You are on page 1of 2

Le Moniteur-expert.

com - Imprimer la dépêche

http://www.lemoniteur-expert.com/depeches/print.asp?id=D6A3CF808

Grenelle de l’environnement : le bâtiment au pied du mur
Le Grenelle de l’Environnement, outre la promesse de dizaines voire de centaines de milliards de travaux pour les quinze ans à venir, offre au bâtiment une occasion unique de devenir "écologiquement correct" et donc séduisant aux yeux des jeunes. Tout le monde est d’accord : le Grenelle de l’Environnement est une vraie révolution pour le bâtiment, sommé de prendre sur les chapeaux de roues le virage du développement durable. FFB et Capeb le reconnaissent, qui saluent "l’audace des choix" ou la "révolution énergétique". Comment ces deux organisations patronales pourraient-elles faire la fine bouche devant un marché estimé au bas mot à 600 milliards d'euros rien que pour la rénovation ? Pourtant, au-delà des réactions convenues, les discours sont plus graves. La cadence retenue pour hisser les bâtiments neufs au top du développement durable est très rapide, bien plus que ce que souhaitaient les professionnels. Et, mezzo voce, ils se demandent si le calendrier retenu est bien réaliste. Les promoteurs, en particulier, se montrent inquiets : "Il me paraît qu’aller trop vite est un peu contre-productif", explique Jean-François Gabilla, président de la Fédération des promoteurs-constructeurs (FPC), déplorant que l’on impose de passer à la BBC en 2012 au lieu de 2015 comme c’était initialement prévu. "On pourra remplir les objectifs plus rapidement dans la maison individuelle. Mais l’aménagement durable suppose plutôt de densifier, analyse-t-il. La seule chose que l’on sait faire aujourd’hui en énergie positive, dans le collectif, ce sont des immeubles sur trois niveaux. Le problème, c’est le prix". "Aujourd’hui, techniquement, nous savons faire de la basse consommation ou de l’énergie positive. Mais la question est de savoir comment passer de quelques cas d’excellence à une pratique générale, se demande un professionnel du bâtiment. En clair, comment tout le monde peut-il devenir excellent ? Comment le dernier petit constructeur de la Creuse, qui fait quinze maisons par an, va-t-il se mettre à l’excellence ?" Mise en oeuvre délicate "Il faut que les industriels développent des matériaux à haute valeur ajoutée, à prix abordable, fiables et en quantité suffisante", assure Dominique Duperret, délégué général de l’Union nationale des constructeurs de maisons individuelles (UNCMI). Les pionniers confient, en outre, qu’ils rencontrent des problèmes dans la mise en œuvre des nouvelles technologies. Henry Beaugiraud, président de l’Union des constructeurs immobiliers de la Fédération française du bâtiment (UCI-FFB) et des Villas Soleil dans la Drôme, l’a dit à plusieurs reprises. Aujourd’hui encore, il juge cette mise en œuvre "délicate". Face à ce problème, la formation est le maître mot brandi par tous. Un plan "massif" est réclamé par les professionnels et promis par le gouvernement. Il faudra qu’il touche toute la filière, du compagnon à l’architecte en passant par les chefs d’entreprises, les BET, les ingénieurs d’EDF, expliquent les fédérations professionnelles. Les promoteurs aussi, d’ailleurs. Chez Bouygues immobilier, le passage à la certification Habitat et environnement en 2006 s’est traduit par la formation de 500 à 600 personnes : "La conception des logements est différente, les ouvertures, l’orientation, les plans… changent, explique Jean-François Gabilla. Aujourd’hui, rien n’est prêt pour passer à l’ensemble de la production." Car toutes les pratiques professionnelles vont être modifiées, de nouveaux métiers vont naître (en particulier dans la rénovation) et les frontières entre les corps d’état vont bouger. Le bâtiment a tout intérêt à prendre le virage, faute de quoi les industriels seront tentés de former leurs poseurs pour s’assurer d’une mise en œuvre parfaite. Autre grand défi, le coût du développement durable. Jean-François Gabilla assure que la THPE (Très haute performance énergétique, - 20 % par rapport à la RT 2005) se traduira par un surcoût de 8 % et la BBC (Bâtiments basse consommation, 50 kWh/m2/an) par 15 à 18 % en plus. Il reconnaît toutefois que "le prix pour la BBC sera moins élevé dans dix ans, car on aura changé d’échelle". Le passage à la THPE dès 2010 "ne se fera pas sans douleur", estime Dominique Duperret (UNCMI). "On peut faire des maisons basse consommation, mais si on perd tous nos primo-accédants, on sera bien avancés." La bataille de la productivité Tout l’enjeu se situe là, résume un professionnel : "Allons-nous gagner la bataille de la productivité ? La question du coût ne peut être visitée au regard des seules contraintes actuelles." Et il avance une comparaison avec le secteur de l’automobile : "Le jour où un constructeur a dit qu’il le généralisait à l’ensemble de sa gamme, le prix de l’ABS a chuté." Fort de son expérience, Henry Beaugiraud explique que "le surcoût n’est pas linéaire". "Il est de l’ordre de 15 000 euros TTC, rien que pour la performance énergétique, sur une maison à 200 000 euros, mais il sera de l’ordre de 12 500 euros sur une autre de 100 000 euros, compte tenu de la quantité de matériel installée." Chacun est conscient que l’acheteur est au taquet et ne peut payer plus cher. Sur cette question, rien n’est dit à ce stade par le Grenelle. Jean-François Gabilla pense pour sa part que "la seule variable d’ajustement est le foncier". Mais il se demande si, invités à baisser leurs prix de vente, les propriétaires de terrain ne feront pas de la rétention, entravant alors un autre objectif du gouvernement : construire 500 000 logements neufs par an. Béton rime avec écologie Atteindre les objectifs fixés dans le neuf s’annonce donc périlleux. Mais parvenir à réhabiliter les 30 millions de logements du parc existant paraît encore plus compliqué, d’une part sur le plan technique, d’autre part parce qu’on touche au portefeuille de Monsieur Tout-le-Monde. Un comité de pilotage, présidé par le patron de l’Anah, Philippe Pelletier, sera chargé de peaufiner la copie du Grenelle de l’Environnement. Seuls quelques points sont actés : il faut

1 sur 2

02/01/2008 09:56

Le Moniteur-expert.com - Imprimer la dépêche

http://www.lemoniteur-expert.com/depeches/print.asp?id=D6A3CF808

rénover 400 000 logements par an, en commençant par les 800 000 HLM hors normes, a indiqué le président Nicolas Sarkozy (*). Un effort particulier sera fait d’ici à 2012 sur les "passoires" énergétiques, relevant de la lettre G du diagnostic de performance énergétique (plus de 450 kWh/m2/an). Mais aucune date n’est actuellement couchée sur le papier pour les autres (objectif B ou C, soit entre 51 et 150 kWh). Et tout le volet financier reste à boucler, sachant que les estimations vont de 1 500 à 3 000 euros par logement. Qui fera le travail ? "Nous sommes persuadés que c’est un métier à part entière", affirme Henry Beaugiraud. Il estime que coordonner l’ensemble de la mise en œuvre relève de l’entreprise générale. Le Grenelle prévoit l’apparition d’une nouvelle spécialité de rénovateur thermique. Reste que le bâtiment a une chance inouïe : le changement de génération imposé par sa pyramide des âges lui permettra de gérer plus facilement le virage écologique et les habitudes de production. "Il sera plus facile à de jeunes entrepreneurs de passer à l’isolation par l’extérieur qu’à des chefs d’entreprise qui posent de la laine de verre depuis trente ans", remarque un professionnel avant d’ajouter que "pour la première fois depuis des années, béton rime avec écologie". Un atout de taille pour un secteur confronté à une image dégradée – notamment auprès des jeunes – et qui devrait voir ses besoins de main-d’œuvre augmenter de 100 000 unités grâce au développement durable. Françoise VAYSSE (*) A ce rythme, on mettrait 75 ans pour mettre à niveau les 30 millions de logements à rénover.

(28/12/2007)

Les décisions Neuf 1. Tous les bâtiments et équipements publics devront être construits dès 2010 en basse consommation (50 kWh/m2/an) ou être à énergie passive ou positive. 2. Logements privés neufs : 2010 passage anticipé à la THPE avec un objectif d’un tiers de construction en basse consommation ou à énergie positive ou passive ; 2012 généralisation de la basse consommation ; 2020 généralisation énergie passive ou positive. 3. Tertiaire : mêmes impératifs que pour les bâtiments publics. Existant 1. Bâtiments publics : bilan carbone et énergie ; rénovation thermique et accès handicapés pour un objectif de performance 2015 adapté à la nature des bâtiments ; rénovation des bâtiments de l’Etat dans les cinq ans. 2. HLM et Anru : mise aux normes accélérée de la totalité du parc HLM, en commençant par les 800 000 les plus dégradés. "Négociation sur les délais de réalisation et l’accès à des financements bonifiés à long terme" ; anticipation des normes futures (80 ou 50 kWh) dans le programme Anru, financement bonifié. 3. Logement privé et tertiaire : "Mise à l’étude d’une obligation de rénovation (objectif B ou C) distinguant propriétaires et locataires". Comité de pilotage présidé par Philippe Pelletier. 4) Lutte contre la précarité énergétique : "Effort particulier sur la classe G du DPE d’ici à 2012." 5. Mise en place de mécanismes incitatifs puissants : rénovation du crédit d’impôt, déductibilité fiscale étendue ; prêts CO2 à taux réduit sur le modèle allemand ; financements innovants gageant les économies futures ; certificats d’économie d’énergie. 6. Grand plan de formation professionnelle adapté aux besoins spécifiques de la rénovation thermique.

LeMoniteur-expert.com
© Groupe Moniteur - Impression sur papier autorisée au bénéfice exclusif de l'utilisateur et pour ses besoins propres.Toute autre utilisation est interdite, sauf autorisation préalable écrite de l'Editeur, sous peine de poursuites judiciaires.

2 sur 2

02/01/2008 09:56