Corrélations Maximales

Didier Lauwaert 2009
CORRELATIONS MAXIMALES INTRODUCTION FORMALISME UTILISATION DU FORMALISME VARIABLES CACHEES LOCALES MECANIQUE QUANTIQUE CONTRAINTES MESURES PARTICULES IDENTIQUES CARACTERE ALEATOIRE RESPECT DES REGLES DE POLARISATION LOCALITE CORRELATIONS SOLUTIONS UNE GENERALISATION CONCLUSIONS REFERENCES 1 1 4 6 6 6 8 8 9 9 10 10 11 11 12 14 15

Introduction La mécanique quantique n'est pas avare de phénomènes étranges et difficiles à interpréter. Ainsi, les états intriqués défient toute explication classique et semblent impliquer qu'il existe des effets non locaux bien que ces états ne permettent aucunement de transmettre une information plus rapide que la lumière. C'est dans ce sens que nous prendrons le terme "local" ici. Si deux mesures séparées par intervalle relativiste de type spatial ne permettent en aucune façon de transmettre une information exploitable

par l'expérimentateur, alors nous parlerons de localité. La description théorique des phénomènes physiques en jeu peut, par ailleurs, très bien impliquer des aspects non locaux. Une telle circonstance est bien connue, même en physique classique avec l'électrodynamique en jauge de Coulomb. Dans cette description, une charge électrique statique émet un champ électrique "instantané" décrit par le potentiel coulombien, alors que l'électrodynamique ne permet pas de transfert plus rapide que la vitesse des signaux électromagnétiques, c'est-à-dire, la vitesse de la lumière. Nous ne souhaitons pas discuter ici de la mécanique quantique et de son interprétation ou de son caractère local ou non local. La question que nous nous posons ici est d'un tout autre ordre : jusqu'où peuvent aller les corrélations entre des mesures séparées par un intervalle de type espace pour une théorie locale, c'est-à-dire sans que ces mesures permettent le transfert d'un signal exploitable par l'expérimentateur ? Plus précisément. Nous nous plaçons dans un schéma de type EPR ([1]). Deux particules parfaitement identiques (obtenues, par exemple, par scission d'une particule initiale, les lois de conservation garantissant que certaines propriétés sont alors identiques ou opposées) sont largement séparées. On effectue une mesure particulière sur chacune des particules et on compare les résultats ou plutôt les coïncidences des mesures identiques (corrélations). La mécanique quantique nous apprend que de telles particules sont dans un état intriqué, toute mesure sur l'une affecte l'autre. Au moins pour certaines interprétations de la mécanique quantique impliquant une réduction complète de la fonction d'onde du système après la mesure du système dans un état défini. Bell a montré [2] que si les particules peuvent être décrites par un ensemble de variables locales classiques déterministes (variables classiques mais cachées, on n'observe que les résultats des mesures, pas les variables elles-mêmes), alors les corrélations sont soumises à des contraintes matérialisées par des inégalités.

La mécanique quantique, par ailleurs, viole ces inégalités, ce qui se vérifie facilement (à l'aide du formalisme de la théorie). Cela montre que la mécanique quantique est une théorie éminemment non classique (tout au moins si l'on respecte la localité). Ces résultats furent vérifiés expérimentalement par diverses expériences et en particulier par l'expérience d'Alain Aspect [3] qui fut le premier à réunir les conditions expérimentales permettant des mesures sur un intervalle de type espace. La question que nous nous posons est celle-ci : quelles sont les corrélations maximales auxquelles les mesures doivent obéir pour une théorie locale ? Ou plus précisément, existe-t-il dans ce cas des inégalités équivalentes à celles de Bell ? L'intuition semble dire que de telles corrélations maximales sont justement celles données par la mécanique quantique. En effet, dans une expérience de type EPR, le caractère totalement aléatoire est capital. Si le résultat n'était pas strictement aléatoire mais dépendait ne fut ce qu'un tant soit peu de l'état (réduit ou non) de la particule, alors la mesure sur une particule induirait une détection possible sur l'autre particule par de simples mesures statistiques. La théorie deviendrait non locale. La mécanique quantique semble réaliser, en quelque sorte, "le lien maximal" entre deux particules séparées sans violation de la localité. Toutefois, ce résultat est propre à la mécanique quantique. Cette intuition doit être vérifiée. Ce à quoi nous allons nous attacher. Nous nous plaçons donc dans le cadre d'une expérience de type EPR avec mesure de la polarisation des deux particules selon des angles déterminés et avec des états de polarisation initiaux totalement indéterminés (probabilité 1/2 d'observer, par exemple, une polarisation horizontale ou verticale). Ce choix est déjà très général mais il se pourrait que des généralisations ultérieures soient envisageables. Par exemple, pour des systèmes avec d'autres distributions de probabilité ou des règles différentes (des règles de polarisation) reliant les mesures. Ce à quoi nous invitons vu le caractère très contraint des conditions que nous allons choisir. Une certaine généralisation est déjà envisagée à la fin.

Formalisme La première difficulté consiste à trouver un moyen de formaliser mathématiquement une "théorie locale quelconque". Cela peut paraître très ambitieux. Heureusement, nous sommes aidés en cela par deux choses : - La seule chose qui nous intéresse, c'est les résultats des mesures. - La théorie n'a pas nécessairement besoin d'une description locale ni déterministe. Nous pouvons donc utiliser n'importe quel ensemble de variables, pas nécessairement locales ou déterministes ou classiques. Ces variables n'ont même pas besoin d'être des nombres (des vecteurs dans un espace de Hilbert pourraient, par exemple, être utilisés). L'algèbre à laquelle obéissent les variables peut être absolument quelconque. Nous devrons, bien entendu, poser certaines contraintes, au final, sur les résultats des mesures. En particulier, la localité. Cette généralisation extrême, a priori difficile, nous facilite donc, en réalité, la vie. Nous allons procéder comme suit. Le système sera décrit par un ensemble de variables classiques déterministes λ . Comme signalé cidessus, ces variables sont en nombre et de nature quelconque. L'espace auquel appartiennent ces variables doit être doté d'une mesure appropriée dλ (pour effectuer des intégrations). Pour un ensemble de systèmes identiques, l'ensemble des variables λ n'est pas nécessairement fixé. L'important, dans la préparation des systèmes, est que ces systèmes obéissent à un ensemble de règles. Par exemple, les probabilités de mesurer certaines propriétés sont déterminées. Dans l'ensemble des différents résultats possibles répondant à ces conditions, les variables λ peuvent prendre différentes valeurs non déterminées par l'expérimentateur. Ces différents résultats obéissent donc à une distribution statistique inconnue ρ (λ ) . Notons que nous n'imposons pas de localisation particulière aux variables λ . Elles peuvent être utilisées par une ou l'autre particule ou les deux. Cela dépend des fonctions de mesure ci-dessous.

La description peut donc être non locale même si la théorie, au final, est physiquement locale selon le critère déjà discuté. Pour être tout à fait général, nous supposerons également une variable aléatoire α dont la densité de probabilité est uniforme dans [0,1] . Il n'est pas nécessaire de compliquer à outrance car l'on peut, par l'ajout de variables classiques et des fonctions mathématiques appropriées, construire à partir de α , un ensemble de variables aléatoires obéissant à des densités de probabilités indépendantes ou conjointes aussi complexe que l'on souhaite. Enfin, la théorie est décrite par les fonctions de mesure. Ainsi, la mesure d'une propriété i sera donnée par la fonction : mi = mi (λ , α ) Il peut y avoir autant de fonctions que nécessaires avec toute structure souhaitée et la présence de la variable aléatoire implique que le résultat d'une mesure sur deux systèmes avec les mêmes valeurs des variables λ ne signifie pas nécessairement que l'on obtiendra deux fois les mêmes valeurs. Ce n'est pas tout. Effectuer une mesure sur le système peut entraîner une modification des variables du système. Ces modifications, étant donné la structure choisie pour les variables, pourraient entraîner des effets non locaux. Lorsque l'on effectue la mesure i , l'ensemble des variables λ subira une modification donnée par un ensemble de fonctions déterminées : λ = M i (λ ,α , mi ) (il ne s'agit pas d'une égalité au sens mathématique mais plutôt au sens procédural : λ → M i (λ ,α , mi ) , ue substitution des anciennes valeurs par les nouvelles). Notons que ces deux ensembles de fonction pourraient être liés, le résultat de la modification dépendant du résultat de mesure. C'est important de le signaler étant donné la présence de la variable aléatoire et explique l'occurrence du troisième argument. Enfin, la variable aléatoire ne prend pas nécessairement la même valeur lors de la mesure et lors de la modification des variables.

Utilisation du Formalisme Pour illustrer ce formalisme et son caractère général, il est intéressant de montrer son usage pour deux formulations théoriques bien connues. Le premier est celui des variables cachées locales déterministes utilisé, par exemple, dans le théorème de Bell. Le deuxième est le formalisme de la mécanique quantique. Nous nous limiterons à la situation d'une mesure de polarisation de deux particules intriquées et nous utiliserons le formalisme quantique habituel avec réduction de la fonction d'onde selon la règle de Born. Variables cachées locales Dans une théorie à variables cachées locales, on a deux ensembles de variables λ1 et λ2 attachées à chacune des particules. Il n'y a pas de variable aléatoire. La situation initiale sera décrite par un ensemble de variables donné par une certaine distribution ρ (λ1 ) et ρ (λ2 ) avec la condition des variables identiques ou tout au moins des mesures à variables données, par exemple m(λ1 ) = m(λ2 ) (ou une autre convention, en particulier si les particules ont des propriétés opposées à cause des lois de conservation, par simplicité, nous conserverons la convention des propriétés identiques, les modifications dans le cas de propriétés opposées n'étant pas très difficiles). La mesure sur la particule 1 sera donnée par une fonction mi (λ1 ) et une fonction identique mi (λ 2 ) pour la mesure de la même propriété sur l'autre particule. Les valeurs des variables ne sont pas modifiées par la mesure. Mécanique Quantique En mécanique quantique, l'état d'une particule sera donné par un vecteur de l'espace de Hilbert à deux dimensions H 2 , tout au moins si on se limite à la description de la polarisation. L'espace de Hilbert du système est le produit des espaces pour chaque particule H 2 ⊗ H 2 .

Soit ψ un état générique, alors on aura simplement P = ψ . Si le système est préparé d'une manière ou d'une autre dans cet état, la distribution sera ρ = 1 pour l'état considéré. L'état initial peut être tout mélange statistique d'états purs ou superposés.
Si l'on note par + et - les états de polarisation, disons, horizontales et verticales, alors les deux états correspondants (pour une particule) seront + et − . Un état polarisé selon l'angle θ sera θ . Des états superposés sont possibles + + − (à un facteur de normalisation près que nous omettons). L'état de deux particules dans l'état de polarisation horizontale sera +,+ où l'on a noté successivement la polarisation de chaque particule. Si le système est préparé dans un état superposé des polarisations (polarisation quelconque) avec des particules intriquées, l'état initial (la valeur des variables) sera + , + + −, − Nous avons besoin d'une variable aléatoire α . Etant donné la distribution choisie pour les variables et les règles de probabilités, on aura pour une mesure d'angle θ , les amplitudes : θ + et θ − . On choisit d'effectuer la mesure sur la particule 1. Si la particule est dans l'état de polarisation horizontale, les lois de la mécanique quantique nous disent que la mesure selon l'angle θ sera (en supposant l'angle mesuré par rapport à l'horizontale et le résultat étant la détection dans cet état de polarisation) : 1 si α < cos 2 θ 0 si α > cos 2 θ C'est la fonction de mesure pour la valeur de la variable + .

Pour l'autre état de polarisation on aura le même résultat mais avec des sinus et pour une somme des deux états (l'état intriqué) la somme des deux probabilités divisé par deux. Et donc : 1 si α < 1 / 2 0 si α > 1 / 2
La fonction de mesure est donc très simple pour l'état initial. Si le résultat de la mesure est 1, l'état (complet) devient θ ,θ . Sinon l'état de polarisation orthogonal. C'est notre fonction de modification des variables du système.

Contraintes Revenons à notre théorie générale locale.
Vu le type d'expérience effectué et vu ce que l'on sait de la théorie (elle est locale) et des propriétés locales du système (polarisation, etc.), on peut poser un certain nombre de contraintes sur les résultats des mesures. Etant donné la présence des fonctions de modification des variables, l'ordre des mesures est important. Même si en relativité restreinte et pour une théorie locale cela ne devrait pas avoir d'importance (si le résultat dépendait de l'ordre, selon l'instant où on effectuerait la mesure sur 1 on pourrait détecter un changement dans la mesure sur 2, ce que la contrainte de localité interdit). Nous choisissons donc d'effectuer d'abord la mesure sur 1 puis sur 2, au moins pour décrire les contraintes. Vu que les mesures sont effectuées sur un intervalle spatial, il existe toujours un repère où cet ordre temporel est respecté.

Mesures Nous effectuerons d'abord la mesure de la polarisation sur la première particule. (1) mθ (λ , α )

C'est la fonction de mesure sur la particule 1 selon l'angle θ . Le résultat sera -1 ou +1 donnant l'absence ou la présence de détection. Les variables sont altérées : (2) λ ′ = M θ (λ ,α , mθ ) Eventuellement, nous utiliserons dans les expressions ultérieures une autre variable aléatoire (disons β ) pour signaler qu'elle a une valeur différente de celle dans (1) (la variable aléatoire prend une valeur aléatoire différente à chaque utilisation). Enfin, on effectue la mesure sur la particule 2. (3) mθ ′ (λ ′, α ) selon l'angle θ ′ . Ca c'est le principe de mesure pour la situation expérimentale. Dans les contraintes, nous serons amenés à envisager d'autres types de mesure.

Particules identiques Les particules étant identiques et le système totalement symétrique, nous devons admettre que : (4) m x ( particule 1) (λ , α ) = m x ( particule 2) (λ , α ) C'est-à-dire le même résultat pour les mêmes variables (y compris la même valeur de la variable aléatoire).
Cela simplifie fortement les expressions et nous en tiendrons compte directement dans la suite.

Caractère aléatoire La mesure sur une particule doit être totalement aléatoire. C'est-à-dire que si l'on effectue une série de mesures sur un ensemble de particules "identiques" (au sens donné au début) de polarisation quelconque, on doit avoir des probabilités 1/2 de mesure le résultat selon un angle quelconque.

1 + mθ (λ , α ) 1 = ∫ dλdαρ (λ ) 2 2 (la forme un peu particulière résulte du choix -1 ou +1 des résultats des mesures) (5)

Respect des règles de polarisation Supposons que l'on mesure 1 pour la première mesure. Dans ce cas, la mesure de la polarisation selon l'angle θ ′ doit avoir la probabilité : 1 + mθ ′ (λ ′, α ) (6) cos 2 (θ ′ − θ ) = ∫ dαdλρ (λ ) 2 ′ sont liés par (2). La relation est la même que l'on effectue la mesure sur l'une ou l'autre où λ et λ particule puisque les fonctions sont identiques (4). Le respect des règles de polarisation et le caractère intriqué des particules implique donc que ces règles applicables à des mesures successives sur une particule sont applicables à nos deux particules.
Et si le résultat était -1 pour la première particule, on aura : 1 + mθ ′ (λ ′, α ) (7) sin 2 (θ ′ − θ ) = ∫ dαdλρ (λ ) 2

Localité Le processus de mesure sur la première particule ne doit pas être mesurable sur la deuxième. Supposons que l'on choisisse de mesure la polarisation + ou - sur la première particule (ou plus généralement deux angles quelconques θ et θ ′′ ). Alors les probabilités (6) et (7) d'observer un résultat +1 (c'est-à-dire la demi-somme des deux) ne doivent pas en être affectées. Cela donne des relations identiques à (6) et (7) mais avec le résultat de mesure et le lien entre λ et λ ′ donné par (1) et (2) mais avec mθ ′′ .
Or, il se fait que la demi-somme de (6) et (7) donne 1/2 ! Elle est déjà indépendante de l'angle initial. Moralité, le respect du caractère aléatoire de la mesure et des règles de polarisation garantit à lui seul la localité.

Par contre, les relations séparées doivent être conservées car elles sont mesurables séparément, après coup, lors de la comparaison des résultats.

Corrélations Enfin, on calcule la corrélation entre les résultats mesurés sur chaque particule. Ce résultat est donné par : (8) C (θ ,θ ′) = ∫ dλdαρ (λ )mθ (λ , α )mθ ′ (λ ′, β )
On peut alors rassembler tous ces résultats pour essayer d'obtenir une expression, comme les inégalités de Bell, sur les corrélations d'une telle théorie.

Solutions Récapitulons les équations en les développant :
(1') mesure particule 1 (2') modification résultante (3') mesure particule 2 mθ2 (λ , α ) = 1 λ ′ = M θ (λ , β , mθ (λ ,α )) mθ ′ (λ ′, α )

1 + mθ (λ , α ) 1 = ∫ dλdαρ (λ ) 2 2 probabilité particule 2 si la première donne +1 1 + mθ ′ (M θ (λ , β , mθ (λ , α )), γ ) (6') cos 2 (θ ′ − θ ) = ∫ dαdβdγdλρ (λ ) 2 probabilité particule 2 si la première donne -1 1 + mθ ′ (M θ (λ , β , mθ (λ , α )), γ ) (7') sin 2 (θ ′ − θ ) = ∫ dαdβdγdλρ (λ ) 2 (8') Corrélation C (θ ,θ ′) = ∫ dλdαdβρ (λ )mθ (λ , α )mθ ′ (M θ (λ , γ , mθ ), β ) (5) probabilité sur particule 1 On peut également ajouter ces deux conditions évidentes : ∫ dλρ (λ ) = 1 (9') normalisation densité :

(10') cas particulier

C (θ ,θ ) = 1

Il est flagrant qu'il y a une fore similitude entre l'équation (8') et les équations (6') et (7'). L'équation (8') est la différence entre les équations (6') et (7') (en tenant compte du signe de mλ (λ , α ) et en tenant compte du fait que (5) implique une probabilité 1/2 pour chaque occurrence). Et donc : (11) C (θ ,θ ′) = cos 2 (θ − θ ′) − sin 2 (θ − θ ′) Plutôt qu'une inégalité, nous avons obtenu une relation exacte pour la fonction de corrélation. C'est beaucoup mieux et cela résulte directement du choix des contraintes qui s'avèrent très fortes (ce qui a déjà été constaté avec la contrainte de localité). Des corrélations plus faibles ne permettraient pas que les règles de polarisation s'appliquent sur les deux particules séparées en présence de la localité. Ce serait une violation de l'intrication. La relation (11) est exactement la relation donnée par la mécanique quantique, ce qui peut s'écrire aussi : (11') C (θ ,θ ′) = 2 cos 2 (θ − θ ′) − 1 et qui peut servir, par exemple, à montrer la violation des inégalités de Bell.

Une généralisation Les résultats précédents se généralisent aisément au cas où l'état initial est différent d'un état totalement aléatoire ou au cas où les règles sont différentes de celles de la polarisation. Plus généralement, on pourra écrire pour les probabilités (6) et (7) la forme plus générale : (6'') f (α ) (7'') g (α )
Où α est l'angle de mesure ou tout paramètre (ou ensemble de paramètres) de mesure. Cette généralisation est importante à étudier car il ne s'agit pas de mesurer s'il est possible d'obtenir des corrélations plus fortes que celles dues à la polarisation, ça c'est évident, mais de comparer les corrélations, pour une situation donnée, entre la mécanique quantique et la théorie locale générale.

Les probabilités dictent : (12) f + g = 1 Et la corrélation, comme on l'a vu plus haut, est automatiquement : (13) C (α ) = f (α ) − g (α ) Que donne la mécanique quantique ? Etant donné la réduction de l'état dans l'état de base mesuré (mesure +1) ou dans un état orthogonal (mesure -1), on trouve facilement que la corrélation est donnée par : f (α ) − g (α ) g (α + π / 2 ) − f (α + π / 2 ) (14) C (α ) = + 2 2 où π / 2 indique l'angle correspondant à l'état orthogonal. S'il s'agit autre chose qu'un angle, pour tout état de toute nature, on peut écrire, par exemple, α ′ pour l'état orthogonal, cela ne modifie pas les raisonnements qui suivent.

(13) et (14) seront identiques si la condition suivante est respectée (et cela se doit puisque la théorie générale impose ici les corrélations obtenues et la mécanique quantique peut s'exprimer avec cette théorie, on pourrait toutefois, éventuellement, trouver des contraintes sur f et g que la mécanique quantique imposerait, tout comme les théories à variables cachées locales sont incompatibles avec les contraintes choisies initialement, voir le commentaire plus bas dans la conclusion). (15) f (α ) = g (α + π / 2) (et une autre relation semblable) Ou, en utilisant (12) : (15') f (α ) = 1 − f (α + π / 2) Cette relation exprime que la probabilité d'observer le système dans l'état de base α est la même que la probabilité de ne pas observer le système dans l'état orthogonal α + π / 2 , ce qui est vrai

(c'est une des relations de complétudes de la mécanique quantique, elle peut être vérifiée, par exemple dans [4]). Le résultat reste donc valable dans ce cas plus général.

Conclusions En conclusion. Les corrélations (maximales) pour toute théorie locale respectant : Le caractère strictement aléatoire des mesures (au sens éventuellement statistique dans une formulation à variables cachées). Le fait que les particules soient identiques (intrication). Les règles de la polarisation lors de mesures successives ou toutes règles de probabilité de mesure pour un système quelconque (généralisation). Donne automatiquement les corrélations de la mécanique quantique.
C'est intéressant car c'est une contrainte forte que toute théorie doit respecter (notre but n'étant pas, ici, de construire une théorie à variables cachées même non locales). Ce résultat vient en complément des différents théorèmes d'impossibilités tirés de la mécanique quantique. Cela valide aussi l'intuition initiale sur le caractère maximal des corrélations quantiques. Le théorème de Bell montre que si l'on ajoute une contrainte supplémentaire (localité dans la description, variables cachées locales), alors la théorie ainsi fondée ne peut respecter toutes les contraintes puisque ses corrélations sont plus faibles. Le fait que la théorie soit aussi contrainte est en soit un résultat intéressant et qui donne à réfléchir. En particulier si l'on met cela en parallèle avec le fait qu'une description locale à variables cachées ne peut pas marcher. Il est aussi curieux de constater cette discordance entre la description non locale et la théorie locale (cette discordance n'est qu'apparente car elle dépend de l'interprétation de la mécanique quantique, par exemple une analyse relationnelle des états relatifs permet une description locale, mais il reste curieux que l'interprétation, bien que non falsifiable, soit également aussi difficile).

Références [1] Einstein A., Podolsky B., Rosen N. Physical Review 47 777 1935. [2] Bell, J.S. Physics 1 195-200 1964. [3] Aspect, A., Grangier, P., Roger, G., Dalibard J. Physical Review Letters 47 460 1981 49 91, 1804 1982. [4] Leonard I. Schiff, Quantum Mechanics, International Student Edition, McGraw-Hill Kogakusha, LTD.

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