Houei-Neng

HOUEI-NENG

Amis éclairés, qu'est-ce que la méditation ? Méditer signifie être libre de tous les obstacles, ne pas être troublé mentalement, quelles que soient les circonstances extérieures bonnes ou mauvaises. Méditer signifie réaliser, intérieurement, la sérénité de notre propre nature... Celui qui est capable de garder son esprit serein, en toutes circonstances, a réellement atteint le samâdhi. Amis éclairés, rester libre de tout attachement envers les objets extérieurs, c'est la méditation (dhyâna). Atteindre la paix intérieure, c'est le samâdhi. De sensation momentanée en sensation momentanée, sans relâche, prenons conscience de notre propre nature. Soyons perpétuellement dans un état d'attention juste... D'instant en instant, réalisons la pureté de notre nature propre. En pratiquant et en s'exerçant on accomplit la voie de Bouddha... Amis éclairés, à quoi comparer méditation et sagesse ? A une lampe et à sa lumière. La lampe est le corps de la lumière, la lumière est la fonction de la lampe. Amis éclairés, la Mâhâprajnâparâmita est ce qu'il y a de plus mystique, de plus élevé, elle est éminente. Elle ne demeure, ni ne va, ni ne vient. Tous les bouddhas en proviennent. Que signifie mahâ ? Mahâ veut dire "grande". Grande et vaste, tel le vide de l'espace, est la capacité du cœur... La nature propre de chacun est véritablement vacuité. Qu'implique "parâmitâ" ? Faire atteindre l'autre rive, éloigner de cette rive-ci, c'est-à-dire de l'attachement aux objets. Quand on s'en détache, il n'y a plus ni naissance ni mort, l'eau s'écoule uniment : on l'appelle l'autre rive (parâ). L'éveil est la réalisation immédiate de la non-pensée (wou-nien). Le sans souvenir (wou yi), le sans-attachement (wou tchou)... la non appropriation et le non rejet des choses. Tout cela c'est la vision de la nature propre et l'accomplissement de la voie du Bouddha. Amis éclairés, le regard de la sagesse ultime pénètre et illumine l'intérieur et l'extérieur, assure la connaissance complète du cœur foncier. Connaître le cœur foncier, c'est la libération foncière. Obtenir la libération, c'est atteindre le samâdhi de sagesse qui est nonpensée (wou-nien). Les ignorants prétendent qu'il faut rester assis sans bouger en oubliant tout et sans qu'aucune pensée ne se lève dans le cœur. Croire cela, c'est supprimer toute sensation, c'est un obstacle sur la voie. Amis éclairés, le Tao doit couler librement. Ne penser à rien, toujours interrompre la pensée du moment, c'est s'enchaîner aux

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phénomènes, c'est une vue extrême... et chercher l'illumination hors du monde, c'est chercher des cornes de lapin. Le samâdhi de l'unité consiste, juste là où l'on se trouve, que l'on soit en marche, debout, assis ou couché, à garder toujours le cœur droit.... Pratiquez la droiture et ne vous attachez à aucune chose. Qu'appelle-t-on la non-pensée ? C'est de voir la totalité des choses, le cœur restant sans attachement... La non-pensée dans l'action s'étend de toutes parts sans s'attacher à aucune demeure. Le non attachement est pareil à l'eau courante sans écume. C'est lui la rive opposée. La sagesse suprême est la même en toute personne... et une lueur d'illumination suffit pour rendre les êtres vivants égaux à un Bouddha. Cette Porte du Dharma, que j'enseigne comporte la non-pensée, comme doctrine, la nondifférenciation comme corps et la non-demeure comme fondement. - Ne pas faire de différences, c'est être détaché des choses tout en vivant parmi elles. - La non-pensée, c'est être sans pensée dans la pensée même. Discours et sermons (Albin Michel).