Entretien exclusif avec Christian Vanneste

monde vie
&

N° 856 – mars 2012 - 4,20 €

Accords d’Évian :

Il y a 50 ans, l’abandon de

l’Algérie
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L 11784 - 856 - F: 4,20 €

et la souveraineté

Présidentielle : les candidats

Bulletin d’adhésion

Centre saint Paul, 12 rue Saint-Joseph 75002 Programme du Carême 2012

Avec Jeanne d’Arc prions, réfléchissons, engageons-nous !
OUI J’adhère à l’association AVEC JEANNE Ì Jeune (-25 ans) : 15 € Ì Classique : 30 € Ì Couple : 50 € Ì Soutien : 100 € Ì Bienfaiteur : 150 € Ì DON : ………… € Règlement à l’ordre de: Asso AVEC JEANNE
© Pierre-Alain Dutheil

Chaque dimanche à 18 h 00, prêche par l’abbé Guillaume de Tanoüarn,
Dimanche 11 mars Le mal est dans le monde : contre l’illusion progressiste. Mondanité et mondialisation (Jean 15-17 et Apocalypse 13 et 14) Dimanche 18 mars Le Christ, sa justice, sa rédemption, sa croix Seule réponse à la hauteur du problème (Jean 10 et Jean 18) Dimanche 25 mars Les Béatitudes, notre charte contre le Mal Les ruses de l’amour comme intelligence du mal (Matthieu 5 et Luc 6) Dimanche 1er avril Les conditions de la Révolution chrétienne L’Eglise et le péché, l’Eglise a-t-elle péché ? (I Jean et Matthieu 13)

Nom : ........................................................................................................................... Prénom : ...................................................................................................................... Adresse : ...................................................................................................................... ...................................................................................................................................... Ville : ................................................... Code postal : .................................................
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Pour une liberté que l’on ne trouve pas ailleurs…

Petites annonces
– Aucune annonce ne sera enregistrée par téléphone, exclusivement par courrier ou mail*. – Les annonces sont payables d’avance. Facture sur demande. Tarif : La ligne : 4,35 H.T., soit 5,20 T.T.C. + 2 pour domiciliation au journal. La ligne: 40 signes environ, espaces et ponctuation compris. Pour tout courrier à faire suivre à un numéro de référence, prière de joindre un timbre pour la réexpédition. *mondevie@monde-vie.com

Rendez-vous
I 17 au 24 mars 2012, Voyage pélerinage en Espagne pour la bénédiction de l’oratoire saint Joseph à Vélez Rubio (Andalousie). Départ en car d’Avignon, Manresse, Grenade,Tolède, Avila, Saragossa, Poblet. 600 euros. Inscriptions et renseignements : Association La Route de l’Europe chrétienne.

monde et vie
J Métropole : . . . . . . . . . . 62 €

J 6 mois : . . . . . . . . . . . 35 € J DOM-TOM, Etranger : . 80 € J Abonnement Amitié : . . . . . . 80 € J Abonnement Soutien : 100 € ou plus J Etudiants, Religieux : . . . . . 40 €
Nom : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Prénom : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Adresse : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Code Postal : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ville : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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2 . monde & vie . 3 mars 2012 . n° 856

SOMMAIRE
POLITIQUE

Pour une France libre et indépendante . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4 L’UMP . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 Le Front national . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6 Le MoDem . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7 Dossier : ACCORDS D’EVIAN : L’HONNEUR SOUILLÉ Algérie, une tache sur l’honneur Français . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8 Brève histoire d’une conquête . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 Retour sur un abandon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10 L’abandon des Français d’Algérie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11 La contribution française au massacre des harkis . . . . . . . . . . . . . 12 Bilan peu reluisant de 50 ans d’indépendance . . . . . . . . . . . . . . . . 13 La marche du temps, la marque des faits . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
SOCIETE

Le candidat tricolore

N

Le travail le dimanche et l’obligation dominicale . . . . . . . . . . . . . 15 ECONOMIE Dette sans frontières et créanciers des îles . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16 40 ans de fuite en avant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17 INTERNATIONAL Crise nucléaire : le géant iranien défie Israël . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18 Espoir ou réalité : la Syrie en passe de se désagréger . . . . . . . . . . 19
RELIGION

Les catholiques face à l’élection présidentielle . . . . . . . . . . . . . 20/22 Les 30 ans du Chœur Fra Angelico . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23/24
CULTURE

Exposition, Livres, Cinéma, BD, Vie de famille, Le vin est une fête, Théâtre, Musique, . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25/30 L’invité du numéro : Christian vanneste . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32

monde & vie
14, rue Edmond Valentin 75007 Paris – www.monde-vie.com Tél.: 0147051042 – Fax : 01 40 56 98 19 – Courriel: mondevie@monde-vie.com Bimensuel publié par la SARL d’Exploitation du Journal Monde & Vie Directeur de la publication : Jean-Marie Molitor Directeur de la rédaction : Eric Letty Secrétaire de rédaction : Dominique Molitor RÉDACTEURS Politique : Olivier Figueras, Jacques Cognerais, Daniel Hamiche, Pierre-Jean Rivière. Chroniqueurs : Hervé Bizien, Manuel Calambra, Elise Camerlo, Antoine Couraye, Jean-Pierre Dickès, Paul Nielson, Irène Saint-Georges. Elise Canavesio. Economie : Henri Malfilatre. Religion : Alain Hasso, Christophe Mahieu, Claire Thomas, Daniel Hamiche. Dessin de presse : Miège, Arts, lettres et Histoire : Hubert Champrun, Christophe Mahieu, Henri Malfilatre, Philippe Maxence. Cinéma : Hubert Champrun. Théâtre : Marie Ordinis, Musique : Vincent Mainart, Bande dessinée : Philippe Maxence, Christophe Mahieu Femme et famille : Gabrielle Cluzel Fabrication, publicité , abonnements : Anne-Cécile Foubert

S.A.R.L. au capital de 24 320 €. RC Paris B 784 591 117. Code HAPPE : 221 E Comm. Par. N° 1213 K 83969. ISSN : N° 0335-3788. Imprimé par RPN – 93 – LivryGargan. Dépôt légal 1è trimestre 2012. (Photos : Gamma, DR, autres mentionnées, Une : © Keystone).

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Prochain numéro le samedi 24 mars 2012

ous continuons, dans ce numéro de Monde & Vie, à proposer une comparaison entre les programmes des différents candidats à la présidentielle autour d’un thème qui intéresse particulièrement la ligne de notre journal – et, nous l’espérons, nos lecteurs. Catholique et national, Monde & Vie est évidemment sensible à la question de la souveraineté. Nous ne devrions donc pas bouder notre plaisir après avoir vu les images du grand rassemblement public par lequel Nicolas Sarkozy a ouvert sa campagne, le 19 février, à Marseille. Accueilli par une foule brandissant une marée de drapeaux tricolores, il s’est présenté comme le candidat qui « aime la France », devant un panneau géant qui affichait son slogan électoral: « La France forte ». Le mari de Carla Bruni a même chanté la Marseillaise, son « tube » favori vraisemblablement, qu’il connaît par cœur, contrairement à François Hollande. Ah! Le bon apôtre! Ne venez plus lui parler de l’époque où il a réintégré la France dans le commandement de l’Otan, nous replaçant ainsi dans l’orbite des Etats-Unis : cela appartient au passé, au temps où il était bling-bling. Ne lui rappelez pas non plus qu’il a réintroduit par la fenêtre du congrès l’essentiel du projet de Constitution européenne que le peuple français avait rejeté par la grande porte du référendum en 2005. Rappelez-vous, la partie s’est jouée en deux temps : d’abord une révision de la Constitution française par le Congrès, le 4 février 2008 ; et quatre jours plus tard, la ratification du traité de Lisbonne par le Parlement. Un coup de maître pour replacer la France dans le sillage eurocratique et réparer les bêtises de ces Français inconséquents. Et puis, il y a encore eu, au mois de novembre 2011, cette annonce effarante: « Avec Mme Merkel, nous allons prochainement faire des propositions s’agissant de la modification des traités pour empêcher que les pays puissent diverger dans les domaines budgétaire, économique et fiscal. » Qui a parlé de souveraineté ? Je me suis frotté les yeux et j’ai cherché attentivement, désespérément, sur mon écran de télévision, la tache bleu clair d’un drapeau européen dans cette débauche de tricolore. Mais je n’en ai pas vu. La salle, les militants, la tribune, le slogan, Nicolas Sarkozy lui-même: tout était bleu-blanc-rouge. La France seule… Aurait-il donc changé, comme il l’affirme lui-même – ce qui est encore le meilleur moyen de tirer un trait sur son bilan ? Que le lecteur qui le croit se reporte en page 4 du présent numéro, pour y prendre connaissance du contenu du traité de stabilité que le président Sarkozy nous concocte, en se gardant bien, aussi soudainement convaincu des vertus du référendum soit-il, de consulter les Français à ce sujet. Le référendum, c’est bon pour les promesses, qui n’engagent comme on sait que ceux qui les reçoivent et qui parviennent encore à y croire, tandis que le traité de stabilité est actuel et bien concret – il fait partie intégrante de la stratégie de Nicolas Sarkozy, qui vend aujourd’hui la France à l’Allemagne d’Angela Merkel, avec l’espoir, s’il est réélu, qu’elle lui permettra de s’accrocher à la queue de l’euro. Quitte à faire de la France une vassale de l’Allemagne, pourvu qu’il ne soit pas confronté, lui Sarkozy, aux conséquences des politiques auxquelles il a participé. Et si pour être réélu il faut porter un béret basque en chantant la Marseillaise devant trois gogos bleu-blanc-rouge, qu’importe ? Il en rira encore l’hiver prochain, quand la crise sera venue. I Eric Letty monde & vie . 3 mars 2012 . n° 856 . 3

POLITIQUE

Pour une France libre et indépendante

C

omme l’écrivait l’historien Fustel de Coulanges à l’occasion du débat sur l’appartenance nationale de l’Alsace : « Ce qui distingue les nations, ce n’est ni la race, ni la langue. Les hommes sentent dans leur cœur qu’ils sont un même peuple lorsqu’ils ont une communauté d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs et d’espérances. Voilà ce qui fait la patrie. » Une communauté politique, ne se décrète pas, elle se constate. Comme disait Maurras, la nation constitue « le plus vaste des cercles communautaires qui soient, au temporel, solides et complets ». La remettre en cause revient à se détacher du réel pour poursuivre des utopies dont la construction européenne est le meilleur exemple.

Pour Maurras, encore, la nation demeure la voie d’accès privilégiée à l’universel : « Pour rêver à la monarchie universelle et pour s’élever jusqu’à la sphère métaphysique de la Cité de Dieu, Dante n’en est pas moins l’exact citoyen de Florence ; Sophocle l’Athénien et Sophocle l’universel ne sont pas deux figures contraires qui s’excluent mais bien le même personnage. » Loin d’être un enfermement, l’enracinement national est ainsi une condition de l’ouverture de l’homme au monde. Comment apprécier les autres cultures nationales si l’on ne connaît pas d’abord la sienne? L’appartenance nationale n’est sans doute pas la seule, mais incontestablement une des identités constitutives de la personne humaine. I A. C.

La position de l’Eglise
’amour et le service de la patrie relèvent du devoir de reconnaissance et de l’ordre de la charité », proclame le Catéchisme de l’Eglise catholique (art. 2 239). Dans son livre-testament Mémoire et identité, Jean Paul II précise que dans le Décalogue, le patriotisme « se situe dans le cadre du quatrième Commandement, qui nous engage à honorer notre père et notre mère. (…) La patrie est le bien commun de tous les citoyens et, comme telle, elle est aussi un grand devoir. » Cependant, demande-t-il, « Le XXe siècle ne témoigne-t-il pas d’une incitation diffuse à avancer dans la direction de structures supranationales, ou même du cosmopolitisme? Et cette incitation n’est-elle pas aussi la preuve que, pour survivre, les petites nations doivent se laisser absorber par des structures politiques plus grandes ? Ce sont des interrogations légitimes. Il semble toutefois que, comme la famille, la nation et la patrie demeurent des réalités irremplaçables. La doctrine sociale catholique parle en ce cas de sociétés “naturelles”, pour indiquer le lien particulier, de la famille ou de la nation, avec la nature de l’homme, qui a une dimension sociale. » I A. C.

«

L

L’indépendance nationale de gauche à droite
Entre les têtes d’affiche des gauches et les petits candidats de droite à la présidentielle, le rapport à la souveraineté nationale est des plus divers. Revue des positions.
fonctionnaire de formation. Il doit néanmoins composer avec une aile gauche eurosceptique qui a voté « Non » au référendum de 2005. Cette aile est aujourd’hui essentiellement incarnée par Arnaud Montebourg et marche plus ou moins sur les traces de Jean-Pierre Chevènement et du CERES, l’ancien courant « souverainiste » du PS. Rappelons aussi que l’actuelle Première secrétaire du PS, Martine Aubry, est la fille de l’ancien président de la Commission européenne, Jacques Delors, fervent partisan de l’intégration supranationale. Du côté des Verts (souvent d’anciens gauchistes) et d’Eva Joly, on est très hostile aux nations, aux frontières et favorable à l’Europe fédérale. Récemment, le compagnon de la dirigeante verte Cécile Duflot avouait ne pas se sentir plus Français que Sénégalais… Il n’a pourtant pas une goutte de sang africain. L’autre candidate écologiste, l’ancienne ministre Corinne Lepage, est député européen et très favorable à la supranationalité.

C

omme les communistes, qui le soutiennent, Jean-Luc Mélenchon est hostile à l’Europe au nom d’un curieux mélange de patriotisme jacobin et d’universalisme marxiste. Non moins à gauche, les candidats trotskistes Philippe Poutou (NPA) et Nathalie Artaud (Lutte Ouvrière) sont évidemment internationalistes, mais très hostiles à l’OTAN, et vouent aux gémonies l’atlantisme au nom de la lutte contre l’impérialisme américain.

Ambiguïtés socialistes
Concernant François Hollande, le Parti socialiste est historiquement très européen, et cela depuis la Libération. S’il souhaite une Europe plus « sociale », les positions de son candidat ne diffèrent guère de celles de Nicolas Sarkozy sur la question. L’Europe technocratique ne choque pas le député corrézien, lui-même énarque et haut4 . monde & vie . 3 mars 2012 . n° 856

Postures gaullistes
Faut-il ranger l’ancien premier ministre Dominique de Villepin à « droite » ? Il reste en tout cas chaudement partisan de l’Union européenne. Sa défense de l’indépendance nationale face à l’hégémonie américaine, illustrée par son fameux discours à l’ONU, relève de la posture schizo-

phrénique et des réflexes propres à la vieille garde du quai d’Orsay. Se présentent aussi, outre Marine Le Pen, deux candidats souverainistes et patriotes, à condition qu’ils disposent des 500 signatures fatidiques le 16 mars au soir… Nicolas Dupont-Aignan, le médiatique député-maire d’Yerres, est partisan de l’indépendance nationale au nom du gaullisme. Ses positions sur la question se rapprochent fortement de celles de la candidate du Front national. Toujours candidat à l’heure qu’il est, le président du CNIP, Gilles Bourdouleix, député-maire de Cholet, est quant à lui un eurosceptique, tout comme son premier vice-président, l’ancien député européen villiériste Stéphane Buffetaut. Si les jeunes du parti les suivent sur ces positions, ils doivent en revanche composer avec une base d’élus locaux plus fluctuante. Par ailleurs, le CNIP avait pris nettement position contre le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN en février 2009. I Antoine Ciney

POLITIQUE

Nicolas Sarkozy, candidat en rupture de bilan
Le slogan de campagne cocorico du candidat Nicolas Sarkozy, « La France forte », paraît contredire le bilan du président, que ledit candidat revendique néanmoins. schizophrénie ?
son intention affichée de recourir désormais, s’il est réélu, au référendum – une procédure qu’il a pourtant ignorée tout au long de l’actuel quinquennat. Se plaçant dans le sillage du général De Gaulle, le candidat a promis d’« en appeler au peuple » mais dans certains cas particuliers. « Le référendum est une méthode qui présente un autre avantage qui consiste à dire à cette France qui souffre du fait de la crise (…) qu’elle aura la parole, qu’elle n’est pas exclue du débat et qu’elle peut trancher un certain nombre de sujets quand il y a blocage manifeste. » Sujets dont il a immédiatement exclu le traité européen de discipline budgétaire en cours d’adoption. Trop complexe pour les Français – merci pour eux ! –, un tel référendum ne pourrait porter que sur une question claire. Alors qu’« on peut parfaitement imaginer un référendum sur l’Europe, sur la monnaie unique par exemple (…) parce que la question est parfaitement claire : “Voulez-vous échanger le franc contre l’euro ?” » La droite n’a pourtant pas cru bon d’interroQui plus est, le traité considère les politiques économiques des Etats-membres comme une « matière d’intérêt commun » et introduit de ce fait une règle d’équilibre budgétaire et un mécanisme automatique de correction. L’Assemblée nationale a adopté le 21 février ce dispositif au motif d’officialiser ce qui se fait déjà pour la Grèce. Mais il faut, tout de même, modifier le traité européen, qui interdit aux Etats-membres de se porter au secours d’un autre – ce qui s’est fait pour la Grèce, certes, mais en violation du traité. Avec cette correction, ce ne sont plus des nations souveraines qui viendront apporter leur aide – elles ne sont d’ailleurs qu’invitées à participer au moins une fois par an au sommet de la zone euro qui décidera de l’application du nouveau traité. Un pas est donc fait vers l’Europe fédérale et Sarkozy prend les électeurs pour des imbéciles. Certes, l’Allemagne tique, et l’Irlande fera un référendum. Mais comme il suffira de douze pays pour que ce nouveau traité entre en vigueur… O. F. ger les Français sur des questions aussi claires… et lorsqu’elle a entrepris de le faire elle a fait passer leur réponse à la trappe.

La souveraineté dans les pas de l’Allemagne
De toute façon, assure le président-candidat, la question ne se pose pas, parce que ce « pacte budgétaire » ne comporte pas d’abandon de souveraineté. On est prié de le croire sur parole ? Il est vrai que Nicolas Sarkozy n’a pas d’autre possibilité, dans sa situation, que de suivre cette voie. En appelant Angela Merkel à la rescousse pour soutenir sa candidature, il a montré les limites de sa conception de la souveraineté. On peut, certes, comme le président de l’Assemblée nationale Bernard Accoyer, emballer le concept d’une formule nouvelle : la « démocratie commune », qui permet de faire avaler « la convergence de nos économies » et les « transferts de souveraineté qui n’avaient pas été opérés lors de la mise en place de la monnaie commune ». Mais force est de constater que, depuis son arrivée à l’Elysée jusqu’à son dernier discours de Toulon, Nicolas Sarkozy n’a eu de cesse de mettre ses pas dans ceux de la chancelière allemande, en abandonnant peu à peu ses affirmations fracassantes, notamment sur les questions économiques ou sur le rôle de la Banque centrale européenne. Ce n’est pas faute d’avertissements, venus de ses partenaires ou d’ailleurs. Même le Vatican a tiqué sur les accords économiques successifs entre Berlin et Paris, estimant que la discipline budgétaire évoquée par les deux partenaires risquait de réduire la souveraineté des gouvernements nationaux et d’entraîner une division de l’Europe. Devant les craintes suscitées jusqu’au sein de sa majorité par ce partage franco-allemand, où Paris n’obtient pas la meilleure place, loin s’en faut, Nicolas Sarkozy a d’ailleurs rétorqué, fin 2012, que la souveraineté « ne s’exerce pas seul » ! Parce que, estime-t-il, il n’y a pas le choix, sauf à courir « le risque d’explosion » de l’Union européenne. D’où l’idée que ce traité économique – il ne cesse de l’affirmer – est le seul moyen de rendre à la France un peu de souveraineté. Qui ne consiste plus à être César, mais à s’incorporer davantage à l’Europe, sous peine de disparaître, dit-il… I Olivier Figueras monde & vie . 3 mars 2012 . n° 856 . 5

vec son slogan « La France forte », Nicolas Sarkozy paraît revendiquer la notion, sous-jacente, de souveraineté nationale. Au regard de son bilan présidentiel, cette formule, si contraire à la position d’autres candidats sur la question de la souveraineté française, est-elle le signe d’une dichotomie, voire d’une schizophrénie entre docteur président et mister candidat ? En réalité, Nicolas Sarkozy veut, certes, affirmer la volonté d’une France souveraine… mais dans la mesure du possible aujourd’hui. Une France forte, oui… mais avec réalisme. Cette distinction est encore apparue fin février dans

A

Un nouveau pas vers l’Europe fédérale
ur le site du candidat Sarkozy, on trouve très peu d’occurrences pour le terme « souveraineté » : la moitié concerne des missions de défense, l’autre des questions économiques. On explique ainsi que l’équilibre budgétaire est primordial pour la « conservation de notre souveraineté ». Mais le site présente la transcription de l’entretien à RTL, au cours duquel Nicolas Sarkozy a refusé de soumettre le « Traité sur la Stabilité, la coordination et la gouvernance, au sein de l’Union économique et monétaire » à référendum, au motif qu’avec 200 ou 250 articles, il serait difficile de poser une question claire. Et surtout, que ce traité « nous rend notre souveraineté budgétaire ». Ça commence mal ! Parce que ce traité – dont on ne trouve officiellement que le texte anglais, alors que les Anglais n’y participent même pas… – ne comporte en réalité que… 16 articles ! Nicolas Sarkozy a donc de sérieux problèmes avec le calcul. Ou l’honnêteté ?

S

POLITIQUE

Marine Le Pen pour la souveraineté française et l’Europe des nations
Le Front national a toujours revendiqué son attachement à la souveraineté nationale. Le programme de Marine Le Pen s’inscrit dans la fidélité à ce principe.

Primauté du droit national
n présentant, fin février, son projet pour l’Europe, Marine Le Pen n’a pas insisté sur la sortie de l’euro (même si la réintroduction du franc est bien mentionnée dans son projet), sans doute parce qu’elle considère qu’il aura disparu par « un processus organisé sur six à huit mois, à condition qu’il n’ait pas explosé avant l’élection ». Elle a préféré évoquer les « entraves communautaires antidémocratiques », à commencer par la Commission européenne, dont il convient de se défaire pour construire une « Europe des nations » respectueuse des diversités qui la composent: « La diversité des nations est la richesse de l’Europe. Je suis pour l’Europe de la paix, je veux que la souveraineté de chaque nation soit reconnue. Je suis prête à débarrasser la France de ce carcan. » Estimant que « c’est toute l’architecture de l’Europe qui est à revoir », la candidate FN affirme que son action est guidée par « deux principes : le respect de la liberté des nations et la plus-value que doit représenter l’Europe ». Une révision architecturale d’importance, puisque Marine Le Pen veut « abroger cette charte européenne des droits fondamentaux qui exalte les communautés », « abolir ce dogme idéologique qui impose une concurrence libre et non faussée pour tout principe économique », « renverser » les jurisprudences par lesquelles nos juridictions, telles le Conseil constitutionnel, le Conseil d’Etat et la Cour de cassation, « se sont soumises à des instances juridictionnelles supra-nationales », supprimer le Parlement européen qui « n’a aucune raison de subsister » et qui « n’a rien de démocratique parce qu’il n’est pas un lieu de débat ». Bref, « la primauté du droit national sera posée en principe fondateur intangible », affirmet-elle. I O. F.

E

a souveraineté est au cœur du système et des idées du Front national. C’est donc tout naturellement que Marine Le Pen l’évoque et la revendique, même si le thème n’apparaît pas comme l’un des chapitres de son projet pour 2012. Interrogée récemment sur la question du Québec, elle a répondu: « Je suis pour la souveraineté des peuples. », avant de préciser : « L’histoire a façonné des peuples et nations qui doivent conserver leur indépendance. Quand je me bats pour la souveraineté et l’indépendance de la France, je me bats pour la souveraineté et l’indépendance de toutes les nations du monde. » En France, la candidate Front national met notamment en avant la République référendaire, point sur lequel elle a eu l’occasion de s’exprimer dernièrement après le refus du candidat-président de soumettre à référendum le traité européen de discipline budgétaire actuellement en cours d’adoption. En dénonçant un traité qui, s’il est adopté, « retirera à la France sa souveraineté budgétaire et condamnera nos nations à l’austérité permanente », Marine Le Pen a promis, si elle était élue, d’utiliser « systématiquement le référendum pour trancher les grandes questions qui engagent notre avenir. Les référendums seront obligatoires en matière européenne. ». Cette reconstruction de la souveraineté passerait donc par une renégociation des traités européens actuels, comme le principe en est prévu par l’article 50 du traité sur l’Union européenne, qui évoque la possibilité pour un Etat de se retirer de l’Union. Jugeant en effet que la construction européenne souffre d’un « déficit démocratique », qui s’impose aux Etats-membres du fait notamment que 80 % des lois nationales s’avèrent n’être que des transpositions de directives européennes, le projet présidentiel de la candidate FN prévoit, pour coordonner cette renégociation, la création d’un ministère des Souverainetés, dont l’objet consistera à « jeter les bases d’une Europe respectueuse des souverainetés populaires », afin

L

de retrouver notre souveraineté nationale dans tous les domaines où elle a été transférée à Bruxelles. Plus précisément, le projet pointe quatre points importants pour la reconquérir. Il s’agit : – de la maîtrise de nos frontières, « au sein d’une association libre d’Etats européens partageant la même vision et les mêmes intérêts sur des sujets tels que l’immigration ou les règles devant régir les échanges extérieurs et la circulation des capitaux » ; ce qui se fera notamment, affirmait récemment Marine Le Pen, en mettant fin à Schengen ; – de la maîtrise de notre monnaie et de notre politique monétaire ; – de « grands projets européens innovants, au service des peuples, bâtis à partir de partenariats volontaires, comme l’ont été Ariane ou Airbus, décidés, faut-il le rappeler, en dehors des institutions communautaires » ; – de faire en sorte que « la contribution nette de la France au budget européen soit nulle », ce qui permettra de « dégager des marges » pour soutenir, par exemple, nos industries et notre agriculture. Ce discours a plu à Paul-Marie Coûteaux, qui, outre son rôle de porte-parole de la campagne frontiste, a créé fin janvier un nouveau parti, le Siel – Souveraineté, indépendance et libertés – qui devrait présenter un certain nombre de candidats aux législatives, sous une étiquette commune avec le FN. Il espère rassembler dans cette optique « les gaullistes orphelins, les souverainistes dispersés et les patriotes désorientés », et a lancé des appels en ce sens vers la Droite populaire et Philippe de Villiers. Un discours rassembleur qui pourrait toucher aussi Nicolas Dupont-Aignan

ou Jean-Pierre Chevènement – ou du moins leurs électeurs. Tous, estime-t-on aujourd’hui derrière la candidate patriote (vocable préféré à « nationaliste »), doivent pouvoir s’entendre sur cette affirmation récurrente de Marine Le Pen : « C’est le peuple français qui doit être souverain, et personne d’autre. » I Olivier Figueras

6 . monde & vie . 3 mars 2012 . n° 856

POLITIQUE

Bayrou, un fédéraliste européen
Le candidat du Modem évite le sujet de l’Europe, mais son passé parle pour lui.

lors que l’Europe est un « logiciel » centriste depuis la Libération, alors que la crise fait trébucher l’euro et ruine la Grèce, François Bayrou, très pragmatique, s’abstient d’en parler tant il sait l’euroscepticisme persistant des Français, qu’ils soient de droite ou de gauche. Il n’a pas oublié l’échec du référendum de 2005, où il avait appelé à voter pour le « Oui ». S’il veut disputer une partie de son électorat à Marine Le Pen, il ne doit pas froisser les souverainistes qui pourraient encore adhérer à sa posture d’opposition modérée au sarkozysme plutôt qu’au Front national. Pourtant, ce démocrate-chrétien, replié sur la première partie de ce nom composé, est bien le descendant des hommes du MRP et du CDS, de Robert Schuman (modèle revendiqué de Christine Boutin) et de Jean Lecanuet, sous les auspices duquel il a débuté sa carrière politique dans les années 1970. Héritier sécularisé des défenseurs de l’Europe vaticane, François Bayrou n’est pas tant un laudateur des technocrates bruxellois qu’un tenant du fédéralisme transnational européen, qui s’appuie sur une lecture erronée du principe de subsidiarité. Très réticent à l’entrée de la Turquie en Europe, le candidat centriste a aussi critiqué le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN imposé par Nicolas Sarkozy (en cela disciple de l’autre « père de l’Europe », Jean Monnet) en mars 2009. François Bayrou avait même parlé, non sans raison, d’« amputation » de la France au sujet de cette réintégration. Pour un peu il se ferait le défenseur d’une Europe puissance.

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Pour l’UE mais pas pour l’OTAN
Nul trace d’Europe, donc, sur le site du candidat Bayrou, ni dans ses allocutions publiques. Il faut aller sur le site du Modem, le parti politique qu’il préside et qui a succédé à l’UDF, pour voir s’exprimer ses lieutenants sur la question. Son bras droit, le député européen Marielle de Sarnez, vice-présidente du Modem, a critiqué le 13 décembre dernier l’action européenne de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel : « On nous dit qu’on va faire l’Europe intergouvernementale, je pense que c’est une erreur. C’est une erreur de

renier l’inspiration communautaire. C’est une erreur de s’éloigner des institutions communautaires, de la démocratie et du contrôle démocratique de nos institutions. » Dans le camp de Bayrou, on souhaite par exemple donner plus de pouvoir au Parlement européen, qui n’en a guère aujourd’hui. N’oublions pas que ce sont les centristes qui ont mis en place le vote au suffrage universel de nos représentants au sein dudit Parlement européen, en 1979. La responsable des questions européennes du Modem, c’est Sylvie Goulard, représentante du Grand-Ouest au parlement de Strasbourg et ancien présidente du Mouvement européenFrance, désormais présidé par Jean-Marie Cavada. Autrement dit, il s’agit d’une fédéraliste européenne acharnée. Elle aussi s’en est prise à l’automne dernier, dans une tribune publiée par l’Express, au fonctionnement actuel de l’Union européenne : « Au lieu de se replier sur les nations, nos dirigeants devraient oser miser enfin sur ce qui nous unit ; il faut redonner à la Commission un président fort, s’appuyer sur le Parlement européen, fixer un horizon commun. Depuis 1950, la Commission européenne incarne l’unité. Malgré le dévouement de plusieurs commissaires, elle est aujourd’hui à bout de souffle. Ce n’est toutefois pas une fatalité. Si Angela Merkel et Nicolas Sarkozy cessaient de faire semblant d’accorder à M. Barroso une confiance

qu’ils lui ont retirée depuis belle lurette, un nouveau départ de l’institution serait possible. Il est ahurissant que cette option n’ait pas été envisagée. » Reconnaissons que ce discours a le mérite de la clarté, loin des circonvolutions d’Henri Guaino. Les partisans de l’Europe fédérale sont des utopistes, mais ils sont cohérents, comme le sont les souverainistes. S’il évite, comme on l’a dit, d’aborder la question durant cette campagne, on ne saurait avoir de doutes sur la position de François Bayrou qui est incontestablement le plus européiste des candidats à la magistrature suprême. I Jacques Cognerais

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monde & vie . 3 mars 2012 . n° 856 . 7

Dossier : Accords d’Evian : l’honneur souillé

Algérie, une tache sur l’honneur Français
Le 18 mars 2012, l’Algérie sera indépendante depuis 50 ans. Et les conséquences de la guerre se font encore sentir.
’Algérie va bientôt célébrer les 50 ans de son indépendance et le calendrier tombe assez mal pour certains des candidats en lice : comment François Hollande et Nicolas Sarkozy se positionneront-ils? Le champion socialiste, surtout, devra faire preuve d’une jolie souplesse s’il veut caresser la fibre anticolonialiste de l’électorat socialiste sans pour autant se brouiller complètement avec un électorat piednoir qui, même s’il reste très favorable à Marine Le Pen selon un sondage du Cevipof, vote encore socialiste à 26 %. au moins passifs et parfois même actifs des boucheries qui s’ensuivirent. Il est rare de rencontrer dans l’histoire des parjures de la taille du général De Gaulle. C’est incontestablement un tour de force que d’être parvenu au pouvoir en criant (comme à Mostaganem, le 6 juin 1958) « Vive l’Algérie française » et d’abandonner moins de quatre ans plus tard le territoire à la faction la plus hostile à son propre pays. Mais les fautes contre l’honneur se paient toujours cher. En brisant l’armée, et les droites (il faut lire à cet égard le beau pamphlet de Jacques Laurent, Mauriac sous De Gaulle), le général rendit sans doute, non seulement possible, mais inévitable Mai 68. Au reste, pourquoi Charles De Gaulle a-t-il préféré négocier avec les politiciens de Tunis, en sabotant la paix des braves que demandaient les combattants du djebel? Pourquoi, alors que l’armée était victorieuse, a-t-il donné cette victoire à l’ennemi au lieu de s’appuyer sur les musulmans loyalistes, qui furent toujours plus nombreux que les rebelles (entre les harkis, les SAS, les mokhaznis, les groupes d’autodéfense, les groupes mobiles de sécurité, les militaires d’active et les appelés, 225 000 musulmans se battirent du côté français, alors que les effectifs des fellaghas ne dépassèrent jamais 50 000 hommes selon le commandant Azzedine, l’un des chefs de guerre FLN) ? Sans doute parce que cet homme du nord était raciste; aussi parce que les Américains et les Soviétiques le souhaitaient; enfin et surtout parce que l’Algérie représentait un poids qui risquait d’empêcher la France de profiter pleinement de la prospérité économique déjà commencée. Que se serait-il passé si le pouvoir n’était pas revenu au FLN ? On ne refait pas histoire, mais il n’est pas indifférent d’entendre l’ancien chef FLN Aït Ahmed, affirmer aujourd’hui que le départ des Français d’Algérie fut « plus qu’un crime, une faute » et qu’« avec les pieds-noirs et leur dynamisme – je dis bien les Pieds-noirs et non les Français – l’Algérie serait aujourd’hui une grande puissance africaine, méditerranéenne ». Peut-être les jeunes Algériens ne demanderaient-ils pas aujourd’hui, pour fuir la misère, des visas pour la France – au point que l’on peut craindre qu’un jour, Colombey-les-deux-églises n’en vienne tout de bon à s’appeler Colombeyles-deux-mosquées. I Eric Letty

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Pour Juppé (photo), Bouteflika, est un « esprit de modération »
Côté algérien, sans surprise, on n’évitera pas la polémique : fin décembre, dans le cadre de la querelle entre Paris et Ankara sur le génocide arménien, le ministre des Moudjahidine, Mohamed Cherif Abbas, a fait savoir que « criminaliser le colonialisme » était « une revendication du peuple algérien et le restera tant que la France officielle n’assumera pas sa responsabilité ». C’est sans doute ce qu’Alain Juppé (photo), évoquant ses relations avec le président Bouteflika, appelle un « esprit de modération » Souhaitons, sans trop y croire, que cet esprit de modération éclaire l’ancien ambassadeur en Algérie Hubert Colin de Verdière, auquel Nicolas Sarkozy a confié début janvier une mission diplomatique française sur l’anniversaire de l’indépendance, avec consigne de « faire des propositions pour que les événements qui accompagneront cet anniversaire contribuent au renforcement des relations et de l’amitié francoalgérienne ». Est-il souhaitable que la France se mêle de cet anniversaire ? Elle peut être fière de l’œuvre immense accomplie en Algérie en 132 ans, même si tout n’y était pas parfait, si la misère y existait encore, si le taux de chômage frappait durement une population musulmane à la démographie galopante et si des réformes étaient nécessaires. Paris ne s’est pas fait en un jour… Si les Français ôtaient un instant leurs œillères idéologiques, ils s’apercevraient que l’aventure algérienne reste
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sans doute l’une de leurs dernières grandes épopées collectives. Les colons qui, mettant en pratique la devise de Bugeaud, Ense et aratro (par l’épée et par la charrue), assainirent et mirent en valeur les marécages pestilentiels de la Mitidja où pullulaient les moustiques porteurs de malaria, l’outil d’une main et le fusil de l’autre pour répondre à la menace des terribles cavaliers hadjoutes qui brûlaient les fermes et coupaient les têtes, ne le cèdent en rien aux héros mythiques de la « conquête de l’Ouest ». Cette épopée s’est, hélas, terminée en tragédie, non seulement pour les pied-noirs, qui furent contraints à l’exode, et pour les Français musulmans, qui furent massacrés par dizaines de milliers dans des supplices effroyables, mais aussi pour le peuple algérien, soumis depuis 50 ans à la dictature vénale des caciques du FLN, et pour le peuple français qui y perdit son honneur, avec des conséquences considérables.

Mai 68, conséquence de mars 1962
Les responsabilités de cette tragédie sont partagées entre l’Algérie et la France, et plus encore entre le FLN et les gaullistes. Le premier fut l’acteur principal des épouvantables tueries qui précédèrent et qui suivirent la signature des accords d’Evian, censés avoir mis fin à la guerre. Les seconds furent les complices

Dossier : Accords d’Evian : l’honneur souillé

Brève histoire d’une conquête
Le cinquantenaire de l’indépendance algérienne est une bonne occasion de faire un retour sur les 132 ans pendant lesquels le drapeau français (blanc fleurdelysé au tout début, tricolore par la suite) a flotté sur cette terre.
avril 1827, le dey Hussein, exigeant le paiement de la créance, insulta le consul de France et le frappa de coups d’éventail. Pour laver l’affront, le roi de France, Charles X, envoya une division navale bloquer la ville, mais en 1829, les Turcs canonnèrent le vaisseau de l’amiral La Bretonnière, venu en parlementaire ; puis, en 1830, ils massacrèrent 80 marins de deux vaisseaux français échoués à l’est d’Alger. (1) Le 14 juin 1830, un corps expéditionnaire français de 30 000 hommes, placé sous les ordres du général de Bourmont, débarque dans la baie de Sidi-Ferruch et le 5 juillet, le dey ayant capitulé, les troupes françaises entrent dans la ville. Cependant, à la fin du même mois, la révolution contraint Charles X à abdiquer et le 9 août Louis-Philippe devient roi des Français. A Alger, le général Clauzel remplace le légitimiste Bourmont, tandis que le nouveau gouvernement est tenté d’abandonner cette conquête encombrante – abandon auquel s’opposent l’opinion publique et une partie du Parlement. Les territoires de l’ancienne Régence seront finalement annexés par ordonnance royale en juillet 1834 et trois fils de Louis-Philippe, les duc d’Orléans, de Nemours et d’Aumale, s’illustreront au cours de la conquête. Entre 1831 et 1832, les Français occupent ou réoccupent Oran, Bône, Bougie, entrent à Mostaganem. Cependant, les chefs des tribus rebelles portent à leur tête un jeune chef qui se signale par son intrépidité: l’émir Abd el-Kader. En juin 1835, celui-ci inflige une cuisante défaite aux troupes françaises dans les marais de la Makta. Paris envoie alors le général Bugeaud, avec des renforts, pour dégager le général d’Arlanges bloqué par l’émir à La Tafna. Bugeaud cherche l’affrontement et bat Abd el-Kader le 16 juillet 1836. Par ailleurs, après un premier échec en 1836, les Français enlèvent Constantine au bey Ahmed, après de furieux combats, le 13 octobre 1837.

ous sommes fils d’un monde nouveau, né de l’esprit et de l’effort français. » Cette réflexion de Ferhat Abbas, qui présida le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) de 1958 à 1962, puis l’Assemblée nationale constituante aux premiers temps de l’Algérie indépendante, exprime une réalité : c’est la France qui a créé l’Algérie. Avant elle, étaient les Turcs, qui s’étaient rendus maîtres de la Régence d’Alger à la fin du XVIe siècle. Outre la menace que faisait peser la piraterie barbaresque sur le commerce en Méditerranée, la querelle qui conduisit les Français à conquérir l’Algérie résulta d’une vente de blé par la Régence au Directoire en 1797. En

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Un conquérant nommé Bugeaud
Le 19 décembre 1840, le général Bugeaud est nommé gouverneur général de l’Algérie et commandant en chef, avec mission de conquérir la totalité du territoire et de vaincre Abd el-Kader. Pour détacher les populations de l’émir, qui leur impose son joug par la terreur, il empêche les indigènes de semer et de récolter. Passant à l’offensive dès 1841, il forme des colonnes mobiles et met à contribution la toute jeune armée d’Afrique, au sein de laquelle des unités supplétives se battent aux côtés des Français. Superbe fait d’armes, le 16 mai 1843, 350 spahis et chasseurs à cheval emmenés par le jeune duc d’Aumale, âgé de 21 ans, s’emparent de la smala d’Abd elKader, une véritable ville nomade de 40000 personnes, et font 3 000 prisonniers. L’émir se réfugie au Maroc, dont le sultan masse 40 000 cavaliers à la frontière. Bugeaud les écrase avec des effectifs quatre fois inférieurs, à la bataille d’Isly, le 14 août 1844. Abd el-Kader se rend le 21 décembre 1847, mais la conquête n’en est pas achevée pour autant: la Kabylie ne se soumet qu’en 1857, après les combats sanglants d’Icheriden et la capture par Mac Mahon de la maraboute Lella-Fatma, qui prêchait la guerre sainte. A partir de cette date, bien que des insurrections se déclarent encore jusqu’à la fin du XIXe siècle, comme le soulèvement des Ouled Sidi Cheikh en 1864, la révolte des Mokrani en 1871, des incidents dans l’Aurès en 1 879 et le SudOranais en 1881, l’Algérie est pacifiée, à l’exception du Sahara qui ne le sera qu’au lendemain de la Première Guerre mondiale. I Jean-Pierre Nomen 1. cf. Monde & Vie n° 834. monde & vie . 3 mars 2012 . n° 856 . 9

Venant de Mers-el-Kebir, le paquebot Ville-de-Marseille arrive au port avec 1341 passagers le 27 mai 1962. Il s'agit d'une des plus importantes arrivées de rapatriés depuis depuis la mise en service des liaisons spéciales entre la France et l'Algérie depuis la signature de l'indépendance en mars 1962.
© Keystone

Dossier : Accords d’Evian : l’honneur souillé

Retour sur un abandon
En 1954, Mendès-France déclarait « L’Algérie c’est la France ! ». En 1958, De Gaulle s’écriait « Je vous ai compris ! ». Et le 19 mars 1962, l’Algérie devenait indépendante…
9 juin) provoquent en réaction des « ratonnades ». A Paris, le gouvernement Guy Mollet est tombé le 21 mai 1957. La IVè République paraît incapable de ramener la paix en Algérie. Le 13 mai 1958, à Alger, une manifestation tourne à l’émeute, le Gouvernement général est investi et un comité de salut public présidé par le général Massu se met en place. Investi par l’Assemblée nationale le 14 mai, le nouveau Président du Conseil, Pierre Pfimlin, donne au général Salan tous les pouvoirs civils et militaires. A Alger, le général Salan, sous l’influence des gaullistes, fait appel le 15 mai au général De Gaulle devant la foule algéroise. Le 16 mai, les communautés européenne et musulmane fraternisent. (2)

e 1er novembre 1954, dans les Aurès, des hommes en armes arrêtent un car sur la route de Biskra à Arris, assassinent un jeune instituteur métropolitain, Guy Monnerot, violent son épouse et tuent le vieux caïd de M’Chounèche, Hadj Sadock, qui avait pris leur défense. La même nuit, d’autres attentats commis font six autres victimes. Ainsi commence la guerre d’Algérie. (1) Ces assassinats sont revendiqués par un Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA), qui prend vite le nom de Front de Libération Nationale (FLN). Le 20 août 1955, les fellaghas frappent de nouveau en assassinant des Français à Philippeville et dans la petite ville minière d’El Halia, où les ouvriers européens et leurs familles sont massacrés avec une cruauté inouïe. 71 civils européens et une centaine de musulmans proFrançais sont tués. La répression, sévère, fait 2 000 morts, mais le mouvement est lancé, les attentats et embuscades se multiplient. Le 2 janvier 1956, le socialiste Guy Mollet, favorable à l’indépendance, devient Président du Conseil. Accueilli le 6 février à Alger par des jets de tomates, il nomme gouverneur général le socialiste Robert Lacoste, partisan de l’Algérie française, et décide d’envoyer le contingent en Algérie. A partir de septembre 1956 jusqu’en février 1957, une série d’attentats à la bombe, meurtriers, ensanglantent Alger. Le 1er décembre 1956, le général Raoul Salan est nommé commandant en chef en Algérie et en janvier, le général Massu reçoit tous pouvoirs pour mettre fin au terrorisme dans la ville blanche. Il appelle la 10è division parachutiste. En deux mois, utilisant des méthodes efficaces et musclées, les paras éradiquent le terrorisme et laminent l’organisation FLN. La peur change de camp. Cependant les efforts du FLN pour dresser l’une contre l’autre les communautés européenne et musulmane aboutissent. L’assassinat du maire de Boufarik, Amédée Froget, et de nouveaux attentats terroristes (attentats aux réverbères piégés le 3 juin, bombe au casino de la Corniche le

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De l’autodétermination au bradage
De Gaulle devient chef du gouvernement le 1er juin, Le 4, à Alger, il lance à la foule en liesse: « Je vous ai compris ! », « à partir d’aujourd’hui, la France considère que, dans toute l’Algérie, il n’y a qu’une seule catégorie d’habitants : il n’y a que des Français à part entière. » En réalité, comme le montrent les souvenirs d’Alain Peyrefitte, il est déjà décidé à l’abandon. La Constitution de la Ve République est adoptée en septembre par référendum avec 79 % de oui, et le 21 décembre De Gaulle devient président de la République. Sur le terrain, les combats se poursuivent. Dans le bled, les militaires ouvrent des écoles, des dispensaires, des infirmeries, multiplient les SAS (Sections administratives spécialisées). En décembre 1958, le général Challe remplace Salan au commandement en chef. L’application du « plan Challe » saigne les wilayas : en 1959, 26 000 fellaghas sont tués, 10 800 faits prisonniers. Le FLN craint d’avoir perdu la partie. Mais le 16 septembre, le général De Gaulle déclare dans une allocution : « Je désire que le recours à l’autodétermination soit dès aujourd’hui proclamé » en laissant envisager trois solutions : la francisation, la fédération ou la sécession. Les appréhensions qu’en conçoivent les pieds-noirs sont avivées par la mutation en janvier 1960 du général Massu. Le 24 janvier, commence la semaine des barricades. Une fusillade entre les insurgés et les gendarmes mobiles fait 20 morts et près de 150 blessés. Pour De Gaulle, l’armée s’est montrée trop indulgente à l’égard

Le 20 avril 1958, au cours de la crise politique engendrée par la situation en Algérie, Pierre Mendès France assailli par les journalistes sort du Palais de l'Elysée, à Paris. © Keystone

des émeutiers : en avril, Challe est remplacé par le général Crépin. Les 6 et 8 janvier 1961, le référendum sur l’autodétermination de l’Algérie recueille 75 % de « oui ». La marche vers l’indépendance s’accélère, provoquant la colère de nombreux officiers : le 22 avril 1961, à Alger, les généraux Challe, Salan, Jouhaud et Zeller tentent un putsch qui échoue devant la fermeté de De Gaulle. Le général Challe se rend, tandis que Salan et Jouhaud gagnent la clandestinité, où ils prendront la tête de l’Organisation Armée Secrète (OAS). Désormais, plus rien n’empêche De Gaulle de céder l’Algérie aux ennemis de la France. Les accords d’Evian signés le 18 mars 1962 avec le FLN entérinent l’indépendance et prévoient pour le 19 mars un cessez-le-feu que le FLN ne respectera pas. Les pieds-noirs ont le choix entre la valise ou le cercueil. Pour l’immense majorité des très nombreux musulmans engagés aux côtés de la France, cette alternative ne se présente même pas. I Hervé Bizien 1. Le Président du Conseil Mendès-France et son ministre de l’Intérieur, François Mitterrand, informés par les services de renseignement de ce qui se préparait, sont restés inactifs. Cf. Général Jacquin, La guerre secrète en Algérie, ed. Olivier Orban, 1 977. 2. « Je découvrais que l’on pouvait pleurer de bonheur », écrit Hélie de Saint-Marc. Les Champs de braise, Perrin, 1 995.

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Dossier : Accords d’Evian : l’honneur souillé

L’abandon des Français d’Algérie
Le 19 mars 1962 n’a pas seulement signifié la fin des combats entre le FLN et l’Etat gaulliste, mais le début d’une collaboration contre un ennemi commun : les Français d’Algérie.
sont pas tuées tout de suite ? Les archives compulsées par Jordi font état de centaines de Français envoyés en « camp de travail », de femmes détenues dans les bordels de campagne algériens ou réduites en esclavage, d’Européens séquestrés pour servir de « donneurs de sang » au bénéfice des combattants FLN, jusqu’à être vidés de tout leur sang « de manière chirurgicale ». Devant ces exactions, les soldats français ont l’ordre de rester passifs, même lorsque les enlèvements ont lieu devant eux. On voit même des gendarmes mobiles remettre aux Algériens un malheureux qui avait cru trouver refuge auprès d’eux après s’être évadé d’un centre de torture. Ces informations confirment les nombreux témoignages que l’on possédait déjà, comme celui d’un sergent-chef en garnison près d’Alger, qui rapportait que des harkis appartenant au commando de chasse qu’il commandait étaient enfermés au camp de Taourtatsine : « Il y a peut-être plusieurs centaines de prisonniers. Parmi eux, des Européens, femmes et enfants. Les rebelles les torturent peu à peu: on coupe un bras, le nez, on fait des plaies qu’on sale, etc. On s’en sert aussi, comme ils disent, de “filles de joie“, notamment les Européens. Quand leur état est trop lamentable et qu’ils ne peuvent plus servir à rien, on les tue. Il n’est pas question d’aller les délivrer, ce qui serait pourtant bien simple. Les cadres sont dégoûtés d’eux-mêmes et de ce qu’on les oblige à accepter. (…) Quand je dis qu’on ne fait rien, c’est si vrai qu’on n’intervient même plus aux commissions mixtes du cessez-le-feu pour obtenir des libérations de Français, Européens ou musulmans que nous connaissons et dont nous savons où ils sont prisonniers. Si, dans une unité, nous demandons à agir, nous sommes sanctionnés ou mutés. » Comme le général De Gaulle l’avait dit au ministre Louis Jacquinot: « Après l’autodétermination, le maintien de l’ordre public sera l’affaire du gouvernement algérien, ce ne sera plus la nôtre. Les Français n’auront qu’à se débrouiller avec lui. » Dans ce contexte, les Français d’Algérie choisissent massivement l’exode. En quatre mois, 700000 d’entre eux partent en abandonnant tous leurs biens. I Hervé Bizien Jean-Jacques Jordi, Un Silence d’Etat, les disparus civils européens de la guerre d’Algérie, Soteca-Belin, 200 p, 25 €. monde & vie . 3 mars 2012 . n° 856 . 11

ntre 1960 et 1962, l’Etat français a changé d’ennemi. L’adversaire n’est plus le FLN, mais l’OAS, plus le fellagha, mais le pied-noir, suspecté de soutenir, d’héberger et d’aider les « activistes ». Non sans raison, d’ailleurs, car l’OAS n’est jamais que l’expression d’une désespérance ressentie par l’ensemble de la population européenne d’Algérie, une révolte contre le parjure et la trahison. Le 23 mars 1962, cinq jours après la signature des accords d’Evian, Charles De Gaulle écrit à son premier ministre, Michel Debré : « Tout doit être fait sur-le-champ pour châtier l’action criminelle des bandes terroristes d’Alger et d’Oran. Pour cela, j’ai, sachez-le, entièrement confiance dans le gouvernement, dans le haut-commissaire de la République et dans les forces de l’ordre. » Ces consignes présidentielles vont rapidement trouver à s’appliquer. Ce même 23 mars, Bab-el-Oued, quartier populaire pied-noir d’Alger et bastion de l’OAS, est en proie à une véritable guerre de rue opposant l’armée à une partie des habitants : les automitrailleuses, les chars et l’aviation mitraillent le quartier, soumis à un blocus. Le 26 mars, une manifestation pacifique des Algérois contre ce blocus se heurte rue d’Isly à un barrage des tirailleurs algériens, qui ouvrent le feu: on relève 63 morts et 200 blessés. Un autre drame frappe les esprits à Oran, où, depuis octobre 1961 déjà, l’armée ne protège plus la population contre le terrorisme FLN. Dans cette ville où l’OAS est également bien implantée, sévit le général Katz, que les Français d’Algérie surnomment le « boucher d’Oran ». Incarnation du renversement des valeurs et des alliances, Katz déclare : « Donnez-moi un bataillon de l’ALN et je réduirai Oran ». Le 5 juillet 1962, alors que les fellaghas de l’ALN défilent en vainqueurs dans Oran, une foule descend des faubourgs musulmans sur les quartiers européens, abattant ou égorgeant hommes, femmes et enfants, y compris devant les soldats français qui

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Au centre Michel Debré qui a conduit les accords d'Evian. © Keystone

montent la garde devant le service social de l’armée et qui, fidèles aux consignes de Katz, restent l’arme au pied. La tuerie se solde par plus de 1 500 morts et disparus, on retrouve des corps pendus aux crochets des abattoirs ou jetés à la décharge municipale. Contre l’OAS, le FLN et les autorités gaullistes se donnent la main. Police parallèle, les « barbouzes » enlèvent et torturent sans émouvoir la presse française qui hier encore s’indignait des méthodes des parachutistes. Selon l’historien Jean-Jacques Jordi, qui a étudié 12 000 documents administratifs concernant cette période, la Mission C, constituée avec l’aval de De Gaulle, recourt elle aussi à la torture – estrapades, électricité, sans parler des sévices sexuels – et travaille main dans la main avec le FLN. Louis Joxe, dans un télégramme « très secret », s’oppose aux visites de la Croix-Rouge « dans les camps où les Européens sont arrêtés pour activités subversives ».

Des milliers d’enlèvements
Surtout, les enlèvements de Français d’Algérie se multiplient. Jordi constate qu’« en deux mois et demi, du 19 mars à la fin mai 1962, il y a eu plus d’enlevés et de disparus qu’entre novembre 1954 et le 18 mars 1962 ». Une directive interne du FLN stipule même : « désormais les enlèvements ne seront plus effectués sur des individus mais sur des familles entières. » Ils se comptent par milliers. Que deviennent les victimes, lorsqu’elles ne

Dossier : Accords d’Evian : l’honneur souillé

La contribution française au massacre des harkis
En 1962, le gouvernement gaulliste ne pouvait pas s’opposer au rapatriement des Français d’Algérie… européens. Mais les musulmans français furent délibérément livrés à l’ennemi.
des Français à part entière, des compatriotes, des concitoyens, des frères qui marchent désormais dans la vie en se tenant par la main. » Un serment que réitérèrent, au nom de la France, des milliers d’officiers français auprès des populations. La deuxième trahison est plus grave encore. Lors de la dissolution des harkas, SAS, etc., décrétée quelques jours après le 19 mars 1962, il fut proposé aux ex-supplétifs, soit de s’engager dans l’armée française sans qu’aucune mesure fût envisagée pour leurs familles, ce qui revenait à les abandonner ; soit de retourner à la vie civile avec une prime de démobilisation; soit d’être employés comme auxiliaires pendant une période de réflexion de six mois… sans armes. « Dans la réalité, écrit le colonel Abd-el-Aziz Méliani (1), les harkis, et d’une manière générale tous les supplétifs, sont encouragés avec une forte insistance par les autorités civiles et militaires à opter pour le retour dans leur village, les assurant qu’ils ne courent aucun risque, puisque les “accords” d’Evian garantissent leur protection. » Pis: les autorités françaises recourent à la ruse pour les désarmer, en leur promettant par exemple des armes automatiques pour les convaincre de remettre leurs vieux fusils; avant de les livrer, on leur retire ainsi leurs moyens de défense. Les autorités françaises ne font rien pour les protéger. « Aucun plan général ne fut organisé pour mettre à l’abri les supplétifs les plus menacés; les seules directives reçues furent des consignes restrictives », ajoute M. Robert. Et ces consignes émanent du plus haut niveau de l’Etat. Le 16 mai 1962, Louis Joxe, ministre chargé des Affaires algériennes, adresse ainsi une note au haut-commissaire Christian Fouchet: « Les nouvelles qui me parviennent sur les rapatriements prématurés des supplétifs indiquent l’existence de véritables réseaux tissés sur l’Algérie et la métropole et dont la partie algérienne a souvent pour origine un chef SAS. (…) Vous voudrez bien faire rechercher tant dans l’armée que dans l’Administration les promoteurs et les complices de ces entreprises et faire prendre les sanctions appropriées. Les supplétifs débarqués en métropole en dehors du plan général de rapatriement seront, en principe, renvoyés en Algérie où ils devront rejoindre avant qu’il soit statué sur leur destination définitive le personnel déjà regroupé selon les directives des 7 et 11 avril. Je n’ignore pas que ce renvoi peut être interprété par les propagandistes de la sédition comme un refus d’assurer l’avenir de ceux qui nous sont demeurés fidèles, il conviendra donc d’éviter de donner la moindre publicité à cette mesure ; mais ce qu’il faut surtout obtenir, c’est que le gouvernement ne soit plus amené à prendre une telle décision. »

écemment, une jeune fille scolarisée dans un collège d’Aix-en-Provence a été maltraitée par des personnes originaires de l’autre rive de la Méditerranée et qualifiée de “traître “parce qu’elle est fille de harkis. De tels faits sont une réalité, et il est temps d’y mettre fin. » Cette information a été rapportée le 8 février dernier par Mme Maryse Joissains-Masini, député-maire d’Aix-en-Provence, lors de la discussion à l’Assemblée nationale d’une proposition de loi visant à protéger contre les injures qui leur sont trop souvent adressées les anciens supplétifs ayant combattu pour la France et leurs familles. Depuis quelques années, en effet, le sacrifice des harkis est officiellement mieux considéré. Ainsi, la loi du 23 février 2005 a reconnu « les souffrances éprouvées et les sacrifices endurés par les rapatriés, les anciens membres des formations supplétives et assimilés, les disparus et les victimes civiles et militaires des événements liés au processus d’indépendance » de l’Algérie, et rendu hommage aux « populations civiles victimes de massacres ou d’exactions commis durant la guerre d’Algérie et après le 19 mars 1962 en violation des accords d’Evian ».

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Des sanctions contre les sauveteurs !
Pourtant, il apparaît vite que les accords d’Evian ne protègeront pas de la vengeance du FLN ces musulmans qui ont servi la France. Les témoignages des sévices qui leur sont infligés, abondent. Ainsi, M. Robert, sous-préfet d’Akbou, cite dans un compte-rendu officiel les cas de dizaines de harkis « promenés habillés en femmes, nez, oreilles et lèvres coupés, émasculés, enterrés vivants dans la chaux ou même dans le ciment, ou brûlés vifs à l’essence » en ajoutant toutefois que les supplices, dans son arrondissement, « n’atteignirent pas la cruauté de ceux d’un arrondissement voisin à quelque quinze kilomètres de là: harkis morts, crucifiés sur des portes, nus sous le fouet en traînant des charrues, ou la musculature arrachée avec des tenailles. » Les familles des supplétifs paient aussi un lourd tribut aux massacreurs: femmes violées, égorgées, éventrées ou lapidées, enfants assassinés…

« Eh bien ! Vous souffrirez ! »
55 harkis et leurs familles, originaires de Palestro, qui étaient parvenus à gagner la métropole, sont ainsi renvoyés en Algérie où ils sont massacrés. Beaucoup sont aussi refoulés à Marseille. Au député Laradji, dont le FLN avait déjà tué dix membres de sa famille et qui disait au général De Gaulle: « Mais nous allons souffrir », celui-ci avait répondu : « Eh bien ! Vous souffrirez ! » Parole tenue, pour une fois. Au total, le bilan des massacres de musulmans pro-français après le 19 mars s’élèvera à environ 150000 tués et disparus. I Eric Letty 1. Abd-El-Aziz Méliani, Le Drame des harkis, Perrin, 1 993.

La France est ici pour toujours…
43 ans après les faits, il était temps ! Cette longue indifférence a une raison fondamentale : les harkis gênaient, comme un remords. Et pour cause ! Leur existence rappelle une double trahison. En premier lieu, celle de la parole donnée par le général De Gaulle, en juin 1958 sur le forum d’Alger (voir page 10), mais aussi à Oran : « La France est ici avec sa vocation. Elle est ici pour toujours… », ou à Mostaganem : « Il n’y a plus ici, je le proclame en son nom et je vous en donne ma parole, que
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Dossier : Accords d’Evian : l’honneur souillé

Bilan peu reluisant de 50 ans d’indépendance
En ce 50è anniversaire de la signature des accords d’Evian, force est de dresser un bilan d’une indépendance dont l’image d’Epinal rose et officielle est démentie par ce que constatent les observateurs impartiaux.
pour, notamment, « analyser les discriminations post-coloniales qui stigmatisent et excluent, à la lumière des méfaits du passé » Reste à savoir ce que vaut le présent, après cinquante ans d’indépendance. Eléments de bilan. En 2011, le Quality of Life Index réalisé par le magazine irlandais International Living, qui mesure chaque année la qualité de vie dans les différents pays en fonction du coût de la vie, des libertés, des qualités des infrastructures, de la culture et des loisirs, de la prise en charge par les établissements de santé et du climat sécuritaire, classait en 2 011 l’Algérie 139è sur 192 pays. Nettement dans le bas du tableau… Deux points faibles, notamment : le coût de la vie, très élevé par rapport aux autres pays arabes et africains, et le respect des libertés publiques… Qui en doutait ?

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our comprendre la désinformation à l’œuvre sur ce pan de notre histoire, il convient d’abord de se souvenir de ce que fut la présence française en Algérie. Auteur d’un ouvrage majeur, Algérie, l’œuvre française, le Pr. Pierre Goinard constatait qu’en quittant ce pays, la France y avait laissé « de grandes belles villes, 700 villages, 54 000 kilomètres de route, 4 500 de voies ferrées, 23 ports, 23 aéroports, des barrages irriguant 200 000 hectares, une agriculture moderne, quatrième productrice viticole du monde, première exportatrice de clémentines et mandarines, des industries, une production électrique, un réseau d’équipement sportifs et hôteliers de niveau européen. » Sans parler du pétrole ou du gaz qui dormaient dans les sous-sols prospères du Sahara… Toutes fortunes qui ne profitèrent pas aux seuls colons. Les Européens, note le Pr Goinard, disposaient de 2 750 000 hectares, dont 600 000 cultures dites riches, les indigènes de 10 millions, dont 4 250 000 arables. Même l’identité algérienne, souligne-t-il encore, a été « suscitée par les Français qui l’ont confortée en exhumant, en mettant en valeur, tout un patrimoine oublié ». Qu’importe! Pas de « rôle positif » de la colonisation, comme une imprudente loi française a osé l’affirmer… On ne veut garder le souvenir, contre ceux mêmes que nous avons abandonnés à leur triste sort, que d’actions violentes, résultats d’une guerre non désirée, mais qui permettent de rejeter le reste, tout le reste, dans les ténèbres d’un colonialisme désormais équiparé au racisme le plus dur. Ainsi l’inauguration, fin janvier, d’un centre dédié aux Français d’Algérie, pourtant organisée par le maire pied-noir (et UMP) de Perpignan Jean-Marc Pujol, donne-t-il de l’urticaire à la gauche, quand la « semaine anticoloniale et antiraciste » s’étale – du 23 février au 11 mars, s’il vous plaît ! – en Ile-de-France,

Un Etat corrompu et liberticide
En fait de démocratie, l’annulation par le pouvoir des élections qui avaient donné la victoire au Front islamique du salut (FIS) en 1991, et l’arrestation de milliers de ses adhérents, ont déclenché une guerre civile qui ne s’est terminée qu’en 2002, après avoir provoqué entre 60 000 et 150 000 morts. Une autre étude a été réalisée en 2011, par l’ONG Transparency International, qui lutte contre la corruption. Elle classe l’Algérie 112è sur 183, en recul de 7 places par rapport à 2010, avec une note de 2,9/10. L’Association algérienne de lutte contre la corruption (AACC) observe qu’une note inférieure à 3 signifie un haut niveau de corruption au sein des institution de l’Etat… Selon l’AACC, « Le pouvoir algérien gangréné par la corruption est prêt à tout pour se maintenir en place – pouvoir absolu, corrompant absolument –, manipulant à souhait le Code des marchés publics, le vidant de toute sa substance; instrumentalisant la justice, aujourd’hui plus que jamais, dont le traitement judiciaire à plusieurs vitesses des grands scandales de corruption est un des aspects les plus sombres ; réprimant, harcelant, emprisonnant, en toute illégalité, tout citoyen qui ose rendre publique des détournements et autre gabegie. » Fermez le ban.

Est-ce parce que tout va bien en Algérie qu’en 2003 Jacques Chirac y était accueilli aux cris de « Chirac, des Visas! » par une jeunesse algérienne frappée par un taux de chômage record? Que le président Bouteflika (ci-dessus) et les caciques du régime, lorsqu’ils ne se sentent pas trop bien, préfèrent venir se faire soigner à Paris que dans les hôpitaux d’Alger? Et que nombre d’Algériens préfèrent traverser la Méditerranée pour venir travailler (dans le meilleur des cas) en France? Est-ce pour cette raison aussi que le quotidien El Watan dénonçait voilà quelques semaines l’autisme du pouvoir algérien; que la journaliste Malika Boussouf s’écrie : « Si les pieds-noirs n’étaient pas partis en masse, l’Algérie ne serait peut-être pas dans l’état désastreux dans lequel elle se trouve… » ; que l’écrivain Boualem Sansal ajoute : « Trente ans après l’indépendance, nous voilà ruinés, avec plus de nostalgiques que le pays comptait d’habitants et plus de rapetoux qu’il n’abritait de colons. Beaucoup d’Algériens regrettent le départ des pieds-noirs, s’ils étaient restés, nous aurions, peut-être, évité cette tragédie. » ? A en croire un article publié en 2008 par le quotidien algérien L’Expression, le nombre des personnes d’origine algérienne résidant aujourd’hui en France est estimé à 4 millions. Ça valait bien la peine de se battre huit ans pour en arriver là ! I Olivier Figueras
Ce bilan m’a donné l’occasion de me replonger dans certains ouvrages de mon père, André Figueras. Tous ne sont plus disponibles, tous ne traitent pas de l’Algérie française. On peut me demander une liste ou des renseignements à : figueras@noos.fr ou au 06 63 75 32 24

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La marche du temps La marque des faits
19 février. Monsanto et notre santé. Le géant américain de l’agrochimie est jugé responsable de l’intoxication à l’herbicide en 2004 d’un agriculteur français. « Monsanto est responsable du préjudice de Paul François suite à l’inhalation du produit Lasso », a jugé lundi le Tribunal de grande instance de Lyon. Monsanto pourrait être condamné à indemniser entièrement Paul François pour son préjudice. Mais la firme américaine agrochimique n’a pas dit son dernier mot et veut faire appel. « Il n’y a pas d’éléments scientifiques suffisants dans le dossier qui démontrent le lien de causalité entre une éventuelle intoxication et les problèmes de santé de M. François », a plaidé Yann Fichet, directeur des affaires institutionnelles de Monsanto France. deux ou trois ans, de plus en plus d’œufs venus d’Espagne sont commercialisés dans le sud-ouest de la France. Dans les produits transformés comme les pizzas, les pâtes, etc., on trouve également davantage d’œufs polonais ou italiens », explique Véronique Gonnier, secrétaire générale du Comité national pour la promotion de l’œuf (CNPO). Résultat : alors que la France était autosuffisante en œufs il y a quelques années, les œufs d’importation représentent désormais 5% de la consommation de l’Hexagone.

par Irène Saint-Georges

prend, qui émerge, qui s’engage », accusant la droite de les avoir « abandonnées, reléguées, stigmatisées ». 24 février. Viande halal. Le parquet de Nanterre ouvre une enquête préliminaire, après le dépôt la veille d’une plainte contre X par le Front National sur les conditions de vente de la viande halal en France. L’enquête est confiée à la Brigade de répression de la délinquance économique (BRDE). La veille, l’avocat Wallerand de Saint Just, porte-parole de la candidate du FN à la présidentielle Marine Le Pen, avait déposé à Nanterre une plainte visant des faits de tromperie et d’actes de cruauté envers les animaux, « à la requête de deux associations, l’une de protection des consommateurs et l’autre de défense des animaux ». Dans le texte de la plainte, on peut lire : le dossier produit par l’avocat « démontre qu’en région parisienne, tous les abattages sont à 100 % halal, que certainement une grande partie de la viande consommée en région parisienne est halal alors que cette proportion atteindrait 23 % en France. » 26 février. ArcelorMittal. Des salariés d’ArcelorMittal Florange tentent de déloger la direction du 3e étage du site, après avoir vidé le bureau du responsable de la sécurité. « Nous avons déplacé le bureau du responsable de la sécurité sur le perron. On a refait le bureau à l’identique en plein air », déclare Jean Mangin, délégué syndical CGT au comité d’entreprise de Florange. « A présent, nous sommes montés au 3e, nous essayons de déloger la direction qui ne veut pas sortir », ajoute-t-il.

20 février. Après Edouard Balladur, Jacques Chirac. Les juges d’instruction Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire, chargés du volet financier de l’affaire de Karachi, lancent une commission rogatoire internationale sur trois versements opérés par la France sur un compte bancaire suisse entre 1997 et 2000. Les juges d’instruction saisissent la justice suisse pour enquêter sur un versement d’un peu plus de 85 MF (13 M€ effectué par la Sofresa, une ) société française dépendante du ministère de la Défense, dans le cadre du contrat d’armement Sawari II signé en 1994 avec l’Arabie saoudite. Ces nouvelles investigations confirment l’accélération de l’enquête sur des commissions liées à des ventes d’armes après 1995, soit après l’élection de Jacques Chirac à l’Elysée. 20 février. Poules Bleu Blanc Rouge. Alors que quasiment tous les candidats, de François Bayrou à Marine Le Pen, en passant par Nicolas Sarkozy ou François Hollande, vantent les mérites du « produire français », les professionnels de la filière avicole prennent les devants en annonçant la création d’un nouveau logo bleublanc-rouge : « Œufs pondus en France ». Pour les consommateurs, celui-ci sera visible sur les boîtes d’œufs à partir de la fin mars. « Depuis
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21 février. Vanneste exclu ? Le bureau politique de l’UMP décide d’investir aux législatives à Tourcoing (Nord) un autre candidat que le député sortant Christian Vanneste, accusé de propos homophobes et qui, menacé d’exclusion, aurait donné sa « parole d’homme » de quitter le parti, à en croire Jean-François Copé, le patron de l’UMP, et Marc-Philippe Daubresse. Apparemment pas au courant, Christian Vanneste dément avoir eu le moindre contact avec Copé et Daubresse… M. Vanneste avait provoqué un tollé en affirmant, le 10 février sur le site www.libertepoliti que.com, que les homosexuels français n’avaient pas été déportés en tant que tels pendant la Deuxième Guerre mondiale, hormis dans les départements annexés par l’Allemagne (voir page 32). 22 février. Hollande salue la France des banlieues. Le candidat PS à l’Elysée, François Hollande – qui vit dans le très chic VIIè arrondissement de Paris – salue lors d’un meeting à Evry la France des banlieues « qui entre-

29 Février. Francfort. La Banque centrale européenne (BCE) alloue 529,53 milliards d’euros à 800 banques de la zone euro lors de sa deuxième opération exceptionnelle de prêts à 3 ans, soit de nouveaux records pour cette mesure destinée à stabiliser le système financier européen et relancer le crédit. I

SOCIETE

LES DERNIÈRES NOUVELLES DU J.O.
Le financement politique des poissons roses La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques vient d’agréer le parti politique des poissons roses. L’objectif de ce nouveau courant est de diffuser les valeurs chrétiennes grâce au parti socialiste. Nul doute que le nom choisi, allié aux ambitions des poissons rouges, aideront au sérieux de la vie politique française et favoriseront son renouveau. Et s’ils grossissent, le PS devra composer non seulement avec ses éléphants, mais en plus avec ses baleines… TVA réduite pour la propagande électorale Les livres bénéficient du taux réduit de TVA. L’administration a publié un rescrit précisant que devaient bénéficier de cette faveur les documents de propagande électorale, tels que les bulletins de vote, les professions foi ou le programme électoral. A quand le prix Nobel de littérature pour Jean-Luc Mélenchon ? Il n’y a pas que la grève qui empoisonne à Air France… Le Tribunal de grande instance de Bobigny a condamné Air France à verser 146000 euros de dommages et intérêts à un passager victime d’empoisonnement après avoir bu un café dans l’avion. Certain personnel de la compagnie aurait-il la mauvaise habitude de déboucher ses canalisations à l’aide de caféine ou de désaltérer ses usagers au moyen d’acide ? La polygamie reconnue par la Caisse nationale d’assurance vieillesse La CNAV a fait paraître une circulaire réglementant les majorations de durée d’assurance retraite accordées au titre des enfants. Concernant la condition relative à l’éducation par la mère seule, la caisse prévoit qu’« un assuré polygame ne peut être considéré comme ne participant pas à l’éducation des enfants de ses épouses (sic), de même qu’une épouse attestant d’une résidence séparée ne peut être considérée comme ayant élevé seule ses enfants ». Autrement dit, pour ne pas avoir à accorder la majoration de retraite à toutes les concubines de l’époux polygame, la Caisse nationale d’assurance vieillesse est obligée de reconnaître la pratique de la polygamie en France. I Manuel Calambra monde & vie . 3 mars 2012 . n° 856 . 15

Le travail le dimanche et l’obligation dominicale
La remise en cause souhaitée par Nicolas Sarkozy et la droite parlementaire du repos dominical suscite des réaction syndicales très justifiée : la CFTC, notamment, a raison d’y voir une atteinte à la vie de famille. La volonté de certains de travailler le dimanche ne constitue pas un argument suffisant : on sait qu’une exception devient vite une règle, surtout en matière économique, dans notre société libérale et permissive.
ne raison plus confessionnelle devrait, de prime abord, mobiliser les catholiques et les autres chrétiens : travailler le dimanche, signifie bien souvent sacrifier l’assistance à la messe du dimanche. Les catholiques « modernistes » ont encore la possibilité d’assister à une messe « anticipée » le samedi soir avec la liturgie du dimanche, quand il en existe une dans leur paroisse. Ce n’est pas le cas pour les catholiques traditionalistes, ou simplement plus traditionnels et fidèles aux pratiques liturgiques immémoriales. Nous nous trouvons là dans un conflit entre les aspirations libérales de l’économie contemporaine et la nécessaire défense des libertés religieuses. Dans les faits, il sera difficile à un catholique de refuser de travailler le jour du Seigneur si son employeur le presse d’y consentir, voire s’il en fait une condition d’embauche…

La Liberté au nom des libertés
Il nous faut donc critiquer la Liberté au nom des libertés selon la vieille distinction maurrassienne. Le droit d’assister à l’office dominical est une liberté publique qu’il faut défendre. Elle se rattache évidemment à la liberté de conscience et à la laïcité traditionnelle ou « positive » (non agressive envers les religions). Le choix du dimanche comme jour de repos obligatoire est une marque de l’héritage chrétien de la France – que Nicolas Sarkozy a d’ailleurs revendiqué… C’est peut-être aussi pour cela que certains le remettent en cause avec une pareille vigueur. Verra-t-on demain un jour de repos hebdomadaire « mobile » fluctuant selon les habitudes des consommateurs et la religion des employeurs? Cela relèverait d’un communautarisme dangereux pour l’unité nationale. I Jacques Cognerais versement de l’impôt religieux. Acheter halal, c’est financer l’islamisation de la France et de l’Europe. S’attaquer aujourd’hui politiquement au halal c’est s’opposer à la puissance des grands distributeurs, ceux qui contrôlent les chaînes de supermarchés. C’est aussi se faire rétorquer par le lobby agroalimentaire que des emplois sont menacés dans les abattoirs qui pratiquent en tout ou partie l’abattage rituel musulman. Ces raisons économiques sont la cause première du refus des pouvoirs publics de mettre en place d’une mention légale identifiant les lots de viande halal. Nos lecteurs sont probablement tous déjà conscients de l’enjeu du problème. Il s’agit désormais de convaincre une large part de l’opinion publique que l’affaire est tout sauf anodine. I

U

Halal : l’impôt caché

L

’emballement médiatique consécutif à la récente sortie de Marine Le Pen sur la viande halal ignore soigneusement un aspect essentiel de l’affaire : en achetant cette viande, volontairement ou malgré soi, on finance le développement de l’Islam et l’implantation des mosquées et autres salles de prières. En effet pas de halal sans indemnisation du certificateur. L’argent, versé par l’abattoir, va donc aux associations cultuelles et se retrouve immanquablement dans le prix de la viande. Le consommateur verse donc une sorte de TVA religieuse, souvent sans s’en apercevoir. On peut certes contester le mode d’abattage, ou s’offusquer de l’irruption d’une tradition étrangère à notre civilisation. Mais ce qui fonde politiquement la lutte pour la traçabilité de la viande halal, c’est le

A. C.

Echonomia
micheldeponcins@orange.fr L’assassinat du peuple grec C’est à un véritable assassinat que le monde entier assiste médusé. Pour prétendument le sauver, on l’enfonce dans la crise et la police anti-émeutes se déchaîne. En plus des politiques grecs eux-mêmes, les coupables sont les personnalités qui se présentent abusivement comme la « communauté internationale ». Environ 350 milliards vont être déversés dans un trou sans fond ; c’est de l’argent qui n’existe pas et qui est accordé sous forme de prêts à intérêt, ce qui empêchera tout redressement. Il est clair qu‘il ne fallait pas aider la Grèce. Le tabou du droit de grève L’année 2012 a mal commencé. Des voyageurs ont été privés, lors des fêtes, de leurs droits légitimes de se déplacer par la grève des pilotes et du personnel de bord du 6 au 9 février. Plusieurs milliers d’enseignants ont défilé le 31 janvier 2012 à Paris à l’appel de syndicats qui ont également lancé un mouvement de grève pour dénoncer les 14 000 suppressions de postes à la rentrée. Le droit de grève est inscrit dans la constitution, et il détruit d’autres droits comme celui de consommer, celui de travailler, celui de circuler, celui de se soigner, lesquels devraient lui être très supérieurs. Il en résulte la ruine pour tous, y compris les grévistes. La grève est immorale car c’est la rupture d’un contrat, à savoir le contrat de travail entre deux personnes, l’employeur et l’employé. Un pouvoir « Libérateur » devra faire tomber le tabou. Le modèle social moribond Le modèle français est présenté par les candidats comme le meilleur. Personne ne dit qu’il est moribond. Depuis 2007, plus de 40 nouvelles taxes ont été introduites en France et le taux de chômage dépasse désormais les 10 % de la population active. S’il était rapporté aux salariés privés, il faudrait le doubler. La Sécu rembourse de moins en moins. Les records risquent d’être battus car de nouvelles taxes sont annoncées pour le début de l’année 2012, comme une TVA sociale qui est surtout une augmentation de la TVA. De plus en plus de riches et de jeunes d’avenir quittent le territoire. C’est le désastre au fil de l’eau. I
16 . monde & vie . 3 mars 2012 . n° 856

ECONOMIE Dossier

: La pagaille du rail

Dette sans frontières et créanciers des îles
La dette publique française, avec ses 1 700 milliards d’euros, représente pas moins de 26 000 euros par Français. Une paille ! Dans ces conditions, il est assez légitime pour le contribuable de se demander qui sont les créanciers…
Royaume-Uni ». Avant d’ajouter « qu’un investisseur saoudien, qui détient de la dette française car il a investi dans un fonds d’investissement à Londres, est comptabilisé comme un investisseur britannique ». Les rois du pétrole et les paradis fiscaux tiendraient à bout de bras les finances publiques françaises… A Bercy, on n’a pas fini de se taper la tête contre les murs ! Le second, Patrice Ract Madoux, Président du Conseil d’Administration de la Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale (CADES), a indiqué, dans un communiqué du 17 février 2012, que la CADES a lancé « avec succès un nouvel emprunt à 3 ans de 3 milliards de dollars US ». Voilà comment les fonds de pensions américains (le diable) se lancent au secours du fameux modèle social français (la sainte Providence) que « Tout-le-monde-nous-envie » ! Le plus stupéfiant reste l’aplomb avec lequel la direction de la CADES nous fait part de cette nouvelle : « cet emprunt en US dollars confirme la force de frappe de la CADES sur le marché ». Comme si la Sécu était le puissant créancier et que les fonds de pension étaient en perdition… Merci l’intox ! I Pierre Brionne

endant longtemps, l’information était quasi nulle. Tout juste savait-on que la dette était essentiellement détenue par les marchés financiers domestiques et, à travers eux, des ménages « résidents ». Depuis, la dette publique s’est considérablement internationalisée. En 1997, seulement 15 % de la dette négociable de l’Etat était détenue par des non-résidents ; aujourd’hui, c’est, selon l’Agence France Trésor, 65,9 %, c’est-à-dire près du tiers. Au sein de l’Administration, on se veut rassurant et l’on se félicite même de cette diversification des créanciers… Mais, vu les sommes considérables en jeu, comment ne pas y voir une perte de souveraineté, voire une forme d’aliénation ? Compte tenu de l’hyper complexité des circuits financiers et du fait que les investisseurs en dettes souveraines n’ont pas l’obligation de dévoiler leur position, il est difficile de savoir qui sont les créanciers de la dette publique française. Toutefois, la base de données financière eMAXX, qui publie la liste des « 50 plus gros détenteurs de dette souveraine française », révèle qu’il s’agit essentiellement – hormis les banques centrales – d’assureurs, de mutuelles, de banques et d’une multitude de fonds d’investissement comme les fonds de pension. Intéressant, mais pas suffisant, car derrière ces institutions classiques, il y a des individus qui épargnent. Qui sont-ils ? Où sont-ils ?

P

Rois du pétrole et paradis fiscaux
Deux hommes ont récemment levé une partie du voile… Le premier, Patrick Artus, directeur de la Recherche et des Etudes de Natixis, a révélé dans le journal Le Monde du 23 juin 2011 que « les trois plus gros détenteurs de la dette française sont le Luxembourg, les Iles Caïmans et le

Bercy, l’Hôtel des Finances parisien

ECONOMIE

Echonomia
micheldeponcins@orange.fr Le prix à payer. Nous apprenons successivement le ralliement à Sarko de personnalités comme Christine Boutin et Borloo, qui sont les plus visibles. La vraie question est: quel est le prix? Pas possible de croire Mme Boutin quand elle dit que ses valeurs sont les mêmes que celles de Sarko. Le prix sera-t-il la possibilité d’avoir des élus après les législatives? S’y ajoute-t-il la promesse d’un portefeuille? Nous savons qu’en cas de victoire, Sarko se gardera de réduire la scandaleuse sarabande des 40 ministres ou quasi-ministres. Pour Borloo, poisson de haute stature, il s’ouvrait la voie royale de la présidence de Veolia Environnement. Le tollé fut tel que le mirifique butin va sans doute lui échapper. Attendons la suite: notre propre argent est inépuisable, et insatiable le bon plaisir des princes qui sont aux affaires. La taxe Tobin. Elle est dans l’air et va, éventuellement, être appliquée. C’est l’effet de la double folie: la folie dépensière de l’Etat et la folie taxatoire qui en est le résultat. Il s’agit de taper sur les transactions financières dans l’ensemble des pays d’Europe. Est-ce réaliste? L’expérience a déjà été menée en Suède: une taxe sur les transactions financières y a été mise en place en 1980, mais il a fallu la supprimer huit ans plus tard en raison de l’exode massif des capitaux du pays. C’est pour des raisons électoralistes que le gouvernement s’en fait le champion: il frappe les « méchants financiers ». C’est pour cela que l’exode des capitaux s’aggrave. L’enrichissement personnel indu. Les prédateurs publics, politiques et bien d’autres, prélèvent pour leur EPI 5 % du PIB. Les « autres » sont nombreux : compagnons de route, hauts fonctionnaires, syndicalistes, soit une « caste » d’environ 10 000 personnes. Un exemple parmi des milliers d’autres : la cagnotte du sénat s’élève à 1,5 milliard d’euros. Le président, Jean-Pierre Bel, explique qu’elle sert avant tout à payer les retraites des sénateurs et des fonctionnaires du Sénat; ces retraites sont très fastueuses et font justement partie, comme telles, de l’EPI de cette population. Cet EPI se ramasse dans la discrétion. Malgré l’omerta, voici une liste incomplète des moyens utilisés par les bénéficiaires: cumuls, salaires excessifs, retraites, nourriture gratuite, fêtes en tout genre, droit au reclassement en cas de panne, voyages luxueux dans des coins paradisiaques, droit d’engager des collaborateurs familiaux, création de postes ou même d’administrations inutiles, bureaux fastueux parfois dans des palais, notes de frais abusives, voitures somptueuses avec chauffeur, salles à manger de direction, caves magnifiques, etc. Les 5 % sont vite atteints. I monde & vie . 3 mars 2012 . n° 856 . 17

40 ans de fuite en avant
Faut-il faire porter le chapeau de l’endettement français aux Allemands, ou aux banquiers ? Les vraies responsabilités sont plutôt à rechercher du côté des politiques et de l’Etat.
tion a dépensé beaucoup plus qu’elle n’a prélevé alors même que notre pays détient le triste record de la pression fiscale (45 % du PIB !). Les autres causes ne sont qu’accessoires. De 72 milliards d’euros en 1978, la dette publique s’élève aujourd’hui à 1 700 milliards d’euros. En moyenne, elle augmente inlassablement de 10 % par an et double tous les 10 ans. A qui veut-on faire croire que l’on peut continuer à se surendetter éternellement ? Difficile dans ces conditions, de s’en prendre à la chancelière allemande, Angela Merkel, ou de nous expliquer que, depuis 2007, une armée de spéculateurs s’acharne à nous aliéner. En réalité, comment peut-on espérer que les marchés financiers, exécrés mais toujours plus sollicités, puissent continuer à financer à fonds perdus l’amoncellement gigantesque de nos déficits chroniques ? Comment s’étonner aussi que nos voisins allemands, dans le cadre de la politique de l’euro, nous prient de ne pas les contraindre à éponger pour nous ? Le seul remède à la crise reste une réduction drastique des dépenses publiques pour un retour urgent à l’équilibre budgétaire. En 2011, ces dépenses s’élevaient à 1 120 milliards d’euros contre 957 milliards en 2006, ce qui représente une augmentation de plus de 160 milliards d’euros en cinq ans… Il y a de quoi sabrer ! I Pierre Brionne

orsqu’un fléau s’abat sur nos pauvres existences, l’instinct primaire nous pousse à désigner un bouc-émissaire : c’est évidemment à cause de lui que le pire est arrivé, uniquement à cause de lui, et il faut alors le lui faire payer ! C’est tellement plus facile… Vu la dette astronomique qui pèse sur nos têtes, les budgétivores de tout poil sont rattrapés par une réalité crue : à ce train, une vraie dépression risque fort de succéder à la récession… En somme, la fête est finie ! Pour certains, le coupable est tout trouvé : c’est l’Allemand qui, par sa fascination pour la rigueur et l’intransigeance héritées du chancelier Bismarck, nous forcerait à entreprendre des plans d’austérité « sans précédent ». Pour d’autres, il s’agit du banquier ivre de profit, qui a aliéné l’Etat pour mieux pressurer les peuples… Il est certain que la politique de l’euro fort, soutenue par l’Allemagne, met la barre très haut pour notre économie. Il est certain, également,

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Evolution de la dette publique

que les banquiers ne sont pas de purs philanthropes et que, via les intérêts de la dette publique, ils se sont enrichis et s’enrichissent encore. Mais, jusqu’à preuve du contraire, le volet dépense de la loi de finances n’est pas écrite dans la langue de Goethe et l’on n’a encore jamais vu un banquier braquer l’Etat pour l’obliger à s’endetter. Ne tournons pas autour du pot : la cause principale de nos déboires est simplement due au fait que, pendant près de 40 ans, l’Administra-

PROSPECTION

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INTERNATIONAL

Crise nucléaire : le géant iranien défie Israël
La guerre de Téhéran aura-t-elle lieu ? Les déclarations des dirigeants israéliens sont de plus en plus belliqueuses, mais ils ont besoin des Etats-Unis.
Téhéran (1) ne serait pas comparable à ces deux interventions chirurgicales. D’après le quotidien américain, Israël aurait choisi un itinéraire au-dessus de la Jordanie et de l’Irak. Ce dernier pays n’est pas doté de batteries anti-aériennes. Les avions de combat F15 et F16 devraient être ravitaillés en vol pour effectuer un trajet de 3 200 km, et plus de 1 600 km au-dessus de l’espace aérien iranien. Par ailleurs, bien qu’il ne soit pas tout neuf, les experts américains ont averti que le dispositif antiaérien iranien devait être mis hors d’état de fonctionnement pour permettre la destruction des sites nucléaires de Natanz, Fordo, Arak et Ispahan. Une opération qui s’avèrerait aussi risquée pour la superpuissance américaine. D’après les services de renseignement israéliens et américains, les sites seraient enterrés à une profondeur de 90 mètres et protégés par une épaisse couche de rochers et de béton. C’est pourquoi, le général de l’US Army David Deptula, qui avait planifié les interventions aériennes américaines dans la seconde guerre du Golfe en 1991 et contre l’Afghanistan en 2001, expose que « tous les experts ayant encouragé à attaquer l’Iran, reconnaissent que ce sera difficile ».

Les exemptés de la Thora
in février, six juges ont demandé une modification de la constitution israélienne pour lever l’exemption de service national concernant les Haredim (craignant-Dieu), ultra-orthodoxes Juifs. Ils sont actuellement 70000 à ne pas revêtir l’uniforme. Lors de la création de l’Etat en 1948, le Premier ministre David Ben Gourion émancipa de cette obligation les religieux des écoles de Thora. Cette inégalité est aujourd’hui mal ressentie par la population, alors qu’un conflit contre l’Iran menace. 40 organisations dont Jad Labanim, qui représente les intérêts des familles des 23 000 soldats tombés pour Israël, réclament la levée de cette faveur. Son président, Eli Benschem, explique qu’« il est intolérable que tant d’hommes et de femmes soient systématiquement dispensés de service national pendant que d’autres vont risquer leur vie ». Cette question embarrasse le gouvernement. Le ministre de l’Intérieur, Eli Yishaï, président du parti religieux sépharade Shass, a déclaré : « Il doit être clair que les étudiants de la Thora doivent en toutes circonstances rester dans leurs écoles ». Le recrutement de milliers de Haredim pourrait faire tomber la coalition de Benjamin Netanyahou. I L. G.

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Le Président Iranien Mahmoud Ahmadinejad

a situation du Proche-Orient s’aggrave : d’après le New York Times, des experts de la défense américaine ont simulé en février des scénarios d’attaques menées par Israël sur les sites nucléaires iraniens. Il en est ressorti qu’une telle opération porterait les Forces armées israéliennes aux limites de leur efficacité et entraînerait les Etats-Unis dans le conflit. L’ancien directeur de la CIA, Michael Hayden, a clairement établi que les attaques aériennes susceptibles d’occasionner de sérieux dommages au programme nucléaire de l’Iran étaient bien au-dessus des prétentions militaires israéliennes. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, de novembre 2011 à fin février 2012, la capacité de l’Iran à produire de l’uranium enrichi aurait triplé pour atteindre un total de 14 kg par mois. Le stock serait de 105 kg. Pour sa part, le gouvernement de Tel-Aviv a maintes fois affirmé qu’il empêcherait Téhéran de se doter d’un armement nucléaire. Dans le passé, Israël a conduit avec succès deux attaques contre des programmes nucléaires, qui engendrèrent l’anéantissement du réacteur atomique d’Osirak (Irak) en 1981 et la destruction du site d’al-Kibar (Syrie) en 2007. Ces frappes marquèrent alors un coup d’arrêt au développement de l’armement nucléaire irakien et syrien. Le contexte iranien est bien différent. Une attaque contre le prétendu programme nucléaire et militaire de

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La crainte de l’escalade
Selon Scott Johnson, consultant pour les questions de défense, Israël aurait, en outre, besoin de mobiliser la totalité de sa flotte de 125 chasseurs et de 8 ravitailleurs pour espérer mener à bien un tel raid. L’arsenal bombardier israélien devrait aussi se munir de 200 bombes de type Bunker Buster contre les cibles fortifiées, de 3 avions ravitailleurs et d’un armement lourd sophistiqué détenu par les Etats-Unis, comme la dernière Massive Ordnance Penetrator. Cette superbombe de 13 600 kg – dont le premier test a été opéré en 2007 et qui est bien plus puissante que les GBU-31 et 32 de 450 et 900 kg –, conçue pour atteindre des bunkers profondément enfouis, serait également inadaptée dans le paysage montagneux de l’Iran. C’est pourquoi William Fallon, ancien amiral de l’US Navy qui était à la tête des opérations militaires américaines au Moyen-Orient et en Asie centrale jusqu’en 2008, rappelle qu’« il ne s’agit ni d’une croix sur une carte, ni d’une cible unique qu’on anéantit avec un bombardement ».

Enfin, l’Occident craint l’escalade d’un conflit, tandis que les dirigeants israéliens continuent d’afficher avec détermination dans les médias internationaux leur volonté de frapper l’Iran. Ronen Bergman, spécialiste israélien du renseignement, a affirmé dans les colonnes du New York Times du 25 janvier 2012 qu’une attaque israélienne contre des installations nucléaires iraniennes aurait lieu cette année. Le ministre de la Défense israélien Ehoud Barak prétend que dans quelques mois, l’Iran pourra atteindre Israël avec des missiles à tête nucléaire. Info ou intox? I Laurent Glauzy 1. A l’exception de celle de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) publiée le 8 novembre dernier, toutes les enquêtes menées sur place ont conclu à l’inexistence d’un programme nucléaire militaire iranien (cf. M & V n° 851).

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INTERNATIONAL

Espoir ou réalité : la Syrie en passe de se désagréger
Selon un flot d’informations contradictoires, relayées et amplifiées par les médias et les réseaux sociaux, la Syrie serait à feu et à sang. Est-ce vraiment une guerre civile ou s’agit-il d’opérations de maintien de l’ordre ?
mandos infiltrés en Syrie depuis des mois, (un mélange d’ex-combattants d’Al Qaida en Libye et de forces spéciales de pays voisins), peinent à déstabiliser le pays de l’intérieur. narchies pétrolières, Jordanie, Turquie…) et s’opposent au régime chiite d’Iran, lui-même plus ou moins cornaqué par la Chine et la Russie. Si cette hypothèse est exacte, c’est à l’initiative de l’Arabie saoudite, du Qatar, des Emirats Arabes Unis, et donc, globalement, des monarchies pétrolières du Golfe, soutenues activement par les USA (et aussi par la France) que le processus révolutionnaire s’alimente. Son but ? Affaiblir l’Iran chiite en éliminant son meilleur allié régional, et installer au manettes, à Damas, un régime sunnite pro-occidental et surtout proGolfe. Selon cette théorie, les événements actuels ne sont que la manifestation de ce mouvement d’ensemble qui met au pouvoir, pays après pays, des régimes islamistes sunnites « orthodoxes » selon les critères du grand frère qui, on a tout lieu de le croire, manipule tout cela dans l’ombre : l’Arabie saoudite, avec son satellite le Qatar. A terme, les généreux parrains du mouvement révolutionnaire espéreraient le rattachement d’une Syrie sunnite fondamentaliste au Nord-Ouest de l’Irak, également sunnite, de manière à s’appuyer sur un Etat tampon face à l’Iran. La Syrie va-t-elle se décomposer en cantons autonomes ? Un canton kurde au nord-est, un canton alaouite au nord-est, une région druze dans le sud et le reste du pays divisé entre clans sunnites ? L’avenir le dira bientôt, car si l’armée syrienne échoue dans sa reprise en main des grandes agglomérations, tôt ou tard, Damas sera la proie de troubles majeurs. I Henri Malfilatre

Qui soutient le régime ?
L’armée syrienne se révèle une noix difficile à croquer. Comptant 500000 hommes, dit-on, elle représente la deuxième puissance militaire arabe après l’Egypte et est autrement mieux organisée et plus solide que les armées libyenne et tunisienne. Quoi qu’on en dise, l’opposition ne peut guère tabler sur des désertions massives, car la grande majorité des officiers sont Alaouites (la communauté à laquelle appartient Assad) et ils tiennent bien en main leurs subordonnés. De plus, par précaution, les conscrits non alaouites sont cantonnés dans des missions de soutien ou d’intendance. Dans les forces aériennes par exemple, ils ne sont jamais pilotes, mais le plus souvent mécaniciens. Si ces valets d’armes avaient vraiment accès à l’armement, il est probable que les défections auraient été nombreuses. Les quelques désertions « constatées » ont seulement permis la constitution d’une bande armée, pompeusement appelée « Armée syrienne libre ». Assad bénéficie non seulement du soutien de l’armée, mais aussi d’une fraction des Syriens comprise entre le tiers et la moitié de la population, un chiffre difficile à mesurer et probablement fluctuant, mais élevé. Rappelons qu’en Syrie, les diverses communautés ne sont nullement amalgamées. Le régime compte de nombreuses « sympathies » au sein des minorités, chrétiennes, druzes, kurdes, et même dans le monde des affaires sunnites. Enfin, il reste fort parce qu’il compte quelques alliés régionaux, parmi lesquels l’Iran, qui lui fournit des conseillers militaires. Des durs, qui, selon les opposants, mettent volontiers la main à la pâte…

ue savons-nous exactement de ce qui se passe en Syrie, où la désinformation bat son plein depuis plusieurs semaines ? Selon les médias, le conflit, qui était au départ un mouvement civil de manifestants, s’est mué en guerre civile. Secoué par la révolte, honni des populations, le régime serait sur le point de s’effondrer. Qu’en est-il vraiment? Nul ne sait ce qu’Assad trame. Mais on prétend, sans apporter la moindre preuve, qu’il serait en train de transférer du matériel militaire à l’ouest du pays, dans les montagnes qui surplombent la Méditerranée, en zone à majorité alaouite. Bien sûr, il est possible et même probable, que par précaution, le chef de l’Etat syrien organise la défense d’un ultime réduit, au cas où… Cela signifie t-il pour autant qu’il est aux abois ? Force est de constater que, pour l’instant, ses partisans rendent pour coup pour coup. Aucune zone insurgée n’a émergée. Même à Homs, la « ville rebelle » par excellence, seuls trois quartiers sont en proie à des troubles, le reste de l’agglomération vit aussi normalement que possible dans une telle situation. Personne ne semble se demander comment cela est possible depuis plus de trois semaines, alors que le centre ville est prétendument pilonné (à raison de 4 roquettes à la minute, paraît-il – ce qui est invraisemblable). Si l’armée d’Assad faisait donner à fond son artillerie, tout aurait été fini en deux jours et on aurait relevé plusieurs milliers de morts. L’affaire se serait soldée par un carnage, vu la densité de population. L’armée syrienne, tout porte à le croire, est aux prises avec des djihadistes disposant d’armes sophistiquées, des guérilleros bien retranchés qui disposeraient (dit-on…) de postes de tir de missiles Milan – des armes à 100 000 euros l’unité. Si cela est vrai, elles ne peuvent leur avoir été fournies que par une puissance étrangère. Malgré cela, les insurgés locaux et les com-

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L’enjeu de ce qui se passe est la désintégration de la Syrie
À cet égard, on assiste à une curieuse évolution géostratégique à la faveur de la rivalité entre chiites et sunnites. Les Occidentaux, semble-til, malgré leur guerre contre les nervis d’« Al quaïda », se sont rapprochés des sunnites (mo-

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monde & vie . 3 mars 2012 . n° 856 . 19

RELIGION

Les catholiques face à l’élection présidentielle
Le cardinal archevêque de Paris vient de publier un livre qui se présente comme le vade mecum du bon électeur pour la présidentielle de 2012. Personne ne l’attendait là, alors que, depuis plusieurs années, il n’y a pas eu de publications marquantes de la part de la Conférence épiscopale dont il est actuellement le président. Que cherche-t-il ?
« C’est le service de l’homme qui est le critère ultime et définitif du projet social. Ce n’est pas l’homme qui est au service d’un projet social ». Critère ultime et définitif : le mot est fort. L’homme est la fin de l’action politique. Cela signifie tout de même deux choses : Premièrement, la fin de la politique française n’est ni la France ni les Français, mais l’homme. A l’heure où de grandes migrations entre le sud et le nord se dessinent encore, ne serait-ce que dans l’échec retentissant des printemps arabes, un tel « principe d’humanité » est instructif. La nation n’est plus un critère pour l’Eglise depuis la mort de Jean Paul II. Le seul critère, c’est l’homme. On le voit, avec un tel principe, la mondialisation, le métissage et le mélange ont de beaux jours devant eux. Deuxièmement, si l’homme est la fin ultime du politique, tous les biens et toutes les valeurs pour lesquelles se bat l’homme politique apparaissent comme de simples moyens au service de l’homme. Mais qu’est-ce qu’un bien, qu’estce qu’une valeur au service de laquelle on ne peut pas se dévouer ? Qu’est-ce qu’un projet social, s’il est interdit de se mettre à son service? Qu’est-ce que l’homme s’il est pour lui-même la seule valeur absolue ? – Un consommateur. Rien d’autre. I Claire Thomas

n sait que l’archevêque de Paris, qui est aussi président de la Conférence épiscopale française et, à Rome, membre de la Congrégation des évêques, possède son franc-parler. Au sein de l’Eglise de France, après avoir été élu par la gauche épiscopale dont l’emblème est Mgr Hippolyte Simon, évêque de Clermont-Ferrand, devenu vice-président de la CEF, Mgr Vingt-Trois, responsable d’un diocèse « de droite », le diocèse de Paris, est sans doute le décideur le plus lourd, l’autorité morale la plus importante. Dans la courte introduction qu’il propose à son petit livre, il n’hésite pas à hausser le ton pour déplorer que l’élection « au fil des mois devienne un concours de beauté entre vedettes ». Mais qu’en est-il des vrais enjeux de l’élection présidentielle ? Il n’en est pas question. Quelques lignes sur l’avortement pour dire qu’il aime la vie et que « l’avortement ne peut en aucun cas être présenté comme une solution », quelques lignes sur la fin de vie pour affirmer la même chose de l’euthanasie, et pour le reste des solutions médianes tirées au cordeau pour ne fâcher personne, et surtout pour n’exclure aucun candidat (pas même, c’est une nouveauté, la candidate du Front national). A un autre endroit du livre, il est question d’un « recul de civilisation », si l’on se départit d’une attitude de « respect inconditionnel de l’être humain » dans la difficile question des embryons congelés et des cellules souches. Mais surtout pas de détails qui fâchent. Le cardinal ne donne aucun nom. De ce fait, on peut lire ce livre comme renfermant un permis de voter pour François Hollande, malgré les contradictions frontales entre les 60 promesses pour la France du candidat socialiste et cette « doctrine sociale de l’Eglise » dont il est question une fois sous la plume de Mgr Vingt-Trois. La politique

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Mgr Vingt-Trois se demande : quelle société voulons-nous ? Mais ce qu’il veut, c’est à nous de le deviner. Il ne le dit pas

ne doit pas être un enjeu qui divise l’Eglise de France encore plus qu’elle ne l’est. Quant aux évêques, ils sont… au service de la République. Il y a pourtant, derrière cette absolue correctness politique, une matrice qu’il faut identifier. Il me semble que c’est le concile Vatican II, avec lequel le cardinal se veut comme en symbiose et, dans le concile Vatican II, avec l’idée de « service de l’homme », idée qui nous représente « le principe d’humanité » dans toute sa cohérence.

Cardinal André Vingt-Trois, Quelle société voulons-nous ? éd. Pocket 2012, 6,30 euros Mgr Vingt-Trois, tout à fait marginal. L’esprit chrétien a-t-il cessé de pouvoir agir dans la Cité. Certes, nous ne retrouverons pas de si tôt une situation objective de chrétienté. Il faut nous préparer à vivre dans un univers qui est déjà mixte ou hostile. Mais enfin pourquoi l’Eglise n’apporteraitelle pas sa contribution à la re-socialisation des banlieues, par exemple à travers les œuvres qui sont les siennes : patronages, vie paroissiale largement extravertie, processions, scoutisme etc. La grande question aujourd’hui est celle de la visibilité du christianisme dans notre société. Elle est indiscutablement du ressort direct du cardinal. Il n’en parle pas, comme si elle n’existait pas pour lui. I C. T.

Silence sur la chrétienté
gr Vingt-Trois parle beaucoup dans ce livre de laïcité. Il précise qu’elle doit être « ouverte », la plus ouverte possible. Mais cela implique que l’Eglise, quant à elle, ne considère pas « le prosélytisme confessionnel » comme un apport à la vie sociale et qu’elle ambitionne plutôt de contribuer à « une sagesse commune », laïque. Nulle part, dans ce texte de Mgr Vingt-Trois, il n’est question de l’apport du christianisme à la vie sociale. L’idée de chrétienté est moquée ; le seul exemple qui en soit donné est un exemple théocratique, celui des réductions jésuites au Paraguay, exemple magnifique je le reconnais, mais qui reste purement politique et donc, dans l’esprit de

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20 . monde & vie . 3 mars 2012 . n° 856

RELIGION

Alain Escada : François Hollande n’est pas un candidat normal
Alain Escada est l’animateur du mouvement Civitas, qui s’est fait un nom lors des polémiques récentes autour de deux pièces ouvertement christianophobes et insultantes, Sur le concept du visage du fils de Dieu de Romeo Castellucci et Golgota picnic de Rodrigo Garcia. L’animateur s’est fait organisateur de la riposte catholique. Aujourd’hui, alors que l’élection présidentielle approche, il lance une grande campagne contre François Hollande. Nous avons voulu lui demander pourquoi.
simplement que François Hollande n’est pas un candidat normal. Oh ! Vous êtes en train de nous dire qu’il va falloir voter utile ! Nous n’en sommes pas encore au 2e tour, mais je crois en effet que François Hollande pose une question qui est celle des circonstances exceptionnelles. Il y a une grande différence entre l’échéance de la présidentielle 2012 et les autres scrutins. Le candidat socialiste incarne la résurgence d’une politique anticléricale qui date de la fin du XIXè siècle. Nous le constatons dans son programme, ses Soixante engagements pour la France, nous le lisons dans ses déclarations. A Civitas, nous relevons dix points qui doivent susciter l’alerte rouge. Pouvez-vous énumérer ces dix points ? Volontiers. Il y a d’abord sa volonté affichée d’introduire dans la Constitution la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Il déclare en outre qu’il fera voter une batterie de lois sur l’euthanasie, sur le mariage homosexuel, sur l’adoption d’enfants par des couples homosexuels. Il voudrait faire en sorte que le Planning familial soit habilité à pratiquer des avortements. Il justifie la Procréation Médicalement Assistée par le fait qu’une femme doit pouvoir avoir des enfants sans aucun contact avec un homme. Par ailleurs, il veut faire sauter les limites établies par le Comité des sages quant à la recherche sur les embryons. En outre, il supprimera les exemptions fiscales prévues au titre de l’aide aux écoles privées. Enfin il veut organiser le droit de vote des étrangers. S’il est élu à la Présidentielle, la Gauche en France aura tous les pouvoirs et cela risque d’aller très loin! Toutes ces déclarations actuelles permettent de voir qu’il va s’associer à l’extrême gauche athéiste pour donner à la France un nouveau visage. Et avec le droit de vote aux étrangers, même en cas de réveil des Français de souche, il sera trop tard pour inverser le mouvement. Voilà donc ce que vous appelez des circonstances exceptionnelles… Il y a un petit signe supplémentaire du caractère exceptionnel de cette élection que je voudrais porter à la connaissance de vos lecteurs. Pour la première fois, le Grand Orient fait publiquement connaître les interventions des candidats devant son obédience. Vous pouvez voir Mélanchon, Bayroux et Hollande avec un commentaire appuyé du Grand Maître en faveur de Hollande et de Mélanchon. En quoi ces considérations électorales concernent-elles les catholiques ? Ils votent Hollande eux aussi ? Tous les Instituts de sondage annoncent qu’environ 25 % des catholiques pratiquants annoncent leur intention de voter pour lui. C’est la raison de la campagne que nous entreprenons : pas une voix catholique ne doit aller à un tel candidat. Il faut lui faire barrage. En entreprenant cette campagne dès maintenant, nous montrons en outre que nous restons à l’écart de la politique partisane. Nous voulons simplement souligner ce que j’appellerais « la nocivité gravement plus dangereuse » d’un candidat, par rapport aux autres qui ne rencontrent pas notre adhésion. Quels sont vos moyens ? Nous aurons des affiches, des autocollants, nous avons déjà un clip vidéo, qui, en 9 jours, a fait 60000 visites sur Gloria TV. Je dis en 9 jours parce qu’au bout de 9 jours ce clip sur les 10 raisons de ne pas voter François Hollande a été supprimé arbitrairement. Il est maintenant à plusieurs exemplaires sur Youtube pour éviter toute censure. Notre but est d’atteindre et d’avertir audelà des chapelles le grand public catholique. Nous avons aussi, depuis la campagne sur la christianophobie des relais dans la grande presse, avec un passage à venir sur France 2, un autre sur Canal+. Et d’autres médias comme 20 Minutes, l’Express ou le Monde. Comment voyez-vous l’avenir ? Je ne suis pas fakir. Mais pour le présent, je trouve d’étranges similitudes entre la situation en France et la situation de l’Espagne au moment de la prise de pouvoir du président Zapatero. Que de dégâts en deux législatures ! Si l’Eglise espagnole avait tiré la sonnette d’alarme à temps, nous n’en serions pas là. I Propos recueillis par Alain Hasso monde & vie . 3 mars 2012 . n° 856 . 21

Alain Escada, alors que l’on peut dire que votre campagne antichristianophobie a rencontré un écho inespéré, quels sont vos projets pour demain ? Il est essentiel d’abord de nous réorganiser. Rémi Fontaine parle à ce sujet d’une « dissidence catholique ». Il faut effectivement développer des pistes vers un sain communautarisme pour conserver la foi, il faut créer, encore et encore, des îlots de chrétienté. C’est dans cette perspective que d’ores et déjà nous préparons les élections municipales de 2014, non pas en proposant aux futurs maires une étiquette Civitas, mais en organisant un peu partout des candidatures de catholiques sur des listes d’intérêt municipal, susceptibles de susciter un large consensus. Apparemment vous n’attendez pas 2 014. En 2012, vous vous êtes lancés dans une véritable contre-campagne. Pourquoi vous focalisez-vous sur la personne de François Hollande ? Cet homme est-il dangereux ? Il est clair aujourd’hui qu’il n’y a pas de grands candidats qui correspondent au modèle que nous voudrions voir en lice pour ces élections. Il n’y a pas de candidat catholique au sens plein du terme, mais il y a un candidat anti-catholique, un candidat athéiste, François Hollande. Je ne fais pas d’antisocialisme primaire, je dis

RELIGION

La politique de Jeanne d’Arc
Alors que l’élection présidentielle prévue au mois de Mai commence à polariser l’attention des Informateurs, je crois qu’il est utile de se demander : quelle politique peut bien être la nôtre face à cette échéance. Je réponds immédiatement : celle de Jeanne d’Arc.
dis-société contemporaine, des pôles de résistance pour les familles, autour des églises et des écoles. Il appelle cela vivre « sous le signe d’Antigone », selon le titre qu’il a donné à son recueil de chroniques. Il est important effectivement de regrouper les familles. On peut dire que le sermon de Mgr Lefebvre pour son Jubilé sacerdotal, en 1979, prévoyait déjà ce regroupement identitaire des familles en quête de milieux un peu homogènes, qui facilitent la transmission de la foi. Ces points de repère que sont les écoles et les communautés chrétienne (ou sur la toile certain Forum catholique) peuvent servir à regrouper les convaincus et à leur donner les moyens de transmettre leur foi.

Congrès samedi 31 mars de 14 h à 20 h
JEANNE D’ARC UNE FIGURE POLITIQUE POUR AUJOURD’HUI

au Forum de Grenelle, 5 rue de la croix Nivert 75015 Paris. Entrée 10 €. (8 € pour les Adhérents de Avec Jeanne) 14 h30. Jean de Viguerie : La politique de Jeanne d’Arc est une politique de la foi. 15 h 00. Frédéric Rouvillois : La politique de Jeanne d’Arc est une politique du droit et de la légitimité. 15 h 30. Table ronde : Jeanne d'Arc, quel symbole pour quelle nation ? Avec Rémi Soulié, Philippe Maxence et Eric Letty. 16 h 00. Gerd Krumeich : A qui appartient Jeanne d'Arc ? 16 h 30 : Pause, Stands, Dédicaces 17 h 30 : Gérard Leclerc : Quelle culture alternative aujourd'hui ? 18 h 00. L’Eglise catholique comme contre-culture aujourd’hui Va-t-on vers l’objection de conscience des catholiques ? (Jeanne Smits) Peut-on résister au libéralisme ? (Christophe Geffroy) Quel témoignage chrétien ? Quel projet ? (Abbé Guillaume de Tanoüarn) 19 h 00 : Apéro Cochonnailles et Vins de France au naturel. 20 h 00 : Fermeture des portes www.avecjeanne.fr renseignements et contact : jeannedarc2012@yahoo.fr de plus en plus profondément, les armes d’une véritable offensive spirituelle et culturelle. Jeanne d’Arc, avec son sens aigu du don de soi et sa volonté permanente d’offensive, même si tout à l’air perdu, nous donne les leçons d’optimisme et d’intelligence qui sont nécessaires aux soldats du Christ que nous sommes tous devenus par position, à travers la radicalisation ambiante, non seulement pour demeurer catholiques, mais pour comprendre que dans notre société mondialisée, l’Eglise reste la seule Internationale qui tienne, la seule qui ait à proposer des valeurs supérieures et un véritable idéal de vie. Alors que le matérialisme de masse semble l’emporter partout dans le monde, les catholiques doivent, selon l’intuition du pape, prendre le rôle et la fonction d’opposants au désordre établi, en proposant, par et dans la foi vécue, une alternative aux idéaux frelatés que porte la Révolution de Mai 1968. Avec Benoît XVI, un peu partout dans le monde, c’est une véritable contre-révolution culturelle tranquille qui se met en place. I Abbé G. de Tanoüarn

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ue choisir ? C’est la question du consommateur, qui se trouve, avec les différentes écuries présidentielles, devant une sorte de casting, dont, pour lui-même au moins et pour son propre vote, il serait l’arbitre. Untel est beau depuis qu’il a perdu des kilos ; une telle est parfaitement dédiabolisée, un autre encore apparaît d’une modération à tout épreuve; un autre a exercé des responsabilités etc. Ces critères subjectifs sont ceux du Café du commerce. Essayons d’aller un peu plus loin. Tirons les leçons de ce micro-dossier. Une fois de plus l’épiscopat français a choisi une communication faible. Au lieu d’utiliser les critères non négociables sur la politique de la vie et sur le soutien à l’enseignement privé énumérés par Benoît XVI, il apparaît dans une position médiane, inconfortable pour le moins. Il s’agit de ne donner tort à aucune des composantes du catholicisme « officiel » sans renier pour autant les options extrêmement fermes prises par le pape. De quoi se laisser doubler, comme dans l’affaire récente (moins importante) de la christianophobie. Civitas, le mouvement catholique laïc né dans les eaux de la FSSPX, part en avant. Il fait très habilement une campagne qui le met dans la cour des grands. Il va avoir une fois de plus le monopole de la dénonciation du candidat pro-euthanasie, pro-mariage gay, etc. Il a pris la seule place que peuvent raisonnablement tenir les catholiques : celle de la critique. Critique qui n’est pas l’abstention ! La politique de la chaise vide est celle qui donne toujours tort. D’un autre côté, on ne peut pas vivre seulement de critique… Comment faire une politique affirmative « en amont » de l’élection ? Dans un livre qui vient de paraître chez Renaissance catholique, Rémi Fontaine journaliste à Présent, n’hésite pas à parler d’une « dissidence catholique » dans la société actuelle. Il insiste sur la nécessité de cultiver « un sain et légitime communautarisme », en créant, dans la
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La force tranquille des catholiques
Mais deux objections apparaissent. D’abord, depuis 1979 et l’aurore compliquée du pontificat de Jean-Paul II, la situation a largement évolué. Le « milieu » s’agrandit, en perdant un peu de sa spécificité. Aujourd’hui on voit apparaître un nouveau type de résistant spirituel, moins polarisé dans un « lieu social » isolé, moins victimaire, fier de sa foi dont il est prêt à témoigner; j’appellerais ce nouveau type de chrétien le tradismatique. Le tradismatique est souvent issu de la mouvance charismatique dans ses différentes tendances ; il a rencontré la Tradition catholique à tel ou tel moment et il est marqué (un peu, beaucoup, à la folie) par la liturgie romaine traditionnelle; il considère que l’institution pontificale est devenue de fait l’espoir de l’Eglise et la clef de son avenir. A l’école de Benoît XVI il a appris deux choses : la nécessité de rendre un culte au Saint-Sacrement, comme cela s’est passé de manière solennelle aux JMJ de Madrid cet été ; et l’impression très nette qu’à défendre la culture de vie contre le culte de la mort, on est obligé de pratiquer un non-conformisme de plus en plus accusé. Le pape Benoît XVI a parlé de « contre-culture » aux habitants de l’ile de Malte l’année dernière. Il est revenu tout récemment devant les prêtres romains sur ce « non-conformisme » nécessaire. La vraie politique, la politique de Jeanne d’Arc ne serait-elle pas de tout faire pour armer les catholiques là où ils sont, au lieu de vouloir les parquer dans les vieilles redoutes. C’est l’objectif de l’association Avec Jeanne par exemple (et Dieu sait qu’elle n’est pas la seule sur ce créneau), c’est l’ambition du journal Monde & Vie que de donner aux catholiques, qui dans la mesure où ils demeurent catholiques doivent l’être

RELIGION

30 ans de chant choral au service de l’Eglise
Les trente ans du Chœur Fra Angelico, voilà l’occasion rêvée d’aller les entendre à l’église Sainte-Clotilde dans le VIIè arrondissement à Paris, le 10 mars prochain ! Mais c’est aussi une raison pour parler de cette saga musicale, peu commune dans notre Pays par les temps qui courent. On peut dire que la persévérance d’Eric et de Marie-Alix Doutrebente pour animer ce chœur, remplacer les partants par des arrivants et découvrir toujours de nouveaux horizons musicaux est à la hauteur de la cause qu’ils défendent : celle de la divine liturgie. Partout où ils se produisent les choristes de « Fra » nous aident à mettre en pratique la vieille consigne du pape Pie X : « Il faut prier sur de la beauté ». Et ils font, sans phrase, la démonstration de la puissance spirituelle attachée à la liturgie traditionnelle.
Eric Doutrebente, vous fêtez les 30 ans du chœur Fra Angelico, que vous dirigez avec votre sœur Marie-Alix à travers un concert que vous donnez le 10 mars prochain, à 20 heures 30, en l’église Sainte-Clotilde à Paris. Ce sera certainement un très grand moment, mais pourquoi souhaitez-vous donner à cet anniversaire une ampleur particulière… Nous avions créé ce chœur, Marie-Alix et moi, nous étions étudiants. Il faut dire que nous avions une petite expérience. Nous avions déjà participé à cette activité chorale dans la paroisse de PortMarly sous la houlette du chanoine Gaston Roussel, alors que l’un et l’autre, nous étions… tout jeune. D’instinct nous souhaitions communiquer aux autres notre joie de chanter, d’interpréter des répertoires que l’on n’entendait plus beaucoup dans les églises à ce moment-là. Aujourd’hui, un certain nombre des premiers choristes de FraAngelico sont toujours là, d’autres, plus jeunes, sont venus se joindre au chœur. Certains sont partis sans oublier ce qu’ils avaient appris, je pense à un certain Guillaume de Tanoüarn, je pense aussi à Bernard Moaurin, dont on suit la plume dans les colonnes d’Una-voce. Actuellement, nous sommes une trentaine et le 10 mars prochain à SainteClotilde, nous serons soixante-dix! Les anciens reviendront nombreux pour l’occasion et ils mêleront leur voix aux plus jeunes ! Je voudrais aussi dire un mot en particulier de notre organiste, Jean-Paul Imbert, qui participe à nos activités chorales depuis 1983. Cette fidélité de tous est magnifique, elle fait l’esprit de Fra Angelico et entretient entre nous une amitié. Il faut souligner qu’elle est d’autant plus belle

Eric Doutrebente: « Il y a une séduction du Beau qui conduit au Christ »

qu’elle n’est pas attachée à un lieu en particulier. Nous avons assuré la messe des étudiants pendant plus de quinze ans à Saint-Nicolasdu-Chardonnet, puis Vianney Quilliard, l’un des choristes, a repris le flambeau. D’autres choristes comme Mathilde et Anne Parant, Etienne Debaecker, ont créé des chœurs liturgiques. Autre occasion importante, dès 1983, avec le Centre Charlier puis avec Pèlerinages de Tradition, nous chantons au Pèlerinage de Chartres. Il y a aussi les Universités d’été de Renaissance catholique et puis Mérigny, l’Italie, la Belgique. On fait souvent appel à nous: à titre d’exemple, nous avons assuré près de 400 messes de mariage depuis la fondation. Partout où nous allons chanter (dernièrement à Châtillon-sur-Indre chez le Père Thierry Massé, qui est un ami), nous nous efforçons de rester fidèles à une certaine conception du chant sacré, en osmose avec la liturgie. monde & vie . 3 mars 2012 . n° 856 . 23 25 juin 2011 845

RELIGION
Pouvez-vous nous dire en quelques mots quels sont vos choix en matière de musique sacrée ? Avec le chanoine Roussel, nous avions beaucoup pratiqué la musique française – César Franck (1822-1890), parce que c’est un musicien vraiment religieux, mais surtout la musique du XVIIè et XVIIIè siècle dont le Chanoine avait été l’un des grands redécouvreurs. L’inconvénient de ce répertoire baroque, qui manifeste si bien le génie français, c’est la longueur des pièces, écrites souvent plus pour des concerts spirituels que pour la liturgie. Je rappelle à ce propos qu’à partir de 1725, à Paris, le « Concert spirituel » est une institution royale, qui a son siège aux Tuileries, dans la Salle des Cent Suisses et qui offre de la Musique les jours où l’Opéra est fermé. On ne compte plus les compositions d’auteurs français et étrangers qui ont été écrites pour être interprétées dans ce cadre, non liturgique. Il se trouve par ailleurs que je suis allé à Vienne en Autriche et là, j’allais fréquemment chercher des partitions chez Döblinger, véritable caverne d’Ali Baba de la musique. J’y ai découvert de la musique sacrée que l’on exécute peu en France, en particulier Rheinberger, Michael Haydn et Zelenka. Nous interprétons toutes sortes de motets ou de pièces chorales, mais l’important pour nous, c’est qu’il s’agisse vraiment de musique sacrée et aussi souvent de la musique liturgique, même si nous donnons, nous aussi, régulièrement des concerts spirituels… Comme nous le ferons à Sainte-Clotilde pour notre anniversaire. Justement venons-en à votre conception de la liturgie… Nous n’avons rien inventé en ce domaine. Les chants que nous interprétons ont été écrits pour la forme traditionnelle de la liturgie romaine, ce que l’on appelle ordinairement la messe de Saint-Pie V. Il suffit de respecter l’harmonie naturelle entre les textes, les musiques et le culte romain, le culte dans sa solennité simple et naturelle, pour que la réussite soit au rendez-vous. Attention pourtant: il n’y a pas de puristes chez nous! L’important c’est que la liturgie puisse allier, dans une véritable harmonie entre le prêtre et les fidèles, le répertoire grégorien d’une part, que nous avons toujours voulu cultiver, la polyphonie d’autre part, et enfin aussi le chant de l’assemblée. Le but d’une chorale liturgique comme la nôtre, c’est de faire prier et pas de se faire plaisir. On peut être très éclectique dans le choix des chants, mais il faut respecter une certaine tonalité au cours d’une cérémonie : on ne chante pas Josquin des Prés (XVIè siècle) avec Olivier Messiaen (XXè siècle); on choisit les morceaux selon le temps liturgique, on s’applique à la comprendre et à prononcer le
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latin correctement. Bref, il faut que tous puissent se sentir vraiment au service de l’autel! Pensez-vous que le sort de la musique sacrée est en train de s’améliorer en ce moment ou estimez-vous au contraire que vous êtes les « derniers des Mohicans » ? Je crois d’abord – et c’est la première signification de cet anniversaire – que nous avons transmis quelque chose au cours de ces trente ans. Il est très significatif qu’un certain nombre de nos jeunes choristes aujourd’hui se recrutent parmi les enfants des anciens. Au fond, depuis le « laboratoire liturgique » de Port-Marly, avec le chanoine Roussel, il n’y a pas de rupture ! Mais le contexte ecclésial a changé. J’entends encore le Chanoine Roussel tonner contre les innovations hasardeuses du Centre National de Pastorale Liturgique, le fameux CNPL, qui avait mis en circulation tous ces cantiques médiocres et qui sont aujourd’hui surtout très datés. On assiste maintenant à la création d’un nouveau répertoire de cantiques, sur des paroles qui souvent sont belles, avec des mélodies bien supérieures. Rendons hommage à Gérard de Rosny pour son « Chartres sonne » ou « Alléluia, Marie t’appelle » et chantons son « cantique à Sainte Jeanne d’Arc » Il y a encore du travail bien sûr ! Mais je suis optimiste: je crois qu’il y a une séduction du Beau, qui conduit au Christ. A travers cette séduc-

tion, on comprend que la musique sacrée demeurera toujours un prodigieux moyen d’apostolat ! Quelques mots du Concert du 10 mars… Nous interprétons trois grands motets de César Franck, le Dextera Domini, le Quae est ista et le Domine non secundum. Et cela aura lieu dans l’église où César Franck a été organiste pendant des années. C’est une belle coïncidence! Nous bénéficions du concours de l’Ensemble Instrumental de Paris avec Christian Ciucca et de solistes dont certains sont des anciens Petits Chanteurs du Père Morandi, bien connus des paroissiens de NotreDame-des-Armées. Vous pourrez entendre les Sept paroles du Christ en Croix du même César Franck. Dans la deuxième partie du concert, nous interprèterons le Stabat Mater et deux motets de JosephGabriel Rheinberger (1839-1901), qui est un peu le pendant germanique de César Franck… Et nous terminerons par l’Adagio d’Albinoni adapté pour les chœurs sous le titre Les Béatitudes, déjà chanté à l’occasion du mariage de ma fille. Dernier « détail »: selon la tradition des concerts spirituels, qu’avait d’ailleurs rappelée Jean Paul II en personne, l’entrée est libre. Eh bien ! J’y serai… I

Propos recueillis par l’abbé Guillaume de Tanoüarn

EXPOSITION

Un art aimable
Tour de force optique, plaisanterie visuelle, recherche d’effets ? L’exposition Trompe-l’œil propose un voyage amusé et curieux au pays des « objets de second degré ».
Trompel’œil. Imitations, pastiches et autres illusions

n entrant dans le musée, bel écrin XIXe, la galerie des donateurs nous accueille : 26 portraits dessinés par Floc’h, dans ce style si année 50 qu’il affectionne. On est déjà dans le pastiche et l’hommage, la création et la duplication. Les deux étages de l’exposition nous promènent ainsi entre le pur trompe-l’œil et une approche plus intellectuelle, scientifique ou artistique (selon les cas) de la transposition : matière qui en imite une autre, objet qui cache sa vraie fonction, décor plaqué, franche illusion d’optique, répliques « exactes » d’un original, il s’agit à chaque fois de jouer avec le regard, y compris le regard que l’on peut porter aujourd’hui sur les choses d’hier. Certaines salles sont réussies, d’autres laissent perplexes : la section consacrée aux galvanoplasties, « copies conformes », est fascinante. Immenses calices d’Europe centrale, cratères gallo-romains, reliquaires médiévaux, masques grecs, tous les musées d’arts décoratifs se lancent au XIXe dans la course encyclopédique à la copie, la maison Christofle étant sous contrat avec l’institution parisienne. L’objectif est de « vulgariser, par tous les procédés de reproduction, les types anciens ou modernes pouvant servir à guider l’artiste et à former le goût du public ».

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curieux tapis en linoleum de Pucci de Rossi, peaux d’ours en carrelage ou en parquet. Dans un cas, on ne se doute de rien (et la révélation n’est pas si plaisante), dans l’autre on sourit franchement, tant l’artifice est exhibé. Il est certain qu’un designer qui lance une collection Impostures visuelles, comme Christophe Koziel, annonce clairement son intention, son « projet », son plaisir, et entend nous le faire partager. Quant au banc Whippet Bench, de Radi design, au profil de lévrier, il séduit immédiatement et ne fait pas illusion un seul instant : demeure le plaisir pour l’artiste d’avoir reconnu, dans la silhouette du chien, celle d’un canapé confortable et d’en avoir fait la démonstration au spectateur, qui est comme devant un trait d’esprit matériel.

et les magasins de farces et attrapes (d’ailleurs absentes de l’exposition) participent de la même logique; les moulages en résine de Pompon sont de même nature que les galvanoplasties de Christofle.

Manquent les crânes
C’est peut-être un défaut de l’exposition de s’être parfois arrêtée au bord du chemin : nul actuelle reproduction de la RMN n’est présente, et certains objets vendus à la boutique du musée des arts décoratifs, comme les vases de la Bosco Collection d’Andrea Branzi, auraient pu se retrouver dans les vitrines. Certains secteurs, comme les fausses fleurs, sont faiblement représentés. Des thématiques entières sont même absentes : aucune pièce anatomique, aucun crâne. Il est certain qu’il s’agit d’abord et avant tout d’exploiter le fonds du musée, prodigieux entassement de tout ce que l’industrie a pu imaginer et produire, et qu’on a plaisir à dériver de salle en salle pour admirer cette ingéniosité (suspendons aussi tout jugement de goût). De certaines pièces se dégage un vrai charme : une ravissante robe de Léonard des années cinquante, où le col, les revers, les boutons et les poches ne sont qu’imprimés, une gigantesque pomme en grès émaillé de Hans Hedberg (1992), le sticker Porte typiquement haussmannienne de L’Atelier d’exercices (2 010), des faïences alimentaires (ravissant plat d’asperges ou curieuse terrine comme un pâté en croute), et le vase Métro, de Fukasawa, en porcelaine de Sèvres, qui reprend le motif des carreaux biseautés du métropolitain. On est troublé. On réfléchit. Les conservateurs ont gagné leur pari. I Hubert Champrun Trompe-l’œil. Imitations, pastiches et autres illusions. Musée des arts décoratifs, jusqu’au 15 novembre 2013. http://www.lesartsdecoratifs.fr monde & vie . 3 mars 2012 . n° 856 . 25 25 juin 2011 845

Le linoleum comme étalon
Le linoleum, d’ailleurs, si décrié, ici traité comme un objet décoratif au même titre que des œuvres de designers plus sérieux, est un bon étalon de l’exposition : le goût n’est pas mobilisé comme catégorie esthétique, et c’est bien plutôt l’exploit technique dans la reproduction qui est prisé, ou la juste distance avec le modèle qui est appréciée, ou encore le fait d’assumer la fausseté. Les catalogues de linoleum (proposant des carpettes imprimées…), les autocollants géants (parfois fléau de la décoration contemporaine, ici conçus par de bons designers), et surtout les papiers peints, qui jalonnent toute l’exposition, nous donnent à lire une histoire du regard ludique, où parfois l’industrie veut suppléer à la nature (parce que c’est moins cher, parce que c’est plus pratique, parce que c’est beau), où parfois l’artiste se prend à risquer la comparaison, à pousser le plus loin possible l’illusion (parce que c’est un exploit) ou à s’arrêter au bord du grotesque. Il est bien certain que les « véritables objets d’art en plâtre », les couverts en « acier massif »

Traits d’esprit matériels
« Faux-cul », en revanche, ne convainc pas : consacrée aux perruques, corsets, crinolines et autres accessoires féminins, la salle entasse quelques exemples sans véritablement expliquer, allant même jusqu’à affirmer: « Les subterfuges dépassent souvent de loin la réalité et s’attachent à parfaire dans les moindres détails l’apparence. », ce qui est paradoxal. De même la salle « optique hypnotique » présente des œuvres intéressantes, anamorphose et praxinoscope, mais le rapport au thème est quand même forcé. Toute l’exposition, riche de quelque 400 objets, oscille ainsi entre la glose alambiquée et une vraie réflexion sur l’apparence et le plaisir qu’on prend à être trompé plus ou moins visiblement. A une chaise d’aisance de salon, constituée de fausses reliures empilées, répondent de

LIVRES

Le tout à l’ego
Quand le virtuel l’emporte sur l’essence et le numérique sur la réalité… Une jeune femme consacre un roman à notre bel aujourd’hui. L’envers de l’écran.

lle n’a que 29 ans et vient de publier un livre étonnant et surprenant de maturité. Avec Enjoy, Solange Bied-Charreton nous emmène sur les pas de Charles Valérien, un célibataire comme il en existe tant à Paris. Il travaille dans une société de consultants à la gestion avant-gardiste et américaine et loge dans un petit appartement branché au décor Ikéa. Surtout, Charles Valérien vit par procuration sur le réseau Internet ShowYou, qui ressemble étrangement au géant mondial Facebook : « ShowYou me demanda une disponibilité exponentielle. A peine arrivé chez moi, j’allumais l’ordinateur, je dînais devant, j’y restais jusqu’à tomber de sommeil (…) L’existence était un miroir dans lequel on se réfléchissait sans réfléchir. » L’auteur, dans ce livre, dénonce l’emprise du virtuel sur nos vies, mais aussi et de manière plus

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large cette génération « Y » sans repères et sans racines, les enfants d’Internet et des téléphones mobiles, dont la vie se résume à la consultation des écrans…

les droits et les devoirs s’affichent publiquement dans des espaces qui n’ont rien de personnel. Une forme de tyrannie perverse du « je » et du « nous » tout à la fois. Marc Zuckerger, créateur de Facebook, disait que, grâce à Internet, la vie privée allait peu à peu disparaître. Enjoy décrit cette dérive… et prédit que notre société devra inventer de nouveaux mots pour désigner ce qui a été oublié : vivre intensément. Or, le jeune homme rencontre une jeune femme idéaliste qui aime la lecture et refuse de s’engager sur les réseaux dits sociaux, autant dire un non-être pour lui : « Pourquoi ne pas vouloir exister sur Internet ? Comment assumait-elle au quotidien les railleries ou la mise à l’écart dans la vie sociale, à la fac, au sein de son groupe ? (…) Mes yeux, qui ne voyaient rien, avaient rencontré ceux d’une fille qui n’existait pas. » D’une écriture délicate et soignée, acide et caustique, Solange Bied-Charreton nous surprend par son extrême lucidité sur notre époque. Elle déroule avec une facilité déconcertante les tares de notre société à travers un personnage que seul un lien difficile et reconstruit avec le père semble sauver. I Christophe Mahieu Solange Bied-Charreton, Enjoy, Editions Stock, 238 pages, 18,50 €.

Tout le monde surveille tout le monde
Nos confrères du Choc du mois avaient appelé cela le « Tout à l’ego » : un monde dans lequel tout le monde surveille tout le monde, où sont institutionnelles et visent à « affermir la monarchie, prendre du recul par rapport aux usages de l’ancien régime. On comprend donc qu’elles n’aient pas contribué à la popularité de Tibère auprès d’un public résigné au gouvernement d’un seul, mais attaché aux anciennes traditions. » Au-delà de ce bilan, l’auteur nous permet de revivre la réalité d’une époque : le rôle des familles dans les alliances, l’importance du monde militaire, la place du religieux dans la vie quotidienne… Pour les passionnés d’histoire, cette biographie révélera aussi la difficulté de la recherche face à la pauvreté des sources. Emanuel Lyasse revêt les habits de l’enquêteur et, face à l’interrogation, émet des hypothèses pour expliquer les événements. Telle est parfois la frustration du chercheur mais aussi sa raison d’être : délier l’écheveau et tenter d’effleurer des certitudes. I Ch. M. Emmanuel Lyasse, Tibère, Tallandier, 303 pages, 19,90 €.

Recommandez-vous de Monde et Vie la direction des Ronchons se fera une joie de vous offrir un apéritif.

A la rencontre de Tibère
ibère fait partie des grandes victimes de la postérité. Condamné par Tacite et Suétone, il a souffert tout au long de son existence de l’ombre du grand Auguste. L’historien Emmanuel Lyasse lui consacre une biographie dont l’objet n’est pas tant de juger ou de réhabiliter le personnage que de le comprendre.Tibère, dans l’histoire du principat, fait figure d’éternel second. Il semble en avoir conscience et ses exils à répétition, son gouvernement à distance révèlent une forme d’incapacité à accepter la charge du pouvoir. Mais, paradoxalement, il renforce le principat et met fin définitivement à la République qui, dans les souvenirs des contemporains, apparaît comme une période d’anarchie et de guerre civile. Inscrire le régime dans la durée constitue ainsi le seul élément positif d’un règne sans conquête, sans grande construction et qui préfère l’immobilisme aux risques du changement et de l’initiative. Les seules innovations du règne

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Cinéma
duire réellement des héros – un destin qui n’est jamais choisi et ne mène que rarement au bonheur. Car à quoi sert aujourd’hui d’être un homme, et plus encore un super-homme? Amer constat que font les personnages : le véritable ennemi, c’est la société d’aujourd’hui, son égoïsme, son manque de repères, ce sont les autres, ce sont nos pairs, c’est nous-même. Indépendamment de l’histoire, bien menée, avec son lot de bonnes trouvailles (les premiers essais de vol, les blagues potaches au supermarché, les confidences à la caméra), Chronicle est presque un film moral sur la faillite du modèle américain, le difficile apprentissage du bien, la nécessité d’être guidé, le danger d’une liberté sans frein, la vanité de se croire à soi-même sa propre mesure. Une clé de lecture qui n’est pas si absurde (ce film de divertissement entend plus faire réfléchir que divertir), surtout si l’on écoute les personnages : le film commence à peine que l’un d’entre eux cite Schopenhauer et sa volonté de puissance avant de reprocher bien plus tard à son camarade son hubris (absurdement traduit par Narcisse dans les sous-titres), audace déréglée, fierté aveuglée, fureur incontrôlée (toutes choses qui adviendront en effet). On imagine mal un film pour ados français en faire autant. Chronicle, de Josh Trank. Intéressant, déroutant. Et aussi quelques films dont on ne connaît pas les acteurs, ce qui accentue agréablement l’effet de réel, avec à chaque fois des enfances malheureuses : El Chino, de Sebastián Borensztein.

Bandes Dessinées
G Trois BD

en plein ciel
ela fait plusieurs années que la bandedessinée d’aviation est de retour sur les présentoirs.A cet égard, Le pilote à l’Edelweiss, nouvelle série publiée chez l’éditeur Paquet dans la collection Cockpit, constitue un modèle du genre. L’histoire nous transporte pendant la Grande Guerre. Elle évoque le destin de deux frères pilotes: l’un est muté dans les chars tandis que l’autre s’engage dans un duel avec un pilote allemand chevronné dont l’avion est marqué par la célèbre étoile d’argent. Le dessin et les couleurs sont d’une perfection rare dans le monde de la bande dessinée. On regrette néanmoins que les auteurs (Hugault et Yann) se sentent obligés d’ajouter une planche plus ou moins pornographique… Les éditeurs gagneraient auprès du jeune public à ne pas tomber dans ce travers qui freine les parents à l’achat. Dans un tout autre registre, Centaures nous emmène dans la France contemporaine, celle de Sarkozy: afin de faire face à une crise sécessionniste des îles Amandines, au sud de la Réunion, le président envoie le porte-avion Charles-DeGaulle.Tous les ingrédients du polar politique et militaire sont réunis et il faudra attendre le deuxième tome pour que l’histoire, parfois obscure, se dénoue. Pour accomplir leur œuvre, le scénariste, Emmanuel Herzet, et le dessinateur, Eric Loutte, ont passé plusieurs jours à bord du fameux bâtiment et sur la base aérienne de Landiviziau, au nord-est de Brest. Le résultat est époustouflant. Le dessin des Rafales, tout comme la plupart des engins volants ou flottants, est criant de réalisme. L’histoire rend aussi un bel hommage aux militaires français. L’album est d’ailleurs dédié au capitaine de Frégate François Duflot, pilote qui s’est crashé au cours d’un exercice en septembre 2009. Enfin, pour être complet, signalons que les éditions Hachette rééditent l’intégrale de Buck Danny à un prix défiant toute concurrence dans tous les kiosques de France et de Navarre. I Christophe Mahieu

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Chronicle : le difficile apprentissage du bien hronicle, de Josh Trank, est déroutant à plus d’un titre. Certes, c’est un film d’adolescents, le passage à l’âge adulte étant ici traité rituellement sous forme de crise, avec une originalité: les trois protagonistes se découvrent des superpouvoirs. Une façon bien américaine d’installer une métaphore riche en possibilités narratives tout en inscrivant le discours dans un quotidien immédiatement identifiable. Mais audelà de la mécanique (le scénario est convenablement bâti), le film ne sacrifie pas vraiment aux règles du genre: film d’adolescents, Chronicle ne verse pas dans la gaudriole; film de super-héros, il insiste sur les difficultés de l’apprentissage et sur l’échec ; film à effets spéciaux, il choisit une approche naturaliste, sans grandiloquence. Bref, on est loin des exploits à la X-Men et Transformers. Le réalisateur tire même un effet supplémentaire de sa volonté réaliste (l’histoire se présentant comme des extraits vidéos filmés par les héros eux-mêmes) en présentant les scènes les plus compliquées via d’autres écrans (caméras de surveillance, téléviseurs…), bonne astuce pour cacher la misère.

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L’ennemi, c’est nous-même La bonne idée du scénario est d’imaginer « ce qui se passerait pour de vrai si on se découvrait des superpouvoirs alors qu’on est encore au lycée ». Ce jeu avec les codes n’est pas sans rappeler Kick-Ass, et son approche très réaliste et burlesque du super-héros à la Batman (le rebelle moral, armé et dangereux). Là, on vise plutôt Superman : mais l’action se situe à Seattle au XXIe siècle, pas à Smallville, dans le Kansas, dans les années cinquante. Autrement dit, les parents sont divorcés ou cancéreux, les voyous omniprésents, les jeunes abrutis ou méfiants, l’Amérique est en crise. Chronicle raconte certes l’apprentissage de l’âge adulte, mais il souligne surtout l’incapacité de l’Amérique à pro-

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oberto est un quincailler argentin grognon. Généreux comme tous les misanthropes, il prend sous son aile un Chinois égaré à Buenos Aires. L’odyssée du samaritain énervé flanqué de son protégé incompréhensible (il ne parle que chinois, sans sous-titre) est un petit bijou de finesse.

La Désintégration, de Philippe Faucon. ’est le Nord, c’est la banlieue, c’est sinistre. Les islamistes profitent du malaise installé par les politiques de tous poils et de tous bords pour recruter des rebelles sans cause. La Désintégration avance comme un film de Melville, dépouillé, avec de brefs éclats, jusqu’à sa conclusion macabre. Une vision impressionnante. I

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Hugault & Yann, Le Pilote à l’Edelweiss, Tome I :Valentine, Paquet, 13,50 €. E. Loutte & E. Herzet, Centaures, Tome I : Crisis, Le Lombard, 12 €. Retrouvez Buck Danny sur http://www.hachette-collections.com, 6,99 € chaque tome. monde & vie . .27 mars 2012 . n° 856 . 27 847 monde & vie 3 août 2011

Vie de Famille
Lecture
Les mémoires d’un rouleau de PQ

par Gabrielle Cluzel

(http://gabrielle-cluzel.fr)

Quand les évêques

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uels points communs y a-t-il entre Le chagrin de Lionel Duroy et Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vi-

gan ? On les trouve sur les tables de chevet des ménagères de moins de 50 ans, toutes CSP confondues, qui s’essuient le coin de l’œil de leur kleenex en boule, le soir, en lisant avec gourmandise un chapitre. Ils procèdent l’un et l’autre de « l’auto fiction », genre littéraire moderne mélangeant passé et présent, vrais souvenirs et fausses impressions, arrêt sur image et flou artistique, dans une sorte d’autobiographie « libre » qui refuserait de se soumettre à la rigueur des faits. Les deux auteurs se regardent écrire et intercalent périodiquement leurs récits de retours soudains sur la souffrance de la production littéraire et leur douleur physique à accoucher de leur œuvre. Les deux livres s’étendent sur deux générations de familles françaises nombreuses de droite (de la fin de la dernière guerre à nos jours), avec cette idée en filigrane que les turpitudes douloureuses des enfants seraient expliquées et excusées par celles, insidieuses et hypocrites, de leurs parents. Tous les deux débutent comme Treize à la douzaine, dans le charme doux et suranné des

culottes courtes et des socquettes blanches, pour virer rapidement au psychodrame feutré mauriacien, puis enfin à la décrépitude façon Houellebecq. On ne niera pas une vraie qualité de plume des deux auteurs, non plus qu’un certain intérêt à leurs histoires qui ouvrent une vraie interrogation : Comment, en 50 ans, peut-on passer de La famille aux petits oignons aux Particules élémentaires ? Si Duroy, (pas journaliste de Libé pour rien), fonce tête baissée pour agiter le spectre de la collaboration, péché originel dont découlent tous les autres, alpha et omega, comme chales ridicules du temps, et parce qu’étant tout jeunes, ils ne répugnent pas à un peu de provocation envers l’ordre établi, « Cyprien » et « Hugo tout seuls » ébranlent les dogmes et jouent même dangereusement avec le feu. Cyprien, dans son sketch « Avant c’était mieux », le dit littéralement: « C’était mieux avant, quand on payait en francs », évoquant dans une petite scénette hilarante la formidable escroquerie de l’euro, symbolisée par l’inflation exponentielle du prix de la baguette. « Hugo tout seul », lui, dans « J’ai toujours voulu être noir », ose quelques messages risqués: « Je ne sais pas pourquoi, depuis que je suis tout petit, j’ai toujours eu le sentiment qu’être blanc, c’était la loose… Enfin, si, je sais pourquoi: c’est d’abord à cause de la télé et du cinéma: tu prends les duos noirs-blancs, le “renoi”, c’est toujours le mec le plus cool (…)» ou encore « Sans déconner, aujourd’hui t’as pas trop, trop le droit d’être fier d’être blanc: par exemple “M6 black”, personne n’est choqué, on est d’accord. Mais “ M6 white”, (“du son blanc, fait par des blancs, pour des blancs! ” euhhh… Je ne sais pas si ça passerait aussi bien… ». Et plus loin: « La preuve qu’il y a

cun le sait, de la vilénie de ce monde, Vigan ne se laisse pas aller à une analyse aussi facile. L’explication d’une telle descente aux enfers est à chercher ailleurs, à l’appréciation du lecteur. (Tiédeur, par exemple, puis disparition d’une religion de façade incapable de résister au tsunami Mai 68 ?). Mais au-delà de leur propre contenu, ils sont surtout emblématiques du virage résolument « trash » pris par la littérature française et peutêtre même occidentale (cf. le succès du très noir Millenium), ces dernières années. Comme si la société ne pouvait plus être vue que par le trou de la serrure des cabinets un jour d’épidémie de gastro. Comme si, à s’être convaincu que l’on ne faisait pas de littérature avec de bons sentiments, on finissait par s’embourber dans une tourbe si résolument réaliste – à côté de laquelle Germinal fait figure de Pauvre Blaise – qu’elle en devient à la longue improbable (même s’il faut reconnaître à l’œuvre de Delphine de Vigan, moins « militante » que celle de Duroy, quelques lucarnes d’espérance : amour fraternel, sentiments maternels, accueil de l’enfant trisomique). L’appétence des femmes, (Le chagrin a reçu le prix Marie-Claire du « roman d’émotion »), mais aussi des adolescents, (Rien ne s’oppose à la nuit a été couronné, lui, par le prix Renaudot des lycéens) pour un tel catalogue de haine, de rancœur, d’adultère, d’inceste, de suicides, de dépressions, d’avortements et autres joyeusetés, en dit-il long sur le moral des unes et des autres? Bonjour tristesse. I

Humoristes
Cyprien ne doute de rien, Hugo risque gros
es deux-là, tous les moins de 20 ans les connaissent. Leurs vidéos – trois ou quatre minutes de sketch filmées artisanalement sur fond de chambre d’ado ou de studio d’étudiant en désordre – s’arrachent sur Facebook et Youtube entre deux révisions du bac ou de partiels de fac. Guère plus âgés que leur fan club, ces Gad Elmaleh du pauvre – la toile est leur Zénith à eux –, experts de l’autodérision, font hurler de rire toute une génération sans (toujours) tomber dans la facilité de la vanne salace. Mais la divine surprise est ailleurs, inespérée pour une classe d’âge qui a tété au biberon le jus du politiquement correct et que d’aucuns croyaient avoir définitivement ficelée. Parce qu’ils sont de vrais humoristes, donc à l’affût de tous

C

quand même un problème:Vous voyez ça,“Je suis fier d’être noir!”vous pensez mélange culturel, avenir, Obama, et quand vous voyez ça,“Je suis fier d’être blanc!” vous pensez: cet homme est un gros connard qui vote Le Pen! Raciste! On va te tuer ta mère! ». Comme disait l’autre, on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui. Attention les p’tits enfants, à trop vous amuser avec la ligne rouge, vous risquez la fessée. I

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ont des courages de femmes, il faut que les femmes aient des courages d’évêques. Jacqueline Pascal

Le Vin est une fête
Fiefs Vendéens

Société
Choisir un prénom

Tout est normal. Comme s’il était entendu dans la France de 2012 que le prénom de Madeleine était un handicap plus lourd à porter que celui de Murvvett. C’est la Comtesse de Ségur qui serait bien étonnée. I

U

n prénom peut être un handicap pour la vie. La justice vient d’interdire à des parents d’appeler leur fils Titeuf, au motif que ce héros de BD pourrait porter préjudice à l’enfant et lui attirer les moqueries de par sa personnalité de « garnement pas très malin dont les principales préoccupations concernent les relations avec les filles et le sexe ». En toute logique, il devrait donc être également impossible de prénommer son enfant DSK. Qui donc, de toutes façons, pourrait avoir une idée si saugrenue, dites-vous? Ben tiens, certains ont bien baptisé leur enfant Sarkozy. Mais parfaitement, c’est le petit prénom charmant choisi le mois dernier pour leur fils par des parents en Arménie, afin de rendre hommage à celui qui a fait la loi pénalisant d’un an de prison et de 4500 euros d’amende la négation du génocide arménien de 1915. La grand-mère du petit Sarkozy Avetissian souhaite à son petit-fils de devenir « Un homme aussi courageux et juste » (sic). Comme quoi, les goûts et les couleurs… C’est ce qui ressort d’un reportage intitulé Baby-boom, (diffusé il y a quelques jours sur NT1) sur la maternité de Poissy, qui draine, de par sa localisation, aussi bien les populations chics de Saint-Germainen-Laye que celles des banlieues chaudes des Yvelines. Regard croisé sur une famille turque et une famille catho. Cette dernière livre le choix de ses prénoms juste avant la naissance de ses jumeaux : « Tancrède et Madeleine ». Cela fleure bon la chevalerie et la Comtesse de Ségur. La sage-femme prend note et ne dit rien, mais n’en pense pas moins. Sitôt sortie dans le couloir, on la voit s’esbaudir et faire la grimace: « Tancrède, ça sort d’où ce prénom? », et sa copine de pouffer de rire derrière sa main: « Et Madeleine, alors!!! ». Sur le palier, même les aides-soignantes y vont de leur couplet: « Il paraît que les frères et sœur s’appellent Enguerrand, Marguerite et Théophile! ». Le journaliste prend même le temps d’interroger le grand frère sur les inconvénients de porter un « prénom moche », et notamment celui d’avoir, à l’âge adulte, des difficultés à trouver du travail. Dans la salle d’à côté, un autre accouchement est imminent. Un maçon turc jovial et terriblement prolixe – il est vrai qu’il parle pour deux car son épouse, explique-t-il, arrivée en 1998, ne connaît toujours pas la langue française – épelle obligeamment: « Notre fille s’appellera Murvvet, comme sa grand-mère. Avec deux v. » Cette fois, la caméra ne filme aucun commentaire. La sage femme griffonne docilement son dossier sans faire l’ombre d’une remarque et, dans le couloir, personne ne s’étonne.

Le carême de Carla
our Carla aussi, le carême a déjà commencé. Cette année, il s’appelle campagne électorale et il va falloir se serrer la ceinture, jeûne et abstinence. C’est que la crise est là, madame. Au gouvernement, Carla n’a plus vraiment une seule copine avec laquelle rigoler un peu. Son mari vient de rappeler fissa Emmanuelle Mignon, qui avait supervisé son programme de candidat en 2007. Emmanuelle 2, donc. Sauf que cette première de classe au physique de grand cheval ne tient pas plus les promesses de son prénom que de son nom. Aucun risque de la retrouver alanguie dans un grand fauteuil en osier, elle est là pour se retrousser les manches. Marie-France Garaud devrait d’ailleurs lisser son chignon et tirer sur sa jupe en tweed, à ce train là, elle devrait être rappelée très prochainement à l’Elysée pour faire un peu de figuration. Même les sémillantes évaporées de début de mandat comme Rachida ont reçu la consigne de prendre leur carte de fidélité Kiabi, depuis que Marie-Claire a révélé que la garde-robe « classe moyenne » de Marine Le Pen contribuait peut être à son succès. Certains disent même que Séguéla a profité des soldes pour s’offrir une Swatch. Cette boulette, en plus, d’avoir appelé sa fille Guilia, qui vous a des relents berlusconiens! Pourquoi pas Artémis ou Cassandra, tant qu’on y était, dans le genre porte-poisse. Quitte à faire le choix d’un prénom exotique, Carla se mord les doigts bien sûr de ne pas avoir opté pour Angela, ou mieux encore pour Margareth, comme cette économe fille d’épicier qui éteignait la lumière en quittant les pièces du 10 Downing street et à laquelle son père avait appris à retourner les enveloppes pour qu’elles puissent servir une deuxième fois. Alors Carla s’ennuie et, forcément, regarde la télé. Il paraît qu’elle ne rate pas un seul épisode de Plus belle la vie, (si ça, ce n’est pas un vrai effort de carême), et Le bonheur est dans le pré… Ne pas oublier que le salon de l’agriculture est là, et que Monsieur Bruni en arpente actuellement les allées. Car il faut reconnaître d’ores et déjà à Nicolas Sarkozy une grande victoire électorale: cette fois, il a convaincu son épouse, une prouesse qu’il n’avait pas réussie en 2007. Pas mal, non? Carla va même jusqu’à confier qu’elle trouve les idées de son mari « fabuleuses » (sic), ce que personne ne contestera. Reste à savoir combien de Français croient encore aux dites fables. I

P

oilà une des bonnes surprises des vacances ! Partis en Loire-Atlantique nous avions décidé de ne boire que des vins naturels des Pays de La Loire : Muscadet, Bourgueil, Anjou, et même la Vendée. Quelle surprise que cette bouteille Fiefs Vendéens de Thierry Michon. Souple et frais en bouche, la finale est ferme, solide. Etourdissant pour un vin de Vendée ! Les vins de Thierry Michon sont non seulement bons et cultivés en bio-dynamie, mais ils ont aussi une belle histoire : le domaine est situé à L’Ile d’Olonne en Vendée, proche de l’océan. C’est un ancien vignoble disparu, que la famille Michon a recréé depuis 1960, au moment où beaucoup d’agriculteurs et viticulteurs pariant sur le tourisme de masse bradaient leurs terres aux collectivités pour qu’elles en fassent des campings et autres centres de loisirs. Quel gâchis, quel dommage, quand on regarde la situation géographique exceptionnelle de ces terres qui bénéficient d’un microclimat mer forêt et marais idéal pour le vin ! I Elise Canavesio Cuvée : Jacques 2 005. Cépage : Pinot noir 85 %, âge moyen 15 à 25 ans, planté sur sol schisteux. Cabernet franc 15 %, âge 10 à 15 ans sur sol argileux. Terroir : légers coteaux exposés sudouest, culture bio-dynamique depuis 1995, labour, binage mécanique et manuel, traitement vigne soufre, bouillie bordelaise, tisanes (ortie, prêle…) Contact : Domaine St Nicolas, 11 rue des Vallées – 85 470 Brem Sur Mer. Tél : 02 51 33 13 04. www.domainesaintnicolas.com

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Théâtre Marie Ordinis Musique Vincent Mainart
http://marieordinis.blogspot.com Il faut je ne veux pas Textes d’Alfred de Musset : Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, et de Jean-Marie Besset : Je ne veux pas me marier. Mise en scène de Jean-Marie Besset, avec Blanche Leleu, Chloé Olivères, Adrien Melin usset et sa marquise trentenaire, aimable veuve courtisée par un comte coureur de jupons de qualité, qu’elle tance et sermonne, tant elle est éprise de vérité plus que de vertu. Plus d’un siècle et demi plus tard, une jeune femme en robe sexy, au verbe joliment agressif, professeur de maths, enceinte d’un brillant financier se demande (et lui demande) la veille de leur mariage à quoi il va rimer et de quoi il va véritablement accoucher. Cette confrontation-duo Musset-Besset n’est que drôlerie, finesse et élégance. Adrien Melin est successivement le partenaire de Blanche Leleu marquise fragile, et de Chloé Olivères enseignante à la présence et à la voix toniques. Ce spectacle fignolé et de qualité se donne dans un théâtre qui n’accueille que de vraies œuvres. Théâtre de l’Œuvre, du mardi au samedi à 21 heures, matinées samedi à 18h 30 et dimanche à 15h 30. Réservations : 08 92 70 77 05 et www.theatredeloeuvre.fr. i les Britanniques sont d’inlassables défenseurs de la musique française, on ne peut malheureusement en dire autant des Français à l’égard de la musique anglaise, méconnue, ignorée, voire méprisée dans notre pays. Exact contemporain de Debussy, Frederick Delius est, au même titre qu’un Elgar ou un Vaughan-Williams, victime de ce préjugé. La commémoration du cent-cinquantième anniversaire de sa naissance sera-t-elle l’occasion de mieux le faire connaître? On peut en douter, alors même qu’il avait choisi la France comme patrie d’adoption dès 1 888. En effet, né de parents allemands le 29 janvier 1862 à Bradford, dans le Yorkshire, et mort le 10 juin 1934 à Grez-sur-Loing, Delius ne vécut qu’une vingtaine d’années en Angleterre. Son père, riche industriel de la laine, l’envoie au début des années 1 880 diriger une orangeraie en Floride. Mais le jeune Frederick marque bien peu d’intérêt pour la culture des agrumes et laisse rapidement le soin de la plantation à son compagnon de voyage pour se consacrer à la musique. Ayant étudié le violon et la piano en Angleterre, il parfait sa formation auprès d’un organiste qui lui enseigne les bases de l’harmonie et du contrepoint. En 1886, il reçoit l’agrément paternel pour s’inscrire au conservatoire de Leipzig. Il y passera deux années décisives, de par les rencontres qu’il y fait et les concerts auxquels il assiste. Il se lie d’amitié avec son condisciple, le Norvégien Edvard Grieg, qui l’initie à la culture scandinave, et découvre les opéras de Wagner. Il y compose ses premières œuvres, des mélodies sur des poèmes d’Andersen et de Bjornson, et sa première œuvre orchestrale, Florida Suite. Sur les conseils de Grieg, il s’installe à Paris en 1 888. Dès lors, hormis de fréquents séjours estivaux en Norvège, il vivra en France. C’est à Paris qu’il rencontre sa future épouse, la peintre allemande impressionniste Jelka Rosen. Après leur mariage en 1897, ils s’installent ensemble dans la maison qu’elle possède en Seine-et-Marne, dans le village de Grez-sur-Loing, refuge de plusieurs impressionnistes. Ils y vivront jusqu’à leur mort, Jelka ne survivant que de quelques mois à son mari. Delius se lie d’amitié avec Paul Gauguin (auquel il achètera le tableau Nevermore, que des soucis financiers l’obligent à revendre en 1920), et avec le peintre expressionniste norvégien Edvard Munch. La carrière musicale de Delius sera longue à démarrer, et c’est l’Allemagne, non la France et l’Angleterre, qui sera terre d’accueil pour sa musique, ses opéras en particulier. Ses deux premières œuvres lyriques (Irmelin et The Magic Fountain) ne seront créées que longtemps après sa mort. Koanga, composé en 1 896/97, sera créé à Elberfeld en 1904 ; A Village Romeo and Juliet (1 897/ 1 901), à Berlin en 1907 ; Fennimore and Gerda

http://lalyredorphee.hautetfort.com

Delius, l’Anglais de Grez-sur-Loing

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Noces, fantaisies nuptiales pour quatre acteurs, un coup de foudre, une autruche, un tank et une banane Textes de Laurent Contamin, Benoît Szakow, Carlotta Clerici, Roland Fichet, Dominique Wittorski, Luc Tartar et Carole Thibaut. Mise en scène de Gil Bourasseau et Cécile Tournesol. Avec Eric Chantelauze, Ludovic Pinette, Anne de Rocquigny et Cécile Tournesol eux hommes, l’un grand et svelte, un autre qui l’est moins et un brin chauve. Deux femmes : l’une petite, chouchoute blonde très véhémente, l’autre plus grande, brune aux cheveux courts et qui se voudrait hiératique. Quatre comédiens sidérants dans un décorprétexte qui n’en est presque pas un. Méli-mélo gaguesque, textes dérangeants, surréalistes, ubuesques, donc réalistes, cruels, attendrissants ou les deux. Bruitages et effets sonores rigolos, perturbants, musiques d’ambiance(s), airs connus, le grotesque et la caricature (sans méchanceté cependant) sont de la partie. Une équipe détonante de noceurs affriolants qui font hurler la salle d’un jeune et joli rire. Une cascade de sketches irracontables. Théâtre de Belleville, jusqu’au 8 avril, du mardi au samedi à 21 heures, dimanche à 17 heures ; réservations : 01 48 06 72 34.

D

(1911), à Francfort en 1919. Aucune de ces œuvres n’a, à ce jour, été représentée sur une scène française, alors qu’elles font l’objet de productions régulières en Allemagne et en Angleterre. Le catalogue des œuvres de Delius est vaste, embrassant quasiment tous les genres, avec une prédilection pour les œuvres symphoniques et vocales, qui rassemblent ses meilleures compositions. Sa science orchestrale, qui fit l’admiration de nombreux compositeurs et critiques, et l’originalité de son écriture harmonique, le firent hâtivement considérer (tout comme Debussy) comme un compositeur impressionniste. Cette qualification résiste mal à l’analyse, et c’est plutôt de symbolisme qu’il faudrait parler au sujet de sa musique. Influencé par Nietzche (dont il fit une adaptation musicale du Zarathoustra dans une de ses œuvres majeures, A Mass of life (1 905), par les écrivains symbolistes scandinaves Ibsen (dont il mit le poème Sur les cimes en musique, d’abord sous forme de mélodrame puis de poème symphonique) et Jacobsen (dont le roman La vie de Niels Lyhne lui fournit la matière de Fennimore and Gerda), c’est bien dans l’univers intellectuel du symbolisme que se trouvent les clefs de compréhension de son œuvre dont l’essentiel a été composé avant la fin de la Première Guerre mondiale, la maladie ayant progressivement raison de ses facultés créatrices à partir des années vingt. A l’occasion du 150e anniversaire de sa naissance, EMI publie une excellente édition Delius en 18 disques, regroupant, dans les meilleures interprétations, toutes les œuvres importantes du compositeur dans les domaines lyrique, vocal, symphonique, concertant ou de musique de chambre. Le public français, qui a peu d’occasion d’entendre Delius en concert, trouvera là le meilleur de l’art du compositeur. Une anthologie plus sélective (en 5 cd) est disponible chez le même éditeur sous la direction de Thomas Beecham (voir Monde & Vie n° 840). I

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Les infos

mondevie@monde-vie.com
M&Vie publie gracieusement les annonces des manifestations, aussi bien en province qu’à Paris, qui parviennent à la rédaction, au plus tard, le jeudi de la semaine précédant la date de parution (page 3).

Partez en Terre Sainte et Jordanie avec M. l’abbé Clément DARMET, de la Fraternité Saint-Pierre ! Du 8 au 19 mai 2012

Les Exercices spirituels de Saint Ignace… à domicile ! Saint Ignace a écrit ses Exercices spirituels pour qu’on puisse les faire chez soi, pas forcément au cours d’une retraite fermée. Pour la première fois, le Centre Saint-Paul organise des « Exercices spirituels de jour » : cinq soirées de 18 h 15 à 21 h 30 au Centre Saint Paul du lundi 26 mars au vendredi 30 mars, suivant scrupuleusement le programme fixé par saint Ignace. Un dîner amical, le 30 mars au soir clôturera ces Exercices. Inscription : 50 euros tout compris à renvoyer au : 12 rue Saint-Joseph 75 002 Paris La seule chose qui est demandée à ceux qui, baptisés ou non, souhaitent suivre ces Exercices, c’est de venir les cinq jours et d’être à l’heure ! Prédicateurs : Abbé G. de Tanoüarn Abbé Vincent Baumann

I Mardi 8 mai : Paris-Tel Aviv Voyage en car vers la Jordanie – Pétra I Mercredi 9 mai : Visite de Pétra 200 ans de la découverte de Pétra ! I Jeudi 10 mai : Bethamy, lieu probable du Baptême du Christ, le Mont Nebo, Madaba – Route vers Nazareth I Vendredi 11 mai : Césarée Maritime – Le Mont Carmel – St Jean d’Acre I Samedi 12 mai : Nazareth – Le Lac de Tibériade I Dimanche 13 mai : Cana – Le Mont Thabor – Le Puits de Jacob

I Lundi 14 mai : Ein Karem, lieu de la Visitation – Béthléem I Mardi 15 mai : Jéricho, Monastère de la Tentation – Qumran et les manuscrits de la Bible – Béthanie, tombeau de Lazare – Jérusalem I Mercredi 16 mai : Jérusalem, la Vieille Ville – Procession des Latins au Saint Sépulcre – Visite de l’Ecole Biblique de Jérusalem I Jeudi 17 mai : Jérusalem, le Mont Sion et le Mont des Oliviers – Heure d’adoration à Gethsemani I Vendredi 18 mai : Jérusalem, le Saint Sépulcre – Chemin de Croix médité sur la Via Dolorosa I Samedi 19 mai : Jérusalem – Emmaus Abu Gosh – Vol retour Tel Aviv-Paris

Demandez le programme détaillé en vous adressant à : l’agence ODEIA : 48 bd des Batignolles 75017 - PARIS Tel. 01 44 09 48 68 E-mail : contact@odeia.fr Site Internet : http://www.odeia.fr A partir de 1895 € Pension complète Vol A/R Paris-Tel Aviv sur compagnie régulière Circuit en autocar Grand Tourisme Hébergement confortable en maisons religieuses Excellent guide arabe chrétien Messes sur les Lieux Saints (rite traditionnel) Rencontres avec des personnalités religieuses locales

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L invite´

Christian Vanneste : « Le lobby homosexuel a installé une forme de totalitarisme dans notre pays »
Député du Nord, Christian Vanneste s’est retrouvé au cœur d’une nouvelle polémique déclenchée par le lobby homosexuel autour de ses propos. Il s’explique pour Monde & Vie.
ditionnel vers les libertariens américains : par mimétisme avec ce qui se passait Outre-Atlantique, Gaylib s’est constitué comme un groupe de pression proche de Démocratie Libérale, puis s’est lové au sein de l’UMP pour influencer ses idées et l’évolution de la législature. Lors de la création de la Halde, par exemple, le lobby a exercé une très forte pression pour que la notion d’orientation sexuelle soit introduite parmi les motifs d’intervention de la nouvelle institution. Pour ma part, je trouve incongru qu’il existe, à l’intérieur de l’UMP, une formation en contradiction manifeste avec les valeurs défendues par ce parti. La première contradiction, c’est un communautarisme fondé sur une orientation sexuelle, alors que l’UMP est attachée à l’unité de la République. La deuxième, c’est l’intolérance de ce lobby, qui interdit toute réflexion critique le concernant. La troisième et la plus contestable, c’est le népotisme et l’entrisme qui lui ont permis d’occuper par cooptation de nombreux postes stratégiques au sein du parti et d’acquérir un pouvoir exorbitant. Comment se manifeste ce pouvoir ? En démocratie, on peut avoir des opinions divergentes et en débattre. Mais le débat est à sens unique si l’on ne peut pas s’exprimer librement; or le lobby homosexuel est parvenu à installer une forme de totalitarisme et d’inquisition dans notre pays, en monopolisant l’information sur les sujets qui le concernent et en interdisant à ses adversaires de s’exprimer sans être foudroyés médiatiquement, voire judiciairement. Ce totalitarisme a pénétré à l’intérieur de l’UMP, en raison sans doute de la pression de Gaylib, qui demande depuis longtemps mon exclusion pour délit d’opinion. Ainsi Benjamin Lancar, président des Jeunes pop et homosexuel militant, prétend que je n’ai pas ma place à l’UMP ! A quel titre ? Pour ma part, je n’ai jamais demandé son exclusion, même si je ne trouve pas très valorisant, pour le dirigeant des jeunes de l’UMP, de me critiquer avec véhémence dans un article publié dans le magazine homosexuel Têtu, repris ensuite sur un site pornographique homosexuel… On veut me mettre un bâillon et un pistolet sur la tempe. Menacer un député de l’exclure et de lui retirer l’investiture parce qu’il dit la vérité, c’est fort! La tentative d’exécution publique dont je suis la cible illustre la puissance de ce groupe de pression. C’est précisément ce que je voulais montrer dans la vidéo de Liberté Politique. I Propos recueillis par Eric Letty

M&V : Christian Vanneste, pouvezvous rappeler les faits qui vous ont valu d’être au centre d’une nouvelle polémique ? Christian Vanneste : le site Internet catholique Liberté politique a mis en ligne une vidéo dans laquelle j’abordais deux sujets : d’une part, ma proposition de loi visant à lutter contre la pornographie sur Internet, à laquelle les mineurs ont trop facilement accès ; et d’autre part, le mariage entre personnes de même sexe. J’y expliquais pourquoi les sondages montrent une évolution de l’opinion publique en faveur de ce type d’union et j’en créditais la puissance médiatique du lobby « gay », qui désinforme les Français. Je prenais pour exemple la déportation des homosexuels, en précisant qu’elle a existé en Allemagne, mais pas en France, sauf dans les trois départements d’Alsace-Lorraine-Moselle alors rattachés au Reich. Pourtant, beaucoup de nos concitoyens sont convaincus du contraire. J’ai rapporté ces faits pour étayer mes propos, sans porter de jugement de valeur. Cette vidéo était en ligne depuis plusieurs jours lorsqu’elle a été communiquée à Europe 1 – comme par hasard, la veille du jour où Nicolas Sarkozy allait présenter sa candidature… Ce matin-là, j’étais aux funérailles d’un ami cher. En sortant de la messe, j’ai trouvé sur mon téléphone mobile de nombreux messages de journaux, m’informant des sévères condamnations émises à mon encontre par la presque totalité des responsables UMP, un grand nombre de ministres et même mes amis de la droite populaire. Ces condamnations reposaient sur une information inexacte – probablement diffusée par le lobby homosexuel interne à l’UMP, Gaylib –, selon laquelle j’aurais nié la déportation des homosexuels, ce que j’ai rectifié l’après-midi même par un communiqué. Alors que la polémique enflait, Serge Klarsfeld a confirmé mes dires, ce qui aurait dû la dégonfler; cependant, le soir-même, le président de la République enfonçait le clou en m’accusant d’homophobie. J’avais pourtant adressé à l’Elysée – manifestement sans résultat – un communiqué dans lequel je condam-

nais évidemment la déportation et rappelais que, si je suis résolument hostile à l’institutionnalisation du comportement homosexuel, je n’éprouve aucune animosité à l’encontre des personnes. Quelle est votre position à l’égard du mariage homosexuel ? Elle est claire et n’a jamais varié. La vie sexuelle ressort de la sphère privée, pas de la sphère politique. Dans l’intimité, chacun fait ce qu’il veut; en revanche, je suis opposé au mariage de personnes de même sexe, à l’adoption par les homosexuels, au Pacs et même à ce que des avantages fiscaux soient octroyés aux pacsés au même titre qu’aux mariés. L’intérêt de l’Etat veut que les gens fondent des familles stables, aient des enfants et les élèvent. Il est donc socialement néfaste de supprimer un avantage fiscal pour les jeunes mariés, comme on vient de le faire, pour équilibrer les avantages fiscaux des pacsés – qui sont d’ailleurs à 96 % des hétérosexuels : on a cassé le mariage, belle réussite ! Comment définissez-vous le lobby homosexuel au sein de l’UMP et quels sont ses contours ? Historiquement, Gaylib est issu de la mouvance libérale de l’UMP, c’est-à-dire de l’ancien Parti Républicain, devenu Démocratie Libérale. Il résulte de la dérive du libéralisme français tra-

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