Université populaire de Caen – Contre-histoire de la philosophie par Michel Onfray n° 191

Séminaire du lundi 30 mai 2011 – 9ème année #21

APPENDICE LACANIEN
F. Dolto & J. Lacan

SYNOPSIS :
1./ QUI EST LACAN ? 1) Venu de Maurras qu’il a rencontré  Participe avant-guerre à des réunions maurassiennes  Méprise le Front Populaire  Rédige en 1938 « La Famille » pour L’Encyclopédie française pour défendre la famille traditionnelle. 2) Hostile aux Encyclopédistes 3) Anti-parlementariste 4) Fasciné par Léon Bloy 5) Signifie son mépris des Résistants dont il fait des « irresponsables ». 6) S’affiche en même temps avec des pétainistes dans un restaurant de marché noir 7) Se marie à l’église 8) Inscrit sa fille Judith dans une école catholique 9) Lui fait faire sa communion 10) En 1953 : souhaite rencontrer Pie XII pour envisager un compagnonnage psychanalyse /catholicisme  La rencontre privée n’eut pas lieu, mais il est allé à une audience publique 11) Mai 68 le voit toujours maurassien, opposé à la révolte 12) Mai profite opportunément de Mai pour prendre le train de l’histoire en marche  Rôle de son gendre Jacques-Alain Miller. 2./ LE LACANISME 1) Succès des Ecrits dans les années 70. 2) Paris, donc la France, devient le lieu de la renaissance du freudisme orthodoxe  Ce qui explique que la France soit terre de psychanalyse 3) On parle d’une relecture de Freud 4) Freud, L’analyse profane (XVIII.9) :  Que se passe-t-il entre le patient et l’analyste ?  « Il ne se passe entre eux rien d’autre que ceci : ils se parlent ». 5) Lacan fait de cette logothérapie une passion française  Version transcendantale de la psychanalyse viennoise  Une partie de son succès : a) Les références philosophiques :  L’androgyne et Banquet de Platon  La loi et la Critique de la raison pratique de Kant  Domination/servitude dans la Phénoménologie de l’esprit de Hegel  La métaphysique et la phénoménologie de Etre et temps de Heidegger  L’anthropologie structurale de Lévi-Strauss b) Les mathématiques contemporaines :  Les nœuds borroméens 1/6

Université populaire de Caen – Contre-histoire de la philosophie par Michel Onfray n° 191

c) La littérature :  Les romans de Sade  L’Ulysse de Joyce  L’œuvre de Bataille d) La caution de l’ENS  L’appui d’Althusser 3./ LE LACANISME DANS SES ŒUVRES PRATIQUES A./ LACAN a) Le personnage extravagant :  Le dandy surréaliste  Les séances ultracourtes b) La revendication de la maîtrise, la défense de la servitude :  Le mépris des patients, voire les coups  L’usage cynique de l’argent B./ LE CAS a) Un cas concret :  L’équivalent des histoires d’analyse freudiennes  Pierre Rey, 1988, Une saison chez Lacan.  Un « récit »  Comme Les mots pour le dire de Marie Cardinal, le livre compte pour la légende 1. Pierre Rey, beau, jeune  Collectionne les aventures d’un soir  Joue au casino, engloutit des fortunes  Vit la nuit  Peintre, ancien élève des beaux-arts  Dirige Marie-Claire à 33 ans  Après avoir chroniqué la vie mondaine et parisienne dans Arts et spectacles et Paris Jour  Dispose d’une voiture avec chauffeur  Entre dans un magasin de chaussures, ressort avec la vendeuse 2. Appelle Lacan qui lui demande ses raisons  « ça ne tourne pas rond »  10 années d’analyse  Le prix d’une séance selon cet homme riche : « exorbitant »  Ne donne pas le tarif mais parle de 3 billets – des Pascal à 500 francs donc  200 euros aujourd’hui : chaque jour… pendant dix ans…  Trouvera des sommes considérables pour payer son analyse  « M’eut-il demandé de le rejoindre aux antipodes pour une entrevue de vingt secondes à dix millions, j’aurais trouvé l’argent et j’y serais allé » 3. Raconte ses amis, ses amours, ses rencontres, ses conquêtes  ses relations avec un ami psychanalyste avec lequel il boxe, sort le soir, mange, parle, dîne, joue à la roulette russe et en mourra. 4. Abandonne le journalisme pour trouver de l’argent  Ecrit des best-sellers chez Laffont  C’est l’époque de : Papillon et Le Parrain qui se vendent par millions  1972, publie Le grec, un roman inspiré d’Onassis 2/6

Université populaire de Caen – Contre-histoire de la philosophie par Michel Onfray n° 191

 

Puis La veuve (inspiré de Jackie Kennedy) Palm Beach, Sunset, Bleu Ritz, etc…

C./ LE PARLER LACAN 1. LE SABIR : a) Se met à parler de lacan…  Mélange description de plages, de St Tropez, de côte ouest, d’Irlande  Et de : « Quoi du sien, lorsqu’on sait qu’en cette dialectique, figé par la définition dans le non-agir, il tient la place du mort où la vie même se dérobe ? »  Cf. 789 néologismes de Jacques Lacan édité par « L’Ecole lacanienne de psychanalyse ». b) Séances de lecture avec son ami lacanien,  Ne comprend rien, mais estime la chose trop profonde pour lui…  Il faut l’initiation… 2. LE CALEMBOUR a) Le calembour comme méthode CF. Psychopathologie de la vie quotidienne de Freud.  Destruction de la méthode classique :  Dialogue, dialectique, sophistique, rhétorique, logique b) Création d’une autre logique :  Héritée du cadavre exquis ou de l’automatisme théorisé par Breton. 3. LA NUMEROLOGIE : a) Rey écrit une pièce de théâtre baroque, kitsch :  Un homme parvient au seuil des abysses à une profondeur de « 63 mètres 27 »  L’ami psychanalyste demande pourquoi 63 et 27  Pas de réponse  Un mois plus tard, les deux hommes se gênent dans la porte d’un restaurant  Le psy, à Rey : « Merde, qu’est-ce que tu es grand… Combien tu mesures ? »  Réponse : « 90 »  L’analyste : « 63 et 27, ça fait combien ? ». b) Serveuse de bar analphabète, 40 ans  Perd son travail pour cause d’évanouissements réitérés sans raison  Explique sur le divan que chaque dimanche, elle joue au tiercé  Un jour : rêve d’une combinaison 4, 4 et 9  A 15 ou 18 mois, a subi un traumatisme  Sa mère la cajole,  Arrive un amant avec un manteau blanc qu’elle étale sur le lit  L’amant se fait pressant, l’enfant crie, la mère la pose sur le manteau  L’enfant défèque, la mère se met en colère :  « Elle a fait caca sur la manteau neuf »  caca/neuf, donc 4, 4 et 9…  Or caca n’égale pas quatre plus quatre… 4. LES LETTRES : a) Rey convoque le Cours de linguistique générale de Saussure (1905)  Contemporain de la création de la psychanalyse par Freud à Vienne  « Deux moments clés de l’histoire de la pensée. La vis, l’écrou ».  Lacan fut l’homme de cette rencontre 3/6

Université populaire de Caen – Contre-histoire de la philosophie par Michel Onfray n° 191

 Cf. « L’inconscient est structuré comme un langage »  D’où les jeux de mots, les calembours à effets thérapeutiques b) Exemples avec Pierre et Rey : 1. Avec le prénom, Pierre :  Investir dans la pierre  Possibilité, pour la mère, de bâtir son église sur cette pierre  Avoir une pierre autour du cou  Pouvoir jeter une pierre si l’on n’a pas péché  Jeter la première pierre 2. Avec le patronyme : 1. Nom des ancêtres pèlerins de Compostelle  Ils se regroupaient pour éviter les pillards en route  Arrivant à 1 000 ou 2 000, tous couraient  Le 1er arrivé qui touchait la statue du saint était proclamé « Rey » 2. D’où : Rey est un bon coureur…  Fatalité du signifiant 3. Théorie de Rey :  « Dès lors qu’elle l’investit, la lettre est maître de l’être, en quoi s’abolit à son tour l’être devenu lettre » 5. LES REVES : A./ UNE LECTURE LACANIENNE :  Reste d’un rêve au moment du réveil :  « Anthony Quinn s’est penché par la fenêtre » :  le lacanien lit d’abord : « An Two, ni Quinn »  il déchiffre : « An Two (« an » en français, « two » en anglais, c’est (sic) « l’An deux » du « O soldats de l’An Deux »). Le rêve me renvoie donc (sic) à un événement qui se déroula lorsque j’avais deux ans, dans l’An Deux de mon âge. Mais – pourquoi pas ?ce pourrait être aussi bien (sic) à Victor Hugo, qui ferait alors (sic) référence à mon « moi victorieux » (« Victor Ego » (sic)) ou (sic) à mon père, et de mon père à la loi, de la Loi à ses représentants, de ses représentants à la liberté, de la liberté à la prison, de la prison à un blocage psychique, du blocage aux barreaux, des barreaux au métal, du métal au papier, du papier à l’écriture, de l’écriture à moi-même, etc (sic) »…  La comptine comme discours de la méthode lacanien…  Pierre Rey poursuit :  « De métaphore en métonymie, de glissement en condensation, jamais épuisée, la règle du système, pour qu’il fonctionne, est de rester toujours ouvert ».  Travaux pratiques :  « Demeurent les deux dernières syllabes de « Anthony Quinn » - « ni quinn ». Toujours sans essayer de décoder (sic), mais s’imposant à moi malgré moi, j’y entends « Ni », première partie du diminutif du nom de ma mère, et Quinn – à lire (sic) « queen », en anglais, la reine, la reine mère. Mais cette « reine » de « Queen », aussi bien, peut s’articuler autour du « Rey-roi » de mon nom – en quoi, selon que je l’accepte ou que je le refuse (sic), le sens général de la lettre, partant (sic), de la totalité de mon rêve, sera modifié ».  Chacun comprendra que l’inconscient parle plusieurs langues,  Celle qui facilite le meilleur jeu de mots  Quels que soient les labyrinthes empruntés, on se retrouve toujours face à sa mère… 4/6

Université populaire de Caen – Contre-histoire de la philosophie par Michel Onfray n° 191

Suite et fin de l’auto-analyse :  « Pas davantage, rien ne n’empêche (sic) de relier le « Quinn » au « s’est » du « s’est penché » qui lui fait cortège, ce qui donnerait (sic) « Quinn-s’est », c’est-à-dire, avec l’aide d’une minuscule altération phonétique (sic !), « Quinn-cé », « coin-cé » (sic) – une fois de plus (sic), pourquoi pas (sic) ? Compte tenu de la mise en garde qui précède, chacun pourra jouer à faire toutes les associations qu’il lui plaira sur le « s’est penché par la fenêtre » qui achète la phrase ». Et la chute : « A un détail près : ce ne sont pas les miennes »

B./ UNE LECTURE NON LACANIENNE : a) La présence d’Anthony Quinn ? b) Pierre Rey fut l’auteur d’une pièce intitulée La mienne s’appelait Régine  Créée au Théâtre de l’œuvre avec Pierre Dux  Avec Léonie Cooreman plus connue comme Annie Cordy c) Cette pièce est devenue un film aux USA, Regina Roma (1982)  Avec Ava Gardner et Anthony Quinn d) Pas besoin de convoquer Saussure, Freud et Lacan  Pour déboucher sur le nom de la mère… 6./ LES ACTES (1) a) Pierre Rey propose une définition de savoir à Lacan :  « Voir le ça »  Lacan : « Je ne puis l’accepter » b) Une voisine, antiquaire blonde, s’est faite voler une « canne d’ébène noire au pommeau d’argent ciselé ».  Un client de Lacan habillé en dandy est le voleur  Pierre Rey sollicite Lacan pour qu’il intervienne  Il raconte l’histoire et conclut : « on a volé la canne »  En mangeant la dernière syllabe : « on a volé Lacan »…  « En volant la canne de l’antiquaire, il est possible d’avancer que le muscadin, par le truchement de son larcin, cherchait à s’approprier Lacan. Ses biens, son phallus (sic !) et son nom, représentés soudain par un glissement de signifiants où Lacan, se réduisant à la phonétique de ses deux syllabes (la-can’), se métamorphosait, métaphoriquement, en objet de son désir : avoir la canne, être la canne »…  Or (mo) Lacan n’est pas la canne…  « ne » scotomisé… 7./ LES ACTES (2) a) Rey travaille dans une radio pour donner la parole à Françoise Dolto  Fasciné par elle, craint son regard  Donne une preuve de son génie à l’antenne :  Elle converse avec un enfant de 7 ans qui se plaint  Son frère cadet de 3 ans embête tout le monde  Fait pipi au lit,  Pleure  Contraint sa mère à se relever la nuit  Fait des choses spécialement pour lui nuire :  Se ronger les ongles par exemple  Explication de Dolto : 5/6

Université populaire de Caen – Contre-histoire de la philosophie par Michel Onfray n° 191

 « Eh bien, Marc, toi tu dois cesser de ronger ton frère » b) Dolto met Rey dans l’embarras :  Lui demande : « Est-ce que je vous plais ? »…  Elle ajoute : « Comme femme »…  Commentaire de Rey :  « Tout désir n’est que la métaphore du désir premier relié à l’évidence à la culpabilité de l’inceste. Or, ce désir ne s’articule pas sur la pulsion, mais dérive du signifiant de l’objet qu’il désigne, le mot « mère ». Car avant d’être un objet de désir, « Mère » est un signifiant et reste un signifiant : désir d’un signifiant »… CONCLUSION a) 10 années d’analyse.  3 000 séances (600 000 euros) b) Bénéfice existentiel :  Il peut enfin rentrer dans une échoppe à St Tropez, Cannes, etc  Et demander sans angoisse :  « Deux baguettes, je vous prie, six yaourts et un paquet de beurre » c) Pierre Rey : « L’avouer aujourd’hui me fait sourire : je suis toujours aussi phobique. Mais entre temps, j’ai négocié avec mes phobies » (77)… d) Selon Mme Roudinesco, Jacques Lacan. Esquisse d’une vie, histoire d’un système de pensée :  « Au bout de trois mois, le patient allait mieux. Ses symptômes phobiques avaient disparu » (501)…

BIBLIOGRAPHIE
          Pierre Rey, Une saison chez Lacan, Robert Laffont Bernard Sichère, Le moment lacanien, Grasset Lacan, Le triomphe de la religion, Seuil Maria Pierrakos, La "tapeuse" de Lacan. Souvenirs d'une sténotypiste fâchée. Réflexions d'une psychanalyste navrée, L'Harmattan Gérard Haddad, Le jour où Lacan m'a adopté, Grasset François George, L'effet 'Yau de poêle. De Lacan et des lacaniens, Hachette Marc Reisinger, Lacan l'insondable, Les empêcheurs de penser en rond François Roustang, Lacan. De l'équivoque à l'impasse, Editions de minuit Elisabeth Roudinesco, Jacques Lacan. Esquisse d'une vie, histoire d'un système de pensée, Fayard 789 néologismes de Jacques Lacan, EPEL

6/6

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful