VISION DES ÉTUDIANTES ET ÉTUDIANTS

L’avenir du système d’éducation postsecondaire de l’Ontario

SEPTEMBRE 2012 | FÉDÉRATION CANADIENNE DES ÉTUDIANTES ET ÉTUDIANTS–ONTARIO

Pour des renseignements sur le présent document, veuillez vous adresser à: Fédération canadienne des étudiantes et étudiants–Ontario 180, rue Bloor Ouest, bureau 900 Toronto (Ontario) M5S 2V6 Tél. 416.925.3825 Télécopie 416.925.6774 Courriel communications@cfsontario.ca Site Web www.fceeontario.ca This document is also available in English

FÉDÉRATION CANADIENNE DES ÉTUDIANTES ET ÉTUDIANTS–ONTARIO
La Fédération canadienne des étudiantes et étudiants–Ontario, avec ses plus de 300 000 membres représentés par 37 syndicats étudiants dans toutes les régions de la province, est la voix des étudiantes et étudiants du niveau postsecondaire en Ontario. Fondée en 1981, la Fédération représente des étudiantes et étudiants qui font des études au niveau collégial, au premier cycle ou aux cycles supérieurs universitaires, à temps plein ou à temps partiel.
Algoma University Students’ Union Brock University Graduate Students’ Association Carleton University Students’ Association Carleton University Graduate Students’ Association Association étudiante de la Cité collégiale Student Association of George Brown College Glendon College Student Union University of Guelph Central Student Association University of Guelph Graduate Students’ Association Lakehead University Student Union Laurentian Association of Mature and Part-time Students Laurentian University Graduate Students’ Association Laurentian University Students’ General Association Laurentian Students’ Union at Barrie Association des étudiantes et étudiants francophones de l’Université Laurentienne McMaster University Graduate Students’ Association Nipissing University Student Union Ontario College of Art and Design Student Union Student Federation of the University of Ottawa Graduate Students’ Association des étudiant(e)s diplômé(e)s de l’Université d’Ottawa Queen’s University Society of Graduate and Professional Students Ryerson Students’ Union Continuing Education Students’ Association of Ryerson Saint Paul University Students’ Association University of Toronto Scarborough Campus Students’ Union University of Toronto Graduate Students’ Union University of Toronto Students’ Union University of Toronto Mississauga Students’ Union Association of Part-Time Undergraduate Students of the University of Toronto Trent University Central Student Association University of Western Ontario Society of Graduate Students Wilfrid Laurier University Graduate Students’ Association University of Windsor Students’ Alliance University of Windsor Graduate Students’ Society University of Windsor Organization of Part-time University Students York Federation of Students York University Graduate Students’ Association

TABLE DES MATIÈRES
Contexte ............................................................................................................................................ 9
Contexte .................................................................................................................................................9 Document de travail .........................................................................................................................10 Discussions en tables rondes ..........................................................................................................12 Vision des étudiantes et étudiants .................................................................................................14 L’éducation postsecondaire est un bien public et social ........................................................17

Avantage public .............................................................................................................................. 17 Abordabilité ..................................................................................................................................... 21
Frais de scolarité .................................................................................................................................21 Dettes d’études ......................................................................................................................................25 Incidence disproportionnée sur les communautés marginalisées ....................................27

Qualité ............................................................................................................................................... 31

Quels sont l’objectif et la fonction des collèges et universités? ............................................31 Le lien entre l’enseignement et la recherche .............................................................................32 Les taux d’encadrement ...................................................................................................................34 Apprentissage en ligne .....................................................................................................................36 Participation étudiante et apprentissage par l’expérience .................................................37 Création d’une éducation postsecondaire accessible .............................................................41 Étudiantes et étudiants handicapés .............................................................................................41 Étudiantes et étudiants et santé mentale ....................................................................................42 Enseignement en langue française ..............................................................................................44 Accessibilité régionale ......................................................................................................................46 Souplesse pour les étudiantes et étudiants .................................................................................47 Assurer la démocratie et la reddition de comptes au sein des collèges et universités .................................................................................................51 Loi sur le droit d’association des syndicats étudiants ............................................................54 Autorité de l’Ombudsman de l’Ontario .......................................................................................55 Plafonnement des salaires dans les universités et les collèges ...........................................56 Recherches responsables sur l’éducation postsecondaire ....................................................56 Lutter pour notre vision ...................................................................................................................59

Accessibilité ..................................................................................................................................... 41

Responsabilité................................................................................................................................. 51

Conclusion ....................................................................................................................................... 59

4

Vision des étudiantes et étudiants

RÉSUMÉ DES RECOMMANDATIONS
ABORDABILITÉ • • Exiger que les universités établissent un taux de frais de scolarité réduit pour la période post-programme des études supérieures. Élaborer un cadre pour les frais de scolarité qui les réduit progressivement aux niveaux qu’ils étaient en 2005 pour tous les étudiants et étudiantes des collèges et université, qui comprend la réaffectation des fonds accordés à la bourse de l’Ontario pour les frais de scolarité et aux crédits d’impôt provinciaux Interdire aux établissements d’imposer des frais pour le paiement différé, des intérêts ou le versement d’un acompte pour le paiement des frais de scolarité. Interdire aux établissements d’imposer des frais de scolarité à taux unique calculés selon le nombre de cours ou l’année d’études. Annuler les intérêts sur les prêts du Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants de l’Ontario (RAFEO). Étendre l’admissibilité au RAFEO aux étudiantes et étudiants à temps partiel. Augmenter le nombre de Bourses d’études supérieures de l’Ontario. Travailler avec le ministère des Services sociaux et communautaires pour que les bénéficiaires du Programme Ontario au travail et du Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées puissent recevoir l’aide du RAFEO sans perdre de prestations d’assistance. Étendre l’admissibilité aux bourses aux étudiantes et étudiants qui sont des membres non inscrits des Premières nations ou des Métis.

• • • • • •

QUALITÉ • • Établir un plan à long terme qui augmentera le financement par étudiant jusqu’à la moyenne nationale. Améliorer les taux d’encadrement en embauchant plus de professeures et professeurs permanents et renverser la tendance à embaucher du personnel enseignant contractuel.

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

5

Veiller à ce que l’Institut ontarien de l’enseignement en ligne demeure un portail d’information pour les cours en ligne dans la province et ne devienne pas un établissement décernant des diplômes. Rétablir le financement provincial du Régime travail-études de l’Ontario. Interdire aux établissements d’imposer des frais pour les placements travail-études ou les placements en stage. Interdire aux établissements d’exiger des placements travail-études non rémunérés dans le cadre des programmes d’études.

• • •

ACCESSIBILITÉ • • • • S’occuper des lacunes en matière d’entretien différé et s’assurer que les bâtiments sont durables et accessibles à tous les étudiants et étudiantes. Rétablir le financement des bourses pour les études en français et accroître le financement provincial pour l’éducation en français. Bonifier le financement des établissements du Nord et des régions rurales afin de fournir et d’établir une gamme complète de programmes d’études pour ces collectivités. Poursuivre le travail visant à établir un système provincial de transfert de crédits qui permettra aux étudiantes et étudiants de cheminer dans les systèmes collégial et universitaire sans devoir répéter des cours pour lesquels ils ont déjà obtenu des crédits.

ÉTABLISSEMENTS DÉMOCRATIQUES ET RESPONSABLES • • • • • Obliger les universités et les collèges à modifier leur modèle de gouvernance pour accroître la représentation étudiante au sein des instances décisionnelles. Réintroduire le projet de loi pour assurer une protection légale aux syndicats étudiants. Élargir le champ des compétences de l’Ombudsman de l’Ontario pour y inclure les universités. Plafonner les salaires à 250 000 $ dans le secteur universitaire, et à 200 000 $ dans le secteur collégial. Éliminer le Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur (COQES) et affecter les fonds au financement de la recherche aux cycles supérieurs.

6

Vision des étudiantes et étudiants

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

7

8

1
Vision des étudiantes et étudiants

CONTEXTE
Contexte
Depuis le début de la récession économique mondiale, les gouvernements partout dans le monde disent qu’ils sont obligés de prendre des décisions difficiles pour régler la crise. Le gouvernement de l’Ontario n’a pas agi différemment. Le premier ministre, Dalton McGuinty, et le ministre des Finances, Dwight Duncan, citent fréquemment le besoin de sabrer dans le déficit en mettant en œuvre des « mesures de restriction ». Les mesures d’austérité du gouvernement provincial ont entraîné la création, en 2011, de la Commission de la réforme des services publics de l’Ontario sous la présidence de l’ancien dirigeant d’une banque, Don Drummond. Malheureusement, la Commission n’a pas pris en compte le manque à gagner de la province et n’a pas tenté d’augmenter les revenus ni de trouver d’autres moyens de maintenir de manière raisonnable des services publics de qualité. Au contraire, cette enquête à huis clos n’a fait qu’aborder le côté dépenses du bilan financier de l’Ontario, et s’est concentrée entièrement sur les façons de réduire les services publics en Ontario, dont l’éducation postsecondaire. Les répercussions du rapport Drummond sur le Budget de l’Ontario 2012 ont été tragiques, suscitant l’inquiétude chez des Ontariennes et Ontariens qui dépendent des services publics quant à la qualité et l’avenir de ces services. Les étudiantes et étudiants ont été déçus de voir les projections à court terme pour le secteur de l’éducation postsecondaire, dont les compressions des subventions de fonctionnement pour les établissements d’enseignement et la réduction de fonds pour les dépenses de capital. Le budget a accordé plus de fonds au programme problématique de la bourse de l’Ontario pour les frais de scolarité, mais aux dépens de neuf programmes d’aide, qui ont été éliminés. Pour chaque nouveau dollar investi dans le nouveau programme de bourses en 2012-2013, 1,20 $ sera repris en aide aux étudiantes et étudiants par l’élimination des neuf programmes et par les hausses des frais de scolarité. Ces changements font bien peu pour aider les étudiantes et étudiants les plus nécessiteux, qui sont, entre autres, des enfants de familles à faible revenu, des personnes qui étudient à temps partiel et des étudiantes et étudiants adultes.

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

9

Document de travail
Peu après l’adoption du Budget 2012, le ministère de la Formation et des Collèges et Universités a publié le document Renforcer les centres de créativité, d’innovation et de savoir en Ontario. Le ministre de la Formation et des Collèges et Universités, Glen Murray, a déclaré de manière explicite que ce document de travail devait servir de guide pour faciliter les séances en tables rondes qui avaient lieu partout dans la province. Renforcer les centres de créativité, d’innovation et de savoir en Ontario est basé sommairement sur un document de travail confidentiel qui a fait l’objet d’une fuite en février 2012. Intitulé 3 x 3 : Revolutionizing Ontario’s Post Secondary Education System for the 21st Century, ce document qui a fait l’objet d’une fuite, et qui a été co-rédigé par le ministre Murray, présente une vision fort inquiétante du secteur et fait explicitement la promotion d’un diplôme de premier cycle de trois ans, de trois sessions complètes par année, et de trois cours sur cinq offerts sur Internet. Les stratégies proposées pour révolutionner le secteur s’inspirent d’exemples d’autres juridictions – sans indiquer si ces stratégies avaient été avantageuses ou non pour les étudiantes et étudiants – et se basent sur plusieurs suppositions, dont beaucoup sont fausses, sur le système d’éducation postsecondaire en Ontario et sur les expériences et les besoins des étudiantes et étudiants. Malgré le recours à des termes plus tempérés et plus généraux, Renforcer les centres de créativité, d’innovation et de savoir en Ontario comporte

bon nombre des mêmes suppositions que celles du document qui n’était pas censé être diffusé. Le document de travail décrit l’objectif global du gouvernement qui est de « proposer des façons d’accroître la productivité par l’innovation » dans le système de l’éducation postsecondaire. Les termes « productivité » et « innovation » sont souvent répétés dans le document et les étudiantes et étudiants se demandent comment ils doivent interpréter ces termes. Est-ce qu’on demande aux étudiantes et étudiants, aux professeures et professeurs et aux établissements de, tout simplement, faire plus avec moins de ressources? S’agit-il de faire des changements tout simplement pour changer? Est-ce dans l’intérêt des étudiantes et étudiants, ou dans l’intérêt d’autres parties intéressées? On affirme dans le document que la reconfiguration du système est nécessaire non seulement parce que l’économie et les exigences du marché de travail ont évoluées, mais parce que la population en général « veut voir les résultats des dépenses des rares ressources publiques ». Il est évident que le grand public, dont les étudiantes et étudiants et leurs familles, veut que les fonds publics soient dépensés judicieusement. Le financement de l’éducation a toujours été considéré comme l’un des meilleurs investissements dans l’avenir de la province. Il ne faut pas non plus conclure d’emblée que les ressources publiques sont rares. Ce discours renforce l’affirmation de Don Drummond voulant que la province ait un problème de dépenses, et néglige tous les moyens raisonnables que la province pourrait utiliser pour générer des revenus, comme renverser les réductions des impôts

10

Vision des étudiantes et étudiants

LE FINANCEMENT PAR ÉTUDIANT-E ACCORDÉ AUX ÉTABLISSEMENTS EST LE MOINS ÉLEVÉ EN ONTARIO
Transferts provinciaux pour les collèges et universités par étudiant-e équivalent temps plein

COLOMBIE BRITANNIQUE QUÉBEC

13 863 $
NOUVEAUBRUNSWICK NOUVELLEÉCOSSE

12 756 $ 25 459 $

13 572 $

10 222 $
L’ÎLE DU PRINCEÉDOUARD

15 916 $

CANADIEN MOYEN

13 882 $

13 481 $

14 208 $

TERRENEUVE-ETLABRADOR

15 771 $

22 520 $

(Association canadienne des professeures et professeurs d’université, 2011)

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

11

des inscriptions et les ressources de base requises pour soutenir cette croissance ne sont même pas mentionnés dans le document en Le document de travail maintient que les coûts tant que facteurs responsables de la hausse dans le secteur de l’éducation postsecondaire des coûts. Les préoccupations concernant ont augmenté à un rythme supérieur à celui de la viabilité financière du secteur devraient l’inflation, et que le gouvernement a l’intention se pencher sur le fait qu’il n’y a pas eu de de contenir les dépenses afin d’assurer une stratégie de croissance adéquate au cours de la viabilité financière. Il va même jusqu’à affirmer dernière décennie. Le maintien d’un système que la maîtrise des coûts de rémunération, d’éducation de haute qualité ne peut être réalisé particulièrement en ce qui concerne le corps en faisant simplement « plus avec moins ». professoral et le personnel universitaire, est Toute discussion sur le financement ne peut la clé de la viabilité financière. Le document avoir lieu, non plus, que dans le contexte de vise la rémunération du personnel enseignant l’abordabilité pour les étudiantes en tant que principal facteur « La mentalité et étudiants et les familles. responsable des coûts croissants qu’affiche ce document de l’éducation postsecondaire; Discussions en [de travail] est celle cependant, rien ne prouve ‘d’une taille unique’ tables rondes que c’est vrai. Les affirmations pour tous. » du ministère sur les salaires La Fédération canadienne des du personnel enseignant – étudiante de étudiantes et étudiants–Ontario reflètent davantage le désir du l’Université de Toronto a été invitée à participer à la série gouvernement d’imposer un de tables rondes organisées par gel des salaires dans la fonction le ministère de la Formation et des Collèges et publique que la réalité qui existe dans les Universités durant l’été 2012. Les étudiantes campus. Les données des collèges et universités et étudiants continuent d’insister qu’il est démontrent que la proportion des dépenses de important que le ministère les entende, fonctionnement des établissements consacrée parce que ce sont eux les plus touchés par ces au traitement du personnel enseignant n’a pas modifications de politiques. Des étudiantes changé depuis les 15 dernières années. 1 et étudiants de toute la province ont exprimé Durant la dernière décennie, 200 000 leurs inquiétudes du fait que le processus étudiantes et étudiants ont fait leur entrée excluait une participation valable de leur part. dans le système d’éducation postsecondaire, Malgré la présence d’organisations étudiantes ce qui représente une hausse des inscriptions provinciales, les associations étudiantes et de 40 pour cent.2 Pourtant, la hausse rapide les syndicats étudiants locaux n’étaient pas invités aux sept tables rondes originales, même 1 Council of Finance Officers et Collèges Ontario. lorsque celles-ci avaient lieu sur leur campus.
2012. 2 Budget de l’Ontario de 2012. Gouvernement de l’Ontario, 2012.

des entreprises et bâtir sur la nouvelle tranche d’imposition la plus élevée.

12

Vision des étudiantes et étudiants

Les membres du personnel enseignant et leurs représentantes et représentants n’ont pas été invités non plus à participer aux discussions.

Par conséquent, il y avait aux tables rondes un nombre disproportionné des cadres supérieurs des conseils d’administration des collèges et universités. Des représentantes et représentants d’établissements postsecondaires individuels ont été invités et étaient présents aux tables rondes régionales, ainsi que des représentantes et représentants de Collèges Ontario et du Conseil des universités de l’Ontario. Les voix des étudiantes et étudiants, des professeures et professeurs et du personnel étaient limitées et leurs rares porte-parole présents L’aspect le plus inquiétant « L’éducation devrait ont été marginalisés pendant du processus a été l’omission répondre aux besoins les séances. Le ministère a et la division délibérées des des étudiantes et répondu aux préoccupations enjeux reliés à l’abordabilité et étudiants : entre autres, à l’accessibilité. Le ministère a des étudiantes et étudiants sur ceux-ci devraient l’absence de représentation en signalé qu’il envisage d’organiser pouvoir prendre leurs un autre forum pour les organisant une consultation des étudiantes et étudiants intervenants lorsqu’un nouveau propres décisions en en septembre. Le préavis de cadre des frais de scolarité ce qui concerne leur la tenue de celle-ci a été trop sera élaboré. Toutefois, les éducation. » court pour les porte-parole modifications de politique – étudiant de étudiants. De plus, elle a eu lieu transformationnelles ne peuvent l’Université Ryerson pendant la période occupée de être traitées distinctement la semaine d’accueil de la rentrée des frais de scolarité, de et était inaccessible pour certains puisque les l’endettement des étudiantes et étudiants, et participantes et participants devaient payer du financement. Bien que les discussions des leurs coûts de déplacement et d’hébergement. politiques aient été mises en contexte autour de la réduction des coûts, aucune discussion Le problème fondamental du processus ne portait sur la réduction des coûts pour les de consultation était manifeste lorsque étudiantes et étudiants et pour leurs familles, le document de travail a été publié. Le qui tentent de se frayer un chemin dans le programme des tables rondes y est fixé et système. Les tentatives des étudiantes et il met clairement en relief les intentions étudiants d’établir un lien à l’abordabilité lors du ministère concernant la voie que le

gouvernement doit prendre pour réformer le système. Les tables rondes n’ont pas laissé de place pour un débat plus vaste sur les raisons pour lesquelles le système devait être réformé, sur la manière dont il n’est ni « productif » ni « innovateur », sur les « sentiers » conceptualisés dont nous devons sortir, ni sur les raisons pour lesquelles la qualité du système est en baisse. Les choix de politiques présentés dans le document ont été présentés comme les seules options, et les tables rondes n’avaient pour but que de permettre aux intervenants de fournir leurs opinions sur la meilleure façon de les mettre en œuvre.

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

13

des conversations entourant l’innovation et la productivité ont été largement ignorées. L’abordabilité était considérée comme n’ayant aucun rapport avec cette discussion. Puisque le coût élevé de l’éducation postsecondaire n’est pas abordé adéquatement dans le débat plus vaste sur la transformation du secteur, les étudiantes et étudiants devront continuer de faire face à des obstacles financiers considérables pour obtenir une éducation au collège ou à l’université.

Vision des étudiantes et étudiants
Le document de travail et les consultations en tables rondes subséquentes nous donnent une indication claire de l’orientation que veut le gouvernement pour la transformation de l’éducation postsecondaire en Ontario. Les étudiantes et étudiants veulent présenter leur propre vision des moyens qu’on doit prendre pour que l’éducation postsecondaire devienne abordable et accessible pour tous ceux qui veulent poursuivre des études, pour qu’une éducation de haute qualité devienne possible et pour que les collèges et universités deviennent des établissements démocratiques et responsables. Au début de l’année scolaire, des étudiantes et étudiants dans toute la province ont organisé leurs propres forums publics pour exprimer leurs préoccupations au sujet du document de travail et, plus important encore, pour faire connaître leur vision de l’éducation postsecondaire. Les assemblées publiques ont été organisées dans les principales régions

de l’Ontario, et comprenaient des activités à l’Université d’Algoma, à l’Université Carleton, au Collège George Brown, à l’Université Laurentienne (campus de Sudbury et de Barrie), à l’Université Lakehead, à l’Université McMaster, à l’Université de l’École d’art et de design de l’Ontario, à l’Université Queen’s, à l’Université Ryerson, à l’Université Trent, à l’Université d’Ottawa, à l’Université de Toronto (campus de Mississauga, Scarborough et St. George ), à l’Université de Western Ontario, à l’Université de Windsor et à l’Université York. Les étudiantes et étudiants ont partagé leurs histoires personnelles et ont soulevé toute une gamme de questions, dont l’expérience en classe, les taux d’encadrement, l’accès réduit à l’éducation en raison des frais de scolarité et des frais afférents, le coût des manuels et de l’équipement, les problèmes d’équité, des espaces sur le campus qui n’incluent pas tout le monde, et le manque de bourses d’études et de subventions adéquates. Les histoires et les commentaires présentés après les forums ont aidé à la préparation de ce rapport.

14

Vision des étudiantes et étudiants

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

15

16

2
Vision des étudiantes et étudiants

AVANTAGE PUBLIC
L’éducation postsecondaire est un bien public et social
En tant que société, nous avons décidé que certains coûts devaient être assumés par la collectivité et non par les particuliers. Les services publics tels que les soins de santé et l’éducation sont considérés comme un avantage non seulement pour les personnes qui ont accès à ces services, mais pour la société dans son ensemble. Les étudiantes et les étudiants croient que l’éducation collégiale et universitaire devrait être un droit pour toutes les personnes qui veulent participer, et non un privilège réservé à ceux et celles qui peuvent en payer les frais élevés d’utilisation (de scolarité). Malheureusement, en raison des politiques gouvernementales qui ont permis que les frais de scolarité augmentent de façon fulgurante depuis les deux dernières décennies, les collèges et les universités sont de plus en plus réservés aux riches, alors que les familles à faible ou moyen revenu sont soit complètement exclues, soit forcées de contracter des dettes faramineuses pour arriver à mettre un pied dans la porte.  Ces décisions politiques sont déphasées par rapport aux désirs de la population de la province. Les Ontariennes et les Ontariens connaissent l’importance d’une éducation au collège ou à l’université et s’inscrivent en nombre record puisque les inscriptions ont augmenté de 40 pour cent au cours des dix dernières années. Les étudiantes et étudiants et leurs familles savent qu’une éducation collégiale ou universitaire est essentielle pour obtenir un emploi, mais « Si les gens ne ils reconnaissent aussi la valeur de l’éducation pour l’engagement communautaire peuvent pas obtenir et le développement personnel. Les défenseurs de la privatisation de l’éducation vantent souvent les avantages postsecondaire, que personnels de l’éducation postsecondaire, mais mentionnent à peine, ou même leur reste-t-il à faire? » taisent, les avantages sociaux importants qu’entraîne une population mieux – étudiant de instruite. Ces avantages s’étendent à toutes les sphères du tissu social, dont l’économie, la santé, l’engagement civil et le développement de nos communautés. l’Université McMaster Pour chaque dollar investi dans les collèges et universités au Canada, le public en récupère 3,20 $.1 Alors que 70 pour cent des emplois requièrent une forme quelconque d’éducation postsecondaire, garantir à toutes les Ontariennes et à tous les Ontariens l’accès aux collèges et universités est primordial pour les aider à obtenir un emploi stable et bien
1 Regard sur l’éducation 2011. Organisation de Coopération et de Développement Économiques, 2011.

une éducation

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

17

par le prix que ces derniers peuvent amener rémunéré. Les personnes plus instruites les gens à payer. Ceci prend plusieurs formes, tendent à avoir des revenus plus élevés, à être dont le recrutement rapace auprès d’étudiantes en meilleure santé, à avoir moins souvent et d’étudiants étrangers qui paient des frais recours aux services d’assistance publics comme de scolarité plus élevés, des programmes l’aide aux revenus, et ont moins de chance de recherche concentrés de se retrouver en prison. Ces dans des disciplines, comme avantages se calculent en argent « La privatisation l’ingénierie, où les possibilités et, encore plus important, ils se est un problème. Le de commercialisation sont calculent par le bien-être de nos gouvernement devrait évidentes, les compressions communautés. faire des efforts pour dans les programmes tels que Malheureusement, en raison racheter les collèges. » les beaux-arts, qui nécessitent du sous-financement du gouvernement, nos collèges et – étudiante du Collège plus de ressources mais qui produisent des diplômées universités dépendent de plus George Brown et diplômés gagnant moins en plus des fonds privés. Le d’argent, et la construction de financement privé prend plusieurs formes, y nouvelles installations plutôt que de payer le compris les frais de scolarité, la sous-traitance coût de l’entretien différé. Les étudiantes et des services d’alimentation et d’autres services, étudiants croient plutôt en un système où les les dons d’individus ou d’entreprises, les intervenants des collèges et universités et la fonds de dotation et le financement de la population peuvent déterminer les priorités de recherche par les entreprises. En 1993, 25 nos établissements. pour cent du financement des collèges, et 30 pour cent de celui des universités provenait des deniers publics. Aujourd’hui, cette part de financement public a dépassé les 50 pour cent.2 Dans le document Renforcer les centres de créativité, d’innovation et de savoir en Ontario, les universités sont décrites non plus comme des établissements publics, mais comme des établissements « financés par l’état », diluant ainsi le rôle du gouvernement dans sa politique de désinvestissement à l’égard des collèges et universités depuis les 20 dernières années. La privatisation des collèges et universités menace le rôle de l’éducation postsecondaire dans notre société. Dans un système privé, les priorités de nos établissements sont dictées
2 Collèges Ontario et le Conseil des Agents financiers, 2012.

18

Vision des étudiantes et étudiants

LES COLLÈGES ET UNIVERSITÉS DE L’ONTARIO SONT DEVENUS DES ÉTABLISSEMENTS PRIVÉS
Frais de scolarité et financement accordé par le gouvernement, en tant que pourcentage du revenu de fonctionnement des collèges et universités

Collèges en 1993

Universités en 1993

PUBLICS À 75 %

PUBLIQUES À 70 %

Collèges aujourd’hui

Universités aujourd’hui

PUBLICS À < 50 %

PUBLIQUES À < 50 %

(Collèges Ontario; Conseil des universités de l’Ontario)

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

19

20

3
Vision des étudiantes et étudiants

ABORDABILITÉ
Frais de scolarité
La préoccupation la plus importante pour les étudiantes et étudiants et leurs familles aujourd’hui est : auront-ils les moyens de payer des études au collège ou à l’université? Le coût immédiat que représente les frais de scolarité sont l’obstacle le plus important à l’accès à l’éducation postsecondaire. En général, les dépenses publiques affectées aux services sociaux comme les soins de la santé et l’éducation primaire et secondaire permettent à la population de l’Ontario d’accéder à ces programmes, quel que soit leur milieu socioéconomique. Ces programmes sont financés à même les recettes fiscales, y compris les recettes du système d’impôt progressif de la province. Les frais de scolarité peuvent être considérés comme un impôt régressif à taux unique puisque tous les étudiantes et étudiants et leurs familles – quel que soit leur revenu – doivent payer le même montant. Selon des études qui ont été faites sur la répartition des étudiantes et étudiants des collèges et universités par rapport à la « À cause des frais de scolarité répartition des revenus familiaux, lorsque le gouvernement subventionne élevés, on risque de passer à l’éducation postsecondaire, cela équivaut à un transfert de revenus des côté des plus grandes idées, familles plus riches vers les familles plus pauvres.1 En augmentant les frais des plus brillants cerveaux, et de scolarité et en réduisant le financement public, le transfert net des d’une créativité non découverte familles à revenus élevés aux familles à faible revenu est réduit. En 1990, les frais de scolarité que payaient les étudiantes et étudiants du simplement pas pu accéder au premier cycle en Ontario s’élevaient à moins de 2 000 $, y compris pour système. » des programmes comme le droit et la médecine.2 Aujourd’hui, les frais de scolarité des étudiantes et étudiants du premier cycle pour l’année – étudiante du Collège George 2012-2013 s’élèvent en moyenne à 7 180 $, et ceux et celles qui veulent Brown faire des études dans des programmes comme le droit et la médecine devront payer plus de 25 000 $ par année.3 Les étudiantes et étudiants de l’Ontario paient plus cher pour leur éducation que ceux des autres provinces canadiennes. Les étudiantes et étudiants du premier cycle en Ontario paient 29 pour cent de plus que la moyenne canadienne, et ceux qui sont aux études supérieures, 41 pour cent de plus. Les étudiantes et étudiants des cycles supérieurs en
1 Hugh Mackenzie. The Tuition Trap. Hugh Mackenzie & Associates, 2005. 2 Statistique Canada. Gouvernement du Canada, 2012. 3 Statistique Canada. Frais de scolarité universitaires, 2012-2013. Gouvernement du Canada, 2012.

de personnes qui n’ont tout

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

21

étudiants en arts et sciences paient le même Ontario paient en moyenne plus de 8 000 $ montant, qu’ils suivent trois cours ou cinq. Ce pour chaque année qu’ils sont inscrits, tandis système de frais est utilisé par les universités que la majorité de leurs pairs dans les autres et collèges pour augmenter le revenu qu’ils provinces paient des frais réduits pendant reçoivent des étudiantes et étudiants. la période de recherche ou la rédaction de leur thèse. Et pour couronner le tout, les D’autres régions du Canada et ailleurs dans étudiantes et étudiants étrangers doivent le monde sont parvenues à faire une priorité payer deux fois plus pour la même éducation. de l’éducation postsecondaire, et ce, dans le Les conséquences socioéconomiques d’un même environnement économique mondial. système d’éducation postsecondaire à ce point Le gouvernement de Terre-Neuve et Labrador inabordable sont néfastes pour cette province a répondu à la demande des étudiantes et qui a encore de la peine à étudiants pour une éducation se remettre de la récession « Je voulais m’inscrire aux abordable et reconnaît les économique mondiale. avantages qu’une éducation

collégiale ou universitaire Certains collèges et certaines abordable apporte à universités ont tenté de l’économie de la province. Le régler le problème de gouvernement a gelé les frais l’insuffisance du financement de scolarité de 1999 à 2002, en augmentant le fardeau il les a réduit de 25 pour cent financier des étudiantes et – étudiant du campus de étudiants en leur imposant Scarborough de l’Université de 2002 à 2005 (aux niveaux qu’ils étaient en 1996-1997), des frais afférents et autres de Toronto et il maintient leur gel depuis mécanismes de redevance. 2005. Les étudiantes et Par exemple, certains étudiants de tous les cycles paient moins de 2 établissements exigent que tous les frais pour 700 $ par année, ils ne paient aucun intérêt sur les sessions d’automne et d’hiver soient payés les prêts d’études accordés par la province et en septembre. Les étudiantes et étudiants qui ils ont accès à un programme de bourses plus ne peuvent payer qu’en janvier leurs frais de scolarité pour la session d’hiver – parce que généreux que celui de l’Ontario.4 Ils ont non ce n’est qu’à ce moment-là qu’il ont accès à seulement plus facilement accès à l’éducation leur prêt, ou pour d’autres raisons financières postsecondaire, mais les étudiantes et étudiants – doivent payer des frais supplémentaires. des autres provinces maritimes ont afflué en De même, de nombreuses universités ont grand nombre vers Terre-Neuve et Labrador mis en place de nouveaux frais de scolarité à pour y faire leurs études. De 1997 à 2009, le taux unique : au lieu d’imposer un taux pour nombre d’étudiantes et d’étudiants de l’Îlechaque cours, l’établissement impose un même du-Prince-Édouard qui ont fait leurs études à montant pour toute charge de cours qui l’Université Memorial a augmenté de 418 pour dépasse un certain pourcentage d’une charge de cours complète (temps plein). À l’Université 4 Statistique Canada. Frais de scolarité universitaires, de Toronto, par exemple, les étudiantes et 2012-2013. Gouvernement du Canada, 2012.

études commerciales mais je fais un programme d’arts parce que je n’ai pas les moyens de payer la différence de prix. »

22

Vision des étudiantes et étudiants

LES HAUSSES DES FRAIS DE SCOLARITÉ ONT DÉPASSÉ DE LOIN L’INFLATION
Frais de scolarité et inflation, depuis 25 ans

Premier cycle universitaire – réels Premier cycle universitaire – inflation

Collèges – réels Collèges – inflation

7 000

1986
(Collèges Ontario, 2012; Statistique Canada, 2011; Banque du Canada, 2011)

2012

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

23

cent. Le nombre d’étudiantes et d’étudiants du Nouveau-Brunswick a augmenté de 800 pour cent, et ceux de la Nouvelle-Écosse, de 1 079 pour cent. 5 Les étudiantes et étudiants universitaires du Québec paient presque le même montant que ceux de Terre-Neuve et Labrador. Les étudiantes et étudiants des cégeps paient des frais minimes. Historiquement, les gouvernements du Québec ont répondu à la demande des étudiantes et étudiants de maintenir l’abordabilité des frais de scolarité. C’est pourquoi les frais demeurent inférieurs à 3 000 $ pour le premier cycle et les cycles supérieurs, et c’est pourquoi le programme de bourses provinciales accordées en fonction du besoin n’a pas été changé. Les frais de scolarité au Québec ont été en général inférieurs à ceux du reste du pays depuis trois décennies. Le projet pluriannuel du gouvernement libéral précédent, qui proposait d’augmenter de 75 pour cent les frais de scolarité, s’est avéré non seulement inacceptable pour les étudiantes et étudiants – qui ont lutté contre la hausse lors de la grève la plus longue et la plus importante de toute l’histoire canadienne – mais pour la population générale aussi, puisque celle-ci a chassé les libéraux du pouvoir aux dernières élections. La majorité des étudiantes et étudiants des cycles supérieurs à l’extérieur de l’Ontario ont droit à une réduction de leurs frais de scolarité pendant la période qu’ils consacrent à leurs recherches ou à la rédaction de leur thèse. Bien que le ministère ait identifié le
5 Kirby, Greene, Bourgeois et Sharpe. Matriculating Eastward: Maritime Student Migration to Newfoundland and Labrador. Memorial University, 2011.

temps d’achèvement des programmes d’études supérieures comme étant un problème, il ne s’est pas penché sur les conséquences pour les étudiantes et étudiants de devoir payer des frais de scolarité complets pour chaque année d’inscription. À cause des frais de scolarité élevés, ces étudiantes et étudiants doivent donc se trouver plus d’emplois, ce qui limite le temps qu’ils peuvent accorder à leurs études. Les étudiantes et étudiants demandent depuis longtemps la réduction des frais de scolarité aux cycles supérieurs une fois la période de cours terminée, ce qui réduirait leur fardeau financier et favoriserait l’achèvement de leurs études dans des délais raisonnables. RECOMMANDATION • Exiger que les universités établissent un taux de frais de scolarité réduit pour la période post-programme des études supérieures. L’Ontario risque de se laisser distancer par les autres provinces canadiennes en omettant de faire une priorité de l’éducation postsecondaire. Les étudiantes et étudiants des autres provinces paient moins de frais immédiats et accumulent moins de dettes, ce qui leur permet de mieux participer à l’économie locale. Si l’Ontario veut être concurrentiel sur le plan international, la province doit aussi prendre en compte la façon dont les autres pays instruisent leurs citoyennes et citoyens. De nombreux pays ont un système d’éducation postsecondaire qui n’exige aucuns frais ou que des frais minimes, comme l’Argentine, l’Autriche, la Barbade, le Brésil, Cuba, la République tchèque, le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne, la Grèce, la Hongrie, l’Islande, l’Iran, l’Irlande, l’Italie, le Kenya, le Koweït, le Mexique, la Norvège, la Pologne, l’Écosse, l’Espagne, la Suède et Trinité-et-Tobago.

24

Vision des étudiantes et étudiants

Les Ontariennes et Ontariens ont compris que Dettes d’études le coût immédiat élevé de l’éducation frappe Alors que les frais de scolarité continuent durement les familles. D’année en année, les d’augmenter en Ontario, les décideurs sondages démontrent que neuf Ontariennes politiques, les entrepreneurs de politiques sur et Ontariens sur dix appuient le gel ou la l’éducation et les groupes d’intérêt continuent réduction des frais de scolarité, et la majorité d’affirmer que les étudiantes et étudiants ont appuie d’autres façons de générer des recettes la possibilité de faire des études au collège ou fiscales pour investir davantage dans l’éducation à l’université parce qu’ils ont plus facilement postsecondaire. La façon la plus progressiste accès aux prêts étudiants. et efficace d’améliorer l’accès « Les frais de scolarité Cette approche politique à l’éducation postsecondaire détourne l’attention augmentent, les dettes serait de réduire les frais de du problème du coût d’études s’empirent et les scolarité et d’élaborer un cadre à long terme qui éliminerait étudiantes et étudiants n’ont immédiat de l’éducation, permet aux établissements progressivement le coût plus les moyens de payer. Ils y de se servir des frais de immédiat de l’éducation dans arrivent quand même, mais scolarité pour payer une les collèges et universités de ils atteindront bientôt le point plus grande part de leurs l’Ontario. de basculement. Beaucoup coûts de fonctionnement, RECOMMANDATIONS et ne tient pas compte comptent sur les banques • Élaborer un cadre pour alimentaires du campus parce des conséquences d’une les frais de scolarité qui qu’ils ne peuvent pas s’acheter pratique qui oblige les étudiantes et étudiants les réduit progressivement de quoi manger. » à assumer le plein coût aux niveaux qu’ils étaient de leur éducation. Vu les en 2005 pour tous les – étudiante de l’Université étudiants et étudiantes salaires qui stagnent et les Carleton des collèges et université, niveaux sans précédent qui comprend la réaffectation des fonds d’endettement des ménages, les étudiantes accordés à la bourse de l’Ontario pour les et étudiants et leurs familles n’ont tout frais de scolarité et aux crédits d’impôt simplement pas les moyens de payer le coût provinciaux croissant de l’éducation et les conséquences inévitables de contracter encore plus de dettes. • Interdire aux établissements d’imposer des frais pour le paiement différé, des intérêts La majorité des étudiantes et étudiants ou le versement d’un acompte pour le au collège ou à l’université sont obligés paiement des frais de scolarité. de s’endetter pour payer leurs études. • Interdire aux établissements d’imposer des frais de scolarité à taux unique calculés selon le nombre de cours ou l’année d’études. Collectivement, les étudiantes et étudiants doivent 2,6 milliards de dollars au gouvernement de l’Ontario par l’entremise du Régime d’aide financière aux étudiantes

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

25

GONFLEMENT SANS PRÉCÉDENT DE LA DETTE ÉTUDIANTE EN ONTARIO
Dette étudiante envers le gouvernement de l’Ontario

2012
2,638 MILLIARDS $

2008
2,260 MILLIARDS $

2005
1,147 MILLIARDS $

(États financiers consolidés du ministère des Finances de l’Ontario, 2005-2011)

26

Vision des étudiantes et étudiants

et étudiants (RAFEO), et on peut ajouter à cela des milliards de plus pour des prêts du gouvernement fédéral.6 En plus des prêts du gouvernement à rembourser, certains étudiants et étudiantes sont obligés de contracter des dettes auprès de leur famille et sur des cartes et des marges de crédit. Un plus grand nombre de parents aujourd’hui épargnent moins pour leur retraite parce qu’ils aident leurs enfants à payer pour leurs études. La dette moyenne des étudiantes et étudiants du premier cycle en prêts privés et publics à la fin de leurs études est de 37 000 $.7 Les étudiantes et étudiants des cycles supérieurs ou ceux qui veulent obtenir un autre grade ou diplôme doivent reporter leur dette antérieure et y ajouter d’autres emprunts pour leur nouveau programme d’études. Les étudiantes et étudiants des facultés de droit ou de médecine terminent souvent leurs études avec une dette de plus de 100 000 $, ce qui limite considérablement leurs choix de carrière dans leur domaine. Si l’Ontario veut bien se positionner dans la nouvelle économie, elle doit essayer de régler la crise de la dette étudiante. Les nouveaux diplômés et diplômées ont plus de difficulté que jamais à se trouver un emploi stable, et le fardeau d’une dette à cinq chiffres intensifie le problème. Lorsqu’on oblige les étudiantes et étudiants de l’Ontario a assumer un endettement aussi élevé, on étouffe l’économie en réduisant considérablement leur pouvoir
6 Ministère des Finances. États financiers consolidés, 2011-2012. Gouvernement de l’Ontario, 2012. 7 Justin Bayard et Edith Greenlee. L’obtention d’un diplôme au Canada : profil, situation sur le marché du travail et endettement des diplômés de la promotion de 2005. Culture, tourisme et centre de la statistique de l’éducation. Gouvernement du Canada, 2009.

d’achat. Les nouveaux diplômés et diplômées aujourd’hui ont moins de possibilités de s’acheter une auto, de contracter une hypothèque sur un domicile, de commencer une famille, de démarrer une entreprise ou de poursuivre d’autres études. Au lieu de cela, ils doivent payer leurs dettes d’études tout en essayant d’accéder au marché du travail qui décline. L’endettement massif d’une génération limitera la capacité de l’Ontario de se sortir de la récession et nuira certainement à la santé économique à long terme de la province. . RECOMMANDATIONS • Éliminer l’intérêt sur les prêts du RAFEO. • Étendre l’admissibilité au RAFEO aux étudiantes et étudiants à temps partiel. • Augmenter le nombre de Bourses d’études supérieures de l’Ontario.Disproportionate Impact on Marginalized Communities

Incidence disproportionnée sur les communautés marginalisées
L’éducation postsecondaire est généralement considérée comme étant la voie vers de meilleurs salaires et une mobilité socioéconomique accrue pour les membres marginalisés de la société. Cette idée est issue d’une vision de l’éducation postsecondaire selon laquelle celle-ci est accessible à toute personne qui est capable d’apprendre et qui désire le faire, et non seulement à ceux et à celles qui peuvent en payer le coût élevé. Malheureusement, un système d’éducation postsecondaire qui oblige les étudiantes et

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

27

étudiants et leurs familles à payer un coût immédiat élevé – ayant des répercussions financières s’ils ne peuvent le payer en entier – pénalise disproportionnellement les personnes qui n’ont pas des moyens financiers très élevés. Les frais de scolarité élevés constituent un obstacle plus important pour les communautés marginalisées – dont les Autochtones, les personnes racialisées, les immigrants, les personnes vivant avec un handicap et les femmes – et contribuent à la discrimination systémique dans la société. RECOMMANDATION • Travailler avec le ministère des Services sociaux et communautaires pour que les bénéficiaires du Programme Ontario au travail et du Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées puissent recevoir l’aide du RAFEO sans perdre de prestations d’assistance. Malgré la poursuite de l’idéal que représente une société équitable et multiculturelle, la réalité économique que vivent les personnes marginalisées en Ontario et dans le reste du pays est indicative de leur exclusion socioéconomique. Le recensement de 2006 au Canada indique que 44 pour cent des Autochtones âgés de 25 à 64 ont complété une forme d’éducation postsecondaire, comparativement à 61 pour cent de la population non autochtone.8 La proportion d’enfants autochtones de ménages à faible revenu est deux fois plus élevée que celle des enfants non autochtones, tandis que le revenu
8 Statistique Canada. Portrait de la scolarité au Canada, Recensement de 2006. Gouvernement du Canada, 2008.

moyen de la population autochtone est de 33 pour cent ou de 12 000 $ inférieur à celui de la population non autochtone. 9 RECOMMANDATION • Étendre l’admissibilité aux bourses aux étudiantes et étudiants qui sont des membres non inscrits des Premières nations ou des Métis.. En moyenne, les personnes racialisées sont de deux à quatre fois plus susceptibles de vivre sous le seuil de la pauvreté et donc plus susceptibles d’avoir des problèmes de santé, moins d’éducation et des perspectives d’emploi moins bonnes comparativement au reste de la population.10 Le taux de participation des personnes racialisées au marché de travail est moins élevé, et leur revenu médian après impôt est de 13 pour cent inférieur à celui des personnes non racialisées.11 La plupart des nouvelles immigrantes et des nouveaux immigrants sont racialisés, mais ces taux de revenu inférieurs ne s’expliquent pas simplement par leur arrivée récente au Canada. Il faut compter environ vingt ans pour que le salaire d’une immigrante ou d’un immigrant atteigne le même niveau qu’une personne du même sexe, du même âge et du même niveau d’instruction qui est née au Canada. 12
9 Chantel Collin et Hillary Jensen. Profil statistique de la pauvreté au Canada. Gouvernement du Canada, 2009. 10 Campagne « Colour of Poverty », 2007. 11 Grace-Edward Galabuzi et Cheryl Teelucksingh. Working Precariously: The impact of race and immigrants status on employment opportunities and outcomes in Canada. Centre for Social Justice et la Fondation canadienne des relations raciales. 2005. 12 Campagne « Colour of Poverty », 2007.

28

Vision des étudiantes et étudiants

Au cours des dernières années, la participation des femmes à l’éducation postsecondaire a augmenté plus rapidement que celle des hommes, mais la proportion d’hommes ayant une forme ou une autre d’éducation postsecondaire est toujours plus élevée. La hausse de participation des femmes est due en partie au fait que les études postsecondaires sont le seul moyen par lequel elles peuvent accéder à un bon emploi. Les hommes continuent cependant d’avoir de meilleures chances de travailler à temps plein et de gagner plus que les femmes. Selon la Commission de l’équité salariale de l’Ontario, la moyenne de revenu des femmes ayant un certificat ou un diplôme d’études postsecondaires est toujours moins élevée que celle des hommes ayant un diplôme de l’école secondaire. En Ontario, pour chaque dollar que gagne un homme travaillant à temps plein, une femme travaillant à temps plein gagne 72 cents. 13 Les économistes progressistes ont montré maintes et maintes fois que toutes les formes d’impôt à taux unique ou les frais d’utilisation pour les services touchent de manière disproportionnée les personnes aux revenus plus faibles. Le gouvernement provincial continue de ne pas tenir compte du caractère régressif des frais de scolarité, choisissant plutôt de se concentrer sur un ensemble confus et disparates de programmes d’aide accordés par le Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants (RAFEO). Plus de la moitié des étudiantes et étudiants en Ontario dépendent du RAFEO et ils ont le droit d’accumuler une dette de près de 30 000 $ pour un programme d’études de quatre ans.
13 La disparité salariale. Commission de l’équité salariale de l’Ontario, 2012.

Les communautés marginalisées ont moins de chances d’être capables de payer des frais de scolarité élevés en raison des disparités structurelles qui existent en matière de richesse et de revenu. Par conséquent, les étudiantes et étudiants racialisés sont plus susceptibles de recourir à des prêts étudiants et à d’autres sources de dette pour financer leurs études postsecondaires. Si un étudiant ayant emprunté le maximum du RAFEO prend la période maximale – 14,5 années – pour rembourser son prêt, il payera en intérêts accumulés 50 pour cent de plus que le principal du prêt.14 Pour pouvoir payer leurs dépenses d’études, de nombreux étudiantes et étudiants paient aussi des intérêts sur de l’argent qu’ils ont emprunté sur des cartes et des lignes de crédit. Les étudiantes et étudiants de familles marginalisées sont plus susceptibles de devoir payer plus pour leur éducation que leurs camarades de classe plus riches, simplement parce qu’ils ne peuvent pas payer les coûts immédiats élevés. Lorsqu’on transfère le coût de l’éducation postsecondaire aux étudiantes et aux étudiants individuels, on réduit le rôle que peut jouer l’éducation pour faire avancer l’équité socioéconomique et on risque d’exacerber les inégalités existantes.
14 Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants de l’Ontario. Outil d’estimation du remboursement. Gouvernement de l’Ontario, 2012.

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

29

30

4
Vision des étudiantes et étudiants

QUALITÉ
Quels sont l’objectif et la fonction des collèges et universités?
Le document de travail et le processus de consultation en tables rondes déterminent le programme pour la transformation du secteur mais laissent peu de place à la question plus vaste : À quoi servent les collèges et les universités? Selon la définition traditionnelle, les établissements d’enseignement postsecondaire sont des endroits qui génèrent de nouvelles connaissances, facilitent la poursuite du savoir, aide au développement de membres de la société aux capacités critiques, favorisent les travaux d’érudition et sont des endroits où on fait de la recherche fondamentale et de la recherche motivée par la curiosité. La voie que veut emprunter le gouvernement fera de nos collèges et universités des centres de formation pour l’industrie et la commercialisation, plutôt que le cœur de l’enseignement supérieur. Le rapport Renforcer les centres de créativité, d’innovation et de savoir en Ontario accorde une importance particulière à l’« apprentissage entrepreneurial » et à la « capacité d’entrepreneuriat » des nouveaux diplômés et diplômées, tout en encourageant les pépinières d’entreprises qui existent déjà au sein des établissements postsecondaires en Ontario. La promotion de la création de pépinières d’entreprises ou les mesures incitatives pour l’éducation entrepreneuriale au sein des collèges et universités publics de la province ne facilitent pas le savoir, l’innovation et la créativité. La ruée vers la commercialisation du savoir dans les collèges et universités limite plutôt la liberté universitaire et la propriété publique de la recherche, et ne fait rien pour encourager l’innovation dans le secteur privé. En investissant des ressources dans des pépinières d’entreprises et dans des partenariats avec le secteur privé, le gouvernement subventionne la recherche du secteur privé dans le système d’éducation postsecondaire et n’encourage pas les investissements du secteur privé dans ses propres infrastructures de recherche. Le Canada reçoit une très mauvaise cote dans les indices qui mesurent l’innovation, spécialement en ce qui concerne ses instituts de recherche scientifique et les dépenses du secteur privé pour la recherche et le développement.1 Les collèges et universités servent de plus en plus à favoriser la commercialisation et à desservir le marché, plutôt qu’à instruire les gens pour
1 Klaus Schwab. The Global Competitiveness Report, 2012-2013. World Economic Forum, 2012.

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

31

qu’elles deviennent des membres de la société productifs et aux capacités critiques.

Le personnel contractuel enseigne souvent dans plusieurs établissements et doivent surmonter les différents défis que leur posent Le lien entre les déplacements d’une ville à une autre pour se rendre au travail. Les chargées et chargés l’enseignement et la de cours contractuels n’ont pas de sécurité recherche d’emploi, et leurs conditions de travail peuvent facilement changer d’un semestre à l’autre et L’une des forces du système d’éducation d’une année scolaire à l’autre. Du point de postsecondaire a été l’existence de liens vue des établissements et des responsables de complexes entre l’érudition et la recherche. Ce l’élaboration des politiques, la prolifération modèle se base sur le concept de personnel enseignant dont les que l’expert dans un champ « Un chercheur peut postes sont axés uniquement sur particulier ayant acquis des l’enseignement et le recours à des dire ‘Voici comment connaissances par la recherche effectifs temporaires et moins ça se passe’ ou ‘Voici et l’expérience est le mieux comment ça se passe en coûteux sont la solution pour qualifié pour transmettre réduire les coûts du système. ce savoir aux étudiantes et théorie’. » étudiants. Les universités en Les conditions de travail des – étudiante de Ontario se sont toujours basées chargées et chargés de cours l’Université Lakehead contractuels dont les postes sur la force de ses chercheuses et chercheurs et, à ce titre, ont sont axés uniquement sur été structurées de manière à permettre aux l’enseignement jouent sur la qualité de professeurs d’enseigner et de se consacrer à de l’éducation que reçoivent les étudiantes et la recherche d’actualité. Au cours de la dernière étudiants. Un chargé de cours pourrait ne pas décennie, cependant, cette structure a changé avoir de temps à consacrer aux étudiantes et fondamentalement. étudiants qui ont besoin d’aide supplémentaire ou qui souhaitent avoir l’aide d’un mentor Les responsables de l’élaboration des politiques pour ses études, parce qu’il doit se rendre sur et les administrations des établissements un autre campus pour donner un cours ou ont fait pression en faveur d’un modèle consacrer du temps à sa propre recherche, d’éducation multiple où certains professeurs voire parce qu’il occupe un autre emploi. La ne se consacrent qu’à l’enseignement. La possibilité de faire évoluer un cours de façon province a été témoin d’une tendance où continue est limitée si le cours est enseigné les établissements dépendent de plus en par différents chargés de cours et si ceux-ci plus d’un personnel enseignant contractuel ne peuvent pas se consacrer à des recherches dont les postes sont axés uniquement sur pertinentes et actuelles. l’enseignement, dont la rémunération est de beaucoup inférieure à celle des professeurs Il est maintenant fréquent qu’une vaste titularisés et dont les projets de recherche ne proportion des cours des cycles supérieurs sont pas compris dans cette rémunération. soit enseignée par du personnel enseignant

32

Vision des étudiantes et étudiants

LES ÉTUDIANT-E-S DES CYCLES SUPÉRIEURS EN ONTARIO REÇOIVENT PEU D’AIDE PUBLIQUE
Nombre d’étudiant-e-s à temps plein aux études supérieures par rapport au nombre de Bourses d’études supérieures de l’Ontario

NOMBRE D’ÉTUDIANT-E-S DES CYCLES SUPÉRIEURS EN ONTARIO

~60 000

NOMBRE DE BOURSES D’ÉTUDES SUPÉRIEURES DE L’ONTARIO

3 000

(Common University Data Ontario, 2006-2011; Ministère de la Formation et des Collèges et Universités, 2011)

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

33

contractuel qui n’est pas rémunéré pour étudiantes et étudiants de la province doivent effectuer de la recherche, ni pour assurer le composer avec des groupes plus nombreux et mentorat auprès des étudiantes et étudiants sont moins susceptibles de pouvoir interagir aux études supérieures. Les doctorantes avec leurs professeures et professeurs que leurs et doctorants sont poussés à terminer leur pairs dans les autres provinces. Le document diplôme plus rapidement. Pourtant, ces Renforcer les centres de créativité, d’innovation étudiantes et étudiants et de savoir en Ontario non « Les étudiantes et étudiants seulement fait fi du problème n’ont que des possibilités étaient obligés de s’asseoir dans des classes surpeuplées, il limitées d’enseigner dans l’escalier dans mon cours de une université après esquive la question et suggère l’obtention du diplôme, science parce qu’on était trop même que les établissements au-delà d’un poste d’enseignement peuvent nombreux et il n’y avait pas contractuel à court terme. économiser à l’aide de classes assez de places. Les salles de Les titulaires de doctorat surpeuplées et de modules cours surpeuplées font qu’il est d’enseignement en ligne. quittent maintenant la plus difficile d’apprendre et de province pour répondre On comprend bien aux participer. » à des offres universitaires niveaux élémentaire et dans d’autres provinces – étudiant de l’Université secondaire que le nombre ou ailleurs. Cet exode des d’élèves par groupe est Carleton cerveaux représente un important, parce qu’ils ont investissement perdu pour besoin d’une interaction personnelle avec le système d’éducation postsecondaire en leurs enseignantes et enseignants et avec leurs Ontario et atrophie la capacité de recherche de camarades de classe. Bien que les étudiantes la province. et étudiants des collèges et universités aient plus d’expériences en classe que les élèves plus RECOMMANDATION jeunes, le concept selon lequel l’apprentissage • Établir un plan à long terme qui est supérieur dans un environnement plus augmentera le financement par étudiant interactif, intime et inclusif est le même. Les jusqu’à la moyenne nationale. étudiantes et étudiants dans une salle de cours avec 500 autres étudiantes et étudiants auront indiscutablement une expérience différente Les taux d’encadrement et moins enrichissante que ceux qui sont en Les étudiantes et étudiants comprennent le mesure d’interagir avec leurs professeures et rôle important que jouent le corps professoral professeurs et avec leurs pairs. dans leur éducation et reconnaissent que Le taux d’encadrement comporte de nombreux l’embauche et le maintien des professeures et aspects de l’expérience d’apprentissage auprofesseurs ont des conséquences sur la qualité delà du nombre d’étudiantes et d’étudiants de leur éducation. L’Ontario a le pire taux par groupe. Il joue sur les occasions pour les d’encadrement au pays, ce qui signifie que les étudiantes et étudiants d’obtenir de l’aide

34

Vision des étudiantes et étudiants

LE NOMBRE D’ÉTUDIANT-E-S PAR SALLE DE COURS EST LE PLUS ÉLEVÉ EN ONTARIO
Nombre d’étudiant-e-s à temps plein par professeur-e à temps plein

#

ON

QC

MB

AB

BC

NB

T.-N.-L. N.-É. Î.-P.-É.

SK

(Union des associations des professeurs des universités de l’Ontario, 2009)

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

35

de leurs professeurs hors de la salle de classe. les modes d’apprentissage en ligne et propose Une professeure ou un professeur est moins qu’on dépende encore plus largement de ceuxsusceptible de pouvoir faire du mentorat ci; il propose d’ailleurs la création en Ontario auprès d’étudiantes et d’étudiants si le nombre d’un nouvel établissement en ligne autorisé de travaux à corriger, le nombre d’étudiantes à décerner des diplômes. Les étudiantes et et d’étudiants à aider, et le nombre de lettres étudiants s’opposent à la création de cet de recommandation à écrire sont élevés. Aux établissement en ligne et sont critiques de cycles supérieurs, les professeures et professeurs l’approche de l’apprentissage en ligne proposé doivent aujourd’hui par le gouvernement. superviser un plus grand « L’éducation en ligne n’offre La ruée vers l’expansion des nombre d’étudiantes et pas le genre d’environnement cours en ligne est motivée d’étudiants en plus de leurs par le désir de réaliser qu’une éducation devrait tâches d’enseignement et de promouvoir. On n’apprend pas des économies dans le recherche. Par conséquent, secteur, sans égards aux les étudiantes et étudiants des seulement de nos professeurs, conséquences sur la qualité cycles supérieurs ne peuvent mais aussi de nos camarades de de l’éducation. Ni la création pas recevoir le niveau de classe. » d’un établissement en ligne soutien et d’orientation qui confère des diplômes – étudiant du campus de dont ils ont besoin de leurs Scarborough de l’Université de ni la forte expansion de mentors. l’éducation en ligne ne Toronto régleront les problèmes RECOMMANDATION fondamentaux liés à la • Améliorer les taux d’encadrement en qualité de l’enseignement et à la participation embauchant plus de professeures et étudiante. Les établissements d’enseignement professeurs permanents et renverser la postsecondaire en Ontario offrent déjà toute tendance à embaucher du personnel une gamme de cours en ligne à tous les niveaux, enseignant contractuel. dont bon nombre ont déjà été élaborés par des professeures et professeurs ayant des connaissances approfondies des contenus en Apprentissage en ligne ligne. La solution au nombre élevé d’étudiantes et Les étudiantes et étudiants apprennent de d’étudiants par professeur est l’embauche d’un différentes façons et ne peuvent être tenus plus grand nombre de professeurs. Au lieu de de s’engager à une expérience d’apprentissage faire cela, les décideurs politiques choisissent en ligne de la même façon que dans une salle d’ignorer le problème et de faire peu pour de cours. Par exemple, une professionnelle aborder les enjeux sous-jacents. Le rapport ou un professionnel qui suit un ou deux intitulé Renforcer les centres de créativité, cours en ligne pour l’obtention de son d’innovation et de savoir en Ontario préconise MBA a des besoins différents et requiert un programme qui élargirait considérablement un style d’apprentissage distinct de ceux

36

Vision des étudiantes et étudiants

d’une étudiante ou d’un étudiant qui sort de campus, les étudiantes et étudiants doivent l’école secondaire. Il est important également payer des frais afférents additionnels, dont de ne pas considérer l’éducation en ligne des frais pour l’accès au matériel de cours en comme un moyen de régler le problème des ligne, pour l’Internet sans fil sur le campus et obstacles auxquels les étudiantes et étudiants pour les coûts d’équipements obligatoires. Si marginalisés font face. Par exemple, certains l’on tient compte de la capacité en ligne des prétenderaient que l’apprentissage en ligne établissements de la province, la création d’un est plus accessible aux personnes ayant des nouvel établissement en ligne qui confère des enfants, qui ont de la difficulté à se rendre à diplômes serait non seulement inutile, mais elle leurs cours en raison de la pénurie de garderies s’avérerait fort dispendieuse. sur le campus ou qui sont aux prises avec des RECOMMANDATION obstacles financiers comme les frais de scolarité • Veiller à ce que l’Institut ontarien de élevés. L’éducation en ligne ne devrait pas l’enseignement en ligne demeure un être perçue comme un moyen de réduire les portail d’information pour les cours en coûts afin d’esquiver les problèmes des cours ligne dans la province et ne devienne pas surpeuplés et d’accessibilité, comme la pénurie un établissement décernant des diplômes. de garderies abordables, les obstacles physiques et les « Le point essentiel des Participation disparités régionales quant aux études est d’être dans choix de cours. Il devrait plutôt étudiante et une salle, d’y voir ses être considéré comme un outil camarades de classe, et de apprentissage par qui peut servir de complément à divers styles d’apprentissage et vivre l’expérience qui s’y l’expérience d’enseignement. crée. » Les étudiantes et étudiants Les responsables de – étudiante de l’Université ont une myriade de styles l’élaboration des politiques de l’École d’art et de design d’apprentissage et réagissent doivent également veiller à ne à leur propre manière de l’Ontario pas présumer que l’éducation en aux différents modes ligne est moins dispendieuse. d’enseignement. Qu’ils soient à l’arrière d’une L’élaboration, le maintien et la livraison de salle de cours de 500 étudiantes et étudiants, cours et de contenus en ligne de qualité sont participent à un séminaire en compagnie de dispendieux et peuvent coûter encore plus cher 15 autres étudiantes et étudiants, travaillent que l’apprentissage en classe « traditionnel ». dans un laboratoire avec un partenaire, fassent Certains établissements et collectivités de la un voyage d’études ou travaillent d’arracheprovince n’ont même pas l’infrastructure de pied dans le cadre d’un stage, ils retiennent des base qui soutiendrait l’expansion de l’offre de connaissances et développent des compétences cours en ligne. Dans certains cas, ces coûts liés à leur propre rythme. Outre le temps passé à la technologie ont été imposés directement dans une salle de cours, les étudiantes et aux étudiantes et étudiants. Sur de nombreux étudiants devraient avoir des possibilités

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

37

souvent faire du travail non rémunéré pour leur employeur alors qu’ils dépendent normalement de leur emploi d’été ou saisonnier pour Le faible taux d’encadrement en Ontario a payer leurs études. Fréquemment, ils doivent diminué les possibilités pour les étudiantes payer leurs études au collège ou à l’université et étudiants d’apprendre à l’intérieur de et ne reçoivent aucune rémunération de groupes moins nombreux ou d’entreprendre leur employeur. Ces pratiques permettent un projet de recherche l’exploitation des étudiantes et avec un professeur. « Il est difficile de réserver étudiants en tant qu’effectifs L’augmentation rapide un studio et l’équipement peu coûteux pour les entreprises des inscriptions et nécessaire pour faire ses et finissent par dissuader les l’absence de fonds étudiantes et étudiants de travaux. Cela nous empêche adéquats pour régler de faire des expériences et de poursuivre des stages. le problème de profiter de l’apprentissage Les étudiantes et étudiants l’entretien différé ou dépendent également du Régime pour la construction autonome. » travail-études de l’Ontario de nouveaux bâtiments – étudiante de l’Université (RTEO) pour acquérir de obligent les étudiantes et Ryerson l’expérience sur le terrain étudiants et le personnel dans leur propre collège or enseignant à composer université. Ces expériences fournissent aux avec des salles et des équipements de étudiantes et étudiants l’occasion de participer laboratoire limités. La popularité croissante des à la communauté collégiale ou universitaire pépinières d’entreprises et la commercialisation tout en développant leurs compétences en peuvent limiter la possibilité des étudiantes et matière de recherche, d’organisation et de étudiants qui ne travaillent pas à leur propre communication. Toutefois, le Budget de projet entrepreneurial de vivre des occasions l’Ontario 2012 a éliminé de façon permanente d’apprentissage enrichissantes et d’apprendre le financement provincial destiné au RTEO, par l’expérience. laissant le choix aux établissements déjà à court En raison du climat économique actuel, de d’argent de financer ce régime. nombreux étudiants et étudiantes cherchent Dans bien des cas, les étudiantes et étudiants des offres liées au travail dans leur domaine travaillent pendant leurs études, parfois dans d’études pendant qu’ils œuvrent à l’obtention un emploi lié à leur domaine d’études. Il est de leur diplôme. Certains établissements cependant souvent difficile de traduire ce ont élaboré et élargi les programmes de travail en unités que les étudiantes et étudiants stage, fournissant de précieuses possibilités peuvent utiliser pour obtenir leur diplôme. d’apprentissage directes. Malheureusement, Et puisque que certains programmes exigent un grand nombre d’étudiantes et d’étudiants que les stages ne soient pas rémunérés - ce qui doivent payer des frais pour pouvoir participer est déjà inquiétant - cela crée des situations à un stage et des étudiantes et étudiants dans où les étudiantes et étudiants qui travaillent des programmes de travail-études doivent d’apprendre par des expériences directes et créatives.

38

Vision des étudiantes et étudiants

ne reçoivent plus de salaires pour les mêmes tâches, dans le but de satisfaire aux exigences du programme. Les étudiantes et étudiants ont toujours reconnu la valeur des occasions d’apprentissage pour compléter leur expérience dans la salle de cours. Malheureusement, Renforcer les centres de créativité, d’innovation et de savoir en Ontario et les discussions en tables rondes sont fixées principalement sur l’idée étriquée de l’apprentissage par l’expérience, dans le cadre duquel les idées des étudiantes et étudiants peuvent être facilement commercialisées. Il suggèrent même d’accorder les fonds pour les dépenses de capital destinés aux aires d’apprentissage en fonction de ce que ces aires produisent et de la commercialité de ces produits. Les étudiantes et étudiants constatent le besoin d’aires d’apprentissage de types différents pour l’acquisition d’une grande diversité de compétences, dont des capacités de résolution de problèmes et de raisonnement critique, et des compétences particulières à un emploi, quelle que soit la commercialité du travail qu’ils font. Le manque de volonté des responsables de l’élaboration des politiques en ce qui concerne l’amélioration du taux d’encadrement et l’insuffisance des fonds pour les dépenses de capital destinés aux aires d’apprentissage rend encore plus difficile pour les étudiantes et étudiants d’accéder à ces possibilités d’apprentissage à l’extérieur des classes. Le fardeau financier des stages et la compression des dépenses pour le RTEO continuent de réduire le réservoir d’occasions d’apprentissage liées au travail pour les étudiantes et étudiants. En outre, la concentration du gouvernement actuel sur l’éducation en

ligne et sur l’apprentissage entrepreneurial compromettra encore davantage l’apprentissage par l’expérience que recherchent en vain les étudiantes et étudiants. RECOMMANDATIONS • Rétablir le financement provincial du Régime travail-études de l’Ontario. • Interdire aux établissements d’imposer des frais pour les placements travail-études ou les placements en stage. • Interdire aux établissements d’exiger des stages non rémunérés dans le cadre des programmes d’études.

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

39

40

5
Vision des étudiantes et étudiants

ACCESSIBILITÉ
Création d’une éducation postsecondaire accessible
Pour rendre l’éducation postsecondaire accessible pour toute la population étudiante il faut considérer non seulement les obstacles financiers, mais aussi les obstacles uniques auxquels font face ceux qui sont aux prises avec un ensemble diversifié de réalités physiques, sociales, culturelles et régionales. Dans tout débat sur la qualité de l’éducation et l’amélioration de l’expérience des étudiantes et étudiants, il faut aussi considérer les façons dont certaines salles de cours, activités et aires du campus pourraient en exclure certains.

Étudiantes et étudiants handicapés
Les installations physiques des campus des collèges et universités ne sont pas toujours adéquates pour tous les étudiants et étudiantes, surtout si elles n’ont pas été conçues et construites dans la dernière décennie. De nombreux bâtiments n’ont pas les éléments de base, tels des ascenseurs, des couloirs suffisamment grands, des rampes d’accès, des portes automatiques qui fonctionnent et des enseignes claires dont certaines personnes ont besoin pour se déplacer sur le campus. La quantité de travaux d’entretien qui a été différé dans les collèges et universités de toute la province signifie que ces établissements seront moins disposés à apporter les changements structurels nécessaires pour répondre aux besoins des étudiantes et étudiants qui font face à des obstacles physiques sur le campus. Les étudiantes et étudiants ayant des handicaps non apparents font face aussi à des obstacles quant ils veulent participer dans leurs cours et à la vie du campus, et ils ont besoin d’un soutien adéquat de la part de leur établissement. La disponibilité de services de soutien aux étudiantes et étudiants handicapés varie d’un établissement à l’autre dans la province, alors que les fonds provinciaux pour ces étudiantes et étudiants sont souvent fournis sous forme de subventions ciblées à certains établissements. Certains responsables de l’élaboration des politiques ont suggéré que la technologie, telle que l’augmentation du contenu offert en ligne, peut répondre plus adéquatement aux défis que doivent surmonter les étudiantes et étudiants handicapés. Même si l’utilisation créative de la technologie peut aider certains, la prudence s’impose lorsqu’on cherche à dépendre de la technologie pour aborder la multitude d’obstacles avec lesquels sont aux prises les étudiantes et étudiants handicapés.

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

41

pas le luxe de pouvoir payer facilement leurs études et leurs dépenses quotidiennes. Après • S’occuper des lacunes en matière avoir payé le coût de leurs études, ils doivent d’entretien différé et s’assurer que les souvent faire des choix difficiles entre acquitter bâtiments sont durables et accessibles à le loyer, manger sainement ou rendre visiter à tous les étudiants et étudiantes. leur famille. Ils sont plus nombreux que jamais à travailler pendant toute l’année scolaire pour Étudiantes et étudiants et payer leurs frais de scolarité et de subsistance, occupant souvent un poste à temps plein ou santé mentale plusieurs postes saisonniers ou à temps partiel. Depuis quelques années, pendant lesquelles Ceux qui ont des personnes à charge ont des plusieurs événements tragiques ont eu lieu où responsabilités supplémentaires et doivent plus des étudiantes et étudiants d’université se sont souvent travailler à temps partiel. Lorsque les suicidés, les décideurs politiques et les médias étudiantes et étudiants font face à ce genre de ont commencé à s’intéresser pressions, ils souffrent de stress, aux questions de santé mentale « Les campus d’angoisse et d’autres problèmes chez les étudiantes et étudiants. deviennent un second de santé mentale qui passent Outre les événements couverts souvent inaperçus. chez soi pour les par les médias, d’innombrables étudiantes et étudiants dans toute étudiantes et étudiants Les pressions financières ne constituent qu’une des causes et nous comptons la province souffrent de stress des problèmes de santé mentale sur des services qui et d’autres problèmes de santé avec lesquelles sont aux prises mentale. Bon nombre d’entre eux sont facilement les étudiantes et étudiants de ne bénéficient pas du soutien dont accessibles. » toute la province. Les campus des ils ont besoin et sont aux prises collèges et universités sont des – étudiante de avec des situations de vie pénibles. l’Université Carleton communautés diversifiées où les Même si certains intervenants étudiantes et étudiants veulent du secteur font la promotion non seulement apprendre, mais aussi s’intégrer de l’augmentation des services de soutien et nouer des liens d’amitié avec leurs pairs. en matière de santé mentale, lesquels sont Cependant, les campus ne sont pas toujours grandement nécessaires, ils oublient souvent les des espaces inclusifs. Les cultures des campus causes systémiques du stress et des problèmes peuvent facilement éloigner des personnes qui de santé mentale des étudiantes et étudiants. ne correspondent pas à des normes sociétales En plus de devoir s’adapter à un nouvel particulières et produire ainsi de l’angoisse. environnement, s’acquitter de travaux scolaires Bon nombre d’étudiantes et d’étudiants difficiles et de vivre des situations personnelles affrontent des situations sociales difficiles dès difficiles, les étudiantes et étudiants doivent qu’ils posent le pied pour la première fois sur composer avec le coût élevé de leur éducation. leur campus. Un grand nombre d’entre eux sont de familles dont le revenu est faible ou moyen et qui n’ont

RECOMMANDATION

42

Vision des étudiantes et étudiants

TRAVAILLER PLUS FORT POUR PAYER SES ÉTUDES
Nombre de jours de travail d’été requis pour payer les frais de scolarité pour une année d’études à temps plein
*35 heures par semaine au salaire minimum

1 mai

20 semaines*

2012

8 semaines*

1982

26 juin

31 août

18 septembre
(Statistique Canada; ministère du Travail)

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

43

Par exemple, les étudiantes et étudiants qui ne consomment pas d’alcool ou qui n’aiment pas la mentalité de groupe, comme durant la semaine d’accueil, pourraient penser qu’ils ne peuvent pas participer à la vie du campus dès qu’ils commencent leurs études. Puis dans certains cas, l’inconfort d’entendre des slogans ou des chansons sexistes ou homophobes suffit à écarter certains des activités offertes sur le campus. Les nombreux cas de costumes racistes, d’incidents d’initiation, de discrimination scolaire et de graffitis haineux contribuent à rendre les campus moins accueillants pour certains. Le nombre croissant d’agressions sexuelles, dont les cas non documentés qui ont lieu dans les bars de campus et les résidences, font que les campus sont plus dangereux pour les femmes. Bien que le campus puisse être une excellente communauté où des étudiantes et étudiants de divers milieux peuvent se rencontrer et apprendre, il peut tout aussi bien s’avérer un espace très angoissant. Par conséquent, les étudiantes et étudiants qui doivent déjà surmonter des défis financiers, scolaires et personnels peuvent souffrir de problèmes de santé mentale qui sont aggravés par la culture ou l’environnement particulier du campus.

population francophone considérable et que le français est une des langues officielles du pays, l’enseignement en langue française est important pour le développement des collectivités ontariennes. Par conséquent, les étudiantes et étudiants doivent avoir accès à un ensemble complet de programmes de langue française, et ce, nonobstant la région de la province qu’ils habitent. Des études ont montré que l’accès à des options d’enseignement postsecondaire en langue française est considérablement limité en Ontario et que les personnes qui habitent la région du Centre-Sud-ouest de la province sont particulièrement mal desservies à cet égard. Par rapport aux programmes de langue anglaise, les étudiantes et étudiants francophones dans cette région ont un taux d’accès de trois pour cent à des programmes collégiaux et de premier cycle universitaire en langue française.1 La pénurie de programmes et d’établissements francophones et bilingues force plusieurs étudiantes et étudiants francophones à poursuivre leurs études en anglais même s’ils préféreraient le faire en français.2 Souvent, les étudiantes et étudiants francophones sont incapables de trouver un programme de langue française offert près de chez eux ou dans le domaine d’études de leur choix. Nombre d’étudiantes et d’étudiants francophones ne peuvent accéder à des programmes en langue française. Cependant, celles et ceux qui réussissent à s’inscrire à
1 Commissaire aux services en français de l’Ontario. L’état de l’éducation postsecondaire en langue française dans le Centre-Sud-Ouest de l’Ontario : Pas d’avenir sans accès. Gouvernement de l’Ontario, 2012. 2 Ibid.

Enseignement en langue française
La plupart des collèges et des universités en Ontario n’offrent que des cours en anglais, à l’exception de deux collèges francophones (le Collège Boréal et La Cité collégiale) et de trois universités bilingues (l’Université d’Ottawa, l’Université Laurentienne et le Collège Glendon de l’Université York). Étant donné que l’Ontario compte une

44

Vision des étudiantes et étudiants

ÉCART CROISSANT DE L’ACCÈS POUR LES COLLECTIVITÉS DU NORD
Pourcentage de la population de 15 ans et plus ayant un diplôme universitaire

20,5 %

14,9 % 11,4 % 8,7 %

Ontario

Nord de l’Ontario

Ontario

Nord de l’Ontario

1996

2006

(Source : Statistique Canada, Recensement du Canada, 1986-2010)

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

45

RECOMMANDATION un programme bilingue font aussi face à des obstacles structurels qui les empêchent • Rétablir le financement des bourses d’étudier en français. Même s’ils fréquentent pour les études en français et accroître le un établissement bilingue, plusieurs étudiantes financement provincial pour l’éducation et étudiants francophones finissent pas ne pas en français. avoir la possibilité de terminer leurs études entièrement en français. Les cours obligatoires Accessibilité régionale ne sont pas toujours offerts dans les deux langues, alors que les cours à option sont moins Tous les Ontariens et Ontariennes ont droit susceptibles d’être offerts en français. On à un accès égal à une éducation collégiale rapporte également que certains ont dû utiliser ou universitaire nonobstant la région qu’ils contre leur gré du matériel de cours en anglais habitent ou la proximité d’un campus. Cela est dans le cadre de cours offerts en français. particulièrement important pour les étudiantes Certains établissements et étudiants et les collectivités bilingues ont identifié du Nord de l’Ontario. Pour « Il est difficile d’avoir des écarts considérables diverses raisons, les collèges accès à des ressources en entre ce qu’ils reçoivent du et les universités du Nord français. La quantité de gouvernement provincial en ont besoin d’un soutien accru ressources disponibles subventions de bilinguisme pour livrer un enseignement et les fonds nécessaires pour dans la bibliothèques ont de bonne qualité. Alors qu’on soutenir des programmes et des sur le campus n’est pas continue de sabrer dans services en langue française. 3 proportionnelle au nombre le financement public des d’étudiantes et d’étudiants collèges et des universités, la Les étudiantes et étudiants plupart des établissements devraient pouvoir poursuivre francophones. d’enseignement du Nord sont leurs études en anglais ou en – étudiant de l’Université encore plus désavantagés français sans être forcés de parce qu’ils ne reçoivent Laurentienne limiter leurs choix de carrière pas de grandes dotations, et de vie. Le financement n’offrent pas un ensemble de programmes inadéquat des établissements bilingues de la aussi diversifié ou n’assurent pas un accès aux province et le manque d’options en matière de centres financiers comparable à celui d’autres programmes de langue française causent des établissements dans la province. iniquités. En plus des obstacles financiers et des autres obstacles structurels, les étudiantes et étudiants francophones de même que leurs familles doivent composer avec le défi additionnel d’obtenir une éducation postsecondaire dans la langue de leur choix.
3 Rapport du groupe de travail de l’Université d’Ottawa. Le français à l’Université d’Ottawa. Université d’Ottawa, 2007.

Les étudiantes et étudiants et les familles qui résident dans les régions rurales et du Nord de l’Ontario affrontent des obstacles qui sont différents de ceux qui habitent les grandes villes et le sud de la province. En règle générale, les collectivités du Nord doivent payer plus pour les marchandises, parcourir de

46

Vision des étudiantes et étudiants

plus longues distances, et faire face à des taux d’inoccupation plus faibles, des perspectives d’emploi moins reluisantes et des salaires moins élevés que la moyenne. Les membres des collectivités du Nord de l’Ontario vivent plus souvent dans la pauvreté et ont moins de chances de pouvoir poursuivre des études collégiales ou universitaires.

davantage, les étudiantes et étudiants du Nord seront forcés d’habiter encore plus loin de chez eux pour étudier dans le domaine qu’ils désirent, les obligeant ainsi à choisir entre des dépenses supplémentaires considérables ou l’abandon de leurs objectifs d’éducation. RECOMMANDATION

• Bonifier le financement des établissements À l’heure actuelle, le gouvernement oblige les du Nord afin de fournir et d’établir une établissements de déposer des conventions gamme complète de programmes d’études de mandat, ce qui s’avère particulièrement pour les collectivités du Nord. problématique pour les écoles du Nord. L’intention explicite du gouvernement d’encourager la différenciation par ces Souplesse pour les conventions de mandat et le financement étudiantes et étudiants des projets désavantagera les écoles du Nord et réduira l’accès pour les collectivités de ces Le document Renforcer les centres de créativité, régions. Le virage vers des niveaux plus élevés d’innovation et de savoir en Ontario reconnaît de différenciation et de spécialisation impose que le transfert de crédits, la compatibilité une structure plus rigide qui menace la capacité des titres de compétence et la mobilité des de la province d’offrir à toutes étudiantes et étudiants sont des les collectivités des choix « J’ai travaillé à temps enjeux importants. Contrairement d’éducation complets. à certaines autres provinces, l’Ontario n’a pas encore établi un Déjà, certains établissements système de transfert de crédits du Nord de l’Ontario ont pour l’ensemble de la province. commencé à réduire des Pour des raisons diverses, un programmes ou à les déplacer grand nombre d’étudiantes et vers des campus satellites d’étudiants qui commencent leurs ailleurs dans la province. études dans un établissement La différenciation par ces – étudiante de postsecondaire peuvent décider conventions de mandat l’Université de Toronto de les terminer dans un autre. Une découragera particulièrement étudiante ou un étudiant peut les établissements du Nord à découvrir de nouveaux intérêts universitaires développer de nouveaux programmes d’études ou professionnels, trouver un programme supérieures ou de professions libérales. Un spécialisé convenant mieux à son domaine accès à une gamme complète de programmes d’études ou découvrir une occasion d’étudier d’études est essentiel pour aborder les réalités sous la supervision d’un professeur particulier. sociales et économiques des communautés D’autres pourraient vivre des situations du Nord. Si les universités se spécialisent

plein pendant tout l’été, et je suis encore loin de pouvoir payer mes frais de scolarité – encore moins le loyer et toutes les autres dépenses. »

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

47

familiales ou personnelles qui les obligent à changer de localité. Étant donné l’économie changeante, de plus en plus d’étudiantes et d’étudiants retournent à l’école ou ajoutent une deuxième attestation d’études à leur diplôme ou grade. Les étudiantes et étudiants doivent bénéficier de la souplesse de transférer à un autre programme ou de s’inscrire à un nouveau programme sans devoir répéter des cours pour lesquels ils ont déjà obtenu des crédits. Actuellement, les possibilités de transférer varient selon l’établissement ou le programme d’études qu’ils ont choisi ou selon leur capacité de négocier avec l’administration ou de se débrouiller dans le système. Il est nécessaire qu’on établisse sans tarder un système de transfert de crédits pour l’ensemble de la province capable de contrer les obstacles auxquels les étudiantes et étudiants font face en naviguant dans le système collégial et universitaire. Dans le document Renforcer les centres de créativité, d’innovation et de savoir en Ontario, on fait aussi la promotion d’un baccalauréat en trois ans – qui existe déjà en Ontario – et on croît qu’on améliorerait ainsi la mobilité internationale des diplômées et diplômés. Le document et les séances en table ronde ont souvent invoqué le processus européen de Bologne comme un modèle pour modifier les structures provinciales de diplomation. Le processus de Bologne a fait l’objet de nombreuses critiques pour sa tentative de rationaliser et d’« harmoniser » le système d’éducation européen sans aucune preuve que les étudiantes et étudiants concernés en avaient bénéficié.

L’intérêt que suscitent les programmes d’études de trois ans est assorti à de nombreuses hypothèses selon lesquelles la restructuration des programmes universitaires de premier cycle n’aurait aucune conséquence pour les programmes d’études supérieures dans la province ni pour les étudiantes et étudiants qui veulent poursuivre un programme d’études supérieures à l’extérieur de l’Ontario ou aux États-Unis. Il a été démontré que le programme d’études de trois ans basé sur le modèle du processus de Bologne pourrait diminuer la flexibilité pour les étudiantes et étudiants à cause de la structure rationalisée et spécialisée de ce modèle. Il a également été suggéré que des étudiantes et étudiants peuvent simplement se consacrer à leurs études à temps plein douze mois par année afin d’obtenir leur diplôme plus rapidement, sans aucune appréciation des contraintes financières qui forcent les étudiantes et étudiants à occuper un emploi pendant l’été et durant l’année scolaire. La vision gouvernementale de la mise en œuvre de programmes de trois ans n’a toujours pas été précisée. Cependant, les étudiantes et étudiants sont prudents devant la hâte de réduire la durée des programmes d’études aux fins d’accélérer le passage dans le système au lieu de rendre l’éducation postsecondaire plus accessible. RECOMMANDATION • Poursuivre le travail visant à établir un système provincial de transfert de crédits qui permettra aux étudiantes et étudiants de cheminer dans les systèmes collégial et universitaire sans devoir répéter des cours pour lesquels ils ont déjà obtenu des crédits.

48

Vision des étudiantes et étudiants

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

49

50

6
Vision des étudiantes et étudiants

RESPONSABILITÉ
Assurer la démocratie et la reddition de comptes au sein des collèges et universités
Les collèges et les universités jouent un important rôle au sein de notre société, et les étudiantes et étudiants soutiennent que nos collèges et universités doivent être transparents, responsables et démocratiques puisque ce sont des établissements publics. Les étudiantes et étudiants, les membres du personnel ainsi que les professeures et professeurs doivent être appelés à participer très activement aux processus décisionnels des collèges et des universités en reconnaissance de leur position importante et unique qui leur procure une bonne compréhension de leur établissement. Malheureusement, ces importants membres du campus font face à un certain nombre d’obstacles qui les empêchent de participer à part entière aux décisions de leur collège ou université. Même si des sénats et des conseils d’administration prévoient une représentation étudiante, la voix des étudiantes et étudiants y est souvent encore marginalisée. Certains syndicats étudiants ont parfois des porte-parole étudiant désignés qui siègent aux instances décisionnelles comme les conseils d’administration, les conseils des affaires universitaires et les sénats. Certains collèges et certaines universités ont recours à des processus autres que l’élection démocratique d’un syndicat étudiant afin de pourvoir aux postes de porte-parole étudiant au sein de leurs instances décisionnelles. Parfois, très peu de comptes sont rendus sur le processus servant à pourvoir de tels postes, ce qui mine la reddition de comptes en matière de représentation étudiante. Dans d’autres cas, des administrations ont tenté de limiter la participation d’un syndicat étudiant aux processus décisionnels des instances comptant pourtant une représentation étudiante. Par exemple, au printemps 2012, le conseil d’administration de l’Université Lakehead a modifié son règlement sur les conflits d’intérêts de sorte à empêcher les étudiantes et étudiants de participer à part entière aux décisions de l’université, dont aux discussions et aux votes concernant les frais de scolarité. Bien que ce règlement ait été temporairement suspendu, la menace qu’il représente pour la participation étudiante à la plus haute instance décisionnelle de l’Université Lakehead demeure entière.

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

51

Les syndicats étudiants, ainsi que les membres du corps professoral et du personnel, devraient pouvoir participer davantage – et non moins – aux décisions prises par nos établissements d’enseignement. Ce sont des administratrices et administrateurs et des personnes nommées au conseil d’administration – qui peuvent n’avoir très peu de lien direct, ou aucun lien, avec les activités quotidiennes de l’établissement – qui prennent la majorité des décisions au nom du collège ou de l’université.

matière d’utilisation équitable et facilite davantage l’accès à des documents libreaccès. À l’Université Carleton, qui a refusé l’entente, des responsables ont trouvé que 80 pour cent des œuvres protégées par le droit d’auteur demandées sont déjà protégées par une licence dont l’université est titulaire par l’entremise de ressources existantes comme des bases de données. Les étudiantes et étudiants reconnaissent que le transfert d’information a évolué « Les étudiantes et étudiants de moult façons au cours Par conséquent, les décisions de la dernière décennie. qui participent aux comités peuvent être coupées des Aujourd’hui, de plus en ne se sentent pas respectés ni réalités et des priorités des plus de renseignements étudiantes et étudiants, des écoutés. Les administrateurs sont partagés en ligne membres du personnel, de et le gouvernement doivent et le nombre de revues même que des professeures reconnaître que les étudiantes libre-accès, de bases de et professeurs. Par exemple, et étudiants savent de quoi ils données en ligne et de nombre d’universités publications électroniques parlent. » ont récemment conclu a augmenté. Cependant, une entente avec Access – étudiant de l’Université le pouvoir décisionnel Copyright qui a pour effet d’Ottawa limité des étudiantes et d’augmenter les frais de droit étudiants a permis à nombre d’auteur de 3,25 $ à 26 $ par d’établissements de conclure des ententes étudiant. Bien que plusieurs universités aient coûteuses et problématiques. choisi de ne pas signer ce genre d’entente après avoir été sensibilisées aux inquiétudes de leurs Dans Renforcer les centres de créativité, étudiantes et étudiants et des membres du d’innovation et de savoir en Ontario, on personnel et du corps professoral, d’autres ont suggère qu’il y a lieu d’améliorer notre signé l’entente et ont immédiatement refilé les système d’éducation postsecondaire pour le coûts à leurs étudiantes et étudiants. rendre « plus pertinent, plus souple et plus avantageux pour les étudiants de l’Ontario ». L’entente avec Access Copyright contient Pour ce faire, il faut prendre au sérieux la un certain nombre d’éléments préoccupants, volonté de ces derniers de jouer un plus grand dont l’attente que les universités surveillent rôle dans le processus décisionnel de leur étroitement l’utilisation personnelle des établissement. Les étudiantes et étudiants documents par les étudiantes et étudiants doivent avoir l’espace nécessaire pour participer et les professeures et professeurs. De plus, à tous les paliers décisionnels de leur université cette entente va à l’encontre de récentes ou collège, y compris à l’élaboration de divers décisions rendues par les tribunaux en

52

Vision des étudiantes et étudiants

L’ONTARIO SE LAISSE DISTANCER PAR LE RESTE DU PAYS
Vue pancanadienne des politiques et des droits favorables aux étudiant-e-s

C.-B.
• Les étudiant-e-s étrangers ont droit à l’assurancemaladie provinciale • Loi sur le droit d’association pour les syndicats étudiants • Les universités relèvent de la compétence de l’Ombudsman

ON
étudiant-e et taux d’encadrement les plus bas • Frais de scolarité et dettes d’études les plus élevés • Pas de protection pour les étudiant-e-s

• Financement par

QC
• Loi sur le droit d’association pour les syndicats étudiants

T.-N.-L.
• Prêts sans intérêts • Les universités relèvent de la compétence de l’Ombudsman

• Prêts sans intérêts • Les étudiant-e-s étrangers ont droit à l’assurance-maladie provinciale

Î.-P .-É.

AB
• Financement par étudiant-e le plus élevé

MB
• Les étudiant-e-s étrangers ont droit à l’assurancemaladie provinciale

N.-É.
• Les étudiant-e-s étrangers ont droit à l’assurance-maladie provinciale

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

53

programmes, à l’établissement des priorités pour le campus et à la prise de décisions concernant le budget de l’établissement. Les collèges et universités de l’Ontario sont tous régis par des lois de l’assemblée législative. Ces lois déterminent la composition des conseils d’administration et leur nombre de membres. Le gouvernement pourrait assurer que la communauté de l’université est mieux représentée au conseil d’administration. RECOMMANDATION • Obliger les universités et les collèges à modifier leur modèle de gouvernance pour accroître la représentation étudiante au sein des instances décisionnelles.

vulnérables à l’intimidation et à la répression. L’administration de certains établissements retient parfois ou menace de retenir les cotisations perçues pour les syndicats étudiants du campus, compromettant le fonctionnement, voire l’existence même de ces derniers. En qualité d’organisations démocratiques et autonomes dirigées par des représentantes et représentants qui ont été élus pour exécuter des fonctions au nom des étudiantes et étudiants, elles doivent jouir de protections légales afin de s’assurer que ces derniers peuvent exercer leur droit de libre expression sans crainte de représailles de la part de l’administration. Les syndicats étudiants fournissent à leurs membres toute une gamme de services, dont de l’assurance pour les soins de santé et dentaires, des programmes de rabais, des activités d’accueil à la rentrée scolaire, des activités qui renforcent le sentiment d’appartenance à la communauté, des centres d’équité, des services de soutien et d’autres services aux membres qui leur permettent de faire des économies. Ils peuvent également gérer des entreprises dirigées par des étudiantes et étudiants qui fournissent des espaces pour des activités sociales et des services à prix abordable, tout en procurant des emplois aux étudiantes et étudiants. Tous ces services peuvent faire l’objet de menaces imprévisibles de la part de l’administration, bien qu’ils aient été établis démocratiquement et maintenus par et pour les étudiantes et étudiants. Par exemple, en 2010, plusieurs services offerts par des syndicats étudiants de l’Université Carleton, tels l’assurance pour les soins de santé et dentaires, le service d’emplois et d’autres services pour étudiantes et étudiants, dont la prestation était assurée par le centre des femmes et le centre

Loi sur le droit d’association des syndicats étudiants
Les syndicats étudiants se trouvent au premier rang de ce qui se passe sur leur campus. Lorsqu’il y a pratique déloyale sur le campus, lorsqu’une étudiante ou un étudiant ne peut accéder aux cours nécessaires pour terminer son programme d’études, ou lorsqu’un collège ou une université va à l’encontre d’une politique institutionnelle ou gouvernementale, les étudiantes et étudiants se tournent souvent vers leur syndicat pour obtenir de l’aide. Malgré ce rôle et ce point de vue importants, les syndicats étudiants ne sont pas protégés par la loi en Ontario, parce qu’il n’existe aucune législation à cet effet. Parfois, le travail d’un syndicat étudiant peut être en conflit avec l’orientation de l’administration des collèges et des universités, ce qui rend les syndicats étudiants

54

Vision des étudiantes et étudiants

de sensibilisation aux handicaps, entre autres, ont été menacés lorsque l’administration a arbitrairement retenu, pendant la majeure partie de la session d’automne, les cotisations qu’elle percevait pour la Carleton University Students’ Association et pour la Carleton University Graduate Students’ Association. Sans protection légale, de nombreux syndicats étudiants sont dans l’impossibilité de remplir leur mandat en vertu de la Loi sur les personnes morales, car les administrations refusent de leur fournir une liste complète de leurs membres. Cette situation limite la capacité du syndicat étudiant de communiquer à ses membres des enjeux et des renseignements importants à propos du syndicat, et compromet sa capacité d’agir en transparence et de rendre des comptes à ses membres. En 2011, les députés provinciaux Yasir Naqvi et Rosario Marchese ont coparrainé un projet de loi d’initiative parlementaire, le projet de loi 184 : Loi sur les associations étudiantes constituées au sein des établissements d’enseignement postsecondaire de l’Ontario, qui fournirait des protections fondamentales aux syndicats étudiants tout en s’assurant qu’ils continuent de rendre des comptes à leurs membres. Des lois pour la protection des associations et des syndicats étudiants existent déjà au Québec et en Colombie-Britannique. RECOMMANDATION • Réintroduire le projet de loi pour assurer une protection légale aux syndicats étudiants.

Autorité de l’Ombudsman de l’Ontario
La capacité des étudiantes et étudiants universitaires de demander des comptes à leur établissement est davantage minée par le manque d’autorité de la part de l’Ombudsman de l’Ontario à ce sujet. L’Ombudsman de l’Ontario est un organisme du gouvernement provincial qui a le pouvoir d’étudier les plaintes en matière d’équité déposées contre divers organismes et services publics, mais qui n’a pas d’autorité sur le secteur des municipalités, des universités, des écoles et des hôpitaux (MUSH). Si un étudiant subit une injustice dans le système collégial de la province ou par rapport à sa demande d’aide au Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants, il peut communiquer avec l’Ombudsman de l’Ontario et déposer une plainte. Malheureusement, les étudiantes et étudiants universitaires n’ont pas la même protection face à leur établissement d’enseignement. Les plaintes déposées par les étudiantes et étudiants collégiaux ont mené à d’importantes améliorations en leur faveur. Pendant l’année scolaire 2011-2012, le bureau de l’Ombudsman de l’Ontario a reçu 50 plaintes relatives aux universités publiques sur lesquelles il n’a pas pu faire enquête. Ces plaintes portaient sur divers sujets, entre autres, sur des questions de frais et de remboursements, de pré-requis pour des cours, de notes scolaires, d’expulsion, de décisions de comités d’appel internes, de politiques injustes, et même, de services offerts par le bureau de l’ombudsman interne de l’université. 1
1 André Marin. Rapport annuel de 2011-2012.

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

55

Lors des dernières séances de l’Assemblée législative de l’Ontario, un projet de loi d’initiative parlementaire visant à autoriser l’Ombudsman de l’Ontario à enquêter sur les plaintes contre le secteur MUSH (municipalités, universités, conseils scolaires et hôpitaux) a été rejeté. Les étudiantes et les étudiants croient que la décision devrait être révisée et que l’Ontario devrait suivre l’exemple de la Colombie-Britannique et de Terre-Neuve et Labrador, et élargir le champ de compétences de l’Ombudsman de l’Ontario. Ceci augmenterait les mesures dont les étudiantes et étudiants ont grandement besoin pour que leurs plaintes contre les pratiques injustes des universités puissent être étudiées de façon indépendante. RECOMMANDATION • Élargir le champ des compétences de l’Ombudsman de l’Ontario pour y inclure les universités.

Le gouvernement a récemment annoncé qu’il allait plafonner les salaires des gestionnaires dans une variété de secteurs, dont les collèges et universités. Le plafonnement des salaires dans les collèges et universités est un moyen de réinvestir des fonds dans le système et d’assurer un équilibre entre la rémunération raisonnable et les autres dépenses. Les étudiantes et étudiants désirent que le plafond actuel de 418 000 $ pour le salaire de personnes nouvellement embauchées soit réduit et qu’il s’applique intégralement à toutes les personnes nouvellement embauchées et au personnel existant. RECOMMANDATION • Plafonner les salaires à 250 000 $ dans le secteur universitaire, et à 200 000 $ dans le secteur collégial.

Plafonnement des salaires dans les universités et les collèges
Les étudiantes et les étudiants sont bien évidemment inquiets de la direction de leurs établissements, y compris au sujet de la gestion et de l’allocation des ressources. Aujourd’hui, l’Ontario dépense moins en dollars réels par étudiant qu’il y a vingt ans. En plus d’augmenter le financement, il faut veiller à ce que les collèges et les universités dépensent les deniers publics de façon responsable.
Ombdusman de l’Ontario, 2012.

Recherches responsables sur l’éducation postsecondaire
Le Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur (COQES) est un organisme indépendant financé par le gouvernement provincial qui entreprend et publie des projets de recherche sur le système d’éducation supérieure de l’Ontario. Malheureusement, le COQES affiche toujours dans leurs projets de recherche et leurs politiques un programme qui est déphasé par rapport à celui d’autres recherches dans le secteur, et ne tient aucun compte des préoccupations de la population étudiante et des corps enseignants. Ces derniers condamnent régulièrement le COQES

56

Vision des étudiantes et étudiants

pour ses initiatives de politiques erronées et trompeuses, et s’inquiètent du fait que 5 millions de dollars supposément réservés annuellement à la recherche sont octroyés à cet organisme. Le COQES ne peut pas, ou ne veut pas, étudier plusieurs enjeux importants du système de l’éducation postsecondaire en Ontario, dont les conséquences des frais de scolarité élevés, des taux d’achèvement des études, des taux de persévérance aux études supérieures, de la prolifération de personnel enseignant contractuel ou occasionnel, et du financement de sources privées pour la recherche et de ses effets sur la liberté universitaire. Au lieu de cela, le COQES se sert des deniers publics pour acheter de la publicité dans des journaux de l’Ontario pour faire la promotion d’un concours mythe/réalité biaisé et très douteux qui contredit de nombreuses études effectuées par d’autres organismes et intervenants dans le secteur de l’éducation supérieure. De plus, le COQES a récemment été mis sur la sellette pour des allégations d’inconduite en matière de recherche. En avril 2012, une chercheuse et un chercheur qui avaient participé à un projet commandé par le COQES à l’Université Queen’s ont dit que les conclusions de leur rapport avaient été considérablement modifiées à leur insu et sans leur consentement. Les modifications avaient été faites pour mieux aligner le rapport avec le programme établi du COQES. Ce cas d’inconduite en recherche soulève la question à savoir si des fonds publics devraient être accordés à un organisme qui sert de porteparole pour des programmes politiques appuyés par le gouvernement.

RECOMMANDATION • Éliminer le Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur (COQES) et affecter les fonds au financement de la recherche aux cycles supérieurs.

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

57

58

7
Vision des étudiantes et étudiants

CONCLUSION
Lutter pour notre vision
Cette année a été une année historique pour les mouvements étudiants. Les étudiantes et étudiants de l’Ontario ont observé leurs pairs au Québec et ont été inspirés par leur réussite à bloquer la hausse des frais de scolarité par une mobilisation massive. Les étudiantes et étudiants du Québec ont non seulement organisé la plus longue et plus importante grève étudiante de l’histoire du Canada, mais ont aussi réussi à établir des alliances avec des membres de la communauté afin de présenter une vision pour le Québec. Cette vision prône le soutien des services publics, l’éducation en tant que droit universel plutôt que privilège réservé à certains, et la participation démocratique de la population étudiante et des collectivités aux décisions qui les touchent. Il s’agit d’une vision que les étudiantes et étudiants de l’Ontario et leurs alliés partagent. Jusqu’ici, le gouvernement a présenté une vision selon laquelle il faut justifier la valeur des collèges et des universités en raison de la diminution de nos ressources publiques. À plusieurs reprises, le gouvernement a laissé entendre que satisfaire les demandes des étudiantes et étudiants pour un système abordable et accessible nuirait à la qualité du système. Il laisse également faussement entendre que les intérêts des étudiantes et étudiants vont à l’encontre de ceux des membres du corps professoral, du personnel de soutien et des autres intervenants sur nos campus. La vision que prônent les étudiantes et étudiants représente une approche beaucoup plus globale qui reconnaît le besoin de veiller à l’abordabilité, l’accessibilité, la qualité et la responsabilité de nos établissements. Au mois de septembre, des étudiantes et étudiants aux quatre coins de la province ont pris la parole sur les enjeux auxquels ils font face dans leur campus. La vision que contient ce document a été élaborée par des étudiantes et étudiants et démontre qu’ils ont une vision pour transformer les collèges et les universités. Mais ce n’est peut-être pas ce que le gouvernement avait en tête. L’approche du gouvernement pour la transformation du secteur ne vise pas à faire participer les étudiantes et étudiants sur ce que ces derniers ont constaté et ont compris comme étant les problèmes réels sur nos campus. Le gouvernement a plutôt présenté un programme qui repose sur plusieurs hypothèses problématiques quant aux besoins de nos collèges et universités. Pour que des consultations soient valables, il faut qu’elles « L’université est devenue favorisent la participation des intervenants et qu’elles ne se limitent pas une usine pour les emplois. à simplement obtenir leurs commentaires sur ce qui semble être des Je voudrais plus que ça. » conclusions déjà établies. Les intervenants devraient avoir l’occasion de définir les problèmes qui existent dans le système et s’attendre à ce qu’on – étudiante de l’Université les écoute véritablement lorsqu’ils proposent des solutions pour régler McMaster ces problèmes.

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

59

L’ÉDUCATION ENTIÈREMENT FINANCÉE EST POSSIBLE

Pays où les frais de scolarité pour l’éducation postsecondaire sont minimes ou non existants

60

Vision des étudiantes et étudiants

Fédération canadienne des étudiantes et étudiants—Ontario

61

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful