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Jeudi 4 octobre 2012

universités & grandes écoles

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Le droit fait rêver mais pas toujours réussir
Afflux à l’entrée de la première année, échec à la sortie, rien ne va plus dans cette filière asphyxiée
que les taux de réussite s’améliorent de deux à trois points depuis 2007,aveclamiseenplacededispositifs d’accompagnement. Plusieurs universités, comme ParisPanthéon-Assas, proposent ainsi un parcours renforcé et des mises à niveau qui améliorent significativement les résultats. choisir une spécialisation plus progressiveet plus professionnelle,propose Emmanuel Zemmour, présidentdu syndicatétudiant UNEF. Or je constate que le monde du droit reste fermé sur lui-même, avec des mandarins à la vision malthusienne et sélective des cursus», s’insurge-t-il. L’autre syndicat étudiant, la FAGE, émet un point de vue assez proche. « Il faut offrir partout en France des formations professionnalisantes, avec stages, études de cas, et des enseignants en contact avec le monde du travail », estime Allan Rochette, chargé des sciences sociales et par ailleurs doctorant en droit à Avignon. Pour le directeur de l’UFR de droit de Nanterre « il faut sortir de la caricature. Nos formations sont professionalisantes. Depuis 25 ans, nous offrons des cursus droit et langueouéconomieetdroit. Nousn’arrêtons pas d’innover. En 2011, nous avons ouvert un diplôme de droit international.» p
Isabelle Rey-Lefebvre

R

Les cursus sélectifs et payants se multiplient
LE PRIVÉ développe ses formations. Le premier coup de canif est venu de Sciences Po Paris qui, dès 2009, a créé son Ecole du droit. Destinée à ses diplômés et aux titulaires de licence, elle propose un master en deux ans pour devenir juriste, présenter les écoles du barreau ou de la magistrature. L’initiative a soulevé un tollé dans le monde universitaire, avec pétition signée par 400 enseignants, tribune publiée dans Le Monde de Paul-Henri Antonmattei, président de la Conférence des doyens, qui parlait de « provocation» car cette formation de seulement deux ans battait en brèche le monopole des facultés dans la délivrance des masters de droit. « Notre cursus est une expérimentation qui ne fait pas concurrence aux facultés de droit mais plutôt aux écoles de commerce », se défend Christophe Jamin, à l’origine du projet. « Nous accueillons 400 étudiants dont 20 % de boursiers, de 30 nationalités, avec une pédagogie innovante, sans cours magistraux.» Les droits d’inscription vont de 0 à 13 000 euros avec un coût moyen de 4 500 euros par an. Les intervenants viennent de grands cabinets d’affaires, comme Clifford Chance et Gide Loyrette, partenaires initiaux. Piquées au vif, d’autres universités ont ouvert leur collège de droit, sélectif et payant, comme Paris-Panthéon-Assas, sous l’impulsion de Louis Vogel et en partenariat avec l’Institut européen d’administration des affaires. Il accueille, pendant cinq ans, 500 étudiants sur les 15 000 que compte la faculté : « Nous souhaitons répondre aux besoins des grands cabinets d’affaires et des entreprises. Nous introduisons de la culture générale au sein d’une solide formation juridique, alors que Sciences Po fait plutôt l’inverse», détaille Louis Vogel.

Provocation Les universités de Paris-Panthéon-Sorbonne, Paris-Sud, Montpellier-I, Toulouse-I-Capitole, AixMarseille ont suivi l’exemple. Lyon-III-Jean-Moulin joue l’originalité en proposant un enseignement à distance à une trentaine d’étudiants, associant systématiquement un universitaire et un praticien. Enfin, l’Ecole privée des hautes études appliquées du droit (Head) vient, le 25septembre dernier, d’ouvrir ses portes à 25 étudiants triés sur le volet. Il s’agit d’une société privée, créée par des associés de deux grands cabinets d’avocats, Mayer-Brown et Darrois, mais qui ne peut délivrer de master faute d’un partenariat avec Paris-Panthéon-Sorbonne. La formule est contestée par les enseignants. Qui n’hésitent pourtant pas à y dispenser des cours. Quand ils ne préfèrent pas le travail dans des cabinets prestigieux. Un bon moyen de marier théorie et pratique, public et privé, traitement et honoraires. p
I. R.-L.

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ien ne va plus avec les études de droit. L’échec en première annéeest à lahauteurdel’engouement pour cette filière aux débouchés parfois incertains. Sur 1,4 millions d’étudiants d’université, 15 % sont inscrits en droit.Unefilièreoùseulementquatre étudiants sur dix passent en deuxième année et où seuls 35 % sont cadres deux ans après avoir décroché leur master. Même la Cour des comptes a scruté le sujet. Dans un référé publié le 11 septembre 2012, les magistrats estiment que le passage du cap des 200 000étudiants s’est faitsansque«leministèredel’enseignement supérieur et de la recherche ait pris des mesures pour faire face à ce déséquilibre entre offre et demande». Conséquence : l’échec massif d’étudiants, toujours attirés par cette discipline inabordée au lycée et qui renvoie à l’image du métier de juge ou de celui d’avocat. Les effectifs ont flambé de 10,5% entre2005 et 2009, quand le nombre d’enseignants ne progressait que de 6,5 %. Le problème est particulièrement aigu en région parisienne où le quart des inscrits en première année d’université l’est en droit. Cette rentrée, 930 bacheliers candidats qui n’avaient pas trouvé de place rejoindront des amphis surchargés, le rectorat ayant finalement imposé aux facs franciliennes de les accueillir. Cetaffluxfaitchuterletauxd’encadrement qui oscille entre 10,6 et 28,3 enseignants pour 1 000 étudiants, quand il est en moyenne de 36,7 toutes filières confondues. Le budget consacré à la formation de chaque futur juriste est donc 2 à 6 fois inférieur à celui d’un autre étudiant. A Paris-Ouest-Nanterre, par exemple, l’UFR de droit dispose de 248 euros par étudiant, contre 877euros en économieouen activité physique et sportive. 40 % des étudiants passent en deuxième année, 35 % redoublent, 22 % s’évanouissent dans la nature et 2,5%se réoriententà l’université. Les magistrats de la Cour des Comptes constatent tout de même

En droit, échec supérieur aux autres disciplines
QUE DEVIENNENT LES BACHELIERS DE 2009 APRÈS UN AN DE DROIT ? COMPARAISON AVEC L’ENSEMBLE DES DISCIPLINES Passage en L2 ou niveau équivalent Changement d’orientation Redoublement en L1 Sortie de l’université + 10 % ÉVOLUTION DES EFFECTIFS ENSEIGNANTS ET ÉTUDIANTS EN DROIT, entre 2005 ET 2009

en %

Débouchés incertains En revanche, les auteurs du rapport restent assez pessimistes sur l’insertion professionnelle de ces diplômés. Selon une enquête de l’Agence pour l’emploi des cadres (APEC),65%destitulairesd’unmaster étaient cadres deux ans après leur sortiede l’université,mais seulement 35% des juristes. Les enquêtes du Centre d’études et de recherche sur les qualifications (Céreq) ont elles aussi mesuré que l’insertion professionnelle des diplômés en droit est inférieure à la moyenne, qu’il s’arrêtent après une licence ou un master. Selonl’Insee,les métiersdu droit comptent entre 100 000 et 145 000 personnes. Difficile dans ces conditions pour les 20 700 diplômés de master et les 800docteursdetrouverdesdébouchés. « Ces chiffres sont pessimistes. Nos propres enquêtes montrent que nos diplômés s’insèrent très bien, à plus de 80 % », nuance pourtant Louis Vogel, président de la conférence des présidents d’universités, ancien président de Paris-Panthéon-Assas. « Aux métiers du droit s’ajoutent les débouchés de la fonction publique, pondère Matthieu Conan, directeur de l’UFR de droit de Nanterre. Plus de 20% des diplômés du master droit public réussissentles concoursde la catégorieA de la fonction publique.» Au-delà des chiffres, ce rapport pointe– commebeaucoupd’autres avant lui – l’inadéquation des études de droit aux besoins des entreprises, des futurs employeurs, mais aussi des étudiants. «Cela fait longtemps que l’on sait qu’il faudrait des enseignements plus généralistes les trois premières années, pour permettre aux étudiants de

Droit
35,2 % 40 %

Ensemble des disciplines
+ 6,5 % 42,3 % 26,3 %

26 466 étudiants
2,5 % 22,4 %

149 537 étudiants

2,9 % Enseignants- Etudiants chercheurs (+ 17 634) (+ 225)

28,6 %

SOURCE : COUR DES COMPTES

Illustration : Killoffer

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