LA PORTEE EDUCATIVE DES ECOMUSEES

:
• 1
LE CAS HAUTE-BEt\UCE
par
MAUDE CERE
UNIVERSITE DU QUEBEC
liJIE!VIOIRE
PRESENTE A
L'UNIVERSITE DU QUEBEC A MONTREAL
GOMME EXIGENCE PARTIELLE
DE LA MAITRISE EN ETUDE DES ARTS
par
MAUDE CERE
LA PORTEE EDUCATIVE DES ECOMUSEES:
LE CAS HAUTE-BEAUCE
DECEMBRE 1984
AVANT-PROPOS
Le présent mémoire constitué de parties écrites et
audio-visuelles est le résultat de six années d'expéri-
mentation en Haute-Beauce où s'est déroulé la première
expérience écomuséale en Amérique du Nord, de 1978 à 1984.
A titre de pédagogue, d'intervenante sociale et de
créatrice, je possédais la préparation adéquate pour
orienter cette expérience dans le sens d'un projet d'édu-
cation populaire à l'échelle régionale.
Ma formation d'historienne de l'art a facilité l'uti-
lisation de l'institution muséale et de la muséologie
comme outils privilégiés au cours de cette démarche.
Grâce à la collaboration éclairée de plusieurs spé-
cialistes du Québec et du monde dans le domaine de la
nouvelle muséologie, notamment de Georges-Henri Rivière,
liù.gues de Varine Bohan, René Rivard et Pierre Mayrand,
j'ai pu nourrir constamment, de nouveaux apports criti-
ques et disciplinaires, ma réflexion sur mes pratiques
écomuséologiques.
De multiples stages à l'étranger; aux Etats-Unis et
en France, m'ont permis de vérifier in situ la validité
des hypothèses et des pratiques appliquées à la Haute-
Beauce.
II
Sans la coopération enthousiaste des travailleurs et
usagers de l'Ecomusée de la Haute-Beauce, je n'aurais pu
mener cette expérience à bien et en tirer les conclusions
qu'il m'est possible de livrer aujourd'hui dans ce mémoire.
RESUME
Cette recherche a pour but de décrire les étapes à
franchir dans le temps et dans l'espace, par un organisme
muséologique à vocation d'éducation populaire, pour sus-
citer chez une population donnée,un sentiment d'apparte-
nance à son territoire, favoriser la prise en charge par
cette même population de son développement global et lui
permettre d'utiliser l'exposition comme mode d'expression.
La partie écrite et la partie audio-visuelle du mé-
moire portent sur le même sujet, à savoir les différents
processus éducatifs essentiels à l'éducation populaire,
tant au point de vue de son insertion dans le milieu sco-
laire, qu'au point de vue de son organisation. Il va de
soi que le projet éducatif global sera mis en évidence.
Afin de mieux en saisir la portée éducative mon sujet
principal sera précédé d'une description des expériences
écomuséologiques dans le monde et des conditions d'implan-
tation de l'écomusée québécois.
Le vidéogramme fera voir les experlences concrètes
tandis que le mémoire écrit fera comprendre les supports
théoriques.
La conclusion établira qu'une action systématique
d'éducation populaire, à l'intérieur d'une région donnée
et par l'intermédiaire d'une institution muséologique,
permet effectivement la prise en charge progressive par
la population de ses éléments actifs (les animateurs
naturels) grâce à des moyens d'expression visant au dé-
veloppement concret de l'environnement.
TABLE DES MATIÈRES
Page
AVANT-PROPOS . . . . . . . . . . . . . . • . . . . . . . . . . • . . . . . • . . . . I
RES lJIVIE • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • -. • • • • • • I I I
TABLE DES MATIÈRES v
INTRODUCTION . . . . . . . . . . . . . • . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . 1
PARTIE I. MISE EN SITUATION . . . . .. . . .. .. .. .. . ... J
CHAPITRE I. HISTOIRE DES ECOMUSEE DANS LE MONDE. 4
A. Histoire et concepts des écomusées .....•.• 4
B. L'interprétation comme mode de restitution. 10
C. Un outil de développement................. 10
D. Mouvement et créativité .•. . .. . . . ... .. . . ... 11
CHAPITRE II. CONDITIONS D'IMPLANTATION DE L'ECO-
MUSEE DE LA HAUTE-BEAUCE.......... 1J
PARTIE II. DIFFERENTES APPLICATIONS . .. ......... 24
CHAPITRE I. MILIEU SCOLAIRE.................... 25
A. Analyse psychanalytique de la création chez
l'enfant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
B. Taxonomie des objectifs ..................... J2
CHAPITRE II. EDUCATION POPULAIRE . .. ... . .. .. . .. . J4
A. Processus de création....................... J4
B. Mémoire collective.......................... 42
C. Ouverture sur l' exté.ri eur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
CHAPITRE III. ORGANISATION ET CONCERTATION .. . . . 55
v
Page
PARTIE III. FONDEMENTS PEDAGOGIQUES DE L'ECO-
MUSEE ......•......................
59
CHAPITRE I. LE PROJET EDUCATIF ............... . 60
A. Pourquoi se mettre en situation d'apprentis-
sage ...................................... . 6o
B. La recherche-action par l'intervention ..... 62
C. L'organisateur, l'intervenant, l'animateur
le facilitateur, ou le catalyseur .. ~ ...... . 64
CONCLUSION .................................... . 69
BIBLIOGRAPHIE ................................. . 70
APPENDICES ....................................• 74
INTRODUCTION
L'idée principale de ce mémoire consistera à présen-
ter l'écomuséologie comme un outil privilégié d'éducation
populaire.
Un objectif d'éducation populaire ne s'atteint pas
par l'imposition de formules toutes faites. Il est plu-
tôt basé sur des démarches qui suivent l'évolution d'un
milieu par l'évaluation constante des résultats et des
moyens, sous forme d'auto-évaluation. Ces processus peu-
vent se dérouler sur des périodes très longues qui échap-
pent parfois à la durée des programmes, à la planifica-
tion et aux contenus pré-établis. L'écomusée se définis-
sant lui-même comme un processus en évolution par son
caractère d'expérimentation sociale, il devient donc lui
aussi partie prenante de cette problématique.
Les objectifs spéèifiques seront élaborés en fonction
des trois grandes catégories d'action éducative sur les-
quelles s'est penché le Laboratoire d'expérimentation
didactique en milieu rural de l'écomusée, dans sa phase
initiale d'implantation, de 1979 à 1982. Ces catégories
sont: le milieu scolaire, l'éducation populaire et
l'organisation. Il s'agira également d'établir de quelle
façon ces objectifs spécifiques ont contribué à la réali-
sation de l'objectif global de l'écomusée tel qu'exprimé
par le modèle théorique (1982-198.5).
_/
Interprétation
Retro- t•
ac lon
/
Ecomusée ......::,....--------·
~
sensibi-
1
. t·
lSa lon
~
Création------ Territoire
Pour la rédaction de ce mémoire, il a fallu faire ap-
pel à différentes disciplines; la muséologie, la psy cholo-
gie, la psychanalyse, la sociologie et la pédagogie.
La présentation audio-visuelle illustre les expérien-
ces concrètes de l'écomusée alors que la partie écrite dé-
gage les concepts théoriques à la base du projet éducatif.
2
PREMI:E:RE PARTIE
MISE EN SITUATION
CHAPITRE I
HISTOIRE DES ECOMUSEES DANS LE MONDE
Le présent chapitre portera sur l'histoire des éco-
musées et les concepts sous-jacents à l'interprétation
comme mode de restitution; il traitera également de l'éco-
musée comme outil de développement de même que du mouvement
et de la créativité qui contribuent à sa dynamique.
A) Histoire et concepts des écomusées
Création d'un âge pré-industriel conservé par
les tics des littérateurs et les inhibitions
des snobs, le musée est théoriquement et prati-
quement lié à un monde (le monde européen), à
une classe (la classe bourgeoise cultivée), à
une certaine vision de la culture (nos ancêtres
les Gaulois et leurs cousins tous grands doli-
chocéphales blonds aux yeux b l e u s ~ ) 1.
1 Stanislas S. Adotevi, Le musée au service des
hommes aujourd'hui et demain, Paris, Maison de l'Unesco,
1972, "Le musée dans les systèmes éducatifs et culturels
contemporains'; p. 21.
5
Cette critique sévère du musée n'est pas le propre
d'un contestataire isolé, elle est partagée par plusieurs
praticiens de la muséologie et par ceux qui ne fréquentent
pas les musées, faute de pouvoir s'y retrouver.
Depuis une trentaine d'années, des efforts sincères
ont été tenués systématiquement pour rejoindre un public
plus large. Cours, conférences, tables rondes, rencontres
complétant les expositions, organisation du bénévolat ap-
pelé - "les amis du musée", expositions itinérantes et
trousses éducatives, voilà autant de moyens pour tendre
vers la démocratisation de l'institution muséale.
Mais il est particulièrement intéressant de
constater les changements qui s'opèrent un
peu partout, tendant à accorder une importance
accrue aux différentes formes de participation
du public; et il importe de bien comprendre
comment le musée adapte des fonctions tradi-
tionnelles à des méthodes d'éducation actives,
dans son enceinte et à l'extérieur, de manière
à s'intégrer plus profondément à la vie cou-
rante, celle de l'enfant comme celle de l'adul-
te 1.
L'implantation des musées de plein-air vers la fin
du XIXe siècle en Suède et dans les autres pays scandi-
naves et celle en France des musées de terroir et des
musées d'identité de même que la formule originale des
1 Renée Marcousé, Musées, imagination et éducation,
Paris, Unesco, 1973, "La transformation des musées dans
un monde en transformation", p. 24
6
musées de voisinage aux Etats-Unis, constituent des exemples
concrets d'une recherche active pour obtenir la participa-
tion du public. Ces expériences, d'ailleurs concluantes,
sont considérées comme des parents des écomusées.
Le concept d'écomuséologie fait son apparition en
France à la fin des années soixante, avec la création des
Parcs Naturels Régionaux; il se concrétise officiellement
par l'ouverture en 1973 de l'Ecomusée de la Communauté
Urbaine Le Creusot-Montceau-les-mines, lequel mettra au
point une politique de développement culturel et économi-
que.
C'est Jean-Pierre Gestin du Parc Naturel Régional
d ' Âmorique qui fera, le pr emier, le li en entre la musée-
graphie et l'écologie.
Ces éléments d'un équipement pédagogique et
culturel ne sont pas des émanations issues de
deux cerveaux limités par la spécificité même
du cadre qu'ils se sont forgés: nature d'une
part, culture d'autre part. Chacun au con-
traire est intimement lié à l'autre et procède
d'un même con texte "é comusé ographiq ue" po ur-
rait- on dire 1,
Vient ensuite, Hugues de Varine Bohan, secrétaire du
Conseil international des musées, qui proposera et in-
ventera en 1971 le terme "écomusée", pour un discours
1 François Hubert, Hervé Joubeaux, Jean-Yves Veillard,
Découvrir les écomusées, Rennes, 1984, p. 18
7
du ministre de l'Environnement, alors M. Robert Poujade.
C'est à ce moment que la définition commence à s'ar-
ticuler, s'animer; on assiste à de nombreux débats et on
propose des pratiques variées. Georges-Henri Rivière ré-
dige sa définition évolutive de l'écomusée, laquelle tient
compte d e ~ fonctions traditionnelles du musée (laboratoire,
conservatoire, école), mais les délègue aux populations
usagères (voir cette définition en annexe). Pour sa part,
Hugues de Varine va plus loin en proposant presque la
rupture avec l'institution élitaire traditionnelle, dans
le but de provoquer un mouvement socialisant; il désire
créer un outil pour l'identification des peuples, la prise
en charge et le pouvoir "des cultures", plutôt que de
"la Cul ture".
François Hubert, rédacteur principal du catalogue de
l'exposition "Découvrir les Ecomusées", nous donne une dé-
finition qui rallie peut-être les différentes pratiques
écomuséologiques dans le monde.
Outil d'interprétation d'un territoire dans
le temps, l'écomusée propose une définition
élargie du domaine d'intervention muséogra-
phique, non plus tel type d'objet étudié avec
les méthodes de telle discipline, mais l'en-
semble des phénomènes naturels et culturels
d'un territoire, et leurs relations étudiées
conjointement par la totalité des disciplines.
L'écomusée se situe donc au lieu de conver-
gence des
1
sciences naturelles et des sciences
humaines
Le musée doit donc s'ouvrir, éclater hors les murs
pour pouvoir conserver dans leur contexte réel (in situ)
les patrimoines du temps et de l'espace, c'est-à-dire les
objets et la mémoire des savoirs et des savoir-faire.
La méthode traditionnelle utilise la chronologie,
tant dans la présentation de ses expos.i tions que dans
l'ordre d'entrée en jeu des spécialités afférentes à la
pratique muséologique: le conservateur détermine le conte-
nu, le chercheur étoffe la matière, le designeur la met en
forme et l'animateur après coup en assume la diffusion.
La muséologie: linéaire, à sens unique
8
bâtiment ... collection,.. recherche-=- diffusion
conservation
v
le public
la société

les experts
La pratique écomuséale est bien différente, puisqu'elle
adopte une méthode interdisciplinaire et qu'elle traite
l'exposition de façon systémique.
1 François Hubert, op. cit., p. 14
L'écomuséologie: communication en tous sens
recherche
patrimoine
territoire
conservation
documentation
interaction au niveau
de la communauté
animation
population
Le Comité de muséologie de l'ICOM adoptait en 1982 à
Paris cette proposition:
L'interdisciplinarité est à la base même de
l'écomusée parce que:
-1-
le processus de muséalisation traditionnelle
se donne à travers les différentes activités
qui vont de la recherche, conservation à la
communication, diffusion et documentation en
passant par la présentation; activités à tra-
vers lesquelles on peut en détacher les
sciences qui participent (sc. de l'art de
l'homme, de la nature, de l'univers et des
techniques avancées).
-2-
1' action interdisciplinaire s.e produit par-
ticulièrement dans le rapport et les acti-
vités ou actions organiques des différentes
sciences qui font la thématique· même de la
pratique muséographique, l'architecture
elle-même s'intégrant dans le même système.
9
-3-
l'adhésion de la population, du territoire
la conception, la réalisation et
la gestion implique l'interaction de l'en-
semble des disciplines de base de même que
1' apport des "SavoirS" et "Savoir-faire" popu-
laires. Tout cet ensemble constitue les ca-
ractéristiques essentielles de l'écomusée.
B) L'interprétation comme mode de restitution
Le milieu privilégié est interprété par et pour les
10
gens qui le composent, en utilisant toutes les techniques
interprétatives permettant à cette population d'exprimer
ce qu'elle est, de participer collectivement à la conser-
vation et à la mise en valeur de son patrimoine naturel et
historique, de communiquer sa vision personnelle sur son
développement futur et de manifester son ouverture sur le
monde.
C) Un outil de développement
Le développement, comme le souligne Hugues de Varine,
prend sa source dans la conscientisation, s'engage ensuite
dans une étape d'étude et d'identification des problèmes et
enfin aboutit au choix des solutions et à leurs applica-
tions, par un processus naturel de décision.
Les conséquences de ce développement sont le
rejet des inhibitions et des contraintes qui
permet à la personne d ' .ê t re elle-même, d'avoir
un comportement fécond, de ne pas vivre la
répitition du passé, mais plutôt de laisser
s'exprimer sa personnalité profonde. Le
comportement de ceux qui sont engagés dans
cette réalisation d'eux-mêmes n'est pas
appris mais inventé, libéré plutôt qu'ac-
quis, exprimé plutôt que copié 1,
D) Mouvement et créativité
J.:=t réalisation collective d'une exposition apporte
une satisfaction sans borne. Déterminer les thèmes, les
11
sous-thèmes, le fil conducteur, les formes, les couleurs,
la circulation, étoffer les contenus; puiser dans la mé-
moire collective; utiliser des obje±s témoins; voilà tous
des éléments de parcours qu'on peut qualifier de mouvement
en collégialité permettant d'adhérer en consensus à la
notion d ~ i d e n t i t é originelle.
La créativité est à la fois l'origine et le
principe moteur de la synergie qui croît avec
chaque mouvement et qui en assure le dévelop-
pement avec enthousiasme et satisfaction de
bien-faire 2.
1 Abraham H. Maslow, Vers une psychologie de l'être,
Paris, Unesco, 1979, p. 45
2 René Rivard, Que le musée s'ouvre, Québec, 1984,
texte inédit, p. 41
12
Le triangle de la créativité de
l'écomusée de la Haute-Beauce
Interprétation
Rétro- /
action
~
Sensibili-
sation
~
/
Ec omusé e .... -<-=:::.------
Création------ Territoire
Le processus de création de l'écomusée a commencé par
une démarche d'interprétation mise au point par des spé-
cialistes. Son pouvoir de diffusion a permis de sensibi-
liser la population aux notions d'identité et d'appropria-
tion du patrimoine-action, pour en arriver à dégager
clairement le sens de la territorialisation. Grâce à des
techniques de créativité, d'auto-apprentissage et de réa-
lisations collectives, on a obtenu l'écomusée. Par un
phénomène de rétroaction, cette population peut maintenant
interpréter elle-même ce qu'elle est et déterminer les
orientations de son développement.
Il faut souligner que la créativité dans la
réalisation de soi est à situer davantage au
niveau de l'expression et de l'existence qu'à
celui de la résolution dis problèmes ou de la
réalisation des oeuvres .
1 Maslow, op. cit., p. 164
CHAPITRE II
LES CONDITIONS D'IMPLANTATION DE
L'ECOMUSEE DE LA HAUTE-BEAUCE
C'est le géographe Louis-Edmond Hamelin qui le pre-
mier, en 1957, nomme Haute-Beauce les côteaux, entourant
sur les trois côtés, tel un fer à cheval, la vallée de la
rivière Chaudière. Il faut attendre en 1978 pour que ce
nom soit donné à notre région, grâce à l'inspiration de
Pierre Mayrand lors de la création du Musée et Centre
régional d'interprétation de la Haute-Beauce. Depuis 1983,
ce centre est devenu Ecomusée, et comme Musée Territoire,
il réunit aujourd'hui 13 collectivités rurales divisées en
16 municipalités (trois d'entre elles ayant une corporation ,
municipale pour la paroisse et une pour le village). Au
total, seize mille personnes habitent l'arrière-pays de
Beauceville et de Saint-Georges, ce plateau aux larges
horizons généralement balayés par des vents d'ouest.
14
Situé d'une part entre le sillon de la Chaudière et
les Cantons de l'est, et d'autre part entre la région de
l'Amiante au nord et celle du Lac-Mégantic au s"'r, le
plateau de la Haute-Beauce est un corridor de vents, parce
qu'entièrement compris entre deux grands plis appalachiens.
Il semble que l'orogénèse ou la formation des Appalaches
remonte à l'Ordovicien moyen, quand les plaques ou conti-
nents nord-américain et européen entrèrent en collision
il y a environ 470 millions d'années.
Hier encore, il y a 12 800 ans, les glaciers quittaient
pour de bon (?) notre plateau, permettant ainsi à la toundra,
à la taiga et aux premiers Hommes Rouges de s'installer. Ils
fréquentent assidûment la Haute-Beauce, particulièrement
le lac Saint-François et la rivière Le Bras, où l'histoire
retrace certains de leurs campements. Il faut peut-être "'
voir un reflet de l'âme indienne dans la mentalité pion-
nière du Haut-Beauceron, dans son besoin vital de vastes
horizons, dans le rut annuel de la chasse ou encore dans
la frénésie irrésistible du temps des sucres.
La colonisation tardive de la Haute-Beauce s'explique
par une foule de facteurs. Après l'Acte constitutionnel
de 1791, l'administration britannique divise en cantons
les terres qui n'avaient pas déjà été concédées en seigneu-
ries par les Français. Aussitôt qu'un nouveau Township,
15
généralement un carré de 10 milles de côté, est officielle-
ment proclamé, de riches marchands anglais s'approprient
l a majorité des terres. Ainsi, le canton de Dorset (1799)
est, le jour même de sa proclamation entièrement concédé
à un dénommé John Blake. Il en va de même pour les town-
ships de Tring (1804) et de Shenley (1810). Les cantons
sont soumis à la loi anglaise et à la spéculation foncière
et, comme les Canadiens-français sont habitués de recevoir
gratuitement la terre de leur seigneur en échange d'une
rente annuelle minime, il faudra un malaise agricole pro-
fond pour les pousser à aller s'établir dans ces régions.
Après 1832, la situation agricole du Québec est criti-
que. Les famines et les mauvaises récoltes se succèdent,
à cause de l'appauvrissement des sols dÛ à la monoculture
du blé destiné à l'exportation et à l'usage routinier de
techniques traditionnelles inappropriées: pas de rotation
de culture, pas de jachère, pas de fumier. La baisse des
prix causée par l'ouverture du marché impérial à la concur-
rence étrangère aggrave encore l'endettement des fermiers.
~ e surpeuplement des vieilles seigneuries de la région de
Québec et même de la Nouvelle-Beauce se traduit par un
morcellement des terres, par l'encombrement des petits
métiers de village et par le refoulement de la jeunesse
rurale vers le prolétariat des chantiers. Aussi, quand,
16
en 1854, le gouvernement s'entend avec la Chambre des dé-
putés pour abolir tant le système seigneurial que celui
des townships, qui seront remplacés par l'institution
municipale, la colonisation de la Haute-Beauce débute avec
ardeur.
La forêt du plateau est restée vierge, méconnue. Of-
ficiellement, ce n'est qu'en 1837 que le premier homme
blanc, un chasseur, "découvre" la petite mer intérieure
qu'est le lac Saint-François. Comme il arrive souvent,
les premiers explorateurs ont joué le rôle d'arpenteurs et
ont préétablis le tracé géométrique des routes et des rangs.
Puis, accourant des vieilles paroisses de Bellechasse, de
Dorchester et de Beauce, les défricheurs sont suivis de
peu par leurs familles. Le pays est difficile. L'alti-
tude du plateau (400 mètres en moyenne) réduit la saison
végétative à une centaine de jours et prGlonge à six mois
la durée d'un hiver blanc et neigeux. Le sol argile-
sableux est truffé de blocs morainiques qui éventrent à
chaque labour la terre nourricière. Le piteux état des
routes rend presque impossible le commerce avec la seule
"ville-marché" d'alors: Québec. Aussi, on doit se résou-
dre à brûler le bois qui ne p e u t ~ ê t r e utilisé sur place
dans la construction de la maison de colonisation ou des
bâtiments de ferme. Enfin, l'isolement favorise l'im-
plantation de nouvelles cultures comme les haricots, la
17
pomme de terre et le navet. La subsistance s'organise. Un
nouveau coin de pays vient de naître; ce sera la Haute-
Beauce.
La paroisse se fonde autour de l'église, que l'on
construit sur une crête marquée à la hache par le curé-
missionnaire de Beauceville. Les rentiers s'y installent
et bientôt les "villages-sommets :•, de Saint- Victor, Saint-
Ephrem et Saint Evariste pointent à l'horizon. Enfin,
la construction en 1894 du chemin de fer du Québec-Central,
grâce à l'acharnement du député-sénateur Bolduc de Saint-
Victor, provoque le développement de l'élevage laitier, la
multiplication des beurreries et des fromageries, la coupe
systématique des oois de Dorset, l'exploitation des car-
rières de granit des monts Saint-Sébastien, le développe-
ment général du commerce et de l'industrie. La population
double, car c'est l'époque des grosses familles. Dans les
années 40, grâce au sens de l'invention et de l'initiative
de la population, on assiste à la création d'industries
dans les domaines de la mécanique, de la métallurgie, du
meuble, du cuir, du vêtement et du textile. Après la
prospérité qui a suivi la dernière guerre et malgré l'es-
prit de débrouillardise traditionnel, la région ne peut
ralentir le mouvement migratoire des jeunes vers les villes.
Enfin, avec la Révolution tranquille et le transport sco-
laire de tous les étudiants vers les polyvalentes, les
18
différences sociales entre les rangs et les villages, entre
la campagne et les petites villes s'amenuisent. Une nouvel-
le mentalité de banlieusard réformiste appa __ ît.
Mais sous le vernis moderniste, même le chevalier de
l'industrie cache son attachement profond au milieu et aux
valeurs traditionnelles.
La relative absence de mobilité fait que la
vie se déroule toute entière dans le même
espace, ce qui comporte un attachement au
terroir et aux groupes naturels, d'où la
cohésion des groupes, la régulation socio-
morale acceptée, le mélange des "classes
sociales", la polyvalence des leaders, le
primat du p r ~ j e t collectif sur les choix
indiv iduels .
Certaines caractéristiques de la société rurale tra-
ditionnelle disparaissent, comme l'identification de la
famille aux unités de production et de consommation; d'au-
tres s'estompent, telle la structure hiérarchique de l'au-
torité du député, du curé et du père de famille. Les
femmes, longtemps confinées aux organisations féminines,
commencent à jouer un rôle social. Généralement instrui-
tes et cul t i v ées , elles règnent toujours sur les affair es
domestiques. Enfin, le zonage agricole a prouvé une fois
de plus que le vrai pouvoir est entre les mains des fonc-
tionnaires.
1 Roger lflucchielli, Psycho-sociologie d'une commune
rurale, Paris, ESF, 1976, p. 9
Pourtant malgré une mécanisation poussée, le monde
rural demeure en lutte contre la Nature.
Le rural lutte contre les conditions météo-
rologiques, contre la végération spontanée,
contre les animaux dévastateurs ou préda-
teurs, contre les maladies des végétaux et
des animaux, etc... Il "attend" pour ainsi
dire ses frustrations, ses échecs et ses
réussites, ... de la Nature alors que le ci-
tadin les "attend" de la Société" 1.
19
Il semble que la faible densité de population favori-
se encore l'entraide et les relations interpersonnelles
franches et joviales. On accourt à la moindre occasion
de se rencontrer, de se tenir coude à coude. Les lieux
de rencontres, magasin général (quincaillerie), épicerie,
bureau de poste, restaurant et hÔtel, salon funéraire,
cercle de fermières, club de l'âge d'or, encans, sont
toujours aussi animés. Mimiques et force gestes ponc-
tuant la parole. Les conflits de générations sont moins
criants, puisque souvent le père et le fils travaillent
ensemble au bois ou au champs. Enfin, on accueille les
étrangers avec une chaleur qui ne se dément pas. "On
aime encore la visite et quand elle vient, c'est la fête".
* Diaporama Paysmage 1983.
1 Roger Mucchielli, Op. cit., p. 8
20
Pour conclure cette description de la Haute-Beauce,
nous avons fait parler les statistiques. De 1976 à 1981, la
population s'est accrue de JOO personnes, ~ e qui constitue
la première hausse depuis trente ans. Curieusement, le
groupe des jeunes et celui des g ~ n s âgés sont plus nom-
breux chez nous que dans l'ensemble de la Province. Les
pyramides des âges de toutes les municipalités concordent:
la bande la plus large va au 15-24 ans, puis la base se
rétrécit. Par contre, on assiste depuis 76 à une reprise
de la natalité. Fait troublant, il y a 507 femmes de moins
que d'hommes. Seul La Guadeloupe fait exception avec un
surplus de 84 femmes. En étandant nos recherches aux MRC
voisines, nous avons découvert que toutes les municipalités
rurales, sans except ion, connaissent le même déficit, et
que dans les villes les femmes se retrouvent en grosse
majorité. Il semble que les filles poursuivent leurs étu-
des plus longtemps que les garçons, mais que, par contre,
plus elles sont instruites, plus il est difficile pour
elles de se trouver un emploi dans la région. En 1976, la
moitié de la population n'avait pas complété une 9e année
d'étude. Le taux de scolarité des paroisses et des rangs
était plus élevé que celui des villages, probablement à
cause du poids démographique des rentiers. La même année,
45% des femmes étaient considérées comme étant sur le mar-
ché du travail et le taux de chômage n'atteignait pas 5%.
21
La contribution du secteur manufacturier à l'économie de
la région est de 13% plus importante que dans le reste du
Québec. L'industrie textile, celle du vêtement et celle
qui se rapporte à la transformation du bois occupent cha-
cune 40% de la main d'oeuvre. La prospérité du secteur du
granit est telle que malgré la crise économique, le chÔ-
mage est nul à Lac-Drolet. Parce que fréquemment nos gens
vont faire leurs achats hors de la région, parce que le
socio-culturel est encore jugé non économique et parce
que nous avons toujours été mal desservis par l'adminis-
tration publique, les fonctions commerciales, socio-cultu-
relles et administratives ont peu d'importance en Haute-
Beauce.
Comme nous venons de le laisser sous-entendre, la
Haute-Beauce a été négligée par les gouvernements et sa
situation géographique, son éloignement, en sont peut-
être l'explication. Jusqu'en 1912, toute la région fait
partie du comté fédéral de Beauce. Mais depuis, nos 16
municipalités sont continuellement écartelées entre les
régions administratives de Québec et celle de l'Estrie,
entre les bassins d'influence de Saint-Georges, de Thetford-
les-Mines et de Lac-Mégantic, entre les MRC Beauce-Sar-
tignan, Robert Cliche, de l'Amiante et du Granit. Bref,
nous sommes toujours marginaux, en périphérie, sur la
22
frontière; donc oubliés. Peut-être un peu aussi pour cet-
te raison, notre région n'a jamais été assaillie par tous
les prétendus experts du développement régional que sont
les animateurs sociaux, les ethnologues, les sociologues,
les géographes et les économistes de tout acabit. C'est
donc dans un pays vierge et encore accueillant que
l'Ecomusée est né.
Apres un an d'animation, en 1978-1979, le CRIHB enr.
(Centre régional d'interprétation de la Haute-Beauce)
tente de sensibiliser la population et les élus, par l'in-
termédiaire des média et de rencontres officielles, sur
la possibilité les intérêts culturels de la région
et la sauvegarde de la collection Napoléon Bolduc dans
un Musée et centre régional d'interprétation de la Haute-
Beauce. Six personnalités de la région forment le pre-
mier conseil d'administration. L'entreprise obtient sa
charte en octobre 1979 et un mois plus tard, nous avions
recueilli 27 000 $ auprès de la population pour faire le
premier versement sur la collection. Celle-ci sera en-
tièrement payée par la population (60 ooo$), et le der-
nier chèque a été remis en décembre l98J.
Jamais dans l'histoire des musées, on n'avait vu
un phénomène pareil. Cette collection de mille six cent
objets ethnographiques devient donc l'élément déclencheur
ou prétexte permettant à la population
23
d'exprimer son sentiment d'appartenance et de fierté et ce,
grâce à la créativité démontrée par un de ses membres, le
collectionneur Napoléon Bolduc.
Nous verrons dans les chapitres qui suivent les évé-
nements marquants de l'aventure muséologique haute-beau-
ceronne, mais nous fournirons les renseignements d'ordre
chronologique en annexe.
D E U X I ~ E PARTIE
DIFFERENTES APPLICATIONS
CHAPITRE I
MILIEU SCOLAIRE
Généralement, dans les musées traditionnels, le ser-
vice éducatif, lorsqu'il existe, s'adresse presque exclu-
sivement au milieu scolaire. En effet, dans l'esprit de
plusieurs, éducation égale enfants, comme si le principe
d'auto-apprentissage ne devait pas se prolonger tout au
long de notre vie. Malgré que nous nous attacherons sur-
tout ici au programme des trousses éducatives lancé dans
les écoles de notre région, il demeure que cet exemple
d'action éducative s'inscrit dans un continuum qui inclue
l'âge adulte. Nous avons intitulé notre programme "Musée,
école de liberté" en nous inspirant du spécialiste polo-
nais de l'éducation muséale, André Spakowski.
L'exposition est le langage du musée. L'ex-
position doit être ·faite de manière telle que
le codage du spécialiste n'en empêche pas le
décodage par le public et en évitant d'impo-
ser à ce dernier une sorte da conditionnement
culturel, non moins néfaste que l'ignorance.
Le musée doit être facteur d'esprit critique,
école de liberté1.
Pour illustrer cette pensée, nous avons fabriqué une
affiche montrant un enfant seul devant ses interrogations
et essayant d'y répondre. Comme l'image de l'école et du
musée n'y apparaît pas, c'est vraiment l'enfant qui trou-
vera sa vérité et ce, sans béquilles institutionnelles.
Cette affiche a été distribué généreusement à tra-
vers les écoles de la région et a connu un bon succès.
Serait-ce à cause de son titre subversif ou du besoin
d'apporter un complément d'activités à l'école? Nous ne
saurions vraiment le dire, mais nous supposons qu'il y a
un peu des deux. Grâce à la curiosité et à l'attrait
qu'elle a suscités, cette affiche a fait son chemin auprès
de la grande commission scolaire régionale de la Chaudière.
La présentation de ce programme au corps professoral
a eu pour effet de flatter l'autorité des enseignants,
1 André Spakowski, Musées, imagination et éducation,
Paris, Unesco, 1973, "La collaboration entre le musée et
l'école", p. 157
26
puisque le processus commence par l'utilisation d'une
trousse-musée dans le giron même de l'instituteur, dans
1' environnement quotidien de 1' élève: la classe.
27
C'est l'instituteur qui détermine le rythme et choi-
sit la terminologie adéquate pour faire passer le contenu
de la trousse. Cette trousse a été conçue de façon théâ-
trale. Elle s'ouvre comme un tryptique aux volets colorés
selon les teintes chaudes et vives de l'Ecomusée: jaune,
rouge et vert.
Des notions clés sur le musée contenues dans le pre-
mier volet, on passe au thème récursif "la main", inspiré
de la présence de l'homme à travers les objets de la col-
lection permanente Napoléon Bolduc, on finit par des sug-
gestions de travaux à réaliser dans le troisième volet.
Le proccessus s'étant engagé autour de l'enseignant et de
la trousse, l'enfant détermine maintenant l'objectif qu'il
désire atteindre. Chaque enfant détermine son projet en
fonction de ses connaissances, de son milieu, de ses habi-
lités et de la satisfaction qu'il éprouvera à créer l'oeu-
vre de son choix.
La deuxième étape consiste à visualiser les objets et
les concepts du musée. Les enfants sont reçus dans la
salle à dîner des curés, lieu impressionnant, mais tout
de suite démystifié par l'accueil de l'animateur (triee).
On vérifie les objectifs qu'ils se sont eux-mêmes fixés,
on complète l'information donnée en classe tout en tes-
tant les connaissances acquises. On explique alors le
processus du jeu "apprendre à voir" et puis c'est la
visite de la collection permanente où chacun va libre-
ment, à son rythme. Ensuite, c'est la période de ques-
tions où les enfants, en faisant l'effort de bien décrire
l'objet de leur interrogation, se rendent compte qu'ils
connaissent déjà la réponse. Enfin, on termine par une
séance de dessin, où l'enfant choisit un objet à dessiner
parmi les pièces de la collection permanente. Ceci nous
permettra par la suite d'analyser la perception et les
goûts des enfants selon le sexe, l'âge et le milieu (ru-
ral ou urbain), a f in de déterminer l'approprioception de
l'enfant de la Haute-Beauce par rapport à son univers et
ainsi améliorer les expositions et les programmes éduca-
tifs.
Le processus prend fin avec la réalisation de l'ob-
jectif de l'enfant, qu'il s'agisse de sculpter du bois,
'
de faire du tissage, de rédiger un article ou un poeme,
de faire tout simplement une recherche, ou encore de fa-
briquer une petite maquette avec des matériaux de récupé-
ration, etc .•. Le musée suggère fortement de monter une
exposition avec tous ces travaux pour aller jusqu'au bout
de l'objectif affectif du programme, qui est finalement
28
29
d'apprendre à aimer le musée et à y trouver satisfaction
et plaisir.
Avant d'aborder la taxonomie des objectifs, il faut
comprendre que le programme éducatif est ouvert en ce sens
qu'il est axé sur le développement de l'enfant, lequel
doit apprendre à déterminer ses propres désirs, à décou-
vrir la façon d'y répondre, à se donner les outils qui
conviennent et à prendre plaisir à exécuter jusqu'au bout
un travail, une oeuvre.
A) L'analyse psychanalytique de la création chez l'enfant
Une grille psychanalytique nous dirait qu'il faut
retenir le "fantasme" dans l'activité symbolique de l'en-
fant comme un élément primordial. Pour l'enfant, la créa-
tion artistique est la scène où il se joue et où il assou-
vit inconsciemment ses désirs par une restitution du réel.
Le fantasme peut manifester la satisfaction du désir ou
sa frustration.
Le fantasme n'est pas statique. Il implique un mou-
vement parallèle aux pulsions instinctuelles vers la pour-
suite de leur objet.
L'oeuvre d'art est un substitut de substitut.
Il n'y a donc pas trois moments mais deux: 1)
un évènement passé d'ordre affectif, 2) la
décharge dans une oeuvre; l'étape intermé-
diaire, celle du fantasme est inconsciente;
le fantasme est toujours déjà donné, déformé
dans le jeu même de l'oeuvre. Le fantasme
est inconscient supposé à la source de l'oeu-
vre comme postulat de la méthode analytique
qui cherche à la constivuer à partir de
l'oeuyre, n'en est qu'une construction après
coup .
En termesfreudiens, il est important de constater
.30
que l'oeuvre d'art étant en qus:que sorte un camouflage,
il s'exerce par le fantasme une activité de compromis en-
tre la satisfaction de la pulsion du CA et les forces de
contrôle ou de défense du MOI et du SURMOI.
De plus, le fantasme possède un rôle structurant par
ses qualités adaptatrices et un rôle de "socialisation"
par "l'expression imaginaire acceptable des forces ins-
tinctuelles" (Laplanche et Pontalis).
Ce que nous atteignons par l'oeuvre d'art, c'est le
produit du fantasme et non le fantasme même. En outre
pour l'analyse de toute oeuvre d'art, il convient d'isoler
les éléments qui font partie du bagage universel (séduc-
tion, castration, oedipe, etc •.. ), qu'on appelle fantas-
mes originaires.
Par ailleurs, il faut tenir compte du développement
de l'enfant, de son âge et des capacités naturelles à cet
1 Sarah Kofman, L'enfance de l'art, Paris, Payot, 1970
p. 108
31
âge, comme conditions à l'élaboration et à l'expression
du fantasme. C'est la fonction de modification du MOI
qui agit en même temps dans la forme et le contenu de
l'expression du fantasme.
La sublimation permet cette différenciation du MOI
et la formation du caractère par la transformation des
impulsions primaires. Le passage graduel du CA au MOI
se produit par l'énergie primaire des pulsions instinc-
tuelles.
L'enfant élaborera, pour se projeter et se dynamiser,
une série d'avenues nouvelles d'expression comme autant
de formes de langages de ses émotions et de ses expérien-
ces vécues et intégrées.
L'imagination fait partie de l'économie de la
vie: grâce à elle l'homme fait des réserves
d'énergie, dépense moins qu'en luttant contre
la réalité pour la transformer; grâce à l'ima-
ginaire le désir se satisfÎit par un accom-
plissement hallucinatoire .
Il ne faudra jamais oublier que de toute façon, mal-
gré l'uniformité des motifs utilisés, chaque enfant in-
consciemment chargera ses symboles de valeurs qui lui sont
propres, compte tenu des expériences vécues qui se cons-
truisent en fantasmes et se dédramatisent en sublimations.
1 Sarah Kofman, op. cit., p. 181
32
B) Taxonomie des objectifs
Après avoir compris le mécanisme de la création ar-
tistique, nous nous sommes fixés des objectifs en utili-
sant la méthode de la Taxonomie des objectifs élaborée
par Bloom et remaniée par Hélène Lamarche du Musée des
Beaux-Arts de Montréal. De n0tre côté, nous avons ajouté
pour chacun des domaines cognitif, affectif et psychomo-
teur, l'objectif communautaire de notre programme à cause
de l'ouverture de l'écomusée sur le milieu.
Sans décrire en détails tous les objectifs retenus
et dans quelle étape du programme ils s'insèrent (décrits
dans "Les trousses éducatives, séminaire de la Société
des Musées Québécois 1981), il convient de voir au moins
ceux qui relèvent du domaine communautaire.
Au niveau cognitif, l'objectif communautaire est de
faire en sorte que l'enfant transmette ses connaissances
à son milieu, car comme l'adulte, il joue un rôle de
multiplicateur.
Sur le plan affectif, nous avons dégagé quatre objec-
tifs communautaires. Premièrement, le respect du patri-
moine, deuxièmement, l'acceptation de formes et de cultu-
res nouvelles dans l'esprit d'ouverture et de développe-
ment des mentalités, troisièmement, la sensibilisation
des gens à l'histoire pour retracer ses sources et per-
mettre ainsi à une population de retrouver et de s'ap-
proprier son identité, enfin quatrièmement, l'apprécia-
tion du musée comme outil agréable d'auto-apprentissage.
Au niveau psychomoteur, l'objectif est d'utiliser
des outils pour entrer en contact avec les parents et
avec d'autres spécialistes des savoirs et des savoir-
faire, comme les menuisiers, artisans, etc ...
En conclusion, nous pouvons faire une évaluation
positive des objectifs atteint par le Programme auprès
de plus de 3 000 élèves qui ont participé à ce projet
éducatif de l'écomusée entre 1980 et 1983.
Nous avons vu le musée pénétrer dans le milieu seo-
laire de façon à développer un élève-maître, multiplica-
teur et créateur, grâce à des programmes adaptés aux
objectifs de l'école et du musée, mais aussi et surtout
adaptés au développement de l'enfant dans son contexte.
Nous sommes convaincusqu'il n'y a pas d'édu-
cation véritable sans une ouverture de l'es-
prit aux beautés de la nature et aux beautés
que les hommes de toutes les époques et de
toutes les civilisations ont créées et qu'ils
conservent dans leurs musées- ce qui n'est
nullement en opposition avec une ouverture la
plus large possible sur le monde modernel.
33
1 : Marie-Thérèse Gazeau, L'enfant et le musée, Paris,
les éditions ouvrières, 1974, p.137
CHAPITRE II
EDUCATION POPULAIRE
A) Processus de création
A l'Ecomusée de la Haute-Beauce, nous avons mis au
point un mécanisme permettant à la population de partici-
per à la réalisation de nos expositions. Nous verrons
les principaux éléments de ce cheminement: l'assemblée
publique et l'utilisation des techniques de créativité,
le cours en muséologie populaire et l'utilisation de l'in-
terprétation comme mode de restitution.
1) Les assemblées publiques
Depuis le printemps 1981, nous avons créé nos expo-
sitions:
La femme à travers les trousseaux de baptême,
L'érable a coeur ouvert, L'appropriation par
le Haut-Beauceron de son environnement vécu,
Le village sommet, .Le rang, Les chef-d' oeuvreux
de la Haute-Beauce, Granit-Haute-Beauce-Coglais,
Le moulin tourne avec entrain dans le fourgon
de queue de train a Courcelles et nos exihibits
de plein-air Du paysage au folklore à Sainte-
Clothilde, Les vallons du progrès à
Le plateau de l'érable à Saint-Benoit, Le pla-
teau de l'agriculture à Saint-Honoré, Le vent
dans les voiles à Lambton, Pierre angulaire de
la Haute-Beauce à Saint-Sébastien, Au pied du
Morne a Lac Drolet et Saint-Hilaire je t'aime
a Saint-Hilaire de Dorset.
Dans chacun des treize villages du territoire de la
Haute-Beauce, nous avons d'abord convoqué une assemblée
35
publique. En moyenne, il y vient entre vingt et soixante-
dix personnes. Lors de cette soirée, nous expliquons
l'objectif de la rencontre et la technique que nous utili-
serons pour arriver à dégager les thèmes, les sous-thèmes,
le fil conducteur, les formes, les couleurs et le site de
l'exposition ou de l'exhibit. heures de
brainstorming, l'assemblée choisit les deux personnes qui
viendront suivre au Centre le cours de muséologie popu-
laire, Ces personnes deviendront le lien concret avec
la population, et ce lien permettra de compléter la re-
cherche au niveau des contenus, de trouver les personnes
qui travailleront en corvée pour monter les supports d'ex-
position, de trouver également les gens qui s'exprimeront
par le graphisme, l'animation et ceux qui iront négocier
les sites, les matériaux, etc ... avec les municipalités,
caisses populaires, entreprises de scieri:e, de granit,
d'usines de métal ou encore auprès de groupes sociaux.
Essayer de démonter des systèmes symboliques
sociaux, naturels à travers différents objets
dont la familiarité pose de nouvelles ques-
tions à nos interlocuteurs et chercher à mul-
tiplier les réflexions juste après la décou-
verte de ces systèmes, telle est la démarche
pédagogique •.. 1.
2) Les techniques de créativité
Cette partie est directement inspirée du guide pra-
tique du Brainstorming de Paul Cusson. Les éléments dé-
clencheurs en créativité sont principalement "l'imagina-
tion libérée, le jugement différé, l'absence d'auto-cen-
sure, la construction sur les idées déjà émises".
36
La première étape du brainstorming consiste à cerner
la situation de la façon la plus globale possible: "corn-
ment faire en sorte ... ". On choisit l'"expert", à savoir
celui qui situe la question et qui sera le responsable.
L'animateur (triee) agira comme "leader".
La deuxième étape s'appelle la recherche des faits;
il s'agit d'inventorier les faits qui sont essentiels à
la compréhension de la situation globale et de les ins-
crire systématiquement sur des tableaux ou papiers grand-
format collés au mur.
1 Marcel Evrard, Mathilde Scalbert-Bellaigue, Les
cahiers de l'animation, Paris, 1980, numéro 27, p. 39
37
La troigième étape consiste à fixer les objectifs et
les défis. Pour ce faire, on les écrit et on les numé-
rote. Le leader les relit à haute voix, même si certains
peuvent sembler curieux; l'expert choisit l'objectif de
base sur lequel portera le travail du groupe. Généralement
dans une exposition, la question est de savoir: qu'est-ce
qu'on veut que le visiteur retienne?
Quatrièmement, on procède à la recherche des idées.
Cette étape consiste à recueillir toute idée susceptible
d'aider à la réalisation de l'objectif de base: 1) par
l'inventaire des idées, 2) par la formulation des idées
casse-cou (le farfelu) J) par le choix d'une idée (partie)
casse-cou 4) par l'examen de l'idée (partie) casse-cou 5)
par la visualisation des phénomènes 6) par le force-fit .
...
Dans le cas de nos expositions, il s'agit de l'étape ou
l'on détermine les sous-thèmes et où l'on prévoit la façon
d'illustrer chacun de ceux-ci. Il faut également choisir
l'ordre de circulation dans lequel ils apparaîtront en
d é g a g e a ~ t l'entrée en matière (les hors-d'oeuvre) et le
grand thème (le plat principal); suivront les autres mets,
salade, fromage, dessert, boissons, digestifs, comme pour
un grand repas. Cette idée de comparer une bonne exposi-
tion à un repas nous vient de Jacques André, concepteur
d'exposition invité par la Société des Musées Québécois en
1981 et 1982.
Finalement la dernière étape consiste à faire l'im-
plantation. Le défi consiste ici à respecter toutes les
conditions impliquées dans la création des
38
idées, thèmes et sous-thèmes retenus: échéancier, ressour-
ces humaines et financières, ententes politiques, etc .••
Les techniques de créativité font appel à la fluidité,
à la flexibilité, à l'originalité et à l'élaboration corn-
me mécanisme de la pensée latérale.
3) Le cours en muséologie populaire
Pour permettre de réaliser nos expositions et d'in-
tervenir avec les gens dans l'auto-formation préconisée
par l'écomusée, nous avons conçu un cours en muséologie
populaire qui fait référence à la muséographie tradition-
nelle, mais qui par son application concrète dans un musée
communautaire prouve qu'une population peut devenir muséo-
graphe de son histoire, de son vécu, dans des formes, des
couleurs et des mots qui lui ressemblent.
L'apprentissage de l'interprétation et de la
construction des signes revêt un intérêt di-
dactique tout particulier, en raison de leur
contenu technologique et de leurs multiples
pratiques dans tout processus
éducatifs .
1 Edgar Faure, Apprendre à être, Paris, Fayard-Unesco,
1973, p. 131
J9
Ce cours réflète les différentes rencontres organi-
sées par les gens eux-même selon leur rythme, de même que
les opérations concrètes menées entre chaque séance. Le
processus même permet aux gens des différents villages de
se voir, de créer et surtout de prendre conscience de leur
appartenance au territoire de la Haute-Beauce. Les dif-
férents thèmes du cours sont: un musée c'est quoi?, prépa-
ration d'une exposition collective, c'est quoi le patri-
moine?, les techniques d'exposition, les techniques d'ani-
mation et d'éducation.
On ne peut séparer la formation ... de la rencon-
naissance et de la réappropriation d'une iden-
tité, ni de sa visualisation (expositions et
antennes) •.. la recherche est la formation et
celle-ci consiste à mettre une personne en si-
tuation de recherche 1,
4) L'interprétation
Dans ce processus de création, l'effet de dynamisme
des exhibits et des expositions ne se fait pas uniquement
sentir dans l'environnement, mais aussi dans la participa-
tion des gens. Le parti que nous avons adopté comme mode
de restitution est l'interprétation. Généralement, on
reconnaît . la représentation comme mode de restitution de
l'artiste, et la reconstitution comme celui du musée
1 Marcel Evrard, op. cit., p. J?
40
traditionnel. L'interprétation permet de faire des choix
sur les éléments de l'histoire, du patrimoine, des savoirs
et de la mémoire de.. gens pour dresser un portrait du
thème ainsi élaboré.
Pour chacun des thèmes et des sous-thèmes, nous dé-
terminons la façon èP l'illustrer, soit par la photogra-
phie, la maquette, la reconstitution partielle, les car-
tes, les graphiques, etc ... Nous utilisons généralement
deux ou trois niveaux de langage: le visuel étant· déjà un
premier niveau, on utilise ensuite un titre soit évoca-
teur, soit issu de la parole des gens comme en témoigne
la mémoire collective; finalement on peut ajouter sous
forme de catalogue ou documents en annexes les contenus
de la recherche formelle (on peut même les intégrer à
l'exposition). Ensuite on détermine le fil conducteur,
les liaisons et les abstractions colorées qui en accen-
tuent le pouvoir de communication
Nul doute que l'appréhensibilité des formes
et des couleurs varie en question de l'espèce,
du groupe culture!, du degré d'entraînement
de l'observateur .
L'exposition en soi est une iconographie narrative
par le cheminement imposé au spectateur. Le parcours
1 Rudolfe Arnheim, La pensée visuelle, Paris, Flam-
marion, 1976, p. 39
41
lecture de l'exposition donne lui-même un sens à l'oeuvre.
Pour corroborer cette hypothèse, il serait intéressant de
voir comment la symbolique de l'espace donne des indica-
tions pour essayer de trouver un sens aux expositions.
Il n'y a pas d'unité de temps, nous devons faire le tour
de toute l'exposition avant de la structurer. L'oeuvre
décrit le monde, l'univers des auteurs, comme les auteurs
le savent (maïeutique socratique) ou le sentent, mais non
comme dans un univers euclidien.
Les différents éléments rendent l'exposition inter-
prétative, dynamique, lui imposent une fonction narrative
qui, en l'occurrence, jouerait le rôle de fonction phati-
que, de contact entre les créateurs et les spectateurs.
Le caractère dénominatif de la couleur se retrouve
dans son pouvoir descriptif de représentation des éléments
et des fonds colorés. De plus, la valeur symbolique de la
couleur est une thématique importante, de même que son
caractère rhétorique. Par la symbolisation déjà donnée,
les créateurs inconsciemment veulent nous convaincre et
nous plaire en donnant dans l'oeuvre le manque à satis-
faire.
En d'autres termes, l'interprétation pictu-
rale accentue les qualités génériques qui con-
cernent toute pensée, créant ainsi une sor-
te d'irréclité extrêmement différente de
celle des contes et légendes surnaturels,
généralement illustrés avec une fidelité
toute réaliste. Ces derniers dotent de
corps matériels des forces inexistantes,
cependant que l'expression picturale ex-
trait de la substanie physique les forces
qui la constituent •
Pour coordonner ce processus le rôle de l'animateur
42
est capital en ce qu'il sert de catalyseur à la population.
Nous élaborerons toutefois ce sujet dans le chapitre sur
le projet éducatif de l'écomusée. Cependant à titre in-
dicatif, écoutons René Rivard nous dire que:
L'interprète n'est donc plus un maître qui
enseigne mais quelqu'un qui permet à d'autres
::'1 "'...L '..J... 1 ,.
ae connalGre a Gravers eurs exper1ences
personnelles les dimension patrimoniales qui
peuvent être u ~ i l e s dans leur quotidien et
pour le futur .
B) Mémoire collective
•' !Nous venons de voir le processus de création instauré
par l'écomusée pour permettre à la population de la Haute-
Beauce d'appréhender son environnement. A Saint-Hilaire
de Dorset, on a procédé à la cueillette de la mémoire
collective et à sa restitution dans la Maison des Gens
1 Rudolf Arnheim, op. cit., p. 145
2 René Rivard, Que le musée s'ouvre, Québec, 1984,
texte inédit, p. 21
4J
de Saint-Hilaire, qui constitue un centre d'interprétation
sur la vie des gens de ce village.
Eloigné de toute autre agglomération de quinze kilo-
mètres au moins, ce petit village est situé à l 600 pieds
d'altitude et est entouré ·d'une immense forêt: le bois de
Dorset. Ce caractère d'isolement et ce lien prégnant avec
la forêt a modelé des personnalités humaines d'une inten-
sité frappante.
Mystère de l'isolement, de l'éloignement du mari qui
devait partir plusieurs mois au chantier, inquiétude des
femmes, force de travail pour maintenir dans le temps une
économie familiale au rythme séquentiel des saisons: cueil-
lette de l'eau d'érable, labours, dépierrage de la terre,
train quotidien à l'étable, semailles, fenaison, engran-
gement, brayage du lin, tonte de la laine des moutons,
réparation des outils, conservation des aliments, réclu-
sion de l'hiver. Mais aussi vivre, aimer, faire naître,
craindre la maladie et la mort, s'unir, s'entraider, se
serrer les coudes, fêter, prendre des responsabilités au
municipal, à la fabrique, dans les syndicats de producteurs
de sirop d'érable, les cercles de fermières. Aussi rêver,
voir autour de soi la montagne, le ciel bleu, les champs
cultivés, les animaux aux pâturages, sentir le vent vio-
lent s'infiltrer par les fenêtres, le voir pencher les
44
arbres et former des. lames de neige .•. et craindre le
feu ...
Toutes ces sensations, émotions, savoirs, savoir-
faire et savoir-vivre n'apparaissent pas dans les livres
d'histoire officielle ni dans les musées traditionnels.
On a toujours l ~ i s s é aux spécialistes le soin de traiter
de l'histoire des civilisations, des grands hommes qui
ont marqué la politique, la science et l'art.
Cette habitude de laisser les historiens, comme les
fonctionnaires et les curés, dire la vérité ne permet pas
aux gens de prendre en charge leur devenir. Il est plus
facile de faire comprendre et de se taire. Alors se per-
pétue l'oeuvre des bien-- ,pensants qui continuent pour le
bien des gens à vulgaris er en vue d'une démocratisation
des savoirs officiels au détriment de la masse de gens
qui n'est pas en mesure de raconter.
Ou dans chacun des domaines essentiels de la
vie chaque être humain, chaque groupe, chaque
culture ou sous-culture possède déjà un autre
savoir 1.
C'est parce que nous croyions à l'importance d'enten-
dre cette anamnèse collective, pouvant seule redonner
1 P. Thielen, M. Hotal, Revue Internationale d'action
communautaire, Montréal, Educatlon populaire culture et
savo1r, 1979, 2/42 "Boutiques de science et troc de savoirs"
45
confiance aux gens en leur pouvoir de sagesse qui a faci-
lité leur installation sur des terres difficiles, qui leur
a permis de maintenir une qualité de vie et de s'ajuster
à la vie contemporaine avec sérénité, que nous avons pen-
sé mettre en place notre programme de cueillette de la
mémoire collective en janvier 1981. A ~ e c une subvention
du Conseil des arts du Canada, nous avons commencé ce
délicat travail, qui d'ailleurs donne un trac fou, du fait
qu'il faut pénétrér dans l'antre le plus intime de la fa-
mille, la cuisine.
Bien sûr, nous bâtissons un scénario de questions pour
permettre de rendre utilisable cette mémoire vivante, quoi-
que nous nous permettons d'en déroger à l'occasion pour
laisser toute liberté au conteur de faits étranges ou
originaux.
Quand les rendez-vous sont fixés, l'animateur(trice)
pénètre dans la maison où torte la famille est réunie y
compris les enfants, ceux-ci aussi possèdent une mémoire,
d'ailleurs marquée par celle des parents. On fixe avec
les gens les règles du jeu et on commence. Evidemment,
au cours des premières minutes, tout le monde est intimidé.
L'animateur (triee) doit faire en sorte, par sa façon d'en-
trer en congruité, de détendre l'atmosphère et de réchauf-
fer la communication.
46
A la fin de l'entrevue, qui est enregistrée sur cas-
sette, on demande aux gens s'ils ont des documents icono-
graphiques e ~ des objets témoins qui pourraient éventuel-
lement servir aux futures expositions. S'il y a lieu,
on remplit les fiches signalitiques nécessaires.
De r e t o ~ ~ au centre, on s'applique à la transposi-
tion écrite. En moyenne, la transcription demande une
ving.taine d'heures et correspond habituellement à une
trentaine de pages dactylographiées. Il est bien enten-
du que cette transcription se fait au son, pour ne pas
censurer l'idée émise. Ensuite, une copie du texte est
transmise à la famille pour correction ou retrait de cer-
tains passages. Ce n'est qu'après autorisation de la
famille que nous pouvons faire une utilisation respec-
tueuse de la parole des gens.
Il est evident que la mémoire met en lumière les
éléments forts de la vie des gens. On sait qu'avec le
temps, les événements sont souvent racontées avec force
détails visant à les enjoliver ou les dramatiser. C'est
justement à cause de cela que nous pouvons dégager claire-
ment dans nos expositions interprétatives les points sail-
lants du vécu collectif d'une population.
Les caractéristiques distinctives seront de
même préservées, voire exagérées lorsqu'elles
suscitent des réactions de crainte, d'éton-
nement, de mépris, d'amusement, d'admiration,
etc .•. Dans le souvenir, les choses parais-
sent plus grandes, plus rapides, plus laides,
plus pénibles qu'elles ne l'étaient dans la
réalité des faits 1.
47
Après cette étape, le travail consiste à codifier les
fragments, à les regrouper sous des symboles visuels qui-
permettront de retrouver facilement dans tous les textes
les thèmes dégagés. Pour chacun des trente-deux sujets
retenus, on fait un résumé. Ces résumés ou synthèses
deviendront les éléments déclencheurs des expositions.
Utiliser la mémoire qui nous constitue, aigui-
ser le regard, appréhender globalement l'or-
ganisation des éléments, apprendre la communi-
cation, maîtriser l'expression des niveaux de
la parole et de l'écrit, tels sont les objec-
tifs inséparables auxquels veut prétendre cet-
te formation. Le programme pourrait paraître
ambitieux s'il n'avait pour base solide le
t e r r a ~ n matériel de l'histoire et du vécu des
gens .
En assemblée publique, on détermine au fil des années
les thèmes qui seront traités dans la Maison des Gens de
Saint-Hilaire. Pour monter ces expositions, on complète
la recherche auprès de la population, on choisit parmi les
histoires issues de la parole des gens celles, qui ..
1
marion,
2
cahiers
Rudolf Arnheim, La pensée visuelle, Paris, Flam-
1976, p. 90
Marcel Evrard, Mathilde Scalbert-Bellaigue, Les
de l'animation, Paris, 1980, numéro 27, p. 4r--
48
illustreront le mieux le sujet choisi, ainsi que les pho-
tographies et les objets témoins, Les expositions ainsi
montées er+ièrement par et avec la population conservent
un caractère évocateur d'une grande intensité.
Depuis bientôt quatre ans, le processus se poursuit
à Saint-Hilaire. La corporation municipale a fourni gra-
tuitement un local au Comité d'action touristique et cul-
turelle, où l'on peut travailler consciencieusement et
emmaganiser les archives.
Elle entraînera de gré ou de force, la muséo-
graphie à se manifester dans la fonction cri-
tique de culture, sa fonction véritable de
savoir par adéquation à la réalité quotidien-
ne, l'adhésion à une histoire expérimentale.
Le musée doit céder la place aux centres de
formation et de recyclage historique 1.
C) Ouverture sur l'extérieur
1) L'échange avec la population elle-même
A l'origLne, les objectifs que s'étaient fixés
quelques spécialistes consistaient à sauver la collee-
tion Napoléon Bolduc et à interpréter la région sous
différents aspects, à savoir sa géographie humaine et
sociale, sa nature environnementale et ses industries
1 Stanislas S. Adotevi, Le musée au service des
hommes aujourd'hui et demain, Paris, Unesco, 1972,
"Le musee dans les systemes éducatifs et culturels
contemporains", p. 27
du passé, du présent et du futur. Si ces éléments déclen-
cheurs ont tout de suite soulevé l'enthousiasme de la po-
pulation, ce n'est qu'à partir de 1982 que l'écomusée
est devenu, peut-on considérer, une réalité vivante, re-
présentative des quatre coins du territoire.
L'exposition "Haute-Beauce créatrice musée territoire"
a suscité une prise de conscience à l'échelle locale des
caractéristiques propres à la dynamique des paroisses ou
villages considérés g r ~ c e à la création d'un exhibit de
plein air, bloc créatif illustrant symboliquement les for-
ces en interaction (dates, faits historiques, personnages,
industries, nature, etc ••• ). Mais ce qui a permis à la
notion de territoire de prendre tout son sens, c'est l'ex-
position synthèse "l'appFopriation par le haut-beauceron
de son environnement vécu".
Comme nous l'avons vu précédemment lors d'assemblées
publiques, deux personnes par village étaient choisies
pour suivre un cours en muséologie populaire. Ce cours,
outre qu'il permettait d'acquérir des connaissances théo-
riques est devenu le lieu et le prétexte de rencontres et
d'échanges, où tous les actants élaboraient ce qui allait
devenir une fresque complexe illustrant les rapports de
l'homme avec son milieu. Tranquillement des liens d'ami-
tié se sont tissés parmi ces gens qui depuis plus d'un
50
siècle se livraient à une bataille de clochers alimentant
la rivalité entre les villages.
Les dialogues et les échanges portant sur les diffé-
rences et ressemblances culturelles ont contribué petit à
petit à faire naître un sentiment d'identité par rapport
au territoire de la Haute-Beauce. L'engagement de ces
gens est bientôt devenu le canevas sur lequel s'est gref-
féela vie culturelle de l'écomusée.
Le bénévolat n'est donc pas conçu comme une
forme d'action charitable réalisée au profit
de la collectivité; il est la reconnaissance
du droit de chacun à étudier son passé,à par-
ticiper aux décisions concernant son avenir.
C'est en ce sens que l'on peut définir l'éco-
musée comme une "école mutuelle" 1.
2) ExRérience d'un jumelage
Dans un rapport produit à la suite d'un stage en Fran-
ce, l'écomusée de la Maison du Fier Monde à Montréal, a
mentionné qu'il y aurait intérêt à jumeler notre écomusée
à celui du Coglais en Bretagne. Une correspondance s'est
engagée à ce propos, et lors de l'inauguration de tous nos
exhibits et expositions en juin 1982, deux personnes de là-
bas sont venues en éclaireurs vérifier si ce jumelage pou-
vait être possible. Le déclic a été instantané . A leur
retour, ils ont fait adopter par leur conseil d'administra-
tion le principe du jemelage et nous ont organisé une
1 François Hubert, Hervé Joubeaux, Jean-Yves Veillard,
Découvrir les écomusées, Rennes, 1984, p. 38
51
visite chez eux pour le mois d'octobre de la même année.
C'est dans la frénésie la plus totale que nous nous
sommes alors attaqués aux préparatifs; il fallait cho1sir
les participants pour chaque village, établir le mode de
financement du voyage et voir ~ tous les détails matériels.
La fièvre n'a fait que s'accentuer lorsque trente-six
d'entre nous se sont retrouvés en France. A Paris d'abord,
pour constater que nos muséographes amateurs (formés par
le cours en muséologie populaire) jetaient un regard cri-
tique sur les grands musées, les modes de restitution, les
niveaux de langage, etc ... Et en Bretagne ensuite, où
nous avons été reçus comme des parents qui ne sont pas
venus depuis déjà un an.
Le jumelage a été des plus profitables à tous points
de vue: l'écomusée permettait d'observer les habitudes de
vie, les rapports au sein de la famille, la gastronomie,
l'architecture, l'organisation sociale et politique,
l'école etc •.. tant de sujets qui touchent quotidienne-
ment les gens de tous les pays du monde.
Habitués qu'ils étaient de se regarder en vase clos
au sein de la famille ou du village, les Hauts-Beaucerons
se sont ouverts au monde. L'accueil des Bretons rejoi-
gnant celui de nos gens en qualité, nous avons décidé de
leur rendre la pareille.
52
En juillet 1983, c'est au tour des coglésiens de ve-
nir voir comment ça se passe au Québec. Une organisation
est mise en place. Les municipalités rivali-
sent en politesses. Il ne faut pas oublier de souligner
la présence des piliers de notre écomusée, qui ont orches-
tré cet événement de fraternité sans précédent.
A notre grande surprise l'échange n'a pas eu qu'un
effet immédiat. Au contraire, il cimentait à jamais la
structure de notre écomusée, du fait que les liens unis-
sant les gens de la Haute-Beauce étaient désormais solides.
Pour eux maintenant, tout prétexte est bon pour se revoir
et participer à la réalisation d'une oeuvre commune.
3) Les stages
Afin de se maintenir à la fine pointe de l'informa-
tion et afin que celle-ci circule, nous _voyons à ce que
le plus grand nombre de personnes participent à des stages,
au Québec ou à l'étranger. Jusqu'à présent, plus de soi-
xante personnes ont fait des stages en France, sur des
thèmes aussi variés que la scénographie, l'évaluation, le
musée comme outil de développement régional, le tourisme
social et culturel ...
Au Québec, nous participons régulièrement aux sémi-
naires de formation de la Société des musées québécois:
53
qui portent sur des sujets comme les trousses éducatives,
les techniques d'expositions, le marketing, les techniques
et' philosophie de la muséologie populaire •..
4) Accueil de spécialistes
Une autre façon d'apprendre et de s'ouvrir au monde
consiste à échanger avec la multitude de spécialistes qui
viennent chaque année à l'écomusée et qui travaillent dans
des domaines aussi variés que la muséologie, l'ethnologie,
l'anthropologie, le tourisme, l'aménagement du territoire,
l'action culturelle, le journalisme .•.
A chaque occasion nous organisons des sessions à l'in-
tention de petits groupes, où non seulement nous
tons le résultat de notre expérience, mais aussi où nous
acquérons de nouvelles connaissances et de nouvelles pra-
tiques grâce à nos visiteurs des différents pays.
5) Tenue de colloques
Parmi les événements majeurs que nous organisons, les
colioques constituent une autre façon d'entrer en contact
et de partager. En 1981, nous recevions le colloque iti-
nérant du Conseil des monuments et des sites du Québec,
en 1983, l'Association québécoise d'interprétation du
patrimoine, et cette anné1 en 1984, nous organisons le
premier atelier international sur les écomusées et la
54
nouvelle muséologie. Cette dernière rencontre a laissé sur
une note d'espoir les soixante participants des dix pays
et la population de la Haute-Beauce qui les
hébergeait et qui participait sous forme d'ateliers inté-
grés.
6) Les effets
Les échanges à l'intérieur de la population elle-
même, ou entre la population et d'autres régions du Québec
ou d'autres pays, ou entre gens simples et spécialistes,ont
des effets des plus intéressants à observer.
Une telle ouverture sur l'extérieur permet de lever la
crainte des gens face aux experts, donne de l'assurance (on
est capable.), développe le sens du travail en collégialité;
par ailleurs, le sens du collectif permet de recueillir d'au-
tres exemples et provoque ainsi de nouveaux projets, accen-
tue l'imagination, la fraternité et l'autogestion.
L'autogestion est, avant tout, une autoges-
tion personnelle. C'est pourquoi la pédago-
gie non directive héritée de Rogers va deve-
nir un instrument priviligié pour cette li-
bération. L'autogestion pédagogique est
éducative, elle conduit à une autogestion
sociale 1.
1 Jacques Ardoino, Education et politique, Paris,
Gauthier- Villars, 1977, p. 161
CHAPITRE III
ORGANISATION ET CONCERTATION
Nous verrons ici comment les gens apprennent à travail-
ler ensemble, à travailler dans le cadre de réunions démo-
cratiques et à découvrir la globalité des projets sur l'en-
semble du territoire et en interaction avec d'autres orga-
nismes.
Les instances administratives de l'écomusée proviennent
de la population où il y a formation des groupes associés
à l'écomusée, lesquels forment le comité des usagers. Ce
comité d'usagers nomme les cinq responsables de zone qui
siègeront au conseil d'administration .
... l'écomusée doit être appréhendé comme une
expérience constamment créative pouvant se cou-
ler dans les statuts les plus divers, échap-
pant aux règles administratives traditionnelles
mais entretenant avec un grand nombre de parte-
naires, administration comprise, une relation
génératrice de connivence et bénéficiant
d'un soutien financier, administratif et
technique qui respecte son originalité 1.
Vous pourrez voir en appendice les mandats des
différentes instances de l'organisation de
l'écomusée.
Cette structure de participation du comité des usa-
gers favorise d'abord la concertation entre les groupes
à la fois au niveau de la recherche des modèles mis en
place, des réalisations collectives, de l'accueil des vi-
sitBurs de marque et de la répartition des demandes de
subventions, en établissant une rotation à travers les
programmes et les zones ..
56
Au conseil d'administration, la responsabilité de la·
gestion de l'entreprise est évidemment primordiale; les
membres se sentent également responsables des besoins de
l'équipe des travailleurs et des désirs du comité des
usagers et doivent projeter pour l'avenir des programmes
d'intervention. Ceux-ci auront un rôle de mobilisateurs
pour les membres et de concertation régionale avec les élus
locaux, les municipalités régionales de comtés, les corn-
missions scolaires, les caisses populaires, les associa-
tions syndicales et les groupes sociaux et religieux.
1 François Hubert, Hervé Joubeaux, Jean-Yves Veillard,
op. ci t. , p. 44
Les gouvernements régionaux •.• ils doivent
constamment être sensibilisés aux actions
entreprises, être mis au courant des pro-
grammations culturelles ou autres et d e v ~ ­
nir partie prenante des orientations et
des actions concrètes de développement
du territoire dont ils ont en partie la
charge 1,
Même si l'écomusée est un organisme communautaire
(nous l'avons vu par l'autofinancement de la collection
permanente, l'installation du centre dans l'ancien pres-
57
bytère de Saint-Evariste, acheté par la Municipalité dans
cet optique et la création de nos équipements permanents,
exhibits de plein air et centres d'interprétation financés
par le milieu), nous devons malgré tout, entrer en con-
tact avec les gouvernements provincial et fédéral pour
les demandes d ' octrois, d'aide à l'emploi ou tout autre
programme susceptible de nous aider. Cette ouverture vers
l'extérieur est indispensable pour le bon fonctionnement
de l'entreprise.
Nous avons donc reçu de l'aide financière et de mul-
tiples services de la part des ministères des Affaires
Culturelles, de l'Environnement, de l'Education, des
Sciences et Technologie, Energie et Ressources, Tourisme,
etc ...
1 René Rivard, Que le musée s'ouvre, Québec, 1984,
texte inédit, p. 60
Lors de nos les ministres, hauts-
fonctionnaires, conseillers consultatifs, sont conviés.
l ns rencontres permetteht à nos usagers de visualiser et
de comprendre les programmes offerts et surtout de voir
comment nous pouvons influencer ces représentants gouver-
58
nementaux pour l'établissement de programmes mieux adaptés
aux objectifs d'un organisme autogestionnaire et écomuséal
comme le nôtre.
Une autre forme d'ouverture vers l'extérieur est le
maintien d'un lien constant avec les universitaires, cher-
cheurs, communicateurs et associations comme la Société des
musées québécois, l'Association québécoise d'interprétation
du patrimoine, le Conseil des monument et sites du Québec,
la Société du patrimoine des beaucerons •..
Les usagers siègent à tour de rôle sur ces différents
comités, assistent aux conférences, participent aux tables
etc •.. Voilà encore autant de façons de se former
dans l'action, d'évaluer sa performance et de faire recon-
naître la diversité et la qualité d'une expérience aussi
originale.
Cette multiplicité des tâches exige à la
fois diversité et spécificité des formations
par rapport à celle des musées traditionnels 1
1 François Hubert, Hervé Joubeaux, Jean-Yves Veillard,
op. cit., p. J8
TROISitME PARTIE
FONDEMENTS PEDAGOGIQUES DE L'ECOMUSEE
CHAPITRE I
LE PROJET EDUCATIF
Nous allons maintenant porter notre attention sur les
concepts théoriques qui constituent le fondement de l'éco-
musée. Premièrement nous poserons franchement la question:
Pourquoi permettre à une population de se mettre en situa-
tion d'apprentissage et ce, dans des domaines d'activités
humaines qui ont toujours été l'apanage d'un petit nombre
de spécialistes comme les muséologues, les historiens, les
graphistes, etc ••• ? Nous verrons ensuite le concept de
recherche-action se matérialiser par l'intervention, avant
de terminer par le rôle crucial de
dans le processus d'auto-apprentissage.
A) Pourquoi se mettre en situation d'apprentissage?
Comme nous venons, croyons-nous, de le décrire dans
les chapitres précédents, il y a portée éducative
61
à chaque étape de la réalisation de l'écomusée: acquisition
d'une collection permanente, plans d'auto-financement, mé-
canisme d'auto-gestion, trousses éducatives, cueillette de
la mémoire collective, jumelage et échanges avec les visi-
teurs québécois ou étrangers et avec les milieux institution-
nels, ... Dans tout ce cheminement, l'écomusée a pris le
parti de 1 'auto-apprentissage plutôt que celui de 1' édu-
cation à sens unique propre aux musées spécialisés, qui ont
le souci de démocratiser la Connaissance, de répandre la
bonne parole de la Culture. Nous avons plutôt opté pour
le défi exigeant de travailler en osmose avec une popula-
tion de façon à mettre en valeur ses savoirs et ses cul-
tures dans une optique de développement régional.
Les êtres humains ont un désir et une capacité innés
d'apprendre, l'apprentissage peut avoir cours lorsque l'ob-
jectif est en rapport avec les projets personnels de quel-
qu'un et il est moins menaçant s'il est lié à la perception
du "moi" de l'apprenti. La quantité et la qualité de l'ap-
prentissage sont meilleures dans l'action, surtout quand le
participant détient une bonne part de responsabilités dans
la méthodologie à suivre. Plus l'actant exprime ses senti-
ments et son intelligence en s'engageant en entier dans
l'auto-apprentissage, plus ses connaissances seront pro-
fondément acquises et ce, pour plus longtemps.
62
Dans un tel cheminement, l'auto-évaluation est fonda-
mentale pour permettre l'indépendance d'esprit, la créati-
vité et la confiance en soi. Dans l'auto-apprentissage,
le plus important, c'est d'apprendre à apprendre, de d é v e - ~ ·
lopper une attitude d'ouverture vers le changement.
Par son ouverture sensible au monde, par sa
confiance dans sa propre aptitude à former
de nouvelles relations avec son environnement,
elle serait le type de personne dont jailli-
raient les productions nouvelles et la vie
créatrice 1,
De plus . en plus, les perspectives d'ouverture de l'édu-
cation sont porteuses du pouvoir créateur inhérent aux éner-
gies populaires libérées. Que l'on parle d'école-active,
d'auto-éducation, de travail en équipes, d'écoles de tra-
vail, de méthode: active, d'école nouvelle ou d'écol-e libre,
ces dénominations soulèvent le facteur de libération.
Désormais, l'éducation ne se définit plus par
rapport à un contenu déterminé qu'il s'agit
d'assimiler, mais se conçoit en sa vérité,
comme un processus de l'être qui à travers la
diversité de ses expériences apprend à s'ex-
primer, à communiquer, à interroger le mo2de
et à devenir toujours davantage lui-même
B) La recherche-action par l'intervention
Dès l'automne 1980, nous me-ttions en place le
1 Carl R. Rogers, Liberté pour apprendre, Paris, Dunod,
1976, p. 290
2 Edgar Faure, Apprendre à être, Paris, Fayard-Unesco,
1973, p. 163
63
laboratoire d'expérimentation didactique en milieu rural.
En mars 1981, dans le cadre de la semaine culturelle à
l'UQAM, nous montions une exposition ayant pour titre:
"Le musée-territoire libre de la Haute-Beauce•: Nous y
présentions le travail des usagers, de l'équipe de tra-
vailleurs du musée et des universitaires collaborateurs ,
avec comme but ultime l'enrichissement et l'autonomisa-
tion de la région. L'exhibit proposait les grandes li-
gnes de cette action-distance, action-recherche, action-
collective et action-libre.
Pierre Mayrand, universitaire et conseiller techni-
que de tou$ les instants dans la réalisation de l'écomusée,
nous dira de ce travail qu'il établit le lien entre les
traits caractéristiques des Beaucerons, leur évolution
récente et les transformations à venir". Il puise dans
la tradition beauceronne, faite de dynamisme et d'imagi-
nation, de fierté et de créativité, de vie collective, les
éléments propres à servir le développement culturel de la
région. Le sens de la liberté se traduit par une cons-
cience aigÜe de la territorialité et de la "différence"
du haut-Beauceron .
. .. la notion d'intervention est maintenant
d'8mploi courant dans les sciences humaines,
notamment en psychologie sociale et en socio-
logie. L'intervention est en effet le lieu
privilégié entre la théorie et la pratique,
la réflexion et l'action, le laboratoire
expérimental et le terrain, qui est requis
par la concrption lewinienne de la recher-
che-action .
La première étape de la recherche-action est d'in-
ventorier les moyens disponibles, d'évaluer les forces
64
et les ressourc_es qui peuvent être utiles. Il faut sys-
tématiquement sélectionner, disséquer les multiples facet-
tes que constituent chaque situation (méthode systémique).
Finalement, il faut s'adapter à la perception, à l'en-
vironnement et à l'usage populaire· . .
C) L'organisateur, l'intervenant, l'animat'eur, le faci-
litateur ou le catalyseur
Pour coordonner cette recherche-action tout en per-
mettant à la population de se mettre en situation d'appren-
tissage, le rôle de l'animateur est très important de même
que ses qualités. Tout en agissant avec beaucoup d'humi-
lité, l'animateur doit posséder un haut niveau de connais-
sances et d'autonomie pour dégager un climat de confiance
et éviter que la population se sente exploitée et/ou ma-
nipulée; au contraire, il doit l'amener à croire qu'ensem-
ble et sur un pied d'égalité, on peut concevoir, créer et
réaliser.
1 Jacques Ardoino, Education et politique, Paris,
Gauthiers-Villars, 1977, p. 215, citation de Mendel.
Selon Carl Rogers, la qualité essentielle et fonda-
mentale chez une personne responsable de faciliter l'appren-
tissage est la congruence ou l'authenticité. L ~ facilita-
teur ne doit pas se renier lui-même. Il doit éprouver
de la considération envers l'apprenti ou le milieu de son
action. Il doit dégager une attitude d'acceptation et de
confiance. Enfin sa dernière qualité serait:
La compréhension empathique est un autre facteur
qui favorise l'instauration d'un climat d'ensei-
gnement autodéterminé (self-directed) expérien-
tiel 1.
De son côté, Saul Alinsky, animateur social qui préco-
nise une action directe non violente et qui a travaillé
dans des milieux difficiles énumère les qualités plus vi-
vantes de l'intervenant:
Curiosité, irrévérence, imagination, sens de
l'humour, pressentiment d'un monde meilleur,
une personnalité organisée, un schizophrène
politique bien intégré, égo, esprit libre et
ouvert, une relativité politique.
Plus il a d'expérience, plus l'organisateur peut vrai-
ment entrer en communication avec le public. Cette quali-
té de communicateur est également fondamentale, mais doit
se manifester sans brutalité.
1 Carl R. Rogers, op. cit., p. llO
Ainsi la fonction pratique de l'interprétation
n'est pas nécessairement de forcer la prise de
conscience brutale de ce qui se voulait caché,
dérobé, mais de proposer aux partenaires, à
leur rythme, et selon leur temps, la matiè.re
d'une réélaboration de leur économie psychi-
que et relationnelle; sa fonction théorique
restant l'intelligibilité de ce qui se passe
à travers les processus pris pour objets de
connaissances 1.
Il nous semble que l'ensemble de ces qualités sont
loin de correspondre à la muséologie traditionnelle, qui
!. -
continue à engranger des objets et qui confie aux spécia-
listes ou aux experts les rôles de conservation, d.':anima-
tion et de diffusion. Cependant, si l'on croit que la
nouvelle muséologie tient compte davantage de l'humain que
de l'objet, des cultures que le la Culture, des savoirs
que de la Connaissance, alors il faut faire place à un
type nouveau de muséoloque. Ce qui implique universelle-
ment pour tous les muséographes:
1) L'acquisition de solides connaissances en:
anthropologie culturelle et sociale, socio-
logie, psychologie, économie, histoire.
2) Des bases solides dans l'étude de la métho-
dologie: du travail multidisciplinaire, des
communications de masse, de la pédagogie,
des enquêtes d'évaluation.
3) Des connaissances importantes dans l'éla-
boration des techniques de développement 2.
1 Jacques Ardoino, op. cit., p. 51
2 Stanislas S. Adotevi, Le musée au service des hom-
mes aujourd'hui et demain, Paris, Unesco, 1972, p. 28
66
CONCLUSION
CONCLUSION
Nous avons tenté à l'aide du présent mémoire et du
vidéogramme qui l'accompagne, de montrer comment l'aspect
éducatif de l'écomusée a pu contribuer à la création d'un
sentiment d'appartenance au territoire, à la prise en char-
ge par la population de son développement global et à l'uti-
lisation de l'exposition comme outil d'expression populaire.
Par une description des processus éducatifs utilisés
en milieu scolaire, nous avons démontré les fondements psy-
chanalytiques de la cBéation enfantine libérée, grâce au
programme: Musée, école de liberté.
L'exposé sur l'éducation populaire et ses applications
de techniques de créativité, le cours en muséologie popu-
laire, les expositions interprétatives, la cueillette de la
mémoire collective et l'ouverture vers l'extérieur nous a
permis de constater que l'auto-apprentissage est la métho-
dologie de base du projet éducatif de l'écomusée.
Enfin l'autogestion de l'entreprise liée à l'appren-
tissage de la liberté en fonction du principe d'autonomie
prouve à son tour la p:ortée éducative de l'écomusée.
L'être humain doit être préparé, dès sa pl us tendre
enfance, à développer ses possibilités sensorielles, in-
tellectuelles et morales, afin de ~ ~ ~ e n i r un être autonome
capable de surmonter avec créativité toutes les situations
de la vie, tout en participant socialement au mieux-être
de ses semblables et à la démocratie. L'écomusée en serait-
il un outil privilégié ?
BIBLIOGRAPHIE
BIBLIOGRAPHIE
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73
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APPENDICES
APPENDICE A
Définition évolutive de l'écomusée
DEFINITION EVOLUTIVE DE L'ECOMUSEE
Un écomusée est un instrument qu'un pouvoir et une
population conçoivent, fabriquent et exploitent ensemble.
Ce pouvoir, avec les experts, les facilités, les ressour-
ces qu'il fournit. Cette population, selon ses aspirations,
ses savoirs, ses facultés d'approche.
Un miroir où cette population se regarde, pour s'y
reconnaître, où elle recherche l'explication du territoire
auquel elle est attachée, jointe à celle des populations
qui l'ont précédée, dans la discontinuité ou la continuité
des générations. Un miroir que cette population tend à
ses hôtes, pour s'en faire mieux comprendre, dans le res-
pect de son travail, de ses comportements, de son intimité.
Une expression de l'homme et de la nature. L'homme y
est interprété dans son milieu naturel. La nature l'est
dans sa sauvagerie, mais telle que la société tradition-
nelle et la société industrielle l'ont adaptée à leur
image.
Une expression du temps, quand l'explication remonte
en deçà du temps où l'homme est apparu, s'étage à travers
les temps préhistoriques et historiques qu'il a vécus,
débouche sur le temps qu'il vit. Avec une ouverture sur
les temps de demain, sans que, pour autant, l'écomusée se
77
pose en décideur, mais en l'occurrence, JOUe un rôle d'in-
formation et d'analyse critique.
Une interprétation de l'espace. D'espaces privilégiés,
où s'arrêter, où cheminer.
Un laboratoire, dans 1 ~ . mesure où . il contribue à l' étu-
de historique et contemporaine de cette population et de
son milieu et favorise la formation de spécialistes dans
ces domaines, en coopération avec les organisations exté-
rieures de recherche.
Un conservatoire, dans la mesure où il aide à la pré-
servation et à la mise en valeur du patrimoine naturel et
culturel de cette. population.
Une école, dans la mesure où il associe cette popu-
lation à ses actions d'études et de protection, où il l'in-
cite à mieux appréhender les problèmes de son propre ave-
nir.
Ce laboratoire, ce conservatoire, cette école s'ins-
pirent de principes communs. La culture dont ils se ré-
clament est à entendre en son sens le plus large, et ils
s'attachent à en faire connaître la dignité et l'expres-
sion artistique, de quelque couche de la population qu'en
émanent les manifestations. La diversité en est sans li-
mite,, tant les données diffèrent d'un échantillon à l'au-
tre. Ils ne s'enferment pas en eux-mêmes, ils reçoivent
et donnent.
Georges -Henri Rivière
22 janvier 1980
78
APPENDICE B
L'écomusée
THÉORIE DE L'ÉCOMUSÉE
COMMUNAUTAIRE
L'écomusée, dans sa variété communautaireS, c'est d'abord
une communauté et un objectif: le développement de cette
communauté. C'est ensuite une pédagogie globale s'appuyant
sur un patrimoine et sur des acteurs, appartenant tous deux à
cette même communauté. C'est enfin un modèle d'organisa-
tion coopérative en vue du développement et un processus
critique d'évaluation et de correction continue.
Si donc, dans le mot lui-même, le facteur "musée" se
rapporte exclusivement au langage des choses réelles, le
préfixe "éco(logique)" se réfère à une notion d'écologie
humaine et aux relations dynamiques que l'homme et la
société établissent avec leur tradition, leur environnement et
les processus de transformation de ces éléments,lorsqu'ilsênt
atteint un certain stade de conscience de leur responsabilité de
créateurs. 1
1 Hugues de Varine,"l'écomusée", Gazette, Ottawa,
Association des musées canadiens, volume II, numéro 2,
1978, p • .31
80
Une pédagogie globale
Ce patrimoine qui reproduit, en deux ou trois
dimensions lorsqu'il s'agit de choses et, pour les biens non
tangibles, par tous les moyens d'expression et de représenta-
tion, la communauté sous tous ses aspects, sert de mê:. ' "au et
de vocabulaire, dans le cadre de l'écomusée, à une pédagogie
globale. Celle-ci prend en compte tous les problèmes de la
communauté actuelle et toutes les questions que pose son
devenir, pour les traiter de manière analytique et critique en
faisant appel à la conscience et à l'initiative créatrices de la
population elle-même.
Ëtant donné que c'est à cette population que revient la
tâche de construire son propre avenir, l'écomusée lui
donner à la fois les éléments d'information à
l'appréhension du problème posé et la volonté efficace de
dégager une solution originale par la combinaison d'éléments et
de facteurs retirés du passé, du présent, du répertoire des
moyens techniques disponibles et de la possibilité d'innova-
tion.
L'écomusée, pour en arriver à cet état de conscience et
d'initiative favorable au développement communautaire, doit
franchir plusieurs étapes:
- la connaissance de l'identité communautaire
par l'éducation du regard. Par définition, le patrimoine
est intérieur à la communauté et sa perception est
automatique. Soit cette dernière est affaiblie
dans son acuité par l'habitude (on voit un objet, on subit
une tradition devenue routine ... ), soit elle est orientée
et parcellisée par l'imposition d'un code (l'église-maison
communautaire - symbole de l'unité du village devient
ainsi dans de nombreux cas un monument historique -
attraction touristique). n faut donc, par un processus
répété d'explicitation et de réflexion collêctive, que
l'inventaire et l'étude du patrimoine soient l'objet de
l'activité de l'ensemble de la population;
- la découverte de la complexité de la
problématique communautaire, au-delà des questions
relevant exclusivement des intérêts personnels.
L'avenir de tous étant conditionné par la manière dont
chacun saura poser les problèmes collectifs, il est
essentiel que cette problèmatique ne reste pas le
domaine réservé de fonctionnaires délégués par
l'autorité centrale ou d'élus mis en situation de notables
détenteurs du savoir et du pouvoir. L'écomusée agira
notamment en organisant des contacts répétés entre
groupes de population (associations ou cellules naturel-
les de voisinage ou de catégories socio-professionnelles)
sur des sujets tels que l'habitat, l'école, la con·
sommation, les relations interculturelles dans la
communauté, la santé, les loisirs, etc;
81
- l'ouverture aux indispensables apports ex·
térieurs soit à titre d'éclairages complémentaires, soit
comme participation technique à la recherche de
solutions. Ble se fait par la multiplication des références
extra-communautaires au sein des activités de l'éco-
musée afin d'habituer la population aux parallèlismes
des situations et aux convergences des problèmes. Elle
se fait aussi par l'introduction d'activités thématiques
reflétant des situations autres, voire radicalement
différentes, toujours en vue d'éduquer le regard et le
sens critique, cette fois par opposition ou prise de
conscience de la différence. L'étude des problèmes
urbains, par exemple, peut être éclairante pour les
membres d'une micro-communauté villageoise, pour
remettre en perspective à la fois les dimensions des
problèmes spécifiques de leur présent et les risques
inhérents à un développement tr.op ambitieux pour
l'avenir;
- la prise en charge, d'une façon expéri·
mentale, par la communauté elle-même ou par un de ses
sous-ensembles, de quelques problèmes exemplaires
par lesquels le processus complet de développement
sera appliqué: repérage, étude, recherche et choix de
solutions, mise en oeuvre, critique et évaluation. Les
projets-pilotes, pour lesquels le patrimoine, les moyens
d'expression, le potentiel humain seront mobilisés de
façon exceptionnelle, ont pour but de tester l'état de
préparation de la population, la qualité de ses réactions,
ia vaieur des résultats obtenus.
n n'est pas impossible qu'à l'issue de ces diverses
étapes, l'écomusée devienne inutile, le degré de conscience et
d'initiative de la communauté étant devenu suffisant pour
permettre un développement spontané. Dans ce cas, il est
probable que l'on reviendrait à la formule du musée plus
traditionnel, a la fois banque de données (sous la forme surtout
d'objets) et université populaire (s'exprimant toujours par le
langage des objets).
Une autre hypothèse est que l'écomusée devienne
l'instrument normal du développement. n n'est alors plus
possible d'en préjuger la forme, le type d'activités, la méthode
de travail, qui sont forgées par la communauté elle-même. Car
la pédagogie de l'écomusée, à l'issue du stade de formation, est
essentiellement évolutive, en création et adaptation continue. 2
2 Hugues de Varine, op. cit., p. JJ
APPENDICE C
Bloc d i a g r ~ e de la Haute-Beauce
ESTRIE
LAC-
MEOANTIC
mètres
400
eoo
0
REOION DE l!AM IANTE


BLOC DIAGRAMME DE LA HAUTE-BEAUCE
BEAUCE
mètre•
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0

r -, -----.
0 B 10
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lvJ
APPENDICE D
Rappel historique
ŒAPPEL HISTORIQUE
DE LA CREATION DE L'ENTREPRISE A NOS JOURS
1979: Naissance d'une entreprise culturelle de dévelop-
pement régional
. Incorporation de MUSEE ET CENTRE REGIONAL D'IN-
TERPRETATION DE LA HAUTE-BEAUCE
. Acquisition au coût de 60 000 00 $ de la Collec-
tion ethno:raphique (1 600 objets) de Monsieur
Napoléon Bolduc, un citoyen de La Guadeloupe
85
• Bail à long terme avec la Corporation municipale
de Saint-Evariste de Forsyth qui s'est portée
acquéreur de l'ancien presbytère de Saint-Evariste
. Aménagement du presbytère à différentes fins
(salles d'exposition, d'animation touristique,
de cours, comptoir d'artisanat .•. )
• Localisation de la Collection Bolduc
1980: Première année d'opération
. Ouverture au public du MUSEE ET CENTRE REGIONAL
D'INTERPRETATION DE LA HAUTE-BEAUCE
. Présentation de façon thématique de la Collection
permanente Napoléon Bolduc
. Première exposition d'interprétation de la région
avec pour thème "Le passé au rendez-vous du présent"
suivie en décembre de "La Tradition du Temps des
Fêtes dans nos familles"
. Inauguration à Saint-Hilaire de Dorset de la pre-
mière antenne écomuséale: réalisation d'un exhibit
de plein air et création de Comité d'action tou-
ristique et culturel de Saint-Hilaire de Dorset
1981: Deuxième année d'opération
• Recrutement de 2 000 membres
. Première exposition collective "La femme à
travers les trousseaux de baptême" et accueil
de 8 000 visiteurs
. Exposition itinérante "L'Erable à coeur ouvert"
. Ouverture d'un kiosque d'information touristique
Lancement du premier "Festival des foins" à
Saint-Evariste
. Accueil du 6e colloque itinérant du Conseil des
monuments et sites du Québec
86
. Structuration de services d'éducation et d'anima-
tion suivie du lancement du programme des trousses
éducatives en milieu scolaire et des cours en
muséologie populaire
• Accueil de 1 500 élèves dans le cadre d'un proces-
sus pédagogique conçu et présenté par le personnel
d'animation .
. Inauguration des portes d'entrée de l'écomusée à
Saint-Romain et Saint-Victor
. Stage en France intitulé "L'écomusée, outil de
développement"
1982: Troisième année d'opération
. Ex:position collective des 13 villages sous le
theme "L'appropriation par le haut-beauceron de
son environnement vécu" dans le cadre du projet
"Haute-Beauce créatrice, Musée Territoire"
. Inauguration de 7 nouveaux exhibits de plein air
permanents en Haute-Beauce représentant un inves-
tissement du milieu d'environ 40 000 $
. Echange culturel: Voyage en France (Bretagne, Co-
glais) de 35
• Prix du Mérite, décerné par l'Association des
musées canadiens pour l'intégration de la popu-
lation aux activités, la reconnaissance du patri-
moine collectif et le travail d'animation et
d'éducation
. Mention d'honneur de l'Association Touristique du
Pays de 1 'Erable et de la Société des musées
québécois
1983: Quatrième année d'opération
. Exposition sous le thème "Les chefs-d'oeuvreux de
la Haute-Beauce
. Adoption du sigle de la Haute-Beauce suite à un
concours populaire et lancement de la Semaine de
la Haute-Beauce
87
Participation aux Etats généraux de l.a culture en
Beauce
. Accueil de la délégation bretonne (23 personnes)
de l'écomusée du Coglais en France
. Exposition "Granit, Haute-Beauce-Coglais" à Lac-
Drolet ·
. Amendements aux statuts et règlements généraux de
la CORPORATION: MUSEE ET CENTRE REGIONAL D'INTER-
PRETATION DE LA HAUTE-BEAUCE INC. devient ECOMUSEE
DE LA HAUTE-BEAUCE, MUSEE TERRITOIRE INC., le nom-
bre de membres du conseil d'administration passe
de 7 à 12, les 5 zones (Vallons, Versant bleu,
Crêtes, Plateau, Coeur) sont officiellement repré-
senté es
• Exposition permanente à Courcelles dans un fourgon
de queue de train sous le thème "Le train tourne
avec entrain"
. Reconnaissance du presbytère de Saint-Evariste com-
me monument historique
. Visite officielle en Haute-Beauce du ministre des
Affaires Culturelles du Québec, monsieur Clément
Richard
. pose d'une plaque commémorative pour
marquer la reconnaissance du presbytère
comme monument historique
. inauguration de "La Maison des gens de
Saint-Hilaire"
. Intégration au projet de système-réseau des musées
de la Beauce
• Présence de l'Ecomusée de la Haute-Beauce au Sommet
économique de la région de Québec: consensus des
participants face à l'Ecomusée, outil de dévelop-
pement
1984: Cinquième année d'opération
• Accréditation de l'écomusée par le Ministère des
Affaires Culturelles
. Réaménagement de la collection permanente
. Restauration de l'édifice
. Symposium sur l'art animalier
88
. Accueil de jeunes bretons dans le cadre du jumelage
avec l'écomusée du Coglais
. Accueil de 80 jeunes marins dans le cadre des fes-
tivités "Québec 1.534-1984"
Tenue du premier atelier international sur les
écomusées et la nouvelle muséologie
. Présentation du projet dè. la "Maison du Granit"
dans le cadre du sommet économique de l'Estrie
APPENDICE E
Buts et objectifs de la Corporation
de de la Haute-Beauce
BUTS ET OBJECTIFS DE LA CORPORATION
DE L'ECOMUSEE DE LA HAUTE-BEAUCE
RESOLUTION DES MEMBRES
Sur proposition de Robert Poulin appuyée par Blandine
Bureau, il est résolu à l'unanimité d'autoriser les admi-
nistrateurs de la corporation à demander des lettres pa-
tentes supplémentaires qui modifient la dénomination so-
ciale, le nombre d'administrateurs et les objets de la
Corporation de la façon suivante:
DENOMINATION SOCIALE
La dénomination sociale de la Corporation MUSEE ET
CENTRE REGIONAL D'INTERPRETATION DE LA HAUTE BEAUCE INC.
est changée en celle de ECOMUSEE DE LA HAUTE-BEAUCE, MUSEE
TERRITOIRE INC ..
NOMBRE D'ADMINISTRATEURS
Le nombre des administrateurs de la Corporation MUSEE
ET CENTRE REGIONAL D'INTERPRETATION DE LA HAUTE BEAUCE INC.
est changé pour celui de 12 (douze).
OBJET
Les objets sont remplacés par les suivants:
1. Mettre en valeur la collection Napoléon Bolduc et le
patrimoine de la Haute-Beauce.
91
2. Gérer le Musée et centre régional d'interprétation de la
Haute-Beauce situé dans l'édifice du presbytère de Saint-
Evariste de Forsyth, reconnu monument historique, con-
sidéré c ç ~ m e un équipement central et comme un centre
de services.
J, Contribuer à la gestion des équipements collectifs locaux
mis en place par les populations usagères de l'écomusée.
4. Encourager la participation de la population à la con-
ception et à la réalisation des expositions et autres
activités créatrices.
5. Mettre en place les structures de recherche, d'animation,
d'éducation populaire, de planification et d'organisation
utiles au développement culturel de la région.
6. Agir comme outil de connaissance et de recherche sur
l'identité de la Haute-Beauce.
?. Assurer une liaison permanente avec les organismes cul-
turels, touristiques, éducatifs et de loisirs de la
région.
8. Assurer une liaison permanente avec les instances ad-
ministratives et économiques de la région en particulier
avec les municipalités régionales de comté et les minis-
tères responsables du développement de la région agro-
forestière.
9. S'inspirer d'objectifs coopératifs tant dans son fonc-
tionnement que dans les services rendus.
10. Agir en collaboration avec le réseau des musées de la
Beauce, conformément à sa structure.
92
11. De façon générale, contribuer au au
vivre de la région correspondant au territoire de la
Haute-Beauce, notamment par le maintien de la qualité
de l'environnement visuel.
APPENDICE F
Les instances décisionnelles de
l'Ecomusée de la Haute-Beauce
LES INSTANCES DECISIONNELLES DE
L'ECOMUSEE DE LA HAUTE-BEAUCE
ARTICLE 17. COMPOSITION
Les affaires de la Corporation seront adminis-
trées par un 6onseil d'administration composé
de (12) douze membres dont les (5) cinq repré-
sentant(e)s de zones et (1) représentant 1e
la Municipalité de Saint-Evariste de Forsyth
ARTICLE 38. COMITE DES USAGERS
Le des usagers est formé des représen-
tants, un (1) par village, des treize comités
de villages (antennes) et de la directrice de
l'Ecomusée. Il joue le rôle d'orientation et
d'animation de la structure de base. Il se
réunit au moins une fois l'an, préférablement
avant l'assemblée générale, et élit son pro-
pre président.
ARTICLE 39. GROUPES ASSOCIES
Les groupes associés ou antennes, remplissent
les conditions suivantes: constituent un groupe
représentatif d'une communauté de base terri-
toriale et humaine (village, rang .•. ).
ARTICLE 40. CENTRE DE RECHERCHE EN ECOMUSEOLOGIE APPLIQUEE
Le centre de recherche en écomuséologie ap-
réunit le personnel cadre qui déter-
mine les sujets de recherche. Il intègre le
Laboratoire d'expérimentation didactique en
milieu rural, fait appel à toute autre person-
ne utile aux expertises nécessaires. Il joue
le rôle de formation permanente à la recher-
che en intégrant dans sa structure et dans
ses programmes les usagers. Les buts du cen-
tre sont la recherche de solutions en vue de
l'aménagement social et physique de la région.
APPENDICE G
Extraits du Rapport Jean, Apprendre:
une action volontaire et responsable
Le musée <( traditionnel » prend souvent en charge l'histoire « officielle » au
détriment de la petite histoire. Un musée ouvert sur le milieu et s'intéressant
davantage à la participation du public devrait mettre l'accent sur l'aspect
éducatif et sur la valorisation du milieu ambiant. En ce sens, il devrait
s'appuyer davantage sur les citoyens que sur l'État. Quelques expériences
intéressantes, reliées à ces préoccupations. ont actuellement cours au Qué-
bec. Il s'agit du Centre régional d'interprétatio.n de la Haute-Beauce. du
projet de musée du voisinage dans le quartier Centre-sud à Montréal (la
Maison du Fier-monde). du Musée-pilote à La Pocatière. ou encore de
l'écomusée de Pointe-du-Moulin. qui intègre la conservation d'objets à une
dynamique de réappropriation du passé et du patrimoine par des moyens tels
que l'animation. la fête. la pratique d'activités sur place. etc. Ces expérien-
ces récentes, qui s'inspirent des " neighbourhood museums » aux États-Unis
et des écomusées en France (parc d'Armorique. projet du Cogles et musée
de Bretagne) témoignent d'une volonté de la population de s'impliquer à
tous les niveaux importants de la gestion d'un musée: cueillette d'informa-
tions, dons et orientation du musée. Évidemment. cette ûrÎentaiiûii appelle
une revalorisation des fonctions d'animation, de recherche. d'éducation.
d'interprétation et de diffusion du musée par rapport à ses fonctions
traditionnelles. et toujours essentielles. de conserver et de collectionner:
Cette insistance sur la participation. la décou\·erte personnelle. /'activité
créatrice (musique. danse. art dramatique. ainsi que certains domaines
connexes comme /'archéologie. /' h i s t o i r ~ et la géologie) est typique de
/'approche " ou\·ene ... c'est-à-dire des méthodes acti\"i!S. qu'on préconise
maimenam pour /'éducation. au musé comme à /'école. ( p • 2 67 )
Les musées
147. Que. dans une perspective de complémentarité et d'utilisa-
tion des ressources. l'on reconnaisse la fonction éducative du
musée et l'importance de son appr ="" dans la formation des
adultes.
148. Que, dans une perspective d'accès, les musées modifient
leurs horaires pour accommoder le plus grand nombre possible
d'utilisateurs.
149. Que, dans une perspective de complémentarité et d'utilisa-
tion des ressources, les institutions muséologiques reçoivent
l'appui financier nécessaire à la formation d'un personnel quali-
fié et permanent et à la poursuite d'une fonction éducative
pertinente leur permettant un engagement dans la vie éducative
et culturelle de leur milieu.
150. Que la recherche muséologique. indispensable à une inter-
vention adaptée aux différentes catégories d'adultes québécois,
soit stimulée afin de trouver les outils nécessaires à une inter-
vention de qualité.
151. Que l'action muséologique, en matière de science et de
technologie, repose sur les éléments suivants:
a) la reconnaissance du fait que la culture scientifique et techni-
que s ·insère dans la culture générale:
b) l'extension de l'action muséologique à l'étendue du territoire
québécois, dans un contexte de souplesse et d'accès:
c) J'utilisation maximale des équipements déjà existants:
d) une approche systémique et ouverte dans la préparation et la
présentation des « exhibits ».
152. Que soient créés, à la demande des régions, des centres
régionaux de science et de technologie ;
a) que les régions décident de la forme. de J'emplacement et des
fonctions de ces centres. et que J'on mene J'accent sur Je
recyclage de bâtiments anciens:
b) que J'on obtienne. pour ce faire. la collaboration des organis-
mes et des institutions qui oeuvrent déjà. dans la région. en
muséologie scientifique et dans les domaines connexes:
c) que J'on procède à J'inventaire du patrimoine industriel et
technique de la région afin d'en exploiter les virtualités muséo-
graphiques. (p. 2 81)
97
Le musée et centre ,régional d'interprétation de la Haute-Beauce s'est
également signalé comme le premier écomusée au Québec*. Fondé depuis
trois ans, il couvre un territoire de 25 municipalités et est essentiellement
soutenu par la participation des quelque 2 200 familles qui en sont membres.
À partir des trois principes de base de décentralisation. de participation et de
cohésion régionale. la structure organisationnelle de est formée
de cinq comités de village qui voient à la mise c:n oeuvre c:t à la gestion de
nombreux projets. (( Miroir à travc:rs lc:quel une population se contemple »;
l'écomusée vise une action culturelle globale et, par le fait même, une
valorisation régionale. Son travail d'animation et. d'éducation comporte
plusieurs volets. Dans le domaine des rapports entre le musée et le milieu
scolaire, il fait tïgure d'innovateur: 1 500 élèves provenant de six commis-
sions scolaires environnantes ont été rejoints durant une première année
d'opération. L'éducation populaire tient également une place de choix. Des
comités d'usagers existent dans les villages: on y dispense des cours de
muséologie et la population est incitée à bâtir ses propres expositions. Des
ont ainsi suscité l'organisation de colloques et de panels tou-
chant des problèmes de développement de la région. L'action sociale et
éducative du musée de la Haute-Beauce peut à plusieurs égards l!tre
considérée comme exemplaire.
L'expérience du musée de la Haute-Be:lUce fait l'objc:t. depuis près de deux
ans. d'un projet de transfert c:n milic:u urbain. Un comité d'une quinzaine de
citoyens. assisté de personnes-ressources et de recherchistes de I'U.Q.A.M ..
mûrit le projet de créer un musée à la dimension d'un quartier. le centre-sud.
de l'installer éventuellement dans une école ou une usinedésaffectée. de lui
donner le plus beau des noms, la (( Maison du fier monde >), résumant ainsi
le rôle qu'il entend jouer sur son territoire. Car c'est de ça qu'il s'agit: faire
de la préservation du patrimoine un instrument d'éducation et d'action
collective! (p. 39 8)
98

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