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Itw Franck Lebreton & Nico Gicquel, L.A. Kings, Ankama Propos recueillis par Miceal

OK, mea culpa : la 1ère fois que j’ai vu le L.A. Kings, j’ai pensé « jolie couv, mais un bouquin de plus sur les gangs de L.A. bourré de clichés (au sens stéréotypes du terme), pris par des photographes de mode français pendant leurs vacances d’été ! ». Je me visualisais Frankie et Nickie à Hollywood, en bermudas, chemises à fleurs et tongs design, se baladant le GPS d’une main, le Nikon de l’autre, à Beverly Hills ou sur les plages de Malibu, en quête de sensations fortes à moindre risque… Et là, j’aperçois le « label 619 » d’Ankama. WTF ? L’auteur de Mutafukaz et de Doggy Bags qui cautionne ? Run est plein d’humour, mais sur la subculture, le gars ne rigole pas,. Je regarde de plus près. Inglewood, Campton, Dogtown ? C’est pas le L.A. pour touristes ça ! Voyons, les mecs ont passé du temps dans les projects et les ghettoes… ? Quoi ? 5 ans ?! J’ouvre, et là, claque visuelle et immersion ! Et de cette plongée en apnée, je ramène la perle : un panorama bluffant d’un Los Angeles méconnu, des photos savamment construites, léchées et pourtant spontanées de personnages authentiques, des clichés ciblés qui dévoilent un monde aux codes inédits et fascinants, et surtout des personnages charismatiques dévoilés au travers de portraits absolument magnifiques qui ne laissent qu’une frustration, celle de ne pas les connaître davantage. Ces mecs là ne font pas que prendre des photos, ils racontent des histoires, mais sans jamais balancer. Pas de doute, il faut qu’on les fasse parler… !

DÉCLIC
Paris Tonkar: Franck et Nico, bonjour. D’abord, la question qui me taraude. Qu’est-ce qui peut bien pousser deux photographes de mode, habitués des plateaux chic, à s’intéresser à la subculture westside ? Franck Lebreton : Je shoote toute l’année, parfois en extérieurs, mais principalement en studio à faire de la mode ou de la nature morte, avec des directives imposées par le client. Moi, j'y apporte mon savoir-faire afin de respecter l'identité de la marque et c'est un vrai challenge à chaque fois. Mais derrière tout ça, je me passionne pour l'art urbain et la musique depuis mon enfance. J'ai cette image de moi avec mon vieux walkman, les vinyles de Kurtis Blow ou GM Flash qui trainaient, mon Spraycan Art, mes Adidas, bref des clichés de notre époque mais bien réels pour beaucoup d'entre nous. Après ce sont des films comme Colors ou Beat Street qui m'ont fasciné ; on tuait nos Mercredis à passer ça en boucle avec mes potes du 77. Depuis j'ai toujours suivi et cru en l'art de la rue qui est pour moi la libre expression à l'état pur et une immense source d'inspiration. Et enfin je suis un sneaker addict depuis de nombreuses années… Nike only !!! En vivant avec Nico comme assistant photo à Los Angeles, j'ai trouvé mon paradis visuel. À 22 ans je commençais mes premiers portraits de rue, et à 38 j'ai donc concrétisé l'un de mes rêves les plus fous. Nico Gicquel : Tout d'abord je ne suis pas né sur un plateau photo mais en banlieue parisienne :) Bercé de soul et funk, le passage au hip hop vers mes 15 ans a été plus que naturel. Je dessinais déjà beaucoup. Ca a été pareil pour le graff, je suis tombé dedans en 87/88, practice sur les voies du RER B. Puis j'ai commencé la photo. J'ai arrêté de peindre mais je suis resté passionné, j'ai couvert des sessions légales ou pas :) et pris des milliers de clichés de graff pendant mes voyages aux US, surtout côte Est à l'époque. Le son c’est pareil, ça fait partie du tout, de la vie de tous les jours. Pour L.A. Kings, je ne parlerais donc pas de véritable déclic, mais plutôt d’un enchainement naturel. Et c’est vrai que le côté US me plaisait, c'est pour ça que je suis allé vivre à L.A. avec Franky en 95/96.

PROJET
PT : Comment a démarré ce projet hyper ambitieux de L.A. Kings ? FL : J'ai décidé de faire naitre ce projet après 3 belles années passées chez Cartier en haute joaillerie. Malgré tout ce que ça m’a apporté, c'était un moment

de ma vie ou la frustration concernant mon avenir de photographe grandissait, je ne me voyais pas finir dans ce registre là et sans détails croustillants à raconter à mes enfants. Il fallait que je fasse un break et ça été radical. Je suis parti un peu du jour au lendemain. J'ai claqué mes économies dans ce projet, Nico aussi. Tout est arrivé très vite, lors de mon premier voyage j'ai commencé seul directement à South Central, je me suis vite retrouvé avec 6-7 mecs que je ne connaissais pas, perdu dans la jungle comme ils disent…J'ai vite senti qu'il y avait grave de la matière concernant ce projet L.A. KINGZ (Crenshaw bld, les mecs, les caisses) mais que tout ça pouvait basculer au moindre écart. J'ai rapidement trouvé les bons mots car les mecs se demandaient ce que je foutais là. De toute façon il n’y avait pas d'autre issue possible ; j'ai donc fait mon taf. Nico, (nous étions à l'école de photo puis au studio Astre ensemble étant jeunes), en voyant mes premières photos, à sauté dans l'avion pour me rejoindre. NC : Pour moi le projet a commencé quand Franky m'a appelé de LA. Il venait de rencontrer Actdafool et était tellement excité de ce qu'il venait de vivre qu'il m'a demandé de le rejoindre. 2 jours plus tard j'y étais et c'était parti. Pour le financement, auto production only !! Des shootings alimentaires à Paname et de la dépense utile à LA ! PT : Vous êtes-vous inspirés d’ouvrages existants sur cette thématique, même si ça n’était que pour mieux vous en démarquer ? NC : Pas vraiment d'inspiration, même si on a tous plus ou moins les mêmes refs, des clips de rap ou des films tels que Colors, Menace 2 Society, Boyz in the Hood, bref une imagerie se crée forcement. Mais on ne s'est pas dit « tiens on va faire du Estevan Oriol en mieux !! » On apprécie particulièrement son travail et surtout le bonhomme - bien cool le gars - mais nous, on voulait traiter le sujet différemment, amener un côté un peu plus mode, léché, travaillé. FL : Les inspirations viennent inconsciemment de partout, notre vécu, notre culture personnelle, des médias. On s'enrichit de plein de choses, d'année en année, en ne gardant que l'essentiel dans sa tête. Bien sur je connais le talentueux Estevan et toutes ses photos qui ont fait le tour du monde, le East Side Stories de Joseph Rodriguez en passant par le Hip-hop Files de Martha Cooper. Ce sont des témoignages marquants et des représentants indélébiles de cette culture. Pour nous démarquer de tout ça, nous bossons comme dans la mode avec les mêmes appareils, les mêmes objectifs sans passer forcement au classique fish eye que l'on a vu et revu. Nous traitons les images en post prod comme nous les traitons à Paris. Notre cadrage passe d'abord par un travail du background puis du sujet et posons de l'éclairage de studio lorsque cela est possible, c’est ça notre recette :)

PT : Au démarrage, aviez-vous l’intention de jouer avec certains stéréotypes inscrits dans l’inconscient et la culture collective de vos lecteurs ? Je pense à l’incontournable Danny Trejo, aux sexy car show chicks, etc… FL : J'ai certainement inscrit les premières pages de ce livre avec des stéréotypes, mais là-bas ça court les rues. Danny c'est une rencontre hasardeuse : même si depuis longtemps on voulait le photographier, la chance nous a souri un jour. Il n'y a que peu de chicks dans le livre pour diverses raisons, il y en aura d'autre peut être un jour dans un L.A. Queens… NC : Pas spécialement non, ça nous est plus arrivé dans la gueule comme ça. Les quartiers pourris et spécialement Downtown et la L.A. River me fascinent depuis toujours. On me l'a interdit pendant des années, que ce soient les blacks, les latinos ou le courage :) "N'y vas pas, tu vas te faire découper pour 1$". Puis arrivent les opportunités, et surtout 2 gros latinos armés qui m'ont fait visiter, et depuis me sens limite comme chez oim ! Danny Trejo, on le voulait, on en parlait depuis un moment puis, heureux concours de circonstances, on le rencontre, bon feeling et du coup un beau portrait ! Pour les chicks, à un moment donné, avec Franky on s'est juste dits : "vas y, on a trop de tofs de caisses et de homies, on se fait une mission chica", et le reste de la journée leur a été consacrée :) PT : Dans la préface, vous racontez votre entrée dans le monde des homies grâce à Actdafool, mais il n’y a pas qu’une porte ni une seule communauté dans cet immense L.A. que vous semblez avoir parcouru de long en large. Après c’est le bouche à oreille qui a fonctionné…? Comment avez-vous fait pour être acceptés ? FL : L'acceptation commence par le respect d'autrui, c’est une règle que nous avons suivi au doigt et à la lettre. Après la curiosité ne nous a jamais intéressés, on fait notre taf du mieux qu'on peut en essayant de leur livrer un travail exemplaire qui soigne leur image sans la déformer. On s'adapte sur le terrain, en suivant les cultures, et les codes on les apprend petit à petit. NC : Actdafool a vraiment été le point de départ, il nous a introduits à South Central, Compton, Inglewood. On rencontre pas mal de gens et surtout, lors d'un tournage à Downtown, on rencontre ce latino tatoué, qui s'occupe de la boxing academy, Frankie Arana (RIP), avec qui on sympathise immédiatement. Lui et son frère Richie vont nous présenter a leur bande d'amis : Estevan Oriol, Mr Cartoon, les Soul Assassins, Trevelen, bref la crème ! Et enfin Gerry (BIG UP !) nous a présenté ses connexions. Puis, le bouche à oreille à l'ancienne a fonctionné. Qu’on ait été acceptés, je pense que c’est parce qu'on est plutôt cool, qu'on est réellement intéressés par la culture westcoast, et qu'on n’est pas là pour juger. Nous, on kiffe, j'imagine que ça se voit, et du coup les gars sont fiers de poser.

PT : Quelle est la perception des Frenchies dans cet L.A. là ? Est-ce que ça vous a aidés dans votre démarche d’être des Français ? FL : Oui le fait d'être des Frenchies nous a sauvé la peau des fesses ! Paris représente quelque chose de magique et vraiment spécial pour eux ; nous aussi avons nos clichés qui plaisent beaucoup aux américains. NC : Grave que ça nous a aidé d'être Frenchies ! Si on avait été Américains, on serait morts, no joke ! Le fait d'être blancs et étrangers nous a paradoxalement sauvés. Les mecs hallucinent trop, et sont plutôt fiers que 2 blaireaux viennent de si loin pour les rencontrer. Et surtout qu'on s'y connaisse autant en westcoast, que cela soit musique, graffiti artists, tatoueurs...

STYLE
PT : Votre thématique a très souvent été traitée en photo reportage avec des clichés pris sur le vif. Vos images hyper léchées, posées, surprennent au premier abord mais sont finalement plus fidèles à l’esthétique des homies où l’on sent bien que chaque élément montré (fringues, caisse, tatoo, gun) est à sa place. Vous confirmez ? NC : Grave on confirme ! Les mecs, ils rigolent pas. Si le gars n’est pas passé chez le barber shop ou n'a pas repassé ses fringues, oublie la photo !! Pour certains on était obligés de les travailler jusqu'à ce qu'ils craquent et acceptent de poser malgré la "non perfection" ! PT : Il me semble aussi que vous avez accordé une importance inhabituelle à l’utilisation des arrière-plans. Est-ce qu’on peut vraiment parler dans votre travail de « mise en scène » ? FL : Tout est là, un concentré de détails, une mise en scène parfois, chaque objet peut avoir une place primordiale dans la réalisation finale de l'image. Comme je l'ai expliqué, je commence toujours par un repérage pour que le sujet soit à l'aise et qu'il pose dans un décor qui lui soit familier. NC : Utilisation des arrières plans, of course, toujours. Si j'aime pas le décor, je shoote pas, sauf véritable urgence ! La mise en scène, oui, ça faisait partie du délire. On cherche toujours le meilleur plan. PT : Vous jouez aussi brillamment avec l’impact de couleurs ressortant d’un fond à la limite du noir et blanc. Pouvez-vous nous en dire 2 mots ? FL : Filtre rouge sur la prise de vue, crème transparente autour de l'objectif pour créer un flou, et encore plein d'autres combines numériques que je ne vous révèlerai pas aujourd'hui. NC : Je dirais juste que les couleurs pétaient d'elles mêmes.

Portraits
PT : Là où vous m’avez bluffé, c’est dans la beauté de vos portraits à la fois in your face et sans concession, car ne cachant rien de la violence des sujets, et en même temps très aboutis et faisant ressortir leurs qualités humaines. Ca m’a fait très curieusement penser à certains boulots d’Annie Leibovitz sur les stars, qui, comme vos photos, évoquent des still shots de films, des instantanés de cinéma. Est-ce que vous avez passé longtemps avec chaque modèle pour arriver à ce résultat ? NC : C’est vrai, j'ai assisté Annie Leibovitz à Paris pendant quelques temps. J'ai fait pas mal de "behind the scenes stories" pour des magazines de mode et les backstage des fashion shows pendant au moins 5 ans. Je pense que tout ça m'a effectivement aidé. J'aime le côté "envers du décor". Pour les frères Keshishyan, c'était la première tof du dernier voyage, on voulait que ça pète ! On passe toujours un peu de temps à discuter avant, à faire des polas (polaroïds NDLR) pour détendre l'atmosphère, comme avec le flic qui ressemblait à Stan Lee ! Grosse galère pour avoir un cop. La vraie mission ! J’ai failli finir au trou :)
 FL : Nico et moi avons effectivement bossé avec Annie Leibovitz. Tout le monde connait ses mises en scènes spectaculaires et sa lumière ultra léchée. Est-ce qu'on s'inspire inconsciemment de notre vécu d'elle ou des autres ? Certainement. 10 ans d'assistanat avec plein de photographes différents, ça marque forcément. De toute façon, on est obligés de bosser à l'américaine c'est-à-dire vite, car les gens ont peu de temps à nous consacrer. Parfois, la veille, on dessine sur papier nos idées et l'installation pour se caler rapidement le lendemain et que chacun sache ce qu'il doit faire si le temps nous est précieux. PT : Dans trop de reportages sur les gangs, les filles sont présentées comme réduites à des rôles décoratifs de pétasses accessoirisées ou de prêtresses du porno chic. Chez vous, on sent qu’elles jouent un vrai rôle dans la communauté. Pouvez-vous nous parler d’elles ? Sont-elles des modèles difficiles ? NC : Je pense que notre expérience en mode nous aide énormément avec les filles. J'imagine qu'on a un langage plus respectueux ou plus sensible que leurs machos de bonhommes, et elles sont flattées. Et c'est vrai qu'elles sont très importantes dans la communauté, elles représentent beaucoup pour leurs hommes, il suffit de voir les tattoos qui leur sont dédiés. FL : Les filles, on les photographie toute l'année ; c’est un clin d'œil à notre travail, donc pour ces portraits dans le livre, on voulait avant tout qu'elles se sentent belles et sexy sur la photo. Ca n’a pas loupé : elles nous ont montré qu'elles savaient parfaitement jouer de leur féminité devant un objectif.

Stories
PT : Vous nous livrez des bribes d’info sur certains de vos modèles, sur d’autres rien… Dans tous les cas, on brûle d’en savoir plus sur eux, de connaître leur histoire. C’est votre parti pris de tout livrer par la photo mais de réduire le texte au strict minimum ? NC : Des histoires, on en a des tonnes, comme ce putain de tattoo si réaliste, que j'ai failli mettre le doigt dedans ! Comme le jour où j’attendais un mec que Chino Brown voulait me présenter, un homie qui s'était fait 30 ans de couloir de la mort. Sorti avec l'abolition de la peine capitale en Californie. What a day !! Et quels persos ! MC Pancho c'est juste un dieu, trop à raconter ! Il y a aussi Krazy K, maitre tatoueur japonais, que j'ai rencontré en 2010. Et Franky en 2011, (il s'est d'ailleurs fait encrer, le salaud!) Particularité du gars, il parle japonais only et son interprète est aussi son "portfolio humain". On pourrait t’en raconter, mais c’est vrai que notre parti pris, c’est photo only ! On ne voulait pas d'un carnet de voyage où chaque image aurait une histoire de 3 pages, ca deviendrait interminable. Les photos parlent d'elles mêmes, enfin j'espère ! Et on n’a pas eu trop de pression des homies... Enfin, certaines mais pas trop :) FL : Je crois que Nico résume bien la question. Un peu de mystère laisse planer certaines interrogations. L'image suffit. PT : Parlez-moi de ma photo préférée, la superbe photo d’Actafool prise sur Crenshaw Boulevard (p 49). Elle a une force terrible. Comment ce petit miracle s’est-il produit ? FL : Actdafool, c'est ma première tof, ma première rencontre et avant tout il est comme un frère pour nous. Nous l'avons aidé financièrement à se sortir de galères pas possibles avant et après la prison. Il est né à South Central et en connait les moindres recoins. Sur Crenshaw il squattait avec des potes, journée classique à discuter, fumer, écouter du son dans la caisse, chiner les filles qui passaient…(photo Crenshaw): Un court instant j'ai croisé son regard : ses yeux étaient rivés sur le ciel, un mélange d'amour et de haine qui en disait long sur la vie qu'il mène dans les ghettos depuis son enfance. Appareil en main j'ai réussi à immortaliser cette scène qui n'a duré que 5 secs à peine. PT : Dans vos portraits, les homeless ne sont pas oubliés (j’y pense d’autant plus que je me souviens de leur évacuation forcée par les autorités lors des J.O.s de 84 pour présenter une Los Angeles propre aux touristes de l’ère Reagan) Est-ce que ça n’est pas aussi parce que les communautés elles-mêmes sont souvent les seules à rappeler qu’ils existent ? Est-ce que votre démarche d’artistes s’accompagne sur ce plan d’une critique sociale ?

NC : Pour nous c'est évident que les homeless font partie intégrante du paysage, on ne voulait pas les éviter ou les mettre à la trappe. C'est vrai, heureusement que les communautés sont là pour eux. Evidemment on peut voir ça comme une critique sociale, il y a une partie de ça bien sur mais je dirais c'est plus un constat, ou pour ma part une question esthétique. Comme je l'ai dit, j'aime les quartiers délabrés, pourris, chargés d'histoire. et pour ce sdf avec son caddie, j'étais avec Gerry sur Mateo Street / Downtown, une de mes rues préférées à LA, en train de shooter du décor, quand le gars passe devant avec son caddie, naturel, vivant sa life. J'ai trouvé ça beau et tragique à la fois, une des images dont je suis le plus fier. PT : Outre ces concentrés d’humanités, vous dévoilez dans vos photos des lieux visiblement emblématiques, et pourtant hors des sentiers battus, dont vous esquissez les histoires sans les raconter. FL : Il y a tellement de choses à raconter dans ces lieux emblématiques qu'il nous faudrait quelques pages en plus, nous voulions absolument qu'ils soient honorés dans ce livre, à commencer par l'incontournable Greenspans (temple de la sape NDLR), le Skid Row (tattoo shop NDLR) ou Ricci, des lieux mythiques et chargés d'histoires. NC : C'est vrai qu'on a fait des rencontres remarquables, ça donne envie de partager, je conseille a quiconque de passer chez Greenspans, le shop est juste une blague, des milliers d'articles ou cartons empilés dans un dédale de malade. A voir absolument ! PT : Le livre commence par l’aube qui se lève sur le skyline du Downtown L.A. et se termine au crépuscule, une manière de dire que votre voyage a été comme un road movie au cours duquel le temps s’est détendu ? NC : C'est un peu ça, une sorte de virée photographique qui commence le matin et se termine à la tombée du jour. Un "léger" parallèle avec Training Day !! :) FL : Ces 2 photos c'était aussi : "A quel moment débuteront nos shoots aujourd'hui? Et quand est-ce qu'ils se termineront? » On ne savait jamais… Chaque jour était une nouvelle aventure…

Promo
PT : Il y a un beau making of sur youtube du vernissage de votre expo au Studio Astre. Avez-vous participé à sa scénographie ? Et est-ce que cette étape a pu représenter une forme supplémentaire d’aboutissement de votre projet ? NC : pour le making of, on n'a pas participé à la scéno, trop busy avec les gens. mais au montage, oui. Et oui forcément c'est une sorte d'aboutissement même si ça relance encore plus sur de nouveaux projets ; la vidéo c'est pas mal aussi :) PT : Des exemplaires de l’édition collector ont été vendues en exclu à la Galerie Auguste lors d’une séance de dédicaces. Pourquoi une édition de luxe ? NC : Le coffret Deluxe, on voulait d'abord que ça pète à la gueule des gens, que ça en jette. On voulait un "putain" de livre objet, comme ceux que je peux acheter sur un coup de cœur, et surtout garder un coté exclusif avec seulement 350 exemplaires. C'était très gratifiant évidemment de rencontrer de parfaits inconnus qui estimaient nôtre travail et voulaient une dédicace ! Ca fait plaiz, et on s’est dits que ça valait le coup de partager notre expérience avec le public. PT : Pouvez-vous nous parler de la soirée « L.A. Kings » au Nouveau Casino ? NC : Une boucherie ! On a fait venir les FOESUM (G-Funk) de Long Beach et FREDWRECK (DJ Producer de Snoop, Dre ..), et rencontre avec la westcoast française (les Sales Blancs, Papillon, Aelpaecha..), grands moments de son, de potes, de déchire jusqu'à 7 ou 8 du mat', propre. PT : Quel fut exactement le rôle de Gerry Blyenberg, vu dans la version française du « Pimp my Ride » de MTV présentée par Ramzy, et qui est crédité « au générique » sur la couverture de votre bouquin ? NC : Gerry, c’est tout un programme :) On l'a rencontré à LA après une année de tofs là bas, via un pote de Franck. Bon feeling, on l'amène sur un shoot "tendu" (latinos armés, avec petits MS13 tatoués de-ci de-là) et là il se rend compte qu'on est "locos". S'ensuivra une collab' très régulière pour contacts, rdvs etc... On a bouclé le projet en sa compagnie sur un mois de bons gros délires et il nous a été d'une aide plus que précieuse. Spéciale dédicace: Gerry, Brentwood fever !! PT : Y aura-t-il d’autres rencontres avec le public ? FL : Oui il y aura d'autres événements similaires mais pour l'instant on est en préparation donc les infos d'ici peu… NC : Pas de dates précises pour le moment, à la rentrée anyway. (Mona Lisait, librairie Vuitton , Allcity paris ? :)

PT : Et enfin, quels sont vos futurs projets, ensemble ou séparément ? FL : Projets perso : e viens de terminer un autre livre avec JC Vincent sur la Kustom Kulture en Cali prévu pour la fin d'année ou début 2013. En futur projet seul ou en commun, un L.A.KINGZ 2, un livre de Graffiti spécial CALI, un livre sur la sneakers oblige! Mais avant ça, je pense plutôt à un décollage vers le Japon… NC : Un trip au japon, un bouquin de graff... En solo, une immersion avec les 7th letter/AWR/MSK. Sinon très attiré par le tattoo, les yakuzas ou une plongée avec les gang latinos, mais on s'en sort rarement vivant;) Alors Inch' Allah !! Je vais faire une mini participation photo/grande participation morale au Kustom Kulture de Franky. Et aussi ensemble : un LA Kingz 2, what else ?! Avec de la star de chez star :) PT : Franck et Nico, merci NC : Merci à toi ! FL : Merci Tonkar !!! Et à très bientôt pour de nouvelles aventures. Peace Franck 


© Franck Lebreton & Nico Giquel, label 619 Ankama