environnementale. Un immense terrain urbain en friche, un choix économique et environnemental majeur, des financements publics sociaux qui n'atteignent pas leurs objectifs, un débat public constructif, un savoir faire populaire dans "la récup" des produits du bâtiment. Des besoins locaux, des énergies civiles, un éco-entrepreneur collectif local à but non lucratif, "Green Institute", l'ingénierie d'une population, des autorités éclairées, des marchés et des emplois en perspective et l'ensemble mis en réseau. Une éco-construction, " The Phillips Eco-Enterprise Center, aboutissement et moteur localisé de nouveaux liens sociaux, de nouvelles activités de services, une gestion économe des ressources. Des éco-activités commerciales, industrielles, sociales, informationnelles eco-localement associées, combinées, croisées et mises en synergies dans un même centre Une nouvelle économie d'utilisation ("functional économy") Un essaim, relais et vecteur d'informations, d'éco-réalisations et de coopérations "over the fence", les nouvelles interrelations interactives du développement durable. Des partenaires, des réseaux, des alliances stratégiques, des grappes d'entreprises et de technologies-clés, des circuits et des marchés, croisés autour des technologies opérationnelles de l'écologie industrielle avec une éthique de la réciprocité. Un éco-pôle. Un acteur pivot, "The Green Institute", localement et socialement ancré, capable d'articuler le local et le global, les réseaux, les territoires et les marchés, l'initiative civile et la responsabilité sociale. Le catalyseur des liaisons éco-industrielles et du lien social. Un ingénieur social de l'éco-restructuration de la base industrielle urbaine Une éco-organisation efficiente Des performances sociales, économiques et environnementales. 240 Emplois Des transferts méthodologiques et un modèle essaimable, de part et d'autre de l'Atlantique.

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"L'institut Vert" est une association à but non lucratif d'ingénierie et d'action environnementales, urbaines économiques et sociales créée par des énergies entrepreneuriales locales de la ville de Minneapolis, dans une zone, victime d'un développement non durable, le secteur déshérité de Phillips, traversé par des autoroutes, des usines, des fonderies et des détresses sociales. Le chômage atteint plus de 15 % de la population active, soit trois fois et demie plus que la moyenne nationale aux Etats Unis. Une centaine de programmes sociaux dans le secteur se chevauchaient pour aider ses 18000 habitants et de multiples organisations fournissaient l'alimentation, l'abri et des vêtements. Mais tous les fonds sociaux distribués étaient dépensés sans effets sur l'emploi et la richesse locale. A la fin des années 1970, le Comté de Hennipen rasait cinq bâtiments et 28 maisons dans le secteur de Phillips pour libérer de l'espace et mettre à la place une station de stockage et de transit de déchets avant enfouissement et incinération en ville. Pour les "activistes"22 du futur Institut, le projet était un non-sens économique, environnemental et humain dans une zone habitée et pour des populations à faible revenu. Les habitants du secteur étaient capables de mettre en œuvre des techniques performantes de réutilisation des matières usagées, de produire un environnement plus propre et d'améliorer leur situation sociale. C'est dans la dynamique de la lutte contre le projet de station de déchets et l'élaboration de contre-projets alternatifs de leur traitement, que l'Institut vert se créait en 1993. Si le comté avait accompli son plan, cette station aurait englouti plus de 4 hectares de sols, fait circuler 720 bennes à ordures par jour et aggravé la pollution et les gaspillages.

Economie, Travail et Protection de la Ressource Naturelle
Environ 40 % du volume des déchets enfouis dans le Minnesota sont des matériaux et du matériel de construction. Quand les équipes du "Green Institute" démontent un bâtiment, environ 60 % des matériels sont vendus sur site, 30 % vont au magasin pour inventaire et 10% sont à enfouir de manière environnementalement responsable. Ces activités conservent des ressources vierges comme les forêts et les sols, mais économisent aussi les ressources et l'énergie qui auraient été employées dans la fabrication et le transport de produits finis neufs. Elles réduisent les coûts d'approvisionnement et les charges de la réglementation environnementale. Ces activités, qui intensifient l'usage des matières usagées, substituent la productivité des ressources à la productivité du travail, dématérialisent l'économie et offrent de nouvelles tâches et emplois de la durabilité industrielle.

Actuellement, cet institut démontre que les déchets du bâtiment sont une mine, que des habitants entreprenants peuvent produire de la richesse locale avec les matières urbaines usagées, susciter des entreprises rentables, induire de nombreux emplois locaux, améliorer leur environnement et réduire les pollutions urbaines.
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terme consacré dans la terminologie américaine

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La mission de l'Institut Vert est le développement urbain par l'entreprise durable, la création d'emplois durables et l'information environnementale. L'institut, organisation à but non lucratif, s'est servi des dispositifs publics de financements sociaux et d'exemptions fiscales pour susciter localement un réseau d'entreprises commerciales et industrielles, d'expertises et d'énergies civiles et pour développer son autonomie financière par ses propres emplois, ses activités industrielles et commerciales dans les domaines de la récupération et de la refabrication des structures, matériaux et matériels de construction usagés, de l'investissement immobilier éthique et du transfert de technologies. Il s'est fait reconnaître, en l'espace de quelques années, comme un modèle d'éco-entrepreneur par l'éco-efficience de ses résultats, par la résilience d'un mode d'organisation intégrée et de gestion décentralisée, par le domaine stratégique de ses métiers, l'économie des ressources, les liaisons de la durabilité et la re-ingénierie eco-industrielle urbaine, par l'efficacité des partenariats qu'il a su nouer et par les fortes potentialités de développement des "marchés" de la durabilité dont il a su montrer la valeur opérationnelle : la gestion des ressources, les énergies alternatives, la valorisation des déchets, l'éco-construction, l'ingénierie sociale et environnementale, la revitalisation urbaine, le management environnemental et social, les technologies "vertes", le montage des projets, l'information et l'éducation environnementales. Il s'impose comme un incubateur virtuel d'activités, d'entreprises de savoir-faire et de marchés par les complémentarités établies entre ses réalisations industrielles, commerciales, techniques, environnementales et sociales, ses propres savoir-faire immatériels, les énergies locales, ses partenaires, la dynamique attractive et porteuse de ses activités, les autorités institutionnelles et une grappe de technologies et d'entreprises "vertes" clé autour des liens d'écologie industrielle, de l'éco-restructuration urbaine et des synergies informationnelles, complémentarités dans lesquelles il est un acteur stratégique.

La construction récente d'un éco-centre, "Phillips-Eco-Entrerprise Center", dont il est le réalisateur, lui ouvre de nouvelles perspectives. Il permet de réunir un ensemble d'entreprises "vertes" et d'éco-activités complémentaires mises en synergies, de matérialiser le succès de ses conceptions, de marquer sa filiation locale et de développer de nouveaux réseaux. Le décloisonnement des entreprises et des fonctions, les flux croisés d'information, l'interactivité des liens éco-industriels et les échanges entre entreprises et entre les entreprises et la population locale lui permettent de promouvoir une chaîne partenariale d'activités locales durables et d'ouvrir des marchés nouveaux. L'institut Vert tente, avec les 15 entreprises réunies dans ce même centre et avec d'autres sociétés locales industrielles, d’introduire des liens d'écologie industrielle dans des projets comparables, le centre agissant comme un catalyseur pour la revitalisation des zones urbaines. Il transfère des technologies sociales "vertes", les méthodes urbaines de la durabilité, les techniques d'économie d'énergie, les stratégies de la protection de l'environnement et de l'écoefficience. Cet éco-centre peut devenir un éco-pôle local et translocal d'éco-activités. L’Institut vert à travers ce nouveau centre offre à la population des services, des emplois de qualification croissante et de nouveaux projets pour éco-restructurer la ville, modifier ses modes de consommation, promouvoir des liens et revitaliser ses paysages.

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Le développement de l’éco-centre, essaim de nouvelles activités et de nouvelles coopérations, fait naître une obligation stratégique, celle de maintenir la convergence entre son utilité sociale et environnementale locale et l’organisation de ses activités. Cette proximité avec les besoins d'une ville et l'interconnexion entre le social, la performance économique et la prévention environnementale, qui lui ont donné son excellence, sont inscrites dans le cadre même de ce qui fait sa différence avec une entreprise classique: le terrain local ne se réduit pas à un marché, il est son lieu de fécondation, son champ d'expérimentation, son laboratoire d'apprentissage, le site de la démonstrativité opérationnelle et pratique de nouveaux éco-métiers locaux dont il trace l'avenir avec ses partenaires du centre.

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THE GREEN INSTITUTE
association locale à but non lucratif, créée en 1993

Tâches

-Essaimer, incuber, créer des entreprises locales durables -Elaborer des programmes qui créent des emplois d'insertion ("jobs for low income people"), améliorent l'environnement, servent la durabilité urbaine. -Concrétiser les liaisons entre l'économie, l'écologie et l'équité sociale -informer et éduquer à l'environnement L'Institut est fondé en 1993 par des habitants de Phillips à Minneapolis après une longue lutte contre un projet d'installation d'une station de stockage et de transfert de déchets. Depuis sa première subvention de 7500 $, l'Institut a grandi pour devenir une des plus grandes organisations de développement social dans le Minnesota et un modèle d' entrepreneur du développement durable En octobre 1995, l'Institut ouvre le Centre de Réutilisation (Re Use-Center), un magasin qui vend au détail des matériaux du bâtiment récupérés. Le magasin a servi 85 000 propriétaires peu fortunés, des locataires, ou des consommateurs individuels qui veulent être "plus verts" dans leurs achats. 15 habitants font fonctionner le magasin (7/7) et perçoivent le minimum vital, auquel s'ajoutent des bénéfices et un bonus trimestriel basé sur les ventes. La formation est assurée dans le domaine de la gestion d'un magasin. En octobre 1997, l'Institut étend ses activités en s'engageant dans une nouvelle entreprise alternative à la démolition mécanisée: le démontage et la refabrication des structures des bâtiments voués à la démolition en vue de leur réutilisation L'institut développe de nouveaux marchés pour ces structures récupérées et réfabriquées et ouvre un entrepôt de matériels en gros et de vente directement sur site (Deconstruction Warehouse). Le personnel reçoit une formation dans l'utilisation des outils, les techniques de construction, la terminologie du bâtiment et les standards de sécurité. Les habitants créent des emplois et acquièrent une formation, des compétences et un statut social. L'Institut prodigue aussi, avec son programme "Green Ed", des classes, des forums et des projets pour permettre aux citoyens de jouer un rôle majeur dans la mise en œuvre de l'eco-efficacité et des éco-comportements.

Historique

Activités

l'éco restructuration de la base industrielle urbaine

l'entreprise durable

la création locale d'emplois

En octobre 1999, ouverture, sur l'ancien site prévu pour l'usine de déchets, du "Phillips Eco-Enterprise Center", construit à 79 % de matériaux usagés et refabriqués.

En juin 2001, le Centre réunit 15 entreprises de l'environnement et de l'énergie verte et a suscité 240 emplois locaux. La conception, la construction, l'exploitation des 6000 m2 de terrain avec des activités commerciales et pro-industrielles vertes font de ce centre un des l'information plus économes et efficients au monde en matière de gestion des environnementale ressources et d'énergie et un exemple remarquable de liaisons intégrées et croisées d'écologie industrielle, de revitalisation urbaine et d'insertion sociale. 75% des 3 millions de dollars de budget annuel d'exploitation de l'Institut (année 2000) proviennent des revenus de ses activités. Ressources . 25 % proviennent de financements locaux et nationaux. Les dons sont employés pour l'administratif, les ressources humaines et la planification

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2. Les éco-activités fécondatrices de l'éco-pôle
Le "Re-use Centrer" est le magasin de vente, sur 2500 m2, de matériaux et de matériels de construction usagés et réutilisables. Tous les produits vendus dans le magasin sont obtenus gratuitement ou rapportés par le "Déconstruction Service". Le Centre de Réutilisation a été créé en 1995 quand la population a convaincu les autorités locales du comté de revenir sur leur décision d'établir une station de transit de déchets dans la ville et s'est aperçue que la création de cette activité de récupération pouvait aider à réduire le volume des déchets gaspillés. Les ventes du magasin croissent d'année en année et ont plus que triplé en 2000. Un équipement informatique inventorie et évalue les économies de flux de matière et d'énergie du système mis en place. Quatorze personnes formées à la gestion par l'institut sont employées à plein temps et des tâches à mi-temps sont réservées à celles qui pourraient être considérées comme difficiles à employer. La reproduction de l'expérience est possible, il pourrait y avoir un centre de réutilisation dans chaque ville

Le "Déconstruction Warehouse" est une activité de démontage des bâtiments domestiques et commerciaux et se présente comme une alternative à la démolition mécanisée. Ce service vend ensuite le matériel à des fins de réutilisation domestique ou professionnelle. Créé pour fournir des emplois, il emploie 12 personnes formées par l'Institut pour le seul démontage des structures des bâtiments. Ce programme de Déconstruction, qui avait reçu sa première subvention de 250 000 $ du Ministère de l'Environnement en 1998, est devenu un modèle. Les administrations fédérales ont récemment demandé aux responsables de ce programme de les aider à leur transposabilité dans d'autres villes et notamment à Hartford dans le Connecticut.

Le "Green Ed" est un programme d’éducation et d'informations environnementales et de développement de la conscience environnementale publique et sociale. L'Institut travaille sur l'environnement urbain et ses impacts sur la vie des populations. Les domaines privilégiés par l'Institut sont la réduction des déchets ou la récupération de ceux qui ont une valeur, l'usage des technologies sociales vertes appropriées, les activités de la durabilité dont les économies d'énergie. L'Institut organise des classes, des forums et des projets spéciaux pour souligner comment les citoyens peuvent jouer un rôle clef en société dans la mise en œuvre de la durabilité et des écopratiques. Plus de 60 réunions suivies par plus de 400 personnes ont été tenues en 2000. La forte réceptivité de la population à des émissions locales d'informations spécifiques animées par des personnes reconnues pour leurs réalisations sur le terrain et portant sur les pratiques de la durabilité montre qu'une population informée peut parfaitement réaliser des choix responsables de produits et de services et faire pression sur les marchés.

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3. "PHILLIPS ECO-ENTREPRISE CENTER" UN ECO-POLE OPERATIONNEL DE L'ECOLOGIE INDUSTRIELLE UNE PRATIQUE ECONOMIQUE DE LA RECIPROCITE
des activités éco-industrielles, commerciales, informationnelles associées, combinées, croisées, mises en synergies et, pour certaines, intégrées. une conception d'avant garde de l'innovation sociale, de l'éco-efficience et des technologies vertes appliquées. un essaim, un catalyseur et un incubateur virtuel d'entreprises durables un ingénieur collectif de l'éco-restructuration des bases industrielles urbaines des conseils, du montage de projet, de la recherche et du management environnemental un laboratoire opérationnel de stratégies transversales de la durabilité

90 % de ressources locales et 79 % de matériaux usagés et refabriqués 240 emplois

Photo : e4 Partners

Deux objectifs primaires ont guidé la construction en fonction d'un budget limité: 1- minimiser les émissions de polluants, l'usage de l'énergie fossile et des ressources matérielles pour sa construction et pour son exploitation. 2- offrir un environnement de travail sain. La conception, le mode de construction du bâtiment, ses activités et son fonctionnement font de ce centre un des plus économes et efficients au monde en matière de gestion des ressources et d'énergie et un exemple remarquable de liaisons intégrées et croisées d'écologie industrielle, de revitalisation urbaine et d'insertion sociale. Une construction écologique d'acier et de verre, sur un terrain de 4 ha, produite à 79% avec des matériaux récupérés et à 90 % de ressources locales, résultat de l'action communautaire, du développement des programmes sociaux antérieurs et de l'ingénierie environnementale et sociale.

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Les habitants et les associations soutenant les populations fragiles du secteur de Phillips peuvent découvrir combien ils avaient réussi à transformer un site prévu pour stocker des déchets en un centre écologiquement et économiquement performant, utile à la richesse sociale et à la revitalisation de la communauté. Ils font maintenant tourner les déchets dans des services utiles, créateurs d'emplois et d'un environnement plus propre.

4. Bilan
autonomie financière et aide publique
75% des 3 millions de dollars environ de budget annuel d'exploitation de l'Institut (2000) proviennent des revenus de ses activités et de ses investissements éthiques (les loyers des sociétés résidentes dans l'éco-centre). 25 % viennent de financements locaux et nationaux. Les dons sont employés pour la gestion administrative, les ressources humaines et la planification stratégique. Ce sont les garanties offertes par l'Etat du Minnesota (1,5 millions $) et par la Bremer Bank (3 millions $), et les baux signés d'avance par les entreprises vertes candidates à l'installation dans le centre qui ont finalement réussi à effacer les doutes exprimés par les banques de crédit compte tenu de la nature spécifique des activités de l'institut vert. Les programmes fédéraux de développement économique conçus pour aider les communautés affligées par la détresse économique à développer des activités d'écologie industrielle servent à la marge au développement des projets du centre et les aides fédérales à l'emploi permettent à ce centre d'employer les habitants les plus en difficulté. L'exemption d'imposition pour ses programmes et à un moindre niveau les modérations de nature fiscale pour les propriétaires qui effectuent des donations des structures et des matériaux de construction usagés ne sont pas négligeables dans son développement.

performances sociales et économiques
L'éco-centre, qui a ouvert ses portes fin 1999, était le projet le plus ambitieux du "Green Institute" : une éco-conception, une empreinte écologique limitée, une surface de travail de 6000 m2 et un environnement de travail sain qui produit un impact positif certain sur la manière de travailler de la population locale employée. Si le coût de la construction de l'éco-centre était supérieur d'environ 10% par rapport à une construction traditionnelle de même taille, les économies sur le budget de fonctionnement doivent permettre de les couvrir sur 4 ou 5 ans. L' éco-centre a été pleinement occupé en 2 ans par 15 entreprises d'activités durables qui coopèrent entre elles. Il est devenu une multitude de liens; de réseaux relationnels et d'informations qui offrent aux entreprises résidentes et à la population des occasions réelles de créer de la richesse et de la réinvestir localement. Par rapport au projet de station d'installation de la déchetterie le Comté de Hennepin a économisé plusieurs millions de dollars. Mais le service concret et immédiat du centre est le nombre d'emplois gagné et la quantité de nuisances en moins. Il a induit 240 emplois, dont près des 2/3 des tâches sont tenues par la population locale et environ 1/4 du total pour l'institut vert.

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Avec un budget de près de 3 millions $, en 2000, l'Institut Vert est devenu un moteur de la création de la richesse de la communauté de Phillips. En employant des habitants chaque fois que possible et en suscitant le dynamisme de la population, l'Institut alimente toute une chaîne d'activités durables et d'emplois dans la ville. Il est devenu un acteur important de la revitalisation de son tissu urbain. Le Centre attire et brasse nombre d'activités complémentaires entre elles et une large gamme d'emplois des plus simples au plus qualifiés. La promotion des énergies renouvelables, des technologies économes et vertes et des liaisons éco-industrielles et sa collaboration avec les entreprises présentes dans le centre fournissent dorénavant à l'Institut vert des opportunités d'activités dans des domaines nouveaux pour lui: le conseil en gestion, le marketing, l'aide au montage technique et financier de projets verts et le développement de nouveaux produits et services. En réunissant dans le même bâtiment différentes activités de la durabilité, certaines tâches considérées hier comme socialement inférieures devraient être capables d'acquérir de nouvelles qualifications et susciter de nouveaux acteurs dans le développement durable. L'institut vert a mis en place des programmes de formation pour promouvoir les compétences des personnels les plus motivés.

économie de matières et coopérations
C'est la coopération multidisciplinaire entre habitants, écologistes, constructeurs, professionnels du développement commercial, architectes, ingénieurs, managers de construction, associations de locataires et étudiants d'université, qui a fourni l'expertise et l'énergie créatrice pour choisir les matériaux de construction sains et intégrer le solaire, le vent, les sources géothermiques et l'éclairage naturel dans son fonctionnement. Et c'est en partie grâce aux équipes de démontage et de récupération des structures et matériaux usagés de valeur que les coûts de construction du nouveau centre n'ont dépassé que de 10 % les coûts d'un bâtiment classique du même type.

SUBSTITUER LA PRODUCTIVITE DES RESSOURCES A CELLE DU TRAVAIL
22.000 briques récupérées d'un vieil entrepôt de Chicago. Des poutrelles en acier récupérées d'un entrepôt des années 60 dans le comté de Washington. La réutilisation de ces 189 poutrelles en acier a sauvé environ 50 tonnes de nouvel acier et 110 millions de BTUs d'énergie requis pour fabriquer l'acier. Les bandes de roulement d'escalier ont été fraisées à des faisceaux de sapin âgés de 75 ans, récupérés d'un entrepôt de l'armée. 241 mètres de bois de construction vierge sauvés. Six des éviers du restaurant du bâtiment, des boîtes d'extincteur dans le secteur de fabrication, et des coffrets dans la salle de vente sont des objets récupérés Des bancs de douche et des plate-formes d'extérieur ont été construits avec du séquoia récupéré des projets de démolition de maisons individuelles. Les bureaux de l'institut vert utilisent des portes et des fenêtres récupérées et les postes de travail ont été récupérés puis refabriqués Des tuiles de salle de bains sont faites à partir du verre réutilisé à 100% Quelques secteurs tapissés emploient un produit à 100 % recyclable après utilisation et usent 60% moins de matériaux que le tapis traditionnel

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économie d'énergie, innovations de pointe et éducation environnementale
Le centre emploie environ 55 % de l'énergie qu'une construction du même type de taille emploierait. Le soleil éclaire la plupart des intérieurs. Les ampoules électriques sont rarement branchées pendant le jour. Par exemple, sur le toit quatre miroirs rectangulaires sont assis au-dessus de chaque lucarne. De l'aube jusqu'au crépuscule, des détecteurs de la lumière du soleil orientent les miroirs à lumière de façon optimale. Pour éviter des points chauds, des prismes dispersent la lumière dans des panneaux de plafond opaques acryliques Beaucoup d'autres exemples, comme le système de chauffage et de climatisation géothermique ou le recyclage intégral de l'eau pluviale font de cette construction un recueil de technologies "propres", Plusieurs de ces technologies environnementales sont si nouvelles qu'il n'existe aucun code réglementaire. L'utilisation des matériaux de récupération dans la construction, à 79 % de matériaux usagés et refabriqués, et l'intégration de l'énergie solaire, du vent et des systèmes géothermiques mécaniques dans son exploitation, réduisent non seulement le gaspillage des ressources et de l'énergie mais instruisent le public aux options alternatives locales et peuvent contribuer à le détourner de l'énergie fossile et du combustible nucléaire. Modèle de design eco-industriel, ce centre est un des meilleurs au monde pour les performances économiques, environnementales et énergétiques de ses équipements et de ses activités. Des douches y ont même été installées pour encourager l'usage du déplacement professionnel à bicyclette. Aligné sur un futur couloir vert urbain en projet, il se trouvera environ à 5 minutes d'une nouvelle station de train en construction.

Photo : e4 Partners

une banque de miroirs placés sur le toit permet l'éclairage naturel de l'ensemble des locaux

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5. Transposabilité, essaimage
L'avenir de l'écologie industrielle se joue moins à Kalundborg démonstratifs et dans les succès de ses applications en ville. que dans les effets

Les éco-liaisons industrielles requièrent de la confiance, des échanges d’informations, des proximités, de la coopération et des réseaux de réciprocité. A Kalundborg comme à Phillips. Avec les 15 entreprises résidentes, "Phillips Eco-Enterprise Center" n'atteint pas la taille des "éco-parcs industriels" américains et encore moins celui de Kalundborg mais son potentiel de croissance est très élevé et il est surtout d'une toute autre nature. Dans une société organisée selon des boucles de réutilisation, la véritable économie de services est d'abord locale et la ressource critique est le savoir faire, l'expérience, le relationnel et la polyvalence. De plus, la rentabilité des liaisons éco-industrielles est proportionnelle à leur taille, plus une boucle est petite, plus elle est écononomiquement et environnementalement intéressante. L'éco-pôle d'éco-activités de Minneapolis illustre les liaisons interactives d'écologie industrielle dans leur mode urbain, résilientes, redondantes, flexibles, légères, ouvertes à l'innovation, rapidement assimiliables par la population et pour, une bonne part, d'entre elles, immatérielles.

L'avenir de l'écologie industrielle se joue non à Kalundborg, mais en ville. Là, elle laisse entrevoir d'autres liaisons que celles qui émergent de la seule manipulation d'espèces chimiques et d'une collection de pipelines. C'est ce que montre l'expérience de l'Institut Vert et son rôle.. Là, l'écologie industrielle est en rapport direct avec des lieux dont l'objet concret et perceptible est la vie commune et c'est là que ses liaisons sont, de manière concrète, appropriables par la population. L'écologie industrielle ne se destine donc pas aux seuls grands équipements de l'industrie lourde ni aux échanges massifs de flux d'énergie et de ses sous produits. Les liaisons éco-industrielles exigent et sont permises par une éthique de la réciprocité dans l'échange de services, dans la mise en synergies des informations qui doivent être en permanence alimentées et enrichies par les divers partenaires et le partage d'un objectif commun. Cet objectif commun ne saurait être étranger à l'histoire qui les a réunis : la protection préventive de l'environnement global, l'éco-restructuration des bases industrielles de la ville de Phillips et l'objet social du réalisateur du centre, l'institut vert, entreprise-association pivot de l'éco-centre, ancrée socialement et environnementalement sur le territoire duquel elle est issue. Cette éthique de la réciprocité, celle que requiert la proximité, s'inscrit dans un certain rapport avec l'histoire locale de la gestation du centre, dans un voisinage réciproque avec les principes fondateurs de l'éco-centre et dans la complémentarité des rôles des différents partenaires. Cette éthique fonde la confiance entre les partenaires, requiert l'échange de leurs expériences dans le domaine commun qui est le leur, celui de la durabilité, et suppose d'autres expériences de réalisations communes. Cette confiance et ces proximités entre les divers partenaires sont la base du développement de l'écologie industrielle, indépendamment des motivations propres des partenaires, comme le montre aussi l'expérience de Kalundborg.

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Mais le maintien des proximités, n'implique pas que les partenaires du local ne puissent pas développer leurs propres réseaux et leurs propres marchés. D'ailleurs, certains équipements récupérés et certaines technologies vertes utilisées dans la construction du centre viennent de fournisseurs non locaux.

L'institut Vert, entreprise-association, pivot du "Phillips Eco-Enterprise Center", privilégie les entreprises durables, celles qui ont besoin l'une de l'autre, intègrent des stratégies de coopération "over the fence", échangent leurs informations, mutualisent des équipements, recyclent leurs informations et leurs produits usagés auprès des entreprises partenaires. Il œuvre de la même façon que l'entreprise pivot de l' éco-parc industriel de Kalundborg, la centrale énergétique, mais ses sources majeures d'énergies sont d'abord issues des synergies informationnelles, de l'ingénierie humaine et des énergies sociales locales. Il favorise les échanges avec les associations, les entreprises commerciales et industrielles locales pour introduire des complémentarités environnementales dans leurs projets tout en développant les retombées sociales locales et les transferts de savoir faire et de technologies sur des projets voisins dans les autres régions, notamment en matière d'éco-restructuration industrielle et de revitalisation urbaine. Au total, l'institut vert apparaît donc comme un catalyseur et l'éco-centre comme un éco-pôle, un incubateur d'activités, une grappe d'éco-technologies, une association caractéristique d'entreprises stratégiques clés, essaim des liaisons eco-industrielles appliquées, notamment dans les domaines de l'énergie, de l'eau, des modes de production, du management environnemental, de l'éco-construction et des stratégies pratiques de la durabilité urbaine.

Ainsi, en matière d'opportunités stratégiques, un des projets travaillés, concerne l'utilisation, à taille humaine, d'un incinérateur prés du site actuellement fermé. Il s'agit de co-générer de l'électricité et de la chaleur, en brûlant les structures de construction en bois non récupérables pour chauffer de l'eau, se servir du gaz naturel et produire l'électricité. Eau chaude et électricité devront servir des équipements voisins(dont un centre commercial) et les résidences proches du centre. On retrouve ainsi un des principes de l'écologie industrielle, l'utilisation en cascade d'une technologie, d'un service et d'un produit. L'Institut vert projette ainsi d'étendre la surface commerciale et industrielle autour du centre pour attirer de nouvelles entreprises commerciales, industrielle et artisanales, concevoir des éco-équipements communs et leur permettre d'échanger leurs déchets. Une usine d'asphalte, un entrepreneur de toiture sur site, complété par une entreprise capable de réutiliser la porcelaine, employée par l'entrepreneur de toiture comme substitut du sable, peuvent permettre de créer une nouvelle boucle éco-technologique.

A la différence de "Kalundborg", les transférabilités méthodologiques de "Phillips" sont, en apparence, plus simples à réaliser. Elles le seront là où des structures territoriales souhaiteront travailler en partenariat croisé avec les porteurs locaux d'énergies de l'économie solidaire.

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IV. L'ECO-RESTRUCTURATION INDUSTRIELLE Le prototype "Burnside Industrial Park"au Canada

"Eco-Efficiency Centre"
Halifax- Nouvelle Ecosse- Canada

Burnside Industrial Park : résultats année 2000 pour 34 des entreprises inscrites au programme de protection environnementale 1569 tonnes de déchets solides préservés de l'enfouissement 119321 litres de déchets liquides préservés des égouts 13,5 millions de litres de consommation d'eau en moins 90 602 $ de dépenses économisées

Le but de "l'Eco-efficiency Centre" est concrètement de faire avancer par catalyse le pari économique de l'écologie industrielle auprès des entreprises d'un parc industriel existant. Il aide aux choix environnementaux qu'il identifie, promeut la gestion économe des ressources, fournit des outils, réalise et coordonne sur le parc des programmes d' "éco-business". Il démontre que les pratiques "propres"ou "vertes", les échanges d'énergie et de sous produits, et le développement de la récupération et la coopération "over the fence" génèrent un gain ou réduisent les coûts des intrants, évitent les charges prohibitives et vaines du traitement "end of pipe" des déchets et de la pollution et limitent les impacts environnementaux d'un parc considéré dans son ensemble.

De même que la durabilité du développement ne se réduit pas au développement des liaisons éco-industrielles, qui ne sont qu'une des conditions majeures de sa mise en oeuvre, l'écologie industrielle ne se réduit pas à l'éco-efficience, qui n'est qu’un de ses outils à l'échelle de l'entreprise

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L'écologie industrielle, s'inscrit dans une perspective plus vaste, la société d'utilisation ("functional économy"). Celle-ci requiert des trajectoires technologiques qui permettent d'intensifier l'utilisation des matières usagées, la réduction des flux des matières vierges et donc la mise en boucle des flux de ressources et d'énergie et la minimisation des émissions dissipatives. Mais l'éco-efficience est un concept plus aisément accepté par le monde de l'entreprise que celui de prévention de la pollution ou de développement durable. Pour un parc industriel existant, l'argumentation des avantages économiques de l'écologie industrielle peut être plus opérationnelle et plus pédagogique et exercer une influence écorestructurante sur les marchés, bien plus appropriée que certaines réglementations environnementales aux effets pervers23. Les résultats comparatifs d'enquêtes, présentés ci-après, le confirment.

23

voir étude de cas sur la l'assainissement et la protection de l'eau

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Opportunités, obstacles et conditions du développement de réseaux éco-industriels sur les parcs industriels existants
DEUX-SYNTHES - France
Bases d'informations : étude commandée par l'ancienne municipalité de Grande Synthe avec l'appui de GDF et réalisée par ICAST et Bulle Bleue en 2000 Un parc de 28 entreprises dont 9 classées "Seveso"; peu d'activités de fabrication; 50 ha vierges situés dans l'agglomération Dunkerquoise et la reliant à l'entreprise sidérurgique Sollac 11 entretiens,14 questionnaires remplis et 5 sociétés présentes à la remise des résultats de l'étude - très faible réception des mots environnement et écologie - les réunions coopératives sont considérées comme une perte de temps. -crainte de divulguer des informations à la concurrence ou aux autorités de contrôle, ce qui rend difficile l'identification des liens potentiels sans confiance. -croyance en l'efficacité des techniques end of pipe du recyclage des déchets et de la pollution -faible degré de coopération entre les communes -faibles contacts interactifs entre la mairie et les responsables d'entreprise -inexistence de communication entre les entreprises analyse des réponses à un questionnaire auprès de 75 entreprises - quelques entreprises avec des liens d'écologie industrielle

PORTLANDS, TORONTO - Canada
Source : enquête conduite en 1998 par une équipe d'étudiants et leurs professeurs en études environnementales de l'Université de Toronto

- faible disposition à divulguer à des tiers de l'information sur la nature des entrants et sortants

L'argumentation des avantages économiques de l'écologie industrielle suscite plus d'intérêt auprès des entreprises que l'appel au sens de la responsabilité environnementale

-méconnaissance des entrants et sortants de la zone - un manque de connaissances de la part des et des flux indirects générés entreprises et de leurs managers de la nature -méconnaissance de l'importance d'une stratégie des activités du parc et les liens potentiels qui énergétique commune et d'une stratégie d'attraction peuvent exister entre elles. en direction d'entreprises nouvelles - focalisation sur le traitement des déchets plus qu'une recherche de ressources potentielles - fortes potentialités de liaisons éco-industrielles - forts liens potentiels d'écologie industrielle (flottants de filtration organiques à potentiel fermentiscible; non réalisés dans un parc très industriel scories de sablage; bâtiments et infrastructures inutilisés,
gestion de l'énergie et de l'eau) et

- gain économique et environnemental maximum accessible par la coopération - nécessité d'une structure catalytique, d'un club d'entreprises et d'une association généraliste de ville - un besoin de mécanismes pour promouvoir la coopération et l'échange d'informations et pour stimuler le changement identifier les bénéfices économiques et les - plus grande pertinence de l'échelle territoriale programmes d'écologie industrielle. pour des liaisons éco-industrielles

d'emplois

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La recherche de l'éco-efficience peut conduire localement à la mise en place des infrastructures techniques de la durabilité, dès lors que les technologies employées pour améliorer les performances environnementales des entreprises d'un parc existant ne les conduisent pas à déplacer dans l'espace ou dans le temps les pollutions, à intensifier globalement l'extraction de matières vierges, à traiter les nuisances de la production de manière cloisonnée ou à choisir des techniques d'entretien plus mécanisées. Le travail humain et la décentralisation des opérations restent mieux adaptés pour les opérations de maintenance et les volumes de re-fabrication réduits. L'éco-efficience peut permettre dans un parc industriel de faire converger la performance environnementale individuelle et la prévention environnementale globale, être un outil à l'échelle individuelle de la durabilité globale, si elle est obtenue par l'utilisation de technologies de production propre, par le développement de la coopération "over the fence", par la mise en place de liaisons éco-industrielles, par la mise en oeuvre d'un réseau eutrophique à l'échelle des systèmes industriels, d'une région ou d'un parc. Les nouveaux matériaux, sélectivement dégradables ou biodégradables, les bio-décomposeurs, les extracteurs, les symbioses, la réutilisation en interne ou en réseau des déchets liquides ou solides, l'économie dans la consommation d'eau et d'énergie, la limitation des émissions dissipatives, participent à la protection préventive de l'environnement. Telle est l'optique, sur un mode pragmatique car inscrite dans la durée, de l "Eco-Efficiency Centre", organisation non gouvernementale et sans but lucratif, situé dans le parc industriel déjà constitué de Burnside, s'étendant sur 1200 hectares, le plus grand de la côte atlantique du Canada. Un des pionniers canadiens d'écologie industrielle, Raymond Côte, professeur de la "School for Resource and Environmental Studies" de l'Université de Dalhousie, dirige ce centre, avec l'appui des gouvernements, fédéraux, provinciaux et municipaux, et d'autres associés et tente, depuis 1995, d'établir, à l'aide de la promotion des pratiques éco-efficientes, des liaisons d'écologie industrielle entre les 1300 entreprises que compte le parc industriel de Burnside qui emploie 17 000 personnes. Il dirige ainsi un service de recherche multidisciplinaire, multidimensionnelle et multipartenariale de l'université de Dalhousie et intègre des étudiants pour conduire des études pratiques en grandeur nature et en faire un laboratoire d'expérimentation et un prototype d'essai pour l' éco-gestion des parcs industriels de la Nouvelle-Écosse et, plus largement, pour ceux du Canada. L'équipe d'associés, publics et privés, partage l'engagement d'améliorer la performance environnementale et l'efficacité économique des entreprises du parc, de la municipalité régionale de Halifax et de la Nouvelle-Écosse dans l'ensemble.

1. Les tâches pilotes du Centre.
L' "Eco-Efficiency Centre" apparaît comme le support actif du management, de la recherche, de l'information et de la sensibilisation environnementales pour les petites et moyennes entreprises de parcs industriels déjà constitués, comme celui de Burnside. Le nécessaire pragmatisme du Centre et la volonté de son directeur d'être concret et rigoureux, d'articuler le local et le global, la performance économique individuelle et le résultat environnemental global, le cloisonnement des entreprises et les liaisons globales de la durabilité, est visible dans l'immense énergie déployée pour faire avancer la durabilité par

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tous les angles d'attaques : recueil de l'information, chroniques dans la gazette mensuelle locale du parc, circulation pédagogique de l'information, éducation à l'environnement, animation de réunions, audits, aide à la décision, coordination, conseil, recherche, enseignement, expertise, ingéniorat, négociation, management. Que de tâches et de fonctions plurivalentes et transversales de la durabilité !

L'énergie déployée devrait principalement se traduire à terme par le renforcement du nombre et de la nature des liaisons eutrophiques entre les entreprises existantes et entre le parc et la ville, le développement des sociétés qui louent, réparent, récupèrent, remanufacturent et réutilisent, et, sur les 200 hectares encore libres du parc, l'intégration d'entreprises qui contribueraient à la mise en boucle des activités du plus grand nombre. Les tâches du Centre sont : de proposer des réponses à la demande d'information et de faire connaître les opportunités économiques d'activités de prévention de la pollution et de la conservation des ressources sur le parc mais aussi sur l'ensemble de la province de Halifax ; de proposer et de conduire des bilans de la qualité environnementale des équipements des entreprises dans le parc industriel avec l'objectif d'identifier les pratiques de réduction à la source de la consommation d'énergie et d'eau; de produire et de distribuer des fiches d'informations sur les activités appropriées à développer dans le parc et sur la province; d'organiser de manière coopérative des sessions de formation environnementale et des ateliers de promotion des affaires environnementales; de promouvoir les succès du parc pour encourager d'autres entreprises; de soutenir les efforts de coopération et les liaisons entre activités et entre entreprises. Certes, il y a déjà de nombreuses liaisons et de toute nature entre les entreprises dans Burnside et de plus en plus pour les entrepreneurs qui créent. Par ailleurs différentes catégories d'équipement, de services et d'infrastructures collectives desservent la zone. Le centre se sert aussi de ces liaisons pour encourager, non seulement le recours à des technologies de production "propres" ou "vertes", mais aussi les échanges de sous produits identifiés. Beaucoup plus d'échanges peuvent s'établir si une meilleure base de l'information est élaborée, si de nouvelles coordinations entre activités s'établissent et si plus d'entreprises entrent dans des programmes "éco-affaires" proposés par le Centre. La crainte de divulguer des informations à la concurrence, le temps des études initiales (notamment les réunions) et le montant de l'investissement immédiat freinent le courage des entreprises et surtout des plus petites. Or 95 % des entreprises sont petites ou moyennes. Néanmoins, une centaine d'entreprises du parc, essentiellement les plus grosses sociétés, participent déjà à la dynamique suscitée par le centre. Il y a beaucoup de types de raccordements ou de réseaux, en aval et en amont, qui pourraient renforcer la communauté de Burnside. Mais, la plupart des petites entreprises n'ont pas l'argent ou l'expertise nécessaires pour traiter les questions environnementales. Le Centre mutualise donc en cette matière les emplois requis, les informations utiles et les programmes de formation. Les sociétés d'un même secteur ou dans la même filière industrielle ou commerciale pourraient grouper leurs achats. Un tel achat invariablement réduirait des coûts. La mutualisation de certains équipements pourrait réduire leur sous utilisation ou permettre la mise en place de nouvelles infrastructures. Le covoiturage et un transport collectif des personnels pourraient éviter la congestion des routes et peut-être relier des personnes de manière à créer de nouvelles occasions.

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Bref le Centre dispose d'une variété de stratégies pour encourager les affaires vertes dans le parc industriel et cet objectif est lui-même accompagné d'une série d'actions environnementales convergentes externes.

2. Les stratégies de l' "Eco Efficiency Centre"
Dans le cadre d'une vision d'ensemble du but et des données identifiées relatives à la situation des entreprises du parc et aux coopérations possibles entre elles, le Centre informe, forme, suscite des affaires, propose des audits, orientent les entreprises vers les technologies d'économies de ressources, d'énergie et d'eau, vers la récupération en interne de leurs sousproduits ou vers la réduction ou l'échange de leurs sous produits et de leurs de déchets solides ou liquides dans le rayon du parc ou dans le périmètre de la province. La mise en oeuvre continue des projets qui repèrent les opportunités d'application des démarches de l'écologie industrielle est essentielle à son succès. L'outil premier du Centre est la promotion des programmes volontaires par lequel les sociétés adoptent un code environnemental qui les engage à effectuer un bilan environnemental de leurs équipements et à réduire les gaspillages d'eau et d'énergie. Le Centre offre l'information, les outils et l'expertise pour aider les entreprises à augmenter simultanément leurs performances environnementales et économiques et l 'inventaire des possibilités très concrètes d'économiser sur les coûts environnementaux Chaque année, le Centre nomine les entreprises qui ont réalisé des réductions significatives de coûts et des améliorations environnementales innovatrices. Il met en évidence la crédibilité et l'intérêt du programme environnemental auprès des autres entreprises et les encourage ainsi à améliorer leurs résultats économiques par leurs progrès environnementaux. Il identifie les nouvelles solutions collaboratives pour diminuer les impacts environnementaux du parc et soutient les entreprises qui échangent leurs sous produits (palettes en bois, métaux, matériel d'emballage, ) Mais son action stratégique porte aussi sur l'ensemble du périmètre environnemental du parc. Elle intègre : - la préservation et l'intégration de fonctions écologiques dans la zone interne au parc, retraitement par exemple, des terres humides ("wetlands") qui avaient servi antérieurement de décharge, réhabilitation des sentiers verts, réintroduction des plantes et des arbres, - la réhabilitation et valorisation des écosystèmes du parc et leur mise à disponibilité pour les écoles. Ce remarquable et patient travail couvre le large champ des liaisons éco-industrielles dans un parc industriel. Il offre, à la France, un laboratoire de mécanismes, de pratiques, de démarches et de stratégies utiles aux structures territoriales qui voudraient s'engager dans le réaménagement et l'éco-restructuration des zones d'activités commerciales et industrielles.

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BURNSIDE INDUSTRIAL PARK / ECO-EFFICIENCES
• coopérations éco-industrielles et économies de ressources et d'énergie
La réutilisation du polystyrène en excès d'une société informatique par une société d'emballage. La plus grande quantité de perte produite dans le Parc de Burnside est l'emballage. Il entre sous la forme de palettes en bois, des boîtes en plastique, des bouteilles et leur enveloppe, des boîtes cartonnées, des sacs de papier, le polystyrène. Bientôt une boucle locale d'échanges ? La réutilisation externe de sous produits au profit des projets créateurs des compagnies artistiques, des foyers municipaux, des écoles, des colonies de vacances et des groupes de personnes âgées La société Argo a négocié un accord mutuellement avantageux avec une entreprise locale pour que cette dernière récupère les conteneurs de peinture résiduelle et des sous-produits de cendres de zinc et les achemine aux entreprises locales pour lesquelles elles deviennent des ressources. Les coûts d'acheminement des conteneurs et d'enfouissement des déchets sont ainsi économisés.

mise en boucle interne fermée et utilisation efficiente de l'eau

Farnell Ltd. est notamment maître dans la fabrication d'emballage sous film plastique soufflé. L'entreprise a installé un nouveau circuit de refroidissement en boucle fermée en substituant le glycol à l'eau, qui, auparavant, une fois servie, était acheminée dans le réseau d'assainissement. Les économies sont estimées à 5000 $ par an et la réduction de consommation d'eau a baissé de 85 %. Les économies de coût rembourseront l'investissement en moins d'un an. La société Argo travaille notamment les techniques de galvanisation du métal. Elle fait partie d'une industrie qui a de sérieux problèmes environnementaux, avec des sous-produits dangereux et une consommation de grandes quantités d'eau et l'énergie, et doit observer une réglementation sévère pour cette activité. Grâce à l'achat d'un équipement spécial, les résidus contenant un composé chimique toxique (MEK) sont dorénavant retraités sur place. La société récupère plus de 95 % du produit chimique sans perte de qualité de ses propriétés. 45 litres récupérés réduisent des dépenses d'exploitation de 80 $ par jour à capacité normale d'utilisation des équipements.

recyclage, récupération, refabrication, réutilisation

Une variété de sociétés de réutilisation des cartouches d'encre, réencrage de rubans, rechapage de pneu et remise à neuf de meubles.

économie des ressources

Le Nova Scotia , une organisation à but non lucratif dans le domaine de la sécurité employait 24 personnes, chacune ayant leur propre ordinateur et une imprimante. Elle n'a plus qu'une seule imprimante mais en réseau.

réduction des déchets solides

Metrographic est spécialisée dans l'utilisation de papiers recyclés et des encres végétales. Elle ne produit plus que juste deux sacs de déchets par semaine. Pratiquement tous les sous produits sont réutilisés (papier, aluminium, papier d'aluminium, ondulé, film, cartouches d'encre, conteneurs d'encre, tasses de papier, cartons, )

• éco-efficiences comme programme d'entreprise
Swedwood, filiale d'IKEA, est dotée d'une équipe environnementale de 10 personnes, appelée: " Comité Vert."

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Le débat public et la participation d'acteurs associatifs du développement durable et d'énergies civiles locales à la mise en place des stratégies éco-industrielles locales permettraient d'ajouter des pistes nouvelles à celles modélisées par le Centre de Burnside, notamment de nouvelles articulations entre les centres d'activités et les populations résidentes, à l'exemple de celles produites par le «Green Institute» dans la ville de Minneapolis.

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V. LES LIAISONS ECO-INDUSTRIELLES DE RESEAUX
"NEW GENERATION SOFTWARE SYSTEMS INCORPORATED"
NewYork - Etats Unis

Le développement des liaisons industrielles ne se réduit pas au développement de territoires analogiques localisés : éco-parcs industriels (Burnside Park), éco-pôles d'éco-activités (Phillips Eco-Enterprise Center) ni aux échanges physiques d’énergie et de ses sous produits (symbiose de Kalundborg). Ces liaisons apparaissent aussi à travers des initiatives entrepreneuriales qui établissent de nouvelles proximités en constituant des réseaux de territoires. Elles s'appuient sur le croisement de relations de marché et de logiques organisationnelles. Elles utilisent un "parc" de relations interindividuelles fondées sur la confiance et de nouveaux circuits numériques d'échanges (internet)24. Ce type de réseau limite les infrastructures matérielles, réduit le nombre d'intermédiaires accélère la vitesse de circulation de l'information, multiplie les dessertes et raccourcit les distances. Moins gourmand en énergie, en temps en matériaux et en infrastructures, offrant plus un service qu'un produit, il participe aussi à la dématérialisation de l'économie. Ce type de réseau permet aussi de coordonner avec plus de souplesse l’offre et la demande entre les fournisseurs et clients surtout lorsqu'une médiation particulière intervient entre eux deux et concerne une certaine nature de produits échangés Lorsqu'il s'agit d'échanges portant sur des matériels informatiques usagés, récupérés, démontés, réparés, réassemblés, puis revendus, ce mode d'organisation semble indispensable. En effet, comme l'indiquent constamment les responsables d'entreprise, cette filière reste tributaire de l'accessibilité à certaines pièces détachées et de leur disponibilité. La coopération entre les entreprises doit donc être souple, flexible, tournante Par ailleurs, il s'agit de biens disséminés chez les utilisateurs, concentrés notamment dans les aires urbaines. La décentralité des opérations et la qualité du service sont une nécessité première.

24

Sur ces territoires numériques, nous avions noté l'existence d'éco-parcs virtuels aux Etats Unis

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La stratégie de la dématérialisation se manifeste par un effet de substitution : des activités de maintenance, de réparation prennent la place de la gestion des déchets des activités liées à la production et à la distribution de produits neufs. Un transfert s'opère entre les tâches de la production vers la réparation et l'entretien. Or ces tâches, à l'heure actuelle, souffrent de la variabilité des stocks de certaines pièces majeures dans la refabrication du matériel informatique. Le personnel devrait être d'une grande polyvalence, passant indifféremment de l'organisation, à la technique à la relation. Or le principe de spécialité du travail et le caractère cloisonné des formations étant encore dominants, les entreprises de cette filière qui ne disposent pas de la maîtrise de la conception initiale des produits rencontrent des problèmes de développement et de personnel. Le cas de l'entreprise étudié, la "NGS ", située à New York, offre un grand nombre d'intérêts. Elle a été créée par un français, lui-même ancien responsable de l'association EPIC. Un autre de ses intérêts montre que les affaires, la durabilité et l'emploi font bon ménage. D'autres intérêts, qui ont servi l'ensemble des analyses, apparaîtront à la lecture de l'entretien. Mais l'observation la plus saisissante peut-être, et dont mention n'avait nulle part encore été faite dans cette étude, pourrait concerner la gestion des ressources informatiques dans les entreprises en France et notamment dans le secteur public. Or la gestion économe des ressources offre des emplois de la durabilité et est un des objets majeurs de l'écologie industrielle. Il est donc clair que les démarches et les applications de l'écologie industrielle peuvent commencer sur chaque lieu de travail et notamment dans le secteur public. Ceci sera notre conclusion et, d'une certaine manière, elle est au début de l'aventure du créateur français de cette entreprise. Il lui appartient donc de clore provisoirement le sujet, quelques propositions simples en matière de développement, en France, des liaisons éco-industrielles suivront.

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LES ENSEIGNEMENTS D'UN ENTREPRENEUR FRANÇAIS, CREATEUR, AUX ETATS UNIS, D'UNE ENTREPRISE ET D'EMPLOIS DE LA DURABILITE NEW GENERATION SOFTWARE SYSTEMS INCORPORATED
New York- Etats Unis

RECUPERER, DESASSEMBLER, REFABRIQUER, VENDRE UN SERVICE

Entretien avec :
Ernest Noncent, 40 ans, créateur de l'entreprise, ancien membre de l'association EPIC, diplômé de l'université française, ancien cadre d'une entreprise publique française, installé aux Etats Unis depuis 6 ans

Les affaires locales en réseau, la durabilité et l'emploi
UN COCKTAIL PERFORMANT
1. L'ACTIVITE Caractères essentiels
-Démarrage de la société en 1996 -Achat et vente en gros et en détail de matériels informatiques / hardware et software -Démontage, réparation et refabrication du matériel informatique -Formation technique des jeunes en insertion sociale -Chiffre d'affaires 1996 : 800.000 $ 2000 : 1 600 000 $, 2001 : 2 500 000 $ (prévision) -12% du marché de la ville de New York dans le domaine du matériel informatique réfabriqué -10 emplois permanents

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Pourquoi avoir créé cette activité aux Etats unis et pas en France ?
En France, je travaillais dans le secteur public et j'ai constaté une gestion chaotique des équipements dans les services publics et privés. Parfois la durée d'usage du matériel était allongée malgré des performances très faibles; parfois les matériels usagés de valeur étaient mis rapidement au rebut; parfois pour maintenir le matériel en fonction, des pièces neuves étaient incorporées sans pour autant permettre des performances supérieures; parfois un achat de matériels neufs inconséquents. Bref, changés trop tard ou trop tôt et souvent sans principes ni stratégies claires, les équipements relevaient d'une gestion, proche du bricolage. Le travail du personnel s'en ressentait. J'imaginais qu'on pouvait faire autrement. En France, je disposais de la sécurité de l'emploi mais je me voyais mal m’engager dans une telle aventure, conscient que les esprits n'étaient pas prêts. En effet, les entreprises, notamment publiques, n'acceptent pas facilement l’idée d’acheter des matériels usagés, ni d'accroître la performance de leur matériel en fonctionnement qui n'est remplacé que relativement lentement. Les performances de matériel neuf auraient pu être obtenues avec le matériel antérieur mais correctement et à temps remis à jour Par contre aux Etats Unis, les entreprises ont un comportement porté sur la recherche de la performance du matériel et les individus ont un comportement de consommation plus dynamique, ils sont moins calculateurs sur leurs dépenses, ils recherchent l'efficacité. Le matériel tourne très vite et le marché informatique est un peu plus en avance. Les stocks de matériels usagés de valeur sont très importants et certaines pièces neuves sont difficiles à trouver à un prix abordable.

Que vise-t-elle ?
Faire mieux avec moins : le poids du coût des composants usagés dans le prix de revient du matériel refabriqué est de 30% contre 45 % pour les composants vierges dans le prix de revient du matériel neuf. Associer le gain économique, l'accessibilité de tous au produit informatique, la réduction du rebut, la limitation du gaspillage, la protection de l'environnement.

Qui en bénéficie ?
- Les nouvelles petites entreprises, des sociétés locales, des entreprises publiques, les écoles, les crèches, les étudiants, les petites bourses - les populations vulnérables susceptibles d'exercer des métiers de la récupération et du recyclage qui apparaissent encore moins nobles - la société toute entière grâce à la réduction des nuisances industrielles et grâce à une activité qui valorise le travail, le bon sens et l'ingénierie

Quels sont les éléments d'innovation qu'elle introduit ?
Une nouvelle façon d'envisager les relations entre commerce et environnement Gagner sa vie en créant du service et du travail Une relative polyvalence du personnel

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Prolonger la durée de vie des produits en achetant les matériels usagers parfois obsolètes, en désassemblant, en réparant et en réinjectant sur le marché à un prix très bas : certains au ¼ du prix d'un matériel neuf aux performances comparables Ainsi les gens s'habituent à considérer le service que la machine rend plutôt que de porter attention à l'objet lui-même. Mais cela ne signifie pas que ces objets doivent être tristes. Avec les économies faites, ils peuvent introduire dans leur budget d'autres dépenses

L'activité crée-t-elle du lien ?
Nous travaillons en réseau. Notre activité crée manifestement du lien avec les demandeurs à la recherche de pièces détachées. Par ailleurs et globalement, elle suscite généralement un bon nombre d'emplois (récupération, démontage, maintenance, entretien du matériel,). D'autre part, ce sont des services nécessairement proches des clients et eux-mêmes nous transmettent des informations intéressantes sur le matériel, les pannes, les besoins La confiance est primordiale avec nos fournisseurs de matériels usagés et nos clients qui, parfois, sont les mêmes. Une forme de solidarité naît dans la mesure où les gens pensent que le matériel informatique est trop cher et qu'il est impossible de s'en procurer. Ils sont donc très contents d'acquérir à bon prix un matériel de qualité. Cette activité a, en outre, permis de créer un centre de formation professionnelle : depuis 2 ans nous formons des jeunes de 18 à 26 ans pour l'Etat de New York avec lequel nous avons un contrat. La formation conduit à diplôme et nous les aidons à trouver un emploi à la fin du stage. Actuellement, trois de ces jeunes travaillent dans l'entreprise. Enfin, la nécessaire polyvalence (relative) du personnel offre des opportunités relationnelles mais parfois des tensions qu'il faut savoir gérer. Moi-même je suis au four et au moulin et je dois maîtriser parfaitement toutes les tâches

2. CADRE
Quels éléments du contexte jouent en faveur du développement de l'activité ?
Aux Etats Unis, 70 % de la population active gagnent environ 350 $ par semaine. L'achat d'un ordinateur leur paraît souvent comme quelque chose d'inaccessible. Pouvoir offrir et acheter à bas prix des objets usagés qui ont de la valeur Pouvoir se procurer un ordinateur au prix auquel nous le vendons et bénéficier de la proximité de nos services dédramatisent le produit informatique Plus de 40 millions de télévisions et d'ordinateurs, dont les moniteurs, deviennent annuellement désuets et, selon les experts en la matière, 50 millions d'ordinateurs et de téléviseurs seront jetés annuellement d'ici 2005. Et on ne sait combien de jeux électroniques pour enfants sont jetés

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Non seulement il y a gaspillage mais les produits électroniques contiennent des matières dangereuses tels que le mercure, le plomb, le cadmium et d'autres substances qui ne constituent pas un problème lorsqu'elles sont en fonctionnement mais deviennent toxiques lorsque ces produits sont évacués dans une décharge ou incinérés. On peut donc créer une activité économique en protégeant préventivement l'environnement.

En quoi cette activité permettrait-elle de protéger l'environnement ?
Le fait de prolonger la durée de vie du matériel joue un rôle incontestable sur l'environnement : nous parvenons parfois à le prolonger de 3 à 5 ans Par ailleurs, développer des activités économiques dans un domaine qui permet de prévenir la pollution de l'environnement est bien considéré par les entreprises clientes avec lesquelles nous travaillons, qui, elle mêmes, cherchent des occasions d'affaires dans le même domaine. Chaque fois qu’une pièce usagée est réemployée, l’énergie nécessaire pour la production d’une pièce identique est économisée et aucun rejet de fabrication ne se retrouve dans l’environnement. Sa réutilisation permet également de préserver les ressources en évitant l’utilisation de la matière première.

Quels facteurs jouent en défaveur de l'activité ?
La baisse des prix des produits neufs et l' "update" fréquent des logiciels Windows La formation du personnel la volatilité des cadres

Quels sont les opportunités dans le secteur
Les jeux électroniques usagés pour les enfants offriront de grandes perspectives si l'on règle le problème de l'approvisionnement.

3. ACTEURS
Qui est à l'initiative ?
Des anciens employés des grandes sociétés ont constaté que les entreprises avaient de grandes difficultés pour satisfaire la demande de pièces détachées. Je n'ai fait que poursuivre l'idée en l'adaptant avec les connaissances que j'avais de la gestion des équipements dans les entreprises et des besoins d'une clientèle dont le budget n'est pas élastique.

Quels acteurs (publics, privés) a-t-il fallu mobiliser ?
D'abord les écoles et les ministères publics et les entreprises qui se débarrassent du matériel usagé. Actuellement nous comptons parmi nos grands fournisseurs la poste et quelques grandes compagnies d'assurances. Nous achetons aussi beaucoup de produits en fin de location.

Comment s'est créée la convergence entre ces acteurs ?

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Le besoin de répondre à certaines demandes de pièces détachées très difficiles à trouver sur le marché surtout pour les écoles, les ministères ou des services de proximité comme les assurances.

L'action s'est-elle inspirée d'une expérience déjà existante ?
Les commerciaux des grandes compagnies sont les premiers à ressentir le besoin de réutiliser des machines usagées compte tenu de la demande accrue de certaines pièces difficiles à trouver

4. ETAPES ET MOYENS
Quelles ont été les étapes de mise en œuvre de l'action ?
Ouverture d’un petit magasin de réparation du type "buy and sell"; Achat et vente de matériels informatiques neufs Apprentissage du fonctionnement du matériel, des clientèles Fidélisation par la qualité du service Démontage, réparation et réassemblage. Passage au matériel usagé. Recherche de gros fournisseurs pour l'achat en masse Recherche d’économies d’échelle en offrant nos services aux grandes compagnies consommatrices Publicité dans les médias spécialisés Création d'un site internet Création de nouveaux circuits de distribution par l'Internet

Que reste-t-il à faire ?
Développer davantage le lien avec les sociétés voisines pour agrandir notre panel de clients Explorer d’autres champs de produits usagés électroniques (jeux électroniques pour enfants) et trouver les moyens d'abaisser leur coût d'acquisition. Développer la formation technique interne de façon à faire face aux nouvelles machines

Quelles compétences a-t-il fallu mobiliser, organiser ou acquérir ?
Connaissance du marché, du produit, des pièces les plus demandées, des pièces à panne, et des clients demandeurs

Quel est le coût initial de l'action (investissement, fonctionnement) et le mode de financement ?
Le coût initial dépend du volume d'activité que l'on souhaite Si on ne connaît pas trop bien le marché, il est préférable de commencer prudemment. On est vite confronté à l'obsolescence totale de certaines pièces ou machines J'ai personnellement commencé avec mes propres économies et petit à petit les banques se sont manifestées en accordant des découverts et des prêts.

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Quelles ont été et quelles sont les difficultés rencontrées ?
La grande technicité du produit, une modularité insuffisante des produits, l'élimination des matériaux non refabriqués. Nous envoyons les matières non utilisés à la décharge municipale ou un tri est fait Pour le métal, aisément recyclable, la récupération est gratuite. Par contre pour du plastique mélangé avec du carton et autres débris le coût est de 160 $ par chargement. Intégrer des cadres supérieurs et leur transmettre notre savoir-faire sans être tributaire de leur grande volatilité ( spécialité américaine). C'est un grand problème que la société rencontre et qui limite son développement. Il a notamment des contrecoups sur le volume de recrutement des employés permanents.

Quelles sont les solutions apportées à ces difficultés ?
Se tenir constamment informé des caractéristiques des produits demandés et faire de la prospective. Constituer des réseaux de récupération pour l'élimination des résidus non réutilisables par nous-mêmes : pour le métal nous développons la revente à un ferrailleur. L’énergie requise de même que les émissions générées par le procédé de recyclage des métaux ferreux et non ferreux sont moindres que pour leur production à partir de matières premières. Pour le plastique, monitor, vieilles pièces électroniques, nous trouvons de temps en temps des écoles et des compagnies d'artistes qui nous les réclament. Il faudrait développer cette filière de recyclage Quant à la question des cadres, nous nous orientons vers des solutions de franchise.

5. EFFETS ET PERSPECTIVES
Quels sont les effets sociaux déjà connus de l'activité?
La réutilisation des matières usagées est mieux admise et comprise La formation et l'emploi des personnes en difficultés

Perspectives ?
Le marché des ordinateurs re-fabriqués occupe à peu près 1/3 du marché des emplois du secteur informatique sur l'ensemble des Etats Unis. L'activité et l'emploi pourraient nettement plus progresser si une coopération "over the fence" pouvait s'établir entre fabricants de produits neufs et désassembleurs-réassembleurs C'est un marché qui a de l'avenir, car beaucoup de grandes sociétés ne veulent pas changer de matériels tous les 18 mois à la cadence de l'arrivée des nouvelles machines Elles seront toujours demandeuses des pièces détachées que les entreprises - mères auront du mal à fournir.

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Nous prévoyons dans les deux années à venir de doubler notre chiffre d’affaires, vendre notre processus de fabrication comme label en développant la franchise et en ouvrant plusieurs magasins " laptopfactory" dans plusieurs villes des Etats Unis, ce qui réduira les coûts de notre développement.

L'activité a-t-elle permis d'apprendre du nouveau ?
De plus en plus de techniciens et investisseurs veulent entrer dans notre métier Beaucoup d'autres activités pourraient se développer dans le domaine du démontage, de la réparation et de la refabrication des produits usagés notamment dans les jeux électroniques pour enfants, où le gaspillage est immense, et dans les produits compacts et modulaires. Beaucoup d'emplois de "proximité" pourraient se développer. La formation devrait être plus professionnelle mais moins spécialisée

Est-elle transposable en France ?
Oui et d'abord localement, dans une agglomération urbaine. Le besoin va se faire sentir très vite avec la cadence d'arrivée des nouveaux produits. D'une manière générale, il faudrait rationaliser la gestion des équipements informatiques dans les entreprises et notamment dans le secteur public.
Propos recueillis par Léo Dayan- juin 2001

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CONCLUSIONS – PROPOSITIONS
En France, sans être la seule modalité du développement des liaisons écoindustrielles, l'échelle territoriale présente une grande pertinence pour les applications locales de l'écologie industrielle. Le retard français en matière de liaisons éco-industrielles et de sites d'éco-activités est tel, malgré quelques démarches isolées et partielles, que les solutions les plus urgentes sont simples. Le gouvernement et les communautés territoriales doivent aider à réunir certaines conditions. Des mesures majeures :

• Mettre en place un Centre National du Développement des Liaisons EcoIndustrielles, comme cela a été fait aux Etats Unis il y a plusieurs années (United States National Center for Eco-Industrial). Il pourrait être mis sous les responsabilités des ministères de l'Industrie, de l'Environnement, de la Recherche et des Collectivités locales. Il pourrait initialement être chargé de: définir les moyens de développer les liaisons éco-industrielles identifier les thèmes et les fonctions susceptibles d'organiser des aires éco-industrielles aider à donner aux réseaux d'éco-activités un cadre institutionnel et apporter un soutien aux coopérations éco-industrielles. créer un label spécifique pour les zones d'activités industrielles et commerciales chercher à introduire dans la réglementation environnementale, sous certaines conditions et dans le cadre étroit de réalisation des symbioses industrielles, les échanges de sous-produits à risques. promouvoir l'information, la formation et des programmes partenariaux de recherches éco-industrielles soutenir les partenariats de projets locaux de développement de parcs-écoindustriels ou/et d'éco-restructuration territoriale des zones d'activités commerciales et industrielles

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sélectionner des projets de sites démonstratifs d’éco-pôles d’éco-activités dont il organiserait le soutien le soutien auprès des ministères et des collectivités locales concernées. • Introduire explicitement dans les compétences des nouvelles communautés territoriales, l’aménagement et le développement territorial des liaisons écoindustrielles. • Susciter des mécanismes partenariaux locaux, incluant les universités locales, pour permettre de promouvoir la coopération et l’échange d’informations et d’identifier les bénéfices économiques et les programmes d’écologie industrielle.

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