GILLONNAY EN ISÈRE – DE LA RÉVOLUTION À NOS JOURS – ALEXANDRE MOULIN Chapitre VII La vie religieuse – Notre Dame du Mont et ses

légendes Est-il nécessaire de présenter la chapelle de Gillonnay ? Je pense que de nombreux Gillonnois connaissent le site, non seulement par sa vocation religieuse, mais aussi par son emplacement géographique et sa vue imprenable. En effet la vue y est magnifique ! Nous pouvons découvrir notre plaine et l'horizon s’étend jusqu'aux chaînes montagneuses de Chartreuse, de Belledonne et du Vercors. Je connaissais, comme tout bon Gillonnois, la légende de notre sanctuaire transmise, de bouche à oreille, depuis des siècles. La Mairie faisait éditer en 1980, une plaquette : Notre Dame du Mont et sa légende, d’après un texte de M. Raymond MOYROUD (1). Ce travail remarquable tant par ses recherches de documents historiques que par la collecte des traditions orales auprès des Gillonnois, ne pouvait pas laisser penser qu'une autre légende existait, et pourtant... J'ai eu l'occasion de rencontrer M. MOYROUD à plusieurs reprises, nous avons parfois même échangé des documents historiques, c'est un passionné, qui s'est spécialisé dans les fouilles du château de Bressieux. Pour les nouveaux habitants où les lecteurs ne connaissant pas la légende de notre chapelle, je vais vous la conter : « Un Seigneur de Bressieux au retour d'une guerre lointaine, fut surpris en mer par une violente tempête. Il fit le vœu, s'il en réchappait d'élever à la Sainte Vierge une chapelle sur la plus haute montagne situe en face de son château (2)". D’après M. MOYROUD deux Seigneurs de Bressieux pouvaient être à l'origine de cette chapelle. Mais au fait qu'appelait-on chapelle cette époque, il ne s'agissait pas d'une chapelle telle que nous la désignons aujourd'hui, en général c'était une chapelle latérale ajoutée à une église, j'en ai pour preuve les donations faites très souvent par acte notarié dont la chapelle dédiée à Notre Dame dans l'église St-Maurice de Gillonnay. Aymar II de BRESSIEU ( à l'époque le X à la fin du mot n'était pas toujours indiqué), qui participa la seconde croisade conduite par St BERNARD. (1147/1149) Ou son fils Aymar III qui participa quant à lui à la troisième, sous les ordres de Philippe-Auguste Roi de France et du fameux Richard « COEUR DE LJON » roi d'Angleterre (1189/1192). (3) D’après le livre de F. Crozet, (1870) : Description Historique des Communes de l'Isère, la page 6 du Canton de la Côte St André (colonne de droite): « Notre dame du Mont, cette Chapelle à l'entrée de laquelle on trouve des débris du moyen âge... … c'est un lieu de pèlerinage fort ancien fondé, suivant la tradition par un des seigneurs de Bressieux, la Suite des dangers qu'il avait couru en Terre Sainte », ce qui semble confirmer les dires de M. MOYROUD La deuxième légende fait suite à un article de M. Gil DAISY : La Chapelle de Gillonnay ou les

dernières heures de la Guerre de Cent ans en Dauphiné (4) « Le Seigneur de Bressieux se range sous la bannière de Raoul de GAUCOURT, Gouverneur de la Province du Dauphiné et fait vœu à la Vierge, si le Dauphin est victorieux de lui élever une chapelle sur la plus haute montagne en face de son château. » Nous sommes en 1428. Le 11 juin 1430 au dire d'un certain Henri SAINT MAGNE (5) « les Dauphinois, 1600 hommes repoussent les 2500 Bourguignons et Allemands dont bon nombre se noient en traversant le Rhône. Le Sire de Bressieux remplit sa promesse et fit bâtir... une Chapelle, la même que l'on voit aujourd'hui, il s'y rendait souvent par un chemin travers champs...". Pour les néophytes que nous sommes qui croire, me direz-vous? J'ai depuis 1990 essayé d'élucider ce mystère, pas facile car les textes anciens demeurent introuvables. Seule certitude il est peu probable que les restes qui nous sont parvenus date de 1430, les Archéologues pensent plutôt à la fin du XVIeme siècle. N'oublions pas que Gillonnay était en terre Savoyarde alors que les Bressieux étaient Dauphinois, comment expliquer qu'un Seigneur de Bressieux puisse faire bâtir une chapelle en terre Savoyarde ? Sur quels textes anciens pouvait-on s'appuyer pour retrouver l'origine de notre chapelle autant de questions aux quelles il allait falloir essayer de trouver des réponses... Guidé par des archéologues j'entrepris de fouiller les écrits et toutes les pistes pouvaient peut être nous apporter des renseignements "Les Pouillés des provinces de Besançon et Tarentaise et de vienne de CALMETTE et CLOUZOT (Paris Imprimerie Nationale 1940 In 4/775 retrouvé aux archives Départementales de l’Ivre (Cte Bib 4/352) était une source indiscutable. Dans les Comptes de Décimes de 1275, dans le diocèse Métropolitain de Vienne à Gillonnay on retrouve le " Capellanus de Gironay " qui est imposé une livre Bressieux est imposé à part. On retrouvera dans les Taxes de Décimes du XIVeme siècle (donc vers 1300 dans "L'archipresbiteratus breissiaci" Gillonnay rattaché à Bressieux, comme la Côte St André, St Hilaire, Bressieux... Gillonnay est alors porté deux fois: Gillonnay pour Capellanus de Gillonnay 10 livres et "Prior de Gillonna" 28 Livres. Ce document prouve que le Prieuré de Gillonnay (le Prieuré St Maurice a été construit entre 1275 et le début du XIVeme siècle alors qu'Antonin MACE pensait que le clocher datait du XIeme sicle) mais qu'il existait un " Chapellain " dès 1275 sur Gillonnay. Donc une église qui se trouvait probablement sur le site de notre Dame protégée par le Château de Perrières tout proche. Un seul livre ancien décrit vraiment notre région, c'est en parcourant les 580 pages du " Mémoire sur la concession de la plaine, anciennement Fort de Bièvre "(Grenoble, Imprimerie Royale 1780) que l'on retrouve la description des plusieurs axes de communication de la plaine. Ces axes parlent des limites Ouest de la plaine de la Bièvre en 1479 et le 20 février 1583, à deux reprises on parle du chemin de St Etienne (de St Geoirs) à Notre-dame du Mont.. Un Charte de liberté du 5 décembre 1314 ne parle que de Gillonnay, Notre-Dame n'est pas cité, ceci pourrait étayer la légende de Henry St MAGNE. Dans un bulletin du district de la Côte St André (N° 19 de 1983) Gaston LAURENCIN relate des faits de 1435 : Jean de BUFFEVANT entreprend de dresser le Terrier de tous les Tenanciers de la Seigneurie de Flévin, (d'après une copie du XIXeme siècle, se trouvant au Château de Ternay, Ferdinand BADIN en a fait une reproduction fidèle qui se trouve la Bibliothèque Municipale de Grenoble). Etendu de la Seigneurie de Flévin : les biens albergés (loués) étaient situés dans une langue de terrain qui partait du Nord-Est de la Côte St André franchissant le territoire de Gillonnay au couchant de la Chapelle de Notre-Dame du Mont.

Il serait intéressant de voir l'original j'ai peur que le mot chapelle ait été rajouté sur la copie du XIXeme sicle, ce qui est sûr c'est que Notre-Dame existait donc en 1435. M. MOYROUD l'auteur de Notre-Dame du Mont et sa légende a par ailleurs trouvé un texte plus ancien aux Archives Départementales de l'Isère (côte B3400) « Au début du XIVème siècle le Sanctuaire était l'objet d'une haute vénération, il recevait des legs nombreux pour son luminaire, même des biens immobiliers tels qu'un bois au lieu dit Archambaud » ce qui permet d'éliminer purement et simplement la deuxième légende. Antonin MACE en 1860 nous indiquait que la chapelle primitive était beaucoup plus grande que celle qui existe actuellement, (La sécheresse de l'été 1989 laissait apparaître une aile côté Sud d'environ 6 mètres de large par 7 de long. Les travaux d’aménagement effectués par la Mairie de Gillonnay en 1991 ? allaient nous faire découvrir les fondations de l'édifice primitif. Il faut profiter de cet ouvrage pour féliciter l'équipe de jeunes qui ont travaillé souvent dans des conditions difficiles avec la neige, ils étaient encadré par Alain ARMAND qui a su préserver l'aspect bucolique de Notre-Dame, beaucoup de Gillonnois avaient peur de voir du goudron. Le décaissement côté Nord allait mettre en évidence le cimetière qui entourait comme, dans toutes les églises, la chapelle. Je savais que le cimetière entourait la chapelle c'est Charles BOUVIER fils qui m'en avait parlé et la découverte de documents l'attestait. L’édifice mesurait 21 mètres de long mais semblait légèrement plus étroit que la chapelle actuelle, il avait une aile côté Sud de 7 mètres de long par 6 de large, l'ogive tait probablement l'entre de la chapelle latérale juste en face du château de Bressieux. L’édifice actuel qui date de 1829 suite aux travaux entrepris par l’abbé BAUDOIN, la tradition orale nous rapporte que ces travaux étaient fort contestés, Le curé BAUDOIN envisagea même de déplacer l’édifice en contre bas, la vierge qui se trouvait dans la niche au dessus de la porte d'entrée, aurait même été descendue à l'emplacement prévu et, comme par enchantement, serait revenue "toute seule" à sa place originelle, (l'originale est actuellement en dépôt au musée Dauphinois, elle daterait peut-être du XIIIeme siècle), on peut voir une très jolie copie en résine faite en 1984 par M. PORCELLI habitant Cour et Buis. M. Raymond MOYROUD dans son ouvrage nous raconte : Au moment des guerres de Religions, Notre-Dame du Mont fut brûlée par le Baron des Adrets ainsi que le prieuré voisin ( Sur la Baronnie de Bressieux, Guy ALLARD, Dictionnaire Historique du Dauphin, Grenoble, 1864 in 8° T.1 p. l86). En 1585 la riche famille GIRARD de St PAUL, originaire de la Côte St André entreprit de relever Notre-Dame du Mont on peut supposer que les plus anciens vestiges, qui nous sont parvenus datent de cette restauration (Salvaing de Boissieu, de l'usage des fiefs et autres droits seigneuriaux en Dauphiné, in 4°, 1664, p. 567 p.572) En 1723 la cloche de Notre dame du Mont est bénie par Messire HUMBERT curé, le parrain est Louis BERTON, la Marraine Demoiselle BERTON sa Fille ( 4em Registre de Baptêmes, Mariages et sépultures de Gillonnay que l'on peut trouver en Mairie, folio 351). La signature de mon ancêtre Jean EMPTOZ FALCOZ ancien consul en 1702 apparat en bas de l'acte. J’espère que nous pourrons vérifier lors des travaux de restauration de l’édifice si la cloche a pu traverser les siécles pour envisager de la classer au patrimoine national. Un détail donné par le Directeur Clérical de Montgontier en 1924: "Les cadets de la Maison de BOCSOZEL qui rentraient dans les ordres avaient conservé le pieux usage de

dire leur première messe au sanctuaire très ancien mais trop oublié de nos jours de NotreDame du Mont sur Gillonnay" (Matre VEYRON LACROIX Notaire à St Etienne de St Geoirs, auteur de la chronique " au bon vieux temps ", bulletin cantonal de St Etienne de St Geoirs,1924). Nous voyons passer depuis quelques années des pèlerins se rendant St Jacques de Compostelle, Notre-Dame se trouverait sur les sentiers menant cette ville d'Espagne. Mais au fait qui a érigé Notre Dame du Mont en chapelle de Secours ? Plusieurs legs et dons que j'ai découverts en 1993 nous apportent quelques précisions : (ADI : 4V55 Cultes et Edifices Diocésains communes de Génas Gillonnay An XIII-1900) Erection de la Chapelle Notre-Dame du Mont en chapelle de secours, courriers de 1860 à 1865 Au XIXe sicle, en application du Concordat de 1801, les prêtres de la religion catholique (que dans le texte de loi on désigne sous le nom de "desservants.") recevaient de l'Etat une maturation dont le montant tait fonction du nombre d'habitants de la paroisse mais aussi du nombre d’édifices (églises ou chapelles) dans lesquels le culte était célébré. De ce fait, de nombreux responsables de paroisses cherchaient remettre en service d'anciens lieux de culte parfois désaffectés depuis longtemps. Par ailleurs seuls les édifices cultuels agrées par l'Administration étaient en mesure de pouvoir recueillir les donations ou legs des fidèles souhaitant après leur mort faire dire des messes ou des prières pour le repos de leur âme. C'est dans le cadre de cette réglementation que le dossier d’érection de la Chapelle de Notre-Dame du Mont en chapelle de secours fut constitué et soumis à l’agrément du Préfet de l’Isère. Testament du 9 février 1860 par-devant Jean Auguste MOTTET Notaire à la Résidence de la Côte St André Virginie GUILLOT propriétaire et aide de service domiciliée à Gillonnay, originaire de la Côte St André lègue à la Fabrique de l’église de Gillonnay la somme de huit cents francs dont deux cents francs pour l'entretien de la chapelle de Notre Dame du Mont située à Gillonnay et six cents Francs pour l'acquisition d'un lustre pour l’église paroissiale de la dite église de Gillonnay. Donne au Curé de Gillonnay qui dessert cette paroisse à mon décès la somme de quatre cents francs pour faire dire des messes et prières pour le repos de mon âme. Sont cités Joseph REVOL Instituteur Communal ( Gillonnay) et Hugues BERTHOLON Propriétaire et Instituteur ( St Hilaire de la Côte) Le 23 Avril 1865 Délibération du Conseil de Fabrique du 23 Avril 1865 : Érection de la Chapelle Notre-Dame du Mont en chapelle de secours, courriers de 1860 à 1865 Le 09 Janvier 1866 Ministre de la justice et des Cultes. Erection en chapelle de secours d'une chapelle Gillonnay. Considérant que l’éloignement du hameau de Notre-Dame et de l’église est trop considérable par les habitants de cette partie de la commune puissent facilement s'y rendre. Que 1' Eglise dont on demande l’érection en chapelle de secours est déjà très fréquentée par les habitants, que ce sanctuaire a été dernièrement restauré et qu'il est pourvu de tous les objets cessionnaires au culte." Par ces motifs sommes d'avis que l'Eglise Notre Dame du Mont sur la paroisse de Gillonnay soit érigée en Chapelle de secours le 9 janvier 1866

Le 27 Mars 1866 Napoléon par la grâce de Dieu La Chapelle de Notre Dame du Mont situe dans la Commune de Gillonnay canton de la Côte St André arrondissement de Vienne département de l’Isère est érigée en chapelle de secours. Le culte y sera célébré sous la Direction du desservant de la succursale de Gillonnay et sous l'administration temporelle de la Fabrique de cette succursale. Le Trésorier de la Fabrique de l’église succursale de Gillonnay est autorisé à accepter les legs par ladite Virginie GUILLOT. Les 200F seront placés en rentes à 3% sur l'Etat Signé le Garde des Seaux :J. BAROCHET. Le Préfet de l’Isère La Chapelle de Notre-Dame au XXe sicle En 1961, la Commune de Gillonnay a fait procéder à une importante rénovation alors que la chapelle n'avait pas reçu de travaux d'entretien depuis que l’Abbé MARGUERY avait fait refaire le plafond en plâtre dans les années 1925. En raison de la mauvaise étanchéité de la toiture couverte de tuiles creuses, manquant de pente, les gouttières avaient abrégé la dure de ce plafond qui était totalement hors d'usage. Suivant les plans de l'architecte Albert Ribollet, il fut alors procédé à la réfection de la toiture, cette fois en tuiles mécaniques de teinte vieillie, la consolidation du clocheton qui avait subi les preuves des intempéries et la réalisation dans la nef d'une voute en anse de panier recouverte en lambris, comme celle de la chapelle du Château de Virieu ou encore comme on en trouve dans certaines chapelles anciennes des Alpes, dans la région du Plateau d'Assy en Haute-Savoie. Ce chantier très particulier fut confié à l'entreprise de menuiserie MONNET de Saint-Hilaire de la Côte et l’exécution réalisée par Jean FAYOLLE de la Frette, un compagnon menuisier hautement qualifié, alors que l'armature supportant le lambris était l’œuvre d’André CIVET, artisan charpentier à Gillonnay, le père du documentaliste de cet ouvrage. La décoration intérieure permit Jean-Pierre Guillot, formé à l'Ecole des Beaux Arts de Lyon dont l’épouse est d'ascendance gillonnoise d'affirmer son talent en peignant les fresques représentant aussi bien la légende du Seigneur de Bressieux que l'Annonciation la Vierge ou la Nativité et en créant un chemin de croix en étain repoussé très original. En 2002, les travaux de restauration envisagés par la Mairie et la Communauté religieuse sont supervisés par une Architecte du Patrimoine, une Commission rassemblant des lus et des extérieurs suit le projet. Nous espérons que les premiers chantiers vont débuter prochainement. Plusieurs subventions ont été obtenues avec l'aide de M. Jean BOYER Sénateur honoraire, très attaché au site. De nombreux postes sont envisagés, éclaircissement du plafond, réfection des murs et du sol, toiture et clocheton remis neuf. Rappelons que depuis plusieurs années des fonds sont collectés lors de Gala de Danse Classique par les Ballets « La Sylphide ». Ces Manifestations sont organisé par M. Sévère PORRINI que nous avons pu voir sur scène avec les danseuses lors du gala de cet année qui a fait salle comble, ce qui prouve l'attachement des Gillonnois pour notre chapelle. Texte d'Hervé André

Le texte de la plaquette de M. Moyroud est numérisé à http://www.scribd.com/doc/108037793/gillonnay-moyroud

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