Mardi novembre 13 2012

D
Coordonnatrice de projet Samara

ans le cadre d’une série de discussions nationales intitulée Parlons Démocratie, Samara, un organisme de bienfaisance qui aide les citoyens à renouer leurs liens avec le système politique, a réuni récemment cinq groupes de

jeunes à Toronto, Ottawa, Montréal et St. John afin de parler des expériences qu’ils ont vécues au sein de ce système et trouver des moyens de le rendre plus pertinent pour qu’il réponde mieux à leurs besoins. Organisées en collaboration avec des groupes communautaires des trois provinces, ces rencontres réunissaient surtout des jeunes des paliers secondaire et collégial nouvellement arrivés au pays, à faible revenu ou faisant partie d’une minorité visible. Ces groupes de jeunes sont souvent considérés comme apathiques et politiquement désengagés. Toutefois, les premiers résultats d’études laissent croire que ces jeunes Canadiens connaissent mieux le système politique qu’on ne le croit et qu’ils sont engagés d’une façon que l’on n’a peut-être pas l’habitude de mesurer. En Ontario, deux thèmes sont ressortis des premières discussions menées par Samara. Dans un premier temps, on a confirmé le désengagement politique des jeunes, qui est préoccupant. Les jeunes Canadiens, particulièrement les nouveaux arrivants et les jeunes à faible revenu, estiment que les politiciens ne les représentent pas et ne comprennent pas leurs besoins. Un jeune anglophone de Montréal, âgé de 19 ans, a déclaré : « En politique, on peut voir les enfants, mais il ne faut pas les entendre. Je crois que certaines personnes qui se lancent en politique souhaitent changer les choses, mais, en cours de route, la politique les corrompt et on obtient ce qu’on a aujourd’hui ». Les participants ont dit qu’ils se sentaient impuissants dans un monde confronté à des problèmes complexes en ce qui concerne l’environnement, le système d’éducation, la gentrification et la violence. Selon eux, un grand nombre de ces problèmes sont causés, voire aggravés, par les institutions politiques qui s’efforcent de les régler. « Il me semble que je ne peux pas faire grand-chose, car j’ai l’impression de ne pas faire partie de la société, a déclaré un participant, né au Nicaragua. Nous vivons dans une société où les politiciens représentent les résidents du pays, les personnes qui peuvent voter. Par conséquent, si vous n’avez pas droit de vote, vous leur importez peu. » Dans un deuxième temps, les jeunes ont déclaré que, bien que le monde de la politique avec un grand P ne soit pas à leur image, ils sont conscients des conséquences politiques des expériences qu’ils ont vécues et veulent apporter des changements positifs. Lorsqu’on a demandé aux participants quelles possibilités ils souhaitent qu’on leur offre, un francophone de Montréal a déclaré ce qui suit : « Personnellement, je pense qu’il faudrait offrir davantage de programmes pour des gens comme moi; Offrir un programme qui s’adresse aux jeunes qui, avec leur propre volonté, voudraient participer à de tels programmes. » « Réellement pour qu’on puisse me convaincre, a ajouté un autre participant, il faudrait qu’ils parlent des valeurs de base, comme l’honnêteté et le respect, et ne pas rester toujours utopiques. Je crois que ces gens-là sont tous utopiques. » En réponse aux diverses préoccupations qui ont été soulevées, presque tous les participants ont déclaré qu’ils posaient des gestes subtils, mais mûrement réfléchis, pour ce qu’ils considèrent comme le bien commun de la société. Certains font du photojournalisme pour dire ce qu’ils pensent de la société, un autre étudie l’orientation professionnelle et d’autres ont recours au bouche à oreille pour parler de la violence dans leur collectivité. Dans chaque cas, ces jeunes ont décidé de poser des gestes afin d’apporter des changements même si, dans bien des cas, ils disposaient de ressources limitées. Au bout du compte, une jeune femme a indiqué : « Si ça nous concerne, il faut nous inclure ». Nombre de participants ont dit que, pour atteindre leurs objectifs, ils s’étaient joints à un organisme communautaire ou sans but lucratif local qui leur a donné l’occasion, pour la première fois, d’apporter des changements. « À mon avis, les organismes communautaires sont plus efficaces que certains politiciens parce qu’ils ne cherchent pas le pouvoir », a déclaré un nouveau Canadien. Les organismes sans but lucratif sont dans une position idéale pour soutenir et mobiliser les citoyens afin que ceux-ci influencent les politiques des gouvernements. Toutefois, les jeunes se sentent aliénés par rapport au gouvernement et au système politique, un problème qui a de lourdes conséquences pour l’avenir du pays. Solutions émanant des jeunes Pour définir les différentes facettes de cet enjeu, les responsables de Parlons Démocratie demandent à diverses personnes, notamment des jeunes, de faire part de leurs idées sur les améliorations à apporter et les personnes qui devraient participer au processus. Malgré leur naïveté à l’égard de certains aspects du système politique, les participants avaient des attentes raisonnables en ce qui concerne les mesures que les gouvernements devraient ou pourraient prendre pour les aider à jouer un rôle plus actif au sein du système politique. Les suggestions des participants sont les suivantes :

Donner l’occasion aux jeunes d’apprendre, d’agir et de communiquer de façon efficace au sein d’un groupe, par exemple dans le cadre de programmes d’échange jeunesse nationaux et internationaux.

Faire en sorte que les politiciens offrent des possibilités d’interaction plus prévisibles, plus pertinentes et plus directes dans leur collectivité, par exemple sous forme de visites locales ou de séances d’information, et ce non seulement lors des campagnes électorales.

Élaborer des programmes d’éducation civique plus pratiques et mieux adaptés à la vie des jeunes.

Se doter de politiciens honnêtes et accessibles qui n’ont pas peur de parler des « vrais enjeux », comme le racisme, d’une façon que les jeunes peuvent comprendre et à laquelle ils peuvent s’identifier.

Bien qu’il en soit à ses débuts, le programme Parlons Démocratie témoigne du désir des jeunes Canadiens de mieux comprendre les enjeux qui touchent leur collectivité, le pays et le monde entier et de jouer un rôle actif. Pour moi, il faut célébrer cet engagement, car il dément la notion selon laquelle les « jeunes d’aujourd’hui » n’ont pas la conscience civique des jeunes des générations précédentes. Cela m’encourage de voir que des personnes qui se sentent détachées de la politique proposent des solutions réalistes qui leur permettraient de s’engager davantage dans le processus politique. Selon eux, des renseignements plus clairs, une plus grande sensibilisation et des communications plus efficaces sont un bon point de départ et constituent des améliorations fondamentales qui seraient bien accueillies, même par les personnes de plus de 25 ans! Tout cela soulève des questions importantes au sujet du rôle que les gouvernements et les chefs politiques peuvent jouer pour mettre fin au cynisme des jeunes et les mobiliser sur la scène politique. Ils peuvent démontrer aux jeunes que les efforts que ceux-ci déploient pour apprendre, s’engager et agir produiront des résultats importants à long terme. Ce discours renforce le rôle que les groupes communautaires peuvent jouer pour prouver aux jeunes que leurs préoccupations sont de nature politique et que le système politique, si imparfait soit-il, permet d’y donner suite. En plus d’amener les jeunes à prendre conscience du fait que leur « potentiel politique » est et demeurera essentiel pour le pays, nous souhaitons obtenir les commentaires d’autres acteurs du secteur sur la façon dont les gouvernements, les politiciens et les intervenants sans but lucratif peuvent unir leurs efforts afin de raviver l’engagement politique. Nous sommes conscients de l’importance des commentaires et des suggestions de ceux d’entre vous qui s’occupent de ces enjeux jour après jour, car ils nous permettront de transformer les idées formulées lors d’une série de discussions de deux heures en programmes efficaces. C’est pourquoi Samara vous invite à faire part de vos idées ci-dessous.

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