Rapport annuel 2011

Le Partenariat mondial de la science rizicole (GRiSP), un programme de recherche du CGIAR représente, pour la toute première fois, un plan stratégique et de travail unique pour la recherche rizicole mondiale, ainsi qu’une façon de contribuer plus efficacement à la recherche de solutions aux problèmes de développement. Le GRiSP a vu le jour en novembre 2010. Le GRiSP regroupe des centaines de chercheurs qui devront se lancer dans la tentative la plus complète jamais entreprise pour utiliser la diversité génétique du riz. Une recherche de pointe, visant à découvrir de nouveaux gènes du riz et à déchiffrer leurs fonctions vient s’ajouter aux efforts déployés en vue d’éliminer les obstacles dans le but d’accroître les rendements rizicoles et de créer de nouvelles générations de riz « adaptées au climat », dotées d’une tolérance à l’inondation ainsi que d’autres caractères indispensables pour adapter la production au changement climatique. L’Institut international pour la recherche rizicole (IRRI) dirige le GRiSP et les activités en Asie, le Centre du riz pour l’Afrique (AfricaRice), les travaux effectués en Afrique et le Centre international d’agriculture tropicale (CIAT) ceux menés en Amérique latine et dans les Caraïbes. D’autres organisations internationales de recherche comme le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et le Centre international japonais de recherche en agronomie (JIRCAS) jouent un rôle stratégique au sein du GRiSP et beaucoup d’autres partenariats sont encouragés. La présente publication relève de la seule responsabilité du Partenariat mondial de la science rizicole. cc Partenariat mondial de la science rizicole 2012 Le présent rapport annuel est protégé par le droit d’auteur du GRiSP et son utilisation est autorisée dans le cadre d’une licence Creative Commons Attribution-Pas d’utilisation commerciale-Partage dans les mêmes conditions 3.0 (non transposé). Sauf indication contraire, les utilisateurs sont libres de copier, de reproduire et de distribuer, d’afficher ou de communiquer tous les articles et de les traduire, de les adapter ainsi que toutes œuvres dérivées dans les conditions spécifiques décrites à http://creativecommons.org/ licenses/by-nc-sa/3.0. Adresse postale : Dr Achim Dobermann, Directeur de programme du GRiSP, c/o IRRI, DAPO Box 7777, Metro Manila, Philippines Téléphone : +63 (2) 580-5600 Télécopie : +63 (2) 580-5699 Courriel : a.dobermann@irri.org Site web : www.grisp.net Référence proposée : GRiSP (Partenariat mondial de la science rizicole). 2012. Rapport annuel 2011. Los Baños (Philippines) : Institut international de recherche sur le riz.

Crédits : Aux efforts d’une équipe de rédacteurs, d’éditeurs, de photographes et de concepteurs de l’IRRI, d’AfricaRice, et de CIAT.

Table des matières 2
2011 — L’Année du GRiSP Par Achim Dobermann, Directeur de programme

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La sélection rizicole rapporte des milliards à l’Asie du Sud-Est Coup de pouce au riz hybride dans les tropiques Une saison agricole pour les formateurs Du riz dans la glace

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Une mini moissonneuse-batteuse pour l’Afrique subsaharienne Un remède à la folie du marché du riz

Les semences de riz qui font la différence en Afrique «Bouter» la pyriculariose du riz hors des champs des producteurs Du riz en toutes saisons

Les gènes qui peuvent vaincre le « SIDA du riz » Éradication des tueurs souterrains

L’avenir de la science rizicole

Une agriculture plus intelligente grâce à l’envoi de messages Du riz à « saveur latine »

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Rapport annuel 2011

2011 — L’Année du GRiSP
Par Achim Dobermann, Directeur de programme

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e Partenariat mondial de la science rizicole (GRiSP) a été officiellement lancé en novembre 2010, au titre du tout premier programme de recherche du CGIAR (CRP). En réalité, il n’est pas sorti du néant. Ce qui, pour la première fois, est à présent harmonisé en une unique stratégie et en un nouveau mécanisme de coordination de la recherche rizicole internationale se fonde sur les travaux de recherche effectués par des chercheurs de plus 900 organismes de recherche et de développement qui collaborent depuis des décennies dans les principaux domaines de la science rizicole. Il faut entre 10 à 15 ans, pour faire naître une idée et la transformer en produit à l’intention des riziculteurs, des consommateurs et d’autres acteurs de la chaîne de valeur. La science moderne peut rendre ce processus plus efficace, plus précis et, aussi parfois plus rapide, mais elle ne peut se substituer aux chercheurs créatifs et dévoués qui – avec le temps et les ressources nécessaires – seront en mesure de proposer les innovations tant attendues. Notre objectif consiste à faire en sorte que le GRiSP devienne un programme qui permet des innovations, un programme au sein duquel différents partenaires, avec leurs

différentes potentialités, apportent leurs contributions aux producteurs des pays en développement et à plusieurs autres acteurs. Un chercheur à lui tout seul ou une institution individuelle ne peut plus s’attaquer au grand nombre de défis urgents auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. C’est la raison d’être du GRiSP : sa portée est Globale, il porte essentiellement sur le Riz, il s’agit d’une Science de qualité, qui dépend des Partenariats qu’il renforce. Nous ne disposions d’aucun véritable mode d’emploi, ni de modèle dont nous aurions pu nous inspirer. Nous avons donc, en 2011, concentré nos efforts sur la mise en place des structures, directives et processus requis pour le GRiSP, et sur de nouvelles initiatives qui ont suscité un engouement indéniable. J’ai le plaisir d’annoncer que tout s’est, de façon surprenante, bien passé, et que, dans l’ensemble, nous avons évité de créer de nouvelles lourdeurs bureaucratiques ou des coûts de transaction élevés qui pourraient faire perdre du temps aux chercheurs qui ont besoin de faire de la recherche de qualité. Nous avons élu un remarquable Comité de supervision (OC), nous disposons d’une Équipe de planification et de gestion des programmes

Isagani Serrano/IRRI

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2011 — L’Année du GRiSP
(PPMT), nous avons des responsables compétents dans tous les domaines de la science et du développement abordés par le GRiSP et, les centres du CGIAR et d’autres institutions engagées dans le GRiSP ont ajusté leurs propres processus aux besoins de celui-ci. La plupart du temps, tout ceci est réalisé en coulisse, par un personnel dévoué et à l’insu des chercheurs, des partenaires et des donateurs. Je me dois donc, dans un premier temps, de remercier tous ceux qui ont permis de rendre le GRiSP opérationnel, notamment dans toutes ses activités pratiques. Quelles initiatives avons-nous réussi à lancer à ce jour ? En 2011, le financement total du GRiSP s’est élevé à 98,8 millions de dollars américains. Même si, dans l’ensemble, le financement du GRiSP s’effectue encore à l’aide de subventions bilatérales restreintes qui ont des objectifs assez précis et souvent des centres d’intérêts géographiques spécifiques, les ressources du CGIAR disponibles nous ont permis de consolider les thèmes de recherche du GRiSP et de mener plusieurs nouvelles activités de recherche et de renforcement des capacités. Pour un programme mondial comme le GRiSP, il faut nécessairement qu’il offre une plateforme pour des innovations et une collaboration qui dépasse le cadre de ce qui existait auparavant. Quelques exemples de nos nouvelles initiatives en 2011 figurent dans l’encadré. Nous avons clairement perçu les possibilités qui découleront d’une communication et d’une collaboration renforcées ainsi que des nouveaux mécanismes destinés à appuyer la science rizicole pour le développement. De grandes possibilités s’offrent également aux nombreux partenaires qui souhaitent se joindre à nous et même prendre l’initiative dans certains domaines spécifiques de la recherche au sein du GRiSP. J’espère donc voir le GRiSP évoluer vers une recherche novatrice, axée sur la production qui servira de plateforme de développement pouvant systématiquement s’attaquer aux grands défis à venir – grâce à des partenariats efficaces. Ce nouveau rapport « brillant » n’a pas pour objet de donner une vue d’ensemble complète sur l’ampleur et l’importance du GRiSP. Nous avons plutôt mis l’accent sur une série d’histoires qui décrivent les récents succès ainsi que nouvelles activités. Il s’agit d’instantanés d’efforts réalisés au niveau mondial par des centaines de chercheurs-riz. Pour conclure, j’aimerais vous rappeler à tous qu’investir dans la science agricole pour le développement est en effet très gratifiant : « Investir 20 USD dans le GRiSP permettra de sortir une personne de la pauvreté ». Pour en savoir plus, rejoignez-nous sur grisp.net.

Exemples d’importantes nouvelles initiatives du GRiSP en 2011
• Thème 1 : Atelier sur la détermination du phénotype du riz, mars 2011, Montpellier, qui a abouti à la formation d´un réseau mondial de détermination du phénotype appuyé par une subvention de Nouvelles frontières du GRiSP. • Thème 2 : Atelier sur la stratégie de sélection pour le potentiel de rendement du riz, août 2011, Cali, Colombie, qui a donné lieu à la formation d´un réseau mondial sur le potentiel de rendement appuyé par une subvention de Nouvelles frontières du GRiSP. • Thème 5 : Réunion du groupe de travail sur les bases de données des statistiques rizicoles, décembre 2011, Singapour. • Thème 6 : Atelier sur les outils d’information et de communication à des fins de vulgarisation, décembre 2011, IRRI. • Thème 6 : Atelier sur la mécanisation des systèmes rizicoles en Afrique, juin 2011, Saint-Louis, Sénégal. • Lancement de Groupes d’action dans toute l’Afrique en vue canaliser les efforts de recherche sur le continent, de regrouper les maigres ressources humaines et d’encourager une participation nationale de haut niveau. Cinq de ces Groupes d’action qui ont été créés portent sur : 1) la sélection, 2) l’agronomie, 3) les activités post-récoltes et la valorisation, 4) la politique et 5) le genre. • Atelier du GRiSP de l’Asie du Centre-Ouest, septembre 2011, Rasht, Iran, ayant abouti à un projet de création d´un pôle régional de recherche et de formation rizicole pour la région de l´Asie du Centre-Ouest, abrité par l´Iran. • Un Comité de coordination du GRiSP a été créé au Japon et un colloque international du JIRCAS sur le riz et le GRiSP s’est tenu en novembre 2011 à Tsukuba. • Formation d´un Partenariat français de la science rizicole (FRiSP) regroupant plusieurs institutions françaises engagées dans la recherche rizicole. • GRiSP – Atelier en Allemagne, mars 2011, Bonn. • Lancement du programme de bourses du Partenariat mondial de la science rizicole (GRiSS), assorti de 188 demandes en provenance de 40 pays. Trente-et-une bourses d´études de doctorat ont été attribuées à des étudiants venus d´Asie (17), d’Afrique (9), d’Amérique du Sud (4) et d’Europe (1), dont 14 femmes. • Le premier cours sur le leadership mondial en science rizicole a été organisé à l’IRRI, en partenariat avec l’Université de Louvain, Belgique, avec 23 chercheurs doctorants, des chercheurs post-doctorat et d’autres jeunes chercheurs venus d’Asie, d’Afrique et d´Amérique du sud (dont 10 femmes).

Achim Dobermann

• Premier appel lancé pour des projets Nouvelles frontières du GRiSP.

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La sélection rizicole rapporte des milliards à l’Asie du Sud-Est
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râce à la sélection rizicole effectuée par l’IRRI, les riziculteurs de l’Asie du Sud-Est ont une récolte excédentaire d’une valeur de 1,46 milliard de dollars américains par an. En termes financiers, l’impact annuel de la recherche menée par l’IRRI uniquement au Vietnam, en Indonésie, et aux Philippines a été supérieur au budget total de l’IRRI depuis sa création en 1960. Mais, lorsque les donateurs placent de l’argent dans la recherche rizicole, la véritable valeur du rendement des capitaux investis est inestimable : les retombées sociales, environnementales et économiques pour des millions de personnes.

La recherche rizicole vue de près. Un producteur parmi les centaines participant à la Journée porte ouverte des producteurs de 2011 examine l’une des nouvelles variétés de riz en train d’être mises au point.

asja Priatna, un riziculteur de 45 ans, originaire de l’Ouest de Java en Indonésie, fait pousser, depuis 10 ans, une variété de riz, le Ciherang, parce qu’à son avis, il donne plus de grains que la variété cultivée par ses parents avant lui.

Isagani Serrano/IRRI (3)

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La sélection rizicole rapporte des milliards à l’Asie du Sud-Est
Ciherang est l’une des centaines de variétés de riz de l’IRRI qui ont été adaptées localement et homologuées pour que les producteurs, comme M. Priatna, les cultivent. Ciherang, actuellement la variété la plus répandue en Indonésie, occupe environ 50 % des zones rizicoles du pays. Des milliers de producteurs en Asie du Sud-Est ont enregistré des retombées similaires, en cultivant d’autres variétés de riz sélectionnées par l’IRRI, avec des rendements plus élevés et d’autres caractères favorables. En conséquence, ils ont produit plus de riz et ont obtenu des revenus plus élevés. Rapport sur l’impact Un rapport du Centre international australien de recherche agricole (ACIAR) a montré qu’entre 1985 et 2009, des variétés de riz améliorées de l’IRRI ont permis d’obtenir une augmentation des gains des producteurs de l’ordre de 127 dollars par hectare au Vietnam du Sud, de 76 dollars par hectare en Indonésie, et de 52 dollars par hectare aux Philippines. Une telle somme d’argent fait une grande différence, non seulement pour le bien-être des producteurs, de leurs familles et communautés, mais pour des pays entiers. Au total, dans les trois pays évalués – le Vietnam, l’Indonésie et les Philippines – les producteurs ont enregistré un excédent au niveau de la récolte rizicole de l’ordre de 1,46 milliard de dollars par an, grâce à la sélection rizicole de l’IRRI. Robert Zeigler, Directeur général de l’IRRI, a replacé l’ampleur de cet impact dans son contexte en affirmant que : « la recherche menée par l’IRRI, uniquement dans ces trois pays, a eu un impact annuel plus important que le budget total de l’IRRI depuis sa création en 1960 ». Évidemment, les travaux de sélection rizicole dépassent le cadre de l’Asie du Sud-Est. En Asie du Sud, cela implique l’homologation, ces derniers temps, de riz tolérant à la sécheresse au Népal, au Bangladesh et dans l’ensemble des pays africains, y compris, le premier riz de l’IRRI récemment homologué au Mozambique. Selon Deborah Templeton, Responsable du programme de recherche sur l’évaluation de l’impact de l’ACIAR, « outre les variétés améliorées, les autres activités de l’IRRI qui ne figurent pas dans l’étude pourraient être source de nouveaux avantages importants ». « Parmi ceux-ci figurent les améliorations apportées à la qualité gustative et à la résistance aux nuisibles et aux maladies ». Priorité aux sélectionneurs nationaux Faute d’explication, l’une des conclusions du rapport semble annonciatrice de mauvaises nouvelles – elle montre que l’impact direct des variétés de riz sélectionnées par l’IRRI ne cesse de diminuer. Mais, pour Dr Zeigler, cela entre dans le cadre du plan. Il a ajouté que « l’IRRI a, entre autres, comme rôle principal de soutenir et d’éduquer nos partenaires ». « Grâce

à une collaboration avec nos collègues nationaux dans les domaines de la recherche et de la vulgarisation, nous aidons les sélectionneurs nationaux-riz, grâce à du matériel de sélection et des connaissances techniques, à mettre au point leurs propres variétés de riz ». Dr Bui Ba Bong, Vice-ministre de l’Agriculture et du Développement rural du Vietnam a affirmé « qu’à présent que le Vietnam produit ses propres lignées, l’IRRI fournit, sans discontinuer, des variétés à nos chercheurs rizicoles vietnamiens, afin qu’ils mettent au point des variétés parfaitement adaptées aux conditions vietnamiennes. « L’IRRI a joué un rôle important en tant que partenaire du Vietnam dans la recherche-développement du riz. Les variétés directement fournies par l’IRRI sont d’une grande aide pour le pays ».

Si les partenaires nationaux parviennent à mieux adopter le riz amélioré qui leur est fourni et à l’adapter aux conditions locales, les besoins des producteurs et des consommateurs locaux seront mieux satisfaits. Dr Zeigler a indiqué que « nous allons continuer à fournir du matériel de sélection de grande qualité qui présente des caractères d’intérêt général, comme la résistance à la sécheresse et aux nuisibles dans toutes les principales régions rizicoles ». « De même, nos partenaires peuvent les tester sur place et intégrer ces caractères dans les variétés locales, et utiliser d’autres technologies que nous pourrons partager avec eux pour nous assurer que le processus est aussi rapide et efficace que possible ».

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La sélection rizicole rapporte des milliards à l’Asie du Sud-Est
Pratiques scientifiques Dr Nguyen Thi Lang, chef du Département de génétique et de sélection des plantes de l’Institut de recherche pour le riz du Delta de Cuu Long, a noté que l’IRRI n’a cessé d’apporter son aide en vue « d’abriter de nombreux cours et ateliers de formation sur les systèmes de transfert de technologies rizicoles, à l’intention des principaux vulgarisateurs vietnamiens, pour leur faire connaître de nouvelles techniques et des processus efficaces de transfert des technologies aux producteurs vietnamiens ». L’essai variétal participatif constitue l’un des processus qui permet d’accélérer la fourniture de nouvelles variétés de riz et qui fait participer des producteurs à la sélection de nouvelles variétés potentielles au début de leur mise au point. La participation des producteurs au début du processus prévient la mise au point de variétés de riz qui ne correspondent pas à leurs besoins et qui seraient susceptibles d’être rejetées. Depuis 2008, Dr Jean Du, Chef du Centre de promotion de l’agriculture de Bohol et l’un des partenaires de l’IRRI aux Philippines, effectue des tests sur de nouvelles variétés potentielles de riz dans quatre provinces du Visayas central – une importante région rizicole. Dr Du fait participer les producteurs aux essais et il a qualifié de « rapide », l’adoption par les producteurs des variétés de riz ainsi testées. Les producteurs, premiers bénéficiaires L’adoption rapide de nouvelles variétés de riz est essentielle pour le succès global du programme de sélection. Les rendements plus élevés sont l’un des aspects les plus appréciés des producteurs. ACIAR a indiqué que la recherche sur la sélection de l’IRRI, entre 1985 et 2009, a entraîné une augmentation des rendements rizicoles de l’ordre de 13 % (en Indonésie), ainsi qu’une hausse moyenne de 11,2 % dans l’ensemble des trois pays étudiés. À la publication du rapport en septembre 2011, Kevin Rudd, ministre australien des Affaires étrangères a indiqué que « cela signifie que les producteurs récoltent, à présent, plus de riz par hectare, ce qui, non seulement, les fait sortir de la pauvreté, mais contribue également à relever le défi au niveau mondial, à savoir : nourrir la population mondiale évaluée à 9 milliards de personnes en 2050 ». La sélection à des fins d’impact Pour mesurer la contribution apportée par l’IRRI au rendement rizicole, la superficie consacrée à la culture de chaque variété a été calculée dans chacun des trois pays, leur pedigree a été examiné et ils ont tous été associés aux données sur le rendement variétal. Dr Templeton a affirmé que « globalement, chaque dollar investi dans la sélection rizicole rapporte 22 dollars ». « La valeur de l’excédent de production de riz était basée sur un prix type à l’exportation du riz en 2009 ». Mais, une chose est claire : l’impact de la sélection rizicole est immense, vraiment immense. Bonne nouvelle pour les donateurs Il est facile de faire le lien entre les revenus en hausse des producteurs et la réduction de la pauvreté. Avec des revenus plus élevés, les producteurs peuvent avoir accès à une meilleure alimentation, à des soins de santé et à l’éducation. Ils peuvent également se permettre d’investir dans des pratiques et autres activités commerciales plus durables, qui entraînent un développement économique plus grand. Le Partenariat mondial de la science rizicole prévoit que, chaque fois que 20 dollars sont investis dans la recherche rizicole, une personne pourra sortir de la pauvreté ; elle ne sera pas seulement nourrie pendant un jour, mais elle accédera au « cercle vertueux » des revenus supérieurs, de l’investissement et de l’impact environnemental plus restreint – brisant ainsi les cycles intolérables de la pauvreté et le déclin de la santé environnementale. Pour conclure, M. Rudd a indiqué que « les retours importants sur investissement de l’IRRI, comme l’a prouvé l’étude de l’ACIAR, montrent comment les Australiens peuvent réellement changer le cours des choses en ciblant efficacement les dollars de notre aide. Mais, évidemment, les Australiens ne sont pas les seuls à pouvoir investir dans la recherche rizicole – c’est tout le monde.

À guichets fermés à l’exposition champêtre. Des producteurs philippins à la Journée porte ouverte de l’IRRI 2011 à l’intention des producteurs peuvent voir sur le terrain (voir photo à la page 5) et sous l’eau, comment les nouvelles variétés se comportent par rapport à d’autres.

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Coup de pouce au riz hybride dans les tropiques
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n Chine, le riz hybride continue de faire honneur à son potentiel qui consiste à accroître la productivité, avec moins d’azote et moins d’eau. Pour veiller à ce que le riz reste à la portée des milliards de personnes qui en dépendent, le Consortium pour le développement du riz hybride (HRDC) reproduit le succès phénoménal qu’il a connu avec des variétés de riz pour zones tempérées, par la mise au point des hybrides plus améliorés pour les tropiques.

Un pont hybride entre l’Asie et l’Amérique latine. Nelson Amézquita, un agronome à Fedearroz, Colombie ; Fangming Xie, phytogénéticien en riz hybride à l’IRRI ; et Edgar Torres, phytogénéticien au CIAT-FLAR (de gauche à droite), inspectent du riz sur les parcelles de sélection de l’IRRI pour des variétés hybrides potentielles qui s’adaptent parfaitement aux conditions de l’Amérique latine.

’effet d’hétérosis (vigueur hybride) permet à des variétés de riz hybride d’avoir un rendement supérieur d’au moins 15 % aux meilleures variétés consanguines modernes. En réalité, en septembre 2011, le riz hybride tempéré a établi un nouveau record mondial au niveau du rendement rizicole, de 13,9

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Coup de pouce au riz hybride dans les tropiques
tonnes par hectare, lors d’essais au champ à Hunan, Chine. Le riz hybride joue donc un rôle très important dans la préservation de la sécurité alimentaire, en particulier dans les pays pauvres où les populations ne cessent d’augmenter, alors que les surfaces agricoles diminuent. Grâce à un meilleur rendement des hybrides, les producteurs obtiennent un bénéfice plus important pour les producteurs. Hétérosis pour les tropiques Le succès du Consortium pour le développement du riz hybride (HRDC) en ce qui concerne le riz hybride tempéré a accéléré la recherche-développement du riz hybride tropical. L’IRRI a pris la tête de file du développement de la technologie à l’intention des pays tropicaux producteurs de riz et, à présent, plusieurs hybrides du secteur public et privé sont homologués et commercialisés en Inde, aux Philippines, au Vietnam, au Bangladesh et en Indonésie. Repousser les limites Grâce à l’utilisation d’outils moléculaires novateurs, le HRDC continue d’augmenter le potentiel de rendement du riz hybride tropical. En 2011, le Consortium a homologué trois hybrides tropicaux sélectionnés par l’IRRI : Mestiso 30, Mestiso 31, et Mestiso 32. Selon Fangming Xie, sélectionneur de riz hybride à la Division de la phytogénétique, de la génétique et de la biotechnologie de l’IRRI et coordonnateur de HRDC, « ces variétés ont un rendement moyen de 6,93 tonnes par hectare ». « Soit un rendement supérieur de 6,5 % au rendement moyen de 11 autres variétés hybrides des Philippines homologuées en 2011 ». De nouvelles recherches sur le riz hybride tropical sont également en cours, notamment l’augmentation de la production de semences hybrides, de la résistance à la maladie, de la tolérance au stress, à la sécheresse et aux inondations, et à une meilleure qualité de grain, entre autres. Hybrides latins À l’autre bout du monde, le CIAT étudie également une technologie de riz hybride en guise de nouvelle approche destinée à accroître la productivité rizicole en Amérique latine. Il a testé au champ ses 19 premiers hybrides pilotes issus de matériels génétiques de base obtenus à l’IRRI. Le CIAT procède à la recherche d’hybrides à l’effet hétérosis élevé, résistants aux maladies, ayant une bonne qualité de grain et qui s’adaptent parfaitement aux conditions tropicales des pays d’Amérique latine. Pour Edgar Torres, phytogénéticien auprès du Programme rizicole du CIAT et du Fonds de l’Amérique latine pour le riz irrigué (FLAR), « les résultats montrent que certains hybrides, comme le CT23057H (photo), offrent un bon potentiel pour la commercialisation. « Des partenaires du FLAR au Brésil, en Argentine, en Uruguay, en Colombie, au Panama, au Nicaragua, au Costa Rica et en République dominicaine procèdent actuellement à d’autres essais ».
Des grains à forte capacité. Le CT23057H est l’une des variétés hybrides du CIAT qui se sont révélées prometteuses lors d’essais au champ dans plusieurs pays de l’Amérique latine.

Élargissement du réseau Le point fort des variétés hybrides du riz va au-delà de l’hétérosis. Donc, non seulement le HRDC renforce la recherche-développement de son riz hybride à l’IRRI, mais se concentre également sur sa collaboration et son réseau avec des partenaires privé et public, élargissant ainsi les zones de recherche, avec un plus grand nombre de produits et apporte de nouvelles ressources et une expérience précieuse à la communauté sur le riz hybride. En 2011, le HRDC avait 59 partenaires en tout, alors qu’ils n’étaient que 38 en 2008. Dr Xie a indiqué que « les produits du riz hybride mis au point par le HRDC, y compris plus de 3 500 accessions de matériels génétiques sélectionnés de riz hybride et de lignées parentales hybrides de l’IRRI, ont été distribuées aux membres du Consortium et la communauté internationale de recherche sur le riz hybride. « Ce partenariat renforce le flux ininterrompu de l’innovation, améliore l’accès aux produits et, en fin de compte, l’utilisation commerciale par les riziculteurs ». Dr Torres reconnaît que pour que le riz tropical devienne une réalité commerciale, il doit être partagé.

« L’accroissement des échanges des matériels génétiques avec le HRDC nous a permis de produire des hybrides au rendement plus élevé et des grains de bonne qualité ». « Les efforts de collaboration entre l’IRRI et le CIAT ciblent la mise au point de nouvelles technologies qui conviennent aux riziculteurs de l’Amérique latine ». L’avenir des hybrides tropicaux En tout juste 3 ans, la communauté internationale de recherche sur le riz hybride s’est rapidement développée. Quel est maintenant son nouvel objectif, le « Père du riz hybride », Dr Yuan Longping, est déterminé à mettre au point un riz hybride à très haut rendement, susceptible de donner des rendements moyens de 15 tonnes par hectare d’ici 2020. Au fil du temps, grâce au partage des matériels génétiques, des connaissances et d'expériences, les chercheurs qui travaillent sur le riz hybride tropical pourraient parvenir au même résultat.

CIAT

Pour plus d’information : Barclay A. 2010. Hybridizing the world. Rice Today 9 (4) : 32–35. Virmani SS, Siddiq EA, Muralidharan K, editors. 1998. Advances in hybrid rice technology. Proceedings of the 3rd International Symposium on Hybrid Rice, 14–16 November 1996, Hyderabad, India. Manila (Philippines) : International Rice Research Institute. 443 p. Xie F. 2010. Learning lessons from the HRDC. Rice Today 9 (2) : 46.

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Une saison agricole pour les formateurs
ingt - cinq par t icipant s af r icains sont venus aux Philippines assist er au Pr ogr am m e r izicole qui va dur er t out e la saison, or ganisé à l’int ent ion des agr onom es vulgar isat eur s et dir igé par l’I RRI et le Rice Resear ch I nst it ut e des Philippines ( PhilRice) dans le cadr e de la Coalit ion pour le développem ent de la r izicult ur e en Af r ique. I ls sont r epar t is chez eux, avec des connaissances non seulem ent sur de nouvelles t echniques agr icoles dans la t êt e, m ais égalem ent une vision pédagogique dans le cœur.

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IRRI (2)

Premier groupe de formateurs. Des agents de vulgarisation agricole venus du Mozambique, du Rwanda, de l’Ouganda, de la Tanzanie et du Kenya ont fait partie du premier groupe à prendre part à la formation rizicole d’une durée de 16 semaines et, qui plus est, sur la façon de transmettre efficacement ces connaissances aux producteurs africains.

a route menant jusqu’à Nueva Ecija, une grande province rizicole de Central Luzon aux Philippines a été bien longue. Mais le voyage pour les 25 agents de vulgarisation venus du Mozambique, du Rwanda, de l’Ouganda, de Tanzanie et du Kenya en a valu la peine. Ce premier groupe d’hommes

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Une saison agricole pour les formateurs
et de femmes a suivi des cours d’une durée de 16 semaines pour acquérir des notions en riziculture et pour recevoir une formation pratique globale dans tous les aspects de la production rizicole pendant toute une campagne agricole, de la sélection des semences à la commercialisation des grains récoltés. La formation, financée par l’Agence japonaise de coopération internationale, a été créée en vue d’apporter une contribution à des récoltes de riz plus importantes et de meilleure qualité en Afrique, grâce à la mise en œuvre de pratiques rizicoles modernes. Pour Dr Noel Magor, chef du Centre de formation de l’IRRI, « la formation en riziculture et en vulgarisation pendant toute une campagne a pour objet d’utiliser efficacement les connaissances et les techniques des agronomes vulgarisateurs, afin de leur permettre de mieux repérer les principales pratiques rizicoles au sein des systèmes rizicoles de leurs pays respectifs ». Acquisition de connaissances La riziculture est dure et salissante et, le fait que certains participants aient pu en faire, par eux-mêmes, l’expérience a été véritablement la meilleure partie du programme. « Pendant les activités, les participants ont été amenés à réellement mettre en pratique les techniques apprises en classe dans les conditions réelles de la ferme école et dans les champs des producteurs » a affirmé Lea del Rosario-Abaoag, coordinatrice de projet du Programme rizicole de toute une saison organisé à l’intention d’agronomes vulgarisateurs à PhilRice. M. Eugenio Come, un agent de vulgarisation agricole en service à la Direction nationale de la vulgarisation agraire, ministère de l’Agriculture du Mozambique, a indiqué qu’il n’avait jamais repiqué de riz et qu’il ne pouvait même pas, auparavant, planter du riz en ligne droite. « Comme je travaille avec le gouvernement central, la plupart du temps, je ne vais au champ que pour superviser », a-t-il ajouté. Maintenant, il est habitué à se salir et il peut planter du riz – une technique essentielle pour aider les producteurs à améliorer leurs connaissances en ensemencement du riz. Apprendre à enseigner Tous les bons formateurs ont la maîtrise de la matière qu’ils traitent, mais les formateurs remarquables savent comment transmettre leurs connaissances. C’est la raison pour laquelle il a été demandé aux participants au programme de formation en riziculture et en vulgarisation de transmettre le savoir-faire qu’ils ont nouvellement acquis aux véritables producteurs dans les fermes écoles gérées par le département philippin de l’Agriculture, le bureau de l’administration locale et PhilRice. Pour Dr del Rosario-Abaoag « voir les agents de vulgarisation africains et les producteurs philippins échanger des informations et des expériences bénéfiques pour les deux parties a été très intéressant ». « Ce que j’ai le plus aimé, ce sont les cours de la ferme école, parce qu’ils nous ont permis de rencontrer beaucoup de producteurs philippins qui ont partagé avec nous leurs idées sur la riziculture », a dit Madame Aloo Eunice, un agent agricole de l’Ouganda. « Nous avons pu apprendre comment tirer des connaissances de la recherche, comment les reformuler en vue de les transmettre aux producteurs ». M. Bernard Okumu Okongo, agent des services agricoles du Bureau de l’agriculture du District de Muhoroni au Kenya, a affirmé que « la ferme école est un système dans lequel les producteurs forment des groupes et partagent les bonnes pratiques rizicoles. Nous leur enseignons ce qu’ils doivent faire et nous acquérons aussi des connaissances auprès d’eux. Nous nous rendons dans des villages ; nous allons dans leurs maisons et avons des échanges d’idées. Nous prenons des décisions sur la base de ce que nous voyons dans leurs fermes. À mesure que les plantes poussent, nous approfondissons aussi nos connaissances ». Attendre de voir le résultat À l’issue de la formation, de nombreux participants ont acquis, non seulement des connaissances, mais sont devenus plus intéressés, plus déterminés et plus confiants pour transmettre aux techniciens ainsi qu’aux producteurs, les connaissances dont ils ont besoin pour la culture du riz. Suzana Gasper Mbwambo, monitrice en agriculture de l’Institut de formation agricole du ministère de l’Agriculture de la Tanzanie a affirmé :« je pense que nous sommes actuellement en mesure d’apporter des connaissances à nos producteurs et moi à mes étudiants ». « En venant ici, j’ai pensé que je ne pourrais pas obtenir de résultats. Mais maintenant, je fais confiance à la production rizicole. Madame Mbwambo a juré « qu’une fois de retour chez nous, ce ne sera pas la fin de tout, parce que nous avons déjà un plan d’action [à mettre en œuvre] ». « Ils n’auront qu’à attendre pour voir l’impact une fois que nous serons repartis en Afrique ».

Des participants suivent un cours d’agronomie. Voir une vidéo de l’IRRI sur YouTube dans laquelle cinq participants parlent de leurs expériences et de leurs plans une fois de retour dans leurs pays respectifs : http://youtu.be/YzHAsbCA0a4.

Premier groupe de formateurs. Des agents de vulgarisation agricole venus du Mozambique, du Rwanda, de l’Ouganda, de la Tanzanie et du Kenya ont fait partie du premier groupe à prendre part à la formation rizicole d’une durée de 16 semaines et, qui plus est, sur la façon de transmettre efficacement ces connaissances aux producteurs africains.

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Rapport annuel 2011

Du riz dans la glace

nfermée dans une chambre forte géante réfrigérée, profondément enfouie dans une montagne recouverte de glace à Svalbard, Norvège, se trouve la source de l’alimentation d’hommes –les semences. Les doubles des semences des différentes cultures du monde entier, y compris plus d’une centaine de milliers de semences de différents types de riz d’Asie et d’Afrique sont soigneusement empaquetés et congelés pour supporter des années de stockage, ainsi que toutes les forces de destruction pouvant être imaginées par l’homme.

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Le grand gel. Nichée dans son écrin de glace arctique, la Chambre forte semencière First crop of teachers. Twenty-five extension workers from Mozambique, Rwanda, Uganda, Tanza- mondiale de Svalbard recèle un trésor de semences nia, and Kenya are among the first batch to attend the 16-week training on rice farming, and, equally qui ont plus de valeur que de l’or ; important, on how to effectively pass on that knowledge to African farmers. y compris les semences de riz de l’IRRI (en médaillon).

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Global Crop Diversity Trust (2)

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’Asie et l’Afrique sont les patries des deux importantes espèces commercialisées de riz : Oryza sativa et Oryza glaberrima, respectivement. À partir de ces deux espèces, des dizaines de milliers de variétés cultivées ont été mises au point. Plus de 20 autres espèces

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Du riz dans la glace
de riz, y compris de l’Australie et des Amériques, recèlent également des trésors de diversité génétique inexploités qui pourraient produire des milliers de nouvelles variétés de riz supplémentaires. L’IRRI et AfricaRice se sont aperçus que garantir l’approvisionnement en vivres constitue un moyen de protéger une ressource précieuse : la diversité génétique du riz. Quelque part, dans le vaste univers de la diversité du riz se trouvent des gènes ou des caractères qui pourraient permettre de surmonter le défi qui consiste à produire davantage de denrées alimentaires sur moins de terre, avec moins d’eau et moins d’intrants. Protéger la diversité, protéger la sécurité alimentaire Mais des espèces entières de plantes et d’animaux sont tous les jours menacées d’extinction. Cette perte de la diversité génétique, ou érosion génétique, rend l’approvisionnement en vivres plus vulnérable aux attaques des ravageurs et aux maladies. Selon la FAO, au cours de la dernière décennie, 75 % de la diversité génétique des cultures a étéperdue1. Par exemple, plus de 1 500 variétés locales de riz en Indonésie ont disparu2. La Chambre forte semencière
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Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. “Biodiversity for Food and Agriculture: Crop Genetic Resources.” FAO. février 1998.

mondiale de Svalbard cherche à éviter une nouvelle érosion génétique. Dr Cary Fowler, Directeur du Fonds fiduciaire mondial pour la diversité des cultures (GCDT) a fait observer : « lorsque je parle de la perte de la diversité [agricole], cela n’a rien à voir avec la perte des clés de votre voiture3 ». « Je parle d’une perte
Strategy: Guidelines for action to save, study and use Earth’s biotic wealth sustaina bly and equitably. World Resources Institute. 3 Fowler C. 2009, Août. Cary Fowler: One seed at a time, protecting the future of food. [Video file]. Extrait de www.ted.com/talks/

comparable à celle des dinosaures : une perte irrémédiable ». Avoirs gelés L’IRRI et AfricaRice appuient les efforts déployés au niveau mondial pour protéger les cultures mondiales d’une catastrophe en vue de les conserver pour les générations futures en amenant des semences de riz à la cave gelée située à un peu plus de mille kilomètres du pôle Nord.
cary_fowler_one_seed_at_a_time_protecting_ the_future_of_food.html.

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World Resources Institute, IUCN-The World Conservation Union, Programmes des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). 1992. Losses of Biodiversity and Their Causes. Dans : Global Biodiversity

« Nous conservons 20 000 accessions composées de 10 espèces d’Oryza dans notre banque de gènes. L’Afrique est riche en ressources génétiques qui doivent être conservées », a affirmé Dr Kayode Sanni, chef de l’Unité des ressources génétiques d’AfricaRice. Ces dernières années, AfricaRice a envoyé des doubles de sa collection à la Chambre forte. En ce qui le concerne, l’IRRI dispose de plus de 113 000 accessions de riz à la Banque internationale de gènes du riz (IRG). Ruaraidh Sackville Hamilton,

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Global Crop Diversity Trust

Du riz dans la glace

Semences de riz en cours de préparation pour être déposées à Svalbard. Voir la vidéo sur YouTube à (http://youtu.be/icjptLjIKx8).

Ultime sauvegarde. Un total de 112 807 accessions, le plus grand nombre de toutes les cultures et espèces sauvages apparentées, a été envoyé à la Chambre forte du jugement dernier, où elles sont protégées contre toutes les forces de destruction pouvant être imaginées par l’homme.

biologiste évolutionniste et chef du Centre des ressources génétiques T. T. Chang de l’IRRI a expliqué que : « l’IRRI-IRG est antisismique, protégé contre les typhons et contre les inondations ». « Nous avons également une alimentation en électricité indépendante de secours pour prévenir les coupures de courant, et nous gardons en réserve, un stock de pièces de rechange pour parer rapidement aux pannes de matériel ». Depuis 1980, l’IRRI conserve également une autre sauvegarde de la

collection de l’IRRI-IRG à Fort Collins, Colorado, aux États-Unis. L’IRRI a déposé 70 180 accessions pour l’inauguration de la Chambre forte en 2008. Après l’envoi d’un lot de semences de riz supplémentaire à Svalbard, l’IRRI dispose à présent de 112 807 accessions qui sont conservées dans la Chambre forte, le nombre le plus élevé de toutes les cultures et les espèces sauvages apparentées. « La collection conservée à Svalbard est notre dernière sauvegarde », a dit Sackville Hamilton. « Nous ne pouvons

concevoir de système plus sûr pour protéger cette ressource vitale ». Froid polaire pour la survie humaine Les montagnes gelées inhospitalières, l’isolement et les ours polaires qui offrent des niveaux supplémentaires de sécurité font partie des raisons qui ont conduit à préserver l’héritage agricole du monde dans une forteresse à Svalbard. Selon le Fonds mondial pour la diversité des cultures, les conditions techniques du site sont virtuellement parfaites. L’emplacement dans la

Chris Quintana/IRRI (2)

montagne renforce la sécurité ainsi que des propriétés d’isolation sans précédent. La zone est géologiquement stable, l’humidité est faible et il n’y a aucune radiation quantifiable dans la montagne. La Chambre forte se trouve à 130 mètres au-dessus du niveau de la mer, bien au-dessus de toute hausse optimale du niveau de la mer projetée. De la nourriture pour la prochaine génération Soutenir et protéger l’héritage agricole diversifié du monde donne à la présente génération et à la suivante, des options pour contourner les obstacles de la sécurité alimentaire. À mesure que la population humaine augmente et alors que les ressources requises pour satisfaire la demande en nourriture correspondante se font plus rares, ces semences pourraient détenir la clé de la sécurité alimentaire à l’avenir.

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Les gènes qui peuvent vaincre le « SIDA du riz »
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e virus de la panachure jaune du riz est une maladie si dévastatrice en riziculture irriguée et de bas-fonds de l’Afrique de l’Ouest, de l’Afrique centrale et de certaines autres parties du continent, qu’elle a été appelée « SIDA du riz » par les producteurs. Lorsque la maladie destructrice apparaît, les producteurs se retrouvent, généralement, avec presque pas de récolte. Actuellement, grâce à la sélection assistée par marqueurs moléculaires, des chercheurs d’AfricaRice sont sur le point de mettre fin à ce terrible fléau.

First crop of teachers. Twenty-five extension workers from Mozambique, Rwanda, Uganda, TanzaLa peste jaune. Le RYMV est la maladie qui pose le plus de problèmes qui affectent le riz irrigué et le riz de bas-fonds en nia, and Kenya are among the first batch to attend the 16-week training on rice farming, and, equally Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Il est imprévisible et peut causer de graves dégâts dans la riziculture de bas-fonds. important, on how to effectively pass on that knowledge to African farmers.

e virus de la panachure jaune du riz (RYMV), qui a été découvert pour la première fois au Kenya en 1966, est un phytovirus qui est propagé par des insectes ou transmis, par mégarde, du fait des dégâts occasionnés par les producteurs aux plants de riz pendant la saison culturale. Endémique en Afrique, les effets du RYMV ont pris de l’ampleur dans la production

Pepito Cabauatan/IRRI (insets: AfricaRice)

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Les gènes qui peuvent vaincre le « SIDA du riz »
rizicole irriguée où des variétés à haut rendement ont été introduites, étant donné que la plupart des variétés irriguées y sont extrêmement sensibles. En 1990, le RYMV s’était propagé à presque tous les pays de l’Afrique de l’Ouest, de l’Afrique centrale, à Madagascar et à la Tanzanie. Il était devenu un grand problème au Mali, au Niger, et dans les bas-fonds du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Sénégal et de la Sierra Leone. Mais, selon AfricaRice, le RYMV est en mesure d’infecter le riz de bas-fonds sur l’ensemble du continent africain. Trouver un remède au « SIDA du riz » Qualifié par les producteurs et, par conséquent, par les médias, de « SIDA du riz », en raison des pertes de récolte, la force destructrice du RYMV que rien, apparemment, n’arrive à stopper, a été évaluée entre 64 et 100 % au Mali et entre 58 et 68 % au Niger, selon un rapport d’AfricaRice. AfricaRice, en étroite collaboration avec l’IRD1, à Montpellier, France, travaille sur le RYMV depuis 1994, peu après les premières apparitions de la maladie. En 1995, AfricaRice a découvert Gigante, un cultivar de riz traditionnel venu du Mozambique, qui est pratiquement immunisé contre la maladie. La plus grande des priorités a été accordée à la recherche de la base génétique de la résistance de Gigante.
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d’entreprendre la sélection assistée par marqueurs afin d’intégrer rymv1-2 dans les cultivars du riz élite cultivés au Burkina Faso, en Gambie, en Guinée et au Mali et d’introduire des travaux de marquage moléculaire dans les programmes de sélection des SNRAV. Dr Ndjiondjop a affirmé : « nous utilisons actuellement la sélection moléculaire pour améliorer la résistance des cultivars de riz élite de l’Afrique de l’Ouest au RYMV ». Exploiter la puissance du gène de résistance Au moins deux variétés élites ont été proposées par chacun des programmes de SNRAV et rétrocroisées à trois reprises avec le donneur, Gigante. Les lignées résistantes ont été identifiées à l’aide d’une combinaison de marqueurs « pour la sélection du gène d’intérêt » et « pour la sélection du fonds génétique ». Les marqueurs « pour la sélection du gène d’intérêt » apparaissent dans l’ADN, à côté du gène résistant au RYMV dans Gigante et indiquent, par conséquent que le gène est présent dans n’importe quelle plante donnée. Les marqueurs « pour la sélection du fonds génétique » proviennent de la variété élite et montrent à quel point la plante est semblable à la variété élite. Les lignées qui en résultent sont des lignées quasi isogéniques (NIL), c’est-à-dire, qu’elles sont semblables à la variété élite, sauf qu’elles sont porteuses du gène de Gigante résistant au RYMV.

AfricaRice (3)

La promesse des gènes. Dr Ndjiondjop d’AfricaRice (à droite) aide les SNRAV à gérer leurs propres laboratoires moléculaires ainsi que leurs projets de sélection moléculaire en cours au Burkina Faso, au Mali et au Nigeria. Ce qui permettra une extension des activités de recherche moléculaire dans toute l’Afrique subsaharienne.

Les travaux de sélection effectués à l’aide de la sélection assistée par marqueurs d’AfricaRice (SAM) ciblant le RYMV ont été réalisés en collaboration avec l’IRD et différents partenaires des Systèmes nationaux de recherche agricole et de vulgarisation (SNRAV). Pas de géant dans la thérapie génique D’après Marie-Noëlle Ndjiondjop, biologiste moléculaire à AfricaRice, « la recherche biologique moléculaire joue un grand rôle dans la lutte contre le RYMV ». En 1999, Dr Ndjiondjop a identifié et cartographié le gène de résistance

Institut de recherche pour le développement

de Gigante, rymv1-2. C’est le gène qui permet à Gigante d’être résistant à un large spectre d’isolats de RYMV en provenance de différents horizons. Dr Ndjiondjop a donc rejoint AfricaRice pour prendre la direction de l’unité de biologie moléculaire encore naissante à Bouaké, Côte d’Ivoire. À partir de 2001, D. Laurence Albar a complété les travaux en cours à l’IRD, où, au cours des cinq années qui ont suivi, elle a procédé à effectuer la cartographie fine, le clonage positionnel, l’identification du gène et la détection des formes alléliques. En 2005, un projet financé par l’USAID a permis à AfricaRice

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Les gènes qui peuvent vaincre le « SIDA du riz »

Techniques moléculaires. L’introduction des activités de marquage moléculaire dans les programmes de sélection des SNRAV peut contribuer à la création rapide de nouvelles variétés résistantes au RYMV. Les techniciens du laboratoire ADN et de terrain sont formés par AfricaRice en vue de transférer les gènes de résistance dans les variétés élites.

Espérer en dépit d’un virus de destruction massive. Plantules pour l’extraction de l’ADN en vue de la sélection assistée par marqueurs. L’identification des gènes de résistance rymv1-2 et rymv2 conduit à la mise au point de variétés résistantes au RYMV.

Les NIL résistantes prometteuses ont subi d’autres criblages à l’aide d’un isolat de virus purifié dans des conditions contrôlées. Les essais ont été réalisés à plusieurs endroits dans les pays cibles pour confirmer leur résistance aux différentes populations naturelles du RYMV. Propagation de la résistance Des NIL fixes (lignées pures) résistantes au RYMV ont été envoyées aux SNRAV pour une évaluation complète et une intégration dans les programmes de sélection. La meilleure NIL de chaque parent élite a été choisie pour d’autres essais dans les quatre pays-projet auxquels ont été ajoutés la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Liberia, le Niger, le Nigeria et la Sierra Leone. Cette activité a été financée par l’USAID par le biais du

Conseil ouest et centrafricain pour la recherche et le développement agricoles. Plusieurs de ces lignées devraient être homologuées dans un certain nombre de pays dans un proche avenir. En 2010, AfricaRice et l’IRD ont découvert un deuxième gène de résistance, rymv2, ainsi qu’une nouvelle forme allélique du premier gène chez des variétés du riz africain (Oryza glaberrima). Pour se prémunir contre la possibilité de voir RYMV contourner le gène unique de résistance actuel, AfricaRice a adopté, comme stratégie de sélection le « pyramidage » ou l’introduction de deux gènes de résistance, dans les variétés destinées aux zones sensibles.

La SAM plus accessible aux phytogénéticiens Pour Dr Ndjiondjop, « les activités de formation en SAM ont permis aux programmes des SNRAV d’utiliser les techniques pour accélérer le processus de mise au point de variétés de riz résistantes au RYMV ». AfricaRice a assuré la formation, en sélection moléculaire, de 41 chercheurs des SNRAV, notamment de quatre étudiants doctorants du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire et du Niger. Ces stagiaires se spécialisent dans l’application de la sélection moléculaire et dans le transfert de cette technologie à d’autres fonctionnaires dans leurs pays respectifs. AfricaRice a également aidé à l’achat de matériel et à la création des premiers laboratoires

nationaux de biologie moléculaire au Burkina Faso, en Gambie, en Guinée et au Mali. « Les fonctionnaires nationaux qualifiés ont besoin de ces installations pour introduire la SAM dans leurs programmes de sélection respectifs et pour transférer les gènes de résistance au RYMV dans les variétés élites » a affirmé Dr Ndjiondjop. Cette dernière apporte actuellement son concours au renforcement des capacités des équipes de sélection, afin qu’elles puissent faire le meilleur usage possible de leurs nouveaux laboratoires moléculaires. « Ce sera la dernière étape pour tenir le virus en échec, afin que les producteurs africains ne soient plus jamais désespérés à la vue de leurs champs dévastés par le RYMV », a-t-elle conclu.

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Rapport annuel 2011

Éradication des tueurs souterrains
es adventices parasites du genre Striga – aussi connues sous le nom de l’herbe des sorciers – constituent une grave menace pour la production de riz de plateau dans de nombreuses régions d’Afrique. Les racines des plantules de la Striga pénètrent dans les cellules des racines des plantes hôtes, dont, le riz, qui deviennent fragiles et non productives. AfricaRice et ses partenaires enregistrent des avancées notables dans la lutte contre la Striga dans les champs des riziculteurs sur l’ensemble du continent.

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Parasites meurtriers. Malgré ses fleurs séduisantes, Striga hermonthica est un parasite efficace qui fait son sale boulot sous terre. Les racines de Striga First crop of teachers. Twenty-five extension workerss’attachent aux racines des plants de riz, pour sucer leurs nutriments et leur from Mozambique, Rwanda, Uganda, Tanzania, and Kenya are among the first batch to attend the 16-week training on rice farming, and, equally la perte de toute une récolte. humidité. Une forte infestation peut entraîner important, on how to effectively pass on that knowledge to African farmers.

ussi attrayant que cela puisse paraître d’avoir beaucoup de fleurs roses ou orange qui agrémentent une rizière, Striga est un compagnon extrêmement sinistre. Ces plantes assassines tirent leurs nutriments et leur eau directement du système racinaire de la plante hôte dont l’énergie

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Éradication des tueurs souterrains
graines, qui peuvent rester en vie dans le sol pendant de nombreuses années. Les graines de Striga ne germent qu’en présence de produits chimiques dérivés de leur hôte comme les strigolactones, car ils garantissent l’existence d’un hôte approprié à parasiter. Les racines du riz sont envahies par ces strigolactones. Jonne Rodenburg, malherbologiste à AfricaRice explique que « les réserves énergétiques des toutes petites graines de Striga sont très faibles ». « Elles doivent donc, très vite, puiser dans les ressources de la plante hôte ». Aller à la racine du problème Dans le cadre d’un projet financé par le Département pour le développement international (Royaume-Uni) et le Conseil pour la recherche en biotechnologie et en sciences biologiques, mené par l’Université de Sheffield, l’équipe de Dr Rodenburg a criblé au champ 18 variétés NERICA de plateau, leurs parents et leur résistance, et des variétés témoins locales pour tester leur résistance aux deux espèces. Toujours selon Dr Rodenburg, d’après les « travaux de recherche effectués sur le sorgho et le maïs, il est difficile de trouver une résistance durable ». « Les espèces Striga sont génétiquement très variables, aussi, ont-elles tendance à contourner, très vite, la résistance basée sur un seul mécanisme. Il ne suffit que d’une ou de quelques plantes ayant réussi à contourner la résistance, pour réinfester toute une rizière en quelques saisons culturales ». AfricaRice a noué un partenariat avec l’Université de Wageningen en vue d’étudier la résistance pré-attachement. Muhammad Jamil, un étudiant doctorant et le Professeur Harro Bouwmeester, ont criblé les variétés NERICA de plateau et leurs parents en laboratoire, afin d’identifier et de quantifier les strigolactones. Les variétés produisant beaucoup moins de strigolactones avaient un faible taux d’infestation par la Striga, tandis que celles qui produisent les plus grandes quantités de strigolactones avaient le taux d’infestation le plus élevé (voir encadré). Entre-temps, Mamadou Cissoko, un doctorant de l’Université de Sheffield, sous la supervision du Professeur Julie Scholes, a fait des recherches sur la résistance post-attachement ou les mécanismes destinés à lutter contre le développement de la Striga chez le riz après germination et attachement aux racines.
Informations complémentaires : Jamil M, Rodenburg J, Charnikhova T, Bouwmeester HJ. 2011. Preattachment Striga hermonthica resistance of New Rice for Africa (NERICA) cultivars based on low strigolactone production. New Phytol. 192 (4) : 964--975. Cissoko M, Boisnard A, Rodenburg J, Press MC, Scholes JD. 2011. New Rice for Africa (NERICA) cultivars exhibit different levels of postattachment resistance against the parasitic weeds Striga hermonthica and Striga asiatica. New Phytol. 192 : 952--963.

Affamer l’ennemi. Mamadou Cissoko, un doctorant à l’Université de Sheffield, mène des travaux de recherche sur la résistance post-attachement qui empêche la Striga de se développer dans le riz après germination et attachement aux racines.

est détournée pour supporter le parasite. Une forte infestation peut entraîner une récolte complètement déficitaire. Deux espèces principales de Striga attaquent le riz en Afrique. Striga hermonthica pose des problèmes en Côte d’Ivoire, au nord du Nigeria et en Ouganda. Selon les chiffres cités par Infonet Biovision 1, il attaque près de 40 % de toutes les zones de production de céréales (notamment du sorgho, du millet et du maïs) de l’Afrique subsaharienne, causant entre 7 et 13 milliards de dollars de pertes chaque année. Striga asiatica est très
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répandue à Madagascar, au Malawi et en Tanzanie et cause d’énormes dégâts chez le riz, en particulier dans des zones où la pluviométrie est irrégulière et les sols peu fertiles. Les deux espèces sont difficiles à controler, parce que les 4 à 7 premières semaines de leur cycle de vie se passent sous terre, où la lutte mécanique est impossible. Les herbicides peuvent venir à bout de la Striga, mais les riziculteurs africains n’ont pas encore accès aux technologies herbicides efficaces et abordables. Attraction chimique fatale Chaque plante de Striga est capable de produire jusqu’à 250 000 minuscules

www.infonet-biovision.org/default/ct/112/ pests#612.

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Éradication des tueurs souterrains
Un bloc génétique Pour Dr Rodenburg, « les travaux en cours à Sheffield sont très intéressants ». « Ils ont permis l’identification du chromosome porteur de gènes de résistance à la Striga ». Ce qui pourrait conduire à l’identification du premier gène de résistance à la Striga dans n’importe quelle culture céréalière (le seul gène de résistance à la Striga actuellement connu se trouve dans la légumineuse niébé). « Trente années de recherche sur la résistance à la Striga chez le maïs et le sorgho n’ont pas permis aux chercheurs d’être aussi près d’une solution que nous semblons l’être après quelques années seulement » a affirmé Dr Rodenburg. « Celle-ci ouvrira la voie à une sélection ciblée à l’aide de marqueurs moléculaires ». La sélection assistée par marqueurs peut permettre l’introduction d’un seul gène – dans le cas présent, le gène de résistance à la Striga – dans une variété de riz populaire déjà adaptée. Ce qui accélèrera le processus devant permettre de mettre du riz résistant à la Striga à la disposition des producteurs. Toutefois, quelques années sont encore nécessaires pour parvenir à ce stade. Le patrimoine génétique passé au crible En attendant, Dr Rodenburg et ses partenaires sont ravis des résultats obtenus par suite du criblage pour la résistance pré et post-attachement, et de ce que certaines variétés de NERICA
Résister à la Striga. Les variétés de riz qui présentent une résistance à la Striga (à droite) sont en mesure de lutter contre l’infestation parce qu’elles produisent des quantités sensiblement plus petites de strigolactones, les produits chimiques requis pour la germination des graines de Striga (résistance avant attachement) ou alors elles empêchent la Striga germée d’établir un lien durable avec l’hôte (résistance post-attachement).

présentent les deux mécanismes de résistance et font preuve d’une résistance aux deux espèces de Striga au champ. Dr Rodenburg a affirmé que « les variétés de riz (ou lignées fixes) qui présentent la gamme complète de résistance pré et post-attachement ainsi qu’au champ sont l’exemple même de ce que nous cherchons ». La prochaine étape de ce processus consistera à cribler des variétés plus adaptées et à tester un sous-groupe de variétés NERICA résistantes lors d’essais pendant la sélection variétale participative. Il a ajouté que « nous ferons de même en Ouganda, où il faut de toute

urgence créer une résistance à S. hermonthica, ainsi qu’à Madagascar et en Tanzanie, dans certaines zones les plus sensibles à S. asiatica chez le riz de plateau ». Les activités de criblage à Madagascar, qui portent également sur des variétés locales et avancées prometteuses, sont menées en collaboration avec FOFIFA (le programme national malgache) et le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement. Comprendre l’ennemi invisible À l’avenir, AfricaRice collaborera avec l’Université de Sheffield, l’Université

de Makerere, l’Université Kenyatta et le CIAT à l’identification des loci à caractères quantitatifs (QTL) multiples et des gènes de résistance candidats qui sous-tendent la résistance du riz aux différentes espèces et écotypes de Striga, et caractérisent – pour la première fois – les loci de la Striga qui permettent aux parasites de contourner les résistances d’hôtes spécifiques. Associé aux essais de sélection variétale participative, cet effort devrait valider et renforcer les précédents résultats et mettre à la disposition des producteurs, les cultivars adaptés à résistance généralisée durable.

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Une agriculture plus intelligente grâce à l’envoi de messages
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epuis ses débuts aux Philippines en 2011, Nutrient Manager for RiceMobile (NMRiceMobile) a fourni aux riziculteurs et aux agents de vulgarisation des recommandations gratuites sur les engrais par le biais de leurs téléphones cellulaires. À l’aide de textos, ils peuvent recevoir des conseils sur le moment opportun, la quantité et le type d’engrais à appliquer sur leurs champs de riz pour maximiser leur production et leurs profits – et pour réduire les pertes. À présent, les producteurs africains obtiendront bientôt les mêmes conseils avisés lorsqu’ils en auront besoin. « Les besoins des cultures en nutriments peuvent varier, même sur de petites distances dans un champ et d’un champ à un autre » affirme Dr Roland Buresh, expert de l’IRRI en gestion des nutriments et responsable en développement de NMRiceMobile. « Une application insuffisante d’engrais peut entraîner des pertes de rendement et de profit, tandis qu’une trop grande quantité peut réduire les bénéfices et également augmenter les risques pour l’environnement ». De nos jours, les producteurs et les agents de vulgarisation aux Philippines reçoivent des recommandations sur la meilleure gestion des nutriments spécifiques à un champ, par le biais d’applications téléphoniques d’un outil de décision informatique, Nutrient Manager for Rice (NMRice). NMRice fournit aux producteurs des recommandations sur les engrais, en fonction de l’emplacement (géographique) de leur champ, la variété de riz qu’ils utilisent, le moment où il a été semé, la disponibilité en eau d’irrigation, la façon

AfricaRice (2)

AfricaRice (2)

Conseil « sur le moment et la quantité » en temps réel. NMRiceMobile (voir photo sur la page opposée) répond aux questions posées dans les rizières, fournissant ainsi aux producteurs et aux agents de vulgarisation des recommandations sur les engrais - type, choix du moment et taux d’application – par message texte.

’engrais est un investissement coûteux pour celui qui pratique une agriculture de subsistance. Mais, par ignorance, la plupart des producteurs n’administrent pas le bon mélange, le bon dosage d’engrais, ni au bon moment.

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Une agriculture plus intelligente grâce à l’envoi de messages
dont les résidus des récoltes sont gérés, l’historique du rendement du champ. NMRice pour l’Afrique NMRice est actuellement en cours d’adaptation aux conditions du Sahel, grâce aux bases de données d’AfricaRice mises au point dans les années 1990 par Marco Wopereis, actuellement Directeur général adjoint d’AfricaRice et Stephan Haefele, pédologue actuellement en fonction à l’RRI. Depuis deux ans, « l’avant-projet » NMRice fait l’objet d’une expérimentation en plein champ et d’une validation au Mali et au Sénégal. Pour la phase de validation, les recommandations de NMRice ont été généralement testées au champ sur une superficie de 200 m2 et comparées aux pratiques habituelles des producteurs. Kabirou N’Diaye, agronome à AfricaRice au Sahel a indiqué que : « la validation dans les champs des producteurs et dans nos stations de recherche a été positive ». Il a affirmé : « NMRice offre une gestion rentable et équilibrée des nutriments, afin d’obtenir des rendements rizicoles ciblés. Ce qui indique qu’il peut être utilisé sur ces sites au Sahel ». Combler les écarts aux niveaux des connaissances et des revenus AfricaRice s’est employé à mettre au point des options pour une meilleure gestion des cultures (les questions relatives à la période et à la quantité) Envoi de messages textes Selon Dr Mussgnug « NMRice fournit un questionnaire en ligne ou téléchargeable de 15 ou 20 questions ». « Un agent de vulgarisation ou un producteur répond avec les producteurs depuis la fin des années 1990, dans un premier temps dans les systèmes irrigués et par la suite dans les systèmes pluviaux. AfricaRice et ses partenaires ont étudié la participation des producteurs à l’élaboration de recommandations sur la gestion de ces cultures et le fait qu’il est important de proposer des technologies types, de bons principes agronomiques et des outils d’aide à la décision plutôt que des technologies permanentes. Des systèmes présentant un potentiel de gestion relativement précis des cultures à haut rendement, comme les systèmes irrigués, l’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC) peuvent permettre aux producteurs de bénéficier de « conseils en temps réel » sur la gestion des cultures, en se fondant sur de nouvelles recherches. Frank Mussgnug, agronome spécialiste des systèmes de cultures à AfricaRice explique : « en ce qui concerne les systèmes irrigués, nous prenons en compte les outils d’aide à la décision pour rentabiliser au maximum l’investissement des producteurs ». « Par exemple, si un(e) producteur/productrice possède 100 dollars qu’il/elle veut investir dans sa récolte rizicole, sur quoi devrait-il/elle dépenser l’argent ? ». aux questions relatives au champ d’un producteur, et le programme fournit des recommandations sur les engrais – le type, le moment et le taux d’application ». En outre, il suffit d’une opération simple pour avoir l’application en langues locales. Par exemple, la version de l’essai en ligne de NMRice est déjà disponible en ouolof et en pular pour le Sénégal, et en bambara pour le Mali. Selon Dr Haefele, qui fournit l’appui technique pour le projet a indiqué que « l’application est facilement adaptable ». « Nous avons déjà la version basée sur le Web en test de type avancé. Nous pouvons l’adapter pour une tablette ou un smartphone, et nous pouvons adapter un service d’envoi de messages textes courts (SMS), comme celui qui fonctionne déjà bien aux Philippines. » Au-delà de la gestion des nutriments « L’étape suivante consiste à intégrer d’autres activités de gestion des cultures, en dehors de l’application des engrais », a indiqué Dr Mussgnug. « À cet effet, AfricaRice actualise son précédent modèle de culture du RIDEV (développement du riz). RIDEV nous permettra de mieux anticiper le meilleur créneau pour planter une variété donnée, afin d’éviter la stérilité induite par la chaleur ou le froid, au moment de la floraison pendant la saison sèche et humide respectivement ». Ce qui permettra à AfricaRice de

fournir des recommandations relatives au moment le plus approprié pour l’application d’engrais, le drainage de l’eau avant et pendant la récolte. Dr Wopereis a indiqué que « grâce à l’association de RIDEV et de NMRice, nous serons plus à même de répondre aux questions sur le moment et la quantité posées dans les champs des producteurs ». Une fois que ce sera fait, AfricaRice travaillera avec ses partenaires au développement pour déterminer comment veiller à ce que le plus grand nombre de producteurs puissent bénéficier de la technologie, que ce soit par téléphone ou par le bouche-à-oreille traditionnel des agents de vulgarisation qui utilisent cet outil.

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Du riz à « saveur latine »

e riz est essentiel pour assurer la sécurité alimentaire et pour lutter contre la pauvreté en Amérique latine. Contrairement au système asiatique à forte intensité de maind’œuvre utilisée pour le repiquage des plantules de riz, les producteurs latinoaméricains s’appuient sur un système de semis direct sur un sol sec. De même, à la différence de l’Asie, l’augmentation de la productivité rizicole en Amérique latine au cours de ces dernières décennies a ralenti. Le CIAT et le Fonds latino-américain pour le riz irrigué (FLAR) sont en train de mettre au point du riz à « saveur latine » – des variétés mieux adaptées aux conditions de la région et une pratique répandue de semis direct – pour briser les obstacles actuels au rendement.
Réinventer le riz pour le Nouveau Monde. Joe Tohmé, Directeur du CIAT Agrobiodiversity Research Area ; Edgar Torres, sélectionneur de riz au CIAT-FLAR ; et José Plaza, responsable de l’appui à l’activité économique au niveau mondial à RiceTec, faisaient partie des chercheurs-riz qui ont participé à l’atelier sur le potentiel de rendement organisé par le GRiSP en Colombie, en vue d’étudier l’importance de rendements constants et progressifs en Amérique latine, grâce à des techniques modernes de sélection.
Neil Palmer/CIAT (3)

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’image emblématique des producteurs asiatiques qui se penchent pour repiquer les plantules de riz dans de petites

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Du riz à « saveur latine »
parcelles inondées est un spectacle relativement rare en Amérique latine et dans les Caraïbes (ALC). Pour la plupart des riziculteurs dans cette région, le repiquage ne se justifie pas tellement sur le plan économique, parce que les rizières sont plus grandes et la maind’œuvre est plus rare et plus chère qu’en Asie. Aussi, les acteurs de la filière riz latino-américains ont plutôt tendance à planter directement le riz sur des lits de semis boueux ou secs, en ayant recours à diverses méthodes. Outre le fait qu’elle nécessite moins de main-d’œuvre, cette pratique consomme moins d’eau et diminue les émissions de méthane. Les résultats de plusieurs décennies de sélection rizicole en Amérique latine laissent penser que la façon de planter le riz par les producteurs a d’importantes implications sur le genre de variétés de riz qu’il leur faut cultiver. Pour Edgar Torres, un phytogénéticien au CIATFLAR : « en général, les variétés de riz qui sont bien adaptées au repiquage conviennent beaucoup moins pour le semis direct ». Du riz latin Ces derniers temps, des variétés de riz qui donnent de meilleurs résultats avec la méthode du semis direct sont issues des travaux de recherche menés par le CIAT et son partenaire direct le FLAR. Le FLAR est une association – comprenant plus de 30 organisations du secteur public et privé, y compris des associations de producteurs de 17 pays – qui se consacre à la mise au point de nouvelles technologies pour la production durable de riz. Outre le profit qu’en tirent les producteurs en Amérique latine, du matériel génétique amélioré fourni par le CIAT-FLAR pourrait aider les chercheurs qui travaillent sur le riz asiatique à satisfaire les besoins changeants. Comme l’urbanisation s’accélère et que les revenus dans les zones rurales augmentent dans la région, les producteurs dans certains environnements pourraient être tentés de passer du repiquage au semis direct, une pratique déjà utilisée dans près de 20 % de la vaste zone rizicole de la région. Au fur et à mesure que certains producteurs procédaient à cette transition, ils pouvaient bénéficier d’une nouvelle génération de variétés de riz adaptées tout particulièrement au semis direct. Mais, la valeur réelle de ce matériel génétique tient, peut-être, au fait qu’il promet de dépasser le plafond stable du potentiel des rendements rizicoles, qui a ralenti la hausse de la productivité au cours des dernières décennies. C’est essentiellement pour cette raison que le GRiSP a commencé à intégrer de nouvelles visions et des matériels génétiques de l’Amérique latine, dans un effort concerté au niveau mondial visant à accroître les rendements rizicoles. Conception d’un nouveau type de plante Les variétés semi-naines à haut rendement qui ont entraîné la révolution

Sélection pour une plus grande fertilité. La lignée 2027, l’une des variétés mises au point par CIAT-FLAR pour l’Amérique latine, présente un nombre de grains pleins plus important par mètre carré, ainsi qu’un plus grand nombre de grains pleins par panicule. Des essais menés en 2009 au siège du CIAT en Colombie ont montré un potentiel de rendement de l’ordre de 12 tonnes par hectare.

verte asiatique dans la riziculture dans les années 1960 et 1970 ont été largement adoptées en Amérique latine. Grâce à un potentiel de rendement de près de 10 tonnes à l’hectare dans des conditions favorables, les variétés seminaines (IR8 et autres) ont rapidement remplacé les variétés traditionnelles à

longue tige, et donné lieu à des hausses remarquables de la production. Dr Torres explique : « depuis lors, dans les décennies qui ont suivi, un type de plante plutôt différent est apparu », puisque le CIAT et le FLAR ont mis au point de nouveaux matériels génétiques mieux adaptés aux conditions de

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Du riz à « saveur latine »
production extrêmement diverses de la région – y compris la pratique généralisée du semis direct. « Par rapport aux variétés seminaines de l’Asie, les variétés qui en ont résulté ont produit les plantes à tiges robustes de taille moyenne et d’une capacité de tallage résistante à la verse » affirme Dr Torres. « Elles ont également des feuilles vert-foncé et des panicules plus longues avec des grains plus lourds. Cette association de caractères spéciaux donne aux nouveaux matériels un potentiel de rendement significativement plus important ». Par exemple, lors d’essais menés au siège du CIAT en 2009, la lignée améliorée 2027 laisse apparaître un potentiel de rendement de 12 tonnes à l’hectare – par rapport aux 10,7 tonnes de l’IR64 – qui a beaucoup moins de panicules par unité de surface, mais pratiquement deux fois plus de grains fertiles par panicule. D’autres essais menés au CIAT en 2011, qui comparaient des variétés produites à des fins commerciales en Amérique latine, ont montré en outre que l’association de panicules en quantité plus réduite, mais plus grandes et plus fertiles favorise des rendements plus élevés. Dr Torres a ajouté que « ces découvertes sont conformes aux récents résultats publiés par le Japon », et laissent également supposer qu’en augmentant le nombre de grains fertiles par panicule, il est possible d’augmenter avec succès, le potentiel de rendement rizicole, au moins en zone tempérée. Feuille de route vers l’avenir Dans leur quête d’une approche mondiale plus coordonnée destinée à augmenter le potentiel de rendement du riz, des chercheurs représentant les partenaires internationaux du GRiSP se sont réunis au siège du CIAT, en août 2011, au cours d’un atelier spécial, en vue d’examiner cette question cruciale. Tout en reconnaissant l’importance de la recherche fondamentale visant à augmenter les rendements rizicoles, ils ont également convenu de la nécessité de mettre en œuvre plusieurs méthodes de sélection sans risques à l’échelle mondiale. Achim Dobermann, Directeur général adjoint de la recherche à l’IRRI affirme que « regrouper ces différentes approches en un effort mondial de sélection du riz représente un grand pas vers l’obtention de gains en terme de potentiel de rendement. » L’un des résultats de l’atelier a consisté à élaborer une série de feuilles de route pour améliorer la riziculture au cours de la prochaine décennie. Une équipe multidisciplinaire de chercheurs venus du CIAT et du FLAR ainsi que de l’IRRI, d’AfricaRice, de l’IRD1, et du CIRAD2 s’attelle actuellement à la mise en œuvre de celles-ci, grâce à des efforts systématiques destinés à accroître davantage le potentiel
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de rendement. Ces organisations mettent également en œuvre la nouvelle stratégie mondiale, en étroite collaboration avec les programmes nationaux dans toute l’Amérique latine et les Caraïbes. D’après les explications données par Dr Torres, « l’autre voie prometteuse, c’est le pyramidage des gènes au potentiel de rendement élevé, par l’utilisation d’une sélection assistée par marqueurs ». Une autre étape importante serait d’avoir une meilleure compréhension des caractères physiologiques de la plante, comme l’accumulation de glucides non structurés, qui semblent fondamentaux pour assurer le remplissage optimal du grain, en particulier dans les lignées à longues panicules. Ces connaissances

contribueront à la recherche de gènes associés à ces caractères. Pour César Martínez, le responsable de la recherche rizicole au CIAT, « une autre stratégie suppose une plus grande utilisation des espèces sauvages apparentées au riz ». « Les récentes évaluations de croisements avec ces espèces confirment qu’elles contiennent des gènes dignes d’intérêt associés au rendement élevé, tout en présentant également un pourcentage très élevé de fertilité des grains ». Les résultats qui laissent penser qu’il est possible de parvenir à une hétérosis plus grande dans le nouveau matériel génétique du riz du CIAT-FLAR sont également encourageants et ouvrent la voie à la mise au point d’hybrides productifs.

Institut de recherche pour le développement. Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement. Effort de l’équipe mondiale. Une équipe multidisciplinaire de chercheurs venus du CIAT, du FLAR, de l’IRRI, d’AfricaRice, de l’IRD et du CIRAD poursuit des efforts plus systématiques en vue d’augmenter le potentiel de rendement du riz.

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Une mini moissonneusebatteuse pour l’Afrique subsaharienne
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’augmentation massive de la production, de la productivité et de la rentabilité est le fruit de l’agriculture mécanisée. Celle-ci représente également un important facteur pour l’amélioration de la vie des petits producteurs. Toutefois, les tentatives menées précédemment pour amener les producteurs africains à utiliser des machines n’ont pas toujours été couronnées de succès. AfricaRice, l’IRRI et leurs partenaires se tournent à présent vers des programmes d’ensemble qui assurent une mécanisation durable et abordable, qui convient à l’ampleur des opérations et aux connaissances des petits producteurs africains.

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AfricaRice

Une machine évolutive. Le prototype de la mini moissonneusebatteuse PhilRice – Briggs & Stratton a subi plusieurs modifications. Il a connu un certain succès en Asie et a été adaptée aux conditions africaines

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r John Manful, expert en qualité du grain à AfricaRice a affirmé que « sans l’introduction de la mécanisation dans la chaîne de valeur, nous ne pourrons apporter aucune amélioration significative à la production rizicole en Afrique subsaharienne ». Cette déclaration reflète l’avis du

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Une mini moissonneuse-batteuse pour l’Afrique subsaharienne
Centre selon lequel la mécanisation est essentielle pour la production et la transformation du riz1. Tablant sur le succès de la batteusevanneuse ASI à la fin des années 1990 et au début des années 2000, AfricaRice a cherché la machine à récolter qui conviendrait aux petits producteurs. En 2009, Dr Marco Wopereis, le Directeur général adjoint d’AfricaRice a « découvert » grâce au Philippine Rice Research Institute (PhilRice) de l’IRRI – la moissonneuse-batteuse à riz Briggs & Stratton, fabriquée par PhilRice. La machine est conçue pour de petites parcelles de paddy et associe les quatre procédés requis à la fin de la saison culturale – la récolte, le battage, le vannage et l’ensachage. Machine asiatique, ingéniosité africaine « La mini moissonneuse-batteuse est essentiellement une machine très simple » explique l’agronome d’AfricaRice, Mamadou Kabirou N’Diaye. Mais, elle a ses limites. Il a ajouté : « nous nous sommes aperçus, lors des premiers essais, qu’elle a été bouchée par de la paille du riz de la Vallée du fleuve Sénégal ». Au Mali, la mini moissonneuse-batteuse a également été bouchée par de la paille locale. C’est le genre de travail qui convient parfaitement à Malick Ndiaye. M. Ndiaye, le pionnier de l’adaptation de l’ASI au milieu des années 1990, a réussi
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à modifier le système de coupe de la machine, les roues de la batteuse, et l’élévateur pour le traitement des pailles de riz les plus dures. Le modèle original à trois roues de la machine a également été transformé en un modèle à quatre roues pour un transport plus stable et plus facile. La capacité de la machine améliorée a ensuite été établie (la quantité de riz qu’elle peut récolter et transformer en un laps de temps donné) ainsi que les pertes, par rapport à la récolte et au battage manuels, tant physiquement qu’économiquement. Lors des journées de démonstration en 2010, les partenaires ont noté que la mini moissonneuse-batteuse était, à la fois, plus rapide et plus propre que la récolte et le battage manuels. Approbation générale Le prototype PhilRice a ensuite été testé, lors d’une démonstration au champ, à l’intention des producteurs pendant la saison des pluies de 2011 à Dagana dans la VSF. Les producteurs ont apprécié la machine en raison de sa rapidité et de la diminution des pertes, par comparaison à la récolte manuelle et aux grosses moissonneuses-batteuses. La mini moissonneuse-batteuse a également fait l’objet d’une analyse économique par rapport aux autres machines disponibles dans la région. La récolte manuelle et le battage avec ASI mettent deux fois plus de temps que la mini moissonneuse-batteuse. Habituellement, il faut huit personnes

Mécanisation agricole en Afrique
réalisées par traction humaine ou animale. En raison des pénuries de main-d’œuvre à des moments critiques, les cultures sont rarement plantées ou récoltées à temps. Les pertes post-récolte sont beaucoup trop importantes et la qualité des grains est souvent compromise pendant le stockage, la manipulation et la transformation.
IRRI

L’absence de mécanisation a sérieusement limité la productivité et la compétitivité des systèmes de production à base-riz en Afrique subsaharienne (ASS). Actuellement, plus de 99 % de toutes les tâches effectuées dans les rizières en Afrique subsaharienne sont

Tous les pays de cette région ont de grands cimetières de vieux équipements agricoles rouillés, achetés ou importés avec les meilleures intentions, mais qui sont actuellement un héritage d’une « mécanisation inadaptée ».ˮ
Pour de plus amples informations, voir Rapport annuel de l’IRRI, 2011.

pour faire le travail alors qu’il n’en faut que deux ou trois pour la mini moissonneuse-batteuse. « Avec une petite formation, notre communauté pourra utiliser, gérer et entretenir la machine, afin d’en tirer le plus grand profit » a affirmé M. Djigo, un producteur du village voisin de Bokhol. Instauration de la confiance et machines agricoles Ce fut un bon début, mais toute la philosophie consiste à faire en sorte que les artisans locaux ne se contentent pas d’adopter la machine en tant que telle, mais qu’ils adaptent le modèle et la fabriquent eux-mêmes. M. Ndiaye sera-t-il en mesure de reproduire la mini moissonneuse-batteuse à partir de rien ? Dr N’Diaye a indiqué que « Ndiaye était à la hauteur de la tâche ». « Nous avons une mini moissonneusebatteuse adaptée localement, fabriquée localement et qui est prête à être testée en 2012 ».

Si l’expérience est concluante, AfricaRice fera la promotion de la machine dans d’autres pays de l’Afrique subsaharienne et M. Ndiaye jouera un rôle important en tant que formateur des artisans locaux, tout comme il l’avait fait pour l’ASI. Il enseignera la fabrication et l’entretien des machines aux artisans du Mali, de la Mauritanie, du Burkina Faso et du Ghana. « À l’aide des nouveaux financements du Canada2, nous envisageons d’organiser les artisans qui fabriqueront la mini moissonneusebatteuse », a précisé Dr N’Diaye. « Nous allons créer un petit réseau de formateurs qui pourront continuer à montrer à d’autres fabricants comment construire les machines ».
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AfricaRice. 2011. Lessons from the rice crisis: Policies for food security in Africa. p. 16.

« Renforcer la sécurité alimentaire par l’amélioration de la manipulation post-récolte, de la commercialisation du riz et par la mise au point de nouveaux produits à base-riz », un projet financé par l’Agence canadienne de développement international qui a démarré en 2011.

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Un remède à la folie du marché du riz
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elles des montagnes russes, les prix du riz sur le marché mondial instable peuvent monter ou baisser en quelques semaines. Mais la flambée des prix, à l’instar de celle qui a alimenté la crise du riz en 2008, aurait pu être évitée, si les bonnes personnes avaient eu la bonne information au bon moment. En 2011, l’IRRI a lancé une initiative pour la mise en place d’un portail mondial d’information sur le riz, en vue de fournir aux décideurs des informations justes et au bon moment, destinées à appuyer la formulation de politiques basées sur des preuves dans les pays producteurs de riz. de recherche sur le riz dans le monde, est la mieux placée pour fournir des informations impartiales et justes sur les conditions actuelles et futures du marché mondial du riz et l’impact des politiques. « L’IRRI a, comme avantage supplémentaire de disposer de données sur les champs et d’informations sur l’état des cultures, les problèmes épidémiologiques, et d’autres contraintes qui affectent la récolte du riz dans différents pays d’Asie et qui ont des répercussions sur les marchés mondiaux et locaux du riz », a assuré Samarendu Mohanty, économiste et chef de la Division des sciences sociales de l’IRRI. Portail d’informations sur le riz « L’Institut a pris l’initiative de mettre en place un portail mondial d’informations sur le riz – un pôle d’informations qui fournit des rapports sur l’état des cultures en temps réel ; des projections à court et moyen terme sur la production, la consommation, le commerce et les prix dans le cadre de différents régimes

e besoin d’informations sur le marché du riz a progressé à pas de géant dans cette zone où les stocks régulateurs sont faibles et où apparaissent fréquemment des conditions météorologiques extrêmes, comme les inondations et la sécheresse. L’IRRI, en tant que première organisation

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Un remède à la folie du marché du riz
nationaux et commerciaux et de macro conditions ; ainsi que des données d’enquêtes nationales, infranationales et des données d’enquêtes sur les ménages. « La source d’informations en temps utile a revêtu un caractère urgent, à l’heure où les stocks de régulation du riz sont bas et que les inondations et la sécheresse sont de plus en plus fréquentes » a ajouté Dr Mohanty. Maîtrise du comportement chaotique du marché « L’IRRI a conçu un Modèle mondial de simulation des politiques rizicoles, en vue de trouver une solution au déficit d’information et, éventuellement de prévenir une autre crise alimentaire » a affirmé Dr Mohanty. Le modèle d’informations mondiales sur le riz de l’IRRI (IGRM) est l’une des composantes du portail d’informations. Le modèle de simulation des politiques est un modèle d’avant-garde qui décrit le comportement du marché mondial du riz et sa corrélation avec d’autres intrants et produits agricoles et non agricoles. Dr Mohanty a expliqué que : « l’IGRM montre comment les mouvements sur le marché mondial du riz sont affectés par différents intrants et produits ». « Ce qui permettra de donner une image juste de l’interaction des facteurs qui affectent le marché mondial du riz ». L’offre est modélisée en un cadre régional destiné à faire ressortir différents mélanges de cultures, compte

Le portail sur le riz. Le Portail d’informations sur le riz donne des informations en temps réel sur les cultures, l’offre et la demande à moyen terme, des bulletins politiques et un ensemble de données globales sur le riz aux niveaux national, infranational et des ménages.

tenu des différences climatiques et de l’hétérogénéité régionale concernant la disponibilité en eau et d’autres ressources naturelles. Il s’agit de variables de politique relatives à l’offre, à la demande, aux stocks en fin d’année, aux exportations, aux importations et aux équations de transmission des prix. Actuellement, le modèle porte sur 26 pays/régions d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine qui sont de gros producteurs et consommateurs de riz, et qui représentent plus de 90 % de la production, de la consommation et des exportations. Le modèle est en mesure de produire un ensemble de projections à court et à moyen terme sur la production, la consommation, le commerce et les

prix du riz. Qui plus est, il peut être utilisé pour analyser une diversité de sujets liés aux politiques locales et commerciales, et aux évaluations des interventions technologiques. Tenir dûment compte du climat mondial Un élément stochastique de l’IGRM est en cours d’élaboration en vue de la prise en compte des variables relatives aux prévisions météorologiques, un important facteur qui affecte le marché du riz. L’analyse stochastique examine les différents modes d’évolution d’un marché, dans le cadre de centaines de scénarios portant sur les variations climatiques et d’autres facteurs aléatoires. L’IRRI collabore avec l’Institut de recherche en politique alimentaire

et agricole de l’Université du MissouriColumbia à la mise au point d’un élément stochastique pour l’IGRM. En outre, des efforts sont en cours pour désagréger la consommation de riz selon les populations rurales et urbaines et les différents groupes de revenus à l’aide de données d’enquêtes sur les ménages pour la prise en compte des différents modes de consommation qui surgissent suite à l’augmentation des revenus et de la croissance démographique. Le champ d’application du modèle dans les pays visés a été étendu à d’autres pays d’Afrique et d’Amérique latine, en collaboration avec AfricaRice et CIAT, respectivement.
Pour plus d’informations visiter : http://irri. org/our-science/targeting-and-policy/riceinformation-gateway.

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IRRI

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Les semences de riz qui font la différence en Afrique
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es f am illes des var iét és du Nouveau r iz pour l’Af r ique ( NERI CA) pr oviennent de cr oisem ent s ent r e le r iz af r icain ( O r yza glaber r im a) et le r iz asiat ique ( O r yza sat iva) . I l exist e au t ot al, 18 var iét és de NERI CA des plat eaux et 60 NERI CA- L de bas- f onds. Ces var iét és f ont une r apide per cée en Af r ique subsahar ienne, au pr of it des pr oduct eur s et des consom m at eur s de r iz af r icains.

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AfricaRice (3)

Le riz of l’espoir. Twenty-five extension workers une Mozambique, Rwanda, Uganda, TanzaFirst crop de teachers.Au Mali, des femmes inspectent fromabondante récolte de NERICA 4 dans le champ d’un producteur local. with a machine, not against to Experience from Asia and some parts of Africa nia, and Kenyavariétés de NERICAbatch it. attend the ont permis à de nombreux producteurs equally de l’Ouest et d’Afrique WorkingDes are among the first à haut rendement 16-week training on rice farming, and, d’Afrique centrale how to effectively pass can be de riz. important, onthat farm d’abondantes récoltes knowledge to African farmers. has shown d’obtenir mechanization on that sustainable using sound business principles

algré l’abondance des ressources en terres et en eau de l’Afrique, la production de nourriture en quantité suffisante, pour les centaines de millions de personnes qui tablent sur le riz comme principale source d’énergie et de protéine nutritives dans leur alimentation, a toujours été un défi considérable. Mais, ces dernières années, les producteurs de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale

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Les semences de riz qui font la différence en Afrique
bénéficient d’un nombre suffisant de récoltes de riz pour nourrir leurs familles et pour vendre également sur les marchés. Au centre de tout ce qui précède se trouve le NERICA. NERICA est synonyme du travail qui a valu à AfricaRice (précédemment, Association pour le développement de la riziculture en Afrique de l’Ouest) en 2000, le prix du Roi Baudouin, ainsi qu’à Monty Jones le prestigieux Prix mondial de l’alimentation, en 2004. Il existe deux sortes de variétés NERICA : 18 NERICA de plateaux, dont le Dr Jones a été le précurseur, et 60 NERICA (NERICA-L) de bas-fonds, adaptés pour les basfonds pluviaux et irrigués, qui ont ensuite été mises au point par Moussa Sié et des partenaires nationaux, et qui ont valu à Dr Sié le Prix Fukui international du riz Koshihikari 2006 du Japon en 2006. Initiative africaine sur le riz AfricaRice et ses partenaires ont lancé l’Initiative africaine sur le riz (ARI) en 2002, afin de donner aux producteurs africains un meilleur accès aux NERICA et à d’autres variétés améliorées. En 2005, l’Initiative a lancé un Projet multinational de dissémination du riz NERICA financé par la Banque africaine de développement, l’Union européenne, le Japon et l’ARI. Le projet a tenté de faire une large diffusion du NERICA et d’autres variétés améliorées parmi les producteurs de riz au Bénin, en Gambie, au Ghana, en Guinée, au Mali, au Nigeria et en Sierra Leone, en vue d’augmenter la production, de réduire la pauvreté et d’assurer la sécurité alimentaire. Les producteurs sont les meilleurs juges AfricaRice a reconnu qu’ARI est la première véritable plateforme pour une évaluation exacte de l’impact des nouvelles variétés. L’une des approches adoptées par ARI en vue d’accélérer la dissémination du NERICA a été la sélection variétale participative (PVS). Les producteurs sélectionnent de nouvelles variétés potentielles sur une période de 3 à 5 ans et la responsabilité des essais passe progressivement des chercheurs aux agents de vulgarisation et aux producteurs eux-mêmes. En commençant avec 91 lignées, la PVS a contribué à l’homologation ou à l’adoption de chacune des 18 variétés dénommées NERICA de plateaux, dans au moins un pays de l’Afrique subsaharienne. En outre, 21 variétés de type NERICA de bas-fonds ont été adoptées dans un ou plusieurs pays de l’Afrique subsaharienne, notamment 14 variétés appelées NERICA-L (les autres attendent de recevoir une appellation « officielle »). Un petit nombre de variétés non NERICA ont également été adoptées grâce aux efforts de l’ARI. Stocks stratégique Selon Inoussa Akintayo, le coordonnateur de l’ARI, « dès les premiers jours du succès de NERICA, la demande de semences a toujours

Une rizière luxuriante de NERICA au Liberia.

été supérieure à l’offre ». Ainsi donc, l’un des objectifs majeurs du projet de dissémination de NERICA a consisté à renforcer la capacité de dissémination des systèmes nationaux, d’obtenir des résultats ou, tout au moins, d’accélérer la fourniture de semences certifiées de variétés requises aux producteurs. « ARI a fourni des semences souches et de base et aide les systèmes nationaux à produire davantage de semences de base et de semences certifiées », a affirmé Dr Akintayo. « Depuis leur établissement, ARI et les systèmes nationaux ont produit plus de 295 tonnes de semences souches et de semences de base de NERICA, de NERICA-L et d’autres variétés améliorées ». Vu les difficultés rencontrées lors de l’élaboration des programmes

de certification des semences dans les grands pays, en particulier dans les zones urbaines, AfricaRice a mis au point des systèmes semenciers communautaires (CBSS) vers la fin des années 1990, au moyen desquels les producteurs ont été formés aux meilleures pratiques de production de « semences de qualité acceptable » dans les rizières, pour eux-mêmes ou pour leurs voisins. Le CBSS a été adopté par l’ARI en même temps que des services officiels de livraison des semences, en particulier dans des zones où les variétés modernes avaient été adoptées, grâce à la PVS, au cours des années qui ont conduit au projet de dissémination du NERICA. Dans de nombreux cas, les problèmes rencontrés lors d’une nouvelle adoption et diffusion aux communautés et aux producteurs

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Les semences de riz qui font la différence en Afrique
voisins, étaient tout juste dus à un approvisionnement insuffisant en semences. Vue d’ensemble L’adoption, en tant que telle, n’a pas d’impact sur les choses importantes, comme la pauvreté et le bien-être. Aliou Diagne, chef du programme politiques, systèmes d’innovation et évaluation d’impact d’AfricaRice affirme que : « c’est la raison pour laquelle nous avons soigneusement observé les indicateurs socioéconomiques ». Il poursuit en disant que : « parce que nous prenons en compte aussi bien les villages que les ménages dans le cadre du projet et hors projet », « nous avons pu évaluer l’impact à une échelle beaucoup plus grande qu’au seul niveau des participants au projet et des personnes interrogées. Ce sont ces chiffres qui donnent une idée de la situation réelle ». Récolter les fruits En 2011, les producteurs qui avaient participé aux activités du projet ont obtenu des revenus supplémentaires de l’ordre de 14,4 millions de dollars, alors que les retombées pour les producteurs qui n’y ont pas pris part, ont été estimées à 28,7 millions de dollars – soit un total de 43,1 millions de dollars. Ces bénéfices découlant d’une association de rendements accrus et de l’augmentation des superficies rizicoles. La hausse moyenne des rendements a été de 0,42 tonne par hectare, une hausse importante pour une culture qui n’atteint en moyenne qu’une tonne par hectare sur tout le continent (riz de plateau). La production totale de chaque producteur a augmenté en moyenne de 0,81 tonne. Une estimation très prudente des superficies emblavées en NERICA dans toute l’Afrique subsaharienne en 2011 est de 700 000 hectares, mais les chiffres réels devraient avoisiner un million d’hectares. (Une enquête de 2010 a suggéré que plus d’un demi-million d’hectares de variétés de NERICA ont été cultivées en 2009 uniquement dans les sept pays cibles d’ARI.) « Toutefois, l’impact important de toute activité de développement agricole est lié à la pauvreté » a affirmé Dr Diagne. « À la fin du projet, nous estimons que plus de 35 000 personnes vivant dans les ménages de riziculteurs ont été sorties de la pauvreté, sur la base d’un seuil de pauvreté de 1,25 dollar par jour. « Si nous projetons ce chiffre jusqu’en 2035, en tenant compte des informations courantes, de la disponibilité des semences et des niveaux d’adoption, nous voyons que beaucoup plus d’un demi-million de personnes seront sorties de la pauvreté grâce à ce projet », conclut-il. Alors qu’ARI s’est essentiellement axé sur l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, les variétés de NERICA et de NERICA-L font également leur apparition en Afrique de l’Est, en particulier en Éthiopie et en Ouganda.

NERICA 4 modifie le cours des choses
tonnes par hectare et a vendu 300 tonnes de semences de NERICA 4 au gouvernement malien pendant la crise rizicole. En 2011, il a planté 250 hectares de riz de plateau. Sa rizière est devenue si rentable qu’il a pu apporter une contribution financière en vue de l’amélioration d’une route de 15 kilomètres menant à son champ. Même si les résultats obtenus par M. Togola avec les variétés de NERICA dépassent largement la moyenne des producteurs participant au projet de dissémination de l’ARI, AfricaRice espère qu’un plus grand nombre de producteurs sera, comme lui, amené à relever le défi consistant à étendre leur production de riz. Selon AfricaRice, l’adoption généralisée des variétés de NERICA dépasse le cadre d’une augmentation de la production et de la diminution des importations de riz. Elle aura des effets positifs dans la vie des producteurs qui pourront gagner plus d’argent, ainsi que dans la vie des consommateurs de riz pauvres qui seront en mesure de mettre sur leur table de la nourriture à un coût plus abordable. C’est ainsi que les variétés NERICA peuvent modifier le cours des choses dans la vie des riziculteurs africains, et conduire à une plus grande sécurité alimentaire et à une réduction de la pauvreté sur l’ensemble du continent.

Bakary Togola du Mali avait dû quitter l’école très tôt pour s’adonner à l’agriculture et soutenir sa famille. Il a commencé à produire du riz en 1984, 10 années avant que les premières variétés de NERICA n’aient été testées dans des rizières. M. Togola a été le prototype des 20 millions de riziculteurs en Afrique de l’Ouest qui, pour planter, ne pouvaient choisir qu’entre quelques variétés. Le riz asiatique n’était pas assez coriace pour concurrencer les adventices et supporter les conditions environnementales du sol. Pour beaucoup, cultiver le riz traditionnel africain n’était pas intéressant, parce que sa production était insuffisante. En 2003, M. Togola a eu la possibilité d’adopter le NERICA 4 sur une superficie de moins d’un hectare. En 2008, il a récolté plus de 4,7

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«Bouter» la pyriculariose du riz hors des champs des producteurs
a pyriculariose est l’un des champignons causant les plus graves dégâts chez le riz, presque partout où il est cultivé. On estime que les pertes dues à la pyriculariose suffiraient à nourrir près de 60 millions de personnes, ce qui en fait une grave menace pour l’offre mondiale de denrées. Au cours des six dernières années, le Réseau de recherche sur la pyriculariose en vue d’une production rizicole stable, un projet collaboratif de JIRCAS1 et de l’IRRI, a cherché à établir une approche globale, en vue de présenter une défense mondiale efficace pour « bouter » la maladie hors des champs des producteurs.
1

L

Japan International Research Center for Agricultural Sciences/Centre international de recherche japonais pour les sciences agricoles

PhilRice (2)

Champignon mortel. La pyriculariose du riz est un champignon qui entraîne la formation de lésions sur les feuilles, les tiges, les panicules, les semences et même les racines. Les dégâts potentiels qui peuvent être causés par la pyriculariose sont si grands qu’elle est considérée comme l’une des maladies végétales les plus graves du riz.

epuis quelque temps, la pyriculariose du riz, causée par Pyricularia grisea (également dénommée Magnaporthe grisea dans son état sexuel), n’a cessé d’affecter

D

32 32

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«Bouter» la pyriculariose du riz hors des champs des producteurs
les rizières. Les premiers rapports sur une maladie qui ressemble à la pyriculariose du riz remontent à 1637 en Chine. Près de quatre siècles plus tard, on trouve le champignon dans 85 pays du monde. Ces dernières années, 5,7 millions d’hectares de rizières en Chine ont été affectés par la pyriculariose. Elle constitue également un obstacle majeur dans de nombreuses régions de l’Inde, mais s’adapte fort bien à une grande diversité de conditions environnementales, depuis les rizières de bas-fonds, en passant par celles des plateaux pluviaux jusqu’aux situations de submersion profonde. Un adversaire complexe La maladie peut se propager très rapidement, occasionnant des lésions sur les feuilles (voir photo) ou sur les panicules, qui meurent avant de se remplir de grains, d’où jusqu’à 100 % de pertes dans certaines rizières. La capacité d’adaptation rapide de l’agent pathogène rend les récoltes rizicoles vulnérables en permanence. Le recours à la lutte chimique associée à de nouvelles variétés n’a pas permis de trouver une méthode totalement efficace dans la lutte contre la pyriculariose du riz. Un front uni contre la pyriculariose Yoshimichi Fukuta, un chercheur à JIRCAS a affirmé que : « la complexité de la maladie et le formidable défi posé par la diversité de l’agent pathogène font que, de toute évidence, aucun groupe ni institution ne peut prétendre résoudre le problème ». « Il existe des limites à ce qui peut être réalisé par un seul pays ou une seule organisation ». Naissance du réseau de recherche sur la pyriculariose pour une production rizicole stable « En 2006, JIRCAS et l’IRRI ont lancé ce réseau de recherche spécial d’institutions et d’universités qui comprend actuellement 13 pays en Asie et en Afrique, dans le but de renforcer les échanges, non seulement d’informations, mais également de matériels génétique et même d’agents pathogènes de la pyriculariose » a précisé Dr Fukuta. « Grâce à ce réseau, nous édictons trois nouveaux ensembles de normes de variétés différentielles internationales. En associant les variétés différentielles et les agents pathogènes de la pyriculariose, ce système nous aidera à mieux comprendre les interactions entre l’hôte et l’agent pathogène ». Partage des connaissances Les membres du réseau tirent également profit des ensembles de différentes variétés précédemment mises au point depuis 1994, dans la Phase III du Projet de recherche collective IRRIJapon, financé par le ministère de l’Agriculture, de la Forêt et de la Pêche du Japon. « Trois ensembles ont déjà été homologués et distribués aux membres du réseau, ainsi qu’à d’autres instituts de recherche agricole et universités par le Réseau international pour l’évaluation génétique du riz de l’IRRI (INGER) », a précisé Dr Fukuta. Pour comprendre le mécanisme de répartition des races de la pyriculariose, des variétés différentielles porteuses d’un seul gène de résistance à la pyriculariose (monogénique) ont été distribuées dans le monde entier, en tant que matériel commun destiné à tester la virulence des isolats de la pyriculariose. Une méthode standard pour évaluer les degrés de résistance, ainsi qu’un système de nomination basé sur la réaction aux lignées monogéniques ont également été mis au point et utilisés par les chercheurs du réseau. Dr Fukuda a indiqué que : « ce système d’évaluation standard et de nomination (voir résumé dans le graphique) a été traduit dans 12 langues et envoyé à tous les pays du réseau ». « Les variétés différentielles, les critères de décision, un système de nomination des races de la pyriculariose, ainsi que d’autres données collectées dans différents pays peuvent être facilement partagées entre les membres du réseau ».

JIRCAS et centres du GC 1. Mise au point des variétés différentielles (DV) 2. Distribution de ces variétés (avec les centres du GC)

3 S té S R rié 4 Va . S S S
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1 S R

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Is ol ar ats ds di d ffé B e pyr renti e C icula ls s S D riosetand-

n S Étude pathologique 1. Analyse de la pathogénicité de l’isolat de la pyriculariose 2. Contrôle des races de la pyriculariose dans les rizières

.

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S . S S S .

S .

.

Institut de coopération 1. Étude sur la diversité des races de la pyriculariose à l’aide des variétés différentielles 2. Sélection des isolats de la pyriculariose à différentiel standard
Travaux de sélection 1. Étude de la diversité sur la résistance du matériel génétique du riz et de la principale variété 2. Caractérisation génétique pour le gène de résistance dans les variétés de riz 3. Amélioration génétique à l’aide du nouveau gène

R S R . S R .

S .

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N

S

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Exemples : • Variétés de lignées multiples comprenant plusieurs lignées isogéniques • Pyramidage des gènes (y compris le gène de résistance partielle) Mise au point d’une protection durable contre la pyriculariose à l’aide d’un système différentiel.

Résumé de l’évaluation, du système de nomination et ses applications dans les études relatives à la sélection et aux pathologies.

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«Bouter» la pyriculariose du riz hors des champs des producteurs
À la fin de l’évaluation et des études de diversités sur les races de la pyriculariose dans chaque pays, les chercheurs sélectionneront des isolats standards différentiels de la pyriculariose et mettront au point leur propre système différentiel « local ». Ces systèmes locaux permettront de clarifier la répartition des différentes races de pyriculariose, la variation génétique de la résistance dans le matériel génétique du riz, le génotype de la principale variété dans chaque pays, ainsi que la stratégie de sélection appropriée en vue de mettre au point des variétés de riz résistantes à la pyriculariose à l’intention des producteurs locaux. Actuellement, 16 instituts de recherche au Japon, en Indonésie, aux Philippines, au Vietnam, en Chine, au Cambodge, au Laos, au Bangladesh et en Corée du Sud, de même que quatre universités en Chine, au Japon, au Bénin et au Kenya participent au Réseau de recherche sur la pyriculariose. JIRCAS, en collaboration avec AfricaRice, mène également une étude sur la pyriculariose en Afrique de l’Ouest. Dr Fukuta a expliqué que « JIRCAS est devenu membre du Temperate Rice Research Consortium (TRRC) et a décidé de le soutenir ». « Ainsi donc, lors de sa réunion annuelle à l’Institut de recherche sur le riz de la Russie, en septembre 2011, le TRRC a accepté d’inclure la recherche pour la mise au point du système différentiel de pyriculariose dans le monde, en tant que l’une de ses activités en cours ». « Outre le travail du système différentiel, la mise au point de véritables lignées de sélection, comme les variétés à lignées multiples ou les variétés améliorées porteuses de gènes de résistance partielle, est en cours dans chacun des pays du réseau » a conclu Dr Fukuta.

Pour plus d’informations : Hayashi N, Fukuta Y. 2009. Proposal for a new international system of differentiating races of blast (Pyricularia oryzae Cavara) by using LTH monogenic lines in rice (Oryza sativa L.). JIRCAS Working Report. 63 : 11 – 15. Telebanco-Yanoria MJ, Koide Y, Fukuta Y, Imbe T, Tsunematsu H, Kato H, Ebron LA, Nguyen TMN, Kobayashi N. 2010. A set of near-isogenic lines of Indica rice variety CO 39 used as differential varieties for blast resistance. Mol. Breed. DOI 10.1007/s11032-010-9437. Telebanco-Yanoria MJ, Koide Y, Fukuta Y, Imbe T, Kato H, Tsunematsu H, Kobayashi N. 2010. Development of nearisogenic lines of Japonica-type rice variety Lijiangxintuanheigu as differentials for blast resistance. Breed. Sci. 60 : 629 – 638. Wang GL, Valent B, editors. 2009. Advances in genetics, genomics, and control of rice blast disease. Springer Science. 434 p. Zeigler RS, Leong SA, Peng PS, editors. 1994. Rice blast disease. Proceedings of a workshop. CAB International and the International Rice Research Institute. 626 p.

Réseau international de recherche sur la pyriculariose du riz. Les points rouges et jaunes indiquent les lieux où se trouvent les membres du Réseau de recherche sur la pyriculariose pour une production stable du riz, mis en place par JIRCAS en Asie et en Afrique respectivement. Les points verts indiquent les pays qui collaborent dans le cadre du Consortium de recherche sur le riz des zones tempérées de l’IRRI (TRRC), dont JIRCAS est membre.

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Rapport annuel 2011

Du riz en toutes saisons

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a production de riz sur 60 millions d’hectares dans des zones pluviales en Asie et sur près de 7 millions d’hectares en Afrique subsaharienne reste faible et instable, en raison des fréquentes sécheresses et inondations. Mais maintenant, des variétés de riz sont en train d’être mises au point, qui pourront supporter aussi bien des sécheresses que des inondations modérées, qui permettront aux producteurs d’obtenir au moins des rendements minimums réalisables – avec beaucoup ou peu d’eau selon les manifestations de températures extrêmes.

Les grandes inondations qui se produisaient de temps à autre auparavant, semblent actuellement être devenues la norme. De même, les périodes de sécheresse n’ont cessé d’augmenter en fréquence et en intensité. L’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) attribue au changement climatique ces épisodes climatiques extrêmes qui deviennent de plus en plus communs1. Pour les populations pauvres qui sont déjà vulnérables, les sécheresses et les inondations constituent de graves menaces pour leur sécurité alimentaire. Le coût du changement climatique

Sécheresse en Inde

Inondations au Bangladesh
IRRI (2)

arfois, les producteurs disposent de trop d’eau pour leurs cultures et parfois ils n’en ont pas assez. La riziculture a souffert de ce phénomène depuis les premiers temps de l’agriculture. Et, malgré les avancées de la technologie météorologique, de nombreux producteurs subissent, plus que jamais, les rigueurs climatiques.

P

est devenu énorme La Convention-cadre des NationsUnies sur les changements
1

FAO. 2002. Crops and drops: making the best use of water for agriculture. World Food Day. Rome, Italie, FAO.

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Du riz en toutes saisons
climatiques2 a prévu des augmentations de la fréquence et de l’intensité des conditions climatiques les plus extrêmes, y compris des sécheresses et des inondations. Ce qui pourrait entraîner une diminution de 50 %, d’ici à 2020, des rendements des cultures pluviales dans certains pays africains. Les recettes nettes découlant des cultures pourraient chuter de 90 % d’ici 2100. Les baisses des rendements des cultures dues aux sécheresses intervenant pendant les mois d’été et les augmentations des précipitations maximales, de même que les vents associés aux cyclones tropicaux en Asie de l’Est, en Asie du Sud-Est et en Asie du Sud pourraient exposer des millions de personnes à la famine. Selon Arvind Kumar, un phytogénéticien de l’IRRI, la production rizicole, sur 60 millions d’hectares de terres pluviales en Asie et sur près de 7 millions d’hectares en Afrique subsaharienne, reste faible (0,5 à 2,5 t/ha) et instable en raison des sécheresses ou des inondations fréquentes. Il a expliqué que « ces phénomènes peuvent survenir au cours de différentes années, ou les deux peuvent se manifester au cours de la même saison, pendant différents stades de croissance des cultures ». Dr Kumar est chargé, au sein du GRiSP, de la mise au point de variétés de riz tolérantes à la sécheresse.
2

Pas une goutte d’eau Sans pluie, il ne peut y avoir de cultures ; sans cultures, il n’y a pas de nourriture, pas d’argent et en fin de compte pas d’espoir. Dr Kumar a affirmé que « si l’on se réfère à l’Asie uniquement, la sécheresse est cause de faiblesse et d’instabilité de la production sur plus de 23 millions d’hectares de superficies emblavées en riz ». « Près de 38 % des superficies dans le monde qui contribuent à hauteur de 70 % au rendement agricole dans le monde sont exposées à la sécheresse. Il a ajouté : « qu’en 2002, dans seulement trois provinces de l’Inde – le Chhattisgarh, le Jharkhand et l’Orissa – les pertes économiques dues aux graves sécheresses ont été estimées à plus de 680 millions de dollars ». « En 2010, les Nations Unies ont indiqué dans un rapport, que près de 12,4 millions de personnes avaient été gravement affectées par la sécheresse qui sévit actuellement à Djibouti, en Éthiopie, au Kenya et en Somalie ». Trop de pluies Des pluies incessantes ont, coup sur coup, déclenché un déluge d’eau, de l’Asie du Sud en 2010, au Delta du Mékong en 2011, et au Mozambique ainsi qu’au Zimbabwe au début de 2012. Selon Dr Kumar « la submersion affecte plus de 16 millions d’hectares de terre emblavées en riz dans les zones rizicoles de bas-fonds et de submersion profonde, entraînant de ce fait une perte économique annuelle de plus de

Adoption des extrêmes. Dr Kumar inspecte les lignées extrêmes qui présentent à la fois une tolérance à la sécheresse et aux inondations sur les parcelles expérimentales de l’IRRI.

Isagani Serrano/IRRI (2)

600 millions de dollars ». « Pendant les inondations, les producteurs du Bangladesh et de l’Inde perdent jusqu’à 4 millions de tonnes de riz par an – assez pour nourrir 30 millions de personnes. En 2006, les Philippines ont eu des pertes de récolte pour un montant équivalent à 65 millions de dollars, pour cause d’inondations ». Un défi plus important pour les producteurs et les phytogénéticiens Dr Kumar a fait remarquer que : « le changement climatique en cours est source de nouveaux défis pour appuyer la riziculture et l’amélioration des rendements dans des environnements pluviaux ».

UNFCCC. 2007. Climate change: impacts, vulnerabilities and adaptation in developing countries. http://unfccc.int/resource/docs/ publications/impacts.pdf.

Anticipant les effets possibles de ce phénomène sur la culture du riz, l’IRRI a entrepris des efforts de sélection en vue de mettre au point des variétés adaptées au climat, tolérantes aux inondations, à la sécheresse et aux températures élevées. L’IRRI avait déjà réussi à mettre au point des variétés pouvant s’adapter plus facilement au stress environnemental individuel, notamment les variétés du riz « scuba » tolérantes aux inondations, et les cultivars de riz « sec » tolérants à la sécheresse. Swarna-Sub1, qui peut être immergée pendant au moins 2 semaines et qui se régénère dès que l’eau se retire, a été homologuée en tant que variété pour les zones submersibles de l’Inde, du Népal et du Bangladesh,

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GRiSP Rapport annuel 2011

Du riz en toutes saisons
et il est prévu actuellement de la cultiver sur plus de 6 millions d’hectares en Asie du Sud. Sahbhagi dhan, une variété pouvant résister, même s’il ne pleut pas pendant 12 jours après l’ensemencement ou au début de la floraison, a été homologuée au Bangladesh, en Inde et au Népal. Sélection pour les deux extrêmes Dr Kumar a expliqué que « suite au succès de la mise au point de variétés tolérantes, aussi bien à la submersion qu’à la sécheresse, l’IRRI a entrepris de concentrer ses efforts en vue d’associer la tolérance des deux stress et de mettre au point des variétés qui donnent de bons rendements aux producteurs, dans des conditions de submersion et de sécheresse ». À cause de son potentiel de rendement élevé, de la bonne qualité de ses grains et de son immense popularité en Asie du Sud, SwarnaSub1 a été identifiée en tant que variété candidate, apte à être mise au point, pour lui permettre de se développer aussi bien en temps de sécheresse que d’inondation. Les différentes lignées du riz « extrême » ainsi produites devront normalement être testées sur les sites des essais pluviaux des SNRAV pendant les saisons sèches et des pluies en 2012. Riz « extrême » deux en un « Cette nouvelle variété extrême Swarna-Sub1+ sécheresse, devrait avoir un rendement supplémentaire de 1 à 1,5

Espoir vain. Dans des conditions de sécheresse extrême sur la ferme de l’IRRI, Swarna-Sub1 (au centre) n’a pas eue une bonne épiaison et donnera peu de grains, le cas échéant, tandis que Swarna-Sub1 flanqué de la résistance à la sécheresse à gauche et à droite aura en fin de compte, un rendement supérieur à 1,5 tonne par hectare dans cet environnement agressif. Avec un approvisionnement suffisant en eau, les deux variétés auront des rendements de 6 à 7 tonnes par hectare.

tonne par hectare, dans des conditions de stress de sécheresse modérée à sévère par rapport à l’originale SwarnaSub1 » a indiqué Dr Kumar. « En outre, l’association de la tolérance aux inondations et à la sécheresse pourrait donner aux producteurs un rendement assuré de plus de 2 tonnes par hectare, en cas d’inondation, de sécheresse, ou des deux ». Selon Dr Kumar, ces variétés de riz « extrême », non seulement garantiront aux producteurs un rendement minimum réalisable, aussi bien en cas de sécheresse ou d’inondation modérée, mais feront également que la culture du riz sera plus durable dans les zones pluviales, augmenteront les rendements

du riz par unité de surface, de même que la production totale de riz, et fourniront aux producteurs de meilleurs rendements économiques. Il a ajouté « qu’un rendement supérieur garanti encouragerait davantage les producteurs à adopter des stratégies améliorées de culture du riz, et leur donnerait des profits plus élevés ». Côte de popularité La variété d’avenir, la variété Swarna-Sub1 (tolérante aux inondations) + sécheresse, devrait avoir beaucoup de succès dans les vastes régions de l’Inde, du Bangladesh et du Népal, où les zones moyennement ou faiblement pluviales sont sujettes à la submersion ou à la

sécheresse, ou aux deux, au cours de la même saison ou d’une année à l’autre. « Nous espérons que ce nouveau riz sera aussi très demandé dans d’autres régions de l’Asie du Sud-Est, ainsi qu’en Afrique de l’Est, où la sécheresse et les inondations – ou les deux – induisent une forte baisse de rendements rizicoles » affirme Dr Kumar.

Pour plus d’informations : Barclay A. 2009. Scuba rice. Rice Today 8 (2) : 26 – 31. Reyes L. 2009. Making rice less thirsty. Rice Today 8 (3) : 12 – 15.

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L’avenir de la science rizicole
Rapport annuel 2011
n 2011, des jeunes chercheurs-riz prometteurs et futurs leaders venus du monde entier ont rejoint le Partenariat mondial de la science rizicole pour s’engager dans la recherche et la formation dans des domaines allant de la phytopathologie aux sciences sociales. C’est la toute première fois que des programmes de ce genre sont offerts au niveau international et intégrés dans différentes institutions mondiales de la science rizicole.

L

es bourses d’études de la science rizicole mondiale offrent aux jeunes chercheurs agricoles, l’opportunité

Passer le flambeau de la science rizicole Tahir Hussain Awan du Pakistan a démarré son projet en 2011 sur la gestion des adventices et des nutriments chez le riz semé directement sur sol sec à l’IRRI et à l’Université des Philippines Los Baños. Il a affirmé que le riz est essentiellement repiqué au Pakistan, mais, en cas d’adoption de techniques améliorées d’ensemencement direct sur sol sec, il pourrait en résulter une économie de temps, de main-d’œuvre et de ressources. Il a ajouté que : « pour moi, la bourse est importante, car elle me permet d’étudier les éléments du riz semé directement susmentionnés, dans le meilleur institut rizicole du monde, sous la supervision de chercheurs disposant d’une très grande expérience ». Un autre chercheur, Jianyuan Yang de la Chine indique que les bourses d’études de la Science rizicole mondiale lui ont permis de se rendre à l’étranger pour acquérir de plus amples connaissances sur les questions mondiales liées à la recherche sur les maladies du riz. Il a affirmé que « les maladies du riz, comme la pyriculariose du riz, le flétrissement bactérien et l’helminthosporiose, sont les maladies les plus dévastatrices dans la production rizicole et qu’elles apparaissent dans les principales régions productrices de

L’étape suivante Les fonds du GRiSP pour le renforcement des capacités ont également soutenu le pilotage d’une nouvelle initiative – Le cours sur le leadership pour le renforcement de la science rizicole mondiale. Le cours a été conçu par l’IRRI et l’Université de Louvain en Belgique pour développer le leadership dans la recherche rizicole. Le programme visait à renforcer l’impact des connaissances dispensées par les organisations de recherche, en particulier dans les zones ciblées les plus pauvres d’Asie et d’Afrique, en veillant à améliorer les connaissances et les compétences dans le leadership de la recherche. Le programme d’études avait pour but de prendre en compte le savoir, les connaissances et les compétences requises par les chercheurs pour leur permettre, non seulement de mieux définir, gérer et communiquer la recherche, mais également d’assurer le leadership au niveau de la recherche. Le cours a consisté en une activité intensive de deux semaines, du 15 au 26 août 2011, suivi d’un Projet d’apprentissage pratique dans un environnement propre aux participants, de septembre à décembre, et d’une dernière semaine de réflexion et d’apprentissage, du 9 au 13 janvier 2012. Le cours de 23 participants était composé d’étudiants en doctorat, d’anciens étudiants en doctorat, de chercheurs post-doctorat et des jeunes chercheurs recrutés au niveau international venus d’AfricaRice (2), du CIAT (2), de l’IRRI (14), ainsi que les étudiants de la dernière promotion issue de l’IRRI (5).

de consolider leurs connaissances dans leur discipline et d’acquérir une vaste connaissance des questions mondiales qui touchent la science rizicole. La possibilité de bourses a été ouverte à la concurrence au niveau mondial, mais avec un accent particulier sur les étudiants des pays en développement. Les domaines de recherche couverts

E

par les bourses sont, la science rizicole et les systèmes de recherche y afférents, en particulier l’agronomie, la physiologie des cultures, l’entomologie, la phytopathologie, la pédologie et les sciences de l’eau, la phytogénétique, et les sciences sociales. Les bourses d’études relèvent du GRiSP – et l’IRRI, AfricaRice, le CIAT, l’IRD,1 et le CIRAD2 accueillent tous des étudiants. Au total, 31 étudiants ont reçu une bourse et leurs projets de thèse ont été alignés sur les objectifs stratégiques du GRiSP. Si l’on observe la répartition des étudiants par région, 55 % viennent d’Asie, 29 % d’Afrique, 13 % d’Amérique latine et 3 % d’Europe. Une parité hommes, femmes a été observée, 45 % des candidats sélectionnés étant des femmes.

IRRI

1

Institut de recherche pour le développement.

riz du monde », tout en précisant qu’il espère que ses travaux contribueront à venir à bout de ces maladies.

2

Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement.

38 38

GRiSP Rapport annuel 2011

Équipes de la gouvernance et de la gestion du GRiSP
Comité de supervision
Fusuo Zhang, Président du Comité et Doyen du College of Resource and Environmental Science, China Agricultural University, Chine Subbana Ayyappan, Directeur général, Indian Council of Agricultural Research, Inde Stephen Baenziger, Président, Department of Agronomy and Horticulture, University of Nebraska, États-Unis, et membre du Conseil d’administration de l’IRRI Barbara Becker, Directrice générale, Centre Nord-Sud, ETH, Zurich, Suisse, et membre du Conseil d’administration d’AfricaRice Anthony Cavalieri, Consultant auprès de l’IFPRI et de l’USAID, États-Unis. Masa Iwanaga, Directeur général, JIRCAS, Japon, et membre du Conseil d’administration d’AfricaRice Jillian Lenné, Professeur visiteur à Agrobiodiversity, Université de Greenwich, R.U., et membre du Conseil d’administration de l’IRRI Paul Mafuka, Directeur général, Institut national pour l’étude et la recherche agronomique, République démocratique du Congo Susan McCouch, Professeur, Plant Breeding and Genetics and Plant Biology, Cornell University, États-Unis Kei Otsuka, Professeur, Development Economics, National Graduate Institute for Policy Studies,Tokyo, Japon Beatriz Pinheiro, Directrice générale, Division des études stratégiques et du renforcement des capacités, Empresa Brasileira de Pesquisa Agropecuária, Brésil Papa Abdoulaye Seck, Directeur général, AfricaRice Anna Lucie Wack, Directrice, Fondation Agropolis, France Robert Zeigler, Directeur général, IRRI

Membres de l’OC du GRiSP et du PPMT du GRiSP qui ont pris part au forum mondial et Asie 2011 au siège de l’IRRI, 3 – 7 octobre, Premier rang (G-D) : Pinheiro, Fusuo Zhang, Jill Lenné, Kei Otsuka, Masa Iwanaga, Osamu Koyama ; second rang : Bob Zeigler, Barbara Becker ; dernier rang : Stephen Baenziger, Paul Mafuka, Achim Dobermann, Joe Tohmé, Anthony Cavalieri, Marco Wopereis.

Responsables des thèmes de recherche : Monde/Asie (IRRI), Afrique (AfricaRice), Amérique latine (CIAT), respectivement
Thème 1 Hei Leung, Takashi Kumashiro, Manabu Ishitani Thème 2 Eero Nissila, Takashi Kumashiro, César Martinez Thème 3 Bas Bouman, Paul Kiepe Thème 4 Martin Gummert, John Manful, Edgar Torres Thème 5 Samarendu Mohanty, Aliou Diagne, Roberto Andrade Thème 6 Noel Magor, Inoussa Akintayo, Gonzalo Zorrilla

Équipe chargée de la planification et de la gestion du programme
Achim Dobermann, Directeur, GRiSP, et Directeur général de la recherche, IRRI Marco Wopereis, Directeur général adjoint, AfricaRice Joe Tohmé, Area Director, Agrobiodiversity Research, CIAT Nourollah Ahmadi, Chercheur principal, CIRAD Osamu Koyama, Directeur, Bureau de la stratégie de recherche, JIRCAS Alain Ghesquière, Directeur de la recherche, IRD

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IRRI

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Activités du GRiSP en 2011

AfricaRice

Réunion GRiSP-Afrique de lancement des Groupes d’action Agronomie rizicole, d’une part et du Groupe d’action Transformation et valorisation du riz d’autre part, 22 – 25 novembre 2011. AfricaRice, Cotonou, Bénin.

Forum scientifique GRiSP-Afrique, AfricaRice, Cotonou, Bénin, 13 – 14 sept. 2011.

IRRI

Atelier du GRiSP sur « la relance de la mécanisation agricole dans les systèmes à base-riz en Afrique subsaharienne », Saint Louis, Sénégal, 6 – 8 juin 2011.

AfricaRice

Lors de l’atelier sur le potentiel de rendement du GRiSP tenu au siège du CIAT en Colombie, 33 chercheurs-riz leaders ont discuté de la relance des rendements rizicoles afin de prendre à bras-le-corps le défi consistant à nourrir une population mondiale croissante.

Un oiseau visiteur sur les parcelles de riz du CIAT lors de l’atelier du GRiSP sur le potentiel de rendement, 23 août 2011.

IRRI

Le Directeur Achim Dobermann parle de la production rizicole mondiale lors du Forum mondial du GRiSP à l’IRRI, 6 octobre 2011.

Participants de l’atelier du GRiSP sur le potentiel de rendement

Neil Palmer CIAT

Neil Palmer/CIAT

R.Raman/ AfricaRice

Mission du GRiSP
Le GRiSP a pour mission de lutter contre la pauvreté et la faim, d’améliorer la santé et la nutrition humaines, de réduire les impacts sur les environnements et de renforcer la résilience de l’écosystème des systèmes de production à base-riz, par une recherche, un partenariat et un leadership rizicole international de qualité. Objectifs 1 : Accroître la productivité et la valorisation du riz au profit des pauvres dans le contexte du changement climatique, grâce à la mise au point accélérée de variétés améliorées et d’autres technologies orientées vers la demande tout le long de la chaîne de valeur. 2 : Promouvoir des systèmes de production à base-riz plus durables qui fassent un usage plus rationnel des ressources naturelles, qui soient adaptés au changement climatique et écologiquement résilient, et qui aient moins d’effets sur l’environnement. 3 : Améliorer l’efficacité et l’équité du secteur rizicole grâce à de meilleures informations plus faciles d’accès, à un meilleur développement agricole, à des politiques de recherche et à des mécanismes de livraison renforcés. Thèmes de recherche mondiale 1 : Exploitation de la diversité génétique pour dévoiler de nouveaux horizons en matière de productivité, qualité et santé 2 : Accélération de la mise au point, de la livraison et de l’adoption de variétés améliorées de riz 3 : Gestion écologique et durable des systèmes de production à base-riz 4 : Valorisation des récoltes de riz à travers une amélioration de la qualité, de la transformation, des systèmes de marchés et des nouveaux produits 5 : Évaluations technologiques, options de cibles et de politiques pour un meilleur impact 6 : Appui à la croissance du secteur rizicole

Le CGIAR est un partenariat de recherche mondial qui a pour but de garantir la sécurité alimentaire à l’avenir. Ses activités scientifiques sont menées par les 15 centres de recherche du Consortium du CGIAR, en collaboration avec des centaines d’organisations partenaires.

ISSN 2305-0926

Rapport annuel 2011

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