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Présentation de Jacques Ginestié lors de sa candidature aux fonctions de directeur de l’IUFM d’Aix-Marseille.

8 octobre 2012 Mesdames et messieurs les administrateurs de l’IUFM, Pour la troisième fois, je suis à cette place de candidat aux fonctions de directeur de l’IUFM de l’académie d’Aix-Marseille, et non aux côtés de Monsieur le Président. Je vous remercie chacune et chacun de sacrifier un peu de votre précieux temps à la vie de cette institution. Je ne vais pas vous infliger la présentation de ma carrière, vous avez tous les éléments dans mon dossier, je vais simplement replacer quelques repères pour ensuite prendre le temps de vous présenter mon projet pour ce nouveau mandat. Je suis devenu professeur des universités en suivant une carrière assez classique d’universitaire, bien qu’un peu tardive, après une expérience dans l’industrie, dans l’enseignement secondaire et dans la formation des enseignants à la MAFPEN. Je suis donc devenu MCF après avoir soutenu ma thèse puis Professeur après mon HDR. D’abord directeur adjoint, je suis devenu directeur de l’IUFM en 2005. Ces responsabilités ne m’ont jamais éloigné de la recherche, dans le champ de l’éducation technologique. Cela m’a conduit à prendre la responsabilité de l’équipe d’accueil ADEF, d’être l’initiateur du projet de structure fédérative de recherche en éducation SFERE-Provence et l’artisan de la chaire Unesco dont je suis le titulaire. Candidat à ma propre succession, ma présentation s’organise tout autant autour de mon bilan et des perspectives qui constituent l’ossature de mon projet pour ce nouveau mandat. J’étais déjà engagé dans le projet de création de l’IUFM avec Pierre Jullien, il y a plus de vingt ans. La rupture, à l’époque, portait sur l’universitarisation de la formation des enseignants et mon bilan doit être regardé à l’aune de ce processus. Il était assez commun de dire que la formation professionnelle est avant tout une formation à la pratique par la pratique et nombreux sont ceux qui pensaient (qui pensent) qu’une solide base disciplinaire universitaire consolidée par une expérience encadrée de terrain est suffisante. Un peu comme si la professionnalisation était spontanée ou se réduisait à un supplément d’âme. Sans doute en raison de ma propre expérience, cette posture me semble complètement erronée et, depuis de nombreuses années, les rapports et les résultats de recherche s’accumulent pour démentir une telle posture. Le processus d’universitarisation est un processus de construction d’identité professionnelle qui articule compétences et connaissances professionnelles et pas seulement un apprentissage sur le tas éclairé de quelques recettes. La question posée est bien celle de l’identification de ces compétences et de ces connaissances et de leur organisation dans des curricula de formation. Donner du sens à la formation des enseignants suppose de penser la professionnalité de ce métier dans sa complexité et au travers de l’ensemble de ses dimensions. Très schématiquement, l’exercice du métier engage trois niveaux de maitrises qui ne relèvent pas des mêmes champs de compétences et de connaissances : la maitrise des savoirs disciplinaires à enseigner, la maitrise de l’enseignement de ces savoirs et la maitrise du rôle d’enseignant acteur du système éducatif. Deux lignes distinctes fracturent les organisations de formation des enseignants, tout au moins en France, et on les retrouve dans toutes les évolutions politiques depuis la création des IUFM et la fin des écoles normales et des centres pédagogiques régionaux. La première concerne notre conception française des disciplines scolaires qui, au-delà du simple découpage curriculaire de savoirs réputés académiques, organise notre système dans les distinctions entre les différents niveaux scolaires et leurs différents cycles. Penser les continuités et les progressions dans un champ disciplinaire donné est déjà complexe en soi, penser les différents niveaux de savoir en fonction de leur rôle social l’est encore plus. Cette fracture permet de

comprendre l’histoire difficile pour implanter des approches interdisciplinaires, comme récemment à propos des éducations à. La seconde concerne le débat entre éducation pour tous (une égalité d’accès aux savoirs pour tous), formation professionnelle pour chacun (une qualification professionnelle porteuse d’insertion pour chaque élève) et élitisme républicain (l’accès à un niveau de qualification donné selon les mérites de chacun) n’est pas récent. Selon vers lequel de ces pôles ont fait pencher les orientations politiques, on n’obtient pas le même profil d’enseignants et donc bien évidemment pas le même dispositif de formation. Bien sûr, comme sur une façade, ces deux lignes s’entrecroisent et se mêlent, fragilisant d’autant l’édifice. En ce sens, l’universitarisation de la formation des enseignants doit permettre, en s’appuyant sur la recherche, de faire évoluer ces modèles pour les améliorer et les valoriser. Il est commun de dire que l’université enseigne les savoirs qu’elle produit par la recherche. Pour autant, force est de constater que les savoirs produits par la recherche, en France en particulier, sont actuellement largement insuffisant pour l’aider à remplir ses trois missions, recherche, formation, insertion, en matière de formation des enseignants. Cette dimension de recherche dans un IUFM est une des constantes de mes actions à Aix-Marseille, bien avant que je prenne des responsabilités de direction. Mettre à disposition de la formation initiale ou continue des enseignants des savoirs produits par la recherche n’est pas chose simple en soi. Déjà, dans les disciplines académiques, les nombreux efforts de rapprochement entre les laboratoires et les enseignants du 1er et 2nd degrés montrent les nombreuses difficultés à organiser et faire vivre cela. C’est, par exemple notre difficulté à faire aboutir le projet de maison régionale des sciences et de la technologie. Ces efforts restent trop souvent sur le registre de la découverte. Aix-Marseille a acquis une solide réputation de travaux sur la transposition didactique. C’est une des questions que je travaille dans mes travaux de recherche, au travers de la direction de plusieurs thèses ; elle a constitué un des axes de développement de l’équipe de recherche Gestepro. Les résultats permettent de comprendre les enjeux et les contraintes qui pèsent sur l’organisation scolaire des curricula d’enseignement. Cette structuration de l’universitarisation de la formation des enseignants au travers du développement de la recherche en éducation marque notre volonté depuis de nombreuses années avec pour arme principale la conviction que ce développement était indispensable et devait se faire selon les canons et les modèles de la recherche scientifique classique. Nous nous démarquions ainsi tout autant de ce qui se faisait (se fait encore ?) dans les sciences de l’éducation que de l’applicationnisme simpliste des modèles des disciplines académiques. Ni pédagogiste, ni dogmatique, cette voie, pas la plus simple, se révèle fiable et efficace. Dès le départ, il s’est agi de penser cette recherche à l’interface entre une recherche scientifique canonique et les pratiques de formateurs de terrain. Ainsi, il y a une quinzaine d’années, lorsque j’ai pris la responsabilité de la recherche à l’IUFM, nous avons inventé un arsenal de dispositifs tels les décharges pour formation doctorale, les groupes de développement et, plus récemment, les aménagements de service pour activités de recherche. Tous ces dispositifs sont un succès et se révèlent très productifs ; au-delà des résultats produits, ils ont permis cette acculturation de l’ensemble des personnels à l’universitarisation de la formation professionnelle des enseignants par la recherche. Ces efforts se retrouvent dans la structuration d’ADEF, la fédération de recherche SFERE-Provence, la création de la chaire Unesco ou notre engagement dans de grands programmes européens, PCRDT, Erasmus Mundus, etc. Projets que j’ai porté personnellement. L’histoire des IUFM est une histoire chaotique qui épouse les tensions idéologiques et sociétales de notre système éducatif. Sans doute, exercer des responsabilités dans une institution, trop souvent stigmatisée, forge quelques compétences de dialogues et de négociations. Institutionnaliser la formation des enseignants dans la logique universitaire, tout en respectant les attentes de la profession et de l’employeur de nos étudiants, est une orientation politique. Comme

pour la recherche, mes actions sont guidées par ce souci d’identification et de reconnaissance d’une institution universitaire de formation professionnelle universitaire des enseignants. Dans nos relations avec l’employeur – le recteur, les DASEN, les corps d’inspection, le DAFIP… – il s’agit de distinguer les rôles respectifs et de travailler en bonne intelligence et en collaboration étroite. Certes, on peut pointer les quelques écueils et erreurs, mais le résultat reste globalement positif. Les perspectives ouvertes par le nouveau gouvernement me font penser que tous ces fondements vont nous aider à aller de l’avant de manière constructive. La succession des évènements depuis 2005 révèle nos insuffisances à propos du devenir de nos étudiants qui, pour un grand nombre, attend la fin de leurs études pour découvrir qu’ils n’ont aucune chance de devenir enseignants. Très vite, de manière proactive, nous avons diversifié les débouchés, impulsant un réel changement de culture en ne considérant plus l’éducation nationale comme le seul employeur potentiel, même s’il conserve une place privilégiée et très largement majoritaire. Nous nous sommes ouverts à d’autres partenaires, dépassant la phase expérimentale pour consolider nos partenariats notamment avec les entreprises de l’économie solidaire. Pour autant, cette diversification reste une solution de rattrapage en fin de cursus. Je défends l’idée d’une évolution notoire de l’articulation licence-master qui intègre des dispositifs d’orientation active tout au long des trois années de licence, permettant une gestion des flux d’étudiants pour rapprocher nos effectifs d’étudiants des débouchés potentiels de nos formations. Sans naïveté, je mesure les difficultés pour construire un tel dispositif ; toute construction s’inscrit dans le temps et les progrès accomplis ces dernières années sont encourageants. Le rythme des évolutions au niveau national et régional a largement malmené tous les acteurs, enseignants, enseignants-chercheurs, personnels IATS, étudiants, partenaires. Les déstabilisations de tous ordres suffiraient à elles seules pour décourager les plus téméraires. Notre réponse, ici à Aix-Marseille, a été construite en renforçant nos organisations pour garder une grande capacité d’action tout en préservant autant que faire se peut les personnes. Je ne suis pas certains d’y être arrivé à 100%, mais globalement nous avons, plutôt bien, surmonté les tempêtes successives si l’on en juge par la situation d’autres IUFM. Certes, nous avons bénéficié d’appuis explicites et non-négligeables du recteur de l’académie, le précédent et l’actuel, des présidents de nos universités, université de Provence puis AMU, des collectivités territoriales. Mais ne nous y trompons pas, si nous avons été soutenus, c’est que notre projet politique méritait de l’être. L’institution de l’IUFM repose sur deux grands principes, un fonctionnement institutionnel de démocratie représentative et une structuration fondée sur la responsabilisation et la délégation. Après de nombreuses hésitations, nous nous sommes structurés en cinq départements et une coordination pédagogique par organisation des formations ; en rupture avec une structure par sites et par distinction des formations. Les responsabilités des chefs de département ont été accrues, ils s’appuient sur leurs conseils de département et leurs compétences en matière de gestion des moyens et des ressources humaines se sont élargies. Les progrès manifestes accomplis nous engagent à avancer dans cette direction. La généralisation des conseils de perfectionnement pour chaque master permettra des progrès significatifs d’organisation des formations. Le conseil de direction, associant responsables pédagogiques (parcours et spécialités), chefs de départements, coordonnateurs pédagogiques de site et chefs de service vise à partager les problèmes, trouver les solutions, orienter les choix et les évolutions et apporter les réponses. Les commissions de site associent les acteurs d’un même lieu afin de relayer la politique de l’institut tout en prenant en compte les spécificités locales. Améliorer le service rendu à nos usagers, les étudiants et les enseignants en formation continue, en respectant le cadre réglementaire, est, pour moi, un axe politique fort. Il s’agit, notamment, de développer et faire vivre ces instances de concertation et de coordination. L’organisation des services administratifs et techniques a particulièrement souffert des effets de l’intégration, de la mastérisation et de la fusion. Mon souci a été de préserver l’identité de l’IUFM tout en procédant aux ajustements nécessaires pour passer d’un petit établissement autonome, accueillant principalement des professeurs-stagiaires, à une des composantes de la plus grande université française. Ce n’est pas sans conséquence sur les métiers de chacun et le résultat est encore loin d’être parfait.

Les perspectives restent pourtant prometteuses. Les adaptations successives se sont faites grâce à la qualité et l’engagement de chacune et chacun. Ce climat favorable, nous recevons plus de demandes pour nous rejoindre que pour partir, repose sur une volonté de dialogue et une dynamique portée par tous les acteurs. Il y a, dans cette dynamique, une nécessaire distinction entre le temps du dialogue, celui de la décision, avec les validations par les instances statutaires de l’IUFM, et celui de la mise en œuvre des décisions. Sans confusion de ces temps, notre efficacité s’apprécie dans les mises en œuvre. C’est ce que nous faisons actuellement au travers du travail de structuration de nos services administratifs et techniques afin que chaque agent puisse exercer son métier au service de l’institut, et au-delà celui de l’université, en évitant les cloisonnements stériles et les replis frileux. Nous devons renforcer la place de la commission des personnels administratifs et techniques pour qu’elle joue pleinement son rôle, en portant les innovations et évolutions et en régulant les organisations. Le renouvellement de mon mandat arrive en plein dans de grands débats nationaux sur l’École et l’Université. Au-delà des réformes qui en découleront, mon projet est celui d’un acteur de ces évolutions, pour une dynamique de construction d’une formation professionnelle universitaire des professionnels de l’enseignement, de l’éducation et de la formation. Politiquement, je défends une formation professionnelle initiale inscrite dans la continuité LM. Les dispositifs d’orientation active pendant la licence, reposant sur une progressivité des apprentissages professionnels, doivent conduire les étudiants sélectionnés à s’inscrire dans un des masters MEEF de l’ESPE. La formation doit largement s’appuyer sur l’alternance et le recrutement, en fin de master, doit affirmer fortement son caractère professionnel. D’un point de vue universitaire, je défends le projet d’un grand pôle qui renforce la cohérence universitaire de l’ensemble des acteurs, sur le modèle des facultés d’éducation des grandes universités étrangères. Nullement hégémonique, ce projet vise à rassembler les différentes compétences dans un ensemble ouvert, riche de ses partenariats, au niveau régional, national, européen et international. Entre autres, il s’agit de développer les ressources propres, d’améliorer les débouchés de nos formations, de renforcer les productions scientifiques, d’innover avec en perspective des transferts des technologies éducatives résultantes des recherches conduites. S’ouvrir à d’autres champs que celui de la formation initiale des enseignants du système scolaire nous engage à explorer d’autres voies, notamment ces nombreux métiers relatifs au monde de l’éducation, dans les secteurs péri-éducatifs, et qui ne font pas l’objet d’un cursus de formation particulier. Cette diversification est indispensable si l’on veut élargir le champ des possibles dans les dispositifs d’insertion active. Par ailleurs, la formation initiale et continue des enseignants du supérieur est un réel enjeu pour AMU. La création du CIPE et notre engagement dans son volet formation nous ouvre les perspectives de la pédagogie universitaire avec la formation des doctorants, des néo enseignants-chercheurs et des équipes qui souhaitent faire évoluer leurs dispositifs. Le chantier est vaste et passionnant. Ce sont là quelques exemples qui illustrent cette nécessité de nous ouvrir à des partenariats encore plus riches et prometteurs de débouchés, d’évolutions et de progrès. Je suis seul candidat à ma propre succession. Il n’y a pas plusieurs projets en compétition, ce qui serait un autre challenge. Il y a sept ans, lorsque je décidais de briguer mon premier mandat, je pensais faire comme mes prédécesseurs, un seul mandat de cinq ans, m’acquittant de ma part d’exercice des responsabilités. À l’époque, il était difficile de prévoir les successions d’évènements initiés par la loi d’orientation de 2005. Nous avons surmonté de nombreux écueils mais n’avons pas encore franchi complètement le gué qui doit nous conduire à cette universitarisation de la formation professionnelle. C’est parce que je me sens responsable de mon engagement à assurer cette transition, et aussi parce que de nombreux personnels de l’IUFM m’ont largement sollicité, m’offrant ainsi un gage de confiance, que j’ai pris la décision d’être candidat. J’ai aussi été sollicité, parmi d’autres, par le président de l’université et le recteur de l’académie, qui m’accordent leur confiance à poursuivre ce travail qui devrait nous conduire aux ESPE, dans une nouvelle définition du paysage qui s’esquisse aujourd’hui.

Je prends ces témoignages comme autant de marque de reconnaissance du travail accompli ensemble. J’en partage le mérite, volontiers et avec fierté, avec chacune et chacun qui font que l’IUFM d’Aix-Marseille est souvent montré en exemple et dans de nombreux cas sert de référence. Au final, la seule question qui vous est posée est bien celle d’exprimer le renouvellement à travers vos votes de votre confiance. J’espère vous avoir convaincu que je continuerai à porter haut et fort cette idée d’une formation initiale et continue des professionnels de l’enseignement, de l’éducation et de la formation inscrites de plein droit et de plein pied dans la grande université d’Aix-Marseille, une formation qui forme les professionnels qui interviendront de la maternelle à l’université, une formation qui articule compétences et connaissances professionnelles en s’appuyant sur des partenariats riches à même de porter une alternance efficace, une formation adossée à des recherches en éducation qui se préoccupent tout autant de l’avancée des connaissances que de l’implication de l’ensemble des acteurs. Cet exposé, j’ai choisi de le construire comme un reflet de la dynamique que je cherche à impulser depuis sept ans maintenant. Une dynamique de positionnement d’une idée assez simple en soi : enseigner est un métier qui s’apprend et notre job est bien celui de concevoir et mettre en œuvre les organisations qui favorisent ces apprentissages… Ce choix ne répond pas à toutes les préoccupations que chacune et chacun peut porter et je suis bien conscient des zones d’ombre qui subsistent. Je suis donc à votre disposition pour répondre à vos questions et vous apporter toutes les précisions que vous pouvez souhaiter. Je vous remercie de votre attention et de la confiance que vous ne manquerez pas de me témoigner au travers de l’expression de vos votes.