Sommaire

SPIRITUALITÉ DES YOGAS MÉCONNUS KRISHNAMURTI ET LA MYSTIQUE TIBÉTAINE CONTE KRISHNAMURTI ET LA SCIENCE MODERNE R. Linssen R. Linssen ENEM R. Linssen

Spiritualité des yogas méconnus

L

es enseignants du yoga — tant en Occident qu'en Orient — se réfèrent la plupart aux Sûtras de Patanjali. Ce maître incontesté du Yoga vécut en Inde à une date qui — suivant les auteurs — se situe entre les 1er et 4 e siècles de notre ère.

Son œuvre monumentale consiste en une codification minutieuse de tous les aspects du Yoga expérimentés par des centaines de yogis durant plusieurs millénaires. Quoique Patanjali ait insisté à diverses reprises dans son œuvre, sur le caractère non essentiel de l’obtention des « Siddhis » (pouvoirs occultes et autres), de nombreux Sûtras sont consacrés à l’étude de ceux-ci et sur la façon de les obtenir. Ce petit détail peut avoir de grandes conséquences si les étudiants perdent de vue les aspects spirituels supérieurs du Yoga. Dans sa classification des « Samadhis » (états supérieurs de méditation et de contemplation), Patanjali établit clairement la distinction entre les « Samadhis » avec semence et les « Samadhis » sans semence. Le « Samadhi » avec semence est l’état de méditation ou de contemplation dans lequel la continuité de la conscience de l’ego qui nous est familière n’a pas été dépassée. La somme des mémoires passées exerce encore toute sa pesanteur et son emprise sur le déroulement des pensées. Le mirage de l’ego n’est pas dissous. Il est entretenu par le rythme errant des pensées incomplètes. Dans cette situation la conscience du chercheur est, ou bien dans le passé dont elle ne peut se libérer de l’influence, ou bien elle se projette dans le futur. A peine une pensée se présente-t-elle dans le champ du mental qu’une autre arrive et empêche à la première de terminer sa course. Et ainsi de suite. Les pensées font la queue. Elles ne terminent pas leur course dans le moment présent, ni dans le conscient périphérique. Elles sont incomplètes. Elles n’actualisent pas dans l’instant la totalité des énergies qui les animent. Ces pensées incomplètes laissent cependant de profondes empreintes dans les couches profondes de l’inconscient. Elles sont porteuses de nostalgies, d’appels, de mémoires de désirs inassouvis. C’est à ce niveau qu’elles créent le KARMA. C’est ici, et nulle part ailleurs que se trouvent les SEMENCES qui enchaînent l’ego dans la continuité du Samsâra (ce que les indiens appellent la roue des naissances et morts successives). Le méditant peut réaliser divers états de « samadhi », de communions, de silence intérieur apparent, de calme ou de joie relative sans avoir pour autant dépassé le niveau des « samadhis » avec semence. Il se peut même — et ceci arrive assez fréquemment — que certaines expériences spirituelles ou mystiques servent d'aliment au mirage de son ego et que celui-ci se prenne davantage au sérieux. I! se peut qu’il désire inconsciemment jouer un rôle important et se croit chargé d’une mission spéciale.

Le « samadhi » sans semence est tout autre. Pour en comprendre les caractères spécifiques, il serait nécessaire de se référer aux deux principaux Yogas indiens antérieurs à Patanjali et complémentaires de celui-ci. Le Dattatraya Yoga issu de l’Advaïta védanta indien et des enseignements supérieurs des Upanishads (le Satya Dharma ou Sentier direct) datant de 3 à 5 siècles avant notre ère et le Yoga Vashishta, du célèbre Yogi Vashishta, nous ayant laissé les merveilleux versets du « Yoga Vashishta ». Celui-ci est beaucoup plus ancien. L’essentiel de ces enseignements se retrouve dans la Voie Abrupte ou « Sentier de la Réalisation soudaine » du Ch’an chinois (origine du véritable Zen). On le retrouve également dans l’enseignement des Maîtres tibétains de la Vue Juste dans le « Sentier Sublime ». Le « Samadhi » sans semence est complètement intemporel. Par ceci, il faut comprendre que le méditant a libéré sa conscience de l’emprise de « l’étau de la continuité de la conscience et du temps ». A ce niveau les explications verbales ou intellectuelles sont peut-être inutiles. Nous disions plus haut que pour comprendre le « Samadhi » sans semence il était nécessaire de se référer aux textes de la Voie Abrupte du Dattatraya Yoga et du Yoga Vashishta. Ce n’est que partiellement vrai. A ce niveau, le méditant ne doit se référer à rien. Il s’agit d’un processus expérimental vivant au cours duquel le méditant se rend disponible aux contenus d’autres dimensions naturelles de l’univers et de son être propre. On nous demande souvent ce que signifie cette expression étrange : «Voie Abrupte » ou « Réalisation soudaine ». Le Yogi Vashishta en Inde, Hui-Neng, Shen-Hui, Huang-Po et son Maître Hui-Haï ont tenté de l’expliquer. Nous citerons l’exemple du sommeil et du réveil. Lorsqu’au cours du sommeil des visions de cauchemar se présentent à notre esprit celles-ci nous suggèrent des états d’angoisse ou de terreur atteignant une intensité critique qui ne peut être dépassée dans l’état de sommeil et nous nous réveillons. Il en est de même lors de sommeils où se présentent des rêves de plaisirs. Au cours de cette comparaison classique en Inde, il nous est enseigné qu’il existe le même rapport ou la même distance entre l’état de rêve durant le sommeil et l’état de veille qui nous est familier, d’une part, et d’autre part, entre l’état de veille qui nous est familier et l’Etat d’Eveil intégral ou « Samadhi » sans semence. De même que le passage de l’état de rêve au réveil est soudain, de même, le passage de l’état de veille normal (qui pour les Yogis n’est pas un éveil complet) à l’état d’éveil complet (Samadhi sans semence) est également soudain. Dans le « Samadhi » sans semence, le méditant a découvert les énergies qui entretiennent son agitation mentale. Il a découvert que ses pensées ne sont que mémoires et que tout son être n’est que mémoire : physiquement, biologiquement, psychologiquement. La pratique du Yoga et l’exercice de l’attention juste lui auront révélé que sa conscience n’est pas continue et qu’il existe des vides interstitiels entre les pensées. Ces moments de silence mental — presque totalement inconnus — sont comme les premières fissures dans l’écran mental — fissures à travers lesquelles s’infiltre la Lumière fondamentale. Ce travail intérieur nécessite une profonde pénétration de pensée, l’exercice d’une vigilance constante, une attitude d’approche se caractérisant par une qualité d’attention exceptionnelle lors

de toutes nos relations avec les êtres et les choses, une libération des tensions conflictuelles de l’inconscient et l’élimination de toutes les fragmentations de la conscience. Dès lors, le mirage de l'ego s’est dissous. Dans le « Samadhi » sans semence, les pensées terminent leurs courses. Elles ne laissent pas de résidus. Elles actualisent à chaque instant le potentiel qui les anime. Elles sont adéquates à la momentanéité de chaque instant. Les créations mentales inopportunes sont disparues. Les pensées sont complètes. Telle est la signification de la phrase du Tao Te King disant que : « Celui qui marche bien ne laisse pas de traces ». Dans cet état les pensées ne sont plus complices de l’instinct de conservation de l’ego, et ne renforcent plus la pseudo-continuité de la conscience personnelle. Pour l’Eveillé, ayant réalisé le « Samadhi » sans semence, la pensée n’est qu’un instrument de communication. Il sait que la pensée n’est que mémoire et n’est pas l’Intelligence véritable. Celle-ci est intemporelle alors que la pensée est entièrement conditionnée par le temps et la mémoire. L’essentiel de ce qui précède se trouve exposé dans la théorie des « skandas » du bouddhisme. L'allusion fréquente en est faite dans les commentaires des Maîtres de la Voie Abrupte sur «Tanha», la soif de « devenir », l’avidité de la continuité de la conscience personnelle. La différence entre les pratiquants du Yoga qui ne se réfèrent qu’aux Sûtras de Patanjali, et ceux, qui en plus, se réfèrent au Yoga Vashishta et au Dattatraya Yoga est la suivante : elle se situe dans la façon dont est conçue la pratique du Yoga. Pour les premiers, la pratique se concentre presqu’exclusivement sur les postures, la respiration, les aspects physiques, physiologiques et psychologiques du Yoga. Pour beaucoup, ces derniers sont souvent délaissés. Pour le Yogi Vashishta et les Maîtres de la Voie Abrupte, la pratique essentielle se fait aux niveaux spirituels et psychologiques. Ils ne nient pas l’importance des postures et les exécutent quotidiennement. Pour eux, les postures se situent au niveau d'un mirage. Mirage épais et fameusement solide mais mirage tout de même. La pratique pour les yogis de la Voie Abrupte consiste avant tout à corriger le vice de fonctionnement mental et la condition de distraction généralisée qui font de l’ego et de l’univers qui nous est familier des réalités absolues. Lorsque le méditant parvient à s’affranchir des vices de fonctionnement de son mental, il se libère de l’emprise du mirage de son ego et tous les problèmes apparemment sans solution se révèlent n’être que des pseudo-problèmes. Non par évasion mais par affrontement lucide. Le méditant est alors — ainsi que l’exprime admirablement le yogi Vashishta — dans le monde extérieur, jouant le jeu du monde des apparences, tout en demeurant inébranlablement établi dans l’état transcendant sublime. C’est ici, et ici seulement, à ce niveau que s’amorce une phase de transformations

physiologiques, psychologiques et spirituelles qui dans les yogas de la Voie Abrupte se produisent APRES l’Eveil alors que la plupart des yogas tendent à produire ces mêmes transformations AVANT. Ceci nécessite quelques éclaircissements. Le silence mental, prélude de l’Eveil intérieur authentique, entraîne de nombreuses conséquences d’ordre physiologique, psychologique et nerveux. Il serait absurde de prétendre qu’en pratiquant de propos délibéré quelques-unes de ces conséquences extérieures il sera possible de réaliser automatiquement l’Eveil intérieur. Le processus de l’Eveil est irréversible. La pratique d’une conséquence de l’Eveil ne peut apporter l’Eveil. Le Sage demanderait immédiatement : « Quel est ce méditant, cet ”ego” qui veut pratiquer quelque chose en vue d’obtenir "quoi” » ? Parmi les conséquences instantanées du silence mental véritable il convient de signaler un déplacement de la conscience, ou du moins de la perception de la conscience. Celle-ci ne se situe plus seulement dans le cerveau mais dans ce que les indiens et les japonais appellent le « Hara » [1] . Précisons qu’il s’agit ici d’une conscience non-mentale, dont les caractères d’authenticité et d’efficience sont démontrés dans la pratique de l’Aïkido et du Judo. En effet, la pratique de ces disciplines nous apprend qu’un « mouvement pensé est un mouvement raté » et que le geste adéquat est issu du « Hara » sorte de centre de la sagesse instinctive du corps humain. Mais cette réalisation n’entraîne pas automatiquement l'Eveil intérieur. De même, au moment de la réalisation d’un silence mental véritable et de la cessation de toutes les tensions du psychisme résultant de sa fragmentation en divers éléments opposés, des transformations considérables s’effectuent aux niveaux psychosomatiques. Dès l’instant de silence authentique que nous venons d’évoquer, il y a instantanément irruption explosive d’un état intraduisible dans les termes de notre langage courant que l’on peut appeler extase ou amour ou félicité. De certains centres psychiques dont la contre-partie physique correspond à la base de la colonne vertébrale (Muladhara), au centre ombilical et au plexus solaire jaillit une énergie psychique et spirituelle d’une extraordinaire intensité. Il s’agit d’une montée de la Kundalini dont nous parlent depuis des millénaires les yogis indiens. Mais cette montée n’est pas le résultat de manipulations avides de notre ego toujours à la recherche de pouvoirs ou de sensations. Le flux spirituel et psychique suit la trajectoire des « nadis » et active, de façon naturelle et spontanée les « chakras », sans que cette activation soit le résultat de la volonté ou de l’avidité du « moi ». La montée de la Kundalini et l’activation des « chakras » se fait tout naturellement et simplement parce que le méditant a dissous le mirage psychique de son ego. De ce fait, l’essence spirituelle profonde du méditant coordonne Elle-même un cycle de transformations parce qu’Elle sait que le moment est venu.

L’activation progressive des « chakras » peut entraîner provisoirement des expériences naturelles de vision spirituelle, notamment l’expérience de la Claire Lumière primordiale qui s’effectue au niveau du « chakra » de la gorge. Il s’agit là de phénomènes naturels provisoires qui seront balayés par l’activation du « Lotus aux mille pétales » seulement mobilisé au niveau d’un Etat d’Être fondamental, non-mental, englobant et dépassant toutes les dualités. Nos instructeurs nous ont mis en garde sur le danger des « Sidhhis » ou pouvoirs et leur inutilité par rapport au niveau spirituel fondamental. Ils considèrent avec sévérité toute tentative, tout effort de notre part, en vue d’un développement artificiel et prématuré des « chakras » et de la « Kundalini ». Telle était en tous cas dans l’Antiquité, l’opinion des Maîtres de la Voie Abrupte tels que le Yogi Vashishta, le Yogi Dattatraya et plus récemment, Krishnamurti lors des entretiens que nous avons eus à Brockwood en septembre 1975. Faute de prendre en considération ces avertissements, les méditants qui n’ont pas la purification mentale et qui ne se sont pas dégagés de l’emprise du mirage de leur ego, s’exposent à des expériences au cours desquelles se libèrent des énergies dont ils ne soupçonnent pas l’ampleur et qui échappent complètement à leur contrôle. Les conséquences peuvent en être désastreuses. R. LINSSEN ____________________
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Centre psychique situé environ 3 cm au dessous du nombril et environ 4 cm à l’intérieur du corps.

ARSENE
(suite du conte philosophique par ENEM) — C’est que, précisément, on peut toujours dire ce que l’amour n’est pas, mais jamais ce qu’il est. Ce qui reste peut-être après que tout ce qu’il n’est pas est éliminé. — Autant dire que l’amour est ce qui reste après qu’on n’existe plus. Car ne pas être possessif, ne pas être jaloux, pas ceci, pas cela, c’est bien au fond ne pas vivre. — La vie ! qui saura jamais dire ce qu’elle est. Nous la voyons partout. Dans l’infiniment grand et l’infiniment petit. Elle fait et défait les formes qui l’expriment. Elle est en toi, elle est en moi, elle est en tous. Et je me demande si l’amour n’est pas l’expression même de la vie hors la coloration particulière donnée par chacun. — L’amour idéal, quoi ! — Non, pas idéal du tout, mais l’expression naturelle, spontanée de ce qu’elle est, elle, la vie, sans aucune interférence particulière. Autrement dit quand c’est elle qui s’exprime, non Arsène, ni Louis, ni Janine. En somme un état d’être où le « je suis » ni le « je veux » ne sont pas là. — C’est trop compliqué pour que je te suive. — J’ajouterai même, continua Arsène, que n’importe quel sentiment que nous pouvons éprouver : jalousie, désir de possession, etc. contient en son fond la richesse, la beauté de cette qualité d’affection mais dans une sorte de torsion, comme si elle était détournée vers un but particulier et par conséquent terni... Mais je ne sais pas pourquoi nous nous sommes orientés vers un tel sujet. C’est de ta faute Louis, quand tu as voulu donner un sens différent à ma question concernant le prix d’un enfant. — Oui, dit Louis, parlons-en de ta question. Le prix d’un enfant ! Où donc te crois-tu ? — Non, non, n’aies crainte, je ne suis pas marchand de chair humaine. Mais dans notre monde où tout est valorisé est-il impensable qu’on en arrive là comme au temps des esclaves ? Regarde, on ne voit pas une maison, un objet sans penser à ce qu’il coûte ; pas un arbre sans penser au rendement. Dans notre esprit tout est cloisonné en valeurs. Ceci vaut mieux que cela. Cet homme est mieux que l’autre. Cette femme est plus jolie. Tout est en valeur d’appréciation par rapport à ... Ainsi les valeurs d’appréciation, d’estimation, de coût ne nous mettent jamais en contact avec ce qui est. Jamais. — La belle affaire de voir ce qui est ! ça ne m’étonne pas que tu ne voies pas, toi qui est plongé dans ton rêve. Ouvre les yeux et tu verras que ce qui est c’est l’exploitation de l’un par l’autre, la dureté du puissant à qui il ne manque rien, la misère du petit, l’injustice et l’avidité. Voilà ce qui est. Que crois-tu donc qu’il y ait d’autre ? — C’est vrai, Louis, tu as bien raison. La misère, l’injustice, la dureté existent et ne nous sont, hélas, que trop familières. Mais tout cela, cette affreuse société, a été créée par l'homme et ne peut

être changée que par l’homme. D’accord qu’il faille s’en occuper, d’accord qu’il faille y travailler et dans ce sens-là je te donne entièrement raison. Mais je parle de ce qui n’est pas fait par l’homme ; je parle de ce qui est hors sa volonté aussi bien pour lui-même que pour ce qui l’environne. Je parle de l’immense univers dans lequel nous sommes plongés ; de cette grande et étonnante chose qui fait que tout est mouvement, de la cellule jusqu’aux nébuleuses. Je parle de ce mouvement qui paraît éternel au travers les naissances et les morts successives ; de ces êtres vivants que nous côtoyons tous les jours, qui nous sont si proches et pourtant si éloignés. Je parle de cette force inconnue, cette totalité dont nous percevons à peine des parcelles. C’est de cela que je parle. — Dis-le tout de suite, tu parles de Dieu. Pas la peine de tourner autour. — Que tu l’appelles Dieu, il m’importe peu. Tu pourrais aussi l’appeler chaise ou grain de sable, car aussi bien il est dans l’un et dans l’autre. — Nous y voilà donc. Dieu, la drogue qu’on injecte dans l’esprit des gens pour leur faire tout accepter sans révolte. Dieu veut qu’il y ait des riches et des pauvres, acceptez et priez. Obéissez aux prêtres et vous aurez votre récompense dans l’au-delà. Donnez à l’église vous en aurez dix fois plus. J’espère bien que la science nous débarrassera un jour de ce Dieu malfaisant. — Un Dieu tel que tu l’entends est bien évidemment malfaisant, et pas la peine d’attendre les progrès de la science pour s’en débarrasser. Il suffit de voir que cette image que tu en présentes est de ta propre création, chacun créant la sienne propre faite de crainte, d’espoir ou de réaction. Mais cette image, qui nous empêche de nous en débarrasser. Évidemment on ne peut agir que sur la sienne propre, nullement sur celle des autres. Dans ce domaine chacun doit voir pour son propre compte. Mais ces images parties, n’y a-t-il pas quelque chose qui reste ? — Ce qu’il y a, les secrets de la nature, la science heureusement les découvre petit à petit. Et alors, finie cette incertitude qui est le terrain où l’exploitation de Dieu s’élabore. — La science, la science, tu en attends vraiment trop, plus qu elle ne peut donner. Quand il s’agit de connaître des fragments, oui, elle est très valable, mais jamais la connaissance d’un fragment ne te donnera la Totalité. C'est comme si, voulant connaître une machine en mouvement tu l’arrêtes pour en examiner chaque partie minutieusement, alors le mouvement n’est plus. Si tu veux connaître une rose à fond et que tu étudies chaque pétale séparément, il n’y a plus de rose. Il semble bien que fragments par fragments tout l’univers puisse être accessible à la science hormis les fragments mis en place, cette étrange vie, cette étrange chose qui met tout en mouvement. — Dieu, n’est-ce pas ? — C’est toi qui le dis, pas moi. L’esprit scientifique si tu l’as, et puisque tu lui accordes un tel crédit, consisterait bien plutôt à voir toute l’imagerie que tu as, toi, introduite dans ce mot avant de l’attribuer si facilement à l’autre. Vois-tu, la science est une chose merveilleuse, très particulièrement dans la connaissance des phénomènes courants qui nous entourent, mais pour la connaissance de cette vie mouvante, de cette totalité inconnue dont nous ne pouvons nier l’existence la science ne peut être valable car le processus scientifique lui-même consiste à créer une division : d’un côté le savant, l’observateur, et de l’autre la chose qu’il observe, qui ne peut être la totalité puisque pour pouvoir l’examiner il s’est exclu lui-même de ce qu’il veut observer. Et à

moins qu’il y ait en lui une sorte de révolution, un changement d’état d’être, je ne vois pas comment il pourrait arriver à cette connaissance. — Quelle révolution, quel changement d’état d’être ? — Celui qui le ferait être à la fois et l’observateur et la chose observée. — C’est absurde. — Oui, effectivement cela paraît absurde et impossible. Mais ne peut-on pas se poser en fin de compte la question même de l’impossible ? Elle seule reste puisque la science ne peut aller jusque là et que nous ne voulons pas de ce Dieu créé de toute pièce par nous à l’image de ce que nous sommes. — Bon, bon, interrompit Janine. Arrêtons un peu cette discussion. Et puisque tu es venu pour connaître Paris, sortons faire un tour. Ils partirent donc lui montrer les beaux coins de Paris. Ils parcoururent sans trop se presser les grands boulevards, la Madeleine, Place de la Concorde. — Ici, dit Louis, on guillotinait à l’époque de la Révolution. J’avoue qu’actuellement si quelques têtes tombaient parmi les exploiteurs ça ne pourrait faire que du bien à la société. — Toujours ton action violente. Bizarre qu’en ajoutant ta propre violence à celle qui, hélas, n’existe que trop, tu puisses penser être en train de travailler à instaurer un monde de justice et de paix. Enfin I c’est ton avis. Ils suivirent les Champs-Elysées avec ses beaux cafés pleins d’animation, arrivèrent devant l’Arc de Triomphe de l’Etoile. — Ici, dit Louis, se trouvent enterrés un soldat inconnu de chacune des guerres 14 et 39 et la flamme qui ne s’éteint jamais est le symbole du respect que le pays doit à ses héros tombés en le défendant. — Oui, il faut toujours mourir pour avoir droit au respect, mais de la considération pour l’être vivant, non, il n’y en a point. Arsène admirait sincèrement la beauté des monuments qu’il voyait ; les avenues larges et belles ; les grands arbres aux troncs puissants si bien alignés ; les massifs de fleurs aux vives couleurs. Il reconnaissait et respectait le travail de l’homme. — Comme il aurait été facile, disait-il, d’apporter un peu de bien-être, un peu de joie dans la vie des hommes. Une vie si courte et qui aurait pu contenir au moins un peu de bonheur ! — C’est justement pour cela que nous luttons, nous autres de la gauche. — Est-ce que la lutte peut mettre fin à l’ère de la lutte ? Et, réfléchis bien à cette question, ne me réponds pas tout de suite : Si ayant lutté tout le temps, étant devenu toi-même un élément de lutte, le résultat recherché obtenu, t’arrêteras-tu vraiment de lutter ? — Oui certainement. — Tu parles trop vite. Beaucoup auraient dit que la lutte ne s’arrêtera jamais car il y aura toujours des exploiteurs. Mais s’il peut être supposé que l’exploitation s’arrête un jour, tu ne sais pas toi comment tu seras ; tu ne sais pas ce que tu éprouveras. Regarde maintenant comme tu es :

plein d’ardeur, de courage, consacrant à cet idéal plus de temps et d’efforts qu’à ton propre gagnepain. Pourquoi ? Parce qu’il te paraît vrai, juste, digne de ton activité ; parce qu’il te donne de toimême une image plus belle ; parce qu’il donne un certain sens et une certaine plénitude à ta vie. Je ne suis pas du tout sûr que ce soit uniquement pour le résultat social à obtenir. — Je crois bien que tu divagues, mon pauvre. — Non, je ne divague pas. La preuve ? Imagine un instant que le parti ou le groupe adverse aille vraiment dans le sens des réformes que vous avez, vous, envisagées, est-ce que vous l’encouragez ? Est-ce que vous le reconnaissez ? Est-ce que vous l’aidez ? Jamais de la vie. Vous trouvez toujours quelque chose à critiquer. Vous mettez en avant que l’idée était vôtre, pas sienne, et vous lui attribuez toutes sortes d’intentions cachées qui vous permettent à vous de vous maintenir en état de lutte. — Mais nous devons être vigilants. — La vigilance c’est une chose, l’esprit de lutte autre chose. On peut parfaitement être vigilant sans être en train de combattre. Il faut d’ailleurs l’être. Mais je crains fort que votre combat soit moins pour obtenir le juste résultat désiré que pour vous sentir vous-mêmes très efficients, plus justes à votre sens et certainement plus forts. Dans le premier cas, il peut y avoir un jour une fin à la lutte, dans le second, jamais. — Tu nous crois donc si peu sincères ? — Non, pas du tout. Au contraire, vous êtes très sincères et vraiment convaincus que vous travaillez pour le bien et la dignité de l’homme, et en réalité vous le faites. Mais cette action n’est pas pure et vous ne voyez pas par quel côté elle n’est pas pure. Vous ne voyez pas que vous êtes vous-mêmes en train de vous nourrir de cette lutte qui deviendra comme une tunique de Nessus dont, tout en croyant que oui, vous ne pourrez plus vous en débarrasser parce qu’elle sera devenue ce qui vous empêche de voir le vide de votre propre vie. — Le vide ? quel vide ? Je ne vois pas ce que tu veux dire. — Oui, bien sûr, il est difficile de percevoir ce vide. Toute notre manière de vivre, notre activité fracassante tendent à ne pas le laisser apparaître. Nos idéaux aussi sont des camouflages. — Mais un idéal est un pur mobile d’action. Où est le camouflage là-dedans ? — Un idéal est une belle image que l’on présente devant ses yeux. C’est le rêve d’une réalisation future que l’on entrevoit. Elle est valable quand il s’agit d’une chose matérielle à entreprendre. Par exemple, l’idéal d’un maire peut être d’avoir un beau jardin public ou une belle statue ; il n’a pas assez de fonds pour l’instant mais il est attentif à l’acquérir petit à petit. L’idéal n’est pas valable quand il s’agit de relations humaines dans lesquelles on est soi-même impliqué. Là, il s’agit de connaissance, connaissance de soi plus encore que des autres, car quelle que soit la beauté de l’idée, ce que l’on est hors l’idée peut tout arranger ou tout déranger. C’est ce qu’on est qui compte, pas la belle idée que l'on peut avoir d’une plus juste relation humaine. Je peux avoir un magnifique idéal d’une société sans lutte, sans conflit, si je suis moi-même en conflit il est faux que je puisse continuer la réalisation de l’idée sans en tenir compte. Et connaître les bases de son propre conflit est une investigation qui mène loin. C’est le seul chemin pour un ordre valable et durable. — Oui, c’est surtout le chemin pour ne rien faire de ce qui est urgent. Jusqu’à ce que tu sois

arrivé à la connaissance de toi-même tu auras eu le temps de crever plusieurs fois et les autres avec. — Mais, dit Janine, avez-vous un peu fini de discuter comme cela. Nous sommes en balade, non. Nous avons tout le temps de parler de ces choses-là à la maison. — Tu as raison, ma petite Janine, et c’est bien toi la plus sage de nous trois. — En tout cas la plus raisonnable. Bon, si on allait s’asseoir quelque part ? — Oui, oui à St Michel, tiens. Ils se dirigèrent vers le Champ de Mars faisant admirer à Arsène le magnifique ouvrage de l’ingénieur Eiffel. Arsène resta longtemps à contempler cette tour, gigantesque par ses dimensions et audacieuse dans sa conception. — J’aurais aimé la voir monter cette tour, dit-il. Ce n’est pas du tout comme si on mettait des pierres les unes sur les autres. Il y a dans ce travail quelque chose de hardi et de gracieux à la fois. — Sais-tu qu’il s’en est fallu de peu qu’elle ne soit détruite ? — Non ! — Oui, oui et ce sont les progrès des communications radio qui l’ont sauvée. — C’est une chance. Ils passèrent devant les Invalides, évoquèrent le tombeau de Napoléon et se dirigèrent vers Saint-Michel. Le boulevard était rempli de monde ; des hommes, des femmes y circulaient très décontractés, riant, fumant, parlant haut ; les plaisanteries fusaient de partout ; tous les peuples, toutes les langues s’y trouvaient comme fusionnés. Cette animation, cette exubérance de vie plaisait beaucoup à Arsène qui se laissait aller à ce charme rempli de jeunesse qui se dégageait toujours de tout milieu étudiant. Ils s’assirent à la terrasse d’un café et suivirent des yeux les défilés pittoresques qui circulaient dans les deux sens. Des filles partout, jeunes, jolies, alertes, gaies. C’était un spectacle qui n’engendrait pas la mélancolie ; il y en avait habillées en pantalons, en jupes longues colorées, bigarées, en jupes courtes, en mini ; beaucoup de minis surtout. Louis poussa du coude Arsène. — Regarde cette fille en mini-mini. Vraiment il ne reste plus grand chose à cacher. — Doucement mon petit Louis, intervint Janine, tu n’es pas seul. N’oublie pas que je suis là. Je n’aime pas beaucoup que tu te lances dans l’admiration des filles. — Mais il n’y a aucun mal à trouver une fille jolie et à en parler ouvertement entre nous. Qu’en penses-tu Arsène ? — Oui en effet, cette fille est très jolie. — J’espère au moins que le mini ne te choque pas. — Non, pas du tout. D’ailleurs elle n’est pas la seule à vouloir montrer ce qu’elle a de bien. Tout

le monde le fait. — Comment tout le monde. Tu ne vois pas un homme en train de montrer ses cuisses ? — Non, bien sûr, mais il montre certainement quelque chose d’autre qu’il estime être bien. Qui, sa cravate ; qui, son élégance ; qui, son manque de préjugés ; qui, ses connaissances ; qui, ce qu’il pense être sa largeur d’esprit. Chacun cherche à s’agrandir aux yeux des autres en mettant en avant ce qu’il pense avoir de mieux. C’est une continuelle revalorisation de soi-même qui sans cesse se fait à tous les niveaux et c’est je crois à la fois conscient et inconscient. Il est rare que l’on accepte de se montrer juste comme on est, comme la vie nous a fait, sans chercher à nous mettre en valeur d’une façon ou d’une autre. Remarque que dans le cas de la fille il est possible qu’elle soit sans complication du tout et que ce soit avec beaucoup de naturel qu’elle nous montre ses cuisses, juste comme un petit animal. — Si tu la compares à un petit animal, ce n’est pas un compliment que tu lui fais. — Si, c’est un compliment et un magnifique, car l’animal est simple, naturel, vrai, innocent, tel qu’il a été créé sans en rajouter pour se surestimer. — Innocent, innocent ! tu vas je crois un peu vite. Quand la lionne dévore toute vive une antilope, c’est de l’innocence ? (à suivre)

Krishnamurti et les fondements de la mystique tibétaine
n livre d’une importance fondamentale vient de paraître aux éditions « Albin Michel ». Il compte parmi les rares ouvrages reflétant fidèlement le climat véritable des formes supérieures du Bouddhisme tibétain. Il est l’œuvre du Lama Anagarika Govinda et s’intitule « Les fondements de la mystique tibétaine» [1] . L’auteur compare les enseignements du Bouddhisme tibétain de la Voie Abrupte (libératrice du Karma - Sagesse d’Amoghasiddhi) à ceux de Krishnamurti. Nous lisons p. 385 : « Il est possible d’accueillir totalement, complètement une expérience sans prévention ni préjugé, sans être emporté dans la vague du souvenir ». Il s'agit bien de la perception globale immédiate évoquée par tous les Maîtres de la Voie Abrupte. La conscience est libérée de l’emprise des mémoires. Elle est présente au Présent. L’esprit est alors libre de se mouvoir dans toutes les directions et dimensions, écrit le Lama A. Govinda. L’auteur cite plus loin Krishnamurti et écrit : « Si ta manière d’agir est incomplète, si tu n’accueilles pas l’expérience avec tout ton être, mais seulement entre les barrières de la tradition, du préjugé ou de la peur, la contre-vibration du souvenir suit l’action... » Aussi longtemps que cette cicatrice du souvenir persiste, persiste aussi nécessairement la division du temps en passé, présent et avenir. » Aussi longtemps que l’esprit est enchaîné à l’idée et que l’action se répartit en passé, présent et avenir, persiste l’identification dans le temps et, par suite, une continuité d’où naît la crainte de la mort, la peur de perdre l’amour. » Pour comprendre la Réalité intemporelle, la vie hors du temps, l’opération doit être intégrale. Mais on ne peut prendre conscience de cette réalité intemporelle, aussi longtemps qu’on est à sa recherche. » Ce texte démontre magistralement l’unité de la Voie Abrupte à travers et au delà de tous les temps. Les mêmes obstacles à l’Eveil sont dénoncés : la mémoire, l’identification au temps, la fragmentation de la conscience en divers éléments contradictoires, la recherche de la continuité de la conscience (Tanha dans le Bouddhisme), la prison que constitue l’apparente continuité de la conscience (ce qui est continu emprisonne, déclare constamment Krishnamurti), la nécessité d’une présence au Présent. A ce propos le Lama Anagarika Govinda écrit : (p. 385) « Cette Réalité intemporelle est ce que j’appelle "l’expérience du présent” ; car le présent n’a pas

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d’extension dans le temps ; il est donc intemporel ; c’est la frontière irrationnelle entre les deux directions du temps. Le présent n’est pas extension mais INTENSITE. » Il ignore la causalité qui est impensable en dehors du temps, mais il connaît une simultanéité de relations... » Comme la pensée ne peut avoir lieu que dans le temps, la causalité constitue une nécessaire propriété de la pensée. » C’est l'intensité de l'Eveil intérieur qui donne expérimentalement le sens de l’éternité dans le présent, l’autre direction, l’autre dimension du présent : sa dimension intemporelle, en profondeur. Cette intensité n’est pas celle de la pensée mais au contraire celle de l’état extatique d’amour suprême que le silence mental permet de révéler. Cette intensité émane également d’une qualité d’intelligence supérieure, non-mentale, totalement indépendante de l’immense réseau des mémoires accumulées. Elle émane du niveau profond que Krishnamurti désigne par le terme « Inconnu ». Dans la terminologie de Krishnamurti, cette intensité est exprimée par un terme pouvant prêter à malentendu : le mot « passion ». Non la passion de quelqu’un pour quelqu’un d’autre. Non la passion d’un ego pour quelque chose mais l’extraordinaire intensité de vie intérieure qui résulte de la dissolution de l’ego. Nous sommes ici au niveau de la passion suprême et divine symbolisée par le Vajra (foudre en sanscrit) correspondant au « Dorje » tibétain. L’Eveil intérieur possède les caractéristiques de la foudre : Il est instantané, inattendu. Il ne peut être invité, commandé. Il est fulgurant, intense. Il est impersonnel. Krishnamurti déclarait un jour en anglais : « You cannot choose Reality, Reality must choose you »... R. Linssen. Genesis i move, Space becomes (as a resuit of my movement), Time is born (as a measure of my movement in space), I have objects (because I have become the subject of space and time), Dualism is established, The Universe appears, I identify myself with my objects (and there are illusory egos), I suffer illusorily (and suffering becomes universal).

Metanoesis I repose, Space vanishes (for I have ceased to move), Time ceases (for there is no movement to measure), There are no objects (for I am no longer a subject), Dualism is no more, The universe disappears, There are no illusory egos, There is no suffering, I am, but there is no ’ me ’ ”AII Else is Bondage” Wei Wu Wei. LA « MEDITATION TRANSCENDANTALE » vue par Krishnamurti Nous reproduisons ci-après un passage emprunté au livre de Krishnamurti : l’« Eveil de l’Intelligence », concernant la méditation transcendantale : (p.14) « Question : Sans s’attaquer au fond de ce phénomène : l’intérêt porté aux expériences transcendantales, ne peut-on y voir en quelque sorte un terreau d’où pourraient surgir des êtres d’exception, des Maîtres peut-être; compte tenu, pour les écarter, des charlatans et des marchands d’illusion. » « Krishnamurti : Mais, je ne suis pas sûr, Monsieur, que ces charlatants et ces marchands d’illusion ne soient pas en train d’étouffer ce « phénomène ». La « Krishna-conscience », la « méditation transcendantale » et toutes ces inepties dont nous sommes témoins, il s’y laissent tous prendre. C’est une sorte d’exhibitionnisme, de divertissement. » ____________________
Fondements de la mystique tibétaine par le lama Govinda. 200 fr. belges, C.C.P. 33.80.72 des éditions « Être Libre », 20, r. Père De Deken, 1040 Bruxelles.
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Krishnamurti et la science moderne

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ous avons présenté lors de nos diverses publications les parallélismes intéressants qui se révèlent chaque jour davantage entre l’enseignement de Krishnamurti, ceux de la « Voie Abrupte » et les sciences modernes.

Nous nous sommes fréquemment référés aux travaux relatifs à la philosophie des sciences physiques, biologiques, à la génétique, à l'embryologie. Nous avons considéré comme capitale la parution de l’ouvrage du professeur Raymond Ruyer de l’Université de Nancy consacré à l’étude des conclusions des « gnostiques de Princeton ». Une étude du plus haut intérêt vient de nous être communiquée. Elle est faite par un éminent savant français : le docteur Thérèse Brosse. Elle confirme et complète de façon remarquable nos diverses tentatives de psycho-synthèse. Nous en citons quelques extraits empruntés au « Journal de Bord » que dirige Robert Faure (22, rue du Onze Novembre - 06 Cannes). Au cours de ses nombreux travaux et enquêtes, le Dr. T. Brosse, ancien Chef de clinique à la Faculté de Médecine de Paris, a mis en évidence, par des enregistrements, les variations physiologiques imputables aux modifications qualitatives de l'activité consciente : un travail intellectuel en rapport avec le cerveau cortical faisait disparaître des arythmies engendrées par l’émotion et l’angoisse tributaire du diencéphale. Ceci met en évidence le fait que l’activité d’un niveau supérieur subordonne automatiquement celle des niveaux sous-jacents en raison de i’intégration structurale. Lors d’une mission en Inde réalisée à la requête du Ministère de l’Education Nationale en 1935, le Dr. Brosse procéda à divers enregistrements relatifs au comportement psycho-physiologique des yoguis. Elle arrivait à la conclusion suivante du plus haut intérêt : la conscience, niveau supérieur autonome de la structure énergétique intégrait et subordonnait les niveaux psychosomatiques. Nous rappellerons ici la position des « gnostiques de Princeton » considérant le caractère de priorité fondamentale de l’essence énergétique de l’Univers comme « Conscience cosmique », base et « Endroit » des apparences extérieures. Lors d’une troisième mission effectuée en Inde en 1958 pour l’Ecole Française d’Extrême Orient, le Dr. Brosse se consacra à l’étude de la « nature de la Conscience » telle qu'elle est décrite dans le Sharkta Védanta, en tant qu’énergie primordiale universelle fondation de la structure de l'homme et de l’Univers. C’est à de telles études que depuis plus de 40 ans nous consacrons nos efforts, nos publications et nos méditations dans une similitude de conclusions psychologiques et spirituelles que nous soulignons avec grande joie.

En effet, le Dr. Brosse considère comme complémentaires les découvertes de la microphysique et l’efficacité du message de Krishnamurti, relatif à la connaissance de soi. Ces deux disciplines que l’on a toujours jugé sans aucun rapport entre elles aboutissent à la découverte d’une seule et même Réalité unique, inconditionnée, intemporelle. Toute l’œuvre du Dr. Brosse se consacre à démontrer le bien fondé de cette optique que nous tentons de mettre en évidence depuis plus de 40 ans. Selon ses propres termes, le Dr. Brosse désire « accréditer une science de l’homme basée sur une structure unitaire intégrée dans le niveau supérieur énergétique de la Conscience Universelle. Nous retrouvons jusque dans les détails les parallélismes entre la science moderne et l’enseignement de Krishnamurti que nous avons tenté de souligner. Nous lisons : « La conscience s'exprime sous forme d’attention, mais lorsque cette » attention est conditionnée par un psychisme qui choisit et qui juge, » elle n’est d’aucune efficacité pour mettre un terme aux fluctuations » mentales qu'elle entretient au contraire avec les désordres physiolo» giques qui s’en suivent. » Le Dr. Brosse poursuit : « En revanche lorsque cette attention (awareness) n’est qu’une sim» ple mais permanente présence « lucide » sans appréciation, ainsi que » le conseille Krishnamurti, elle « subordonne » automatiquement, sans » effort, l’activité psychique. Si l’on se réfère à la loi biologique qui » confère au niveau supérieur cette influence bienfaisante sur les niveaux » sous-jacents, c’est donc que cette lucidité attentive, exprime non pas » la conscience engagée et dégradée, du niveau psychique, mais la » conscience pure avec ses prérogatives de niveau supérieur. » Nous trouvons ici une confirmation du bien fondé de « la lucidité sans choix » dont parlent Krishnamurti et les Maîtres du Ch’an-taoisme. Nous pensons ici à la pensée de Tchouang-Tseu « le Sage est comme le parfait miroir... il voit tout mais il ne prend rien, il ne choisit rien ». Le choix, les jugements, les comparaisons sont tous l’expression de l’emprise des mémoires du passé dont nous avons dénoncé l’ampleur de la « pesanteur » et de l’emprise sur notre esprit. A la condition de nous libérer de cette emprise des mémoires du passé nous pouvons réaliser la mutation naturelle d’une prise de conscience infiniment plus vaste et profonde, libérée des entraves de l’ego. Le Dr. Brosse déclare à ce sujet : « Si Krishnamurti exhorte à cette attitude c’est en vue de l’acces» sion à un nouvel état de conscience défini comme étant le Réel. De » même dans le yoga, l’arrêt des fluctuations mentales est indiqué » comme la condition sine qua non » du désenchevêtrement de la cons» cience permettant son retour à l’état pur de ”Sat-Chit-Ananda” (Être-

» Connaissance-Félicité ». Nous nous réjouissons de la publication prochaine de l’ouvrage du Dr. Brosse, traitant de l’Espace - Temps dans la structure de l’homme et de l’Univers, en comparant la physiologie, la physique, la microphysique et la Réalité spirituelle.

NOUVELLES DIVERSES

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e séminaire d’études spirituelles, de yoga et de méditation qui s’est tenu à Saanenmôser du 1er au 10 juillet inclus a été pour beaucoup l’occasion d’une révélation intérieure profonde parce que non-mentale ou supra-mentale.

Les réunions ont été privées. Aucun conférencier étranger n’a été invité cette année afin de réaliser une concentration en profondeur permettant des prises de conscience authentiques relatives aux problèmes fondamentaux de la vie intérieure et de la méditation. Ceux-ci étaient concentrés sur l’étude de l’emprise de la mémoire, sa nature, son origine, la réalisation d’une perception globale immédiate, prise de conscience non-mentale du « sens cosmique », étude de la naissance, du développement et de la dissolution du mirage de l’ego. Une exception a été faite cependant au cours de ce séminaire privé. Nous en avons tous été récompensés : notre grand et fidèle ami : Pascal Ruga, le merveilleux poète, grand amoureux de la Nature, des montagnes, des cimes solitaires et silencieuses, qui participait à nos méditations, à nos exercices. Ses entretiens ont eu pour objet l’inspiration poétique selon le Zen, le Zen véritable de la Voie Abrupte (Ch’an), le Yoga. Les cours de Yoga ont été donnés par le Yogui Babacar Khâne ainsi que Suzanne Braun. Madeleine Boesmans donnait les cours de gymnastique médicale corrective orientés vers le Yoga. ___ M. Linssen prendra la parole au séminaire international Teiihard de Chardin qui se tiendra à Bruges les 2 et 3 septembre 1976. ___ Le lundi 27 septembre, M. Linssen donnera une conférence à Paris 9 e rue Bergère, 26, à 20 h 30. Sujet : Les Yogas méconnus (Yoga Vashishta et Dattatraya Yoga). ___ Séminaire d’études spirituelles, Yoga et méditation 1977. ___ Un séminaire privé d’études spirituelles, de yoga et méditation est projeté en Suisse à Saanenmôser, du 2 au 9 juillet inclus. ___ Thème étudié : l’emprise des mémoires, Science moderne et spiritualité, les yogas méconnus, la méditation véritable, l’enseignement de Krishnamurti, les diverses « Voies Abruptes ». indiennes, tibétaines et chinoises. ___

Pour renseignements prière d’écrire à R. Linssen, 20, rue P. de Deken 1040 Bruxelles, joindre coupon réponse international. ___ Vient de paraître : « Naissance, développement et dissolution du mirage de l’ego » par R. Linssen. Prix : 170 FB port compris, CCP 33.80.72, éditions « Être Libre», 20, rue P. de Deken, 1040 Bruxelles. Ouvrage illustré de diagrammes exposant clairement la naissance de la mémoire, de la pensée, l’accumulation des mémoires et énergies du temps et formation de l’ego. ___
FONDS SOUTIEN DE LA REVUE

En raison de son caractère spécialisé, la revue « Être Libre » ne peut vivre de ses seuls abonnements. Nous adressons un pressant appel à tous nos amis et sympathisants pour qu’ils nous soutiennent financièrement dans la mesure de leurs possibilités. Ont versé : M. et Mme G.. t, H.. n (Bruxelles) Mme Gr. (Bruxelles) Mme A. (Bruxelles) Mme V.d. (Anvers) 1000 FB 1000 FS 200 FS 300 FS

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