Communiqué de l’USEP Elections villageoises et municipales : les « Directives » de l’IBA

Dans ses « Directives for the Village Council, Municipal City Council and Municipal Town Council Elections 2012 », en date du 20 novembre 2012, l’Independent Broadcasting Authority (IBA), sous la signature de son président M. TrilocK Dwarka, et de son directeur, M. Dulliparsad Suraj Bali, interdit aux radios privées et à la MBC de diffuser des émissions politiques de type « Phone-in/Call-in » en direct ou enregistrées du 20 novembre 2012 jusqu’au « close of polling », soit jusqu’à la fin du processus électoral, le lundi 10 novembre, 2012. Paradoxalement, l’IBA prend la peine toutefois de préciser que le « broadcast delay » est de 60 secondes en cette période électorale. « This should give the licensee ample time to bleep, pixilate or otherwise pre-empt offending materials before they are broadcast », commente l’autorité. De même, l’IBA interdit aux radios privées et à la MBC de diffuser des émissions politiques durant les 48 heures précédant le jour des élections et cela jusqu’à la fermeture des bureaux de vote. Cette interdiction s’étend également à l’organisation et à la diffusion des sondages d’opinion de nature politique ainsi que de leurs résultats. Dans ses « Directives » l’IBA ordonne aussi aux radios privées et à la MBC de lui envoyer, 48 heures avant la diffusion de toute émission politique, le détail du programme, comprenant entre autres, l’heure, le titre, le thème, la durée et le nom des intervenants. En outre, l’IBA oblige les radios privées et la MBC de lui envoyer un enregistrement intégral de ces émissions politiques pas plus tard que 4 heures après leur diffusion. L’USEP note d’abord que l’IBA entretient un « flou artistique » entre d’une part l’interdiction formelle, sous peine de sanction, de diffuser des émissions politiques et d’autre part la possibilité de la tenue de telles émissions, sous les conditions précitées (interdiction formelle durant la période 20 novembre – 9 décembre, le « Broadcast Delay » de 60 secondes, soumission des programmes au préalable ainsi que celle de leur enregistrement intégral sous les 4 heures). L’IBA utilise le même type de double langage quand elle avance que les reportages le jour du décompte des voix (Counting Day) doivent se cantonner aux faits (« facts ») [A8(1)(b)], mais plus loin [A8(4)] interdit toute émission en direct ou enregistrée de cet exercice.

L’USEP comprend que, dans la pratique, les radios n’ont désormais plus le droit de faire des émissions politiques durant cette campagne électorale et que les auditeurs/auditrices n’auront ainsi pas le droit d’exprimer leurs opinions (politiques) sur les ondes. L’USEP estime que l’expression de l’opinion politique est un élément indispensable dans le déroulement de la vie démocratique à Maurice, durant ou hors des campagnes électorales. La Constitution de Maurice le dit explicitement à la Section 12 « Protection of freedom of expression » : « (1) Except with his own consent, no person shall be hindered in the enjoyment of his freedom of expression, that is to say, freedom to hold opinions and to receive and impart ideas and information without interference, and freedom from interference with his correspondence. (2) Nothing contained in or done under the authority of any law shall be held to be inconsistent with or in contravention of this section to the extent that the law in question makes provision – (a) in the interests of defence, public safety, public order, public morality or public health; (b) for the purpose of protecting the reputations, rights and freedoms of other persons or the private lives of persons concerned in legal proceedings, preventing the disclosure of information received in confidence, maintaining the authority and independence of the courts, or regulating the technical administration or the technical operation of telephony, telegraphy, posts, wireless broadcasting, television, public exhibitions or public entertainments; or (c) for the imposition of restrictions upon public officers, except so far as that provision or, as the case may be, the thing done under its authority is shown not to be reasonably justifiable in a democratic society » L’IBA estime-t-elle qu’il n’est pas « reasonably justifiable » que les Mauriciens puissent exprimer leurs opinions (politiques ou autres) ? L’avènement de radios privées a contribué à un élargissement de l’espace démocratique à Maurice et jusqu’ici les Mauriciens ont démontré, dans leur grande majorité, leur maturité et leur sagesse à utiliser ce merveilleux outil de communication qu’est la radio pour faire part de leurs doléances aux autorités, sans pour autant en abuser. En les privant ainsi de cette ouverture démocratique, l’IBA les juge donc incapables de distinguer le faux du vrai et de prendre une décision éclairée. L’USEP estime que ces « Directives » de l’IBA constituent une violation inacceptable de l’exercice de notre liberté d’expression (qui comprend, entre autres, la liberté de la presse, la liberté de conscience et d’opinion). C’est un recul de la démocratie. L’IBA dispose déjà d’assez de sauvegarde pour s’assurer d’un « fair, equitable, balanced, accurate and impartial reporting of political events and fair, equitable and balanced coverage to all parties, alliances and

independent candidates at elections». Le professionnalisme dont ont fait preuve jusqu’ici les responsables des radios (et des journaux) en est une garantie supplémentaire. L’USEP observe avec inquiétude que l’IBA ne rate jamais une occasion de « mettre au pas » les radios privées. Presque toutes les semaines, selon les renseignements de l’USEP, les responsables des radios doivent rendre compte de la pertinence de leurs émissions à l’IBA. Cela hors de la vue et des oreilles de la population. L’IBA a été créée pour « régulariser » les radios/télévisions. Sous prétexte de promouvoir des élections « free and fair », l’IBA, à travers ces « Directives » entrave la liberté des radios qui se sont montrées jusqu’ici très responsables, bâillonne la voix des Mauriciens et muselle la presse en général. Nous venons d’assister en direct à la radio et à la télévision au déroulement des élections présidentielles en France et aux Etats Unis, par exemple, et nous n’avons pas entendu parler de telles restrictions. L’USEP exhorte fortement les directeurs des journaux, les rédacteurs en chef, les journalistes en particulier, les forces vives et les Mauriciens en général à la vigilance dans la perspective d’une Media Commission que le gouvernement se propose d’instituer. De telles institutions doivent avoir pour mission première d’élargir notre espace démocratique et de promouvoir nos libertés fondamentaux et non le contraire. Sur son site Internet l’IBA écrit : « Unhampered freedom of expression and the consolidation of democracy will be the guiding principles of the Authority ». A la lecture ces « Directives », l’on peut légitimement se demander : « Quels principes guident véritablement l’IBA?” Comité exécutif de l’USEP Ce 26 novembre, 2012.