Anne-Marie Ancien

Le casque gaulois de Variscourt (Aisne)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1981, tome 78, N. 2. pp. 60-64.

Citer ce document / Cite this document : Ancien Anne-Marie. Le casque gaulois de Variscourt (Aisne). In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1981, tome 78, N. 2. pp. 60-64. doi : 10.3406/bspf.1981.5304 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1981_num_78_2_5304

Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1981 /TOME 78/2

Le casque

gaulois de

V ariscourt (Aisne)

par Anne-Marie Ancien

CIRCONSTANCES DE LA DECOUVERTE La vallée de l'Aisne est exploitée de façon inten sive pour ses alluvions fournissant une grève de qualité recherchée par les entrepreneurs. Cette exploitation a de multiples effets néfastes, notam ment celui de détruire les sites archéologiques d'une densité remarquable tout le long de la rivière. Il arrive que quelque bel objet prenant le chemin de la trémie soit récupéré hors des godets ou du tapis roulant par un ouvrier qui troquera à vil prix sa trouvaille. Il arrive aussi que, lors du décapage des terres cultivables mettant le sous-sol à nu avant l'extraction de la grève, apparaissent des sépultures ou des habitations et leurs fosses. Des collection neurs prennent alors de vitesse les pelles mécaniques et sauvent ce qu'ils peuvent atteindre. En 1961, la Commission de la Vallée de l'Aisne n'a pas encore déclenché les nombreuses fouilles de sauvetage remédiant à cette noire situation. C'est à la fin de cette année-là que Monsieur Joffroy, conser vateur du Musée des Antiquités Nationales à SaintGermain-en-Laye signale à Monsieur Depouillis, conservateur du Musée de Soissons, qu'un casque de bronze trouvé dans le département de l'Aisne, lui a été proposé par Monsieur Rigaux, connaisseur en matière d'objets d'art antiques et dont la collection est importante. Le Musée de Soissons fait donc l'acquisition du casque pour que celui-ci reste exposé dans la région. Il est restauré : après avoir été redressé, il est consolidé par des bandes textiles et de la résine à l'intérieur, au fond de la calotte où des parties métalliques de quelques millimètres carrés manquent.

Cet objet était appelé « le casque de Variscourt » ou « le casque de Condé-sur-Suippe » et Monsieur Rigaux nous dit l'avoir acheté à un ouvrier travail lant grèvières de Pignicourt. Or nous connais aux sons personnellement l'entrepreneur de cette grèvière qui nous affirme ne pas se souvenir d'avoir vu récupérer cet objet à Pignicourt. D'autre part il n'y a pas eu d'extraction de grève à Condé-sur-Suippe. Par contre Variscourt a vu son territoire notablement entamé par les grèvières. Puisque le lieu exact de la découverte n'est malheureusement pas connu faute d'avoir retrouvé l'ouvrier de la grièvière de Pigni court, nous choisissons de lui garder le nom de « casque de Variscourt », même s'il a été découvert dans un rayon de quatre kilomètres. Il aurait pourtant été intéressant de savoir s'il avait été trouvé dans une sépulture, dans un dépotoir, dans le lit d'un ruisseau, quels objets l'accompagnaient ou s'il était seul, et aussi s'il était à l'intérieur du retranchement de l'oppidum de Condé-sur-Suippe et Variscourt ou bien à l'extérieur à proximité ou au loin. Seule une ligne d'oxydation à l'intérieur du casque signale un niveau maximum d'eau dont il était rempli pendant une longue période, ce niveau trace une ligne oblique sur la paroi de la calotte, faisant voir que le casque reposait sur le fond et légèrement incliné de côté. A-t-il été abandonné dans un lieu marécageux à l'époque ? DESCRIPTION DE L'OBJET (fig. 1) C'est un casque sphérique à protège-nuque incliné, ayant en tout trois perforations : deux aux tempes et une au centre du protège-nuque.

61

Musée de SOISSONS Casque no 963 2 1

Flg. t - Le casque en bronze de Variscourt (Aisne). Epaisseur : en A : 1,295 mm ; en В ; 4,125 mm ; en С : 3,933 mm ; en D : 1,325 mm ; en E : 2,390 mm ; en F : 5 mm. Il est constitué par une feuille de bronze chaudronnée selon la technique de la rétreinte dont le martelage est visible à l'intérieur de la calotte et à la face inférieure du protège-nuque (largeur des traces de martelage = 3 à 4 mm). Le travail de finition consiste en un polissage à l'aide d'une meule à gros grains laissant des rayures parallèles part iculièrement apparentes sur la partie supérieure du protège-nuque, l'intérieur n'ayant pas subi de polis sage, et enfin un lustrage vraisemblablement au sable, effaçant les rayures de meule et laissant de fines traces concentriques ayant pour centre le sommet de la calotte. Au sujet de la technique de la rétreinte, les chau dronniers actuellement témoignent que la fabrication d'une coque sphérique à base d'une tôle plane amincit les parois latérales tandis que le fond et les bords gardent presque la même épaisseur. S'il s'agit d'un martelage coup par coup, chaque coup distend la tôle en l'amincissant sans que celle-ci puisse jamais retrouver son épaisseur et sa surface primitive, c'est pourquoi il ne faut pas débuter le martelage n'im porte où car il doit se faire en cercles concentriques. Mensurations Calotte : Diamètre du front à la nuque d'une tempe à l'autre Epaisseur : au-dessus de la perforation temporale : 1,5 mm ; au bord : de 4 à 5 mm ; (les observations précédentes confirment les diffé rences d'épaisseur entre le bord et les parois ; de plus quelques inégalités du bord ont été martelées.) intérieur 20,60 cm 18,70 cm extérieur 21,20 cm 19,45 cm

62

Protège-nuque : largeur : de 14 à 15 mm ; épaisseur près de la perforation : 1,5 mm ; épaisseur au bord : de 3,5 à 4,2 mm. Perforations : diamètre : de 5,5 à 6,6 mm. Les perforations sont de forme ovale ; elles ont été obtenues à partir d'un cône fait au poinçon de l'intérieur et aplani au marteau ; ce qui a déformé la régularité de la perforation. En effet il s'agit certainement d'un poinçon, car trois rayures laissées par la pointe sont bien visibles et profondes au bord de la perforation du couvre-nuque à la face infé rieure. Ce trou était plus difficile à percer du fait de la difficulté de caler le casque solidement, ce qui n'est pas le cas pour les trous temporaux car ils sont percés dans des surfaces presque planes, plus aisées à poser sur un billot par exemple. Le poinçon était en métal plus dur que le bronze et supportant le choc d'un marteau, donc vraisemblablement en fer. On peut supposer également que le travail était fait à chaud. Le cône de la perforation du protège-nuque, plus difficile à aplanir au marteau, a été meule sommai rement à la face supérieure. Analyse du métal L'analyse spectrométrique du bronze a été effec tuée directement sur l'objet sans prélèvement d'échantillon ni polissage (ce qui aurait détérioré le casque dont la tôle est trop mince) au laboratoire de la Fonderie de la Foulerie à Carignan (Ardennes), grâce à la compétence et au dévouement de Madame Kozac. Ce bronze est composé de : Etain : 18,2 %. Zinc : 3 à 4 %. Cuivre : le reste. Plomb : totalement absent. Nickel : 0,4 %. Fer : traces. Manganèse : traces. Arsenic : traces. Titane : traces. Chrome : traces. Gallium : traces. Germanium : traces.

Fig. 2 -deDessins des cinq casques dits 2, CoolusCoolus : 1, ; AmfreBreuCité Limes (Seine.Maritime) ; de type (Marne) 3, ville, vanne (Hte-Mame) ; 4, Tongres (Belgique) ; 5, Varisconrt (Aisne).

63

II n'a pas été possible de déterminer la présence ou l'absence de Sélénium, de Tellure, de Cobalt, d'Or ni d'Argent.

II est décoré de 3 doubles rangs de pointillés sui vant 3 sillons parallèles au bord à 1 cm environ les uns des autres. Un rivet subsiste dans l'un des trous temporaux. Il n'y a pas de perforation au protège-nuque. 2° Casque de Coolus. Trouvé en 1873 dans les dragages de la Marne, accompagné d'ossements d'animaux, il fait mainte nantpartie de la Collection Morel au British Museum. Il est formé d'une seule feuille de bronze martelée, dont le décor est une double ligne pointillée le long du bord de la calotte, l'une se séparant de l'autre pour suivre le bord du protège-nuque. Le protège-nuque incliné est à la base postérieure du casque. Il comporte au total trois perforations : deux au niveau des tempes pour la fixation d'une jugulaire et une au centre du protège-nuque pour une util isation non déterminée. On situe ce type de casque à La Tène III. 3° Casque de Breuvanne. Trouvé en 1882 dans le canton de Clef mont au cours de la construction du chemin de fer de Neufchâteau-Merray, dans l'ancien lit du Flambart qui sort de l'étang de Florimont et se jette dans la Meuse. Il reposait seul sur le lit d'argile. Il se trouve maintenant au Musée des Antiquités Nationales à Saint-Germain-en-Laye. Le sommet est bosselé par dix-huit coups d'une arme contondante ; il n'a pas été redressé. Il n'a aucun décor. Le diamètre des perforations latérales est plus petit que celui de la perforation du protège-nuque. 4° Casque de Tongrès. Trouvé à Tongres dans le Limbourg, il est main tenant au Musée Royal d'Art et Histoire de Bruxelles. La calotte est bosselée, elle a été sommairement redressée. Il semble qu'à l'origine elle était moins sphérique que les casques de même type, mais lég èrement conique.

COMPARAISON AVEC LES CASQUES GAUL OIS SEMBLABLES DE TYPE COOLUS A (fig. 2) Ce type de casque a été défini par H. Russell Robinson qui le date du IIIe au Ier siècle. Il se distingue des autres casques « en casquette de jockey » par les points suivants : — une seule perforation sur chaque tempe et souvent une perforation au centre du protège-nuque ; — protège-nuque court et incliné ; — calotte sphérique descendant verticalement sur le front, les tempes et la nuque ; — décoré sobrement. Le casque de Variscourt fait partie d'une famille de cinq casques énumérés dans l'ordre de leur découverte : 1° Casque de la Cité de Limes près de Dieppe. Trouvé en 1826 à l'intérieur de l'oppidum, dans un trou à un mètre au-dessous des murs de fondation d'un édifice vraisemblablement romain, il est mainte nant Musée de Dieppe. au Il est incomplet, seul le bord inférieur subsiste sur une hauteur maximum de 5 cm.

Fig. 3 - Carte de répartition des casques dits du type de Coolus.

64

Illustration non autorisée à la diffusion

profil coiffé de cette façon. Sur la photo (fig. 4) communiquée par Mademoiselle S. Scheers nous remarquons le protège-nuque, le décor pointillé et l'absence de protège-joues, ainsi que la jugulaire visible sur la pièce n° 1 qui est malheureusement sans attribution. Comme le fait remarquer A. Duval, il est inté ressant de constater que ces casques ont été trouvés soit dans des oppidum, soit à proximité. La découverte de Variscourt (Aisne) est donc un nouveau jalon pour la connaissance des casques gaulois en bronze dans le Nord de la France et la Belgique. Remerciements : Nous tenons à remercier les personnes qui nous ont aimablement aidé, fourni des documents de comparaison ou des analyses : B. Ancien, J.-Cl. Blanchet, A. Duval, Madame Kozac, M. Mangard, J.-P. Mohen et S. Scheers.

Fig. 4 - Photo S. Scheers. Monnaies gauloises. Monnaie sans attr ibution. Le type de casque n'est pas visible mais c'est la seule monnaie gauloise où la jugulaire est visible (à gauche). Monnaie Roveca des Meldi (au milieu). Monnaie Criciru des Suessons (à droite). Le protège-nuque plus incliné accentue cet effet. Il n'a aucune perforation. Le décor est constitué par un bourrelet délimitant le protège-nuque à sa jonction avec la calotte. 5° Casque de Variscourt. Trouvé en 1961, il est au Musée de Soissons et il fait l'objet de cet article.

BIBLIOGRAPHIE

CONCLUSION Le casque de Variscourt, comme les quatre cas ques connus de type Coolus A, présente une ressemblance de forme avec ceux d'Italie du Nord, mais il est à peu près certain, étant donné leur répartition géographique (fig. 3), qu'ils viennent d'un artisanat local du Nord de la France et de la Bel gique, d'autant plus que les casques connus en Italie ont un protège-nuque plus grand et moins oblique, et qu'ils sont surmontés souvent d'un bouton ou d'un cimier. A La Tène finale des rapports existaient entre notre région et l'empire Romain, cela explique les influences exercées sur la fabrication des armes, sans que les objets soient importés de contrées si lointaines. Les casques sphériques n'étaient sans doute pas rares en Gaule du Nord puisque les monn aies CRICIRV représentent un personnage de

E. Flouest (1882) — Antiquités gauloises découvertes dans le département de la Haute-Marne. Mémoires de la Société Nationale des Antiquaires de France, 5'' série, t. III. M. Mangard (1969) — Etat des recherches sur la Cité de Limes, Neuville-les-Dieppe-Bracquemont (Seine-Maritime), O.G.A.M., n" 121-126. L. Morel (1898) — Casque en bronze trouvé dans la rivière Marne à Coolus, La Champagne Souterraine. H.-R. Robinson (1975) — The armour of imperial Rome, London, 200 p. 531 planches. U. Schaaff — Keltische Eisenhelme aus vorromischer Zeit - Jahrbuch des Romisch-Germanischen Zentralmuseums, Mainz 21, 1974. U. Schaaff — Fruhlatenenzeitliche Grabfunde mit Helmen von Typ Berru - Jahrbuch des R.-G. Z., Mainz 20, 1973. Anne-Marie Ancien, 13, rue de l'Union-Foncière, 51100 Reims.

G. Bailloud, Gérant, № C.P.P.P. 28 888

Imp. LABOUREUR et Cie, 36100 Issoudun - Tél. (54) 21-00-87

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful