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vous pouvez feuilleter notre revue sur le nouveau site du Centre Régional des Lettres

www.crl-midipyrenees.fr

4 Portrait d’auteur
Isabelle Desesquelles

6 Création littéraire
La Maison des Écritures Lombez Midi-Pyrénées

8 Parutions 10 Dossier
La fabrique éditoriale

22 Au-delà de la page
Des livres et des bébés en Aveyron

23 Langue occitane
Le CIRDÒC - Medicatèca occitana

24 Edition
Le Pas d’Oiseau

26 Librairie
“Les beaux jours” à Tarbes

28 Médiathèques
Le grand M

30 Autour du livre
Consultant spécialisé en édition

31 Hommages
Jean-Lucien Aguié et Jérôme Goude

32 Portrait
Jérôme Fernandez : le goût des autres !

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Edito
L’année 2012 aura été mouvementée pour les métiers du livre et pour la librairie en particulier. Le relèvement du taux de TVA sur le livre de 5,5% à 7%, voté par le parlement en 2011, devait prendre effet au 1er janvier 2012. Après concertation, et vu la difficulté d’une mise en œuvre rapide, la date a été repoussée au 1er avril. Tout cela a provoqué un surcroît de travail sans compter les inquiétudes liées à l’impact d’une telle mesure sur un commerce déjà fragile. Cet été, le nouveau parlement, conformément aux engagements du Président de la République, a répondu favorablement à la demande de la profession, et, dans le souci de préserver la librairie indépendante, a ramené le taux de TVA sur le livre à 5,5%. C’est une bonne nouvelle pour tout le monde. Mais que d’énergie et de temps inutilement dépensés quand les défis auxquels le livre fait face sont par ailleurs si complexes et si nombreux ! Souhaitons que l’année 2013 rétablisse un climat plus serein et permette de travailler efficacement en étroite concertation avec les professionnels. Le CRL Midi-Pyrénées, en ce qui le concerne, a décidé de compléter sans attendre son dispositif d’accompagnement à la librairie : à côté du programme d’aide à l’informatisation financé par la Région Midi-Pyrénées et la DRAC, qui en est à sa 4ème année d’existence, il a lancé cet automne un programme d’aide à l’animation, pour encourager les libraires à développer leurs programmes de rencontres d’auteurs, et accroître la visibilité des librairies comme lieux culturels. En étroite concertation avec la Région Midi-Pyrénées, le CRL met aussi en place des outils pour faciliter la création et la reprise des librairies, en tirant bénéfice des dispositifs économiques déjà en place. Autant dire qu’en ces temps difficiles, le sort de la librairie indépendante est au cœur de nos préoccupations et de notre action. Parmi les chantiers prioritaires du CRL, le second semestre 2012 est également marqué par la mise en œuvre des premières recommandations issues de l’étude sur l’édition en Midi-Pyrénées (consultable en ligne sur www.crl-midipyrenees.fr). Autre chantier, celui de l’expérimentation numérique (tablettes et liseuses) en médiathèques, coordonné par le CRL avec le soutien financier du ministère de la Culture. Après Albi et le Tarn-et-Garonne où tablettes et/ou liseuses sont disponibles depuis début juin dans le réseau des médiathèques (municipales d’un côté, départementales de l’autre), c’est la Communauté de communes de Tarn & Dadou qui vient de se lancer à son tour dans l’aventure à l’occasion du Salon du livre de Gaillac. La médiathèque de Toulouse devrait elle aussi intégrer prochainement ce dispositif ambitieux et prometteur. Enfin, à quelques semaines de l’événement, je ne saurais trop vous encourager à consulter le programme de Vivons Livres !, le Salon du livre Midi-Pyrénées, qui aura lieu les 10 et 11 novembre au Centre de Congrès Pierre Baudis de Toulouse. Un invité d’honneur prestigieux, Tahar Ben Jelloun, en lien avec le pays invité le Maroc, des rendez-vous autour du sport et des lettres, une belle rentrée littéraire, menée par Pierre Assouline, autant de propositions, qui, je l’espère, vous inciteront à venir nombreux partager avec nous ce week-end littéraire et festif ! Directeur de la publication
Michel Perez

Rédacteur en chef
Hervé Ferrage

Responsable de rédaction
Virginie Franques

Maquette
Clotilde Francillon, Benjamin Mège DSAA Concepteur-Créateur en Communication Visuelle - FORM, lycée des Arènes, Toulouse

Mise en page
Terres du Sud 35, rue Gaston Doumergue 31170 Tournefeuille Tél. : 05 62 1 56 30

Impression
Imprimerie Lahournère Parc d'activité de la Plaine 14 impasse René-Couzinet 31500 Toulouse Tél. : 05 61 34 01 89

N° ISSN
1967-046X

Dépôt légal
octobre 2012

CRL Midi-Pyrénées
7, rue Alaric II 31000 Toulouse Tél. : 05 34 44 50 20 Fax : 05 34 44 50 29 E-Mail : crlpyren@crl-midipyrenees.fr Internet : www.crl-midipyrenees.fr Revue imprimée sur du papier offset sans chlore, chez un imprimeur labellisé Imprim’Vert.

Michel Perez
Président du CRL Midi-Pyrénées Conseiller régional

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Portrait d’auteur

Isabelle Desesquelles
Par Alain Monnier
avoir faim. Elle discerne mal ce qui l’entoure, la ronde des adultes n’est jamais simple à décoder, d’ailleurs vient toujours un moment où il nous faut les absoudre. On n’y est pas. Nous étions avec un bout de chou de huit ans qui est rudement bonne élève sauf que ça ne lui plaît pas. Elle a l’impression d’apprendre des choses inutiles quand d’autres plus fondamentales semblent lui être cachées. En général, ça oblige à payer un psychanalyste dix ans durant, à écrire des livres, à devenir actrice ou dictateur d’une royauté abandonnée. Notre héroïne plus tard écrira des livres, mais peutêtre pour d’autres raisons… Pour mettre de l’ordre dans sa tête - elle adore l’ordre ! - ou plus simplement pour solder son goût de la lecture. Car à force de sentir le complot autour d’elle, elle lit, elle dévore, elle cherche la vérité du monde dans les livres. Et à force de lire, elle pense à écrire. Pour l’heure, des rédactions ennuyeuses. Bref, les ailes sont rognées, et quand finit l’enfance, elle se retrouve en Isabel. Elle l’a choisi. Faut bien renaître. Isabel est bel, pour la rime, mais surtout pleine de grâce et de vivacité. N’oublions pas cette bonne fée qui a bien bossé. Elle est jeune, s’empresse de rejoindre sa propre vie, de courir dans le monde, telle une Lucienne de Rubempré déboulant dans Paris, parce que la vie c’est avant tout des rencontres qui entraînent d’un côté ou de l’autre. On peut aussi rester tranquillement chez soi, mais il faut alors accepter l’ennui et les anti-dépresseurs qui vont avec. Donc on en était à la vie et donc à cette jeune Isabel de vingt ans qui était en route pour dévorer la vie à pleines dents. Elle a les dents blanches, ça tombe bien, et rangées au cordeau. L’ordre toujours, rien ne doit dépasser ! Telle une alucite, Isabel est attirée par la lumière, notamment celle des frères lyonnais et elle atterrit dans le cinéma. Production, lancement, soirées à Cannes, soirées ailleurs, champagne, talons hauts et tout le tralala. Non elle ne passe pas devant la caméra, elle ne dit pas pourquoi. Elle fait celle pour qui la question ne s’est pas posée. Difficile à croire. Avec son allure de star à la Andie MacDowell, elle aurait pu revendiquer de jouer la scène sous la pluie avec Hugh Grant, ou de rejoindre Mastroianni dans la fontaine de Trevi. Notre Isabel n’en a cure. Elle finit par en avoir marre des soirées de cinéma, du cinéma tout court, on la comprend et on l’aime aussi pour cela. Pour en avoir marre des choses qui nous agacent même de loin ou de très loin. Pour ne pas être celle qu’elle semble être. Donc elle s’échappe, et s’en retourne vers ses premiers amours d’enfant : les livres. Il lui faut cependant gagner sa vie… puisqu’elle n’a pas voulu épouser le riche producteur qui la courtise. Puisqu’elle n’a pas voulu des petits rôles où elle aurait pu s’essayer. Un jour donc, elle en a assez de la comédie et aussi de la tragédie. Je vais créer une librairie, dit-elle. Mais tu es folle, ça ne marchera jamais, écoute-nous, sois raisonnable, par les temps qui courent, on ne lâche pas la proie pour l’ombre. Isabel n’écoute rien, elle fait semblant. Elle sait ce qu’elle veut. Cela seulement la tient debout. D’ailleurs sa grande silhouette est droite, tirée vers le ciel, pas le genre déglinguée, en rondeur et contour, non droite comme un “L”. Encore les ailes. Elle s’envole vers la librairie qui s’appelle “La Boucherie”. Etrange, n’est-ce pas ? On ne l’imagine pas intéressée par l’entrecôte, les tripoux ou les pieds de veau. Pas plus qu’on ne l’imagine folle amoureuse d’un boucher-charcutier, mais allez savoir ce qu’il en est des attachements singuliers. Peut-être avait-elle une grand-mère adorée qui tuait le cochon ? Ou un oncle généreux qui était maquignon sur le causse ? On n’est pas là pour faire de l’analyse de la côtelette, mais pour dire qu’Isabel ouvre une librairie à Paris, et que cette librairie marche. Qu’Isabel est maintenant une libraire de quartier avec des clients qui l’adorent et l’écoutent, avec des auteurs qui découvrent, étonnés et ravis, de nombreux lecteurs par elle convertis à leur œuvre. Ils en sont émus, ils reviennent, l’appellent, sont heureux de la voir. Ils se sentent accueillis. De solides amitiés naissent là. Elles vont durer. Nous qui sommes parents savons bien qu’on adore les gens qui parlent avec enthousiasme et bienveillance de notre progéniture. Un auteur, c’est pareil ! Quand quelqu’un lui dit du bien de son petit dernier, il est heureux parce qu’il lui semble que, grâce à cette personne, son petit n’est plus seul au monde. Chez Isabel, c’est naturel, c’est spontané, elle n’a pas encore enfanté, elle ne sait rien du cristal qui irradie et affole la vie des parents. Ce sera pour plus tard. Pour l’heure, elle est libraire. Elle rayonne. Elle s’enchante pour les livres d’Annie Ernaux (elle a bien raison), pour ceux de Jonathan Coe (a-t-elle raison ?).

Je n’ai jamais su portraiturer. C’est même pour échapper à la tyrannie de la retranscription que j’écris des romans. Pour inventer des personnages, les rendre vraisemblables. Je vais donc inventer Isabelle Desesquelles. C’est sans doute ce que je pourrais faire de plus ressemblant. Isabelle est née avec deux ailes. Comme un ange aux yeux verts qui voulait dévorer le monde. Mais la vie est souvent dure avec les anges. Et si les bonnes fées, de la beauté et de la grâce s’étaient bien penchées sur son berceau, il y en avait d’autres plus perfides, plus hypocrites, qui s’étaient mêlées aux premières. Des bien tordues, difficiles à remettre dans le droit chemin, qui se plaisent et s’évertuent à vous rendre la vie aussi compliquée qu’un labyrinthe. Seulement, ou heureusement, la petite fille ne le sait pas. Elle comprend ce qu’elle peut. Elle a faim comme si être au monde, c’est

© Eric Cherrière

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De tant d’autres. Elle donne à lire, elle partage, distribue, devine, elle cherche à satisfaire les goûts singuliers. Songet-elle alors à écrire ? Ecrit-elle en secret ? On peut le penser, mais c’est pour elle seule, pour découvrir son propre élan, et non pas encore pour les autres. Pour les autres, il y a les livres des autres ! Elle est celle qui passe, qui transmet. Une missi dominici dévouée et sincère. Mais soudain, elle se lasse de Paris, comme on se lasse d’un amant qui, à force de ne jamais se décider, agace. On ne sait pas. Est-ce ce client aux cheveux bruns qui est venu cent fois lui demander son avis sur la nécessité de lire la Recherche du temps perdu et qui toujours est reparti avec des recueils de haïkus ? Non ! C’était plutôt le grand rouquin qui adorait l’emmener au Grand Hôtel de Cabourg sur les traces de Marcel. Mais on ne peut pas aller dix-huit fois au Grand Hôtel sans avoir envie aussi d’aller ailleurs. Dans un petit appartement qui serait à nous. Isabel se lève et se dit qu’il faut changer sinon de vie, du moins de ville. Ce sera Toulouse. Elle s’offre du temps, elle entre en écriture, et accessoirement parce qu’elle ne vit pas de l’air du temps, prend la direction d’une grande librairie qui n’est pas à elle. Ce qui change beaucoup de choses. Elle publie son premier roman, le beau et grave Je me souviens de tout, chez Julliard. L’histoire émouvante d’une femme qui espère, avant de mourir, revoir l’homme aimé et perdu à cause d’un sombre secret de famille. C’est un livre saisissant sur le destin tragique qui entraîne des êtres simples dans un tourbillon qui les écrase. Le roman touche la critique et les lecteurs. C’est réconfortant. Viendra

ensuite La vie magicienne, plus tourmenté encore, plus familial, plus ensoleillé, un roman du désert, des espaces immenses et des passions flamboyantes, des destins terribles et des dieux maléfiques, puis La mer l’emportera, plus intime, plus proche, mais toujours hanté par l’éloignement, les fratries et les secrets douloureux. Isabel travaille le jour et écrit la nuit. Sa maison est bien rangée, sa vie aussi. Elle est heureuse. On la devine heureuse car si on réfléchit bien, on n’a jamais aucune certitude sur le bonheur des autres. Mais comme on a besoin de clichés, on va se dire qu’il n’est pas illégitime que la petite Isabel, qu’on a connue dévorant à huit ans des romans, est heureuse d’être devenue sinon l’héroïne de ses romans, le saura-t-on jamais, du moins celle qui écrit le destin d’autrui. Ça change un peu. Là voilà donc, écrivain, dirigeant une enseigne prestigieuse de la ville rose, rayonnante. On l’imagine mondaine, courant les endroits où il faut être, désirée par les hommes de pouvoir, sûre d’elle, distribuant hommages et piques assassines… Point du tout. Elle n’est pas dans les salons brillants où des présidents croient faire le monde, ni dans les antichambres où des conseillers croient faire le monde. Quant tous ces suffisants comprendront-ils qu’on ne refait pas le monde ! Mais bon, on s’en moque, ce n’est pas leur portrait qu’il s’agit de tracer mais celui d’Isabel. Sauf qu’à parler de ces vaniteux, on peut construire en creux celui d’Isabel, notre héroïne, qui fuit assidûment les lieux où elle pourrait régner. Elle a même abandonné la librairie qui a été investie par des

financiers voraces aussi cultivés que des brebis. Dommage ! Comme il est facile d’aimer les personnes qui refusent de prendre ce qui leur est offert et qui tournent le dos aux insupportables. Dans sa nouvelle retraite, loin des contrôleurs de gestion mais près d’Eric C. - auteur et scénariste dont le portrait viendra plus tard ici même -, elle écrit le roman qui sort ces jours-ci. Œuvre de maturité, Un Homme perdu est un face-à-face émouvant entre un fils et une mère. Deux êtres prisonniers l’un de l’autre. Une puissante narration d’un quotidien contraint par un secret familial. On retrouve totalement aboutis et resserrés, intenses, les thèmes chers à Isabel Desesquelles. Autour de la famille, des non-dits, des entraves. De l’angoisse et des violences inhérentes. Il est vain de vouloir traquer un auteur dans ses romans. Sainte-Beuve s’y est employé, Proust a voulu s’y soustraire. Il n’empêche. Au-delà de toute traque naïve, chaque texte porte les angoisses et les espérances de son auteur, sa perception du monde, sa façon d’aimer, sa manière de s’écarter, de comprendre son prochain… Il est derrière chaque mot et nulle part, comme une âme errante qui tournoierait au-dessus du livre. Impalpable mais toujours là. Je crois que le vrai portrait d’Isabel est dissimulé dans Un Homme perdu. Il est insaisissable, attaché à aucun des personnages, il flotte entre les lignes plus vivant et ambigu que mes inventions ne pourront jamais le dire.

Bibliographie d’Isabelle Desesquelles
• 2004 : Je me souviens de tout, Editions Julliard, 2004 Pocket, 2005 • 2005 : La vie magicienne, Editions Julliard, 2005 Pocket, 2006 • 2006 : Le chameau le plus rapide du désert, avec Alain Sèbe, Editions Chene, 2006 • 2007 : La mer l’emportera, Editions Flammarion, 2007 J’ai lu, 2009 • 2009 : Quelques heures de fièvre, Editions Flammarion, 2009 • 2010 : Farenheit 2010, Editions Stock, 2010 • 2012 : Un homme perdu, Editions Näive, août 2012

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Création littéraire

Les Rencontres littéraires de Toulouse Métropole
En 2012, la Boutique d’Écriture reconduit les rencontres littéraires de Toulouse Métropole. De septembre à décembre, des rendezvous sont programmés pour tous les publics, petits et grands, amateurs de littérature et néophytes ! Tous sont conviés à participer à ce dialogue exigent et original, élaboré avec la complicité de nombreux écrivains et artistes. A sa manière, chacun d’entre eux mettra le texte et l’écrit à l’honneur. Des événements pour donner à voir et à entendre, mais pas seulement. Désirant créer les conditions d’une véritable découverte des auteurs et des œuvres accueillis, la Boutique d’Écriture associera partout dans les villes lectures, spectacles, performances, avec des temps d’échanges, de débats et d’ateliers de création. Les étapes à venir de ce parcours littéraire et artistique à travers le territoire de Toulouse Métropole : une lecture dessinée avec Annie Agopian et l’illustrateur Alfred (13/10 à Seilh), des siestes littéraires dans l’Igloo de la Cie Intérieur Nuit (du 17 au 31/10 à Blagnac), le spectacle “Manuel de l’amour moderne I” de la Cie Théâtre au Présent (19/10 à Saint-Jean) et de nombreux ateliers d’écriture…
Programme détaillé sur www.boutiquedecriture.com

La Maison des Écritures, au service de la création littéraire
national de formation ALEPH-Écriture a pris également ses quartiers à Lombez. “Écrire un roman à l’américaine ou pas ?” était animé par Alain André, écrivain, fondateur et directeur pédagogique d’ALEPH-Écriture ; “Les techniques narratives” par Lionel Tran, écrivain, scénariste de bande dessinée, directeur de collection littéraire (Ego comme X Littérature) et journaliste.
© DR

Atelier d’écriture

Un acteur de transmission des livres et des mots Des occasions multiples d’interroger le travail littéraire
Leurs interventions, au nombre de 160 depuis 2008, ont permis aux publics scolaires et adultes des huit départements de notre région de découvrir le travail des mots. Dans les établissements éducatifs, culturels et sociaux de notre territoire, les publics les plus divers ont rencontré et interrogé des auteurs et leur travail, sous la forme de rencontres, de conférences, d’ateliers d’écriture. Un partenariat avec les établissements pénitentiaires de la région a notamment donné lieu à la création et à l’édition de textes, ainsi qu’à une représentation de monologues de théâtre par les détenus eux-mêmes. Nous avons initié en 2010 et 2011 une fête de la lecture et des mots à Lombez, “Pages sur Save”. Nous cultivons les traces laissées par ces temps forts, telles que le dispositif “Livres-Echange“ qui donne une seconde vie à des ouvrages ayant quitté les rayonnages des particuliers ou des bibliothèques en trouvant de nouveaux lecteurs chez les commerçants de Lombez. Une trentaine de lieux accueillant du public sont régulièrement alimentés en ouvrages les plus divers.

Une maison au service des auteurs
La Maison des Écritures Lombez MidiPyrénées a pour vocation première d’être un outil au service de la création dans les divers domaines de l’écrit. Dés sa création en juin 2007, son action a été d’emblée placée au plan régional. Aux portes du Gers, au cœur de la ville de Lombez, à 45 minutes de Toulouse, un logement est mis à disposition d’auteurs en création. Ils sont pour la grande majorité d’entre eux bénéficiaires de l’aide à la résidence du Cnl. Ces résidences sont assorties d’un programme d’interventions que nous mettons sur pied en concertation avec l’auteur, et qui concerne l’ensemble de la région Midi-Pyrénées. En cinq années d’existence, la Maison a ainsi reçu 22 résidents, parmi lesquels Gilles Jouanard, à l’origine des résidences d’écrivains, Jean-Luc Moreau, universitaire, Lionel Ray, poète, David Fauquemberg, romancier, Stéphane Héaume, romancier, Seyhmus Dagtekin, poète et romancier, Edward Gauvin, traducteur américain, Alain (Georges) Leduc, essayiste, Lilian Lloyd, auteur dramaturge… Ils y ont trouvé l’accueil, le calme et le confort, bref l’environnement nécessaire à leur travail d’écriture. Ce sont des conditions de travail rares dans le monde de l’écrit !

L’écriture de Laurent Mauvignier rencontre à nouveau la scène
De l’écriture à la scène, du théâtre à la danse, l’œuvre de Laurent Mauvginier n’a de cesse de passer la rampe et d’inspirer les artistes. Après l’adaptation du roman Loin d’eux produite par le collectif les Possédés au théâtre Garonne à Toulouse en 2009 (et rejouée au Théâtre de la Bastille à Paris en juin 2011), le comédien et metteur en scène Rodolphe Dana remet le couvert avec une création théâtrale à partir du roman Tout mon amour (éditions de Minuit, 2012). Le chorégraphe Angelin Preljocaj a créé à son tour, pour 8 interprètes, L'oubli, une adaptation du roman de Laurent Mauvignier, Ce que j'appelle oubli (éditions de Minuit, 2011). Présentée à la Biennale de danse de Lyon du 15 au 21 septembre dernier, elle le sera au Théâtre de la Ville à Paris, en février 2013.

Un travail de territoire : des chantiers ouverts au croisement des divers acteurs du livre et de la lecture
La Maison des Écritures se conçoit aussi comme un espace où les réalités des différents professionnels du livre se côtoient et dialoguent, et où chaque réflexion peut s’étoffer d’éclairages multiples. Les rapports qu’entretiennent les jeunes et la lecture ont été choisis comme première matière à ces échanges interprofessionnels pour 2011-2014. Le Pays Portes de Gascogne reconnaît ainsi l’action de la Maison des Écritures en faveur de la lecture et de l’écriture, en la positionnant en tant que “pôle structurant”. Se met en place une coordination des acteurs du livre sur ce territoire (bibliothèquesmédiathèques, Médiathèque départementale, librairies, Librairie-Tartinerie de Sarrant...).

Un lieu de pratique de l’écriture
Présents dans le projet de structure de la Maison des Écritures depuis ses origines avec le Prix du Jeune Écrivain de Muret, les ateliers et stages accueillent régulièrement chez nous les écrivains en herbe ou professionnels. En 2011, Philippe Berthaut a ainsi proposé, avec “Écrire le lieu, écrire la mémoire du lieu”, un travail de création littéraire à partir de la collecte de la mémoire d’un pays et de ses habitants. En juillet 2012, dans le cadre des Rencontres Estivales d’Écriture Midi-Pyrénées, l’organisme

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Laboratoires du noir : La Novela se met au polar
Après la nouvelle littéraire en 2010 et la BD en 2011, 2012 sera l’année du polar puisque cette fois-ci La Novela, festival des savoirs partagés (du 5 au 21 octobre à Toulouse) encourage des rencontres entre 12 chercheurs et 12 auteurs de polars, en partenariat avec Toulouse Polars du Sud. De ces rencontres est né Laboratoires du noir, édité aux Nouvelles Editions Loubatières : un recueil de nouvelles policières qui fait découvrir la recherche et le polar d’un autre œil. Préfacé par l’écrivain Patrick Raynal, on retrouve des auteurs tels que Marin Ledun associé au géologue Yves Godderis, ou encore Romain Slocombe qui a rencontré Carole Rossi, chercheur au LASS. Pour découvrir ces intrigues palpitantes aux noms qui donnent envie de tourner les pages (“Killer Bees”, “Dead Line”, “Martingale”, “Enigma Dome”…), rendez-vous à l’Espace Duranti (Toulouse), cœur de La Novela, pour des séances de dédicaces et un séminaire populaire autour de l’univers du polar le samedi 6 octobre. Le samedi 13 octobre, à 17h30 au Jardin des Plantes, nouveau temps fort pour le polar avec une table ronde sur “Quand flics et taulards prennent la plume” suivie également de signatures d’ouvrages. Et pour mettre en images ce thème, la Cinémathèque de Toulouse propose un cycle de films autour des “thrillers” : Un frisson dans la nuit, Les arnaqueurs, La nuit du chasseur, Seven, Usual suspect… une sélection de films pour le plaisir de démêler les fils de l’intrigue.
La Novela, festival des savoirs partagés Du 5 au 21 octobre à Toulouse www.novela.toulouse.fr

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Maison des écritures

La Maison a organisé le 11 mai 2012 à Lombez une journée de formation sur la question des adolescents et de la lecture : “Lire à l’adolescence”. Pour tous les participants, il s’agissait d’interroger leurs propres pratiques de lecture et celles des jeunes. Le mode retenu était celui de la “journée apprenante” qui sollicite la réflexion collective avant toute intervention des spécialistes, en l’occurrence Edmée Runtz-Christan et Nathalie Markevitch Frieden, maîtres d’enseignement et de recherche à l’Université de Fribourg en Suisse. Trentesix personnes ont activement participé à cette rencontre. Sur le plan local, la Maison des Écritures est à l’initiative du collectif d’associations culturelles “Lombez Culture“, qui propose expositions, spectacles vivants, concerts, animations de rue, conférences d’histoire de l’art, etc. Le croisement des projets d’écriture et des manifestations littéraires avec d’autres disciplines artistiques nous est donc familier. D’ailleurs, nous favorisons autant que possible la mobilisation d’acteurs peu préparés à travailler ensemble, comme en témoigne cette année la célébration du centenaire de la Coopérative Agricole “Val de Gascogne”, qui a associé le monde agricole, des universitaires et un artiste photographe et plasticien.

Quant aux soutiens matériels et financiers, ils sont apportés par la Ville de Lombez, le Conseil général du Gers, la DRAC et la Région Midi-Pyrénées. Le Pays Portes de Gascogne est venu en 2011 s’associer à ces partenaires. S’affirmer comme un acteur de développement de la lecture et de l’écriture, se placer toujours dans une logique de partenariat, fédérer les initiatives, croiser la littérature et les autres disciplines artistiques, sont les objectifs et les méthodes que s’est donnée la Maison des Écritures Lombez Midi-Pyrénées.

Bienvenue à Maya Soulas
Depuis le 1er juin 2012, Maya Soulas est chargée de mission à la Maison des Écritures de Lombez. Diplômée de l’ESSEC (Ecole supérieure des sciences économiques et commerciales), Maya a pratiqué différents métiers du livre : libraire, responsable nationale de la Bande dessinée pour la Fnac, formatrice auprès de bibliothécaires, auteur chez Milan. Gersoise d’origine, elle a quitté Paris il y a sept ans et suivi la route et le chapiteau de la compagnie de cirque contemporain Baro d’Ével. Elle y a acquis la maîtrise du fonctionnement associatif culturel en tant que directrice de production, chargée de diffusion et administratrice. A la Maison des Écritures Lombez Midi-Pyrénées, elle accompagnera les résidences d’auteurs, développera divers projets et partenariats liés à la lecture et à l’écriture, et assurera la gestion de la structure.

Paul Claudel, président Maya Soulas, chargée de mission

Contact : Maison des Écritures de Lombez Midi-Pyrénées 4 rue Notre Dame - 32200 Lombez Tél. : 05.62.60.30.47 maison-des-ecritures@voila.fr maison-ecritures.fr

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Graphites, le trait d’union littéraire entre Midi-Pyrénées et l’Europe Vous souhaitez postuler à une résidence à la Maison des Ecritures ?
Nous travaillons actuellement à rendre possible des résidences d’auteurs de Midi-Pyrénées (exclues des dispositifs du Cnl). Nous entendons accompagner l’écriture dans sa conception la plus ouverte, embrassant les littératures romanesques, poétiques, dramatiques évidemment, mais aussi les travaux journalistiques et documentaires, le scénario, la littérature graphique, les livres d’artistes…
Adressez-nous votre candidature à : Maison des Ecritures de Lombez, 4 rue Notre Dame - 32220 Lombez

Les partenaires
Afin d’assurer la qualité de choix des candidatures pour les résidences, la Maison des Écritures s’est assurée du concours d’un Comité régional d’experts. Ce dernier comprend : la Direction Régionale des Affaires Culturelles Midi-Pyrénées, le Centre Régional des Lettres, la Boutique d’Écritures du Grand Toulouse, la Cave Poésie-René Gouzenne (Toulouse), le musée Eugénie et Maurice de Guérin (Château-musée du Cayla dans le Tarn), l’association Confluences, organisatrice chaque année du festival “Lettres d’automne ” (Montauban).

Votre dossier doit comprendre : - Votre bio-bibliographie - Votre projet d’écriture détaillé - Les thèmes, modes et publics des interventions que vous proposez - Un exemplaire d’un de vos ouvrages, édité à compte d’éditeur
Plus de renseignements sur www.centrenationaldulivre.fr/?CREDITS-DE-RESIDENCE-AUXAUTEURS et www.maison-ecritures.fr Contact : Maya Soulas au 05.62.60.30.47

Fondé en 2010, par Hélène Duffau, auteure, et Émilie Toutain, Graphites est un opérateur culturel littéraire à vocation européenne. À l’initiative d’actions artistiques inédites autour de la pratique de l’écriture de création, Graphites favorise également la mise en relation entre auteurs et prescripteurs (médiathèques, centres culturels, enseignants...). Graphites est né de la volonté de développer la pratique de l’écriture de création via des propositions artistiques conduites par des auteurs ; de mettre en relation des auteurs européens tout en encourageant la circulation des œuvres. Inscrit dans son temps, Graphites s’appuie sur les technologies numériques et souhaite contribuer à l’émergence des nouveaux talents de l’écrit, essentiels à de nombreux secteurs professionnels.
www.ecrireleurope.com

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Parutions

Côté nouveautés
A découvrir, un éventail de parutions récentes d’auteurs vivant en Midi-Pyrénées...

Nuit d’hiver
Texte d’Anne Cortey, illustrations d’Anaïs Massini
Autrement jeunesse - 10 octobre 2012 ISBN : 2746730715 – 12,50 €

Anuki t.2 : la révolte des castors
Texte de Frédéric Maupomé, illustrations de Stéphane Sénégas
Ed. de la Gouttière, 18 mai 2012 ISBN : 2953918256 – 9,70 €

Le gang du serpent
Hervé Jubert
Rageot éditeur, coll. “Rageot Thriller” - 6 juin 2012 ISBN : 2700236297 – 9,90 €

La nuit venue, en observant par la fenêtre, une petite fille se rend compte que “les minuscules”, des petits êtres étincelants, sont de retour… Anaïs Massini a obtenu une bourse d’écriture du CRL en 2011 pour cet ouvrage.

Anuki, garçon vif et attachant, découvert dans La Guerre des poules (Anuki, t.1), est un sacré gourmand. C’est la saison des baies. En voulant cacher de ses amis celles qu’il a trouvées, Anuki dérange par mégarde une famille de castors affairés, bien décidés à lui faire payer son manque d’attention. Les situations cocasses et les périls s’enchaînent. Mais Anuki triomphe toujours grâce à son ingéniosité.

Pour sauver son père et satisfaire ses ravisseurs, Billie Bird doit s’emparer d’un pli cacheté à l’Académie des sciences. Mais elle est prise de vitesse par un vieil homme qui disparaît avec le pli ! De Cordoue aux Météores, Billie et son petit frère Séraphin se lancent dans une quête effrénée…
Egalement Les voleurs de têtes, Rageot éditeur, mars 2012

Tangente
Céline Wagner
Ed. Des Ronds dans l'O – 13 septembre 2012 ISBN : 291723735X – 16 €

Le vase où meurt cette verveine
Frédérique Martin
Ed. Belfond – 23 août 2012 ISBN : 2714452329 – 18 €

Un homme perdu
Isabelle Désesquelles
Ed. Naïve – 22 août 2012 ISBN : 2350212920 – 17 €

Quatre personnages, quatre destins. Tous prennent la tangente, un seul s'en sortira ! Renan vit seul, dans un quotidien réglé comme une horloge jusqu'au jour où un inconnu bouscule ses habitude en s’asseyant à SA place dans son café habituel ; Antoine, proxénète et trafiquant de drogue, se sert des ruches de ses abeilles pour cacher ses butins ; Anthelme devient SDF après avoir été licencié par son patron ; Prune a une si belle chute de reins qu'elle est sélectionnée pour jouer les doublures pour des photos. La désillusion ne se fait pas attendre.
Egalement : Grand-Roue, éditions RGBD, mai 2012

Après cinquante-six années de vie commune, Zika et Joseph sont contraints d’abandonner leur maison et de se séparer. Zika doit monter à Paris se faire soigner. Isabelle, leur fille, n’est pas en mesure de les accueillir tous les deux. Joseph part donc chez leur fils. Tandis que Joseph profite de ses petits-enfants, Zika, elle, se retrouve face à une fille pleine de rancœur. Cependant, tous deux sont bien loin d’imaginer les drames qui se nouent, chez le garçon comme chez la fille…
Egalement, Les filles d'Eve, Atelier In8, mai 2012

C’est un humain comme les autres, il respire, espère, pleure et voudrait aimer. Seulement, celle qu’il appelle “petite maman” le tient prisonnier depuis vingt-quatre ans. Y a-t-il une place pour lui dehors ? Comment être au monde si on ne le connaît pas ? Histoire d’un lien inavouable, vénéneux et viscéral, Un homme perdu raconte la démolition d’une innocence. C’est l’histoire d’un lien inavouable. Vénéneux et viscéral. Un homme perdu raconte la démolition d’une innocence. Ce pouvoir d’une mère sur son enfant.

Octobre 2012

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Une certaine fatigue
Christian Authier
Ed. Stock - 22 août 2012 ISBN : 2234070201 – 19,50 €

L'Emprise sportive
Robert Redeker
François Bourin éditeur - 23 mai 2012 ISBN : 2849413232 – 19 €

Jusqu’à 100
Magali Bardos
Ed. Actes Sud Junior - 5 septembre 2012 ISBN : 978-2-330-00920-5 – 18 €

L’Homme arrêté
Sébastien Amiel
Ed. de l’Olivier – 10 mai 2012 ISBN : 978-2-87929-799-6 – 15 €

Son père à peine enterré, Patrick Berthet apprend qu’il est frappé d’une maladie mortelle. Stoïque, il organise le plus froidement possible son départ jusqu’à ce que les médecins lui annoncent une erreur de diagnostic. Au soulagement succède une immense lassitude. Comment vivre encore quand la mort programmée laisse place à une vie supplémentaire ? Commence alors une vie étrange et cocasse, en partie recluse, propice aux désirs les plus inattendus.

Envahissant, saturant l’espace et le temps, le sport est vécu aujourd’hui comme une activité évidente. Il n’est jamais questionné, échappant à toute critique approfondie. Il est pourtant, en quelque sorte, le moule dans lequel notre société est formée. Il est le nouveau pouvoir spirituel. Il façonne les âmes autant que les corps. Il promeut un corps fabriqué de type inédit, quand l’âme du sportif lui a été enlevée pour être remplacée par le mental. Un livre qui se veut une attaque sans concession du sport contemporain. Les sportifs sont-ils des mutants ? Le sport est-il l’usine où se fabrique un nouveau type d’être humain ?

1 forêt, 2 montagnes, 3 ours sur chaque montagne, 4 pattes en l'air, du miel 5 fois par jour, 6 ours dans la forêt, 7 champignons ramassés, 8 chasseurs, 9 coups de fusil, 10 papillons qui s'envolent... C'est le début d'une course-poursuite qui nous emmène dans un bal puis une fête d'anniversaire, de la forêt au cœur de la ville, en passant par un spectacle d'opéra et des plages exotiques. Une histoire loufoque d'ours pour s'amuser à compter... jusqu'à 100 !

Adam est un être sans ambition, le spectateur passif de sa propre vie. Mais, depuis peu, des impressions douloureuses le taraudent, comme si quelque chose lui échappait. Il devient inquiet, sans identifier l’objet de cette inquiétude. Est-ce dû à la perte de son travail ? Aux problèmes d’argent ? A l’éloignement de sa femme. Ce samedi-là, c’est un homme tourmenté, fatigué, qui s’apprête à passer un après-midi au lac avec son fils. La chaleur est écrasante. Le drame peut commencer.

L'eau des rêves
Manu Causse
Ed. Luce Wilquin (Belgique), coll. “Sméraldine” 20 août 2012 ISBN : 978-2-88253-446-0 – 19 €

Le Concierge
Scénario de Tarek, dessins de Seb Cazes,
Ed. Le Moule-à-gaufres, coll. “Comix Street” 25 octobre 2012 ISBN : 2918567132 – 16,50 €

Le duel des frères Flint
Texte de Thomas Scotto, illustrations de Benjamin Adam
Ed. Actes Sud Junior - 29 août 2012 ISBN : 978-2-330-00922-9 – 8 €

Au milieu des années 60, un homme se donne la mort dans une vigne. Trente ans plus tard, son petit-fils – le narrateur – est hanté par le fantôme de son grandpère qui lui apparaît en rêve. Après les obsèques de sa grand-mère, poussé par une vision, il s’ouvre enfin à sa famille de la colère qui le ronge : personne n’a parlé du suicide du grand-père, préférant le mensonge officiel de l’accident. S’ensuit une plongée dans l’alcool et la drogue, une déconstruction de son existence qui le conduit à douter de tout…
Egalement : Bruxelles ou la grosse commission, Onlit (Belgique), juin 2012

Dans la France de l’après-guerre, en pleine guerre d’Indochine, deux frères vont s’opposer lors d’une campagne électorale qui tourne rapidement à l’affrontement : un concierge, ex-policier renvoyé en 1943, et le maire en place, résistant de la dernière heure et collaborateur sans conviction. Tous les coups sont permis ! D’une petite querelle de clocher, cette histoire va devenir un enjeu national dans un pays en proie au doute. Seb Cazes a obtenu une bourse d’écriture du CRL en 2012 pour cet ouvrage.
Egalement : Chut… et autres tumultes, éd. du Moule à Gauffres, coll. “Grafic Street” - 11 mai 2012

États-Unis, avril 1869. Le Président Grant doit s'arrêter dans la petite bourgade de Promontory pour réunir les deux voies ferrées entre l'Est et la côte pacifique. C'est un événement que tous les habitants, y compris les écoliers, s'apprêtent à célébrer. Dans la classe de Mlle Picqles, les jumeaux Flint ont soudain un comportement bizarre. La tension monte, accompagnée de regards noirs et de remarques acerbes. Peu de temps avant la cérémonie, on découvre que les jumeaux ont disparu…

Octobre 2012

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La fabrique éditoriale :
des paroles, des figures
A l’heure où le CRL Midi-Pyrénées, après avoir mené à bien, avec le concours de Benoît Berthou, une étude sur l’édition en Midi-Pyrénées, met en œuvre progressivement les recommandations qui sont le point d’aboutissement logique d’une telle étude, il nous a paru important de consacrer ce dossier de Tire-Lignes à l’édition régionale telle que des mois d’enquête sur le terrain nous ont permis de l’appréhender. Il ne s’agit pas pour nous de répéter sans cesse ce que chacun pourra découvrir dans l’étude complète et dans la synthèse, qui sont toutes deux accessibles en ligne sur le site du CRL (www.crl-midipyrenees.fr), mais de permettre au lecteur de notre revue d’avoir une vision concrète et vivante des nombreux visages de l’édition régionale. D’où la structure singulière que nous avons choisie pour présenter ce dossier : à la vision synthétique donnée par Benoît Berthou répondent, en regard, les témoignages des professionnels avec la diversité d’approches et de problématiques qui sont les leurs, en fonction de leur ligne éditoriale, de l’histoire de leur maison et des adaptations nécessaires au temps présent. Au final, ce qui s’impose, c’est l’importance pour Midi-Pyrénées, de tirer le meilleur profit de l’incontestable dynamique éditoriale qui irrigue son territoire et de faire en sorte que l’ensemble des acteurs du livre (éditeurs, libraires, bibliothécaires notamment) se connaissent mieux pour réussir ensemble à affronter les défis auxquels le livre est aujourd’hui exposé. Bref, comme le souligne Jean-Noël Soumy en conclusion de ce dossier, il est plus que jamais essentiel de raisonner en termes de filière du livre pour construire des politiques publiques efficaces et en prise sur ce qu’un territoire peut offrir de meilleur dans le champ d’activité qui est le nôtre. Pour compléter la réflexion sur le paysage éditorial midi-pyrénéen, voir également les deux articles dans les rubriques “Edition” (p. 24) et “Autour du livre” (p.30) de ce numéro de Tire-Lignes, qui donnent la parole respectivement à Henri Taverner (Editions Le Pas d’Oiseau) et à Dominique Dupuis, pour son activité de conseiller en commercialisation auprès des éditeurs.

Nous remercions les éditions Le Pas d'Oiseau et le passionné d'histoire et d'iconographie sportive, Pascal Leroy, pour l’aide précieuse qu’ils ont apporté à l'illustration de ce dossier, avec des images issues de leurs collections particulières.

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Éditer en Midi-Pyrénées
Benoît Berthou
Maître de conférences à l'Université Paris 13 dans les Masters "Politiques Editoriales" et "Commercialisation du livre" de Villetaneuse, chercheur au LabSic (LABoratoire des Sciences de l’information et de la communication).

Midi-Pyrénées : une édition dynamique
“L’édition est un milieu parisien”. Telle est l’une des idées reçues que Bertrand Legendre tente de dépasser dans un petit ouvrage paru en 2009 au Cavalier Bleu. Et force est de constater que le travail mené par les différentes structures régionales du livre pourrait grandement l’y aider : les études portant sur les territoires de Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur ou d’Aquitaine démontrent que la capitale ne saurait prétendre au monopole d’un métier et que celui-ci s’épanouit même fort bien sous d’autres cieux que ceux de l’Ile-deFrance. Le travail que nous avons mené en 2011 et 2012 afin de mieux cerner les visages de l’édition en Midi-Pyrénées en atteste également puisque l’édition y constitue un ensemble significatif comme le prouvent bien des indicateurs. 38 millions d’euros de chiffre d’affaires global : Midi-Pyrénées se place en effet loin devant des territoires comparables (tel Languedoc-Roussillon qui présentait dans son étude de 2010 un résultat de 9 millions d’euros, hors éditions Verdier) et ce chiffre renvoie à un ensemble d’acteurs culturels et économiques que l’on peut juger organisés. Par “éditeur”, nous désignons en effet des structures éditoriales ayant une production régulière d’ouvrages (généralement plusieurs titres par an), s’inscrivant dans un circuit de diffusion (présentation de leurs ouvrages aux gérants des différents points de vente) et de distribution (acheminement logistique de ces mêmes ouvrages vers ces détaillants) et adoptant donc une commercialisation passant au moins partiellement par la librairie. Bien réel, cet ensemble est également dynamique ainsi qu’en atteste la création d’un grand nombre de maisons au cours des deux dernières décennies : 70 % des structures que nous avons pu observer existent depuis 1990, plus de 46 % depuis un peu plus de 10 ans et près de 15 % depuis 5 ans seulement. Parlant d’édition, nous évoquons donc majoritairement un ensemble de structures en devenir (à l’instar de Misma à qui nous avons souhaité donner la parole ci-contre).

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© Collection particulière

“Athlète quand même !” dans La Vie au grand air, 1916

Midi-Pyrénées se trouve sur ce point dans une situation comparable à celle d’autres régions telles Provence-Alpes-Côte d’Azur ou Languedoc-Roussillon, mais on ne saurait pour autant l’assimiler à une espèce de pouponnière, tant toutes les catégories d’acteurs sont représentées. Des structures au chiffre d’affaires inférieur à 100 000 euros (25 des 38 maisons que nous avons pu observer) cohabitent en effet avec des éditeurs classés par Livres Hebdo dans les 200 premiers éditeurs français (Milan, SEDRAP Piktos, , érès, Privat, Plume de Carotte, Cépaduès). Une forme de concentration est ainsi sensible, tant au niveau économique qu’au niveau géographique. Huit maisons d’édition représentent en effet à elles seules plus de 92 % du chiffre d’affaires d’une région dans laquelle l’activité est inégalement répartie. Le département de la Haute-Garonne occupe une place hégémonique puisque plus de 55 % des éditeurs y sont implantés. Nous sommes de plus face à un métier résolument urbain : les villes se taillent la part du lion au détriment des zones rurales, à commencer par l’agglomération toulousaine qui regroupe plus de la moitié des acteurs du secteur. Cet ensemble peut être appréhendé au regard d’une notion : l’indépendance, c’est-à-dire le fait de maîtriser son capital financier et ses outils de travail. Seulement 10 % des éditeurs que nous avons pu observer dépendent d’un organisme public ou d’une autre entreprise. L’immense majorité des acteurs sont des indépendants, ce qui peut s’avérer problématique. Si l’indépendance permet de prendre ses distances avec des modes de gestion et de production relevant de stratégies industrielles et d’impératifs financiers, elle peut également être synonyme d’isolement vis-à-vis du reste de la chaîne du livre et provoquer une complexe situation. N’ayant pas la possibilité d’être bien informés, ne disposant que de moyens et ressources limités, ne jouissant pas encore d’une notoriété établie auprès des libraires et lecteurs, ces éditeurs peuvent avoir le plus grand mal à aborder efficacement un marché hautement concurrentiel… Ces facteurs peuvent expliquer une véritable “mortalité infantile”, survenant à des périodes bien précises : tel est le cas d’une troisième année d’existence au cours de laquelle l’épuisement des capitaux de départ n’est pas forcément compensé par des ventes régulières. Si nous avons malheureusement rencontré deux cas semblables au cours de notre étude, la majorité des éditeurs manifestent une réelle volonté de pérenniser leurs activités, volonté que la Région et la DRAC se doivent d’accompagner. L’évolution des formes juridiques des acteurs du secteur atteste ainsi d’une véritable volonté de structuration : naissant en grande majorité sous forme d’association, une part non négligeable des acteurs du secteur évolue ensuite vers divers statuts de société permettant de se financer et de se développer plus aisément.

Un jeune modèle alternatif en quête d’affirmation
El Don Guillermo et Estocafich
éditions Misma (Toulouse) - www.misma.fr

Depuis 2004 les éditions Misma publient des ouvrages de bande dessinée indépendante et une revue semestrielle, DOPUTUTTO. Fondées par les frères jumeaux auteurs-dessinateurs El Don Guillermo et Estocafich, basées à Toulouse, les Éditions Misma ont modestement développé un réseau de fidèles, libraires et lecteurs, à travers la France et à l’étranger. Fortes d’une quinzaine d’auteurs participant régulièrement à la revue, les éditions Misma cultivent leur intérêt pour l’émulation de groupe et la liberté créative. Même si Misma regroupe un grand nombre d'auteurs, quatre membres actifs composent principalement le noyau dur des éditions. Ce sont les auteurs qui accompagnent Misma depuis sa création. Ils participent activement et bénévolement au fonctionnement de la maison d'édition. Anne Simon s'occupe des relations extérieures, Ronald Grandpey gère la communication et le site internet, et les frères jumeaux El Don Guillermo et Estocafich prennent les décisions éditoriales et s'occupent des maquettes et du suivi de fabrication des ouvrages. La formation de ce groupe réduit permet une organisation efficace et une rapidité de délibération. Tous les autres auteurs sont régulièrement appelés à contribution lors de festivals ou d'expositions collectives. Misma a participé à la création du collectif Indélébile et contribue activement depuis au fonctionnement de l'association. Ce regroupement d'éditeurs indépendants de la région toulousaine a permis de mettre les énergies et idées de chacun en commun dans le but de créer un festival de bande dessinée et d'édition indépendante de poids, et divers événements liés à l'image, montrant ainsi toute la singularité et la diversité des éditeurs alternatifs. Depuis sa création, l'association Misma a toujours eu la vocation de se développer sur tout le territoire national. Les aides à l'édition versées par la Région Midi-Pyrénées lui ont permis de franchir le cap : augmentation du tirage, distribution et diffusion nationales professionnelles. Ce soutien a été décisif dans le processus de développement. Ces aides à la fabrication permettent de garder un prix de vente compétitif de nos ouvrages, malgré les coûts importants qu'impliquent une diffusion et une distribution professionnelles. Cette année, Misma a également bénéficié d'une aide aux déplacements hors région, qui lui a permis de prendre un stand professionnel au Festival d'Angoulême 2012, lui offrant une plus grande visibilité. Le stand était bien placé dans le festival, l'identité des éditions Misma a ainsi pu être correctement mise en avant. Grâce à cette aide, Misma était également présent au festival d'Aix-En-Provence, où des ateliers pour enfants étaient animés par des auteurs du collectif. Aujourd'hui, l'association Misma compte encore sur les aides de la Région Midi-Pyrénées pour continuer à produire ses ouvrages avec une régularité constante. Avec, pour objectif, un fonctionnement autonome d'ici à 2015. Toutefois, avant d'y parvenir, l'association doit se structurer. Nos besoins actuels : un local, notamment pour y stocker nos ouvrages, une aide juridique, une aide pour s'équiper des logiciels adéquats (comptabilité, gestion des stocks, PAO)...

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Curling, L’Illustration, 1924

Quels livres par ici ?
Diversifiée, l’édition l’est également vis-à-vis de sa production : des publications scientifiques et techniques à la Jeunesse, en passant par le livre pratique ou scolaire (qui nécessite pourtant de lourds investissements), tous les secteurs éditoriaux sont représentés et nous sommes face à un ensemble plus complet que celui d’autres régions. Si le “texte au noir” (écrits présentés sans illustration) est largement dominant, la littérature reste le genre le plus prisé des éditeurs : plus de 30 % d’entre eux l’indiquent comme leur “spécialité” et se positionnent majoritairement en éditeurs de création. Ils ne s’intéressent guère à des textes tombés dans le domaine public et ne se focalisent pas sur la production de “classiques”. Nombre d’entre eux semblent à l’inverse se fixer pour mission de défricher des aires géographiques et historiques mal connues, comme en atteste un recours régulier à la traduction qui semble constituer une véritable spécificité de la région. Elle permet de mettre à la disposition du public des livres provenant de toute l’Europe et au-delà. Ces éditeurs font donc office de véritables “passeurs” culturels (à l’exemple d’Anacharsis). Le “régionalisme” (second “domaine” dans lequel les éditeurs se reconnaissent) semble également relever de semblable vocation : regroupant de multiples modes de publication (beaux livres, textes littéraires, voire livres pratiques), il se définit moins comme un secteur éditorial que par sa volonté de faire connaître par tous les moyens appropriés un patrimoine donné (qui peut être linguistique, comme l’édition en occitan). Complété par une constante production en sciences humaines (troisième secteur dans lequel se reconnaissent les éditeurs de la région, à l’exemple d’érès à qui nous avons souhaité donner la parole), ces livres sont le fait d’éditeurs pensant fort soigneusement leur volume de production. Assez bas (5-7 titres par an pour une majorité d’acteurs), celui-ci est malgré tout soutenu, pour preuve l’évolution dans le temps des données que nous avons pu récolter. On constate ainsi une nette régression de la non-production, les éditeurs choisissant d’opter pour une “année blanche” durant laquelle ne paraît aucun livre devenant presque l’exception ; à l’inverse, est sensible une montée en puissance de certains éditeurs produisant 6 à 10 titres par an. Les éditeurs de la région semblent donc soucieux de se professionnaliser et de se doter de structures permettant la construction d’un ensemble éditorial attractif et cohérent. Plus de la moitié des acteurs que nous avons observés disposent en effet d’un catalogue de plus de 50 titres et donc d’un certain nombre de livres qui s’inscrivent dans le temps et leur assurent une certaine stabilité. Ils semblent de plus chercher à rationaliser leur production, notamment en développant des collections permettant aux lecteurs de mieux identifier leurs ouvrages et aux libraires de mieux les mettre en valeur. Leurs initiatives éditoriales semblent de plus empreintes d’un certain pouvoir de séduction puisque près de 37 % d’entre eux cèdent à d’autres éditeurs les droits des ouvrages qu’ils produisent, que ce soit dans le cadre de demande de traduction et d’édition à l’étranger ou pour des rééditions en livre de poche.

Famagouste : un écrin pour des textes lointains
Frantz Olivié
co-responsable des éditions Anacharsis (Toulouse) - www.anacharsis-editions.fr

Rien n’est plus difficile que l’édition d’auteurs morts et étrangers ; si l’on rajoute que la plupart sont anonymes et qu’ils sont des auteurs d’un unique récit enfoui dans la nuit des temps, le pari semble impossible à relever. Il y a bien quelques esprits malintentionnés pour s’imaginer que, pour ce genre de littérature, “il n’y a pas de droit”, et que par conséquent les coûts de production sont minimes. C’est oublier un peu vite le travail de conception éditoriale et le labeur énorme des traducteurs. La collection “Famagouste” des éditions Anacharsis est précisément dédiée à la publication de textes anciens singularisés par leurs qualités littéraires. Ce sont à la fois des sources historiques et des morceaux de littérature : telle chronique malaise du XIVe siècle (Histoire des rois de Pasey) rapporte l’histoire du premier sultanat musulman de Sumatra, en même temps qu’elle offre à l’amateur une fable tragique ; tel roman de chevalerie, Tirant le Blanc, se fait l’écho des bouleversements que connaît la société médiévale à la fin du XVe siècle, et s’avère l’un des grands chefs-d’œuvre de la littérature d’Occident, passée et présente ; on pourrait multiplier les exemples. Le double statut de ces ouvrages, à la croisée de l’histoire et de la littérature, les destine sur un plan éditorial à une existence singulière : dès l’abord, ils sont conçus comme textes de fonds, de rotation lente, pour une durée de vie étendue. Et les contraintes éditoriales pesant sur un tel exercice sont maximales : le travail de traduction de langues rares, l’établissement des textes de commentaires – en introduction ou en notes – obligent à une réflexion poussée de l’architecture de l’ouvrage. La durée même du travail de conception éditoriale (sans parler du travail d’investigation et de recherche) s’en trouve accrue, y compris pour des textes brefs ; et, bien entendu, les traductions peuvent prendre un certain temps… 15 ans, pour Tirant le Blanc. De même, les exigences de fabrication doivent entrer en synergie avec les textes proposés : l’armature matérielle doit présenter les qualités requises de solidité, d’agrément et de confort de lecture indispensables étant donné l’inhabituel de l’œuvre publiée. Les retours sur investissement sont plutôt lents à venir… Toutes ces dimensions, du temps de la réflexion, des coûts induits, de rotation lente, et l’inattendu même des contenus parmi les champs littéraires dominants sont autant de freins qui entrent en contradiction avec les impératifs de ventes, en nombre et immédiates, qui régentent aujourd’hui toujours plus la production éditoriale. Mais c’est là exactement que se situe le moteur de la collection “Famagouste” : devant l’érosion évidente de l’édition en sciences humaines de plus en plus dépourvue d’audace ; devant l’uniformisation d’une littérature contemporaine de plus en plus désorientée, le brusque saut de l’extrême lointain vers le plus proche que constitue le jaillissement d’un livre de “Famagouste” stimule radicalement la capacité d’étonnement des lecteurs que nous sommes tous. C’est cette foi dans la force de la littérature à augmenter la vie qui est au cœur de notre travail d’édition de création. Pourvu que ça dure.

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© Collection particulière

© Collection particulière

Escrime, L'Illustration, 1889

Les Nouvelles Éditions Loubatières sortent de leurs frontières
Maryline Garrabos
Nouvelles Éditions Loubatières (Portet-sur-Garonne, 31) - www.loubatieres.fr

multirégionales ; les ouvrages à thématiques transversales d’audience nationale. Le catalogue a été réorganisé autour de collections, avec notamment le lancement en 2012 des collections “Archives remarquables”, “Histoire et patrimoine des métiers” et “La Nature en…”, ainsi que la réédition commentée de l’œuvre du baron Taylor avec la série “Voyages pittoresques et romantiques du baron Taylor dans l’ancienne France”. Les essais et documents d’histoire contemporaine et de société seront rassemblés dans un domaine intitulé “Libre parcours”.

À l’origine, la culture régionale
Fondées au début des années 1980 à Toulouse, les Éditions Loubatières, devenues Nouvelles Éditions Loubatières en 2001, ont publié en 30 ans près de 700 titres. Maison d’édition généraliste consacrée à la culture régionale du Languedoc, les Éditions Loubatières publiaient des beaux livres, des bandes dessinées, des essais et documents et des romans relatifs à l’histoire et au patrimoine régional. Deux collections grand public avaient été créées : “Terres du Sud” et “Randonnées architecturales”. L’aire commerciale s’étendait alors sur deux régions, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, la diffusion était assurée en direct par l’équipe de représentants des Éditions Loubatières, la distribution par le Comptoir du livre.

Les éditions érès à l’affût d’une société en mutation
Marie-Françoise Dubois-Sacrispeyre
Gérante et directrice éditoriale des éditions érès (Toulouse) - www.editions-eres.com

Le tournant des années 2000
Au début des années 2000, le paysage de l’édition régionale évoluait sensiblement. De nouveaux acteurs régionaux voyaient le jour et les éditeurs nationaux commençaient à investir le domaine régional – guides et beaux livres notamment. Par ailleurs, la production de nouveautés, tous genres et éditeurs confondus, augmentait fortement, avec pour conséquence une réduction des quantités mises en place et des quantités vendues par titre. Pénalisant d’autant plus fortement la production régionaliste dont la diffusion, restreinte à une aire commerciale circonscrite, éprouvait des difficultés à maintenir des mises en place suffisantes. Ainsi, après 2005, il se confirmait que les Éditions Loubatières devaient élargir leur périmètre éditorial et commercial. Une première phase a consisté à étendre la zone de diffusion, d’abord à la région Aquitaine en 2006, puis, en 2009, à la France métropolitaine, par un contrat passé avec Rando Diffusion (devenue Cap Diffusion en janvier 2012), société spécialisée dans la diffusion-distribution du livre régional et du livre pratique. La maison d’édition développait par ailleurs la collection multirégionale “Regards sur un patrimoine”, ainsi qu’un petit domaine d’essais et documents d’histoire contemporaine. Cependant, le problème de viabilité économique titre par titre restait entier, conduisant à une multiplication des titres consommatrice de fonds propres. Par ailleurs, la question d’une solution de diffusion pour des projets éditoriaux d’audience nationale perdurait. Les rencontres avec les principaux diffuseurs - distributeurs en France ont finalement abouti en mars 2012, à la signature d’un contrat de diffusion-distribution avec Actes Sud/Union Distribution.

Les sciences humaines et sociales constituent un vaste champ, relativement mal délimité. Les éditions érès, en s'inscrivant dans cet ensemble, ont choisi de privilégier la psychologie, la psychanalyse, la psychiatrie, la sociologie, le travail social, l'éducation... Notre objectif est de proposer un espace de débats autour de différentes conceptions théoriques, d'échanges d'expériences entre professionnels exerçant dans ces domaines, et de confrontations de savoirs entre le monde de la recherche et celui des acteurs de terrain. Nous comptons ainsi nourrir la réflexion collective autour des problèmes de société, de la prise en compte des plus fragiles d'entre nous et de la formation des nouvelles générations. Nous occupons une place originale dans ce secteur de l'édition en raison de la cohérence de notre catalogue, de notre engagement aux côtés des chercheurs et des professionnels pour la valorisation de leurs travaux, de notre souci de maintenir le dialogue entre les différents courants de pensée (matérialisés dans nos multiples revues et collections), les nombreux réseaux professionnels et associatifs impliqués dans notre domaine éditorial. érès est un éditeur implanté en région Midi-Pyrénées mais qui a des ambitions nationales et internationales. Nos auteurs ne sont pas prioritairement recrutés dans notre région même si nous avons maintenant des relations de grande qualité avec l'Université, les grandes associations de nos secteurs et nombre de professionnels de nos domaines à Toulouse. Notre image de marque et notre spécialisation compensent notre éloignement des grands médias nationaux qui nous ont repérés mais auprès de qui nous ne pouvons nouer des relations de proximité géographique. Depuis 2005, nos revues spécialisées sont diffusées en version numérique via le portail de sciences humaines et sociales CAIRN. Cela a représenté pour elles une opportunité inespérée qui a largement compensé le progressif désengagement de la plupart des libraires en direction des revues. Nous avons gagné en visibilité et multiplié nos lecteurs (notamment à travers les abonnements souscrits à des bouquets de revues par toutes les universités). En 2012, notre offre numérique comprendra également 700 ouvrages (collectifs et monographies) disponibles sur CAIRN et à disposition des libraires grâce à notre accord avec la plateforme Edenlivres de notre diffuseur. Nous n'avons pas du tout l'intention de renoncer au papier mais nous considérons que dans un avenir proche, les lecteurs auront recours à des usages divers parmi lesquels les documents numériques (ebook, pdf...) à lire sur ordinateurs, tablettes ou liseuses, auront toute leur place.

L’histoire et le patrimoine, toujours. Ici et ailleurs
Dans un monde où l’information est abondante mais fragmentaire et dispersée, le besoin d’une mise en perspective des connaissances est plus que jamais sensible. La ligne éditoriale de la maison d’édition a été entièrement repensée sur la base des domaines histoire et patrimoine, qui sont le cœur des Éditions Loubatières depuis l’origine : l’histoire qui donne les outils, le patrimoine qui marque la présence de l’histoire dans notre vie. Le périmètre territorial a été redéfini selon trois strates : les ouvrages relatifs à la culture régionale du Grand Sud-Ouest, territoire historique de la maison d’édition ; les collections

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© Collection particulière

La glisse, déjà la glisse !

Être éditeur en Midi-Pyrénées
Être éditeur en Midi-Pyrénées n’est pas forcément une activité à temps plein : près de 60 % des responsables ou fondateurs des structures d’édition que nous avons pu observer exercent en effet un autre métier, voire tiennent un autre commerce, et ce dans des domaines très variés. Si près d’un tiers d’entre eux travaillent dans l’Education Nationale (en tant qu’enseignants ou documentalistes), on trouve également un grand nombre d’artistes, de libraires et de professionnels du livre offrant des prestations pouvant prendre la forme de mise en page, de correction, de traduction, de diffusion d’information commerciale… Cette polyvalence contribue à assurer à certains éditeurs une certaine stabilité financière et témoigne de plus d’une certaine reconnaissance par les pairs : les éditeurs se mettent en effet au service d’autres éditeurs. Les activités mentionnées ci-dessus sont en effet avant tout tournées vers la chaîne du livre elle-même : cette polyvalence peut donc prendre la forme d’un partage de compétences, mais semble également avoir valeur de principe d’organisation à l’intérieur des maisons que nous avons pu observer. L’éditeur fait parfois figure de véritable homme-orchestre prenant en charge des tâches extrêmement diverses et jonglant entre la mise au point de manuscrits, les relations avec imprimeur ou libraires, et l’administration de la structure (ainsi que l’illustre le témoignage de Cécile Trousel présenté ci-après). Nous sommes donc face à un métier on ne peut plus généraliste, nécessitant une bonne vue d’ensemble de la chaîne du livre et une certaine connaissance d’un nombre d’activités fort diverses. D’où d’importants besoins en terme de formation qui sont clairement exprimés par les acteurs du secteur : plus de 97 % de ceux que nous avons interrogés sur ce point déclarent vouloir se perfectionner dans la poursuite de leur métier, et ils sont prêts à y consacrer un temps qui est tout sauf négligeable (2 à 5 jours par an pour 73 % d’entre eux) au regard des diverses activités qu’ils assument par ailleurs. Sensible au sein de tous types de structures, ce désir semble de plus relever tout à la fois d’une volonté d’approfondir les tenants et aboutissants d’une pratique et de préparer l’avenir : parmi les thèmes que nous avons proposés, arrivent en tête des formations au multimédia et livre multisupports, mais également à la gestion, la commercialisation, le marketing et la promotion. Aspirant à être formés sur l’ensemble de ces questions, les éditeurs n’hésitent également pas à devenir formateurs puisque la majorité d’entre eux se déclarent intéressés par la possibilité de proposer offres de stage et contrats d’apprentissage, sans toutefois toujours disposer des locaux et équipements informatiques leur permettant d’héberger ces futurs professionnels du livre. Il y a tout lieu de réfléchir à des dispositifs permettant de pallier ces limites car il semble bien exister en Midi-Pyrénées une véritable communauté éducative : à l’instar de Mathilde Bagnarosa (L’Attribut), de Camille Sotiaux (érès) ou de Laura Puechberty (Plume de Carotte) dont les propos sont présentés ci-après, l’immense majorité (plus de 80 %) des étudiants intéressant les éditeurs de la région (dans le cadre d’un stage ou d’une embauche) provient d’une formation aux métiers du livre située en Midi-Pyrénées (comme celles qu’héberge l’Université Toulouse II-Le Mirail représentée par Clarisse Barthe-Gay).

Entre polyvalence et spécialisation, la clé de la formation
Clarisse Barthe-Gay
Directrice adjointe du département Archives et médiathèque, Responsable du Master “Édition imprimée et électronique”, Université de Toulouse II-Le Mirail - www.dam.univ-tlse2.fr

Comment et pourquoi forme-t-on au métier d'éditeur ?
Les métiers de l’édition nécessitent de maîtriser des savoirs et des savoir-faire, et si possible un savoir être, auxquels le département Archives et médiathèque (DAM) de l’Université de Toulouse II-Le Mirail a l’ambition de former ses étudiants. Le DAM propose deux formations aux métiers de l’édition : - une Licence professionnelle “Techniques et pratiques rédactionnelles appliquées à l’édition”, qui forme les étudiants à l’ensemble des techniques éditoriales nécessaires à l’exercice des fonctions d’assistant d’édition, de la lecture du manuscrit à la communication en passant par la fabrication ; - un Master “Édition imprimée et électronique”, qui prépare aux différentes fonctions éditoriales et forme des chefs de projet capables de mener à bien des créations éditoriales sur plusieurs supports (livre, Internet, presse). Chacune des formations s’appuie à la fois sur des enseignements théoriques dispensés par des universitaires, et des enseignements techniques assurés par des intervenants professionnels (éditeurs, correcteurs, libraires…). Nos formations permettent d’acquérir des connaissances et des compétences qui sont mises en application dans le cadre du stage et, en Master, mises en perspective dans le cadre du mémoire. La Licence professionnelle comme le Master comportent un élément central et transversal : le projet éditorial, réalisé de manière collective. Il permet aux étudiants de Master de simuler le processus d’élaboration d’un ouvrage, depuis sa conception jusqu’à sa communication. En Licence professionnelle, les étudiants réalisent un “vrai” livre et depuis cette année, la mise en place d’un partenariat avec un éditeur a permis une prise en charge en conditions réelles du travail de correction, de recherche iconographique et de maquette sur un livre qui paraitra et sera commercialisé à l’issue de la formation. Le projet éditorial permet d’appréhender les différentes facettes du métier d’éditeur, ce qui est particulièrement important en vue d’une insertion professionnelle dans des structures petites et moyennes, qui nécessitent une certaine polyvalence et constituent les principaux débouchés en région.

Quelle est l’insertion professionnelle des diplômés de la filière Édition du DAM ?
Le taux d’insertion professionnelle des diplômés de Licence professionnelle et de Master Édition se situe autour de 80 %, avec de légères variations selon les années, taux confirmé par les résultats de l’enquête sur l’insertion professionnelle des diplômés 2009 récemment publiés par l’Observatoire de la vie étudiante. En Licence professionnelle, il apparaît que 30 mois après l’obtention du diplôme, 80% des diplômés occupent un emploi stable (contrat à durée indéterminée ou freelance) à temps plein, dans la spécialité à laquelle prépare le diplôme (assistant d’édition). Ces emplois

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© Collection particulière

Quand la revue Tintin se met au vélo

sont minoritairement situés en Midi-Pyrénées, la région représentant moins d’un tiers de la localisation, devancée à parts égales par la région Ile-de-France et les autres départements. En Master, les données sont comparables mais on note une moindre stabilité de l’emploi (40% des diplômés travaillent dans le cadre d’un contrat à durée déterminée) et une insertion en région plus importante (40% des diplômés contre 30% en Ile-de-France, 15% dans une autre région et 15% à l’étranger). Les diplômés des formations à l’édition du DAM travaillent en région aux Éditions Milan, érès, SEDRAP, L’Attribut, aux Nouvelles Éditions Loubatières, aux Presses universitaires du Mirail et au Centre régional de documentation pédagogique.

L’exception confirma la règle (ou quand la règle devint l’exception), j’ai dû choisir entre deux CDI quelques mois après la fin de mes études : librairie Calligramme à Cahors ou éditions Anacharsis à Toulouse. Le poste d’assistante d’édition que j’occupe recouvre beaucoup de tâches dans une structure avec peu de salariés, dont voici une liste non exhaustive : administratif, manutention, secrétariat, gestion du site Internet, lecture, préparation de copie, composition, service de presse. Contrat aidé au départ, mon emploi est aujourd’hui entièrement assumé par la maison d’édition. Pour autant, la difficulté majeure reste le faible niveau de revenus de la maison et, par conséquent, de ses salariés. D’un autre côté, les modèles que nous expérimentons, d’une part avec la coopérative (SCIC) Anacharsis et d’autre part avec nos colocataires du Bocal, s’ils sont encore à développer, s’avèrent déjà inventifs et stimulants.

Quelles sont les évolutions à envisager pour que les formations répondent toujours mieux aux besoins du marché de l’emploi ?
Nous travaillons actuellement, au sein du département Archives et médiathèque, à la mise en place d’une offre de formation centrée sur l’édition numérique. Ce secteur en plein essor suscite d’importants besoins en formation, notamment en formation continue. Nous allons donc proposer une Licence professionnelle (qui devrait ouvrir à la rentrée universitaire 2013), ainsi que des stages courts en collaboration avec le CRL Midi-Pyrénées.

Laura Puechberty
assistante éditoriale, éditions Plume de Carotte (Toulouse) - www.plumedecarotte.com

Ma découverte du monde de l’édition s’est faite lors de mon inscription au BTS “Edition” à l’Institut Rousseau à Toulouse en 2006. Pour des raisons financières et par goût, j’ai réalisé ces deux années de formation en contrat de professionnalisation. Le principe est l’alternance entre le lieu de formation et l’entreprise. Si cette méthode demande une sacrée dose d’organisation et une santé de fer, les avantages sont incomparables. Les premiers mois en entreprise j’ai joué les petites mains et côtoyé tous les postes ; rien de tel pour comprendre comment s’articulent les différentes fonctions au sein d’une maison d’édition. Puis au fil du temps, l’équipe éditoriale m’a confié des petits travaux d’édition jusqu’à mon premier projet de livre en solo six mois après mon arrivée : une traduction toute simple mais pour moi… le saint Graal ! Après ça, j’ai pu évoluer vers des projets de plus en plus complexes. En parallèle, je suivais les cours du BTS en faisant la part des choses entre ce qui me serait utile et ce qui resterait de la théorie. Cerise sur le gâteau, mon embauche en CDI dès la remise de diplôme en septembre 2008, dans cette maison d’édition qui m’a formée. Aujourd’hui je suis assistante éditoriale, ce qui consiste à suivre et coordonner les étapes d’un livre, de son idée originale à son arrivée chez le diffuseur-distributeur.

Paroles de jeunes éditrices
Mathilde Bagnarosa
assistante de direction/chargée de diffusion, éditions de l’Attribut (Toulouse) - www.editions-attribut.fr

J’ai été recrutée par les éditions de l’Attribut en 2009 en CDD et à mi-temps sur un poste de chargée de diffusion qui a peu à peu évolué vers le suivi éditorial et de fabrication tout en gardant l’accent sur la diffusion. Travailler au sein d’une petite structure demande d’être polyvalent ! C’est là toute la richesse de mon emploi : sa diversité. Qualité que je recherchais aussi dans le cadre de ma formation. Le Master 2 Professionnel “Système pratique et diffusion de l'édition imprimée et électronique” que j’ai intégré à Montauban, m’a permis de faire valoir des compétences diverses lors de mon recrutement : connaissance de la chaîne du livre, maîtrise du circuit éditorial, connaissances juridiques et techniques… Cet apprentissage m’a donné l’aplomb nécessaire pour faire face à un an de recherche d’emploi. C’est en allant au-devant des professionnels du livre sur des salons que j’ai rencontré Charles-Henri Lavielle des éditions Anacharsis et par son intermédiaire Éric Fourreau, directeur des éditions de l’Attribut, qui m’a permis d’évoluer dans mes fonctions. J’occupe aujourd’hui, grâce à une aide de la Région dans le cadre du dispositif Emplois Associatifs Midi-Pyrénées, un poste d’assistante de direction/chargée de diffusion en CDI et à temps plein.

Camille Sotiaux
technicienne de fabrication, éditions érès (Toulouse) - www.editions-eres.com

Le monde de l’édition m’a toujours attirée. J’ai commencé ma première année en BTS “Édition” en formation continue, malgré mon désir d’être en apprentissage dans une maison d’édition. J’ai tout de même continué mes recherches pour trouver une entreprise. Cependant, j’ai rencontré des difficultés : souvent les maisons d’édition n’acceptaient pas ma candidature faute de moyens financiers, elles n’avaient pas de local ou de besoin spécifique, ou leur équipe était déjà au complet. À la fin de ma première année, j’ai passé un entretien pour un poste en alternance : les éditions érès ont fait appel à mon école afin que celle-ci leur propose des candidats. J’ai été recrutée au début de ma deuxième année, en septembre 2010. À la fin de mes études, érès m’a embauché en CDI (septembre 2011). Aujourd’hui, mon travail consiste à vérifier les corrections des auteurs, l’orthographe, la mise en page, la typographie. J’effectue les réimpressions, enregistre les coordonnées des auteurs, prépare les dossiers de routage, gère l’espace auteur du site. Je rassemble aussi les éléments permettant de mettre en ligne les articles de nos revues, mets en page nos argumentaires, enregistre et accuse réception des manuscrits reçus, et recense les ouvrages sur le site pour la revue de presse.

Cécile Troussel
assistante d’édition, Anacharsis éditions (Toulouse) - www.editions-anacharsis.com

Après un DUT “Edition / Librairie” à Bordeaux (que je recommande !), j’ai poursuivi – ou recommencé – en Lettres modernes à l’Université Toulouse II-Le Mirail puis en échange au Québec pour la dernière année (à l’université de Sherbrooke qui propose des cours théoriques sur l’édition), pour finir par un Master “Edition” à Angers.

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Eux aussi sont très sport

Travailler ensemble
L’édition constitue en Midi-Pyrénées un bassin d’emploi non négligeable: le cœur de métier (c’est-à-dire les activités proprement éditoriales) regroupe, selon nos données, 209 salariés, mais ceux-ci s’inscrivent dans un ensemble bien plus vaste. Ces diverses entreprises ont en effet massivement recours à des prestataires, qu’il s’agisse de correcteurs, d’illustrateurs, de maquettistes ou de webmasters… Elles mobilisent donc une myriade de collaborateurs aux statuts variés (commerçants, auto-entrepreneurs, directeurs de collection…) : malheureusement difficiles à dénombrer avec précision, ceux-ci constituent assurément un vivier de compétences sur lesquels peuvent s’appuyer les professionnels du secteur et il y a tout lieu de tenter de pérenniser et de mieux encadrer leurs diverses activités. Nous sommes ici face à un paradoxe : bien qu’ayant constamment recours à des prestataires extérieurs et dépendant donc en partie d’autres professionnels, les éditeurs de Midi-Pyrénées ne font quasiment jamais appel à d’autres éditeurs de la région alors que ceux-ci, comme évoqué ci-dessus, sont polyvalents et offrent ces mêmes prestations. Mobilisant massivement une main-d’œuvre se situant dans d’autres territoires, cette sous-traitance s’effectue donc sans réelle logique territoriale et économique : même si cette situation peut parfois faire sens (notamment dans le cas de tâches comme la traduction ou l’illustration), elle est néanmoins dommageable puisque les professionnels du livre ne peuvent ainsi profiter des avantages qu’offrent la proximité (réunions régulières, réactivité…) et la familiarité (connaissance de la maison, de ses chartes graphiques et lignes éditoriales) en terme de relations de travail. Il y a tout lieu de tenter de remédier à cet état de fait car des initiatives mettent en évidence le caractère éminemment profitable des rapprochements entre plusieurs acteurs du livre : tel est notamment le cas de l’association Le Bocal, qui regroupe à Toulouse quatre structures éditoriales (Anacharsis, L’Attribut, Collectif des Métiers de l’édition et Smolny) pouvant ainsi partager des locaux mieux adaptés à leurs activités. Mais semblable dispositif peut aller plus loin encore : il est possible d’envisager des mutualisations (de matériel informatique ou d’espace de stockage) ou des commandes groupées (de prestations diverses et variées), voire le partage entre plusieurs éditeurs d’un même salarié qui serait embauché dans le cadre d’un groupement d’employeurs. Il est donc crucial d’œuvrer à la construction d’une véritable communauté professionnelle et la région pourrait s’inspirer d’une initiative comme celle de l’association parisienne Fontaine O Livres. Outre l’animation d’un réseau constitué de professionnels du livre, celle-ci gère en effet une pépinière, c’est-àdire une structure d’accompagnement des éditeurs en devenir (comme Misma évoqué plus haut). Offrant des services tels qu’hébergement, conseil ou aide à la structuration d’activité, son efficacité n’est plus à démontrer comme en attestent les propos de Yann Chapin présenté ci-après : semblable dispositif pourrait ainsi donner sens et chance à l’audace et l’inventivité des “jeunes pousses” éditoriales de Midi-Pyrénées.

© Collection particulière

Le Bocal, exemple de mutualisation spontanée née d’une envie collective
Charles-Henri Lavielle
co-responsable des éditions Anacharsis (Toulouse) - www.editions-anacharsis.com

L’idée de partager un local, si elle n’est pas la première pensée qui émerge à la création d’une activité, devient vite une préoccupation au moment d’en chercher un. Les raisons sont souvent financières mais apportent aussi des solutions en termes d’isolement physique, de ressources et de savoir professionnel. En 2004 après une expérience solitaire, nous avons cherché une maison d’édition qui ait la même envie et rencontré Éric Fourreau et les éditions de l’Attribut. Nous avions entre temps trouvé un local dans le centre-ville, dont le loyer se trouvait être trop élevé pour nos structures. Nous nous sommes mis en quête d’autres partenaires. C’est ainsi que s’est joint à nous l’association Reflets (éducation à l’environnement). Au bout de 5 ans, le lieu ne nous convenait plus car trop petit, et manquait de confort et de fonctionnalité. La mutualisation s’étant bien passée, nous avons décidé, de continuer l’aventure ensemble. Notre expérience était humainement et professionnellement une réussite, mais manquait singulièrement de structuration juridique. Le bail était au nom d’Anacharsis qui souslouait aux autres structures. Le propriétaire avait été mis devant le fait accomplit. Seul un contrat moral liait les structures entre elles. Nous étions donc à la recherche d’un nouveau lieu, plus spacieux, mieux éclairé aussi. Le local que nous occupons aujourd’hui 43 rue de Bayard nous a immédiatement plu, mais son loyer était inabordable en l’état. Nous avions déjà parlé de notre expérience et plusieurs structures s’étaient dites intéressées, nous les avons contactées ; c’est comme cela que nous avons pu finalement accéder à ces nouveaux locaux. Mais préalablement, fort de notre expérience antérieure et des questionnements qu’elle avait engendrés, nous avons décidé de fonder une association dont nous serions les adhérents, avec pour objectif de mutualiser les moyens. Les structures qui composent l’association aujourd’hui, outre les trois originelles, sont deux maisons d’édition supplémentaires, Smolny et CMDE, une graphiste indépendante, Mily Cabrol, et AACCESS (agence associative de communication création et services solidaires). En dehors de l’intérêt économique (mutualisation des coûts, partage des savoirs, des connaissances) et des bonnes conditions de travail qui en sont une composante, il nous fallait définir des valeurs qui nous réunissent au-delà de nos statuts juridiques (association, coopérative, S.A.R.L, indépendant) et de nos activités (édition, graphisme, éducation à l’environnement, promotion des services solidaires). Je crois que ce qui nous réunit tous, peu ou prou, aujourd’hui, c’est une volonté de diffusion des savoirs, qui fait la promotion des arts, de la pensée et des valeurs de solidarité et d’engagement. Cette réflexion et cette structuration ont de nombreux avantages. D’abord auprès de l’agence immobilière, même si cela reste compliqué, cela permet de traiter en tant que personne morale. Cela permet aussi de contractualiser les engagements pris les uns envers les autres. Nos structures sont économiquement fragiles, nous avons donc tenté de mettre en place des mécanismes de sécurisation, en provisionnant par exemple chaque mois une part de loyer pour faire face à la défaillance brutale de l’un d’entre nous.

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© Collection particulière

Et toujours l'inimitable Pellos

Si cette démarche a permis de réduire nos coûts de fonctionnement, elle favorise par la rigueur qu’elle impose à tous, nos besoins de structuration tant en terme de gestion que de comptabilité. Elle nous permet aussi de défendre auprès des collectivités locales l’idée de ne pas se limiter au financement d’actions mais d’élargir leur soutien au fonctionnement, dans le cadre d’une incitation à la mutualisation, étant entendu que ce soutien pourrait être dégressif et temporaire. Il s’agit là, comme le désigne le terme barbare d’empowerment, d’une approche stratégique qui viserait à soutenir les efforts des personnes et des communautés pour développer ou retrouver des capacités d’action autonome. A suivre donc… Pour finir, reste que l’aspect le plus positif de la mutualisation, c’est la bonne humeur qu’elle suscite.

permettant de suivre leur activité et de les conseiller dans tous les aspects de la vie de structure : orientation vers le réseau d’experts (aspects juridiques et comptables…), conseil stratégique, accompagnement de leur croissance par la recherche de financements. En 2012, l’association est confrontée à une crise de croissance, ne pouvant répondre à toutes les demandes d’entrée en pépinière, malgré la création d’un nouveau bureau. Fontaine O Livres se dirige donc vers la création d’un lieu du livre plus ambitieux, qui mêlera espaces et services collectifs, hébergement en pépinière, mais également en hôtel d’entreprises plus pérenne, complété par des bureaux partagés pour les indépendants de la filière.

Comment instaurer des liens entre professionnels ?
La mise en œuvre d’une dynamique de réseau entre professionnels ne se décrète pas, elle demande avant tout du temps. Pourtant, dans le cas du réseau Fontaine O Livres, on se rapproche plus d’une démarche de création ex-nihilo d’un réseau (démarche top-down) que d’un réseau de relations pré-existantes, souvent amicales, entre entrepreneurs, qui se seraient structurées progressivement (Librest par exemple). Dans les deux cas, initier et développer des liens entre professionnels demande avant tout du temps. Il n’y a pas de recette infaillible, mais on peut tenter de donner quelques repères, parmi lesquels la notion de confiance est essentielle. Sur le plan de l’animation, une première phase de type “club” permet d’instaurer des relations de convialité. Ainsi Fontaine O Livres organise des “matinales de l’édition”, “bistrot de l’édition” et déjeuners réguliers qui favorisent la connaissance mutuelle des membres. Il est alors nécessaire de définir précisément les objectifs communs et les conditions de sélection des nouveaux entrants. L’élaboration d’une charte pourra être utile pour se prémunir des pratiques considérées contraires à l’esprit du réseau. Le réseau peut alors faire émerger des pratiques de mutualisation. Nous avons ainsi mis en place un site collaboratif de partage d’informations sur les salons du livre ; nous organisons également une sur-diffusion collective des catalogues des éditeurs indépendants vers les bibliothèques. La mutualisation doit aussi permettre de créer des emplois : nous avons un accord avec le cluster Paris Mix pour bénéficier de son groupement d’employeurs. Le réseau peut enfin permettre l’élaboration de propositions commerciales collectives. Nous organisons l’intervention de professionnels en activité dans nos formations. Nous travaillons également à la création d’une “place de marché on line” des indépendants du livre. Cette étape pourra donner lieu à la création de structures (GIE, association) par les professionnels, qui gèreront le projet en autonomie. Ces trois stades de développement des relations d’un réseau ne peuvent se construire que dans la durée. Des ressources telles qu’un animateur de réseau dédié au conseil et à la coordination au quotidien, peuvent ainsi s’avérer indispensables. Cette fonction peut aussi passer par une forte implication des entrepreneurs, ou la mutualisation d’un lieu. L’enjeu final est de développer des relations professionnelles de confiance, pour que la mutualisation ne soit pas un mot creux mais un véritable vecteur d’économies d’échelle, un catalyseur de projets collectifs qui permettent aux entreprises du livre de consolider et pérenniser leur activité.
1. Fontaine O Livres est soutenu par la Mairie de Paris et la Région Île-de-France dans le cadre de leur politiques budgétaires en faveur du développement économique, plus précisément des industries créatives et de la structuration de filières.

Une structure innovante au service d’une communauté éditoriale
Yann Chapin
Responsable - chargé de projets, Fontaine O Livres (Paris) - www.fontaineolivres.com

Un projet structurant initié en lien avec les pouvoirs publics
Fontaine O Livres1 est un réseau de professionnels du livre doublé d’une pépinière d’entreprises, poursuivant une mission de développement économique de la filière sur le nord-est parisien. C’est un projet original, né de la rencontre des volontés de la société civile et des politiques publiques. Le point de départ est une activité associative créée en 1997, accompagnant tous porteurs de projets sur le quartier de la Fontaine-au-Roi classé “Zone Urbaine Sensible”. En 2004, un diagnostic sur le nord-est parisien met à jour une forte présence des activités indépendantes de la filière livre, historiquement (fondeurs, typographes, imprimeurs) et plus récemment, d’une nouvelle génération “rive droite” de libraires, d’éditeurs, de créateurs et d’indépendants. L’association repositionne alors son action pour la rendre plus pertinente vis-à-vis des besoins économiques de son territoire. Une enquête socio-économique menée par l’Université Paris 13, nous conduit à spécialiser nos activités d’appui, notamment en créant une activité de formation.

La pépinière, un modèle évolutif
Au démarrage de Fontaine O Livres, le local, proposé par la Semaest dans le cadre de ses missions de revitalisation commerciale des quartiers, sert de lieu d’ancrage du projet : hébergement de l’équipe permanente, lieu d’exposition et d’animations autour du livre ouvert sur le quartier, stockage de livres. Fin 2007, pour faire face à la demande de locaux de nos adhérents, le lieu est réaménagé et des bureaux sont créés. En 2012, la pépinière héberge 5 entreprises sur 150 m², soit 12 emplois, dans des bureaux de 16 à 45 m² : deux éditeurs (Bruno Doucey, Asphalte), deux entreprises innovantes (Immateriel, Actualitté) et une graphiste (Florence Boyer). Depuis 2008, la pépinière a ainsi hébergé 12 entreprises et contribué à consolider ou créer 26 emplois. Cet hébergement en pépinière profite aux entreprises qui ont moins de cinq ans d’activité, pour une durée de deux ans. Les entreprises bénéficient d’un entretien trimestriel,

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© Collection particulière

Le rugby inspira très tôt les illustrateurs, (publicité, 1929)

Innover pour le livre
Vecteur d’évolution massive du monde du livre, les technologies numériques semblent inviter les acteurs du secteur à repenser des modes de production et de commercialisation que l’on a longtemps pensé immuables. Tel est par exemple le cas des dispositifs de fabrication du livre qui offrent aujourd’hui des opportunités que n’hésitent pas à saisir nombre d’éditeurs en Midi-Pyrénées : plus de 40 % d’entre eux ont en effet recours à une impression numérique dite “à la demande” permettant la production de petites quantités d’ouvrages, voire de livres à l’unité. Pour des éditeurs indépendants, la chose est plus qu’intéressante : elle leur permet de ne pas mettre en péril leur (faible) capacité d’investissement en les dispensant d’investir dans des tirages plus importants qu’il est, de plus, coûteux de stocker dans de bonnes conditions. Si nombre d’éditeurs privilégient pour une part de leur production des techniques d’impression traditionnelles leur permettant de choisir le papier et l’encre qui leur semblent les mieux adaptés à leurs projets, il est indéniable que les modes de e-distribution suscitent un réel intérêt. Plus de 60 % des acteurs que nous avons interrogés envisagent ainsi de numériser leur catalogue afin de rendre leurs ouvrages disponibles sur des plateformes comme Numilog, Eden, Lekti ou Immatériel : se présentant sous forme de fichiers “ePub” téléchargeables, ceux-ci pourront être consultés sur des “liseuses” et permettront la diffusion à bas coût d’ouvrages de “fonds” et de textes de référence pour lesquels la demande n’est pas constante et que les librairies peinent à commercialiser. Certains acteurs du livre installés en Midi-Pyrénées font à cet égard figure de véritables pionniers, à l’instar des éditions érès (ici représentées par le témoignage de Marie-Françoise Dubois-Sacrispeyre). Pariant sur un nouveau mode de diffusion des sciences humaines et sociales, la société toulousaine est en effet l’un des membres fondateurs (avec Belin, De Boeck et La Découverte) d’un portail CAIRN diffusant revues et ouvrages scientifiques sous forme numérique. Telle semble être également la vocation de lekti-ecriture.com, société qui n’a de cesse d’explorer (depuis Albi) de nouveaux modes de commercialisation : les bibliothèques de la région et au-delà se voient ainsi offrir la possibilité de souscrire un abonnement donnant accès à la production d’une trentaine d’éditeurs. L’avenir semble également assuré puisque nous avons pu observer la naissance d’acteurs faisant du numérique leur seul et unique environnement de travail : ces “pure players” développent des “applications” tirant pleinement parti de l’interactivité qu’offrent les nouveaux supports de lecture. Tel est le cas des Auscitains de Suki éditions (représentés dans ces pages par Claire Pichelin et Antoine Cathalau) ou de la société toulousaine Appicadabra, éditeur de “contes à toucher” comme Pinocchio. L’avancée dans le récit s’y fait en manipulant l’écran tactile d’un iPhone ou d’un iPad et nous sommes face à une édition d’un nouveau type : permettant la réalisation d’ouvrages séduisants, elle nécessite un investissement en terme de recherche et développement et gagnerait à intégrer des programmes régionaux de soutien à l’innovation.

Vers une nouvelle figure de l’éditeur
Claire Pichelin et Antoine Cathalau
SUKI éditions (Lectoure,32) - www.sukieditions.com

Depuis quelques mois la prospective autour du livre va bon train, souvent parsemée d'inquiétudes mais aussi d'une formidable vitalité novatrice. En tant qu’éditeurs numériques “pure players”, notre liberté nous pousse à explorer des territoires inconnus, et de ce fait passionnants ; nous voyons émerger de nouvelles formes de livres applications, des plus sérieuses aux plus ludiques, chacune étant une expérience si ce n'est de langue, au moins de cognition. Si nous avons choisi ce statut, c’est parce que nous sommes convaincus de l’importance des éditeurs, pour leur fonction d’accompagnement mais aussi de curation. Nous pensons que plus les contenus seront nombreux en ligne, plus le rôle de l’éditeur sera crucial. Par ailleurs en devenant entrepreneurs dans le secteur de l’innovation, nous avons pu intégrer des structures d'accompagnement en Midi-Pyrénées qui nous permettent de créer des liens avec l'écosystème des nouvelles technologies existant dans la région. Nous publions des livres homothétiques, qui s'envisagent comme une déclinaison du papier, et c'est déjà beaucoup, puisque cela constitue la littérature. Mais nous constatons que bien souvent il n'y a pas de concurrence avec le papier. Le livre application, le livre interactif ne sont sans doute plus des livres. Par ailleurs le livre électronique est un objet autre, au devenir machinique comme l'explique Frédéric Kaplan 1. Il est l'enfant du papier, mais non son double ni même son concurrent. La question de l'interactivité y est centrale. Si aujourd'hui elle se pose pour beaucoup dans les adaptations de littérature jeunesse pour tablettes, d’autres formes sont à inventer entre l’écrivain codeur et son lecteur, nous ouvrant un champ de possibles à explorer. Ainsi des outils tels que l’enrichissement multimédia ou la réalité augmentée offrent de nouvelles opportunités au livre. À nous éditeurs, d'inventer les liens et les usages pour créer des écosystèmes culturels. Nous développons plusieurs projets qui vont dans ce sens. Nous souhaitons aussi mettre ce savoir-faire à disposition des maisons d’édition, que ce soit en phase de conseil (la multiplicité des possibles rend parfois le choix difficile) ou de réalisation. Donc nous sommes éditeurs numériques parce qu'aimant le livre - la littérature, le beau livre - nous aimons aussi l'innovation. Parce que nous pouvons par ce moyen communiquer vers le monde et interpeler la génération née avec le numérique. Notre travail est d’établir des ponts entre édition, audiovisuel et nouvelles technologies pour contribuer à la culture de demain.
1. Frédéric Kaplan : ingénieur français, chercheur et entrepreneur, vivant et travaillant en Suisse. Il dirige le Laboratoire des Humanités digitales de l’Ecole Polytechnique fédérale de Lausanne.

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© Collection particulière

Du temps des raquettes en bois et boyau, (publicité, 1929)

Affiche du Mécano de La General, version russe (1927)

Pour une dynamique de territoire, structurons la filière livre !
Pour les éditeurs que nous avons observés, Midi-Pyrénées ne représente pas seulement un environnement de travail : la région constitue leur principal débouché, comme en attestent les chiffres obtenus. Pour plus de 55 % d’entre eux, les ventes les plus importantes s’effectuent en effet en Midi-Pyrénées, que ce soit dans le cadre de librairies ou de salons qu’ils fréquentent assidûment (plus de 92 %). Pour les éditeurs de la région, l’inscription dans le territoire qui les héberge est donc absolument cruciale et le salon Vivons livres ! à Toulouse occupe une position stratégique : massivement fréquenté (88 % de l’échantillon d’étude), et constituant pour certains le seul événement public d’importance, il attire également libraires (qui prennent en charge certains stands) et bibliothécaires, soit les prescripteurs les plus importants. Il semble en effet essentiel de tisser avec eux des relations de qualité : contrairement aux idées reçues, la hâte ne paie pas et nous semblons être face à une reformulation éditoriale du Lièvre et de la tortue. Pour les éditeurs de la région, obtenir une diffusion nationale et être présents dans une multitude de points de vente dans la France entière ne constitue en effet pas forcément une garantie de rentrée financière ; à l’inverse, un patient travail d’implantation dans les territoires situés de Cahors à Foix peut offrir une intéressante assise et les éditions érès n’hésitent pas à mettre en avant (dans l’entretien que nous reproduisons plus haut) des “relations de grande qualité avec l'Université, les grandes associations de nos secteurs et nombre de professionnels de nos domaines à Toulouse” parvenant à compenser “notre éloignement des grands médias nationaux”. Contre toute logique, à l’heure où les technologies numériques semblent abolir la notion même de territoire, l’édition semble devoir investir des espaces de proximité. Elle y est en effet très bien reçue comme en atteste le témoignage d’une libraire, dont la librairie La Femme Renard est située à Montauban : dans les propos publiés ci-contre, on juge en effet “intéressants” les éditeurs qui font “la démarche de nous contacter” afin de présenter leur ligne éditoriale. Il y a dans tous les cas tout lieu d’encourager semblables échanges car peu d’entre eux nouent des partenariats (sous forme de rencontres ou de livres en dépôt) avec les librairies, alors que les liens tissés avec les bibliothèques semblent tout bonnement inexistants. Cet état de fait semble dû à une incompréhension mutuelle bien plus qu’à un désintérêt : les éditeurs de la région mettent en avant leur méconnaissance du réseau des établissements et plus largement de la lecture publique alors que les bibliothécaires déclarent peiner à trouver des informations sur une production régionale qu’ils seraient pourtant enchantés de présenter à leurs lecteurs (comme en attestent les échanges lors d’une journée consacrée à la petite édition en bibliothèque en 2006). Du point de vue de la chaîne du livre, Midi-Pyrénées reste donc un territoire à inventer et les pouvoirs publics disposent à cette fin d’un outil : un “contrat de progrès” qui, piloté par la Région et l’Etat, a vocation à initier des dynamiques collectives impliquant l’ensemble des acteurs de la filière livre.

Editeur-libraire : la nécessaire rencontre
Caroline Berthelot
Librairie La femme renard (Montauban, 82)

Nous avons repris notre librairie depuis presque un an déjà et nous devons reconnaître que les liens avec les éditeurs de la région sont nettement perfectibles, car encore assez peu de leurs ouvrages sont présents dans notre librairie, La femme renard. Dès notre arrivée dans la région Midi-Pyrénées, nous avons obtenu un rendez-vous avec le CRL où un panorama de la petite édition indépendante régionale nous a été présenté. Nous projetions alors de contacter ceux dont le travail nous semblait convenir à notre projet, afin d'envisager avec eux un moyen d'avoir leurs ouvrages visibles dans notre librairie (commandes d’implantation, dépôts). Le temps nous a hélas jusqu'à présent manqué pour aller plus loin, et nous avons remis ce projet à la rentrée 2012. Pour autant, nous travaillons tout de même déjà avec des éditeurs de la région. Je ne m'attarde pas sur les éditeurs qui sont distribués par des diffuseurs importants : les représentants mettent toujours l'accent sur les productions de ces éditeurs ; nous avons donc bon nombre de leurs ouvrages en rayons, essentiellement en littérature, jeunesse, essais et pratique. Plus intéressants sont les éditeurs qui ont fait la démarche de nous contacter. Chacun nous a présenté sa ligne éditoriale, envoyé son catalogue et parfois des spécimens : nous avons échangé sur la pertinence d'avoir leurs ouvrages chez nous, compte tenu de notre clientèle, et discuté des conditions commerciales. Cela nous a permis d'aboutir parfois à des commandes de mises en place, et dans tous les cas de mieux connaître petit à petit l'offre régionale. Enfin, même s'ils sont moins nombreux, c'est avec ceux que nous avons rencontrés “en personne” que nous travaillons le mieux. Le premier cas de figure évident est l'éditeur que je qualifie de “local” (basé à Montauban ou en sa périphérie). Chacun a choisi de venir nous présenter sa production, et pour chaque nouveauté. Nous avons bien sûr une partie de ces ouvrages en rayon, plus ou moins conséquente en fonction de l'adéquation avec notre fonds et notre clientèle et en fonction des conditions commerciales (commandes en ferme ou en dépôt). Le second cas de figure est l'éditeur de la région qui fait l'effort de venir nous rencontrer et de se rendre compte de la pertinence de la présence ou non de ses ouvrages dans certains rayons. Dans les deux cas de figures d'éditeurs s'étant déplacés, nous avons choisi de mettre leurs ouvrages en avant dans la librairie, en termes de présentation, mais aussi d’organisation d’animations spécifiques, avec une soirée “carte blanche” qui leur était dédiée, où ils sont eux-mêmes venus présenter leur catalogue à notre clientèle. Ce type de rencontres a, je pense, une influence sur la connaissance auprès du public de la diversité et de l'importance de la production éditoriale régionale, encore mal connue à Montauban. Enfin, et peut être fallait-il commencer par-là, nous avons, dès le mois de novembre dernier, participé en tant que libraires au salon Vivons Livres ! en tenant pour l'une de nous le stand d'un éditeur de la région, et pour l'autre en aidant sur le stand tenu par l'Alimp (Association des libraires indépendants en Midi-Pyrénées) : cela nous a permis de discuter avec un certain nombre d'éditeurs régionaux, et permis de communiquer sur notre reprise et nouer certains contacts. Nous serons d'ailleurs de nouveau présentes à l'édition 2012, et comptons bien continuer de tisser des liens et des partenariats avec le paysage éditorial régional...

© Collection particulière

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Midi-Pyrénées Une filière livre malgré elle
Jean-Noël Soumy
Conseiller Livre et Lecture, Direction régionale des affaires culturelles, Midi-Pyrénées

À ces problèmes s’ajoute, depuis les dernières années, la faible adaptation de l’édition régionale à l’irruption du numérique dans les pratiques des lecteurs : pour un éditeur spécialisé en sciences humaines qui a pris le virage vers la mise à disposition de fichiers numériques de ses publications, et quelques timides expérimentations, l’immense majorité des éditeurs ne se préoccupe pas de ce qui est l’évolution majeure de leur métier dans les prochaines années. Malgré ses potentialités et quelques réussites marquantes, l’édition régionale a besoin d’un nouvel élan pour aborder sereinement son avenir. Parallèlement, pour s’adapter à la nouvelle donne (vente en ligne, coûts grandissants du transport, développement des grandes surfaces culturelles, demande pour la commercialisation de produits numériques), la librairie manifeste des besoins identiques, en particulier en termes de formation, de visibilité et de développement du chiffre d’affaires… Chacune de ces deux professions a besoin de l’autre ; certains des domaines de préoccupation de celles-ci sont communs : - la formation professionnelle, en laissant une grande place aux mutations technologiques (livre numérique, lecture sur support nomade ou en ligne, acquisition et commercialisation de contenus numériques), - la maîtrise des outils informatiques (administration de sites web, recherche d’informations), - l’aide à la professionnalisation (gestion et commercialisation, promotion, outils d’ordre juridiques et financiers), - le travail dans l’interprofession du livre (présentation du travail des éditeurs et des libraires auprès des bibliothécaires, création d’outils permettant le montage et la réalisation d’animations, partage d’expériences…). Cette formation professionnelle peut s’appuyer sur les enseignements (tant initiaux que continus) du Département Archives et Médiathèque de l’Université Toulouse II-Le Mirail avec ses licences professionnelles “Techniques et pratiques rédactionnelles appliquées à l’édition” et “librairie”, et son Master “Édition imprimée et électronique”. Les deux professions tireront grand profit d’une valorisation commune de leur travail et de la mise en place de boites à outils communes et d’une réflexion sur l’évolution des publics et des pratiques de lecture. Devant la fragilité des acteurs de l’édition et de la librairie dans la région, il conviendrait de mettre en place pour l’ensemble de la filière livre un “contrat de progrès” ; pour aider au développement et à la structuration des réseaux, existants ou à créer, et des actions interprofessionnelles ; en confortant et en développant le maillage de la librairie indépendante sur le territoire, en améliorant et vivifiant les conditions de diffusion et de distribution des éditeurs, en permettant aux deux professions d’aborder les mutations technologiques en cours, ce contrat devrait permettre une aide décisive au développement économique de la filière : ainsi une meilleure répartition des aides existantes (État, Région) pourrait être trouvée.

La région Midi-Pyrénées compte un nombre important d’éditeurs, et ce depuis l’explosion des “petits éditeurs en région” du début des années quatre-vingt ; cette édition a été aidée pour ses publications, par l’Etat et la Région MidiPyrénées dés la création du Centre Régional des Lettres en 1984. On a assisté alors à une consolidation progressive des techniques éditoriales et des méthodes de gestion, vers une professionnalisation de plus en plus grande, pour des ouvrages d’une qualité de plus en plus visible. Cependant, beaucoup d’entre eux n’ont pas atteint une taille critique, où le volume de nouvelles publications permet de refinancer les projets, rendant l’éditeur moins tributaire des aides externes. Par ailleurs, beaucoup de ces éditeurs sont des éditeurs au créneau étroit, fonctionnant sur un segment particulier du champ de la connaissance ; il est à noter une caractéristique étonnante de l’édition régionale : la très faible présence, à de rares exceptions près, de la littérature contemporaine dans les programmes éditoriaux régionaux : cela implique une difficulté plus grande pour les auteurs régionaux à se faire éditer ; d’autre part, l’augmentation de la visibilité des éditeurs sur le territoire profiterait aux auteurs. Parallèlement s’est posé le problème crucial de la diffusion et de la distribution : après l’expérience douloureuse au début des années 80 de “Scribe”, diffuseur interrégional, et d’autres aventures peu concluantes (Distique...), seul le recours à un diffuseur-distributeur national s’est avéré une solution acceptable, avec, pour beaucoup, l’inconvénient d’être un petit, passant souvent après les “grands”. La diffusion-distribution est globalement pour moitié professionnelle et pour moitié gérée en direct par les responsables des maisons d’édition (salons locaux, dépôts), ce qui est très consommateur en temps et en énergie pour un résultat souvent aléatoire. La difficulté principale a toujours été de toucher durablement le public régional : la région Midi-Pyrénées dispose d’un tissu dense mais fragile de librairies, qui assurent un maillage satisfaisant du territoire. Même si la politique éditoriale de beaucoup d’éditeurs vise la plus grande universalité possible, afin d’atteindre la diffusion nationale, leur présence dans la plupart des librairies régionales est faible, sinon inexistante : il existe pourtant un public, le succès grandissant du salon des éditeurs de Toulouse initié par le CRL en est un témoignage. Si les éditeurs régionalistes sont assez présents dans les librairies de proximité avec lesquelles ils ont tissé des liens, la production des éditeurs non-régionalistes est ignorée ; ces librairies de proximité jouent pourtant un rôle qui dépasse la simple diffusion des livres. On assiste à un développement important de la librairie de proximité, en particulier en milieu rural, qui montre un regain d’intérêt pour les petites structures, où la qualité du conseil et de l’accueil prime sur la richesse de l’assortiment. Cette forme de commerce, au plus près des lecteurs, se heurte encore à de lourds handicaps : la concurrence de la vente en ligne et son illusoire rapidité de réaction, les coûts et les délais du transport.

Avril 2012

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Au-delà de la page

Des livres et des bébés
en Aveyron
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Intervention d’Acteurs Pupitres et Cie au Multi-accueil La Maison des bouts de choux d’Onet-le-Château

Dans les sacs de Clotilde, Laurence et Patrick, il y des albums de littérature pour la jeunesse et… des paires de chaussettes en laine ! A première vue, le lien n’est pas évident, c’est vrai. Mais pour les trois comédiens-lecteurs d’Acteurs, Pupitres et Cie, ces éléments sont indissociables. Parce que lire à des tout-petits dans les crèches, les haltes-garderies, les relais d’assistantes maternelles, nécessite de bons livres pour faire rêver et de bonnes chaussettes pour garder les pieds sur terre. Et quand on entre dans une structure d’accueil pour tout-petits, on se déchausse : c’est la règle. Et c’est bien. L’humilité commence là.

Grandir. Ils peuvent ainsi confronter leurs trouvailles aux réactions d’un public prêt pour l’aventure… mais qui sait aussi être implacable. Le dispositif “Des livres et des bébés” existe depuis 2010 en Aveyron et repose sur des objectifs simples, mais ambitieux. Tout d’abord, rendre régulière la pratique de la lecture d’albums dans les lieux de la petite enfance. Ensuite, permettre à ces lieux de bénéficier de livres de qualité. Enfin, participer à l’éveil artistique des jeunes enfants en leur proposant des spectacles de théâtre s’appuyant sur le livre. Ces principes de base prennent racine dans les travaux réalisés par les chercheurs de l’association A.C.C.E.S. (Actions Culturelles Contre les Exclusions et les Ségrégations). Grâce à leurs expériences de lectures régulières aux jeunes enfants, ils ont pu établir que les moments de plaisir partagés par un adulte et un bébé autour de la langue du récit sont primordiaux pour préparer les enfants à l’acquisition du langage. Le Conseil général de l’Aveyron, dans le cadre de sa politique culturelle, soutient financièrement les intercommunalités et communes du département qui souhaitent prendre part au dispositif. En 2012, il a octroyé une subvention de 15 000 € à la MDC pour la mise en place de conventionnements triennaux avec huit territoires. Durant ces trois années de compagnonnage, la MDC aide ses partenaires de terrain à construire leur propre projet de territoire autour de la lecture avec les tout-petits. La première année est consacrée à des actions de sensibilisation. Celles-ci prennent la forme d’animations lecture dans les lieux de la petite enfance, de rencontres-débats en bibliothèque et d’un spectacle de théâtre destiné aux tout-petits. La deuxième année, les propositions ont trait à la formation. Un stage réunit professionnels du livre et de la petite enfance. Des ateliers de décodage d’albums permettent de croiser

les regards sur les livres destinés aux plus jeunes. Enfin, une “école du spectateur” tend à aiguiser le regard des professionnels sur le spectacle vivant. La troisième année, la création artistique est mise à l’honneur. C’est ici que nous retrouvons nos “comédiens en chaussettes”. Dans les lieux où ils interviennent, ils sont attendus par des hommes et des femmes que la pratique de la lecture avec les toutpetits questionne et inspire depuis deux ans déjà ! Ensemble, ils ont imaginé : ici, une formation à la lecture à voix haute d’albums ; là, des lectures régulières avec les tout-petits ; là encore, des temps parents/enfants en présence des artistes... Ce travail sur la durée et en profondeur avec les équipes de terrain est rendu possible grâce au soutien et à la présence de nombreux partenaires : A.C.C.E.S., l’association (Z)oiseaux Livres, le réseau Lire et Faire Lire Aveyron, la librairie La Maison du Livre, la Bibliothèque Départementale de Prêt, la DDCSPP la CAF… Avec ces , mêmes partenaires, la MDC continue à imaginer des temps consacrés à la lecture avec les tout-petits et à élargir ses publics : séminaires, journées d’étude, observatoire des pratiques… verront le jour à la rentrée ! Avec “Des livres et des bébés”, le département de l’Aveyron fait sienne la parole de Marie-Aude Murail : “ Avoir la tête dans les étoiles à 3 ans, c'est avoir les pieds sur terre à 20 ans.”
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Intervention d’Acteurs Pupitres et Cie au relais d’assistantes maternelles Farfelune de Bozouls

SÉMINAIRE “LA LECTURE DE LA CRÈCHE À LA MATERNELLE”
Le 19 octobre, Centre culturel de Rodez Les livres graphiques et les tout-petits Avec Martine Perrin, Sophie Van der Linden et Pascal Humbert. Réservation obligatoire

RENCONTRE-DÉBAT “PARTAGER UN LIVRE AVEC UN ENFANT”
13 et 14 novembre, bibliothèques de Luc-La-Primaube et de Réquista Avec Isabelle Bernard, association (Z)oiseaux-Livres

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SPECTACLES
• La Brouille, Théâtre des Tarabates Du 26 novembre au 1er décembre : Réquista, Saint-Affrique, Montbazens, Lioujas et Luc-La-Primaube • Grandir, Acteurs, Pupitres et Cie Du 4 au 8 décembre : Bozouls, Baraqueville, Naucelle et Onet-le-Château
Renseignements : Mission départementale de la culture Service Théâtre, Livre & lecture 25 avenue Victor Hugo - 12000 Rodez Tél. : 05.65.73.80.66 mdc12.lecture@orange.fr http://www.aveyron-culture.com/ mission-departementale-culture/lecturelivres-bebes.php

Intervention d’Acteurs pupitres et Cie au relais d’assistantes maternelles Farfelune de Bozouls

C’est grâce au dispositif “Des livres et des bébés“ initié par la Mission départementale de la culture (MDC) avec le soutien du Conseil général de l’Aveyron que nos trois lecteurs sillonnent depuis le mois de mars les lieux d’accueil de la petite enfance de Bozouls, Baraqueville, Onet-le-Château et Naucelle. Ils sont en résidence. Pas en résidence surveillée, non ! En résidence de création. Ainsi, ils bénéficient de temps de rencontres et d’échanges réguliers avec les toutpetits et les adultes qui les accompagnent pour tenter, expérimenter, oser des lectures d’albums très différentes en vue de la création de leur spectacle

Isabelle Hochart
Déléguée Théâtre, Livre et lecture Mission départementale de la culture de l’Aveyron

Intervention d’Acteurs Pupitres et Cie au relais d’assistantes maternelles Farfelune de Bozouls
Octobre 2012

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Langue occitane

Le CIRDÒC-Mediatèca occitana
Bientôt 40 ans au service du patrimoine occitan

“occitanes”. Le CIRDÒC a organisé cette année une vingtaine de rencontres littéraires et deux expositions dans le cadre du grand festival Estivada de Rodez en 2012. Depuis 2011, l'établissement développe la médiathèque numérique OCCITANICA (www.occitanica.eu), qui donne accès au patrimoine écrit numérisé par le CIRDÒC et ses partenaires. On y trouve aussi de nombreux médias en langue occitane ou d'initiation à cette culture : enregistrements sonores, films documentaires, expositions virtuelles... À l'instar de la médiathèque occitane “physique” de Béziers, la médiathèque en ligne, actuellement alimentée par les ressources numériques du CIRDÒC, propose de nombreux services interactifs : guichet questionréponse, numérisation à la demande, outils de recherche, bases de données spécialisées. Si le soutien des régions doit permettre en 2012 de donner accès aux collections numérisées de nombreuses institutions et bibliothèques, le CIRDÒC travaille déjà en Midi-Pyrénées avec les nombreux établissements concernés par le patrimoine occitan, parmi lesquels la Bibliothèque municipale de Toulouse, la Bibliothèque inter-universitaire, le Conservatoire occitan des musiques et danses traditionnelles, le Collège d'Occitanie ou CORDAE-La Talvera, afin de soutenir la numérisation des collections, la production et le référencement de ressources culturelles numériques.

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En 1974, l'écrivain Yves Rouquette réunit le temps d’une exposition au musée de Béziers, les grands monuments d’une culture alors méconnue. Le public découvre à travers manuscrits enluminés, incunables, imprimés rares, les chefs-d'œuvre littéraires, scientifiques et historiques en langue occitane. La nécessité d'une bibliothèque dédiée à la sauvegarde et à l'étude de ce patrimoine, à la diffusion des connaissances de la langue et de la culture occitanes, s'impose à l'esprit de nombreuses personnalités du mouvement occitaniste, alors à son apogée. En 1975, le Centre international de documentation occitane (CIDO) voit le jour. L’association reçoit immédiatement plusieurs donations importantes. Elle œuvrera pendant vingt ans à la collecte et à la diffusion auprès d'un large public de l'héritage littéraire et artistique occitan, à la richesse insoupçonnée. Afin de pérenniser la grande bibliothèque occitane, la Région LanguedocRoussillon et la Ville de Béziers créent en 1998, avec le CIRDÒC – Centre inter-régional de développement de l'occitan – le premier établissement public dédié à une langue minorisée. Devenu l'établissement de référence pour la sauvegarde et la mise en valeur de la culture occitane, le CIRDÒC travaille aujourd’hui avec le soutien du ministère de la Culture et des régions Midi-Pyrénées, Aquitaine et Rhône-

Alpes à développer un ambitieux projet scientifique et culturel visant à faire l'inventaire du patrimoine en langue d'oc et à le rendre accessible à tous. Avec un budget de près de 800 000 euros annuels dont plus de la moitié provient de la Région LanguedocRoussillon, le CIRDÒC est un cas rare en France de structure professionnelle entièrement dédiée à une langue dite “régionale”. L'enrichissement et la valorisation de ses collections patrimoniales – plus de 100 000 œuvres, documents et objets du XIIIe siècle à nos jours – fait partie des missions prioritaires du Centre. Il assure également dans ses locaux à Béziers le fonctionnement d'une médiathèque publique intégralement consacrée à l'étude et à la découverte de l'occitan, proposant en libre accès plus de 5 000 livres, revues, CD, partitions et DVD. Depuis la signature de la première convention de pôle associé avec la Bibliothèque nationale de France pour la valorisation du patrimoine documentaire occitan, les activités du CIRDÒC se tournent de plus en plus vers les projets de coopération avec les bibliothèques, archives, musées, associations et collectivités qui souhaitent mettre en valeur leur patrimoine. Chaque année, plus de 50 projets de coopération sont menés dans l'ensemble des régions

Dans le domaine du patrimoine écrit, le CIRDÒC travaille avec le Centre Régional des Lettres et la DRAC MidiPyrénées à réaliser l'inventaire des fonds documentaires occitans conservés dans la région afin de préparer les prochaines campagnes de numérisation. Après avoir été le premier conservatoire de la culture écrite occitane, le CIRDÒC-Mediatèca occitana tend à devenir aujourd'hui une tête de réseau pour les nombreuses institutions et associations qui œuvrent localement à la reconnaissance du patrimoine culturel en langue occitane, par-delà les frontières administratives.

Benjamin Assié
Conservateur, CIRDÒC

Contact : Lo CIRDÒC - Mediatèca occitana 1 bis boulevard Du-Guesclin B.P 180 - 34 503 Béziers . Tel. : 04.67.11.85.10 secretariat@cirdoc.fr www.locirdoc.fr

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Médiathèque occitane accès libre, du lundi au vendredi de 10h à 18h Services à distance : médiathèque numérique, reproduction de documents, guichet question-réponse, bibliographie occitane, répertoire des fonds sur www.occitanica.eu

Octobre 2012

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Edition

Le Pas d’Oiseau
Donner des lettres au sport et garder un œil sur les Pyrénées

Sept ans, voilà sept ans qu’est sorti notre premier livre, L’Ariège cycliste, qui portait en germe nos deux orientations éditoriales : le sport et les Pyrénées. Au préalable, j’avais co-fondé les éditions Mare nostrum à Perpignan avant de rejoindre Toulouse, ce qui m’avait donné un avant-goût des délices et difficultés de l’édition en région. Après avoir été correcteur dans la presse quotidienne puis dans la presse magazine, je décidais de me lancer dans l’édition en prenant la casquette d’auteur pour ce premier livre destiné à ouvrir la porte à d’autres manuscrits. Le fait que ma compagne soit graphistemaquettiste s’est d’emblée avéré précieux. Nous sommes donc deux pour traiter le maximum d’aspects du livre en interne, ce qui est vital pour une petite structure. Sans compter que nous travaillons aussi pour d’autres éditeurs en maquette et en correction pour faire durer le plaisir d’éditer. Car il y a un réel plaisir à éditer, surtout quand on fait face au regard émerveillé d’un auteur découvrant son premier livre. Ce rapport charnel à l’objet livre n’a pas été la moindre de mes surprises ni le moindre de mes plaisirs.

ment sportif générateur de mythologie, il continue de stimuler la plume de grands auteurs et invite au voyage et à la réflexion sur ce que fut l’irruption du sport dans la société moderne. À la manière d’un kaléidoscope, il a gardé une capacité à multiplier les regards : n’est-il pas à la fois un instrument géographique (récits de voyage), un témoin de l’Histoire (l’imagerie des congés payés de 1936) et un moteur de la création littéraire (par le rapport qu’il entretient avec l’enfance). D’ailleurs, peu de sports ont généré autant de littérature que le cyclisme. Avec notre collection “Du petit véhicule”, nous essayons de tirer le sport du côté de la littérature pour le sortir du strict domaine de la performance. En témoignent le Je me souviens de Maître Jacques plus proche du haïku que d’une page de L’Équipe, ou encore le Fignon ! excercices d’admiration proposé par un prof de philo fan du champion trop tôt disparu. Si les cyclistes sont parfois un peu désarçonnés par ces approches, d’au-

tres lecteurs peuvent bénéficier de ce décloisonnement. C’est tout l’enjeu de cette collection à petit prix qui ne s’interdit pas la réédition de curiosités cyclistes comme le Bicyclette et Organes génitaux de l’inénarrable docteur O’Followell initialement paru en 1900.

Multiplier les regards sur le sport
Susciter et publier des réflexions autour du sport en général répondait aussi à un constat. Si la culture anglophone a su depuis longtemps multiplier les regards sur le fait sportif, notamment sur les plans de l’histoire et de la sociologie, en France le domaine est encore peu exploré. D’où la difficulté des libraires à ranger certains de nos titres. Faut-il classer 14-18, le sport sort des tranchées au rayon Histoire, ou faut-il le mettre au rayon Sports au côté de monographies consacrées à la vie d’un club ou à la gloire d’un champion ? Et que dire de notre Ubu cycliste qui rassemble tous les écrits d’Alfred Jarry sur le vélo ? Un vrai casse-tête… qui n’a pas empêché ce petit livre de

Tirer le sport du côté de la littérature
C’est d’abord dans l’univers du vélo que nous avons bâti notre catalogue. Le fait que je sois moi-même “vacciné au rayon de bicyclette” a facilité les contacts avec les Jean Bobet, Antoine de Caunes, Jean Durry, Paul Fournel, Serge Laget ou encore Jacques Seray – tous gens bien nés dans la grande famille du Cycle que nous avons publiés ou qui ont préfacé certains de nos titres. Dès ses débuts, le vélo fut plus qu’un outil de déplacement. Instru-

trouver son public et d’être traduit en Italie par un éditeur à vocation résolument littéraire. Ce qui tendrait à prouver que l’intérêt pour le sport n’est plus tabou dans le monde intellectuel. Quel rapport entre La Légende de l’escrime – qui montre comment la pratique trop répandue du duel a été codifiée pour limiter l’hécatombe – et À l’école du monde, récit de voyage cycliste d’une jeune instit à travers le monde ? Le sport. Les regards distanciés sur le fait sportif sont plus rares que ceux motivés par la nostalgie ou l’admiration, ils sont donc d’autant plus précieux. Raconter le Tour 1914 1 qui démarre le jour de l’assassinat de Sarajevo est un de ces tours de force réussis. Se pencher sur les rapports entretenus par le sport et la presse sous l’Occupation 2 en est un autre. Dans ces deux livres, le sport offre une grille de lecture inattendue de l’Histoire. Nous avons aujourd’hui plus de vingt titres sur le vélo et le sport en général. Au dire de notre diffuseur Pollen, on nous reconnaît même cette spécificité en librairie.

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L’ÉDITION SPORTIVE GAGNE MIDI-PYRÉNÉES… Version originale
Créées en mai 2000, les éditions Version originale publient des ouvrages sur les activités de pleine nature dans les Pyrénées (randonnée, alpinisme, escalade, VTT, raquettes, ski, ski de rando...), diffusés par Cairn et Rando Diffusion. La collection “Hors Sentier” présente des beaux livres pratiques proposant des itinéraires inédits dans les Pyrénées : agrémentés de somptueuses photos, de récits authentiques et de topos pratiques, ces livres s'adressent donc non seulement aux amateurs d'évasion dans la nature mais également à tous les amoureux des Pyrénées.
Version originale Vincent Paquier, Directeur de la publication 125, avenue Jules Julien - 31400 Toulouse Tél. : 05.62.26.14.88 v.paquier@respyr.com

Redécouvrir les Pyrénées
En tant qu’éditeur, nous avons vite compris qu’il fallait savoir descendre du vélo pour apprécier le paysage. En effet, si pour nous le thème du sport est bien plus qu’une niche, nous avons tout aussi vite mesuré le volume réduit de son lectorat. Notre regard s’est alors naturellement tourné vers les Pyrénées et l’Ariège en particulier, ce département au cœur du massif mais quasiment oublié du monde éditorial en dépit de la richesse et de la singularité de son histoire. Pour ce deuxième aspect de notre catalogue nous avons un fonctionnement assez différent. Nous doublons la diffusion nationale mal opérante sur ces territoires plus secrets par une présence personnelle plus assidue sur le terrain. La fréquentation des libraires est riche d’enseignements pour suivre de près la vie de nos titres et découvrir à travers leurs suggestions des pistes de réédition ou même de rencontres d’auteurs en quête d’éditeur, tout en laissant à d’autres éditeurs mieux armés l’armada des guides. Nous ne nous privons pas non plus de parler de nos projets à ces libraires pour en mesurer la pertinence et parfois en ajuster le tirage. C’est là une part de leur métier qui les sort de la gestion froide et envahissante du flux d’offices assenés par les grosses écuries. Les libraires apprécient d’ailleurs qu’on leur fasse jouer ce rôle majeur mais délaissé par manque de temps. Comme il est difficile d’être partout à la fois, nous nous appuyons aussi sur l’éditeur-diffuseur palois Cairn pour la partie occidentale des Pyrénées. C’est

un complément et une ouverture nécessaires pour certains de nos titres. Je pense surtout aux livres d’Alain Bourneton, auteur pyrénéiste reconnu qui nous est fidèle depuis la création du Pas d’oiseau. Ses livres sur l’isard et sur Gavarnie sont des titres de fonds qui nous ont donné une certaine notoriété sur les Pyrénées et même au-delà. Sa grande connaissance de la bibliophilie pyrénéenne nous est d’autre part très précieuse.

Et pourquoi Le Pas d’Oiseau ?
“Parce que, au passage d’un col, seul le vélo sait offrir à celui qui passe à la fois la sensation du marcheur et la vision de l’oiseau.” C’est aussi le nom qu’on donne en Ariège aux toits à redans de ces granges qui ponctuent des routes souvent délectables à bicyclette. Reste à trouver de nouveaux parcours susceptibles d’aiguiser de nouveaux regards.

La tentation du “beau livre”
Sur les Pyrénées comme sur le sport, nous avons tenté l’aventure de quelques beaux livres. Et tant mieux si L’Escalier des géants 3 – qui célébrait par le pastel et l’encre le centenaire du Tour aux Pyrénées – s’est fait le miroir de nos deux facettes éditoriales. C’est gratifiant sur le plan créatif mais nous avons dû constater que nous n’avions pas une diffusion assez efficace pour se lancer dans ce type d’ouvrages qui nécessite un tirage plus élevé pour rester à des prix de vente abordable, conjoncture oblige. Sans s’interdire de faire du “beau livre“, on reste prudent. De par leur situation géographique, les Pyrénées ont souvent été au premier plan dans l’histoire de la France et de l’Espagne. C’est cet aspect qui s’est imposé à nous et s’est matérialisé sous forme de témoignages ou d’analyses concernant en particulier le rôle des passeurs pendant la guerre. Mais on aimerait bien sortir de ce registre pour donner à découvrir des facettes plus contemporaines des Pyrénées, où les modes de vie ont été révolutionnés par la déprise agricole associée aux nouvelles migrations.

Henri Taverner,
Fondateur et responsable des éditions Le Pas d’Oiseau
Contact : 176, chemin de Lestang - 31100 Toulouse Tél. 05.61.41.27.09 contact@lepasdoiseau.com www.lepasdoiseau.fr

Savoir Gagner
Créées en 1997, les éditions Savoir Gagner sont spécialisées dans la publication d’ouvrages techniques et pédagogiques en direction des éducateurs et des entraîneurs sportifs. Que le lecteur soit débutant ou pratiquant confirmé, encadrant ou étudiant, Savoir gagner propose des livres accessibles, concrets et exhaustifs qui répondent à ses attentes. Pour atteindre cet objectif, cette maison d’édition collabore avec les directions techniques nationales des différentes fédérations françaises pour trouver les meilleurs auteurs et offrir le meilleur contenu qui puisse permettre au lecteur sportif de bien progresser, de prendre le maximum de plaisir dans sa pratique et, lors de ses compétitions, l’aider à gagner...
Éditions Savoir Gagner Georges Fernandez 216, rue Henri Desbals - 31300 Toulouse info@savoirgagner.com www.savoirgagner.com

1. Le Tour de France 1914, de la fleur au fusil à la baïonnette au canon, Jean-Paul Bourgier 2. La presse et le sport sous l’Occupation, Jacques Seray 3. L’escalier des Géants, célébration du Tour aux Pyrénées, Jean-Michel Linfort

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Librairie

“Les Beaux Jours”à Tarbes
Chronique du renouveau de la librairie indépendante
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Le projet "Les Beaux Jours" s'est enfin concrétisé. La librairie - seule indépendante à Tarbes - existe bel et bien depuis novembre 2011. Comme toutes les créations, elle est précédée d'une histoire : explications…

Une rupture salvatrice
L'année 2009 s'est chargée de bouleverser notre vie professionnelle : trois licenciements économiques à la librairie, dont celui de Florence. L'affaire a fait grand bruit à Tarbes, provoquant une forte mobilisation. Voyant les conditions de travail se dégrader, Hélène a fini par quitter le navire en 2010. Au fil des mois qui ont suivi ces évènements, créer une librairie indépendante à Tarbes est devenu une évidence pour nous, chacune de notre côté. Nous vivons toutes les deux à Tarbes depuis de nombreuses années. Nous y avons tissé des liens tant personnels que professionnels, liens qui se sont renforcés et étendus avec l'affaire des licenciements. Au cours des années, nous avons vu cette ville se transformer. Avec le déclin de l'industrie, l'économie de Tarbes repose désormais sur le secteur tertiaire. Mais surtout, le paysage de la librairie a été totalement modifié. Lhéris, belle librairie indépendante de centre-ville, est devenue Chapitre.com par le jeu des rachats. La dernière librairie indépendante Librairie Le Pic du Midi, plutôt spécialisée dans le scolaire - a fermé ses portes en 2010. Avec l'Espace culturel en périphérie, il ne restait donc que les chaînes pour représenter l'offre. Nous le déplorions toutes les deux. Dans cette ville de 50 000 habitants, il y avait une place pour une librairie indépendante. Le moment était venu de la créer.

retrouver du temps et du lien, créer un commerce culturel de qualité qui s'inscrirait dans un quartier, dans la ville, dans la région. L'objectif : créer un lieu singulier, chaleureux, accueillant, convivial, en proposant une offre riche et variée, en privilégiant le conseil personnalisé. Nous imaginions un lieu qui nous ressemble, mais dans lequel le public se sentirait chez lui. Un lieu d'évasion, un havre de paix, tout autant qu'un espace d'échange, de débat, de réflexion.

Une rencontre
C'est à l'Espace culturel du Centre Méridien à Ibos que nous avons “fait nos armes”. Un Espace culturel plutôt atypique, tenu par des professionnels qui pouvaient y exercer leur métier de libraires, soucieux de défendre la diversité culturelle de l'édition en toute autonomie. C'est là que nous nous sommes connues, que nous avons travaillé en étroite collaboration pendant deux ans. Nous nous partagions la responsabilité du secteur Sciences humaines en plus de deux secteurs supplémentaires : Cuisine pour l'une et Beaux-Arts pour l'autre. Nous nous sommes rapidement découvert un même regard sur le métier, un même désir de promouvoir la création, qu'elle soit littéraire ou graphique, une même envie de proposer un regard critique sur la société, et la même tendance à l'éclectisme. Un même regard, donc, mais deux sensibilités distinctes, des centres d'intérêts différents, deux personnalités qui, dans la pratique quotidienne de notre métier, se sont révélées complémentaires.

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La genèse du projet de librairie indépendante
Formalisation et recherche de financements Après avoir couché les bases du projet sur papier, nous nous sommes mises en quête de conseils et avons contacté de nombreux professionnels (Centre Régional des Lettres, Centre national du livre, DRAC MidiPyrénées, Association pour le développement de la librairie de création, Conseil Général, Chambre de commerce et d’industrie, et quelques libraires indépendants de la région). Pas à pas, notre projet s'est précisé et a pris forme. Chaque rencontre a été déterminante dans l'avancée de notre création, et nous a confortées dans la vision que nous avions du rôle de la librairie indépendante. La recherche d'informations, la préparation et la rédaction d'un dossier de présentation du projet fut un travail de titan, mais une étape cruciale de sa réalisation qui nous a largement préparées à notre quotidien de libraires indépendantes. C'est à ce moment que nous avons commencé à mesurer l'engagement que nécessite une telle démarche. Grâce à ce travail, nous avons pu bénéficier de toutes les aides à la

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Carnet rose
Deux librairies ont annoncé leur ouverture à l’automne 2012 • Une librairie généraliste à Lourdes créée par Stéphane Vernissé : de Square ; • Une autre librairie généraliste à Escalquens dirigée par Nicole Feries : Escalire.
Plus d’informations en temps et en heure sur www.crl-midipyrenees.fr

Nous partagions également la frustration de ne pas toujours pouvoir pratiquer notre métier tel que nous l'envisagions ; dans une grande surface culturelle, le rythme de travail, l'énormité des "volumes" nous éloignaient toujours plus d'un rapport de proximité, d'échange, de dialogue avec le public. Et le lieu ne se prêtait ni à la mise en valeur des livres que nous voulions défendre, ni à l'organisation d'animations culturelles. Tout nous semblait avalé par la galerie marchande et ses "flux" anonymes.

Renouer avec le concept du commerce de proximité
Notre idée était de proposer une alternative aux grandes surfaces culturelles, de rompre avec leur tendance à l'uniformisation, de sortir des politiques de diminution des stocks et des effectifs. Nous voulions

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création que nous avions sollicitées, prêt bancaire compris, sans difficulté particulière, à notre grande surprise. Recherche d’un local Parallèlement, nous recherchions un local qui puisse accueillir ce lieu singulier que nous imaginions. Il fallait aussi qu'il soit bien placé. Nous avons trouvé, après un mois et demi de recherches, un local non loin du centre, situé sur une avenue passante. Une ancienne boutique d'apothicaire miraculeusement préservée à travers les décennies : 90 m² de surface totale, comprenant une coursive en bois sculpté inutilisable pour la surface commerciale, mais qui apportait un cachet non négligeable au lieu. Facilité de parking, proche de toutes commodités, loyer raisonnable, propriétaire bienveillant : nous n'avons pas hésité longtemps. Sol, électricité, peintures ont été entièrement refaits pour redonner tout son charme à ce local qui avait été négligé. Constitution et évolution du fonds Autre étape cruciale : la constitution de notre stock, qui représente un équilibre subtil entre nos penchants personnels et ce que nous supposions de l'attente de notre future clientèle. Entre éclectisme et exigence, une offre tous publics mais qualitative et une valorisation du fonds, qui nous permettent de nous démarquer des grandes enseignes. La Jeunesse est chez nous le secteur le plus important, permettant ainsi de

répondre à une forte demande des enseignants et des bibliothécaires, notamment. Un secteur riche et créatif que nous aimons aussi parce que les conseils du libraire y sont essentiels. La Littérature est également un secteur de prédilection que nous travaillons avec passion et soif de découvertes, tourné davantage vers la littérature contemporaine et les auteurs "culte" que vers les "classiques". Puis un rayon Sciences humaines très positionné : psychanalyse et psychologie plutôt que développement personnel, des ouvrages de pensée critique très présents qui correspondent à notre clientèle militante autant qu'à notre désir d'apporter un autre regard sur la société. Enfin, un petit secteur Pratique (cuisine et nature) et un secteur BeauxArts principalement axé sur les arts graphiques, l'art contemporain, la photo et le rock. Cela fait maintenant huit mois que nous avons ouvert. Peu à peu, notre réseau se développe, le bouche à oreille fonctionne, la librairie vit. Nous sommes assaillies de compliments et de propositions : on nous dit que le lieu enchante. Un attachement se crée avec notre clientèle : nous sommes toujours les premières surprises de voir à quel point le public est prêt à suivre nos choix : nos "best-sellers maison" sont nos coups de cœur. Nous défendons des ouvrages, des auteurs, des éditeurs qui innovent et proposent un travail de qualité, qui soignent le fond autant que la forme. Ce sont eux que nous mettons le plus régulièrement en avant : Finitude, Gallmeister, Monsieur Toussaint Louverture, pour ne citer que ceux-là. Mais nous nous efforçons de rester à l'écoute de la demande. Notre fonds ne cesse d'évoluer : nous créons de nouveaux secteurs, en diminuons d'autres, réajustons l'offre de départ tout en gardant notre identité.

Ce fonds, nous ne cessons de le faire vivre par nos conseils, par sa "mise en scène" sur table ou en vitrine en créant des thématiques, des croisements avec les nouveautés. Toujours instinctivement, par association d'idées, en toute subjectivité (et très très loin des études de merchandising).

Une politique d’animations et d’ouverture dynamique
L'animation culturelle est un moteur qui a pris toute son importance depuis notre ouverture : pas moins de douze rencontres en huit mois ! Lectures de poésie, rencontres avec des auteurs de romans (autour de deux coups de cœur, notamment : Oscar Coop-Phane pour Zénith Hôtel et Bruce Machart pour Le Sillage de l'Oubli), conférence-débat autour des enjeux de la Bio, rencontre dans le cadre du Marathon des Mots, nous avons même accueilli une troupe de théâtre locale qui a joué sa dernière création en utilisant tout notre espace, placards et coursives compris ! Ces animations se font à notre initiative, en partenariat avec les éditeurs, ou bien à l'initiative des acteurs culturels locaux qui ne manquent pas de nous solliciter… une autre manière de faire vivre la librairie en tant que lieu culturel et espace de découverte, de débat. En avril dernier, nous avons ouvert notre blog : un outil de communication fabuleux qui permet de relayer l'information sur notre programme d'animations, de chroniquer nos coups de coeur, de partager nos humeurs, de prolonger le travail que nous faisons en magasin et de provoquer l'envie de venir nous rendre visite.

nous avons dû faire face, comme tout le monde, à une baisse de la fréquentation au printemps ; nous avons misé sur le bouche à oreille plutôt que sur l'achat d'encarts publicitaires pour nous faire connaître, ce qui demande du temps… Nous faisons l'expérience de la réalité des libraires indépendants : un commerce fragile, qu'il faut défendre quotidiennement avec les moyens du bord. D'où l'intérêt d'échanger avec d'autres libraires indépendants et de travailler collectivement. Nous sommes adhérentes à l'ALIMP (Association des libraires indépendants en Midi- Pyrénées) et participons à un groupe de travail pour la mutualisation des animations sur le réseau des librairies en Midi-Pyrénées, que nous espérons mener à bien dans les mois qui viennent. Les contraintes, les doutes font partie de notre quotidien. Mais nous connaissons également de grandes joies, des échanges d'une grande richesse, et faisons constamment de belles rencontres, encouragées par une clientèle extrêmement attentionnée et bienveillante. Nous faisons notre métier tel que nous le concevons, et connaissons une liberté qui n'a pas de prix.

Hélène Serra et Florence Andrieu, libraires
Contact : Librairie Les Beaux jours 18 avenue de la Marne – 65000 Tarbes Tél. : 05.62.34.44.69 librairie.beaux-jours@orange.fr www.librairielesbeauxjours.fr

Bilan d’étape
Aujourd'hui, nous pouvons dire que nous ne sommes pas loin d'atteindre nos objectifs, malgré l'adversité. Nous avons appris l'augmentation de la TVA au moment où nous avons ouvert ;

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Médiathèques

La médiathèque Grand M
Trait d’union de la proximité

attend : passé l’effet d’annonce, comment fidéliserons-nous ce public peu habitué aux codes des bibliothécaires.

C’est un franc succès, peut-être grâce à :
Une équipe qui a réfléchi à sa place dans une médiathèque de lecture publique en quartiers sensibles ? Un organigramme aux fiches de poste adaptées, fonctionnelles ? Le bâtiment ? Une communication à l’écoute des attentes des usagers, des professionnels des bibliothèques et des partenaires des quartiers de la Reynerie et de Bellefontaine ? Une équipe de direction sensibilisée à un public différent ? Un projet architectural, une volonté municipale, un fort investissement de l’Europe ? C’est tout cela et bien autre chose que nous ne maîtrisons pas…

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matérielles ou immatérielles à tous et toutes… sans différenciation d’âge, de genre, de culture religieuse ou autre. Son activité principale est la rencontre de l’autre, celui qui ne croit pas qu’il a droit à la culture puisqu’il ne sait pas ou peu lire… C’est aussi celle qui fait le lien avec les services de l’action culturelle de la BMVR et la médiathèque Grand M, et avec tous nos partenaires du Mirail. Une responsable “image et son” (musique et cinéma) : c’est être dans la société d’aujourd’hui, c’est être à l’aise avec les addicts, les zappeurs du tout écran, c’est savoir transmettre des connaissances, qu’elles soient musicales ou cinématographiques, à chacun (e) d’entre nous ; c’est connaître les nouvelles pratiques culturelles des usagers. Autre innovation, des outils professionnels adaptés et efficients : planning, fiches de poste, formation à l’accueil des publics dit difficiles en amont de l’ouverture, et des outils qui évoluent depuis.

d’accepter l’autre dans toute sa complexité et sa complétude… L’équipe Grand M : ce sont toutes ces interrogations qui font grandir et c’est : un bibliothécaire, cinq assistants qualifiés de conservation (un responsable jeunesse, un responsable Adultes, un responsable “image et son ”, un médiateur multimédia et enfin une médiatrice sociale et culturelle), sept adjoints du patrimoine, deux agents de régulation et accompagnateurs à l’automate de prêt, deux agents d’entretien, huit étudiants et… une directrice, des conservateurs, des bibliothécaires, des collègues du réseau, de la médiathèque et de Périgord. Par leurs regards, leur écoute, leurs attentions, leurs gestes d’amitié professionnelle, tous et toutes ont contribué à ce que nous puissions avancer au gré des vents même s’ils sont parfois contraires.

De grandes chauffeuses pour le coin cinéma

Au printemps dernier, un nouvel équipement est venu compléter l’offre de lecture publique du réseau toulousain, composé désormais de 20 bibliothèques de quartier, de la médiathèque José Cabanis, de la bibliothèque d’étude et du patrimoine, et d’un service de bibliobus. La médiathèque Grand M a été conçue pour faire le pont entre les quartiers de la Reynerie et de Bellefontaine, entre la bibliothèque de quartier et le centre-ville, entre les professionnels de la lecture et des publics diversifiés, usagers ou non. Un pari audacieux, à la fois politique, culturel, social, mais également urbanistique, où l’architecture a son mot à dire pour offrir proximité et convivialité …

En quoi cette équipe innove ?
Un médiateur multimédia de catégorie B n’est pas classique en filière culturelle. Il nous a paru essentiel qu’il soit à égalité avec les assistants. Nous voulions affirmer la place des collections numériques aux côtés des collections physiques. Réfléchir à quoi sert un animateur multimédia… c’est répondre : un médiateur sert un groupe d’usagers complètement différents dans ses pratiques et ses attentes. C’est un homme ou une femme qui accompagne des publics variés vers l'autonomie, dans les usages quotidiens des technologies, services et médias numériques de la Bibliothèque municipale à vocation régionale (BMVR) et ailleurs. C’est également une personne qui apporte un regard nouveau sur les ressources dématérialisées, un professionnel qui est convaincu que le numérique est une ressource à part entière comme le livre, le CD et le DVD. Une médiatrice sociale et culturelle : c’est prendre en compte que nos codes de lecture ne sont pas uniques. Une médiatrice est celle qui fait tomber les barrières, qui offre des collections

Martine Itier-Coeur
Bibliothécaire, responsable du Grand M
Contact : Médiathèque Grand M 37 avenue de la Reynerie – Toulouse Tél. : 05.81.91.79.40 http://grandm.bibliotheque.toulouse.fr www.bibliotheque.toulouse.fr Horaires d’ouverture Mardi : 10h-13h 14h-19h Mercredi : 10h-13h 14h-19h Jeudi : 14h-19h Vendredi : 10h-13h 14h-19h Samedi : 10h-19h Dimanche : 14h-18h Grand M en chiffres Collections : 24 000 livres, 5 000 CD et 4 000 DVD Personnel : 25 personnes • Surface : 1 400 m² Coût : 6,185 millions d’euros (Mairie de Toulouse, Agence nationale pour la rénovation urbaine, Région Midi-Pyrénées, Union Européenne)

Une médiathèque : pourquoi ?
Qui voulons-nous comme lecteurs ? Ceux qui nous fréquentent déjà ? Les séjourneurs ? Les pertubateurs ? Des ados, des femmes venues d’Europe de l’Est, du Sri Lanka ou du Maghreb ? Qu’est ce qui les réunit dans ce lieu ? Le lieu chaleureux ? La presse quotidienne ? La machine à café ? Les 3 écrans TV ? Les postes multimédias ? L’@telier ? L’auditorium ? Les postes d’écoute ? Les collections acquises pour un public ciblé. Mais est-ce suffisant ? Une médiathèque en quartiers sensibles ou ailleurs, c’est peut-être un regard différent, c’est lutter jusqu’à bannir en chacun de nous, le “barbare” civilisateur ; c’est accepter la culture de l’autre. Ce n’est pas inné de regarder l’autre et de se dire qu’il va nous apporter une réponse tout en diversité, ce n’est pas confortable d’être obligé de réfléchir à nos comportements, nos certitudes et
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Premières impressions après ouverture
La médiathèque Grand M a ouvert ses portes le 27 mars : ce fut un bel instant, très émouvant ! Depuis de longs mois, chacun(e) travaillait pour ce moment : c’était l’émoi… et l’interrogation : est-ce que le public sera au rendez-vous ? Ce fut un franc succès : 2 200 inscriptions en deux mois et l’accueil des publics que nous n’avions pas imaginés… Ne nous berçons pas d’illusions : une médiathèque qui ouvre ses portes, c’est comme le montreur d’ours sur la place publique ou comme le cirque dans certaines places de villages estivaux… Demain un dur labeur nous

L'espace jeunesse : apprendre en s'amusant

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© Arthur Péquin

© Arthur Péquin

Le parvis, trait d'union entre la médiathèque et la ville

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La lumière naturelle entre jusqu'au cœur des espaces de lecture

Une oasis au cœur d’un territoire en mutation
Delphine Costedoat* - À partir de quels éléments avez-vous imaginé l’inscription urbaine de la médiathèque Grand M dans ce quartier du Mirail ? atelier d’architecture King Kong - La
nouvelle médiathèque et son parvis s’inscrivent dans un vaste projet de renouvellement urbain (projet ANRU) développé par la Ville de Toulouse. Les enjeux multiples liés à cet équipement impliquaient ainsi la requalification des espaces libres, et la création d’un symbole architectural et programmatique fort. Dans ce secteur du Mirail, la trame mise en place par Georges Candilis entre 1961 et 1971 est fortement délitée : ce qui s’est construit dans le prolongement de ce très beau travail moderne est déstructuré : il était important de doter le quartier d’un nouvel équipement facteur d’identité, venant s’ajouter à ceux qui ont déjà été réalisés ou rénovés (Centre culturel Alban-Minville, future Maison de l’Image…). Les abords immédiats de la médiathèque sont constitués d’espaces libres végétalisés, d’immeubles de logements de grande hauteur (10 à 14 niveaux), de style moderne, ainsi que de maisons individuelles à étages. L’espace constructible proposé se caractérisait d’autre part par un certain nombre de contraintes. Les reculs réglementaires vis-à-vis des parcelles voisines et des voiries, tout comme la présence du métro en sous-sol, ont ainsi fortement orienté la morphologie du bâtiment.

l’espace public située dans le prolongement du parvis (via la construction d’un auvent). Cette succession d’espaces tampons, diluant la frontière entre l’extérieur et l’intérieur, permet de dilater l’espace même de la médiathèque : la structure, ouverte sur son environnement proche, se fait accueillante. Ce jeu d’une double enveloppe qui tantôt s’écarte du noyau principal, tantôt s’en rapproche, donne une ampleur accrue au bâtiment, tout en répondant à des besoins thermiques. Cette enceinte légère, aux aspects et matérialités contrastés, a permis de créer des entre-deux, et de gérer les apports de lumière naturelle à l’intérieur de la médiathèque. Dans le corps central de celle-ci, sont situés les ouvrages, DVD, etc. Le volume émergent du bâtiment suit, en plan, les mêmes dimensions que cet espace : il en est réellement l’émanation. Ce niveau supérieur abrite les bureaux de l’administration. Le traitement spécifique des toits terrasses correspond au fait qu’ils sont très visibles depuis les logements situés dans les tours voisines, ainsi qu’à des questions de protection thermique et de performance environnementale. Nous avons pris le parti de concevoir les espaces de lecture et de travail de la médiathèque comme des espaces clos, protégés des nuisances diverses : une médiathèque est pour nous aussi une oasis, et tout le contraire d’un supermarché ! Ce qui n’empêche pas que les salles soient

généreusement éclairées, les fenêtres cadrant des vues distanciées sur un environnement sans réelle qualité architecturale, et ainsi dématérialisé, mais aussi sur les jardins de contemplation, accentuant encore cette forme de mise à distance ou à l’abri des rumeurs du monde… Le public et le personnel y restant bien sûr connectés !

DC - Le traitement du parvis permet en effet de marquer encore davantage la présence de la médiathèque dans le quartier. AAKK - Le parvis est un élément fort du
projet. Connecté d’une manière fluide aux espaces publics environnants, il constitue un “écrin” magnifiant la médiathèque, mais joue aussi le rôle de lieu de convivialité et de rencontre entre les usagers et les riverains. Des arbustes, envisagés comme autant de “lames” végétales, protègent les visiteurs des vents dominants. Des bancs, des candélabres, renforcent la vocation urbaine de ce prolongement quasiorganique du bâtiment, dont la surface est revêtue de dalles de pierre naturelle, mises en œuvre avec précision et dynamisme, en écho aux lignes de force principales du site. Implantée à l’est du parvis, la fontaine est conçue telle une résurgence de la rivière souterraine qui, émergeant au niveau du dallage, viendrait se déverser dans un bassin incliné au pied du bâtiment. Les plaques de caillebotis métallique se substituent ici aux dalles de pierre, et

permettent de percevoir (autrement dit de voir et d’entendre) la présence de l’eau bouillonnante. Occasionnellement, elles libèrent des nappes de brume. L’ensemble est mis en lumière, renforçant ainsi l’aspect chaleureux et animé du parvis. Si celui-ci reste avant tout minéral, il accueille un talus planté d’arbres de Judée dans sa partie nord, les écrans végétaux étant constitués de cyprès. En conclusion, il est important de souligner que nous n’avons jamais eu l’intention de nous inscrire en rupture avec l’urbanisme moderne de Georges Candilis. Notre idée a été au contraire de puiser dans l’histoire du Mirail pour lui composer un prolongement différent, mais permettant de lier le présent et le passé : cette attitude est d’ailleurs une constante dans tous nos projets.
*Delphine Costedoat est historienne de l’art, critique d’architecture

Contact : Atelier d’architecture King Kong, 72 cours du Médoc - 33300 Bordeaux Tél. : 05.56.43.08.69 atelier@kingkong.fr Paul Marion Jean-Christophe Masnada Frédéric Neau Laurent Portejoie Architectes DPLG associés

DC - Pouvez-vous expliquer vos choix quant à cette morphologie ? AAKK - Le bâtiment répond aux contraintes du site d’une manière quasi-outrancière. Le rez-de-chaussée a été conçu telle une “enceinte englobante”, embrassant à la fois l’édifice, un espace végétal créé autour d’un magnolia (le patio), et la partie de

© Arthur Péquin - graphisme Julie Soistier

Les nichoirs : la nature est accueillie sous toutes ses formes

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Une signalétique ludique et non convenue

Le jardin de contemplation, espace où le regard s'apaise

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Autour du livre

Consultant spécialisé en édition
dédié à la petite et la moyenne édition Ou comment aider un jeune éditeur à survivre dans un monde de brutes *

C'est sur un quai de métro parisien qu'un éditeur lyonnais a parfaitement défini la spécificité de mon travail : “En fait, tu es là pour nous décoller le nez du carreau ou plus exactement la tête de l'écran”. Mon métier consiste en effet à apporter aux éditeurs petits et moyens une distance et un autre regard, que ce soit sur la production (ce qui n'est pas toujours facile car l'éditeur n'est pas homme à se remettre en cause simplement), sur la commercialisation ou sur les moyens de donner une meilleure visibilité à leurs ouvrages. Mon métier peut aussi consister à trouver le bon expert comptable connaissant bien les arcanes de la comptabilité de l'édition ou d'apporter un éclairage différent sur un éventuel problème juridique car tout a déjà été inventé en terme d'édition et tout reste à inventer. Depuis 2001, je travaille en indépendant comme consultant spécialisé dans l'édition entièrement dédié à la petite et à la moyenne édition. Dans un premier temps, cela s'est structuré sur l'idée qu'un jeune éditeur n'a pas les moyens de se payer un directeur commercial à plein temps. Lorsque j'ai commencé à envisager cette idée de directeur commercial à temps partagé, j'en ai parlé à mon ami Lionel Hoebeke. C'est grâce à lui et à notre collaboration que j'ai pu prendre le risque de sauter le pas et de vivre de l'indépendance, aidé en cela par Jean Baptiste Gilou qui fut avec les éditions La Sirène mon deuxième client. Il s'agissait alors d'être directeur commercial éditeur. Dans le cadre de cette mission de direction commerciale, les différents axes d'intervention sont : - Gérer les rapports avec le diffuseur, de l'animation de la réunion représentant à la conception des argumentaires, de l'analyse des statistiques de vente à la gestion des grands comptes. L'analyse des ventes par réseaux de clientéle peut ainsi permettre une diminution du taux de retours et donc une augmentation du solde de vente nette. Même si le bon diffuseur est

celui qui met le bon titre dans la bonne quantité dans le bon point de vente, il s'agit aujourd'hui de l'accompagner sans rentrer dans la stratégie de la tension mais en étant dans une vraie stratégie de partenariat. - Développer l'implantation en enseignes qui répondent au nom barbare de GSS (Grandes surfaces spécialisées... comprendre Fnac, Virgin, Cultura...). - Etablir des plans de promotion et mettre en place des campagnes en points de vente. Aujourd'hui, on constate que les représentants s'attachent surtout à vendre les nouveautés, que les libraires, face à l'importance de l'offre, diminuent la part du fond dans leurs magasins et sélectionnent de manière de plus en plus drastique les nouveautés qu'ils présentent. Il s'agit alors de développer des campagnes qui se feront de manière récurrente de façon à pouvoir mettre en avant le fond de catalogue. - Le libraire est l'acteur majeur de la vente du livre. Il s'agit donc de ne pas laisser au diffuseur le seul lien entre l'éditeur et le libraire et d'installer une communication directe entre l'éditeur et le libraire. - Construire une programmation cohérente tant en terme de périodicité (à titre d'exemple, il n'est pas conseillé de publier une nouveauté après le 10 novembre) qu'en terme de nombre de titres (ainsi installer une collection avec deux titres dans l'année est une hérésie.) La stratégie commerciale rejoint alors la stratégie éditoriale. Toutefois, rapidement, j'ai souhaité ne pas rester enfermé dans ce concept de direction commerciale et je me suis tourné vers le développement. En effet, le jeune éditeur a souvent besoin d'un regard extérieur et d'une distance car, pour lui, tous les ouvrages qu'il édite sont les meilleurs et les plus beaux et seront, à n'en pas douter, la meilleure vente du moment. Il s'agit alors de lui apprendre à hiérarchiser sa production et à définir des priorités.

Dans ce cadre, mon intervention peut aborder les champs suivants : - restructurer un catalogue. J'ai connu un éditeur de sciences humaines qui avait deux collections : Essais et Documents. Cela devenait un gigantesque “fourre tout”. La création de collections “Société”, “Politique”, "Economie", "Philosophie" a permis une meilleure identification de l'éditeur en librairie ; - Rénover une collection et, éventuellement, modifier sa charte graphique ; - Aider l'éditeur à définir un ligne éditoriale et faire qu'il reste dans ce cadre. En effet, il y a toujours un manuscrit génial à éditer même si c'est un roman classique qui arrive sur le bureau d'un éditeur de livres de cuisine ou un polar écrit par le meilleur ami de la femme de l'éditeur de livres pour enfant ! - Enfin, mettre une politique éditoriale en perspective sur trois ans afin d'inscrire le jeune éditeur dans une perspective de développement, qui ne doit pas forcément passer par une production accrue, mais peut être par l'exploration de nouveaux segments en rapport avec la spécificité de l'éditeur et/ou par le développement d'une gamme à partir d'un ou de plusieurs ouvrages déjà édités. À titre d'exemple, un éditeur spécialisé dans la cuisine alternative peut se développer dans l'habitat alternatif ou le bien être, restant ainsi dans le champ du livre pratique ou la notion d'alternatif et d'engagement est l'élément fédérateur. Au côté de ces missions qui s'inscrivent dans la durée, j'interviens souvent ponctuellement soit pour analyser une structure de catalogue et donner des pistes de développement, soit pour évaluer la pertinence d'un type de commercialisation mais, dans le cadre de ces interventions de courte durée, la mission principale pour laquelle l'on fait appel à mes services est la recherche d'un diffuseur distributeur et la négociation du contrat. Sur les sept pages de celui-ci, la majorité des clauses sont léonines et il s'agit surtout de s'attarder sur les cinq clauses les plus importantes. D'autre

part, il y a peu de diffuseurs distributeurs pertinents alors qu'il y a un nombre très important d'éditeurs. De ce fait, avoir accès aux personnes décisionnaires chez les diffuseurs est souvent un chemin de croix pour les jeunes éditeurs. Contrairement à ce qu'annoncent quelques oiseaux de mauvaise augure, je ne crois pas à la mort du livre papier et à la disparition de la librairie. Même si les temps sont durs et si le livre numérique est une réalité avec laquelle il va falloir composer, le livre tel qu'on le connait a toujours un bel avenir devant lui, particulièrement dans le livre illustré, et les libraires seront toujours les partenaires essentiels pour accompagner les éditeurs et les auteurs. Par contre, le marché bouge et les règles qui pilotaient notre activité il y a vingt ans ont changé. Une pile en librairie commence à deux, le libraire a le droit de dire “non, je n'en veux pas”, certaines chaines se tournent vers l'"hyper bestsellerisation" et la quantité de la nouveauté mise en vente à parution a baissé. Il s'agit alors pour l'éditeur de se demander dans combien et dans quel type de librairies il souhaite que son livre soit présent. Il ne s'agit plus de dire “J'en veux partout” et "il faut en mettre un maximum !” mais de penser “quel réseau et quel libraire sera le plus adapté pour porter mon livre”. Aujourd'hui, l'enjeu pour le jeune éditeur est de s'adapter aux changements structurels qui s'annonçent... Pour conclure, laissons la parole à Rick Bass à la fin des remerciements de son livre “Nashville Chrome” : “L'industrie du livre est peut être au bord du désastre mais elle vit encore et nous procure un plaisir intense.”

Dominique Dupuy
*Et, malheureusement, ça ne marche pas à tous les coups ! Dominique Dupuis a été directeur commercial des éditions Futuropolis de 1979 à 1986, puis des Editions Milan de 1986 à 2001. Il s'installe alors comme consultant indépendant spécialisé dans l'édition. Depuis plus de dix ans, il accompagne des maisons telles, en MidiPyrénées, Loubatières, Privat, ou encore Plume de carotte. Il est aussi auteur et son dernier ouvrage paru en mai 2012 est Progressive Rock Vinyls aux éditions Stéphane Bachès

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Hommages

HOMMAGE
Jean-Lucien Aguié / Jérôme Goude

Jean-Lucien Aguié, Président Fondateur de ARPO (1916-2012)

Jean-Lucien Aguié s’est éteint le 4 avril 2012. Lors de la cérémonie qui a eu lieu le vendredi 6 avril à 14h30 au Temple protestant à Albi, beaucoup d’amis rassemblés autour de sa famille et de ses proches, ont ce jour-là rendu un hommage simple et tout en émotion, à cet homme merveilleux, passeur hors normes, qui connaissait si bien la poésie et les revues de poésie, à qui il a consacré une grande partie de sa vie, afin de mieux les faire connaître et apprécier par un plus large public, avec ce sens aigu de la rencontre et du partage qui était chez lui comme une seconde nature. Nous avions tous deux fondé en 1982, dans ce but et en amitié, l’association ARPO, qui célèbre cette année son trentième anniversaire. Il en a été jusqu’à ces toutes dernières années l’incontournable cheville ouvrière, impressionnant par son humanisme, sa générosité, sa force de travail, sa fougue, son altruisme, sa ténacité, son sens aigu de l’engagement, et aussi sa patience et son humilité… Né en 1916 dans une famille de mineurs du carmausin, il était entré à l’École normale d’instituteurs de Toulouse en 1933. En 1937, sa formation professionnelle achevée, il fut

nommé à Barre, petit village dans le sud-est montagneux du Tarn. Il fut titulaire de ce poste à partir de janvier 1938, et le reprit en octobre 1940, après son service militaire et la guerre. Il y exerça jusqu’en 1943. L’essentiel de sa carrière d’enseignant se déroula ensuite en tant qu’instituteur itinérant agricole, et animateur des CIVAM (Centres d’information et de vulgarisation agricoles et ménagers), dont il fut l’un des dirigeants tant à l’échelon national (Ligue française de l’enseignement et de l’éducation permanente) que départemental, au sein de la Fédération des œuvres laïques du Tarn (FOL). Syndicaliste et homme de gauche, fidèle à la pensée de Jaurès, c’est avec ce même esprit militant que JeanLucien Aguié a mis toute sa passion et son énergie au service de la poésie et des revues, aboutissant ainsi à créer à Carmaux en 1993 au sein du Centre culturel Jean-Baptiste Calvignac, la Bibliothèque Conservatoire des revues de poésie qui, grâce au soutien de la Ville de Carmaux, des instances culturelles départementales, régionales et nationales, regroupe à ce jour plus de 20 000 exemplaires de périodiques littéraires et poétiques de la fin du XIXème siècle à nos jours. C’était pour Jean-Lucien Aguié un inestimable honneur et bonheur que sa ville nous ait accordé confiance et soutien pour un projet qui lui tenait tellement à cœur. Titulaire de nombreuses distinctions civiles et littéraires, membre de la Fédération des sociétés intellectuelles du Tarn, Jean-Lucien Aguié a publié plusieurs poèmes et articles dans bon nombre de revues. Il n’a publié qu’un seul recueil de poèmes, intitulé Face au monde à l’envers, chez Pierre Jean Oswald en 1977 et une nouvelle “L’homme qui avait faim”. Cette dernière a été sélectionnée en 2000 lors de l’attribution du Prix Transfrontalier de la nouvelle brève. Elle a été publiée dans le recueil des nouvelles primées, intitulé L’échappée belle et autres nouvelles, publié par les éditions de Vignaubière à Longwy. En 2006 a paru Le Débutant, récit de ses débuts d’instituteur, édité par le

© Michelle Gros

Centre de recherche du patrimoine de Rieumontagné. Au-delà de tous nos projets en faveur de la poésie, Jean-Lucien était avant tout un ami, un immense ami, chaleureux éveilleur de consciences et d’esprits, dont l’absence se fait cruellement sentir. Il repose aujourd’hui dans le petit cimetière de Dèzes, en cette terre de Languedoc pour laquelle il avait gardé amour et fidélité, sans pour autant se fermer à l’universel. C’est donc avec ferveur et respect qu’avec les amis de ARPO, nous allons poursuivre son œuvre, cette belle utopie tournée vers le soleil dans la plus lumineuse clarté de l’esprit humain.

Il lisait comme on fouille, dans le touffu des papiers accumulés et des notes manuscrites répandues dans les marges et sur des feuilles. Pour un entretien, il arrivait avec ses exemplaires des livres ébouriffés, hérissés ; il ouvrait des pistes, taillait dans la masse, osait, proposait, écoutait, la tête penchée sur le côté. Il lisait têtu, il lisait pointu, affûté et goulu, affamé jusqu’à l’ivresse et jusqu’au vertige ; on le sentait capable de partir loin et on n’aurait pas voulu le décevoir. Plus tard, au bout de tout ce travail, après ingurgitation et rumination, on le lirait dans les pages du Matricule des Anges et on serait bien content de savoir qu’un livre pouvait être empoigné de la sorte. Il faudrait, pour bien parler de Jérôme Goude, dire sa voix à la fois pressée et patiente, dire aussi le rire, éruptif, carnassier et très doux, comme d’enfance ressurgie ; dire qu’il notait les rires entre parenthèses dans les entretiens. Il faudrait dire l’élégance du corps long, les chapeaux, la grâce pour toujours juvénile, les mains musicales et la minceur altière des poignets, soulignée par ses gestes souples de fumeur au long cours. Et enfin quelque chose, sous la peau, d’épuisé et d’ardent à la fois. Une ténacité, une colère, une rage, une inquiétude, une intranquillité féline, tout ce qui s’en est allé avec lui et qui reste dans son sillage comme un parfum rare et doux. Il faudrait pouvoir se souvenir plus précisément encore. Je me souviens, je lui rends grâce d’avoir été, et d’avoir été là, et je dis, je lui dis, qu’il manque, qu’il nous manque.

Gérard Cathala
Président de ARPO

Jérôme Goude (1974-2012)
Jérôme Goude était un homme livre ; un homme qui tenait debout par les livres et vivait de leur sève.

© DR

Il lisait comme on apprivoise, comme on caresse, comme on invente, au sens où l’inventeur d’un trésor est celui qui le découvre et en fait connaître l’existence. Il découvrait et, ensuite, il savait parler aux uns des livres des autres, et donner envie et mettre en appétit.

Marie-Hélène Lafon
écrivain

Octobre 2012

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Jérôme Fernandez : le goût des autres !
Sous le grand chapiteau du Hand Ball Toulousain, le couloir qui mène au vestiaire est toujours dans le noir. Si vous l’empruntez, comme moi, à la recherche de Jérôme Fernandez, inutile de tâtonner plus longtemps pour trouver l’interrupteur. Laissez-vous plutôt guider par une voix, la sienne. Vous l’identifierez très vite ; à quelques pas de là, le timbre est grave, le débit posé, le ton serein ; un peu couleur Claude Onesta, son mentor, qui dit de lui : “il est le capitaine de l’équipe de France parce qu’il personnifie toutes les valeurs de notre sport. Jérôme est humble, disponible, fédérateur, attentionné” et, ajouterons-nous, titulaire d’un égo inversement proportionnel à l’épaisseur de son palmarès. En un mot exemplaire. Plutôt rare par les temps qui courent ! Mais comment le sportif le plus titré de l’hexagone en est-il arrivé à acquérir cette sagesse, cette simplicité, ce don de l’empathie ? Tout commence, à la fin des années 70, dans les tribunes de La Bastide, club de hand de la banlieue Bordelaise, où Brigitte, sa maman, encourage son mari gardien de but de l’équipe locale, tout en couvant du regard le petit Jérôme blotti dans son couffin. Il n’a que quelques mois mais dans sa toute jeune carte mémoire s’impriment déjà les cris du public, les ballons qui frappent les poteaux, les coups de sifflet de l’arbitre. Décidemment ce couffin est baladeur et quand, à son tour, maman joue son match au poste de demi-centre, c’est papa qui veille sur le petit. Entraînements, matches, troisièmes mi-temps, premiers pas sur le terrain dés l’âge de 5 ans. Après le couffin, retour à la couveuse ; pas n’importe laquelle, celle réservée aux futurs champions. C’est le passage obligé, l’apprentissage avec les meilleurs éducateurs de la Gironde jusqu’au sport-étude de Talence. Puis direction Toulouse où Claude Onesta l’entraîneur du club l’attend avec impatience, car il est l’heure de faire éclore le talent de Jérôme. Vous connaissez la suite, entre Toulouse son premier club en 97 et le retour au bercail 15 ans plus tard Fernand (son surnom chez les Bleus) sera, pour faire court, champion de tout et plusieurs fois. De la cour de récré aux parquets olympiques en passant par les Arena de Montpellier, Barcelone, Madrid et Kiel, notre colosse au cœur tendre tendra le cou à 10 médailles (dont 7 d’or) et alignera 14 titres nationaux et Européens. A ce palmarès unique, ce petit fils d’espagnol andalou voudrait bien accrocher un dernier titre de champion de France sous les couleurs toulousaines, avant peut être d’embrasser une carrière de coach. Dans les pas de Claude Onesta ? Trop gentil pour un tel job serait-on tenté de dire, car la plus petite des vertus est totalement incompatible avec l’exercice du management de sportifs de haut niveau ! “Pas forcément, réplique-t-il. Si je suis comme je suis, c’est parce que je me suis inspiré et

enrichi des gens que j’ai rencontrés sur mon chemin. Je suis à l’écoute des autres au point de faire souvent le premier pas vers eux. Dans la vie comme sur le terrain, ma nature me conduit vers le groupe, la famille, la tribu, à l’image de celle que nous avons su créer en équipe de France ces dernières années. Une démarche qui me permet de gagner presque toujours l’adhésion du groupe. C’est pour moi une forme de management. J’aime la victoire, la gloire, les médailles mais ENSEMBLE.”. En attendant, le toulousain d’adoption (qui commence à peine à signer des autographes en faisant ses courses au supermarché) se prépare à ne pas jouer le match de trop. Pourtant, quelques semaines seulement après son deuxième titre olympique, le patron des Fenix de Toulouse se sent encore une âme d’enfant, prêt à tout remettre en jeu. Un peu comme si le gamin qui sommeille en lui avait un besoin vital de l’atmosphère enjouée et fraternelle de la cour de récré pour s’épanouir. Question d’équilibre probablement pour ce champion authentique qui se verrait bien boucler ce parcours exceptionnel, en 2015 au Qatar, lors des championnats du monde.

Jean-Paul Cazeneuve
Journaliste sportif

© Fenix Toulouse Handball