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« Démocratisation et minimum culturel » Claude LELIEVRE (professeur d ‘histoire de l ‘éducation, U rené descartes à Paris 5éme ) Revue « Mouvements , sociétés

, politique et culture» dossier spécial école : « démocratisation et massification » n°5 sept -oct 1999 problématique : Il y a lieu de penser que la question de la culture à assurer dans les institutions scolaires devrait etre centrale dans les débats sur l ‘école, notamment en matière de démocratisation effective et pour ce qui concerne la scolarité obligatoire. Cette question appelle une mise en perspective historique et institutionnelle développée et une distinction claire entre démocratisation limitée au recrutement élargie des élites et une démocratisation généralisée. idées clefs : au commencement de l ‘école républicaine : deux culture scolaires très différenciées la troisième république a accentué la séparation entre le secondaire et le primaire. Il n ‘y a pas de modèle unifié sous la troisième république (2 ordres d ‘enseignement bien distinct) . les lois FERRY (IO de 1882) définissent l’ enseignement primaire, destiné aux enfants du peuple, comme un viatique pur la vie courante ; l ‘enseignement secondaire, progressif et « désintéressé », privilégie les humanités classiques (culture générale et rhétorique). l ‘école unique dominée par la question de l ‘unification des élites scolaires dans la culture secondaire fin de la guerre : les enseignants, suivi des hommes politiques, lancent une campagne pour reconstruire l ‘école sur d ‘autres bases ; celle-ci doit permettre la sélection par le mérite (« l ‘élitisme républicain »). Il s ‘agit, pour l ‘essentiel, d ‘unifier les élites scolaires des deux ordres d ‘enseignement pour une démocratisation élargie de l ‘élite . A bien distinguer du plan LANGEVINWALLON (1947) qui se prononce pour une « réforme démocratique » de l’ enseignement, cad pour une démocratisation généralisée. le collège d ‘enseignement gaullien : le recrutement élargi des élites (dans et par la culture secondaire) 1957 : traité de ROME, création de l ‘Europe économique. 1958 : création de la cinquième république. 1963 : création d ‘un nouveau type d ‘établissement, les CES. Polyvalents (trois sections) , ils réunissent toutes les formes d‘enseignement entre la fin des études élémentaires à la fin de la scolarité obligatoire . L ‘objectif de ce nouveau dispositif était moins la justice sociale et l ‘égalité des chances qu ‘un recrutement élargi des élites captant tous les bons élèves, quelles que soit leurs origines sociales, afin de combler le déficit de la France en ingénieurs et en cadres dans la guerre internationale technico - économique.

Ce collège du premier cycle du secondaire n ‘est pas le collège unique. Les CES comportent trois sections caractérisées par leur encadrement et leur pédagogie spécifique, par leur débouchés propre dominant … « l‘ élitisme républicain » se fait au profit du secondaire traditionnel (la voie 1) , au sein de la culture secondaire. ⇒ Démocratisation limitée qui accompagne le recrutement élargi des élites. le collège unique giscardien : la délimitation d ‘un culture minimale commune « libéralisme avancé » (orthodoxe sur le plan socio-économique et avancé pour les femmes , les jeunes) 1975 : loi HABY, création du collège unique… GISCARD D ‘ESTAIN a placé le débat ou il devait se passer : • sur le plan structurel (l ‘effacement des filières) • sur le plan culturel (quelle culture commune proposer ? Mais « la définition d ‘un savoir commun exprimant notre civilisation entière » (démocratie française . 1976) n ‘a pas pu avoir lieu …et le collège unique n ‘a pas pu être fondé sur son principe son ambition. Le thème du collège unique , de l ‘unicité, a été marqué paradoxalement par le pluriel. Ce qui s ‘est fait jour , c‘est une certaine pédagogie différenciée ! Puis arrive la mise en exergue des différenciations permises par les établissements (« l ‘effet établissement » ; le projet d ‘établissement…). L ‘un des axes de la politique actuelle confirme cette orientation : il s ‘agit de donner plus d ‘espace de différenciation aux établissements.
Une question vive … enterrée :

Définition d ‘une culture commune scolaire qui peut seul donner du sens à l ‘ambition du collège unique revient à la surface à chaque fois qu ‘est entreprise une réflexion sur l ‘école. Rapport du collège de France (85) : « définition d ‘un minimum culturel » (savoir et savoir faire fondamentaux / disposition à l ‘acquisition des autres savoirs) Rapport Bourdieu - Gros (89) :commission de réflexion sur les contenus d ‘ enseignement (crée par le ministre de l EN Lionel Jospin à la fin de l ‘année 88 , composée de 12 membres dont la plupart président par ailleurs des missions de réflexion sur les grandes disciplines)  Sept 94 ,BAYROU invite le CNP à réfléchir sur la question des savoirs à enseigner et sur l ‘organisation des champs disciplinaires. « il est nécessaire de réactiver aujourd ‘hui l ‘idéal républicain d ‘un socle commun cohérent de connaissances et de compétences (…) après le temps de l ‘élitisme, après celui de la massification, voici venir celui d ‘une démocratisation qui doit allier la qualité à la quantité( …) c est bien au stade du collège que s’impose l ‘idée d’ un socle fondamental dont on devrait s ‘assurer qu ‘il est transmis à tous » propose que les programmes soient lisibles pour qu ‘ils puissent faire l ‘objet d ‘un vaste débat public : « rédigés hors du jargon pédagogique et disciplinaire devrait constituer un ensenble s ‘adressant à tous ». « idées directrices pour les programmes de collège » , rapport du CNP, dec 1994 (p3 19 20)

Ou en est-on actuellement ? Le discours de S ROYALE à la Sorbonne « sur le collège de l ‘an 2000 » (18/05/1999) laisse dans l ‘ombre la question de la culture commune à assurer au collège …mais il reste une ouverture : Rapport DUBET (18/05/1999) : « on ne peut pas véritablement choisir entre le modèle d ‘un collège préparant uniquement les élèves au lycée d ‘enseignement général et celui d ‘un collège uniquement soucieux de donner la même culture à chacun. Le collège pour tous doit poursuivre ces deux objectifs, ce qui suppose une réflexion approfondie sur les compétences et connaissances qui doivent constituer le socle commun d ‘une génération ». Dans le cadre de la massification extrême du système éducatif, pour poursuivre l ‘objectif d ‘apporter à chacun un socle culturel commun, trois principes fondamentaux sont à respecter : - Elémentarité des savoirs - Corpus de référence de lieux communs de lieux de mémoire - Accent sur les formes de pensée et méthodes générales ,transposables. « la nature de ce qu ‘on appelle la réussite » a été bouleversée. A un problème d ‘ordre quantitatif – comment répondre à la massification de l ‘accès aux études ?- s ‘ajoute un problème d ‘ ordre qualitatif. Les exigences scolaire ont été marquées jusqu ‘à ces dernières décennies par une logique restitution, l ‘accent était porté sur l ‘adéquation des productions des élèves à des modèles précis… A la logique de restitution se substitue peu à peu une logique de compréhension . (SAMUEL JOSHUA , l ‘école entre crise et refondation , la dispute ,1999) Comment assurer le passage de tous de la logique de la logique de restitution à une logique de compréhension ? ⇒ La culture recquise à l ‘aube du troisième millénaire doit être une base dynamique permettant d ‘avancer et non un produit fini. Ou bien le service d ‘enseignement public français sera capable de se construire sur une base plus populaire et plus unifiée , ou il résignera à sous-traiter les problèmes localement et à la périphérie, laissant aller le consumérisme scolaire, laissant passe le libéralisme scolaire de droite et de gauche foncièrement en retrait du « libéralisme avancé » de Valéry Giscard d ‘Estaing affirmant l ‘ambition d ‘un véritable collège unique.