LIVING THINGS #2 : OBJETS COMMUNICANTS ET SANTE

Medicen Présentation par André Michel, Medicen, Conseiller Scientifique Le pôle francilien Medicen est spécialisé dans le secteur de la santé. Il accompagne les acteurs de la recherche, les collectivités et les entreprises (plus de 500 PME santé sont en Île-de-France) pour faire émerger des projets collaboratifs de R&D à même d’accélérer la mise à disposition de nouveaux produits de santé. Pour favoriser l’innovation dans le secteur de la santé, Medicen et les pôles franciliens spécialisés dans les nouvelles technologies, Cap Digital et Systematic, ont lancé l’initiative TIC & Santé. Formé depuis 2009 l’interpôle a retenu quatre axes de travail : - Gestion des connaissances, modélisation et simulation en biologie, pharmacie et médecine - Imagerie numérique - Dispositifs médicaux - E-Santé et télémédecine L’axe « Dispositifs médicaux » est celui qui est le plus lié à l’évolution des objets. Il pose de nombreuses questions sur la stratégie à adopter en France, les innovations technologiques nécessaires, mais également économiques, avec l’idée sous-jacente du remboursement de certains de ces dispositifs par la sécurité sociale. L’évolution des dispositifs médicaux permettent d’envisager une approche médicale beaucoup plus prédictive et préventive. Les projets collaboratifs élaborés dans le cadre de cette initiative ont permis d’élargir le champ de l’innovation en intégrant désormais la notion d’innovation sociétale au côté de l’innovation technologique. L’inter-pôle semble salué par les acteurs de la santé, les recherches de partenariats sont de plus en plus nombreuses et les financeurs reconnaissent les résultats concrets de cette démarche.
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Picado Présentation par Valérie Archambault, Altran Research, Directrice Le projet PICADO est mené par l’entité Research d’Altran dédiée à la recherche interne. Il réunit autour d’Altran un consortium d’acteurs académiques et industriels. Le projet a bénéficié d’un financement FUI.

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http://www.medicen.org/

Picado porte sur le développement d’une plateforme multi-pathologies de domo-médecine en favorisant une approche centrée utilisateurs. Le projet s’organise en trois étapes : - définition de scenarii médicaux élaborés par l’Inserm : quelles pathologies ? quels usages ? quels services ? - développement de la plateforme (collecteur de données et interfaces) en tenant compte des différents publics qui interviennent dans la vie du patient (aidants, médecins, hôpitaux, pharmacie…) - expérimentation et évaluation dans cadre de la maison ou du lieu de vie en tenant compte de plusieurs critères : clinique, technique (sécurité de l’information, robustesse de la plateforme…), social et économique (quel modèle économique viable pour le déploiement et la généralisation du système ?). Le projet Picado est un démonstrateur. A la différence d’un projet pilote, il s’agit vraiment d’une activité de recherche, puisque la domo-médecine est un sujet très émergent pour lequel il n’y a pas encore de marché. Cette étape permet une exploration plus large des solutions techniques, des critères d’acceptabilité, des conditions de responsabilité ou des possibilités de remboursement…

Smart sensing Présentation par Jean-Luc Errant, Cityzen Science Le projet smart sensing est né d’un questionnement sur les besoins technologiques du développement de suivi de la personne. Si de nombreux projets existent dans ce domaine, ils sont menés de manière verticale : les équipementiers sportifs (Nike Coach, GPS dans le dos des maillots) proposent des équipements et services de suivi des performances des joueurs et sportifs, l’industrie textile s’intéresse à la miniaturisation des capteurs pour les intégrer au textile ou les électroniciens travaillent sur la miniaturisation des capteurs sans connaissance des usages de monitoring de la personne. La réflexion de Cityzen Science a tout de suite porté sur une réflexion transversale qui intègre différents univers tel que la santé, le bien être ou le travail. Cityzen Science a déjà commencé à travailler sur le projet avec deux académiques (Institut Télécom Bretagne et CEA) reconnus dans le développement technologique et pour une réflexion transversale sur les usages. Le projet smart sensing porte sur le développement de fibres qui intègreront des micro-capteurs généralistes (température, fréquence cardiaque, vitesse, localisation…). Il intègre une véritable réflexion sur le process de fabrication de cette fibre, et notamment la machine de fabrication, pour participer à la revalorisation de la filière textile en France. Il concerne également le développement d’applications et de modes de représentation adaptés dans des univers variés, grand public ou professionnel, même si le sport et le bien être constituent des points d’entrée privilégiés. Le projet réunit un consortium français de 9 acteurs. Il est estimé à 18 millions d’euros et bénéficie d’un financement Oséo ISI à hauteur de 7,7 millions d’aides et d’avances remboursables. Le projet s’organise autour de deux phases : 2012/2013 : Développement de capteurs en version patch sur la peau à l’intérieur du vêtement. Cette phase doit permettre de déterminer de manière encore plus précise les besoins en matière d’usage, de supervision et de datamining pour accélérer la phase de commercialisation. 2012/2017 : Intégration de micro-capteurs dans la fibre. Cette phase doit permettre de développer une solution compatible avec un usage grand public et des process de fabrication industriel.

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Bernard Benhamou, DUI Proxima mobile est le premier portail européen de service d’intérêt général sur terminaux mobiles. Il accompagne les acteurs des technologies vers les nouveaux usages et nouvelles plateformes notamment dans le secteur de la « m-Santé ». Il est à noter que, parmi les 12 meilleures ventes d’appareils connectés sur l’Apple Store américain, 5 sont des objets conçus par des entreprises françaises et sont liés au bien-être et à la santé. C’est le cas des objets commercialisés par des sociétés comme Withings, qui a su créer des produits qui intègrent le design et l’ergonomie. Cette dynamique doit être encouragée pour qu’un écosystème innovant créé à l’échelle européenne dans le domaine des objets connectés et tout particulièrement dans le domaine de la santé. Aux États-Unis et en Grande-Bretagne le développement des objets et applications mobiles liés à la santé est spectaculaire. Cela s’explique notamment par les spécificités de leurs systèmes santés : la rémunération du médecin est liée au nombre de patients pouvant être pris en charge, il faut donc faire en sorte que les patients ne reviennent pas. Aux États-Unis, les médecins peuvent désormais pousser des applications santé sur le portable de leurs patients. L’Université de Pittsburg Medical Center et l’association des hôpitaux de New York sont très actives dans ce domaine. Sur la transformation de la médecine à l’ère du numérique, on pourra se référer aux travaux développés par le Dr Eric Topol (Scripps Research Institute), auteur de « Creative Destruction of Medicine ». De nombreux concours ont aussi été lancés pour accélérer le développement des appareils mobiles capables de détecter, de diagnostiquer ou d’effectuer le suivi des patients. On peut citer ainsi le concours « Tricorder » organisé par la Fondation X Prize et doté de 10 millions de dollars de prix par la société Qualcomm dans le but de mettre au point d’ici 2015 un outil de diagnostic mobile capable de diagnostiquer 15 pathologies courantes (voir par exemple le projet Scanadu). Le constructeur Nokia a également lancé avec la Fondation X Prize le Sensing X Challenge doté de 2,25 millions de $ pour faire émerger des solutions innovantes de suivi des patients grâce à des capteurs mobiles. Au-delà des capteurs, il faut désormais pouvoir intégrer dans des objets simples et accessibles, l’ensemble des données récoltées et proposer des services de visualisation innovants (datavisualisation). Nous devons être en mesure de créer un écosystème favorable au développement des objets médicaux connectés. Ces objets seront en mesure de faciliter la prévention des maladies ainsi que le suivi des pathologies chroniques… Pour développer un véritable écosystème européen de la m-Santé, en plus des acteurs technologiques il sera utile d’associer les mutuelles, la sécurité sociale, et plus largement l’ensemble des entreprises… L’Europe dispose en effet d’atouts décisifs pour devenir l’une des régions leaders dans le domaine de la m-Santé : un socle d’utilisateurs mobiles parmi les plus importants au monde, des chercheurs et ingénieurs de haut niveau et enfin des systèmes de santé pour lesquels ces innovations constitueront une opportunité de mieux prendre en compte la prévention et la réduction des coûts liés aux pathologies.

Cédric Hutchings, Withings Withings a eu l’idée de retravailler des objets de la vie quotidienne liés au bien-être et à la santé pour décupler les services fournis par ces objets sans en décupler le prix. La E-santé n’est pas un domaine nouveau, mais est caractérisée par une approche ergonomique et grand public. La société commercialise trois produits connectés : un tensiomètre, un baby monitor et une balance. Le business model de Withings repose sur une stratégie de plateforme permettant de centraliser les données collectées par les objets Withings ou des objets partenaires. Elle permet de visualiser de manière très

synthétique ses propres informations. Une API permet à des tiers d’accéder aux données et de proposer à l’utilisateur des services à valeur ajoutée. 60 partenaires sont aujourd’hui prescripteurs des objets et utilisateurs du service. Ils peuvent être fournisseurs d’applications dédiés au coaching sportif ou à la diététique, mais également des acteurs professionnels de la santé tels que Quest Diagnostic aux Etats-Unis. Pour des raisons de sécurité et de responsabilité du fournisseur de service, Withings stocke les données et veille aux excès d’usage du partage d’informations par l’utilisateur.

Quels standards dans le domaine des objets connectés ? La notion d’interopérabilité est très liée aux standards du web. Les objets connectés ne sont pas des pages web. Faire communiquer les objets via des web services n’est pas forcément la solution optimale, les communications d’objet à objet souffrent de certaines lenteurs. Withings s’est arrêté très tôt dans la chaîne de valeur, en mettant à disposition un objet connectable avec l’idée que les flux d’informations remontent au niveau webservice. La question des formats de données pose également problème aujourd’hui. Continua Alliance est assez active sur ce sujet. Faut-il privilégier une approche grand public de la santé connectée ? Le fort développement du marché du bien être grand public fait craindre que ne se créée une dynamique dans laquelle ce secteur prenne le pas sur les applications et les technologies médicales. En réalité, la transformation de la médecine avec les technologies numériques, et la transformation de la prise en charge par les patients eux-mêmes de leur propre santé, sont des tendances de fond, et complémentaires. Dans l’approche grand public de la santé connectée se pose notamment la question de la responsabilité des éditeurs de services. On commence à voir apparaitre des démarches de labellisation des applications et objets qui sont dans le champ de la santé et du suivi de pathologie, mais les risques juridiques sont potentiellement élevés. Aux Etats-Unis la frénésie pour le bien être s’explique en partie par le fait que l’assureur est mutualiste et donc impliqué dans la chaine de valeur. Tous les acteurs (médecins, sécurité sociale, pharmacie) semblent partager l’idée que le bien être participe à la prévention et donc à la réduction des risques de santé. L’ensemble des structures de soins intègre de plus en plus ces objets connectés. Withings travaille avec les médecins du site automesure.com sur le suivi de l’hypertension car pour être pertinente, la mesure de tension doit être fréquente et prise dans des conditions de vie réelle comme à la maison (cela pose la question de la fréquence dédiée aux datas santé indoor et outdoor). Aux Etats-Unis, le gouvernement a lancé l’initiative Blue button qui permet aux vétérans d’accéder à leurs données de santé et à des entreprises de développer de nouveaux objets et applications.

Sans clore le débat de façon définitive tant le domaine est riche d’initiatives, d’enjeux et de perspectives, les intervenants et participants s’accordent à penser qu’il est urgent de stimuler l’écosystème d’acteurs et de créer un environnement favorable au développement de plateformes et d’applications : le tissu des industriels, designers, chercheurs constitue un terreau favorable et des positions concurrentielles sont à prendre rapidement.