You are on page 1of 6

La stratification du français contemporain Niveaux et registres de langue Les langues de spécialité

Je vous propose une brève structuration du français par niveaux de langue, en mettant l’emphase sur les critères de séparation de ces niveaux afin de pouvoir mieux préciser la place qu’occupent parmi eux les langues de spécialité. Il y a beaucoup de personnes qui parlent français, il n’y a personne qui parle le français et qui puisse servir de règle aux autres. Ce qu’on appelle « le français » n’existe dans le langage parlé d’aucun être humain. En réalité, personne, aujourd’hui, ne peut prétendre que la langue française est une et unie dans son usage, comme le laissait entendre beaucoup de manuels de français. L’évolution historique et la diversité géographique, les différences de fonctionnement entre langue parlée/langue écrite, la multiplicité des registres d’emploi et des types de discours, tout cela engendre une infinité de combinaisons possibles et l’ensemble apparaît comme très complexe et compliqué. Mais, en dépit de ce foisonnement, on continue à parler du français. On constate en même temps que les usagers de cette langue réussissent la plupart du temps à se comprendre. Les linguistes ont montré que ces utilisateurs possèdent tous une même compétence linguistique. Ils maîtrisent en commun les règles qui leur permettent d’interpréter le message produit en français et donc d’en produire eux-mêmes de nouveaux. Ils partagent donc une connaissance de la langue dans l’acception saussurienne. Même si cette connaissance linguistique est la chose la mieux partagée du monde, on remarque que la performance linguistique (l’opération qui, mettant en œuvre les règles de compétence, aboutit à des messages particuliers, aux réalisations de la parole) est soumise à de multiples variables et entretient des rapports avec l’environnement. C’est là, au niveau de la performance que l’on enregistre la présence des niveaux de langue. En principe, toute langue se divise en plusieurs ramifications à partir des circonstances dans lesquelles on l’emploie. Ces ramifications sont appelées de plusieurs façons, selon tel ou tel courant linguistique. On parle ainsi de langue parlée, langue

littéraire et langue de spécialité. Malgré l’équivoque et l’inconvénient d’une telle désignation, on peut la garder conventionnellement. Par langue on entendra un ensemble de plusieurs niveaux de discours ; la langue parlée, par exemple, comprendra un niveau familier, un autre populaire et un niveau argotique. Critères Les niveaux de langue peuvent être distingués selon plusieurs critères : 1. Le critère socio - culturel se rapporte à l’appartenance des locuteurs à certains groupes sociaux, caractérisés par les niveaux de culture respectifs, déterminés par l’éducation, les professions exercées. Certains domaines d’activité pratique, jusqu’à l’existence quotidienne, exigent une sélection des moyens linguistiques, selon les traits fondamentaux des groupes ou des professions en question. De ce point de vue les niveaux de langue ont un caractère objectif dans ce sens où le locuteur doit se soumettre aux règles du code, propres au domaine pratiqué. Conformément à ce critère on distingue entre la langue soignée, standard, nommée aussi langue littéraire dans le sens large du terme, et la langue nonlittéraire, essentiellement parlée. La langue standard est avant tout une langue écrite, soumise à des normes rigoureuses ; elle est parlée dans des circonstances officielles et académiques. La langue parlée comprend des niveaux, dans le sens fort du terme : à la base se trouve le français familier, auquel se superpose le français populaire, l’argot s’y ajoute comme le niveau parlé le plus «spécialisé ». Le français standard se divise en 2 groupes importants de niveaux : la langue de la littérature et les langues de spécialité, qui regroupent 2 niveaux fondamentaux :le français - technique - scientifique Pour des domaines plus restreints on peut parler de registres de langue ; ainsi, par exemple, le français scientifique renferme des registres propres aux branches de la science : les registres

2

- des sciences théoriques - des sciences appliquées - pour chaque domaine des sciences : maths, physique, chimie, biologie, histoire etc. 2. Le contenu du message – critère qui raffine le premier par la mise en évidence des mécanismes de la communication propres à chaque niveau. Il existe à cet égard deux grandes catégories de niveaux : spontanés et élaborés. Dans le premier domine le contenu affectif du message, étudié dans la tradition stylistique inaugurée par Ch. Bally ; c’est la langue parlée qui est fortement marquée par l’affectivité, exprimée par toutes sortes de procédés phonétiques, lexicaux et grammaticaux. Au sein de la langue parlée l’argot occupe une place à part par le fait que souvent l’expression argotique est connue par un groupe restreint "d’initiés ". Le caractère secret provient de l’emploi de procédés propres, tels les suffixes, par exemple : Vioque = vieux, chef Dans les niveaux littéraires – le contenu est toujours affectif tandis que dans les niveaux spécialisés (technique et scientifique) le contenu est essentiellement intellectuel, précis et non – ambigu. Cette précision se rapporte à l’aspect référentiel des langues de spécialité, surtout au niveau technique. 3. Les structures linguistiques découlent de la différenciation du français en raison du milieu socioculturel où il est employé comme moyen de communication pour transmettre des messages adéquats. Chaque niveau de langue se caractérise comme un ensemble d’unités qui constituent des structures cohérentes. Il s’agit des unités sémantiques, lexicales, grammaticales et phonétiques propres aux niveaux comme couche invariante du point de vue sociolinguistique. Mais il ne s’ensuit pas qu’un quelconque niveau puisse disposer des structures strictement caractéristiques. La spécialisation diastratique est fondée sur une langue commune à tous les niveaux ; il s’agit d’un noyau central qui se retrouve comme base linguistique pour chaque niveau. Il est constitué d’unités et archi unités et d’oppositions à un haut rendement fonctionnel sur le plan phonologique, sémantique, lexical et

3

grammatical. Le noyau commun se définit négativement – c’est tout ce qui reste après avoir écarté les particularités de tous les niveaux de langue. Principaux niveaux : 1) La langue parlée – renferme trois niveaux importants : le français familier, le français populaire et l’argot. Le français familier est employé dans la conversation quotidienne par la plupart des couches de la population. Il se détache de la norme souvent trop rigide imposée par les institutions culturelles. Le français populaire accuse plus nettement ces tendances ; aussi s’éloigne-t-il davantage de la langue standard. Il est parlé par les couches assez peu instruites des villes et des villages. Phonétique è pour a (errière au lieu de « arrière »)

- disparition de « e » muet avec toutes les conséquences consonantiques (« chais pas ») Grammaire formes incorrectes : « plus bon », « le plus meilleur ». formes verbales régularisées : « je boivais », « je connaisserai », « je mourirai ». Lexique mots vulgaires : « gueuler », « avoir la crève », « clope ».

L’argot En phonétique – reprend à son propre compte la prononciation populaire, mais il y ajoute des procédés mécaniques de déformation du signifiant selon la technique loucherbem < boucher où le premier son est remplacé par « l », étant repris à la fin + la terminaison –em. Technique analogue : largonji < jargon Le lexique caractérise le plus nettement l’argot La suffixation : jaloux > jalmince ; bureau > burlingue 4

2) La langue de la littérature Au niveau du lexique poétique on distingue un lexique non-figuré et un autre élaboré avec les techniques des figures de style. 3) Les langues de spécialité Il existe deux grands niveaux dans les langues de spécialité : la langue de la technique et la langue des sciences. Des différences notables existent entre ces deux niveaux : Du point de vue sémantique – la langue de la technique est essentiellement référentielle : les unités de cette langue renvoient à des référents concrets, généralement à des objets : outils, instruments mais aussi moteurs, machines, installations. En revanche, les sciences sont abstraites, elles sont attachées à l’étude des relations formelles, ce qui augmente leur niveau d’abstraction. De là, découlent des différences notables entre le lexique des techniques et celui des sciences. Par exemple, pour le moteur à explosion on emploie des termes concrets comme : cylindre, piston, bielle, manivelle, soupape, bougie, carburant, etc. A l’opposé, dans les sciences comme la logique ou les maths, on recourt à des lexèmes du type : élément, ensemble, réunion, intersection, complémentaire, disjoint. Pour ce qui est de la grammaire, des particularités assez importantes découlent de l’opposition technique / scientifique : la priorité du sujet inanimé la préférence pour certaines classes de verbes : – causatifs - pour des

domaines comme la chimie ; - verbes abstraits- pour les sciences théoriques l’existence des images, des schémas (pour le langage technique) ou bien des

symboles conventionnels propres aux sciences : kg, cos, etc. Mais toutes les sciences ne sont pas sur le même plan. Il existe un groupe de sciences que l’on appelle pures parmi lesquelles il faut compter les maths et la logique. Un autre groupe de sciences renferment un degré théorique (qui se rapproche des sciences dites pures) et un autre appliqué, qui a des points communs avec la technique : il s’agit de la physique et dans une moindre mesure la chimie.

5

Les sciences de la nature sont surtout descriptives. Elles ont un caractère référentiel net sans s’identifier pour autant avec la technique qui, elle, se rattache au processus de production. Les sciences sociales ou de l’homme sont plus abstraites.

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE

CUNIŢĂ, Alexandra : La formation des mots. La dérivation lexicale en français contemporain, Bucureşti, Editura Didactică şi Pedagogică, 1980 KOCOUREK, Rotislav : La langue française de la technique et de la science, Wiesbaden, Randstetten, 1991 LERAT, Pierre : Les langues spécialisées, Paris, P.U.F., 1995 MICLĂU, Paul et alii (sous la dir. de) : Les langues de spécialité, Université de Bucarest, 1982.

6