L'usage de psychotropes : entre sauvagerie et enculturation - Cairn.

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Auteur

Psychotropes
2001/1 (Vol. 7) 98 pages
Editeur

Psychologue, doctorant à l’UCL [1] PRÉAMBULE Liens Sur un sujet proche

De Boeck Université Site Web
I.S.B.N. 2-8041-3650-7 DOI 10.3917/psyt.071.0019 A propos de cette revue

chamanique utilisant – entre autres plantes psychoactives – l’hallucinogène ayahuasca, nous focaliserons l’essentiel de notre discours sur l’enculturation de la drogue dans les sociétés chamanistes ainsi que sur une approche phénoménologique du vécu hallucinogène, notamment celui du sujet vivant dans une culture (occidentale) où ce type de substances est interdit (du point de vue légal) et associé à une conduite pathologique mortifère (du point de vue médical). Nos propos concernent donc principalement les drogues dites hallucinogènes. En outre, nous arborerons un positionnement personnel en tant que psychologue (un parmi d’autres) vis-à-vis de l’usage d’hallucinogènes ainsi qu’à l’égard du « sacré » et du rôle du chercheur dans sa discipline spécifique… Le fil rouge du texte – constitué de nombreuses données interdisciplinaires – est de donner au lecteur des indications afin qu’il cerne la complexité concernant l’utilisation de psychotropes au sein d’une société donnée. L’hypothèse qui sous-tend notre article est celle-ci : les occidentaux ne possèdent pas les médiations nécessaires pour cadrer une expérience hallucinogène dans une visée prospective.
À PROPOS DU CHAMANISME

N

otre itinérance nous portant actuellement à mener une recherche clinique sur une pratique de type

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Le chamanisme est considéré par les spécialistes en sciences humaines comme étant un système de croyances très ancien (si ce n’est le plus ancien) qui permet à l’humanité de se relier avec son environnement. Le chamanisme s’articule autour de la personne du chaman, détenteur d’un savoir ésotérique et rituel qui concerne principalement la chasse, la fertilité, la guérison et la mort (Seaman, Day, 1999). Le terme de « chaman » (ou « chamane ») est ainsi un terme générique désignant des praticiens agissant sur plusieurs registres (essentiellement sociaux, religieux et thérapeutiques). Ces praticiens utilisent des techniques spécifiques pour répondre à des situations hétérogènes inscrites dans un mode de vie basé sur l’économie de subsistance, la prédation et un rapport direct à la nature (Vazeilles, 1991). En cela, le chamanisme est un système écologique comme nous le postulent B. Hell (1999) et P.T. Furst (1999); il est une vaste entreprise dynamique et pragmatique – entreprise caractérisée par le principe d’adaptabilité – dont la finalité est d’assurer l’intégrité et la perpétuation de la société.

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http://www.cairn.info/revue-psychotropes-2001-1-page-19.htm

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On retrouve ainsi sur le continent américain des traces.Cairn. nous dit l’anthropologue. de plus de 100000 ans. La Barre (1974) qui défend la thèse que l’origine de la religion et du chamanisme est liée à une consommation rituelle d’hallucinogènes.cairn. La différence éliadéenne concerne donc la question de la maîtrise. Eliade qualifie l’usage de substances psychoactives de « forme tardive et empruntée » d’accession à l’extase et de « substitut vulgaire de la transe pure » associée à une dégénérescence du chamanisme. la définition-carcan du chamanisme [3] et le comparatisme l’agacent. Les qualifications par Perrin (1995) de « mondeautre ». Plus précisément. l’avaient convaincu qu’on avait bien affaire là à un phénomène archaïque et qu’il n’y avait pas de différence phénoménologique entre les techniques de l’extase.. il est opportun de noter que la position reconnue d’Eliade envers les drogues hallucinogènes est péjorative.. . 38): « Le travail accompli par les botanistes et les ethnologues sur les plantes sacrées en Amérique. Dans son essai classique écrit en 1951.). La connaissance écologique et botanique qu’ont les sociétés chamanistes est littéralement stupéfiante. Cet argument archéologique a été largement repris par La Barre qui perçoit la prise de substance comme une véritable pratique fondatrice de la culture humaine. Le chaman apparaît ainsi comme un « technicien de l’extase ». L’utilisation de telles plantes. cosmogonies ou encore théologies en vigueur dans sa propre ethnie.. etc.info 28/08/12 12:12 Le chaman incarne donc ce type de « mission ». et ce. Furst écrit ainsi (1999. suite pour accéder au « transcendant [2] ». p. contrairement aux seconds (les hommes « ordinaires »)..L'usage de psychotropes : entre sauvagerie et enculturation . L’essentiel de la « conception du monde » chamanique repose sur le postulat de l’existence d’un « monde » différent du monde phénoménal accessible par les sens usuels. en utilisant les mythologies. Sur cette question concernant le jugement sur l’usage de substances. prise rituelle de psychotropes. les hommes ordinaires ne peuvent accéder dans le « monde-autre » qu’en de rares occasions (maladies. Seuil... une série de textes présentant les principales pratiques rituelles avec ingestion d’hallucinogènes naturels. Avant de mieux cerner ce que nous appelons « l’usage enculturé de psychotropes ». par Hell (1999) de « monde des esprits » ou de « surnature » (terme qu’il reprend à la spécialiste du chamanisme sibérien R. attestant d’un usage rituel d’hallucinogènes. l’évidence philologique d’un usage étendu et très ancien de l’amanite tue-mouches en Europe. suite des religions). Le chamanisme et les techniques archaïques de l’extase (1968). invocations. enfin les dates fournies par le carbone 14 concernant les découvertes du sud-ouest américain. L’ouvrage encyclopédique d’Eliade (tel qu’il est disponible) peut ainsi être considéré comme une bonne introduction au chamanisme mais il reste très limité concernant les peuples utilisant des hallucinogènes ou autres plantes naturelles. et même probablement au paléolithique. celui qui sait « sortir de lui-même » de manière non aléatoire [2] La notion de « transcendant » que nous utilisons est à. D’autres livres (et notamment en français puisque la recherche anthropologique française sur le chamanisme surtout sud-américain est assez active) sont heureusement disponibles sur ce domaine … DES SUBSTANCES « ENCULTURÉES » 3 4 [4] La chair des dieux.htm . suite C’est en 1972 que Furst réunit dans son ouvrage The flesh of the gods[4] . etc. Ce dernier n’aurait pas eu l’occasion de réviser son point de vue dans une nouvelle édition du chamanisme. l’anthropologue américain Furst réhabilite son maître Eliade. Eliade (1968) distingue le chaman des autres hommes : le premier est capable d’entreprendre une expérience mystique « concrète et personnelle » (selon les mots de l’historien des religions).info/revue-psychotropes-2001-1-page-19. Hamayon) précisent bien le caractère étranger de cet « univers » dans lequel le chaman peut accéder par diverses techniques (isolement. il s’oppose ainsi à la position de W. L’ethnologue Perrin (1995) voit dans cette position envers les hallucinogènes un « exemple caricatural » de l’« éliadisme » dont la partialité (notamment l’engagement mystique de l’historien [3] Le chamanisme selon Eliade (1968) est donc une « technique. qu’elles fussent « spontanées » ou induites par l’effet chimique des plantes sacrées ». jeûne.) et grâce aux hallucinogènes. fêtes. abstinence sexuelle. 1974. remonte à plusieurs millénaires. m’a-t-il confié peu avant sa mort. Les Indiens d’Amérique (surtout centrale et du sud) 5 6 Page 2 sur 11 http://www.

rationalisables et objectives. liane ayahuasca. groupal.cairn. au nord-ouest des États-Unis ainsi qu’en Amérique centrale. Autrement dit. toute une dimension mythologique. sur la « facilité » d’accès au « transcendant » grâce aux techniques hallucinogènes acceptées culturellement : le chamanisme peut s’appréhender comme une spiritualité pragmatique qui propose une http://www. Ce contexte. d’« ailleurs transcendant » bien défini où le véhicule chimique [la substance psychoactive] permettrait de se rendre. Les représentations culturelles. Ces substances-là ont une place spécifique dans les sociétés chamanistes. 1991.Cairn. est « uniciste » (le « divin » a tendance à être coupé du profane. 1997). un langage qui oriente les façons de penser et de comprendre la réalité (Bruner.. c’est-à-dire qu’elles sont liées à un contexte – construction née de l’échange entre des individus qui partagent un certain nombre de valeurs et de conceptions. selon nous. c’est-à-dire des tâches manifestes. Dans les sociétés chamanistes (également dites « archaïques »). institutionnel. bulbe piripiri. donc. mais dans une proportion infiniment moins élevée). cactus San Pedro utilisé originairement en Equateur et qu’on retrouve désormais au Mexique. Dans un article[5] au titre évocateur « Chez les Indiens la drogue structure. couplées à des intentionnalités sous-jacentes. amanite tue-mouche (champignon à l’origine utilisé par les chamans sibériens dont le principe actif est la muscarine) au Canada. Derrière les « psychotropes chamanistes ». suite communauté. peut ainsi s’appréhender comme une interprétation. dont les membres de la communauté chamaniste disposent.). Ce sens s’exprime par des pratiques significatives.. permettent de « modeler » le voyage. 1995). rituelle. jus de tabac. chez nous elle détruit ». leurs objets façonnent et maintiennent le sens de leur construction. dont nous parlons. L’anthropologue J. cactus peyotl au sud du Texas et au nord du Mexique (principalement chez les Indiens Huicholes). Les exemples de substances prises rituellement sur le continent américain sont nombreux : champignon psilocybe dans le chamanisme du Mexique. Les Indiens d’Amérique (surtout centrale et du sud) connaissent plus de deux cent plantes qu’un occidental qualifierait de psychédéliques ou de psychomimétiques (le chamanisme du Vieux continent connaît également des substances analogues. le Réel occidental. au Texas et au Pérou. Siskind nous dit ainsi que l’initié ingérant la mixture ayahuasca suit un apprentissage culturel qui lui permet de passer d’une expérience intense et chaotique à une expérience qui se structure lentement pour devenir communicable. etc. leur ingestion exige une préparation codifiée couplée à une intention initiatique. l’ethnologue M. alors que dans nos sociétés de consommation. Ces substances participent d’une culture. implicites. l’expérience hallucinogène a un sens car elle est encadrée. herbe de Jimson et racines de datura (de la famille des solanacées) utilisées principalement par les tribus d’Amérique du nord. Barth. Perrin pense que la différence essentielle entre sociétés chamanistes et sociétés dites « modernes » repose sur le fait qu’il n’existe pas. elles ne se réfèrent à aucune pratique pourvue d’une signification partagée par l’ensemble de la [5] Article paru dans la revue Le Temps stratégique.. dans la campagne italienne… La différence essentielle repose donc.info/revue-psychotropes-2001-1-page-19. personnelles et subjectives. feuilles naranjillo en Amérique du sud.htm Page 3 sur 11 7 . Les membres d’une même aire géographique ont négocié un « monde en commun »: ils sont enculturés à une Histoire et à différents systèmes (familial. C’est notamment grâce à des chants sacrés (appelés icaros) que le chaman amazonien arrive à « contenir » son expérience (Siskind. les psychotropes hallucinogènes sont considérés comme des véhicules chimiques permettant l’accès au « monde-autre ». sociale. gnoséologique.info 28/08/12 12:12 littéralement stupéfiante. du monde ordinaire)… Nuançons nos propos précédents ! Il est en effet difficile d’isoler une conception unitaire du « Réel » dans les sociétés occidentales : le « Réel » judéochrétien n’est pas le « Réel » objectiviste rationaliste et il différera sans doute des conceptions que partage une communauté vivant. lui. au sein des cultures occidentales. par exemple. Ici surgit le fossé sur la nature du Réel : le Réel chamaniste est dual (un monde humain et un monde divin où le passage « direct » est possible). etc. n°12.L'usage de psychotropes : entre sauvagerie et enculturation . Perrin rappelle que les cultures pratiquant la prise rituelle d’hallucinogènes disposent de termes ou de métaphores grâce auxquels leurs hallucinés peuvent décrire leurs pérégrinations.

info/revue-psychotropes-2001-1-page-19.htm 8 9 10 11 Page 4 sur 11 . Hulin dégage trois dimensions du vécu succédant à l’ingestion de substances psychédéliques : la dissolution du schéma corporel. Autrement dit. 149). En psychologie de la religion. Notre sujet se trouverait ainsi dépourvu de références (ou médiations) pour pouvoir « lutter contre la violence désorganisatrice des produits. en particulier les composants hallucinogènes comme la psilocybine. 1993. l’éloignement des repères d’espace et de temps et l’effacement de la frontière séparant le sujet et l’objet. L’expérience hallucinogène ne produirait-elle qu’une déstabilisation ? Pas nécessairement. la méditation. identité. p. en passant à un régime omnivore. selon Mc Kenna. l’expression de « prise sauvage » désigne une utilisation au sein de laquelle les références culturelles et sociales sont absentes. Michaux (1899-1984). ces substances hallucinogènes « transforment les messages de l’inconscient en révélations pour l’esprit conscient » (Mc Kenna. etc. LA PRISE « SAUVAGE » L’expression de « prise sauvage » fait référence à l’ouvrage du philosophe M.) qu’un sujet suit pour prendre l’ayahuasca sont ponctuelles. l’expérienciant occidental se trouverait confronté à la désorientation et à l’angoisse. aussi élabore-t-il sa construction en s’étayant sur plusieurs recherches expérimentales. Ce que suggère l’ethnobotaniste. nous dirions qu’il y a une faillite des « médiations symboliques » (ou « médiations culturelles ») pour le « psychonaute » occidental du fait que la prise d’hallucinogènes ne fait pas partie des techniques d’accès au transcendant « autorisées » en Occident comme la prière. 1999. p. Selon lui. 44). Mc Kenna a conscience que son « scénario » peut être qualifié de fantaisiste. 31) même si la façon dont cette transformation s’opère n’est pas appréhendée. mythologiques ou autres) qui orientent le « voyage ». les alcaloïdes contenus dans les plantes. c’est que. Le sujet-expérienciant s’approprie seul son « voyage » avec des « contenants de pensée » qu’il aura lui-même choisis ou qui s’imposent à lui. purge.L'usage de psychotropes : entre sauvagerie et enculturation . structurées par un « cadre » chamanique. les peuples nomades chasseurs-cueilleurs puis éleveurs qui. il devrait gérer seul la « face d’ombre de la drogue ». Manquant de repères symboliques (cosmogoniques. la diméthyltryptamine (DMT) et l’harmaline (les deux derniers composants sont présents dans la mixture ayahuasca). psilocybine. Hulin (1993) – ouvrage consacré aux expériences religieuses non contenues dans un cadre institué. 1998. p. Pour rappel. pourraient être les facteurs chimiques du régime alimentaire protohumain ayant canalisé le développement de la faculté d’introspection chez l’homme (Mc Kenna. contre la force des émergences pulsionnelles suscitées par les hallucinogènes » (Brun. Cette angoisse apparaît pour Hulin comme « la très naturelle réaction de défense du moi devant l’effondrement de tout ce qui lui conférait stabilité. sur des observations ethnologiques de pratiques chamaniques et sur l’autoexpérimentation. 56). Celui-ci présente une phénoménologie du vécu hallucinogène. etc. et ce en étant « médicalement assisté ». Il confère au psilocybe une importance fondamentale dans le développement du langage chez l’homme et souligne http://www.info 28/08/12 12:12 chamanisme peut s’appréhender comme une spiritualité pragmatique qui propose une transcendance accessible directement n’engageant pas l’expérienciant à suivre une vie entière d’ascèse ou de dévotion – les épreuves de préparation de type ascétique (diète.Cairn.).cairn. 1998. p. consistance » (Hulin. L’ethnobotaniste américain Mc Kenna (1998) propose l’idée (« subversive et spéculative » penseront certains) que les hallucinogènes ont eu un rôle catalyseur dans la structuration du psychisme humain avant d’être abandonnés du fait du passage d’une organisation sociale de type partenariat (courant au Paléolithique supérieur et au Néolithique) au type dominateur et patriarcal (incarné selon l’auteur par la chrétienté). Ce furent ainsi. le poète a expérimenté de 1955 à 1968 toutes sortes d’hallucinogènes (LSD. le jeûne ou encore l’isolement sensoriel. mescaline. et ce en s’appuyant (de façon privilégiée) sur les expérimentations du poète belge H. découvrirent les particularités de certains végétaux et autres champignons. Revenons sur l’essai d’Hulin pour mieux appréhender son qualificatif de « sauvage ».

Comme nous l’avons vu. p. les yeux d’Adam et Ève s’ouvrent (éveil de la conscience selon Mc Kenna) et ils voient qu’ils sont nus (conscience de soi et de l’autre/naissance de l’individu). etc. afin qu’ils ne mangent plus de ce « fruit » qui donne la « vie éternelle »… Cette position n’a plus rien à voir avec la déstabilisation. une multiplication de la progéniture et un lien particulier entre ceux qui expériençaient l’accès à la Surnature ou monde-autre (c’est-à-dire un lien constituant une tribu d’initiés). etc. Lors de la préparation et de la prise du breuvage psychoactif. Terminons avec Mc Kenna en citant une de ses interprétations qui pourra déstabiliser certains tenants du christianisme. enseigner l’art de guérir autrui et soi-même. suite les possibilités offertes à celui qui le consomme : meilleure acuité visuelle[6] . ils apparaissent comme les éléments nodaux du cadre chamanique (éléments dont seraient dépourvus les occidentaux – du moins est-ce l’hypothèse que nous introduisons dans cet article). de retrouver le sens des choses.. Celui-ci interprète ainsi l’épisode de La genèse dans lequel Ève mange le « fruit défendu » (le champignon à psilocybine Stropharia cubensis estime le botaniste) comme la « première intoxication de l’histoire » (Mc Kenna. la « face d’ombre » décrite par Hulin. Qu’en est-il pour un occidental qui le consomme (sous la tutelle d’un chaman évidemment)? Comment s’approprie-t-il les médiations chamaniques ? Comment se sert-il de ce qu’il a vu.htm 13 Page 5 sur 11 . de voyance et de prédiction. Ces pratiques sont signifiantes car elles permettent de préparer l’expérienciant à recevoir la plante pour répondre à une intentionnalité initiatique et gnoséologique. 96) mettant l’humain au niveau de la divinité. 1998. une hypothèse développée par un occidental qui s’est déplacé sur un terrain chamaniste d’Amazonie… http://www. 1997). aux feuilles aromatiques ou adjuvants ingérés. à l’esprit de l’ayahuasca (ou à celui d’un autre végétal) qui donne des visions. CATALYSEUR DE CONNAISSANCE ? 12 Précisons mieux la notion de « cadre » (équivalent au « setting » anglo-saxon). aux animaux de la jungle. 1993) permettant de « prêter du sens » sur leurs expériences (qualifiées donc de « sauvages »). L’HALLUCINOGÈNE ENCULTURÉ. Parvenus à la connaissance du bien et du mal. Voyons (très succinctement) à présent. Les propriétés de l’ayahuasca dans un « cadre chamanique » sont. les sociétés chamanistes disposent des médiations « enculturées » pour satisfaire cette intention alors que les occidentaux ne possèdent pas de « codes de déchiffrement de l’expérience extatique » (Hulin. Suite à l’ingestion. dans son quotidien ? Autant de questions que nous espérons traiter in situ. (Lamb. Ainsi. isolement. Telles sont les pratiques observables précédant l’ingestion d’hallucinogènes naturels qui se déroule de nuit. le chaman entame ses icaros qui sont autant d’invocations à la forêt. excitation sexuelle et accès à un « Ailleurs transcendant » – qualités qui auraient permis pour nos ancêtres une meilleure recherche de nourriture. abstinence sexuelle. Ces icaros permettent de maintenir l’attention des participants pour le rituel et de contrôler le flot d’images/ hallucinations.. de percevoir l’essence au-delà de l’apparence (Chaumail. Dieu les chasse de l’Eden. L’intention des chamans. La différence réside – nous l’avons déjà dit :– dans le « cadre » qui contient l’expérience hallucinogène. pour ce qui nous intéresse ici : transmettre la connaissance en général.Cairn. 2000).cairn.info 28/08/12 12:12 importance fondamentale dans le développement du langage chez l’homme et souligne [6] Mc Kenna cite une recherche expérimentale dirigée par. est de percevoir l’aspect pluridimensionnel des êtres. 1996. Rappelons encore que l’ayahuasca n’est qu’un des nombreux hallucinogènes utilisés par les chamans de l’Amazonie.info/revue-psychotropes-2001-1-page-19. produire des effets de télépathie. L’ethnologue Chaumeil nous dit ainsi que les prises ne sont ni indifférentes ni anarchiques : tel végétal est consommé rituellement pour apprendre telle chose ou pour obtenir tel résultat.L'usage de psychotropes : entre sauvagerie et enculturation . sur ce thème de l’hallucinogène catalyseur de connaissance. Le « cadre » consistera dans le suivi de règles précises : restriction alimentaire. ceux qui ingèrent ce type de substance le font pour recueillir de l’information – information ayant une pertinence pour l’individu et le groupe. quand ils ingèrent un hallucinogène naturel (et notamment l’ayahuasca).

L’anthropologue considère que le « serpent cosmique » (l’une des médiations culturelles utilisée par les autochtones pour s’approprier ce qui surgit – entre autres – dans les visions. épileptiques et schizophréniques) a été rejeté par les anthropologues. l’Occident a sous-estimé le « mystère » des hallucinogènes naturels. pouvant s’appréhender comme « de véritables symboles d’une communication privilégiée avec le monde-autre » (Perrin. 1995. Les Indiens lui disent en effet que leur savoir botanique provient de leurs sessions avec l’ayahuasca. à savoir la distinction Normal/Pathologique. consistant à comparer le profil de personnalité du chaman avec des nosographies psychiatriques (essentiellement hystériques. Nous n’irons pas plus loin dans la conception de l’anthropologue (nous vous invitons à lire son ouvrage pour voir son cheminement aboutissant à la fameuse hypothèse qui n’attend que des biologistes motivés pour la creuser). molécules. Notre position s’accorde avec celle des anthropologues et notamment celle de Perrin : l’ethnologue souligne que les observateurs (des psys !) se sont plus occupés de l’élection (et ses signes « spectaculaires ») du futur chaman que des comportements et attitudes habituels du chaman confirmé.) et s’exprime par un discours conceptuel. notamment leur dimension gnoséologique… PSYCHOLOGIE ET CHAMANISME 14 Lorsque des psychologues ou des ethnopsychiatres parlent du « terrain chamaniste ». Le premier pénètre le monde intérieur (par modification volontaire de la neurochimie cérébrale) et s’exprime par un discours imagé. ces comparaisons ne reposent sur aucune observation (de type psychiatrique ou psychanalytique) prolongée et approfondie (Perrin. et au pire phénomènes morbides » (Narby. un mot !) spécifique pour représenter leurs « découvertes ». des symptômes. pour le regard occidental. ont été dépouillés de leur contexte d’émergence (c’est-à-dire de leur dimension culturelle) et sont devenus. pourrait être ce que les occidentaux appellent acide désoxyribo-nucléïque (ADN). Narby va à l’encontre des énoncés de la science occidentale pour qui (et selon lui): 1) la nature est inerte et nonintentionnelle et 2) les hallucinations ne sont pas une « source d’information authentique ». 1995. p. deux principaux thèmes (éminemment liés) sont évoqués : l’anormalité du chaman et les modifications de la conscience. dont lui parlent les ayahuasqueros (chamans ingérant l’ayahuasca).cairn. Le premier thème. 56).info 28/08/12 12:12 d’Amazonie… La proposition qu’a développée l’anthropologue J. 24) – est celle-ci : le chaman parvient en ingérant l’ayahuasca à acheminer sa conscience au niveau moléculaire pour lui permettre d’entrer en dialogue avec l’ADN. Pour notre auteur. Selon Narby.L'usage de psychotropes : entre sauvagerie et enculturation .htm Page 6 sur 11 . Son hypothèse. savoir chamanique et savoir biochimique étudieraient « la même chose » mais par des moyens.Cairn. etc. 48). mais « au mieux illusions. qui a expériencié quelques fois l’ayahuasca. et duquel il est possible d’acquérir de la connaissance et de la puissance » (Luna. En effet. Pour autant (et en nuançant). L’anthropologue suppose ainsi que chaque tribu (celle des chamanistes et celle des scientifiques occidentaux) utilise un contenant du savoir (autrement dit. p. le second type de savoir analyse le monde extérieur (en le parcellisant en différents secteurs : cellules. 1995). un langage du symbolisme mythologique. petits organismes. La problématique qui soustend ce débat concerne l’un des enjeux de la psychologie (et d’autres disciplines évidemment). à savoir en l’occurrence une forme double spiralée). un langage technicisé et mécaniste. cité par Narby. p. Les signes chamanistes. qui s’accorde avec le point de vue indigène – à savoir que l’ayahuasca est un « être intelligent avec qui l’on peut établir un rapport. que c’est la plante ellemême qui leur communique et leur enseigne les propriétés de la flore amazonienne. nous ne devons pas exclure que des individus attirés par le chamanisme soient perturbés et malades et qu’ils recherchent la guérison dans un système qui leur permet de s’exprimer… La question qui se pose alors est : qu’est-ce qu’un malade et qu’est-ce qu’un individu « sain » dans ces sociétés-là ? 15 http://www. des canaux différents. 1995.info/revue-psychotropes-2001-1-page-19.

est-il un déviant qu’il faut « thérapeutiser ». le débat (ou conflit) prendra la forme d’une réflexion sur la nature du sacré. et ne peuvent être vues et manipulées qu’à l’aide des drogues hallucinogènes » (Harner. sanctionner. Cette position. Ainsi.G.) et philosophique… Revenons aux EMC. etc. Eliade. stress. Otto (1995) appelle le « Tout autre ». Dans les sciences humaines. notre position en tant que psychologue rejoint la psychologie humaniste d’un Rogers et la psychiatrie phénoménologique d’un Binswanger. ivresse. (revoilà) la problématique du Réel et de la transcendance ! COMMENT SE POSITIONNER ? 16 Sur cette question de la transcendance. les autres et soi-même. La première position est dite théophanique. Selon nous. défendue notamment par P. Paris. angoisse. pensent que l’existence en état de veille est un « mensonge » alors que « les vraies forces qui déterminent les événements quotidiens sont surnaturelles. 1997. Le fait de chercher à modifier sa conscience (notamment par la prise d’hallucinogènes) est-il une menace pour l’individu. etc. 1987). De nombreuses recherches étudient ces « états ». il opposera ainsi les tenants qui postulent qu’il y a un « mondeautre » ou plan onto-théologique supra-humain potentiellement « expérienciable » (à l’instar de M. les « visions » catalysées par les substances n’ont rien à voir avec une expérience secondaire ou erronée de la réalité. laisser faire ? Encore un avatar de la problématique Normal/Pathologique – problématique qui nous semble de plus en plus culturelle (avec son florilège d’idéologies. le « transcendant » reçoit un statut psychologique et non plus ontologique (comme chez les théologiens). un changement de l’état de conscience que vit ordinairement un sujet (Le Scanff. 1969. M. 36). Bref. 1996).. notamment sous l’angle psychophysiologique (c’est-à-dire sous l’angle des modifications sur le continuum de la vigilance. Sommeil. voire non valable de la réalité. Harner et C. 1995). expression venue de l’anglais « altered state of consciousness ». mais il peut être contesté du fait qu’il semble trop connoté et relié à une expérience secondaire. postule que c’est la conscience intentionnelle du sujet qui confère à l’expérience sa valeur de sacré. pour les normes sociales ? Celui qui transgresse le modèle prôné par sa culture d’appartenance en consommant des psychotropes « non pharmaceutiques ». Ces deux positions mettent évidemment en jeu des a priori philosophiques et des croyances intimes… Après la problématique Normalité/Pathologie. des modifications cérébrales entre les deux hémisphères ou encore des mouvements hormonaux déclenchés par le système nerveux global [central et autonome]). suite Ricoeur [7] .L'usage de psychotropes : entre sauvagerie et enculturation . [7] Le conflit des interprétations. de valeurs.. Autrement dit. : autant de situations ayant à voir avec les EMC.cairn. Cette position entre en adéquation avec la démarche d’« exclusion méthodologique du transcendant »: le psychologue de la religion n’a pas la compétence pour se prononcer sur l’existence et sur les propriétés du surnaturel auquel se réfère la religion. les Indiens Jivaros. Freud). pour les peuples chamanistes. Le consommateur http://www. de fanatismes. Or. Les EMC désignent ainsi une modification.htm 17 18 Page 7 sur 11 .info/revue-psychotropes-2001-1-page-19. Ce n’est pas tant le plan « ontothéologique » qui intéresse l’herméneute que la relation qu’établit le sujet avec le monde. le qualificatif de modifié est pertinent en ce sens qu’il évoque une expérience non ordinaire relevant de ce que R.Cairn. orgasme. p. le « monde-autre » possède le statut de « médiation symbolique » permettant au sujet qui utilise ce médium de tendre à et/ou de vivre certaines conduites qu’il juge nécessaires à l’accomplissement de sa condition et de sa liberté. le psychologue de la religion peut arborer une troisième position dite herméneutique. la seconde anthropomorphe (Wunenburger. il ne peut montrer ou réfuter les propositions de la théologie et il ne peut introduire l’action du surnaturel comme élément explicatif (Vergote. Seuil. « trip » hallucinogène. Perrin et S. Jung) et les tenants qui postulent que le « monde-autre » n’est qu’une projection de ce monde-ci pouvant flirter avec la construction délirante (à l’instar de M.. nous dit Harner (1997). Toutefois.info 28/08/12 12:12 Le second thème intéressant le psychologue concerne les États Modifiés de la Conscience (EMC). Ces corrélats physiologiques aux EMC sont fondamentaux mais ils ne renseignent pas suffisamment sur la dangerosité ou le bienfait de tels « états ».

Les questions (générales) vis-à-vis de ce phénomène sont ainsi : Comment le sujet se prépare-t-il avant l’ingestion de la substance hallucinogène ? Le sujet éprouve-t-il de l’angoisse ? Comment vit-il cette déstructuration (si elle se produit)? Quelles « médiations symboliques » (philosophiques.cairn. L’utilisation de substances comme l’ayahuasca ne pourrait être vraisemblablement tolérée dans notre culture que dans sa dimension thérapeutique et nous devons approfondir la recherche fondamentale en psychologie sur ce type de soins avant de traiter de son éventuelle application dans le domaine de la toxicomanie. Mabit au Pérou. de fuite.htm Page 8 sur 11 .info 28/08/12 12:12 Rogers et la psychiatrie phénoménologique d’un Binswanger. Notre recherche prend ainsi pour objet le travail du médecin français J. En ce qui concerne une approche psychologique rigoureuse de l’« expérience ayahuasca » et de son contenu. Intention de jouissance. nous réservons notre réponse.Cairn. A cognitivepsychological study of ayahuasca. Cette position nous concerne en tant que chercheur (c’est-à-dire celui qui fait la demande au sujet dans une démarche heuristique) conscient que ses modèles humanistes et phénoménologiques restent sur un topos conscient/préconscient (critique que peut nous adresser un psychanalyste plus intéressé par la structure organisationnelle du toxicomane). Le consommateur d’hallucinogène sera ainsi appréhendé comme un sujet ayant une intention à l’égard du médium psychoactif. comme les « expérienciants » ne partageant pas les mêmes croyances cosmogoniques et mythologiques des sociétés traditionnelles chamanistes (personnes vivant en ville) « voient » ou « hallucinent » les mêmes contenus. Telles sont nos interrogations depuis notre arrivée en Amazonie péruvienne en février 2001. L’étude de l’ayahuasca est un terrain très peu étudié par les psychologues. biochimie. le sujet recherche un mode d’être grâce à un produit non anodin lui permettant d’expériencier un « autre chose » que ce qu’il rencontre habituellement. Shannon [8] (et tel que nous l’avons aussi constaté).L'usage de psychotropes : entre sauvagerie et enculturation . Ce dernier a créé en 1992 un centre de réhabilitation pour toxicomanes (nommé Takiwasi) qui propose des « cures » chamaniques (couplées avec des approches occidentales) à des sujets « locaux » (et aussi à des occidentaux en « recherche personnelle »). il existe peu ou pas de travaux. pharmacologie. la littérature sur ce psychotrope appartient à deux genres de disciplines : d’une part. Phénoménologiquement parlant. s’occupe d’étudier statistiquement les contenus émergeant de données phénoménologiques (issus d’entretiens de recherche sur des terrains brésiliens et péruviens). Ceci est le sujet de notre thèse de doctorat. suite nous l’indique le psychologue cognitiviste B. félins ou autres visions de forêts et d’êtres surnaturels (ce sont – entre autres – les contenus de l’« expérience ayahuasca ») soient des « universaux » de l’esprit humain ? Il remarque ainsi que les autochtones (les personnes vivant dans la jungle amazonienne). L’une de ses questions de recherche est : se pourrait-il que les serpents. les sciences naturelles (botanique. de connaissance ou autre (ces catégories ne sont pas exclusives): c’est cela qui nous intéresse. Comme [8] SHANNON B.. physiologie cérébrale) qui nous renseignent sur les constituants du produit et les événements cérébraux découlant de son ingestion et d’autre part.info/revue-psychotropes-2001-1-page-19.. Cette problématique nous concernera aussi in situ et nous aurons la chance de pouvoir étudier plusieurs cohortes (les personnes vivant au Pérou en ville ou dans la jungle. LE PSY ET LA RECHERCHE SUR L’AYAHUASCA Concernant la question d’une possible acculturation de système chamanique en Occident. . et des occidentaux « en recherche personnelle » dont les motivations sont également à étudier) pour appréhender ce mystère… 19 20 http://www. les sciences sociales (sciences des religions et anthropologie) qui nous renseignent sur le contexte de consommation. Notre confrère Shannon. . verbales ou autres) émergent-elles au fil du temps ? Comment sort-il de l’expérience pour revenir dans la quotidienneté ? Est-il satisfait de ce qu’il a expériencié ? Cherche-t-il à revivre une telle expérience ? Etc. lui. religieuses ou autres) le sujet utilise-t-il pour traduire son expérience (ou plutôt comment retraduit-il les souvenirs de son expérience)? Comment évolue le discours du sujet sur son expérience ? Des images (visuelles.

nous ne parlons pas de pratique – aux autres systèmes de soins ? Ce qui ne relève pas du seul « corps physiologique » a-t-il sa place en Occident ? Quelle place pour ce que d’aucuns nomment la spiritualité – ou « existentialité » pour les plus laïques – dans les dispositifs thérapeutiques occidentaux ? Toutes ces questions touchent évidemment aux croyances intimes des praticiens. ELIADE M. BRUNER J. Seuil. (Éd.. maladies. Vue d’ensemble sur le chamanisme. savoir. 1972 (pour l’édition originale américaine). M. l’accord ou non de l’usage psychédélique par « l’ordre social » : l’usage occidental est qualifié de pathologique et de déviant. de ce que c’est que soigner. les sociétés chamanistes ne considèrent pas que le réel se limite à la perception des cinq sens. Éditions du Rocher. Eshel. (Éd. 21 22 23 24 Dernières questions polémiques que nous posons pour conclure : peut-il y avoir un échange. des types-idéaux qui peuvent évidemment être déconstruits au regard de la complexité concrète. Anciennes traditions. (L’ouvrage a déjà fait l’objet d’une parution épuisée en 1983 aux Éditions de l’EHESS. La notion de « Réel » (tout comme son corrélat « réalité ») que nous avons utilisée (faute de mieux) dans cet article est ainsi un mot-problème (et non un mot-solution) au même titre que les notions de « psychisme » ou de « conscience ». pouvoir : le chamanisme chez les Yagua de l’Amazonie péruvienne. etc. La valeur donnée à la substance : dans les sociétés chamanistes. Autre problématique : le psychologue ne doit-il pas trouver une approche qui dépasse les limites du tiers-exclu aristotélicien (exemple : ou une perception est vraie. 1974. 1951.5-10.-S. Paris.).-. FURST P. pathologique) et ainsi repenser la « dualitude » Normal/Pathologique sur un continuum ? Tels sont les défis qui se posent à notre encontre et que nous relevons… Rappelons que les problématiques nodales marquant un « fossé » entre « ici et làbas » reposent sur : l’appréhension du « Réel »: contrairement aux occidentaux. à leurs systèmes de représentations de la santé. http://www. Henri Michaux ou le corps halluciné. qui n’est pas celui des physiciens. normale.19682.. CHAUMEIL J. Ce mot de « Réel ».-P... pas de son idéologie pouvant flirter avec une nouvelle forme d’obscurantisme) surtout avec ce type d’objet (d’étude) paradoxal.) La chair des dieux. de ce qu’est un homme [anthropos].13-42. la confusion. aura été un artefact de notre part pour distinguer des différences (épistémologiques ?) essentielles entre deux types de sociétés.htm Page 9 sur 11 .T. Nous sommes évidemment conscients que les dimensions idéologiques (avec d’importants enjeux de pouvoir) et politiques sont difficilement séparables des questions proprement scientifiques (nous parlons de l’idéal scientifique. Les empêcheurs de penser en rond. Genève. Reçu en août 2000 BIBLIOGRAPHIE 25 Bibliographie BARTH B. l’usage rituel des psychédéliques.). 1999.L'usage de psychotropes : entre sauvagerie et enculturation . Ces différences sont à considérer comme des indicateurs heuristiques. guérir. Présentation générale : l’émergence d’une psychologie culturelle et les processus d’éducation. de la maladie (et du mal). la drogue permet d’atteindre la connaissance et la sagesse.7-18. n° 111. Introduction.. un dialogue entre plusieurs médecines ? L’Occident peut-il ouvrir son paradigme médical – à ce stade. Le chamanisme et les techniques archaïques de l’extase. DAY J. T... Monaco. l’irrationnel. 1999.cairn. In : FURST P. Paris.info 28/08/12 12:12 Bien des obstacles se dressent face au psychologue confronté au thème du chamanisme et des EMC.Le Mail. FURST P. elle signifie la régression. 1991. In : SEAMAN G. Car la culture donne forme à l’esprit.info/revue-psychotropes-2001-1-page-19. chamanisme en Asie centrale et en Amérique. Voir.. etc. Paris). celui ayant cours dans les sociétés traditionnelles est considéré comme un privilège sacré réservé à des initiés ou accordé à l’homme ordinaire lors de situations importantes (fêtes. BRUN A. Paris. et notamment en ce qui concerne les « mots » pour en parler. Georg Éditeur. avril-mai-juin 1995. Payot. ou elle est fausse. In : Revue Française de Pédagogie. 2000. Paris.Cairn. en occident. T.

). 1996. VERGOTE A. Seuil.. Seuil. 1985 (pour l’édition originale américaine). Mc KENNA T.. La conscience modifiée. Au-delà du Rio Tigre.. Éditions du Rocher – Le Mail. Disponible sur http :// www. In : The Newsletter of the Multidisciplinary Association for Psychedelic Studies MAPS. en empruntant l’« axe du Monde ». Paris.. T.249-266. Fisher et al. Paris. LAMB F. Georg Éditeur. HELL B. les maîtres du désordre. et ce. l’usage rituel des psychédéliques. Le serpent cosmique. La chair des dieux. org/ news-letters/ v07n3/ 07313sha. PERRIN M. Article paru dans la revue Le Temps stratégique.. Pierre Mardaga Éditeur. SISKIND J. VAZEILLES D. Agents and Actions. Du texte à l’action. Monaco. 1995. Paris.190-197. archipress. chamanisme en Asie centrale et en Amérique.L'usage de psychotropes : entre sauvagerie et enculturation . Éditions du Rocher – Le Mail. B. DAY J.19963.47-58. La mystique sauvage. Anciennes traditions. Georg Éditeur. 1995. HULIN M. 1974. Paris.. 1994 (pour l’édition originale américaine). NOTES [ 1] Centre de Psychologie de la Religion – Unité d’Anthropologie Clinique et Pathoanalytique. 1971 (pour l’édition originale américaine). Genève. « Psilocybin-Induced Contraction of Nearby Visual Space ». le « transcendant » est immanent : la communication est possible et son expérience est directe. Genève. WUNENBURGER J. RÉSUMÉ La place des psychotropes dans les sociétés humaines diffère selon les aires culturelles. Disponible sur : http :// www. In : FURST P. 1974.. Seuil.. Les chamanes maîtres de l’univers. 1995. Summer 1997. LE SCANFF C. Aux antipodes de l’esprit. l’ADN et les origines du savoir. 1969. 1973 (pour l’édition originale anglaise). Le chamanisme selon Eliade (1968) est donc une « technique archaïque de l’extase ». 1991. Paris. 19872.. le « transcendant » est difficilement atteignable alors que dans les sociétés chamanistes. Les Éditions du Cerf. Fisher observe que les performances se trouvent améliorées par l’administration de petites doses de psilocybine. Georg Éditeur. Petite Bibliothèque Payot. SHANNON B. Genève. PUF collection « Que sais-je ?».19953. Number 3. Dans le monothéisme. Seuil. 1998). Volume 7. 1983. Les plantes psychédéliques et les origines chamaniques de la religion. La chair des dieux. LAMB F. Paris.. le chaman est un « maître du feu » et le « spécialiste de la transe pendant laquelle son âme quitte son corps pour entreprendre des ascensions célestes ou des descentes infernales ». 1 (4). Monaco. Le sacré. 1997. 1981. 1999. 1917. 1970.htm Page 10 sur 11 . htm. htm. 1986. Bruxelles. org/ narby/ perrin2. printemps 1985. maps. (Éd. foi. PUF.). La nourriture des dieux.. Éditions du Rocher – Le Mail. Paris.. incroyance : étude psychologique. Flammarion. Possession et chamanisme. A cognitive-psychological study of ayahuasca. Payot. Le conflit des interprétations. Visions et guérisons chez les Sharanahua. De la prise «sans cadre» occidentale à l’utilisation rituelle chamanique..-S. PUF collection « Que sais-je ?»..Cairn. Fisher : on administre de petites doses de psilocybine à d’anciens étudiants et on mesure leur habileté à détecter le point de croisement de lignes jusque-là parallèles. Le sacré. n°12. In : HARNER M. (Éd.cairn... Hallucinogènes et chamanisme. Religion. com La notion de « transcendant » que nous utilisons est à entendre comme autre que ce que nous recevons par nos sens. Le chamanisme.info 28/08/12 12:12 HARNER M. 1998. Contact : gregescan@ hotmail. Voir R. Genève. Hallucinogènes et chamanisme. B.-J. Paris. Monaco.. 1997. Paris. Mc Kenna cite une recherche expérimentale dirigée par R. Un sorcier dans la forêt du Pérou. NARBY J. OTTO R... l’usage de substances comme les [ 2] [ 3] [ 4] [ 5] [ 6] [ 7] [ 8] http://www. 1997. LA BARRE W. Georg Éditeur.info/revue-psychotropes-2001-1-page-19. la notion marque également l’idée d’une coupure et d’un passage entre niveaux de réalité et se rapprocherait de l’étymologie de la notion de « sacré ». SEAMAN G. (cité par Mc Kenna. 1993. Paris. 1999.

un auteur Recherche avancée hc r aes CAIRN. 19-33. concerning knowledge. aux autres et au monde.L'usage de psychotropes : entre sauvagerie et enculturation . PLAN DE L'ARTICLE Préambule À propos du chamanisme Des substances « enculturées » La prise « sauvage » L’hallucinogène enculturé. un article. Religion. chercher une revue.htm Page 11 sur 11 .071. Réel. DOI : 10. Psychotropes 1/2001 (Vol. nature of reality and self-conception.INFO À propos de Cairn. gestion Géographie Histoire Lettres et linguistique Philosophie Psychologie Sciences de l'éducation Sciences de l'information Sciences politiques Sociologie et société Sport et société Revues d'intérêt général Toutes les revues OUTILS Aide Plan du site Raccourcis clavier Flux RSS Accès hors campus Contacts MON CAIRN.cairn. p. Mots-clés Usage. 7).cairn. catalyseur de connaissance ? Psychologie et chamanisme Comment se positionner ? Le psy et la recherche sur l’ayahuasca Article précédent Page 19-33 Article suivant POUR CITER CET ARTICLE Grégory Escande « L'usage de psychotropes : entre sauvagerie et enculturation ». Hallucinogènes.info 28/08/12 12:12 «sans cadre» occidentale à l’utilisation rituelle chamanique. the use of substances such as hallucinogens is a pertinent indicator for approaching fundamental differences.info Services aux éditeurs Services aux institutions Services aux particuliers Conditions d’utilisation Conditions de vente Droit de rétractation Vie privée © 2010-2012 Cairn. Phénoménologie Drugs are situated differently among cultural contexts in human societies.info DISCIPLINES (REVUES) Droit Économie. relation to others and world. de la nature de la réalité et du rapport à soi-même. From occidental consumption «without setting» to shamanic ritual utilisation. l’usage de substances comme les hallu~cinogènes est un indicateur précieux pour appréhender des différences fondamentales. notamment vis-à-vis du savoir. Culturel.INFO Créer un compte Mon panier Mes achats Ma bibliographie Mes alertes e-mail Mon crédit d'article http://www.Cairn.info/revue-psychotropes-2001-1-page-19.info/revue-psychotropes-2001-1-page-19. URL : www. Chamanisme.htm.3917/psyt.0019.

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