Gérer l’irraisonnable : prise en charge des troubles mentaux dans lasociété actuelle

Gérer l’irraisonnable : prise en charge des troubles mentaux dans lasociété actuelle Définition des termes : La société actuelle : société post-moderne, urbaine. Société occidentale pour certains, le monde entier pour d’autres. Cette dernière acception nécessiterait une comparaison de la définition et la prise en charge des troubles mentaux entre les différentes cultures.Irraisonnable : insensibilité, troubles mentaux ? Autre définition possible : non accepté par la morale. D’après cette définition, l’irraisonnable susciterait le dédain, le rejet. Intervient ici une notion de normalité. Enfin, définition des troubles mentaux : maladie mentale, troubles de l’humeur tels que la dépression, l’isolement social, liés à la déshumanisation des sociétés ‘occidentales’ contemporaines ? Il semble donc important de différencier la maladie mentale et les troubles psychosociaux résultant de l’évolution des rapports humains des sociétés ‘occidentales’ actuelles. Trois axes se dégagent pour aborder ce sujet de la manière la plus globale possible : → Il convient d’abord d’étudier le lien entre l’irraisonnable et la maladie mentale, leur perception dépendant pour certains de la définition de la normalité → Puis de discuter de la prise en charge des troubles mentaux des sociétés actuelles post-modernes ‘occidentales’ → Enfin, une comparaison de la perception et de la prise en charge des troubles mentaux dans différentes sociétés et cultures du monde auxquelles nous avons accès

La définition de l’irraisonnable inclut une dimension culturelle, et suppose un non respect des limites comportementales et mentales de la normalité et de la moralité. Il ne faut pas non plus oublier l’influence de l’éducation et des coutumes dans la perception de la normalité, et donc de la folie. La majorité des personnes présentes s’accorde sur le fait que la normalité est définie par l’opinion formatée par la majorité. Mais alors, le ‘fou’ serait-il considéré comme tel partout dans le monde ? La perception de la folie est-elle universelle ? Le ‘fou’ est décrit médicalement comme un individu dont les actions ne trouvent pas de sens à nos yeux, dont la perception du réel et la logique diffèrent du sens commun. En ce sens, un fou sera effectivement reconnu comme fou n’importe où dans le monde. Cette définition s’écarte cependant de la notion de normalité au sens large, corrélée à la notion de tolérance et qui a contribué à la stigmatisation des différences, tant culturelles que religieuses. De plus, il n’existe pas de consensus concernant une définition précise des différents troubles mentaux existants, même si plusieurs ouvrages y font référence dans le monde. Il ne faudrait pas oublier que, dans certains pays, l’homosexualité est encore considérée comme une maladie mentale. Dans l’imaginaire collectif, le ‘fou’ est un personnage potentiellement dangereux, au comportement atypique, voire inquiétant, que l’on pourrait identifier au premier coup d’œil. Il inspire donc la plupart du temps la peur ou la méfiance. Pourtant, nombre de maladies mentales ne se révèlent pas à l’œil du néophyte qui croiserait un ‘fou’. De plus, l’anosognosie définit le fait que le malade ne se rend lui-même pas compte de sa maladie, de sa ‘folie’. Ainsi, le ‘fou’ n’est pas uniquement une personne dont le comportement intrigue, car on ne retrouve pas de raison logique pour l’expliquer, contrairement aux idées reçues et à ce que la méconnaissance générale de ces troubles porterait à croire. Une autre définition de l’irraisonnable est avancée : n’est-il pas irraisonnable de ne pas prendre en charge les troubles mentaux dans la société ? Voilà qui nous amène à décortiquer la manière dont sont traités les malades mentaux de nos jours. La prise en charge des personnes atteintes de troubles mentaux revêt plusieurs aspects : la place qui leur est accordée dans la société, l’information et les moyens mis en œuvre pour les soigner et parfois même les isoler, ainsi que les différents traitements existants. Tous dépendent cependant de la perception qu’a le grand public du ‘fou’ et de la ‘folie’. D’aucuns arguent d’un « marketing de la folie ». En effet, de plus en plus de pathologies ordinaires seraient reconnues comme des troubles mentaux, dans le but de fournir aux firmes pharmaceutiques de nouveaux clients. « Le malade mental rapporterait », donc. Pour d’autres, les personnes atteintes de maladie mentale constitueraient un gouffre financier pour la sécurité sociale, et donc pour le contribuable. Ce point de vue n’est bien entendu valable que dans les pays où existe certaines formes de prestations sociales. Les médias sont reconnus par tous comme partiellement responsables de la manière négative dont sont perçus les individus présentant des troubles mentaux ; en relayant généreusement les actes médico-légaux commis par une petite poignée d’entre eux, et largement appuyés par le manque paradoxal d’information du grand public sur les maladies mentales. Ce constat rejoint pour certains la théorie du « marketing de la folie » énoncée plus haut. La question de l’utilité du fou dans la société se pose également. Pour certains, le fou permet de poser des questions que nous ne nous poserions pas, de nous faire rêver ; ce rôle serait par conséquent fondamental et universel.

Ceux qui considèrent que le fou n’est pas utile pour la collectivité sont partagés quant à la conduite à adopter envers lui : faut-il que le réseau social prime et que la société compense le handicap que constitue le trouble mental - contrairement à ce qui se passe communément dans le monde animal où l’individu faible ou malade est abandonné par le troupeau ? Ou faut-il encore le prendre en charge pour le bien de la majorité, afin d’écarter un« danger » potentiel ? Ainsi, même si la majorité des personnes présentes s’accorde sur le fait qu’il est nécessaire de prendre en charge les personnes atteintes de troubles mentaux, certains estiment qu’elle doit consister en la tolérance de leur présence, sans leur imposer des soins ou une hospitalisation qu’ils ne souhaiteraient pas. D’autres considèrent en revanche qu’il est important qu’ils bénéficient de soins, y compris dans les cas où leur état de santé mentale ne leur permet pas d’y consentir. En pratique, tous les ‘fous’ ne sont pas internés, car tous ne sont pas dangereux. La base du traitement qui leur est proposé repose sur trois axes principaux : le traitement médicamenteux, qui pour certains est influencé par les firmes pharmaceutiques pour maintenir un certain niveau de consommation de psychotropes, la psychothérapie, à laquelle tous les patients ne sont pas accessibles, et la prise en charge sociale. En effet, il existe des structures créées pour permettre le suivi ambulatoire des patients stables et intégrés à la société. Ce dernier point reflète l’évolution de la société actuelle dans la perception et la prise en charge des troubles mentaux, en substituant l’intégration à la société à l’internement systématique des individus psychologiquement instables. Tentons finalement de comparer la perception et la prise en charge des troubles mentaux dans les différents pays et cultures que nos expériences diverses nous ont permis de rencontrer. L’impression globale est que dans toutes les sociétés, le ‘fou’ est pris en compte, comme par exemple dans certains pays d’Afrique où il est nourri par la population qui lui attribue parfois des pouvoirs surnaturels, malgré son apparence bien des fois négligée. Certaines sociétés religieuses tentent d’exorciser les troubles mentaux ; c’est le cas du Vodun en Afrique de l’Ouest, où des « Bocios » sont susceptibles de rendre fou ou guérir de la folie selon l’intention de leur concepteur. En somme, une partie de l’enjeu de la question est de définir la folie et les troubles mentaux. La « folie », au sens large, revêt une dimension spirituelle qui rendrait le fou « utile » en nous permettant de rêver, d’avancer, comme Galilée ou De Vinci en leur temps, ou simplement en nous éclairant par une logique foncièrement différente de la nôtre. L’évolution des sociétés ‘occidentales’ a abouti à une diabolisation et une instrumentalisation du malade mental, tout en lui ménageant paradoxalement une place dans la collectivité, et en lui assurant une prise en charge globale, tant médicale que sociale. Méconnue, source de crainte et de méfiance le plus souvent, la maladie mentale fait appel à notre humanité, et constitue aujourd’hui encore une part de mystère et d’incertitude dans la médecine moderne.