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Alain Touraine

Mouvements sociaux et idéologies dans les sociétés dépendantes
In: Tiers-Monde. 1974, tome 15 n°57. pp. 217-232.

Citer ce document / Cite this document : Touraine Alain. Mouvements sociaux et idéologies dans les sociétés dépendantes. In: Tiers-Monde. 1974, tome 15 n°57. pp. 217-232. doi : 10.3406/tiers.1974.1996 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/tiers_0040-7356_1974_num_15_57_1996

(VIe section). Travail rendu indispensable par l'extrême diversité des situations à étudier. d'un type de société à un autre. de passage d'un mode de production. Chacune de ces catégories se définit par la nature de son élite industrialisatrice.E. mais qui n'exclut pas le travail proprement sociologique d'analyse générale des mouvements sociaux dans les sociétés dépendantes. Ne peut-on analyser le populisme et le nationalisme. Les mouvements sociaux sont toujours en dernière analyse l'expression d'un conflit de classes. Cette création d'un nouveau concept qu'on peut nommer d'avance mouvements sociaux de développement commande les analyses concrètes qui doivent être menées. dans un cas plus favorable. Dans les sociétés despotiques l'industrialisation intro duite le plus souvent par l'étranger est ou bien menée par un Etat national mobilisant une partie des anciennes classes dirigeantes ou bien dirigée par un * Directeur d'Etudes à ГЕ. la guérilla révolutionnaire et le syndicalisme comme on étudie le mouvement ouvrier dans les sociétés de capitalisme industriel ? En fait ce parallélisme est trompeur.Н. ou. d'un type de société. Ou tout au moins il faut le trans former. Il faut avant tout définir la nature de ces sociétés. pour étudier la diachronie. Elles doivent l'être en deux temps : d'abord elles s'opposent aux sociétés dominantes. 217 . Dans les sociétés dominantes.Е. professeur à l'I.MOUVEMENTS DANS LES SOCIAUX ET IDÉOLOGIES SOCIÉTÉS DÉPENDANTES par Alain Touraine* II semble naturel de parler des mouvements sociaux dans les sociétés dépendantes. Or ce concept appartient à l'analyse d'un mode de production. tandis que la dépendance définit un mode de dévelop pement.Р. ensuite. Faute d'une telle réflexion. on dépasse la reconstitution d'une action collective pour analyser un changement histo rique.E. il s'agit d'une bourgeoisie nationale.D. On ne peut employer sans précaution ce concept. qui relève de l'analyse synchronique.S. l'adapter. à l'intérieur des sociétés dominées. elles s'opposent aux sociétés que je nomm erai « despotiques ». on se limite à des descriptions monographiques.

des militants. Plus on considère des sociétés dominantes. En même temps elle vise la réappropriation collective des instru ments et des produits de l'industrialisation au nom du droit du travail. mais sur la contradiction. Ce qui s'est marqué en Europe par le rôle central des ouvriers qualifiés. Dans les sociétés dépendantes le fait le plus visible est la coexistence sans intégration véritable de ces différentes formes d'action collective des mouvements sociaux d'un côté. Dans les sociétés dépendantes l'industrialisation est introduite et dirigée par une bourgeoisie étrangère. Le mot qui nomme le principal mouvement social des sociétés industrielles n'est-il pas mouvement ouvrier. son autonomie professionnelle. sa culture contre l'emprise directe et indirecte de la classe capitaliste. D'autre part tout mouvement social est consacré à ce qu'on peut nommer une « action critique ». plus la contestation positive au nom des droits du travail l'emporte sur la simple défense. Chacune 218 . soit indirectement. c'est-à-dire revendicatifs et contestataires. de la composante « morale » du mouvement ouvrier. donc une dénomination de classe ? Au contraire. soit directement.ALAIN TOURAINE Etat conquis par un parti révolutionnaire ayant renversé un ordre politique et culturel archaïque et décomposé par une crise nationale liée à l'initiative de puissances plus industrielles. Il fallait rapprocher ces définitions et ces instruments élémentaires d'analyse pour situer les mouvements sociaux de développement. L'action bolchevique l'emporte sur le mouvement menchevik. par une tendance permanente à affirmer le caractère plus fondamental du mouvement social que de l'action politique. La lutte contre le Kuo-min-tang et contre les Japonais conduit à la prise du pouvoir de Mao tandis que le mouvement ouvrier et intellectuel de Canton et de Shanghai s'était terminé par un échec tragique. de l'action critique de l'autre. plus les mouvements sociaux y ont d'importance par rapport aux actions critiques et à l'intérieur des mouvements sociaux. c'est-à-dire contre-offensifs. un mouvement social « positif » se trouve très affaibli et la lutte politique donne une importance centrale à une stratégie reposant sur la rupture des contra dictions. L'action critique ne repose pas sur le conflit. L'ÉCLATEMENT DE LA CONSCIENCE DE CLASSE Les mouvements sociaux sont toujours à la fois défensifs. dans les sociétés « bloquées » par leur appareil politique et idéologique. La classe ouvrière par exemple cherche à protéger son emploi. c'est-à-dire à travers la domination du système des échanges internationaux. I. c'est-à-dire une lutte contre l'ordre établi par la classe dominante et qui exclut ce qui est inacceptable pour cette classe. son milieu.

219 . tandis que des mouvements de défense communautaire pouvant aller jusqu'au mouvement d'occupation des terres et à la lutte armée de la vallée de la Convención se développent dans l'intérieur. mais elle est dirigée contre une domination culturelle et politique autant qu'économique. et ne sont pas tellement différents des syndicats ouvriers pelegos. les deux groupes sont très différents l'un de l'autre. A l'intérieur même du monde ouvrier. celle de Concepción. De la même manière que la théorie léniniste de l'impérialisme a impliqué l'idée que se formait dans les pays dominants une aristocratie ouvrière. Le dualisme est un attribut fondamental d'une société dépendante. tandis que les syndicats agraires participent à une vision politique nationale mais sont socialement réformistes. les syndicats paysans apristes se forment dans les grandes exploitations de la côte. exploité par le secteur intérieurement dominant et extérieurement dominé. Dans le secteur dominé et sous-développé. d'hommes et parfois même de capitaux. Au Pérou. Elle a assurément une dimension de classe mais plongée à l'intérieur d'une rupture plus globale. A l'intérieur du secteur dominant se forme une catégorie de travailleurs qui occupe une position relativement privilégiée. Si nul ne peut accepter aujourd'hui les premières formulations de cette notion — la simple juxtaposition de régions riches et de régions pauvres — il est bien de la nature d'une société dépendante qu'elle ne constitue pas un marché national. maintenu dans une position subordonnée. nous avons étudié l'opposition très nette des mineurs et des sidérurgistes chiliens. soit liée au système capitaliste international et ne diffuse pas d'appel d'entra înement dans le reste du pays. mais d'une manière beaucoup plus accentuée. Les ligues sont radicales. mais sont politiquement hétéronomes. on voit s'opposer ici deux types de mouvements qui représentent deux fractions profondément différentes et même opposées des classes populaires. Dans le Nord-Est brésilien les ligues paysannes s'appuient sur des minifundistes ou des travailleurs dépen dants mais possédant une certaine autonomie professionnelle. mais qui aussi se trouve davantage définie par son appartenance au mode de production capitaliste. la plus importante et la plus dynamique. tandis que les syndicats agraires étaient davantage portés par des travailleurs plus proches de la condition prolétarienne sur les domaines plus capitalistes du sud de l'Etat de Pernambuco en particulier. qu'une part de la production. réservoir de matières premières. Bien qu'ils vivent dans la même région. D'où à la fois son réformisme et son militantisme.IDÉOLOGIES DANS LES SOCIÉTÉS DÉPENDANTES de ces formes semble même poussée à l'extrême dans une structure dualiste. faiblement capitalisé en général. plus nett ement encore. complétée par un repli communautaire qui gêne la formation d'un mouvement de grande ampleur et capable de se donner des objectifs de développement national. Cette opposition se retrouve partout. il n'est pas question de réformisme : la violence s'établit souvent.

T. pénètrent fortement un populisme révolutionnaire ou des mouvements révolutionnaires de base qui sont plus défensifs qu'offensifs. Il est vrai que cette opposition semble se retrouver dans les sociétés industrielles centrales. organisé autour de ses valeurs et de ses leaders. Du côté populaire. appuyée par la conscience du 220 . de l'autre elle s'éparpille dans des mouvements de base radicaux ou révolutionnaires mais qui sont plus une force de rupture que de formation d'un mouvement politique. à la fois défensive et contestataire. comment ne pas reconnaître l'extrême et constante faiblesse des mouvements qui se fondent seulement sur une action de classe ! C'est dans le Chili de l'unité populaire qu'un tel mouvement social s'est le plus déve loppé. Il est moins tourné vers l'affirmation de la défense de la communauté que vers l'intervention politique. sont mieux payés et leur mouvement revendicatif est plus « instrumental » qu' « expressif ». plus fragiles. parvint-il à pénétrer dans les usines. Telle est la première et la plus visible des caractéristiques des mouvements populaires dans une société dépendante. lié au M. cette dimension. qui est par définition moins hétérogène.. ils doivent être définis en termes de classe. puisqu'ils étaient en tension avec le gouvernement de l'Unité populaire. Alors que dans une société dominante ou centrale.. davantage de rupture que de contestation. toujours présente et toujours centrale. mais la classe qu'ils représentent est coupée en deux par le dualisme économique et social. J'ai moi-même insisté sur l'opposition de la conscience ouvrière.I. Il porte un mouvement ouvrier très radical.ALAIN TOURAINE Les mineurs de charbon peu qualifiés. sans débouchés professionnels.R. Comme tout mouvement social. la dimension de classe constitue l'axe central des mouve ments sociaux aussi bien du côté de la classe dirigeante que de celui des classes populaires. Constamment l'action de classe tend à se diviser en deux : d'un côté elle devient dépendante d'un système politique et économique de gestion où elle trouve des avantages en même temps qu'elle le combat. Au contraire les ouvriers de la sidérurgie à Huachipoto sont placés dans un milieu industriel plus moderne.R. Sans considérer ici les divisions proprement politiques on voit que les secteurs à forte product ivité à hauts salaires comme le cuivre ou l'acier sont réformistes et glissent et vers la fin dans l'opposition tandis que dans les petites et moyennes entre prises. à salaires le plus souvent plus bas. souvent d'origine rurale récente. forment un groupe très cohésif. Mais même là son absence d'unité est évidente. Il exerce des pressions sur l'appareil d'Etat et cherche à maintenir ou à renforcer des avantages relatifs importants. mal payés. Aussi malgré la domi nation traditionnelle du Parti communiste dans cette région de Lota et de Coronel le gauchisme communard du F. représente cependant le point le plus faible des mouvements sociaux.

classe ouvrière et indi gents. En Amérique latine ce type est rare et ne se trouve même pas souvent dans les mouvements « gauchistes » de base où les intellectuels engagés. Peuple plus que classe ouvrière. plutôt par un conflit autour des systèmes de représentation sociale que par un affrontement dynamique dans le système de production. mais elle ne peut pas masquer les profondes différences qui existent entre une action de classe installée à l'intérieur d'un mode de production et dont les composantes sont hiérarchisées — la contestation contrôlant la défense revendicative qui contrôle la conscience prolétarienne — . mais plutôt un éclatement.IDÉOLOGIES DANS LES SOCIÉTÉS DÉPENDANTES producteur et l'image d'un projet au service de la collectivité et de la conscience prolétarienne. qui vise la rupture mais qui est indifférenciée dans ses objectifs et hétéronome dans son intervention politique. Le mouvement ouvrier européen a été dominé par la figure du militant. intégration et contestation tendent aussi à se séparer. et les mouvements populaires dans une société dépendante. comme dans le Paris ou le Londres du milieu du xixe siècle. petits employés et travailleurs manuels. mais plutôt par la défensive que par la contre-offensive. soit des person nagespolitiques que leurs activités éloignent vite de la base. à la fois de retrait et de rupture de l'autre. De là l'importance dans le voca bulaire politique. Oligarchie et peuple. ce qui mêle. Ces ressemblances rappellent en effet qu'il n'y a pas de séparation complète entre l'analyse synchronique d'un mode de production et l'analyse diachronique d'une forme de développement. dit-on très souvent. ce qui se marque le plus souvent par une grande distance entre masse et dirigeants. Une étude récente sur les attitudes ouvrières au Chili a souligné cette importance de la césure entre l'action proprement syndicale. Je viens d'insister surtout sur la séparation de conduites à la fois d'intégration et de contes tation d'un côté. Celle-ci s'enferme aisément dans l'économisme et dans les limites de l'entre prise. L'action de classe n'échappe au déchirement entre une action trop rapidement négociée et incorporée au jeu politique et une rupture-retrait qu'en s'organisant autour des aspects les plus défensifs du mouvement populaire. les révolutionnaires professionnels jouent un rôle essentiel d'agitateurs. Les dirigeants syndicaux sont soit intégrés à l'appareil d'Etat. qui répond aux contradictions créées par l'ordre dominant. non seulement plus lointaine mais qui n'est importante que comme porteuse d'un projet politique général : opposition qui est celle de la vie quotidienne et des temps forts de la lutte politique et sociale. c'est-à-dire menée par le syndicat dans une entreprise et le rôle des fédérations et confédérations. comme dans la politique sociale. à la fois travailleur de base et activiste politique et syndical. Mais à l'intérieur des mouvements sociaux proprement dits. d'acteurs définis en termes assez vagues. Dans celle-ci ce n'est pas une hiérarchie inverse qui s'observe (comme dans les sociétés despotiques qui connaissent une rupture révolutionnaire). tous ceux qui sont enfermés 221 .

La dimension nationale est toujours présente.ALAIN TOURAINE dans une condition populaire. Gonzalez Casanova et R. Stavenhagen cette domination d'une nation sur une autre se reproduit à l'intérieur de la nation dominée par la domination des régions centrales sur les régions périphériques. L'Etat qui redistribue les royalties reçues des compagnies étrangères ou le revenu des douanes joue un rôle d'intégration politique au 222 . est liée directement au dualisme structurel : les capitaux quittent la campagne et n'y retournent pas. il n'est jamais possible d'éliminer une analyse opposant les EtatsUnis ou l'Angleterre ou tel ou tel ensemble de pays dominants à la Colombie. Il faut au contraire reconnaître leur autonomie et leur interaction. soumises à une colonisation interne. Et comme l'ont souligné en particulier P. Il répond aussi aux effets de la conscience nationale sur la conscience de classe. c'est-à-dire par les effets du dualisme structurel sur la situation des classes populaires. trouvant à la ville des occasions d'investir développées par la croissance d'une production destinée aux classes moyennes et par la spéculation qu'entraîne le développement urbain lui-même. L'hyperurbanisation caractéristique du continent latino-américain est le signe le plus visible de cette domination. L'opposition ville-campagne. Les raisons qui provoquent l'éclatement de la conscience et de l'action de classe commandent plus directement encore l'éclatement du nationalisme en deux forces qui peuvent se mêler mais qui plus souvent s'opposent. 2. Contre la domination étrangère la nation devient une unité défensive. c'est-à-dire rejetés par un système d'ordre politique et culturel à travers lequel se maintient la fusion des nouvelles et des anciennes classes dirigeantes qui constitue l'oligarchie. Considérons d'abord la dépen dance nationale en elle-même et plus précisément son rôle dans l'orientation des mouvements sociaux populaires. Même si on précise par exemple qu'on considère la domination des conglomérats multinationaux sur certains secteurs de l'activité d'un pays latino-américain particulier. au Mexique ou au Pérou. qui peut prendre des formes très diverses. Une société dépendante est par nature placée dans un rapport social qui oppose les intérêts de collectivités politiques et territoriales. Les deux faces du nationalisme Cet éclatement de la conscience et de l'action de classe ne s'explique pas seulement par des raisons internes. L'importance centrale de cette action défensive entraîne celle des agents politiques qui interprètent cette action et assurent sa liaison avec le système politique et avec l'Etat. On ne gagne rien à confondre la dépendance nationale et la dépendance de classe dans une catégorie plus vaste comme l'exploitation.

Les trois dimensions des mouvements sociaux L'ensemble de ces analyses peut être présenté en résumé de deux manières proches l'une de l'autre et dont l'une ou l'autre est plus ou moins utile selon le problème considéré. Constam ment mais surtout dans la période qui suivit la révolution cubaine. conçue le plus souvent de manière idéaliste — l'esprit d'un peuple ou d'une culture — se fait entendre et est diffusé par les élites politiques qui s'efforcent de rétablir ou de créer l'unité nationale brisée par le dualisme structurel.IDÉOLOGIES DANS LES SOCIÉTÉS DÉPENDANTES moins de manière limitée. — La plus simple et la plus statique reconnaît avant tout que les mouve mentspopulaires ne peuvent pas reposer sur un seul principe d'orientation. c'est-à-dire par toutes les catégories qu'une économie dépendante n'est pas capable d'intégrer dans la production : masse prolé tarienne en chômage ou vivant dans des conditions d'habitation déplorables.P. Mais il prend un tout autre sens quand il est porté par les « marginaux ». ou même de la Grace. 3. convaincu que toute tran sformation sociale suppose un affrontement armé avec des adversaires appuyés sur le capitalisme étranger. L'appel à la communauté culturelle et sociale. Ce que demandent ces catégories c'est la rupture. petits employés menacés de prolétarisation ou ouvriers de petites entreprises de produits de consommation menacés par la stagnation ou la baisse du niveau de vie populaire. Le Parti socialiste chilien est l'expression la plus élaborée de ce nationalisme révolutionnaire. C'est ce nationalisme inté grateur qui tire vers la « réforme » une partie importante de dirigeants des mouvements populaires. Ce mot d'ordre est assurément lancé aussi par le nationalisme réformateur. se fit entendre le mot d'ordre de la rupture prioritaire avec le capitalisme inter national et en particulier avec la domination américaine. puisqu'elle s'appuie sur la classe moyenne et sur les masses urbaines mais qui peut être réfor matrice. en suscitant une mobilisation ou une organisation des paysans. Mais le nationalisme a aussi le sens d'une lutte anticapitaliste. par exemple par le gouvernement militaire péruvien au moment de l'expropriation de l'I. intellectuels sortant nombreux des universités sans pouvoir trouver d'emplois correspondant à leurs attentes. puisque 223 .C. c'est-à-dire au profit de larges fractions de la classe moyenne et de quelques éléments privilégiés des travailleurs manuels. Ils ne peuvent pas par définition être de purs mouvements de classe. Ce mouvement entraîne vers une rupture encore plus politique et idéologique qu'économique une partie importante des secteurs défavorisés du paysannat ou de la classe ouvrière. Inté gration modernisante en même temps que dépendante.

se surdéterminent. mais qui agissent en sens contraire de la conscience de classe et la désorganisent. Tout mouvement social est à la fois un mouvement de classe. et un mouvement tourné vers l'intégration et la modernisation nationales. opposé à la domination étrangère. Le sentiment national ou la volonté modernisatrice ont certes une grande importance. Cette liaison nécessaire des trois dimensions de l'action collective se retrouve dans les sociétés despotiques qui sont aussi maintenues dans l'archaïsme et pénétrées à leur périphérie par le capitalisme étranger. se renforcent mutuel lement. au nom de la modernisation et de l'intégration contre la tradition et son cloisonnement. plus dynamique. l'adversaire national et pour la modern isation dans un seul combat. nation. ou plus exactement s'il parle au nom d'une classe contre une autre classe.ALAIN TOURAINE de tels mouvements ne peuvent se trouver que dans des sociétés fortement définies par leur appartenance à un mode de production et faiblement par leur processus de passage d'un monde à un autre. s'il s'agit d'un mouvement ouvrier. Un mouvement qui serait seulement de classe n'aurait pas de force. — La deuxième. montre les deux versants de la cons cience de classe. au nom de la nation contre l'étranger dominant. Si on considère les sociétés industrielles. modernisation. Un pur mouvement de classe ne pourrait être qu'un instrument de défense corporative. on reconnaît vite que l'action de classe donne sa force au mouvement populaire. en réalité il tendrait d'un côté à se décomposer et de l'autre à se transformer en une action à buts bien différents de ceux qu'il se serait donnés à l'origine. Mais dans ces sociétés les trois dimensions se recouvrent. un mouvement anticapitaliste. 224 . Ici au contraire le mouvement populaire ne peut être défini que par sa tridimensionalité. s'étendant du sous-prolétariat jusqu'à une partie des classes moyennes. C'est ainsi que se forment les plus puissants des mouvements populaires. incapable de parler au nom de toutes les classes populaires et profitant bien souvent des avantages de la population urbaine au détriment des paysans. par leur mode de développement. car l'adversaire de classe s'appuie sur l'étranger pour maintenir des privilèges et des modes de domination sociale hérités du passé. De la même manière un mouvement purement nationaliste n'a qu'une capacité mobilisatrice limitée. l'essentiel est qu'un mouvement social n'existe que s'il combine trois dimensions : classe. en particulier ceux que mène le parti communiste qui lutte contre l'adversaire de classe. liées l'une à l'autre mais tendant à se séparer. mais ce qui permet aussi une mobilisation multiple. entraînées l'un vers le nationalisme intégrateur. l'autre vers la rupture anticapitaliste. Ce qui crée à l'intérieur de tout mouvement des tensions considérables. Mais quelle que soit la présentation la plus utile.

qui porte donc un nom social. de même que le Baath en Syrie ou en Irak est un agent de mobilisation de l'Etat et en particulier de l'armée. Cet agent politique ne peut être que l'Etat. Il peut être le défenseur et le libérateur de la nation dépendante. les autres condamnent l'anarchisme gauchiste responsable selon eux de la crise politique et de la crise économique. L'Etat national est celui qui peut unifier les éléments d'une société dualiste. les uns condamnent le réformisme du régime qui se serait perdu en sacrifiant tout à l'alliance avec les classes moyennes. on observe l'action du régime militaire péruvien. M. Après la chute.P. Le rôle de l'Etat est d'autant plus central dans la formation des mouvements populaires que la société est plus complètement pénétrée par le capitalisme et donc davantage dominée par une oligarchie nationale. Positions idéologiques intéressantes mais également irrecevables car elles n'éclairent pas la réalité. Une tendance de l'Unité populaire a donné la priorité à l'intégration et à la modernisation nationales. mouvements de base et éléments d'une coalition politique à la fois. nécessairement complexes. unifier le mouvement populaire sous l'autorité de l'Etat. il n'est jamais socialement neutre et a donc toujours un lien avec une classe ou un ensemble de classes. On parle de péronisme ou de gétulisme. une autre s'est appuyée sur la volonté de rupture d'un populisme révolutionnaire. malgré ses efforts. d'unité de décision et Allende a souffert de cette faiblesse et de ne pouvoir à lui seul. et non pas un mouvement populaire. Ils ne peuvent se former que s'ils parviennent à répartir leurs orien tations. dans le Tiers Monde. les trois dimensions sont faiblement reliées l'une à l'autre et les mouvements populaires. mais de leur séparation et de leur lutte. mais l'U. Le Chili a bien montré un mouvement qui se nomme l'Unité populaire. dans т. n'a jamais eu de réalité politique. à les rendre complémentaires et à gérer leurs tensions.IDÉOLOGIES DANS LES SOCIÉTÉS DÉPENDANTES Au contraire. La faiblesse et l'échec de l'Unité populaire sont visiblement venus non de la présence d'une tendance ou d'une autre. dans les sociétés dépendantes ils sont toujours des forces socio-politiques. sont fragiles. C'est pourquoi si les mouvements populaires sont directement des mou vements de classe dans les sociétés de type européen occidental. Les récents événements du Chili montrent la difficulté de concevoir cette nature des mouvements populaires. 57 225 15 . Leur combinaison suppose l'intervention d'une force politique extérieure au mouvement social lui-même. s'ils sont placés sous la direction d'un parti révolutionnaire exerçant la dictature du prolétariat ou plutôt du parti du prolétariat. Non que le nationalisme soit plus important que les autres composantes des mouvements mais parce que l'Etat est le seul agent unificateur d'une société brisée en deux par la pénétration de la bourgeoisie étrangère. Au contraire. dans les sociétés profondément pénétrées par une bourgeoisie étrangère.

la conséquence de luttes d'influence entre modérés et radicaux. on voit se former dans les secteurs modernisés des mouvements davantage organisés autour de l'action de classe. tandis que dans le secteur archaïque mouvement de rupture et mouvement modernisateur se mêlent.ALAIN TOURAINE les sociétés d'enclaves où le secteur moderne de domination étrangère directe et le secteur archaïque sont géographiquement séparés. d'une unité de signification. le mouvement social est constamment déchiré intérieurement et qu'il est hétéronome. l'histoire est davantage remplie de mouvements 226 . Un mouvement n'y échappe que lorsqu'il est réduit à la manipulation d'une masse marginalisée par un secteur des élites politiques. Mais elle conduirait à des erreurs graves si on ne voyait pas que. Cette observation si aisée à faire traduit l'importance centrale du rapport à l'Etat. Parler de la classe ouvrière ou de la classe paysanne ou du peuple et de la nation reste toujours très superficiel : les mouvements populaires tendent constamment à éclater. de Yintelligentsia. Le populisme lui-même balance constamment entre le soutien de masse à l'action de l'Etat national-populaire et l'action violente de soulèvement des classes populaires. Ils ne sont pas constamment présents et constamment complets. des intentions : qu'ils soient fondés sur une doctrine ou qu'ils ne le soient pas. les mouvements sociaux se présentent comme des projets. Plus le mouvement est hétéronome moins il est divisé. elle est d'autant plus fonda mentale que le mouvement est lui-même plus profond. l'étranger et l'archaïsme. derrière cette unité d'un agent politique. est constamment important pour faire pénétrer des forces « sauvages » dans le système politique. dans la rupture avec l'ordre instauré à la fois par la classe dominante. plus il est un mouvement profond qui atteint les rapports de classes et la dépendance nationale par son action. Ce qui tend à créer une rupture entre un mouvement « responsable » et dépendant d'agents politiques et un mouvement de base. généralement confondue avec l'action d'un leader politique. Leur dualisme n'est pas une faiblesse. c'est-à-dire lorsqu'il est hétéronome. Déchiré parce qu'il est traversé par les conséquences du dualisme structurel. Mais le rôle unificateur de l'Etat menace aussi constamment le mouvement populaire d'hétéronomie. Dans un type de sociétés où le rôle des médiateurs. Politique d'abord. plus il est divisé. Bien au contraire. qui cherche son unité dans la violence. 4. Les conditions sociales de formation des mouvements Après avoir défini la nature générale des mouvements sociaux populaires dans les sociétés dépendantes il faut considérer les conditions d'apparition de ces mouvements. ils semblent se développer à l'intérieur d'un discours.

Cette réalité est faible dans les sociétés dualisées d'Amérique latine. la République dominicaine ou Panama qui sont ou qui furent soumis à une emprise coloniale beaucoup plus directe que les pays d'Amérique du Sud. Il est significatif que de bons observateurs aient pu souligner la faiblesse de l'unité nationale dans des pays aussi divers que la Bolivie. Mais cette observation est insuffisante. De là l'importance de théoriciens comme Fanon. Hypothèse qui semble encouragée par l'observation de la réalité chilienne où les centres 227 . ce qui s'explique probablement par la force des institutions poli tiques et de l'organisation culturelle d'un pays qui s'il était et est dépendant est très éloigné d'une situation coloniale. c'est-à-dire en ce qui concerne le monde ouvrier les grandes industries de biens de consommation. ou l'extrême force de Panti-impérialisme dans des pays comme Cuba. qui avait été économiquement dépendant du cuivre de propriété américaine et qui était très gêné par l'interruption des crédits américains. Ce qui oppose les sociétés dépendantes aux sociétés despotiques surtout quand celles-ci sont devenues révolutionnaires. Elle apparaît d'autant plus qu'on se situe davantage dans le mode de production dominant. l'Argentine et le Venezuela. De là son exceptionnelle importance dans les mouvements popul aires en Argentine ou en Uruguay. surtout dans un type de société où les mouvements sociaux sont multi-dimensionnels et dépendent dans leur fonction de plusieurs facteurs. En revanche on a pu noter dans le Chili de l'Unité populaire. que les campagnes anti-impérialistes étaient beaucoup plus faibles et rares qu'on aurait pu le prévoir. Leur complexité oblige à formuler au départ des hypothèses aussi simples que possible. Ce qui a été dit de la dualité de toute classe populaire conduit à penser que le lieu privilégié de la conscience de classe est le plus éloigné à la fois des secteurs privilégiés et des secteurs sous-privilégiés. Un second facteur de renforcement de l'orientation nationaliste anti impérialiste est la force de l'organisation nationale. — La dimension modernisation et intégration est d'autant plus forte que le dualisme est moins marqué. déséquilibrés. bien que le Mexique ou le Chili aient une intégration nationale relativement forte.IDÉOLOGIES DANS LES SOCIÉTÉS DÉPENDANTES incomplets. que la pénétration capitaliste est plus profonde. La dimension nationale anti-impérialiste semble d'autant plus présente que l'emprise de la société dominante est plus complète. — La dimension de classe est la plus difficile à situer. Dans un pays en voie d'industrialisation. ce qui conduit à séparer nettement cette intégration sociale d'une unité nationale étatique. que la dépendance est englobée dans une situation coloniale qui exclut l'indépendance politique. elle ne peut pas apparaître aussi fortement chez les paysans que parmi les salariés urbains de l'industrie ou autour de l'industrie. Celles-ci ont une unité nationale forte. nés au cœur d'un système colonial.

Si on combine ces hypothèses on voit se constituer des types de situations historiques dans lesquels une ou plusieurs dimensions d'un mouvement social populaire sont absentes ou au contraire ont une force particulière. La dimension nationaliste anti-impérialiste est également très forte puisque ces ouvriers vivent dans des campements isolés dans le désert ou dans la montagne et qui sont gou vernés pratiquement par les compagnies étrangères. au moins au Venezuela. Phases de développement et types de mouvements sociaux Ces hypothèses de type sociologique doivent nécessairement être complét ées des analyses plus historiques portant sur les transformations des par mouvements sociaux en rapport avec l'évolution des sociétés considérées et les étapes de leur développement. Au-delà des differences entre les histoires nationales il est naturel de définir des phases générales d'évolution en termes de transformation de la situation de dépendance» Suivant les résultats des 228 . Inversement à la même époque les mineurs chiliens du nitrate et du cuivre créent un mouvement ouvrier où l'orientation vers la modernisation est faible et où la conscience de classe est forte étant donné que les mines jouent le rôle central dans l'économie. puisque la product ion agricole pour l'exportation joue le rôle central dans l'économie. l'antiimpérialisme est également faible et la tendance populiste à l'intégration et à la modernisation est absolument prédominante dans la modernisation depuis le radicalisme de Yrigoyen et se maintiendra au-delà de cette phase jusqu'au péronisme. Il est au contraire à la fois un groupe réprimé et un groupe politiquement privilégié. Son action associe donc la rupture du populisme révolutionnaire à la pression politique d'un groupe d'intérêts. La tendance modernisatrice et intégratrice. j. Par exemple dans l'Argentine de la période classique du développement hacia afuera la dimension de classe des mouvements urbains est faible. La dimension de classe a été plus forte dans un pays d'économie agraire comme le Guatemala qu'au Venezuela où les forces communistes se sont divisées assez profondément pour indiquer que la dimension de classe était « brouillée » par la situation. est au contraire entrée en conflit direct avec la guérilla et a été l'arme principale d'un parti comme l'Accion Democrática. Le Venezuela et le Guatemala ont connu de très fortes guérillas révolutionn aires inspirées par l'exemple cubain et dominées par l'anti-impérialisme étant donné la force de l'emprise coloniale sur ces pays.ALAIN TOURAINE textiles ont été les foyers principaux de la conscience de classe. Cette idée conduit inversement à penser qu'un groupe comme celui des mineurs d'étain boliviens n'est pas marqué par une forte conscience de classe.

qu'iïs soient exploitants ou qu'ils vivent bourgeoisement à la ville de la rente foncière. Il n'est pas possible de compléter cette première hypothèse en définissant de la même manière la nature de l'adversaire du mouvement populaire et l'enjeu du conflit selon les phases. Il faut nécessairement introduire ici la distinction — trop simple mais indispensable — entre les sociétés d'enclaves et les sociétés à pénétration capitaliste généralisée. la substitution des importations liées à la crise de ce marché. libres ou dépendants. la présence des entreprises étrangères signifie une concentration de la richesse dans les mains de la bourgeoisie capable d'acheter les biens durables ou les biens d'équipement produits par les entre prises. Germani a appelé les régimes national-populaires. La phase de substitution des importations et de montée de l'industriali sation nationale est dominée par l'importance des migrations géographiques et professionnelles et par conséquent par le thème de la modernisation et de l'intégration nationales. dans les sociétés « ouvertes » à la pénétration capitaliste l'adversaire est défini en termes sociaux plus que nationaux. la nouvelle dépendance. Plus précisément la force mobilisatrice d'un mouvement populaire. mais dans la phase la plus récente. Enfin la pénétration des marchés nationaux par les entreprises étrangères et la nécessité pour l'Etat d'agir en accord avec les capitaux étrangers ou au contraire de combiner un processus nationaliste font passer au premier plan le thème national et anti-impérialiste. Au contraire. c'est-à-dire la dépendance du marché capitaliste mondial. c'est-à-dire l'internationalisation du marché intérieur. Mécanisme régressif de concentration des revenus et du pouvoir qui est combattu au nom de l'intégration et de la modernisation nationales.IDÉOLOGIES DANS LES SOCIÉTÉS DÉPENDANTES travaux classiques des économistes. Dans une société d'enclave l'adversaire est l'étranger. dans la deuxième en termes de modernisation. A condition de ne pas séparer les rapports de production des rapports de reproduction des privilèges et de l'ordre politique et culturel. C'est le triomphe du populisme et de ce que G. La première de ces étapes implique une pénétration plus indirecte de la domination étrangère ou plus limitée à des secteurs particuliers ou à des comptoirs. celle de la nouvelle dépendance. on peut donc distinguer trois phases : le développement vers l'extérieur. on peut avancer l'idée que dans la première étape du développement. ce que j'ai nommé ailleurs son principe d'identité se définissent dans la première phase en termes de classes. la catégorie sociale au nom de laquelle Д parle et à laquelle Д fait appel. l'impérialisme. les rapports de classes occupent une place centrale : paysans pauvres. mais dans la 229 . dans la troisième en termes nationalistes. opposés aux propriét aires fonciers. dans des sociétés essentiellement agraires.

Chaque case indique la dimension sur laquelle se place une des compos antes d'un mouvement social populaire. donc à forte pénétration capitaliste. La modernisation peut être revendiquée aussi bien par un mouvement popul aireque par une classe dirigeante ou l'étranger dominant.. en précisant que dans la phase de la nouvelle dépendance la nation est conçue en termes d'intégration tandis que dans les deux premières elle est définie par le couple national-étranger. Il en est de même pour la nation que le colonisateur lui-même peut dire qu'H crée. Le conflit des acteurs et des mouvements sociaux doit être lui-même situé. où le dualisme ne prend pas une expression géographique.ALAIN TOURAINE phase la plus ancienne l'action porte sur une oligarchie surtout soucieuse de maintenir ses privilèges et les barrières qui les protègent.. puis c'est de plus en plus directement le 230 . le thème de la modernisation qui l'emporte. — Dire que l'adversaire est défini en termes de modernisation veut dire qu'il est considéré comme un obstacle à la modernisation et non que le mouvement populaire s'oppose à la modernisation. puisqu'il se borne à définir la nature de l'acteur populaire et celle de son adversaire dans les trois phases principales de l'évolution et dans les deux types de sociétés dépendantes.) Cette analyse est incomplète. l'enjeu du conflit me semble essentiellement national. Résumons ces hypothèses sous la forme d'un tableau encore incomplet. en accentuant l'importance des rapports de production au détriment des rapports de reproduction. Substitution Néo-dépendance . Sociétés ouvertes Etapes Hacia afuera . dans la phase la plus archaïque où le dualisme est une coupure géographique. Dans les sociétés d'enclave au contraire l'enjeu est social. de même la lutte entre les adversaires sociaux met en cause de manière privilégiée une des dimensions de la société dépen dante en développement : la modernisation.. c'est d'abord. Il a un enjeu. Dans les sociétés ouvertes. Acteur populaire Classe Modernisation Nation Adversaire Modernisation Classe Classe Sociétés d'enclaves Acteur populaire Classe Modernisation Nation Adversaire Nation Nation Modernisation (Note. la nation ou le rapport de classes. De même que la lutte des capitalistes et des socialistes a pour enjeu la direction et le contrôle du progrès de l'industrie et la croissance. La conquête napoléonienne n'a-t-elle pas déclenché le mouvement d'unité nationale dans plusieurs parties de l'Europe ? Enfin toutes les forces sociales peuvent dire qu'elles font entrer leur pays dans une société de classes.

l'enjeu du conflit — de chacune des dimensions de l'action en situation de dépendance. tandis que le rôle principal appartient aux mouvements hétérogènes qui combinent les trois dimensions classe. Nouvelle dance Classe sation Nation Adversaire sation Classe Classe Enjeu Nation Nation Actsur Classe sation Nation Sociétés d'enclaves Adversaire Nation Nation "Enjeu Moderni sation Classe Classe sation sation Ces mouvements sociaux ne sont pas les seuls possibles. De là l'importance des types élémentaires constitués ici. C'est en effet l'emploi le plus simple qu'on puisse faire de cet instrument. Le lecteur pourra s'exercer à trouver des exemples historiques correspondant à ces types. il s'agit de mouvements de homogènes. c'est-à-dire qu'il définit sa propre force. On a déjà vu qu'à l'intérieur de l'enclave l'action de classe était plus pure aussi bien du côté populaire que du côté de l'oligarchie. par exemple en se 231 . L'hypothèse centrale présentée ici est au contraire que de tels mou vements sont dans les sociétés dépendantes les plus faibles et les plus cons tamment détournés de leurs intentions. ou d'un pays dépendant luttant dans le pays dominant sur le terrain des conflits économiques internationaux. Bien entendu aucune réalité nationale ne peut correspondre dans son ensemble à un type particulier. son adversaire. mais ils sont les seuls complets. mais plus l'étude porte sur des réalités bien définies dans le temps et dans l'espace. natio nalisme. . Mais on peut l'employer de manière moins sommaire. . nation et modernisation. Substitution . On est tenté de penser qu'un mouvement social est d'autant plus fort qu'il est plus homogène. Sociétés ouvertes Acteur Hada Afuera . plus un tel tableau donne d'éléments utiles de repérage et même d'analyse. qui combinent de la manière la plus simple et la plus solide les trois dimensions distinguées dès le début : action de classe. On peut maintenant présenter un tableau général des mouvements sociaux dans les types fondamentaux de situation.IDÉOLOGIES DANS LES SOCIÉTÉS DÉPENDANTES thème des classes. . par exemple en parlant de la classe ouvrière luttant contre la classe capitaliste pour le contrôle de la production. son advers aireet l'enjeu de leur conflit dans les mêmes termes. puisque la forme la plus solide de combinaison des trois dimensions consiste à marquer chacun des éléments constitutifs d'un mouvement social — l'acteur. action modernisatrice. Qu'il s'agisse d'un mouve ment classe ou d'un tiers-mondisme à la Bandoeng.

On peut aussi s'interroger sur les attributs d'un mouvement mixte. soit à l'intervention dans le système politique. soit à des documents idéologiques beaucoup plus abondants mais qui doivent être étudiés plus qu'ils ne guident l'analyse. soit à l'idéologie. Mais n'est-il pas plus décevant encore de constater que notre connaissance des mouvements sociaux dans le Tiers Monde se limite presque entièrement soit à des travaux très particuliers. Mon but est donc davantage ici d'indiquer quelques-uns des problèmes sociologiques que pose l'analyse d'un mouvement de développement avec l'espoir que s'organisent des programmes de recherche comblant peu à peu l'immense distance qui sépare aujourd'hui la réflexion doctrinale de la des cription d'événements historiques. c'est-à-dire qui combine deux types : ceci ne peut-il pas expliquer des luttes internes. Ces premières observations peuvent sembler très insuffisantes étant donné l'immensité du sujet qu'elles considèrent.ALAIN TOURAINE demandant quels sont les caractères d'un mouvement qui ne correspond pas au type « normal » dans la situation où il apparaît. eux-mêmes assez peu nombreux. monographiques. 232 . des schismes ou au contraire un hyper-développement de l'idéologie et de l'hétéronomie politique ? Ces rapides indications montrent que plus il s'éloigne du type normal d'action historique. quelles crises il va connaître ou le type d'hétéronomie auquel il va être soumis. plus un mouvement social est menacé d'éclatement et par consé quent cherche à maintenir son unité par la soumission de sa pratique sociale.