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Paul Zumthor

Essai de poétique médiévale
- Poésie = 1. une collectivité des textes „poétiques“ et 2. l'activité qui les a produits -Littérature médiévale, dans sa transmission jusqu'à nous, a été conditionnée par les techniques, alors très imparfaites, de fixation de l'écrit. D'où un ensemble de difficultés proprement philologiques (la notion d'établissement de texte est ici capitale). -Dimension musicale de la poésie médiévale - même quand il n'est pas chanté sur une mélodie, le texte est DIT et cela en vertu d'une fonctionnalité profonde (phonétique et prosodique : accents, tons, rythmes etc.) -Primat de la parole; médiatreice entre l'homme et le Dieu -Une certaine sacralité de l'écriture sensible encore au XI siècle dans la forme même des textes poétiques: „ tous les mouvements de la poésie de langue romane notés avant 1150 semblent l'avoir été par hasard, en appendice de quelque codex latin“ (Zumthor, 1972, p. 40) Puis, ce caractère s'estompe -Dans le texte poétique médiéval, l'énoncé est indissociable de l'énonciation. Geste et voix constituent pour le texte une certaine manière d'être présent: fonction situationnelle du langage est valorisée! -Le texte, pour nous, s'identifie avec le livre, objet matériel. Pour l'homme médiéval, il est objet auditif, fluide et mouvant. -Opposition: oralité – écriture -Poésie médiévale est poésie-en-situation: C'est une poétique de l'effet : elle tend à remplir une attente, hic et nunc -l'Auteur et le diseur de l'oeuvre partagent les goûts du public -Fabriqués dans les Scriptoria des monastères, puis après le XIII s par des maisons d'édition séculières (Universités), les livres circulent par vente, emprunt, copie: facteurs de conservation et d'innovation -Culture latine médiévale repose sur l'écriture et le livre. C'est une culture „classique“, si l'on entend par là la classe d'écrivains des trois derniers siècles de l'Antiquité. C'est sur cette base qu'ntre le V et le VIII siècle se forme un canon des Auctores (= les garants) possédant Auctoritastextes: ces auteurs sont cités, imités, refaits, glosés inlassablement -Toute littérature, même si elle est un produit de l'imaginaire, est conçue d'abord comme connaissance. On ne perçoit, jusqu'au XIII siècle, aucune opposition entre l'ornement formel et la fonction didactique. On réactualise, dans litteratura (cf. Tertullien le terme „superstition“) le substrat étymologique littera (cf. Etymologies) -Une idée se forme de progrès et de mouvement de l'histoire laquelle valorise, par rapport au latin, les formes propres à la langue vulgaire > théorie de la Translatio studii

-Les formes littéraires latines n'eurent longtemps aucun équivalent en langue romane, ni les formes romanes en latin. A l'époque archaïque, des contacts sporadiques se produisirent (Séquence de sainte Eulalie). Des influences indubitables ne se constatent avant le XII siècle. -Le contenu culturel et les formes d'expression transmis par les auctores avait été tôt l'objet d'une classification didactique: sept “arts libéraux“ systematisés au V s constituent la plus haute pédagogie scientifique et littéraire et comprennent trois degrés de l'enseignement: 1. arts du langage (grammaire, rhétorique) 2. arts de la pensée (dialectique) 3. arts du nombre (arithmétique, géométrie, astronomie, musique) -L'existence de cette opposition entre Litterati et Illiterati profondément enracinée dans la mentalité médiévale amena les médiévistes du XIX siècle à une fausse conclusion: dichotomie en deux espèces de littérature médiévale, savante et populaire (connotation sociale) -Fruit de l'imagination, la poésie est classée par Thomas d'Aquin parmi les branches inférieures de la logique -Très tôt, les auteurs français les plus divers affectent un culte de l'écrit relatif, non pas à leur propre texte, mais à une source autorisée et authentifiante (souvent fictive! cf. Prologue chez M. de France). Tout cela relève de la Topique-TOPOS, lieu commun intégré à la technique du chant. -Mot „traduction“ doit être pris dans un sens large: adaptations fournissant un équivalent approximatif, simplifié ou glosé, de l'original -Anonymat: auteurs, récitants ou copistes? -Le nom, quand l'auteur le déclare, s'intègre au texte, créant la fiction d'une connivence personnelle (p.65). C'est le topos dont la fonction est nominale. -Souvent, l'auteur se désigne par un „il“ : effet de distanciation rendant au texte son autonomie (récit autobiographique n'existe presque pas). -Un procédé récurrent: intervention directe de l'auteur dans le texte sous forme d'apostrophe aux auditeurs, ce que Genette (Figures II, 1969, p.78) nomme épiphrase.