Coup d’œil

Pour cette troisième parution du maintenant célébrissime Coup d’oeil sur l’éducation, le Service de recherche et de développement pédagogique se lance dans une nouveauté sans pareille. Laquelle? demandez-vous incrédules devant tant d’audace. Eh bien! Celle de deux doublespages supplémentaires! Si! Si! c’est dire à quel point le numéro 3 du volume premier de Coup d’œil sur l’éducation regorge d’informations toutes plus pertinentes les unes que les autres. Le lecteur avide de nouvelles pédagogiques y découvrira entre autres un article tout simplement renversant de notre collègue Line Raymond traitant du cycle circadien et du sommeil des braves. La lectrice y trouvera par surcroît le texte d’un homme fort sympathique s’étant mis dans la tête (Dieu seul sait pourquoi) d’explorer la notion de compétence. L’électeur, pour sa part, y trouvera un autre article — franchement beaucoup moins intéressant, il faut l’avouer — portant sur le cerveau des jeunes adultes.

Mars 2007, vol. 1, no. 3

Dodo, cerveaux et compétences
Alors n’hésitez plus! Lisez! Et, surtout, visitez le site http://tic-cegep.freezee.org/ pour apporter vos commentaires. Il n’y a pas que les stationnements et les places réservés qui peuvent faire l’objet de discussions animées. Les divagations d’un CP hilare peuvent aussi susciter des réactions (allergiques?). Charles-Antoine Bachand CP-hilare PS : ceci étant dit, j’en profite pour dire à quel point cela a fait chaud au coeur du CP-TIC que je suis de voir le froid courriel être utilisé pour nourrir de chaudes discussions. Il faudra que l’on parle des forums de discussion un de ces quatre ;-) .

sur l’éducation

au menu :
★Avez-vous l’heure? ★Le cerveau des jeunes adultes ★Regard intuitif sur la notion de compétence ★Laissez réfléchir les élèves pour une pensée scientifique ★Ce qui motive un élève du DEP à poursuivre un DEC

Coup d’œil en-ligne

Pour une copie électronique de Coup d’œil ou pour commenter ce qui s’y trouve, allez faire un tour sur http://tic-cegep.freezee.org et cliquez sur l’onglet «coup d’oeil».

La vie pédagogique

Avez-vous l’heure ?
Selon une étude réalisée à l’hôpital Douglas [2] (McGill), lorsque son rythme circadien n’est pas respecté et qu’il y a manque de sommeil, on note chez un individu des sautes d’humeur, des troubles d’attention, de raisonnement, des troubles émotionnels et cognitifs. « Eh ben, me direz-vous, couchezvous plus tôt et vous n’aurez pas de problème. » (Essayez donc, lève-tôt, de rester au lit jusqu’à midi. Pas facile, n’est-ce pas, de passer des heures à regarder le plafond ! Eh bien, c’est comme se coucher à 21 heures quand le marchand de sable ne passe qu’à minuit !) Intéressonsnous plutôt à nos étudiants… Avez-vous remarqué qu’il y a plus d’absences le lundi matin que le jeudi après-midi ? Qu’à vos cours de 8 heures, les étudiants sont très calmes, trop calmes même ? Si le rythme circadien dure environ 24,2 heures [3] chez les adultes (rassurez-vous, la lumière nous permet de négliger le 12 minutes en trop), des recherches ont démontré que ce cycle s’étire sur 26 ou même 30 heures chez les personnes de 12 et 19 ans. Le jeune doit donc combattre son manque de synchronisme avec les horaires imposés. Difficile de l’envoyer au lit ? C’est normal ! Difficile de le réveiller le matin ? C’est normal ! Il y a au moins 2 heures de décalage horaire sur nous [6] ! Tout cela, c’est la faute à la mélatonine. Cette hormone qui fait que « l’endormitoire » nous prend quand le jour se couche s’élèverait plus lentement chez les adolescents, décalant ainsi leur besoin de dormir. Et, quand vient le soir, tant qu’à regarder le plafond, aussi bien naviguer sur Internet ! Leur problème, c’est que le matin arrive trop vite ! Les jeunes âgés entre 17 et 19 ans dorment en moyenne 7 heures par nuit [5] (25 % dormirait 6,5 heures ou moins [4]) alors qu’ils ont besoin de plus de 9 heures de sommeil. Résultat : Les étudiants n’arrivent plus à performer et somnolent pendant le jour. Bien sûr, certains jeunes compensent la fin de semaine en dormant jusqu’à midi. Or, non seulement ça ne suffit pas, mais en plus, ça les replace dans leur rythme naturel (c’est comme passer d’un fuseau horaire à un autre tous les 4 jours). Odile Lapierre, psychiatre et chercheure à l’Université de Montréal, note que les jeunes adultes et les personnes âgées constituent les deux groupes d’âge se plaignant le plus de somnolence pendant la journée. Habituellement, la période de somnolence maximale arrive au beau milieu de la nuit (quand on dort), puis il y a une baisse de vigilance un demi cycle plus tard (à l’heure de la sieste de l’après-midi ou du besoin de chocolat). Mais lorsque le rythme circadien est perturbé, la somnolence maximale peut arriver en plein jour et, à moins d’être stimulé, on ne peut tout simplement pas résister à la tentation de s’endormir. C’est d’ailleurs ce qui se produira lorsque la personne assistera à des activités considérées soporifiques (lire, regarder la télévision, assister à une conférence…à un cours magistral ???). Un sondage démontre que chez 60 à 70 % des adolescents le niveau de somnolence est maximal entre 8h et 10h le matin [6].

LINE RAYMOND Enseignante au département de mathématiques Quelle belle surprise que de rentrer de la semaine sans cours une heure plus tôt que prévu ! Sérieusement, je pense que seuls les parents de jeunes enfants et les fermiers ont souri dimanche matin en réalisant qu’ils pouvaient rester au lit un peu plus longtemps. Mais la trêve n’aura été que de trop courte durée : tout ceux qui ont une montre (mais jamais de temps) sont immédiatement passés à l’heure d’été après avoir ajusté tous leurs appareils. En une fraction de seconde, une heure de sommeil perdue ! La probabilité de naître au Québec le 11 mars 2007 entre 2 h et 3 h du matin réduite à 0 ! Il ne nous reste pour la semaine qu’une augmentation moyenne de 7 % des risques d’accidents de voiture [1]. Les lève-tôt, ceux à qui l’avenir appartient et qui ne comprennent pas que le quart d’heure de plus au lit le matin peut faire toute une différence dans une journée, n’y trouvent pas de quoi fouetter un chat : il fera jour plus tard ! Mais pour nous, les oiseaux de nuit, les gens chouettes pour qui la soirée est toujours jeune, ce changement d’heure est bien plus dangereux que la grippe aviaire ! Bien sûr, on finit tous par s’adapter complètement au changement d’heure (cela prendrait en moyenne 10 jours). Cependant, rien ne semble atténuer cet étrange décalage horaire qui existe entre les lève-tôt et les couche-tard. On appelle cette horloge interne le rythme circadien. C’est le cycle qui vous est propre et que vous adoptez en vacances quand vous enlevez votre montre, quand vous n’utilisez pas de sonnerie pour vous réveiller, bref, quand vous laissez le naturel revenir au bungalow. En général, il est réglé sur la lumière du jour : personne n’a le goût de commencer sa nuit de sommeil à 14 h. Cependant, le matin ne commence pas à la même heure pour tout le monde.

laisse une période trop brève pour adapter nos méthodes et changer notre matériel didactique. Il ne nous reste que la sensibilisation des étudiants. Après tout, nous sommes drôlement bien placés pour leur expliquer pourquoi ils sont si fatigués et quelles sont les recommandations des chercheurs pour les aider à se synchroniser sur le rythme du cégep : Garder la même routine la fin de semaine et la semaine. Être à jour dans ses travaux et éviter d’étudier avant d’aller au lit. Une bonne nuit de sommeil est meilleure qu’une nuit blanche à étudier. (Les athlètes savent qu’il vaut mieux se reposer que de s’entraîner la veille d’une compétition.) Éviter les écrans cathodiques avant d’aller au lit : les REMP jouent sur notre production d’adrénaline et nous empêchent de dormir. Ne pas prendre de stimulants (café, boissons gazeuses ou énergisantes) après 15 heures. Faire de l’exercice physique quotidiennement, mais de façon non intense en fin de journée.

Comprendre le danger des somnifères et « wake-up pills ». À nos élèves de choisir s’ils veulent améliorer leur sort avec ces outils et prendre leurs responsabilités, après tout, eux seuls connaissent réellement leur besoin de sommeil. Aidons-les quand même en les stimulant et en rendant actifs le matin, oubliez vos Power Points à 8 heures ou s’il le faut vraiment, donnez-leur des pommes (elles seraient meilleures que le café pour réveiller). Oups… une heure du matin, faut que j’aille au lit ! Line Raymond qui enseigne au département de mathématiques est surtout connue pour ne pas être fonctionnelle avant 10 heures et pour ses courriels envoyés aux petites heures du matin. Pour elle, la meilleure berceuse reste le chant des merles lorsque le jour se pointe.

Pour aider les jeunes, de plus en plus de chercheurs dont Mary Carskadon (Brown Universtity) et Luc Laberge (UdM) soutiennent qu’au secondaire et au collégial, les cours ne devraient pas commencer avant 10 heures. Pardonnez mon envie irrésistible d’applaudir. Mais sérieusement, que peut-on y faire ? Bien sûr, on pourrait bâtir les horaires en fonction des exigences des cours. Placer, par exemple, les cours énergisants tôt le matin, garder les laboratoires en fin de journée pour que les élèves puissent y fonctionner à leur rythme. Voilà des souhaits auxquels je ne crois plus. En considérant que l’on n’a aucun contrôle sur les horaires, l’idéal serait d’adapter notre pédagogie en fonction de l’horaire qui nous est imposé. Cependant, leur publication une semaine avant le début des cours nous
Sources [1] http://www.canadian-health-network.ca/serv let/ContentServer?cid=1063646438373&pa gename=CHN-RCS%2FCHNResource%2F CHNResourcePageTemplate&c=CHNResou rce [2] http://www.carrefourfamilles.com/index.php ?action=rechercher&option=recherche&affi chage=true&AffUnArtc=true&noArticle=47 42&PHPSESSID=01a581626635b1273348 0658672d64e1 [3] http://lecerveau.mcgill.ca [4] http://www.e-sante.be/be/magazine_sante/sa nte_enfants_adolescents/Adolescents_mal_s e_lever_matin-5089-246-art.htm

Ne nous laissez pas seuls!
C’est dans l’espoir que ce petit feuillet aidera à l’échange et au partage que nous nous lançons dans l’aventure du Coup d’œil sur l’éducation. En effet, s’il est une chose qui rejoint tout le personnel du Cégep de l’Outaouais, c’est justement notre intérêt pour l’enseignement et l’éducation, alors ne nous laissez pas seuls avec nos idées -- de toute façon, vous savez à quel point les conseillers pédagogiques sont des « pelleteux » de nuages ;-) -- envoyez-nous vos expériences, vos projets, vos idées, vos questions, vos réflexions au sujet de ce qui se passe dans vos salles de classe. Plus on est de fous, plus on... parviendra à rendre notre aventure éducative encore plus riche et gratifiante!

[5] http://www.forum.umontreal.ca/numeros/20 00_2001/forum_01_05_22/article06.html [6] http://www.css.to/sleep/sommeil_adolescent s.pdf http://www.pbs.org/wgbh/pages/frontline/sh ows/teenbrain/interviews/carskadon.html http://www.vulgaris-medical.com/encyclope die/sommeil-(physiologie-du-sommeil-norm al)-4303.html http://www.swiss-paediatrics.org/paediatrica /vol14/n3/schlaf-fr.html#ref http://www.acsa-caah.ca/pdf/fran/sommeila do.PDF http://www.oeeo.ca/publications/pour_parler _profession/mars_1999/late.htm http://www.opossum.ca/guitef/archives/002 691.html

Questions, commentaires, réflexions, articles, plaintes, menaces... Envoyez tout ça à : Charles-Antoine Bachand conseiller pédagogique. poste 3211 cabachand@cegepoutaouais.qc.ca adresse skype : ca_bachand

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Le cerveau des jeunes adultes
d'un adulte et celle d'un jeune adulte. Les différences qu’on y découvre sont patentes et permettent de croire que plusieurs des éléments du comportement adolescent qui sont parfois irritants ne sont pas uniquement dus aux évidentes fluctuations hormonales, mais aussi au fonctionnement même du cerveau des jeunes adultes. Bien entendu, le risque de toutes études de ce type demeure celui de tomber dans l'éternel débat « nature versus nurture » (ce fameux débat entre l'inné et l'acquis). Il reste cependant que les avancées scientifiques tendent à montrer que, sur le plan uniquement biologique, il existe des différences particulièrement importantes entre les adolescents — et les jeunes adultes — et leurs enseignants ou leurs parents. L’adolescence, période d’émondage cérébrale Les recherches du psychiatre Jay Giedd en ce sens sont particulièrement éclairantes. Giedd soutient que, bien que la maintenant célébrissime matière grise (matière responsable de l’analyse et la gestion des informations) atteint généralement son ultime taille vers l’âge de 11 ans chez les filles et de 13 ans chez les garçons, le cerveau ne cesse pourtant pas de se développer pour autant. En effet, à partir de cet âge, un processus « d’émondage » s’enclencherait. Le cerveau humain sera alors nettoyé des cellules cérébrales inutiles. Ce

CHARLES-ANTOINE BACHAND conseiller pédagogique En novembre dernier, le magazine The Walrus publiait un dossier fort intéressant sur le développement du cerveau chez les adolescents et les jeunes adultes. Ce dossier présentait l’état actuel des connaissances dans le domaine des recherches sur le développement du cerveau. En effet, notre compréhension du fonctionnement du cerveau connaît des avancées importantes qui changent radicalement notre façon d’envisager son développement. Les découvertes que font les chercheurs en ce sens peuvent s’avérer fort pertinentes pour ceux et celles qui, comme nous, doivent quotidiennement travailler avec des dizaines de jeunes adultes en apprentissage. Leur cerveau est, ni plus ni moins, que la matière première avec laquelle ils doivent constamment travailler, matière première dont nous savons encore trop peu de choses. Un cerveau en développement Jusqu’à tout récemment, les chercheurs s’entendaient pour dire, que dès l’âge de 10 ans, le cerveau humain avait atteint sa maturité. C’est dans cette optique que des milliers de parents, pris dans l’urgence, se sont jetés sur tous les « Baby Einstein » de ce monde pour assurer à leur progéniture l’avenir radieux que procure un cerveau bien fait. Or, les études les plus récentes laissent croire que loin de s’arrêter à l’âge de 10 ans, le cerveau humain continue de croître et de se développer jusqu’à la mi-vingtaine (j’aurais donc un cerveau vieux d’à peine 5 ans! J’aime bien cette idée). En fait, les recherches effectuées à l'aide d'appareils à résonnance magnétique (qui permettent de juger des régions cérébrales actives lorsqu'un individu accomplit certaines tâche) nous permettent de comprendre de mieux en mieux le fonctionnement de nos cerveaux. Avec ces nouveaux outils, les chercheurs sont maintenant à même de comparer l'activité cérébrale

processus permet en fait au cerveau d’identifier les liens les plus utiles et de les consolider. Seuls les cellules cérébrales qui sont en relation importante avec les autres seraient alors conservées. Les êtres humains seraient donc, dans une certaine mesure, « programmés » pour le reste de leur jour. Ainsi, si un adolescente arrête de lire pour préférer à cette activité la procrastination sur les divans, il est fort à parier que les synapses alors inutilisés soient tout simplement détruites. Ce processus explique aussi pourquoi certaines habitudes prises à l’adolescence — fumer, apprendre une deuxième langue, faire du sport, jouer de la musique, boire — sont si tenaces. Giedd affirme en fait que notre cerveau se « spécialise » dans la réalisation des activités les plus courantes. C’est donc à l’adolescence que la matière blanche (qui permet les liens entre les cellules

rester concentrer sur une tâche que ce soit en classe ou ailleurs. Des cerveaux ensommeillés Sans entrer dans les détails (parce qu’il en est question dans l’article de Line Raymond), il est aussi intéressant de constater que ces changements cérébraux ont des impacts évidents sur le sommeil des jeunes adultes. Leur cycle circadien est complètement différent de celui des adultes. Comme ils doivent se réveiller lorsqu’on leur dit et non lorsque leur corps leur demande, les adolescents souffrent en fait d’un manque de sommeil chronique. Ils vont à l’école ensommeillés, ne déjeunent pas parce qu’ils aimeraient mieux dormir et sont, par conséquent, moins enclins à travailler le matin. De même, alors que le reste du monde croule de fatigue, les jeunes adultes commencent seulement à devenir fonctionnels. Le monde roule donc à contre courant de l’horloge adolescente. Le manque de sommeil chronique peut cependant avoir des conséquences graves sur la mémoire, et même sur la santé mentale. Mais comment tout cela peut-il nous être utile? Il n’est pas évident de répondre à cette question, mais il importe cependant de se souvenir que le cerveau des jeunes adultes est une œuvre inachevée et qu’il fonctionne parfois de façon bien différente de celui des adultes. Il faut aussi se souvenir que cette période est déterminante dans le développement du cerveau humain: des liens se créent alors entre les cellules cérébrales, des liens qui perdureront la vie durant. De même, il faut se rappeler que leur raison n’est pas encore tout à fait au point. Ce qui, parfois, peut expliquer certaines... disons... faiblesses dans leurs jugements sociaux, moraux ou politiques. Source : Nora Underwood, « The Teenage Brain », The Walrus, novembre 2006.

cérébrales) connaîtrait son saut de croissance le plus important. C’est à l’adolescence que la grande majorité des liens entre les cellules cérébrales se façonne. Des cerveaux émotifs La docteure Deborah Yurgelun-Todd avance par ailleurs des éléments de réflexions particulièrement importants lorsqu’il s’agit de traiter avec des jeunes adultes. En fait, selon ses études, les adolescents auraient beaucoup de difficultés à analyser et à gérer leurs émotions. Les adolescents analyseraient les émotions dans une section complètement différente de celle interpellée par les adultes. Contrairement aux adultes, lorsqu’il est question d’émotions, le lobe frontal des adolescents (là où siège la raison, le berceau de la civilisation comme diraient certains) n’est pour ainsi dire pas stimulé. Ainsi, les adolescents n’ont pas ce « filtre » de raison qu’ont les adultes. Leurs réactions seraient donc directes, sans médiation de la part du lobe frontal. Des cerveaux qui aiment le risque Comme leur lobe frontal et les liens qui l’unissent avec le reste du cerveaux ne sont pas complètement développés, on pourrait aussi facilement expliquer que les jeunes adultes ne semblent pas toujours bien conscients du risque. En fait, alors que leur cer-

veau se développe, cherche à vivre de nouvelles expériences et est particulièrement sensible à la testostérone et la dopamine (neurotransmetteur associé au plaisir) les adolescents auront beaucoup de difficultés à exploiter les ressources de leur lobe frontal. En d’autres mots, ils ne sont pas particulièrement bien outillés pour prendre conscience des risques qu’ils courent ou des conséquences que leurs actes peuvent avoir. Et, s’ils peuvent vous expliquer dans le menu détail quels sont les risques associés avec se tirer du haut d’une falaise ou avoir des relations sexuelles non-protégées, lorsqu’ils sont dans le feu de l’action, les régions émotives de leur cerveau s’allument comme un feu de la SaintJean alors que leur lobe frontal dort d’un sommeil niais. Des cerveaux éclatés Une autre conséquence du cerveau en manque de matière blanche des adolescents est leur incapacité à traiter simultanément plusieurs informations. Il leur est particulièrement difficile de discriminer ce qui est important de ce qui l’est moins, ce qui requiert leur attention de ce qui n’est que distraction. Ceci expliquerait en partie le haut taux d’accidents de voiture des adolescents, distraits qu’ils sont par leurs amis, un téléphone, de la musique ou, simplement, par une gorgée de café. De même, ça expliquerait pourquoi certains ont beaucoup de difficultés à

débat

Regard intuitif sur la notion de compétence
GILLES JOBIN conseiller pédagogique, CSCV
Mozart était-il un musicien compétent ? Picasso était-il un peintre compétent ? Euler, un mathématicien compétent ? Et Einstein, parle-t-on de lui en lui affublant le titre de physicien compétent ? Par contre, le chirurgien qui m'a débloqué des artères était compétent. C'est toujours un mécanicien compétent qui répare ma voiture. Et j'aime bien savoir que le pilote d'avion est compétent à diriger son appareil. Je veux aussi que l'enseignant qui enseigne à mes enfants soit compétent et l'horticulteur compétent me donne des conseils judicieux et adaptés aux caractéristiques de mon jardin. Compétence et professionnalisme. Prenons le cas du chirurgien. En fait, peu m'importait qui réalisait l'opération. Je ne désirais qu'un type qui « connaisse son affaire » (la compétence) et qui en même temps, porte toute son attention sur son travail (son professionnalisme) de manière à ne pas m'envoyer ad patres pour une simple - mais ô combien possible - erreur de manipulation ! […] Donc, intuitivement, un être compétent mobilise certaines ressources pour réaliser (ou tenter de réaliser) une tâche qui implique généralement un certain risque. Par exemple, le journaliste qui déconne se fera rapidement « rentré d'dans ». Un chirurgien qui gaffe peut causer un tort irréparable. Et un pilote d'avion qui effectue un mauvais atterrissage met en péril tout l'équipage. Quant au plombier qui installe mon chauffe-eau, il doit s'assurer d'une foule de normes de sécurité. Mais... Mais je préfère, et de loin, un chirurgien qui aura pris le temps de m'expliquer le problème et sa solution. Donc, une personne qui me considérera comme capable de comprendre ce qui m'arrive. Je préfère aussi un chirurgien capable de consulter des collègues et de coopérer avec eux. À compétences égales, je vais choisir un mécanicien qui prend de temps de m'expliquer en termes simples les problèmes de ma voiture, qui peut me suggérer des solutions et qui fera confiance à ma capacité de comprendre. Quant aux journalistes, je ne sais pas... Ce sont des gens spécialisés pour répéter ce que d'autres disent. Et, tout bon élève sait cela, il n'y a pas 156 manières de répéter... Et à l'école, une compétence, c'est quoi ? En fait, dans le domaine intellectuel, il me semble que le terme de compétence s'applique mal. Pour reprendre plus haut, pourrait-on dire qu'Einstein était compétent à résoudre des problèmes mathématiques ? On peut sans doute répondre oui (et alors, en bon enseignant, il faudra bien le noter !), mais on sent que ce n'est pas tout à fait cela. Il a passé près de 50 ans de sa vie à vouloir démontrer que le monde est déterministe. Sans réussir. Cela en fait-il un incompétent ? Einstein réfléchissait à partir de concepts très abstraits. Peut-on être compétent à réfléchir ? Chopin n'a pas composé de symphonie. Par contre, Beethoven... Ce dernier est-il plus compétent que le premier ? Viendrait-il à l'idée d'un critique de comparer les compétences d'un Miro à celles d'un Picasso? Comme en sciences, on dirait qu'on peut difficilement parler de compétences en art. Donc, à l'école, une compétence, c'est quoi ??? Sincèrement, je pense que le MELS n'avait pas de mot adéquat pour décrire ce qu'on attend de nos élèves. Rappelezvous, dans une première version du programme, fin 90, il était question de capacités. La compétence, c'est être capable de se débrouiller avec des connaissances, et entre autres, être capable de s'ajouter des connaissances, et, surtout, de reconnaître qu'on doive s'en rajouter et de trouver de bons moyens pour le faire. En ce sens, apprendre à écrire des textes variés veut simplement dire que je dois apprendre à écrire une lettre d'un certain type si je dois m'adresser à une certaine personne, et d'un autre type si mon propos s'adresse à une tout autre personne. Je dois comprendre que l'écriture d'un roman, d'un poème, d'une note à mon boss, d'un billet sur un blogue ou d'une réponse sur un forum, ce n'est pas la même chose et, qu'en même temps, c'est la même chose. Je dois m'habiliter à faire des rapprochements (le fameux transfert), à différencier les choses et à juger de ce que je dois apprendre pour mieux les faire. C'est aussi se donner les moyens de reconnaître une nouvelle forme d'écriture qui, au moment des apprentissages, n'existait pas encore. […] Je trouve curieux ce débat qui oppose les connaissances aux compétences. Veut-on remplir des têtes sans savoir ce que les élèves peuvent mobiliser à partir de ce plein ? Veut-on d'un parfait solutionneur de problèmes mathématiques qui n'a aucune connaissance mathématique ? Pour tous ceux qui aimeraient comprendre ce qu'est apprendre par compétences, voici ce que je vous suggère : Choisissez un instrument de musique dont vous ignorez absolument tout. (Dans mon cas, à 32 ans, j'ai reçu un beau piano : je ne savais même pas ce que représentaient les touches blanches et noires. Par contre, j'avais déjà fait de la flûte à bec.) Donnez-vous une semaine pour apprendre une pièce de première année du conservatoire. Notez, décrivez vos apprentissages. Revenez faire part de vos découvertes ! Gilles Jobin http://www.gilles-jobin.org/jobineries/

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Laissez réfléchir les élèves pour une pensée scientifique
FRANÇOIS GUITÉ enseignant d’anglais, langue seconde

La vraie science enseigne, avant tout, à douter et à ignorer. (Miguel de Unamuno) Les étudiants ont jusqu’à quatre fois plus de chances de réussir les cours de sciences si l’on diminue les consignes procédurales pour laisser plus de place à la liberté de penser. C’est l’étonnante conclusion d’un professeur de l’université Ohio State qui a comparé des résultats obtenus en fonction de chaque méthode (Ohio State Research News : Scientific Literacy Happens ... When Students Think for Themselves). Quoique l’étude concerne l’enseignement universitaire, elle laisse entendre que l’apprentissage par problèmes <http://fr.wikipedia.org/wiki/Apprentissage_par_problèmes> (problem-based learning), à tout le moins en sciences, est plus efficace que les méthodes instructionnistes. La pensée scientifique, elle-même très proche de la philosophie, tient du raisonnement bien plus que d’une démarche. Le rôle de l’école est de former des chercheurs dans l’esprit, et non des laborantins. Right now, we just beat the beauty out of everything. Students learn vocabulary. That's it. They don't understand evolution, nor do they understand the beauty of diversity. Pour en savoir davantage sur l’apprentissage par problèmes, voyez ces quelques ressources : • Apprentissage par problèmes <http://web2.uqat.ca/pedagocom/app/pbl1.htm> (Yves Mauffette, de l’UQAM) • Guide d’appropriation de l’apprentissage par problèmes <http://app.cegep-ste-foy.qc.ca/index.php?id=598> (Cégep de Sainte-Foy • Apprentissage par problèmes (APP) <http://www.apsq.org/sautquantique/doss/d-app.html> (Le Saut quantique) Le site de François Guité se trouve à l’adresse http://www.opossum.ca/guitef/

Quelques livres que vous trouverez au SRDP
C’est avec joie que j’inaugure aujourd’hui une toute nouvelle rubrique. Vous l’aurez deviné, cette nouvelle rubrique aura pour titre «Quelques livres que vous trouverez au SRDP » et présentera quelques-uns des livres que vous trouverez au SRDP (d’où son titre, c’est fort quand même, non?). J’aurais écrit « Service de recherche et de développement pédagogique au long », mais ça ne rentrait pas dans l’encadré. Il faut ce qu’il faut. Ah! Les contraintes de la forme sur le fond... Bon... Gérard de Vecchi, Aider les élèves à apprendre, 2000 : ouvrage vraiment sympathique abordant le travail enseignant et la définition qu’il est possible de donner au verbe « apprendre ». De Vecchi est un militant du Groupe français d’éducation nouvelle et offre, dans ce livre, plusieurs pistes de réflexions très intéressantes. Gilles Chamberland et Guy Provost, Jeu, simulation et jeu de rôle, 1996 : petit livre d’une centaine de pages offrant plein de jolis trucs sur la conception et l’animation d’activités pédagogiques ludiques. Ils en redemanderont ;-).

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Ce qui motive un élève du DEP à poursuivre un DEC
collégiales. De façon générale, les étudiants qui ont choisi de ne pas poursuivre leurs études au collégial affirment d’abord qu’un DEC serait un investissement financier trop important. De même, les cours de formation générale sont perçus par une majorité comme étant « rebutants ». Par ailleurs, plusieurs considèrent que leur DEP leur est suffisant pour atteindre leurs objectifs professionnels. Enfin, quelques-uns affirment que le DEC leur paraît trop théorique et qu’ils ont besoin de travailler de leurs mains, de gagner leur vie. Perceptions personnelles Comme c’est toujours le cas lorsqu’il est question de motivation, la perception qu’ont les individus de leurs compétences et des tâches à réaliser est déterminante dans leur prise de décision. À ce titre, Ménard et Semblat ont aussi exploré les perceptions qu’avaient ces étudiants de leurs compétences et de leur pouvoir de choisir de poursuivre un DEC. D’abord, les élèves des programmes professionnels étudiés disaient avoir rencontré d’importantes difficultés scolaires avant leur entrée dans le programme professionnel (surtout en français). De même, près de la moitié soutiennent avoir aussi rencontrer des difficultés au cours de leur DEP, expliquant ces difficultés par leur manque d’intérêt ou de compétences dans les domaines plus théoriques. Ainsi, lorsque vient le temps d’inviter des étudiants du DEP à poursuivre au DEC, il faudrait s’assurer de tenir compte du fait que, souvent, ceux-ci ont une perception pour le moins mitigée de l’éducation, et ce, même lorsqu’il s’agit d’enseignement professionnel ou technique.

CHARLES-ANTOINE BACHAND conseiller pédagogique Dans la seconde parution de la Revue des sciences de l’éducation (disponible à la bibliothèque) de 2006, les chercheuses Ménard et Semblat (2006) présentent les résultats d’une enquête qu’elles ont menée auprès d’étudiants de la formation professionnelle quant à ce qui les motive à poursuivre ou non leurs études au collégial. Cette enquête offre des informations très intéressantes pour ceux et celles qui cherchent à augmenter les effectifs des programmes techniques du collégial. Motif de l’inscription du DEP Dans les trois programmes que les chercheuses ont utilisés pour faire leur recherche, les étudiants soutenaient que ce qui avait d’abord motivé leur inscription au DEP, c’était l’intérêt pour le domaine d’études. Dans un deuxième temps, ces étudiants affirmaient qu’ils avaient été motivés par les perspectives d’emploi qu’offrait leur programme. Il peut aussi être intéressant de noter que, pour plusieurs, le fait qu’il leur avait été impossible de s’inscrire au cégep les avait aussi mené vers le DEP. Motifs de poursuivre au cégep Pour la grande majorité des étudiants faisant le saut du DEP au DEC, ce qui motivait d’abord et avant tout leur décision était la recherche de nouvelles connaissances. On peut donc croire que l’intérêt pour leur domaine est, encore là, un facteur particulièrement important et sur lequel il faut miser. Pour plusieurs, les meilleures perspectives d’emploi ont aussi été un facteur non négligeable dans leur décision de poursuivre au DEC. Motifs de ne pas poursuivre au cégep Les chercheuses se sont aussi penchées sur ce qui pouvait motiver les étudiants à ne pas poursuivre d’études

Il importe, dans un second temps, de souligner que plusieurs des étudiants interrogés affirmaient avoir une crainte réelle quant aux cours de la formation générale. Ils soutenaient être inquiets de la charge de travail que ces cours représenteraient et de la pertinence de ceux-ci. Pour ceux et celles qui cherchent à intéresser des élèves des programmes professionnels aux programmes techniques du collégial, cette étude peut être riche en informations. En fait, il est évident que, même lorsqu’il existe des passerelles DEP-DEC, la partie est loin d’être gagnée. Ces étudiants craignent la charge de travail et l’investissement que représente un DEC et affirment souvent avoir hâte de se lancer sur le marché du travail. Ménard et Semblat ont cependant bien identifié ce qui motive les étudiants à poursuivre leurs études au collégial (donc, ce sur quoi il peut être utile d’insister) et ce qui motive leur décision de ne pas poursuivre (donc, des craintes à désamorcer). Source : Ménard et Semblat (2006). « La motivation des élèves de formation professionnelle à poursuivre leurs études dans un programme technique harmonisé », Revue des sciences de l'éducation, Volume 32, numéro 2, 2006.

source des images : Library of Congress (LC-D4-72750); cathycracks (flickr.com), PartsnPieces (flickr.com), bebop717 (flickr.com), Musculature, par Andreas Vesalius, OldOnliner (flickr.com).

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