Dans notre supplément littéraire

Berthe Morisot

Femme et impressionniste

NUMÉRO 7633

SAMEDI 30 JUIN 2012
Antilles-Réunion 2 € • Tahiti - Nouvelle Calédonie 290 FP

2,30 €

www.present.fr

La Guyane en alerte maximum
C’est du territoire national qu’il s’agit
Encore une zone de non-droit en France. Aujourd’hui en alerte maximum. La région de Maripasoula en Guyane française, c’est ça. Du vert à la place du gris. Des moustiques géants à la place des rappeurs. Des bandes criminelles prêtes à tout pour protéger leur « business ». La jungle et la guerre autour d’un trafic encore plus juteux que la blanche : le métal jaune. La guerre de l’or que livrent les orpailleurs clandestins aux forces françaises vient de connaître son épisode le plus sanglant. Deux militaires ont été tués et deux gendarmes grièvement blessés par balles dans une embuscade organisée par les bandes de chercheurs d’or clandestins. Le caporal-chef Sébastien Pissot, 32 ans, qui laisse une compagne et un enfant. Et l’adjudant Stéphane Moralia, 28 ans. Les deux gendarmes blessés par balles sont hospitalisés à Cayenne. L’un est touché à l’abdomen, l’autre à un bras. Jeudi en fin de matinée, François Hollande a fait part de sa « vive émotion », « condamné vigoureusement cette attaque contre des représentants des forces de l’ordre » et s’est « engagé à ce que tous les moyens soient mis en œuvre afin de retrouver les auteurs de ces crimes ». Autant rien dire du tout que dire ça. De Cayenne à Collo-

Accident mortel de Villiers-le-Bel

Cinq ans après les faits, un policier à la barre
C’est ce vendredi que s’est ouvert au tribunal de Pontoise (Val d’Oise) le procès de Franck Viallet, policier de la BAC (Brigade anti-criminalité) âgé de 35 ans, accusé d’« homicide involontaire ». Franck Viallet, c’est ce policier qui, le soir du 25 novembre 2007, en compagnie de trois collègues, était au volant du véhicule de police qui a percuté la mini-moto – non conforme pour circuler sur route, dépourvue de freins et d’éclairage, et circulant à une vitesse supérieure à la limite autorisée – sur laquelle étaient montés Moushin et Lakamy. Deux « jeunes » adolescents doublement en infraction, qui ne portaient pas de casque et qui n’avaient pas respecté une priorité à droite. D’où une collision mortelle pour les deux « jeunes » avec la voiture de police conduite par Franck Viallet. Un accident qui avait embrasé Villiers-le-Bel pendant trois jours. Trois jours d’émeutes et de face à face entre « jeunes » et forces de l’ordre. Une flambée de violences au cours de laquelle une centaine de policiers avaient été pris pour cible et blessés par des tirs à balles réelles. Tout un quartier à feu et à sang. Un quartier en état de… guerre. Une guérilla au cours de laquelle un commissaire avait également été passé à tabac par des « jeunes » d’une sauvagerie extrême avec lesquels il tentait de parlementer. Une curée. En réponse à ces nuits rouge de Villiers-le-Bel, à l’issue d’une vaste opération de police le 18 février 2008, 27 personnes avaient été mises en examen. En octobre 2011, trois « jeunes » avaient été condamnés en appel à des peines de 3 à 15 ans de réclusion pour avoir ouvert le feu sur les forces de l’ordre. Deux d’entre eux avaient été acquittés… Des peines de prison de un à trois ans ferme avaient également étaient prononcées en première instance, en juillet 2009, contre dix « jeunes » accusés de jets de projectiles sur la police. Deux d’entre eux ont eu leur peine allégée en appel. Près de cinq ans après le drame, c’est aujourd’hui la peau d’un flic qui est mise dans la balance. Alors que les premiers éléments d’enquête, rassemblés par le parquet de Pontoise et la « police des polices », avaient écarté la responsabilité des policiers dans la mort des deux « jeunes » et que le juge d’instruction Magalie Tabareau avait conclu, le 23 octobre 2009, à l’absence de responsabilité des policiers impliqués dans l’accident, en ordonnant un non-lieu le 7 avril 2010 la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Versailles avait donné raison à l’avocat des familles, Jean-Pierre Mignard (qui avait fait appel), en infirmant le non-lieu et en ordonnant un supplément d’information. Six mois plus tard, Franck Viallet a finalement été mis en examen puis renvoyé devant le tribunal correctionnel de Pontoise en septembre 2011, pour « homicide involontaire ». Et c’est lui, aujourd’hui, qui est livré en pâture et « mis à mort ». D’autant plus qu’il aurait fait un… « faux témoignage ». Selon un rapport d’expertise, Franck Viallet aurait roulé trop vite : 64 km/h au lieu des 50 km/h autorisés en ville, sans gyrophare ni avertisseur. La belle affaire ! Certes, la collision mortelle est un drame. Reste que les deux « jeunes » inconscients, eux, étaient hors-la-loi sur toute la ligne (mini-moto non homologuée pour circuler sur la voie publique, pas de freins, pas d’éclairage, non respect de priorité à droite, pas de casques…). Qu’importe ! C’est le policier qui trinque et qui doit payer les pots cassés. Il risque une peine de trois ans de prison et 45 000 euros d’amende. On aurait aimé qu’il y ait eu autant de sévérité pour les émeutiers, casseurs et tueurs potentiels de flics qui n’ont aucune excuse. Mais ça, c’est une autre histoire…

un goût d’enfance
Robert Sabatier est décédé jeudi à l’âge de 88 ans. Après Thierry Roland le week-end dernier, les « Grosses Têtes » perdent encore un de leurs anciens sociétaires. Et l’Académie Goncourt, donc ! L’écrivain en était un membre apprécié, depuis son élection en 1971, et le doyen. Né le 17 août 1923, enfant de Montmartre, Robert Sabatier restera pour tous l’auteur d’une trilogie « d’enfance » : Les Allumettes suédoises, Trois sucettes à la menthe, Les Noisettes sauvages, romans parus chez Albin Michel entre 1969 et 1974 et grand succès de librairie. Ces aventures d’Olivier, un orphelin –Sabatier le fut à 12 ans – seront prolongées par cinq autres volumes, le dernier paru en 2007 (Les Trompettes guerrières), sans connaître la même réussite auprès des lecteurs. Sabatier était aussi membre de l’Académie Mallarmé, il fut après guerre le créateur de La Cassette, revue de poésie où collaborèrent Eluard, René Guy Cadou, puis l’auteur d’une impressionnante Histoire de la poésie française en neuf volumes, parus entre 1975 et 1988. Il connaissait des milliers de vers par cœur, mais les siens ne sont guère parvenus jusqu’au public, l’époque ne s’y prête pas. Il aimait ces plaisirs que sont les mots – bons mots, aphorismes –, la rime – et le vin : « Il faut s’efforcer d’être jeune comme un beaujolais et de vieillir comme un bourgogne. »

Robert Sabatier,

brières, de Sartrouville à Marseille, le même discours mécanique et sans âme. Sans que rien ne change jamais. Les deux « marsouins », affectés au 9e régiment d’infanterie de marine (Rima), ont été pris sous un tir nourri mercredi alors qu’ils patrouillaient dans le cadre de l’opération « Harpie » au cœur de la forêt amazonienne, à douze heures de pirogue de la commune de Maripasoula. Les deux gendarmes du Groupe des pelotons d’intervention (GPI) ont été grièvement blessés au cours de ce que le procureur de Cayenne a désigné comme une « embuscade organisée, marquant la volonté d’en découdre avec les forces armées. » La fusillade a éclaté lorsque la colonne française, formée d’une quarantaine d’hommes surentraînés, s’est approchée de Dorlin, un des sites aurifères les plus productifs et les plus convoités de la région. Sur des dizaines d’hectares tapissés d’une épaisse voûte végétale, une multitude de mini-chantiers d’extraction tournent de façon anarchique. Des bandes criminelles s’entretuent pour contrôler la zone. « N’hésitant pas à tuer pour des histoires de prostituées, de dettes

ou encore d’alcool, les caïds locaux règlent en général leurs comptes à coups de fusil de chasse de calibre 12 ou d’armes de poing 38 mm », précise un officier spécialisé. « Depuis un an, ils se sont dotés de fusils d’assaut de type AK47 ou M16 ». Des armes de guerre. Maintenant, ils s’en servent. Quelques heures avant le traquenard contre les forces françaises, un hélicoptère EC-145 de la gendarmerie avait essuyé des tirs. En guise de premier avertissement. « C’est comme si quelqu’un avait vidé le chargeur de son pistolet sur l’hélicoptère », a rapporté un témoin. Touché par sept impacts, l’hélico, dans lequel un des occupants a été blessé, est parvenu à se poser avec un moteur en moins. Les 3 000 militaires et gendarmes déployés sur zone opèrent en milieu très hostile. Les chantiers illicites ne sont accessibles que par hélicoptère ou par pirogue. Dans la jungle peuplée de fauves et de reptiles venimeux, baignée dans une température ambiante de 35 degrés et un taux d’humidité qui frise les 90 %, les patrouilles ne parcourent
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CAROLINE PARMENTIER

PIERRE MALPOUGE

Quand le musée de l’Armée crache sur l’armée !
lence, la spoliation des terres indigènes en faveur des colons, les massacres de civils commis par les fellaghas dans les années cinquante [alors qu’ils en ont commis infiniment plus dans les années soixante…], les opérations “de pacification” de l’armée française, la “propagande militaire” (désignée comme telle dans l’exposition) diffusé à la télévision, la terrible (sic) nuit du 17 octobre 1961 à Paris, le putsch des généraux, l’OAS et l’abandon tragique des harkis… Et, bien sûr, Le directeur du musée de l’Armée la torture. – oui : le musée de l’Armée, pas ceLes responsables de l’exposition lui des gloires fellouzes en principe – le général Christian Baptiste, ose ont, nous dit-on, « pris soin d’assoplastronner : « Nous avons été col- cier des historiens à la conception lectivement audacieux et coura- de l’exposition et de leur donner la geux. » Tu l’as dit, bouffi… Et tu as parole ». Le brav’ général Baptiste bien mérité de Libération : « Tout y (l’expression « Heureux comme est : la conquête de l’Algérie au Baptiste » semble avoir été créée XIXe siècle dans une extrême vio- pour lui) explique que certains ont Nombre d’entre vous m’ont demandé ce qu’il fallait penser de l’exposition sur l’Algérie française au musée de l’Armée aux Invalides. En un mot : à éviter. Pour vous en donner l’esprit, qu’il me soit simplement permis de dire que Libération chante le los de cette exposition à quoi le journal gauchiste a consacré deux pages : « France-Algérie. L’armée passe au crible l’histoire de cette ex-colonie. Sans concession. » hésité (1) : « Il y avait sans doute chez eux la crainte qu’on tombe dans le cliché du gentil para et du méchant fellagha. » Ils ont été rassurés : on est tombé honteusement dans le contraire : les gentils fellaghas et les méchants paras. Citons encore Libération qui en pince pour ce musée de l’Armée dont l’expo aurait aussi bien pu se tenir à Alger : « On y voit à quel point la barbarie à l’œuvre [la barbarie des Français, faut-il le préciser…] lors de la conquête de l’Algérie par les troupes françaises préfigure la violence des fellaghas et, symétriquement (sic) celles des soldats de l’armée tricolore à partir du milieu des années cinquante. » Les massacres de masse commis par les fellaghas – contre des Européens et des musulmans – dépassent l’imagination. C’est contre cette horreur que l’armée française est intervenue. Jusqu’à un certain point. Car nous n’oublions pas – nous n’avons rien oublié, nous n’avons pas pardonné – que les gamellards gaullards de cette même armée ont fait tirer sur des piedsnoirs désarmés et qu’elle est restée l’arme au pied quand, à Oran, les fellouzes ont assassiné et enlevé des centaines de personnes. Et encore quand, sous ses yeux, les harkis ont été égorgés, ébouillantés, éviscérés. Sur le livre d’or du musée, un visiteur à écrit : « Même au musée de l’Armée, on continue à cracher sur l’armée. »

ALAIN SANDERS
(1) Dont le pied-rouge Jacques Ferrandez qui craignait d’être « utilisé dans le cadre d’un éloge de la période coloniale ». Pauvre petite chose…

MARTIN SCHWA

2

Du Séminaire des barbelés à la cathédrale de Chartres (II)
« Et voici l’océan de notre immense peine… »
Charles Péguy
de saints voulus par la Providence suffira-t-il à sauver notre époque ? » interrogera celui que l’on qualifiera d’« archange en enfer », l’abbé Stock, tant la force morale de cet homme de conviction, puis de réconciliation, sera puissante auprès des jeunes séminaristes d’Orléans, où il viendra compléter sa formation après des études de théologie commencées en 1926 en Allemagne. Il célébrera sa première messe le lundi de Pâques 1932, lors de la première communion de son dernier petit frère (mort en mer en 1942… ), il était lui-même aîné d’une fratrie de neuf enfants d’une famille modeste de Westphalie. Avant de prononcer ses vœux, trois trimestres passés à l’Institut catholique de Paris lui avaient permis de perfectionner son français et d’assister à l’un des congrès du Sillon de Marc Sangnier, fondateur entre autres des Auberges de Jeunesse, où les Allemands étaient les plus nombreux parmi les jeunes participants, rencontrant celui dont je préfère ne vous livrer que cette béatitude : « Heureux celui

« La droite et la gauche mènent la même politique d’immigration »
Marine Le Pen a estimé que la gauche et la droite mènent dans le domaine de l’immigration « exactement » la même politique, au lendemain des déclarations du ministre de l’Intérieur Manuel Valls sur ce sujet (Présent d’hier) : « 30 000 régularisations de clandestins par an, c’est ce que faisait le gouvernement Sarkozy, 200 000 entrées (d’étrangers) par an, c’est ce que fera le gouvernement socialiste, c’est ce que faisait le gouvernement Sarkozy. » « Ils travaillent où, ces genslà ? », a demandé la présidente du Front national estimant que « la situation économique et sociale exige l’arrêt de l’immigration ». « Tant qu’on ne m’expliquera pas comment dans un quinquennat on loge un million de personnes nouvelles, comment on soigne un million de personnes nouvelles, comment on éduque les enfants, parce qu’il y a les enfants qui viennent aussi et ils ne sont pas calculés, tant que M. Valls ne m’expliquera pas ça, je remarque que la politique d’immigration droite-gauche, c’est exactement la même chose », a-t-elle développé. Par ailleurs, elle a estimé que la baisse des dépenses et celle des effectifs publics annoncée par Matignon sont « des mesures qui touchent les économies de l’Etat, donc il va y avoir encore moins de services rendus à ceux qui paient de plus en plus d’impôts » : « On va être dans l’austérité, et brutalement, parce qu’elle a été repoussée après les élections législatives », a-t-elle jugé, déplorant que le gouvernement ne veuille « pas faire d’économies sur l’immigration », sur les contributions à l’Union européenne, et qu’il ne mette pas en place les conditions pour recréer l’emploi, « par le protectionnisme, entre autres ». Marine Le Pen a également parlé de « comique de répétition » au sujet du sommet européen. « Ce doit être le 19e sommet de la dernière chance pour sauver l’euro, il y en a un par mois », a-t-elle ironisé. Pour elle, « l’euro n’est pas viable, donc mieux vaut que nous organisions ensemble, de manière préparée, concertée, le retour aux monnaies nationales, plutôt que de subir brutalement ce retour ».

«U

N NOMBRE

conté sur l’un des vitraux de l’église… Nous retrouvons notre héroïne sans même la chercher, ne dit-on pas que, là même, Christine de Pisan venant visiter l’une de ses filles, dominicaine, écrivit son Ditié à Jehanne d’Arc, inspirée par les prouesses de la combattante mais aussi illuminée par son charisme à la suite du sacre du roi Charles VII (1429) ? En cette collégiale magnifique de Notre-Dame de l’Assomption, quelles furent les prières de cette Italienne pour la France en croisant du regard sur les colonnes ce curieux crapaud que l’on devine encore, attribut des Francs avant le baptême de Clovis, symbole de renaissance et de perpétuité passant par la transmission du savoir, comme la salamandre du Valois François Ier ? Revenons à l’abbé Stock qui s’imprégna, lui aussi, de ces lieux d’histoire, avant d’être, à sa demande, aumônier des prisons de Fresnes, du Cherche-Midi et de la Santé à partir de 1941. Après la manifestation orchestrée par Alain Griotteray sous l’Arc de Triomphe à Paris le 11 novembre 1940 – première manifestation de résistance à l’occupant – « la Droite n’était-elle pas au rendezvous ? » – les jeunes étudiants arrêtés refusèrent son accompagnement religieux, ne sachant pas qu’il avait fait uniquement le choix de Dieu et le prenant pour un « rapporteur », pour ne pas dire un espion allemand !

et de cette pierre sans faute, enfin, du plus beau fleuron dedans votre Couronne » comme s’exprimait (encore lui) le meilleur de ses chantres, Charles Péguy, en parlant de la mieux conservée de nos cathédrales gothiques, dont les vitraux sont majoritairement de cette dominante bleue obtenue par le mélange de la pâte de verre et de l’oxyde de cobalt. Des couleurs qui rappelaient à notre saint abbé la couleur de l’océan et du ciel mêlés, et dont il

Titan pourrait abriter un océan sous sa surface
La récente édition bretonne de Die Bretagne – Ein Erlebnis.

À l’école des barbelés
Le Séminaire des Barbelés dont il fut le supérieur, visité par trois fois par le cardinal Roncalli, futur Jean XXIII, sera dissous lorsque les prisonniers eux-mêmes quittèrent le camp pour être regroupés là où le gouvernement français avait encore besoin d’eux… laissant l’abbé rêver à « ses » Français de prédilection que furent les Bretons ! Car après avoir découvert la Corrèze en 1926, il se rendra une dizaine de fois en Bretagne, participant aux cérémonies de NotreDame du Folgoët et de Notre-Dame de Rumengol sur la presqu’île de Crozon et rapportant les particularismes bretons en peintures et dessins, aquarelle et fusain. Il souhaitera plus tard « En face de l’océan, voir l’infini, après ces perspectives derrière les barbelés » lorsqu’il sera privé du sublime spectacle naturel. Il nous laisse à feuilleter Die Bretagne – Ein Erlebnis, qu’il rédigea afin de mieux faire connaître et aimer l’Armorique à ses compatriotes (3). Mémoires assortis d’une histoire de la Bretagne quelque peu franco-française malgré le tonitruant « Torr hé penn » de révolte et d’hommage à la « duchesse en sabots » envoyé aux républicains qui ne voyaient la duchesse Anne au siècle dernier presque qu’en Bécassine… La chapelle du sanctuaire de Coudray, improvisée dans les hangars de béton, conservée et restaurée depuis le 25 mai 2000, fut ornée par l’artiste que fut aussi Franz Stock et quelques-uns des plus doués de ses élèves, d’une fresque de 59 m2 représentant saint Michel terrassant le dragon – comme la France et l’Allemagne luttant, unies, contre la guerre – et saint Boniface, toujours ce précurseur de Charlemagne fondateur de l’ Europe. Le Séminaire des Barbelés reste sous l’ombre bienveillante et tutélaire de Chartres et il serait impardonnable de ne point évoquer « l’épi le plus dur qui soit jamais monté… de cette pierre sans tache

qui sait rire de lui-même, il n’a pas fini de s’amuser » : Joseph Folliet, collaborateur de Témoignage Chrétien puis créateur de La Vie catholique illustrée, ce catholique progressiste républicain de cette gauche dénoncée par Charles Maurras et héritière du ralliement des catholiques à la République à la suite de l’encyclique de Léon XIII Rerum Novarum (1891) et de la création de la Démocratie Chrétienne. Notre jeune abbé limita son engagement aux « compagnons de Saint François », de ces franciscains qui, cinq siècles auparavant, avaient guidé Jeanne d’Arc vers la sainteté de l’engagement… Lorsque je suis allée visiter ce camp, je revenais de l’hommage rendu par tant de mouvements nationaux à la Sainte et à la Patronne secondaire de la France, les oreilles encore remplies de « Entends du haut du ciel / Le cri de la Patrie : catholiques et Français toujours », et d’autres affirmations de souveraineté et d’identité… Et avant de monter vers les flèches de la cathédrale de Chartres je passais par l’ancienne cité lacustre du territoire des Carnutes, résidence royale des Mérovingiens, puis des Capétiens, là où Louis, fils de Philippe Auguste, « naquit des entrailles de Blanche de Castille » et fut baptisé, qui devait mourir aux portes de Carthage en 1270 lors de la dernière croisade jusqu’à être canonisé en 1297 par le pape Boniface III… Louis de Poissy (Pinciacum) où notre Jeanne en 1429 et ses troupes repoussèrent les Godons à partir de la Tour de Berthemont, épisode

saura se souvenir comme un envol vers le Paradis entrouvert pour les condamnés qu’il accompagnera à la potence ou au peloton. Et voici ces statues-colonnes, autrefois peintes, ne sont-elles pas un autre élan né du grenier de la France ? Lieu dédié à la Déesse-mère et centre du rassemblement des druides de Gaule avant le IVe siècle, en une autre « acropole », bible de pierre au labyrinthe allégorique du chemin de Jérusalem menant de la Terre vers Dieu – sans oublier la chapelle du Cœur de Marie où se trouve exposé le voile de la Vierge offert par le roi mérovingien Charles le Chauve, petit-fils de l’empereur d’Occident auquel la reine de Constantinople l’avait confié. Quatre mille statues ou figures, cinq milles personnages sur les vitraux qui ornent les larges espaces déambulatoires propres aux grandes cérémonies de pèlerinage, et au… lavage à grande eau après la translation des marcheurs. Notre passeur de lumière, de la lumière conduisant de la vie terrestre vers la vie céleste, célébrant le refus du matérialisme assassin, ne pouvait qu’aller rejoindre les martyrisés qu’il avait guidés dans la spiritualité du dernier chemin. Ne sommes-nous pas, NOUS, des nains sur des épaules de géants ?

Titan, la plus grosse lune de Saturne, abriterait un vaste océan d’eau avec peut-être des poches de méthane, sous son épaisse surface glacée, selon des mesures effectuées par la sonde Cassini lors de plusieurs survols, indique une recherche parue jeudi dans la revue américaine Science. Titan parcourt l’orbite de Saturne en seulement 16 jours et les scientifiques ont pu étudier et mesurer la forme de la lune à différents moments de l’orbite. Puisque Titan n’est pas sphérique mais légèrement ovale, son axe s’allonge quand il s’approche de Saturne et se contracte quand il s’en éloigne pour devenir presque rond. Ces variations s’expliquent

cette lune entre 2006 et 2011. Ces mesures viennent aussi conforter des hypothèses des scientifiques qui supputaient déjà la possible présence d’un vaste océan sous la couche de glace de surface. Ils se basaient alors sur des modèles mathématiques et des mesures du champ électromagnétique effectuées par la sonde européenne Huygens lors de sa descente vers le sol de Titan en 2005. « La quête de l’eau est un objectif important de l’exploration du système solaire et maintenant nous avons détecté un nouvel endroit où elle est abondante », se félicite Luciano Iess. L’eau est considérée comme nécessaire au développement de la vie microbienne mais pas

Claudine Dupont-Tingaud
–––––––––– (3) La Bretagne, moments vécus, carnet de voyage traduit en breton et préfacé par Fanch Morvannou, Ed Minihi-Levenez, 2004. G Plusieurs associations françaises ou allemandes défendent la mémoire de l’Abbé Stock et envisagent sur les lieux même un centre de rapprochement culturel. Pour visiter le Séminaire des Barbelés : il se situe au Coudray (près de Chartres) au niveau de l’ancienne base militaire CM 101. Ouvertures : du 1er avril au 31 octobre, les mercredi et samedi de 14 h 30 à 18 heures ; du 1er novembre au 31 mars, les mercredi et samedi de 14 h 30 à 16 heures. Les autres jours et pour les groupes : sur rendez-vous. Visites commentées. Entrée libre.

par l’effet de la gravité de Saturne et laissent penser que l’intérieur de Titan contient un océan enterré sous la surface de glace. Si l’intérieur de cette lune était constitué de roches et de glace, de telles déformations de Titan ne se produiraient pas, expliquent les auteurs de cette étude. Ces scientifiques ont pu aussi déterminer que Titan avait de grandes marées à sa surface de glace, preuve encore que de l’eau se trouve à l’intérieur. « L’implication de ces importantes marées, c’est qu’il y a une couche à l’intérieur de Titan, très probablement de l’eau, capable de distordre la surface de plus de dix mètres », explique Luciano Iess de l’Université La Sapienza à Rome, le principal auteur de cette étude. Si cette lune était entièrement rigide, les marées sous l’effet de la force de gravitation de Saturne ne dépasseraient pas un mètre, selon lui. Les marées sur Titan ont été découvertes en traquant minutieusement le cheminement de Cassini lors de six survols rapprochés de

suffisante. (La présence de vastes quantités d’eau est aussi soupçonnée à l’intérieur de Enceladus, une autre lune de Saturne, ainsi que dans Europe, une lune de Jupiter.) « Bien que nos mesures ne disent rien quant à la profondeur de l’océan sous la surface de Titan, nos modèles mathématiques montrent qu’il pourrait descendre 250 km sous la surface de glace dont l’épaisseur pourrait atteindre 50 km », précisent les auteurs de l’étude. Vertigineux ! La mission Cassini-Huygens est le fruit d’une coopération entre la NASA, l’Agence spatiale européenne (ESA) et l’agence spatiale italienne. Le Jet Propulsion Laboratory de la NASA dirige la mission.

F.F.

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PRÉSENT — Samedi 30 juin 2012

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Social media : un atout électoral pour Obama
De notre correspondant permanent aux états-Unis
Imaginez une salle immense occupée dans toute sa longueur par d’innombrables bureaux mis bout à bout avec, dessus, une forêt d’ordinateurs et, autour, une armée de plus de 300 jeunes toujours fébriles, parfois débordés, scrutant les écrans, tapant sur les claviers comme si leur vie en dépendait dans une atmosphère tendue où chaque contact avec l’extérieur est aussi précieux qu’une goutte d’eau dans le désert. Cette salle est à la fois un quartier-général de campagne, le cerveau d’une opération sans précédent et le ressort d’une possible victoire. Trois cents fonceurs payés chacun 3 millions de dollars par mois par Team Obama pour gagner le gros lot. Autour, c’est Chicago, capitale de l’Illinois, mais peu importe le décor car tout l’Obamaland, son combat, ses espoirs, son avenir, semblent confinés entre ces quatre murs sous pression qui pourraient se trouver n’importe où aux Etats-Unis ailleurs qu’à la Maison-Blanche. Alors, pourquoi Chicago ? Obama s’y lança jadis dans le militantisme subversif et y goûta naguère les délices d’un siège sénatorial. Des liens politiques, des attaches sentimentales se confondent avec les débuts d’une carrière fulgurante qui retrouve ainsi ses racines pour relever le défi d’un second mandat. Un défi palpable, terriblement présent dans cette salle toute bruissante de murmures qui s’appelle Digital Command Center, où les seuls éclats permis sont ceux de rire, où les seuls cris tolérés sont ceux du succès. Tout y est feutré. Laboratoire d’analyse et de décision, on part de chiffres pour tenter d’obtenir des voix. Officine d’alchimie électorale, on part du citoyen défini pour aboutir au votant conditionné. D’abord, bien cerner les 69 millions d’Américains qui ont élu Obama à la présidence en 2008 et faire en sorte que leur choix soit le même en novembre prochain. Ensuite, créer et entretenir des liens directs, personnels, chaleureux avec 27 millions de citoyens qui le suivent sur Facebook et 16 millions sur Twitter (soit 15 à 30 fois plus d’« amis » électroniques que son rival Mitt Romney) afin de les séduire le temps d’un passage dans l’isoloir. Car il existe désormais trois sortes de média. Les gros : gonflés de papier, soufflés de pub, couturés d’annonces, hoquetant de prétention et de suffisance, ils se veulent, au dos de futiles débats, serviles envers l’écrasante idéologie ambiante et, derrière l’illusion démocratique, serviables pour abrutir toujours davantage le citoyen. Les pauvres : petits, sans grade, éphémères qui durent, condamnés qui s’accrochent, fiers d’être les irrécupérables de l’imposture républicaine, les mercenaires de nations trahies, les soutiers d’improbables régimes, ils ferraillent à chaque combat, s’embusquent à chaque mensonge, s’enflamment à chaque drame comme des parias vivant de leurs fidèles. Les nouveaux : accessibles sur ordinateurs portatifs et téléphones miniaturisés, princes de la toile, réactifs de l’immédiat, complets dans le fugitif, ces trésors de technologie surpassent les ancêtres, dinosaures de l’info, tâcherons du scoop, lucarnes obsolètes, par la magie du contact direct, la sorcellerie du lien créé, le choc du voyeur complice – prodigieuse conquête qui donna à ces fascinants outils le nom, hélas mérité, de social media. Toutes les études réalisées récemment ont abouti au même résultat : l’impact d’un message canalisé par Facebook ou Twitter est dix fois supérieur au même message imprimé ou télévisé. Dix fois supérieur, cela signifie qu’il touche, qu’il concerne, qu’il ébranle même durablement dans des proportions que ne pourront jamais atteindre les meilleurs spécialistes du bourrage de crâne utilisant des moyens « classiques ». Pour une raison simple : il est aussi personnel que protéiforme. Il s’adapte, cherche, questionne, discute. Avec un média social, on peut sonder les cœurs et les reins, les convictions et les projets. On peut décortiquer un argument, autopsier une attitude, orienter un jugement. L’électeur reste malléable, c’est-à-dire vulnérable : il suffit de le saisir. « Saisir l’électeur, tout un programme ! » s’exclame Robert Frank, 28 ans, qui a rejoint l’équipe de Chicago en mai. « Bien sûr, au lendemain de la victoire d’Obama en novembre 2008, les divers responsables de sa campagne ont conservé des listes de ceux qui avaient voté démocrate. Des listes établies par sondages, recoupements et enquêtes. Cette base de départ rassemble quelques dizaines de millions de noms. Mais ce n’est qu’une première étape. La seconde consiste à mettre en face de ces noms des numéros d’appel. Et des numéros exacts. Là commencent les difficultés car en quatre ans, beaucoup de choses peuvent avoir changé, surtout en temps de crise. Les gens ont pu vendre leur maison pour rembourser des dettes. Ils ont pu aussi changer de région pour fuir le chômage. » Franck poursuit : « Ces gens dans la nature, il nous revient de retrouver leur trace, de renouer le fil. Lorsqu’on y parvient, s’amorce alors la troisième et ultime étape – la plus délicate, la plus décisive, dont la clé se trouve dans une question : sur le plan politique, dans quel sens la personne que l’on a au bout du fil a-t-elle évolué ? Trois cas peuvent se présenter : elle a maintenu intacte sa fidélité à Obama ; elle a carrément changé de camp sans espoir de retour ; ou elle est prise de doute, hésite, se débat sans parvenir à fixer son choix. C’est évidemment cette dernière éventualité qui offre le plus d’intérêt dans la mesure où elle lance un défi. Il faut sentir si la personne qui se met à accumuler des griefs contre Obama est susceptible d’évoluer vers une vision moins négative de la situation. La moindre faille dans ce bloc d’indécision permet souvent de renverser une opinion. Tout dépend des mots, des idées, des images que l’on utilise. A ce stade, l’initiative personnelle compte beaucoup. » A partir du Digital Command Center, organe moteur du dispositif, s’étale un maillage étroit qui recouvre la totalité du territoire américain jusqu’au niveau du county – l’équivalent de notre canton – où le responsable local, le « capitaine », se voit supervisé au niveau de l’Etat par un « directeur », lui-même chapeauté par un « coordinateur » dont le territoire à prospecter se révèle immense puisqu’il n’y en a que cinq dans tout le pays. Au sommet de la hiérarchie trône Jim Messina, patron de cette mécanique bien huilée dont le bureau, surmonté d’un gigantesque poster de champion de football, occupe le centre de l’immense champ de manœuvre d’où il a sous les yeux la totalité de son armée en campagne. Messina commença sa carrière au Congrès comme secrétaire d’un sénateur avant de se retrouver tout près du Bureau ovale de la MaisonBlanche avec les fonctions de chef adjoint de l’équipe des conseillers présidentiels. Pas pour très longtemps. Dès le début des hostilités avec les républicains, il s’installa à Chicago, beaucoup plus loin du premier mandat d’Obama mais aussi beaucoup plus près d’un éventuel second mandat. La dimension technologique de cette chasse aux voix à grande échelle passionne Messina, qui accepta le pari sans hésiter. Il quadrilla les cinquante Etats, décentralisa l’opération, cibla les électeurs par catégories (les femmes, les jeunes, les Noirs, les Hispaniques, les retraités, les anciens combattants, les homosexuels…), s’entoura d’une armée de volontaires qui ratissent le terrain depuis les campus universitaires jusqu’aux salons de coiffure en passant par les terrains de sports, les coffee shops et les arrêts d’autobus avec trois objectifs : faire connaître l’articulation des sites internet de l’Obamaland, inscrire les marginaux sur les listes électorales et inciter les généreux à verser leur obole dans la caisse démocrate.

Rome et Madrid

Le « pacte de croissance » pour obtenir une aide rapide
Sous intense pression des marchés, l’Italie et l’Espagne se sont lancées dans un bras de fer avec leurs partenaires européens pour qu’ils leur viennent en aide rapidement, réservant leur accord sur un pacte de croissance d’un montant de 120 milliards d’euros. Réunis à Bruxelles pour un sommet de 48 heures, les dirigeants européens ont donné un accord de principe pour « améliorer le financement de l’économie » via des mesures immédiates de croissance. Le président de l’UE, Herman Van Rompuy, a expliqué que ces mesures s’élevaient au total à 120 milliards d’euros. Ce programme passe par une augmentation de la capacité de prêt de la Banque européenne d’investissement (BEI) de 60 milliards, 55 autres milliards venant de la réaffectation de fonds structurels non utilisés, et 5 milliards de « project bonds » lancés « à l’été » pour financer des infrastructures de transport et d’énergie. Mais l’Italie et l’Espagne, troisième et quatrième économies de la zone euro, ont fait de la résistance et réclamé des solutions d’urgence face à la crise, avant d’apposer leur signature. « La discussion n’est pas bloquée du tout, elle continue », a affirmé Van Rompuy au cours d’une conférence de presse. Mais selon un diplomate, les échanges ont été tendus et Van Rompuy s’est même emporté, surpris par la position espagnole et italienne alors que l’accord sur la croissance était à ses yeux acquis. A l’issue du dîner entre les 27, les dirigeants des pays de la seule zone euro ont poursuivi les discussions, tandis que les autres chefs d’Etat et de gouvernement quittaient le siège du Conseil européen vers 23 heures jeudi. Etranglés par des taux d’emprunt prohibitifs, Rome et Madrid réclament des réponses immédiates pour faire baisser ces taux. « Nous voulons que [les mesures de croissance] fassent partie d’une solution d’ensemble », a-t-on affirmé dans la délégation italienne. « Nous sommes favorables au pacte de croissance, nous ne le bloquons pas, mais il faut aussi des mesures d’urgence », a renchéri un diplomate espagnol. Les chefs des gouvernements italien et espagnol, Mario Monti et Marino Rajoy, « m’avaient prévenu de leurs positions », a dit le président français François Hollande lors d’une conférence de presse. « Pour eux, et je les comprends, ils ne pouvaient pas donner un accord partiel » sur le pacte de croissance « mais souhaitaient donner un accord global parce que, pour eux, les mesures de stabilité doivent être prioritaires avant toute autre considération », a-t-il ajouté. Pourtant, la position de l’Italie et de l’Espagne met François Hollande particulièrement en porte-à-faux, car il était le principal promoteur du pacte pour la croissance, dont il avait fait un thème de campagne. Quant à la chancelière allemande Angela Merkel, elle a également besoin qu’il soit signé pour obtenir les voix de l’opposition SPD et verte vendredi lors du vote sur le pacte de discipline budgétaire au Bundestag. Parmi les propositions envisagées pour aider à court terme Rome et Madrid, figure l’achat de dette d’Etat par le Fonds de secours de la zone euro (FESF). Des discussions avaient lieu à ce sujet dans la nuit de jeudi à vendredi à Bruxelles au niveau des hauts fonctionnaires, a-t-on appris de sources diplomatiques européennes. L’idée serait d’acheter des titres de dette lors de sa première émission sur les marchés, de façon à faire baisser drastiquement les taux. Une autre solution remise au goût du jour par l’Italie serait de doter le Fonds de secours d’une licence bancaire, pour qu’il puisse emprunter auprès de la BCE. Une autre possibilité serait de changer le statut du Mécanisme européen de stabilité (MES) afin d’attirer plus d’investisseurs privés. Une question jugée très sensible en Allemagne, a fait savoir un responsable européen. Le Premier ministre finlandais, Jyrki Katainen, a lui suggéré que les pays fragiles de la zone euro émettent des obligations sécurisées – généralement réservées aux établissements financiers – afin de bénéficier de taux moins élevés. Mais face à ces demandes, Angela Merkel « est très dure » et veut « de nouvelles règles pour les pays qui utiliseraient les mécanismes d’aide », a indiqué un diplomate européenne. Selon un autre, « l’Allemagne bloque pour deux raisons : elle estime que rien ne sera jamais suffisant pour calmer les marchés et que les Etats ne réforment que sous pression ». Ce sommet est le 19e depuis le début de la crise grecque. « Les gens sont frustrés de voir qu’il continue d’y avoir des sommets et que trop peu de décisions soient prises », a déclaré le Premier ministre britannique David Cameron.

L’électeur reste malléable, c’est-à-dire vulnérable…

Les responsables de la campagne d’Obama n’ont pas la prétention d’affirmer qu’ils ont inventé la roue en utilisant les ressources de la technologie dans le but de doubler le séjour d’un président à la Maison-Blanche. Cette roue – ou plutôt ces social media – existaient déjà dans leur prolongement électoral en 2004 (George Bush s’en servit pour gagner une seconde fois) et, bien sûr, en 2008 (Obama leur doit quelques-unes de ses victoires) mais à l’état embryonnaire, sous forme d’esquisse, avec de prudentes allures de banc d’essai. « Ce qui caractérise notre opération, précise Messina, c’est à la fois son envergure, son ambition et sa sophistication. Personne avant nous ne s’était engagé aussi loin dans ce domaine. On peut dire qu’un nouvel outil a été, non pas créé de toutes pièces, mais développé jusqu’aux limites extrêmes de ses possibilités. » Exemple d’inédit : l’embauche d’un personnage-clé dont les avis, selon Messina, furent déterminants, surtout au début. Rayid Ghani cumule les qualités d’un sociologue du comportement, d’un psychologue de la consommation et d’un chef de rayon de grand magasin – cette dernière carte, sans doute la moins flatteuse, n’a pas été la moins utile de sa panoplie. Qu’a-t-on demandé à Ghani ? De faire du sur-mesure. Autrement dit, d’adapter le même message à une infinité de catégories d’Américains en fonction de leurs réactions minutieusement analysées. On ne « revend » pas Obama en 2012 comme on l’avait « vendu » en 2008. Et on ne le « revend » pas de la même façon à un ancien chômeur, un capitaine d’infanterie ou une infirmière de lycée. Question d’instinct, de doigté, dirait le plus humble des boutiquiers. La démocratie électorale est devenue une vaste entreprise commerciale : mêmes méthodes, mêmes réflexes, mêmes calculs. On s’applique à faire reluire le produit-phare pour les grandes soldes d’automne qui ont lieu à date fixe tous les quatre ans. C’est toujours un mardi. Un fameux gourou du système affirma sans rire que ce jour-là, le citoyen achetait davantage.

SUITE DE LA PAGE 1

La Guyane en alerte maximum
guère plus de huit à dix kilomètres par jour. Ce qui ne les a pas empêchés d’orchestrer une quinzaine d’opérations qualifiées de « majeures » depuis le début de l’année. Mais la flambée du prix de l’or, qui a plus que doublé depuis 2008 pour atteindre aujourd’hui 50 euros le gramme, continue à attirer les « garimpeiros » brésiliens. Le procureur de la République de Cayenne Ivan Auriel a indiqué jeudi que les faits pourraient être qualifiés d’« assassinat et tentative d’assassinat en bande organisée ». L’enquête a été confiée à la section de recherches de Guyane. Des membres de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) et du GIGN ont été envoyés en renfort. En janvier à Dorlin, dans les heures précédant la visite de Nicolas Sarkozy en Guyane, un combat entre bandes armées avait fait cinq morts et vraisemblablement un sixième. Le sixième corps aurait été jeté à Dorlin au fond d’un puits clandestin d’orpaillage et n’en a, depuis, jamais été extirpé… Ce sont les mœurs du milieu qui règne en maître sur le terrain. Une femme travaillant pour une société minière légale de la zone a expliqué que « la bande de Brésiliens qui a éliminé l’autre en janvier fait désormais régner la terreur », avec « des armes de guerre » en sa possession. Les chercheurs d’or clandestins arracheraient par an, au sous-sol du département ultramarin, entre six et dix tonnes du métal précieux. Le dispositif « Harpie », mis en place en 2008 à la place d’« Anaconda », qui tente d’éradiquer l’orpaillage clandestin, associe parquet, gendarmerie, armée, police aux frontières, douanes ainsi que l’Office national des forêts. Si loin de l’Hexagone et des tweets de Valérie Trierweiler, la guerre que mènent nos soldats peut paraître exotique, voire anecdotique. Mais c’est bien du territoire national qu’il s’agit. Et de la mort de nos hommes, tués en opération, tombés dans une embuscade. C’est une guerre sur le sol français.

C.P.

CHRISTIAN DAISUG

A l’occasion du dixième anniversaire du décès d’André Figueras, forte promotion sur la quarantaine de ses œuvres encore disponibles. Ecrire à olivier.figueras@present.fr, ou à l’adresse postale de Présent (5, rue d’Amboise, 75002 Paris) à l’attention d’Olivier Figueras, pour recevoir cette proposition. PRÉSENT — Samedi 30 juin 2012

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Robert Spieler : les polémistes ont leur dictionnaire
L’ancien député Front national, fondateur du mouvement régionaliste Alsace D’abord, aujourd’hui remarquable polémiste chez notre confrère Rivarol, vient de publier aux éditions Synthèse nationale le Dictionnaire des Polémistes. Laissons lui la parole. – C.R.

— Sous votre plume on pourrait s’attendre à quelques figures de polémistes contre-révolutionnaires ou « droitistes », or vous avez aussi brossé les portraits de révolutionnaires ou de « dreyfusards », alors quels ont été vos critères de choix ? — J’ai tout simplement fait le choix du talent, en m’inspirant beaucoup du livre de Pierre Dominique, Les polémistes français depuis 1789, paru en 1962 aux éditions du Vieux Colombier. J’évoque Rivarol, Henri Béraud, Edouard Drumont, Rochefort, Charles Maurras et bien sûr notre cher François Brigneau. Ce ne sont pas, reconnaissez-le, des parangons de vertu dreyfusarde et révolutionnaire. Mais j’évoque aussi Blanqui, Victor Hugo, Georges Clémenceau, Marat, Mirabeau, et bien d’autres qui ont, nonobstant leurs turpitudes politiques, le mérite d’être de grands pamphlétaires. Pour ma part, je préfère lire un révolutionnaire talentueux plutôt qu’un réactionnaire souffreteux et craintif. Je dois vous dire qu’il s’agit d’une engeance pour laquelle j’éprouve un mépris abyssal. Ceci dit, certains pamphlétaires révolutionnaires se conduisirent pitoyablement quand ils eurent à faire face à l’échafaud. C’est le cas de Hébert, qui, dans son Père Duchesne, appelait sans cesse au meurtre, sur un ton des plus orduriers. Quand il fit face à l’échafaud, le 24 mars 1794, il fallut le traîner, terrorisé. Il n’avait ni le courage, ni la force de gravir seul les marches. Dans ses mémoires, le bourreau Sanson raconte : « Il était habillé avec élégance, comme il en avait l’habitude, avec une montre dans chacun de ses goussets, mais ses vêtements étaient en désordre, sa face était aussi livide que si le fer de la guillotine avait déjà passé à travers son cou, il pleurait, la sueur coulait à grosses gouttes de son front. » Parmi les polémistes de « droite », j’évoque Lucien Rebatet qui se montre assez cruel, dans ses Décombres, avec Charles Maurras. Il écrit : « Le 7 février (1934), dans l’après-midi, un fidèle de l’Action française entrait fort animé dans la grande salle de notre rédaction et allait droit à Maurras, qui était en train d’écouter trop galamment le caquetage d’une pécore du monde : “Maître, Paris est en fièvre. Il n’y a plus de gouvernement, tout le monde attend quelque chose. Que

faisons-nous ?” Maurras se cambra, très froid et sec, et frappant du pied : “Je n’aime pas qu’on perde son sang-froid”. Puis, incontinent, il se retourna vers la perruche, pour lui faire à n’en plus finir l’honneur immérité de son esprit. » Rebatet conclut sa diatribe par ces mots : « Sa confiance allait infailliblement aux personnages les plus falots ou les plus nuisibles, une bande de ratés, de plats flatteurs, voire de vrais gredins à scapulaires (…) Maurras, catholique sans foi, sans sacrements et sans pape, terroriste sans tueurs, royaliste renié par son prétendant, n’avait été en fin de compte que l’illusionniste brillant de son aboulie. » Rebatet était d’un extraordinaire courage intellectuel. Son dernier éditorial dans Je suis partout, alors que les Américains approchaient de Paris, avait pour titre : « Fidélité au national-socialisme », et il avait commis ce commentaire : « L’espérance reste fasciste. » Il fut en même temps d’une stupéfiante lâcheté physique. Je raconte dans mon livre l’hilarante anecdote du voyage en train de Nancy à Strasbourg que Jean-Hérold Pâquis a dépeinte dans son livre de souvenirs Des illusions ; désillusions, qu’il eut le temps d’écrire avant d’être fusillé. C’est sans doute le meilleur livre paru en cette période de la Collaboration, avec, bien sûr, Les Décombres… — Vous évoquez François-René de Châteaubriand mais vous occultez Alphonse de Chateaubriant, pourquoi ? — Tout simplement parce que Alphonse de Chateaubriant, personnage tout à fait étonnant, certes, n’est pas un polémiste, au contraire de François-René de Châteaubriand. Il est un amoureux. Un amoureux d’Adolf Hitler et du troisième Reich. Né en 1877 et décédé en 1951, il dirige le journal politique, culturel et très progermanophile La Gerbe. Président du groupe « Collaboration », il réclame l’entrée en guerre de la France aux côtés de l’Allemagne. Homme de lettre français et journaliste, écrivain et admirateur de Hitler, Chateaubriant est l’un des plus fervents soutiens du mouvement ultra collaborationniste. Il est de juillet 1940 à mai 1941 directeur de La Gerbe, où il peut donner à entendre ses orientations à la fois réactionnaires, antisémites et agrariennes, et son admiration pour l’Allemagne et pour le régime nazi, forgée par une série de séjours outre-Rhin après 1935 (dont il tirera en 1937 un compte rendu enthousiaste et mystique, La gerbe des forces). Nous ne sommes pas dans le registre du pamphlet, mais dans celui de l’adoration… Il fut un très grand écrivain du terroir du grand ouest, qui constitue la matière de ses livres : Monsieur des Lourdines, Prix Goncourt 1911, La Brière, pour lequel il reçoit en 1923 le Grand prix du roman de l’Académie française et qui est l’un des plus forts tirages de l’entre-deuxguerres avec 600 000 exemplaires vendus… Germanophile, catholique horrifié par le communisme athée, partisan de l’ordre, Alphonse de Châteaubriant est séduit par le national-socialisme d’Hit-

ler, y voyant un retour à l’esprit de la chevalerie, auquel il mêle une mystique catholique, manifeste dans La Réponse du Seigneur. La Gerbe des forces est une folle déclaration d’amour au Führer Adolf Hitler, qu’il rencontra le 13 août 1938 à Berchtesgaden, et en qui il finit par voir un nouveau Messie. Il se réfugiera, à la fin de la guerre, dans un monastère en Bavière, aux côtés de sa compagne, qui était la mère de l’historien médiatique André Castelot (qui fut son secrétaire particulier). Pour autant, Alphonse de Chateaubriant était-il un polémiste ? La réponse est négative. François-René de Châteaubriand était, lui, un polémiste de grande race. Dans ses Mémoires d’Outre-tombe, voilà ce passage qui passera à la postérité. C’était à Saint-Denis. Châteaubriand attendait d’être reçu par le roi Louis XVIII, qui s’apprêtait à entrer pour la seconde fois à Paris, après la défaite de Napoléon. Il raconte : «… Je me rendis chez Sa Majesté : je m’assis dans un coin où j’attendis. Tout à coup, une porte s’ouvre, entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, M. de Talleyrand soutenu par M. Fouché ; la vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du roi et disparaît. Fouché venait jurer foi et hommage à son seigneur : le féal régicide, à genoux, mit les mains qui firent tomber la tête de Louis XVI entre les mains du frère du roi martyr. L’évêque apostat fut caution du serment. » Comme le relève Pierre Dominique, auteur des Polémistes français depuis 1789, « les siècles les verront toujours entrer dans cette chambre et passer devant le polémiste, puis disparaître, le grand diplomate et le grand policier, le pourri et le massacreur ». On notera qu’avec cette formule, Pierre Dominique mériterait lui aussi de figurer dans ce dictionnaire des polémistes… — Quelles sont les principales qualités d’un polémiste, sont-ils seulement mus par une volonté de nuisance et existe-t-il encore des polémistes ? — Pierre Dominique avait cette formule : « La polémique est un combat et le pamphlet est une arme. » Et il précise : « Comme le soldat, le polémiste est détesté par les âmes sensibles. » La polémique et le pamphlet ne débutèrent, certes pas, avec Mirabeau et Rivarol. Dès la plus haute Antiquité, certains choisirent d’utiliser le langage, et non les épées, pour tuer l’ennemi. Songeons aux injures proférées par les héros d’Homère,

et puis les Philippiques de Démosthène, et puis les mazarinades, destinées à ridiculiser les maîtresses et l’entourage des rois de France… Et puis Voltaire, qui imagine son ennemi Fréron piqué par une vipère, et qui conclut par : « Devinez ce qui se passa ? Ce fut la vipère qui creva… » Honneur à Pierre Dominique qui formula cette définition du polémiste : « Le polémiste, le plus souvent, n’est pas mené par le souci de nuire, mais par le besoin de l’action. Le lion, le chat, griffent les écorces, le cheval, dans le pré, rue vers le ciel. Ecrire, c’est toujours se libérer. D’une fureur, d’un désespoir, d’une haine, parfois d’un amour, qui pourraient vous étouffer. Le polémiste repère une gouape, un marlou, un usurier, un arriviste, un vendu, et il siffle, il hue. Mais parfois, c’est une équipe d’hommes de main ou d’hommes d’Etat (…) Ou bien une nation, une religion, toute une époque, car le polémiste a droit de regarder de loin et de haut. » Le polémiste sera arrêté par les gendarmes ? Peu importe : ils ont les menottes en poche, mais c’est un homme délivré

D.R.

qu’ils emprisonneront. Depuis les lois liberticides, tant de femmes et d’hommes libres ont croupi ou croupissent en prison… Honneur à eux.

Propos recueillis par Catherine Robinson
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PRÉSENT — Samedi 30 juin 2012

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Patrimoine

Grotte, mine et mont
La France a renoncé à demander cette année l’inscription de la grotte Chauvet, en Ardèche, au Comité du Patrimoine mondial de l’Unesco qui se réunit à Saint-Pétersbourg du 24 juin au 6 juillet. La France avait demandé en avril cette inscription en urgence du fait des « concentrations particulièrement fortes et dangereuses de CO2 et de radon dans la grotte ». Paris voulait ainsi « mobiliser la communauté scientifique internationale pour développer de nouvelles techniques de conservation ». Mais les experts du Conseil international des monuments et des sites (Icomos) estiment qu’une telle inscription n’a aucun caractère d’urgence : les peintures sont « exceptionnellement bien conservées » et les conditions climatiques et biologiques « pratiquement inchangées » depuis 20 000 ans. La France déposera donc un dossier en 2013 par la procédure normale. Cette année, elle ne déposera qu’une seule demande, en faveur du bassin minier du Nord/Pas-de-Calais. L’Icomos reconnaît « la valeur universelle exceptionnelle des paysages culturels évolutifs vivants » du bassin minier ainsi que « sa place exceptionnelle dans l’histoire événementielle et sociale du monde de la mine ». d’une discussion du Comité. En cause : les fameuses éoliennes, source de pollution visuelle… Le comité de patrimoine mondial « accueille avec satisfaction l’engagement de l’Etat partie à établir une zone d’exclusion des éoliennes » mais « prend note de la nécessité de définir une méthode, pas adoptée à ce jour, satisfaisante d’établissement d’une zone d’exclusion ». Le périmètre prévu par la France dessine un ovale d’une quarantaine de kilomètres de rayon à l’ouest et à l’est du Mont, d’une vingtaine de kilomètres au nord et au sud. Or la mission de l’Unesco, qui s’est rendue au mont du 22 au 24 novembre 2011, « a pris note à la présence d’éoliennes qui sont visibles depuis le Mont-Saint-Michel même à plus de 20 kilomètres de distance ». « Le mouvement des hélices des éoliennes dans la journée et les lumières la nuit ont un effet préjudiciable à ce qui est considéré comme un paysage éternel de terre et d’eau. Les éoliennes interrompent les perspectives visuelles du Mont, en particulier pour les pèlerins », a estimé la mission. Le Comité envisage de demander à la France d’étendre le périmètre d’exclusion. L’Unesco envisage en outre de demander une modification du projet de rétablissement du caractère maritime du mont Saint-Michel. Il s’agit de baisser la hauteur du terreplein sur lequel doit s’appuyer, à l’arrivée au mont, le pont passerelle qui doit remplacer l’actuelle digue-route en 2015. Pour le Comité, il ne devrait pas dépasser 6,80 mètres. Or l’Etat a rappelé le 13 avril qu’il maintient la hauteur de ce gué à 7,30 mètres, hauteur indispensable à l’organisation des secours.

Pointes sèches
L’actualité littéraire, politique, artistique, de ces dernières semaines nous offre matière à indignation. Il n’est pas inutile de relever quelques énormités, de prendre date et de prendre note. C’est l’objet de cette rubrique.

Dagen
« Pourquoi donc honorer à Paris un peintre franquiste sans envergure ? » Le titre donné à l’article de Philippe Dagen dans Le Monde (17 mars) est étrange. Car on se demande ce qui aurait dû interdire d’honorer le peintre José Maria Sert : qu’il fût sans envergure ? ou qu’il fût franquiste ? L’article comporte d’autre part une inexactitude. Il n’y a jamais eu de Manifeste d’adhésion des intellectuels français à Franco (cet intitulé bizarre aurait dû pousser à une vérification). Il y a eu un Manifeste aux intellectuels espagnols paru dans la presse française le 10 décembre 1937, en réplique aux manifestes favorables au camp républicain. Philippe Dagen a choisi d’isoler quatre noms de signataires parmi des centaines : Maurras, Drieu, Brasillach, Claudel. Pourquoi ne pas citer un peintre d’envergure qui a signé à côté de Sert (Maurice Denis) ? ou un compositeur d’envergure (Stravinsky) ? ou un poète d’envergure (Francis Jammes, ou même Max Jacob, qui ne partageait pas les positions de son ami et parrain Picasso) ? Le plus cocasse est que L’Humanité, dans son supplément du jeudi 5 avril, a consacré une très large place à J.M. Sert, manifestant moins de sectarisme que Dagen (il est vrai que ça n’est pas difficile).

Datcha
Christiane Chombeau fut longtemps, au Monde, la « spécialiste » du Front national. Avec plus de mauvaise foi que de bonne information. La voici retraitée, à 66 ans, et candidate du Front de Gauche de Mélenchon aux Législatives. Mais pas sur son territoire parisien. Non, elle condescend à revenir en province, à se présenter dans la circonscription de Lamballe-Loudéac, où elle possède une datcha. Le Front de gauche manque-t-il à ce point d’implantation locale qu’il ait recours à une parachutée ? (1)

Drieu
Rien n’étonne plus de Macé-Scarron, le directeur du Magazine littéraire. Tout de même, consacrer un dossier spécial au « polar aujourd’hui », où l’on cite trois fois Manchette, deux fois le très médiocre Didier Daeninckx, et même Virginie Despentes, mais où l’on ignore A.D.G. (que Manchette tenait pour le premier de ses pairs), il fallait le faire. Même Les Temps Modernes, la revue « existentialiste », n’avait pas osé, il y a six ans… Pourquoi vous parler de ce magazine (mai 2012), alors ? Parce qu’on y trouve, hors dossier, un article de Cécile Guilbert sur le Drieu La Rochelle de la Pléiade (n° 578 ; 65,50 euros jusqu’au 31 août). Un volume fait de bric et de broc, comme le souligne cet article excellent, et surtout de romans faciles à se procurer par ailleurs, alors qu’il eût été judicieux et utile de faire, comme pour Paul Morand (Pléiade n° 383 et 393), un recueil des nouvelles de Drieu : outre La Comédie de Charleroi présente ici, le lecteur aurait eu sous la main les Histoires déplaisantes, Plainte contre inconnu et le Journal d’un homme trompé (onze nouvelles sur le couple et l’amour). Parmi toutes ces nouvelles, Cécile Guilbert met au sommet Journal d’un délicat et L’intermède romain (dans Histoires déplaisantes, recueil posthume). On peut se fier à elle. C’est un de nos meilleurs critiques. Pas du genre à copiner avec le Masque et la Plume de Jérôme Garcin, comme d’autres…

Delsol
Stupéfaction, en ce 4 mai, avant-veille du deuxième tour de la présidentielle, d’entendre Chantal Delsol déclarer à la chaîne KTO que notre opposition chrétienne au « mariage » homosexuel n’est après tout qu’une « option anthropologique » parmi d’autres… Peut-on lui conseiller de consulter un médecin (chrétien ou athée, peu importe), qui lui expliquera quels sont les organes de la reproduction et quels ne le sont pas ? Sans avoir fait de théologie, n’importe quel naturaliste sait que l’homosexualité est, comme le dit Benoît XVI, « objectivement un désordre ». Un désordre que certaines sociétés humaines ont parfois toléré ou encadré, mais qu’aucune n’a jamais admis comme un mariage.

Le Mont et les éoliennes
« Sur un îlot rocheux au milieu de grèves immenses soumises au va-etvient de puissantes marées, à la limite entre la Normandie et la Bretagne, s’élèvent la “merveille de l’Occident”, abbaye bénédictine de style gothique dédiée à l’archange saint Michel, et le village né à l’abri de ses murailles. La construction de l’abbaye, qui s’est poursuivie du XIe au XVIe siècle, en s’adaptant à un site naturel très difficile, a été un tour de force technique et artistique. » Voilà la brève présentation du Mont-Saint-Michel sur le site de l’Unesco. L’état de conservation du Mont, inscrit au Patrimoine mondial depuis 1979, sera l’objet

Coriosol
(1) Christiane Chombeau a obtenu au premier tour 3,95 % (ndlr).

Aline Adrenne

† Jacques Taddei
Le pianiste et organiste Jacques Taddei, 66 ans, membre de l’Académie des Beaux-Arts et directeur du musée Marmottan-Monet, est mort le 24 juin à son domicile de fonction du musée dans le XVIe arrondissement de Paris. M. Taddei dirigeait la Fondation Monet et le musée depuis juin 2007. En cinq ans, il avait entrepris avec dynamisme une rénovation et une modernisation de ce musée quelque peu peu assoupi et s’était lancé dans une programmation ambitieuse d’expositions temporaires à Paris et à l’étranger. La carrière musicale de Jacques Taddei a été bien remplie. Organiste titulaire des grandes orgues de la basilique Sainte-Clotilde à Paris depuis 1993, il avait fait des études de philosophie à la Sorbonne, et de musique au Conservatoire national de Paris où il avait reçu un Premier Prix de piano et un Premier Prix de musique de chambre. Grand prix du Concours Marguerite Long-Jacques Thibaud (1973), Grand Prix d’improvisation au Concours international d’orgue de Chartres (1980), il a été – entre autres – directeur du Festival d’art sacré de la Ville de Paris de 1993 à 2005.

Joseph Vebret : “Le Comte Léon, bâtard infernal de Napoléon”
Quand nous étions marmousets, nous chantions dans la cour de récréation : « Napoléon est mort à Sainte-Hélène / Son fils Léon lui a crevé l’bidon / On l’a trouvé assis sur une baleine / En train d’sucer les fils de son caleçon. » Plus tard, nous avons appris que ce Léon, né en 1806, appelé ainsi parce qu’on n’osa tout de même pas l’appeler Napoléon, avait bel et bien existé. Et qu’il était bel et bien le fils de l’Empereur des Français. Né de ses amours très éphémères avec une toute jeune fille, Louise Catherine Eléonore Denuelle de la Plaigne. Ce qui faisait de Léon le demi-frère d’un autre « bâtard » de Napoléon, Alexandre Walewski. Marié à Joséphine et convaincu d’être stérile, Napoléon fêta cette naissance comme une victoire. Il ne pouvait reconnaître officiellement ce garçon, pas plus qu’il ne reconnut celui de Marie Walewska. Mais il garda un œil attentif, sinon paternel, envers l’un et l’autre et les coucha tous deux sur son testament de Sainte-Hélène. A le lire, on sent que Joseph Vebret s’est « régalé » à raconter l’histoire de ce Léon qui était le portrait craché de son père. Mais qui, à la différence de son demi-frère Alexandre, fut une véritable plaie pour ses proches (il alla jusqu’à faire un procès à sa mère), pour ses tuteurs, pour ses amis et pour l’abondante famille de Napoléon. S’appliquant même à pourrir la vie du neveu de ce dernier – et le dernier Empereur des Français – Napoléon III (1). Râleur, querelleur, faiseur d’embrouilles, dilapidant à peine touchés les sous extorqués aux uns et aux autres, Léon fut l’empereur de l’imbroglio, du coup fourré, de l’arnaque, des scandales. « L’Aiglon des boulevards », comme il fut surnommé, ne volait pas bien haut. Joseph Vebret nous raconte par le menu, et avec jubilation, l’incroyable destin de celui qui, à la fin de sa vie qui se termina dans une misère noire, déclara à sa femme : « Ils m’ont volé ma destinée. » La vérité commande de dire qu’il contribua plus que largement à ce hold-up. Il aura connu la fortune, la pauvreté, la prison pour dettes, l’espoir fugace de s’en sortir pour retomber chaque fois dans un inexorable enfer. De son mariage avec Fanny (qui, après la mort de son mari, fut un temps institutrice dans une école en Algérie française), Léon eut trois enfants. Le premier, Charles, fut brigadier au 16e régiment des chasseurs à cheval à Vendôme. Ayant épousé une baronne, il partit s’occuper d’une concession de chemins de fer au Venezuela où il mourut en 1894. Le plus jeune, Fernand, ancien lieutenant de cavalerie, s’installa en Amérique et fut engagé dans le Buffalo Bill’s Wild West Show avec lequel il participa aux tournées européennes. Le cadet, Gaston, installé à La Rochelle dans le commerce des vins et spiritueux, fut poussé par Barrès à se présenter en 1890 à Paris comme candidat boulangiste. Une aventure qui se termina dans le pétrin. Il eut six enfants, dont Charles Léon, mort en 1994 sans descendance masculine. « Ainsi s’éteignit, écrit Vebret en conclusion de cette pétillante biographie, la lignée porteuse de la moitié d’un nom. » Mais quelle vie néanmoins !

Alain Sanders
(1) Il se porta même candidat contre lui à l’élection présidentielle de 1848 ! G Editions du Moment.

G.G.

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II

LITTÉRAIRE

† Jean-Baptiste Morvan
Jean-Baptiste Morvan (Jacques Petit à l’état civil) avait choisi son nom d’écrivain pour associer sa Bourgogne natale et son pays d’élection, la Bretagne (Morvan est le nom d’une montagne bourguignonne, mais aussi d’un saint breton). Il s’était marié à Rennes en effet (à Mlle Fredouet, fille d’un directeur du Nouvelliste) et il enseigna pendant près de quarante ans les lettres classiques au lycée d’Etat de Dinan, arpentant l’été la digue de Dinard. Poète et chroniqueur, il a recueilli beaucoup de ses textes, sortes de poèmes en prose, sous le titre de Contes et rumeurs, Rhapsodies bourguignonnes, Saisons bretonnes. Il collabora régulièrement à la revue Le Pays de Dinan, à l’hebdomadaire Aspects de la France (puis L’A.F. 2000). Il consacra une plaquette en 1992 au peintre Yves Floc’h, son concitoyen. De 1967 à 1996, il a donné aussi à Itinéraires des notes critiques, notamment sur le Nouveau Testament, sur Jacques Perret, sur Maurras et le thème de l’enfance ; on relève aussi ces titres piquants en 1977 : Tixier-Vignancour raconte, Michel Déon s’enlise… Il était né en 1922. Ses obsèques ont été célébrées en l’église SaintMalo de Dinan le mardi 5 juin 2012. A sa veuve, à son frère Pierre, à son beau-frère Charles, à ses nombreux neveux et nièces, l’équipe de Présent, et au premier rang les anciens d’Itinéraires, présentent leurs condoléances sincères.

À Troyes, les Templiers
En partenariat avec les Archives natioDe retour en Europe, il demande au pape nales et le département de l’Aube, l’expoHonorius II d’organiser un concile sition « Templiers, une histoire, notre (Troyes, 1129) afin d’établir une règle trésor » rassemble des objets propres aux pour l’ordre du Temple. L’exposition moines-chevaliers et une cinquantaine met en évidence le rôle prépondérant de de documents dont certains inédits qui Bernard de Clairvaux dans l’établisseretracent l’histoire de l’ordre du Temple ment des règles strictes suivies par les sept cents ans après sa dissolution, jusTempliers qui doivent pouvoir concilier qu’au 31 octobre à l’Hôtel-Dieu-le-Comte vie monastique et activité militaire. de Troyes. En présentant de nombreux docuSceau des Templiers ( Sigillum ments, l’exposition dévoile l’immense En préambule, le visiteur est plongé dans la mythologie templière qui militium Xristi, « sceau des soldats patrimoine accumulé par les Temsurgit à l’époque moderne dans la lit- du Christ »). Archives départe- pliers à travers les nombreuses comtérature ou le cinéma, toujours entre- mentales de l’Aube. manderies implantées en Europe entre tenue par les chercheurs de trésor et le XIIe et le XIIIe siècle jusqu’à la chules sociétés ésotériques. « Nous voulions déjà déminer te de l’ordre voulue par le roi Philippe le Bel en conflit la question légendaire avant de conduire le visiteur avec le pape. Pièce maîtresse de la présentation : le procèsvers la réalité historique où apparaît la prédominance verbal des interrogatoires conduits sous la torture de cent de la Champagne dans l’origine des Templiers », trente-huit Templiers emprisonnés à Paris après la rafle du explique Arnaud Baudin, commissaire scientifique de vendredi 13 octobre 1307. Long de 22 mètres, le rouleau l’exposition. consigne les réponses de moines-chevaliers dont le grand L’ordre a été fondé vers 1118 par Hugues de Payns, maître Jacques de Molay, accusés d’hérésie, d’idolâtrie et un seigneur né près de Troyes, parti à Jérusalem au d’homosexualité. Seuls quatre d’entre eux nièrent les faits. service des chanoines du Saint-Sépulcre. Choisi comL’ordre des Templiers fut dissous en mars 1312 au me maître par ses compagnons d’armes, Hugues de concile de Vienne par le pape Clément V qui refusa Payns forme alors une compagnie de chevaliers vêtus cependant de le condamner. de manteaux blancs à croix rouges qu’il met au service F.F. du roi de Jérusalem afin de protéger les pèlerins qui se G www.aube-templiers-2012.fr rendent en Terre Sainte.

Robert Le Blanc

Un bordeaux vieilli en mer
Un vin vieilli dans la mer est-il vraiment meilleur ? Pour en avoir le cœur net, le responsable d’un grand cru du Bordelais (Château Larrivet HautBrion) et des amis, un tonnelier et un ostréiculteur, ont mené une expérience œnologique originale. Bruno Lemoine a confié à son ami Pierre-Guillaume Chiberry, de la tonnellerie Radoux, la réalisation de deux barriques de 56 litres pour prolonger le vieillissement du millésime 2009 (riche en tanins) durant six mois : l’une sera conservée de manière classique dans un chai du château, l’autre immergée dans un prestigieux parc à huîtres du bassin d’Arcachon, le Parc de l’Impératrice. M. Chiberry met ses trois Meilleurs ouvriers de France à l’ouvrage pour réaliser les deux fûts, à la main et simultanément pour leur donner des caractéristiques identiques et ne pas fausser les paramètres de l’expérience. Les fûts sont remplis en juin 2011. L’ostréiculteur, Joël Dupuch, place la barrique au point zéro des marées basses. Les deux barriques ont été sorties fin janvier pour être mises en bouteille, goûtées par les expérimentateurs et analysées par un laboratoire vinicole. Si la cuvée Tellus (celle restée en chai) a quelque peu déçu, la Neptune a réservé de bonnes surprises : du moelleux, de la complexité. Les analyses en laboratoire ont confirmé qu’il y avait bien eu des échanges par osmose entre le vin de la barrique et la mer environnante, malgré une bonde en inox parfaitement étanche. En six mois, le Neptune a perdu de l’alcool et a vu sa teneur en sodium augmenter, d’où des saveurs légèrement salines qui « affinent les tanins », explique un dégustateur qui rappelle qu’« autrefois, les Romains rajoutaient un peu d’eau salée dans leur vin ». M. Lemoine souhaite suivre sur dix ans cette cuvée sous-marine et travailler sur d’autres types d’élevage et de barriques.

LA NYMPHE ÉCHO
ÉGLISES. – La deuxième édition de la « Nuit des églises », parrainée par le comédien Michael Lonsdale, se tiendra le 7 juillet un peu partout en France. Les organisateurs tablent sur la participation de 300 édifices religieux désireux de faire connaître leur patrimoine d’art sacré, via concerts, visites, conférences. Mgr Jean Legrez, archevêque d’Albi, a souligné que « l’idée est de permettre à tous, sans distinction de religions, de découvrir la richesse de l’art sacré, en espérant qu’elle éveillera leur sens spirituel ». L’événement est organisé par Narthex, la revue culturelle du triste Service national de Pastorale liturgique et sacramentelle. TOPONYMIE. – Un square portant le nom d’Alain Bashung a été inauguré le 21 juin dans le XVIIIe arr. de Paris. Le chanteur, qui habitait villa Poissonnière, une petite rue bordée de maisons non loin de la Goutte d’or, est décédé le 14 mars 2009. Ce nouveau square, d’une superficie de 1 500 m2, est le troisième espace vert du quartier avec le square Léon et le square Saint Bernard-Saïd Bouziri. ÉDITION. – Paulina NourissierMuhlstein, fille de François Nourissier, vient de fonder sa propre maison d’édition de littérature générale et pour adolescents, baptisée La Grande Ourse en hommage à son père. L’écrivain et critique littéraire, longtemps président de l’Académie Goncourt, François Nourissier, mort en février 2011 à l’âge de 83 ans, était en effet surnommé Nounours par ses proches. Une partie de l’activité éditoriale sera consacrée à son œuvre littéraire et à l’étude des archives qu’il a léguées à BNF. SCULPTURE. – La station balnéaire belge de Blankenberge accueille cet été le plus grand festival de sculptures de sable du monde. Les artistes, venus du monde entier, ont mis six semaines pour réaliser leurs oeuvres éphémères. Les héros de 80 contes ou histoires pour enfants, des Frères Grimm à Dickens en passant par J.K. Rowling et Disney, sans oublier les bandes dessinées, ont été retenus comme thèmes. ENCHÈRES. – L’habit d’apparat du maréchal Ney proposé aux enchères le 20 juin à l’hôtel Drouot, à Paris, n’a pas trouvé preneur, le prix de réserve n’ayant pas été atteint par une dernière enchère à 590 000 euros. Trésor national, l’habit est interdit d’exportation, ce qui a pénalisé la vente avec le retrait des enchérisseurs étrangers. En velours de soie richement brodé et gansé de fils d’or, cet habit de cérémonie a été dessiné par Jean-Baptiste Isabey pour les maréchaux d’Empire à l’occasion du sacre de Napoléon Ier. Selon les experts, un seul autre habit de ce genre subsiste : celui du maréchal Lannes, toujours exposé au musée de l’Armée. Une mèche de cheveux du maréchal Ney a été adjugée 2 000 euros. ENCHÈRES (bis). – La Femme assise (1949) de Pablo Picasso, qui représente la compagne du peintre, Francoise Gilot, enceinte, a été vendue le 20 juin 10,58 millions d’euros dans une vente aux enchères à Londres. Françoise Gilot avait 21 ans quand elle a rencontré Picasso, alors âgé de 61 ans, dans un restaurant à l’été 1943. Le couple ne s’est jamais marié, il a eu deux enfants : Claude, un garçon, né en 1947, et Paloma en 1949. TGV. – Environ 300 personnes ont manifesté dimanche à Saint-Pée-surNivelle (Pyrénées-Atlantiques) pour protester contre deux projets de tracé de la future ligne à grande vitesse (LGV) au Pays basque, et juré devant une statue de ne pas abandonner la lutte. La sculpture en pierre, réalisée par l’artiste Pantxoa Tellechea, représente une main stoppant la LGV. ARCHÉOLOGIE. – Le Centre de Recherche Français à Jérusalem (CRFJ), plus ancien centre de recherche français installé à l’étranger, a fêté lundi son 60e anniversaire dans la Ville sainte. Le CRFJ, sous la tutelle du CNRS et du ministère des Affaires étrangères, est installé à Jérusalem-Ouest où il accueille chaque année des chercheurs et organise colloques conférences. « Au départ mission archéologique, spécialisée dans l’archéologie préhistorique du sud du Levant, le CRFJ a étendu ses activités dans les années 1980 aux sciences humaines et sociales et récemment aux recherches interdisciplinaires, notamment aux sciences cognitives », explique Olivier Tourny, directeur du CRFJ. Les accords de partenariat universitaires, d’abord limités aux établissements israéliens, ont été étendus à des universités palestiniennes. VOL. – Un buste représentant Auguste Rodin, signé Camille Claudel, qui avait été dérobé en 1999 au musée d’art et d’archéologie de Guéret, a été retrouvé mardi dans un fourgon intercepté sur la route de Montbrison. La section de recherches de Lyon avait repéré cet ancien brocanteur qu’elle soupçonnait de recel. L’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels a confirmé l’authenticité de l’œuvre, qui vaudrait à la revente entre 500 000 et 1 million d’euros. MÉCÉNAT. – La Fondation azerbaïdjanaise « Heydar Aliev » a décidé de participer financièrement à la restauration des catacombes romaines de Marcellin et Pierre, au sud-est de Rome. C’est la première fois qu’un grand pays de religion musulmane manifeste « sa généreuse disponibilité à soutenir les coûts de la restauration de l’un des lieux les plus chers à la mémoire et à la foi chrétiennes », a déclaré le président du Conseil pontifical de la culture et de l’Académie pontificale d’archéologie sacrée, le cardinal Gianfranco Ravasi. Il voit là « une marque de noble attention, dont l’objectif est une plus intense relation interculturelle et un dialogue interreligieux de grande ampleur ». Les travaux de restauration avaient été interrompus faute de moyens. Leur reprise devrait permettre l’ouverture au public d’une partie de ces catacombes en 2013. JAPON. – Les trois perles de verre récemment exhumées du tumulus Utsukushi, un site funéraire de Nagaoka datant du Ve siècle après J.-C. (près de Kyoto) sont vraisemblablement d’origine romaine. Les chercheurs ont attesté la présence de natron, un composant chimique naturel utilisé par les artisans romains dans la verrerie. Ils ont également mis en évidence une technique de fabrication en vigueur à Rome entre les Ier et IVe siècles, qui consistait à superposer des couches de verre en insérant parfois des feuilles d’or. Il est établi que les Romains commerçaient jusqu’en Extrême-Orient, en particulier avec la Chine.

Matthias Gally

Sciences

Les tortues en famille
Le chemin qu’ont parcouru les tortues depuis 200 millions d’années reste un des mystères de l’évolution des vertébrés, pour ceux qui y croient. Selon une étude publiée dans la revue Biology Letters de l’Académie des sciences britannique, c’est avec les crocodiles et les oiseaux qu’elles partagent un très lointain ancêtre commun, et non avec les lézards et les serpents. Historiquement, les tortues étaient considérées comme ayant très tôt divergé des autres reptiles, dont elles auraient constitué les représentants les plus anciens. D’autres études anatomiques les avaient rattachées aux lépidosaures, un vaste groupe d’espèces englobant tous les lézards et serpents ainsi que les tuatara, proches parents dont il ne subsiste actuellement que deux espèces en Nouvelle-Zélande. Les progrès récents de l’étude moléculaire des espèces, fondée sur la génétique, ont encore un peu plus bouleversé l’arbre phylogénétique des tortues. L’analyse de leur ADN les avait fait passer de la branche des lépidosaures à celle de leurs cousins archosaures : les grands-pères des dinosaures ayant vécu voici 250 millions d’années et dont sont issus tous les crocodiles et les oiseaux actuels. Sauf qu’une récente étude génétique fondée sur d’autres marqueurs les avait ramenées sur la branche des lépidosaures ! Soucieuse de dissiper ces contradictions, une équipe de biologistes de l’université de Boston a utilisé une nouvelle méthode : trouver des éléments génétiques similaires présents dans toutes les espèces concernées (« éléments ultra-conservés », ou UCE), étudier l’ADN qui leur est associé et comparer le tout. Ont été mis à contribution le serpent des blés, la tortue à cou caché d’Afrique, la tortue peinte, l’alligator d’Amérique, le crocodile marin, le tuatara, le coq sauvage (à l’origine de toutes les poules domestiques), le diamant mandarin, l’anole vert – et un zeste de génome humain (Homo sapiens). Les chercheurs ont abouti à 1 145 UCE. L’analyse comparée de ces témoins génétiques de l’histoire des espèces fournit selon eux la « preuve écrasante » que les tortues sont bien issues des archosaures. « Etant donné que les UCE sont conservés à travers la plupart des groupes de vertébrés, et qu’on les trouve également chez certaines moisissures et insectes, notre approche est généralisable au-delà du seul cas de cette étude et elle est pertinente pour résoudre de vieilles énigmes sur l’évolution de la vie », assurent les auteurs de l’étude.

G.G.

PRÉSENT — Samedi 30 juin 2012

III

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LECTURES PLURIELLES

EXPOSITIONS

Les missionnaires d’Afrique (1892-1914)
par Yves Chiron
Aylward Shorter, qui appartient à la Société des Missionnaires d’Afrique (appelés, plus familièrement, Pères Blancs), a consacré de nombreux travaux à l’histoire de sa congrégation. Paraît en traduction française l’ouvrage, publié en anglais en 2006, qu’il avait consacré aux Missionnaires d’Afrique dans la période 1892-1914, c’est-àdire au temps le plus fort de la colonisation. Après une présentation historique de l’implantation missionnaire dans les différentes régions d’Afrique, il évoque les relations des pères Blancs avec les autorités civiles (notamment sur le problème de l’esclavage), puis les activités missionnaires proprement dites. Benoît XV, par sa grande encyclique missionnaire (Maximum illud, 1919), puis Pie XI encourageront ce qu’on appelait à l’époque l’« indigénisation » du clergé puis de l’épiscopat. A. Shorter relève que les Pères Blancs ont su, dès avant la Première Guerre mondiale, « planté les semences de l’africanisation » : « En 1914, les Missionnaires d’Afrique pouvaient compter deux cent mille catholiques dans ses vicariats (dont les deux tiers en Ouganda), et un nombre égal de catéchumènes. Déjà les premiers prêtres africains avaient été ordonnés en Ouganda et d’autres devaient suivre en Afrique de l’Est allemande et au Congo. Une élite catholique commençait à émerger, résultat du système éducatif des séminaires. » d’abord être des « catéchismes de persévérance » et servir de viviers de recrutement pour le clergé, le P. Léonard avait une vue plus large. Dans un rapport adressé au supérieur général de sa congrégation, il écrit : « Je trouve Mgr Hirth exagéré dans ses exigences à propos des écoles ; on ne peut pas, pendant toute une matinée, astreindre des enfants, des jeunes gens à écouter exclusivement des explications catéchétiques, ou apprendre des textes d’Histoire Sainte. Tout le monde veut savoir lire, écrire, calculer, ce sont ces matières qui attirent les jeunes gens à l’école. Nous en aurions tant que nous voudrions si notre programme admettait davantage de ces matières. » En juin 1912, il est nommé vicaire apostolique d’Unyanyembe, au Tanganyika (aujourd’hui Tanzanie). Mgr Léonard appartient à cette « nouvelle génération de vicaires apostoliques » (p. 262) qui, non seulement, évangélisent et apportent les progrès de la civilisation, mais aussi accordent une grande attention aux cultures religieuses africaines. Mgr Léonard invite les missionnaires à étudier les langues et les coutumes indigènes. Il apportera notamment son soutien au P. Fridolin Bösch, Missionnaire d’Afrique de nationalité suisse, qui commencera ses enquêtes sur les Nyamwezi en 1912 et publiera ses études à partir de 1920. Mgr Léonard développe aussi le séminaire fondé à Ushirombo par son prédécesseur, y formant non seulement des séminaristes proprement dits mais aussi des catéchistes. Après la Première Guerre mondiale, le territoire, jadis sous autorité allemande, passe sous autorité anglaise. Mgr Léonard constatera, avec crainte, le développement des missions anglicanes. Il ouvre un séminaire régional à Kipalapala. Pour des raisons de santé, il démissionne de ses fonctions le 23 juillet 1928 et rentre en Europe pour se faire soigner. En 1937, il fêtera son jubilé épiscopal dans son village natal. Il mourra, une quinzaine d’années plus tard, dans la maison généralice de sa congrégation.

Au musée Marmottan-Monet

Femme et impressionniste
© Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid

Mgr Henri Léonard
Pour illustrer l’apostolat missionnaire des Pères Blancs de cette époque, on peut évoquer la figure de Mgr Henri Léonard (1869-1953). Fils d’agriculteur lorrain, né dans une famille de onze enfants, il fait ses premières études auprès de son oncle qui était curé de la paroisse. Il est admis au noviciat des Pères Blancs, installé à Alger, le 8 septembre 1886. Ordonné prêtre en 1895, à Carthage, il est envoyé dans le vicariat apostolique du Nyanza septentrional (aujourd’hui en Ouganda) puis au Nyanza méridional (aujourd’hui dans le Rwanda). En août 1904, il est nommé supérieur régional des Pères Blancs du territoire, sous l’autorité de Mgr Hirth, vicaire apostolique. Ils avaient des vues différentes en matière d’éducation. Tandis que Mgr Hirth considérait que les écoles dirigées par les missionnaires devaient

Berthe Morisot, La psyché. 1876. Musée Thyssen-Bornemisza.

Y.C.
G Aylward Shorter, Les Pères Blancs au temps de la conquête coloniale. Histoire des Missionnaires d’Afrique, 1892-1914, Karthala, 347 pages.

Musées et galeries

Max Klinger, Eugène Atget, l’école de Paris
G MUSÉE D’ART MODERNE ET CONTEMPORAIN DE STRASBOURG grand admirateur de Klinger, lui consacra un texte où il le qualifie de “génie du bizarre”. » Paris des bobos et des gays lurons delanöesques… — Musée Carnavalet, 23, rue de Sévigné, 75003 Paris. Jusqu’au 29 juillet. G PINACOTHÈQUE S’il avait eu de l’argent, Jonas Netter aurait peut-être acheté des impressionnistes. Alors il s’est rabattu sur des peintres alors inconnus et, pour la plupart, dépréciés. Il avait le goût sûr puisque ces peintres, que l’on dira de l’école de Paris, avaient pour nom Fabrice Gousset, Utrillo, Soutine, Modigliani. Des artistes maudits. Aujourd’hui, des monstres sacrés. — Pinacothèque, 8, rue Vignon, 75009 Paris. Jusqu’au 9 septembre. G Quelques rappels — A la Cité de la Musique (jusqu’au 1er juillet) : Bob Dylan, l’explosion rock. — Manufacture Prelle (5, place des Victoires, 75001 Paris ; (jusqu’au 20 juillet) : les brodeuses des couvents de la Visitation les Visitandines. — Musée national de l’Armée (Invalides, 129, rue de Gravelle, 75007 Paris ; jusqu’au 29 juillet) : « Algérie 1830-1962 ». — Musée Jacquemart-André (158, bs Hausmann, 75008 Paris ; jusqu’au 23 juillet) : « Le Crépuscule des pharaons. Chefs-d’œuvre des dernières dynasties égyptiennes ». — Musée Marmottan-Monet (2, rue Louis-Boilly, 75016 Paris ; jusqu’au 1er juillet) : « Berthe Morisot ». La première rétrospective consacrée à la belle-sœur de Manet, amie de Renoir, Degas, Monet.

Peintre, sculpteur et graveur, Max Klinger (1857-1920) est un artiste atypique. Comprenez qu’on ne peut ni le classer ni l’étiqueter. Symboliste ? Vaguement. Mais sa fascination pour l’étrange dépasse cette classification. De 1878 à 1915, il réalise son œuvre maîtresse, quatorze suites à l’eau-forte. Elles ont influencé des artistes comme Munch, Kubin, Käthe Kollwitz. Les commissaires de l’exposition (la première consacrée à Klinger en France), Marie-Jeanne Geyer et Thierry Laps, expliquent : « La dimension onirique et le fort pouvoir évocateur d’un imaginaire provoquant des rencontres surprenantes entre rêve et réalité renvoient aux séries gravées de Goya et anticipent les recherches des surréalistes. Leur influence sur les collages de Max Ernest est manifeste et Chirico,

Largement connu – et reconnu – en Allemagne, Klinger reste peu connu en France où aucun ouvrage ne lui a été consacré. Cette exposition devrait corriger le tir. — Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, 1, place Hans Jan Arp. Jusqu’au 19 août. G MUSÉE CARNAVALET Eugène Atget (1857-1927) est l’un des grands photographes de Paris. Un Paris qui n’existe plus ou presque avec ses cours d’hôtels particuliers pavées, ses ruelles encore moyenâgeuses, sa rue de Bièvre avec sa rivière (la Bièvre, justement) où les tisserands des Gobelins ont leurs habitudes, ses cabarets dignes des Mystères de Paris, ses maisons closes fondues dans le décor, la rue Mouffetard et ses affriolantes petites bonnes, etc. On est loin, très loin du

ALAIN SANDERS

Le musée Marmottan-Monet est le musée le plus fourni en œuvres de Berthe Morisot, « la femme impressionniste ». Il lui revenait d’organiser cette rétrospective, la première à Paris depuis soixante et onze ans. Ç’aura été le dernier acte de son directeur, Jacques Taddei, décédé dimanche dernier (voir p. 5), loyal serviteur de la musique et de la peinture. Berthe Morisot (1841-1895) est d’une famille bourgeoise. L’aisance la rapproche, si on envisage l’impressionnisme sous l’angle social, de Manet, Degas, Bazille. Quand elle naît, son père est préfet du Cher, assez tôt la famille s’installe dans ce qui sera le XVIe arrondissement de Paris. Le mardi, Madame mère reçoit : le peintre Carolus-Duran, le compositeur Rossini – un imposteur, Jules Ferry. Berthe et Edma, sa sœur, prennent des cours de musique, de dessin, comme c’est l’usage dans les bonnes familles. Mais leurs professeurs, dont Joseph Guichard, un élève d’Ingres, puis Camille Corot lui-même, leur prédisent un avenir professionnel. Guichard leur donne le goût de la copie des maîtres au Louvre, Véronèse, Boucher y passent ; avec Corot, elles s’initient au plein air. En 1864, toutes deux ont des toiles reçues au Salon. Edma arrêtera la peinture lors de son mariage (1869). Berthe, elle, jamais, même mariée, même mère (elle meurt à 54 ans, d’une maladie pulmonaire contractée en soignant sa fille). Elle participe au Salon une dernière fois, en 1873, et dès l’année suivante, elle est de la première exposition impressionniste, et sera de toutes. Son mari et elle en financeront quelques-unes. En 1868, Fantin-Latour lui présente Edouard Manet. Il est alors un peintre de 36 ans dont on parle. Pour quelques années, Berthe est son modèle. Portrait de Berthe Morisot à la voilette (1872), et surtout Berthe Morisot étendue (1873), où la jeune femme regarde le peintre avec franchise et sympathie. Avec amour ? Mais c’est son frère, Eugène Manet, qu’elle épouse, en 1874. Côté amitiés, Degas, Renoir, Monet, Mallarmé formeront un quatuor d’élite, fidèle à cette belle figure de femme, et digne de ce beau tempérament de peintre qu’est Berthe Morisot. Ma consœur de L’Express n’a pas été touchée. « Et pourtant, ses toiles ont du mal à convaincre. (…) Malgré leur raffinement pictural, ces scènes familiales, ces portraits d’enfants, ces paysages évoquent un bonheur trop lisse. Ennuyeux. » Je n’ai vu nulle part de bonheur, si ce n’est le bonheur de

peindre. Je n’ai pas vu de raffinement pictural, mais la grande attention de l’artiste à résoudre les problèmes qu’elle s’était posés. Je n’ai même pas vu, mais peut-être ai-je mal regardé, de « scènes familiales ». Lorsqu’elle peint Eugène Manet à l’île de Wight (1875), où le couple partit en lune de miel, ce qui l’intéresse est de placer une figure à l’intérieur, d’autres à l’extérieur. Même remarque pour La fable (1883), avec sa fille Julie et la nurse, Pasie. Le jugement exprès d’Annick Colonna-Césari n’impute pas ces faiblesses supposées à l’artiste. « Et pourtant, ses toiles ont du mal à convaincre. Pourquoi ? Parce que Berthe Morisot demeura cantonnée aux sujets dits “féminins”, seuls autorisés aux artistes femmes au XIXe siècle. » Et qui se cantonne à la bêtise ? Qu’expose Morisot aux Salons, entre autres ? Une vue de Paris (1867), un paysage du Finistère (1868), une vue du port de Lorient (1870, avec Edma à droite)… Commentant le Salon de 1864, Edmond About écrivait : « Je passe rapidement sur les jolies pochades de Mlles Berthe et Edma Morisot. Le livre m’a bien étonné en m’apprenant que c’était de la peinture féminine. » Gageons que la journaliste de L’Express sursauterait à l’idée de peinture masculine et féminine, elle qui n’a pas su voir la virilité du talent de Berthe Morisot. Elle aurait voulu, sans doute, un destin à la Gentileschi (Artemisia), à la Claudel (Camille), de quoi nourrir sa misandrie. Un destin bourgeois et talentueux déstabilise les catégories établies. Le regard ne s’ennuie pas, au contraire, avec l’argenté des Enfants dans l’herbe en Angleterre (1875), où une ligne de maisons, dans le fond, est mangée par la luminosité d’un ciel nuageux, avec le laisser-aller du Portrait de Mme Boursier et de sa fille (1873) ou de La psyché (1876, ill.) : la touche suggère, fluide, se hâte pour ne pas perdre en route l’idée générale. Sur l’autel de la peinture, Berthe Morisot sacrifie les détails avec une sûreté de main qui fait plaisir à voir. J’ai cité des tableaux des années soixante-dix, ceux des années suivantes sont à la hauteur : Villa dans les orangers (1882), Un intérieur à Jersey (1886), Julie Manet et sa levrette Laërte (1893)… ou les vigoureuses Roses trémières de 1884, exemple du bonheur de ne pas peindre lisse.

SAMUEL
G Berthe Morisot. Jusqu’au 29 juillet 2012, musée Marmottan-Monet. Du mardi au dimanche, de 10 h à 18 h (le jeudi jusqu’à 20 h). Entrée : 10 euros.

PRÉSENT — Samedi 30 juin 2012

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À LA TRIBUNE DE “PRÉSENT”

URBIS & ORBIS

Liechtenstein : la confrontation Révolution-Contrerévolution
Nous reprenons le titre d’un livre remarquable du colonel Chateau-Jobert, car il nous semble parfaitement adapté à la situation au Liechtenstein. Nous avons déjà évoqué dans ces colonnes le référendum sur l’avortement qui a eu lieu dans ce petit pays le 18 septembre 2011, référendum qui illustre bien comment la démocratie et donc la Révolution réalise son travail de sape contre la Chrétienté. démocratie, contre le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », donc crime contre « le peuple » et toutes les fadaises du même tonneau. Dans ce bras de fer, les ennemis de Dieu connaissent leur affaire : ils s’organisent à présent pour demander à présent une modification de la Constitution, pour enlever au prince son droit de veto, qui est son pouvoir réel. Ils remontent à ce qui est pour eux la source réelle du pouvoir. Y arriveront-ils ? Pas nécessairement, avec ce prince. Peut-être avec son successeur. Ce qui semble certain, c’est qu’ils continueront cet assaut tant que le verrou n’aura pas sauté.

Lire saint Jean Chrysostome
Jacques de Penthos est le pseudonyme d’un prêtre du diocèse de Nantes. Il a déjà publié, en quatre volumes, une édition des Homélies de saint Jean Chrysostome sur les épîtres de saint Paul, que j’avais présentée ici (cf. Présent du 7 novembre 2009). Il poursuit son travail d’édition du célèbre prédicateur et théologien. Paraissent une édition, abrégée, du Commentaire sur l’évangile de saint Jean (éditions Artège, 496 pages) et une anthologie : A l’écoute de saint Jean Chrysostome (éditions SainteMadeleine, 454 pages). Pour ces deux nouveaux volumes, il a utilisé, encore une fois, la première traduction française des Œuvres complètes de saint Jean Chrysostome, publiée en onze volumes, entre 1863 et 1867, à Bar-le-Duc. L’anthologie est composée de 100 textes tirés de ses commentaires sur le Nouveau Testament. C’est une anthologie ordonnée. Pour faciliter la lecture de l’ouvrage, chaque texte a un titre qui indique son thème central : L’amour de l’argent (le thème revient deux fois), Les regards impurs, L’art de la charité, La loi, Médisance et calomnie, etc. Mgr Cattenoz, archevêque d’Avignon, a rédigé une longue préface à ce volume. Il présente saint Jean Chrysostome, prêtre puis patriarche de Constantinople à partir de 397 (et mort en exil dix ans plus tard), comme un ardent prédicateur qui veut « apprendre à ses frères les règles de la vie dans la maison Eglise » et « les entraîner au combat spirituel dans l’arène de la vie quotidienne ». Mission toujours recommencée. « Pour cela, poursuit Mgr Cattenoz, il utilisera la parole de Dieu qu’il commentera sans relâche tout au long de son ministère. Il appellera les uns et les autres à la conversion et au pardon. Il les conduira au pied de la Croix pour leur permettre de s’abreuver à la source même de la miséricorde. Il développera souvent une véritable catéchèse de la Croix et n’hésitera pas à nous permettre de contempler la passion et la Croix du Seigneur. » L’enseignement moral domine dans ces 100 textes. Mais saint Jean Chrysostome ne se limite pas aux exhortations à la vertu. Il explique à ses auditeurs « D’où vient le mal ? » (30e texte). Le mal, dit-il, « vient de ce qu’on veut ou de ce qu’on ne veut pas ». S’adressant directement aux fidèles, il leur dit : « vous êtes passé du vice à la vertu, parce que vous vous êtes fait à vous-même une sainte violence, et vous êtes, après, retombé de la vertu dans le vice, parce que vous vous êtes laissé abattre par la paresse ». Saint Jean Chrysostome met en garde contre les manichéens ou les gnostiques qui affirment l’existence d’un mal éternel : « Dieu nous garde d’une pensée si déraisonnable et si aveugle, qui nous fait rendre au péché le plus grand honneur que nous puissions rendre à Dieu. Si le mal était, comme est Dieu, sans principe et sans cause, il serait si puissant que rien ne pourrait le détruire et il ne pourrait cesser d’être mal, puisque ce qui n’a point de principe n’est sujet ni à la corruption ni au changement. Si le mal était si puissant, comment y aurait-il tant de personnes vertueuses ? Comment la fragilité humaine pourrait-elle s’élever au-dessus d’un être incréé et immortel ? »

Le Liechtenstein, une quasi-Chrétienté
Exemple unique à notre connaissance, en Europe et même dans le monde, le Liechtenstein peut être considéré quasiment comme une Chrétienté. En effet, à la tête de ce pays se trouve un prince, qui dispose d’un droit de veto, et donc du pouvoir suprême. Et il se trouve que ce Prince est chrétien, et que le catholicisme est religion d’Etat. Pouvoir suprême, vraiment ? C’est ici que la situation est remarquablement intéressante. Non, dans cette Monarchie constitutionnelle et parlementaire, le véritable pouvoir suprême réside dans la Constitution : c’est elle qui octroie au prince son pouvoir. Dans une Chrétienté, c’est tout simplement le Bon Dieu qui octroie le pouvoir, le roi de France était « lieutenant de Dieu ». Ici, c’est la Constitution qui définit les règles, et elle peut être modifiée… notamment par le peuple. Nous pouvons ainsi dire que « dans l’état actuel de la Constitution, le Liechtenstein est une Chrétienté ». Mais c’est une Chrétienté fragile car reposant sur des fondements révolutionnaires : une Constitution modifiable par le peuple, démocratiquement, directement ou indirectement par ses députés. Cette situation rappelle celle de Louis XVIII et Charles X acceptant l’autorité de la Charte et des Parlements, épées de Damoclès audessus de leur pouvoir, avec cette question lancinante : comment résoudre un conflit qui surgirait entre ces différents centres de pouvoir ?…

L’art du prédicateur
Les sermons de saint Jean Chrysostome pouvaient durer deux heures. Quel fidèle, aujourd’hui, serait capable d’écouter si longtemps un prédicateur, sans distraire son attention ou rêvasser ? Et aussi, y aurait-il encore des prédicateurs capables de retenir l’attention de leurs ouailles, pendant deux heures, sans verser dans la conférence ? Jean Quasten, spécialiste de patrologie, cité par Jacques de Penthos, a bien cerné ce qui fait qu’aujourd’hui encore on peut lire avec intérêt et fruit saint Jean Chrysostome : « Dans ses sermons, Chrysostome est le bon médecin des âmes, au diagnostic sûr, très compréhensif à l’égard de la fragilité humaine, mais diligent à corriger l’égoïsme, la luxure, l’arrogance et le vice, partout où il les rencontre. Bien que certains de ses sermons soient très longs et aient pu atteindre deux heures, les applaudissements qui les ponctuaient prouvent que Chrysostome touchait le cœur de ses auditeurs et savaient conserver leur attention. […] Gardant toujours le souci de préciser le sens littéral, et opposé à l’allégorie, Chrysostome découvre avec autant d’aisance le sens spirituel de l’Ecriture que ses applications immédiates et pratiques. »

Quel serait le devoir du prince si cette Chrétienté était en passe d’être détruite ?
Cette question nous semble fondamentale pour bien comprendre ce qu’est une Chrétienté, un ordre social chrétien, et donc le rôle premier du chef de cette Chrétienté. Le prince est le garant du Bien Commun, et le garant de la pérennité des Institutions qui permettent ce Bien Commun. En toute rigueur, si un tel référendum devait être organisé, il devrait s’y opposer. Si le bras de fer commence à dégénérer, son devoir sera alors de rétablir l’ordre, y compris par la force si besoin. Nous imaginons alors les titres de nos journaux, les résolutions de l’ONU et de l’UE : « prince fasciste, ennemi du peuple, à découronner de toute urgence, etc. ». Nous imaginons aisément des « brigades internationales » aller renforcer l’opposition, des quêtes immenses pour l’aider, etc. Il est peu probable que la petite armée de la principauté résisterait très longtemps… Et nous, de notre côté ? Il y aurait peut-être une poignée de volontaires idéalistes pour aider le prince, nouveaux zouaves presque pontificaux, mais rien de très significatif. Nous nous retrouverions dans la situation de Charles X en 1830, piégé par la Charte, et souhaitant imposer son bon droit face à la pusillanimité de la population : même lui, avec son armée, avec le soutien de l’Eglise, et sans être sous la pression internationale, même lui a reculé, et a fini par abdiquer. Nous pouvons également voir ici le scénario qui se joue en Syrie, si l’on en croit certains observateurs catholiques : le pouvoir Assad, protecteur relatif des chrétiens, est attaqué de toutes parts, avec un parti pris politique et médiatique terrible.

Fin programmée de cette Chrétienté ?
La Révolution ne peut pas tolérer longtemps un prince qui oserait se prendre pour un prince, et plus encore un prince chrétien. Souvenons-nous, le Prince Alois avait osé dire que, quel que soit le résultat du référendum sur l’avortement, il opposerait son veto à cette loi. Il ne se plierait pas à la « volonté populaire ». Il se considérerait comme étant au-dessus du peuple, comme étant le véritable chef, le véritable pouvoir. Crime de lèse-majesté (à l’envers !) contre la Révolution, contre la

Yves Chiron

Alors, que faire ?
Il faut bien évidemment prier pour le courageux Prince Alois… et pour sa lignée, car le combat s’inscrit dans la durée. Et lui faire connaître notre soutien, si nous le pouvons. Une « solution » serait que nous émigrions dans cette principauté, pour tirer profit de l’existence de cette chrétienté proche de nous… Mais notre devoir d’état est sans doute plutôt sur le territoire que nous ont légué nos ancêtres !… Il n’y a donc pas grand-chose à faire, malheureusement… Toujours est-il que cet exemple est intéressant à suivre. Il montre la difficulté du combat contrerévolutionnaire, quand tant d’éléments sont contre nous. Charles X avait beaucoup plus d’atouts en poche, et il n’a pas réussi. Dans le rapport de force de l’époque, il n’a pas voulu se servir de son armée, pourtant repliée en bon ordre à quelques lieues de Paris. Aujourd’hui, c’est par le moyen de la démocratie que cette confrontation Révolution-Contrerévolution s’exprime. Mais le résultat risque d’être équivalent, et irréversible une fois encore. La démocratie est une arme de la Révolution. En France, elle peut nous permettre au mieux deux choses : ralentir la destruction de ce qui reste de Chrétienté, et bénéficier d’une « objection de conscience » pour continuer à faire notre devoir d’état à notre petite échelle familiale. Mais rien de plus… Au Liechtenstein, la Chrétienté est encore une réalité. Prions Dieu qu’elle le reste.

Calendrier
— Samedi 30 juin : commémoration de saint Paul, apôtre. — Dimanche 1er juillet : 5e dimanche après la Pentecôte. Fête du Très Précieux Sang de Notre Seigneur. — Lundi 2 : Visitation de la Très Sainte Vierge. Mémoire de saint Processus et de saint Martinien, martyrs. — Mardi 3 : saint Irénée, évêque de Lyon et martyr. — Mercredi 4 : de la férie. — Jeudi 5 : saint Antoine-Marie Zaccaria, confesseur. — Vendredi 6 : de la férie. En certains lieux : sainte Maria Goretti, vierge martyre. — Samedi 7 : saint Cyrille et saint Méthode, évêques et confesseurs, co-patrons de l’Europe. — Dimanche 8 : 6e dimanche après la Pentecôte.

Charles Rosiers
G charles.rosiers@gmail.com
« Tribune libre » (en abrégé : « Tribune ») : Article d’une personnalité extérieure à la rédaction d’un journal et qui n’engage pas l’opinion de ce journal.

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PRÉSENT — Samedi 30 juin 2012

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